Pour François Hollande, donc, il n’y a plus de communistes en France. J’ai vainement cherché d’où a pu lui venir cette idée étrange. 120 000 militants encartés, un petit millier de communes, 12 députés, un groupe au Sénat, la présidence de deux départements et des sondages qui flirte avec les 10%. Et puis je me suis souvenu que François Hollande avait fait ses premières armes dans l’entourage de Jacques Delors, chrétien de gauche célèbre, dans la grande tradition cédétiste. Et peut-être François Hollande, lors d’un récent voyage dans le Nord de l’Italie est tombé sur cet avis de 1947, toujours visible sur les murs de l’Archevêché de Plaisance, qui lui a rappelé ses anciennes amours de la deuxième gauche toujours alliée, au bout du compte, au goupillon. Entraîné par l’exaltation que lui a fait retrouver un tel texte, il s’est du coup un peu trop lâché dans son intervention du Guardian. Voici le document :
Et sa traduction aimablement fournie par nos services :
Curie de l’évêché de Plaisance
Après le décret du Saint Office
Avis
Est péché grave:
1. S’inscrire au Parti communiste
2. Le favoriser en quelque manière, surtout par le vote
3. Lire la presse communiste
4. Diffuser la presse communiste
Donc, on ne peut plus recevoir l’absolution si l’on ne s’est pas repenti et fermement résolu à ne plus le commettre
Quiconque, inscrit au Parti communiste, en admet la doctrine marxiste, athée et antichrétienne et en fait la propagande est
APOSTAT DE LA FOI ET EXCOMMUNIÉ
et ne peut être absous que par le Saint Siège
Ce qui a été dit du Parti communiste doit s’étendre aux autres Partis qui font cause commune avec lui
Que le Seigneur éclaire et concède aux coupables dans une matière aussi grave, un total changement d’opinion, car c’est le salut même de leur âme qui est en danger?
Ce vendredi 13 janvier, à la veille d’élections présidentielle et législatives, les dirigeants du Parti démocrate progressiste (PDP) ont bon espoir. Le stade de Banqio, au cœur des immenses banlieues du « Nouveau Taipei » qui votent traditionnellement pour le parti au pouvoir, le Kuomintang (KMT), a fait le plein. 80 000 personnes hurlent leur fierté d’être taïwanais et de vivre en démocratie. Les caciques du parti d’opposition se succèdent sur scène, chacun dans son style − rocailleux et méridional pour l’un, hollywoodien pour l’autre, techno typique des docteurs des universités Ivy League dont regorge l’élite taïwanaise pour un troisième. Le rituel démocratique, en plein monde chinois, bat son plein.
Selon les derniers sondages, publiés dix jours avant les élections, les deux principaux candidats sont au coude-à-coude dans les intentions de vote. Le PDP, qui n’a jamais remporté les législatives, rêve de reconquérir la présidence, quatre ans après une cinglante défaite. Le sortant, Ma Ying-jeou, a signé un accord de libéralisation du commerce avec la Chine qui lui vaut d’être apprécié à Pékin, où on y voit la première étape vers l’unification, autant qu’à Washington, où on se réjouit que la tension s’apaise dans le détroit. Face à lui, Tsai Ying-wen, la présidente du PDP, est au contraire hostile à un rapprochement trop rapide avec la Chine. Elle a fait campagne sur les inégalités croissantes qui fracturent la classe moyenne taïwanaise. Au demeurant, les deux thématiques liées : chaque année, les entreprises taïwanaises investissent en Chine plusieurs milliards de dollars… dont est ainsi privé l’appareil productif local.
À Taïwan, les salaires stagnent, la précarité augmente… et l’immobilier explose, dopé par l’argent des nouveaux riches chinois qui, malgré l’interdiction légale, investissent en masse à Taipei, souvent via Hongkong. On retrouve ici la summa divisio entre gagnants et perdants de la mondialisation, bien connue dans nos contrées : les gagnants du rapprochement avec la Chine sont pour une bonne part les descendants des leaders nationalistes qui se sont installés dans l’île après la victoire communiste de 1949, mais ont conservé sur le Continent des réseaux fort utiles aux affaires ; les autres, qui assistent sans en profiter à l’enrichissement rapide des premiers, sont logiquement les plus attachés à l’identité nationale taïwanaise.[access capability= »lire_inedits »] Les mêmes causes produisant les mêmes effets, tous ceux qui manifestent quelque scepticisme quant aux vertus de la coopération politico-économique avec la Chine sont ringardisés par les milieux d’affaires, lesquels ne sont pas peu fiers de leur contribution à l’édification de l’économie chinoise. Ici comme ailleurs, le snobisme est un puissant affect politique.
Le gouvernement n’hésite pas à jouer de la grosse caisse sur le thème « la Chine ou le chaos », expliquant que Taïwan ne peut lutter seule dans la compétition mondiale et qu’avec la crise qui sévit en Europe, aux États-Unis et au Japon, la seule chance du pays est de s’arrimer fermement à la locomotive chinoise. Comme le souligne Franck Muyard, chercheur au Centre d’études français sur la Chine contemporaine (CEFC), un train dont la locomotive est bien moins moderne que les wagons relève de l’hérésie économique. Peu importe, pour une partie de la population, l’avenir, c’est l’Eldorado chinois. Il faut dire qu’en plus de faire bon accueil aux investissements, la Chine absorbe 40% des exportations taïwanaises. Ajoutons que plus d’un million de Taïwanais vivent en Chine et que, depuis l’ouverture de l’île au tourisme chinois, en 2008, 3 millions de Chinois ont visité Taïwan.
Tsai, la candidate de l’opposition, ne dispose pratiquement d’aucun soutien dans les milieux d’affaires locaux, ni d’ailleurs à l’étranger, sinon celui que lui apporte discrètement le Japon, qui redoute la vigueur de l’emprise chinoise sur Taïwan. Elle doit donc, pour sa campagne, se contenter des ressources de ses militants. Son rival, en revanche, bénéficie de la force de frappe du KMT, qui a sans doute perdu, ces dernières années, son titre de parti le plus riche au monde au profit de son vieil ennemi, le Parti communiste chinois (PCC). Désormais, les frères ennemis jouent dans le même camp et stigmatisent à l’unisson l’aventurisme politique d’une opposition qui incarne la voie singulière de Taïwan, tracée par les deux prédécesseurs de l’actuel président, Chen Shui-bian, seul chef de l’État issu du PDP, aujourd’hui emprisonné pour des faits de corruption plutôt obscurs, et Lee Teng-hui, le « père de la démocratie taïwanaise ».
À Banqiao, après plusieurs heures de meeting, le vieux Lee monte enfin sur scène. Il a beau avoir 89 ans et souffrir d’un cancer, son discours électrise l’assistance. « Je vous confie le destin de Taïwan », lance-t-il à Tsai Ying-wen en taïwanais, la langue maternelle de la majorité des habitants de l’île, dont l’usage ne cesse de régresser au profit du très officiel mandarin.
Le lendemain, l’euphorie tourne à la gueule de bois. La peur de la Chine et de l’isolement, l’intérêt économique des classes dirigeantes et leur snobisme mondialiste ont permis à Ma d’être confortablement réélu, avec 51,6% des voix contre 45,6% à son adversaire. Et le PDP reste minoritaire au Parlement, où il passe cependant de 32 sièges à 40 sur un total de 113.
La surprise, cependant, vient du parti de Lee, le très indépendantiste Taiwan Solidarity Union (TSU), qui a obtenu 9% des votes aux législatives, beaucoup plus que ce que lui accordaient les sondeurs. Retour du refoulé nationaliste ? De fait, le PDP a mis en sourdine sa traditionnelle « sinophobie » − de nature exclusivement politique, l’immense majorité des Taïwanais étant ethniquement et culturellement chinois. Par les temps qui courent, s’en prendre à la Chine est plutôt mal vu, et même très politiquement incorrect. Au cours d’un meeting du PDP, un vieux militant qui, en réponse à un journaliste, s’était lancé dans une diatribe sur l’arrogance des Chinois a été brutalement interrompu par le service d’ordre.
C’est qu’à Pékin, on s’impatiente. Les dirigeants chinois n’entendent pas en rester des siècles durant au « consensus de 1992 » : ce modèle de casuistique politique affirmait que Taipei et Pékin s’accordaient sur l’existence d’une seule Chine assortie de « plusieurs interprétations »… Il s’agit désormais de passer à l’étape suivante. Aussi les stratèges les plus subtils du KMT proposent-ils de « dépasser la vieille notion européenne de souveraineté, dont les Européens eux-mêmes ne veulent plus ». En clair, il s’agit de ficeler un arrangement politique avec une Chine de plus en plus puissante, avec la neutralité bienveillante des États-Unis. Peu importe que la population taïwanaise soit massivement attachée à l’indépendance de fait de l’île et à la démocratie. Dans les cercles autorisés de Taipei, qui subissent quotidiennement la pression chinoise, on justifie les renoncements à venir à coup de postures postmodernes décrétant que la nation et la démocratie sont des concepts du passé. Le pire, c’est qu’ils ont peut-être raison.
Lee Teng-hui, l’irrédentiste
Démocrate, chrétien, et taïwanais de souche : trois bonnes raisons d’être anticommuniste
Le destin de Lee est indestructiblement lié à celui de l’île dont il défend opiniâtrement la souveraineté. Né à Taïwan pendant la colonisation japonaise, il a étudié à Kyoto puis intégré l’armée impériale japonaise avant de devenir brièvement membre du Parti communiste chinois en 1946, après le départ du Japon de Taïwan. Il aurait pris part aux émeutes du 28 février 1947, durant lesquelles les Taïwanais ont violemment affronté les membres du Kuomintang (KMT), au pouvoir, qu’ils considéraient comme des envahisseurs : la répression fit de 10 000 à 30 000 victimes.
Après des études aux États-Unis, Lee devient un spécialiste reconnu de l’agriculture à Taïwan. Dans les années 1960, il est coopté par le KMT dont il finit par prendre la tête avant de devenir le premier président taïwanais élu au suffrage universel. En 2000, il est exclu du KMT qui a opéré un retournement tactique, misant sur le rapprochement avec l’ennemi communiste pour réussir par la paix ce qu’il a échoué à obtenir par la guerre : l’unification de la Chine. À partir de ce moment-là, il est la figure tutélaire de l’opposition et l’incarnation de l’indépendance taïwanaise.
Peu de gens savent que Lee s’est converti au christianisme en 1961. En 1994, alors qu’il était président, il n’a pas hésité à se présenter comme un Moïse asiatique guidant son peuple au-delà de la mer Rouge − en l’occurrence le détroit de Taïwan − à l’abri de la tyrannie du pharaon chinois, afin d’y bâtir un nouveau pays. La guerre civile est une guerre des dieux opposant le Léviathan chinois au Dieu libérateur judéo-chrétien. Pékin découvre, en même qu’une bonne partie de l’appareil du KMT, que son vieil ennemi le parti nationaliste, pourtant en voie de devenir un partenaire, est dirigé par un séparatiste qui invoque le Dieu des Occidentaux pour saboter l’unité de la nation. On dit que Jiang Zemin, qui dirigeait alors le PCC, piqua une colère mémorable.[/access]
Que se passe-t-il dans la tête des Mollahs ? Comment les dirigeants iraniens raisonnent-ils ? Voilà deux questions qui depuis quelques années taraudent l’esprit des chefs d’Etats occidentaux et celui de leurs responsables militaires et diplomatiques. Certaines chancelleries prétendent que les leaders iraniens sont de formidables stratèges, des négociateurs aguerris, ce qui en ferait à la fois des adversaires redoutables et des acteurs conscients de la réalité et des rapports de forces. Pour ceux-là, un Iran doté de l’arme nucléaire ne différerait guère de l’URSS ou de la Chine voire stabiliserait le Moyen-Orient par le jeu de la dissuasion. Leurs détracteurs rétorquent que la bipolarité Iran/Israël deviendrait assez rapidement multipolaire avec, à côté de la bombe chiite, de plus en plus de bombes sunnites. Or, ceux qui veulent empêcher à tout prix un Iran nucléaire craignent surtout qu’à Téhéran, les décisions ne soient pas uniquement motivées par des considérations raisonnables et que les décideurs aient une vision du monde trop différente pour faire émerger un langage stratégique commun. Dit plus brutalement, depuis déjà quelques années, l’Iran donne l’impression d’être une puissance dirigée par des fous de Dieu capables de commettre de monumentales erreurs de jugement et de prendre des risques démesurés. Les événements de ces derniers mois, et notamment la récente série d’attentats contre des représentants diplomatiques israéliens, renforcent malheureusement cette seconde thèse : les responsables iraniens semblent irresponsables…
Cette semaine, dans l’espace de 48 heures, au moins trois opérations ont été menées par les services iraniens : à Tbilissi en Géorgie et à New Delhi en Inde, les voitures de diplomates israéliens ont été attaquées, à Bangkok, le commando qui préparait un attentat contre l’ambassadeur d’Israël en Thaïlande a été cueilli par les autorités locales à la suite d’un « accident du travail » qui a déclenché la charge explosive avant l’heure. A ces trois tentatives toute récentes il faut ajouter deux autres projets similaires en Thaïlande et en Azerbaïdjan, déjoués au dernier moment. Cette vague d’attaques simultanées devait de toute évidence aboutir à l’assassinat d’une poignée de diplomates israéliens.
