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Bachar continue à parler, les Turcs se préparent à agir

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Faut-il croire Bachar el-Assad ? Certes, le troisième discours du président syrien sonne comme un best of des deux précédents : le « grand dialogue national », les condoléances aux familles de martyrs (il ne manque pas d’air) et l’engagement solennel d’écraser les «gangs armés» et le fameux « complot de l’étranger »… Mais en même temps, Assad innove un peu et promet des élections en août (donc pendant le ramadan) et des réformes en septembre… On est un peu perplexe et comme Daoud Boughezala, on se demande s’il ne vaut pas mieux regarder ce que fait Maher plutôt qu’écouter ce que dit son frère aîné Bachar…

En Turquie, grande voisine et –géostratégie oblige– acteur clé de la crise syrienne, on n’a pas hésité : Bachar el-Assad était encore en train de savourer ses applaudissements que le communiqué d’Ankara était déjà diffusé par les agences de presse : Ersat Hurmuzlu, conseiller du président turc, Abdullah Gul, a accordé au président syrien une petite semaine avant « une intervention extérieure ». Ni septembre, ni août : la semaine prochaine et en espèces !

En clair, Erdogan commence à en avoir marre de son « ami », et si Bachar ne bouge pas rapidement et radicalement, la Turquie se sentira autorisée à ne plus respecter la souveraineté syrienne et ses forces armées établiront une zone tampon le long de la frontière où les réfugiés seraient à l’abri de la répression. Autrement dit, Ankara deviendrait garant de la sécurité des Syriens se réfugiant sur leur propre territoire à cause des exactions de leur propre gouvernement…

Les Turcs comprennent parfaitement qu’une telle situation risque de dégénérer en conflit (comment réagir si les services syriens procèdent à des arrestations parmi les réfugiés massés du côté syrien de la frontière ?) mais croient pouvoir le contenir.

Et surtout, quels que soient les risques encourus, on sent bien que l’envie démange très très fort Erdogan, un an à peine après l’arraisonnement Mavi Marmara, de s’inviter à nouveau dans le kriegspiel proche-oriental, histoire de démontrer au monde entier, et plus spécialement aux Européens, à quel point il est indispensable…

La double erreur de Caroline Fourest

S’il y a une chose qui conduit à coup sûr au contresens, c’est la lecture du réel sous un prisme unique et jamais renouvelé, une sorte de filon, comme celui qu’a trouvé Caroline Fourest avec le Front national. Dans une tribune consacrée samedi 18 aux questions d’économie, Fourest, qui n’y entend rien, ramène bien vite son raisonnement à ce qu’elle connaît : le « double discours » du FN. Et se prend les pieds dans le tapis au passage.

Ainsi, la journaliste écrit-elle: « Le FN parle de revenir au franc sur la base « 1 franc = 1 euro ». Un slogan simple, mais qui prend le risque de transformer la France en pays du tiers-monde. Chaque Français se retrouvant du jour au lendemain non plus avec 100 euros en poche, mais avec 100 francs ».
Horreur ! Si on appliquait ce programme, chaque français se retrouverait demain avec 100 francs en poche valant très exactement…100 € ! Autrement dit il se serait passé un énorme…rien ! Effroyable perspective !

Car pour qu’il se passe quelque chose, il faudrait que le retour au franc soit suivi d’une dévaluation. Fourest s’inquiète aussitôt pour les braves gens : « certes, la baguette de pain aura baissé, mais pas les produits manufacturés importés ! Ni l’essence (…) ce qui revient à faire exploser le coût de la vie ».
Pour la baguette de pain, c’est une bonne nouvelle. Pour l’essence, moins. Sauf qu’ici, la solution n’est pas monétaire mais fiscale puisque le coût de l’essence dépend du taux de la taxe intérieure sur les produits pétroliers. Quant au prix des produits importés, qu’ils augmentent ! Nos producteurs nationaux en seront les premiers ravis, qui vendront davantage de produits français à l’intérieur, mais aussi à l’extérieur, avec la hausse des exportations que nous vaudrait à coup sûr une monnaie moins forte.

La première erreur de Caroline Fourest est donc une erreur de raisonnement. En voulant toujours tout « frontnationaliser », on finit par raconter des sottises.
La seconde erreur est de croire qu’on ramènera dans le giron de la gauche l’électorat tenté par le vote « mariniste » en lui racontant des sornettes visant à le terroriser.

Raconter des sornettes ? Présenter une vision apocalyptique de l’avenir pour récolter les fruits de la panique populaire ? N’est-ce pas justement ce que Caroline Fourest et Fiammetta Venner reprochent au Front national dans leur ouvrage Marine Le Pen ?

Le sanglot du mâle blanc

photo : pyntofmyld (Flickr)

Pour lancer leur nouvelle formule, les dirigeants du Nouvel Obs n’avaient sans doute pas choisi leur « une » au hasard. on peut donc considérer que le titre de ce numéro paru le 12 mai, deux jours avant que la bombe DSK éclate à la figure de la gauche, a valeur programmatique pour l’hebdomadaire de la gauche à grande conscience –
celle de classe étant un peu défraîchie.

On peut dire que l’Obs a eu le nez creux. la défiance à l’égard des élites n’est pas née avec l’affaire DSK, mais quelques phrases maladroites de ses amis ont suffi à renforcer, dans la France du métro et des bistrots, la conviction qu’il existe, à côté et à des années-lumière d’elle, une caste de nantis qui se serre les coudes en se fichant bien de ce que vit le populo. le fond de l’air est jacobin.

En bons disciples de Stéphane Hessel, nos confrères ont donc sélectionné le sujet le plus digne d’indignation. salauds de riches ! bien sûr, on parle des riches de droite, car on suppose que l’Obs ne veut pas insulter ses lecteurs, dont une partie notable appartient à ce que les publicitaires appellent les csp +, c’est-à-dire aux couches les plus aisées de la population, mais que le scandale des sans-papiers, des sans-logis ou de la Palestine empêche de dormir. Non, l’Obs parle des vrais riches, ceux qui n’ont jamais été maos[1. Il faut être juste, l’obs n’est pas seul à creuser ce sillon. le point, journal des libéraux-raisonnables, a récemment consacré une cover aux « Amis du Fouquet’s »].

« Ils ont tout ! », proclame l’hebdo, illustrant son propos par une insolente rolls-royce dont la statuette a été remplacée par l’effigie de Marianne. « Ils », la nouvelle oligarchie française. car en se convertissant au libéralisme, l’élite citoyenne d’hier s’est transformée en « hordes de pillards sans foi ni loi ». saluons cette autocritique implicite d’un journal qui, depuis vingt ans, a applaudi à toutes les étapes de la conversion de la gauche à une mondialisation menée sous l’enseigne des marchés. et applaudissons par ailleurs le dévouement de laurent joffrin qui s’inflige de participer aux dîners du « siècle » où se croise le gratin de la politique, de l’entreprise et des médias mais où, nous apprend-il, il ne se passe rien d’autre que la « reconnaissance mutuelle des puissants ». D’autant plus que, paraît-il, le dîner est médiocre.[access capability= »lire_inedits »]

Ils ont tout, mais quoi ? eh bien, c’est simple: « l’argent, le pouvoir, les privilèges ». Etrange que des hommes de gauche soient aussi attentifs à la richesse et à ses attributs, mais après tout peut-être sont-ils en train d’inventer le matérialisme posthistorique. il est surtout curieux qu’un journal qui dénonce inlassablement le populisme et traque sans répit ceux qui « flattent les mauvais instincts du peuple » sollicite la disposition la plus déplaisante et la plus répandue de l’esprit humain – l’envie. On l’aura compris, si certains
n’ont rien ou disons pas assez, c’est de la faute de ces profiteurs. les nantis à la lanterne ! et ceux-là, on a le droit et même le devoir de les stigmatiser pour employer un terme cher à mes confrères. Vous avez dit populiste ?

On me permettra cependant de contester le diagnostic de l’Observateur qui nous annonce que nous sommes en 1788, ce qui lui permet d’emballer son appel au ressentiment dans une mythologie égalitaire qui mériterait plus ample discussion. en fait d’abolition des privilèges, on a l’impression que la France excédée veut surtout que les privilèges changent de camp. À notre tour d’en croquer !

Plutôt qu’en 1788, nous sommes peut-être en 1793, ce qui est beaucoup moins amusant. les possédants, les dominants, occupent aujourd’hui dans l’imaginaire collectif, la place de ceux que les hommes de 1793 appelaient « scélérats ». Dans ces conditions, on comprend qu’une partie de la gauche ait envie de faire oublier qu’elle représente les classes aisées et la bourgeoisie éclairée – « une troupe aimable et diserte d’hommes blancs, le plus souvent chauves et replets », résume Joffrin – en s’affirmant comme l’inflexible représentante des humiliés et des offensés, ou plus exactement de certains d’entre eux, le « petit blanc » ayant définitivement été abandonné au Fn au profit des nouveaux opprimés ontologiques que sont les immigrés et leurs descendants. Infichue de penser les conséquences d’une mondialisation qu’elle a à la fois organisée et subie, incapable de comprendre la sécession de classes populaires auxquelles elle a renoncé à parler, la gauche convenable en serait-elle réduite à surfer sur l’esprit de convoitise ? Mes honorables confrères rêvent de bastilles à prendre. ils devraient méditer l’observation de stendhal qui, tout admirateur de la révolution française qu’il fût, y voyait aussi le déchaînement de ces passions tristes que sont « l’envie, la jalousie et la haine impuissante ».[/access]

Pas de GPS pour la Carte du Tendre

Pilar López de Ayala

Comme pour manifester la présence des âmes esseulées, des lumières clignotent ici et là sur les hauteurs de la ville endormie. C’est l’heure où les insomniaques, désespérant de trouver la paix, se résignent à rallumer leur ordinateur pour noyer leur solitude dans l’errance virtuelle.
Jeux en ligne, forums, chats, mails, sites d’information, de partage de vidéos et de musiques, réseaux sociaux sont autant de calmants stériles qui créent l’illusion d’être relié au monde et font oublier la chair de la vie. Tel est le désolant spectacle de cette société de réseaux, aux innombrables écrans froids, véritables remparts artificiels à la dynamique imprévisible et chaleureuse des relations humaines. C’est cette société qui s’abîme dans un mal-être enkysté de phobies en tout genre que filme Gustavo Taretto dans son premier long-métrage, Medianeras.

