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Proxénète, DSK ?

La Sainte Inquisition est de retour. Autrefois elle brûlait les sorcières accusées d’avoir fait commerce avec le Malin. Désormais, elle cloue au pilori les hommes de petite vertu. En inculpant Dominique Strauss-Kahn pour proxénétisme aggravé en bande, crime passible de 20 ans d’emprisonnement, les magistrats lillois se sont offert un beau coup de pub. Ils ont surtout montré qu’ils avaient une curieuse et pour tout dire inquiétante conception de leur mission, qui ne consisterait pas à défendre la loi mais à dire le Bien et le Mal. Autrement dit, ils ne sont pas les garants de la morale publique mais les gardiens de nos vertus privées.

Que reprochent-ils à l’ancien patron du FMI ? D’avoir participé à des parties fines organisées en recourant aux services de prostituées. DSK dit qu’il ignorait que les demoiselles étaient payées. Mais quand bien même il l’aurait su, la loi française ne punit pas le recours à la prostitution, dès lors qu’elle concerne des adultes consentants. On a le droit d’être personnellement choqué par de tels comportements, mais c’est le prix à payer pour vivre dans une société libérale où chacun bénéficie de « la paisible jouissance de l’indépendance privée », comme dit Benjamin Constant. Ou alors il faudra accepter un jour que les magistrats pénètrent dans toutes les alcôves pour s’assurer que nul ne commet l’adultère ou ne se livre à des jeux érotiques que la morale de ces messieurs-dames réprouve.

Il serait en revanche problématique que ces dames eussent été rémunérées par de l’argent douteux ou détourné. La façon dont DSK occupait ses soirées ne me regarde pas ; qu’un homme politique accepte des faveurs contre lesquelles on pourrait lui en demander d’autres, c’est une autre affaire – une affaire publique. Oui mais justement, les juges ont abandonné la piste de l’abus de bien social, la seule qui aurait pu concerner la collectivité. Non, ce qui leur déplait, à ces professeurs de morale, c’est que DSK ait eu des copains et copines de partouzes, payées ou pas. Pour eux, c’est la même chose que si lui et ses amis lillois avaient été à la tête d’un réseau de prostitution exploitant et tabassant des malheureuses en situation irrégulière. A ce compte-là, trois ados surpris en train de partager un joint pourraient être poursuivis pour trafic aggravé et association de malfaiteurs ; le copain qui m’a emprunté hier 5 euros pour payer son coca devrait être inculpé pour extorsion de fonds ; et 30 millions de Français devront répondre du crime de voyeurisme aggravé. Alors oui, ces juges me fichent la trouille.

Le modèle allemand ? Y’a vol !

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Ils sont vraiment merveilleux, les Allemands : non seulement ils produisent de plus belles choses que nous, ils les vendent mieux, ils savent faire le sacrifice de leurs réductions du temps de travail, de leur système social et ils acceptent sans rechigner de partir à la retraite de plus en plus tard. Un peuple de rêve, quoi, flexible, sérieux, discipliné…

Pas comme ces fainéants surmutualisés de Français qui s’obstinent à croire que c’est l’économie qui est au service de l’homme et non l’inverse. C’est dommage de raisonner comme ça parce que les Français, du coup, ils n’auront pas de jolies primes comme les travailleurs allemands. En effet, c’est tellement bien, l’Allemagne, que les patrons eux-mêmes n’hésitent pas à récompenser les ouvriers qui ont aidé aux jolis bénéfices des entreprises.

Certains d’entre eux vont par exemple, notamment dans le secteur automobile, toucher jusqu’à huit mille euros. Ce n’est pas négligeable même si on peut se dire que c’est la moindre des choses quand on voit les profits inédits engrangés par exemple en 2011 par Audi : 5,8 milliards d’euros. Ou que Martin Wax, le pédégé de Volkswagen, a établi, au pays du gentil capitalisme rhénan modéré, le record de rémunération d’un patron du Dax (le CAC 40 allemand) en doublant son salaire et en s’octroyant dix-sept millions d’euros.

On pourra aussi penser que dans un tel contexte, ces primes généreusement accordées ne sont pas si mirobolantes que ça et surtout sont un moyen d’acheter la paix sociale en évitant de débattre du fond, comme le veulent les syndicats qui demandent une augmentation générale des salaires de 6,5% et des embauches à la place du recours systématique aux heures supplémentaires. Mais là, les patrons allemands, y compris Marin Wax, exigent des partenaires sociaux de la « prudence ».

Bref, en Allemagne, ce n’est pas le salaire qui prime…

Sarkozy, Hollande : c’est celui qui dit qui est

C’est celui qui dit, qui est. La dernière fois que j’ai prononcé ça, je devais avoir 7 ans, être à bout d’arguments et ne pas avoir encore une maîtrise totale d’une bonne droite pour répondre à une pimbêche à couettes qui avait dû me moquer.

Qu’on se rassure, l’usage de cette antienne ne s’est ni perdu, ni cantonné aux cours de récré. C’est même devenu top tendance dans la campagne présidentielle.

Dernier épisode en date : le président sortant, qui dans un de ces faux off dont il a le secret, balance que François Hollande est « nul », et « que ça commence à se voir. » Comme ça, froidement. Off complaisamment repris par l’ensemble de la presse, trop contente de se débarrasser enfin des attentats de Toulouse et Montauban et d’une semaine d’angoisse à ne plus en pouvoir de spéculer sur les causes, les moyens et les conséquences.

Dans la demi-seconde, c’est-à-dire le temps qu’il faut pour que l’info soit reprise par le twitter de journalistes en vue, le candidat socialiste est interrogé sur cette saillie. Questions auxquelles il assurera ne pas vouloir répondre – comme d’habitude. Avant d’assortir aussitôt cette non-réponse d’un commentaire cinglant -comme d’habituuuuude : « Ça se rapporte toujours à celui qui l’emploie. » Soit, en bon français de CM1: c’est celui qui dit qui est.

