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Pour une décroissance des Verts

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Cet après-midi, j’ai lu ça sur Facebook : « Comment sortir l’union des Verts et d’Europe Ecologie de l’actualité ? Annoncer un remaniement…» Ne riez pas. Les adhérents d’EE, même s’ils sont mes amis, n’ont en général pas d’humour. D’ailleurs, je me demande si ce n’est pas une condition pour adhérer à leur mouvement. Tout comme il faut, semble-t-il, aimer les douches rapides à l’eau froide, les toilettes sèches, ou les biscuits bio au chocolat équitable si on est gourmand. Mais il va falloir arrêter.

Cet aimable folklore écolo aurait donc trouvé naturellement ce week-end sa traduction politique en machine de guerre à faire péter les scores à la présidentielle de 2012, en fusionnant les Verts et Europe Ecologie dans un chouette jamboree festif et équitable. Réunion qui aurait effacé les bouderies entre leur père à tous, Daniel Cohn-Bendit, la petite fille qui trépigne Cécile Duflot, et la grand-mère tape-dur, qui se voit déjà candidate, Eva Joly. Ne me demandez pas pourquoi il y avait des tensions à l’idée de fusionner tout ce beau monde qui, naturellement, ne pense pas pareil, ni n’est d’accord sur rien, je n’en sais que dalle. Histoires de personnes, de chapelles, de stratégie électorale. Querelles d’Allemands aussi pour savoir s’il vaut mieux promouvoir une écologie de la décroissance ou une économie de la sobriété.

« L’écologie, c’est le contraire du populisme. ». Nous y voilà.

Tout ce que j’ai vu, c’est des écolos enthousiastes quand Nicolas Hulot (celui qui faisait reverdir Nicolas Sarkozy) est monté sur scène pour saluer leur nouveau mouvement, sans pour autant annoncer son ralliement. J’ai vu aussi des écolos trépignant de joie quand Daniel Cohn-Bendit leur a annoncé que « l’écologie, c’est le contraire du populisme. » Nous y voilà. L’écologie c’est le contraire du populisme. L’écologie, quand c’est au niveau local, on essaie de te faire rêver avec des menus bios pour les gosses à la cantine ou plus d’espaces verts ou de logements sociaux HQE pour tous.

Quand on arrive en division 1, là c’est pain sec et eau tiède (pas trop, faudrait pas assécher les nappes phréatiques quand même) pour tous. La preuve c’est qu’Eva Joly, la juge intransigeante mais qui n’a jamais vraiment mené à bien une enquête, est d’ores et déjà présentée comme la candidate officielle de ce nouveau chouette rassemblement. Et que promet-elle : une « sobriété joyeuse », une rigueur budgétaire terrible, la justice implacable, la fin des conflits d’intérêts et un Etat-providence au régime sec. Tout pour rêver disons-le. Les écolos ont exigé de sa part un mea culpa en bonne et due forme concernant ses dernières déclarations. Qui ne reflétaient que son état d’esprit et pas la plateforme programmatique des Verts-Europe Ecologie. Fichtre ! À côté les bisbilles du PS concernant « l’égalité réelle » c’est de la petite bière (au houblon sans OGM).

Les Verts-EE ne sont donc pas populistes, ils sont stals. Et de la pire espèce. Ils sont catastrophistes. Ils sont décroissants. Ils sont tristes. Et même si je trie mes déchets, roule en vélo (heureuse bobo que je suis) et ne porte guère de crédit aux élucubrations de Claude Allègre, je ne voterai pas pour eux. Et je serais un travailleur honnête, je ferais pareil. Ils ne font pas de politique, ils font peur. Ne se pensent qu’en terme de force de nuisance (combien de sièges on peut piquer au PS à l’Assemblée, au Conseil Régional, ou n’importe où ailleurs). Et nous promettent des lendemains repeints couleur coulée de boue ou tempête tropicale.

La politique, ce n’est pas ça. Je ne parle même pas d’une campagne électorale. Alors, rassemblés ou pas, arrivés à l’âge de raison politique ou non, en dynamique ou sur le déclin, j’espère juste que la grand-messe de rassemblement entre les Verts et EE siffle la fin de la récré. Qu’on va enfin se rendre compte que les Verts-EE ne méritent pas tant de temps de parole, ni de crédit médiatico-politique. Les Verts ne font pas de politique. EE, qui était un mouvement si j’ai bien suivi et refusait l’étiquette de parti, ne fait pas de politique. Moyennant quoi, de nombreux militants socialistes et même parfois communistes, déçus de ne pas avoir les places qu’ils estimaient mériter, ont rejoint les rangs de ces deux groupes pour espérer se faire élire localement. Quand on pose sur de telles bases sa croissance, son audience et ses futurs succès électoraux, ça fout les jetons. Je dois être bien naïve notez…

Alors que les Verts et EE retournent s’occuper des problèmes locaux, fassent des manifs contre les autoroutes ou les tracés TGV, ce qu’ils font semble-t-il très bien. Mais vu les temps qui s’annoncent, j’aimerais autant qu’on laisse la politique à des gens aussi peu sérieux qu’eux, mais je l’espère moins dangereux. Et qui eux, ne vont pas m’obliger à abandonner ma baignoire ou ne me culpabiliseront pas dès que je laisse la lumière dans le couloir alors que je suis au salon. J’aime bien l’idée de prendre un bain chaud quand la tempête gronde dehors…

Florent Pagny, chanteur dégagé

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Florent Pagny ne veut pas que ses enfants « parlent rebeu ». Il vient donc de rejoindre la longue cohorte des pénitents sommés de faire amende honorable devant le tribunal de la pensée correcte pour avoir dit un mot de travers ou entendu comme tel. Ses excuses avaient été exigées par le Conseil représentatif des associations noires, le CRAN, qui après un atroce suspense a consenti à les accepter. Selon la formule devenue rituelle, le chanteur est donc désolé s’il a pu peiner ou blesser des gens. La coïncidence avec des formules entendues mille fois n’est nullement fortuite.

Pour le chanteur, cette autocritique était sans doute le seul moyen de ne pas être affublé à vie de l’infamante étiquette de raciste – et, accessoirement de ne pas plomber la promo de son nouvel album. Qu’il ait accepté de la faire n’en est pas moins affligeant. Comme l’observe David Abiker, il a raté une occasion de défendre sa « liberté de penser ». (Pour ceux qui l’ignoraient comme moi il y a deux jours, c’est le titre d’une de ses chansons). Dommage, dans un premier temps, il s’était montré un peu plus combatif, envoyant gentiment balader les petits inquisiteurs du « Grand Journal » de Canal + : « J’ai fait une réflexion un peu bête apparemment, a-t-il reconnu sous le regard outré d’Ali Badou tandis que l’aimable Ariane Massenet tentait de l’amener au repentir préalable à la rédemption. J’ai employé le mot ‘reubeu’ mais ce n’est pas péjoratif, j’ai des potes reubeu, des potes feuj… Le dérapage, il est maintenant parce que c’est en train de partir en vrille ». Cette dernière remarque témoignait au moins, sinon de la profondeur de sa réflexion, d’un certain bon sens.

Si d’aucuns en doutaient, cet épisode montre que désormais, outre chacun d’entre nous, c’est le langage lui-même qui est en liberté surveillée.

Comme l’ami Mandon, je trouve qu’il n’est pas très glorieux d’aller payer ses impôts aux Etats-Unis quand on gagne sa vie grâce au public français. Mais les raisons exposées par Pagny sur Chérie FM, ont plutôt éveillé mon indulgence. Interrogé sur son exil, le chanteur a en effet expliqué qu’il en avait marre d’entendre son fils « parler rebeu ». Bon d’accord, il n’aurait pas dû dire rebeu mais « zyva » ou, s’il s’exprimait lui-même dans le langage châtié qu’il aimerait entendre dans la bouche de ses enfants, « l’argot des cités ». En attendant, tout le monde a compris que cette expression ne visait en rien l’appartenance raciale. Sauf que les professionnels de l’antiracisme ne veulent pas comprendre – on sait bien où ça mène, de comprendre – ils veulent leur raciste de la semaine. Ce qui leur a permis de ne pas entendre la suite, pourtant fort intéressante, des propos de Pagny : « Il y a aussi cette histoire de peur et d’ambiance un peu bizarre où finalement les mômes ils se raccrochent à des codes pour être sûrs de ne pas être emmerdés. » Apparemment, Pagny n’est pas sensible aux charmes du multiculturalisme. Pour Patrick Lozès, le président du CRAN, le crime était constitué : « Voilà que les chanteurs engagés se mettent à parler comme le Front national », s’est-il désolé.

L’ennui, c’est que la plupart de gens partagent le point de vue de Florent Pagny. À commencer par les parents de toutes origines qui vivent dans les « quartiers populaires », terme convenable pour désigner les cités, et qui découvrent un jour que le chérubin qui la veille faisait du coloriage parle comme un charretier et, plus largement, adopte les codes culturels dominants de son entourage. Or, tous les parents de France veulent que leur enfant apprenne le français avant le langage de la rue, tout simplement parce que, comme le note David Abiker « c’est la langue qui dans leur pays, une fois correctement parlée, écrite et lue leur permettra de s’exprimer, de trouver du travail et…justement de savoir apprécier l’argot et « le rebeu ». Qu’il s’agisse de celui de Michel Audiard ou de l’argot des cités. » En somme, avant de faire danser la langue, il faut être capable de la prendre dans ses bras. Si penser ça, c’est mal, il va falloir que le « Grand Journal » organise des olympiades de la repentance.

À s’exciter sur les mots, on perd le sens des choses. Si la remarque de Florent Pagny relève du racisme, nombre de nos concitoyens qui en disent et en entendent bien d’autres, finiront par penser que le racisme, ce n’est pas si grave que ça. Et les antiracistes auront de vrais racistes à se mettre sous la dent. D’ailleurs, c’est ce qu’ils cherchent.

American graffiti

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La nouvelle n’a pas fait couler beaucoup d’encre: on apprend aujourd’hui par un communiqué de la Mairie de Paris que la toile Cadillac Moon 1981, du graffiteur Jean-Michel Basquiat, n’aurait pas été « détériorée » lors de la rétrospective au Musée d’art moderne de la Ville de Paris, comme annoncé la semaine dernière. Les ratures de feutre dans le coin inférieur gauche, remarquées par une restauratrice d’œuvres d’art mandatée par le musée, étaient déjà présentes avant l’exposition puisqu’on peut les voir sur une photographie prise lors de la dernière exposition du graffiti original, à la Fondation Beyeler de Bâle, en Suisse.

Nous n’aurons donc pas à supporter les frais de la restauration (rapide ?). De toute façon, ce n’est qu’un juste retour des choses. Quelques années avant de devenir le peintre maudit milliardaire posthume que l’on sait, les mêmes œuvres auraient rapporté à son auteur quelques centaines de dollars d’amende et quinze jours de prison.