Sites web et antidépresseurs

Mais rassurez-vous, le spectateur ne quitte pas la salle de cinéma avec la tête encombrée d’idées noires. Bien au contraire, le cinéaste argentin n’est affecté ni de l’esprit de sérieux, ni du fatalisme. Il parvient à insérer sa critique anthropologique de l’information dans une comédie romantique à l’humour décapant où l’espoir prend le pas sur le désarroi et où les sentiments ne sont pas défigurés par la mièvre dérision.

Il est étonnant – ou pas ? – que la fraîcheur film soit passée presque inaperçue. Comment ne pas apprécier l’habileté avec laquelle Gustavo Taretto jongle avec l’hétérogénéité des supports, allant du dessin animé à la photo, le judicieux usage de la voix-off, l’éclairage apporté par la chanson « True love will find you in the end » de Daniel Johnston, la référence au film culte de Woody Allen, Manhattan, et les amusantes métaphores ?

L’histoire se déroule à Buenos Aires et met en scène deux trentenaires, Martin, créateur de site web et Mariana, décoratrice de vitrines de mode. Martin passe son temps libre à créer des jeux vidéo pour lutter contre l’addiction aux antidépresseurs. Mariana, elle, cherche, loupe en main, un certain Charlie qui reste introuvable, lorsqu’elle n’est pas en train de fantasmer sur son unique colocataire, un mannequin de cire. Habitant l’un en face de l’autre, ils se croisent parfois mais ne se rencontrent jamais. Pourtant le spectateur comprend très vite que ces deux-là sont faits pour vivre ensemble. À tour de rôle et en voix-off, Martin et Mariana livrent leurs réflexions sur la modernité aliénante, expliquent la relation personnelle qu’ils entretiennent avec leur ville, l’un à travers la narration et l’autre à travers l’image (Martin prend des photos pour mieux voir ce qui passe inaperçu. Mariana se passionne pour l’histoire des monuments) et évoquent leurs angoisses existentielles et la débandade de leurs vies amoureuses.

Martin et Mariana ont beau être dépressifs, hyper-anxieux, hypocondriaques, agoraphobes, claustrophobes, drogués aux tranquillisants, ils ne se laissent pas abattre. Leur obstination à croire à l’Amour, le seul, l’unique, le vrai, celui qui parle la langue muette des sourires confiants et tendres auxquels les petits cœurs fragiles s’accrochent pour goûter au bonheur d’une vie à deux, les maintient en haleine.
Mais comment trouver l’âme sœur lorsque la construction architecturale de l’espace urbain cloisonne, lorsque la foule rend anonyme et lorsque la pollution visuelle des images publicitaires brouille le regard ? La carte du tendre du XXIe siècle n’a pas de GPS et les romances 2.0 ne parlent pas la langue de Cupidon.

La miraculeuse apparition et l’intensité des regards échangés, voilà ce qui manque dans les rencontres arrangées d’internet où, comme dans un self-service, chacun choisit avec qui il veut rentrer en contact.
Ce n’est pas sur Meetic que le coup de foudre arrive mais bien dans les rues de Buenos Aires. Alors comment faire pour ne pas passer à côté ? Il suffit, comme le chante Daniel Johnston, de marcher à la lumière et de bien regarder. C’est ce que Martin et Mariana s’efforcent de faire en brisant la carapace de verre dans laquelle ils se sont enfermés. Prisonniers de l’écran d’ordinateur et de la vitrine du magasin de mode, coincés dans ces espaces intermédiaires à mi-chemin entre réalité et irréalité, ils se libèrent à la lumière renaissante du printemps.

À la construction verticale des architectures qui éloignent plus qu’elles ne rapprochent, aux kilomètres de câbles horizontaux qui séparent plus qu’ils n’unissent, Martin et Mariana répondent par la déconstruction émancipatrice et, perçant un mur aveugle, font apparaître une fenêtre où pénètre la lumière scintillante qui oriente le regard vers les cœurs solitaires.

Laurent Blanc, c’est la vraie diversité !

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Samir Nasri. photo : Ronnie Macdonald (Flickr)

Le procès intenté à Laurent Blanc n’est pas seulement injuste, il est scandaleux. Comme souvent, quelques Torquemada de bac à sable se sont jetés sur une proie. Pourtant, la binationalité dans le football est un problème réel. Quant à la volonté de diversifier les profils techniques et physiques des joueurs, je la trouve pour ma part fort louable.

Laurent Blanc est accusé d’avoir approuvé le principe d’une limitation par voie de quotas du nombre de joueurs susceptibles d’opter pour une sélection étrangère, autrement appelés « binationaux ». Cette idée est peut-être inopportune et inefficace. On devrait néanmoins remercier Laurent Blanc et François Blaquart, directeur technique national, de se soucier du fait que les deniers publics servent la sélection nationale plutôt que les sélections rivales.

Il est par ailleurs totalement faux que les quotas sont rigoureusement interdits dans le football. Certes les quotas ethniques sont illégaux et c’est heureux. En revanche, chaque samedi, les dirigeants des clubs professionnels qui s’affrontent dans les championnats doivent aligner des équipes comportant au plus trois joueurs ressortissants de pays extra-européens. Jusqu’au funeste arrêt Bosman de la Cour de justice de Luxembourg, en 1996, il ne s’agissait pas d’un quota hors-UE mais d’un quota de « non-sélectionnables » en équipe nationale. Huit joueurs sélectionnables en équipe de France devaient donc être alignés par les entraîneurs dans les clubs français.[access capability= »lire_inedits »]

La discrimination des « petits gabarits »

C’est ainsi que, jusqu’à cette décision des juges européens, les joueurs « binationaux », afin de ne pas compter comme « étrangers » dans leur club, optaient naturellement pour la sélection française. Grâce à ce quota, un joueur comme Zidane, de parents algériens, choisit naturellement l’équipe de France. Sans l’arrêt Bosman, on peut penser que Erding, l’avant-centre du PSG, ou Moussa Sow, le meilleur buteur du championnat de France, l’auraient imité au lieu de se laisser tenter par les sélections turque et sénégalaise. Comme toujours, ce sont les institutions européennes non élues qui ont créé la chienlit. Leur soif de détruire les États-nations et de promouvoir l’idéologie néolibérale les ont conduites à détruire les équilibres économiques, sociaux et culturels qui prévalaient jusqu’alors et qui, dans le cas d’espèce, permettaient aux petits clubs de conserver beaucoup plus longtemps les joueurs qu’ils avaient formés.

On reproche par ailleurs à Laurent Blanc d’avoir voulu instaurer une politique discriminatoire à l’encontre des jeunes Noirs à l’entrée des centres de formation. Or, ce qu’il voulait, au contraire, c’était rééquilibrer le recrutement non pas en fonction de l’origine mais des qualités physiques, autrement dit mettre fin à la discrimination que subissaient les « petits gabarits » − de toutes origines. D’où sa fameuse phrase sur « les Espagnols et les Blacks »[1. La phrase prêtée à Laurent Blanc est : « Les Espagnols, ils disent :  » Nous, on n’a pas de problème. Des Blacks, on n’en a pas. » »]. Pendant des années, la Direction technique nationale, contrairement aux centres de formation de certains clubs professionnels, a favorisé la détection de jeunes joueurs sur la base des qualités athlétiques. Ainsi, les « pôles Espoirs » avaient refusé le jeune Marvin Martin, meilleur passeur du championnat de France. Une radio du poignet – dite « âge osseux » − avait conclu que sa taille adulte présumée (1,71m) serait insuffisante. Refusés à la fois par la DTN et par les clubs, certains joueurs ont dû s’expatrier, à l’instar d’Antoine Griezmann, champion d’Europe des moins de 19 ans, installé en Espagne. Ce choix technique a abouti au recrutement d’une forte proportion de jeunes Antillais ou de jeunes gens d’origine africaine, souvent plus en avance physiquement à l’adolescence. Et c’est évidemment ce choix technique et physique que Laurent Blanc a voulu remettre en cause pour ouvrir le football national à tous les types de joueurs, politique soutenue par Zinedine Zidane, qui s’est notamment traduite par la nomination de Samir Nasri au poste de capitaine le 25 mars. Lui prêter l’ombre d’un sentiment raciste est tout simplement obscène.[/access]

Le retour de Monsieur Monde

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Chaque vendredi, pendant vingt semaines et pour quelques euros supplémentaires, le lecteur du Monde pourra s’offrir un volume regroupant trois romans de Simenon que Pierre Assouline a classés de manière thématique.