L’exécution très médiocre de ces attentats et la prise de risque opérationnelle des commanditaires (à Bangkok, les membres du commando possédaient des passeports iraniens et dans les autres cas, les liens avec Téhéran et/ou le Hezbollah étaient évidents) laissent l’observateur perplexe. Mais le plus étonnant, c’est bien la prise de risque stratégique. Que les Iraniens se contrefichent de la réaction de l’Azerbaïdjan, de la Géorgie et de la Thaïlande, on peut le comprendre. Dans le pur calcul cynique des rapports de force, ces trois pays ne pèsent pas lourd et leur territoire peut donc devenir un « terrain de jeu » pour les dirigeants iraniens. Mais l’Inde est une autre paire de manches. Pilier du « BRIC », puissance militaire et économique non négligeable et surtout important client du pétrole iranien qu’elle paie en or (!) et non en dollars, l’Inde est le dernier pays auquel Téhéran devrait chercher querelle. Et pourtant ! L’attentat maladroit perpétré à New Delhi va certainement indisposer le gouvernement indien à un moment pour le moins délicat pour une République Islamique à cours d’alliés.
Le comportement iranien rappelle une autre affaire, celle du projet d’attentat (avorté) contre l’ambassade d’Arabie Saoudite. Pour mémoire, les autorités américaines avaient accusé en octobre les pasdarans[1. Gardiens de la révolution.], piliers du régime iranien, et leur branche opérationnelle, la force Al-Qods, d’avoir recruté deux Iraniens (dont un naturalisé américain) pour assassiner l’ambassadeur saoudien. L’un d’entre eux était entré en contact avec des narcotrafiquants mexicains qu’il avait embauchés pour exécuter ce crime moyennant 1,5 million de dollars dont 100 000 avaient été déjà versés sur leur compte. Quand l’affaire avait été rendue publique, beaucoup d’observateurs se montraient sceptiques. L’amateurisme du projet était criant, le risque de complications possibles très élevé et surtout les gains en cas de succès difficiles à comprendre. Même si un tueur à gages avait réussi à assassiner l’ambassadeur saoudien à Washington, en quoi cet « exploit » aurait-il fait avancer les intérêts iraniens ?
Si l’Iran avait réussi son coup, cela signifierait-il que la mort d’un ambassadeur israélien ou l’assassinat de quelques Loubavitch valent le coup de déclencher une crise majeure avec l’Inde ? Même en se mettant à la place des dirigeants iraniens, il est difficile de comprendre la logique derrière leur stratégie. S’il s’agit de venger Imad Moughniyeh (l’un des dirigeants du Hezbollah, mort dans l’explosion de sa voiture à Damas en 2008) et les meurtres de plusieurs de ses scientifiques, peut-on croire que la mort d’un conseiller d’ambassade dissuade qui que ce soit d’éliminer le chef militaire de la milice chiite libanaise ou des experts nucléaires iraniens de haut vol ?
Les amateurs de théories du complot peuvent toujours conclure que cette maladresse apparente cache une manœuvre habile de Téhéran. Pour les autres, force est de reconnaître que Téhéran se montre paniqué, malhabile voire affolé, au point de commettre une série d’erreurs très graves et de compromettre sérieusement ses propres intérêts vitaux. Il n’y a donc plus de place au doute : les Iraniens délirent. A l’instar de leur ancien ennemi, Saddam Hussein, qui en 1990 et dans la période 2002-2003, s’était révélé un piètre stratège, les Iraniens réagissent aujourd’hui précipitamment, prenant des risques démesurés pour atteindre des objectifs complètements déments. Dans ces conditions, l’instauration d’un équilibre des forces au Moyen-Orient est tout simplement impossible. Il ne s’agit pas de priver la nation iranienne de quoi que ce soit mais de constater qu’à la lumière de son comportement, l’élite politique et militaire de la République Islamique d’Iran serait tout bonnement incapable de gérer l’arme nucléaire.
A lire l’éclairage constitutionnel de Frédéric Rouvillois, l’on comprend que les projets de référendum de Nicolas Sarkozy resteront des vœux pieux. Mieux, ils ne se justifient que par les cries d’orfraie de la gauche, scandalisée que l’on confie directement au peuple des affaires aussi sérieuses que l’immigration ou la formation des chômeurs.
Rassurez-vous braves gens, comme l’a intelligemment souligné la sénatrice socialiste Marie-Noëlle Lienemann, on sait ce que le président de la République fait des décisions du peuple souverain depuis le fameux traité de Lisbonne, resucée parlementaire du Traité Constitutionnel Européen rejeté par- excusez du peu- plus de 55% du corps électoral, mais néanmoins adopté par le Parlement réuni en Congrès, avec l’approbation d’un certain François Hollande.
De toute façon, vu sa posture inconfortable à deux mois de l’élection, le président sortant a peu de chances de soumettre quoi que ce soit au jugement des Français, sinon la vente de ses mémoires du quinquennat chez XO Editions.
Et dans l’hypothèse improbable d’une réélection, si deux référendums (dont on attend de connaître les questions exactes…de préférence autres que « êtes-vous pour la résorption du chômage et l’intégration réussie des immigrés ? ») finissaient par se tenir en échappant à la censure du Conseil Constitutionnel, si par hasard la majorité des électeurs désavouait la consigne de vote de leur président nouvellement réélu, l’on connaît le fin mot de l’histoire.
Comme toujours, ce sont nos amis poètes de la présipauté de Groland qui vendent la mèche, remontant du même coup le niveau général de la profession :
C’était trois jours avant la Saint-Valentin. Dans Le Figaro Magazine, Nicolas Sarkozy, s’adressant à la France comme un amant infidèle à son amoureuse déçue, lui jurait les yeux dans les yeux qu’il avait changé, qu’il avait compris, que cette fois, on ne l’y reprendrait plus : il lui rendrait la parole si elle acceptait de le reprendre. Cette fois, on allait voir ce qu’on allait voir, les référendums allaient se multiplier, le peuple pourrait enfin s’exprimer sur des sujets qui le concernent directement : l’emploi, la fonction publique, et même l’immigration. L’infidèle d’hier serait désormais un modèle. C’est ce qu’il vient de lui redire à l’oreille, devant Laurence Ferrari, en déclarant sa candidature – assurant que pour son éventuel second quinquennat, il a en tête « une idée centrale » : « Redonner la parole au peuple français par le référendum ».
Mais ce repentir tardif est-il vraiment sincère ? En somme, peut-on croire qu’en cas de réélection, le président donnera effectivement la parole à ce peuple qu’André Tardieu, sous la IIIe République, nommait « le souverain captif », précisément parce qu’il était privé de référendum ? Tout le monde peut changer, même un Don Juan des urnes. Mais on doit tout de même convenir que ni le passé, ni le présent n’augurent, pour l’institution référendaire, d’un avenir radieux en cas de réélection.
Le passé, d’abord, laisse planer quelques doutes sur les promesses du Président. C’est sur ce point, du reste, que Jean-Michel Aphathie, le 15 au matin, s’est amusé à cuisiner Madame le ministre Nadine Morano. Nicolas Sarkozy, accusait le journaliste, n’a organisé aucun référendum en cinq ans : pourquoi en irait-il autrement dans les cinq ans qui viennent ? A quoi Mme le ministre rétorqua du tac au tac – ce qui figurait vraisemblablement sur les petites fiches en bristol apportées pour l’occasion -, que pas du tout, il en avait fait trois. Trois ! Stupeur d’Aphathie, qui se demande s’il n’a pas loupé un épisode. Oui, trois référendums, précise Mme Morano : en Corse, le 6 juillet 2003, à Mayotte, le 29 mars 2009, et puis en Guyane, le 10 janvier 2010. Rires discrets dans la salle : le premier fut organisé par Jacques Chirac ; en outre, deux des trois « référendums » cités ont été des échecs, ce qui, aux yeux de leur initiateur, ne plaide pas vraiment en faveur du mécanisme ; enfin et surtout, il ne s’agissait évidemment pas de référendum. Ni au sens propre, puisqu’un référendum consiste à interroger le peuple dans sa totalité, et non pas les seuls habitants d’une collectivité territoriale, ni au regard du droit, la constitution, qui prévoit ce type de consultation dans ses articles 72-1 alinéa 5 et 72-4 alinéa 2, se gardant bien de les qualifier de référendum.
Jean-Michel Apathie, faisant preuve de sa mansuétude bien connue, renonça à pousser le bouchon plus loin avec Madame le ministre. Il aurait pourtant pu évoquer, parmi les indices négatifs, la grande révision du 23 juillet 2008.
Cette révision, qui modifie en profondeur la constitution de la Ve république, et qui concerne donc très directement le peuple souverain, n’a cependant pas été adoptée par référendum, mais par la voie du congrès : une procédure qui, à l’origine, était réservée exclusivement aux révisions trop mineures pour que l’on dérange le peuple. En outre, cette révision du 23 juillet 2008, voulue et portée à bout de bras par le président, a eu notamment pour objectif de neutraliser le référendum obligatoire de l’article 88-5 issu de la révision du 1er mars 2005, qui obligeait à consulter les Français en cas d’entrée de nouveaux Etats dans l’Union européenne. Désormais, il existe une alternative parlementaire, ce qui fait que, très vraisemblablement, les Français ne seront jamais consultés sur ces questions.
La révision de 2008 prévoit, il est vrai, une innovation apparemment intéressante, un référendum d’initiative populaire inscrit dans le nouvel article 11 alinéa 3. Sauf qu’en réalité, il ne s’agit pas d’un référendum d’initiative populaire, mais d’un référendum d’initiative parlementaire appuyé par un dixième des électeurs inscrits. Une procédure si lourde, si complexe et potentiellement si décevante, qu’elle n’a pratiquement aucune chance d’être jamais organisée. Une procédure pour laquelle fut d’ailleurs prévue, en juillet 2008, l’adoption d’une loi organique qui, bientôt quatre ans plus tard, n’a toujours pas été adoptée – ce qui indique une certaine… nonchalance des pouvoirs publics sur ce point.
À ce propos, M. Apathie aurait pu enfin évoquer la ratification parlementaire du Traité de Lisbonne en février 2008, lequel reprend l’essentiel ce que les Français avaient refusé par référendum le 29 mai 2005, en disant massivement non au Traité sur la constitution européenne. En l’occurrence, le respect élémentaire du principe démocratique exigeait que l’on consulte à nouveau les Français. Mais la chose était risquée : d’où, le choix de renoncer, une fois de plus, à la glorieuse incertitude du référendum.