On aurait pu penser que le 860ème épisode de ce petit jeu s’arrêterait là. Mais pas vraiment, puisque immédiatement après le chœur des vierges effarouchées de la politique a glapi, dénonçant les insultes du PS et la campagne de caniveau de l’UMP à moins que ce soit l’inverse.

D’ici peu je sens qu’on va aller vers une campagne sans « insultes », à supposer que « nul » en soit une. François Hollande est capable de prendre ça à la rigolade. Il serait moins tendu par l’enjeu, il aurait arrosé la presse d’un bon mot comme il savait faire avant. Là, fini de rire, soyons sérieux, prenons la mine sombre. La situation est grave, le chômage, le terrorisme et le réchauffement climatique supposent qu’on arrête vraiment de rigoler. Il va de soi que l’indignation et les demandes d’excuses 24 heures sur 24 ne valent pas que pour le PS et l’UMP, y’a qu’à voir le super numéro de duettistes entre Le Pen et Mélenchon…

La menace d’une campagne sans outrage, voire d’une journée mondiale sans insulte politique se profile. Vous croyez que j’exagère ? Même pas : aux Etats-Unis, on y est quasi, alors que la campagne présidentielle commence sérieusement. Car figurez vous, que Robert De Niro (oui évidemment, c’est autre chose que Pierre Arditi, ou Mathilde Seigner) qui soutient Barack Obama a osé faire une blague lors d’une soirée de collecte de fonds la semaine passée. En annonçant l’arrivée de la première Dame, Michelle Obama il a lancé ça face caméras: « Callista Gingrich, Karen Santorum, Ann Romney… Pensez-vous vraiment que le pays soit prêt pour une First Lady blanche? C’est trop tôt, n’est-ce pas ? »

Patatras, le lendemain matin, les candidats républicains lui ont sauté à la gorge : Newt Gingrich a récupéré l’histoire, demandant au président Obama de « s’excuser » pour les propos « inexcusables » de Robert De Niro qui « divisent » le pays. Comme Newt Gingrich, Rick Santorum a condamné les propos de Robert de Niro, « un homme d’Hollywood ». Michelle Obama elle-même, enfin sa porte-parole, a participé à la curée contre l’acteur drôle et joué au pisse-vinaigre, qualifiant la blague de Robert De Niro « d’inappropriée »[1. Un grand bravo au passage à l’épouse de Mitt Romney qui, à la surprise générale a volé immédiatement à la rescousse de Robert De Niro : « J’ai ri. J’ai pris cette blague pour ce qu’elle était : une blague » a dit Ann Romney avant de déplorer que dans le monde politique « nous prenons tout tellement au sérieux et nous réagissons tous de façon exagérée à certaines choses »]. Pardonnez-moi de vous ramener à cette réalité brutale, amis obamaniaques.
Voici donc le grand acteur sommé de s’excuser : il n’avait voulu, avec ce ton satirique, ni « blesser, ni embarrasser quelqu’un ». Robert De Niro, pour faire court est nul. Ah, non ça c’est interdit.

Malgré ces excuses d’une sincérité et d’une crédibilité quasi-soviétiques, aux USA, la controverse sur blague drôle-qui-ne-voulait-blesser-personne a pris des proportions délirantes. Au point que le comédien et animateur Bill Maher, qui ne se cache pas d’être de gauche, a publié une tribune dans le New York Times. Déroulant jusqu’au bout les indignations surjouées de la gauche et de la droite US, il suggère aux deux camps de créer vite un « Dimanche sans injures ni demandes d’excuses ». Qu’il fasse gaffe, ça pourrait donner des idées à certains ici. Et pas pour de rire.

Sondages, halte au gavage !

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Si les sondages ont une vertu, c’est bien celle de maquiller le grand vice de cette présidentielle : l’ennui. Un peu comme dans un match de foot où, quand le fond de jeu est faible, on préfère parier sur l’issue du match ou égrener des statistiques mesurant les mérites comparés des buteurs plutôt que de décrire le mauvais spectacle en train de se dérouler.

À la manière d’une prophétie antique surgissant d’un oracle, le candidat Hollande est né dans un sondage. Dès mai 2011, Ipsos, pressé de mettre sur orbite un nouvel impétrant socialiste après l’empêchement new-yorkais de DSK, propulsa Hollande dans la stratosphère des 30% d’où il n’est jamais redescendu.

Le système bien rodé des instituts de sondage fit le reste. La prophétie se fit instantanément auto-réalisatrice et les Français ébahis découvrirent le nouvel élu des rédactions avant même d’avoir songé à voter. Les primaires vinrent valider ce processus comme pour confirmer le réflexe conditionné des électeurs : Hollande endossa alors le costume de candidat-déjà-président. Les mêmes trompettes du destin avaient sonné pour Ségolène Royal en 2007 et DSK en 2011, mais ce n’est qu’un détail liturgique. Hosanna pour François, il faut bien un chœur à la messe ![access capability= »lire_inedits »]

Et si jamais le réel se rebiffait le 6 mai 2012 ? Il sera alors bien temps de déclarer avec aplomb que la chimie sondagière peut toujours se faire surprendre par une physique électorale n’ayant rien d’une science exacte, car la démocratie ne se résout pas par une formule algébrique. Le 22 février 2002, l’IFOP enterrait Le Pen à 7%. Deux mois plus tard, il faisait une irruption remarquée dans l’Histoire en se qualifiant pour le second tour avec 16,9% des suffrages. Un tel fiasco n’a pas empêché ces machines à prédictions de voir leur cote monter en puissance : 111 sondages en 1981, 297 en 2007 et encore plus cette année.

