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La droitisation n’est pas la solution

herve gaymard ump

Causeur. Pourquoi avez-vous perdu l’élection présidentielle ?

Hervé Gaymard. Une défaite n’a jamais une cause unique. En l’occurrence, j’en vois trois : d’abord un besoin d’alternance, assez naturel ; ensuite, évidemment, les effets de la crise ‒ à l’exception de Barack Obama, tous les dirigeants en place au moment de son éclatement, en 2008, ont été remerciés ; enfin, une partie de notre électorat ne s’est pas reconnue dans ce que l’on a appelé à tort ou à raison la « droitisation » du discours politique de ces dernières années. Quand on regarde les cartes, il est très clair que nombre d’anciens électeurs RPR ou UDF, notamment dans l’Ouest du pays, ont préféré François Hollande.[access capability= »lire_inedits »]

Cet argument est parfaitement réversible ! Si Hollande a gagné, c’est notamment parce qu’une partie des électeurs de Le Pen, qui avaient voté Sarkozy en 2007, a préféré le faire élire. Ceux-là n’ont pas eu peur de la « droitisation » : ils ont déploré qu’elle ait été purement rhétorique…

Sauf que l’électorat de Le Pen est extrêmement composite et très différent selon les régions. Dans mon département, le vote Le Pen, traditionnellement plutôt faible, provient autant de la droite que de la gauche et progresse depuis quelques années. Mais Marine Le Pen a réalisé ses meilleurs scores dans des communes anciennement communistes. Il faut en tirer les conséquences : si la moitié de l’électorat frontiste vient d’une gauche qui n’a jamais voté pour la droite dite « libérale » et qui ne votera jamais pour elle, additionner les voix de l’UMP et celles du FN en affirmant que cela ferait une majorité formidable n’a aucun sens.

Cela n’interdit pas de chercher à comprendre les ressorts du vote Le Pen…

Ce vote exprime des souffrances intimes qui, très souvent, n’ont rien à voir avec la politique. J’ai pris le temps de parler avec ces électeurs : beaucoup n’avaient pas de problèmes de fins de mois ni même avec l’immigration, mais des brisures intimes. Le vote Le Pen était une sorte de bras d’honneur qu’ils adressaient à la société pour témoigner de leur mal-être et de leur ressentiment.

Beaucoup en ont plus qu’assez d’être psychiatrisés et traités comme s’ils étaient dingues. Ils affirment que leur vote est raisonnable…

Je n’ai pas dit « dingues » mais « souffrants » ! Je respecte les électeurs. Encore une fois, l’électorat Le Pen n’est pas un bloc homogène.

Permettez-nous d’insister ! Au total, on peut expliquer votre défaite de deux façons : une partie de vos électeurs a été découragée soit par la « droitisation », soit par le fait qu’elle n’a pas eu lieu et que les promesses de « Kärcher » et de ralentissement de l’immigration sont restées sans lendemain. Au demeurant, ces deux explications peuvent être complémentaires…

J’insiste à mon tour : depuis des années, nous avons eu un discours très droitisé par rapport à la sensibilité qui est la mienne. Je constate que cela n’a pas empêché Le Pen de faire un excellent score au premier tour de la présidentielle et que l’UMP a perdu les élections législatives et l’élection présidentielle. Si cette stratégie était miraculeuse, cela se saurait !

Dans les raisons de l’échec, vous ne mentionnez pas la personnalité de l’exprésident…

C’est un peu lié tout de même… Pour être clair, nous n’avons jamais été proches. Nous n’avons pas soutenu le même candidat en 1995, je n’ai pas été son ministre. Ma relation avec lui est neutre. Il a été un bon président sur beaucoup de dossiers, notamment au cours de la crise mondiale, où il a bien pris le taureau par les cornes, remuant l’UE et le G20 sur les questions économiques et financières. Sur d’autres sujets, il a manqué d’esprit de rassemblement. Concrètement, après le discours de Grenoble, à l’été 2010, j’ai senti qu’une partie de notre électorat avait fui, sans que sa défection soit compensée par un afflux d’électeurs du Front national.

Justement, que se passe-t-il d’un point de vue idéologique au sein de votre parti ? Quelle est l’alternative à cette stratégie de « droitisation » ?

On pense en termes de « droite/gauche » par commodité, mais je pense qu’en France, ce clivage ne peut pas être opérant car, si la gauche existe sur le plan idéologique, la droite n’existe pas ! Le texte fondamental sur le sujet est celui de Louis Dumont, philosophe mort à la fin des années 1990 et un peu oublié aujourd’hui. Dans son dernier livre, L’idéologie allemande : France-Allemagne et retour[1. Homo aequalis, II. L’idéologie allemande. France-Allemagne et retour, Gallimard, 1991.], publié en 1991, Dumont dit de manière claire que la gauche existe et domine sur le plan idéologique et que la droite est une non-gauche, un camp par défaut. Ceci n’est pas vrai dans tous les pays européens. Cette singularité s’explique par notre histoire spécifique liée à la Révolution française. Longtemps « monarchiste de regret », comme le disait de Gaulle, la droite a adopté l’idée républicaine très tardivement, lors de la Première Guerre mondiale.

Oui, mais cela fait quand même un siècle ! Or, dans l’inconscient collectif, la gauche reste la seule détentrice de l’héritage révolutionnaire, donc de la légitimité. C’est-à-dire le camp du Bien. Et le plus surprenant est que la droite, finalement, ait en quelque sorte intégré son infériorité morale…

Vous avez tout à fait raison. À cela s’ajoute le fait que, quand on se dit « de droite », on ne sait pas à quoi cela se réfère. À Maurras et ses épigones ? À la présumé bonne gestion de Poincaré, Pinay, Barre ou Balladur ? Pour ma part, je préfère me définir comme gaulliste. Si le gaullisme n’avait pas existé, je ne me serais pas engagé dans la vie politique, car je ne me serais reconnu ni dans la gauche ni dans la droite.

Que signifie aujourd’hui le terme « gaulliste » ?

Je dégagerai trois thèmes spécifiques au gaullisme : d’abord la liberté de l’esprit. N’oublions pas que, sous la IVe République, la revue théorique du RPF s’appelait précisément Liberté de l’esprit. Ce qui signifie que le gaullisme s’oppose au conformisme et aux comportements moutonniers. Ensuite, je pense que la liberté économique est compatible avec le progrès social et que leur conjonction favorise l’égalité. D’ailleurs, dans notre histoire, il a souvent existé entre les deux une relation dialectique plutôt qu’une opposition. On a beaucoup moqué le discours d’Egletons, dans lequel Jacques Chirac, en octobre 1976, avait promis « un véritable travaillisme à la française ». Nous sommes encore nombreux à partager cette intuition fondamentale, même si l’État-providence, mal géré, a mal tourné. Enfin, je fais mien le mot d’ordre, plus facile à énoncer qu’à mettre en œuvre, d’« une France libre dans une Europe libre ». Derrière cette idée d’un sonderweg[2. Une voie particulière, spéciale.] à la française, il y a le refus d’une Europe réduite à une zone de libre-échange et incapable d’accéder au rang de construction politique à part entière.

Si le clivage droite-gauche est problématique, l’inscription de l’UMP à droite n’est-elle pas intellectuellement absurde ?

L’UMP, dont j’ai été un cofondateur, me fait aujourd’hui penser à un pâté qui a réduit à la cuisson. Les raisons de sa création étaient liées à la situation politique du pays : à partir de 1981, le RPR, l’UDF et les autres partis gravitant autour ont toujours fait candidature commune. Mais une fois les élections passées, ces braves gens, qui avaient grosso modo les mêmes électeurs, lesquels ne se disaient pas spécifiquement RPR ou UDF, se retrouvaient dans des groupes séparés à l’Assemblée nationale. En même temps, les sujets de discorde perdaient leur importance. Dans les années 1960, le premier sujet de clivage entre les gaullistes et les centristes giscardiens était l’Europe : Michel Debré contre Robert Schuman, l’Europe des patries face à l’Europe supranationale. Mais avec la notion de « confédération d’États-nations », Jacques Delors a sifflé la fin de ce débat artificiel. Un autre thème de discorde était la place de l’État et son rôle dans l’économie, et là aussi, nos différences se sont amoindries. Partant de ces constats, nous avons pensé qu’il fallait construire une grande formation politique abritant des sensibilités diverses comme il en existe dans d’autres pays.

Mais l’UMP était surtout une réponse à la présence de Le Pen au deuxième tour de la présidentielle en 2002, non ?

Ce qui a joué, avant même le 21-Avril, c’est que le FN était en progression et tout le monde le savait. C’est pour cela que nous avions créé l’Union en mouvement, préfiguration de l’UMP. S’il y avait eu deux candidats de droite au premier tour de la présidentielle, le second aurait opposé Jospin à Le Pen. Songez que la différence entre Jacques Chirac et Lionel Jospin était d’une centaine de voix par bureau de vote ! Ensuite, aller aux législatives en ordre dispersé, c’était risquer de mauvaises surprises. Ce que je regrette, c’est qu’à l’UMP plurielle, dirigée au départ par Alain Juppé, ait succédé un parti dans lequel le courant le plus droitier jouit d’une parole hégémonique. Un discours cassant, clair et simplificateur, affirmant par exemple qu’il y a trop d’immigrés, passe forcément la barrière des médias. Les autres voix, plus modérées et nuancées, deviennent alors inaudibles.[/access]

*Photo : Hannah Assouline.

Hollande : la réalité, vaste sujet !

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François Hollande, président normal, trop normal

« Une alternance change le pouvoir mais pas la réalité » tonnait mardi dernier François Hollande confronté à son premier grand oral devant un parterre de journalistes réunis à l’Elysée. Belle entrée en matière pour excuser par avance une politique qui ne ressemblera en rien à celle qui avait été promise par le candidat du changement. Car rien ne changera de ce qui avait été décidé sous la dernière mandature. Renvoyés aux calendes grecques les eurobonds, adopté sans changer une virgule le traité budgétaire européen, remplacés comme auparavant les fonctionnaires, François Hollande annonce maintenant que le chômage augmentera de façon continue pendant au moins un an, la TVA avec, tandis que le « mariage pour tous » sera bien voté en janvier. La gauche se félicite de cette prestation de « haut niveau » tandis que la droite, fanfaronne, ravie que la réalité de l’économie de marché soit intégrée dans les actions socialistes, à défaut d’être encore reconnue dans leur décalogue.

Il y a plusieurs manières d’appréhender la réalité. Parmi elles, celle qui affirme l’existence du réel indépendamment de l’esprit; c’est ce que suggère la doctrine aristotélicienne. Mais aussi celle qui refuse a priori la possibilité d’une différence entre le discours sur la réalité et la réalité elle-même et dont se réclament les solipsistes et les nominalistes.
En disant se conformer à la réalité, puisque c’est cela qu’il voulait dire, François Hollande a opéré deux choix antagonistes. En tous les cas sur l’économie et le mariage homosexuel, ce qui marque d’ailleurs bien la transgression qu’a opérée l’idéologie socialiste qui, incapable de répondre aux demandes sociales, se déporte sur le sociétal. Le sociétal devient alors la chambre de compression de l’asservissement au capitalisme. Plus on va vers l’économie de marché, plus on chemine vers la libéralisation sociétale et vice-versa. On prétexte alors que ce qui pèse sur tout un chacun n’est pas l’économie de marché mais ces règles sociétales désuètes.