En somme, le passé augure mal de l’avenir. D’autant que les promesses elles-mêmes manquent de crédibilité. Ainsi, la presse a-t-elle évoqué la possibilité d’un référendum sur l’immigration : mais celui-ci serait vraisemblablement jugé contraire à la constitution, l’article 11 disposant que le président de la République « peut soumettre au référendum tout projet de loi portant (…) sur des réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale de la nation et aux services publics qui y concourent ». En l’espèce, ce n’est pas le cas, ce qui signifie que le Conseil constitutionnel, obligatoirement saisi, invaliderait d’emblée le projet de loi référendaire.
Même chose à propos de la « règle d’or » évoquée par Mme Morano : celle-ci ne pourrait être introduite dans la constitution par voie de référendum que selon la procédure de l’article 89 alinéa 2, qui suppose au préalable un vote conforme des deux chambres. Ce qui signifie que, même en cas de victoire de Nicolas Sarkozy aux élections présidentielles, puis de l’UMP aux législatives, la nouvelle majorité de gauche du Sénat empêcherait, en toute hypothèse, l’inscription de la « règle d’or » dans la constitution.
En conclusion, le référendum, « parangon de notre démocratie », paraît plutôt mal barré, comme dit le poète. Voilà pourquoi il ne faut pas toujours croire les messieurs qui vous disent des choses gentilles et vous promettent, les yeux dans les yeux, qu’ils vont changer, et que maintenant, ça ne sera plus comme avant…
Il y a cinq ans, Sarkozy avait emporté ma voix en prononçant le mot « civilisation ». Entre autres. Les promesses alléchantes de « nettoyage au kärcher » et de « débarrassage de racaille » avaient déjà retenu toute mon attention, mon adhésion, mon affection, mais dans le discours du candidat, c’est la « civilisation » qui avait raflé la mise. Il m’avait semblé alors qu’on élevait un peu le débat, qu’on abordait une question sensible, existentielle et même ─ était-ce déjà un gros mot en 2007 ? ─ identitaire. Il est toujours bon d’entendre un homme politique expliquer comment et combien il compte dégraisser le mammouth, affréter des charters ou tenter de réduire le droit de grève absolu de droit divin, mais il ne s’agit là que de redresser des comptes, d’appliquer la loi ou de corriger des abus. Évidemment, nos dirigeants doivent être comptables, mais pas seulement. Après tout, « Qui sommes-nous ? Où allons-nous et quel est le sens de la France ? », sont des questions qui en valent bien d’autres.
Elles m’ont manqué ces derniers mois. Le débat politique a eu tendance à s’enliser fastidieusement dans l’intendance. La crise, l’euro, l’Europe, la dette, la banque, la note, les taux, les déficits, l’emploi et le pouvoir d’achat… Entre ma télé et ma radio, j’ai fini par en avoir la nausée, la même vague envie de vomir que quand j’entre dans un hypermarché. J’en étais même arrivé à souhaiter que, dans son malheur, en devenant un peu plus pauvre, notre pays reste un phare de notre civilisation mais cesse d’être cet Eldorado de consommation et de droits en tous genres que le monde entier, en traversant les frontières, montre qu’il nous envie. Moins riches, moins envahis ? On peut en rêver. Bref, au moment où le consensus sur la nécessité de réindustrialiser le pays atteignait des sommets dans l’assommant (où donc est passée la société de services ? En tout cas pas dans les excuses de Jacques Attali qui nous l’avait promise), Claude Guéant est venu me sortir de mon ennui, créant un clivage dans le monde politique et un malaise dans la nation en déclarant : « Nous devons protéger notre civilisation » … « Je ne pense pas que toutes les civilisations se valent. »[access capability= »lire_inedits »]
La première affirmation relève de l’évidence : si nous aimons notre patrimoine et notre mode de vie, ou si nous le préférons à ce qui se fait ailleurs, nous devons le conserver. Les Indiens d’Amérique, les Nippons ou encore Winston Churchill se sont battus pour protéger leur civilisation : les uns ont perdu et disparu, d’autres ont vaincu et survécu mais tous étaient déterminés à protéger ce qu’ils aimaient et ce qu’ils étaient, des valeurs et des codes. Instinct de survie, et pour certains bas instincts mais pas seulement, peut-être aussi exigence du cœur et de l’âme de ne pas voir son monde décliner ou régresser.
D’autres civilisations se sont éteintes de leur belle mort, avec les siècles, délaissées par les hommes. Les croyances ont été abandonnées, les pratiques culturelles transformées. En devenant gallo-romains, les Gaulois ont perdu le tribalisme et beaucoup gagné. Les hommes qui ont fait ces choix de civilisation ont commencé à bâtir un monument dont nous héritons, enrichi depuis lors de lois contre l’arbitraire, affiné de laïcité, de liberté, d’humanisme, d’égalité et de protections pour les plus faibles. Ces fiers guerriers moustachus qui nous servent à tous d’ancêtres ont rompu avec leurs traditions, comme nos parents se sont mis à écouter Elvis Presley, parce qu’ils ont préféré ce qui venait d’ailleurs.
Avant de savoir si nous devons protéger notre civilisation, nous devons donc nous demander si nous ne préférons pas ce qui vient d’ailleurs. Je ne vais pas faire un inventaire comparé, bien que j’aime cet exercice au-delà du raisonnable et du cadre légal, mais quand même. Qui, élevé dans la culture française, a envie de cinéma bollywoodien, de transition démocratique africaine ou de sexualité islamique ? Les adeptes du multiculturalisme ? Je n’en suis même pas sûr.
Alors, devons-nous protéger notre civilisation de ces évolutions possibles ? Pour le monde, je ne dis pas, mais en France nous pouvons encore préférer ce que nous jugeons bon pour nous et refuser les pratiques culturelles contraires à l’idée que nous nous faisons d’un monde civilisé. Reste à définir, par le débat, celles qui peuvent être françaises et celles qui ne le peuvent pas. Pour la burqa, le peuple, par la voix de ses représentants, a dit non. Avec la gauche, nous n’aurions eu ni débat ni interdiction, le vivre-ensemble dans la tolérance ne tolère pas la discussion. Pour les partisans du métissage planétaire, il est interdit de préférer, de choisir, il est interdit d’interdire.
C’est en osant comparer la valeur des civilisations que le ministre de l’Intérieur a affolé le braillomètre (compteur Geiger mesurant l’indignation des antiracistes et droits-de-l’hommistes) et provoqué les réactions de la gauche qui y a vu une provocation électoraliste ─ comme c’est original ! Notons que la polémique porte sur des questions de civilisation, donc de culture, ce qui signifie au moins que les grilles de lecture ethno-racialistes n’ont plus cours en France : n’est-ce pas une victoire de la République ?
Quant au fond du propos de Guéant, on peut se demander longtemps qui a la meilleure civilisation sur Terre, mais une telle compétition tiendra sans doute de l’Eurovision. Chacun portera les couleurs de la sienne contre celle des autres et, après tout, il n’y a pas dans l’espace d’autorité pour décréter que la lapidation vaut mieux que la pension alimentaire ou que le libre choix du conjoint est préférable au mariage arrangé.
Cela dit, s’il paraît naturel que chacun préfère la civilisation, j’observe tout de même que beaucoup semblent préférer la mienne. Le sens des migrations est un bon indice du penchant des peuples. Or, si on compte de nombreux Français d’origine africaine, peu de Parisiens, même parmi les auteurs de Terra Nova, sont partis faire souche à Dakar ou Bamako.
À quoi rêvent les hommes et les femmes qui choisissent la France ? La civilisation du « care » chère à la gauche et encore plus aux finances du pays, faite de droits et d’allocations, de logements et de soins, y est sans doute pour quelque chose – et après tout, pour nombre de « Français de souche », l’État-providence est le cœur du modèle français. Espérons que, pour une partie des arrivants, le désir d’être français s’élève au-dessus de ces contingences. Quoi qu’il en soit, c’est à nous d’exiger, en échange de ce mieux que nous offrons, un engagement de devenir des Français de culture et pas seulement de papier. C’est ainsi que nous protégerons notre civilisation et le rêve de tous ceux qui viennent en France pour y trouver les Lumières. Pour ne froisser personne, le multiculturalisme prétend au contraire que tout se vaut et que la France est un hôtel où tout le monde peut prendre une chambre et vivre comme il l’entend.
C’est le contraire d’une exigence, c’est l’abandon de sa civilisation.
Les derniers arrivés feront-ils de bons Français ? Je n’ai pas de réponse à cette question qui pourrait être un enjeu de civilisation, et j’ai bien peur que Messieurs Guéant et Sarkozy n’en aient pas non plus. Dans une France en difficulté avec l’intégration de ses nouveaux Français, ils ont pourtant octroyé 200 000 titres de séjour l’an dernier. Pendant qu’ils parlent de protéger la civilisation, les Chinois travaillent et le tiers-monde afflue. Alors je suis sensible à leurs lettres, mais beaucoup moins à leurs chiffres. Pour ma voix, cette fois-ci, « ça va pas le faire » comme on dit à Sciences Po. Je veux bien qu’on me prenne par les sentiments, mais pas deux fois.[/access]
La guerre sociale est impitoyable et le code du travail semble parfois plus dur à appliquer que le Règlement Général des Armées dont l’article 8 prévoit que le subordonné « ne doit pas exécuter un ordre prescrivant d’accomplir un acte manifestement illégal ». S’il avait su, l’infortuné Ludovic Bataille, vigile employé par Auvergne sécurité à la surveillance du magasin Tati de Dieppe, aurait sûrement préféré servir la Grande Muette qui semble un peu plus claire que la grande distribution en matière de relations hiérarchiques.
En juin 2011, Ludovic Bataille s’est aperçu que la directrice du magasin dieppois aimait se ravaler la façade gratos en piquant de pleins sacs de produits de beauté et en évitant les portiques de sécurité. Ludovic Bataille signale le fait à la maison mère de Tati qui le félicite dans un premier temps en lui indiquant par ailleurs que les faits sont connus. Le problème, c’est qu’au retour de ses congés d’été, Ludovic Bataille reçoit une lettre de licenciement pour faute grave et apprend par ailleurs que la directrice a déposé plainte pour diffamation. Et Ludovic, depuis, est au chômage. Alors qu’il attend des prud’hommes qu’ils jugent l’affaire, il constate non sans bon sens : « Quel est mon intérêt à inventer une histoire comme ça ? J’ai un travail à 5 minutes de chez moi, c’est parfait. Depuis 3 ans, je m’entends bien avec tout le monde. On me paye pour arrêter des voleurs. La directrice vole, je le signale. Apparemment, il ne faut pas. Nous, on est des tous petits par rapport à ces gens-là. En attendant, je suis sans travail »
En même temps, Ludovic, il est temps que tu apprennes que les chefs ne volent pas. Eventuellement, ils profitent de quelques avantages inhérents à leur fonction. Et puis si tu avais été malin au lieu d’être honnête, tu aurais demandé, toi aussi, ta part de rouge à lèvres.
Ces temps-ci, les occasions de parler comme un seul homme sont si rares à l’UMP qu’on ne boude pas son plaisir quand se présente une tête sur laquelle l’on peut taper à l’unisson. On y met tout son cœur. On redouble d’effort. Plus rien d’autre n’existe que le bruit sourd des petits poings s’abattant sur un crâne. Ils remontent. Les doigts se frôlent. Les adversaires d’hier, les concurrents de demain, tous communient dans la même érotique de l’unanimité tabassante mais retrouvée.
