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La dernière bonne blague de Poutine à Obama

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Obama Russie Poutine élections

On se souvient du barouf orchestré par l’administration Obama et de ses obligés européens lors de la dernière élection présidentielle russe. Or si celle-ci a été marquée par maintes irrégularités, somme toute assez inévitables en démocratie normale, donc imparfaite, personne, à l’arrivée, n’a parlé de hold-up du vainqueur sur les résultats – comme ce fut par exemple le cas pour la présidentielle américaine de 2000, marquée par les magouilles que l’on sait en Floride et ailleurs.

N’empêche, le ton était donné : si les USA et l’UE envoient des observateurs contrôler le scrutin, c’est donc que Poutine est un truand électoral et la Fédération de Russie une sorte d’Haïti en moins bien gérée ou de Côte d’Ivoire à mammouths congelés.
Ladite Russie – qui a d’ailleurs laissé les observateurs assermentés et les ONG à la noix faire leur semblant de boulot durant le scrutin – s’en est d’abord tenu aux protestation d’usage. Mais le stalinien à la mémoire longue et les origines notamment ashkénazes du KGB ont semble-t-il laissé des traces dans la culture d’entreprise de l’espionnage soviétique dont l’actuel président russe est le plus beau surgeon. Nul doute que Vladimir sait bien que l’humour vache peut se révéler bien plus dangereux que le polonium.

C’est ainsi qu’on vient d’apprendre, via nos très informés confrères chinois de l’agence Xinhua que la Russie compte envoyer des observateurs pour surveiller l’élection présidentielle aux États-Unis ce mardi 6 novembre.
Selon une déclaration faite vendredi par le ministère russe des Affaires étrangères, le Kremlin enverra certains députés de son Parlement aux États-Unis dans le cadre de la délégation de supervision de 57 membres de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. Les observateurs russes comprendront également les diplomates de l’ambassade russe à Washington et les employés des consulats russes dans plusieurs villes des Etats-Unis.

Par ailleurs, le porte-parole du ministère Alexandre Loukachévitch a également accusé les autorités américaines d’empêcher une supervision internationale complète des élections présidentielles, selon un communiqué publié sur le site Web du ministère.

« Les élections aux États-Unis peuvent difficilement être considérées comme parfaites du point de vue des normes et critères généralement acceptés », a déclaré M. Loukachévitch, qui a en outre souligné le « caractère obsolète et indirect » de la présidentielle américaine, ainsi que l’absence de système d’accréditation des observateurs étrangers au niveau national.

En revanche, pour des raisons inconnues à ce jour, aucun dispositif russe n’a été prévu pour contrôler la régularité des référendums organisés dans les pays d’Europe pour consulter les peuples du Vieux Continent sur la régularité et l’opportunité et la constitutionnalité du Pacte Budgétaire.

*Photo : AZRainman.

Heureux qui comme Papandréou

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Georges Papandréou, vous voyez qui c’est ? Mais si, enfin, l’ancien premier ministre grec, un socialiste. Il a été au pouvoir de 2009 à 2011 et c’est avec lui que le cauchemar a commencé. Il s’est rendu avec armes et bagages à la Troïka, c’est à dire aux représentants de l’UE, de la BCE et du FMI qui mettent en coupe réglée la Grèce, pressée comme un citron de Naxos au cœur de l’été. Bon, il n’y a plus de jus dans le citron mais ce n’est pas grave, maintenant on attaque la pulpe pendant que parti néo-nazi Aube Dorée s’occupe de la politique migratoire dans les quartiers à grands coups de lattes, prouvant si besoin était qu’une politique libérale a toujours besoins d’exécuteurs des basses oeuvres quand le peuple ne comprend plus les harmonies spontanées.

Non, en Grèce, en ce moment, on préfère plutôt arrêter les journalistes qui montrent que l’austérité, ce n’est pas pour tout le monde et qui publient la liste des exilés fiscaux ainsi que le montant de ce qu’ils truandent à leur propre pays. Le premier qui dit la vérité sera exécuté, on connaît la chanson, même sien cette occurrence, le petit fouineur a été finalement relaxé

Aux dernières nouvelles, Papandréou n’en fait pas partie, de cette liste. Cela ne l’empêche pas d’avoir vite trouvé le filon, une fois le pouvoir quitté et après avoir quasiment détruit son parti, largement devancé par Syriza, le Front de Gauche local, aux dernières élections. C’est toujours amusant, entre parenthèses, de voir un parti socialiste qui fait le sale boulot et se trouve réduit à servir d’auxiliaire zélé à la droite pour fournir une majorité de rechange austéritaire. Il n’y a pas de justice. Mais enfin ce n’est plus trop le souci de notre ami Georges : selon la presse grecque, assez furieuse, il donnera prochainement des cours à Harvard, pour 45 000 € par mois. Son nouveau salaire équivaudra à 70 fois le SMIC grec, SMIC qui n’est d’ailleurs plus versé à grand monde puisque le taux de chômage atteint plus de 25% dans ce merveilleux laboratoire de l’absurde.

Ce qui est croquignolet, c’est qu’il va enseigner l’économie, ce qui nous indique bien le degré de sérieux de la discipline ces temps-ci, capable de justifier théoriquement à peu près n’importe quelle aberration observable à l’œil nu. S’il avait voulu se racheter, Papandréou, il aurait plutôt dû expliquer la philosophie présocratique, avec en exergue à son premier cours, ce fragment d’Héraclite : « Le peuple doit combattre pour sa loi comme pour son rempart. »

L’islam et son autre

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islam capitalisme nihilisme

Depuis onze ans maintenant, le débat unique et perpétuel sur l’islam nous engloutit dans son tourbillon d’angoisse familière. L’islam est devenu l’aspirateur de toutes nos peurs, notre point de fixation rassurant. Le débat mondial et national sur l’islam a glissé depuis longtemps hors des rails du Temps et poursuit hypnotiquement sa rotation planétaire. Chaque matin, ce monstre grassouillet nous dévore à nouveau en bâillant. Il est devenu notre éternité de pacotille. Il est le débat final, le débat terminal, le débat ne voulant plus se connaître aucun ailleurs.

Je ne prétends pas pour autant que les angoisses suscitées par l’islam radical soient illégitimes. Le point que j’interroge est celui-ci : pourquoi certains d’entre nous ont-ils fait de l’islam leur angoisse unique ?[access capability= »lire_inedits »] L’islam radical est l’une des nombreuses questions difficiles que nous adresse le présent. Mais il ne constitue pas à mes yeux la question politique qui prime sur toutes les autres. Je fais l’hypothèse que l’angoisse fixée sur l’islam est en grande partie défensive. Elle permet de tenir à distance nos angoisses les plus profondes. Celles qui nous angoissent vraiment, car elles nous dénudent et réclament d’immenses efforts de notre imagination créatrice. Car avec elles, il n’est plus possible de nous cantonner confortablement dans un imaginaire de jeux vidéo guerriers.

Le fait politique premier, c’est notre déracinement métaphysique universel, c’est notre solitude planétaire innombrable. C’est par sa grâce tantôt prometteuse et tantôt désastreuse que l’âme de Richard Millet peut être en communion avec celle des Africains du RER. Le sentiment d’étrangeté ethnique constitue un phénomène superficiel (quoique parfois réel) qui dissimule l’étrangeté la plus étrangère : la nôtre. Le sentiment de non-appartenance métaphysique est pour chacun le point de départ.
La dévastation de la nature et de nos âmes par le capitalisme − et le capitalisme, là encore, ce ne sont pas les autres, c’est nous − donne lieu à deux types de transformation anthropologique. Certains se tournent vers le passé comme vers un ensemble de formes mortes et figées destiné à les dispenser de faire authentiquement l’épreuve du présent. Je pense à toutes les formes de néo-enracinement à la petite semaine, qu’il soit islamiste ou occidentaliste, religieux ou laïciste.

D’autres se tournent vers le passé pour y puiser les forces spirituelles qui leur permettent de se tenir à hauteur du présent. Leur rapport libre et vivant avec le passé troue, anime et assource le présent. Ainsi se déploient, le plus souvent loin de la visibilité médiatique, des formes de vie habitables. Ainsi surviennent, à égale distance du nihilisme islamiste et du nihilisme occidentaliste, des floraisons mystiques de toute beauté, au sein de toutes les religions (y compris de l’athéisme et du post-modernisme) et dans l’essaimage de leurs interstices. Ou peut-être chacun d’entre nous est-il plutôt constitué par une tension entre ces deux pôles, ces deux formes de réponse au déracinement métaphysique qui est notre condition historique et notre lieu.

Nous sommes les fleurs de l’origine : les fleurs du vide.[/access]

*Photo : haramlik.

Homosexualité, droit constitutionnel et décentralisation

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Lebranchu gay mariage

Madame la ministre,

Le 5 octobre dernier à la Sorbonne, le Président de la République vous communiquait sa feuille de route à propos de la réforme de l’élection des conseillers généraux : ancrage territorial et parité. Depuis, de nombreuses indiscrétions parues dans la presse font état de votre intention de diviser le nombre de cantons par deux et d’y faire élire des binômes femme/homme. Bien que pavé de bonnes intentions, ce projet rencontre la totale opposition du collectif que j’ai l’honneur de représenter.

Nous ne pouvons l’accepter pour deux raisons. Tout d’abord, ce projet donnerait à toutes les forces de la Réaction, les Vanneste, Boutin, Barbarin et autres Sylviane Agacinski, un argument de poids, ce que nous ne pouvons décemment accepter. Pourquoi, ne manqueront-ils pas de vous opposer, réclamer la représentation de l’altérité dans les assemblées départementales quand on nie le besoin de cette dernière dans les familles ? N’offrons pas un tel cadeau à ces rétrogrades ! Ils en profiteront immanquablement pour combattre de plus belle le mariage pour tous et la possibilité pour les couples homosexuels de faire famille comme ils l’entendent grâce à l’adoption mais aussi la procréation médicale assistée et la gestation pour autrui.