Outre la sévère addiction aux pourcentages des états-majors politiques qui leur fait trop souvent prendre le thermomètre pour la boussole, il faut chercher ailleurs la raison de cette fièvre. C’est Hugues Cazenave, fondateur d’Opinion Way, qui en démontre férocement l’absurdité : « Comment les médias utilisent-ils ces sondages qu’ils commandent ? D’abord et avant tout en fournissant à leurs lecteurs et téléspectateurs des informations inédites sur la vie politique. Contrairement à ce que certains pourraient penser, les résultats des études politiques captivent les lecteurs de presse écrite et les téléspectateurs des journaux télévisés… Elles poursuivent un autre but : encourager les reprises et citations par les autres médias. Les citations dans les revues de presse matinales en radio sont en effet particulièrement recherchées par les quotidiens ou les magazines ; elles peuvent ainsi amener de nouveaux lecteurs vers les kiosques. Elles contribuent aussi à renforcer leur légitimité et à mieux les installer dans le paysage politique. » Bref, un sondage sert à faire de l’argent.

In fine, on devrait rire du grotesque de ce maelström saisonnier qui s’accompagne invariablement des mêmes commentaires. « Le favori de novembre n’est jamais le vainqueur de mai. » Youh ! « Les courbes vont finir par se croiser. » Ah ! « L’opinion ne se cristallise qu’un mois avant l’élection. » Oh !… En période présidentielle, le petit écran ressemble à une énième rediffusion du Fil à la patte de Feydeau. On sait d’avance qui va sortir du placard, et qui ricane en coulisse.

Certains jours, l’émission C dans l’air, animée par le sémillant Yves Calvi, offre une douce caricature de cette bouillie de chiffres. On y fait le constat que tout ça « monte », « descend », « progresse », « stagne », « dépasse un seuil », « s’envole » ou bien « s’effondre ». Les journalistes américains moquent ce type d’exercice d’une onomatopée bien de chez nous : « blah-blah ».

On a beau retourner le problème en tous sens, un sondage destiné à étayer l’opinion politique d’un éditorialiste n’a strictement aucune utilité démocratique. Quand Nicolas Demorand transforme Libération en tract quotidien appelant à voter Hollande, il ne fait pas plus œuvre de salut public que la rédaction du JDD, jamais avare d’une étude prouvant que Fillon est un type populaire.

Mais, quitte à nous faire les avocats du diable, posons-nous la question : les médias ont-ils vraiment le choix ? Cette campagne présidentielle a quelque chose d’étrange. Il ne s’y passe rien de passionnant, aucune promesse de changement majeur à l’horizon tant le champ du possible s’est réduit pour le pouvoir politique. La tutelle de la dette, les engagements européens, l’ouverture des économies ont considérablement réduit les marges de manœuvre des élus du peuple. La droite s’époumone en cherchant à convaincre que la gauche, trop dépensière, nous prépare un plat de moussaka piégée tandis que la gauche s’ingénie à jurer que toutes ses propositions n’ont pas de quoi effrayer la City…

Dans ce contexte vicié, les sondages sont pain bénit pour créer de l’événement et générer des commentaires en mode automatique. Une manière comme une autre de tromper l’ennui et d’occuper les batteries de plumes forcées d’alimenter la rubrique « élection ». Après tout, Guy Debord avait raison quand il disait : « Les spectateurs ne trouvent pas ce qu’ils désirent, ils désirent ce qu’ils trouvent. » Ils devront s’en contenter. Les amateurs de politique n’ont qu’à attendre la prochaine fois. Peut-être.[/access]

Mes 160 signatures

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Comme mes amis Jérôme et Jacques, je ne pourrai finalement pas me présenter à la présidentielle. Pourtant, j’avais soumis au Conseil Machinchose une liste inattaquable de parrains. Jugez par vous-même.

Jeffrey « The Dude » Lebowski
Beatrix Kiddo
John McClane
Holly Golightly
Capitaine Peter Blood
Jimmy « Popeye » Doyle
Buddy « Cloudy » Russo
Mary Poppins
Bigtime Beagle
Beverly R. Sutphin
Bart Simpson
Samantha Stephens
Beverly R. Sutphin
Louise Sawyer
Thelma Dickinson
Marge Gunderson
Gloria Swenson
Thomas Babington
Joe Gideon
Samantha Caine
Phil Connors
Clarice Starling
Steve Zissou
Détective Bobby Goren
Ghost Dog
Joss Randall
Stan Marsh
Auggie Wren
Macon Leary
Muriel Pritchett
Jack McCoy
Lennie Briscoe
Charles «Chips» Maurey
Alan Shore
Denny Crane
Joe Mannix
Peggy Fair
Doc McCoy
Pike Bishop
Cable Hogue
Alexander Mundy
Alfredo Garcia
Juge Dan Haywood
Snake Plissken
Al Fountain
Nick Reve
Frank Cannon
Richard Chance
Marshal Samuel Gerard
Rick Blaine
Will Kane
Alex Murphy
Anne Lewis
Ellen Ripley
Harry Callahan
Butch Cassidy
Terry Thorne
« Bud » White
« Ed » Exley
Dorothy Gale
Napoléon Solo
Illya Kuryakin
Danny Ocean
Tess Ocean
Rusty Ryan
Capitaine Benjamin Franklin « Hawkeye » Pierce
Capitaine John Francis Xavier « Trapper John » McIntyre
David « Dave » Starsky
Kenneth « Hutch » Hutchinson
Douglas Quaid
John Matrix
Dr Ellie Arroway
Capitaine Jack Aubrey
Johnny Rico
Dizzy Flores
Carmen Ibanez
Carl Jenkins
Ace Levy
Lieutenant Jean Rasczak
Mike Flaherty
Dr. Benjamin Stone
Sergent Hoke Moseley
Adrian Monk
Juge Bob Gibbs
Jackie Brown
Ray Nicolette
Jack Foley
Javier Rodriguez
Dante Hicks
Randal Graves
Dewey Finn
Derek Zoolander
Détective Allen Gamble
Larry Daley
Ed Gentry
Lewis Medlock
Lloyd Hopkins
Chili Palmer
Harry Zimm
Karen Flores
Benjamin Braddock
Axel Foley
Jake Gittes
Inspecteur Vic Mackey
Harry Lockhart
Roger Thornhill
Phillip Vandamm
Max Bialystock
Jack Walsh
Jonathan Mardukas
Alonzo Mosely
David « Noodles » Aaronson
Capitaine Benjamin L. Willard
Michael Scofield
Lincoln Burrows
Fielding Mellish
Andy Dufresne
Red Redding
Paul Edgecomb
Chuck Noland
Billy Peltzer
Jim Kalla
John Mallory
Colonel Douglas Mortimer
Tuco Benedicto Pacifico Juan Maria Ramirez
Manuel Gutierrez
Juan Miranda
Rufus T. Firefly
Cuthbert J. Twillie
Grady Tripp
David Dunn
Malcolm Crowe
Graham Hess
Sergent Instructeur Hartman
Billy Ray Valentine
Jake Blues
Elwood Blues
Walter Garber
Ford Lincoln Mercury
Dr Robert Neville
Détective Robert Thorn
Howard Bannister
Dr. Barry Rumack
Capitaine Clarence Oveur
Virgil Starkwell
Sir Wilfrid Robarts
Paris Pitman Jr.
Richie Norris
Blanche Tyler
Dorothy Shaw
Lorelei Lee
Tyler Durden
Dolores Claiborne
Henry « Shaw » Gondorff
Johnny « Kelly » Hooker
Randle P. McMurphy
Igor Shahdov
Nick Charles
Nora Charles
Rose « Frisco Doll » Carlton