Cela le promènera dans la géographie de l’auteur (de Côte d’Azur à New York en passant par la Vendée, Paris et Liège) dont l’univers romanesque regorge de névroses intimes et mortifères qui forment un continent aux richesses sous-exploitées (Suicides, Alcool, Solitudes).

Au vu des soixante titres choisis, ce classement, loin d’être arbitraire, constitue la porte d’entrée idéale pour lire ou relire un écrivain au statut paradoxal. Il y a encore dix ans, la chose aurait d’ailleurs été inimaginable. Un grand quotidien du soir, resté pour beaucoup une référence, n’aurait jamais célébré un écrivain à l’étiquette infamante d’auteur populaire. Question de standing.
C’était, et cela reste en partie, le problème de Simenon : on veut bien reconnaître le phénomène de foire, l’homme qui a écrit des centaines de romans, connu des milliers de femmes, voyagé sur tous les continents, créé avec Maigret le personnage de flic le plus célèbre au monde mais pour le reste, ne prétendons pas qu’il s’agit d’un des génies littéraires du vingtième siècle.

Eh bien si, justement.

Et qu’on ne se contente pas de dire avec André Gide, orfèvre du baiser qui tue, qu’ « il est le plus grand romancier du vingtième siècle ». Romancier et non écrivain, n’est-ce pas ? Pour Gide, archétype du « grantécrivain » comme dirait Noguez, raconter une histoire est toujours un peu vulgaire. Le roman serait, par essence, un genre mineur. Lorsque Simenon sort des sentiers qu’on lui avait assignés en écrivant son autobiographie fondatrice Pedigree, Gide lui laisse d’ailleurs entendre, un peu pincé, qu’il trouve les Maigret plus réussis… Joue dans ta catégorie, petit…

On peut espérer que cette ambiguïté disparaîtra définitivement après la publication des trois volumes de Simenon en Pléiade et son adoubement par Le Monde.

Mais, comme rien n’est moins sûr, j’aimerais apporter quelques éléments au dossier de la défense pour vous convaincre que Simenon, c’est beaucoup plus que Simenon. Je pourrais commencer par souligner son caractère proprement universel puisqu’il a réussi à toucher tous les pays et toutes les couches sociales. Je pourrais aussi insister sur son style, indéfinissable à force de simplicité et d’évidence ou bien noter son usage canonique de l’alternance passé simple/imparfait, et sa capacité à restituer la vérité d’un milieu, d’un climat ou d’une époque. Je pourrais enfin remarquer son refus du tropisme très français qui consiste à insérer une maxime ou un aphorisme en plein milieu du récit. Cela explique sans doute pourquoi il est l’auteur le plus traduit au monde.

Mais ce qui, à mon humble avis, fait de Simenon l’un des plus grands du XXème siècle, c’est qu’il a su peindre une figure radicalement nouvelle dans la littérature. Celle de l’homme seul, d’une solitude qui n’a plus rien de commun avec l’isolement romantique. L’homme seul est le produit d’un monde qui se rétrécit, s’urbanise et se déshumanise dans une série de carnages industrialisés dont la Grande Guerre de 1914 marque le commencement.

Certes, cette figure est aussi incarnée par le narrateur de la Recherche du temps perdu et le Bardamu du Voyage au bout de la nuit bientôt suivis par Le feu follet de Drieu, L’Etranger de Camus ou le Roquentin de La Nausée. N’en déplaise à un certain snobisme intellectuel, Simenon fait jeu égal avec ces géants et les dépasse même parfois. Au fond, ce qu’on ne lui pardonne pas, c’est d’avoir mis la métaphysique à la portée de la ménagère croate de moins de cinquante ans et l’existentialisme à celle du chauffeur de taxi japonais qui le lit entre deux courses.

Faites l’expérience. Lisez Thérèse Desqueyroux de Mauriac et La vérité sur Bébé Donge de Simenon, deux romans qui racontent rigoureusement la même histoire – une femme tente de tuer son mari en l’empoisonnant. Honnêtement, dans le secret de votre âme, demandez-vous lequel des deux a le mieux vieilli. Faites de même en comparant La Nausée de Sartre avec Le Bourgmestre de Furnes ou La fuite de Monsieur Monde avec L’Etranger de Camus. Verdict ?

Le lecteur honnête voit en Simenon le peintre de l’absence à soi-même, de ce que les philosophes et les psychologues appellent joliment l’escapisme qui consiste à fuir sa vie quotidienne en disparaissant ou en se détruisant dans des conduites déviantes comme la toxicomanie ou l’alcoolisme – que Betty[1. adapté par Chabrol avec une inoubliable Nadine Trintignant] illustre admirablement. C’est ce don unique qui fait de Simenon un contemporain capital.

Proust remarquait dans son Contre Sainte Beuve qu’il était désolant de perdre son temps à lire les journaux quand on en avait si peu dans une vie pour lire Pascal. Ironiquement, il suggérait même au Figaro de placer des extraits des Pensées en première page. D’une certaine manière, c’est ce que fera Le Monde avec Simenon.


Une étincelle d’espoir en Chine

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Le suicide est une porte de sortie honorable face aux épreuves que la vie nous réserve. Que des milliardaires chinois l’empruntent laisse néanmoins perplexe. A quarante ans, ils ont fait fortune. L’avenir devrait leur sourire. Ce n’est pas le cas. Ils savent que planent sur leur existence, sur celle de leur famille ou de leurs proches des menaces à peine formulables, car en dépit de tout ils aiment leur pays et sont fiers de sa réussite. Mais ils ne sont pas dupes non plus : la corruption, les trahisons, une exploitation féroce doublée de formes inédites de colonialisme gangrènent la société.

Alors, certains se pendent dans leur usine, ulcérés qu’on ait osé leur fournir des matériaux cancérigènes pour fabriquer des jouets. D’autres se demandent à quoi rime cette course insensée au profit. Les plus astucieux se retrouvent au Canada ou en Australie d’où ils contemplent effarés les bonds en avant d’un empire en porcelaine.

D’autres, dégoûtés, déshonorés, honteux d’avoir participé à cette curée décident d’en finir. La presse s’en émeut. Ne désespérons pas de l’Empire du Milieu s’il pousse même ses milliardaires au suicide.

Midi à Manhattan…

Si l’affaire DSK a un tel retentissement, c’est peut-être bien parce que la « pulsion » ne cesse de nous poser problème. Mais qu’est-elle, au juste ? Une pression, plus ou moins agréable, que l’on cherche à réduire quand elle est trop haute, à augmenter quand elle est trop basse, en vertu d’un principe dit « de constance ». Le problème, c’est que le principe de constance, eh bien, ça ne nous plaît pas toujours – c’est quand même la porte ouverte à une « vie de fonctionnaire ». C’est rassurant, certes, mais un peu ennuyeux sur les bords…

Et puis, y’a pas que l’économique, dans la vie ; le FMI, nous, ça nous excite moyen.
Et il semblerait que nous ne soyons pas les seuls, comme en témoigne le déferlement médiatique autour de l’affaire DSK. En effet, qu’on se le dise, la pulsion n’existe que par rapport à un fantasme. Ne la cherchez pas au coin de la rue, elle n’y est pas.

La réalité s’appréhende à travers un fantasme de toute-puissance sadique ou maso… La mise en acte, elle, est versée au compte de la pulsion. Le fantasme, qu’on le veuille ou non, ça nous tient au corps, ça nous tient le corps. De là à en faire des folies, il n’y a qu’un pas que nous franchissons tous allègrement, au moins dans nos rêveries les plus inavouables. Et dans cette malheureuse affaire, c’est sans doute de nos constructions mentales les plus inaccessibles, les plus refoulées, les plus inconscientes qu’il s’agit.[access capability= »lire_inedits »]

Le drame DSK réunit tous les ingrédients d’un grand polar à l’américaine: l’argent, le pouvoir, le sexe, la femme noire et pauvre , le juif riche et puissant… Mais pour de vrai et en temps réel. Évidemment, c’est chez l’oncle Sam que ça se passe. Alors bien sûr, ça nous fascine ! L’Amérique, c’est l’Amérique ! DSK l’aimait, il voulait l’avoir, il l’a eue et elle l’a eu.

L’Amérique nous a tous eus. Nous ne savons rien de cette affaire, mais les spéculations vont bon train. La gamme des arguties pseudo-psychanalytiques va du :« DSK est coupable, c’est un acte manqué ! » au «Il a échoué par crainte du succès !»en passant par « C’est son inconscient qui a cédé suite à une lutte féroce entre Éros et Thanatos ! » sans oublier « L’exercice du pouvoir fragilise la capacité de séduction », etc, etc. Il apparaît clairement que la machine à fantasmer (la nôtre) s’en donne à cœur joie ou à cœur triste, c’est selon.

De DSK, on ne peut rien dire, de la sexualité des hommes de pouvoir en général et à la louche, pas davantage. Non, la seule chose dont on peut parler, c’est de notre propre effroi. Et il est incommensurable. Il réveille les traumatismes et suscite les identifications imaginaires et politiques des névrosés apeurés ou des paranos en quête de coupables.

DSK est – on est tenté d’écrire était − en effet un homme public, un homme de la République, un homme de la chose publique. Et à ce titre une chose − das Ding, comme dirait l’autre −, c’est-à-dire, pour aller vite, quelque chose d’inaccessible, tout autant que la Dame pour laquelle les troubadours d’antan se donnaient tant de mal, quand bien même ils ne l’avaient jamais vue et ne la verraient jamais.