Ensuite, et cette raison est intimement liée à la première, ce projet constituerait une discrimination envers les homosexuels. Même si nous sommes évidemment conscients que les binômes constitués reposeraient sur une alliance politique et non amoureuse, ils perpétueraient néanmoins une vision hétérocentrée de la société en général et de la politique en particulier. Nous ne pouvons nous y résoudre. De manière plus large, il est sans doute venu le temps de réfléchir à la représentativité homosexuelle dans nos assemblées politiques. La réforme du mode de scrutin des conseils généraux peut, à cet égard, constituer un excellent terrain d’expérimentation.

Notre association ayant pour but, non pas seulement de s’opposer, mais aussi d’être une force de propositions, nous vous suggérons d’amender votre projet. Vous pourriez, en effet, autoriser des dérogations au principe de mixité des binômes, à la condition que les candidat-e-s associé-e-s déclarent sur l’honneur représenter la minorité homosexuelle. Dans un premier temps, cette possibilité serait facultative. Lors du renouvellement de 2020, il pourrait devenir obligatoire, chaque parti devant présenter 10 % de candidat-e-s gays ou lesbiennes.

Nous vous prions, Madame la ministre, d’agréer nos salutations les plus respectueuses et de croire en notre plus grand dévouement.

*Photo : thats.

Foules ressentimentales

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Jebali Hezbollah Charlie Hebdo Nasrallah

« Nous vivons une violence au nom de la religion, un déni des institutions de l’État et une tentative d’imposer des modes de vie bien déterminés par la force et la violence. Certains salafistes sont fanatiques et il est temps de mettre un terme à leurs agissements et de prendre des mesures fermes face à ceux qui pensent que Dieu les a mandatés pour assainir la société. »[1. Entretien avec le quotidien égyptien Al-Ahram, 10 septembre 2012.]

Qui a bien pu prononcer cette profession de fermeté à l’encontre des foules islamistes fanatisées ? Marine Le Pen, Caroline Fourest, Manuel Valls ?[access capability= »lire_inedits »] Vous n’y êtes pas, cette déclaration est signée Hamadi Jebali, chef du gouvernement islamiste tunisien, qui a passé seize ans dans les geôles de Ben Ali. Les exégètes de la parole islamiste détermineront le degré de sincérité du Premier ministre issu d’Ennahda, mouvement qui distingue « bons » et « mauvais » salafistes au gré de ses intérêts stratégiques. Ne pas se fâcher avec la France et les États-Unis tout en ménageant le Qatar, sa clientèle politique et ses militants, telle est la quadrature du cercle à laquelle sont confrontés les islamistes qui ont accédé aux affaires à Tunis, Le Caire, Rabat et Tripoli.

Avec l’affaire du film L’Innocence des musulmans suivie de la publication de nouvelles caricatures de Charlie Hebdo ridiculisant la figure du prophète Mohammed, les salafistes dénoncés par Jebali ont pu s’en donner à cœur joie devant les locaux de l’ambassade des États-Unis à Tunis, tandis que le bâtiment diplomatique français était protégé… par une colonne de chars ! Devant une telle colère, qui a tout de même généré quelques dizaines de morts aux quatre coins du globe, grande est la tentation de traiter la fameuse « rue arabe » comme une masse d’individus mineurs, inaccessibles à la critique et à épargner coûte que coûte sous peine de représailles violentes. Quoique infiniment condescendants, voire insultants, à l’égard de leurs protégés, les chevaliers de l’esprit de « responsabilité » partis en croisade contre « l’islamophobie » tiennent à peu près ce langage : critiquer le christianisme relève de la liberté d’expression, s’en prendre à l’islam revient à attaquer des faibles et des opprimés, cibles d’un obscur imprécateur américain.

Opprimées, les masses arabo-musulmanes ? L’éternel retour du complexe du colonisé fournit un discours prêt à l’emploi, aux saveurs rancies. Plus de cinquante ans après les indépendances, on peine en effet à trouver des traces d’impérialisme occidental en pays arabe, sinon dans les quelques expéditions morales que les États-Unis et l’Europe ont accompli en Irak (2003) puis en Libye (2011) avec l’assentiment implicite de groupuscules islamistes trop heureux de trouver de nouvelles terres de djihad sur les décombres de sanguinaires dictatures nationalistes. Les assaillants des ambassades américaines pourront toujours avancer que Moubarak, Ben Ali et autres Ali Abdallah Saleh tenaient grâce au soutien de l’Occident, l’argument est un peu court pour expliquer des décennies de servitude volontaire.

Pourtant, si les circonstances − et leurs intérêts − l’exigent, les sycophantes islamistes savent user de discernement, y compris lorsque leur religion est attaquée. Ainsi, en septembre 2010, le prêche de Yasser Habib, un imam chiite koweitien réfugié à Londres, célébrait à sa manière l’anniversaire de la dernière épouse de Mohammed. D’après Yasser Habib, Aïcha vivrait « en enfer […] suspendue par les pieds » à cause de sa proximité avec les adversaires du calife Ali, vénéré par les chiites. Ce blasphème en règle, émanant d’un clerc musulman, lui a valu d’être déchu de sa nationalité koweïtienne puis de subir des appels au meurtre de divers mouvements sunnites. Au sein même de l’oumma chiite, les réactions du Hezbollah libanais valent leur pesant de chapelets. Hassan Nasrallah, secrétaire général du Parti de Dieu, soucieux de cultiver sa popularité dans l’ensemble du monde arabo-musulman, a dénoncé la calomnie d’ « un homme qui se prétend chiite » contre « la mère des croyants Sayyida Aïcha » puis… immédiatement appelé au calme en citant une fatwa de l’ayatollah Khamenei[2. Guide suprême de la République islamique d’Iran, qui détient la clé du pouvoir exécutif iranien et exerce un magistère politico-spirituel sur le Hezbollah.] prohibant l’insulte contre « les grandes personnalités de nos frères sunnites […] et la femme du Maître des prophètes ». Or, dans la suite de son argumentaire, Nasrallah fait preuve d’un discernement saisissant : « Il ne faut pas imputer la faute d’un musulman à tous les musulmans. Si un chrétien commet une erreur, n’imputez pas cela à tous les chrétiens. Si un chiite commet une erreur, ne jugez pas tous les chiites ! » − avant d’incriminer plus classiquement l’axe « américano-sioniste » sans trop faire le détail entre ses représentants.
Deux ans plus tard, le Hezbollah a changé son fusil d’épaule et incite à la vengeance contre les pays qui ont autorisé les provocations de Charlie Hebdo et de L’Innocence des musulmans. Sans doute pour restaurer son aura malmenée par son soutien indéfectible au régime syrien, Nasrallah a décidé de souffler sur les braises arabes.

Que déduire de l’involution du discours du Hezbollah ? Indépendamment des variations de son agenda politique, le distinguo qu’il établit entre Arabes chrétiens et Occidentaux joue ostensiblement sur le sentiment d’humiliation des foules arabes, fussent-elles sunnites, chiites, chrétiennes ou même agnostiques. À défaut de pouvoir se rassembler derrière le panache vert d’un guide spirituel unique, le monde arabo-musulman se rassure en conspuant des adversaires accessibles à sa vindicte. Scander « Mort à Israël, à l’Amérique et aux croisés ! » vous exonère d’un examen de conscience et garantit un point de chute cathartique à vos frustrations.

On retrouve ici la morale du ressentiment si décriée par Nietzsche. Ceux qui se définissent comme des opprimés ne font que retourner leurs propres échecs contre le reste du monde, en érigeant leur faiblesse en morale. S’il s’avère que le schème du ressentiment s’applique bel et bien aux peuples arabes écrasés sous le joug de despotes puis ballottés par les aléas de leurs « révolutions », ceux-ci ont bien du souci à se faire. Car on peut tout faire avec du ressentiment. Sauf s’asseoir dessus.[/access]

*Photo : par pixelwhippersnapper.

Code save the Queen

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Dans un pays où les espions n’ont pas l’habitude de se faire attraper, la mort du britannique Gareth Williams intrigue. Comment ce jeune mathématicien a-t-il bien pu finir dans un sac de sport dont le Daily Telegraph vient de nous fournir les mensurations (81cm x 48cm) ? Aucune trace d’ADN n’a été retrouvée sur les lieux. S’agit-il d’un crime parfait, comme le laisserait penser la profession du jeune homme ? S’agit-il d’un crime en interne, comme le suggère l’étonnante bourde du MI6, le Service de Renseignement Extérieur, qui aura attendu plus d’une semaine pour s’inquiéter de sa disparition ? Ou – last but not least – d’un accident auto-érotique, comme le suggère ses goûts avérés de claustrophile ?

Les images retrouvées sur son ordinateur ne laisseraient aucun doute à ce sujet. Comme le philosophe Diogène (413-317), l’homme aurait entretenu une véritable passion pour les espaces confinés. Les joies sexuelles de la strangulation ou de l’asphyxie sont aujourd’hui connues, et ce n’est pas le héros de la série télévisée Kung Fu, David Carradine (1936-2009), qui me contredira. S’il en est ainsi, peut-on encore parler de fin malencontreuse ?

Il va sans dire que la famille se refuse à envisager une telle pratique et penche très fortement pour la première hypothèse, celle de l’assassinat. Certains de mes confrères évoquent ouvertement la seconde, tant la distraction du MI6 a quelque chose de bizarre. Personnellement, j’attends de voir qui défend la troisième. La passion sexuelle de Williams a bien été abordée. Hélas, l’esprit politiquement correct avec lequel la commission d’enquête mène cette investigation a quelque chose de franchement désolant. L’audience est partagée entre le rappel des beaux principes (comme quoi chacun serait libre de faire ce qu’il veut de sa sexualité) et les platitudes médico-légales du genre : « Pensez-vous qu’il soit possible de s’enfermer tout seul dans un sac de sport ? ». Et l’expert de répondre : « Pas sans un certain entraînement ».