La France, mauvaise élève

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Les Chinois triment, les Anglais se serrent la ceinture, les Américains sauvent la démocratie (encore qu’on nous explique maintenant qu’ils sont redevenus d’affreux réacs) et les Français battent le pavé : il paraît que ça fait rigoler la planète entière. « Regardez vos petits camarades, ils ne font pas tant d’histoires. » Cet argument de maîtresse d’école, les princes qui nous gouvernent l’ont ressassé sur tous les tons, comme à chaque fois que ce peuple dont ils ne parlent plus la langue s’énerve d’une façon qu’ils jugent irrationnelle – et qui l’est au demeurant. Sauf qu’il n’y a pas de quoi rigoler. Après tout, cette injonction à entrer dans un monde dans lequel tout le monde fera comme tout le monde n’a rien d’exaltant pour un pays qui se souvient du temps où l’Histoire s’écrivait dans sa langue parce qu’il avait quelque chose à lui dire, au monde. Comme avenir radieux, on a connu mieux que l’adaptation au réel. Certes, ça n’a pas toujours donné des résultats heureux, mais pas non plus toujours aussi désastreux qu’on le dit.[access capability= »lire_inedits »]

Notre dirlo est à Bruxelles

Alors, bien sûr, comme nous le dit la maîtresse qui appelle parfois à la rescousse le dirlo installé à Bruxelles, la « Réforme » est la seule solution raisonnable. On ne peut pas s’endetter indéfiniment, tout cela est irréfutable. Et c’est bien le problème : le beau mot de raison est devenu synonyme de banalisation et le changement est annonciateur du pire. Autrement dit, nous avons troqué l’espérance contre la crainte. Alors, je ne sais pas si nous avons trop dansé mais on comprendra que nous n’ayons pas très envie de chanter.

Autant le dire : la retraite, je n’y pense jamais, même en me brossant les dents. Et je ne crois pas à la jolie fable du peuple d’en bas uni contre l’oligarchie d’en haut que nous ont racontée les médias. L’ambiance de 2010 n’est pas l’esprit de 1995. Ce que l’on appelle mouvement social, désormais, c’est une foire d’empoigne dans laquelle chaque groupe fait prévaloir ses intérêts en fonction de sa capacité de nuisance, la conjonction de colères hétéroclites et souvent rivales dont l’ultime dénominateur commun est la peur d’un avenir sur lequel on n’a plus prise. Ce qu’on reproche aux gouvernants, ce n’est pas d’agir mais de s’être dépouillés de tout moyen d’agir sur le réel, ce n’est pas leur pouvoir exorbitant mais leur impuissance.

Travailler plus sans gagner plus ?

Alors admettons qu’il faut payer la facture et travailler plus même sans gagner plus. Mais la nécessité ne saurait être la seule loi des communautés humaines. La France est une puissance moyenne, soit. Doit-elle se résigner, par surcroît, à ne plus savoir qui elle est ?

Redéfinir cette identité est une tâche d’autant plus périlleuse que le mot et la chose ont été frappés d’interdit. Hasardons une hypothèse : le « modèle français »[1. Terme inadéquat car il suggère une forme de prosélytisme qui n’est plus de saison] n’est pas fondé sur l’état-providence – d’ailleurs inventé par les Allemands – mais sur cette modalité particulière d’accès à l’universel que l’on appelle République. Ce n’est pas la retraite à 62 ans qui le met en péril mais la faillite de l’éducation. En effet, selon le Haut Conseil à l’Intégration, l’école ne sait plus intégrer les enfants d’immigrés. Elle n’est plus l’antidote aux fractures françaises, elle en est le réceptacle et même parfois le laboratoire. Dans les établissements-ghettos où se concentrent les élèves d’origine étrangère, la salle de classe n’est plus le lieu où on se dépouille de ses appartenances particulières pour adhérer au monde commun, mais celui où on les affiche pour récuser ce monde commun. Souvent encouragés par les parents et parfois par les profs, les élèvent invoquent la religion pour refuser d’apprendre. Résultat, un nombre croissant arrive au collège sans savoir lire et écrire et a donc toutes les chances d’en sortir au même niveau. Mais ça, on ne doit pas le dire – ce serait stigmatisant. Il ne faut pas désespérer le 9-3. Sauf qu’envoyer des jeunes poursuivre une pseudo-scolarité où ils n’apprendront rien et empêcheront les autres d’apprendre, c’est les mépriser. Croit-on les enfants de nos banlieues incapables de recevoir ce trésor qu’est la langue française ? Au nom de l’égalité, on accroit les inégalités car les enfants des milieux aisés comptent peu d’illettrés dans leur classe. Mais peut-être faudrait- il, par souci démocratique, ne pas leur apprendre à lire ?

L’éducation pour tous n’est pas un colifichet. S’il est une cause qui devrait nous faire descendre dans la rue, c’est celle-là. Parce que si nous ne renonçons à former des citoyens, un jour, il n’y aura plus de Cité.[/access]

Bye bye, bling-bling!

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Photo : Ammar Abd Rabbo

L’indécrottable provincial que je suis a fait tout son profit de la subtile analyse politique livrée ici même, à chaud, par l’ami Marc Cohen : sa longue fréquentation des hauts lieux de la politique parisienne lui permet quelques entrechats bien enlevés qui nous changent agréablement des gros sabots des commentateurs habituels. Comme lui, je ne mettrais pas un kopeck, même dévalué, sur la capacité du « centre » à se fédérer d’ici le printemps 2012.

Néanmoins, de ma campagne, on peut voir cette affaire de remaniement ministériel dans une autre perspective, celle d’un retour en force des Girondins de la droite, qui s’imposent face aux Jacobins de cette même mouvance (mes excuses au fan-club de Jules Michelet, mais je n’emprunte qu’un instant cette analogie historique pour étayer mon propos en faisant bref…)

Lorsque l’on épluche la liste des nouveaux promus, celle des entrants, celle des partants, on ne peut qu’être frappé par la prééminence prise par les « gaullistes de terrain », ceux qui labourent leur terroir avec constance sur les « vedettes » de la société politico-médiatique de la capitale du style Kouchner, Rama Yade, Fadela Amara, et même Jean-Louis Borloo[1. Jean-Louis Borloo fut jadis un maire de Valenciennes talentueux. Mais la politique locale ne l’amuse plus]. Le seul rescapé de cette escouade reste Frédéric Mitterrand dont on peut remarquer l’étonnante discrétion et la non moins surprenante gestion habile de dossiers généralement producteurs d’enquiquinements, pour ne pas dire plus : intermittents du spectacle, statut de l’Agence France Presse, mendicité chronique des cultureux. Le relatif calme qui règne dans le secteur ne va peut-être pas durer, mais changer le ministre eût peut-être réveillé les braillards habituels. À moins que Carla n’ait menacé de se barrer si on virait son copain Frédo…

Richert aux Collectivités, un signe adressé à l’Alsace

Mais là n’est pas l’essentiel. L’essentiel, c’est la nomination de Philippe Richert comme ministre chargé des Collectivités territoriales auprès du ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux. Pour ceux – honte à eux !- qui ne connaissent pas Philippe Richert, précisons qu’il était jusque-là président de la région Alsace, qui est, comme chacun sait, la seule région métropolitaine tenue par la droite. La nomination de Philippe Richert est, certes, un signe adressé aux Alsaciens de droite qui appréciaient moyennement de se voir représentés en haut lieu par un ministre d’ouverture, Jean-Marie Bockel, d’ailleurs régulièrement humilié par ses petits camarades du gouvernement et de l’Elysée.

Mais c’est également une prise de conscience, par les stratèges élyséens, que la France qui gagne ne se limite pas aux patrons du CAC 40 et aux traders fous. Pays de PME, l’Alsace, comme la Haute-Savoie, est un terroir fortement ancré à droite où la prédilection de Nicolas Sarkozy pour les Bernard Arnault, François Pinault et autres Bolloré irritait passablement. Car ce sont, entre autres, ces multinationales françaises qui mettent une pression impitoyable sur ces PME, pour la plupart sous-traitantes des grands groupes en les forçant à réduire leurs marges, voire en les contraignant à délocaliser leur production vers des paradis salariaux toujours plus à l’Est. Ces gens-là, patrons petits ou moyens, sont entre l’arbre et l’écorce, en l’occurrence leurs donneurs d’ordres et leurs salariés.

Leurs élus leur ressemblent : pas bling-bling au Fouquet’s, mais tchin-tchin au Café de la Mairie.
François Fillon a été suffisamment bon communicateur pour cultiver son image d’austère provincial, aisé mais ne faisant montre d’aucune ostentation, ce qui lui a permis de fédérer autour de lui cette droite des terroirs que Jacques Chirac savait admirablement flatter. Pour l’instant, il va mettre ces atouts au service de l’actuel président. Que Sarkozy l’emporte ou perde en 2012, il est gagnant : soit comme chef naturel de l’opposition, soit comme potentiel successeur. On me permettra de ne pas miser sur Jean-François Copé, dont l’activisme intense et l’ambition insolemment affichée fait penser au Sarkozy de 2002. Pour ça, la France a déjà donné.

Comme on s’est aperçu, à l’Elysée qu’on ne pouvait pas gagner en 2012 en faisant du Sarkozy 2007, on a mis en place un dispositif susceptible de faire revenir à lui ces couches sociales qui avaient tendance à s’abstenir, voir à lorgner vers un FN relooké par Marine. Alors, on va dorloter les médecins (Xavier Bertrand), câliner les artisans, chauffeurs de taxis et cabaretiers de toutes tailles et spécialités pour lesquels le pitbull Frédéric Lefebvre est prié de se muer en coach bienveillant. On ne bougera rien qui puisse faire le moindre bobo à l’âme et au portefeuille de ces catégories.

Pour faire du Chirac, c’est-à-dire du clientélisme forcené dans un immobilisme imperturbable, rien ne vaut des chiraquiens bien implantés dans leur coin comme les Juppé, Baroin et Alliot-Marie

À propos, une nouvelle importante n’a pas été, à mon sens suffisamment mise en valeur dans nos gazettes : Bernadette Chirac, 77 ans, sera à nouveau candidate en mars 2011 au poste de conseillère générale du canton de Corrèze, situé dans le département du même nom. Etonnant, non ?

Fillon II : quand la droite est adroite

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Quelques réflexions à chaud sur ce nouveau gouvernement Fillon. On ne s’attardera pas sur le timing baroque de l’opération, qu’on dirait tout droit sorti du cerveau atrophié d’un storyteller fatigué: six mois de suspense de moins en moins insoutenable et de plus en plus risible, conclus par cette hallucinante séance de travail du dimanche. J’espère qu’on aura compris le message: la situation est grave, mais le président et son principal collaborateur sont sur le pont, contrairement à vous autres feignasses qui avez fait le pont.

On s’interrogera d’abord sur les ressorts cachés du pschitt de l’option Borloo. Bien sûr, il y a la version officielle du désormais président à plein temps du Parti radical, plus ou moins reprise par la plupart des éditorialistes : une rupture de dernière ligne droite entre Borloo et Sarkozy qui, après l’avoir envisagé un temps à Matignon, aurait jugé préférable de reconduire Fillon, notamment sous l’influence de l’UMP profonde (traduisez feu le RPR) et de son groupe parlementaire. Honnêtement, ça tient la route. Mais on pourra aussi être tenté par une version un peu plus oblique des faits. Certes, au terme de cette polka, Borloo n’est pas à Matignon; mais en un mois, qu’on le veuille ou non, son poids politique a été décuplé. Il a d’un seul coup retrouvé son crédit écorné à force de rognages successifs de son Marshall des banlieues puis de son Grenelle de l’environnement -sans oublier sa gestion, disons, approximative des dossiers. Or Sarkozy est le seul responsable de cette remonétisation de Borloo. Simple dégât collatéral de l’opération remaniement? A moins que le président, qui a oublié d’être bête, pense rendre désormais impossible l’émergence d’un concurrent centriste dangereux pour 2012: il peut compter sur Borloo, Morin et Bayrou pour régler ce détail.