C’est ce qui s’est passé ce matin au bureau politique du parti présidentiel. L’ambiance était morose et la perspective pourtant imminente de la déclaration de candidature de Nicolas Sarkozy ne semblait pas réchauffer les cœurs. C’est alors que le sujet est arrivé sur la table : Christian Vanneste et ses assertions « négationnistes » sur la déportation des homosexuels français. Le député de Tourcoing a déclaré : « Il y a aussi des légendes qui sont répandues. Par exemple, il y a la fameuse légende de la déportation des homosexuels. Il faut être très clair là aussi. Manifestement Himmler avait un compte personnel à régler avec les homosexuels. En Allemagne, il y a eu la répression des homosexuels et la déportation qui a conduit à à peu près 30 000 déportés. Et il n’y en a pas eu ailleurs. Et notamment en dehors des trois départements annexés, il n’y a pas eu de déportation homosexuelle en France. »
Progressistes aussi bien que conservateurs, les caciques de l’UMP se rabibochèrent sur une fervente dénonciation de Christian Vanneste. Et chacun envoya sa propre lettre de cachet via Twitter : « Il faut le virer de l’UMP », écrivit Benoist Apparu. « Je condamne fermement les propos de Christian Vanneste. Il ne peut pas porter ni nos couleurs ni nos valeurs », trancha Nadine Morano, la ministre qui tweete plus vite que son ombre. Le député de Nice Eric Ciotti fut vindicatif : « Propos honteux de Vanneste ! J’ai demandé son exclusion de l’UMP en bureau politique », rejoint dans la même condamnation par Thierry Mariani, qui partage pourtant les bancs de la Droite populaire avec Vanneste.
Eric Woerth, Chantal Jouanno, Franck Riester : aucune voix ne manque pour condamner l’infâme Vanneste. Et la porte-parole de François Hollande, Delphine Batho, semble même en retrait par rapport à la droite en jugeant les propos du député de Tourcoing « non seulement homophobes mais aussi négationnistes ». Cerise sur le gâteau : le directeur de campagne de Marine Le Pen, Louis Aliot, dénonce une « vraie bêtise » et se paie le luxe de recommander à Vanneste de « relire ses livres d’histoire ».
Relisons-les. Les homosexuels français ont-ils été déportés pendant la Seconde Guerre mondiale ? L’affirmer, écrit l’historien Pierre Vidal-Naquet, serait « un mensonge ». Les seuls homosexuels à avoir été déportés sont les ressortissants allemands ou réputés tels par les autorités du Reich – c’est le cas des homosexuels alsaciens, province annexée de fait, comme celui des Autrichiens depuis l’Anschluss. Les nazis ne prirent même pas la peine de mettre au point un arsenal juridique spécial : ils déportèrent les homosexuels au nom du paragraphe 175 du Code pénal bismarckien, qui réprimait la bestialité et l’homosexualité dans le même mouvement. Pour plusieurs dizaines de milliers d’entre eux furent réservés les pires sévices, les expérimentations les plus cruelles, et, au final, la mort.
Les présupposés idéologiques sur lesquels se fonde l’homophobie d’Etat du IIIe Reich sont exposés par Goering lui-même en 1935 : « assurer la défense et la protection du sang allemand ». Himmler, pour sa part, parle de « maladie contagieuse » prompte à anéantir « la survie du peuple et de l’Etat allemands ». En définitive, les mêmes arguments sont amplement partagés par Mikhaïl Kalinine, président du Soviet suprême, qui signe en 1934 – trois mois avant le durcissement de l’application du paragraphe 175 par les nazis – un décret condamnant les rapports entre individus de sexe masculin de trois à huit ans de prison. Gorki écrit au même moment : « Dans les pays fascistes, l’homosexualité, qui est la ruine de la jeunesse, fleurit impunément. Un slogan circule en Allemagne : “Eliminez les homosexuels et le fascisme disparaîtra.” »
Il s’agit, bel et bien, pour les nazis, de « purifier la race » en exterminant les homosexuels. Himmler les estime à plus de 2 millions dans le Reich et il n’entend pas renâcler devant l’ampleur de la tâche. Quant aux autres peuples, dont le chef de la SS écrit qu’ils contiennent, comme l’Allemagne, « 7 à 8 % d’homosexuels », ce n’est pas son affaire : ils ne sont pas « aryens » et tout ce qui peut provoquer leur « dégénérescence » est souhaitable.
Aucun déporté français ne l’a été pour des raisons d’homosexualité. Cela ne signifie absolument pas qu’aucun homosexuel français n’ait été déporté. Mais s’il l’a été, c’est parce qu’il était alsacien-lorrain, juif, résistant ou tsigane.
Il apparaît donc que les propos de Christian Vanneste sont, en réalité, tout à fait conformes à la vérité historique. Ils sont même d’une exactitude déconcertante. Même Serge Klarsfeld, qui s’est exprimé en fin de matinée, reconnaît la justesse des assertions du député de Tourcoing. Mais la vérité, est-ce vraiment la question ? D’ailleurs, qu’est-ce qu’il connaît, Serge Klarsfeld, à la question de la déportation, en comparaison d’historiens de la Seconde Guerre mondiale aussi reconnus que Nadine Morano ou Jean-François Copé ? L’UMP ne va quand même pas prêter l’oreille à ce farfelu de Klarsfeld, dont tout laisse accroire qu’il ne dispose même pas d’un compte Twitter… Vanneste devrait chercher ses soutiens ailleurs !
Et puis, reconnaissons une chose. Monsieur Vanneste aurait pu faire preuve d’un peu plus de délicatesse. Il aurait pu compatir au sort des homosexuels français qui ont souffert pendant la Seconde Guerre mondiale. Tenez : Jean Cocteau fut tellement résistant qu’il consacra la guerre durant ses efforts à résister à la résistance. Abel Bonnard, ministre de l’Education de Pierre Laval, pâtit beaucoup du surnom de « gestapette » que ses opposants gaullistes (et homophobes) lui collèrent. Marcel Jouhandeau se dépensa également beaucoup pour tenter de faire oublier après 1945 le petit livre qu’il avait publié en 1938 et qui portait le sobre nom de Péril juif. Quant à Robert Brasillach, il fut fusillé, alors que son homosexualité se cantonnait essentiellement à l’admiration de la statuaire d’Arno Breker. Ne parlons même pas de Bernard Faÿ ou de Maurice Bardèche. Non, Christian Vanneste aurait dû montrer un peu plus de compassion et communier avec la doxa qui nous tient lieu de règle : l’homosexualité peut tout excuser.
Course de la Saint Valentin, parc des Buttes Chaumont. Photo : vincen-t
Nous vivons une époque résolument formidable. Ce qui est vraiment bien, c’est qu’elle s’occupe de nous. Ainsi, notre bureaucratie, qui est beaucoup plus prévenante et ouverte que la bureaucratie soviétique, ne nous laisse pas tomber. Le Service des Panneaux Lumineux de la Direction de l’Information et de la communication de la Ville de Paris a par exemple décidé, certainement mû par la louable envie de dépenser les deniers publics à des fins édifiantes, de ne pas laisser à l’abandon notre vie amoureuse, affective et sexuelle. Depuis peu, on peut donc voir quelque chose de fort intéressant sur les panneaux lumineux de la Ville de Paris, vous savez, ces grands machins qui vous rappellent en jaune sur gris, quand vous prenez le métro le matin, que l’air de Paris est super-pollué, que le Sida existe et qu’il faut absolument visiter la dernière exposition de machin parce que la France c’est l’essepsion cuturelle… Bref, sur ces panneaux qui ont le bon goût d’entretenir en chaque Parisien le citoyen participatif, on peut lire le message suivant :
« Mots doux, déclaration d’amour ou demande en mariage… : vous avez jusqu’au 8 février à minuit pour imaginer (en 160 caractères maximum), un message d’amour à envoyer à votre Valentin(e) ».
Messieurs les Parisiens, sachez-le, ne vous endormez pas sur vos lauriers : les Parisiennes énamourées attendaient impatiemment le jour fatidique. Les pacsés frémissaient eux aussi. Le bien-aimé inscrirait-il mon nom sur ces panneaux ? Aurait-il le courage de soumettre notre amour à la censure éclairée des fonctionnaires ? Jouerait-il à fond le jeu de la transparence ? Serais-je la star d’un jour ? Pourrait-il exprimer ses sentiments en 160 caractères, espaces compris ?
Le citoyen rangé se réjouit. Finies, ces déclarations d’amour sauvages, ces inscriptions indélébiles, ces « Je t’aime, Marie-Rose » dénués d’imagination, le tout dans un coeur maladroitement tracé à la bombe fluo. Finis, ces coeurs tracés voici quinze, vingt ans maintenant, et qui n’en finissent plus de dégouliner, donnant aux jeunes générations une image par trop sale de l’amour. Grâce à nos édiles, tout cela est désormais informatisé, et peut être effacé des villes et des mémoires aussi promptement que possible, ce qui est certainement un grand bien vu la rapidité du turn-over amoureux du Parisien moyen. C’est quand même gênant de passer devant l’expression naïve et touchante de l’amour que votre amant exprimait à son épouse au début de leur mariage. Pensons un peu aux maîtresses, que diable !
Si les propriétaires de murs sont aux anges, les taggers ne sont pas en reste : nos artistes urbains ont enfin pu déverser leur haine de la société sur des murs entiers non défigurés par l’amateurisme naïf et affligeant des disciples de Vénus !
Et puis, nous ne sommes pas embêtés par les fautes de goût : l’administration, dont on connaît l’expertise en matière de beaux-arts, a sélectionné pour nous les plus beaux messages. Mais, comme la mairie de Paris est quand même démocrate, comme elle veut discriminer sans discrimination, l’on peut donc voir tous les messages sur Internet. On s’en frotte les yeux !
Qu’on se le dise, cette Opération Saint-Valentin, c’est vraiment de la conscience citoyenne en marche. En effet, « pour le côté bon plan », nous apprenons que « l’association Sida Info Service, marraine de l’opération Saint-Valentin, a distribué des préservatifs féminins et masculins gratuits les 13 et 14 février sur son stand d’info au Forum des Halles. » C’est vraiment super-top : grâce à l’administration parisienne, les pauvres peuvent copuler gratuitement avec des séropositifs dans les couloirs du métro, tandis que les amoureux scrutent dans le froid de février les panneaux lumineux de la Ville de Paris à la recherche du sens de leur vie, et que les éconduits, seuls devant leur ordinateur, cherchent en vain une raison de ne pas se jeter à la Seine.
Fidèle à sa vocation progressiste, Sida Info Services comble les voeux des plus puritains des disciples d’Origène. Les romaines et païennes lupercales, célébrations orgiaques de la fécondité à faire rougir n’importe quel fier-de-son-cul, sont en passe de devenir la célébration officielle de la Stérilité assistée par l’industrie du plastique et l’administration.
En ces temps de crise, on ne pouvait décidément pas trouver meilleur emploi aux ressources de la bureaucratie parisienne. Merci Delanoë, grâce à toi l’anarchie amoureuse est enfin vaincue !
Venu lundi soir devant l’ambassade de Grèce à Paris pour exprimer sa solidarité avec la population après le vote d’un nouveau plan d’austérité par le Parlement grec, Nicolas Dupont-Aignan a pu tester en direct live l’imperméabilité de Jean-Luc Mélenchon et Olivier Besancenot au b.a.-ba des pratiques républicaines
En effet les petits camarades du candidat du Front de gauche à l’élection Présidentielle, et ceux de l’ancien porte-parole du Nouveau parti anticapitaliste ont expulsés manu militari le candidat souverainiste du rassemblement de plusieurs centaines de personnes qui se tenait avenue d’Iéna, au cri, notamment de « A bas les fachos ! ».
