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Et moi, je peux rester ?

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Dans son dernier livre, Jean-Luc Mélenchon veut virer tout le monde.
Dans son dernier livre, Jean-Luc Mélenchon veut virer tout le monde.

La première fois que j’ai vu Jean-Luc Mélenchon à la télé, c’était à l’occasion de la pré-campagne du PS préalable au célèbre congrès de Rennes de 1990. Nous étions deux copains, moi déjà disciple de Séguin, lui plutôt sympathisant socialiste. Nous avons écouté celui qui présentait une motion en compagnie de Julien Dray et, à la fin de l’intervention, nous nous sommes regardés, perplexes. Je ne sais plus bien lequel a dit à l’autre : «Tu as compris quelque chose, toi ? »
« Non, rien du tout. »

Et nous avons éclaté de rire. C’était du Rocard en pire. Depuis, le président du Parti de gauche a fait du chemin. Il est devenu plus… direct, pourraient dire David Pujadas, Laurence Ferrari et Arlette Chabot.[access capability= »lire_inedits »]

Mélenchon est une personnalité plus paradoxale qu’on ne le laisse entendre, ou qu’il ne le laisse transparaître lui-même. Il souhaite, semble t-il, cultiver l’image la plus sectaire possible afin de bien montrer dans quel camp il se trouve. Ainsi a-t-il expliqué qu’il ne commettrait pas une tribune avec un « noniste » de l’autre rive en déclarant : « C’est un homme de droite. » Mais, au risque de brouiller l’esprit de ses partisans, il n’hésite pas non plus à rosser Reding quand tout le monde, à gauche, la porte au pinacle, à défendre Zemmour ou Dati ou à déclarer devant un auditoire ébahi que la meilleure rubrique internationale d’un quotidien français est celle du Figaro.

Qu’ils s’en aillent tous ! donc, est le titre, marketing au possible, de son dernier livre[1. Qu’ils s’en aillent tous ! Vite, une révolution citoyenne. Flammarion. 144 pages.].Un croquis, écrit-il. Une intro, cinq parties et une conclusion. Court, direct, clair. Viril, aussi. Simple sans être simpliste. Aucune de ses lignes ne laisse indifférent. On est vraiment d’accord ou pas du tout.

Curieusement, ce n’est pas là où je l’attendais que le nouveau héraut de la « révolution citoyenne » m’a plu et déplu. Sa troisième partie, par exemple, « Sortir du traité de Lisbonne », aurait dû me remplir d’aise. Enorme déception ! Alors qu’il dit adieu au fédéralisme européen auquel il reconnaît avoir cru à tort, il ne remet nullement en cause l’euro. Etant entendu que « cette Europe n’est pas la solution mais le problème », il lui faudra bien  aborder le sujet de la nécessaire renationalisation de la monnaie, au risque de passer pour un nationaliste en sus d’un populiste.

Les Minc, Duhamel et autres Attali s’appuieront évidemment sur la deuxième partie, « L’autre partage des richesses », pour renouveler à son encontre l’accusation de populisme. Personnellement, je l’ai trouvée plutôt raisonnable. Que, dans une entreprise, l’écart entre le salaire le plus bas et le plus élevé ne puisse aller au-delà de 1 à 20, cela relève du simple bon sens. C’est d’ailleurs le cas dans la majorité des PME de notre pays. Quand Mélenchon fustige les 15 000 qui se « goinfrent », on imagine son visage plein de colère. Au risque de ne pas me faire un copain de ce bouffeur de curé, je pense à un célèbre chasseur de marchands du Temple, balançant tous les étals.

J’ai eu un peu les jetons avant d’entamer le chapitre consacré à « La planification écologique ». Planification, ça me parle : je pense à la Datar, à Olivier Guichard. Mais écologique ? Pouah, j’ai l’impression de voir débouler Eva Joly et Cécile Duflot main dans la main. Cauchemar garanti. Mais, exception faite de la lubie consistant à vouloir sortir du nucléaire pour investir dans la géothermie – comme si on ne pouvait pas faire les deux – le reste n’est pas si effrayant. Dénonçant à juste titre le fait qu’un blue-jean parcourt les milliers de kilomètres − avec tout le CO2 qui en résulte − qui séparent l’ouvrier à bas prix du consommateur aisé, Mélenchon propose de promouvoir un protectionnisme environnemental de bon aloi. Mais ne lui dites pas que cela ressemble un peu à la « taxe carbone aux frontières » dont a parlé le Président de la République ; il aurait vite fait de vous traiter de petite cervelle. Et il n’aurait pas complètement tort. Car le Président parle là où on espère que Mélenchon agirait. Encore que. À la lecture des pages consacrées à la refondation républicaine, on peut s’interroger. Sa critique de la monarchie présidentielle témoigne d’un mitterrandisme franchement mal digéré. Mélenchon peut-il croire que la Ve République chère au Général − auquel il sait se référer en matière de politique étrangère − est encore en vigueur ? De plus, il n’est pas très cohérent de vouloir supprimer l’élection du Président de la République au suffrage universel direct et de réclamer que le patron de France Télévisions soit élu par ceux qui paient la redevance. Comprenne qui pourra !

Jean-Luc Mélenchon ne sera pas mon choix du premier tour. Mais, j’espère bien qu’il sera candidat car, avec lui, on est sûr de ne pas s’ennuyer pendant la campagne. [/access]

Islam : je sais que je ne sais pas

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Oui Cyril, les chrétiens en Irak ont raison d’avoir peur et de se casser. Ils sont 1% de la population, on les massacre à l’église, on leur promet d’en finir avec eux rapidement. Tu vois la même chose en France ? Non Cyril, je n’ai jamais traité personne de raciste, j’ai dit juste le contraire. Je sais que les Français sont un exemple de tolérance à l’autre. Oui, la Grande Mosquée est vide, celle de la rue Myrha déborde. L’imam (radical) de l’une est préféré à l’imam (modéré) de l’autre. Ainsi sont les prieurs, ici comme à Alger et ailleurs.

Nous sommes pas mal à ferrailler contre l’islamisme depuis toujours sans succès. La vague déferle encore. On espère qu’elle retombera un jour. Tu as un médicament ? Cours le prescrire, vingt Etats arabes t’attendent. En t’attendant, les polices, surtout la nôtre, gèrent. De plus, la rue Myrha est plus proche de ses clients que l’autre. La République perd des territoires, dis-tu. Au profit des dealers, c’est vrai. Tu saurais comment nettoyer l’Archipel des Cités ? Téléphone vite aux cent préfets (et à Sarkozy), sûr, tu seras le prochain ministre de l’Intérieur.

L’islam, c’est ethnique ou culturel ?

Tu m’envoies qu’ils n’ont pas besoin d’écoles arabes, la communale est déjà coranique. Tu crois pas que tu pousses un peu ? Tu brandis Madame Badinter : « Multiethnique, oui. Multiculturel, non. » Du charabia mal traduit de l’universitaire américain où on ne pense qu’aux Noirs. Quelle différence entre ethnique et culturel chez nous ? L’islam c’est ethnique ou culturel ? Le couscous, la langue c’est quoi ? J’ai bien démoli tous tes arguments ? Il en reste un.

Tu es plus sérieux quand tu ressuscites le regretté marquis de Clermont-Tonnerre, président de notre première Assemblée Nationale, massacré par des casseurs en août 1792. En offrant la nationalité française aux juifs, il a tapé sur son pupitre : « Il faut tout refuser aux juifs comme nation, il faut tout accorder aux juifs comme individus« . Deux siècles écoulés où tu en es ? Le Musée juif, c’est la nation ou l’individu ? Les 30% d’enfants juifs dans leurs écoles hébraïques, qu’est-ce tu en penses ? Leurs 10 journaux ? Le CRIF ? Encore ou on arrête là l’intermède antisémite ? Et les Arabes, qu’est-ce qu’ils ont ? Walou ! On les a tirés par la culotte pour les obliger à se rassembler dans un Conseil à la noix, ça a été la foire d’empoigne et les Frères musulmans, fissa, se sont mis le CFCM dans la poche. Tu veux abolir l’islamisme ? Moi aussi. Il se fout de nous, il est là.

Alain, Henri, Samira et les autres

C’est pas d’hier que les gens, ils se recroquevillent dans leur coquille. Les Croates, les Serbes et compagnie. Moi, ça me désole, j’aurais préféré une Yougoslavie démocratique. Eux, ils sont dans l’air du temps, chacun chez soi et Dieu pour moi. Dans notre douce France, même tropisme. Des intellos perçoivent un ras-le-bol. L’islam, stop. Mon ami Alain Medam, écrivain franco-québécois, m’explique : « La peur bien sûr, surtout l’exaspération. L’hospitalité est un acte libre. Les Français reçoivent et on leur crache à la gueule. Ils sentent que leur culture propre se défait, qu’ils vont à la débandade, qu’ils débandent et ils cherchent à se ressaisir. Ils voudraient passer un contrat avec l’islam : ok, vous êtes là, mais il faut des règles, un socle de valeurs non négociables. La femme, la séparation du religieux et du politique, la tolérance, la loi et l’ordre, etc. Si on n’y parvient pas, les exaspérations vont monter, la démocratie devra s’adapter à la situation nouvelle. Nous lisons le XXIème siècle avec les idées de Montesquieu, les lunettes du XVIIIème siècle. Al Qaïda déclare la guerre à la France et nous savons que quelques soldats de son armée vivent sur notre sol. C’est peut-être les symptômes d’une guerre. C’est en tout cas le sentiment de beaucoup d’Européens. »

J’ai parlé avec mon ami Henri, commerçant, 40 ans, desouche pur sang. « Non, c’est pas si grave. Il y a un problème avec les jeunes Maghrébins et Africains des cités. Les autres, ça va. »
Samira, algérienne, 30 ans, employée, mariée, un enfant : « Les Français qui ont peur de nous ne nous connaissent pas. On a toujours peur de ce qu’on ne connaît pas. Je n’ai jamais rencontré un raciste. On a eu du mal à louer un appart, mais on l’a trouvé. Ma cousine a pensé s’installer ici, elle est vite rentrée à Oran. Elle dit que les gens, ici, sont grossiers. (rires) »

Objet Politique Non Identifié

Autant d’interlocuteurs, autant de visions différentes. Nous nous trouvons devant un OPNI (objet politique non identifié). Transfert de population massif du sud au nord. Colonies musulmanes en terres jadis dites chrétiennes. Difficultés sérieuses à contrôler les frontières. Principes démocratiques à toute épreuve. Phénomène totalement imprévisible, imprévu, devenu visible après son accomplissement. L’OPNI est-il nuisible, bienfaisant ? On n’en sait rien. Que faire face à lui ? On n’en sait rien. On n’en sait rien parce qu’il est totalement nouveau, sans précédent. De même qu’on ne l’a pas vu venir, on ne sait pas où il nous mène. Sarkozy a tout fait pour réduire l’immigration, elle est restée à un niveau identique sous son règne. Il se serait coupé un bras pour présenter un bilan au karcher. Il n’a rien pu faire. L’OPNI est out of control. J’ai une réponse à toutes ces questions ? Aucune, bien sûr. Pas plus que les gouvernements européens qui les cherchent, croyez-moi, même s’ils sont parfois tentés de jouer d’une « mauvaise conseillère ».