Le come back d’Alain Juppé est bien sûr un autre moment fort de cette «séquence», pour reprendre le psittacisme médiatique de la saison. Certes, il est numéro deux du gouvernement. Mais on s’est bien gardé de lui donner l’Intérieur, les Finances ou la Justice. Coincée entre l’Otan d’une part et l’Elysée de l’autre, la Défense n’a plus grand chose de régalien (sinon, on ne l’aurait jamais filée à Morin!). Ce n’est assurément pas rue Saint-Dominique que se jouent les décisions stratégiques et la présence de la France dans le monde (ou plutôt son absence). N’empêche, pour essayer de réparer les dégâts de son prédécesseur, il faudra au moins la ruse, la culture et l’intelligence de Juppé. Des qualités qu’un esprit retors pourrait aussi juger utiles pour marquer à la culotte l’occupant actuel de Matignon…

Exit les charlots !

Néanmoins, ce remplacement à la Défense d’un branquignol par un cerveau politique a quelque chose d’emblématique. Exit les charlots en tous genres, qu’ils soient issus de l’ouverture à gauche, comme Kouchner et Fadela Amara, de la discrimination positive comme Rama Yade, de la parité comme Anne-Marie Idrac ou de la cuisse de Nicolas Jupiter, comme l’inénarrable Estrosi. On peut penser ce qu’on veut de la politique mise en place par Eric Besson (pour ma part, uniquement du mal), on est terriblement rassuré de voir ce teigneux à QI +++ remplacer à l’Industrie le sympathique mais ectoplasmique Niçois. Certes en échange de son départ, on récupère Mariani et Lefebvre (on aurait été plus avisé de garder Bockel, Novelli ou Falco, qui ont fait le job); mais il fallait bien donner quelques zakouskis à la droite de droite.

Toujours dans le cadre de la prime au sérieux, -et sans porter de jugement sur les politiques à venir[1. Hormis un épais a priori négatif, mais faut pas non plus m’en vouloir d’être de gauche] – on a vu sans trop de surprise rester MAM, Hortefeux, Mercier, Frédéric Mitterrand et Jean Noubly[2. Selon l’excellent gag de Basile], revenir Xavier Bertrand ou arriver le pétulant Maurice Leroy; on s’étonnera même, à cette aune, de l’absence de Gérard «The Brain» Longuet, qui n’aurait certainement pas déparé dans le décor. M’est avis qu’il n’invitera pas Martin Hirsch à son anniv’…

Autre surprise, heureuse celle-là: la nomination de Jeannette Bougrab[3. Message personnel: je ne lui en veux absolument pas de m’avoir privé de mon agréable passe-temps de sniper de la Halde sur Causeur] Elle a prouvé, en quelques mois d’exercice à la Hototo, including le coup d’éclat du procès Baby Loup, qu’une «issue de» n’était pas forcément qu’une «issue de» et qu’une charmante demoiselle pouvait aussi être sévèrement burnée.

Bref, du point de vue de la droite, on pouvait difficilement imaginer choix plus inspiré. En rupture totale, d’ailleurs, avec toutes les promotions improbables qui ont prévalu depuis 2002 (Remember les Juppettes…). D’ailleurs, si on cherche bien, la dernière fois que la France a été dirigée par des ultra-compétents, c’était du temps de Lionel Jospin (featuring Védrine, Mélenchon, Aubry, Allègre et même, un temps, Chevènement). On tenait là, tout comme avec Fillon II, une vraie équipe de killers!

L’Histoire a montré, hélas, que ça n’était pas forcément un gage de réussite…

On achève bien les chevaux avec!

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Rien ne va plus aux Etats-Unis. Le produit qui entre dans la composition du cocktail utilisé pour exécuter par injection les condamnés à mort, et qui répond au doux nom de thiopental sodique, est en rupture de stock, nous apprend le Wall Street Journal. Résultat, maints Etats reportent des exécutions programmées de longue date. Impossible de tenir le planning, des bouchons se créent dans le tunnel de la mort, les klaxons fusent, bref, c’est la chienlit.

Heureusement, les professionnels consciencieux, uniquement motivés par le respect dû au bras séculier, trouvent des solutions viables, si l’on ose dire.

C’est le cas en Oklahoma. Ce n’est pas pour rien que sa devise officielle est « Labor Omnia Vincit » : à force de travail et d’abnégation, ses représentants ont déniché un produit de substitution : le pentobarbital, d’ordinaire à usage vétérinaire. En somme, un remède de cheval. Si c’est bon pour les bêtes de ferme, cela siéra à la bête humaine.

Les avocats de celui qui doit servir de cobaye le 16 décembre prochain, James David Duty, s’insurgent avec des arguments qui pourraient sembler faiblots : le pentobarbital « n’a pas été testé, est potentiellement dangereux et pourrait donner lieu à une torture« .

Va pour le test et la torture. Mais oser arguer, à propos d’une injection létale, que la drogue est « potentiellement dangereuse« … Il y a vraiment des phrases qui tuent!

C’est tous les jours fête

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C’est en apprenant que nous devions commémorer aujourd’hui la journée mondiale de la gentillesse et en me souvenant qu’il y a quelques semaines il s’agissait de la journée mondiale de ménopause, que j’ai pris la décision d’entamer des recherches sur toutes les journées mondiales, internationales, nationales ou d’autres ampleurs afin, peut-être, d’en faire profiter mes lecteurs. Mes recherches ont très vite abouti. Un site recense en effet deux-cent-trente deux évènements de ce genre. Il n’est pas inintéressant d’en faire une sélection tout à fait partiale et de les agrémenter de quelques commentaires et conseils.

13 novembre : Journée mondiale de la gentillesse mais aussi – on en a très peu parlé – journée mondiale de l’utilisabilité – ça ne s’invente pas. Ce dernier concept, pour les ignares, se définit par la norme ISO 9241 comme « le degré selon lequel un produit peut être utilisé, par des utilisateurs identifiés, pour atteindre des buts définis avec efficacité, efficience et satisfaction, dans un contexte d’utilisation spécifié ».
Montrez-vous efficaces et tentez de faire d’une pierre deux coups. Achetez l’objet le plus utilisable possible et tentez de l’utilisez devant vos proches. Evitez les meubles à monter soi-même ou les maquettes si vous avez -comme votre serviteur- deux mains gauche. Cela vous évitera un fiasco : énervé par le côté totalement inutilisable de l’objet, vous finiriez par donner une torgnole au gosse puis par insulter votre femme, réduisant à néant votre engagement à être gentil toute cette journée.

14 novembre : Journée mondiale du diabète. Par solidarité, mangez 25 tablettes de chocolat. Sauf si vous être diabétique, évidemment.

15 novembre : Journée mondiale des écrivains en prison. Examinez le cahier du jour d’un de vos enfants, le plus malingre et chétif, de préférence. A la moindre faute de grammaire ou de syntaxe, enfermez le trois bonnes heures dans la cave pour le faire réfléchir sur la chance qu’il a de vivre sous nos latitudes. Ou obligez-le à lire du Marc Lévy, du Guillaume Musso ou, pis, du Christine Angot, enfin de lui faire saisir toute la joie que peuvent apporter des écrivains en liberté.

16 novembre : Journée Internationale de la tolérance. Vous souvenant de Paul Claudel (La tolérance ? Il y a des maisons pour ça) et constatant avec regrets l’œuvre de Marthe Richard, faites un aller-retour dans un Eros-Center outre-Rhin ou une discothèque coquine des environs de Barcelone. Si votre épouse vous le reproche, vous pourrez lui faire remarquer qu’elle n’est guère tolérante en cette journée.

17 novembre : Encore une journée chargée. On fête à la fois la Journée internationale de la prématurité et la journée nationale de l’épilepsie. Convaincus par Frédéric Martel qu’il faut être mainstream et que la journée nationale doit s’effacer devant l’internationale, tentez de convaincre votre charmante épouse, enceinte de six mois, tout l’intérêt d’avoir un enfant prématuré au regard de la législation fiscale.

18 novembre : Deux événements encore ! La Journée de la philosophie à l’UNESCO et la Journée mondiale contre les Broncho-Pneumopathies Chroniques Obstructives. Lisez du BHL, ça vous fera tousser.

19 novembre : Journée mondiale pour la prévention des abus envers les enfants. Coupez la télé.

20 novembre : Journée internationale des droits de l’enfant, Journée mondiale pour l’industrialisation de l’Afrique (sans enfants dans les usines, supposé-je), Journée nationale contre l’herpès et Journée internationale du souvenir trans. Cette dernière, qui est commémorée depuis 1998, en souvenir de l’assassinat de Rita Hester à Boston, invite à se souvenir des victimes de la transphobie. Comme un malheur ne vient jamais seul, c’est mon anniversaire. Toute coïncidence ne serait que fortuite. Merci.

21 novembre : Journée mondiale des pêcheurs artisans et des travailleurs de la mer, Journée nationale de la trisomie 21 et Journée mondiale de la télévision. Le théorème de Martel s’applique encore, malheureusement pour les trisomiques. Si le 21 tombe un vendredi, regarder Thalassa en famille permet de combiner agréablement les deux événements de portée mondiale.

25 novembre : Vous n’avez rien célébré depuis quatre jours. Vous êtes donc remonté comme un coucou pour commémorer la Journée internationale pour l’élimination de la violence contre les femmes qui tombe fortuitement (?) la jour de la Sainte-Catherine. Organisez donc une manifestation contre ces cérémonies d’un autre âge qui consistent à fêter les catherinettes, stigmatisant au moyen d’un chapeau ridicule les célibataires de sexe féminin. Vous aurez ainsi fait reculer davantage le patriarcat tout-puissant.

26 novembre : C’est la Journée des enfants de rue. Par pitié, même si vous votez Sarkozy, ne dénoncez aucun gosse rom souhaitant nettoyer votre pare-brise. Hortefeux, exceptionnellement, fermera les yeux.

28 novembre : C’est la Journée mondiale sans achats. Réunissez toute votre famille, surtout votre femme et vos filles. Passez-leur le dernier discours de François Fillon sur la faillite des finances de notre nation et tentez un parallèle avec celles de la famille. Si cela ne suffit pas, confisquez toutes les cartes bancaires. Maudissez aussi l’imbécile qui a autorisé que les magasins ouvrent davantage le dimanche puisque, sans cela, vous auriez pu au moins éviter cette corvée cette année.

29 novembre : Journée nationale de solidarité avec le Peuple palestinien. Je passe. Pas envie de finir comme Nicolas Bedos.
Le mois de novembre se termine. Epuisé, vous décidez, en commun accord avec votre famille, de ne célébrer qu’une journée par mois, ce qui a l’immense avantage de raccourcir mon papier.

Décembre : Sortez des sentiers battus. Ne célébrez ni le climat, ni l’abolition de l’esclavage, ni les migrants ni les droits de l’homme et privilégiez la Journée internationale de la montagne (le 11). Si vous vous sentez trop peu entraîné pour tenter l’ascension du Mont-Blanc, distribuez les paroles de la chanson de Ferrat à vos enfants. Cela les changera de Bénabar et de Cali.