Aura-t-on jamais le courage d’entrer dans les détails de cette vie étonnante ? J’ai bien peur que non, et pour une raison simple : la vérité sexuelle est incompatible avec le discours public. Les enquêteurs n’osent pas trancher et la perplexité, Outre-Manche, reste profonde. Comme on dit chez nous, l’enquête est en cours.

Vendée : faut-il être plus républicain que républicain ?

Jerome Leroy Vendee Reynald Secher

J’admire Jérôme Leroy pour mille raisons, à commencer par son œuvre. J’aime son prénom qui me rappelle la figure cardinalesque de Jérôme de Stridon travaillant sa Vulgate. Et son nom qui convoque les personnages des romans de Sébastien Lapaque et le temps des rois très chrétiens. J’aime aussi lorsqu’il se fait le paraclet des pauvres, préférant embrasser la lèpre plutôt que de la fuir : Jérôme l’Hospitalier. Alors, naturellement, je n’ai pas aimé qu’il s’en prenne à Reynald Secher, plus à lui d’ailleurs, qu’à sa thèse sur le génocide vendéen, thèse à laquelle il est tout à fait libre de ne pas adhérer.
Les différents articles sur la question du génocide vendéen ont effet soulevé une multitude de commentaires, montrant s’il en était encore besoin, que cette question présente un intérêt réel et que plus de deux siècles après les évènements, la Concorde n’est pas encore la place de tous les Français. Jérôme Leroy avait son avis, je le respecte mais je doute de ses arguments.

Sur la question elle-même, celle de savoir s’il y a bien eu ou non un génocide, on notera une divergence sur la qualification. Si l’ensemble des historiens et des commentateurs avertis de Causeur s’accordent sur les massacres qui ont eu lien en Vendée, certains n’admettent en effet pas la qualification posée par Reynald Secher qui, lui, considère qu’il y a eu conception et réalisation de l’extermination partielle ou totale d’un groupe humain de type religieux ou politique. Certaines questions sont des gageures, celle-ci l’est peut-être. Est-ce la poule qui fait l’œuf ou bien le contraire ? Le chat de Schrödinger est-il vivant ou mort ou les deux à la fois ? La Vendée fut-elle un massacre ou un génocide ? Reynald Secher a le mérite de poser la question et de proposer une réponse.

Mais poser une question et élaborer une réponse est parfois mal récompensé ; le traitement de certains sujets fait planer des suspicions, c’est le cas avec la révolution française, comme c’est le cas avec l’immigration. Jérôme le sait bien, lui qui est allé au travers de son roman dans les entrailles du Front National et qui s’est vu gratifié d’une présomption d’extrême droite par son jeune concurrent au Prix de Flore, le brillant Marien Defalvard[1. « Je suis un facho, mon concurrent Jérôme Leroy (auteur du Bloc, excellent polar sur l’extrême droite) est évidemment un facho. Edouard Limonov, n’en parlons même pas. Je suis ravi que le prix de Flore s’engage sur la même pente que le monde entier, au fond, et que Frédéric Beigbeder fasse son coming-out de facho. N’oublions pas que la littérature est fasciste par essence, qu’il n’y a pas plus facho qu’un roman.»]. De l’humour, certes, mais beaucoup ne l’ont pas entendu comme cela.

Aussi, lorsque je lis sous la plume – dans les commentaires- de Jérôme Leroy que Reynald Secher est d’extrême droite et intégriste et traditionnaliste, je me demande s’il s’essaye aussi à l’humour et je me dis qu’il est bien meilleur écrivain qu’amuseur public. Car fut-il catholique, fut-il d’extrême droite, fut-il traditionnaliste, je doute que Reynald Secher ait pris plaisir à recenser les fautes d’une France qu’il a, lui aussi, chevillée au corps. Reynald Secher n’a pas imaginé, Reynald Secher a compté. Et c’est vrai que cela fait mal.
Les recherches de Reynald Secher n’ont pas pour objet, contrairement à ce que qu’affirme le camarade Leroy, de condamner l’idée révolutionnaire, de rendre en France impossible l’idée de penser un changement politique et social de type progressiste pour finalement criminaliser la liberté, l’égalité et la fraternité. L’objet est de dire ce qu’il s’est passé et de le qualifier. On est d’accord ou pas d’accord, on pense qu’il faut oublier ou alors expier, mais il n’y a aucune idéologie nauséabonde sous-jacente.

Je m’amuse d’ailleurs de la soudaine dévotion de Jérôme Leroy à un système qu’il considère comme le résultat d’un désir de changement social alors que l’initiative fut bourgeoise et que sur les idées de liberté sont très vite venues s’installer les idées d’un libéralisme qu’il abhorre, bien souvent à raison.
Sur la théorie de Reynald Secher, on aurait pu dire bien des choses en somme. Que la repentance est harassante, que la victimisation de certains commence à nous peser, que nous n’avons pas à porter cet héritage d’un temps qui nous échappe, etc. Mais que Jérôme Leroy est-il allé comparer l’incomparable en nous disant que ceux qui pleuraient le sort des vendéens moquaient dans le même temps les arabes jetés dans la seine, s’ils ne les balançaient pas eux-mêmes ? On peut pleurer les deux, non ? La charité ne consiste pas à déshabiller Paul pour aller habiller Pierre. La compassion, du moins la considération se partagent. Elles ne sont ni à usage unique, ni sujettes à péremption.

Bernanos disait de l’histoire qu’il prenait tout. Jérôme Leroy nous l’a rappelé. Mais il n’est pas sûr que la prendre dans son ensemble équivalait pour lui à la prendre en bloc, à l’instar de Clémenceau. Sûrement aurait-il lui aussi voulu boire au verre de sang de Marie-Maurille de Sombreuil, l’héroïque comtesse qui inspira Victor Hugo mais aussi Edgard Quinet.

*Photo : Stuart Chalmers.

Aéroport, oui merci. Ecologie, ça suffit !

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aéroport Nantes Ayrault landes

Le 24 octobre, aux alentours de huit heures du matin, les agités du bocage nantais qui jouent à la guérilla contre la construction du nouvel aéroport de Nantes se sont couverts de gloire. Ils ont réussi à tromper la vigilance de la sécurité de la Maison de la Radio (dont, sans doute, l’essentiel de l’effectif était soit en RTT, soit en congé maladie du vendredi). Le commando, conduit par une jeune femme intrépide, fit irruption dans le studio des « Matins » de France Culture, alors que Marc Voinchet discutait doctement de l’élection présidentielle américaine avec le politologue Zaki Laïdi. Le directeur de la rédaction de France Culture, Jean-Marc Four, négocia le retrait du commando contre la lecture, à l’antenne, d’un texte préparé par les intrus. France Culture, qui soigne son image de radio de gauche ouverte et tolérante, n’a pas eu le courage d’adopter la seule ligne capable de décourager de futurs envahisseurs : couper l’antenne, et enfermer les braillards dans le studio jusqu’à l’arrivée des flics.

Ainsi eûmes-nous droit à la lecture d’un manifeste appelant le peuple de France à se lever en masse contre l’installation, sur la commune de Notre-Dame-des-Landes, d’un espace comportant des pistes goudronnées, une tour avec un machin en forme de croissant qui tourne sans arrêt et d’un bâtiment alliant avec élégance le béton, le verre et le métal. Certains appellent cela un aéroport, l’aérodrome étant maintenant réservé aux aéronautes de loisirs qui font, le dimanche des ronds dans le ciel avec leur ULM.

Toute la batterie d’arguments lacrymogènes est convoquée par les opposants à cet aéroport pour inciter ceux qui ne connaissent rien à la question à rejoindre le combat anti aéronautique : les pauvres paysans chassés de la terre de leurs ancêtres (alors que la plupart des exploitants concernés ont pris comme une aubaine les indemnisations d’expropriation), les nuisances liées à un trafic aérien accru (alors que le nouvel emplacement évitera aux avions de survoler, comme aujourd’hui, l’agglomération nantaise avant d’atterrir) et autres balivernes écolo-décroissantes. Bref, en dépit de son nom ruisselant d’eau bénite, cet aéroport serait un projet luciférien servi par l’ancien maire de Nantes et actuel premier ministre Jean-Marc Ayrault, élégamment rebaptisé Ayrault-porc par nos spirituels squatters de prairies.

Parmi les arguments lancés par les opposants, il en est un qui pourrait donner à réfléchir : comme le TGV Ouest va être prolongé en grande vitesse jusqu’à Nantes et Rennes dans la décennie à venir, pourquoi investir dans un aéroport coûteux, alors que l’on pourra aller en moins de deux heures prendre l’avion à Roissy ? Evidemment… Sauf que l’évolution des flux de voyageurs en Europe, à la suite du développement des compagnies à bas coût, montre que les liaisons aériennes intra-européennes ne passent plus nécessairement par les énormes aéroports internationaux style Roissy, Francfort ou Londres Heathrow. Il n’aura échappé à personne que la Bretagne se situe à l’extrémité ouest de l’Europe, et que son accès pour les étrangers désireux d’en goûter les charmes touristiques et gastronomiques est relativement compliqué, exigeant des transferts air-rail coûteux et peu commodes… Les nouvelles classes moyennes de Prague, Budapest ou Varsovie ont choisi de visiter Paris pour leur premier voyage en France, et seraient volontiers, pour la suite, disposées à découvrir cette France atlantique si exotique pour des centre-européens avides d’embruns et d’air iodé. Mais si Venceslas souhaite inviter sa copine Jaroslava à passer un week-end prolongé à Saint-Malo à l’occasion de la Saint Valentin, il en sera vite dissuadé par la complexité et la longueur du parcours le conduisant de la ville de Jan Hus à celle de Surcouf…

Alors il choisira le petit vol pas cher et sympa qui conduira directement les tourtereaux à Pise, qui a su, il y a dix ans, développer un aéroport amenant directement vers la Toscane tous ceux qui ont la bonne idée de venir en goûter les charmes, sans avoir à transiter par les couloirs interminables des aérogares de Rome ou de Milan… Cela vaut également pour les Anglais, dont l’attirance pour la Bretagne ne s’est jamais démentie, et qui viendraient encore plus nombreux exposer leur peau laiteuse au redoutable soleil armoricain (là, j’en rajoute un peu, mais à la guerre comme à la guerre). Le tourisme, ça compense les déboires à l’exportation, et résiste fort bien aux délocalisations.