Mon intervention de l’autre jour, c’était juste, sous ces nuages de peur, un coucou nostalgique à un mot du siècle dernier : Touche pas à mon pote. Il y a si longtemps / Il y a si longtemps…

Salon de l’échec, une réussite !

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Comment gérer un échec sentimental et/ou un désastre financier à la suite d’une rupture, voilà ce que propose sans rire le « Salon du divorce, de la séparation et du veuvage » qui se tient à l’espace Champerret à Paris ce week-end.

Selon les organisateurs et les nombreux sponsors, qui ont flairé le bon filon, 11 millions de personnes sont actuellement en « rupture d’union » (sic), autant dire un gros marché encore mal exploité. Partant de ce constat, ils envisagent froidement la création d’une nouvelle profession : le « divorce planner », aux missions diverses, qui vont du juridique au relooking, de psychothérapie à l’amincissement, sans oublier les poudres de perlinpinpin. L’important, on se tue à vous le dire, c’est de positiver l’échec.

Jusqu’à ce soir, on pourra donc tirer profit de conférences sur les désavantages financiers et fiscaux du désastre : « Dissimulation de revenu, sous-évaluation du patrimoine, intérêts cachés, montage financier occulte… Comment faire pour le prouver ? » (Didier Rauch, groupe Avera), mais aussi envisager l’avenir pour se recaser. Jean-Louis Goin expliquera « La place de la chirurgie esthétique dans la reconquête de son image », Emmanuelle Grabat (EMP Conseil) proposera « Le marketing relationnel, développer son réseau de relations et construire un projet pour un nouveau départ » ; le Dr Hazout, nutritionniste, proposera, quant à lui, de « reconstruire son alimentation et de retrouver enfin son énergie en mincissant », et si ça ne va pas mieux, il restera toujours « Les fleurs de Bach, une méthode simple et naturelle pour harmoniser vos émotions » (Martine Viniger, Jardin d’Iris) … Avec tout ça, on est armé pour le prochain divorce. On ne pourra pas dire qu’on a été pris(e) en traître(sse).

Pendant qu’on y est, pourquoi ces génies du marketing n’ont-ils pas encore lancé le Salon de l’euthanasie, dont le potentiel commercial et juridique est incontestable et les conférenciers nombreux ?

Pub intempestive : avis à nos lecteurs

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Vous avez été nombreux à nous signaler un écran publicitaire parfaitement insupportable, pour un téléchargement de sonnerie de portable supposé imiter un rire de bébé. Nous en sommes désolés, vous présentons bien sûr nos excuses et faisons actuellement l’impossible pour mettre cette annonce hors-circuit, avec l’aide de notre régie publicitaire. Les arcanes d’internet étant ce qu’elles sont, cette éradication ne peut se faire d’un simple clic, mais nous nous démenons pour y arriver dans les délais les plus brefs.
Mille excuses, encore une fois

Vox populo

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Newsweek

Bien sûr, nous ne sommes pas totalement ignares. Juste un peu. Si nous avons fait nos classes à l’école laïque, nous n’en avons pas, pour autant, perdu notre latin : que les gardiens du temple syntaxique se rassurent donc ! Si nous avons substitué le Vox populo (ablatif) au Vox populi (génitif), ce n’est pas sans raison. Mais en désespoir de cause.

Que demande le peuple ? Du pain, des jeux ? Que lui dire ? Non, trop facile ! On ne peut se résoudre à être démocrate – et à l’être, pour aggraver notre cas, sincèrement – en évacuant comme une question nulle et non avenue celle du du populisme. Personne, dans l’histoire histoire humaine ne l’a jamais fait : la démocratie se joue toujours au risque de la démagogie et du populisme. Elle n’ignore jamais, comme nous le rappelle Marcel Gauchet dans ce numéro, les enfants qu’elle-même procrée.[access capability= »lire_inedits »]

Certes, l’actualité immédiate nous sert comme sur un plateau une Europe dont le ventre serait encore fécond qui accoucha de la Bête. Enfin, un truc comme ça, un peu brechtien, très lugubre, mais qui fait peur.

A charge, la « une » de Newsweek dont les éditorialistes français ont fait, ces dernières semaines, leurs choux gras, puisqu’elle présentait Nicolas Sarkozy comme le parangon de la droite dure européenne. Une vague populiste gagnerait l’Europe ? Rien n’est moins sûr : les scores de l’extrême droite européenne sont, sensiblement, les mêmes depuis plus de vingt-cinq ans. à moins, bien sûr, que l’on nous parle d’un populisme sans frontière, qui gagnerait en ce moment droite et gauche. Causeur pose les questions.[/access]

Il faut sauver le soldat Taguieff

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« L’autre jour au fond d’un vallon, Un serpent piqua Jean Fréron ; Que croyez-vous qu’il arriva ? Ce fut le serpent qui creva. Quand un serpent venimeux est doté de bonne conscience, comme le nommé Hessel, il est compréhensible qu’on ait envie de lui écraser la tête..

Ces lignes inscrites sur le mur facebook de Pierre-André Taguieff n’ont pas fini de faire parler d’elles. Attribuées à tort à l’un des meilleurs historiens français des idées, elles lui valent l’avanie du MRAP. Déjà, un appel solennel à la condamnation – et au boycott d’Israël – enjoint au CNRS et à Sciences Po de congédier leur turbulent chercheur.

Reconnaissons-le : s’en prendre à un nonagénaire humaniste émérite n’est pas du meilleur goût. C’est probablement la raison qui poussa Taguieff à retirer ce petit apologue de son mur puis à suspendre son compte Facebook, une fois assailli par les attaques.

Mais voilà, certains ont leurs coups de gueules. Et celui qui a signé ce pastiche a droit aux siens, y compris pour égratigner un membre du tribunal Russel sur les « crimes de guerre en Palestine », s’il juge sa palestinophilie trop complaisante envers le Hamas. N’en déplaise aux censeurs : en République, la liberté d’expression ne se borne pas aux limites fixées par les ligues de vertu. Que certain propalestiniens détestent Taguieff, soutien assumé d’Israël et pourfendeur du tiers-mondisme, c’est leur affaire. De là à menacer le droit à la privauté virtuelle, à la libre confrontation des opinions, voire à l’exercice de son métier, il y a un pas que nul ne saurait franchir, hormis le MRAP, bien entendu.

J’invite donc tous les lecteurs de Causeur à signer la pétition de soutien à Taguieff.

N.B : Hier, j’ai posté sur Facebook la bande-annonce du film Mon curé chez les Thaïlandaises. Bientôt un communiqué indigné du MRAP ?

On n’a pas toujours tort d’avoir peur

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Il arrive que des clients viennent à mon atelier pour me demander de restaurer un meuble qui ne manque pas de charme mais ne tient pas debout. Les tiroirs tombent par terre quand on arrive à les ouvrir et les portes ne ferment plus, même à coups de pied. Pardonnez-moi de vous le dire, monsieur Sitbon mais votre texte m’a fait le même effet. Dans ces cas-là, ma première envie est de foutre au feu ce que mon père (un pied-noir qui aurait un peu de mal à vivre avec son temps) aurait appelé du « travail d’Arabe » mais mon boulot, c’est de redresser ce qui n’est pas droit. Si vous le permettez, je vais tâcher de vous dégauchir tout ça.

« On n’a jamais raison d’avoir peur », dites-vous.

Les juifs d’Europe qui sont partis créer l’Etat d’Israël n’avaient pas raison d’avoir peur ? Et les chrétiens d’Irak ? De mes arrière-grands-pères, l’un a été déporté de Paris en 1942, l’autre a été égorgé à Alger en 1962. Ils auraient mieux fait d’avoir peur. Vous nous parlez d’ « une peur plus grosse que le danger ». Dieu vous entende ! S’il est grand, qu’il fasse que les musulmans en France deviennent des Français comme tout le monde mais beaucoup n’en prennent pas le chemin, contrairement à ce monde qui est venu chez nous pour devenir français et qui a fait la France, gardant au fond du cœur sa culture d’origine mais s’abstenant d’imposer sa loi et de jeter son identité à la gueule des autres.

Les Etats occidentaux accueillent tous des musulmans de toutes les façons, droit du sol ou du sang, intégration ou multiculturalisme, tolérance religieuse ou laïcité. Résultat, les accommodements raisonnables amènent la charia et partout où on le peut encore, on légifère pour limiter les dégâts. Riposte Laïque ne demande rien d’autre, tant qu’on peut encore faire la loi. Dites-nous donc dans quel pays où les musulmans sont majoritaires, l’autre croyant, le libre-penseur, l’homosexuel et tout ce qui n’est pas hallal peut vivre sans jamais avoir peur. Allez, rassurez-nous monsieur Sitbon, avant que les musulmans ne deviennent majoritaires en France.

« Comme le racisme les dégoûte, ils n’osent pas dire ce qu’ils pensent »

Au contraire, comme nous ne sommes pas racistes à Causeur, et, j’en suis convaincu, à Riposte Laïque, nous disons ce que nous pensons sans complexes[1. Il y a cher Cyril, une différence de taille : à Causeur, nous ne pensons pas tous la même chose. Et, à titre personnel, cet alignement de tous sur une ligne qui rend le débat impossible me tiendra toujours éloignée de « Riposte Laïque ». Je trouve inquiétant qu’un groupe constitué pour lutter contre « une idéologie totalitaire » se hérisse dès qu’on refuse d’adopter son point de vue et sa grammaire. EL ]. Savez-vous que nous tenons (que RL me démente si je me trompe), Malek Boutih ou Hassan Chalgoumi, « l’imam des juifs », pour nos frères, et Malika Sorel ou Dounia Bouzar pour nos sœurs ? Savez-vous ce que dit Donia Bouzar ? « Interdire la burqa, ce n’est pas être raciste ou islamophobe, ce qui est islamophobe, c’est de croiser une femme en burqa sans en être indigné en considérant qu’après tout, c’est un truc d’Arabes ».

« Ramadan s’observe davantage que le carême. Ça vous dérange ? Va falloir vous y faire. Il y aura bientôt plus d’imams que de curés »

Entre nous, une pratique qui interdit de manger, de boire, de fumer et de baiser en plein jour ne me dérange pas, elle me consterne mais elle ne me regarde pas. C’est ça la laïcité. Mais quand les Français musulmans deviennent de plus en plus en plus musulmans, je peux m’en inquiéter au lieu de m’en réjouir. Et ce qui me dérange, c’est qu’on ne puisse pas ne pas faire Ramadan comme dans certains quartiers où vous pouvez vous faire lyncher pour avoir bu un café ou dans certaines cours d’école où les gosses se font casser la gueule quand ils sortent leurs goûters. Les imams ne me dérangent pas plus que Raël ou le Mandarom sauf quand ils prêchent le djihad. La République est laïque, pas islamique et quand elle perd des territoires, ça me dérange et je n’ai pas l’intention de m’y faire.