Illusion tenace à laquelle on aimerait bien croire autant qu’au Père Noël. Parce que si nous pouvons nous accorder sur le fait que le Père Noël est une ordure, c’est tout simplement parce que nous savons qu’il n’existe pas pour de vrai. Mais quand il s’agit d’un puissant, un peu, beaucoup, mis en place d’idéal mais fait de chair et d’os comme nous, alors là, on n’en revient pas de ce qu’on trouve dans sa hotte !

On peut cependant s’interroger sur ces féministes militantes qui rappellent avec véhémence que les femmes ne cessent d’être harcelées, violentées, méprisées par des hommes tout-puissants. Ces super-professionnelles, super-mamans, super-organisées et super-bien-pensantes, on se demande bien ce qui les fait courir. Elles n’ont pas tort, bien sûr, mais que voulait-elle dire, l’autre jour à la radio, celle qui, après avoir dénoncé la vilénie masculine, prétendait qu’elle n’aurait pas peur de prendre l’ascenseur avec un des journalistes de l’émission ? Le supposait-elle impuissant ?

Elle n’aurait donc jamais éprouvé le frisson qui parcourt l’échine d’une femme quand un homme, quel qu’il soit, mais plus encore quand il est riche et célèbre, jette un regard sur elle ? Ne s’est-elle jamais rendue à un rendez-vous avec le souhait de séduire l’homme qu’elle venait interviewer ? À nier ainsi le désir féminin sous prétexte de ne pas justifier l’intolérable, les féministes vont finir par obliger toutes leurs consœurs à payer la note au resto ! C’est pas que, mais quand même… ça fait quand même un peu partie des avantages en nature qui compensent les disparités salariales.

Reste la question de l’ « addiction » au sexe dont on voudrait affubler certains hommes (comme si les femmes en étaient dépourvues). Il y a là un abus de langage. Dans l’addiction, il y a un objet et la question de savoir si la bouteille est d’accord ou pas ne se pose pas. Dans le sexe, on a affaire à de l’humain, du relationnel, de l’attente imaginée ou réelle et l’humain peut, contrairement à la bouteille, la dose d’héroïne ou la cigarette, ne pas se laisser faire ou se plaindre s’il était menacé. Comme le disait Freud, la bouteille, elle, est dénuée de toute ambivalence …

Oui, la vie peut basculer pour DSK comme pour nous tous, d’un jour à l’autre, d’une minute à l’autre. N’est-ce pas cela qui nous excite, nous fait peur, nous attire ? Et nous rappelle ce par quoi nous sommes déjà passés, au mieux dans nos fantasmes, au pire dans la vraie vie, et que, sans relâche, nous cherchons à oublier ?

L’histoire de DSK, que nous ne pouvons qu’imaginer, c’est l’histoire d’une vie, la vie comme nous la comprenons tous, et nous ressentons peut-être ce qu’écrivait Octave Mirbeau dans sa dédicace à Jules Huret du Journal d’une femme de chambre : « C’est que nul mieux que vous, et plus profondément que vous, n’a senti, devant les masques humains, cette tristesse et ce comique d’être un homme… Tristesse qui fait rire, comique qui fait pleurer les âmes hautes… ».[/access]

Faut-il légaliser le clito ?

Ce n’est pas parce qu’on a successivement ouvert une parenthèse libérale jamais refermée, voté Maastricht et fabriqué l’euro qu’il faut continuer à s’enquiquiner avec des détails techniques d’ordre économique : Merkel, Trichet, et Moody’s font ça très bien.

C’est en tout cas ce que doit se dire la gauche lib-lib[1. Libérale-libertaire] hexagonale. Sourds à l’inconvenant bruit de fond émis par les turbulents bouffeurs d’olives du Club-Med qui, de la Grèce à l’Espagne, semblent opter pour une violence physique qui prouve à quel point ils sont mal élevés, les lib-lib français ont décidé quant à eux d’avancer sur des sujets de fond. En effet, peut-être ne le saviez-vous pas, mais l’heure est grave : la France est en retard.

En retard sur quoi ? Mais sur l’évolution des mœurs, bien sûr ! Cette France patriarco-phallocratique où l’on préfère les vieilles lunes bourgeoises au bonheur de jouir sans entrave et où des profs atrabilaires et sous-payés s’obstinent à nuire à la spontanéité créative de l’adolescence en continuant à faire passer l’épreuve éculée du bac de philo, cette « France moisie » aux relents autoritaristes n’a pas fait sa révolution sociétale.

Par chance, la gauche lib-lib a passé une semaine marathon à tenter d’y remédier. Dès mardi 14 juin, elle était sur le pied de guerre pour essayer d’arracher à un Parlement frileux le vote d’une loi éminemment progressiste autorisant le mariage gay. En vain, ce qui prouve combien notre pays est gangrené par le conservatisme. Pourtant, le marieur de Bègles Noël Mamère se montra très convaincant, lorsque, n’écoutant que son courage, il harangua ses collègues députés en ces termes : « vous ne pourrez pas rester longtemps à la traîne ! ». Mais il y eut, dans ce débat bien d’autres saillies croquignolesques, comme celle de cette députée socialiste s’étonnant elle-même de défendre aujourd’hui une institution archaïque qu’elle conspuait dans ses vertes années « si il y a quarante ans, quand je prônais plutôt l’union libre, on m’avait dit que je défendrais un jour le mariage ! ».
C’est vrai, ça, qui l’eût cru, à l’époque où cette élue du peuple tétait probablement des joints sur le plateau du Larzac ?

Fumer des joints en toute quiétude, voilà l’une des autres avancées majeures proposées cette semaine par la gauche lib-lib, par la voix de l’ancien ministre de l’Intérieur Daniel Vaillant. Constatant l’échec des modalités actuelles de la lutte antidrogue, et la piètre qualité de la ganja consommée dans les cages d’escalier, Vaillant suggère en effet de légaliser le cannabis pour « fumer mieux », c’est-à-dire moins toxique, l’Etat étant chargé de garantir la qualité du produit. Que n’y a-t-on pensé plus tôt ! En plus, ça coupera la « beuh » sous le pied des trafiquants, qui se reporteront immédiatement sur le deal de crack. Rusé !

Dans un ultime spasme de responsabilité, l’ex-premier flic précise tout de même : « moi, je n’ai jamais fumé un joint ». Pas comme Jospin…

Mais la gauche lib-lib, ce ne sont pas que d’anciens ministres et des députés. Ce sont aussi de nombreuses associations qui font chaque jour sur le terrain un travail remarquable. Comme « Osez le féminisme », par exemple, qui lutte sans relâche pour une meilleure répartition homme-femme de l’usage de l’aspirateur. Le 20 juin, ces militantes courageuses clôtureront en fanfare la folle semaine de la gauche lib-lib en organisant un événement signalé ici par David Desgouilles. Dans le cadre de leur grande campagne « Osez le clito », les « Indignées » du balai-brosse lancent ce lundi « une action coup de poing dans Paris et une quinzaine de villes en France » pour promouvoir le clitoris.
L’objectif ? A priori, aucun. Mais il parait que toutes les participantes homosexuelles désireuses de se marier se verront offrir un pétard garanti 100% bio.

Cette semaine, avec la gauche lib-lib, on a vraiment brossé tous les sujets qui dérangent. Profitons-en, car la semaine prochaine, il paraît qu’on reparle du chômage…

Assad n’est pas seulement un criminel de masse : il tue aussi à l’unité

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Décidément Bachar el-Assad a de sérieux problèmes. Il y a une semaine il s’est vu proposer les services de Maître Vergès, ce qui n’est jamais bon signe, et maintenant, malgré les efforts considérables pour l’enterrer, c’est l’affaire Rafiq Hariri qui refait surface… Ainsi, après un long silence, Detlev Mehlis, le juge allemand qui dirigeait jusqu’à 2009 l’UNIIIC – l’organisme onusien chargé de l’enquête sur cet assassinat – n’a pas hésité à désigner le président syrien comme commanditaire direct du meurtre de l’ancien premier ministre libanais.

Interviewé par une radio allemande, le juge Mehlis a évoqué sans détours les résultats de l’enquête qu’il a dirigée pendant quatre ans. Selon lui, le fond de l’affaire est simple : gêné par la politique d’Hariri, Assad a personnellement et directement donné l’ordre de le liquider. Selon Damas, feu le Premier ministre a manœuvré – en collaboration avec les Etats-Unis et la France – pour mettre fin à la domination syrienne au Liban ainsi qu’à désarmer la milice chiite Hezbollah, alliée principal de Damas dans le pays du Cèdre.
Cette information tombe au moment même où l’on apprend que les services de renseignement américains et saoudiens ont averti Saad Hariri, fils de Rafic et, jusqu’il y a une petite semaine, premier ministre du Liban, qu’au cas d’un retour au pays, sa vie serait menacée par devinez qui. A Damas, on aimerait monter une opération de diversion, et quoi de mieux qu’une nouvelle guerre civile au Liban avec comme bonus un embrasement potentiel de la frontière israélienne ? D’ailleurs, sans attendre ces récents avertissements Hariri junior s’est bien gardé de remettre les pieds au Liban, pays qu’il a quitté il y a presque deux mois déjà.

Tout cela n’empêche bien évidemment pas le Liban, membre non permanent du conseil de sécurité de l’ONU, de s’opposer farouchement à tout tentative d’adopter une résolution condamnant la Syrie pour sa manière d’animer le printemps arabe sur son territoire.