Cet aéroport est donc une excellente idée, d’autant plus que ce n’est pas l’Etat qui en est le principal financier, mais la société Vinci, concessionnaire du nouvel aéroport. Notre Dame des Landes, priez pour nous et accueillez les avions avec votre sourire si doux…

*Photo : ponte1112.

Mourir pour Charlie Hebdo ?

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Charlie Hebdo islam Aqmi

Il est très fâcheux que Charlie Hebdo ne dispose d’aucun bureau ou de représentation diplomatique dans les pays musulmans : cela éviterait sans doute à nos cathédrales de brûler. Mahomet n’est pas mon pote, mais Charb non plus, et le pasteur machinchose du film L’Innocence des musulmans − à condition que ce film ait existé − certainement pas plus. Charb le provocateur a droit à une protection policière : ce n’est pas le cas des coptes d’Égypte, me semble-t-il, ni par définition des deux otages français aux mains d’Aqmi. Je n’aimerais pas être à la place de leurs familles lorsque les terroristes menacent de les occire ; j’aimerais encore moins être à celle de Charb s’ils mettaient leurs menaces à exécution..[access capability= »lire_inedits »]

Mais ouf ! La liberté d’expression aura été sauvée. Sauvée à quel prix, et surtout sauvée pour quoi faire ? Sauvée au prix de massacres de l’autre côté de la Méditerranée, là-bas, très loin, et sauvée pour démontrer que nous autres Occidentaux sommes toujours capables de pondre des crobars dignes de tinettes d’autoroute. « La maîtresse en maillot de bain » ! « Toto fait caca dans son slip ! » Etc. Oui, certes, voilà, grâce à la liberté, la raison et l’humanité bien avancées. Le drame de l’Occident, le drame de la France, tout au moins aujourd’hui, c’est d’avoir conféré la gestion des affaires étrangères à des bouffons, et surtout d’avoir choisi pour bouffons des hommes sans esprit. Car il faudra bien un jour s’interroger sur la place exorbitante laissée à Charlie Hebdo dans l’imaginaire collectif. Il faudra en même temps s’interroger sur le masochisme de nos islamistes actuels, qui sautent sur le torchon comme le taureau sur la muleta, feignant de croire qu’il représenterait les mœurs et la pensée profonde de l’Occident judéo-croisé. Or, qu’est-ce que Charlie Hebdo ? Un fanzine qui a réussi, où de mauvais dessinateurs pleins de ressentiment peignent à grands coups de balais de chiottes leurs fantasmes infantiles. « Et si on mettait une grosse bite à Jean Paul II ? − Ah ouais, trop délire ! − Et si on foutait Jésus à poil entre les deux gros nibards d’une bonne sœur ? − Putain, t’es trop fort… − Et si Marine Le Pen ressemblait à un étron de clébard ? − T’arrêtes pas, toi, t’es un cador de la provoc’. − Et si Mahomet tringlait ses 272 vierges en levrette et en même temps ? − Coco, on tient une mine d’or, là… »

Ainsi, nos contemporains aiment rire. Ils aiment beaucoup rire, c’est leur activité favorite, qui ne s’arrête qu’au moment où c’est tout à coup leur mère qui est l’objet de la plaisanterie. Que Charlie Hebdo continue de faire ses caricatures si ça lui chante, mais qu’on cesse d’en parler, par pitié ! Qu’on cesse d’en faire un objet, de haine ou de vénération, qu’il perde ce statut de bouc émissaire qu’il est bien incapable d’assumer.

Plus, l’invocation du droit au blasphème montre chaque jour nouveau ses limites internes : car qu’est-ce que blasphémer, sinon adhérer à une foi dont l’on moque les symboles ? Ainsi, il est assez simple de comprendre que c’est précisément en représentant Mahomet tout court, ou Mahomet à poil, que Charlie Hebdo démontre qu’il est musulman. Pour moi, qui suis catholique par exemple, quel intérêt d’aller moquer le prophète errant ou le dieu erroné de mon voisin ? Sa fausseté le fait tomber de lui-même, dans mon esprit. Si Voltaire, cette grande crapule, était autorisé en logique à moquer les travers du catholicisme, c’est bien qu’il y était né, qu’il y avait grandi, que ses codes, ses prières, ses manifestations s’étaient imposés à lui, à tout son être et que, recherchant une liberté, sans doute tout ce qu’il y avait d’illusoire, il lui fallait se débarrasser de ces oripeaux en les ridiculisant. Mais Charb ? A-t-il grandi sous la charia ? Est-il un sujet du droit musulman ? A-t-il cru à un moment de sa vie qu’Allah était dieu et que Mahomet était son prophète ? Certainement non : ainsi il lui est impossible de qualifier ses dessins de blasphème, mais seulement d’instruments destinés à blesser ses voisins. C’est ici l’exacte vérité du propos de Charlie Hebdo, et il est outrageant pour la liberté et l’intelligence de lui conférer les attributs de la résistance ou de la saine critique.

Moi vivant, la charia ne sera pas instaurée dans ce pays ; mais moi vivant, jamais Charb ne représentera aux yeux du monde la fleur fragile de la liberté qu’a inventée ma civilisation. Mourir pour Charb, ce collaborateur de L’Humanité et ce soutien de Mélenchon, ce n’est pas mourir pour la France, la raison ou la tolérance : c’est mourir pour la connerie. « Bombardez, insultez, blasphémez, il en resta toujours quelque chose », disent de concert les BHL et les Charb qui ne tiennent pas un magasin casher à Sarcelles et ne sont pas des chrétiens d’Orient ou d’Afrique. Alors, à qui profite le crime ? Certainement pas à moi qui ne me sens pas ni plus grand ni plus libre depuis que Charlie Hebdo a dessiné Mahomet fesses à l’air. Je n’ai pas l’impression de résister à l’islamisation du monde quand, après une manifestation de 250 fanatiques devant l’ambassade américaine, une feuille de chou sort ses laborieux ouvriers de la déconne subventionnée. Il profite sans nul doute à tous les fous qui, des deux côtés de l’Atlantique et des deux côtés de la Méditerranée attendent avec impatience le choc des civilisations.

Mon problème, c’est que ni le hidjab ni le mauvais goût ne font partie de ma civilisation. Je suis pour l’éradication des deux.[/access]

*Photo : Zoriah.

Le monument aux morts de honte

Les écolos sont des anciens combattants mais l’ignorent souvent ! On les trouve à l’avant-garde de l’arrière-garde. De l’humanisme pur jus et de l’agro-carburant coulent dans leurs veines. Ils habitent souvent dans des maisons d’architecte à Montreuil, circulent en vélo et – à l’image de Florence Lamblin –gagnent du blé en vendant des « sex toys bio » (ne me demandez pas en quoi cela consiste…). Ils sont précieux car leurs déclarations, allant du cocasse au bouffon, sur les sujets les plus divers (Ah ouvrons des salles de shoot ! Ah fermons les centrales nucléaires !), servent à garder souriants les journalistes. Demandons-nous un peu que serait la politique française sans ces grands noms qui ont tant donné à notre pays… Jean-Vincent Placé, Philippe Meirieu, Eva Joly et Dominique Voynet rayonnent sans conteste au firmament immortel de la démocratie hexagonale ! Sans oublier Cécile Duflot, que même l’Amérique nous envie, ou encore Noël Mamère dont on peut faire le pari qu’il laissera une empreinte forte dans l’histoire du ridicule.

Mais parfois les écologistes cessent d’être drolatiques. Ce fut le cas il y a quelques semaines, au Conseil municipal de la capitale… Le Conseil de Paris a rejeté une proposition du groupe UMP visant à « dédier un espace public » aux soldats français morts en Afghanistan. Le PS a écarté rapidement la proposition en prétextant que la ville était déjà associée à un projet d’hommage avec le Ministère de la Défense. Mais les Verts, eux, ont cru bon de justifier leur avis négatif par cette explication de vote fastidieuse : « Je rappelle qu’il y a effectivement eu 88 soldats français qui sont morts en Afghanistan. C’est bien triste pour eux et leurs familles, mais qu’il y a eu aussi 120.000 civils afghans morts depuis que nous avons déclenché une guerre en Afghanistan. Je pense que si on devait construire des monuments, il faudrait aussi penser à ces 120.000 personnes, qui pour la plupart n’avaient rien demandé et qui ont été tuées à cause d’une guerre que nous avons déclarée à leur pays ».

L’auteur immortel et Vert de ces lignes épaisses et brumeuses, qui ne voit de tristesse (on soulignera la trivialité de « c’est bien triste ») en ces morts français que pour leur famille, et qui s’imagine (dieu sait pourquoi…) que la France a « déclenché » une guerre en Afghanistan… s’appelle Sylvain Garel. Il faut retenir son nom, car un tel mélange de sottise et d’ignorance nous fait toucher les cimes himalayennes du tragi-comique. L’antimilitarisme primaire ne tue pas, certes… ça doit le rapprocher un peu du ridicule.

Après ce genre d’incartades regrettables et superflues, ce qu’il conviendrait d’édifier c’est un monument aux morts de honte. Aux morts de hontes pour les déclarations de certains hommes politiques de leur pays. J’aimerai que l’on y inscrive mon nom en bonne place.