Sur l’économie, François Hollande semble définitivement avoir adopté la doctrine réaliste. Il accepte l’idée d’un monde globalisé où les échanges ne doivent comporter aucune restriction, où l’idée sociale est subsidiaire et conditionnée au mérite, en bref que la main invisible l’est vraiment, indépendamment de l’esprit qu’on voudrait y mettre. Or sur ce point, et contrairement à un Jean-Luc Mélenchon qui souhaite faire de son discours une réalité, on notera que François Hollande a choisi de faire de la réalité son discours.
Sur le mariage homosexuel, François Hollande a en revanche choisi la doctrine nominaliste, c’est-à-dire de faire de son discours une réalité en décidant que l’altérité sexuelle n’était plus nécessaire ni pour la procréation, ni pour la construction de l’enfant, le genre étant uniquement une construction de l’esprit que l’on peut justement rapidement remplacer, l’esprit étant lui-même une construction que l’on peut rapidement modeler, etc.

Refusant de considérer qu’il existe une économie alternative à celle qui prévaut aujourd’hui, le Président de la République n’hésite donc pas à nier la différence sexuelle, celle là même qui permet d’engendrer. Comment ici ne pas repenser au jeune Marx qui démontra le pouvoir divin de l’argent, capable non seulement de décupler les forces, mais plus encore de disjoindre complètement l’individu : « Ce que je ne puis en tant qu’homme, ce que ne peuvent toutes mes énergies d’individu, je le puis grâce à l’argent. L’argent fait de chacune des puissances de mon être ce qu’elles ne sont pas en soi : il les change en leur contraire […] Notion existante et agissante de la valeur, l’argent confond et échange toute chose ; il en est la confusion et la conversion générales. Il est le monde à l’envers, la confusion et la conversion de toutes les qualités naturelles et humaines »[1. Philosophie, Editions Foli, 1994 (traduction des Manuscrits de 1844 par Jean Malaquais et Claude Orsini)].

Le discours de François Hollande mardi dernier partait d’une réalité qu’il avait décidé de poser. Il aurait dû dire qu’une alternance change le pouvoir mais pas sa réalité. Et la réalité c’est qu’on est dans la merde.

*Photo : François Hollande/PS.

Une seule solution : l’union libre pour tous

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mariage gay union libre

Si la société et la famille ont bâti leurs fondements sur la transmission, c’est pour offrir à l’homme la possibilité de dépasser sa fin et se rêver éternel. Famille et société se sont en effet constituées dans un rapport de miroir pour transcender la mort.

À la famille comme machine à procréer, la société attribue la sexualité qui sera par ailleurs interdite. Le mariage est le pivot du système qui permet de transgresser l’interdit sexuel général, il fait même de la sexualité un devoir conjugal qui, par la procréation, assure la pérennité de la famille comme de la société. Transgresser l’interdit dans les règles, dans toutes les sociétés, c’est la fonction du sacré. Pour cela, le mariage a toujours été plus du côté de la religion que de celui de la République qui n’a fait qu’en hériter à la révolution[1. Les liens entre la sexualité et le sacré vont plus loin, à l’origine, la prostitution était elle aussi sacrée. A Babylone, les femmes stériles trouvaient dans la société une place sacrée, elles servaient dans le temple dédié à la déesse de la fertilité et devenaient les épouses de tous. Libérées de la procréation utilitaire, elles pouvaient devenir expertes en érotisation, déesses du désir.].

L’interdit sexuel hors du foyer qui fait de la famille un lieu sexué, impose une autre loi : l’interdit de l’inceste qui oblige le groupe familial à s’ouvrir à l’exogamie, base de toute société.
Brimé par un système on ne peut plus raisonnable, le désir de l’homme sera toujours déraisonnable car il est articulé à ce qui lui échappe. Le désir n’aura jamais cessé de tarauder les hommes et les dix commandements ne sont que des interdits posés a ce que l’être humain à pu désirer.
L’échafaudage social a toujours constitué pour les minorités sexuelles un carcan. Pour sortir de l’impasse, être rejeté par la société ou rejeter une société rejetante, certains mirent leur énergie au service de leur cause et réussirent par l’intelligence à faire avancer la société. Ce fut un long et riche combat contre la loi et pour l’humanité.

Quand une société a atteint la sécurité nécessaire qui lui permet de ne plus avoir peur de ce qu’elle avait pu considérer comme un fléau, elle peut, sur certains points, se passer de la loi. Ce fut le cas en France quand il a été décidé que l’homosexualité ne serait plus un délit, quand on a considéré que le libertinage entre adultes consentants ne faisait partie que de la vie privée, ou quand le divorce est enfin devenu une affaire privée, le droit se cantonnant à encadrer les devoirs des parents vis-à-vis de leurs enfants…
Le XXIe siècle aura été celui de la remise en question de l’interdit de la sexualité hors mariage, qui n’est plus une référence pour la majorité, pas plus qu’une référence légale. Sans l’interdit, le mariage a perdu son sens premier pour être aujourd’hui réduit au rang de tradition.

Le mariage devrait désormais être « pour tous » et obligatoire comme l’école… Ce ne serait qu’une boutade si le projet de loi en question ne prévoyait une obligation de fidélité dans le couple !
Dans la précipitation des réformes, le gouvernement a oublié de dépoussiérer le contenu du mariage.
Qui aurait pu penser qu’au XXIe siècle, le politique soutiendrait les fondements d’une chasse aux infidèles et autres maris volages !
« Français encore un petit effort pour êtres républicains » crierait Sade pour réveiller nos esprits.

À chacune de ses avancées, la société a pris un nouveau souffle et de nouvelles solutions sont apparues. C’est par exemple le cas de « l’union libre », dont l’intérêt vient du fait qu’elle ne tient pas plus compte pour la famille, de l’idée de mariage que de celle de concubinage, de la famille nucléaire que de la famille recomposée, de l’homo que de l’hétérosexualité, seulement de l’union…
Pourquoi donc légiférer sur le mariage qui n’est plus qu’un concept dépassé et inutile, alors que la société a su inventer l’union libre, qui n’a pas de statut légal et se trouve représentée au sommet de l’Etat. Légiférer sur l’union libre et lui conférer la place qu’elle mérite dans la société de demain accompagnerait l’évolution de la société et simplifierait la vie de nombreuses familles, sans exclusive.
L’homosexualité n’étant plus considérée comme un délit, l’union libre légalisée permettrait de faire que tous les couples se sentent partie prenante de la société.

La question des enfants et de leurs parents se trouve trop souvent mal posée. Pour la psychanalyse, les statuts de père et de mère sont des fonctions symboliques qui ne sont pas liées à la réalité du sexe. Une fonction paternelle peut être assumée par une femme (par exemple, après les grandes guerres passées), de la même manière qu’un père peut assumer une fonction maternelle.
L’important pour un enfant c’est qu’il n’y ait pas de toute puissance de l’un où l’autre des parents, que la position de tiers ait bien sa place, ce qui n’est pas plus évident pour les couples homosexuels que pour les couples hétérosexuel. Et la question de la transmission peut se jouer autrement qu’à partir de la procréation.

Dissocié de l’union libre, le mariage conserverait une valeur religieuse, traditionnelle ou mythologique. Alors, peut être, le temps sera-t-il venu, selon les préceptes du Christ : « de rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » ? L’union libre à la république, le mariage à Dieu et la tradition à qui cela plait.

*Photo : KarmaHackeR.

Causeur a 5 ans, le kiosque c’est maintenant… ou presque !

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Le 15 novembre 2007, sous le commandement altier d’Elisabeth Lévy, une poignée d’irréductibles créait Causeur, un salon de réflexions sur internet qui allait devenir un site d’actualité puis un magazine mensuel.
Peu de gens donnaient cher de notre peau, alors que les médias en général et la presse en particulier souffrent du désamour d’un public souvent volage.

Depuis cinq ans (« putain, cinq ans ! » aurait dit l’autre), Causeur a fait son nid dans le paysage médiatique. Malgré des moyens modestes, nos ventes et abonnements – qui constituent l’essentiel de nos recettes – ne cessent de progresser (tout particulièrement depuis le joli mois de mai…).

Ainsi poussés par cet élan et soucieux de répondre à une demande croissante de nos lecteurs, nous avons décidé d’élargir notre audience en nous lançant en kiosque dès avril 2013.
Votre engouement pour l’écrit, le débat d’idées et la liberté de ton a fait le succès de Causeur, qui occupe un espace déserté par les grands médias. « Je me sens moins seul en vous lisant » nous confient d’ailleurs régulièrement nos fidèles abonnés.

Il vous reste donc cinq mois de bouche à oreille pour convaincre vos amis de se précipiter chez votre marchand de journaux préféré. D’ici là, n’oubliez pas que le meilleur moyen pour lire notre mensuel et nous soutenir reste l’abonnement. En attendant le kiosque, l’abonnement c’est maintenant !

Vote des étrangers: promesse toujours oubliée

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droit vote etrangers Hollande

François Hollande est tenté de repousser l’examen de sa promesse après les municipales de 2014. Mais les intéressés veulent-ils vraiment ce qu’ils réclament ?
C’est fou ce qu’on peut se mentir. À qui croyez-vous que s’adressait la promesse faite il y a trente ans par François Mitterrand d’accorder le droit de vote aux étrangers aux élections municipales ? À des Afghans, des Chiliens, des Tchécoslovaques ? Bien sûr que non. Elle s’adressait, principalement, pour ne pas dire exclusivement, à des ressortissants d’Afrique du Nord vivant en France.[access capability= »lire_inedits »] Ils n’étaient déjà plus très jeunes à l’époque, ils seront peut-être tous morts le jour où ce droit leur sera reconnu – si ce jour arrive, François Hollande ayant semble-t-il décidé de reporter après les municipales de 2014 l’examen de cette promesse de campagne[1. Libération, 20 et 21 octobre, « Droit de vote des étrangers : le recul »] à haute teneur en souffre.

En 1981, ces Africains du Nord avaient des enfants, aujourd’hui ils ont des petits-enfants, quand ce ne sont pas des arrière-petits-enfants. Tous français, sauf exceptions qu’on suppose rares et difficilement explicables. Parmi les anciens qui ne sont pas devenus français, il y a des chibanis, ces travailleurs des foyers Sonacotra[2. Merci à Gil Mihaely qui m’a mis sur la piste des foyers ex-Sonacotra, aujourd’hui foyers Adoma.] à la retraite, par tous temps manteaux de laine sur les épaules et chèche sur la tête, figures de l’exil solitaire. Ils n’ont pas vraiment choisi entre ici et là-bas, ont refait, pour certains, leur vie en France sans défaire ce qu’ils avaient fondé « au pays ».

Quel sens pouvait donc avoir la promesse de Mitterrand, destinée, dans les faits, à la première génération d’immigrés maghrébins, les générations descendantes étant appelées à devenir françaises conformément au droit du sol ? Cette promesse avait valeur compensatoire, elle était d’une certaine façon une mesure d’accompagnement de fin de vie civique. On se comprenait sans se parler. Le France qui avait colonisé plus ou moins profondément l’Afrique du Nord, pouvait bien accorder le droit de vote aux municipales à des quinquagénaires, pour les plus jeunes de la première génération, dont on savait qu’ils ne demanderaient jamais la nationalité française. Sans doute par fierté, ce nif insistant, probablement aussi pour garder intact, sans chevauchement d’aucune sorte, le lien avec la patrie d’origine. Les socialistes français, du moins ceux de la deuxième gauche (Rocard, Mendès…), qui s’étaient prononcés pour les indépendances, comprenaient cela, et c’est pour cela qu’ils s’apprêtaient à faire ce cadeau aux « vieux » immigrés.