Janvier : Aux lépreux et à la mémoire de l’Holocauste et de la prévention des crimes contre l’humanité, préférez la Journée mondiale de la Corse (le 9). Et si vous profitiez de cet évènement pour offrir une cagoule à tous vos enfants ? Après tout, il est fort probable que leur prix soit rapidement amorti en cette saison.

Février : Pas question de céder à la pression du camarade Leroy en participant à la journée mondiale sans facebook. Les maladies rares, le cancer, et le scoutisme ne vous passionnent guère. Choisissez donc la Journée mondiale des zones humides (le 2). Afin de la célébrer, faites-vous violence ! Privilégiez, pour une fois, les préliminaires.

Mars : La lutte contre l’exploitation sexuelle, la semaine nationale contre le cancer et même le fromage -ce qui me coûte en tant que franc-comtois- ne pèsent rien par rapport à la désormais célèbre et incontournable Journée nationale pour la courtoisie au volant (le 25). Ce jour là, ne traitez aucune conductrice de pouffiasse ni de conducteur d’espèce de trou du cul. Le vocabulaire de vos enfants, assis sur la banquette arrière, ne s’en portera pas plus mal.

Avril : Plutôt que l’hémophilie, le paludisme, les secrétaires et la propriété intellectuelle, choisissons la Journée mondiale des luttes paysannes (le 17). Affranchissons-nous de toute référence marxiste et méditons le sage conseil de notre géniteur : « David, si tu dois te bagarrer avec quelqu’un, évite de préférence les paysans ».

Mai : Foin du dépistage du cancer de la peau, de l’hypertension, de l’homophobie et de l’infirmière. Au mois de mai, il y a la Journée du pied (le 12). C’est important le pied. Si vous arrivez à en mettre un devant l’autre et si vous le prenez de temps à autre, ma foi, c’est que vous n’êtes pas en si mauvaise santé.

Juin : Vous auriez pu choisir la Journée internationale de la lenteur, ou encore les victimes de la torture, les réfugiés ou la drépanocytose. Mais nous vous conseillons plutôt la journée mondiale du tricot (le 12). Et de méditer sur cette citation du Général : « Une femme ministre ! Et pourquoi pas un ministère du tricot ? ».

Juillet : Pas grand-chose à célébrer. Sauf le bandeau blanc contre la pauvreté, la population ou les coopératives. Mais la Journée de la destruction des armes légères (le 9) peut s’avérer intéressante. Décider, par exemple, de détruire la tapette à mouche et laisser tranquille ces pauvres insectes jusqu’à la fin de la saison estivale ne manquerait assurément pas de panache. Surtout si vous habitez la campagne.

Août : Evitez la traite négrière, les gauchers, la jeunesse et l’aide humanitaire. Attendez le 31 afin de célébrer la Journée mondiale du blog. Et lisez le mien, de préférence.

Septembre : Il y a les sourds, le refus de l’échec scolaire, ou la paix. Mais il est de notre devoir, dans la mesure de nos modestes moyens, de sortir de l’anonymat médiatique la Journée internationale du Parler Pirate. Tortionnaires que nous sommes, nous obligeons nos enfants à apprendre l’anglais, l’espagnol voire l’allemand, alors qu’il serait si original de leur faire donner des cours de langage pirate, ce qui aurait l’avantage de leur offrir quelques débouchés au pôle emploi de Mogadiscio.

Octobre : Quel choix difficile en ce mois d’octobre ! L’allaitement maternel, la vue, le psoriasis, la canne blanche, le bégaiement, les Nations-Unies… Que de causes à célébrer ! Mais tout de même, la Journée mondiale de la ménopause a eu le mérite d’attirer -avec la gentillesse – notre attention sur ce phénomène contemporain des journées mondiales, internationales ou nationales dédiées. Alors, ne boudons pas notre plaisir. Deux cas sont à étudier. Petit a : votre légitime n’a pas encore atteint la ménopause. Il faudra alors la convaincre qu’il est de son devoir qu’elle se sacrifie le temps d’une journée où vous hanterez les thés dansant de la région et jouerez au taxi-boy. Petit b : votre légitime a déjà atteint ce stade de la vie féminine. Dans ce cas, il ne serait pas incongru que vous profitiez de cette journée pour l’honorer. Comme ce serait la première fois de l’année, il ne serait pas étonnant qu’elle y consente.

Mamika débarque en France

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Sacha Goldberger expose sa Mamika à la Wanted Gallery à Paris jusqu'au 30 novembre.
Sacha Goldberger expose sa Mamika à la Wanted Gallery à Paris jusqu'au 30 novembre.

Sacha Goldberger, artiste-photographe, dédie à sa grand-mère Frederika, alias « Mamika », une série de portraits. Réalisées depuis décembre 2006, ces photos la mettent en scène dans les situations les plus absurdes et déjantées qu’elle a (presque) toujours acceptées. « Mamika » (« petite grand-mère », en hongrois), 91 ans, est un phénomène. Frederika vit dans un décor assorti à son prénom. Il y a quelque chose de la Mitteleuropa dans ce mélange à la fois bourgeois et très chaleureux où la simplicité de l’hôte laisse respirer une indiscrète odeur de fantaisie. Mamika est née de l’imagination de son petit-fils, Sacha. Ce fils de pub, ancien directeur artistique dans des agences de renom, a voulu redonner un peu de joie de vivre à sa grand-mère alors qu’elle commençait à sombrer. Si la vieillesse est une salle d’attente, pourquoi ne pas se distraire un peu avant qu’on nous appelle ?

Jamais moqueuses, les photographies de Sacha Goldberger sont simplement cocasses, comme cette Mamika « malade », qui prend sa température avec un gros thermomètre d’appartement sous la langue. Enlevons cet objet incongru, et nous ne verrions qu’une vieille dame pâle et souffrante. Notre rire se figerait, voire se transformerait en larmes. Les répliques de Mamika, qui accompagnent ces clichés, n’en sont pas moins drôles : « Heureusement que j’ai une grande bouche. Tu imagines ce thermomètre dans un derrière ? La vie est injuste, il existe dix mille maladies, et on n’a qu’une seule vie. »[access capability= »lire_inedits »]

Une grand-mère qu’on ne présenterait pas à son fiancé

L’humour de Sacha et de sa grand-mère, c’est la revanche de la vie au bord du gouffre. Alfred de Musset ne disait-il pas, après avoir vu Le Misanthrope : « Quelle mâle gaîté si triste et si profonde – Que lorsque l’on vient d’en rire, on devrait en pleurer. » Cette vision ironique de l’existence a créé la série Supermamika.

Inspiré par les bandes dessinées américaines de son enfance (les comics), Sacha Goldberger a mis en scène sa grand-mère en costume de super-héros taillé spécialement pour elle. Un casque rouge customisé d’une étoile blanche vissée sur la tête, des rides non photoshopées, moulée dans un justaucorps rouge et un collant argent, une cape bleue sur les épaules, Supermamika vole dans les plumes du jeunisme.

Au rythme des staccatos, Frederika, qui aurait tant rêvé être une violoniste virtuose a, quant à elle, joué sa vie.

Née à Budapest, fille d’un riche industriel et sénateur juif hongrois, Frederika a grandi dans le beau, le raffinement et l’amour. Et puis, le nazisme est passé par là. Déportation de sa famille, assassinat de son père au camp de Mauthausen. Elle échappe à la mort en traversant le Danube gelé avec sa mère, sa fille et une dizaine de personnes, autant qu’elle pouvait en sauver. Plus tard, Frederika fuira le régime communiste et finira, après un périple à travers l’Europe, par trouver refuge en France. Et pourtant, elle ne voit rien d’extraordinaire ou d’héroïque dans ce chemin de vie qu’elle partage avec tant d’autres enfants de la première moitié du XXe siècle. Mais ces douloureuses épreuves n’ont pu venir à bout de ce petit bout de femme au caractère bien trempé. « Voyez-vous, la vie est naturellement dure », dit-elle de sa voix douce, en roulant les r. Une ashkénaze du shtetl aurait ajouté : « Et elle n’est pas faite pour nous amuser. » Or, rien n’est plus loin de l’esprit de Frederika, baronne en titre, héritage de sa grand-mère anoblie.

Après avoir tout perdu, Frederika reconstruit sa vie autour d’un métier : conseillère en style. Elle fondera son propre bureau de tendance, prisé du Tout-Paris et d’ailleurs, qu’elle finit par quitter à 80 ans. « Il était temps que je laisse la place aux jeunes », déclare-t-elle, l’oeil rieur et le sourire en coin : elle n’en pense pas un mot. Joueuse, séduisante et attendrissante, Frederika possède des atouts coquets et délicats, qui nul doute charmèrent ses quatre maris successifs. Le premier devient homosexuel, le deuxième, le grand-père de Sacha, la trompe allègrement avec sa meilleure amie et le troisième meurt Dieu sait où. Du quatrième, Louis, un bel homme plus jeune qu’elle, Frederika en parle toujours comme de son plus grand amour, mais on n’en saura pas plus…

Ce qui est certain, c’est que Mamika n’est pas la grand-mère que l’on présenterait à son fiancé : elle fume une banane comme un havane, se fait des bigoudis avec des carottes, se lime les ongles avec un cornichon… Autant de mises en scène burlesques allant crescendo : elle sirote son thé avec deux pailles, servi dans une traditionnelle bouillotte de couleur rose ; cigarette d’après l’amour à la main, Supermamika offre une bouffée à Superman, allongé dans un lit à ses côtés, grandeur Kinder-surprise, non loin d’un Batman de 10 cm, l’amant caché sous le sommier. Sacha Goldberger a réussi la gageure de créer une esthétique du rire.

Mamika, grande petite grand-mère, de Sacha Goldberger, Éditions Balland, 19,90 euros. www.sachabada.com. Exposition jusqu’au 30 novembre à la Wanted Gallery à Paris, 23, rue du Roi de Sicile, 75004 Paris.

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Remaniement : Juppé premier servi

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Depuis que l’an dernier, Frédéric Mitterrand a lancé la mode d’auto annoncer sa nomination au gouvernement, on attendait le prochain. And the winner is Alain Juppé. Le maire UMP de Bordeaux a annoncé hier samedi à mots à peine aussi couverts que Lady Gaga par temps de canicule sa cooptation dans la nouvelle équipe Fillon. L’événement était sans doute d’une portée suffisamment historique pour que l’ancien premier ministre grille la politesse à l’occupant actuel de Matignon. Il l’a donc fait en déclarant sur France Info que ce « n’est pas la première fois qu’un ministre est maire d’une grande ville », avant d’ajouter: «Une partie des Bordelais me disent : allez-y, c’est bien pour la ville. Et d’autres disent: vous aurez moins de temps à nous consacrer, on n’est pas très contents. J’espère leur démontrer que je peux faire les deux choses.»