Ce n’est donc qu’à bonne distance du rassemblement, sur le trottoir d’en face (l’avenue d’Iéna est très très large), et sous les quolibets des « antifascistes » que NDA a pu dire trois mots aux caméras à savoir que les organisations de gauche « n’ont pas le monopole du soutien au peuple grec », avant d’ajouter, à l’adresse de Mélenchon-le-radical : « Je suis le seul à demander la sortie de l’euro pour la Grèce, qui est le seul moyen de les sortir de la difficulté. »
On pourra certes penser qu’il ne s’agissait là que de débordements, uniquement dus à quelques crétins incontrôlables. Sauf que si c’était le cas, le prolixe Jean-Luc se serait fendu d’un mot d’excuses, ou au moins d’explications sur son blog. On l’attend toujours…
Pour François Hollande, donc, il n’y a plus de communistes en France. J’ai vainement cherché d’où a pu lui venir cette idée étrange. 120 000 militants encartés, un petit millier de communes, 12 députés, un groupe au Sénat, la présidence de deux départements et des sondages qui flirte avec les 10%. Et puis je me suis souvenu que François Hollande avait fait ses premières armes dans l’entourage de Jacques Delors, chrétien de gauche célèbre, dans la grande tradition cédétiste. Et peut-être François Hollande, lors d’un récent voyage dans le Nord de l’Italie est tombé sur cet avis de 1947, toujours visible sur les murs de l’Archevêché de Plaisance, qui lui a rappelé ses anciennes amours de la deuxième gauche toujours alliée, au bout du compte, au goupillon. Entraîné par l’exaltation que lui a fait retrouver un tel texte, il s’est du coup un peu trop lâché dans son intervention du Guardian. Voici le document :
Et sa traduction aimablement fournie par nos services :
Curie de l’évêché de Plaisance
Après le décret du Saint Office
Avis
Est péché grave:
1. S’inscrire au Parti communiste
2. Le favoriser en quelque manière, surtout par le vote
3. Lire la presse communiste
4. Diffuser la presse communiste
Donc, on ne peut plus recevoir l’absolution si l’on ne s’est pas repenti et fermement résolu à ne plus le commettre
Quiconque, inscrit au Parti communiste, en admet la doctrine marxiste, athée et antichrétienne et en fait la propagande est
APOSTAT DE LA FOI ET EXCOMMUNIÉ
et ne peut être absous que par le Saint Siège
Ce qui a été dit du Parti communiste doit s’étendre aux autres Partis qui font cause commune avec lui
Que le Seigneur éclaire et concède aux coupables dans une matière aussi grave, un total changement d’opinion, car c’est le salut même de leur âme qui est en danger?
Ce vendredi 13 janvier, à la veille d’élections présidentielle et législatives, les dirigeants du Parti démocrate progressiste (PDP) ont bon espoir. Le stade de Banqio, au cœur des immenses banlieues du « Nouveau Taipei » qui votent traditionnellement pour le parti au pouvoir, le Kuomintang (KMT), a fait le plein. 80 000 personnes hurlent leur fierté d’être taïwanais et de vivre en démocratie. Les caciques du parti d’opposition se succèdent sur scène, chacun dans son style − rocailleux et méridional pour l’un, hollywoodien pour l’autre, techno typique des docteurs des universités Ivy League dont regorge l’élite taïwanaise pour un troisième. Le rituel démocratique, en plein monde chinois, bat son plein.
Selon les derniers sondages, publiés dix jours avant les élections, les deux principaux candidats sont au coude-à-coude dans les intentions de vote. Le PDP, qui n’a jamais remporté les législatives, rêve de reconquérir la présidence, quatre ans après une cinglante défaite. Le sortant, Ma Ying-jeou, a signé un accord de libéralisation du commerce avec la Chine qui lui vaut d’être apprécié à Pékin, où on y voit la première étape vers l’unification, autant qu’à Washington, où on se réjouit que la tension s’apaise dans le détroit. Face à lui, Tsai Ying-wen, la présidente du PDP, est au contraire hostile à un rapprochement trop rapide avec la Chine. Elle a fait campagne sur les inégalités croissantes qui fracturent la classe moyenne taïwanaise. Au demeurant, les deux thématiques liées : chaque année, les entreprises taïwanaises investissent en Chine plusieurs milliards de dollars… dont est ainsi privé l’appareil productif local.
À Taïwan, les salaires stagnent, la précarité augmente… et l’immobilier explose, dopé par l’argent des nouveaux riches chinois qui, malgré l’interdiction légale, investissent en masse à Taipei, souvent via Hongkong. On retrouve ici la summa divisio entre gagnants et perdants de la mondialisation, bien connue dans nos contrées : les gagnants du rapprochement avec la Chine sont pour une bonne part les descendants des leaders nationalistes qui se sont installés dans l’île après la victoire communiste de 1949, mais ont conservé sur le Continent des réseaux fort utiles aux affaires ; les autres, qui assistent sans en profiter à l’enrichissement rapide des premiers, sont logiquement les plus attachés à l’identité nationale taïwanaise.[access capability= »lire_inedits »] Les mêmes causes produisant les mêmes effets, tous ceux qui manifestent quelque scepticisme quant aux vertus de la coopération politico-économique avec la Chine sont ringardisés par les milieux d’affaires, lesquels ne sont pas peu fiers de leur contribution à l’édification de l’économie chinoise. Ici comme ailleurs, le snobisme est un puissant affect politique.
Le gouvernement n’hésite pas à jouer de la grosse caisse sur le thème « la Chine ou le chaos », expliquant que Taïwan ne peut lutter seule dans la compétition mondiale et qu’avec la crise qui sévit en Europe, aux États-Unis et au Japon, la seule chance du pays est de s’arrimer fermement à la locomotive chinoise. Comme le souligne Franck Muyard, chercheur au Centre d’études français sur la Chine contemporaine (CEFC), un train dont la locomotive est bien moins moderne que les wagons relève de l’hérésie économique. Peu importe, pour une partie de la population, l’avenir, c’est l’Eldorado chinois. Il faut dire qu’en plus de faire bon accueil aux investissements, la Chine absorbe 40% des exportations taïwanaises. Ajoutons que plus d’un million de Taïwanais vivent en Chine et que, depuis l’ouverture de l’île au tourisme chinois, en 2008, 3 millions de Chinois ont visité Taïwan.
Tsai, la candidate de l’opposition, ne dispose pratiquement d’aucun soutien dans les milieux d’affaires locaux, ni d’ailleurs à l’étranger, sinon celui que lui apporte discrètement le Japon, qui redoute la vigueur de l’emprise chinoise sur Taïwan. Elle doit donc, pour sa campagne, se contenter des ressources de ses militants. Son rival, en revanche, bénéficie de la force de frappe du KMT, qui a sans doute perdu, ces dernières années, son titre de parti le plus riche au monde au profit de son vieil ennemi, le Parti communiste chinois (PCC). Désormais, les frères ennemis jouent dans le même camp et stigmatisent à l’unisson l’aventurisme politique d’une opposition qui incarne la voie singulière de Taïwan, tracée par les deux prédécesseurs de l’actuel président, Chen Shui-bian, seul chef de l’État issu du PDP, aujourd’hui emprisonné pour des faits de corruption plutôt obscurs, et Lee Teng-hui, le « père de la démocratie taïwanaise ».
À Banqiao, après plusieurs heures de meeting, le vieux Lee monte enfin sur scène. Il a beau avoir 89 ans et souffrir d’un cancer, son discours électrise l’assistance. « Je vous confie le destin de Taïwan », lance-t-il à Tsai Ying-wen en taïwanais, la langue maternelle de la majorité des habitants de l’île, dont l’usage ne cesse de régresser au profit du très officiel mandarin.
Le lendemain, l’euphorie tourne à la gueule de bois. La peur de la Chine et de l’isolement, l’intérêt économique des classes dirigeantes et leur snobisme mondialiste ont permis à Ma d’être confortablement réélu, avec 51,6% des voix contre 45,6% à son adversaire. Et le PDP reste minoritaire au Parlement, où il passe cependant de 32 sièges à 40 sur un total de 113.
La surprise, cependant, vient du parti de Lee, le très indépendantiste Taiwan Solidarity Union (TSU), qui a obtenu 9% des votes aux législatives, beaucoup plus que ce que lui accordaient les sondeurs. Retour du refoulé nationaliste ? De fait, le PDP a mis en sourdine sa traditionnelle « sinophobie » − de nature exclusivement politique, l’immense majorité des Taïwanais étant ethniquement et culturellement chinois. Par les temps qui courent, s’en prendre à la Chine est plutôt mal vu, et même très politiquement incorrect. Au cours d’un meeting du PDP, un vieux militant qui, en réponse à un journaliste, s’était lancé dans une diatribe sur l’arrogance des Chinois a été brutalement interrompu par le service d’ordre.
C’est qu’à Pékin, on s’impatiente. Les dirigeants chinois n’entendent pas en rester des siècles durant au « consensus de 1992 » : ce modèle de casuistique politique affirmait que Taipei et Pékin s’accordaient sur l’existence d’une seule Chine assortie de « plusieurs interprétations »… Il s’agit désormais de passer à l’étape suivante. Aussi les stratèges les plus subtils du KMT proposent-ils de « dépasser la vieille notion européenne de souveraineté, dont les Européens eux-mêmes ne veulent plus ». En clair, il s’agit de ficeler un arrangement politique avec une Chine de plus en plus puissante, avec la neutralité bienveillante des États-Unis. Peu importe que la population taïwanaise soit massivement attachée à l’indépendance de fait de l’île et à la démocratie. Dans les cercles autorisés de Taipei, qui subissent quotidiennement la pression chinoise, on justifie les renoncements à venir à coup de postures postmodernes décrétant que la nation et la démocratie sont des concepts du passé. Le pire, c’est qu’ils ont peut-être raison.
Lee Teng-hui, l’irrédentiste
Démocrate, chrétien, et taïwanais de souche : trois bonnes raisons d’être anticommuniste
Le destin de Lee est indestructiblement lié à celui de l’île dont il défend opiniâtrement la souveraineté. Né à Taïwan pendant la colonisation japonaise, il a étudié à Kyoto puis intégré l’armée impériale japonaise avant de devenir brièvement membre du Parti communiste chinois en 1946, après le départ du Japon de Taïwan. Il aurait pris part aux émeutes du 28 février 1947, durant lesquelles les Taïwanais ont violemment affronté les membres du Kuomintang (KMT), au pouvoir, qu’ils considéraient comme des envahisseurs : la répression fit de 10 000 à 30 000 victimes.
Après des études aux États-Unis, Lee devient un spécialiste reconnu de l’agriculture à Taïwan. Dans les années 1960, il est coopté par le KMT dont il finit par prendre la tête avant de devenir le premier président taïwanais élu au suffrage universel. En 2000, il est exclu du KMT qui a opéré un retournement tactique, misant sur le rapprochement avec l’ennemi communiste pour réussir par la paix ce qu’il a échoué à obtenir par la guerre : l’unification de la Chine. À partir de ce moment-là, il est la figure tutélaire de l’opposition et l’incarnation de l’indépendance taïwanaise.
Peu de gens savent que Lee s’est converti au christianisme en 1961. En 1994, alors qu’il était président, il n’a pas hésité à se présenter comme un Moïse asiatique guidant son peuple au-delà de la mer Rouge − en l’occurrence le détroit de Taïwan − à l’abri de la tyrannie du pharaon chinois, afin d’y bâtir un nouveau pays. La guerre civile est une guerre des dieux opposant le Léviathan chinois au Dieu libérateur judéo-chrétien. Pékin découvre, en même qu’une bonne partie de l’appareil du KMT, que son vieil ennemi le parti nationaliste, pourtant en voie de devenir un partenaire, est dirigé par un séparatiste qui invoque le Dieu des Occidentaux pour saboter l’unité de la nation. On dit que Jiang Zemin, qui dirigeait alors le PCC, piqua une colère mémorable.[/access]
Que se passe-t-il dans la tête des Mollahs ? Comment les dirigeants iraniens raisonnent-ils ? Voilà deux questions qui depuis quelques années taraudent l’esprit des chefs d’Etats occidentaux et celui de leurs responsables militaires et diplomatiques. Certaines chancelleries prétendent que les leaders iraniens sont de formidables stratèges, des négociateurs aguerris, ce qui en ferait à la fois des adversaires redoutables et des acteurs conscients de la réalité et des rapports de forces. Pour ceux-là, un Iran doté de l’arme nucléaire ne différerait guère de l’URSS ou de la Chine voire stabiliserait le Moyen-Orient par le jeu de la dissuasion. Leurs détracteurs rétorquent que la bipolarité Iran/Israël deviendrait assez rapidement multipolaire avec, à côté de la bombe chiite, de plus en plus de bombes sunnites. Or, ceux qui veulent empêcher à tout prix un Iran nucléaire craignent surtout qu’à Téhéran, les décisions ne soient pas uniquement motivées par des considérations raisonnables et que les décideurs aient une vision du monde trop différente pour faire émerger un langage stratégique commun. Dit plus brutalement, depuis déjà quelques années, l’Iran donne l’impression d’être une puissance dirigée par des fous de Dieu capables de commettre de monumentales erreurs de jugement et de prendre des risques démesurés. Les événements de ces derniers mois, et notamment la récente série d’attentats contre des représentants diplomatiques israéliens, renforcent malheureusement cette seconde thèse : les responsables iraniens semblent irresponsables…
Cette semaine, dans l’espace de 48 heures, au moins trois opérations ont été menées par les services iraniens : à Tbilissi en Géorgie et à New Delhi en Inde, les voitures de diplomates israéliens ont été attaquées, à Bangkok, le commando qui préparait un attentat contre l’ambassadeur d’Israël en Thaïlande a été cueilli par les autorités locales à la suite d’un « accident du travail » qui a déclenché la charge explosive avant l’heure. A ces trois tentatives toute récentes il faut ajouter deux autres projets similaires en Thaïlande et en Azerbaïdjan, déjoués au dernier moment. Cette vague d’attaques simultanées devait de toute évidence aboutir à l’assassinat d’une poignée de diplomates israéliens.