La dernière bonne blague de Poutine à Obama

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Obama Russie Poutine élections

Obama Russie Poutine élections

On se souvient du barouf orchestré par l’administration Obama et de ses obligés européens lors de la dernière élection présidentielle russe. Or si celle-ci a été marquée par maintes irrégularités, somme toute assez inévitables en démocratie normale, donc imparfaite, personne, à l’arrivée, n’a parlé de hold-up du vainqueur sur les résultats – comme ce fut par exemple le cas pour la présidentielle américaine de 2000, marquée par les magouilles que l’on sait en Floride et ailleurs.

N’empêche, le ton était donné : si les USA et l’UE envoient des observateurs contrôler le scrutin, c’est donc que Poutine est un truand électoral et la Fédération de Russie une sorte d’Haïti en moins bien gérée ou de Côte d’Ivoire à mammouths congelés.
Ladite Russie – qui a d’ailleurs laissé les observateurs assermentés et les ONG à la noix faire leur semblant de boulot durant le scrutin – s’en est d’abord tenu aux protestation d’usage. Mais le stalinien à la mémoire longue et les origines notamment ashkénazes du KGB ont semble-t-il laissé des traces dans la culture d’entreprise de l’espionnage soviétique dont l’actuel président russe est le plus beau surgeon. Nul doute que Vladimir sait bien que l’humour vache peut se révéler bien plus dangereux que le polonium.

C’est ainsi qu’on vient d’apprendre, via nos très informés confrères chinois de l’agence Xinhua que la Russie compte envoyer des observateurs pour surveiller l’élection présidentielle aux États-Unis ce mardi 6 novembre.
Selon une déclaration faite vendredi par le ministère russe des Affaires étrangères, le Kremlin enverra certains députés de son Parlement aux États-Unis dans le cadre de la délégation de supervision de 57 membres de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. Les observateurs russes comprendront également les diplomates de l’ambassade russe à Washington et les employés des consulats russes dans plusieurs villes des Etats-Unis.

Par ailleurs, le porte-parole du ministère Alexandre Loukachévitch a également accusé les autorités américaines d’empêcher une supervision internationale complète des élections présidentielles, selon un communiqué publié sur le site Web du ministère.

« Les élections aux États-Unis peuvent difficilement être considérées comme parfaites du point de vue des normes et critères généralement acceptés », a déclaré M. Loukachévitch, qui a en outre souligné le « caractère obsolète et indirect » de la présidentielle américaine, ainsi que l’absence de système d’accréditation des observateurs étrangers au niveau national.

En revanche, pour des raisons inconnues à ce jour, aucun dispositif russe n’a été prévu pour contrôler la régularité des référendums organisés dans les pays d’Europe pour consulter les peuples du Vieux Continent sur la régularité et l’opportunité et la constitutionnalité du Pacte Budgétaire.

*Photo : AZRainman.

Heureux qui comme Papandréou

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Georges Papandréou, vous voyez qui c’est ? Mais si, enfin, l’ancien premier ministre grec, un socialiste. Il a été au pouvoir de 2009 à 2011 et c’est avec lui que le cauchemar a commencé. Il s’est rendu avec armes et bagages à la Troïka, c’est à dire aux représentants de l’UE, de la BCE et du FMI qui mettent en coupe réglée la Grèce, pressée comme un citron de Naxos au cœur de l’été. Bon, il n’y a plus de jus dans le citron mais ce n’est pas grave, maintenant on attaque la pulpe pendant que parti néo-nazi Aube Dorée s’occupe de la politique migratoire dans les quartiers à grands coups de lattes, prouvant si besoin était qu’une politique libérale a toujours besoins d’exécuteurs des basses oeuvres quand le peuple ne comprend plus les harmonies spontanées.

Non, en Grèce, en ce moment, on préfère plutôt arrêter les journalistes qui montrent que l’austérité, ce n’est pas pour tout le monde et qui publient la liste des exilés fiscaux ainsi que le montant de ce qu’ils truandent à leur propre pays. Le premier qui dit la vérité sera exécuté, on connaît la chanson, même sien cette occurrence, le petit fouineur a été finalement relaxé

Aux dernières nouvelles, Papandréou n’en fait pas partie, de cette liste. Cela ne l’empêche pas d’avoir vite trouvé le filon, une fois le pouvoir quitté et après avoir quasiment détruit son parti, largement devancé par Syriza, le Front de Gauche local, aux dernières élections. C’est toujours amusant, entre parenthèses, de voir un parti socialiste qui fait le sale boulot et se trouve réduit à servir d’auxiliaire zélé à la droite pour fournir une majorité de rechange austéritaire. Il n’y a pas de justice. Mais enfin ce n’est plus trop le souci de notre ami Georges : selon la presse grecque, assez furieuse, il donnera prochainement des cours à Harvard, pour 45 000 € par mois. Son nouveau salaire équivaudra à 70 fois le SMIC grec, SMIC qui n’est d’ailleurs plus versé à grand monde puisque le taux de chômage atteint plus de 25% dans ce merveilleux laboratoire de l’absurde.

Ce qui est croquignolet, c’est qu’il va enseigner l’économie, ce qui nous indique bien le degré de sérieux de la discipline ces temps-ci, capable de justifier théoriquement à peu près n’importe quelle aberration observable à l’œil nu. S’il avait voulu se racheter, Papandréou, il aurait plutôt dû expliquer la philosophie présocratique, avec en exergue à son premier cours, ce fragment d’Héraclite : « Le peuple doit combattre pour sa loi comme pour son rempart. »

L’islam et son autre

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islam capitalisme nihilisme

islam capitalisme nihilisme

Depuis onze ans maintenant, le débat unique et perpétuel sur l’islam nous engloutit dans son tourbillon d’angoisse familière. L’islam est devenu l’aspirateur de toutes nos peurs, notre point de fixation rassurant. Le débat mondial et national sur l’islam a glissé depuis longtemps hors des rails du Temps et poursuit hypnotiquement sa rotation planétaire. Chaque matin, ce monstre grassouillet nous dévore à nouveau en bâillant. Il est devenu notre éternité de pacotille. Il est le débat final, le débat terminal, le débat ne voulant plus se connaître aucun ailleurs.

Je ne prétends pas pour autant que les angoisses suscitées par l’islam radical soient illégitimes. Le point que j’interroge est celui-ci : pourquoi certains d’entre nous ont-ils fait de l’islam leur angoisse unique ?[access capability= »lire_inedits »] L’islam radical est l’une des nombreuses questions difficiles que nous adresse le présent. Mais il ne constitue pas à mes yeux la question politique qui prime sur toutes les autres. Je fais l’hypothèse que l’angoisse fixée sur l’islam est en grande partie défensive. Elle permet de tenir à distance nos angoisses les plus profondes. Celles qui nous angoissent vraiment, car elles nous dénudent et réclament d’immenses efforts de notre imagination créatrice. Car avec elles, il n’est plus possible de nous cantonner confortablement dans un imaginaire de jeux vidéo guerriers.

Le fait politique premier, c’est notre déracinement métaphysique universel, c’est notre solitude planétaire innombrable. C’est par sa grâce tantôt prometteuse et tantôt désastreuse que l’âme de Richard Millet peut être en communion avec celle des Africains du RER. Le sentiment d’étrangeté ethnique constitue un phénomène superficiel (quoique parfois réel) qui dissimule l’étrangeté la plus étrangère : la nôtre. Le sentiment de non-appartenance métaphysique est pour chacun le point de départ.
La dévastation de la nature et de nos âmes par le capitalisme − et le capitalisme, là encore, ce ne sont pas les autres, c’est nous − donne lieu à deux types de transformation anthropologique. Certains se tournent vers le passé comme vers un ensemble de formes mortes et figées destiné à les dispenser de faire authentiquement l’épreuve du présent. Je pense à toutes les formes de néo-enracinement à la petite semaine, qu’il soit islamiste ou occidentaliste, religieux ou laïciste.

D’autres se tournent vers le passé pour y puiser les forces spirituelles qui leur permettent de se tenir à hauteur du présent. Leur rapport libre et vivant avec le passé troue, anime et assource le présent. Ainsi se déploient, le plus souvent loin de la visibilité médiatique, des formes de vie habitables. Ainsi surviennent, à égale distance du nihilisme islamiste et du nihilisme occidentaliste, des floraisons mystiques de toute beauté, au sein de toutes les religions (y compris de l’athéisme et du post-modernisme) et dans l’essaimage de leurs interstices. Ou peut-être chacun d’entre nous est-il plutôt constitué par une tension entre ces deux pôles, ces deux formes de réponse au déracinement métaphysique qui est notre condition historique et notre lieu.

Nous sommes les fleurs de l’origine : les fleurs du vide.[/access]

*Photo : haramlik.

Homosexualité, droit constitutionnel et décentralisation

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Lebranchu gay mariage

Lebranchu gay mariage

Madame la ministre,

Le 5 octobre dernier à la Sorbonne, le Président de la République vous communiquait sa feuille de route à propos de la réforme de l’élection des conseillers généraux : ancrage territorial et parité. Depuis, de nombreuses indiscrétions parues dans la presse font état de votre intention de diviser le nombre de cantons par deux et d’y faire élire des binômes femme/homme. Bien que pavé de bonnes intentions, ce projet rencontre la totale opposition du collectif que j’ai l’honneur de représenter.

Nous ne pouvons l’accepter pour deux raisons. Tout d’abord, ce projet donnerait à toutes les forces de la Réaction, les Vanneste, Boutin, Barbarin et autres Sylviane Agacinski, un argument de poids, ce que nous ne pouvons décemment accepter. Pourquoi, ne manqueront-ils pas de vous opposer, réclamer la représentation de l’altérité dans les assemblées départementales quand on nie le besoin de cette dernière dans les familles ? N’offrons pas un tel cadeau à ces rétrogrades ! Ils en profiteront immanquablement pour combattre de plus belle le mariage pour tous et la possibilité pour les couples homosexuels de faire famille comme ils l’entendent grâce à l’adoption mais aussi la procréation médicale assistée et la gestation pour autrui.