Nous voilà trente ans plus tard, et dans le fond, rien n’a changé. Il est toujours question de cette antique promesse non tenue, qui a probablement motivé le vote d’une partie de l’électorat de banlieue en faveur de François Hollande – gageons toutefois qu’elle a été pour peu dans son rejet massif de Nicolas Sarkozy au second tour[3. Quelque 90% des Français se disant musulmans ont voté François Hollande au second tour de la présidentielle, le 6 mai 2012.]. Il en va du droit de vote des étrangers aux élections locales comme des pensions perçues par les anciens combattants d’Afrique du Nord et d’Afrique sub-saharienne. Jacques Chirac les avaient « alignées » sur celles de leurs coreligionnaires de France métropolitaine, suite à l’émotion suscitée par le film Indigènes, présenté à Cannes la même année et récompensé d’un prix collectif d’interprétation masculine.
La symbolique mobilisée, de nature réparatrice, est la même, mais les portées légales et politiques du droit de vote des étrangers et des pensions d’anciens combattants, elles, diffèrent sensiblement. On ne meurt qu’une fois, et après la mort, la pension s’éteint, tandis qu’on vote, en principe, plusieurs fois aux municipales dans une vie.

Est-on bien sûr de vouloir de ce nouveau droit ? L’assouplissement des conditions d’acquisition de la nationalité française, promu par Manuel Valls, indique le contraire : derrière la manœuvre politicienne consistant à détourner l’attention portée au vote des étrangers, apparaît une doctrine plus conforme à l’idéologie républicaine. Il n’est pas certain, ensuite, que les « associations de banlieue », qui condamneront (mais peut-être pas, ou pas trop fort) le reniement de François Hollande, n’estiment pas qu’il en est mieux ainsi. Leur action de terrain, quel que soit l’avis qu’on peut avoir sur les méthodes, vise à inscrire les jeunes dans le « droit commun » de la citoyenneté ; or le droit de vote des étrangers aux élections municipales introduit un biais dans cette approche de pure égalité, entérine un maintien de la différence là où tout est proclamation contre les discriminations.

Trente ans après Mitterrand, l’adoption de cette mesure constitutionnelle ne s’appliquerait, au temps « t », nous l’avons vu, qu’à quelques parents, grands-parents ou arrière-grands-parents. Dans l’esprit de ses primo-géniteurs, elle serait transitionnelle, sans réelles répercussions sur la doxa républicaine « faiseuse de Français ». Mais l’immigration continuant, ce droit influerait sur la perception que les futures premières générations d’immigrés, et leurs descendants, auraient de la citoyenneté française, dont la nature, objectivement, changerait. Nous avons donc là deux visions : l’une, plutôt jacobine et égalitariste, opposée au vote des étrangers aux élections locales ; l’autre, favorable, de tradition sociale-chrétienne et fédéraliste. Et un chien de garde, le Front national, qui jamais ne dort.[/access]

*Photo : Michel Gasarian/Signatures.

Un dernier clou dans le cercueil de David Petraeus

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Comme le souligne spirituellement la presse américaine, la chute du « roi David » ( il portait déjà ce surnom avant même de succomber à sa Bethsabée) n’a certainement pas fait que des affligés à la Maison Blanche. Avec sa démission de la CIA, le plus illustre successeur d’Allen Dulles (connu pour sa vie sexuelle dissipée) tourne définitivement la page de l’ère Bush. On imagine la satisfaction d’Obama et la jubilation de ses partisans.

Et pourtant, David Petraeus , surnommé « le professeur de guerre » par Vanity Fair, avait l’étoffe d’un Patton ou d’un Eisenhower. Ce qu’il a réussi en Irak, personne ne le croyait possible. Et son manuel sur la Contre-Insurrection (sa lecture est un régal) demeurera un des grands classiques de la stratégie militaire.

Par ailleurs, David Petreaus, très populaire aux États-Unis, ne cachait ni son ambition présidentielle, ni ses affinités avec les Républicains. Sa fin est d’autant plus pitoyable : « J’ai fait preuve d’un manque de jugement et d’un comportement inacceptable à la fois comme époux et comme patron de la CIA « . Exit le roi David.

Une question taraude cependant les Américains …. tout au moins les plus réservés à l’égard d’Obama : le général Petreaus ne serait-il pas tombé dans un piège tendu par le Président avec l’aide du FBI – tout comme Herman Cain, le sympathique candidat républicain, avant lui ? Mêmes méthodes, mêmes résultats. La plus petite entorse à ce qu’on appellera par dérision « la morale sexuelle » est immédiatement portée sur la place publique, gobée par les gogos et sanctionnée.

On évoque souvent l’Amérique des années cinquante (celle de Dulles précisément) comme une Amérique ultra-puritaine. Que dire alors de celle d’Obama ? Une décontraction affichée se révèle souvent plus impitoyable qu’un respect apparent des principes.

Le Hamas espère-t-il trop des Frères égyptiens ?

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Morsi Egypte Hamas Gaza

« L’Egypte doit choisir » : c’est le message, limpide, envoyé par le porte-parole du gouvernement du Hamas en direction du Caire. Quelques heures après le déclenchement de l’opération « Pilier de défense » (en hébreu « Colonne de nuée ») à Gaza, le rappel de l’ambassadeur égyptien à Israël, une mesure habituelle dans ce genre de circonstances, qu’avait déjà prise Moubarak par le passé, n’est qu’un acte symbolique. Le Hamas, mouvement affilié aux Frères musulmans égyptiens, espère en fait beaucoup plus de ses parrains idéologiques. Ainsi, pour acculer Mohamed Morsi à un choix douloureux, des roquettes ont été tirées vers Israël à partir de la partie égyptienne de la ville palestinienne de Rafah. Habituellement, les Egyptiens nient l’occurrence de ce genre d’événements pour gagner du temps et préserver les apparences mais cette fois Le Caire a accepté, en à peine quelques heures, l’établissement d’une commission militaire israélo-égyptienne pour enquêter sur cet incident. Une telle décision n’est certainement pas l’initiative isolée d’un sous-lieutenant.

Pour résumer, l’Egypte rappelle son ambassadeur à Tel-Aviv, les Frères musulmans s’engagent dans une surenchère rhétorique anti-israélienne tandis que sur le terrain, avec l’accord évident du pouvoir politique, officiers égyptiens et israéliens travaillent ensemble à empêcher des attaques palestiniennes contre Israël. Entre gestes de défiance symboliques et application de l’accord de paix militaire avec l’Etat hébreu, les nouvelles autorités égyptiennes ne sont donc pas à une contradiction près…

Il était facile, en étant dans l’opposition, de traiter le président Moubarak de collabo et de corrompu. Or, depuis son arrivée au pouvoir, Mohamed Morsi découvre qu’indépendamment de sa corruption, le raïs déchu n’avait fait qu’analyser froidement les intérêts géopolitiques vitaux de son pays en poursuivant l’alliance américaine et la paix froide avec Israël. Et si l’Egypte a changé de régime, sa démographie, sa géographie et son économie n’ont pas bougé d’un iota.
Pire, les nouveaux maîtres du Caire découvrent que la création d’un Etat palestinien nuirait aux intérêts nationaux égyptiens. D’ailleurs, pour l’Egypte, la cause palestinienne est-elle autre chose que la variable d’ajustement de sa politique étrangère ? Pendant l’occupation égyptienne de la bande de Gaza (1949-1967), rien n’avait été fait pour promouvoir le sacrosaint droit à l‘autodétermination… Et si, dans les années 1970, le président Sadate avait lutté bec et ongles pour récupérer l’enclave microscopique de Taba au sud d’Eilat, il avait lâché Gaza et ses environs sans barguigner.

Aujourd’hui, Morsi est sommé de choisir entre surenchère verbale et sauvegarde de ses intérêts nationaux…
Mais le président égyptien, qui a démontré son habilité politique ces derniers mois, va probablement ménager la chèvre et le chou, son opinion publique et sa crédibilité ainsi que celle de sa confrérie, âprement concurrencée par des salafistes et des nassériens à l’anti-israélisme encore plus radical. Autrement dit, bien que le conflit militaire se déploie entre Gaza le Sud d’Israël, c’est vers Le Caire que tous les regards se tournent.

*Photo : Jonathan Rashad.

Israël-USA : « Bibi » sauve les meubles

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Romney Netanyahou Israel Obama

La nouvelle de la réélection de Barack Obama est tombée, mercredi 7 novembre, en Israël, à l’heure où les gens effectuent leur trajet quotidien vers leur lieu de travail. Elle n’a pas augmenté d’un décibel l’intensité du concert d’avertisseurs qui retentit chaque jour en début de matinée sur le périph’ de Tel Aviv, constamment au bord de l’apoplexie. En cet automne exceptionnellement chaud − 30 degrés à l’ombre, mais il n’y a pas d’ombre ! −, l’élection présidentielle d’outre-Atlantique n’a suscité que des passions tièdes. Une fois établi l’accord de principe des deux candidats sur le renforcement de l’alliance stratégique des États-Unis avec l’État juif, le peuple d’Israël est retourné à ses affaires.[access capability= »lire_inedits »] La majorité aurait, certes, préféré voir Mitt Romney l’emporter, car son discours était perçu comme plus ferme que celui du Président sortant, en particulier sur la question du nucléaire iranien. Mais il y a belle lurette que les Israéliens ont compris qu’un candidat, même républicain, a tendance à oublier les belles paroles de campagne une fois installé dans le Bureau ovale.

Les soucis des gens ordinaires concernent principalement, à Tel Aviv comme à Paris ou New York, le prix des loyers, celui du Caddie au supermarché, et les potions amères fiscales qui se mijotent dans les cuisines gouvernementales… Pour le reste, c’est-à- dire savoir si l’on va faire la paix ou la guerre, la société civile, naguère polarisée sur le sujet, s’en remet à ses dirigeants politiques et militaires pour faire au mieux, ou au moins mal dans une situation jugée « moyenne » par les humoristes locaux : moins bonne qu’hier, mais meilleure que demain ! Une seule épreuve de vérité : le nucléaire iranien.

Néanmoins, la réélection de Barack Obama n’est pas une bonne nouvelle pour le premier ministre Benyamin Nétanyahou : sa préférence affichée pour Mitt Romney et le feuilleton de ses heurts avec l’administration Obama I donnent des munitions à ses principaux adversaires : dans la campagne électorale en cours pour le renouvellement de la Knesset, qui aura lieu le 22 janvier 2013, ces derniers ne manquent pas de faire valoir qu’il serait plus judicieux de porter au pouvoir des dirigeants n’ayant pas ouvertement oeuvré à la défaite du Président des États-Unis. Ces arguments ne devraient pas, cependant, provoquer le départ de Benyamin Nétanyahou. Israël, d’abord, connaît encore une croissance insolemment positive au regard de celle des pays de l’UE (4,7% en 2011). D’autre part, tacticien chevronné, « Bibi » a décidé de faire liste commune pour les législatives avec Israël Beitenou, le parti de la droite nationaliste du ministre des Affaires étrangères, Avigdor Liberman, ce qui assure de plus au bloc de droite la certitude d’être le premier parti dans la future Knesset. Enfin, la grande majorité de l’opinion fait confiance à Nétanyahou pour défendre les intérêts sécuritaires du pays dans cette phase périlleuse : il est le seul qui dispose d’une longue pratique de la vie internationale et d’un réseau d’influence aux États-Unis. Il ne faut pas oublier que, même réélu, Barack Obama se trouve face à un Congrès pratiquement inchangé depuis sa cuisante défaite de 2010, un levier sur lequel Nétanyahou sait appuyer quand il faut lorsque le Président a des velléités de lui imposer une ligne qui lui déplaît.