Imparable, comme raisonnement, à ceci près que dans son empressement, Alain a oublié deux autres catégories de Bordelais. Ceux qui s’en contrefichent, et ceux qui pensent « Bon débarras ! »

Pour une décroissance des Verts

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Photo : philipperouget

Cet après-midi, j’ai lu ça sur Facebook : « Comment sortir l’union des Verts et d’Europe Ecologie de l’actualité ? Annoncer un remaniement…» Ne riez pas. Les adhérents d’EE, même s’ils sont mes amis, n’ont en général pas d’humour. D’ailleurs, je me demande si ce n’est pas une condition pour adhérer à leur mouvement. Tout comme il faut, semble-t-il, aimer les douches rapides à l’eau froide, les toilettes sèches, ou les biscuits bio au chocolat équitable si on est gourmand. Mais il va falloir arrêter.

Cet aimable folklore écolo aurait donc trouvé naturellement ce week-end sa traduction politique en machine de guerre à faire péter les scores à la présidentielle de 2012, en fusionnant les Verts et Europe Ecologie dans un chouette jamboree festif et équitable. Réunion qui aurait effacé les bouderies entre leur père à tous, Daniel Cohn-Bendit, la petite fille qui trépigne Cécile Duflot, et la grand-mère tape-dur, qui se voit déjà candidate, Eva Joly. Ne me demandez pas pourquoi il y avait des tensions à l’idée de fusionner tout ce beau monde qui, naturellement, ne pense pas pareil, ni n’est d’accord sur rien, je n’en sais que dalle. Histoires de personnes, de chapelles, de stratégie électorale. Querelles d’Allemands aussi pour savoir s’il vaut mieux promouvoir une écologie de la décroissance ou une économie de la sobriété.

« L’écologie, c’est le contraire du populisme. ». Nous y voilà.

Tout ce que j’ai vu, c’est des écolos enthousiastes quand Nicolas Hulot (celui qui faisait reverdir Nicolas Sarkozy) est monté sur scène pour saluer leur nouveau mouvement, sans pour autant annoncer son ralliement. J’ai vu aussi des écolos trépignant de joie quand Daniel Cohn-Bendit leur a annoncé que « l’écologie, c’est le contraire du populisme. » Nous y voilà. L’écologie c’est le contraire du populisme. L’écologie, quand c’est au niveau local, on essaie de te faire rêver avec des menus bios pour les gosses à la cantine ou plus d’espaces verts ou de logements sociaux HQE pour tous.

Quand on arrive en division 1, là c’est pain sec et eau tiède (pas trop, faudrait pas assécher les nappes phréatiques quand même) pour tous. La preuve c’est qu’Eva Joly, la juge intransigeante mais qui n’a jamais vraiment mené à bien une enquête, est d’ores et déjà présentée comme la candidate officielle de ce nouveau chouette rassemblement. Et que promet-elle : une « sobriété joyeuse », une rigueur budgétaire terrible, la justice implacable, la fin des conflits d’intérêts et un Etat-providence au régime sec. Tout pour rêver disons-le. Les écolos ont exigé de sa part un mea culpa en bonne et due forme concernant ses dernières déclarations. Qui ne reflétaient que son état d’esprit et pas la plateforme programmatique des Verts-Europe Ecologie. Fichtre ! À côté les bisbilles du PS concernant « l’égalité réelle » c’est de la petite bière (au houblon sans OGM).

Les Verts-EE ne sont donc pas populistes, ils sont stals. Et de la pire espèce. Ils sont catastrophistes. Ils sont décroissants. Ils sont tristes. Et même si je trie mes déchets, roule en vélo (heureuse bobo que je suis) et ne porte guère de crédit aux élucubrations de Claude Allègre, je ne voterai pas pour eux. Et je serais un travailleur honnête, je ferais pareil. Ils ne font pas de politique, ils font peur. Ne se pensent qu’en terme de force de nuisance (combien de sièges on peut piquer au PS à l’Assemblée, au Conseil Régional, ou n’importe où ailleurs). Et nous promettent des lendemains repeints couleur coulée de boue ou tempête tropicale.

La politique, ce n’est pas ça. Je ne parle même pas d’une campagne électorale. Alors, rassemblés ou pas, arrivés à l’âge de raison politique ou non, en dynamique ou sur le déclin, j’espère juste que la grand-messe de rassemblement entre les Verts et EE siffle la fin de la récré. Qu’on va enfin se rendre compte que les Verts-EE ne méritent pas tant de temps de parole, ni de crédit médiatico-politique. Les Verts ne font pas de politique. EE, qui était un mouvement si j’ai bien suivi et refusait l’étiquette de parti, ne fait pas de politique. Moyennant quoi, de nombreux militants socialistes et même parfois communistes, déçus de ne pas avoir les places qu’ils estimaient mériter, ont rejoint les rangs de ces deux groupes pour espérer se faire élire localement. Quand on pose sur de telles bases sa croissance, son audience et ses futurs succès électoraux, ça fout les jetons. Je dois être bien naïve notez…

Alors que les Verts et EE retournent s’occuper des problèmes locaux, fassent des manifs contre les autoroutes ou les tracés TGV, ce qu’ils font semble-t-il très bien. Mais vu les temps qui s’annoncent, j’aimerais autant qu’on laisse la politique à des gens aussi peu sérieux qu’eux, mais je l’espère moins dangereux. Et qui eux, ne vont pas m’obliger à abandonner ma baignoire ou ne me culpabiliseront pas dès que je laisse la lumière dans le couloir alors que je suis au salon. J’aime bien l’idée de prendre un bain chaud quand la tempête gronde dehors…

Florent Pagny, chanteur dégagé

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Florent Pagny ne veut pas que ses enfants « parlent rebeu ». Il vient donc de rejoindre la longue cohorte des pénitents sommés de faire amende honorable devant le tribunal de la pensée correcte pour avoir dit un mot de travers ou entendu comme tel. Ses excuses avaient été exigées par le Conseil représentatif des associations noires, le CRAN, qui après un atroce suspense a consenti à les accepter. Selon la formule devenue rituelle, le chanteur est donc désolé s’il a pu peiner ou blesser des gens. La coïncidence avec des formules entendues mille fois n’est nullement fortuite.

Pour le chanteur, cette autocritique était sans doute le seul moyen de ne pas être affublé à vie de l’infamante étiquette de raciste – et, accessoirement de ne pas plomber la promo de son nouvel album. Qu’il ait accepté de la faire n’en est pas moins affligeant. Comme l’observe David Abiker, il a raté une occasion de défendre sa « liberté de penser ». (Pour ceux qui l’ignoraient comme moi il y a deux jours, c’est le titre d’une de ses chansons). Dommage, dans un premier temps, il s’était montré un peu plus combatif, envoyant gentiment balader les petits inquisiteurs du « Grand Journal » de Canal + : « J’ai fait une réflexion un peu bête apparemment, a-t-il reconnu sous le regard outré d’Ali Badou tandis que l’aimable Ariane Massenet tentait de l’amener au repentir préalable à la rédemption. J’ai employé le mot ‘reubeu’ mais ce n’est pas péjoratif, j’ai des potes reubeu, des potes feuj… Le dérapage, il est maintenant parce que c’est en train de partir en vrille ». Cette dernière remarque témoignait au moins, sinon de la profondeur de sa réflexion, d’un certain bon sens.

Si d’aucuns en doutaient, cet épisode montre que désormais, outre chacun d’entre nous, c’est le langage lui-même qui est en liberté surveillée.

Comme l’ami Mandon, je trouve qu’il n’est pas très glorieux d’aller payer ses impôts aux Etats-Unis quand on gagne sa vie grâce au public français. Mais les raisons exposées par Pagny sur Chérie FM, ont plutôt éveillé mon indulgence. Interrogé sur son exil, le chanteur a en effet expliqué qu’il en avait marre d’entendre son fils « parler rebeu ». Bon d’accord, il n’aurait pas dû dire rebeu mais « zyva » ou, s’il s’exprimait lui-même dans le langage châtié qu’il aimerait entendre dans la bouche de ses enfants, « l’argot des cités ». En attendant, tout le monde a compris que cette expression ne visait en rien l’appartenance raciale. Sauf que les professionnels de l’antiracisme ne veulent pas comprendre – on sait bien où ça mène, de comprendre – ils veulent leur raciste de la semaine. Ce qui leur a permis de ne pas entendre la suite, pourtant fort intéressante, des propos de Pagny : « Il y a aussi cette histoire de peur et d’ambiance un peu bizarre où finalement les mômes ils se raccrochent à des codes pour être sûrs de ne pas être emmerdés. » Apparemment, Pagny n’est pas sensible aux charmes du multiculturalisme. Pour Patrick Lozès, le président du CRAN, le crime était constitué : « Voilà que les chanteurs engagés se mettent à parler comme le Front national », s’est-il désolé.

L’ennui, c’est que la plupart de gens partagent le point de vue de Florent Pagny. À commencer par les parents de toutes origines qui vivent dans les « quartiers populaires », terme convenable pour désigner les cités, et qui découvrent un jour que le chérubin qui la veille faisait du coloriage parle comme un charretier et, plus largement, adopte les codes culturels dominants de son entourage. Or, tous les parents de France veulent que leur enfant apprenne le français avant le langage de la rue, tout simplement parce que, comme le note David Abiker « c’est la langue qui dans leur pays, une fois correctement parlée, écrite et lue leur permettra de s’exprimer, de trouver du travail et…justement de savoir apprécier l’argot et « le rebeu ». Qu’il s’agisse de celui de Michel Audiard ou de l’argot des cités. » En somme, avant de faire danser la langue, il faut être capable de la prendre dans ses bras. Si penser ça, c’est mal, il va falloir que le « Grand Journal » organise des olympiades de la repentance.

À s’exciter sur les mots, on perd le sens des choses. Si la remarque de Florent Pagny relève du racisme, nombre de nos concitoyens qui en disent et en entendent bien d’autres, finiront par penser que le racisme, ce n’est pas si grave que ça. Et les antiracistes auront de vrais racistes à se mettre sous la dent. D’ailleurs, c’est ce qu’ils cherchent.

American graffiti

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La nouvelle n’a pas fait couler beaucoup d’encre: on apprend aujourd’hui par un communiqué de la Mairie de Paris que la toile Cadillac Moon 1981, du graffiteur Jean-Michel Basquiat, n’aurait pas été « détériorée » lors de la rétrospective au Musée d’art moderne de la Ville de Paris, comme annoncé la semaine dernière. Les ratures de feutre dans le coin inférieur gauche, remarquées par une restauratrice d’œuvres d’art mandatée par le musée, étaient déjà présentes avant l’exposition puisqu’on peut les voir sur une photographie prise lors de la dernière exposition du graffiti original, à la Fondation Beyeler de Bâle, en Suisse.

Nous n’aurons donc pas à supporter les frais de la restauration (rapide ?). De toute façon, ce n’est qu’un juste retour des choses. Quelques années avant de devenir le peintre maudit milliardaire posthume que l’on sait, les mêmes œuvres auraient rapporté à son auteur quelques centaines de dollars d’amende et quinze jours de prison.