Hélas, à l’instar de ce qui était arrivé à mes amis Jérôme et Jacques, le Conseil Constitutionnel m’a envoyé bouler : en plus de leur nombre insuffisant, mes parrains et marraines étaient plus que morts puisque n’ayant jamais existé. Circonstance aggravante, ils étaient tous Américains, donc étrangers non communautaires. J’ai fait remarquer aux so called Sages que ce ne serait pas la première fois que le Conseil Constitutionnel aurait mieux fait de ne pas exister.

Je ne regarderai pas les films de Merah

A l’heure où j’écris ces lignes, je ne sais pas si Al Jazira, la chaine qatarie, diffusera les vidéos tournées par Mohamed Merah. Si c’est le cas, et même si les chaines françaises décident de ne pas le faire comme ce fut heureusement déjà le cas pour les décapitations d’otages occidentaux filmés par les groupes islamistes pendant la guerre en Irak, je sais très bien qu’elles seront disponibles à peu près partout ailleurs sur Internet dans les minutes qui suivront.

Je sais aussi que l’idée que je me fais de la dignité humaine fait que je ne les regarderai pas. Par respect pour les familles, par respect pour les morts. Et puis, elles n’apprendront rien à personne sauf peut-être à des spécialistes de l’antiterrorisme, des criminologues, des psychologues.
Non, la mort filmée en direct d’enfants et de soldats par leur assassin est un spectacle qui n’a même pas de vertu pédagogique. Voire, par un effet pervers, exercer une fascination et des désirs d’imitation chez les esprits faibles.
Il n’y a rien de plus intime que la mort, la première chose que l’on fait quand on assiste à la fin de quelqu’un de proche, c’est de lui fermer les yeux, de lui serrer la main une dernière fois comme pour lui dire que ça va aller.

Pas de filmer le moment avec un caméscope ou un smartphone pour se le repasser ensuite. Mais il est devenu banal de dire que nous vivons dans la civilisation de l’image comme si l’image, la représentation était un supplément pour comprendre le monde alors que dans le meilleur des cas, elle n’en est que l’illustration. Et à ce titre, je ne vois pas pourquoi les images de Merah devraient devenir publiques sinon pour flatter le voyeurisme le plus abject. De fait, Mohamed Merah nous tend un ultime piège empoisonné. Au-delà de sa folie haineuse, de son islamisme délirant, de son choix d’une période électorale pour agir, il a déjà interrogé notre capacité à surmonter nos divisions, à réagir démocratiquement tout en répondant sans pitié et avec rapidité à une attaque qui a visé des soldats, c’est-à-dire ceux qui dans ce pays se dévouent à sa défense et d’autres, des enfants, qui incarnent l’innocence et ont été tués, définition même du racisme, non pas en raison de ce qu’ils auraient fait mais simplement de ce qu’ils étaient.

En filmant ses meurtres, Mohamed Merah interroge chacun de nous au plus profond de son intimité.
Quel est notre rapport à l’image, à l’image insoutenable ? Seul, face à l’écran de son ordinateur qui résistera et qui ne résistera pas à sa part obscure ? Personne ne sera là pour nous juger, nous nous retrouverons en tête à tête avec notre pulsion voyeuriste. Une pulsion du même ordre que celle qui a poussé certains, malgré tout, à regarder les scènes de décapitation dont nous parlions plus haut. Ou du porno pédophile.
Depuis les années 70, il existe toute une littérature, tout un cinéma autour de ce qu’on appelle les snuff movies. Ce serait des films tournés sur commande qui représenteraient des tortures et des mises à mort d’êtres humains non simulées et seraient ensuite revendus à de riches amateurs. A ce jour, aucune preuve que ces snuff existent vraiment n’a été apportée même si les polices du monde entier pensent que c’est possible, que l’on n’est pas seulement dans le domaine de la légende urbaine.