L’exécution très médiocre de ces attentats et la prise de risque opérationnelle des commanditaires (à Bangkok, les membres du commando possédaient des passeports iraniens et dans les autres cas, les liens avec Téhéran et/ou le Hezbollah étaient évidents) laissent l’observateur perplexe. Mais le plus étonnant, c’est bien la prise de risque stratégique. Que les Iraniens se contrefichent de la réaction de l’Azerbaïdjan, de la Géorgie et de la Thaïlande, on peut le comprendre. Dans le pur calcul cynique des rapports de force, ces trois pays ne pèsent pas lourd et leur territoire peut donc devenir un « terrain de jeu » pour les dirigeants iraniens. Mais l’Inde est une autre paire de manches. Pilier du « BRIC », puissance militaire et économique non négligeable et surtout important client du pétrole iranien qu’elle paie en or (!) et non en dollars, l’Inde est le dernier pays auquel Téhéran devrait chercher querelle. Et pourtant ! L’attentat maladroit perpétré à New Delhi va certainement indisposer le gouvernement indien à un moment pour le moins délicat pour une République Islamique à cours d’alliés.
Le comportement iranien rappelle une autre affaire, celle du projet d’attentat (avorté) contre l’ambassade d’Arabie Saoudite. Pour mémoire, les autorités américaines avaient accusé en octobre les pasdarans[1. Gardiens de la révolution.], piliers du régime iranien, et leur branche opérationnelle, la force Al-Qods, d’avoir recruté deux Iraniens (dont un naturalisé américain) pour assassiner l’ambassadeur saoudien. L’un d’entre eux était entré en contact avec des narcotrafiquants mexicains qu’il avait embauchés pour exécuter ce crime moyennant 1,5 million de dollars dont 100 000 avaient été déjà versés sur leur compte. Quand l’affaire avait été rendue publique, beaucoup d’observateurs se montraient sceptiques. L’amateurisme du projet était criant, le risque de complications possibles très élevé et surtout les gains en cas de succès difficiles à comprendre. Même si un tueur à gages avait réussi à assassiner l’ambassadeur saoudien à Washington, en quoi cet « exploit » aurait-il fait avancer les intérêts iraniens ?
Si l’Iran avait réussi son coup, cela signifierait-il que la mort d’un ambassadeur israélien ou l’assassinat de quelques Loubavitch valent le coup de déclencher une crise majeure avec l’Inde ? Même en se mettant à la place des dirigeants iraniens, il est difficile de comprendre la logique derrière leur stratégie. S’il s’agit de venger Imad Moughniyeh (l’un des dirigeants du Hezbollah, mort dans l’explosion de sa voiture à Damas en 2008) et les meurtres de plusieurs de ses scientifiques, peut-on croire que la mort d’un conseiller d’ambassade dissuade qui que ce soit d’éliminer le chef militaire de la milice chiite libanaise ou des experts nucléaires iraniens de haut vol ?
Les amateurs de théories du complot peuvent toujours conclure que cette maladresse apparente cache une manœuvre habile de Téhéran. Pour les autres, force est de reconnaître que Téhéran se montre paniqué, malhabile voire affolé, au point de commettre une série d’erreurs très graves et de compromettre sérieusement ses propres intérêts vitaux. Il n’y a donc plus de place au doute : les Iraniens délirent. A l’instar de leur ancien ennemi, Saddam Hussein, qui en 1990 et dans la période 2002-2003, s’était révélé un piètre stratège, les Iraniens réagissent aujourd’hui précipitamment, prenant des risques démesurés pour atteindre des objectifs complètements déments. Dans ces conditions, l’instauration d’un équilibre des forces au Moyen-Orient est tout simplement impossible. Il ne s’agit pas de priver la nation iranienne de quoi que ce soit mais de constater qu’à la lumière de son comportement, l’élite politique et militaire de la République Islamique d’Iran serait tout bonnement incapable de gérer l’arme nucléaire.
A lire l’éclairage constitutionnel de Frédéric Rouvillois, l’on comprend que les projets de référendum de Nicolas Sarkozy resteront des vœux pieux. Mieux, ils ne se justifient que par les cries d’orfraie de la gauche, scandalisée que l’on confie directement au peuple des affaires aussi sérieuses que l’immigration ou la formation des chômeurs.
Rassurez-vous braves gens, comme l’a intelligemment souligné la sénatrice socialiste Marie-Noëlle Lienemann, on sait ce que le président de la République fait des décisions du peuple souverain depuis le fameux traité de Lisbonne, resucée parlementaire du Traité Constitutionnel Européen rejeté par- excusez du peu- plus de 55% du corps électoral, mais néanmoins adopté par le Parlement réuni en Congrès, avec l’approbation d’un certain François Hollande.
De toute façon, vu sa posture inconfortable à deux mois de l’élection, le président sortant a peu de chances de soumettre quoi que ce soit au jugement des Français, sinon la vente de ses mémoires du quinquennat chez XO Editions.
Et dans l’hypothèse improbable d’une réélection, si deux référendums (dont on attend de connaître les questions exactes…de préférence autres que « êtes-vous pour la résorption du chômage et l’intégration réussie des immigrés ? ») finissaient par se tenir en échappant à la censure du Conseil Constitutionnel, si par hasard la majorité des électeurs désavouait la consigne de vote de leur président nouvellement réélu, l’on connaît le fin mot de l’histoire.
Comme toujours, ce sont nos amis poètes de la présipauté de Groland qui vendent la mèche, remontant du même coup le niveau général de la profession :
C’était trois jours avant la Saint-Valentin. Dans Le Figaro Magazine, Nicolas Sarkozy, s’adressant à la France comme un amant infidèle à son amoureuse déçue, lui jurait les yeux dans les yeux qu’il avait changé, qu’il avait compris, que cette fois, on ne l’y reprendrait plus : il lui rendrait la parole si elle acceptait de le reprendre. Cette fois, on allait voir ce qu’on allait voir, les référendums allaient se multiplier, le peuple pourrait enfin s’exprimer sur des sujets qui le concernent directement : l’emploi, la fonction publique, et même l’immigration. L’infidèle d’hier serait désormais un modèle. C’est ce qu’il vient de lui redire à l’oreille, devant Laurence Ferrari, en déclarant sa candidature – assurant que pour son éventuel second quinquennat, il a en tête « une idée centrale » : « Redonner la parole au peuple français par le référendum ».
Mais ce repentir tardif est-il vraiment sincère ? En somme, peut-on croire qu’en cas de réélection, le président donnera effectivement la parole à ce peuple qu’André Tardieu, sous la IIIe République, nommait « le souverain captif », précisément parce qu’il était privé de référendum ? Tout le monde peut changer, même un Don Juan des urnes. Mais on doit tout de même convenir que ni le passé, ni le présent n’augurent, pour l’institution référendaire, d’un avenir radieux en cas de réélection.
Le passé, d’abord, laisse planer quelques doutes sur les promesses du Président. C’est sur ce point, du reste, que Jean-Michel Aphathie, le 15 au matin, s’est amusé à cuisiner Madame le ministre Nadine Morano. Nicolas Sarkozy, accusait le journaliste, n’a organisé aucun référendum en cinq ans : pourquoi en irait-il autrement dans les cinq ans qui viennent ? A quoi Mme le ministre rétorqua du tac au tac – ce qui figurait vraisemblablement sur les petites fiches en bristol apportées pour l’occasion -, que pas du tout, il en avait fait trois. Trois ! Stupeur d’Aphathie, qui se demande s’il n’a pas loupé un épisode. Oui, trois référendums, précise Mme Morano : en Corse, le 6 juillet 2003, à Mayotte, le 29 mars 2009, et puis en Guyane, le 10 janvier 2010. Rires discrets dans la salle : le premier fut organisé par Jacques Chirac ; en outre, deux des trois « référendums » cités ont été des échecs, ce qui, aux yeux de leur initiateur, ne plaide pas vraiment en faveur du mécanisme ; enfin et surtout, il ne s’agissait évidemment pas de référendum. Ni au sens propre, puisqu’un référendum consiste à interroger le peuple dans sa totalité, et non pas les seuls habitants d’une collectivité territoriale, ni au regard du droit, la constitution, qui prévoit ce type de consultation dans ses articles 72-1 alinéa 5 et 72-4 alinéa 2, se gardant bien de les qualifier de référendum.
Jean-Michel Apathie, faisant preuve de sa mansuétude bien connue, renonça à pousser le bouchon plus loin avec Madame le ministre. Il aurait pourtant pu évoquer, parmi les indices négatifs, la grande révision du 23 juillet 2008.
Cette révision, qui modifie en profondeur la constitution de la Ve république, et qui concerne donc très directement le peuple souverain, n’a cependant pas été adoptée par référendum, mais par la voie du congrès : une procédure qui, à l’origine, était réservée exclusivement aux révisions trop mineures pour que l’on dérange le peuple. En outre, cette révision du 23 juillet 2008, voulue et portée à bout de bras par le président, a eu notamment pour objectif de neutraliser le référendum obligatoire de l’article 88-5 issu de la révision du 1er mars 2005, qui obligeait à consulter les Français en cas d’entrée de nouveaux Etats dans l’Union européenne. Désormais, il existe une alternative parlementaire, ce qui fait que, très vraisemblablement, les Français ne seront jamais consultés sur ces questions.
La révision de 2008 prévoit, il est vrai, une innovation apparemment intéressante, un référendum d’initiative populaire inscrit dans le nouvel article 11 alinéa 3. Sauf qu’en réalité, il ne s’agit pas d’un référendum d’initiative populaire, mais d’un référendum d’initiative parlementaire appuyé par un dixième des électeurs inscrits. Une procédure si lourde, si complexe et potentiellement si décevante, qu’elle n’a pratiquement aucune chance d’être jamais organisée. Une procédure pour laquelle fut d’ailleurs prévue, en juillet 2008, l’adoption d’une loi organique qui, bientôt quatre ans plus tard, n’a toujours pas été adoptée – ce qui indique une certaine… nonchalance des pouvoirs publics sur ce point.
À ce propos, M. Apathie aurait pu enfin évoquer la ratification parlementaire du Traité de Lisbonne en février 2008, lequel reprend l’essentiel ce que les Français avaient refusé par référendum le 29 mai 2005, en disant massivement non au Traité sur la constitution européenne. En l’occurrence, le respect élémentaire du principe démocratique exigeait que l’on consulte à nouveau les Français. Mais la chose était risquée : d’où, le choix de renoncer, une fois de plus, à la glorieuse incertitude du référendum.