Bachar continue à parler, les Turcs se préparent à agir

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Faut-il croire Bachar el-Assad ? Certes, le troisième discours du président syrien sonne comme un best of des deux précédents : le « grand dialogue national », les condoléances aux familles de martyrs (il ne manque pas d’air) et l’engagement solennel d’écraser les «gangs armés» et le fameux « complot de l’étranger »… Mais en même temps, Assad innove un peu et promet des élections en août (donc pendant le ramadan) et des réformes en septembre… On est un peu perplexe et comme Daoud Boughezala, on se demande s’il ne vaut pas mieux regarder ce que fait Maher plutôt qu’écouter ce que dit son frère aîné Bachar…

En Turquie, grande voisine et –géostratégie oblige– acteur clé de la crise syrienne, on n’a pas hésité : Bachar el-Assad était encore en train de savourer ses applaudissements que le communiqué d’Ankara était déjà diffusé par les agences de presse : Ersat Hurmuzlu, conseiller du président turc, Abdullah Gul, a accordé au président syrien une petite semaine avant « une intervention extérieure ». Ni septembre, ni août : la semaine prochaine et en espèces !

En clair, Erdogan commence à en avoir marre de son « ami », et si Bachar ne bouge pas rapidement et radicalement, la Turquie se sentira autorisée à ne plus respecter la souveraineté syrienne et ses forces armées établiront une zone tampon le long de la frontière où les réfugiés seraient à l’abri de la répression. Autrement dit, Ankara deviendrait garant de la sécurité des Syriens se réfugiant sur leur propre territoire à cause des exactions de leur propre gouvernement…

Les Turcs comprennent parfaitement qu’une telle situation risque de dégénérer en conflit (comment réagir si les services syriens procèdent à des arrestations parmi les réfugiés massés du côté syrien de la frontière ?) mais croient pouvoir le contenir.

Et surtout, quels que soient les risques encourus, on sent bien que l’envie démange très très fort Erdogan, un an à peine après l’arraisonnement Mavi Marmara, de s’inviter à nouveau dans le kriegspiel proche-oriental, histoire de démontrer au monde entier, et plus spécialement aux Européens, à quel point il est indispensable…

La double erreur de Caroline Fourest

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S’il y a une chose qui conduit à coup sûr au contresens, c’est la lecture du réel sous un prisme unique et jamais renouvelé, une sorte de filon, comme celui qu’a trouvé Caroline Fourest avec le Front national. Dans une tribune consacrée samedi 18 aux questions d’économie, Fourest, qui n’y entend rien, ramène bien vite son raisonnement à ce qu’elle connaît : le « double discours » du FN. Et se prend les pieds dans le tapis au passage.

Ainsi, la journaliste écrit-elle: « Le FN parle de revenir au franc sur la base « 1 franc = 1 euro ». Un slogan simple, mais qui prend le risque de transformer la France en pays du tiers-monde. Chaque Français se retrouvant du jour au lendemain non plus avec 100 euros en poche, mais avec 100 francs ».
Horreur ! Si on appliquait ce programme, chaque français se retrouverait demain avec 100 francs en poche valant très exactement…100 € ! Autrement dit il se serait passé un énorme…rien ! Effroyable perspective !

Car pour qu’il se passe quelque chose, il faudrait que le retour au franc soit suivi d’une dévaluation. Fourest s’inquiète aussitôt pour les braves gens : « certes, la baguette de pain aura baissé, mais pas les produits manufacturés importés ! Ni l’essence (…) ce qui revient à faire exploser le coût de la vie ».
Pour la baguette de pain, c’est une bonne nouvelle. Pour l’essence, moins. Sauf qu’ici, la solution n’est pas monétaire mais fiscale puisque le coût de l’essence dépend du taux de la taxe intérieure sur les produits pétroliers. Quant au prix des produits importés, qu’ils augmentent ! Nos producteurs nationaux en seront les premiers ravis, qui vendront davantage de produits français à l’intérieur, mais aussi à l’extérieur, avec la hausse des exportations que nous vaudrait à coup sûr une monnaie moins forte.

La première erreur de Caroline Fourest est donc une erreur de raisonnement. En voulant toujours tout « frontnationaliser », on finit par raconter des sottises.
La seconde erreur est de croire qu’on ramènera dans le giron de la gauche l’électorat tenté par le vote « mariniste » en lui racontant des sornettes visant à le terroriser.

Raconter des sornettes ? Présenter une vision apocalyptique de l’avenir pour récolter les fruits de la panique populaire ? N’est-ce pas justement ce que Caroline Fourest et Fiammetta Venner reprochent au Front national dans leur ouvrage Marine Le Pen ?

Le sanglot du mâle blanc

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photo : pyntofmyld (Flickr)

Pour lancer leur nouvelle formule, les dirigeants du Nouvel Obs n’avaient sans doute pas choisi leur « une » au hasard. on peut donc considérer que le titre de ce numéro paru le 12 mai, deux jours avant que la bombe DSK éclate à la figure de la gauche, a valeur programmatique pour l’hebdomadaire de la gauche à grande conscience –
celle de classe étant un peu défraîchie.

On peut dire que l’Obs a eu le nez creux. la défiance à l’égard des élites n’est pas née avec l’affaire DSK, mais quelques phrases maladroites de ses amis ont suffi à renforcer, dans la France du métro et des bistrots, la conviction qu’il existe, à côté et à des années-lumière d’elle, une caste de nantis qui se serre les coudes en se fichant bien de ce que vit le populo. le fond de l’air est jacobin.

En bons disciples de Stéphane Hessel, nos confrères ont donc sélectionné le sujet le plus digne d’indignation. salauds de riches ! bien sûr, on parle des riches de droite, car on suppose que l’Obs ne veut pas insulter ses lecteurs, dont une partie notable appartient à ce que les publicitaires appellent les csp +, c’est-à-dire aux couches les plus aisées de la population, mais que le scandale des sans-papiers, des sans-logis ou de la Palestine empêche de dormir. Non, l’Obs parle des vrais riches, ceux qui n’ont jamais été maos[1. Il faut être juste, l’obs n’est pas seul à creuser ce sillon. le point, journal des libéraux-raisonnables, a récemment consacré une cover aux « Amis du Fouquet’s »].

« Ils ont tout ! », proclame l’hebdo, illustrant son propos par une insolente rolls-royce dont la statuette a été remplacée par l’effigie de Marianne. « Ils », la nouvelle oligarchie française. car en se convertissant au libéralisme, l’élite citoyenne d’hier s’est transformée en « hordes de pillards sans foi ni loi ». saluons cette autocritique implicite d’un journal qui, depuis vingt ans, a applaudi à toutes les étapes de la conversion de la gauche à une mondialisation menée sous l’enseigne des marchés. et applaudissons par ailleurs le dévouement de laurent joffrin qui s’inflige de participer aux dîners du « siècle » où se croise le gratin de la politique, de l’entreprise et des médias mais où, nous apprend-il, il ne se passe rien d’autre que la « reconnaissance mutuelle des puissants ». D’autant plus que, paraît-il, le dîner est médiocre.[access capability= »lire_inedits »]

Ils ont tout, mais quoi ? eh bien, c’est simple: « l’argent, le pouvoir, les privilèges ». Etrange que des hommes de gauche soient aussi attentifs à la richesse et à ses attributs, mais après tout peut-être sont-ils en train d’inventer le matérialisme posthistorique. il est surtout curieux qu’un journal qui dénonce inlassablement le populisme et traque sans répit ceux qui « flattent les mauvais instincts du peuple » sollicite la disposition la plus déplaisante et la plus répandue de l’esprit humain – l’envie. On l’aura compris, si certains
n’ont rien ou disons pas assez, c’est de la faute de ces profiteurs. les nantis à la lanterne ! et ceux-là, on a le droit et même le devoir de les stigmatiser pour employer un terme cher à mes confrères. Vous avez dit populiste ?

On me permettra cependant de contester le diagnostic de l’Observateur qui nous annonce que nous sommes en 1788, ce qui lui permet d’emballer son appel au ressentiment dans une mythologie égalitaire qui mériterait plus ample discussion. en fait d’abolition des privilèges, on a l’impression que la France excédée veut surtout que les privilèges changent de camp. À notre tour d’en croquer !

Plutôt qu’en 1788, nous sommes peut-être en 1793, ce qui est beaucoup moins amusant. les possédants, les dominants, occupent aujourd’hui dans l’imaginaire collectif, la place de ceux que les hommes de 1793 appelaient « scélérats ». Dans ces conditions, on comprend qu’une partie de la gauche ait envie de faire oublier qu’elle représente les classes aisées et la bourgeoisie éclairée – « une troupe aimable et diserte d’hommes blancs, le plus souvent chauves et replets », résume Joffrin – en s’affirmant comme l’inflexible représentante des humiliés et des offensés, ou plus exactement de certains d’entre eux, le « petit blanc » ayant définitivement été abandonné au Fn au profit des nouveaux opprimés ontologiques que sont les immigrés et leurs descendants. Infichue de penser les conséquences d’une mondialisation qu’elle a à la fois organisée et subie, incapable de comprendre la sécession de classes populaires auxquelles elle a renoncé à parler, la gauche convenable en serait-elle réduite à surfer sur l’esprit de convoitise ? Mes honorables confrères rêvent de bastilles à prendre. ils devraient méditer l’observation de stendhal qui, tout admirateur de la révolution française qu’il fût, y voyait aussi le déchaînement de ces passions tristes que sont « l’envie, la jalousie et la haine impuissante ».[/access]

Pas de GPS pour la Carte du Tendre

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Pilar López de Ayala

Comme pour manifester la présence des âmes esseulées, des lumières clignotent ici et là sur les hauteurs de la ville endormie. C’est l’heure où les insomniaques, désespérant de trouver la paix, se résignent à rallumer leur ordinateur pour noyer leur solitude dans l’errance virtuelle.
Jeux en ligne, forums, chats, mails, sites d’information, de partage de vidéos et de musiques, réseaux sociaux sont autant de calmants stériles qui créent l’illusion d’être relié au monde et font oublier la chair de la vie. Tel est le désolant spectacle de cette société de réseaux, aux innombrables écrans froids, véritables remparts artificiels à la dynamique imprévisible et chaleureuse des relations humaines. C’est cette société qui s’abîme dans un mal-être enkysté de phobies en tout genre que filme Gustavo Taretto dans son premier long-métrage, Medianeras.