Regarderiez-vous un snuff movie, si vous en aviez l’occasion ? Moi non.
Et Merah n’a pas fait autre chose que tourner un snuff movie. Avec sa caméra dans une main et son 11’43 dans l’autre, il est une parfaite allégorie de son temps, il est bien un enfant de son époque, de Facebook et des réseaux sociaux où la moindre action, l’événement le plus anodin a un besoin vital de la photo ou de la vidéo pour donner à ses auteurs l’impression qu’ils ont vraiment vécu cette fête d’anniversaire ou ces vacances en Toscane.
Merah était camé à l’islamisme, ça ne fait pas de doute. Mais il ne fait pas de doute non plus, avec son goût pour l’image et la mise en scène, qu’il est bien le rejeton dénaturé de la téléréalité, poussée dans sa logique la plus obscène. Et je ne tomberai pas dans son piège…

Après Toulouse, un Terrorist Act à la française ?

Jeudi dernier, 22 mars 2012, alors que les hommes du RAID viennent enfin de mettre un terme à l’épopée sanglante de Mohamed Merah, Nicolas Sarkozy, retrouvant des accents gaulliens qui lui sont peut-être plus familiers qu’on ne le pense, déclare, du Palais de l’Élysée, que « La République doit être implacable pour défendre ses valeurs. » Jusqu’ici, rien à dire : en tant que chef de l’Etat, c’est à lui de rappeler que le fondement de la cité, l’essence du politique, c’est à la fois l’amitié, la densité du tissu social, mais aussi la capacité à se réunir et à lutter ensemble contre l’ennemi commun. C’est ensuite que les choses se gâtent, pour des raisons qui tiennent vraisemblablement au contexte de campagne électorale. « Je viens de réunir le Premier ministre et les ministres concernés pour tirer les conclusions de ces événements tragiques ». Et quelles sont-elles, ces conclusions ? Une hypothétique fournée de lois nouvelles, qui s’ajouteront à l’immense arsenal des normes déjà existantes et si parcimonieusement mises en œuvre. « Désormais toute personne qui consultera de manière habituelle des sites internet qui font l’apologie du terrorisme ou qui appellent à la haine et à la violence, sera punie pénalement. Toute personne se rendant à l’étranger pour y suivre des travaux d’endoctrinement à des idéologies conduisant au terrorisme, sera punie pénalement. La propagation et l’apologie d’idéologies extrémistes seront réprimées par un délit figurant dans le Code pénal avec les moyens qui sont déjà ceux de la lutte anti-terroriste.(…) Mes chers compatriotes, la France vient de traverser une épreuve, voici donc les conclusions que nous devons en tirer. »

De toute évidence, il était indispensable de réagir avec la plus grande énergie à une série d’événements aussi tragiques, et potentiellement, aussi lourds de menaces. En revanche, on ne peut que s’interroger sur les solutions suggérées et plus fondamentalement, sur la méthode choisie.
En premier lieu, en effet, les réponses proposées, à chaud, au problème du terrorisme islamique, peuvent laisser sceptiques, y compris les esprits les mieux disposés. Catherine Nay a intitulé la remarquable biographie du président Sarkozy qui sort ces jours-ci en librairie L’Impétueux. Elle y note que « cet homme courageux et même téméraire jusqu’au dernier instant aura été entravé par une trop grande retenue qui s’ajuste mal à son tempérament. Un audacieux trop craintif ? Cet oxymore pour fabuliste pourrait résumer son règne » . Et s’appliquer, en outre, aux mesures proposées au soir du 22 mars.
D’abord, celles-ci paraissent quelque peu incertaines.

Qu’est-ce que c’est, par exemple, qu’un site appelant « à la haine et à la violence » ? Qu’entend-on par consulter « de manière habituelle » de tels sites internet ? Deux fois ? Dix fois ? Sur quelle durée ? Sans doute des mesures similaires existent-elles pour les sites pédophiles : mais comparaison n’est pas raison, dès lors que la qualification de pédophilie est évidente, alors que celle d’appel à la haine ou à la violence l’est beaucoup moins, et qu’elle est donc infiniment plus large. Sans compter que la seule consultation d’un site pédophile constitue en soi un acte de pédophilie, alors que le fait d’aller lire des textes, qui pourraient être parfaitement anodins, figurant sur un site faisant « l’apologie du terrorisme » n’est pas a priori constitutive du crime de terrorisme – d’autant que l’on ne sait pas forcément, en allant sur un tel site, et même y retournant, que celui-ci tombe sous le coup de la loi. Même remarque à propos des autres mesures prévues : qu’est-ce qu’une « idéologie extrémiste » ? Poutou en prison, entre Olivier Besancenot et Arlette Laguiller ? Et comment faut-il entendre l’annonce que « Toute personne se rendant à l’étranger pour y suivre des travaux d’endoctrinement à des idéologies conduisant au terrorisme sera punie pénalement » ? Ceux qui les suivent en France échapperont-ils aux poursuites pénales ? Et d’abord, qu’est-ce qu’une idéologie qui conduit au terrorisme ?

Incertaines, et comme telles, potentiellement attentatoires aux droits et aux libertés, ces mesures paraissent en même temps, et paradoxalement, disproportionnées au regard de l’importance du problème. Encore faudrait-il, dira-t-on très justement, établir avec précision quel est ce problème, et bien sûr, qu’elles en sont les racines – malaise des banlieues, désespérance de la jeunesse, crise de civilisation ou d’identité, immigration incontrôlée, que sais-je ? Toujours est-il que le lot de propositions formulées à la va-vite par le président ne semble traiter ni les causes du mal, ni même ses symptômes – tout juste, peut-être, certains des modes d’expression de ces derniers. Ce n’est pas en interdisant la consultation de certains sites internet ni en prohibant les voyages au Pakistan à des apprentis terroristes suffisamment maladroits pour se faire prendre, que l’on empêchera la montée des périls.

Enfin, dernière critique formulée à l’encontre des mesures annoncées, leur caractère largement redondant. C’est ainsi que l’article 24 de la du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse prévoit déjà que « seront punis de cinq ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende ceux qui, (…) auront directement provoqué (…) à l’un des crimes et délits portant atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation », ainsi que « ceux qui, par les mêmes moyens, auront provoqué directement aux actes de terrorisme prévus par le titre II du livre IV du code pénal, ou qui en auront fait l’apologie. » La règle est rarement appliquée, mais elle existe et n’a pas besoin d’être modifiée, observait à cet égard le pénaliste Jacques-Henri Robert : si l’on veut réprimer plus largement l’apologie du terrorisme, il suffit de donner des instructions aux procureurs .