Enfin, l’heure est plutôt à tenter de préserver les accords conclus avec l’Égypte et la Jordanie, menacés par la montée en puissance des islamistes radicaux dans ces deux pays, qu’à forcer un accord israélo-palestinien rendu impossible par la persistante querelle entre le Fatah et le Hamas… Cela, Barack Obama le sait tout autant que Nétanyahou. Mais l’épreuve de vérité se jouera autour de la question du nucléaire iranien, aussi bien pour Obama que pour Nétanyahou : le premier doit prouver au second que sa stratégie fondée sur les sanctions économiques et diplomatiques s’est révélée juste et le second, qui ne croit pas une seconde que les mollahs se laisseront détourner de leur objectif, doit persuader une partie de l’establishment militaire israélien que l’arsenal nucléaire iranien doit être détruit, avec ou sans l’aval des États-Unis. C’est la stratégie du hérisson : en boule et tous piquants dehors, jusqu’à ce que l’on y voie plus clair.[/access]

*Photo : AJstream.

Guerre à Gaza acte II

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Israel gaza hamas

De toute évidence, une opération militaire israélienne de grande envergure a lieu en ce moment dans la bande de Gaza. Après plusieurs semaines d’escalade, l’assassinat ciblé d’Ahmad Jaabari, important chef militaire du Hamas, montre que le Rubicon a été franchi et qu’Israël a décidé d’accepter le défi lancé par le gouvernement de Gaza.

Il y a un air de déjà vu : fin 2008, à la veille de ce qui allait devenir l’opération Plomb durci, un certain Barack Obama venait d’être élu président des Etats Unis et le parlement israélien avait été dissous pour provoquer des élections anticipées. Mais, entre temps, beaucoup d’éléments ont changé. L’équation politique, géopolitique et internationale s’est en effet considérablement compliquée depuis : en Egypte, Mohamed Morsi, soutenu par les Frères musulmans, a été élu président à la place de Hosni Moubarak, le Sinaï est devenu la base arrière du Hamas et une vague de révoltes déstabilise la Syrie, la Libye et le Yémen, non sans en fragiliser d’autres, comme la Jordanie.

Malgré ces évolutions, pour Israël, le problème se pose dans des termes à peu près identiques : comment maintenir l’équilibre de la terreur avec le Hamas, jusqu’ici maître – de plus en plus contesté – de la bande de Gaza ? Le Hamas refusant tout compromis avec Israël afin de préserver sa légitimité face à une Autorité palestinienne usée par dix-neuf ans de négociations avec Israël, l’option diplomatique était inenvisageable. Restait donc à trouver un savant dosage de pressions politiques (via l’Egypte qui ne souhaite pas l’embrasement de la zone, le Qatar qui se soucie en priorité de la menace iranienne et de l’avenir de la Syrie…), économiques et militaires pour contenir le conflit entre Israël et le Hamas.

Le gouvernement israélien était prêt à tolérer un certain niveau de provocation de la part du Hamas ou du Jihad Islamique. Ainsi, les tirs sporadiques de roquettes à courte portée et d’obus de mortier à partir de la bande de Gaza n’entraînent qu’une riposte rhétorique lorsque la vie des citoyens israéliens ne s’en trouve pas menacée ou paralysée. Ce pragmatisme des autorités israéliennes permet au Hamas de pouvoir bomber le torse devant la population gazaouie sans subir de dures représailles militaires. Le mouvement créé par cheikh Yassine peut ainsi affronter dans de meilleures conditions la concurrence croissante des mouvements salafistes à Gaza.
Cet accord tacite entre la faction terroriste et l’Etat hébreu prévalait avant la guerre de décembre 2008- janvier 2009 et pendant les quatre ans qui se sont écoulés depuis. Pour autant, le Hamas et les mouvements palestiniens radicaux n’ont de cesse de tester les limites d’Israël afin d’inverser ou- tout au moins -modifier les rapports de force.

C’est ce qui s’est passé ces dernières semaines. Au demeurant, le calcul du Hamas est assez simple : un affrontement à l’heure actuelle pourra porter un coup fatal aux relations déjà extrêmement tendues entre Jérusalem et Le Caire. Les images des victimes gazaouies des bombardements israéliens enflammeront l’opinion publique arabe et contraindra (ou, diront certains, fournira le prétexte) de rompre définitivement avec Israël. En somme, si le Hamas a laissé faire ses hommes, c’est qu’il attend de ce conflit une issue semblable à l’opération de 2009 : la Turquie avait alors brutalement rompu avec Israël malgré les accords militaires et politiques qui unissaient les deux pays. Bis repetita ?

*Photo : marsmet543.

La droite, ou les malheurs de l’évidence naturelle

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droite gauche maistre

S’interroger sur les fondements d’un groupe politique et/ou intellectuel qui n’a jamais cherché lui-même à se définir est un exercice bien difficile. La droite française a certes une origine historique précise, la fameuse question du veto royal, posée devant l’Assemblée nationale le 28 août 1789. On se souvient que, selon qu’ils y étaient favorables ou non, les députés vinrent se placer à droite ou à gauche du président, et que naquirent ainsi les deux hémisphères de notre cerveau politique national.

Pour autant, cette référence historique ne saurait permettre de cerner un groupe qui a toujours été largement hétéro-défini par ses opposants – et ce bien souvent dans le seul but de le stigmatiser. La droite, en France, reste avant tout le groupe politique qui refuse les « idées nouvelles » avancées par la gauche, et la question se pose alors de sa large incapacité à présenter un corpus propre et à agir autrement qu’en réaction. Pour tenter une explication de cette malédiction qui traverse les siècles, il faut sortir de l’analyse politicienne, des interrogations récurrentes sur les divisions et les chapelles, s’abstraire des classements entomologiques des divers spécimens de droite, pour s’interroger sur ce que pourrait être la vision du monde de droite.

Force est de constater que les référents de la droite lui semblent être le produit naturel de la société humaine, le fruit de son organisation spontanée. Qu’il s’agisse de la hiérarchie sociale nécessaire à tous, de la famille à l’empire, de la différence de capacités et de valeurs entre individus – ce qui n’implique pas, bien au contraire, la dévalorisation des plus faibles -, ou de la nécessité de constituer pour survivre un groupe cohérent dont l’identité repose sur une histoire commune, un groupe se ressourçant dans les mêmes mythes et communiant dans les mêmes cultes, tout cela semble à l’homme – et à la femme ! – de droite aussi évident que le lever du soleil à l’Est ou la distinction des sexes. Bref, la droite trouve dans son berceau les éléments majeurs de son corpus et se contente de regarder l’ordre du monde pour simplement y placer la Cité.

Parce que sa vision du monde repose sur cette évidence naturelle qui lui semble éternelle, la droite, du monarchisme au gaullisme pourrait-on dire pour s’amuser, n’a pas plus de projet réel que de programme précis : elle pense n’avoir rien à prouver ni rien à détruire, et qu’elle doit se contenter d’incarner et de maintenir. C’est sa force… tant du moins que l’évidence et la raison tiennent lieu de règles aux hommes, c’est-à-dire tant que les sociétés ne sont pas assez riches – ni assez suicidaires – pour pouvoir donner corps à un projet social a-naturel.

Face à la situation acquise de l’homme de droite, les revendications des boursiers de gauche se présentent dans notre histoire politique sous l’aspect de luttes légitimes entreprises contre les excès – réels ou supposés – de la politique de droite : contre l’autoritarisme, avec l’impossibilité corrélative dans laquelle seraient tenus les citoyens d’exprimer une opinion différente de celle du titulaire du pouvoir, quel qu’il soit ; contre l’inégalité, réduisant les êtres à une appartenance qu’ils n’ont pas choisie ; contre ses excès de stabilité enfin, dans société immobile où l’individu ne pourrait parvenir au statut élevé auquel ses capacités seraient censées lui donner droit.

Que derrière cet admirable discours revendiquant tous les affranchissements et toutes les libertés se cache souvent la faiblesse de l’homme et la force irrépressible de l’envie, Joseph de Maistre l’avait bien vu. « L’œil pour qui tous les cœurs sont diaphanes, écrivait-il des révolutionnaires qui se prévalaient de la noblesse de leurs sentiments, voit la fibre coupable ; il découvre, dans une brouillerie ridicule, dans un petit froissement de l’orgueil, dans une passion basse ou criminelle, le premier mobile de ces résolutions qu’on voudrait illustrer aux yeux des hommes ». Certes, la pureté existe, même à gauche, mais comme le fait dire Michel Audiard à Jean Gabin dans Le Président : « il y a aussi des poissons volants, mais ils ne constituent pas la majorité du genre »…

Pas plus qu’elles n’appartiennent au même cosmos, les visions du monde de la droite et la gauche ne s’inscrivent dans le même temps. L’homme de droite lutte contre le temps, l’homme de gauche lutte pour l’instant. Un homme de droite ne se sent en effet exister que dans une lignée qu’il incarne temporairement, et son but est avant tout de transmettre : une morale, des connaissances, des biens, qu’il doit transmettre à ses enfants. Un homme de gauche n’est qu’un individu qui passe. Il doit frénétiquement jouir de tout avantage matériel avant de retourner au néant. On devine que droite et gauche ne peuvent pas faire la même politique et que leurs programmes économiques par exemple, qui vont, pour leurs extrêmes, du respect intangible de la propriété à la prise au tas, sont peu conciliables.

Reste que la lutte politique entre visions du monde de droite et de gauche a totalement changé d’aspect, car l’évidence naturelle sur laquelle reposait le pouvoir de la droite n’est plus audible. Quant à l’éducation , pensée tout entière comme une déconstruction, elle est avant tout une rééducation.
Face à cette offensive, la vraie droite, n’a pu résister. Entre ce qui lui paraissait trop ridicule pour être débattu ou trop bas pour qu’elle s’abaisse à y répondre, entre la sidération idéologique ressentie devant l’aberration des revendications et sa volonté de garder jusqu’au bout une tenue, pas plus en 2012 qu’en 1789, elle n’a pu mener de lutte victorieuse. Elle a longtemps cru, ou voulu croire, que pour la très grande majorité du peuple l’évidence naturelle de ses règles était encore une réalité. C’est la légende chouanne des paysans restés profondément royalistes et qui vont tous se soulever pour rétablir la monarchie. Cent ans plus tard, c’est le mythe maurrassien du pays réel opposé au pays légal, trompé et manipulé par lui, mais encore sain, et dont le vote, puisqu’il faut utiliser les armes modernes, sauvera la France éternelle. Il est aujourd’hui permis de se demander s’il ne faut pas tirer un trait définitif sur cette perspective et si, rurbain ou bobo, le moderne a la moindre chance de dépasser les fausses évidences dont on l’abreuve depuis l’enfance et de sortir d’où il croupit pour le plus grand bonheur de ses nouveaux maîtres.

La droite politique serait donc devenue ce qu’elle a peut-être toujours été : un club restreint où se croisent quelques individus sans illusions – ce qui ne veut pas dire sans projets car « il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer » -, des individus voulant raison garder dans un monde où tout est inversé et se retrouver entre eux pour en rire. Car une chose est certaine en écoutant la gauche : on ne peut avoir à la fois pour soi le sens de l’histoire et le sens de l’humour.

*Photo : philippe leroyer

La droitisation n’est pas la solution

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herve gaymard ump

herve gaymard ump

Causeur. Pourquoi avez-vous perdu l’élection présidentielle ?