Sites web et antidépresseurs

Mais rassurez-vous, le spectateur ne quitte pas la salle de cinéma avec la tête encombrée d’idées noires. Bien au contraire, le cinéaste argentin n’est affecté ni de l’esprit de sérieux, ni du fatalisme. Il parvient à insérer sa critique anthropologique de l’information dans une comédie romantique à l’humour décapant où l’espoir prend le pas sur le désarroi et où les sentiments ne sont pas défigurés par la mièvre dérision.

Il est étonnant – ou pas ? – que la fraîcheur film soit passée presque inaperçue. Comment ne pas apprécier l’habileté avec laquelle Gustavo Taretto jongle avec l’hétérogénéité des supports, allant du dessin animé à la photo, le judicieux usage de la voix-off, l’éclairage apporté par la chanson « True love will find you in the end » de Daniel Johnston, la référence au film culte de Woody Allen, Manhattan, et les amusantes métaphores ?

L’histoire se déroule à Buenos Aires et met en scène deux trentenaires, Martin, créateur de site web et Mariana, décoratrice de vitrines de mode. Martin passe son temps libre à créer des jeux vidéo pour lutter contre l’addiction aux antidépresseurs. Mariana, elle, cherche, loupe en main, un certain Charlie qui reste introuvable, lorsqu’elle n’est pas en train de fantasmer sur son unique colocataire, un mannequin de cire. Habitant l’un en face de l’autre, ils se croisent parfois mais ne se rencontrent jamais. Pourtant le spectateur comprend très vite que ces deux-là sont faits pour vivre ensemble. À tour de rôle et en voix-off, Martin et Mariana livrent leurs réflexions sur la modernité aliénante, expliquent la relation personnelle qu’ils entretiennent avec leur ville, l’un à travers la narration et l’autre à travers l’image (Martin prend des photos pour mieux voir ce qui passe inaperçu. Mariana se passionne pour l’histoire des monuments) et évoquent leurs angoisses existentielles et la débandade de leurs vies amoureuses.

Martin et Mariana ont beau être dépressifs, hyper-anxieux, hypocondriaques, agoraphobes, claustrophobes, drogués aux tranquillisants, ils ne se laissent pas abattre. Leur obstination à croire à l’Amour, le seul, l’unique, le vrai, celui qui parle la langue muette des sourires confiants et tendres auxquels les petits cœurs fragiles s’accrochent pour goûter au bonheur d’une vie à deux, les maintient en haleine.
Mais comment trouver l’âme sœur lorsque la construction architecturale de l’espace urbain cloisonne, lorsque la foule rend anonyme et lorsque la pollution visuelle des images publicitaires brouille le regard ? La carte du tendre du XXIe siècle n’a pas de GPS et les romances 2.0 ne parlent pas la langue de Cupidon.

La miraculeuse apparition et l’intensité des regards échangés, voilà ce qui manque dans les rencontres arrangées d’internet où, comme dans un self-service, chacun choisit avec qui il veut rentrer en contact.
Ce n’est pas sur Meetic que le coup de foudre arrive mais bien dans les rues de Buenos Aires. Alors comment faire pour ne pas passer à côté ? Il suffit, comme le chante Daniel Johnston, de marcher à la lumière et de bien regarder. C’est ce que Martin et Mariana s’efforcent de faire en brisant la carapace de verre dans laquelle ils se sont enfermés. Prisonniers de l’écran d’ordinateur et de la vitrine du magasin de mode, coincés dans ces espaces intermédiaires à mi-chemin entre réalité et irréalité, ils se libèrent à la lumière renaissante du printemps.

À la construction verticale des architectures qui éloignent plus qu’elles ne rapprochent, aux kilomètres de câbles horizontaux qui séparent plus qu’ils n’unissent, Martin et Mariana répondent par la déconstruction émancipatrice et, perçant un mur aveugle, font apparaître une fenêtre où pénètre la lumière scintillante qui oriente le regard vers les cœurs solitaires.

Laurent Blanc, c’est la vraie diversité !

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Samir Nasri. photo : Ronnie Macdonald (Flickr)

Le procès intenté à Laurent Blanc n’est pas seulement injuste, il est scandaleux. Comme souvent, quelques Torquemada de bac à sable se sont jetés sur une proie. Pourtant, la binationalité dans le football est un problème réel. Quant à la volonté de diversifier les profils techniques et physiques des joueurs, je la trouve pour ma part fort louable.

Laurent Blanc est accusé d’avoir approuvé le principe d’une limitation par voie de quotas du nombre de joueurs susceptibles d’opter pour une sélection étrangère, autrement appelés « binationaux ». Cette idée est peut-être inopportune et inefficace. On devrait néanmoins remercier Laurent Blanc et François Blaquart, directeur technique national, de se soucier du fait que les deniers publics servent la sélection nationale plutôt que les sélections rivales.

Il est par ailleurs totalement faux que les quotas sont rigoureusement interdits dans le football. Certes les quotas ethniques sont illégaux et c’est heureux. En revanche, chaque samedi, les dirigeants des clubs professionnels qui s’affrontent dans les championnats doivent aligner des équipes comportant au plus trois joueurs ressortissants de pays extra-européens. Jusqu’au funeste arrêt Bosman de la Cour de justice de Luxembourg, en 1996, il ne s’agissait pas d’un quota hors-UE mais d’un quota de « non-sélectionnables » en équipe nationale. Huit joueurs sélectionnables en équipe de France devaient donc être alignés par les entraîneurs dans les clubs français.[access capability= »lire_inedits »]

La discrimination des « petits gabarits »

C’est ainsi que, jusqu’à cette décision des juges européens, les joueurs « binationaux », afin de ne pas compter comme « étrangers » dans leur club, optaient naturellement pour la sélection française. Grâce à ce quota, un joueur comme Zidane, de parents algériens, choisit naturellement l’équipe de France. Sans l’arrêt Bosman, on peut penser que Erding, l’avant-centre du PSG, ou Moussa Sow, le meilleur buteur du championnat de France, l’auraient imité au lieu de se laisser tenter par les sélections turque et sénégalaise. Comme toujours, ce sont les institutions européennes non élues qui ont créé la chienlit. Leur soif de détruire les États-nations et de promouvoir l’idéologie néolibérale les ont conduites à détruire les équilibres économiques, sociaux et culturels qui prévalaient jusqu’alors et qui, dans le cas d’espèce, permettaient aux petits clubs de conserver beaucoup plus longtemps les joueurs qu’ils avaient formés.

On reproche par ailleurs à Laurent Blanc d’avoir voulu instaurer une politique discriminatoire à l’encontre des jeunes Noirs à l’entrée des centres de formation. Or, ce qu’il voulait, au contraire, c’était rééquilibrer le recrutement non pas en fonction de l’origine mais des qualités physiques, autrement dit mettre fin à la discrimination que subissaient les « petits gabarits » − de toutes origines. D’où sa fameuse phrase sur « les Espagnols et les Blacks »[1. La phrase prêtée à Laurent Blanc est : « Les Espagnols, ils disent :  » Nous, on n’a pas de problème. Des Blacks, on n’en a pas. » »]. Pendant des années, la Direction technique nationale, contrairement aux centres de formation de certains clubs professionnels, a favorisé la détection de jeunes joueurs sur la base des qualités athlétiques. Ainsi, les « pôles Espoirs » avaient refusé le jeune Marvin Martin, meilleur passeur du championnat de France. Une radio du poignet – dite « âge osseux » − avait conclu que sa taille adulte présumée (1,71m) serait insuffisante. Refusés à la fois par la DTN et par les clubs, certains joueurs ont dû s’expatrier, à l’instar d’Antoine Griezmann, champion d’Europe des moins de 19 ans, installé en Espagne. Ce choix technique a abouti au recrutement d’une forte proportion de jeunes Antillais ou de jeunes gens d’origine africaine, souvent plus en avance physiquement à l’adolescence. Et c’est évidemment ce choix technique et physique que Laurent Blanc a voulu remettre en cause pour ouvrir le football national à tous les types de joueurs, politique soutenue par Zinedine Zidane, qui s’est notamment traduite par la nomination de Samir Nasri au poste de capitaine le 25 mars. Lui prêter l’ombre d’un sentiment raciste est tout simplement obscène.[/access]

Le retour de Monsieur Monde

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Chaque vendredi, pendant vingt semaines et pour quelques euros supplémentaires, le lecteur du Monde pourra s’offrir un volume regroupant trois romans de Simenon que Pierre Assouline a classés de manière thématique.