Et l’on touche ici au second problème que pose l’annonce faite par Sarkozy : celui de la méthode choisie, qui consiste, plutôt qu’à déclarer que l’on fera désormais respecter le droit dans toute sa rigueur, à annoncer un chapelet de lois nouvelles.

Dans le cadre de la campagne électorale, ce genre d’annonce risque d’abord d’apparaître, comme un moyen assez facile, pour le président candidat, de se démarquer de son principal adversaire : « Il peut s’indigner », déclarait ainsi Nicolas Sarkozy dans son meeting de Rueil-Malmaison le 24 mars, « il peut refuser de voter des lois, ces lois que je propose pour protéger la France et les Français, c’est son droit. Mais je vous le dis, ces lois seront votées si les Français choisissent de me faire confiance. » Ou comment faire d’une mesure grave un argument électoral de second ordre.

Mais le risque principal, c’est que les lois promises peuvent être conçues, et en tous cas perçues, comme un substitut à la volonté : un alibi, un cache-misère. La loi, bien entendu, est une base indispensable à l’action, notamment sur des questions aussi brûlantes. Mais en soi – c’est-à-dire, faute d’une ferme volonté de la mettre en œuvre -, la loi n’est rien. Pire, elle conduit à discréditer le système qui, faute de pouvoir ou de vouloir la faire appliquer, en fait d’autres, les multiplie, les accumule, suscitant une inflation législative dont Tacite constatait déjà qu’elle est l’un des signes les plus sûrs de l’impuissance de l’État : « Plurimae leges, corruptissima respublica »

Bref, on ne saurait se servir de la loi comme d’un grigri grâce auquel on pourrait rassurer à bon compte des foules affolées, se donner bonne conscience, et continuer vaille que vaille le petit train-train politique quotidien, sans se donner la peine de prendre à bras-le-corps les véritables problèmes de la cité. La République doit être implacable pour défendre ses valeurs : ce n’est pas en fabriquant à chaud des lois de circonstances qu’elle y parviendra.

Paul-Marie Coûteaux, gentilhomme souverainiste

Il ne fait pas bon être un cœur rebelle au royaume des boutiquiers. Paul-Marie Coûteaux appartient à cette engeance pour laquelle l’histoire, la géographie, la langue et la (grande) politique composent un lieu d’enracinement. Ce personnage attachant et exaspérant se pique d’une passion inaltérable pour la nation française, qu’il ne craint pas d’essentialiser en donnée « absolue ». Héritier indistinct de Clovis et du général de Gaulle, il lorgne tant du côté de Jean Bodin [1. Penseur du XVIe siècle, théoricien de la souveraineté de l’État moderne.] que de celui de Charles Maurras, ces deux maîtres de l’intelligence française au legs intellectuel évidemment contestable.

Militant socialiste dans les années 1970, électeur de François Mitterrand, collaborateur de son ministre gaulliste de gauche Michel Jobert (« anti-américain virulent »)[2. Ministre des Affaires étrangères de Pompidou, puis ministre du Commerce extérieur de François Mitterrand de 1981 à 1983.], Coûteaux a rejoint l’autre rive de la politique hexagonale après la dérive « SOS Racisme » de la gauche au pouvoir. C’est aux côtés de Séguin, Villiers et Chevènement – sa dernière incursion à gauche, le temps d’une campagne « des deux rives », en 2002 – qu’il fera ses armes, accumulant les désillusions au gré d’un itinéraire politique sinueux qui déroute le profane et fait penser aux corsi et ricorsi − aux tours et détours − de Vico[3. Giambattista Vico (1668-1744), philosophe italien, élabora une métaphysique et une théorie cyclique de l’histoire selon laquelle les sociétés humaines progressent à travers une série de phases allant de la barbarie à la civilisation pour retourner à la barbarie.], référence dont tous ses amis savent qu’elle lui est chère.[access capability= »lire_inedits »] La politique, Coûteaux la conçoit comme un dépassement civilisé de l’inimitié inhérente à la vie collective. Mais son crédo libéral doit moins au Léviathan hobbesien qu’à l’antienne maurrassienne « l’ordre en haut et les libertés en bas ». Pas de politique sans ennemi, répète inlassablement le gentilhomme souverainiste lecteur de Carl Schmitt[4. Publiciste allemand, notamment auteur de La Notion de politique, qui érige la distinction ami/ennemi en critère distinctif du politique.]. Et l’ennemi tout désigné s’appelle les États-Unis d’Amérique ! La thalassocratie bottée et le catéchisme droit-de-l’hommiste qui constituent une « doctrine Monroe » revisitée à l’échelle planétaire[5. « Doctrine Monroe » : principes de la diplomatie américaine énoncés en 1823 par le président républicain James Monroe, qui prônaient un non-interventionnisme réciproque entre l’Europe et les Etats-Unis et, de ce fait, définissait le continent américain comme une zone d’influence des Etats-Unis.] sont des idées universalistes devenues folles. Son anti-antiaméricanisme, Coûteaux l’assume et le célèbre avec la verve d’un Dominique de Roux célébrant « l’entreprise de subversion anticapitaliste mondiale » du de Gaulle du discours de Phnom Penh.