« Si pas cent mosquées, la rue Myrrha »

La rue est à tout le monde en général et à personne en particulier, on a la liberté d’y circuler mais pas celle de l’interdire aux autres même si son bon dieu l’exige une fois par semaine. C’est ça, l’espace public. Delanoë interdit aux cathos intégristes de se rassembler sur le parvis de Notre Dame avant le pèlerinage de Chartres. Ce qui est quand même pousser la laïcité un peu loin, à moins que ce ne soit un combat gay. Enfin quand on veut, on peut ! Et quand on est républicain, on doit ! La rue Myrrha, ce n’est pas un problème de place, c’est une démonstration de force islamiste. La Grande mosquée de Paris est vide à la même heure et parmi les musulmans qui débordent dans la rue, nombreux sont ceux qui viennent d’ailleurs, vous le sauriez si vous lisiez Riposte Laïque car on ne trouve pas ces infos dans Marianne où il n’y a pas de journalistes islamophobes. Dieu merci ?

Par ailleurs, la mosquée n’est pas un service public. On construit autant d’école qu’il faut pour les enfants à scolariser et assez de prisons pour mettre la société à l’abri des criminels. Combien de mosquées faudrait-il construire et jusqu’à quand pour suivre la démographie des musulmans pratiquants ? Comment font les autres religions ? Est-ce le rôle de l’Etat ? « Sauciflard et pinard ne règlent rien » dites-vous. Bien sûr que non, sauciflard et pinard ne donnent pas les réponses, ils posent les questions.

« Six millions, pas un journal. Pas un député. Pas une école »

Pourquoi faire ? Pourquoi acheter le journal quand on reçoit Al Manar, la chaine de télé du Hezbollah, depuis son balcon. Vous allez sur internet, monsieur Sitbon ? Vous devriez. On y trouve plein de Goebbels en djellabah, on y apprend que la lapidation a du bon ou que le 11 septembre, c’est un complot sioniste (mais c’est une idée qui dépasse l’oumma je vous l’accorde) et que ça se paiera quand viendra l’heure d’Eurabia. Un député, c’est trop tôt, 10% d’électeurs, ça ne fait pas une élection, attendez un peu, vous verrez un jour un vote ethnique digne du Gabon ou du Liban. Les résultats de la liste Euro-Palestine dans certains quartiers ne sont qu’un prélude. Pas d’écoles ? À quoi bon quand l’école laïque et républicaine cédant sous le nombre, devient hallal à la cantine et efface des programmes ce qui fâche. Dehors Charles Martel et Anne Franck, et bientôt Bonaparte l’esclavagiste.

« Ils ne parlent (hélas) même plus leur langue »

Hélas ? Et quelle langue ? La langue musulmane ? Mais nos immigrés sont francophones. Nos aïeux (hélas ?) ont alphabétisés les leurs.

« L’islam est, pensez-vous, une abomination, il n’y a qu’à lire le Coran. Mais dis donc, tu as jeté un œil sur les autres livres sacrés ? »

Entre l’histoire de la loi, de l’amour et de la conquête, tous les textes ne se valent pas et certains exigent plus de sang que d’autres mais laissons les écrits aux théologiens. Ce sont les différentes pratiques des commandements divins chez les uns et surtout chez les autres qui nous inquiètent.

« La burqa t’ennuie ? Tu l’as interdite, tu devrais être content. Tu as vu comme c’est mieux depuis. Enfin, on respire »

Oui, je respire mieux dans un pays où on n’a plus le droit de mettre sa femme sous cloche en public et où celles qui l’enlèveront pour aller faire les courses ou chercher du travail respireront mieux aussi. Dans un pays où on ne porte plus dans la rue l’emblème d’un islam qui nous promet la mort, à vous et moi, où une musulmane peut trainer en justice son mari qui l’obligerait à la porter, je respire mieux, pas vous ? Permettre à l’individu de s’émanciper, d’échapper à l’emprise de sa communauté, c’est une belle idée, non ? Surtout à gauche.

« Les pays riches et libres sont métissés. Les homogènes crèvent de faim et de dictature »

Mais non ! Tous les goûts sont dans la nature et la vie est plus douce au Japon qu’au Liban. Par ailleurs, la France n’a pas attendu l’islam pour être diverse. Comme le dit Elisabeth Badinter : « une France multiraciale oui, une France multiculturelle non ». Sur ce point, il me semble que Causeur et Riposte laïque sont sur la même ligne. C’est l’observance stricte de la religion qui interdit le métissage. Vous savez ce que le port du foulard signifie ? Je cherche un bon musulman et je ne couche pas avec le blanc. Et il y a de plus en plus de foulards. Ce n’est pas à nous que le métissage pose problème, il ne faut pas nous confondre avec les identitaires de tous bords.

« Ils sont ici, ils resteront. C’est à prendre ou à laisser »

Heureusement que les hommes et femmes de France qui ont fait sa grandeur ne pensaient pas comme vous. Sans Charles Martel, Jeanne d’Arc ou Charles de Gaulle et ceux qui les ont suivis, sans ces Français qui se lèvent quand d’autres se couchent, je serai un peu moins fier d’appartenir à cette histoire, à ce pays. Pas vous ? Mais la laïcité sans faille que nous réclamons n’exige le départ de personne a priori. « Tout comme individus, rien comme peuple »,vous vous rappelez ? Ça nous a plutôt réussi, et si vous voulez mon avis, il faut continuer et en finir par exemple avec cette mauvaise habitude qu’ont les élus d’aller dîner au CRIF. Il faudrait même rajouter : tout comme individus, rien comme religion. Dans l’espace public, on ne veut voir que des Français, musulmans ou autres. La religion, on ne peut plus l’encadrer parce que dans l’état actuel de l’islam mondial, on ne peut plus la voir en peinture. Finis les accommodements déraisonnables. Ils ne peuvent pas manger de porc à la cantine, en quoi est-ce notre problème ? Que vont-ils faire ? Une grève de la faim ? Les femmes ne peuvent pas se baigner avec les hommes à la piscine ? Qu’elles restent au hammam. Elles ne peuvent pas être examinées par des médecins hommes, qu’elles changent d’hôpital ! En cas d’urgence ? Qu’ils s’en remettent à Dieu ou qu’ils aillent se faire voir ailleurs. Les musulmans capables de respecter ces conditions non négociables feront des Français, ceux qui ne craignent qu’Allah iront s’y soumettre sous d’autres cieux, la terre d’islam est vaste.

Si aujourd’hui la France est une nation et pas un agglomérat, si les bretons parlent la même langue que les corses et que tous s’en réjouissent à part quelques poseurs de bombes, c’est parce que la République a mené tout son petit monde à la baguette. Il faut un peu d’intransigeance pour que l’identité française donne à chaque Français l’estime de soi et à chaque immigré l’estime de la France. Et tout se passera bien car quand on se respecte, on force le respect. Il faudra faire comprendre aux élus que la tentation clientéliste ne paye pas car les laïques sont aussi des électeurs, et au marché que si le hallal attire des consommateurs, il peut aussi en repousser d’autres. Vous voyez, par exemple, je ne vais plus chez Quick et si ma banque se lance dans la finance islamique, j’en changerai et j’expliquerai à mon banquier pourquoi. Le vote et le boycott peuvent aussi être nos armes.

Une poigne de fer et une main tendue. Une République qui soutient un islam de France républicain, sans financements étrangers, qui adapte ses pratiques aux mœurs et aux lois françaises, dont les imams, les prêches et les contenus pédagogiques pourraient être vus par le ministère des Cultes (faisons confiance à Hortefeux). Ecoutons Hassan Chalgoumi, l’imam de Drancy, il sait comment faire. Mais il faut contrôler et exiger, pas laisser courir, faire des lois, comme pour la burqa. Vous êtes pour ?

Que les musulmans respectent nos valeurs, nos coutumes et nos rites s’ils veulent rester, c’est à prendre ou à laisser. Il nous appartient de fixer les règles. Et nous ferons des musulmans laïques. Notre tolérance, adaptation, lâcheté laisse des populations sous l’influence ou à la merci des islamistes et nous met en danger, notre fermeté rendra les musulmans, bon gré mal gré, plus laïques et fiers d’être Français.

Voilà monsieur Sitbon, je vous ai remis tout ça d’équerre. Ne me remerciez pas, je ne peux pas faire autrement, c’est mon job, c’est plus fort que moi.

Veni vidi Sarkozy

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Nicolas Saroky

Après quelques semaines, la lutte finale aura donc été remise à plus tard : c’est plutôt la fin de la lutte. Sans même un Grenelle de consolation, les tambours CGT et les trompettes CFDT ont replié leur attirail de kermesse et libéré leurs otages sans obtenir de rançon.

Pendant que la majorité des travailleurs se levait plus tôt que d’habitude pour essayer, par la route ou par le rail, d’aller travailler, c’est-à-dire d’échanger sa modeste utilité contre les moyens de sa subsistance, une minorité de fonctionnaires qui ne voit pas plus loin que le bout de ses avantages acquis tentait d’extorquer le maintien de ses privilèges contre la preuve de sa capacité de nuisance.

Ainsi, on a vu les marins corses − qui s’y connaissent en extorsion de fonds − obtenir dans une certaine discrétion que leur régime spécial ne soit pas touché par la réforme. On peut s’interroger sur la difficulté de leur travail. Vieillit-on plus vite en assurant la liaison Nice-Calvi sur un promène-couillons trois fois par semaine qu’en partant des mois sur un chalutier pêcher le thon jusqu’en Islande ? La réponse est non, mais la question n’est pas au désordre du jour.[access capability= »lire_inedits »]

Les dockers marseillais, qui luttaient à coup de pastis et de belote pour s’opposer à une réforme portuaire qui aurait relativisé la situation de monopole dont ils jouissent − et qui leur permet de tenir l’économie française par les couilles − ont rejoint le mouvement. Trente-sept grutiers qui gagnent 4000 euros par mois arrêtent le travail et la France est asphyxiée. Sont-ils à ce point compétents, rares et donc indispensables ? Non, ils sont juste invirables.

Le tableau des emmerdeurs professionnels ne serait pas complet sans les conducteurs de TGV qui se sont sentis solidaires de leurs camarades même pas menacés de cotiser et de partir à la retraite comme vous et moi, même pas inquiets pour l’avenir de leur prime de charbon mais solidaires. C’est beau, la lutte des classes ! Evidemment, ça aurait plus de gueule d’arracher des droits à un patronat combattif et intraitable qu’à des contribuables impuissants et consternés, mais on a les victoires qu’on peut. L’important, c’est de continuer le combat, surtout quand on ne risque rien.