Hervé Gaymard. Une défaite n’a jamais une cause unique. En l’occurrence, j’en vois trois : d’abord un besoin d’alternance, assez naturel ; ensuite, évidemment, les effets de la crise ‒ à l’exception de Barack Obama, tous les dirigeants en place au moment de son éclatement, en 2008, ont été remerciés ; enfin, une partie de notre électorat ne s’est pas reconnue dans ce que l’on a appelé à tort ou à raison la « droitisation » du discours politique de ces dernières années. Quand on regarde les cartes, il est très clair que nombre d’anciens électeurs RPR ou UDF, notamment dans l’Ouest du pays, ont préféré François Hollande.[access capability= »lire_inedits »]

Cet argument est parfaitement réversible ! Si Hollande a gagné, c’est notamment parce qu’une partie des électeurs de Le Pen, qui avaient voté Sarkozy en 2007, a préféré le faire élire. Ceux-là n’ont pas eu peur de la « droitisation » : ils ont déploré qu’elle ait été purement rhétorique…

Sauf que l’électorat de Le Pen est extrêmement composite et très différent selon les régions. Dans mon département, le vote Le Pen, traditionnellement plutôt faible, provient autant de la droite que de la gauche et progresse depuis quelques années. Mais Marine Le Pen a réalisé ses meilleurs scores dans des communes anciennement communistes. Il faut en tirer les conséquences : si la moitié de l’électorat frontiste vient d’une gauche qui n’a jamais voté pour la droite dite « libérale » et qui ne votera jamais pour elle, additionner les voix de l’UMP et celles du FN en affirmant que cela ferait une majorité formidable n’a aucun sens.

Cela n’interdit pas de chercher à comprendre les ressorts du vote Le Pen…

Ce vote exprime des souffrances intimes qui, très souvent, n’ont rien à voir avec la politique. J’ai pris le temps de parler avec ces électeurs : beaucoup n’avaient pas de problèmes de fins de mois ni même avec l’immigration, mais des brisures intimes. Le vote Le Pen était une sorte de bras d’honneur qu’ils adressaient à la société pour témoigner de leur mal-être et de leur ressentiment.

Beaucoup en ont plus qu’assez d’être psychiatrisés et traités comme s’ils étaient dingues. Ils affirment que leur vote est raisonnable…

Je n’ai pas dit « dingues » mais « souffrants » ! Je respecte les électeurs. Encore une fois, l’électorat Le Pen n’est pas un bloc homogène.

Permettez-nous d’insister ! Au total, on peut expliquer votre défaite de deux façons : une partie de vos électeurs a été découragée soit par la « droitisation », soit par le fait qu’elle n’a pas eu lieu et que les promesses de « Kärcher » et de ralentissement de l’immigration sont restées sans lendemain. Au demeurant, ces deux explications peuvent être complémentaires…

J’insiste à mon tour : depuis des années, nous avons eu un discours très droitisé par rapport à la sensibilité qui est la mienne. Je constate que cela n’a pas empêché Le Pen de faire un excellent score au premier tour de la présidentielle et que l’UMP a perdu les élections législatives et l’élection présidentielle. Si cette stratégie était miraculeuse, cela se saurait !

Dans les raisons de l’échec, vous ne mentionnez pas la personnalité de l’exprésident…

C’est un peu lié tout de même… Pour être clair, nous n’avons jamais été proches. Nous n’avons pas soutenu le même candidat en 1995, je n’ai pas été son ministre. Ma relation avec lui est neutre. Il a été un bon président sur beaucoup de dossiers, notamment au cours de la crise mondiale, où il a bien pris le taureau par les cornes, remuant l’UE et le G20 sur les questions économiques et financières. Sur d’autres sujets, il a manqué d’esprit de rassemblement. Concrètement, après le discours de Grenoble, à l’été 2010, j’ai senti qu’une partie de notre électorat avait fui, sans que sa défection soit compensée par un afflux d’électeurs du Front national.

Justement, que se passe-t-il d’un point de vue idéologique au sein de votre parti ? Quelle est l’alternative à cette stratégie de « droitisation » ?

On pense en termes de « droite/gauche » par commodité, mais je pense qu’en France, ce clivage ne peut pas être opérant car, si la gauche existe sur le plan idéologique, la droite n’existe pas ! Le texte fondamental sur le sujet est celui de Louis Dumont, philosophe mort à la fin des années 1990 et un peu oublié aujourd’hui. Dans son dernier livre, L’idéologie allemande : France-Allemagne et retour[1. Homo aequalis, II. L’idéologie allemande. France-Allemagne et retour, Gallimard, 1991.], publié en 1991, Dumont dit de manière claire que la gauche existe et domine sur le plan idéologique et que la droite est une non-gauche, un camp par défaut. Ceci n’est pas vrai dans tous les pays européens. Cette singularité s’explique par notre histoire spécifique liée à la Révolution française. Longtemps « monarchiste de regret », comme le disait de Gaulle, la droite a adopté l’idée républicaine très tardivement, lors de la Première Guerre mondiale.

Oui, mais cela fait quand même un siècle ! Or, dans l’inconscient collectif, la gauche reste la seule détentrice de l’héritage révolutionnaire, donc de la légitimité. C’est-à-dire le camp du Bien. Et le plus surprenant est que la droite, finalement, ait en quelque sorte intégré son infériorité morale…

Vous avez tout à fait raison. À cela s’ajoute le fait que, quand on se dit « de droite », on ne sait pas à quoi cela se réfère. À Maurras et ses épigones ? À la présumé bonne gestion de Poincaré, Pinay, Barre ou Balladur ? Pour ma part, je préfère me définir comme gaulliste. Si le gaullisme n’avait pas existé, je ne me serais pas engagé dans la vie politique, car je ne me serais reconnu ni dans la gauche ni dans la droite.

Que signifie aujourd’hui le terme « gaulliste » ?

Je dégagerai trois thèmes spécifiques au gaullisme : d’abord la liberté de l’esprit. N’oublions pas que, sous la IVe République, la revue théorique du RPF s’appelait précisément Liberté de l’esprit. Ce qui signifie que le gaullisme s’oppose au conformisme et aux comportements moutonniers. Ensuite, je pense que la liberté économique est compatible avec le progrès social et que leur conjonction favorise l’égalité. D’ailleurs, dans notre histoire, il a souvent existé entre les deux une relation dialectique plutôt qu’une opposition. On a beaucoup moqué le discours d’Egletons, dans lequel Jacques Chirac, en octobre 1976, avait promis « un véritable travaillisme à la française ». Nous sommes encore nombreux à partager cette intuition fondamentale, même si l’État-providence, mal géré, a mal tourné. Enfin, je fais mien le mot d’ordre, plus facile à énoncer qu’à mettre en œuvre, d’« une France libre dans une Europe libre ». Derrière cette idée d’un sonderweg[2. Une voie particulière, spéciale.] à la française, il y a le refus d’une Europe réduite à une zone de libre-échange et incapable d’accéder au rang de construction politique à part entière.

Si le clivage droite-gauche est problématique, l’inscription de l’UMP à droite n’est-elle pas intellectuellement absurde ?

L’UMP, dont j’ai été un cofondateur, me fait aujourd’hui penser à un pâté qui a réduit à la cuisson. Les raisons de sa création étaient liées à la situation politique du pays : à partir de 1981, le RPR, l’UDF et les autres partis gravitant autour ont toujours fait candidature commune. Mais une fois les élections passées, ces braves gens, qui avaient grosso modo les mêmes électeurs, lesquels ne se disaient pas spécifiquement RPR ou UDF, se retrouvaient dans des groupes séparés à l’Assemblée nationale. En même temps, les sujets de discorde perdaient leur importance. Dans les années 1960, le premier sujet de clivage entre les gaullistes et les centristes giscardiens était l’Europe : Michel Debré contre Robert Schuman, l’Europe des patries face à l’Europe supranationale. Mais avec la notion de « confédération d’États-nations », Jacques Delors a sifflé la fin de ce débat artificiel. Un autre thème de discorde était la place de l’État et son rôle dans l’économie, et là aussi, nos différences se sont amoindries. Partant de ces constats, nous avons pensé qu’il fallait construire une grande formation politique abritant des sensibilités diverses comme il en existe dans d’autres pays.

Mais l’UMP était surtout une réponse à la présence de Le Pen au deuxième tour de la présidentielle en 2002, non ?

Ce qui a joué, avant même le 21-Avril, c’est que le FN était en progression et tout le monde le savait. C’est pour cela que nous avions créé l’Union en mouvement, préfiguration de l’UMP. S’il y avait eu deux candidats de droite au premier tour de la présidentielle, le second aurait opposé Jospin à Le Pen. Songez que la différence entre Jacques Chirac et Lionel Jospin était d’une centaine de voix par bureau de vote ! Ensuite, aller aux législatives en ordre dispersé, c’était risquer de mauvaises surprises. Ce que je regrette, c’est qu’à l’UMP plurielle, dirigée au départ par Alain Juppé, ait succédé un parti dans lequel le courant le plus droitier jouit d’une parole hégémonique. Un discours cassant, clair et simplificateur, affirmant par exemple qu’il y a trop d’immigrés, passe forcément la barrière des médias. Les autres voix, plus modérées et nuancées, deviennent alors inaudibles.[/access]

*Photo : Hannah Assouline.

Hollande : la réalité, vaste sujet !

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François Hollande, président normal, trop normal

François Hollande, président normal, trop normal

« Une alternance change le pouvoir mais pas la réalité » tonnait mardi dernier François Hollande confronté à son premier grand oral devant un parterre de journalistes réunis à l’Elysée. Belle entrée en matière pour excuser par avance une politique qui ne ressemblera en rien à celle qui avait été promise par le candidat du changement. Car rien ne changera de ce qui avait été décidé sous la dernière mandature. Renvoyés aux calendes grecques les eurobonds, adopté sans changer une virgule le traité budgétaire européen, remplacés comme auparavant les fonctionnaires, François Hollande annonce maintenant que le chômage augmentera de façon continue pendant au moins un an, la TVA avec, tandis que le « mariage pour tous » sera bien voté en janvier. La gauche se félicite de cette prestation de « haut niveau » tandis que la droite, fanfaronne, ravie que la réalité de l’économie de marché soit intégrée dans les actions socialistes, à défaut d’être encore reconnue dans leur décalogue.

Il y a plusieurs manières d’appréhender la réalité. Parmi elles, celle qui affirme l’existence du réel indépendamment de l’esprit; c’est ce que suggère la doctrine aristotélicienne. Mais aussi celle qui refuse a priori la possibilité d’une différence entre le discours sur la réalité et la réalité elle-même et dont se réclament les solipsistes et les nominalistes.
En disant se conformer à la réalité, puisque c’est cela qu’il voulait dire, François Hollande a opéré deux choix antagonistes. En tous les cas sur l’économie et le mariage homosexuel, ce qui marque d’ailleurs bien la transgression qu’a opérée l’idéologie socialiste qui, incapable de répondre aux demandes sociales, se déporte sur le sociétal. Le sociétal devient alors la chambre de compression de l’asservissement au capitalisme. Plus on va vers l’économie de marché, plus on chemine vers la libéralisation sociétale et vice-versa. On prétexte alors que ce qui pèse sur tout un chacun n’est pas l’économie de marché mais ces règles sociétales désuètes.

