Annie Ernaux. Photo : Gallimard

Soyons honnête : longtemps, Annie Ernaux a incarné un type de littérature qui ne me convenait vraiment pas. Ses livres courts, autobiographiques, ses journaux intimes me semblaient l’archétype d’une littérature féminine (il faut toujours se méfier des adjectifs accolés au mot littérature) où l’écriture dépouillée jusqu’à l’os masquait mal une forme d’histrionisme de la souffrance si glacé qu’il en devenait ostentatoire. J’avais renoncé à la fréquenter, certain de retrouver à chaque fois la même chose, les mêmes thèmes : la difficulté dans les années 1950, d’être une fille qui fait des études dans un milieu populaire, un avortement au début des années 1960, le jour où le père faillit tuer la mère, la mort des parents, ou encore une fausse impudeur dans le compte rendu d’une passion très sexuelle avec un diplomate soviétique ou un écrivain plus jeune. À chaque nouveau livre, chacun de ces épisodes nous était livré sous un éclairage et avec une dimension différente, mais il s’agissait toujours du même livre, de la même optique, du même angle de tir. J’étais injuste, évidemment, et superficiel comme souvent.

D’abord parce que l’argument à charge contre un écrivain qui consiste à lui reprocher d’écrire toujours le même livre est absurde. Au contraire, ce serait plutôt la preuve que nous avons affaire, justement, à un véritable écrivain.

 

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Annie Ernaux, Ecrire la vie, Gallimard Quarto.

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