Ensuite, et cette raison est intimement liée à la première, ce projet constituerait une discrimination envers les homosexuels. Même si nous sommes évidemment conscients que les binômes constitués reposeraient sur une alliance politique et non amoureuse, ils perpétueraient néanmoins une vision hétérocentrée de la société en général et de la politique en particulier. Nous ne pouvons nous y résoudre. De manière plus large, il est sans doute venu le temps de réfléchir à la représentativité homosexuelle dans nos assemblées politiques. La réforme du mode de scrutin des conseils généraux peut, à cet égard, constituer un excellent terrain d’expérimentation.

Notre association ayant pour but, non pas seulement de s’opposer, mais aussi d’être une force de propositions, nous vous suggérons d’amender votre projet. Vous pourriez, en effet, autoriser des dérogations au principe de mixité des binômes, à la condition que les candidat-e-s associé-e-s déclarent sur l’honneur représenter la minorité homosexuelle. Dans un premier temps, cette possibilité serait facultative. Lors du renouvellement de 2020, il pourrait devenir obligatoire, chaque parti devant présenter 10 % de candidat-e-s gays ou lesbiennes.

Nous vous prions, Madame la ministre, d’agréer nos salutations les plus respectueuses et de croire en notre plus grand dévouement.

*Photo : thats.

Foules ressentimentales

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Jebali Hezbollah Charlie Hebdo Nasrallah

Jebali Hezbollah Charlie Hebdo Nasrallah

« Nous vivons une violence au nom de la religion, un déni des institutions de l’État et une tentative d’imposer des modes de vie bien déterminés par la force et la violence. Certains salafistes sont fanatiques et il est temps de mettre un terme à leurs agissements et de prendre des mesures fermes face à ceux qui pensent que Dieu les a mandatés pour assainir la société. »[1. Entretien avec le quotidien égyptien Al-Ahram, 10 septembre 2012.]

Qui a bien pu prononcer cette profession de fermeté à l’encontre des foules islamistes fanatisées ? Marine Le Pen, Caroline Fourest, Manuel Valls ?[access capability= »lire_inedits »] Vous n’y êtes pas, cette déclaration est signée Hamadi Jebali, chef du gouvernement islamiste tunisien, qui a passé seize ans dans les geôles de Ben Ali. Les exégètes de la parole islamiste détermineront le degré de sincérité du Premier ministre issu d’Ennahda, mouvement qui distingue « bons » et « mauvais » salafistes au gré de ses intérêts stratégiques. Ne pas se fâcher avec la France et les États-Unis tout en ménageant le Qatar, sa clientèle politique et ses militants, telle est la quadrature du cercle à laquelle sont confrontés les islamistes qui ont accédé aux affaires à Tunis, Le Caire, Rabat et Tripoli.

Avec l’affaire du film L’Innocence des musulmans suivie de la publication de nouvelles caricatures de Charlie Hebdo ridiculisant la figure du prophète Mohammed, les salafistes dénoncés par Jebali ont pu s’en donner à cœur joie devant les locaux de l’ambassade des États-Unis à Tunis, tandis que le bâtiment diplomatique français était protégé… par une colonne de chars ! Devant une telle colère, qui a tout de même généré quelques dizaines de morts aux quatre coins du globe, grande est la tentation de traiter la fameuse « rue arabe » comme une masse d’individus mineurs, inaccessibles à la critique et à épargner coûte que coûte sous peine de représailles violentes. Quoique infiniment condescendants, voire insultants, à l’égard de leurs protégés, les chevaliers de l’esprit de « responsabilité » partis en croisade contre « l’islamophobie » tiennent à peu près ce langage : critiquer le christianisme relève de la liberté d’expression, s’en prendre à l’islam revient à attaquer des faibles et des opprimés, cibles d’un obscur imprécateur américain.

Opprimées, les masses arabo-musulmanes ? L’éternel retour du complexe du colonisé fournit un discours prêt à l’emploi, aux saveurs rancies. Plus de cinquante ans après les indépendances, on peine en effet à trouver des traces d’impérialisme occidental en pays arabe, sinon dans les quelques expéditions morales que les États-Unis et l’Europe ont accompli en Irak (2003) puis en Libye (2011) avec l’assentiment implicite de groupuscules islamistes trop heureux de trouver de nouvelles terres de djihad sur les décombres de sanguinaires dictatures nationalistes. Les assaillants des ambassades américaines pourront toujours avancer que Moubarak, Ben Ali et autres Ali Abdallah Saleh tenaient grâce au soutien de l’Occident, l’argument est un peu court pour expliquer des décennies de servitude volontaire.

Pourtant, si les circonstances − et leurs intérêts − l’exigent, les sycophantes islamistes savent user de discernement, y compris lorsque leur religion est attaquée. Ainsi, en septembre 2010, le prêche de Yasser Habib, un imam chiite koweitien réfugié à Londres, célébrait à sa manière l’anniversaire de la dernière épouse de Mohammed. D’après Yasser Habib, Aïcha vivrait « en enfer […] suspendue par les pieds » à cause de sa proximité avec les adversaires du calife Ali, vénéré par les chiites. Ce blasphème en règle, émanant d’un clerc musulman, lui a valu d’être déchu de sa nationalité koweïtienne puis de subir des appels au meurtre de divers mouvements sunnites. Au sein même de l’oumma chiite, les réactions du Hezbollah libanais valent leur pesant de chapelets. Hassan Nasrallah, secrétaire général du Parti de Dieu, soucieux de cultiver sa popularité dans l’ensemble du monde arabo-musulman, a dénoncé la calomnie d’ « un homme qui se prétend chiite » contre « la mère des croyants Sayyida Aïcha » puis… immédiatement appelé au calme en citant une fatwa de l’ayatollah Khamenei[2. Guide suprême de la République islamique d’Iran, qui détient la clé du pouvoir exécutif iranien et exerce un magistère politico-spirituel sur le Hezbollah.] prohibant l’insulte contre « les grandes personnalités de nos frères sunnites […] et la femme du Maître des prophètes ». Or, dans la suite de son argumentaire, Nasrallah fait preuve d’un discernement saisissant : « Il ne faut pas imputer la faute d’un musulman à tous les musulmans. Si un chrétien commet une erreur, n’imputez pas cela à tous les chrétiens. Si un chiite commet une erreur, ne jugez pas tous les chiites ! » − avant d’incriminer plus classiquement l’axe « américano-sioniste » sans trop faire le détail entre ses représentants.
Deux ans plus tard, le Hezbollah a changé son fusil d’épaule et incite à la vengeance contre les pays qui ont autorisé les provocations de Charlie Hebdo et de L’Innocence des musulmans. Sans doute pour restaurer son aura malmenée par son soutien indéfectible au régime syrien, Nasrallah a décidé de souffler sur les braises arabes.

Que déduire de l’involution du discours du Hezbollah ? Indépendamment des variations de son agenda politique, le distinguo qu’il établit entre Arabes chrétiens et Occidentaux joue ostensiblement sur le sentiment d’humiliation des foules arabes, fussent-elles sunnites, chiites, chrétiennes ou même agnostiques. À défaut de pouvoir se rassembler derrière le panache vert d’un guide spirituel unique, le monde arabo-musulman se rassure en conspuant des adversaires accessibles à sa vindicte. Scander « Mort à Israël, à l’Amérique et aux croisés ! » vous exonère d’un examen de conscience et garantit un point de chute cathartique à vos frustrations.

On retrouve ici la morale du ressentiment si décriée par Nietzsche. Ceux qui se définissent comme des opprimés ne font que retourner leurs propres échecs contre le reste du monde, en érigeant leur faiblesse en morale. S’il s’avère que le schème du ressentiment s’applique bel et bien aux peuples arabes écrasés sous le joug de despotes puis ballottés par les aléas de leurs « révolutions », ceux-ci ont bien du souci à se faire. Car on peut tout faire avec du ressentiment. Sauf s’asseoir dessus.[/access]

*Photo : par pixelwhippersnapper.

Code save the Queen

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Dans un pays où les espions n’ont pas l’habitude de se faire attraper, la mort du britannique Gareth Williams intrigue. Comment ce jeune mathématicien a-t-il bien pu finir dans un sac de sport dont le Daily Telegraph vient de nous fournir les mensurations (81cm x 48cm) ? Aucune trace d’ADN n’a été retrouvée sur les lieux. S’agit-il d’un crime parfait, comme le laisserait penser la profession du jeune homme ? S’agit-il d’un crime en interne, comme le suggère l’étonnante bourde du MI6, le Service de Renseignement Extérieur, qui aura attendu plus d’une semaine pour s’inquiéter de sa disparition ? Ou – last but not least – d’un accident auto-érotique, comme le suggère ses goûts avérés de claustrophile ?

Les images retrouvées sur son ordinateur ne laisseraient aucun doute à ce sujet. Comme le philosophe Diogène (413-317), l’homme aurait entretenu une véritable passion pour les espaces confinés. Les joies sexuelles de la strangulation ou de l’asphyxie sont aujourd’hui connues, et ce n’est pas le héros de la série télévisée Kung Fu, David Carradine (1936-2009), qui me contredira. S’il en est ainsi, peut-on encore parler de fin malencontreuse ?

Il va sans dire que la famille se refuse à envisager une telle pratique et penche très fortement pour la première hypothèse, celle de l’assassinat. Certains de mes confrères évoquent ouvertement la seconde, tant la distraction du MI6 a quelque chose de bizarre. Personnellement, j’attends de voir qui défend la troisième. La passion sexuelle de Williams a bien été abordée. Hélas, l’esprit politiquement correct avec lequel la commission d’enquête mène cette investigation a quelque chose de franchement désolant. L’audience est partagée entre le rappel des beaux principes (comme quoi chacun serait libre de faire ce qu’il veut de sa sexualité) et les platitudes médico-légales du genre : « Pensez-vous qu’il soit possible de s’enfermer tout seul dans un sac de sport ? ». Et l’expert de répondre : « Pas sans un certain entraînement ».