Sur l’économie, François Hollande semble définitivement avoir adopté la doctrine réaliste. Il accepte l’idée d’un monde globalisé où les échanges ne doivent comporter aucune restriction, où l’idée sociale est subsidiaire et conditionnée au mérite, en bref que la main invisible l’est vraiment, indépendamment de l’esprit qu’on voudrait y mettre. Or sur ce point, et contrairement à un Jean-Luc Mélenchon qui souhaite faire de son discours une réalité, on notera que François Hollande a choisi de faire de la réalité son discours.
Sur le mariage homosexuel, François Hollande a en revanche choisi la doctrine nominaliste, c’est-à-dire de faire de son discours une réalité en décidant que l’altérité sexuelle n’était plus nécessaire ni pour la procréation, ni pour la construction de l’enfant, le genre étant uniquement une construction de l’esprit que l’on peut justement rapidement remplacer, l’esprit étant lui-même une construction que l’on peut rapidement modeler, etc.

Refusant de considérer qu’il existe une économie alternative à celle qui prévaut aujourd’hui, le Président de la République n’hésite donc pas à nier la différence sexuelle, celle là même qui permet d’engendrer. Comment ici ne pas repenser au jeune Marx qui démontra le pouvoir divin de l’argent, capable non seulement de décupler les forces, mais plus encore de disjoindre complètement l’individu : « Ce que je ne puis en tant qu’homme, ce que ne peuvent toutes mes énergies d’individu, je le puis grâce à l’argent. L’argent fait de chacune des puissances de mon être ce qu’elles ne sont pas en soi : il les change en leur contraire […] Notion existante et agissante de la valeur, l’argent confond et échange toute chose ; il en est la confusion et la conversion générales. Il est le monde à l’envers, la confusion et la conversion de toutes les qualités naturelles et humaines »[1. Philosophie, Editions Foli, 1994 (traduction des Manuscrits de 1844 par Jean Malaquais et Claude Orsini)].

Le discours de François Hollande mardi dernier partait d’une réalité qu’il avait décidé de poser. Il aurait dû dire qu’une alternance change le pouvoir mais pas sa réalité. Et la réalité c’est qu’on est dans la merde.

*Photo : François Hollande/PS.

Une seule solution : l’union libre pour tous

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mariage gay union libre

mariage gay union libre

Si la société et la famille ont bâti leurs fondements sur la transmission, c’est pour offrir à l’homme la possibilité de dépasser sa fin et se rêver éternel. Famille et société se sont en effet constituées dans un rapport de miroir pour transcender la mort.

À la famille comme machine à procréer, la société attribue la sexualité qui sera par ailleurs interdite. Le mariage est le pivot du système qui permet de transgresser l’interdit sexuel général, il fait même de la sexualité un devoir conjugal qui, par la procréation, assure la pérennité de la famille comme de la société. Transgresser l’interdit dans les règles, dans toutes les sociétés, c’est la fonction du sacré. Pour cela, le mariage a toujours été plus du côté de la religion que de celui de la République qui n’a fait qu’en hériter à la révolution[1. Les liens entre la sexualité et le sacré vont plus loin, à l’origine, la prostitution était elle aussi sacrée. A Babylone, les femmes stériles trouvaient dans la société une place sacrée, elles servaient dans le temple dédié à la déesse de la fertilité et devenaient les épouses de tous. Libérées de la procréation utilitaire, elles pouvaient devenir expertes en érotisation, déesses du désir.].

L’interdit sexuel hors du foyer qui fait de la famille un lieu sexué, impose une autre loi : l’interdit de l’inceste qui oblige le groupe familial à s’ouvrir à l’exogamie, base de toute société.
Brimé par un système on ne peut plus raisonnable, le désir de l’homme sera toujours déraisonnable car il est articulé à ce qui lui échappe. Le désir n’aura jamais cessé de tarauder les hommes et les dix commandements ne sont que des interdits posés a ce que l’être humain à pu désirer.
L’échafaudage social a toujours constitué pour les minorités sexuelles un carcan. Pour sortir de l’impasse, être rejeté par la société ou rejeter une société rejetante, certains mirent leur énergie au service de leur cause et réussirent par l’intelligence à faire avancer la société. Ce fut un long et riche combat contre la loi et pour l’humanité.

Quand une société a atteint la sécurité nécessaire qui lui permet de ne plus avoir peur de ce qu’elle avait pu considérer comme un fléau, elle peut, sur certains points, se passer de la loi. Ce fut le cas en France quand il a été décidé que l’homosexualité ne serait plus un délit, quand on a considéré que le libertinage entre adultes consentants ne faisait partie que de la vie privée, ou quand le divorce est enfin devenu une affaire privée, le droit se cantonnant à encadrer les devoirs des parents vis-à-vis de leurs enfants…
Le XXIe siècle aura été celui de la remise en question de l’interdit de la sexualité hors mariage, qui n’est plus une référence pour la majorité, pas plus qu’une référence légale. Sans l’interdit, le mariage a perdu son sens premier pour être aujourd’hui réduit au rang de tradition.

Le mariage devrait désormais être « pour tous » et obligatoire comme l’école… Ce ne serait qu’une boutade si le projet de loi en question ne prévoyait une obligation de fidélité dans le couple !
Dans la précipitation des réformes, le gouvernement a oublié de dépoussiérer le contenu du mariage.
Qui aurait pu penser qu’au XXIe siècle, le politique soutiendrait les fondements d’une chasse aux infidèles et autres maris volages !
« Français encore un petit effort pour êtres républicains » crierait Sade pour réveiller nos esprits.

À chacune de ses avancées, la société a pris un nouveau souffle et de nouvelles solutions sont apparues. C’est par exemple le cas de « l’union libre », dont l’intérêt vient du fait qu’elle ne tient pas plus compte pour la famille, de l’idée de mariage que de celle de concubinage, de la famille nucléaire que de la famille recomposée, de l’homo que de l’hétérosexualité, seulement de l’union…
Pourquoi donc légiférer sur le mariage qui n’est plus qu’un concept dépassé et inutile, alors que la société a su inventer l’union libre, qui n’a pas de statut légal et se trouve représentée au sommet de l’Etat. Légiférer sur l’union libre et lui conférer la place qu’elle mérite dans la société de demain accompagnerait l’évolution de la société et simplifierait la vie de nombreuses familles, sans exclusive.
L’homosexualité n’étant plus considérée comme un délit, l’union libre légalisée permettrait de faire que tous les couples se sentent partie prenante de la société.

La question des enfants et de leurs parents se trouve trop souvent mal posée. Pour la psychanalyse, les statuts de père et de mère sont des fonctions symboliques qui ne sont pas liées à la réalité du sexe. Une fonction paternelle peut être assumée par une femme (par exemple, après les grandes guerres passées), de la même manière qu’un père peut assumer une fonction maternelle.
L’important pour un enfant c’est qu’il n’y ait pas de toute puissance de l’un où l’autre des parents, que la position de tiers ait bien sa place, ce qui n’est pas plus évident pour les couples homosexuels que pour les couples hétérosexuel. Et la question de la transmission peut se jouer autrement qu’à partir de la procréation.

Dissocié de l’union libre, le mariage conserverait une valeur religieuse, traditionnelle ou mythologique. Alors, peut être, le temps sera-t-il venu, selon les préceptes du Christ : « de rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » ? L’union libre à la république, le mariage à Dieu et la tradition à qui cela plait.

*Photo : KarmaHackeR.

Causeur a 5 ans, le kiosque c’est maintenant… ou presque !

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Le 15 novembre 2007, sous le commandement altier d’Elisabeth Lévy, une poignée d’irréductibles créait Causeur, un salon de réflexions sur internet qui allait devenir un site d’actualité puis un magazine mensuel.
Peu de gens donnaient cher de notre peau, alors que les médias en général et la presse en particulier souffrent du désamour d’un public souvent volage.

Depuis cinq ans (« putain, cinq ans ! » aurait dit l’autre), Causeur a fait son nid dans le paysage médiatique. Malgré des moyens modestes, nos ventes et abonnements – qui constituent l’essentiel de nos recettes – ne cessent de progresser (tout particulièrement depuis le joli mois de mai…).

Ainsi poussés par cet élan et soucieux de répondre à une demande croissante de nos lecteurs, nous avons décidé d’élargir notre audience en nous lançant en kiosque dès avril 2013.
Votre engouement pour l’écrit, le débat d’idées et la liberté de ton a fait le succès de Causeur, qui occupe un espace déserté par les grands médias. « Je me sens moins seul en vous lisant » nous confient d’ailleurs régulièrement nos fidèles abonnés.

Il vous reste donc cinq mois de bouche à oreille pour convaincre vos amis de se précipiter chez votre marchand de journaux préféré. D’ici là, n’oubliez pas que le meilleur moyen pour lire notre mensuel et nous soutenir reste l’abonnement. En attendant le kiosque, l’abonnement c’est maintenant !

Vote des étrangers: promesse toujours oubliée

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droit vote etrangers Hollande

droit vote etrangers Hollande

François Hollande est tenté de repousser l’examen de sa promesse après les municipales de 2014. Mais les intéressés veulent-ils vraiment ce qu’ils réclament ?
C’est fou ce qu’on peut se mentir. À qui croyez-vous que s’adressait la promesse faite il y a trente ans par François Mitterrand d’accorder le droit de vote aux étrangers aux élections municipales ? À des Afghans, des Chiliens, des Tchécoslovaques ? Bien sûr que non. Elle s’adressait, principalement, pour ne pas dire exclusivement, à des ressortissants d’Afrique du Nord vivant en France.[access capability= »lire_inedits »] Ils n’étaient déjà plus très jeunes à l’époque, ils seront peut-être tous morts le jour où ce droit leur sera reconnu – si ce jour arrive, François Hollande ayant semble-t-il décidé de reporter après les municipales de 2014 l’examen de cette promesse de campagne[1. Libération, 20 et 21 octobre, « Droit de vote des étrangers : le recul »] à haute teneur en souffre.

En 1981, ces Africains du Nord avaient des enfants, aujourd’hui ils ont des petits-enfants, quand ce ne sont pas des arrière-petits-enfants. Tous français, sauf exceptions qu’on suppose rares et difficilement explicables. Parmi les anciens qui ne sont pas devenus français, il y a des chibanis, ces travailleurs des foyers Sonacotra[2. Merci à Gil Mihaely qui m’a mis sur la piste des foyers ex-Sonacotra, aujourd’hui foyers Adoma.] à la retraite, par tous temps manteaux de laine sur les épaules et chèche sur la tête, figures de l’exil solitaire. Ils n’ont pas vraiment choisi entre ici et là-bas, ont refait, pour certains, leur vie en France sans défaire ce qu’ils avaient fondé « au pays ».

Quel sens pouvait donc avoir la promesse de Mitterrand, destinée, dans les faits, à la première génération d’immigrés maghrébins, les générations descendantes étant appelées à devenir françaises conformément au droit du sol ? Cette promesse avait valeur compensatoire, elle était d’une certaine façon une mesure d’accompagnement de fin de vie civique. On se comprenait sans se parler. Le France qui avait colonisé plus ou moins profondément l’Afrique du Nord, pouvait bien accorder le droit de vote aux municipales à des quinquagénaires, pour les plus jeunes de la première génération, dont on savait qu’ils ne demanderaient jamais la nationalité française. Sans doute par fierté, ce nif insistant, probablement aussi pour garder intact, sans chevauchement d’aucune sorte, le lien avec la patrie d’origine. Les socialistes français, du moins ceux de la deuxième gauche (Rocard, Mendès…), qui s’étaient prononcés pour les indépendances, comprenaient cela, et c’est pour cela qu’ils s’apprêtaient à faire ce cadeau aux « vieux » immigrés.