Cela le promènera dans la géographie de l’auteur (de Côte d’Azur à New York en passant par la Vendée, Paris et Liège) dont l’univers romanesque regorge de névroses intimes et mortifères qui forment un continent aux richesses sous-exploitées (Suicides, Alcool, Solitudes).

Au vu des soixante titres choisis, ce classement, loin d’être arbitraire, constitue la porte d’entrée idéale pour lire ou relire un écrivain au statut paradoxal. Il y a encore dix ans, la chose aurait d’ailleurs été inimaginable. Un grand quotidien du soir, resté pour beaucoup une référence, n’aurait jamais célébré un écrivain à l’étiquette infamante d’auteur populaire. Question de standing.
C’était, et cela reste en partie, le problème de Simenon : on veut bien reconnaître le phénomène de foire, l’homme qui a écrit des centaines de romans, connu des milliers de femmes, voyagé sur tous les continents, créé avec Maigret le personnage de flic le plus célèbre au monde mais pour le reste, ne prétendons pas qu’il s’agit d’un des génies littéraires du vingtième siècle.

Eh bien si, justement.

Et qu’on ne se contente pas de dire avec André Gide, orfèvre du baiser qui tue, qu’ « il est le plus grand romancier du vingtième siècle ». Romancier et non écrivain, n’est-ce pas ? Pour Gide, archétype du « grantécrivain » comme dirait Noguez, raconter une histoire est toujours un peu vulgaire. Le roman serait, par essence, un genre mineur. Lorsque Simenon sort des sentiers qu’on lui avait assignés en écrivant son autobiographie fondatrice Pedigree, Gide lui laisse d’ailleurs entendre, un peu pincé, qu’il trouve les Maigret plus réussis… Joue dans ta catégorie, petit…

On peut espérer que cette ambiguïté disparaîtra définitivement après la publication des trois volumes de Simenon en Pléiade et son adoubement par Le Monde.

Mais, comme rien n’est moins sûr, j’aimerais apporter quelques éléments au dossier de la défense pour vous convaincre que Simenon, c’est beaucoup plus que Simenon. Je pourrais commencer par souligner son caractère proprement universel puisqu’il a réussi à toucher tous les pays et toutes les couches sociales. Je pourrais aussi insister sur son style, indéfinissable à force de simplicité et d’évidence ou bien noter son usage canonique de l’alternance passé simple/imparfait, et sa capacité à restituer la vérité d’un milieu, d’un climat ou d’une époque. Je pourrais enfin remarquer son refus du tropisme très français qui consiste à insérer une maxime ou un aphorisme en plein milieu du récit. Cela explique sans doute pourquoi il est l’auteur le plus traduit au monde.

Mais ce qui, à mon humble avis, fait de Simenon l’un des plus grands du XXème siècle, c’est qu’il a su peindre une figure radicalement nouvelle dans la littérature. Celle de l’homme seul, d’une solitude qui n’a plus rien de commun avec l’isolement romantique. L’homme seul est le produit d’un monde qui se rétrécit, s’urbanise et se déshumanise dans une série de carnages industrialisés dont la Grande Guerre de 1914 marque le commencement.

Certes, cette figure est aussi incarnée par le narrateur de la Recherche du temps perdu et le Bardamu du Voyage au bout de la nuit bientôt suivis par Le feu follet de Drieu, L’Etranger de Camus ou le Roquentin de La Nausée. N’en déplaise à un certain snobisme intellectuel, Simenon fait jeu égal avec ces géants et les dépasse même parfois. Au fond, ce qu’on ne lui pardonne pas, c’est d’avoir mis la métaphysique à la portée de la ménagère croate de moins de cinquante ans et l’existentialisme à celle du chauffeur de taxi japonais qui le lit entre deux courses.

Faites l’expérience. Lisez Thérèse Desqueyroux de Mauriac et La vérité sur Bébé Donge de Simenon, deux romans qui racontent rigoureusement la même histoire – une femme tente de tuer son mari en l’empoisonnant. Honnêtement, dans le secret de votre âme, demandez-vous lequel des deux a le mieux vieilli. Faites de même en comparant La Nausée de Sartre avec Le Bourgmestre de Furnes ou La fuite de Monsieur Monde avec L’Etranger de Camus. Verdict ?

Le lecteur honnête voit en Simenon le peintre de l’absence à soi-même, de ce que les philosophes et les psychologues appellent joliment l’escapisme qui consiste à fuir sa vie quotidienne en disparaissant ou en se détruisant dans des conduites déviantes comme la toxicomanie ou l’alcoolisme – que Betty[1. adapté par Chabrol avec une inoubliable Nadine Trintignant] illustre admirablement. C’est ce don unique qui fait de Simenon un contemporain capital.

Proust remarquait dans son Contre Sainte Beuve qu’il était désolant de perdre son temps à lire les journaux quand on en avait si peu dans une vie pour lire Pascal. Ironiquement, il suggérait même au Figaro de placer des extraits des Pensées en première page. D’une certaine manière, c’est ce que fera Le Monde avec Simenon.

Tout Simenon, tome 1

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Tout Maigret, tome II

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Une étincelle d’espoir en Chine

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Le suicide est une porte de sortie honorable face aux épreuves que la vie nous réserve. Que des milliardaires chinois l’empruntent laisse néanmoins perplexe. A quarante ans, ils ont fait fortune. L’avenir devrait leur sourire. Ce n’est pas le cas. Ils savent que planent sur leur existence, sur celle de leur famille ou de leurs proches des menaces à peine formulables, car en dépit de tout ils aiment leur pays et sont fiers de sa réussite. Mais ils ne sont pas dupes non plus : la corruption, les trahisons, une exploitation féroce doublée de formes inédites de colonialisme gangrènent la société.

Alors, certains se pendent dans leur usine, ulcérés qu’on ait osé leur fournir des matériaux cancérigènes pour fabriquer des jouets. D’autres se demandent à quoi rime cette course insensée au profit. Les plus astucieux se retrouvent au Canada ou en Australie d’où ils contemplent effarés les bonds en avant d’un empire en porcelaine.

D’autres, dégoûtés, déshonorés, honteux d’avoir participé à cette curée décident d’en finir. La presse s’en émeut. Ne désespérons pas de l’Empire du Milieu s’il pousse même ses milliardaires au suicide.

Midi à Manhattan…

Si l’affaire DSK a un tel retentissement, c’est peut-être bien parce que la « pulsion » ne cesse de nous poser problème. Mais qu’est-elle, au juste ? Une pression, plus ou moins agréable, que l’on cherche à réduire quand elle est trop haute, à augmenter quand elle est trop basse, en vertu d’un principe dit « de constance ». Le problème, c’est que le principe de constance, eh bien, ça ne nous plaît pas toujours – c’est quand même la porte ouverte à une « vie de fonctionnaire ». C’est rassurant, certes, mais un peu ennuyeux sur les bords…

Et puis, y’a pas que l’économique, dans la vie ; le FMI, nous, ça nous excite moyen.
Et il semblerait que nous ne soyons pas les seuls, comme en témoigne le déferlement médiatique autour de l’affaire DSK. En effet, qu’on se le dise, la pulsion n’existe que par rapport à un fantasme. Ne la cherchez pas au coin de la rue, elle n’y est pas.

La réalité s’appréhende à travers un fantasme de toute-puissance sadique ou maso… La mise en acte, elle, est versée au compte de la pulsion. Le fantasme, qu’on le veuille ou non, ça nous tient au corps, ça nous tient le corps. De là à en faire des folies, il n’y a qu’un pas que nous franchissons tous allègrement, au moins dans nos rêveries les plus inavouables. Et dans cette malheureuse affaire, c’est sans doute de nos constructions mentales les plus inaccessibles, les plus refoulées, les plus inconscientes qu’il s’agit.[access capability= »lire_inedits »]

Le drame DSK réunit tous les ingrédients d’un grand polar à l’américaine: l’argent, le pouvoir, le sexe, la femme noire et pauvre , le juif riche et puissant… Mais pour de vrai et en temps réel. Évidemment, c’est chez l’oncle Sam que ça se passe. Alors bien sûr, ça nous fascine ! L’Amérique, c’est l’Amérique ! DSK l’aimait, il voulait l’avoir, il l’a eue et elle l’a eu.

L’Amérique nous a tous eus. Nous ne savons rien de cette affaire, mais les spéculations vont bon train. La gamme des arguties pseudo-psychanalytiques va du :« DSK est coupable, c’est un acte manqué ! » au «Il a échoué par crainte du succès !»en passant par « C’est son inconscient qui a cédé suite à une lutte féroce entre Éros et Thanatos ! » sans oublier « L’exercice du pouvoir fragilise la capacité de séduction », etc, etc. Il apparaît clairement que la machine à fantasmer (la nôtre) s’en donne à cœur joie ou à cœur triste, c’est selon.

De DSK, on ne peut rien dire, de la sexualité des hommes de pouvoir en général et à la louche, pas davantage. Non, la seule chose dont on peut parler, c’est de notre propre effroi. Et il est incommensurable. Il réveille les traumatismes et suscite les identifications imaginaires et politiques des névrosés apeurés ou des paranos en quête de coupables.

DSK est – on est tenté d’écrire était − en effet un homme public, un homme de la République, un homme de la chose publique. Et à ce titre une chose − das Ding, comme dirait l’autre −, c’est-à-dire, pour aller vite, quelque chose d’inaccessible, tout autant que la Dame pour laquelle les troubadours d’antan se donnaient tant de mal, quand bien même ils ne l’avaient jamais vue et ne la verraient jamais.

