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Toi aussi apprends à parler UMP

Photo : anarkobiker

Après le cheval et la femme, le dictionnaire est le meilleur ami de l’homme. La preuve, c’est que l’on n’en a jamais assez. Les femmes sont en voie de disparition, dissoutes dans l’aliénation féministe et/ou religieuse sans compter une vulnérabilité toujours plus grande dans le monde du travail où elles sont systématiquement moins bien payées (30% dans les mirettes, nous dit-on) et sont les principales victimes du temps partiel imposé.

Tout cela nous rappelle ce que disait déjà le bon vieux Karl Marx : le prolétaire a encore un prolétaire : « Dans la famille, l’homme est le bourgeois, la femme joue le rôle du prolétariat. »[1. Voir L’origine de la propriété, de la famille et de l’Etat]. Quant au cheval, essayez de trouvez une bonne boucherie chevaline dans les grandes villes, cela devient très compliqué et c’est bien dommage, car le cheval, c’est bon, en steak tartare ou en saucisson.

Pour en revenir au dictionnaire, j’ai senti ces jours derniers le vif besoin d’un dictionnaire bilingue UMP-Français/Français-UMP. Nous ne citerons qu’un exemple de cette distorsion que la majorité fait subir entre signifiant et signifié. Prenons le « don ». Voilà un mot sympathique. La gratuité qu’il implique dans le rapport à l’autre, le refus d’attendre quelque réciprocité nous font respirer un air soudain plus pur, loin d’une société qui ne donne rien sans rien, ne croit plus qu’à l’échange marchand en essayant systématiquement d’en tirer des bénéfices quitte à léser l’autre. On vient donc de voir apparaître le mot « don » dans un projet de loi de l’UMP actuellement en examen à l’Assemblée Nationale. Il concerne les RTT.

La droite entretient des rapports complexes avec les RTT. Elle hait l’idée que des gens travaillent moins et gagnent autant. Mais comme cette mesure a principalement profité aux cadres qui forment une bonne partie de son électorat naturel, cela fait une bonne dizaine d’années qu’elle a entamé une danse du scalp autour de la Bête, qu’elle lui décoche des flèches multiples sans se rédoudre à l’achever.
L’objectif du projet de loi de l’UMP proposé par le député Paul Salen est ainsi libellé : « Il faut permettre aux salariés de faire don d’heures de réduction du temps de travail ou de récupération à un parent d’un enfant gravement malade » Sur le papier, l’idée est évidemment très généreuse. Après tout, pourquoi le workalchoolic, dans un pur instant d’altruisme, ne céderait pas ses RTT à un collègue dont le gamin est hospitalisé pour une de ces saloperies cancéreuses qui frappe des populations de plus en plus jeunes dans nos sociétés pourtant si merveilleusement aseptisées ?

Oui…mais ce « don » est un cache-misère. Il existe normalement une allocation pour répondre à cette situation douloureuse. Le problème, c’est que plus les mesures de coupes budgétaires vont, plus cette allocation implique une perte de salaire. Plutôt que d’augmenter cette allocation, on s’en remet donc à la solidarité entre collègues de travail, sauf que cette solidarité, retraduite dans le dictionnaire UMP-Français/Français-UMP ne veut plus dire solidarité mais culpabilisation comme don ne veut plus dire don mais partage de la pénurie.

Quand on sait que les résultats 2011 du CAC 40 et ses actionnaires atteignent les 90 milliards d’euros, que l’agence Euro RSCG vient de proposer ses services à une de ces grandes entreprises pour « communiquer » sur le sujet « sans choquer » , que le déficit de la Sécu n’est que de 18 milliards d’euros, on se dit qu’il n’y aurait rien d’absurde ni de scandaleux à demander aux chefs d’entreprises d’assurer au salarié se trouvant dans une telle situation le maintien de ses revenus. Parce que si les 90 milliards du Cac ne suffisent pas, il reste les 30 milliards annuels d’exonérations sociales patronales, cet argent donné par la collectivité nationale pour faciliter l’embauche avec le bonheur que l’on sait dans un pays où le taux de chômage flirte aimablement avec les 10%.

Sinon, même sans arriver à se procurer le dictionnaire UMP-Français/Français UMP, les gens à qui on explique qu’il faut se serrer la ceinture vont bien finir par comprendre, comme le dit plaisamment l’agence Euro RSCG, qu’il y a « un grand hiatus. »


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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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