Nous voilà trente ans plus tard, et dans le fond, rien n’a changé. Il est toujours question de cette antique promesse non tenue, qui a probablement motivé le vote d’une partie de l’électorat de banlieue en faveur de François Hollande – gageons toutefois qu’elle a été pour peu dans son rejet massif de Nicolas Sarkozy au second tour[3. Quelque 90% des Français se disant musulmans ont voté François Hollande au second tour de la présidentielle, le 6 mai 2012.]. Il en va du droit de vote des étrangers aux élections locales comme des pensions perçues par les anciens combattants d’Afrique du Nord et d’Afrique sub-saharienne. Jacques Chirac les avaient « alignées » sur celles de leurs coreligionnaires de France métropolitaine, suite à l’émotion suscitée par le film Indigènes, présenté à Cannes la même année et récompensé d’un prix collectif d’interprétation masculine.
La symbolique mobilisée, de nature réparatrice, est la même, mais les portées légales et politiques du droit de vote des étrangers et des pensions d’anciens combattants, elles, diffèrent sensiblement. On ne meurt qu’une fois, et après la mort, la pension s’éteint, tandis qu’on vote, en principe, plusieurs fois aux municipales dans une vie.

Est-on bien sûr de vouloir de ce nouveau droit ? L’assouplissement des conditions d’acquisition de la nationalité française, promu par Manuel Valls, indique le contraire : derrière la manœuvre politicienne consistant à détourner l’attention portée au vote des étrangers, apparaît une doctrine plus conforme à l’idéologie républicaine. Il n’est pas certain, ensuite, que les « associations de banlieue », qui condamneront (mais peut-être pas, ou pas trop fort) le reniement de François Hollande, n’estiment pas qu’il en est mieux ainsi. Leur action de terrain, quel que soit l’avis qu’on peut avoir sur les méthodes, vise à inscrire les jeunes dans le « droit commun » de la citoyenneté ; or le droit de vote des étrangers aux élections municipales introduit un biais dans cette approche de pure égalité, entérine un maintien de la différence là où tout est proclamation contre les discriminations.

Trente ans après Mitterrand, l’adoption de cette mesure constitutionnelle ne s’appliquerait, au temps « t », nous l’avons vu, qu’à quelques parents, grands-parents ou arrière-grands-parents. Dans l’esprit de ses primo-géniteurs, elle serait transitionnelle, sans réelles répercussions sur la doxa républicaine « faiseuse de Français ». Mais l’immigration continuant, ce droit influerait sur la perception que les futures premières générations d’immigrés, et leurs descendants, auraient de la citoyenneté française, dont la nature, objectivement, changerait. Nous avons donc là deux visions : l’une, plutôt jacobine et égalitariste, opposée au vote des étrangers aux élections locales ; l’autre, favorable, de tradition sociale-chrétienne et fédéraliste. Et un chien de garde, le Front national, qui jamais ne dort.[/access]

*Photo : Michel Gasarian/Signatures.

Un dernier clou dans le cercueil de David Petraeus

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Comme le souligne spirituellement la presse américaine, la chute du « roi David » ( il portait déjà ce surnom avant même de succomber à sa Bethsabée) n’a certainement pas fait que des affligés à la Maison Blanche. Avec sa démission de la CIA, le plus illustre successeur d’Allen Dulles (connu pour sa vie sexuelle dissipée) tourne définitivement la page de l’ère Bush. On imagine la satisfaction d’Obama et la jubilation de ses partisans.

Et pourtant, David Petraeus , surnommé « le professeur de guerre » par Vanity Fair, avait l’étoffe d’un Patton ou d’un Eisenhower. Ce qu’il a réussi en Irak, personne ne le croyait possible. Et son manuel sur la Contre-Insurrection (sa lecture est un régal) demeurera un des grands classiques de la stratégie militaire.

Par ailleurs, David Petreaus, très populaire aux États-Unis, ne cachait ni son ambition présidentielle, ni ses affinités avec les Républicains. Sa fin est d’autant plus pitoyable : « J’ai fait preuve d’un manque de jugement et d’un comportement inacceptable à la fois comme époux et comme patron de la CIA « . Exit le roi David.

Une question taraude cependant les Américains …. tout au moins les plus réservés à l’égard d’Obama : le général Petreaus ne serait-il pas tombé dans un piège tendu par le Président avec l’aide du FBI – tout comme Herman Cain, le sympathique candidat républicain, avant lui ? Mêmes méthodes, mêmes résultats. La plus petite entorse à ce qu’on appellera par dérision « la morale sexuelle » est immédiatement portée sur la place publique, gobée par les gogos et sanctionnée.

On évoque souvent l’Amérique des années cinquante (celle de Dulles précisément) comme une Amérique ultra-puritaine. Que dire alors de celle d’Obama ? Une décontraction affichée se révèle souvent plus impitoyable qu’un respect apparent des principes.

Le Hamas espère-t-il trop des Frères égyptiens ?

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Morsi Egypte Hamas Gaza

Morsi Egypte Hamas Gaza

« L’Egypte doit choisir » : c’est le message, limpide, envoyé par le porte-parole du gouvernement du Hamas en direction du Caire. Quelques heures après le déclenchement de l’opération « Pilier de défense » (en hébreu « Colonne de nuée ») à Gaza, le rappel de l’ambassadeur égyptien à Israël, une mesure habituelle dans ce genre de circonstances, qu’avait déjà prise Moubarak par le passé, n’est qu’un acte symbolique. Le Hamas, mouvement affilié aux Frères musulmans égyptiens, espère en fait beaucoup plus de ses parrains idéologiques. Ainsi, pour acculer Mohamed Morsi à un choix douloureux, des roquettes ont été tirées vers Israël à partir de la partie égyptienne de la ville palestinienne de Rafah. Habituellement, les Egyptiens nient l’occurrence de ce genre d’événements pour gagner du temps et préserver les apparences mais cette fois Le Caire a accepté, en à peine quelques heures, l’établissement d’une commission militaire israélo-égyptienne pour enquêter sur cet incident. Une telle décision n’est certainement pas l’initiative isolée d’un sous-lieutenant.

Pour résumer, l’Egypte rappelle son ambassadeur à Tel-Aviv, les Frères musulmans s’engagent dans une surenchère rhétorique anti-israélienne tandis que sur le terrain, avec l’accord évident du pouvoir politique, officiers égyptiens et israéliens travaillent ensemble à empêcher des attaques palestiniennes contre Israël. Entre gestes de défiance symboliques et application de l’accord de paix militaire avec l’Etat hébreu, les nouvelles autorités égyptiennes ne sont donc pas à une contradiction près…

Il était facile, en étant dans l’opposition, de traiter le président Moubarak de collabo et de corrompu. Or, depuis son arrivée au pouvoir, Mohamed Morsi découvre qu’indépendamment de sa corruption, le raïs déchu n’avait fait qu’analyser froidement les intérêts géopolitiques vitaux de son pays en poursuivant l’alliance américaine et la paix froide avec Israël. Et si l’Egypte a changé de régime, sa démographie, sa géographie et son économie n’ont pas bougé d’un iota.
Pire, les nouveaux maîtres du Caire découvrent que la création d’un Etat palestinien nuirait aux intérêts nationaux égyptiens. D’ailleurs, pour l’Egypte, la cause palestinienne est-elle autre chose que la variable d’ajustement de sa politique étrangère ? Pendant l’occupation égyptienne de la bande de Gaza (1949-1967), rien n’avait été fait pour promouvoir le sacrosaint droit à l‘autodétermination… Et si, dans les années 1970, le président Sadate avait lutté bec et ongles pour récupérer l’enclave microscopique de Taba au sud d’Eilat, il avait lâché Gaza et ses environs sans barguigner.

Aujourd’hui, Morsi est sommé de choisir entre surenchère verbale et sauvegarde de ses intérêts nationaux…
Mais le président égyptien, qui a démontré son habilité politique ces derniers mois, va probablement ménager la chèvre et le chou, son opinion publique et sa crédibilité ainsi que celle de sa confrérie, âprement concurrencée par des salafistes et des nassériens à l’anti-israélisme encore plus radical. Autrement dit, bien que le conflit militaire se déploie entre Gaza le Sud d’Israël, c’est vers Le Caire que tous les regards se tournent.

*Photo : Jonathan Rashad.

Israël-USA : « Bibi » sauve les meubles

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Romney Netanyahou Israel Obama

Romney Netanyahou Israel Obama

La nouvelle de la réélection de Barack Obama est tombée, mercredi 7 novembre, en Israël, à l’heure où les gens effectuent leur trajet quotidien vers leur lieu de travail. Elle n’a pas augmenté d’un décibel l’intensité du concert d’avertisseurs qui retentit chaque jour en début de matinée sur le périph’ de Tel Aviv, constamment au bord de l’apoplexie. En cet automne exceptionnellement chaud − 30 degrés à l’ombre, mais il n’y a pas d’ombre ! −, l’élection présidentielle d’outre-Atlantique n’a suscité que des passions tièdes. Une fois établi l’accord de principe des deux candidats sur le renforcement de l’alliance stratégique des États-Unis avec l’État juif, le peuple d’Israël est retourné à ses affaires.[access capability= »lire_inedits »] La majorité aurait, certes, préféré voir Mitt Romney l’emporter, car son discours était perçu comme plus ferme que celui du Président sortant, en particulier sur la question du nucléaire iranien. Mais il y a belle lurette que les Israéliens ont compris qu’un candidat, même républicain, a tendance à oublier les belles paroles de campagne une fois installé dans le Bureau ovale.

Les soucis des gens ordinaires concernent principalement, à Tel Aviv comme à Paris ou New York, le prix des loyers, celui du Caddie au supermarché, et les potions amères fiscales qui se mijotent dans les cuisines gouvernementales… Pour le reste, c’est-à- dire savoir si l’on va faire la paix ou la guerre, la société civile, naguère polarisée sur le sujet, s’en remet à ses dirigeants politiques et militaires pour faire au mieux, ou au moins mal dans une situation jugée « moyenne » par les humoristes locaux : moins bonne qu’hier, mais meilleure que demain ! Une seule épreuve de vérité : le nucléaire iranien.

Néanmoins, la réélection de Barack Obama n’est pas une bonne nouvelle pour le premier ministre Benyamin Nétanyahou : sa préférence affichée pour Mitt Romney et le feuilleton de ses heurts avec l’administration Obama I donnent des munitions à ses principaux adversaires : dans la campagne électorale en cours pour le renouvellement de la Knesset, qui aura lieu le 22 janvier 2013, ces derniers ne manquent pas de faire valoir qu’il serait plus judicieux de porter au pouvoir des dirigeants n’ayant pas ouvertement oeuvré à la défaite du Président des États-Unis. Ces arguments ne devraient pas, cependant, provoquer le départ de Benyamin Nétanyahou. Israël, d’abord, connaît encore une croissance insolemment positive au regard de celle des pays de l’UE (4,7% en 2011). D’autre part, tacticien chevronné, « Bibi » a décidé de faire liste commune pour les législatives avec Israël Beitenou, le parti de la droite nationaliste du ministre des Affaires étrangères, Avigdor Liberman, ce qui assure de plus au bloc de droite la certitude d’être le premier parti dans la future Knesset. Enfin, la grande majorité de l’opinion fait confiance à Nétanyahou pour défendre les intérêts sécuritaires du pays dans cette phase périlleuse : il est le seul qui dispose d’une longue pratique de la vie internationale et d’un réseau d’influence aux États-Unis. Il ne faut pas oublier que, même réélu, Barack Obama se trouve face à un Congrès pratiquement inchangé depuis sa cuisante défaite de 2010, un levier sur lequel Nétanyahou sait appuyer quand il faut lorsque le Président a des velléités de lui imposer une ligne qui lui déplaît.