La France, mauvaise élève

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Les Chinois triment, les Anglais se serrent la ceinture, les Américains sauvent la démocratie (encore qu’on nous explique maintenant qu’ils sont redevenus d’affreux réacs) et les Français battent le pavé : il paraît que ça fait rigoler la planète entière. « Regardez vos petits camarades, ils ne font pas tant d’histoires. » Cet argument de maîtresse d’école, les princes qui nous gouvernent l’ont ressassé sur tous les tons, comme à chaque fois que ce peuple dont ils ne parlent plus la langue s’énerve d’une façon qu’ils jugent irrationnelle – et qui l’est au demeurant. Sauf qu’il n’y a pas de quoi rigoler. Après tout, cette injonction à entrer dans un monde dans lequel tout le monde fera comme tout le monde n’a rien d’exaltant pour un pays qui se souvient du temps où l’Histoire s’écrivait dans sa langue parce qu’il avait quelque chose à lui dire, au monde. Comme avenir radieux, on a connu mieux que l’adaptation au réel. Certes, ça n’a pas toujours donné des résultats heureux, mais pas non plus toujours aussi désastreux qu’on le dit.[access capability= »lire_inedits »]

Notre dirlo est à Bruxelles

Alors, bien sûr, comme nous le dit la maîtresse qui appelle parfois à la rescousse le dirlo installé à Bruxelles, la « Réforme » est la seule solution raisonnable. On ne peut pas s’endetter indéfiniment, tout cela est irréfutable. Et c’est bien le problème : le beau mot de raison est devenu synonyme de banalisation et le changement est annonciateur du pire. Autrement dit, nous avons troqué l’espérance contre la crainte. Alors, je ne sais pas si nous avons trop dansé mais on comprendra que nous n’ayons pas très envie de chanter.

Autant le dire : la retraite, je n’y pense jamais, même en me brossant les dents. Et je ne crois pas à la jolie fable du peuple d’en bas uni contre l’oligarchie d’en haut que nous ont racontée les médias. L’ambiance de 2010 n’est pas l’esprit de 1995. Ce que l’on appelle mouvement social, désormais, c’est une foire d’empoigne dans laquelle chaque groupe fait prévaloir ses intérêts en fonction de sa capacité de nuisance, la conjonction de colères hétéroclites et souvent rivales dont l’ultime dénominateur commun est la peur d’un avenir sur lequel on n’a plus prise. Ce qu’on reproche aux gouvernants, ce n’est pas d’agir mais de s’être dépouillés de tout moyen d’agir sur le réel, ce n’est pas leur pouvoir exorbitant mais leur impuissance.

Travailler plus sans gagner plus ?

Alors admettons qu’il faut payer la facture et travailler plus même sans gagner plus. Mais la nécessité ne saurait être la seule loi des communautés humaines. La France est une puissance moyenne, soit. Doit-elle se résigner, par surcroît, à ne plus savoir qui elle est ?

Redéfinir cette identité est une tâche d’autant plus périlleuse que le mot et la chose ont été frappés d’interdit. Hasardons une hypothèse : le « modèle français »[1. Terme inadéquat car il suggère une forme de prosélytisme qui n’est plus de saison] n’est pas fondé sur l’état-providence – d’ailleurs inventé par les Allemands – mais sur cette modalité particulière d’accès à l’universel que l’on appelle République. Ce n’est pas la retraite à 62 ans qui le met en péril mais la faillite de l’éducation. En effet, selon le Haut Conseil à l’Intégration, l’école ne sait plus intégrer les enfants d’immigrés. Elle n’est plus l’antidote aux fractures françaises, elle en est le réceptacle et même parfois le laboratoire. Dans les établissements-ghettos où se concentrent les élèves d’origine étrangère, la salle de classe n’est plus le lieu où on se dépouille de ses appartenances particulières pour adhérer au monde commun, mais celui où on les affiche pour récuser ce monde commun. Souvent encouragés par les parents et parfois par les profs, les élèvent invoquent la religion pour refuser d’apprendre. Résultat, un nombre croissant arrive au collège sans savoir lire et écrire et a donc toutes les chances d’en sortir au même niveau. Mais ça, on ne doit pas le dire – ce serait stigmatisant. Il ne faut pas désespérer le 9-3. Sauf qu’envoyer des jeunes poursuivre une pseudo-scolarité où ils n’apprendront rien et empêcheront les autres d’apprendre, c’est les mépriser. Croit-on les enfants de nos banlieues incapables de recevoir ce trésor qu’est la langue française ? Au nom de l’égalité, on accroit les inégalités car les enfants des milieux aisés comptent peu d’illettrés dans leur classe. Mais peut-être faudrait- il, par souci démocratique, ne pas leur apprendre à lire ?

L’éducation pour tous n’est pas un colifichet. S’il est une cause qui devrait nous faire descendre dans la rue, c’est celle-là. Parce que si nous ne renonçons à former des citoyens, un jour, il n’y aura plus de Cité.[/access]

Bye bye, bling-bling!

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Photo : Ammar Abd Rabbo
Photo : Ammar Abd Rabbo

L’indécrottable provincial que je suis a fait tout son profit de la subtile analyse politique livrée ici même, à chaud, par l’ami Marc Cohen : sa longue fréquentation des hauts lieux de la politique parisienne lui permet quelques entrechats bien enlevés qui nous changent agréablement des gros sabots des commentateurs habituels. Comme lui, je ne mettrais pas un kopeck, même dévalué, sur la capacité du « centre » à se fédérer d’ici le printemps 2012.

Néanmoins, de ma campagne, on peut voir cette affaire de remaniement ministériel dans une autre perspective, celle d’un retour en force des Girondins de la droite, qui s’imposent face aux Jacobins de cette même mouvance (mes excuses au fan-club de Jules Michelet, mais je n’emprunte qu’un instant cette analogie historique pour étayer mon propos en faisant bref…)

Lorsque l’on épluche la liste des nouveaux promus, celle des entrants, celle des partants, on ne peut qu’être frappé par la prééminence prise par les « gaullistes de terrain », ceux qui labourent leur terroir avec constance sur les « vedettes » de la société politico-médiatique de la capitale du style Kouchner, Rama Yade, Fadela Amara, et même Jean-Louis Borloo[1. Jean-Louis Borloo fut jadis un maire de Valenciennes talentueux. Mais la politique locale ne l’amuse plus]. Le seul rescapé de cette escouade reste Frédéric Mitterrand dont on peut remarquer l’étonnante discrétion et la non moins surprenante gestion habile de dossiers généralement producteurs d’enquiquinements, pour ne pas dire plus : intermittents du spectacle, statut de l’Agence France Presse, mendicité chronique des cultureux. Le relatif calme qui règne dans le secteur ne va peut-être pas durer, mais changer le ministre eût peut-être réveillé les braillards habituels. À moins que Carla n’ait menacé de se barrer si on virait son copain Frédo…

Richert aux Collectivités, un signe adressé à l’Alsace

Mais là n’est pas l’essentiel. L’essentiel, c’est la nomination de Philippe Richert comme ministre chargé des Collectivités territoriales auprès du ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux. Pour ceux – honte à eux !- qui ne connaissent pas Philippe Richert, précisons qu’il était jusque-là président de la région Alsace, qui est, comme chacun sait, la seule région métropolitaine tenue par la droite. La nomination de Philippe Richert est, certes, un signe adressé aux Alsaciens de droite qui appréciaient moyennement de se voir représentés en haut lieu par un ministre d’ouverture, Jean-Marie Bockel, d’ailleurs régulièrement humilié par ses petits camarades du gouvernement et de l’Elysée.

Mais c’est également une prise de conscience, par les stratèges élyséens, que la France qui gagne ne se limite pas aux patrons du CAC 40 et aux traders fous. Pays de PME, l’Alsace, comme la Haute-Savoie, est un terroir fortement ancré à droite où la prédilection de Nicolas Sarkozy pour les Bernard Arnault, François Pinault et autres Bolloré irritait passablement. Car ce sont, entre autres, ces multinationales françaises qui mettent une pression impitoyable sur ces PME, pour la plupart sous-traitantes des grands groupes en les forçant à réduire leurs marges, voire en les contraignant à délocaliser leur production vers des paradis salariaux toujours plus à l’Est. Ces gens-là, patrons petits ou moyens, sont entre l’arbre et l’écorce, en l’occurrence leurs donneurs d’ordres et leurs salariés.

Leurs élus leur ressemblent : pas bling-bling au Fouquet’s, mais tchin-tchin au Café de la Mairie.
François Fillon a été suffisamment bon communicateur pour cultiver son image d’austère provincial, aisé mais ne faisant montre d’aucune ostentation, ce qui lui a permis de fédérer autour de lui cette droite des terroirs que Jacques Chirac savait admirablement flatter. Pour l’instant, il va mettre ces atouts au service de l’actuel président. Que Sarkozy l’emporte ou perde en 2012, il est gagnant : soit comme chef naturel de l’opposition, soit comme potentiel successeur. On me permettra de ne pas miser sur Jean-François Copé, dont l’activisme intense et l’ambition insolemment affichée fait penser au Sarkozy de 2002. Pour ça, la France a déjà donné.

Comme on s’est aperçu, à l’Elysée qu’on ne pouvait pas gagner en 2012 en faisant du Sarkozy 2007, on a mis en place un dispositif susceptible de faire revenir à lui ces couches sociales qui avaient tendance à s’abstenir, voir à lorgner vers un FN relooké par Marine. Alors, on va dorloter les médecins (Xavier Bertrand), câliner les artisans, chauffeurs de taxis et cabaretiers de toutes tailles et spécialités pour lesquels le pitbull Frédéric Lefebvre est prié de se muer en coach bienveillant. On ne bougera rien qui puisse faire le moindre bobo à l’âme et au portefeuille de ces catégories.

Pour faire du Chirac, c’est-à-dire du clientélisme forcené dans un immobilisme imperturbable, rien ne vaut des chiraquiens bien implantés dans leur coin comme les Juppé, Baroin et Alliot-Marie

À propos, une nouvelle importante n’a pas été, à mon sens suffisamment mise en valeur dans nos gazettes : Bernadette Chirac, 77 ans, sera à nouveau candidate en mars 2011 au poste de conseillère générale du canton de Corrèze, situé dans le département du même nom. Etonnant, non ?

Fillon II : quand la droite est adroite

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Quelques réflexions à chaud sur ce nouveau gouvernement Fillon. On ne s’attardera pas sur le timing baroque de l’opération, qu’on dirait tout droit sorti du cerveau atrophié d’un storyteller fatigué: six mois de suspense de moins en moins insoutenable et de plus en plus risible, conclus par cette hallucinante séance de travail du dimanche. J’espère qu’on aura compris le message: la situation est grave, mais le président et son principal collaborateur sont sur le pont, contrairement à vous autres feignasses qui avez fait le pont.

On s’interrogera d’abord sur les ressorts cachés du pschitt de l’option Borloo. Bien sûr, il y a la version officielle du désormais président à plein temps du Parti radical, plus ou moins reprise par la plupart des éditorialistes : une rupture de dernière ligne droite entre Borloo et Sarkozy qui, après l’avoir envisagé un temps à Matignon, aurait jugé préférable de reconduire Fillon, notamment sous l’influence de l’UMP profonde (traduisez feu le RPR) et de son groupe parlementaire. Honnêtement, ça tient la route. Mais on pourra aussi être tenté par une version un peu plus oblique des faits. Certes, au terme de cette polka, Borloo n’est pas à Matignon; mais en un mois, qu’on le veuille ou non, son poids politique a été décuplé. Il a d’un seul coup retrouvé son crédit écorné à force de rognages successifs de son Marshall des banlieues puis de son Grenelle de l’environnement -sans oublier sa gestion, disons, approximative des dossiers. Or Sarkozy est le seul responsable de cette remonétisation de Borloo. Simple dégât collatéral de l’opération remaniement? A moins que le président, qui a oublié d’être bête, pense rendre désormais impossible l’émergence d’un concurrent centriste dangereux pour 2012: il peut compter sur Borloo, Morin et Bayrou pour régler ce détail.