Illusion tenace à laquelle on aimerait bien croire autant qu’au Père Noël. Parce que si nous pouvons nous accorder sur le fait que le Père Noël est une ordure, c’est tout simplement parce que nous savons qu’il n’existe pas pour de vrai. Mais quand il s’agit d’un puissant, un peu, beaucoup, mis en place d’idéal mais fait de chair et d’os comme nous, alors là, on n’en revient pas de ce qu’on trouve dans sa hotte !

On peut cependant s’interroger sur ces féministes militantes qui rappellent avec véhémence que les femmes ne cessent d’être harcelées, violentées, méprisées par des hommes tout-puissants. Ces super-professionnelles, super-mamans, super-organisées et super-bien-pensantes, on se demande bien ce qui les fait courir. Elles n’ont pas tort, bien sûr, mais que voulait-elle dire, l’autre jour à la radio, celle qui, après avoir dénoncé la vilénie masculine, prétendait qu’elle n’aurait pas peur de prendre l’ascenseur avec un des journalistes de l’émission ? Le supposait-elle impuissant ?

Elle n’aurait donc jamais éprouvé le frisson qui parcourt l’échine d’une femme quand un homme, quel qu’il soit, mais plus encore quand il est riche et célèbre, jette un regard sur elle ? Ne s’est-elle jamais rendue à un rendez-vous avec le souhait de séduire l’homme qu’elle venait interviewer ? À nier ainsi le désir féminin sous prétexte de ne pas justifier l’intolérable, les féministes vont finir par obliger toutes leurs consœurs à payer la note au resto ! C’est pas que, mais quand même… ça fait quand même un peu partie des avantages en nature qui compensent les disparités salariales.

Reste la question de l’ « addiction » au sexe dont on voudrait affubler certains hommes (comme si les femmes en étaient dépourvues). Il y a là un abus de langage. Dans l’addiction, il y a un objet et la question de savoir si la bouteille est d’accord ou pas ne se pose pas. Dans le sexe, on a affaire à de l’humain, du relationnel, de l’attente imaginée ou réelle et l’humain peut, contrairement à la bouteille, la dose d’héroïne ou la cigarette, ne pas se laisser faire ou se plaindre s’il était menacé. Comme le disait Freud, la bouteille, elle, est dénuée de toute ambivalence …

Oui, la vie peut basculer pour DSK comme pour nous tous, d’un jour à l’autre, d’une minute à l’autre. N’est-ce pas cela qui nous excite, nous fait peur, nous attire ? Et nous rappelle ce par quoi nous sommes déjà passés, au mieux dans nos fantasmes, au pire dans la vraie vie, et que, sans relâche, nous cherchons à oublier ?

L’histoire de DSK, que nous ne pouvons qu’imaginer, c’est l’histoire d’une vie, la vie comme nous la comprenons tous, et nous ressentons peut-être ce qu’écrivait Octave Mirbeau dans sa dédicace à Jules Huret du Journal d’une femme de chambre : « C’est que nul mieux que vous, et plus profondément que vous, n’a senti, devant les masques humains, cette tristesse et ce comique d’être un homme… Tristesse qui fait rire, comique qui fait pleurer les âmes hautes… ».[/access]

Faut-il légaliser le clito ?

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Ce n’est pas parce qu’on a successivement ouvert une parenthèse libérale jamais refermée, voté Maastricht et fabriqué l’euro qu’il faut continuer à s’enquiquiner avec des détails techniques d’ordre économique : Merkel, Trichet, et Moody’s font ça très bien.

C’est en tout cas ce que doit se dire la gauche lib-lib[1. Libérale-libertaire] hexagonale. Sourds à l’inconvenant bruit de fond émis par les turbulents bouffeurs d’olives du Club-Med qui, de la Grèce à l’Espagne, semblent opter pour une violence physique qui prouve à quel point ils sont mal élevés, les lib-lib français ont décidé quant à eux d’avancer sur des sujets de fond. En effet, peut-être ne le saviez-vous pas, mais l’heure est grave : la France est en retard.

En retard sur quoi ? Mais sur l’évolution des mœurs, bien sûr ! Cette France patriarco-phallocratique où l’on préfère les vieilles lunes bourgeoises au bonheur de jouir sans entrave et où des profs atrabilaires et sous-payés s’obstinent à nuire à la spontanéité créative de l’adolescence en continuant à faire passer l’épreuve éculée du bac de philo, cette « France moisie » aux relents autoritaristes n’a pas fait sa révolution sociétale.

Par chance, la gauche lib-lib a passé une semaine marathon à tenter d’y remédier. Dès mardi 14 juin, elle était sur le pied de guerre pour essayer d’arracher à un Parlement frileux le vote d’une loi éminemment progressiste autorisant le mariage gay. En vain, ce qui prouve combien notre pays est gangrené par le conservatisme. Pourtant, le marieur de Bègles Noël Mamère se montra très convaincant, lorsque, n’écoutant que son courage, il harangua ses collègues députés en ces termes : « vous ne pourrez pas rester longtemps à la traîne ! ». Mais il y eut, dans ce débat bien d’autres saillies croquignolesques, comme celle de cette députée socialiste s’étonnant elle-même de défendre aujourd’hui une institution archaïque qu’elle conspuait dans ses vertes années « si il y a quarante ans, quand je prônais plutôt l’union libre, on m’avait dit que je défendrais un jour le mariage ! ».
C’est vrai, ça, qui l’eût cru, à l’époque où cette élue du peuple tétait probablement des joints sur le plateau du Larzac ?

Fumer des joints en toute quiétude, voilà l’une des autres avancées majeures proposées cette semaine par la gauche lib-lib, par la voix de l’ancien ministre de l’Intérieur Daniel Vaillant. Constatant l’échec des modalités actuelles de la lutte antidrogue, et la piètre qualité de la ganja consommée dans les cages d’escalier, Vaillant suggère en effet de légaliser le cannabis pour « fumer mieux », c’est-à-dire moins toxique, l’Etat étant chargé de garantir la qualité du produit. Que n’y a-t-on pensé plus tôt ! En plus, ça coupera la « beuh » sous le pied des trafiquants, qui se reporteront immédiatement sur le deal de crack. Rusé !

Dans un ultime spasme de responsabilité, l’ex-premier flic précise tout de même : « moi, je n’ai jamais fumé un joint ». Pas comme Jospin…

Mais la gauche lib-lib, ce ne sont pas que d’anciens ministres et des députés. Ce sont aussi de nombreuses associations qui font chaque jour sur le terrain un travail remarquable. Comme « Osez le féminisme », par exemple, qui lutte sans relâche pour une meilleure répartition homme-femme de l’usage de l’aspirateur. Le 20 juin, ces militantes courageuses clôtureront en fanfare la folle semaine de la gauche lib-lib en organisant un événement signalé ici par David Desgouilles. Dans le cadre de leur grande campagne « Osez le clito », les « Indignées » du balai-brosse lancent ce lundi « une action coup de poing dans Paris et une quinzaine de villes en France » pour promouvoir le clitoris.
L’objectif ? A priori, aucun. Mais il parait que toutes les participantes homosexuelles désireuses de se marier se verront offrir un pétard garanti 100% bio.

Cette semaine, avec la gauche lib-lib, on a vraiment brossé tous les sujets qui dérangent. Profitons-en, car la semaine prochaine, il paraît qu’on reparle du chômage…

Assad n’est pas seulement un criminel de masse : il tue aussi à l’unité

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Décidément Bachar el-Assad a de sérieux problèmes. Il y a une semaine il s’est vu proposer les services de Maître Vergès, ce qui n’est jamais bon signe, et maintenant, malgré les efforts considérables pour l’enterrer, c’est l’affaire Rafiq Hariri qui refait surface… Ainsi, après un long silence, Detlev Mehlis, le juge allemand qui dirigeait jusqu’à 2009 l’UNIIIC – l’organisme onusien chargé de l’enquête sur cet assassinat – n’a pas hésité à désigner le président syrien comme commanditaire direct du meurtre de l’ancien premier ministre libanais.

Interviewé par une radio allemande, le juge Mehlis a évoqué sans détours les résultats de l’enquête qu’il a dirigée pendant quatre ans. Selon lui, le fond de l’affaire est simple : gêné par la politique d’Hariri, Assad a personnellement et directement donné l’ordre de le liquider. Selon Damas, feu le Premier ministre a manœuvré – en collaboration avec les Etats-Unis et la France – pour mettre fin à la domination syrienne au Liban ainsi qu’à désarmer la milice chiite Hezbollah, alliée principal de Damas dans le pays du Cèdre.
Cette information tombe au moment même où l’on apprend que les services de renseignement américains et saoudiens ont averti Saad Hariri, fils de Rafic et, jusqu’il y a une petite semaine, premier ministre du Liban, qu’au cas d’un retour au pays, sa vie serait menacée par devinez qui. A Damas, on aimerait monter une opération de diversion, et quoi de mieux qu’une nouvelle guerre civile au Liban avec comme bonus un embrasement potentiel de la frontière israélienne ? D’ailleurs, sans attendre ces récents avertissements Hariri junior s’est bien gardé de remettre les pieds au Liban, pays qu’il a quitté il y a presque deux mois déjà.

Tout cela n’empêche bien évidemment pas le Liban, membre non permanent du conseil de sécurité de l’ONU, de s’opposer farouchement à tout tentative d’adopter une résolution condamnant la Syrie pour sa manière d’animer le printemps arabe sur son territoire.