Tout ça ne serait que grotesque si l’activité de ce petit monde du service public suffisait à financer ses retraites, mais ce n’est pas le cas et c’est là que le bât blesse. Depuis des décennies de mouvements sociaux et de blocages du pays, les millions d’agents de l’Etat qu’on a vus dans la rue ces temps-ci ont obtenu des conditions de départ à la retraite que le pays n’a plus les moyens d’assurer. Les cotisations des employés d’EDF, de la SNCF et d’autres qui partent les plus jeunes mais vivent les plus vieux ne suffisent plus à payer leurs pensions et c’est l’Etat, par l’emprunt − donc vous, moi et nos enfants −, qui mettons au bout pour environ 15 milliards chaque année.

Je suppose que les 70 % de Français qui, dans les sondages, ont soutenu le mouvement ignorent ces détails et ont voulu protester contre d’autres injustices. Il faut reconnaitre qu’en pleine affaire Woerth-Bettencourt, il n’est pas facile pour le péquin moyen de savoir qui, du gouvernement ou du tandem syndicat/opposition, est le plus gros baratineur, mais on voit bien, quand le prolétaire du privé soutient l’employé du public qui nous la joue « lutte des classes », qui est le dindon de la farce.

Les plus glougloutants dans l’histoire étant sans doute les lycéens qui, à l’appel d’irresponsables politiques et avec le concours ou l’impuissance du monde adulte et enseignant, sont descendus dans la rue. Comment résister à une telle invitation quand on a 14 ans ? Alors que, toute l’année, il faut travailler à l’école pour devenir un homme libre et gagner sa vie dignement, avec la grève on devient citoyen en séchant les cours, en braillant des âneries ou en brûlant des poubelles. Il est difficile de refuser à la jeunesse ce souffle dont nous avons tous aimé la caresse, ce sentiment d’une insurrection qui vient quand on s’empare de la rue et qu’on mobilise les forces de l’ordre, mais laisser croire à ces grands bébés un peu couillons qu’il en va de leur intérêt, c’est quand même la plus belle escroquerie de toute cette affaire.

Alors, quelle connerie la grève ? Pas sûr. Il y a quelques années, une étude sur le monde du travail montrait que, dans les secteurs d’activité où la grève était difficile à mener, les arrêts-maladie étaient plus fréquents qu’ailleurs. Cette soupape « médicale » permettait aux travailleurs du privé (pour aller vite) de débrayer à peu près autant que leurs collèges du public qui avaient la grève plus facile. Arrêter les machines, sortir de la chaîne ou planter patrons, clients et usagers provisoirement et régulièrement serait une nécessité incontournable pour tous ceux qui subissent un boulot pas assez choisi. En dehors de tout enjeu et de tout objet, la grève serait au travailleur ce que la récréation est à l’écolier, d’où l’exaspération de ceux qui n’ont pas le droit de sortir devant ceux qui passent leur temps dans la cour et en sont récompensés au détriment des élèves plus studieux. Alors, cette fois-ci, les perturbateurs sont rentrés en classe sans bon point et ce n’est que justice. L’instituteur s’est montré ferme et juste, et c’est ce qu’on peut attendre de mieux.

Le gouvernement pour lequel j’ai voté a dit aux Français : « Je vous ai compris », mais a maintenu le cap. Après tant d’années immobiles, de réformes avortées, la France serait finalement réformable. C’est une question de volonté politique. On le savait tous, on attendait de voir. Il est venu, il a vaincu, on a vu.[/access]

Tapie cambriolé : suspects à la pelle

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Plus de cinq cent mille euros de bijoux, d’argenterie et de bibelots (j’adore la notion de bibelot à ce prix-là) ont été dérobés dans l’hôtel particulier de Bernard Tapie. On souhaite bien du plaisir aux policiers chargés de l’enquête. Certes, ils peuvent d’emblée écarter la piste de barbouzes plus ou moins proches du pouvoir, car Bernard Tapie a été chanteur, homme d’affaires, acteur, patron de club de foot, ministre, mais pas journaliste. Il n’y a donc rien chez lui qui puisse intéresser l’Elysée.

Il n’en reste pas moins une liste impressionnante de suspects qui auraient pu vouloir se refaire sur la bête en pratiquant la reprise individuelle : le Parti Radical de Gauche qui avait fondé beaucoup d’espoir sur l’homme le plus médiatique de la mitterrandie pour mettre fin à son « devenir-groupusculaire », ou bien vers Michel Rocard dont la liste aux Européennes de 1994 fut détruite en plein vol par le missile Nanard lancé par Mitterrand lui-même.

Il faudra aussi que nos fins limiers aient la fibre sociale de Maigret et s’orientent vers les employés des sociétés reprises par le Sauveur et qui se sont retrouvés au chômedu illico presto (Look, Terraillon, Manufrance, La Vie Claire), vers les footballeurs comme Jacques Glassman qui ont vu leur carrière ruinée au moment de l’affaire VA-OM, vers Jacques Mellick, le Fangio du Pas-de-Calais, qui est passé pour un con et a perdu sa mairie en faisant croire qu’il faisait Paris-Béthune à une moyenne de 200 km/h ou vers les élèves diplômés des écoles de commerces Bernard-Tapie, qui n’ont jamais réussi à placer une encyclopédie payable sur cinquante ans mais ont payé cher leur formation. À moins que quelques fonctionnaires du ministère des Finances aient décidé de jouer les monte-en-l’air après avoir trouvé un peu raide, en ces temps de disette budgétaire, de devoir faire un chèque de 210 millions d’euros à la plus improbable victime de notre temps.

Toussaint rouge

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Photo : peasap

1.
Les premiers étonnés furent les services du ministère de l’Intérieur. Les rapports étaient formels. En ce lundi de la Toussaint, vers midi, un rassemblement de grande ampleur semblait prendre forme sur la place de la République. On comptait des milliers de personnes qui affluaient par le boulevard Voltaire et le boulevard Magenta. Dans son bureau, Brice Hortefeux, qui cherchait une nouvelle couleur (rouge gland ?) pour qualifier le niveau d’alerte vigie pirate avant la manif du 6 novembre, se montra extrêmement surpris et contrarié.

2.
A Montreuil, au siège de la CGT, on téléphona à la CFDT. La CFDT téléphona à SUD. SUD téléphona à FO. FO téléphona à la CFTC. La CFTC téléphona à l’UNSA. L’UNSA téléphona à la CGT. La boucle était bouclée. Personne n’était au courant de rien. On s’était tous soupçonnés les uns les autres de vouloir « faire un coup » avant le 6, mais on fut rassuré. On envoya cependant des observateurs sur le terrain.
Pendant ce temps-là, la foule affluait toujours sur la place de la République.

3.
Au ministère, on demanda à la Préfecture de Police de faire le nécessaire. On envoya les CRS et puis aussi des hommes de la DCRI en éclaireurs avec mission, si possible, de s’infiltrer chez les manifestants. L’un d’entre eux, à peine arrivé, téléphona directement au Préfet de Police : « On ne peut pas les infiltrer, monsieur le Préfet ! Ils sont déguisés. Oui, c’est ça, déguisés ! Et c’est très ressemblant ! On croirait des vrais ! »
Le Préfet de Police faillit leur dire de se déguiser en clowns, ça leur rappellerait le coup de Tarnac. Mais il s’abstint prudemment. La DCRI avait un chef plutôt susceptible.

4.
A la CGT, on fut aussi légèrement dérouté. Les copains envoyés sur place parlaient d’ouvriers habillés comme dans les années trente ou de mineurs avec leurs barrettes en cuir. Et pourtant tout le monde savait que les derniers puits de mine en France avaient fermé au début du XXIème siècle pour cause de mondialisation. On voyait beaucoup de femmes, aussi, avec des tabliers, des blouses et des fichus.
Et le nombre ne cessait d’augmenter.

5.
« – Est-ce qu’il y a des jeunes ? demanda le ministre de l’Intérieur de plus en plus inquiet au Préfet de Police
– Oui, monsieur le ministre.
– Je le savais, je le savais. Des casseurs ! De la caillera ! Ah ah ! Rappeurs et compagnie ! Faites foncer dans le tas, provoquez-les, allez-y et que ça saute ! Cons je jeunes ! Et faites attention à ceux qui auraient des colis à la main, ce sont surement des anarchistes grecs !
– Ce n’est pas vraiment ce qu’on me rapporte, monsieur le ministre. La plupart sont hauts comme trois pommes et s’ils ont des casquettes, c’est pas le genre zyva. Plutôt genre poulbot, vous voyez ? Et puis, ils chantent de vieux trucs.
– Quoi, par exemple ?
– Euh… « Je suis tombé par terre, c’est la faute à Voltaire/Le nez dans le ruisseau, c’est la faute à Rousseau. » »

Pendant un bref instant, Brice Hortefeux se demanda s’il n’était pas en train de perdre pied, voire de devenir fou. Il aurait bien pris un rhum. Non, pas un rhum. Ce n’était pas une bonne idée.

6.
Sur un trottoir, un vieux monsieur regardait la place de la République, maintenant noire de monde. Il était bien content même si tout ces gens là étaient drôlement accoutrés. A un moment, il crut reconnaître son pote Paulo, avec qui il avait bossé chez Renaud à l’époque de l’île Seguin et avec qui, aussi, il avait fait les grèves de juin 36. Mais c’était pas possible. Paulo était mort en 43, fusillé comme otage communiste, au Mont Valérien. Pourtant, qu’est-ce qu’il lui ressemblait à Paulo, ce gonze…

7.
Le ministre de l’Intérieur décida vers 14 heures de faire charger les CRS. Après tout, cette manif n’était pas autorisée.
Place de la République, il y eut un profond désarroi chez les forces de l’ordre. Les grenades lacrymogènes ne semblaient nullement incommoder les manifestants. Pire, quand un commissaire de police ordonna à une compagnie de charger un groupe isolé, composé d’hommes barbus en redingote et haut de forme portant une banderole presque effacée qui proclamait « Vive la Commune », les tonfas et autres matraques traversèrent les corps sans les toucher.
Dans les mois qui suivirent, on nota une nette recrudescence de dépressions nerveuses chez les policiers présents ce jour-là.

8.
Laurence Ferrari, au 20 heures de TF1, eut l’air encore plus ahuri que d’habitude, en face de son invitée, une femme aux cheveux gris réunis dans un chignon très strict et vêtue d’une robe noire élimée montant haut sur le cou.
« – Mais enfin, Madame Louise Michel, quel est le sens de ce défilé qui a duré plus de dix heures ?
– Eh bien, l’ensemble du mouvement social depuis 1830 a voulu apporter son soutien à celui de 2010 que vous avez voulu enterrer un peu vite et nous avons ainsi assuré la jointure avec la manifestation prévue le 6 novembre, car un combat n’est jamais perdu d’avance. »

9.
Les syndicats dénombrèrent plusieurs millions de manifestants ce jour-là.
Après quelques heures de réflexion, le ministère de l’Intérieur donna sa propre estimation.
Il y aurait eu, ce 1er novembre, d’après la place Beauveau, zéro manifestant.
On n’allait pas compter les fantômes, en plus…

Et moi, je peux rester ?