L’art français de la guerre

« La guerre, cela commence quand un gouvernement dit non à un autre », déclame-t-il. Côté pile, Coûteaux caresse le rêve d’un axe européen « de l’Atlantique à l’Oural », négatif du pacte atlantiste qui scella le sort du malheureux Irak un jour de mars 2003. À rebours de ces droites populistes européennes passées de l’antisémitisme à l’occidentalisme le plus crasse, Coûteaux maintient le cap de sa prime jeunesse : sus à l’Amérique !
Comme nombre de nationalistes, l’ancien député européen nourrit le fantasme d’un affrontement armé. Pour galvaniser les masses, à défaut d’une bonne guerre, « il faudrait un drame » apte à raviver la conscience nationale déchue comme un coup de froid raffermit une peau trop détendue. Autre mythe, à force de parler de « sacralité » nationale, notre homme serait-il mystique ? Assurément, « la politique française est fixée une fois pour toutes, c’est une permanence », claironne-t-il, balayant les contradictions du roman national. De Guizot aux Communards, tout ce qui est national est sien.
Inversement, la trahison démocratique qu’a été le traité de Lisbonne (2008), resucée « simplifiée » de la Constitution européenne rejetée par le peuple français un certain 29 mai 2005, lui a laissé un goût amer. Et a vacciné Coûteaux contre toute compromission avec le président Sarkozy, qui mène la politique d’Alain Minc avec les mots de Guaino.

Après son ralliement à Marine Le Pen, le tour de valse a été bref ; déçu comme il l’est à chaque fois de ne pas trouver dans sa nouvelle famille d’adoption la flamme de la France éternelle qui l’anime, PMC s’est, comme à chaque fois, mis en tête d’ouvrir sa propre boutique. Son dernier-né, le SIEL (Souveraineté, indépendances et libertés), devrait lui servir de refuge pour ses fâcheries à répétition avec l’état-major du Front national. Enterrer les cadavres de Vichy et de l’Algérie française, transcender les clivages du passé autour de l’ambition gaullo-nationale, tel est le dessein des (maigres) troupes de Coûteaux, qui tiendront congrès courant mars.
Sa légion tricolore compte son lot de roycos d’Action française, de déçus du MPF (Villiers) et de l’UMP dont certains ont même émargé jadis chez Alain Madelin. Cette escouade hétéroclite aurait vocation à recomposer la droite autour du clivage « mondialistes » contre « patriotes ». En cas de déculottée sarkozyste au printemps, Paul-Marie prédit un destin centrifuge à l’UMP et compte déjà sur le renfort de la Droite populaire. Cette approche stratosphérique, si elle a le mérite de réhabiliter la grande géopolitique, impose une amplitude idéologique qu’on est en droit de trouver excessive, même avec des nerfs solides.

La souveraineté pour quoi faire ?

Habité par les siècles, Coûteaux a tendance à oublier que les baïonnettes et les cocardes tricolores n’ont jamais nourri personne. Il ne pense pas que l’intendance suivra, il se fiche qu’elle suive ou non. L’infrastructure – les rapports de production – ne compte pas face aux raisons supérieures de la superstructure – la nation. Si on pense que souveraineté n’est pas sa propre fin mais le moyen d’édifier une société désirable, son insigne mépris pour la question économique et sociale semble au minimum hasardeux, et contestable intellectuellement. On se joindrait volontiers à lui pour houspiller les faibles et les tièdes qui nous gouvernent, mais crier avec la meute des europhobes ne va pas ressusciter, en la renationalisant, la lutte des classes enlisée dans le mondialisme, qu’il soit de droite ou de gauche. Sans céder à un économisme bête et méchant, il y a de bonnes raisons de penser que l’urgence est d’inventer le système qui pourrait succéder à un capitalisme devenu fou sans se bercer de l’illusion d’un retour à l’« avenir radieux » d’hier.

En esprit iconoclaste qu’il est sans chercher à l’être, Paul-Marie Coûteaux pourfend la candeur des bonnes âmes de gauche qui veulent le monde sans frontières mais pas les fermetures d’usine. Mais chez lui, le refus de l’irénisme s’arrête là où commence le mythe national. Quand il croit qu’il suffit d’émanciper les peuples pour fonder des sociétés d’hommes libres, cet intellectuel égaré en politique tombe hélas dans ce que Tourgueniev appelait les « lieux communs à l’envers ».[/access]

 

Chômage : quand la montée stagne…

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« Les chiffres du chômage qui seront connus demain devraient montrer une stagnation de la montée du chômage pour le mois de mars. »

C’est sur le fameux réseau Twitter que j’ai déniché cette perle ce dimanche en début de soirée. Qui peut donc être l’auteur de cette phrase pour le moins énigmatique ? Et surtout que veut-il nous dire ?

A la première question, la plupart d’entre nous hésitera entre la porte-parole du gouvernement Valérie Pécresse, celle du candidat Sarkozy, NKM voire à l’homme qui a promis d’arrêter la langue de bois, Jean-François Copé.

A la seconde, on demeurera davantage dubitatif. Comment diable une montée pourrait-elle bien stagner ? Après quelques secondes de réflexion approfondie, ne s’agit-il pas d’un message nous annonçant que le chômage, au lieu d’augmenter encore plus vite que le mois précédent, va augmenter au même rythme ? Si c’est effectivement le cas, on pourrait donc fort bien imaginer que si l’augmentation avait été moindre, l’auteur aurait twitté : « Les chiffres du chômage qui seront connus demain devraient montrer une baisse de la montée du chômage pour le mois de mars[1. Pas franchi par le candidat Sarkozy lui-même dès ce lundi matin. Pour le Président de la République, nous sommes en présence d’une « baisse tendancielle de l’augmentation du chômage ». Champagne !]. »

Mais revenons à l’identité de l’auteur. Les plus fins d’entre vous auront remarqué le mode conditionnel. Twitter, emploi du conditionnel : il ne peut s’agir que d’un journaliste lequel, limité par les 140 signes, n’a pas pu ajouter le fameux « d’après les milieux autorisés » cher à Coluche. Cette perle rhétorique est donc l’oeuvre de Michaël Darmon, éditorialiste à iTélé. Nous lui adressons toutes nos félicitations pour cette information précise, primordiale et digne d’une liseuse de boule de cristal puisque le mois de mars ne se termine que samedi prochain. Jamais un éditorialiste n’avait à ce point réussi de nous donner avec autant de talent l’avant-goût des prochains éléments de langage du gouvernement. Nous nous permettons également de rappeler à nos excellents camarades de Causeur qu’on n’a pas forcément eu tort d’écrire ce qu’on a écrit dans le magazine de mars. En effet, si François Hollande est réellement le chouchou des médias, Michaël Darmon semble être un membre supplémentaire à avoir bouffé la consigne. Le talent n’excuse pas tout.