Aura-t-on jamais le courage d’entrer dans les détails de cette vie étonnante ? J’ai bien peur que non, et pour une raison simple : la vérité sexuelle est incompatible avec le discours public. Les enquêteurs n’osent pas trancher et la perplexité, Outre-Manche, reste profonde. Comme on dit chez nous, l’enquête est en cours.

Vendée : faut-il être plus républicain que républicain ?

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Jerome Leroy Vendee Reynald Secher

Jerome Leroy Vendee Reynald Secher

J’admire Jérôme Leroy pour mille raisons, à commencer par son œuvre. J’aime son prénom qui me rappelle la figure cardinalesque de Jérôme de Stridon travaillant sa Vulgate. Et son nom qui convoque les personnages des romans de Sébastien Lapaque et le temps des rois très chrétiens. J’aime aussi lorsqu’il se fait le paraclet des pauvres, préférant embrasser la lèpre plutôt que de la fuir : Jérôme l’Hospitalier. Alors, naturellement, je n’ai pas aimé qu’il s’en prenne à Reynald Secher, plus à lui d’ailleurs, qu’à sa thèse sur le génocide vendéen, thèse à laquelle il est tout à fait libre de ne pas adhérer.
Les différents articles sur la question du génocide vendéen ont effet soulevé une multitude de commentaires, montrant s’il en était encore besoin, que cette question présente un intérêt réel et que plus de deux siècles après les évènements, la Concorde n’est pas encore la place de tous les Français. Jérôme Leroy avait son avis, je le respecte mais je doute de ses arguments.

Sur la question elle-même, celle de savoir s’il y a bien eu ou non un génocide, on notera une divergence sur la qualification. Si l’ensemble des historiens et des commentateurs avertis de Causeur s’accordent sur les massacres qui ont eu lien en Vendée, certains n’admettent en effet pas la qualification posée par Reynald Secher qui, lui, considère qu’il y a eu conception et réalisation de l’extermination partielle ou totale d’un groupe humain de type religieux ou politique. Certaines questions sont des gageures, celle-ci l’est peut-être. Est-ce la poule qui fait l’œuf ou bien le contraire ? Le chat de Schrödinger est-il vivant ou mort ou les deux à la fois ? La Vendée fut-elle un massacre ou un génocide ? Reynald Secher a le mérite de poser la question et de proposer une réponse.

Mais poser une question et élaborer une réponse est parfois mal récompensé ; le traitement de certains sujets fait planer des suspicions, c’est le cas avec la révolution française, comme c’est le cas avec l’immigration. Jérôme le sait bien, lui qui est allé au travers de son roman dans les entrailles du Front National et qui s’est vu gratifié d’une présomption d’extrême droite par son jeune concurrent au Prix de Flore, le brillant Marien Defalvard[1. « Je suis un facho, mon concurrent Jérôme Leroy (auteur du Bloc, excellent polar sur l’extrême droite) est évidemment un facho. Edouard Limonov, n’en parlons même pas. Je suis ravi que le prix de Flore s’engage sur la même pente que le monde entier, au fond, et que Frédéric Beigbeder fasse son coming-out de facho. N’oublions pas que la littérature est fasciste par essence, qu’il n’y a pas plus facho qu’un roman.»]. De l’humour, certes, mais beaucoup ne l’ont pas entendu comme cela.

Aussi, lorsque je lis sous la plume – dans les commentaires- de Jérôme Leroy que Reynald Secher est d’extrême droite et intégriste et traditionnaliste, je me demande s’il s’essaye aussi à l’humour et je me dis qu’il est bien meilleur écrivain qu’amuseur public. Car fut-il catholique, fut-il d’extrême droite, fut-il traditionnaliste, je doute que Reynald Secher ait pris plaisir à recenser les fautes d’une France qu’il a, lui aussi, chevillée au corps. Reynald Secher n’a pas imaginé, Reynald Secher a compté. Et c’est vrai que cela fait mal.
Les recherches de Reynald Secher n’ont pas pour objet, contrairement à ce que qu’affirme le camarade Leroy, de condamner l’idée révolutionnaire, de rendre en France impossible l’idée de penser un changement politique et social de type progressiste pour finalement criminaliser la liberté, l’égalité et la fraternité. L’objet est de dire ce qu’il s’est passé et de le qualifier. On est d’accord ou pas d’accord, on pense qu’il faut oublier ou alors expier, mais il n’y a aucune idéologie nauséabonde sous-jacente.

Je m’amuse d’ailleurs de la soudaine dévotion de Jérôme Leroy à un système qu’il considère comme le résultat d’un désir de changement social alors que l’initiative fut bourgeoise et que sur les idées de liberté sont très vite venues s’installer les idées d’un libéralisme qu’il abhorre, bien souvent à raison.
Sur la théorie de Reynald Secher, on aurait pu dire bien des choses en somme. Que la repentance est harassante, que la victimisation de certains commence à nous peser, que nous n’avons pas à porter cet héritage d’un temps qui nous échappe, etc. Mais que Jérôme Leroy est-il allé comparer l’incomparable en nous disant que ceux qui pleuraient le sort des vendéens moquaient dans le même temps les arabes jetés dans la seine, s’ils ne les balançaient pas eux-mêmes ? On peut pleurer les deux, non ? La charité ne consiste pas à déshabiller Paul pour aller habiller Pierre. La compassion, du moins la considération se partagent. Elles ne sont ni à usage unique, ni sujettes à péremption.

Bernanos disait de l’histoire qu’il prenait tout. Jérôme Leroy nous l’a rappelé. Mais il n’est pas sûr que la prendre dans son ensemble équivalait pour lui à la prendre en bloc, à l’instar de Clémenceau. Sûrement aurait-il lui aussi voulu boire au verre de sang de Marie-Maurille de Sombreuil, l’héroïque comtesse qui inspira Victor Hugo mais aussi Edgard Quinet.

*Photo : Stuart Chalmers.

Aéroport, oui merci. Ecologie, ça suffit !

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aéroport Nantes Ayrault landes

aéroport Nantes Ayrault landes

Le 24 octobre, aux alentours de huit heures du matin, les agités du bocage nantais qui jouent à la guérilla contre la construction du nouvel aéroport de Nantes se sont couverts de gloire. Ils ont réussi à tromper la vigilance de la sécurité de la Maison de la Radio (dont, sans doute, l’essentiel de l’effectif était soit en RTT, soit en congé maladie du vendredi). Le commando, conduit par une jeune femme intrépide, fit irruption dans le studio des « Matins » de France Culture, alors que Marc Voinchet discutait doctement de l’élection présidentielle américaine avec le politologue Zaki Laïdi. Le directeur de la rédaction de France Culture, Jean-Marc Four, négocia le retrait du commando contre la lecture, à l’antenne, d’un texte préparé par les intrus. France Culture, qui soigne son image de radio de gauche ouverte et tolérante, n’a pas eu le courage d’adopter la seule ligne capable de décourager de futurs envahisseurs : couper l’antenne, et enfermer les braillards dans le studio jusqu’à l’arrivée des flics.

Ainsi eûmes-nous droit à la lecture d’un manifeste appelant le peuple de France à se lever en masse contre l’installation, sur la commune de Notre-Dame-des-Landes, d’un espace comportant des pistes goudronnées, une tour avec un machin en forme de croissant qui tourne sans arrêt et d’un bâtiment alliant avec élégance le béton, le verre et le métal. Certains appellent cela un aéroport, l’aérodrome étant maintenant réservé aux aéronautes de loisirs qui font, le dimanche des ronds dans le ciel avec leur ULM.

Toute la batterie d’arguments lacrymogènes est convoquée par les opposants à cet aéroport pour inciter ceux qui ne connaissent rien à la question à rejoindre le combat anti aéronautique : les pauvres paysans chassés de la terre de leurs ancêtres (alors que la plupart des exploitants concernés ont pris comme une aubaine les indemnisations d’expropriation), les nuisances liées à un trafic aérien accru (alors que le nouvel emplacement évitera aux avions de survoler, comme aujourd’hui, l’agglomération nantaise avant d’atterrir) et autres balivernes écolo-décroissantes. Bref, en dépit de son nom ruisselant d’eau bénite, cet aéroport serait un projet luciférien servi par l’ancien maire de Nantes et actuel premier ministre Jean-Marc Ayrault, élégamment rebaptisé Ayrault-porc par nos spirituels squatters de prairies.

Parmi les arguments lancés par les opposants, il en est un qui pourrait donner à réfléchir : comme le TGV Ouest va être prolongé en grande vitesse jusqu’à Nantes et Rennes dans la décennie à venir, pourquoi investir dans un aéroport coûteux, alors que l’on pourra aller en moins de deux heures prendre l’avion à Roissy ? Evidemment… Sauf que l’évolution des flux de voyageurs en Europe, à la suite du développement des compagnies à bas coût, montre que les liaisons aériennes intra-européennes ne passent plus nécessairement par les énormes aéroports internationaux style Roissy, Francfort ou Londres Heathrow. Il n’aura échappé à personne que la Bretagne se situe à l’extrémité ouest de l’Europe, et que son accès pour les étrangers désireux d’en goûter les charmes touristiques et gastronomiques est relativement compliqué, exigeant des transferts air-rail coûteux et peu commodes… Les nouvelles classes moyennes de Prague, Budapest ou Varsovie ont choisi de visiter Paris pour leur premier voyage en France, et seraient volontiers, pour la suite, disposées à découvrir cette France atlantique si exotique pour des centre-européens avides d’embruns et d’air iodé. Mais si Venceslas souhaite inviter sa copine Jaroslava à passer un week-end prolongé à Saint-Malo à l’occasion de la Saint Valentin, il en sera vite dissuadé par la complexité et la longueur du parcours le conduisant de la ville de Jan Hus à celle de Surcouf…

Alors il choisira le petit vol pas cher et sympa qui conduira directement les tourtereaux à Pise, qui a su, il y a dix ans, développer un aéroport amenant directement vers la Toscane tous ceux qui ont la bonne idée de venir en goûter les charmes, sans avoir à transiter par les couloirs interminables des aérogares de Rome ou de Milan… Cela vaut également pour les Anglais, dont l’attirance pour la Bretagne ne s’est jamais démentie, et qui viendraient encore plus nombreux exposer leur peau laiteuse au redoutable soleil armoricain (là, j’en rajoute un peu, mais à la guerre comme à la guerre). Le tourisme, ça compense les déboires à l’exportation, et résiste fort bien aux délocalisations.