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Dans son dernier livre, Jean-Luc Mélenchon veut virer tout le monde.
Dans son dernier livre, Jean-Luc Mélenchon veut virer tout le monde.
Dans son dernier livre, Jean-Luc Mélenchon veut virer tout le monde.
Dans son dernier livre, Jean-Luc Mélenchon veut virer tout le monde.

La première fois que j’ai vu Jean-Luc Mélenchon à la télé, c’était à l’occasion de la pré-campagne du PS préalable au célèbre congrès de Rennes de 1990. Nous étions deux copains, moi déjà disciple de Séguin, lui plutôt sympathisant socialiste. Nous avons écouté celui qui présentait une motion en compagnie de Julien Dray et, à la fin de l’intervention, nous nous sommes regardés, perplexes. Je ne sais plus bien lequel a dit à l’autre : «Tu as compris quelque chose, toi ? »
« Non, rien du tout. »

Et nous avons éclaté de rire. C’était du Rocard en pire. Depuis, le président du Parti de gauche a fait du chemin. Il est devenu plus… direct, pourraient dire David Pujadas, Laurence Ferrari et Arlette Chabot.[access capability= »lire_inedits »]

Mélenchon est une personnalité plus paradoxale qu’on ne le laisse entendre, ou qu’il ne le laisse transparaître lui-même. Il souhaite, semble t-il, cultiver l’image la plus sectaire possible afin de bien montrer dans quel camp il se trouve. Ainsi a-t-il expliqué qu’il ne commettrait pas une tribune avec un « noniste » de l’autre rive en déclarant : « C’est un homme de droite. » Mais, au risque de brouiller l’esprit de ses partisans, il n’hésite pas non plus à rosser Reding quand tout le monde, à gauche, la porte au pinacle, à défendre Zemmour ou Dati ou à déclarer devant un auditoire ébahi que la meilleure rubrique internationale d’un quotidien français est celle du Figaro.

Qu’ils s’en aillent tous ! donc, est le titre, marketing au possible, de son dernier livre[1. Qu’ils s’en aillent tous ! Vite, une révolution citoyenne. Flammarion. 144 pages.].Un croquis, écrit-il. Une intro, cinq parties et une conclusion. Court, direct, clair. Viril, aussi. Simple sans être simpliste. Aucune de ses lignes ne laisse indifférent. On est vraiment d’accord ou pas du tout.

Curieusement, ce n’est pas là où je l’attendais que le nouveau héraut de la « révolution citoyenne » m’a plu et déplu. Sa troisième partie, par exemple, « Sortir du traité de Lisbonne », aurait dû me remplir d’aise. Enorme déception ! Alors qu’il dit adieu au fédéralisme européen auquel il reconnaît avoir cru à tort, il ne remet nullement en cause l’euro. Etant entendu que « cette Europe n’est pas la solution mais le problème », il lui faudra bien  aborder le sujet de la nécessaire renationalisation de la monnaie, au risque de passer pour un nationaliste en sus d’un populiste.

Les Minc, Duhamel et autres Attali s’appuieront évidemment sur la deuxième partie, « L’autre partage des richesses », pour renouveler à son encontre l’accusation de populisme. Personnellement, je l’ai trouvée plutôt raisonnable. Que, dans une entreprise, l’écart entre le salaire le plus bas et le plus élevé ne puisse aller au-delà de 1 à 20, cela relève du simple bon sens. C’est d’ailleurs le cas dans la majorité des PME de notre pays. Quand Mélenchon fustige les 15 000 qui se « goinfrent », on imagine son visage plein de colère. Au risque de ne pas me faire un copain de ce bouffeur de curé, je pense à un célèbre chasseur de marchands du Temple, balançant tous les étals.

J’ai eu un peu les jetons avant d’entamer le chapitre consacré à « La planification écologique ». Planification, ça me parle : je pense à la Datar, à Olivier Guichard. Mais écologique ? Pouah, j’ai l’impression de voir débouler Eva Joly et Cécile Duflot main dans la main. Cauchemar garanti. Mais, exception faite de la lubie consistant à vouloir sortir du nucléaire pour investir dans la géothermie – comme si on ne pouvait pas faire les deux – le reste n’est pas si effrayant. Dénonçant à juste titre le fait qu’un blue-jean parcourt les milliers de kilomètres − avec tout le CO2 qui en résulte − qui séparent l’ouvrier à bas prix du consommateur aisé, Mélenchon propose de promouvoir un protectionnisme environnemental de bon aloi. Mais ne lui dites pas que cela ressemble un peu à la « taxe carbone aux frontières » dont a parlé le Président de la République ; il aurait vite fait de vous traiter de petite cervelle. Et il n’aurait pas complètement tort. Car le Président parle là où on espère que Mélenchon agirait. Encore que. À la lecture des pages consacrées à la refondation républicaine, on peut s’interroger. Sa critique de la monarchie présidentielle témoigne d’un mitterrandisme franchement mal digéré. Mélenchon peut-il croire que la Ve République chère au Général − auquel il sait se référer en matière de politique étrangère − est encore en vigueur ? De plus, il n’est pas très cohérent de vouloir supprimer l’élection du Président de la République au suffrage universel direct et de réclamer que le patron de France Télévisions soit élu par ceux qui paient la redevance. Comprenne qui pourra !

Jean-Luc Mélenchon ne sera pas mon choix du premier tour. Mais, j’espère bien qu’il sera candidat car, avec lui, on est sûr de ne pas s’ennuyer pendant la campagne. [/access]

Islam : je sais que je ne sais pas

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Oui Cyril, les chrétiens en Irak ont raison d’avoir peur et de se casser. Ils sont 1% de la population, on les massacre à l’église, on leur promet d’en finir avec eux rapidement. Tu vois la même chose en France ? Non Cyril, je n’ai jamais traité personne de raciste, j’ai dit juste le contraire. Je sais que les Français sont un exemple de tolérance à l’autre. Oui, la Grande Mosquée est vide, celle de la rue Myrha déborde. L’imam (radical) de l’une est préféré à l’imam (modéré) de l’autre. Ainsi sont les prieurs, ici comme à Alger et ailleurs.

Nous sommes pas mal à ferrailler contre l’islamisme depuis toujours sans succès. La vague déferle encore. On espère qu’elle retombera un jour. Tu as un médicament ? Cours le prescrire, vingt Etats arabes t’attendent. En t’attendant, les polices, surtout la nôtre, gèrent. De plus, la rue Myrha est plus proche de ses clients que l’autre. La République perd des territoires, dis-tu. Au profit des dealers, c’est vrai. Tu saurais comment nettoyer l’Archipel des Cités ? Téléphone vite aux cent préfets (et à Sarkozy), sûr, tu seras le prochain ministre de l’Intérieur.

L’islam, c’est ethnique ou culturel ?

Tu m’envoies qu’ils n’ont pas besoin d’écoles arabes, la communale est déjà coranique. Tu crois pas que tu pousses un peu ? Tu brandis Madame Badinter : « Multiethnique, oui. Multiculturel, non. » Du charabia mal traduit de l’universitaire américain où on ne pense qu’aux Noirs. Quelle différence entre ethnique et culturel chez nous ? L’islam c’est ethnique ou culturel ? Le couscous, la langue c’est quoi ? J’ai bien démoli tous tes arguments ? Il en reste un.

Tu es plus sérieux quand tu ressuscites le regretté marquis de Clermont-Tonnerre, président de notre première Assemblée Nationale, massacré par des casseurs en août 1792. En offrant la nationalité française aux juifs, il a tapé sur son pupitre : « Il faut tout refuser aux juifs comme nation, il faut tout accorder aux juifs comme individus« . Deux siècles écoulés où tu en es ? Le Musée juif, c’est la nation ou l’individu ? Les 30% d’enfants juifs dans leurs écoles hébraïques, qu’est-ce tu en penses ? Leurs 10 journaux ? Le CRIF ? Encore ou on arrête là l’intermède antisémite ? Et les Arabes, qu’est-ce qu’ils ont ? Walou ! On les a tirés par la culotte pour les obliger à se rassembler dans un Conseil à la noix, ça a été la foire d’empoigne et les Frères musulmans, fissa, se sont mis le CFCM dans la poche. Tu veux abolir l’islamisme ? Moi aussi. Il se fout de nous, il est là.

Alain, Henri, Samira et les autres

C’est pas d’hier que les gens, ils se recroquevillent dans leur coquille. Les Croates, les Serbes et compagnie. Moi, ça me désole, j’aurais préféré une Yougoslavie démocratique. Eux, ils sont dans l’air du temps, chacun chez soi et Dieu pour moi. Dans notre douce France, même tropisme. Des intellos perçoivent un ras-le-bol. L’islam, stop. Mon ami Alain Medam, écrivain franco-québécois, m’explique : « La peur bien sûr, surtout l’exaspération. L’hospitalité est un acte libre. Les Français reçoivent et on leur crache à la gueule. Ils sentent que leur culture propre se défait, qu’ils vont à la débandade, qu’ils débandent et ils cherchent à se ressaisir. Ils voudraient passer un contrat avec l’islam : ok, vous êtes là, mais il faut des règles, un socle de valeurs non négociables. La femme, la séparation du religieux et du politique, la tolérance, la loi et l’ordre, etc. Si on n’y parvient pas, les exaspérations vont monter, la démocratie devra s’adapter à la situation nouvelle. Nous lisons le XXIème siècle avec les idées de Montesquieu, les lunettes du XVIIIème siècle. Al Qaïda déclare la guerre à la France et nous savons que quelques soldats de son armée vivent sur notre sol. C’est peut-être les symptômes d’une guerre. C’est en tout cas le sentiment de beaucoup d’Européens. »

J’ai parlé avec mon ami Henri, commerçant, 40 ans, desouche pur sang. « Non, c’est pas si grave. Il y a un problème avec les jeunes Maghrébins et Africains des cités. Les autres, ça va. »
Samira, algérienne, 30 ans, employée, mariée, un enfant : « Les Français qui ont peur de nous ne nous connaissent pas. On a toujours peur de ce qu’on ne connaît pas. Je n’ai jamais rencontré un raciste. On a eu du mal à louer un appart, mais on l’a trouvé. Ma cousine a pensé s’installer ici, elle est vite rentrée à Oran. Elle dit que les gens, ici, sont grossiers. (rires) »

Objet Politique Non Identifié

Autant d’interlocuteurs, autant de visions différentes. Nous nous trouvons devant un OPNI (objet politique non identifié). Transfert de population massif du sud au nord. Colonies musulmanes en terres jadis dites chrétiennes. Difficultés sérieuses à contrôler les frontières. Principes démocratiques à toute épreuve. Phénomène totalement imprévisible, imprévu, devenu visible après son accomplissement. L’OPNI est-il nuisible, bienfaisant ? On n’en sait rien. Que faire face à lui ? On n’en sait rien. On n’en sait rien parce qu’il est totalement nouveau, sans précédent. De même qu’on ne l’a pas vu venir, on ne sait pas où il nous mène. Sarkozy a tout fait pour réduire l’immigration, elle est restée à un niveau identique sous son règne. Il se serait coupé un bras pour présenter un bilan au karcher. Il n’a rien pu faire. L’OPNI est out of control. J’ai une réponse à toutes ces questions ? Aucune, bien sûr. Pas plus que les gouvernements européens qui les cherchent, croyez-moi, même s’ils sont parfois tentés de jouer d’une « mauvaise conseillère ».