Enfin, l’heure est plutôt à tenter de préserver les accords conclus avec l’Égypte et la Jordanie, menacés par la montée en puissance des islamistes radicaux dans ces deux pays, qu’à forcer un accord israélo-palestinien rendu impossible par la persistante querelle entre le Fatah et le Hamas… Cela, Barack Obama le sait tout autant que Nétanyahou. Mais l’épreuve de vérité se jouera autour de la question du nucléaire iranien, aussi bien pour Obama que pour Nétanyahou : le premier doit prouver au second que sa stratégie fondée sur les sanctions économiques et diplomatiques s’est révélée juste et le second, qui ne croit pas une seconde que les mollahs se laisseront détourner de leur objectif, doit persuader une partie de l’establishment militaire israélien que l’arsenal nucléaire iranien doit être détruit, avec ou sans l’aval des États-Unis. C’est la stratégie du hérisson : en boule et tous piquants dehors, jusqu’à ce que l’on y voie plus clair.[/access]

*Photo : AJstream.

Guerre à Gaza acte II

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Israel gaza hamas

Israel gaza hamas

De toute évidence, une opération militaire israélienne de grande envergure a lieu en ce moment dans la bande de Gaza. Après plusieurs semaines d’escalade, l’assassinat ciblé d’Ahmad Jaabari, important chef militaire du Hamas, montre que le Rubicon a été franchi et qu’Israël a décidé d’accepter le défi lancé par le gouvernement de Gaza.

Il y a un air de déjà vu : fin 2008, à la veille de ce qui allait devenir l’opération Plomb durci, un certain Barack Obama venait d’être élu président des Etats Unis et le parlement israélien avait été dissous pour provoquer des élections anticipées. Mais, entre temps, beaucoup d’éléments ont changé. L’équation politique, géopolitique et internationale s’est en effet considérablement compliquée depuis : en Egypte, Mohamed Morsi, soutenu par les Frères musulmans, a été élu président à la place de Hosni Moubarak, le Sinaï est devenu la base arrière du Hamas et une vague de révoltes déstabilise la Syrie, la Libye et le Yémen, non sans en fragiliser d’autres, comme la Jordanie.

Malgré ces évolutions, pour Israël, le problème se pose dans des termes à peu près identiques : comment maintenir l’équilibre de la terreur avec le Hamas, jusqu’ici maître – de plus en plus contesté – de la bande de Gaza ? Le Hamas refusant tout compromis avec Israël afin de préserver sa légitimité face à une Autorité palestinienne usée par dix-neuf ans de négociations avec Israël, l’option diplomatique était inenvisageable. Restait donc à trouver un savant dosage de pressions politiques (via l’Egypte qui ne souhaite pas l’embrasement de la zone, le Qatar qui se soucie en priorité de la menace iranienne et de l’avenir de la Syrie…), économiques et militaires pour contenir le conflit entre Israël et le Hamas.

Le gouvernement israélien était prêt à tolérer un certain niveau de provocation de la part du Hamas ou du Jihad Islamique. Ainsi, les tirs sporadiques de roquettes à courte portée et d’obus de mortier à partir de la bande de Gaza n’entraînent qu’une riposte rhétorique lorsque la vie des citoyens israéliens ne s’en trouve pas menacée ou paralysée. Ce pragmatisme des autorités israéliennes permet au Hamas de pouvoir bomber le torse devant la population gazaouie sans subir de dures représailles militaires. Le mouvement créé par cheikh Yassine peut ainsi affronter dans de meilleures conditions la concurrence croissante des mouvements salafistes à Gaza.
Cet accord tacite entre la faction terroriste et l’Etat hébreu prévalait avant la guerre de décembre 2008- janvier 2009 et pendant les quatre ans qui se sont écoulés depuis. Pour autant, le Hamas et les mouvements palestiniens radicaux n’ont de cesse de tester les limites d’Israël afin d’inverser ou- tout au moins -modifier les rapports de force.

C’est ce qui s’est passé ces dernières semaines. Au demeurant, le calcul du Hamas est assez simple : un affrontement à l’heure actuelle pourra porter un coup fatal aux relations déjà extrêmement tendues entre Jérusalem et Le Caire. Les images des victimes gazaouies des bombardements israéliens enflammeront l’opinion publique arabe et contraindra (ou, diront certains, fournira le prétexte) de rompre définitivement avec Israël. En somme, si le Hamas a laissé faire ses hommes, c’est qu’il attend de ce conflit une issue semblable à l’opération de 2009 : la Turquie avait alors brutalement rompu avec Israël malgré les accords militaires et politiques qui unissaient les deux pays. Bis repetita ?

*Photo : marsmet543.

La droite, ou les malheurs de l’évidence naturelle

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droite gauche maistre

droite gauche maistre

S’interroger sur les fondements d’un groupe politique et/ou intellectuel qui n’a jamais cherché lui-même à se définir est un exercice bien difficile. La droite française a certes une origine historique précise, la fameuse question du veto royal, posée devant l’Assemblée nationale le 28 août 1789. On se souvient que, selon qu’ils y étaient favorables ou non, les députés vinrent se placer à droite ou à gauche du président, et que naquirent ainsi les deux hémisphères de notre cerveau politique national.

Pour autant, cette référence historique ne saurait permettre de cerner un groupe qui a toujours été largement hétéro-défini par ses opposants – et ce bien souvent dans le seul but de le stigmatiser. La droite, en France, reste avant tout le groupe politique qui refuse les « idées nouvelles » avancées par la gauche, et la question se pose alors de sa large incapacité à présenter un corpus propre et à agir autrement qu’en réaction. Pour tenter une explication de cette malédiction qui traverse les siècles, il faut sortir de l’analyse politicienne, des interrogations récurrentes sur les divisions et les chapelles, s’abstraire des classements entomologiques des divers spécimens de droite, pour s’interroger sur ce que pourrait être la vision du monde de droite.

Force est de constater que les référents de la droite lui semblent être le produit naturel de la société humaine, le fruit de son organisation spontanée. Qu’il s’agisse de la hiérarchie sociale nécessaire à tous, de la famille à l’empire, de la différence de capacités et de valeurs entre individus – ce qui n’implique pas, bien au contraire, la dévalorisation des plus faibles -, ou de la nécessité de constituer pour survivre un groupe cohérent dont l’identité repose sur une histoire commune, un groupe se ressourçant dans les mêmes mythes et communiant dans les mêmes cultes, tout cela semble à l’homme – et à la femme ! – de droite aussi évident que le lever du soleil à l’Est ou la distinction des sexes. Bref, la droite trouve dans son berceau les éléments majeurs de son corpus et se contente de regarder l’ordre du monde pour simplement y placer la Cité.

Parce que sa vision du monde repose sur cette évidence naturelle qui lui semble éternelle, la droite, du monarchisme au gaullisme pourrait-on dire pour s’amuser, n’a pas plus de projet réel que de programme précis : elle pense n’avoir rien à prouver ni rien à détruire, et qu’elle doit se contenter d’incarner et de maintenir. C’est sa force… tant du moins que l’évidence et la raison tiennent lieu de règles aux hommes, c’est-à-dire tant que les sociétés ne sont pas assez riches – ni assez suicidaires – pour pouvoir donner corps à un projet social a-naturel.

Face à la situation acquise de l’homme de droite, les revendications des boursiers de gauche se présentent dans notre histoire politique sous l’aspect de luttes légitimes entreprises contre les excès – réels ou supposés – de la politique de droite : contre l’autoritarisme, avec l’impossibilité corrélative dans laquelle seraient tenus les citoyens d’exprimer une opinion différente de celle du titulaire du pouvoir, quel qu’il soit ; contre l’inégalité, réduisant les êtres à une appartenance qu’ils n’ont pas choisie ; contre ses excès de stabilité enfin, dans société immobile où l’individu ne pourrait parvenir au statut élevé auquel ses capacités seraient censées lui donner droit.

Que derrière cet admirable discours revendiquant tous les affranchissements et toutes les libertés se cache souvent la faiblesse de l’homme et la force irrépressible de l’envie, Joseph de Maistre l’avait bien vu. « L’œil pour qui tous les cœurs sont diaphanes, écrivait-il des révolutionnaires qui se prévalaient de la noblesse de leurs sentiments, voit la fibre coupable ; il découvre, dans une brouillerie ridicule, dans un petit froissement de l’orgueil, dans une passion basse ou criminelle, le premier mobile de ces résolutions qu’on voudrait illustrer aux yeux des hommes ». Certes, la pureté existe, même à gauche, mais comme le fait dire Michel Audiard à Jean Gabin dans Le Président : « il y a aussi des poissons volants, mais ils ne constituent pas la majorité du genre »…

Pas plus qu’elles n’appartiennent au même cosmos, les visions du monde de la droite et la gauche ne s’inscrivent dans le même temps. L’homme de droite lutte contre le temps, l’homme de gauche lutte pour l’instant. Un homme de droite ne se sent en effet exister que dans une lignée qu’il incarne temporairement, et son but est avant tout de transmettre : une morale, des connaissances, des biens, qu’il doit transmettre à ses enfants. Un homme de gauche n’est qu’un individu qui passe. Il doit frénétiquement jouir de tout avantage matériel avant de retourner au néant. On devine que droite et gauche ne peuvent pas faire la même politique et que leurs programmes économiques par exemple, qui vont, pour leurs extrêmes, du respect intangible de la propriété à la prise au tas, sont peu conciliables.

Reste que la lutte politique entre visions du monde de droite et de gauche a totalement changé d’aspect, car l’évidence naturelle sur laquelle reposait le pouvoir de la droite n’est plus audible. Quant à l’éducation , pensée tout entière comme une déconstruction, elle est avant tout une rééducation.
Face à cette offensive, la vraie droite, n’a pu résister. Entre ce qui lui paraissait trop ridicule pour être débattu ou trop bas pour qu’elle s’abaisse à y répondre, entre la sidération idéologique ressentie devant l’aberration des revendications et sa volonté de garder jusqu’au bout une tenue, pas plus en 2012 qu’en 1789, elle n’a pu mener de lutte victorieuse. Elle a longtemps cru, ou voulu croire, que pour la très grande majorité du peuple l’évidence naturelle de ses règles était encore une réalité. C’est la légende chouanne des paysans restés profondément royalistes et qui vont tous se soulever pour rétablir la monarchie. Cent ans plus tard, c’est le mythe maurrassien du pays réel opposé au pays légal, trompé et manipulé par lui, mais encore sain, et dont le vote, puisqu’il faut utiliser les armes modernes, sauvera la France éternelle. Il est aujourd’hui permis de se demander s’il ne faut pas tirer un trait définitif sur cette perspective et si, rurbain ou bobo, le moderne a la moindre chance de dépasser les fausses évidences dont on l’abreuve depuis l’enfance et de sortir d’où il croupit pour le plus grand bonheur de ses nouveaux maîtres.

La droite politique serait donc devenue ce qu’elle a peut-être toujours été : un club restreint où se croisent quelques individus sans illusions – ce qui ne veut pas dire sans projets car « il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer » -, des individus voulant raison garder dans un monde où tout est inversé et se retrouver entre eux pour en rire. Car une chose est certaine en écoutant la gauche : on ne peut avoir à la fois pour soi le sens de l’histoire et le sens de l’humour.

*Photo : philippe leroyer