Le come back d’Alain Juppé est bien sûr un autre moment fort de cette «séquence», pour reprendre le psittacisme médiatique de la saison. Certes, il est numéro deux du gouvernement. Mais on s’est bien gardé de lui donner l’Intérieur, les Finances ou la Justice. Coincée entre l’Otan d’une part et l’Elysée de l’autre, la Défense n’a plus grand chose de régalien (sinon, on ne l’aurait jamais filée à Morin!). Ce n’est assurément pas rue Saint-Dominique que se jouent les décisions stratégiques et la présence de la France dans le monde (ou plutôt son absence). N’empêche, pour essayer de réparer les dégâts de son prédécesseur, il faudra au moins la ruse, la culture et l’intelligence de Juppé. Des qualités qu’un esprit retors pourrait aussi juger utiles pour marquer à la culotte l’occupant actuel de Matignon…

Exit les charlots !

Néanmoins, ce remplacement à la Défense d’un branquignol par un cerveau politique a quelque chose d’emblématique. Exit les charlots en tous genres, qu’ils soient issus de l’ouverture à gauche, comme Kouchner et Fadela Amara, de la discrimination positive comme Rama Yade, de la parité comme Anne-Marie Idrac ou de la cuisse de Nicolas Jupiter, comme l’inénarrable Estrosi. On peut penser ce qu’on veut de la politique mise en place par Eric Besson (pour ma part, uniquement du mal), on est terriblement rassuré de voir ce teigneux à QI +++ remplacer à l’Industrie le sympathique mais ectoplasmique Niçois. Certes en échange de son départ, on récupère Mariani et Lefebvre (on aurait été plus avisé de garder Bockel, Novelli ou Falco, qui ont fait le job); mais il fallait bien donner quelques zakouskis à la droite de droite.

Toujours dans le cadre de la prime au sérieux, -et sans porter de jugement sur les politiques à venir[1. Hormis un épais a priori négatif, mais faut pas non plus m’en vouloir d’être de gauche] – on a vu sans trop de surprise rester MAM, Hortefeux, Mercier, Frédéric Mitterrand et Jean Noubly[2. Selon l’excellent gag de Basile], revenir Xavier Bertrand ou arriver le pétulant Maurice Leroy; on s’étonnera même, à cette aune, de l’absence de Gérard «The Brain» Longuet, qui n’aurait certainement pas déparé dans le décor. M’est avis qu’il n’invitera pas Martin Hirsch à son anniv’…

Autre surprise, heureuse celle-là: la nomination de Jeannette Bougrab[3. Message personnel: je ne lui en veux absolument pas de m’avoir privé de mon agréable passe-temps de sniper de la Halde sur Causeur] Elle a prouvé, en quelques mois d’exercice à la Hototo, including le coup d’éclat du procès Baby Loup, qu’une «issue de» n’était pas forcément qu’une «issue de» et qu’une charmante demoiselle pouvait aussi être sévèrement burnée.

Bref, du point de vue de la droite, on pouvait difficilement imaginer choix plus inspiré. En rupture totale, d’ailleurs, avec toutes les promotions improbables qui ont prévalu depuis 2002 (Remember les Juppettes…). D’ailleurs, si on cherche bien, la dernière fois que la France a été dirigée par des ultra-compétents, c’était du temps de Lionel Jospin (featuring Védrine, Mélenchon, Aubry, Allègre et même, un temps, Chevènement). On tenait là, tout comme avec Fillon II, une vraie équipe de killers!

L’Histoire a montré, hélas, que ça n’était pas forcément un gage de réussite…

On achève bien les chevaux avec!

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Rien ne va plus aux Etats-Unis. Le produit qui entre dans la composition du cocktail utilisé pour exécuter par injection les condamnés à mort, et qui répond au doux nom de thiopental sodique, est en rupture de stock, nous apprend le Wall Street Journal. Résultat, maints Etats reportent des exécutions programmées de longue date. Impossible de tenir le planning, des bouchons se créent dans le tunnel de la mort, les klaxons fusent, bref, c’est la chienlit.

Heureusement, les professionnels consciencieux, uniquement motivés par le respect dû au bras séculier, trouvent des solutions viables, si l’on ose dire.

C’est le cas en Oklahoma. Ce n’est pas pour rien que sa devise officielle est « Labor Omnia Vincit » : à force de travail et d’abnégation, ses représentants ont déniché un produit de substitution : le pentobarbital, d’ordinaire à usage vétérinaire. En somme, un remède de cheval. Si c’est bon pour les bêtes de ferme, cela siéra à la bête humaine.

Les avocats de celui qui doit servir de cobaye le 16 décembre prochain, James David Duty, s’insurgent avec des arguments qui pourraient sembler faiblots : le pentobarbital « n’a pas été testé, est potentiellement dangereux et pourrait donner lieu à une torture« .

Va pour le test et la torture. Mais oser arguer, à propos d’une injection létale, que la drogue est « potentiellement dangereuse« … Il y a vraiment des phrases qui tuent!

C’est tous les jours fête

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C’est en apprenant que nous devions commémorer aujourd’hui la journée mondiale de la gentillesse et en me souvenant qu’il y a quelques semaines il s’agissait de la journée mondiale de ménopause, que j’ai pris la décision d’entamer des recherches sur toutes les journées mondiales, internationales, nationales ou d’autres ampleurs afin, peut-être, d’en faire profiter mes lecteurs. Mes recherches ont très vite abouti. Un site recense en effet deux-cent-trente deux évènements de ce genre. Il n’est pas inintéressant d’en faire une sélection tout à fait partiale et de les agrémenter de quelques commentaires et conseils.

13 novembre : Journée mondiale de la gentillesse mais aussi – on en a très peu parlé – journée mondiale de l’utilisabilité – ça ne s’invente pas. Ce dernier concept, pour les ignares, se définit par la norme ISO 9241 comme « le degré selon lequel un produit peut être utilisé, par des utilisateurs identifiés, pour atteindre des buts définis avec efficacité, efficience et satisfaction, dans un contexte d’utilisation spécifié ».
Montrez-vous efficaces et tentez de faire d’une pierre deux coups. Achetez l’objet le plus utilisable possible et tentez de l’utilisez devant vos proches. Evitez les meubles à monter soi-même ou les maquettes si vous avez -comme votre serviteur- deux mains gauche. Cela vous évitera un fiasco : énervé par le côté totalement inutilisable de l’objet, vous finiriez par donner une torgnole au gosse puis par insulter votre femme, réduisant à néant votre engagement à être gentil toute cette journée.

14 novembre : Journée mondiale du diabète. Par solidarité, mangez 25 tablettes de chocolat. Sauf si vous être diabétique, évidemment.

15 novembre : Journée mondiale des écrivains en prison. Examinez le cahier du jour d’un de vos enfants, le plus malingre et chétif, de préférence. A la moindre faute de grammaire ou de syntaxe, enfermez le trois bonnes heures dans la cave pour le faire réfléchir sur la chance qu’il a de vivre sous nos latitudes. Ou obligez-le à lire du Marc Lévy, du Guillaume Musso ou, pis, du Christine Angot, enfin de lui faire saisir toute la joie que peuvent apporter des écrivains en liberté.

16 novembre : Journée Internationale de la tolérance. Vous souvenant de Paul Claudel (La tolérance ? Il y a des maisons pour ça) et constatant avec regrets l’œuvre de Marthe Richard, faites un aller-retour dans un Eros-Center outre-Rhin ou une discothèque coquine des environs de Barcelone. Si votre épouse vous le reproche, vous pourrez lui faire remarquer qu’elle n’est guère tolérante en cette journée.

17 novembre : Encore une journée chargée. On fête à la fois la Journée internationale de la prématurité et la journée nationale de l’épilepsie. Convaincus par Frédéric Martel qu’il faut être mainstream et que la journée nationale doit s’effacer devant l’internationale, tentez de convaincre votre charmante épouse, enceinte de six mois, tout l’intérêt d’avoir un enfant prématuré au regard de la législation fiscale.

18 novembre : Deux événements encore ! La Journée de la philosophie à l’UNESCO et la Journée mondiale contre les Broncho-Pneumopathies Chroniques Obstructives. Lisez du BHL, ça vous fera tousser.

19 novembre : Journée mondiale pour la prévention des abus envers les enfants. Coupez la télé.

20 novembre : Journée internationale des droits de l’enfant, Journée mondiale pour l’industrialisation de l’Afrique (sans enfants dans les usines, supposé-je), Journée nationale contre l’herpès et Journée internationale du souvenir trans. Cette dernière, qui est commémorée depuis 1998, en souvenir de l’assassinat de Rita Hester à Boston, invite à se souvenir des victimes de la transphobie. Comme un malheur ne vient jamais seul, c’est mon anniversaire. Toute coïncidence ne serait que fortuite. Merci.

21 novembre : Journée mondiale des pêcheurs artisans et des travailleurs de la mer, Journée nationale de la trisomie 21 et Journée mondiale de la télévision. Le théorème de Martel s’applique encore, malheureusement pour les trisomiques. Si le 21 tombe un vendredi, regarder Thalassa en famille permet de combiner agréablement les deux événements de portée mondiale.

25 novembre : Vous n’avez rien célébré depuis quatre jours. Vous êtes donc remonté comme un coucou pour commémorer la Journée internationale pour l’élimination de la violence contre les femmes qui tombe fortuitement (?) la jour de la Sainte-Catherine. Organisez donc une manifestation contre ces cérémonies d’un autre âge qui consistent à fêter les catherinettes, stigmatisant au moyen d’un chapeau ridicule les célibataires de sexe féminin. Vous aurez ainsi fait reculer davantage le patriarcat tout-puissant.

26 novembre : C’est la Journée des enfants de rue. Par pitié, même si vous votez Sarkozy, ne dénoncez aucun gosse rom souhaitant nettoyer votre pare-brise. Hortefeux, exceptionnellement, fermera les yeux.

28 novembre : C’est la Journée mondiale sans achats. Réunissez toute votre famille, surtout votre femme et vos filles. Passez-leur le dernier discours de François Fillon sur la faillite des finances de notre nation et tentez un parallèle avec celles de la famille. Si cela ne suffit pas, confisquez toutes les cartes bancaires. Maudissez aussi l’imbécile qui a autorisé que les magasins ouvrent davantage le dimanche puisque, sans cela, vous auriez pu au moins éviter cette corvée cette année.

29 novembre : Journée nationale de solidarité avec le Peuple palestinien. Je passe. Pas envie de finir comme Nicolas Bedos.
Le mois de novembre se termine. Epuisé, vous décidez, en commun accord avec votre famille, de ne célébrer qu’une journée par mois, ce qui a l’immense avantage de raccourcir mon papier.

Décembre : Sortez des sentiers battus. Ne célébrez ni le climat, ni l’abolition de l’esclavage, ni les migrants ni les droits de l’homme et privilégiez la Journée internationale de la montagne (le 11). Si vous vous sentez trop peu entraîné pour tenter l’ascension du Mont-Blanc, distribuez les paroles de la chanson de Ferrat à vos enfants. Cela les changera de Bénabar et de Cali.