Mon intervention de l’autre jour, c’était juste, sous ces nuages de peur, un coucou nostalgique à un mot du siècle dernier : Touche pas à mon pote. Il y a si longtemps / Il y a si longtemps…

Salon de l’échec, une réussite !

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Comment gérer un échec sentimental et/ou un désastre financier à la suite d’une rupture, voilà ce que propose sans rire le « Salon du divorce, de la séparation et du veuvage » qui se tient à l’espace Champerret à Paris ce week-end.

Selon les organisateurs et les nombreux sponsors, qui ont flairé le bon filon, 11 millions de personnes sont actuellement en « rupture d’union » (sic), autant dire un gros marché encore mal exploité. Partant de ce constat, ils envisagent froidement la création d’une nouvelle profession : le « divorce planner », aux missions diverses, qui vont du juridique au relooking, de psychothérapie à l’amincissement, sans oublier les poudres de perlinpinpin. L’important, on se tue à vous le dire, c’est de positiver l’échec.

Jusqu’à ce soir, on pourra donc tirer profit de conférences sur les désavantages financiers et fiscaux du désastre : « Dissimulation de revenu, sous-évaluation du patrimoine, intérêts cachés, montage financier occulte… Comment faire pour le prouver ? » (Didier Rauch, groupe Avera), mais aussi envisager l’avenir pour se recaser. Jean-Louis Goin expliquera « La place de la chirurgie esthétique dans la reconquête de son image », Emmanuelle Grabat (EMP Conseil) proposera « Le marketing relationnel, développer son réseau de relations et construire un projet pour un nouveau départ » ; le Dr Hazout, nutritionniste, proposera, quant à lui, de « reconstruire son alimentation et de retrouver enfin son énergie en mincissant », et si ça ne va pas mieux, il restera toujours « Les fleurs de Bach, une méthode simple et naturelle pour harmoniser vos émotions » (Martine Viniger, Jardin d’Iris) … Avec tout ça, on est armé pour le prochain divorce. On ne pourra pas dire qu’on a été pris(e) en traître(sse).

Pendant qu’on y est, pourquoi ces génies du marketing n’ont-ils pas encore lancé le Salon de l’euthanasie, dont le potentiel commercial et juridique est incontestable et les conférenciers nombreux ?

Pub intempestive : avis à nos lecteurs

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Vous avez été nombreux à nous signaler un écran publicitaire parfaitement insupportable, pour un téléchargement de sonnerie de portable supposé imiter un rire de bébé. Nous en sommes désolés, vous présentons bien sûr nos excuses et faisons actuellement l’impossible pour mettre cette annonce hors-circuit, avec l’aide de notre régie publicitaire. Les arcanes d’internet étant ce qu’elles sont, cette éradication ne peut se faire d’un simple clic, mais nous nous démenons pour y arriver dans les délais les plus brefs.
Mille excuses, encore une fois

Vox populo

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Newsweek

Newsweek

Bien sûr, nous ne sommes pas totalement ignares. Juste un peu. Si nous avons fait nos classes à l’école laïque, nous n’en avons pas, pour autant, perdu notre latin : que les gardiens du temple syntaxique se rassurent donc ! Si nous avons substitué le Vox populo (ablatif) au Vox populi (génitif), ce n’est pas sans raison. Mais en désespoir de cause.

Que demande le peuple ? Du pain, des jeux ? Que lui dire ? Non, trop facile ! On ne peut se résoudre à être démocrate – et à l’être, pour aggraver notre cas, sincèrement – en évacuant comme une question nulle et non avenue celle du du populisme. Personne, dans l’histoire histoire humaine ne l’a jamais fait : la démocratie se joue toujours au risque de la démagogie et du populisme. Elle n’ignore jamais, comme nous le rappelle Marcel Gauchet dans ce numéro, les enfants qu’elle-même procrée.[access capability= »lire_inedits »]

Certes, l’actualité immédiate nous sert comme sur un plateau une Europe dont le ventre serait encore fécond qui accoucha de la Bête. Enfin, un truc comme ça, un peu brechtien, très lugubre, mais qui fait peur.

A charge, la « une » de Newsweek dont les éditorialistes français ont fait, ces dernières semaines, leurs choux gras, puisqu’elle présentait Nicolas Sarkozy comme le parangon de la droite dure européenne. Une vague populiste gagnerait l’Europe ? Rien n’est moins sûr : les scores de l’extrême droite européenne sont, sensiblement, les mêmes depuis plus de vingt-cinq ans. à moins, bien sûr, que l’on nous parle d’un populisme sans frontière, qui gagnerait en ce moment droite et gauche. Causeur pose les questions.[/access]

Il faut sauver le soldat Taguieff

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« L’autre jour au fond d’un vallon, Un serpent piqua Jean Fréron ; Que croyez-vous qu’il arriva ? Ce fut le serpent qui creva. Quand un serpent venimeux est doté de bonne conscience, comme le nommé Hessel, il est compréhensible qu’on ait envie de lui écraser la tête..

Ces lignes inscrites sur le mur facebook de Pierre-André Taguieff n’ont pas fini de faire parler d’elles. Attribuées à tort à l’un des meilleurs historiens français des idées, elles lui valent l’avanie du MRAP. Déjà, un appel solennel à la condamnation – et au boycott d’Israël – enjoint au CNRS et à Sciences Po de congédier leur turbulent chercheur.

Reconnaissons-le : s’en prendre à un nonagénaire humaniste émérite n’est pas du meilleur goût. C’est probablement la raison qui poussa Taguieff à retirer ce petit apologue de son mur puis à suspendre son compte Facebook, une fois assailli par les attaques.

Mais voilà, certains ont leurs coups de gueules. Et celui qui a signé ce pastiche a droit aux siens, y compris pour égratigner un membre du tribunal Russel sur les « crimes de guerre en Palestine », s’il juge sa palestinophilie trop complaisante envers le Hamas. N’en déplaise aux censeurs : en République, la liberté d’expression ne se borne pas aux limites fixées par les ligues de vertu. Que certain propalestiniens détestent Taguieff, soutien assumé d’Israël et pourfendeur du tiers-mondisme, c’est leur affaire. De là à menacer le droit à la privauté virtuelle, à la libre confrontation des opinions, voire à l’exercice de son métier, il y a un pas que nul ne saurait franchir, hormis le MRAP, bien entendu.

J’invite donc tous les lecteurs de Causeur à signer la pétition de soutien à Taguieff.

N.B : Hier, j’ai posté sur Facebook la bande-annonce du film Mon curé chez les Thaïlandaises. Bientôt un communiqué indigné du MRAP ?

On n’a pas toujours tort d’avoir peur

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Il arrive que des clients viennent à mon atelier pour me demander de restaurer un meuble qui ne manque pas de charme mais ne tient pas debout. Les tiroirs tombent par terre quand on arrive à les ouvrir et les portes ne ferment plus, même à coups de pied. Pardonnez-moi de vous le dire, monsieur Sitbon mais votre texte m’a fait le même effet. Dans ces cas-là, ma première envie est de foutre au feu ce que mon père (un pied-noir qui aurait un peu de mal à vivre avec son temps) aurait appelé du « travail d’Arabe » mais mon boulot, c’est de redresser ce qui n’est pas droit. Si vous le permettez, je vais tâcher de vous dégauchir tout ça.

« On n’a jamais raison d’avoir peur », dites-vous.

Les juifs d’Europe qui sont partis créer l’Etat d’Israël n’avaient pas raison d’avoir peur ? Et les chrétiens d’Irak ? De mes arrière-grands-pères, l’un a été déporté de Paris en 1942, l’autre a été égorgé à Alger en 1962. Ils auraient mieux fait d’avoir peur. Vous nous parlez d’ « une peur plus grosse que le danger ». Dieu vous entende ! S’il est grand, qu’il fasse que les musulmans en France deviennent des Français comme tout le monde mais beaucoup n’en prennent pas le chemin, contrairement à ce monde qui est venu chez nous pour devenir français et qui a fait la France, gardant au fond du cœur sa culture d’origine mais s’abstenant d’imposer sa loi et de jeter son identité à la gueule des autres.

Les Etats occidentaux accueillent tous des musulmans de toutes les façons, droit du sol ou du sang, intégration ou multiculturalisme, tolérance religieuse ou laïcité. Résultat, les accommodements raisonnables amènent la charia et partout où on le peut encore, on légifère pour limiter les dégâts. Riposte Laïque ne demande rien d’autre, tant qu’on peut encore faire la loi. Dites-nous donc dans quel pays où les musulmans sont majoritaires, l’autre croyant, le libre-penseur, l’homosexuel et tout ce qui n’est pas hallal peut vivre sans jamais avoir peur. Allez, rassurez-nous monsieur Sitbon, avant que les musulmans ne deviennent majoritaires en France.

« Comme le racisme les dégoûte, ils n’osent pas dire ce qu’ils pensent »

Au contraire, comme nous ne sommes pas racistes à Causeur, et, j’en suis convaincu, à Riposte Laïque, nous disons ce que nous pensons sans complexes[1. Il y a cher Cyril, une différence de taille : à Causeur, nous ne pensons pas tous la même chose. Et, à titre personnel, cet alignement de tous sur une ligne qui rend le débat impossible me tiendra toujours éloignée de « Riposte Laïque ». Je trouve inquiétant qu’un groupe constitué pour lutter contre « une idéologie totalitaire » se hérisse dès qu’on refuse d’adopter son point de vue et sa grammaire. EL ]. Savez-vous que nous tenons (que RL me démente si je me trompe), Malek Boutih ou Hassan Chalgoumi, « l’imam des juifs », pour nos frères, et Malika Sorel ou Dounia Bouzar pour nos sœurs ? Savez-vous ce que dit Donia Bouzar ? « Interdire la burqa, ce n’est pas être raciste ou islamophobe, ce qui est islamophobe, c’est de croiser une femme en burqa sans en être indigné en considérant qu’après tout, c’est un truc d’Arabes ».

« Ramadan s’observe davantage que le carême. Ça vous dérange ? Va falloir vous y faire. Il y aura bientôt plus d’imams que de curés »

Entre nous, une pratique qui interdit de manger, de boire, de fumer et de baiser en plein jour ne me dérange pas, elle me consterne mais elle ne me regarde pas. C’est ça la laïcité. Mais quand les Français musulmans deviennent de plus en plus en plus musulmans, je peux m’en inquiéter au lieu de m’en réjouir. Et ce qui me dérange, c’est qu’on ne puisse pas ne pas faire Ramadan comme dans certains quartiers où vous pouvez vous faire lyncher pour avoir bu un café ou dans certaines cours d’école où les gosses se font casser la gueule quand ils sortent leurs goûters. Les imams ne me dérangent pas plus que Raël ou le Mandarom sauf quand ils prêchent le djihad. La République est laïque, pas islamique et quand elle perd des territoires, ça me dérange et je n’ai pas l’intention de m’y faire.