En somme, le passé augure mal de l’avenir. D’autant que les promesses elles-mêmes manquent de crédibilité. Ainsi, la presse a-t-elle évoqué la possibilité d’un référendum sur l’immigration : mais celui-ci serait vraisemblablement jugé contraire à la constitution, l’article 11 disposant que le président de la République « peut soumettre au référendum tout projet de loi portant (…) sur des réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale de la nation et aux services publics qui y concourent ». En l’espèce, ce n’est pas le cas, ce qui signifie que le Conseil constitutionnel, obligatoirement saisi, invaliderait d’emblée le projet de loi référendaire.
Même chose à propos de la « règle d’or » évoquée par Mme Morano : celle-ci ne pourrait être introduite dans la constitution par voie de référendum que selon la procédure de l’article 89 alinéa 2, qui suppose au préalable un vote conforme des deux chambres. Ce qui signifie que, même en cas de victoire de Nicolas Sarkozy aux élections présidentielles, puis de l’UMP aux législatives, la nouvelle majorité de gauche du Sénat empêcherait, en toute hypothèse, l’inscription de la « règle d’or » dans la constitution.
En conclusion, le référendum, « parangon de notre démocratie », paraît plutôt mal barré, comme dit le poète. Voilà pourquoi il ne faut pas toujours croire les messieurs qui vous disent des choses gentilles et vous promettent, les yeux dans les yeux, qu’ils vont changer, et que maintenant, ça ne sera plus comme avant…
Il y a cinq ans, Sarkozy avait emporté ma voix en prononçant le mot « civilisation ». Entre autres. Les promesses alléchantes de « nettoyage au kärcher » et de « débarrassage de racaille » avaient déjà retenu toute mon attention, mon adhésion, mon affection, mais dans le discours du candidat, c’est la « civilisation » qui avait raflé la mise. Il m’avait semblé alors qu’on élevait un peu le débat, qu’on abordait une question sensible, existentielle et même ─ était-ce déjà un gros mot en 2007 ? ─ identitaire. Il est toujours bon d’entendre un homme politique expliquer comment et combien il compte dégraisser le mammouth, affréter des charters ou tenter de réduire le droit de grève absolu de droit divin, mais il ne s’agit là que de redresser des comptes, d’appliquer la loi ou de corriger des abus. Évidemment, nos dirigeants doivent être comptables, mais pas seulement. Après tout, « Qui sommes-nous ? Où allons-nous et quel est le sens de la France ? », sont des questions qui en valent bien d’autres.
Elles m’ont manqué ces derniers mois. Le débat politique a eu tendance à s’enliser fastidieusement dans l’intendance. La crise, l’euro, l’Europe, la dette, la banque, la note, les taux, les déficits, l’emploi et le pouvoir d’achat… Entre ma télé et ma radio, j’ai fini par en avoir la nausée, la même vague envie de vomir que quand j’entre dans un hypermarché. J’en étais même arrivé à souhaiter que, dans son malheur, en devenant un peu plus pauvre, notre pays reste un phare de notre civilisation mais cesse d’être cet Eldorado de consommation et de droits en tous genres que le monde entier, en traversant les frontières, montre qu’il nous envie. Moins riches, moins envahis ? On peut en rêver. Bref, au moment où le consensus sur la nécessité de réindustrialiser le pays atteignait des sommets dans l’assommant (où donc est passée la société de services ? En tout cas pas dans les excuses de Jacques Attali qui nous l’avait promise), Claude Guéant est venu me sortir de mon ennui, créant un clivage dans le monde politique et un malaise dans la nation en déclarant : « Nous devons protéger notre civilisation » … « Je ne pense pas que toutes les civilisations se valent. »[access capability= »lire_inedits »]
La première affirmation relève de l’évidence : si nous aimons notre patrimoine et notre mode de vie, ou si nous le préférons à ce qui se fait ailleurs, nous devons le conserver. Les Indiens d’Amérique, les Nippons ou encore Winston Churchill se sont battus pour protéger leur civilisation : les uns ont perdu et disparu, d’autres ont vaincu et survécu mais tous étaient déterminés à protéger ce qu’ils aimaient et ce qu’ils étaient, des valeurs et des codes. Instinct de survie, et pour certains bas instincts mais pas seulement, peut-être aussi exigence du cœur et de l’âme de ne pas voir son monde décliner ou régresser.
D’autres civilisations se sont éteintes de leur belle mort, avec les siècles, délaissées par les hommes. Les croyances ont été abandonnées, les pratiques culturelles transformées. En devenant gallo-romains, les Gaulois ont perdu le tribalisme et beaucoup gagné. Les hommes qui ont fait ces choix de civilisation ont commencé à bâtir un monument dont nous héritons, enrichi depuis lors de lois contre l’arbitraire, affiné de laïcité, de liberté, d’humanisme, d’égalité et de protections pour les plus faibles. Ces fiers guerriers moustachus qui nous servent à tous d’ancêtres ont rompu avec leurs traditions, comme nos parents se sont mis à écouter Elvis Presley, parce qu’ils ont préféré ce qui venait d’ailleurs.
Avant de savoir si nous devons protéger notre civilisation, nous devons donc nous demander si nous ne préférons pas ce qui vient d’ailleurs. Je ne vais pas faire un inventaire comparé, bien que j’aime cet exercice au-delà du raisonnable et du cadre légal, mais quand même. Qui, élevé dans la culture française, a envie de cinéma bollywoodien, de transition démocratique africaine ou de sexualité islamique ? Les adeptes du multiculturalisme ? Je n’en suis même pas sûr.
Alors, devons-nous protéger notre civilisation de ces évolutions possibles ? Pour le monde, je ne dis pas, mais en France nous pouvons encore préférer ce que nous jugeons bon pour nous et refuser les pratiques culturelles contraires à l’idée que nous nous faisons d’un monde civilisé. Reste à définir, par le débat, celles qui peuvent être françaises et celles qui ne le peuvent pas. Pour la burqa, le peuple, par la voix de ses représentants, a dit non. Avec la gauche, nous n’aurions eu ni débat ni interdiction, le vivre-ensemble dans la tolérance ne tolère pas la discussion. Pour les partisans du métissage planétaire, il est interdit de préférer, de choisir, il est interdit d’interdire.
C’est en osant comparer la valeur des civilisations que le ministre de l’Intérieur a affolé le braillomètre (compteur Geiger mesurant l’indignation des antiracistes et droits-de-l’hommistes) et provoqué les réactions de la gauche qui y a vu une provocation électoraliste ─ comme c’est original ! Notons que la polémique porte sur des questions de civilisation, donc de culture, ce qui signifie au moins que les grilles de lecture ethno-racialistes n’ont plus cours en France : n’est-ce pas une victoire de la République ?
Quant au fond du propos de Guéant, on peut se demander longtemps qui a la meilleure civilisation sur Terre, mais une telle compétition tiendra sans doute de l’Eurovision. Chacun portera les couleurs de la sienne contre celle des autres et, après tout, il n’y a pas dans l’espace d’autorité pour décréter que la lapidation vaut mieux que la pension alimentaire ou que le libre choix du conjoint est préférable au mariage arrangé.
Cela dit, s’il paraît naturel que chacun préfère la civilisation, j’observe tout de même que beaucoup semblent préférer la mienne. Le sens des migrations est un bon indice du penchant des peuples. Or, si on compte de nombreux Français d’origine africaine, peu de Parisiens, même parmi les auteurs de Terra Nova, sont partis faire souche à Dakar ou Bamako.
À quoi rêvent les hommes et les femmes qui choisissent la France ? La civilisation du « care » chère à la gauche et encore plus aux finances du pays, faite de droits et d’allocations, de logements et de soins, y est sans doute pour quelque chose – et après tout, pour nombre de « Français de souche », l’État-providence est le cœur du modèle français. Espérons que, pour une partie des arrivants, le désir d’être français s’élève au-dessus de ces contingences. Quoi qu’il en soit, c’est à nous d’exiger, en échange de ce mieux que nous offrons, un engagement de devenir des Français de culture et pas seulement de papier. C’est ainsi que nous protégerons notre civilisation et le rêve de tous ceux qui viennent en France pour y trouver les Lumières. Pour ne froisser personne, le multiculturalisme prétend au contraire que tout se vaut et que la France est un hôtel où tout le monde peut prendre une chambre et vivre comme il l’entend.
C’est le contraire d’une exigence, c’est l’abandon de sa civilisation.
Les derniers arrivés feront-ils de bons Français ? Je n’ai pas de réponse à cette question qui pourrait être un enjeu de civilisation, et j’ai bien peur que Messieurs Guéant et Sarkozy n’en aient pas non plus. Dans une France en difficulté avec l’intégration de ses nouveaux Français, ils ont pourtant octroyé 200 000 titres de séjour l’an dernier. Pendant qu’ils parlent de protéger la civilisation, les Chinois travaillent et le tiers-monde afflue. Alors je suis sensible à leurs lettres, mais beaucoup moins à leurs chiffres. Pour ma voix, cette fois-ci, « ça va pas le faire » comme on dit à Sciences Po. Je veux bien qu’on me prenne par les sentiments, mais pas deux fois.[/access]
La guerre sociale est impitoyable et le code du travail semble parfois plus dur à appliquer que le Règlement Général des Armées dont l’article 8 prévoit que le subordonné « ne doit pas exécuter un ordre prescrivant d’accomplir un acte manifestement illégal ». S’il avait su, l’infortuné Ludovic Bataille, vigile employé par Auvergne sécurité à la surveillance du magasin Tati de Dieppe, aurait sûrement préféré servir la Grande Muette qui semble un peu plus claire que la grande distribution en matière de relations hiérarchiques.
En juin 2011, Ludovic Bataille s’est aperçu que la directrice du magasin dieppois aimait se ravaler la façade gratos en piquant de pleins sacs de produits de beauté et en évitant les portiques de sécurité. Ludovic Bataille signale le fait à la maison mère de Tati qui le félicite dans un premier temps en lui indiquant par ailleurs que les faits sont connus. Le problème, c’est qu’au retour de ses congés d’été, Ludovic Bataille reçoit une lettre de licenciement pour faute grave et apprend par ailleurs que la directrice a déposé plainte pour diffamation. Et Ludovic, depuis, est au chômage. Alors qu’il attend des prud’hommes qu’ils jugent l’affaire, il constate non sans bon sens : « Quel est mon intérêt à inventer une histoire comme ça ? J’ai un travail à 5 minutes de chez moi, c’est parfait. Depuis 3 ans, je m’entends bien avec tout le monde. On me paye pour arrêter des voleurs. La directrice vole, je le signale. Apparemment, il ne faut pas. Nous, on est des tous petits par rapport à ces gens-là. En attendant, je suis sans travail »
En même temps, Ludovic, il est temps que tu apprennes que les chefs ne volent pas. Eventuellement, ils profitent de quelques avantages inhérents à leur fonction. Et puis si tu avais été malin au lieu d’être honnête, tu aurais demandé, toi aussi, ta part de rouge à lèvres.
Ces temps-ci, les occasions de parler comme un seul homme sont si rares à l’UMP qu’on ne boude pas son plaisir quand se présente une tête sur laquelle l’on peut taper à l’unisson. On y met tout son cœur. On redouble d’effort. Plus rien d’autre n’existe que le bruit sourd des petits poings s’abattant sur un crâne. Ils remontent. Les doigts se frôlent. Les adversaires d’hier, les concurrents de demain, tous communient dans la même érotique de l’unanimité tabassante mais retrouvée.