Janvier : Aux lépreux et à la mémoire de l’Holocauste et de la prévention des crimes contre l’humanité, préférez la Journée mondiale de la Corse (le 9). Et si vous profitiez de cet évènement pour offrir une cagoule à tous vos enfants ? Après tout, il est fort probable que leur prix soit rapidement amorti en cette saison.

Février : Pas question de céder à la pression du camarade Leroy en participant à la journée mondiale sans facebook. Les maladies rares, le cancer, et le scoutisme ne vous passionnent guère. Choisissez donc la Journée mondiale des zones humides (le 2). Afin de la célébrer, faites-vous violence ! Privilégiez, pour une fois, les préliminaires.

Mars : La lutte contre l’exploitation sexuelle, la semaine nationale contre le cancer et même le fromage -ce qui me coûte en tant que franc-comtois- ne pèsent rien par rapport à la désormais célèbre et incontournable Journée nationale pour la courtoisie au volant (le 25). Ce jour là, ne traitez aucune conductrice de pouffiasse ni de conducteur d’espèce de trou du cul. Le vocabulaire de vos enfants, assis sur la banquette arrière, ne s’en portera pas plus mal.

Avril : Plutôt que l’hémophilie, le paludisme, les secrétaires et la propriété intellectuelle, choisissons la Journée mondiale des luttes paysannes (le 17). Affranchissons-nous de toute référence marxiste et méditons le sage conseil de notre géniteur : « David, si tu dois te bagarrer avec quelqu’un, évite de préférence les paysans ».

Mai : Foin du dépistage du cancer de la peau, de l’hypertension, de l’homophobie et de l’infirmière. Au mois de mai, il y a la Journée du pied (le 12). C’est important le pied. Si vous arrivez à en mettre un devant l’autre et si vous le prenez de temps à autre, ma foi, c’est que vous n’êtes pas en si mauvaise santé.

Juin : Vous auriez pu choisir la Journée internationale de la lenteur, ou encore les victimes de la torture, les réfugiés ou la drépanocytose. Mais nous vous conseillons plutôt la journée mondiale du tricot (le 12). Et de méditer sur cette citation du Général : « Une femme ministre ! Et pourquoi pas un ministère du tricot ? ».

Juillet : Pas grand-chose à célébrer. Sauf le bandeau blanc contre la pauvreté, la population ou les coopératives. Mais la Journée de la destruction des armes légères (le 9) peut s’avérer intéressante. Décider, par exemple, de détruire la tapette à mouche et laisser tranquille ces pauvres insectes jusqu’à la fin de la saison estivale ne manquerait assurément pas de panache. Surtout si vous habitez la campagne.

Août : Evitez la traite négrière, les gauchers, la jeunesse et l’aide humanitaire. Attendez le 31 afin de célébrer la Journée mondiale du blog. Et lisez le mien, de préférence.

Septembre : Il y a les sourds, le refus de l’échec scolaire, ou la paix. Mais il est de notre devoir, dans la mesure de nos modestes moyens, de sortir de l’anonymat médiatique la Journée internationale du Parler Pirate. Tortionnaires que nous sommes, nous obligeons nos enfants à apprendre l’anglais, l’espagnol voire l’allemand, alors qu’il serait si original de leur faire donner des cours de langage pirate, ce qui aurait l’avantage de leur offrir quelques débouchés au pôle emploi de Mogadiscio.

Octobre : Quel choix difficile en ce mois d’octobre ! L’allaitement maternel, la vue, le psoriasis, la canne blanche, le bégaiement, les Nations-Unies… Que de causes à célébrer ! Mais tout de même, la Journée mondiale de la ménopause a eu le mérite d’attirer -avec la gentillesse – notre attention sur ce phénomène contemporain des journées mondiales, internationales ou nationales dédiées. Alors, ne boudons pas notre plaisir. Deux cas sont à étudier. Petit a : votre légitime n’a pas encore atteint la ménopause. Il faudra alors la convaincre qu’il est de son devoir qu’elle se sacrifie le temps d’une journée où vous hanterez les thés dansant de la région et jouerez au taxi-boy. Petit b : votre légitime a déjà atteint ce stade de la vie féminine. Dans ce cas, il ne serait pas incongru que vous profitiez de cette journée pour l’honorer. Comme ce serait la première fois de l’année, il ne serait pas étonnant qu’elle y consente.

Mamika débarque en France

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Sacha Goldberger expose sa Mamika à la Wanted Gallery à Paris jusqu'au 30 novembre.
Sacha Goldberger expose sa Mamika à la Wanted Gallery à Paris jusqu'au 30 novembre.
Sacha Goldberger expose sa Mamika à la Wanted Gallery à Paris jusqu'au 30 novembre.
Sacha Goldberger expose sa Mamika à la Wanted Gallery à Paris jusqu'au 30 novembre.

Sacha Goldberger, artiste-photographe, dédie à sa grand-mère Frederika, alias « Mamika », une série de portraits. Réalisées depuis décembre 2006, ces photos la mettent en scène dans les situations les plus absurdes et déjantées qu’elle a (presque) toujours acceptées. « Mamika » (« petite grand-mère », en hongrois), 91 ans, est un phénomène. Frederika vit dans un décor assorti à son prénom. Il y a quelque chose de la Mitteleuropa dans ce mélange à la fois bourgeois et très chaleureux où la simplicité de l’hôte laisse respirer une indiscrète odeur de fantaisie. Mamika est née de l’imagination de son petit-fils, Sacha. Ce fils de pub, ancien directeur artistique dans des agences de renom, a voulu redonner un peu de joie de vivre à sa grand-mère alors qu’elle commençait à sombrer. Si la vieillesse est une salle d’attente, pourquoi ne pas se distraire un peu avant qu’on nous appelle ?

Jamais moqueuses, les photographies de Sacha Goldberger sont simplement cocasses, comme cette Mamika « malade », qui prend sa température avec un gros thermomètre d’appartement sous la langue. Enlevons cet objet incongru, et nous ne verrions qu’une vieille dame pâle et souffrante. Notre rire se figerait, voire se transformerait en larmes. Les répliques de Mamika, qui accompagnent ces clichés, n’en sont pas moins drôles : « Heureusement que j’ai une grande bouche. Tu imagines ce thermomètre dans un derrière ? La vie est injuste, il existe dix mille maladies, et on n’a qu’une seule vie. »[access capability= »lire_inedits »]

Une grand-mère qu’on ne présenterait pas à son fiancé

L’humour de Sacha et de sa grand-mère, c’est la revanche de la vie au bord du gouffre. Alfred de Musset ne disait-il pas, après avoir vu Le Misanthrope : « Quelle mâle gaîté si triste et si profonde – Que lorsque l’on vient d’en rire, on devrait en pleurer. » Cette vision ironique de l’existence a créé la série Supermamika.

Inspiré par les bandes dessinées américaines de son enfance (les comics), Sacha Goldberger a mis en scène sa grand-mère en costume de super-héros taillé spécialement pour elle. Un casque rouge customisé d’une étoile blanche vissée sur la tête, des rides non photoshopées, moulée dans un justaucorps rouge et un collant argent, une cape bleue sur les épaules, Supermamika vole dans les plumes du jeunisme.

Au rythme des staccatos, Frederika, qui aurait tant rêvé être une violoniste virtuose a, quant à elle, joué sa vie.

Née à Budapest, fille d’un riche industriel et sénateur juif hongrois, Frederika a grandi dans le beau, le raffinement et l’amour. Et puis, le nazisme est passé par là. Déportation de sa famille, assassinat de son père au camp de Mauthausen. Elle échappe à la mort en traversant le Danube gelé avec sa mère, sa fille et une dizaine de personnes, autant qu’elle pouvait en sauver. Plus tard, Frederika fuira le régime communiste et finira, après un périple à travers l’Europe, par trouver refuge en France. Et pourtant, elle ne voit rien d’extraordinaire ou d’héroïque dans ce chemin de vie qu’elle partage avec tant d’autres enfants de la première moitié du XXe siècle. Mais ces douloureuses épreuves n’ont pu venir à bout de ce petit bout de femme au caractère bien trempé. « Voyez-vous, la vie est naturellement dure », dit-elle de sa voix douce, en roulant les r. Une ashkénaze du shtetl aurait ajouté : « Et elle n’est pas faite pour nous amuser. » Or, rien n’est plus loin de l’esprit de Frederika, baronne en titre, héritage de sa grand-mère anoblie.

Après avoir tout perdu, Frederika reconstruit sa vie autour d’un métier : conseillère en style. Elle fondera son propre bureau de tendance, prisé du Tout-Paris et d’ailleurs, qu’elle finit par quitter à 80 ans. « Il était temps que je laisse la place aux jeunes », déclare-t-elle, l’oeil rieur et le sourire en coin : elle n’en pense pas un mot. Joueuse, séduisante et attendrissante, Frederika possède des atouts coquets et délicats, qui nul doute charmèrent ses quatre maris successifs. Le premier devient homosexuel, le deuxième, le grand-père de Sacha, la trompe allègrement avec sa meilleure amie et le troisième meurt Dieu sait où. Du quatrième, Louis, un bel homme plus jeune qu’elle, Frederika en parle toujours comme de son plus grand amour, mais on n’en saura pas plus…

Ce qui est certain, c’est que Mamika n’est pas la grand-mère que l’on présenterait à son fiancé : elle fume une banane comme un havane, se fait des bigoudis avec des carottes, se lime les ongles avec un cornichon… Autant de mises en scène burlesques allant crescendo : elle sirote son thé avec deux pailles, servi dans une traditionnelle bouillotte de couleur rose ; cigarette d’après l’amour à la main, Supermamika offre une bouffée à Superman, allongé dans un lit à ses côtés, grandeur Kinder-surprise, non loin d’un Batman de 10 cm, l’amant caché sous le sommier. Sacha Goldberger a réussi la gageure de créer une esthétique du rire.

Mamika, grande petite grand-mère, de Sacha Goldberger, Éditions Balland, 19,90 euros. www.sachabada.com. Exposition jusqu’au 30 novembre à la Wanted Gallery à Paris, 23, rue du Roi de Sicile, 75004 Paris.

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Remaniement : Juppé premier servi

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Depuis que l’an dernier, Frédéric Mitterrand a lancé la mode d’auto annoncer sa nomination au gouvernement, on attendait le prochain. And the winner is Alain Juppé. Le maire UMP de Bordeaux a annoncé hier samedi à mots à peine aussi couverts que Lady Gaga par temps de canicule sa cooptation dans la nouvelle équipe Fillon. L’événement était sans doute d’une portée suffisamment historique pour que l’ancien premier ministre grille la politesse à l’occupant actuel de Matignon. Il l’a donc fait en déclarant sur France Info que ce « n’est pas la première fois qu’un ministre est maire d’une grande ville », avant d’ajouter: «Une partie des Bordelais me disent : allez-y, c’est bien pour la ville. Et d’autres disent: vous aurez moins de temps à nous consacrer, on n’est pas très contents. J’espère leur démontrer que je peux faire les deux choses.»

Imparable, comme raisonnement, à ceci près que dans son empressement, Alain a oublié deux autres catégories de Bordelais. Ceux qui s’en contrefichent, et ceux qui pensent « Bon débarras ! »