« Si pas cent mosquées, la rue Myrrha »

La rue est à tout le monde en général et à personne en particulier, on a la liberté d’y circuler mais pas celle de l’interdire aux autres même si son bon dieu l’exige une fois par semaine. C’est ça, l’espace public. Delanoë interdit aux cathos intégristes de se rassembler sur le parvis de Notre Dame avant le pèlerinage de Chartres. Ce qui est quand même pousser la laïcité un peu loin, à moins que ce ne soit un combat gay. Enfin quand on veut, on peut ! Et quand on est républicain, on doit ! La rue Myrrha, ce n’est pas un problème de place, c’est une démonstration de force islamiste. La Grande mosquée de Paris est vide à la même heure et parmi les musulmans qui débordent dans la rue, nombreux sont ceux qui viennent d’ailleurs, vous le sauriez si vous lisiez Riposte Laïque car on ne trouve pas ces infos dans Marianne où il n’y a pas de journalistes islamophobes. Dieu merci ?

Par ailleurs, la mosquée n’est pas un service public. On construit autant d’école qu’il faut pour les enfants à scolariser et assez de prisons pour mettre la société à l’abri des criminels. Combien de mosquées faudrait-il construire et jusqu’à quand pour suivre la démographie des musulmans pratiquants ? Comment font les autres religions ? Est-ce le rôle de l’Etat ? « Sauciflard et pinard ne règlent rien » dites-vous. Bien sûr que non, sauciflard et pinard ne donnent pas les réponses, ils posent les questions.

« Six millions, pas un journal. Pas un député. Pas une école »

Pourquoi faire ? Pourquoi acheter le journal quand on reçoit Al Manar, la chaine de télé du Hezbollah, depuis son balcon. Vous allez sur internet, monsieur Sitbon ? Vous devriez. On y trouve plein de Goebbels en djellabah, on y apprend que la lapidation a du bon ou que le 11 septembre, c’est un complot sioniste (mais c’est une idée qui dépasse l’oumma je vous l’accorde) et que ça se paiera quand viendra l’heure d’Eurabia. Un député, c’est trop tôt, 10% d’électeurs, ça ne fait pas une élection, attendez un peu, vous verrez un jour un vote ethnique digne du Gabon ou du Liban. Les résultats de la liste Euro-Palestine dans certains quartiers ne sont qu’un prélude. Pas d’écoles ? À quoi bon quand l’école laïque et républicaine cédant sous le nombre, devient hallal à la cantine et efface des programmes ce qui fâche. Dehors Charles Martel et Anne Franck, et bientôt Bonaparte l’esclavagiste.

« Ils ne parlent (hélas) même plus leur langue »

Hélas ? Et quelle langue ? La langue musulmane ? Mais nos immigrés sont francophones. Nos aïeux (hélas ?) ont alphabétisés les leurs.

« L’islam est, pensez-vous, une abomination, il n’y a qu’à lire le Coran. Mais dis donc, tu as jeté un œil sur les autres livres sacrés ? »

Entre l’histoire de la loi, de l’amour et de la conquête, tous les textes ne se valent pas et certains exigent plus de sang que d’autres mais laissons les écrits aux théologiens. Ce sont les différentes pratiques des commandements divins chez les uns et surtout chez les autres qui nous inquiètent.

« La burqa t’ennuie ? Tu l’as interdite, tu devrais être content. Tu as vu comme c’est mieux depuis. Enfin, on respire »

Oui, je respire mieux dans un pays où on n’a plus le droit de mettre sa femme sous cloche en public et où celles qui l’enlèveront pour aller faire les courses ou chercher du travail respireront mieux aussi. Dans un pays où on ne porte plus dans la rue l’emblème d’un islam qui nous promet la mort, à vous et moi, où une musulmane peut trainer en justice son mari qui l’obligerait à la porter, je respire mieux, pas vous ? Permettre à l’individu de s’émanciper, d’échapper à l’emprise de sa communauté, c’est une belle idée, non ? Surtout à gauche.

« Les pays riches et libres sont métissés. Les homogènes crèvent de faim et de dictature »

Mais non ! Tous les goûts sont dans la nature et la vie est plus douce au Japon qu’au Liban. Par ailleurs, la France n’a pas attendu l’islam pour être diverse. Comme le dit Elisabeth Badinter : « une France multiraciale oui, une France multiculturelle non ». Sur ce point, il me semble que Causeur et Riposte laïque sont sur la même ligne. C’est l’observance stricte de la religion qui interdit le métissage. Vous savez ce que le port du foulard signifie ? Je cherche un bon musulman et je ne couche pas avec le blanc. Et il y a de plus en plus de foulards. Ce n’est pas à nous que le métissage pose problème, il ne faut pas nous confondre avec les identitaires de tous bords.

« Ils sont ici, ils resteront. C’est à prendre ou à laisser »

Heureusement que les hommes et femmes de France qui ont fait sa grandeur ne pensaient pas comme vous. Sans Charles Martel, Jeanne d’Arc ou Charles de Gaulle et ceux qui les ont suivis, sans ces Français qui se lèvent quand d’autres se couchent, je serai un peu moins fier d’appartenir à cette histoire, à ce pays. Pas vous ? Mais la laïcité sans faille que nous réclamons n’exige le départ de personne a priori. « Tout comme individus, rien comme peuple »,vous vous rappelez ? Ça nous a plutôt réussi, et si vous voulez mon avis, il faut continuer et en finir par exemple avec cette mauvaise habitude qu’ont les élus d’aller dîner au CRIF. Il faudrait même rajouter : tout comme individus, rien comme religion. Dans l’espace public, on ne veut voir que des Français, musulmans ou autres. La religion, on ne peut plus l’encadrer parce que dans l’état actuel de l’islam mondial, on ne peut plus la voir en peinture. Finis les accommodements déraisonnables. Ils ne peuvent pas manger de porc à la cantine, en quoi est-ce notre problème ? Que vont-ils faire ? Une grève de la faim ? Les femmes ne peuvent pas se baigner avec les hommes à la piscine ? Qu’elles restent au hammam. Elles ne peuvent pas être examinées par des médecins hommes, qu’elles changent d’hôpital ! En cas d’urgence ? Qu’ils s’en remettent à Dieu ou qu’ils aillent se faire voir ailleurs. Les musulmans capables de respecter ces conditions non négociables feront des Français, ceux qui ne craignent qu’Allah iront s’y soumettre sous d’autres cieux, la terre d’islam est vaste.

Si aujourd’hui la France est une nation et pas un agglomérat, si les bretons parlent la même langue que les corses et que tous s’en réjouissent à part quelques poseurs de bombes, c’est parce que la République a mené tout son petit monde à la baguette. Il faut un peu d’intransigeance pour que l’identité française donne à chaque Français l’estime de soi et à chaque immigré l’estime de la France. Et tout se passera bien car quand on se respecte, on force le respect. Il faudra faire comprendre aux élus que la tentation clientéliste ne paye pas car les laïques sont aussi des électeurs, et au marché que si le hallal attire des consommateurs, il peut aussi en repousser d’autres. Vous voyez, par exemple, je ne vais plus chez Quick et si ma banque se lance dans la finance islamique, j’en changerai et j’expliquerai à mon banquier pourquoi. Le vote et le boycott peuvent aussi être nos armes.

Une poigne de fer et une main tendue. Une République qui soutient un islam de France républicain, sans financements étrangers, qui adapte ses pratiques aux mœurs et aux lois françaises, dont les imams, les prêches et les contenus pédagogiques pourraient être vus par le ministère des Cultes (faisons confiance à Hortefeux). Ecoutons Hassan Chalgoumi, l’imam de Drancy, il sait comment faire. Mais il faut contrôler et exiger, pas laisser courir, faire des lois, comme pour la burqa. Vous êtes pour ?

Que les musulmans respectent nos valeurs, nos coutumes et nos rites s’ils veulent rester, c’est à prendre ou à laisser. Il nous appartient de fixer les règles. Et nous ferons des musulmans laïques. Notre tolérance, adaptation, lâcheté laisse des populations sous l’influence ou à la merci des islamistes et nous met en danger, notre fermeté rendra les musulmans, bon gré mal gré, plus laïques et fiers d’être Français.

Voilà monsieur Sitbon, je vous ai remis tout ça d’équerre. Ne me remerciez pas, je ne peux pas faire autrement, c’est mon job, c’est plus fort que moi.

Veni vidi Sarkozy

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Nicolas Saroky
La réforme des retraites : une victoire pour le président de la République ?

Nicolas Saroky

Après quelques semaines, la lutte finale aura donc été remise à plus tard : c’est plutôt la fin de la lutte. Sans même un Grenelle de consolation, les tambours CGT et les trompettes CFDT ont replié leur attirail de kermesse et libéré leurs otages sans obtenir de rançon.

Pendant que la majorité des travailleurs se levait plus tôt que d’habitude pour essayer, par la route ou par le rail, d’aller travailler, c’est-à-dire d’échanger sa modeste utilité contre les moyens de sa subsistance, une minorité de fonctionnaires qui ne voit pas plus loin que le bout de ses avantages acquis tentait d’extorquer le maintien de ses privilèges contre la preuve de sa capacité de nuisance.

Ainsi, on a vu les marins corses − qui s’y connaissent en extorsion de fonds − obtenir dans une certaine discrétion que leur régime spécial ne soit pas touché par la réforme. On peut s’interroger sur la difficulté de leur travail. Vieillit-on plus vite en assurant la liaison Nice-Calvi sur un promène-couillons trois fois par semaine qu’en partant des mois sur un chalutier pêcher le thon jusqu’en Islande ? La réponse est non, mais la question n’est pas au désordre du jour.[access capability= »lire_inedits »]

Les dockers marseillais, qui luttaient à coup de pastis et de belote pour s’opposer à une réforme portuaire qui aurait relativisé la situation de monopole dont ils jouissent − et qui leur permet de tenir l’économie française par les couilles − ont rejoint le mouvement. Trente-sept grutiers qui gagnent 4000 euros par mois arrêtent le travail et la France est asphyxiée. Sont-ils à ce point compétents, rares et donc indispensables ? Non, ils sont juste invirables.

Le tableau des emmerdeurs professionnels ne serait pas complet sans les conducteurs de TGV qui se sont sentis solidaires de leurs camarades même pas menacés de cotiser et de partir à la retraite comme vous et moi, même pas inquiets pour l’avenir de leur prime de charbon mais solidaires. C’est beau, la lutte des classes ! Evidemment, ça aurait plus de gueule d’arracher des droits à un patronat combattif et intraitable qu’à des contribuables impuissants et consternés, mais on a les victoires qu’on peut. L’important, c’est de continuer le combat, surtout quand on ne risque rien.