Cet aéroport est donc une excellente idée, d’autant plus que ce n’est pas l’Etat qui en est le principal financier, mais la société Vinci, concessionnaire du nouvel aéroport. Notre Dame des Landes, priez pour nous et accueillez les avions avec votre sourire si doux…

*Photo : ponte1112.

Mourir pour Charlie Hebdo ?

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Charlie Hebdo islam Aqmi

Charlie Hebdo islam Aqmi

Il est très fâcheux que Charlie Hebdo ne dispose d’aucun bureau ou de représentation diplomatique dans les pays musulmans : cela éviterait sans doute à nos cathédrales de brûler. Mahomet n’est pas mon pote, mais Charb non plus, et le pasteur machinchose du film L’Innocence des musulmans − à condition que ce film ait existé − certainement pas plus. Charb le provocateur a droit à une protection policière : ce n’est pas le cas des coptes d’Égypte, me semble-t-il, ni par définition des deux otages français aux mains d’Aqmi. Je n’aimerais pas être à la place de leurs familles lorsque les terroristes menacent de les occire ; j’aimerais encore moins être à celle de Charb s’ils mettaient leurs menaces à exécution..[access capability= »lire_inedits »]

Mais ouf ! La liberté d’expression aura été sauvée. Sauvée à quel prix, et surtout sauvée pour quoi faire ? Sauvée au prix de massacres de l’autre côté de la Méditerranée, là-bas, très loin, et sauvée pour démontrer que nous autres Occidentaux sommes toujours capables de pondre des crobars dignes de tinettes d’autoroute. « La maîtresse en maillot de bain » ! « Toto fait caca dans son slip ! » Etc. Oui, certes, voilà, grâce à la liberté, la raison et l’humanité bien avancées. Le drame de l’Occident, le drame de la France, tout au moins aujourd’hui, c’est d’avoir conféré la gestion des affaires étrangères à des bouffons, et surtout d’avoir choisi pour bouffons des hommes sans esprit. Car il faudra bien un jour s’interroger sur la place exorbitante laissée à Charlie Hebdo dans l’imaginaire collectif. Il faudra en même temps s’interroger sur le masochisme de nos islamistes actuels, qui sautent sur le torchon comme le taureau sur la muleta, feignant de croire qu’il représenterait les mœurs et la pensée profonde de l’Occident judéo-croisé. Or, qu’est-ce que Charlie Hebdo ? Un fanzine qui a réussi, où de mauvais dessinateurs pleins de ressentiment peignent à grands coups de balais de chiottes leurs fantasmes infantiles. « Et si on mettait une grosse bite à Jean Paul II ? − Ah ouais, trop délire ! − Et si on foutait Jésus à poil entre les deux gros nibards d’une bonne sœur ? − Putain, t’es trop fort… − Et si Marine Le Pen ressemblait à un étron de clébard ? − T’arrêtes pas, toi, t’es un cador de la provoc’. − Et si Mahomet tringlait ses 272 vierges en levrette et en même temps ? − Coco, on tient une mine d’or, là… »

Ainsi, nos contemporains aiment rire. Ils aiment beaucoup rire, c’est leur activité favorite, qui ne s’arrête qu’au moment où c’est tout à coup leur mère qui est l’objet de la plaisanterie. Que Charlie Hebdo continue de faire ses caricatures si ça lui chante, mais qu’on cesse d’en parler, par pitié ! Qu’on cesse d’en faire un objet, de haine ou de vénération, qu’il perde ce statut de bouc émissaire qu’il est bien incapable d’assumer.

Plus, l’invocation du droit au blasphème montre chaque jour nouveau ses limites internes : car qu’est-ce que blasphémer, sinon adhérer à une foi dont l’on moque les symboles ? Ainsi, il est assez simple de comprendre que c’est précisément en représentant Mahomet tout court, ou Mahomet à poil, que Charlie Hebdo démontre qu’il est musulman. Pour moi, qui suis catholique par exemple, quel intérêt d’aller moquer le prophète errant ou le dieu erroné de mon voisin ? Sa fausseté le fait tomber de lui-même, dans mon esprit. Si Voltaire, cette grande crapule, était autorisé en logique à moquer les travers du catholicisme, c’est bien qu’il y était né, qu’il y avait grandi, que ses codes, ses prières, ses manifestations s’étaient imposés à lui, à tout son être et que, recherchant une liberté, sans doute tout ce qu’il y avait d’illusoire, il lui fallait se débarrasser de ces oripeaux en les ridiculisant. Mais Charb ? A-t-il grandi sous la charia ? Est-il un sujet du droit musulman ? A-t-il cru à un moment de sa vie qu’Allah était dieu et que Mahomet était son prophète ? Certainement non : ainsi il lui est impossible de qualifier ses dessins de blasphème, mais seulement d’instruments destinés à blesser ses voisins. C’est ici l’exacte vérité du propos de Charlie Hebdo, et il est outrageant pour la liberté et l’intelligence de lui conférer les attributs de la résistance ou de la saine critique.

Moi vivant, la charia ne sera pas instaurée dans ce pays ; mais moi vivant, jamais Charb ne représentera aux yeux du monde la fleur fragile de la liberté qu’a inventée ma civilisation. Mourir pour Charb, ce collaborateur de L’Humanité et ce soutien de Mélenchon, ce n’est pas mourir pour la France, la raison ou la tolérance : c’est mourir pour la connerie. « Bombardez, insultez, blasphémez, il en resta toujours quelque chose », disent de concert les BHL et les Charb qui ne tiennent pas un magasin casher à Sarcelles et ne sont pas des chrétiens d’Orient ou d’Afrique. Alors, à qui profite le crime ? Certainement pas à moi qui ne me sens pas ni plus grand ni plus libre depuis que Charlie Hebdo a dessiné Mahomet fesses à l’air. Je n’ai pas l’impression de résister à l’islamisation du monde quand, après une manifestation de 250 fanatiques devant l’ambassade américaine, une feuille de chou sort ses laborieux ouvriers de la déconne subventionnée. Il profite sans nul doute à tous les fous qui, des deux côtés de l’Atlantique et des deux côtés de la Méditerranée attendent avec impatience le choc des civilisations.

Mon problème, c’est que ni le hidjab ni le mauvais goût ne font partie de ma civilisation. Je suis pour l’éradication des deux.[/access]

*Photo : Zoriah.

Le monument aux morts de honte

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Les écolos sont des anciens combattants mais l’ignorent souvent ! On les trouve à l’avant-garde de l’arrière-garde. De l’humanisme pur jus et de l’agro-carburant coulent dans leurs veines. Ils habitent souvent dans des maisons d’architecte à Montreuil, circulent en vélo et – à l’image de Florence Lamblin –gagnent du blé en vendant des « sex toys bio » (ne me demandez pas en quoi cela consiste…). Ils sont précieux car leurs déclarations, allant du cocasse au bouffon, sur les sujets les plus divers (Ah ouvrons des salles de shoot ! Ah fermons les centrales nucléaires !), servent à garder souriants les journalistes. Demandons-nous un peu que serait la politique française sans ces grands noms qui ont tant donné à notre pays… Jean-Vincent Placé, Philippe Meirieu, Eva Joly et Dominique Voynet rayonnent sans conteste au firmament immortel de la démocratie hexagonale ! Sans oublier Cécile Duflot, que même l’Amérique nous envie, ou encore Noël Mamère dont on peut faire le pari qu’il laissera une empreinte forte dans l’histoire du ridicule.

Mais parfois les écologistes cessent d’être drolatiques. Ce fut le cas il y a quelques semaines, au Conseil municipal de la capitale… Le Conseil de Paris a rejeté une proposition du groupe UMP visant à « dédier un espace public » aux soldats français morts en Afghanistan. Le PS a écarté rapidement la proposition en prétextant que la ville était déjà associée à un projet d’hommage avec le Ministère de la Défense. Mais les Verts, eux, ont cru bon de justifier leur avis négatif par cette explication de vote fastidieuse : « Je rappelle qu’il y a effectivement eu 88 soldats français qui sont morts en Afghanistan. C’est bien triste pour eux et leurs familles, mais qu’il y a eu aussi 120.000 civils afghans morts depuis que nous avons déclenché une guerre en Afghanistan. Je pense que si on devait construire des monuments, il faudrait aussi penser à ces 120.000 personnes, qui pour la plupart n’avaient rien demandé et qui ont été tuées à cause d’une guerre que nous avons déclarée à leur pays ».

L’auteur immortel et Vert de ces lignes épaisses et brumeuses, qui ne voit de tristesse (on soulignera la trivialité de « c’est bien triste ») en ces morts français que pour leur famille, et qui s’imagine (dieu sait pourquoi…) que la France a « déclenché » une guerre en Afghanistan… s’appelle Sylvain Garel. Il faut retenir son nom, car un tel mélange de sottise et d’ignorance nous fait toucher les cimes himalayennes du tragi-comique. L’antimilitarisme primaire ne tue pas, certes… ça doit le rapprocher un peu du ridicule.

Après ce genre d’incartades regrettables et superflues, ce qu’il conviendrait d’édifier c’est un monument aux morts de honte. Aux morts de hontes pour les déclarations de certains hommes politiques de leur pays. J’aimerai que l’on y inscrive mon nom en bonne place.