C’est ce qui s’est passé ce matin au bureau politique du parti présidentiel. L’ambiance était morose et la perspective pourtant imminente de la déclaration de candidature de Nicolas Sarkozy ne semblait pas réchauffer les cœurs. C’est alors que le sujet est arrivé sur la table : Christian Vanneste et ses assertions « négationnistes » sur la déportation des homosexuels français. Le député de Tourcoing a déclaré : « Il y a aussi des légendes qui sont répandues. Par exemple, il y a la fameuse légende de la déportation des homosexuels. Il faut être très clair là aussi. Manifestement Himmler avait un compte personnel à régler avec les homosexuels. En Allemagne, il y a eu la répression des homosexuels et la déportation qui a conduit à à peu près 30 000 déportés. Et il n’y en a pas eu ailleurs. Et notamment en dehors des trois départements annexés, il n’y a pas eu de déportation homosexuelle en France. »
Progressistes aussi bien que conservateurs, les caciques de l’UMP se rabibochèrent sur une fervente dénonciation de Christian Vanneste. Et chacun envoya sa propre lettre de cachet via Twitter : « Il faut le virer de l’UMP », écrivit Benoist Apparu. « Je condamne fermement les propos de Christian Vanneste. Il ne peut pas porter ni nos couleurs ni nos valeurs », trancha Nadine Morano, la ministre qui tweete plus vite que son ombre. Le député de Nice Eric Ciotti fut vindicatif : « Propos honteux de Vanneste ! J’ai demandé son exclusion de l’UMP en bureau politique », rejoint dans la même condamnation par Thierry Mariani, qui partage pourtant les bancs de la Droite populaire avec Vanneste.
Eric Woerth, Chantal Jouanno, Franck Riester : aucune voix ne manque pour condamner l’infâme Vanneste. Et la porte-parole de François Hollande, Delphine Batho, semble même en retrait par rapport à la droite en jugeant les propos du député de Tourcoing « non seulement homophobes mais aussi négationnistes ». Cerise sur le gâteau : le directeur de campagne de Marine Le Pen, Louis Aliot, dénonce une « vraie bêtise » et se paie le luxe de recommander à Vanneste de « relire ses livres d’histoire ».
Relisons-les. Les homosexuels français ont-ils été déportés pendant la Seconde Guerre mondiale ? L’affirmer, écrit l’historien Pierre Vidal-Naquet, serait « un mensonge ». Les seuls homosexuels à avoir été déportés sont les ressortissants allemands ou réputés tels par les autorités du Reich – c’est le cas des homosexuels alsaciens, province annexée de fait, comme celui des Autrichiens depuis l’Anschluss. Les nazis ne prirent même pas la peine de mettre au point un arsenal juridique spécial : ils déportèrent les homosexuels au nom du paragraphe 175 du Code pénal bismarckien, qui réprimait la bestialité et l’homosexualité dans le même mouvement. Pour plusieurs dizaines de milliers d’entre eux furent réservés les pires sévices, les expérimentations les plus cruelles, et, au final, la mort.
Les présupposés idéologiques sur lesquels se fonde l’homophobie d’Etat du IIIe Reich sont exposés par Goering lui-même en 1935 : « assurer la défense et la protection du sang allemand ». Himmler, pour sa part, parle de « maladie contagieuse » prompte à anéantir « la survie du peuple et de l’Etat allemands ». En définitive, les mêmes arguments sont amplement partagés par Mikhaïl Kalinine, président du Soviet suprême, qui signe en 1934 – trois mois avant le durcissement de l’application du paragraphe 175 par les nazis – un décret condamnant les rapports entre individus de sexe masculin de trois à huit ans de prison. Gorki écrit au même moment : « Dans les pays fascistes, l’homosexualité, qui est la ruine de la jeunesse, fleurit impunément. Un slogan circule en Allemagne : “Eliminez les homosexuels et le fascisme disparaîtra.” »
Il s’agit, bel et bien, pour les nazis, de « purifier la race » en exterminant les homosexuels. Himmler les estime à plus de 2 millions dans le Reich et il n’entend pas renâcler devant l’ampleur de la tâche. Quant aux autres peuples, dont le chef de la SS écrit qu’ils contiennent, comme l’Allemagne, « 7 à 8 % d’homosexuels », ce n’est pas son affaire : ils ne sont pas « aryens » et tout ce qui peut provoquer leur « dégénérescence » est souhaitable.
Aucun déporté français ne l’a été pour des raisons d’homosexualité. Cela ne signifie absolument pas qu’aucun homosexuel français n’ait été déporté. Mais s’il l’a été, c’est parce qu’il était alsacien-lorrain, juif, résistant ou tsigane.
Il apparaît donc que les propos de Christian Vanneste sont, en réalité, tout à fait conformes à la vérité historique. Ils sont même d’une exactitude déconcertante. Même Serge Klarsfeld, qui s’est exprimé en fin de matinée, reconnaît la justesse des assertions du député de Tourcoing. Mais la vérité, est-ce vraiment la question ? D’ailleurs, qu’est-ce qu’il connaît, Serge Klarsfeld, à la question de la déportation, en comparaison d’historiens de la Seconde Guerre mondiale aussi reconnus que Nadine Morano ou Jean-François Copé ? L’UMP ne va quand même pas prêter l’oreille à ce farfelu de Klarsfeld, dont tout laisse accroire qu’il ne dispose même pas d’un compte Twitter… Vanneste devrait chercher ses soutiens ailleurs !
Et puis, reconnaissons une chose. Monsieur Vanneste aurait pu faire preuve d’un peu plus de délicatesse. Il aurait pu compatir au sort des homosexuels français qui ont souffert pendant la Seconde Guerre mondiale. Tenez : Jean Cocteau fut tellement résistant qu’il consacra la guerre durant ses efforts à résister à la résistance. Abel Bonnard, ministre de l’Education de Pierre Laval, pâtit beaucoup du surnom de « gestapette » que ses opposants gaullistes (et homophobes) lui collèrent. Marcel Jouhandeau se dépensa également beaucoup pour tenter de faire oublier après 1945 le petit livre qu’il avait publié en 1938 et qui portait le sobre nom de Péril juif. Quant à Robert Brasillach, il fut fusillé, alors que son homosexualité se cantonnait essentiellement à l’admiration de la statuaire d’Arno Breker. Ne parlons même pas de Bernard Faÿ ou de Maurice Bardèche. Non, Christian Vanneste aurait dû montrer un peu plus de compassion et communier avec la doxa qui nous tient lieu de règle : l’homosexualité peut tout excuser.
Course de la Saint Valentin, parc des Buttes Chaumont. Photo : vincen-t
Nous vivons une époque résolument formidable. Ce qui est vraiment bien, c’est qu’elle s’occupe de nous. Ainsi, notre bureaucratie, qui est beaucoup plus prévenante et ouverte que la bureaucratie soviétique, ne nous laisse pas tomber. Le Service des Panneaux Lumineux de la Direction de l’Information et de la communication de la Ville de Paris a par exemple décidé, certainement mû par la louable envie de dépenser les deniers publics à des fins édifiantes, de ne pas laisser à l’abandon notre vie amoureuse, affective et sexuelle. Depuis peu, on peut donc voir quelque chose de fort intéressant sur les panneaux lumineux de la Ville de Paris, vous savez, ces grands machins qui vous rappellent en jaune sur gris, quand vous prenez le métro le matin, que l’air de Paris est super-pollué, que le Sida existe et qu’il faut absolument visiter la dernière exposition de machin parce que la France c’est l’essepsion cuturelle… Bref, sur ces panneaux qui ont le bon goût d’entretenir en chaque Parisien le citoyen participatif, on peut lire le message suivant :
« Mots doux, déclaration d’amour ou demande en mariage… : vous avez jusqu’au 8 février à minuit pour imaginer (en 160 caractères maximum), un message d’amour à envoyer à votre Valentin(e) ».
Messieurs les Parisiens, sachez-le, ne vous endormez pas sur vos lauriers : les Parisiennes énamourées attendaient impatiemment le jour fatidique. Les pacsés frémissaient eux aussi. Le bien-aimé inscrirait-il mon nom sur ces panneaux ? Aurait-il le courage de soumettre notre amour à la censure éclairée des fonctionnaires ? Jouerait-il à fond le jeu de la transparence ? Serais-je la star d’un jour ? Pourrait-il exprimer ses sentiments en 160 caractères, espaces compris ?
Le citoyen rangé se réjouit. Finies, ces déclarations d’amour sauvages, ces inscriptions indélébiles, ces « Je t’aime, Marie-Rose » dénués d’imagination, le tout dans un coeur maladroitement tracé à la bombe fluo. Finis, ces coeurs tracés voici quinze, vingt ans maintenant, et qui n’en finissent plus de dégouliner, donnant aux jeunes générations une image par trop sale de l’amour. Grâce à nos édiles, tout cela est désormais informatisé, et peut être effacé des villes et des mémoires aussi promptement que possible, ce qui est certainement un grand bien vu la rapidité du turn-over amoureux du Parisien moyen. C’est quand même gênant de passer devant l’expression naïve et touchante de l’amour que votre amant exprimait à son épouse au début de leur mariage. Pensons un peu aux maîtresses, que diable !
Si les propriétaires de murs sont aux anges, les taggers ne sont pas en reste : nos artistes urbains ont enfin pu déverser leur haine de la société sur des murs entiers non défigurés par l’amateurisme naïf et affligeant des disciples de Vénus !
Et puis, nous ne sommes pas embêtés par les fautes de goût : l’administration, dont on connaît l’expertise en matière de beaux-arts, a sélectionné pour nous les plus beaux messages. Mais, comme la mairie de Paris est quand même démocrate, comme elle veut discriminer sans discrimination, l’on peut donc voir tous les messages sur Internet. On s’en frotte les yeux !
Qu’on se le dise, cette Opération Saint-Valentin, c’est vraiment de la conscience citoyenne en marche. En effet, « pour le côté bon plan », nous apprenons que « l’association Sida Info Service, marraine de l’opération Saint-Valentin, a distribué des préservatifs féminins et masculins gratuits les 13 et 14 février sur son stand d’info au Forum des Halles. » C’est vraiment super-top : grâce à l’administration parisienne, les pauvres peuvent copuler gratuitement avec des séropositifs dans les couloirs du métro, tandis que les amoureux scrutent dans le froid de février les panneaux lumineux de la Ville de Paris à la recherche du sens de leur vie, et que les éconduits, seuls devant leur ordinateur, cherchent en vain une raison de ne pas se jeter à la Seine.
Fidèle à sa vocation progressiste, Sida Info Services comble les voeux des plus puritains des disciples d’Origène. Les romaines et païennes lupercales, célébrations orgiaques de la fécondité à faire rougir n’importe quel fier-de-son-cul, sont en passe de devenir la célébration officielle de la Stérilité assistée par l’industrie du plastique et l’administration.
En ces temps de crise, on ne pouvait décidément pas trouver meilleur emploi aux ressources de la bureaucratie parisienne. Merci Delanoë, grâce à toi l’anarchie amoureuse est enfin vaincue !
Venu lundi soir devant l’ambassade de Grèce à Paris pour exprimer sa solidarité avec la population après le vote d’un nouveau plan d’austérité par le Parlement grec, Nicolas Dupont-Aignan a pu tester en direct live l’imperméabilité de Jean-Luc Mélenchon et Olivier Besancenot au b.a.-ba des pratiques républicaines
En effet les petits camarades du candidat du Front de gauche à l’élection Présidentielle, et ceux de l’ancien porte-parole du Nouveau parti anticapitaliste ont expulsés manu militari le candidat souverainiste du rassemblement de plusieurs centaines de personnes qui se tenait avenue d’Iéna, au cri, notamment de « A bas les fachos ! ».
Ce n’est donc qu’à bonne distance du rassemblement, sur le trottoir d’en face (l’avenue d’Iéna est très très large), et sous les quolibets des « antifascistes » que NDA a pu dire trois mots aux caméras à savoir que les organisations de gauche « n’ont pas le monopole du soutien au peuple grec », avant d’ajouter, à l’adresse de Mélenchon-le-radical : « Je suis le seul à demander la sortie de l’euro pour la Grèce, qui est le seul moyen de les sortir de la difficulté. »
On pourra certes penser qu’il ne s’agissait là que de débordements, uniquement dus à quelques crétins incontrôlables. Sauf que si c’était le cas, le prolixe Jean-Luc se serait fendu d’un mot d’excuses, ou au moins d’explications sur son blog. On l’attend toujours…