Tout ça ne serait que grotesque si l’activité de ce petit monde du service public suffisait à financer ses retraites, mais ce n’est pas le cas et c’est là que le bât blesse. Depuis des décennies de mouvements sociaux et de blocages du pays, les millions d’agents de l’Etat qu’on a vus dans la rue ces temps-ci ont obtenu des conditions de départ à la retraite que le pays n’a plus les moyens d’assurer. Les cotisations des employés d’EDF, de la SNCF et d’autres qui partent les plus jeunes mais vivent les plus vieux ne suffisent plus à payer leurs pensions et c’est l’Etat, par l’emprunt − donc vous, moi et nos enfants −, qui mettons au bout pour environ 15 milliards chaque année.

Je suppose que les 70 % de Français qui, dans les sondages, ont soutenu le mouvement ignorent ces détails et ont voulu protester contre d’autres injustices. Il faut reconnaitre qu’en pleine affaire Woerth-Bettencourt, il n’est pas facile pour le péquin moyen de savoir qui, du gouvernement ou du tandem syndicat/opposition, est le plus gros baratineur, mais on voit bien, quand le prolétaire du privé soutient l’employé du public qui nous la joue « lutte des classes », qui est le dindon de la farce.

Les plus glougloutants dans l’histoire étant sans doute les lycéens qui, à l’appel d’irresponsables politiques et avec le concours ou l’impuissance du monde adulte et enseignant, sont descendus dans la rue. Comment résister à une telle invitation quand on a 14 ans ? Alors que, toute l’année, il faut travailler à l’école pour devenir un homme libre et gagner sa vie dignement, avec la grève on devient citoyen en séchant les cours, en braillant des âneries ou en brûlant des poubelles. Il est difficile de refuser à la jeunesse ce souffle dont nous avons tous aimé la caresse, ce sentiment d’une insurrection qui vient quand on s’empare de la rue et qu’on mobilise les forces de l’ordre, mais laisser croire à ces grands bébés un peu couillons qu’il en va de leur intérêt, c’est quand même la plus belle escroquerie de toute cette affaire.

Alors, quelle connerie la grève ? Pas sûr. Il y a quelques années, une étude sur le monde du travail montrait que, dans les secteurs d’activité où la grève était difficile à mener, les arrêts-maladie étaient plus fréquents qu’ailleurs. Cette soupape « médicale » permettait aux travailleurs du privé (pour aller vite) de débrayer à peu près autant que leurs collèges du public qui avaient la grève plus facile. Arrêter les machines, sortir de la chaîne ou planter patrons, clients et usagers provisoirement et régulièrement serait une nécessité incontournable pour tous ceux qui subissent un boulot pas assez choisi. En dehors de tout enjeu et de tout objet, la grève serait au travailleur ce que la récréation est à l’écolier, d’où l’exaspération de ceux qui n’ont pas le droit de sortir devant ceux qui passent leur temps dans la cour et en sont récompensés au détriment des élèves plus studieux. Alors, cette fois-ci, les perturbateurs sont rentrés en classe sans bon point et ce n’est que justice. L’instituteur s’est montré ferme et juste, et c’est ce qu’on peut attendre de mieux.

Le gouvernement pour lequel j’ai voté a dit aux Français : « Je vous ai compris », mais a maintenu le cap. Après tant d’années immobiles, de réformes avortées, la France serait finalement réformable. C’est une question de volonté politique. On le savait tous, on attendait de voir. Il est venu, il a vaincu, on a vu.[/access]

Tapie cambriolé : suspects à la pelle

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Plus de cinq cent mille euros de bijoux, d’argenterie et de bibelots (j’adore la notion de bibelot à ce prix-là) ont été dérobés dans l’hôtel particulier de Bernard Tapie. On souhaite bien du plaisir aux policiers chargés de l’enquête. Certes, ils peuvent d’emblée écarter la piste de barbouzes plus ou moins proches du pouvoir, car Bernard Tapie a été chanteur, homme d’affaires, acteur, patron de club de foot, ministre, mais pas journaliste. Il n’y a donc rien chez lui qui puisse intéresser l’Elysée.

Il n’en reste pas moins une liste impressionnante de suspects qui auraient pu vouloir se refaire sur la bête en pratiquant la reprise individuelle : le Parti Radical de Gauche qui avait fondé beaucoup d’espoir sur l’homme le plus médiatique de la mitterrandie pour mettre fin à son « devenir-groupusculaire », ou bien vers Michel Rocard dont la liste aux Européennes de 1994 fut détruite en plein vol par le missile Nanard lancé par Mitterrand lui-même.

Il faudra aussi que nos fins limiers aient la fibre sociale de Maigret et s’orientent vers les employés des sociétés reprises par le Sauveur et qui se sont retrouvés au chômedu illico presto (Look, Terraillon, Manufrance, La Vie Claire), vers les footballeurs comme Jacques Glassman qui ont vu leur carrière ruinée au moment de l’affaire VA-OM, vers Jacques Mellick, le Fangio du Pas-de-Calais, qui est passé pour un con et a perdu sa mairie en faisant croire qu’il faisait Paris-Béthune à une moyenne de 200 km/h ou vers les élèves diplômés des écoles de commerces Bernard-Tapie, qui n’ont jamais réussi à placer une encyclopédie payable sur cinquante ans mais ont payé cher leur formation. À moins que quelques fonctionnaires du ministère des Finances aient décidé de jouer les monte-en-l’air après avoir trouvé un peu raide, en ces temps de disette budgétaire, de devoir faire un chèque de 210 millions d’euros à la plus improbable victime de notre temps.

Toussaint rouge

58
Photo : peasap
Photo : peasap

1.
Les premiers étonnés furent les services du ministère de l’Intérieur. Les rapports étaient formels. En ce lundi de la Toussaint, vers midi, un rassemblement de grande ampleur semblait prendre forme sur la place de la République. On comptait des milliers de personnes qui affluaient par le boulevard Voltaire et le boulevard Magenta. Dans son bureau, Brice Hortefeux, qui cherchait une nouvelle couleur (rouge gland ?) pour qualifier le niveau d’alerte vigie pirate avant la manif du 6 novembre, se montra extrêmement surpris et contrarié.

2.
A Montreuil, au siège de la CGT, on téléphona à la CFDT. La CFDT téléphona à SUD. SUD téléphona à FO. FO téléphona à la CFTC. La CFTC téléphona à l’UNSA. L’UNSA téléphona à la CGT. La boucle était bouclée. Personne n’était au courant de rien. On s’était tous soupçonnés les uns les autres de vouloir « faire un coup » avant le 6, mais on fut rassuré. On envoya cependant des observateurs sur le terrain.
Pendant ce temps-là, la foule affluait toujours sur la place de la République.

3.
Au ministère, on demanda à la Préfecture de Police de faire le nécessaire. On envoya les CRS et puis aussi des hommes de la DCRI en éclaireurs avec mission, si possible, de s’infiltrer chez les manifestants. L’un d’entre eux, à peine arrivé, téléphona directement au Préfet de Police : « On ne peut pas les infiltrer, monsieur le Préfet ! Ils sont déguisés. Oui, c’est ça, déguisés ! Et c’est très ressemblant ! On croirait des vrais ! »
Le Préfet de Police faillit leur dire de se déguiser en clowns, ça leur rappellerait le coup de Tarnac. Mais il s’abstint prudemment. La DCRI avait un chef plutôt susceptible.

4.
A la CGT, on fut aussi légèrement dérouté. Les copains envoyés sur place parlaient d’ouvriers habillés comme dans les années trente ou de mineurs avec leurs barrettes en cuir. Et pourtant tout le monde savait que les derniers puits de mine en France avaient fermé au début du XXIème siècle pour cause de mondialisation. On voyait beaucoup de femmes, aussi, avec des tabliers, des blouses et des fichus.
Et le nombre ne cessait d’augmenter.

5.
« – Est-ce qu’il y a des jeunes ? demanda le ministre de l’Intérieur de plus en plus inquiet au Préfet de Police
– Oui, monsieur le ministre.
– Je le savais, je le savais. Des casseurs ! De la caillera ! Ah ah ! Rappeurs et compagnie ! Faites foncer dans le tas, provoquez-les, allez-y et que ça saute ! Cons je jeunes ! Et faites attention à ceux qui auraient des colis à la main, ce sont surement des anarchistes grecs !
– Ce n’est pas vraiment ce qu’on me rapporte, monsieur le ministre. La plupart sont hauts comme trois pommes et s’ils ont des casquettes, c’est pas le genre zyva. Plutôt genre poulbot, vous voyez ? Et puis, ils chantent de vieux trucs.
– Quoi, par exemple ?
– Euh… « Je suis tombé par terre, c’est la faute à Voltaire/Le nez dans le ruisseau, c’est la faute à Rousseau. » »

Pendant un bref instant, Brice Hortefeux se demanda s’il n’était pas en train de perdre pied, voire de devenir fou. Il aurait bien pris un rhum. Non, pas un rhum. Ce n’était pas une bonne idée.

6.
Sur un trottoir, un vieux monsieur regardait la place de la République, maintenant noire de monde. Il était bien content même si tout ces gens là étaient drôlement accoutrés. A un moment, il crut reconnaître son pote Paulo, avec qui il avait bossé chez Renaud à l’époque de l’île Seguin et avec qui, aussi, il avait fait les grèves de juin 36. Mais c’était pas possible. Paulo était mort en 43, fusillé comme otage communiste, au Mont Valérien. Pourtant, qu’est-ce qu’il lui ressemblait à Paulo, ce gonze…

7.
Le ministre de l’Intérieur décida vers 14 heures de faire charger les CRS. Après tout, cette manif n’était pas autorisée.
Place de la République, il y eut un profond désarroi chez les forces de l’ordre. Les grenades lacrymogènes ne semblaient nullement incommoder les manifestants. Pire, quand un commissaire de police ordonna à une compagnie de charger un groupe isolé, composé d’hommes barbus en redingote et haut de forme portant une banderole presque effacée qui proclamait « Vive la Commune », les tonfas et autres matraques traversèrent les corps sans les toucher.
Dans les mois qui suivirent, on nota une nette recrudescence de dépressions nerveuses chez les policiers présents ce jour-là.

8.
Laurence Ferrari, au 20 heures de TF1, eut l’air encore plus ahuri que d’habitude, en face de son invitée, une femme aux cheveux gris réunis dans un chignon très strict et vêtue d’une robe noire élimée montant haut sur le cou.
« – Mais enfin, Madame Louise Michel, quel est le sens de ce défilé qui a duré plus de dix heures ?
– Eh bien, l’ensemble du mouvement social depuis 1830 a voulu apporter son soutien à celui de 2010 que vous avez voulu enterrer un peu vite et nous avons ainsi assuré la jointure avec la manifestation prévue le 6 novembre, car un combat n’est jamais perdu d’avance. »

9.
Les syndicats dénombrèrent plusieurs millions de manifestants ce jour-là.
Après quelques heures de réflexion, le ministère de l’Intérieur donna sa propre estimation.
Il y aurait eu, ce 1er novembre, d’après la place Beauveau, zéro manifestant.
On n’allait pas compter les fantômes, en plus…