L’Iran : bombarder ou pas ?

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Photo : AZRainman

Meir Dagan, ancien directeur du Mossad (de 2002 à 2010), s’est à nouveau opposé dimanche sur la chaîne américaine CBS News à des frappes préventives israéliennes contre les installations nucléaires iraniennes[1. « U.S. Faces a Tricky Task in Assessment of Data on Iran », New York Times, 17/03/2012].
« Il faut explorer toutes les autres solutions », estime-t-il à l’instar des dirigeants américains et contre l’avis de Benyamin Netanyahu et Ehud Barak.
S’il n’exclut pas une intervention militaire, c’est seulement en dernier ressort et avec l’appui concerté des États-Unis. La communauté internationale, selon lui, devrait en priorité dissuader l’Iran d’orienter son programme civil vers un programme militaire. La « méthode Dagan » pour y parvenir : un renseignement de haute qualité et la retenue dans la démonstration de force.
La sortie de Meir Dagan coïncide avec la visite du Premier ministre israélien à Washington. A la tribune de l’AIPAC, Netanyahu a redit sa défiance vis-à-vis des allégations d’un Iran nucléaire pacifiste : « il est impossible de croire que le régime le plus dangereux du monde n’utilisera pas l’arme la plus dangereuse du monde ». Pour lui, Israël « ne doit pas permettre que ceux qui cherchent [son] anéantissement développent de telles armes. Un Iran nucléaire doit être arrêté ». Netanyahu a toutefois précisé lors de sa rencontre avec Barack Obama qu’aucune décision n’a été arrêtée par son gouvernement.

L’Iran des mollahs, un « régime rationnel »

Dagan a pris le contre-pied des discours récurrents qui prêtent aux Iraniens des intentions irrationnelles voire fanatiques. A son interlocutrice déconcertée, Dagan ajoute que « rationnel le président Ahmadinejad l’est tout autant mais à sa façon. »
Par là, il entend que « les Iraniens prennent sérieusement en considération toutes les implications de leurs actions. Ils savent qu’ils les paieront très cher. Ils font donc très attention, ils ne s’empressent pas. »
Une lecture confortée par des « fuites » récentes faisant état d’analyses convergentes entre les services américains (CIA) et israéliens (Mossad)[2. « U.S. Faces a Tricky Task in Assessment of Data on Iran », New York Times, 17/03/2012]. En l’état actuel des informations dont disposent ces agences, il ne serait pas prouvé que l’Iran a décidé de s’engager dans un programme non civil.
Toujours selon Meir Dagan, une opération imminente de grande envergure entraînerait « un embrasement régional aux conséquences incalculables. »
Partant il pointe plusieurs obstacles. Sur la question controversée des capacités tactiques d’Israël à mener cette offensive, il estime que le nombre élevé de cibles interdit à l’État juif d’attaquer seul.
De plus, les Israéliens essuieraient des ripostes sur plusieurs fronts : ripostes provenant des Iraniens eux-mêmes mais aussi de leurs supplétifs au Liban (Hezbollah) et à Gaza (Hamas).
Il estime ainsi que les pertes subies par les Israéliens seraient bien supérieures à ce qu’annoncé par l’état-major. Sur ce point, il semble en phase avec l’opinion du pays qui rejette à 58% la perspective d’une opération sans appui américain[« Haaretz poll: Most of the public opposes an Israeli strike on Iran », Haaretz, 8/03/2012].
Enfin, il souligne qu’une intervention préventive, même couronnée de succès, n’aboutirait qu’à « ralentir le programme iranien et non à le faire cesser. » Dagan se dit en outre confiant dans la parole du président Obama qui vient de réitérer devant le Premier ministre israélien son refus inflexible de voir l’Iran accéder au nucléaire militaire. Dans cette hypothèse, la menace iranienne ne pèsera d’ailleurs pas uniquement sur l’État hébreu mais sur la communauté internationale qui devrait en tirer toutes les conséquences.

Dagan, l’architecte d’une guerre de l’ombre

L’ancien espion est considéré comme l’un des meilleurs directeurs du Mossad, en dépit de ses prises de parole parfois hétérodoxes, selon certains.
Ainsi enfreignant son devoir de réserve, il a défendu publiquement l’Initiative de paix arabe, sur laquelle Israël ne s’est jamais officiellement positionné.
Parallèlement, il a été surnommé par la presse arabe le « Superman israélien » en raison des succès qu’il a accumulés pendant ses fonctions.
Cependant, si Dagan fait preuve d’une prudence inaccoutumée quant à l’opportunité de frappes préventives, il est réputé pour être le stratège d’une guerre de l’ombre impitoyable visant notamment des personnes impliquées dans le programme iranien (stratégie reprise par son successeur Tamir Pardo).

– Téhéran lui attribue l’assassinat non revendiqué de plusieurs physiciens nucléaires (Ardeshir Hassanpour en 2007, Majid Shahriari et Mohammed Ali Mohammadi en 2010, Dariush Rezaei en 2011 et Mostafa Ahmadi Roshan en 2012).

– L’apparition en juin 2010 du virus Stuxnet conçu pour s’immiscer dans les infrastructures de contrôle des centrales et des usines a fait dire à certains observateurs qu’il s’agissait de la première « cyber-arme » de l’histoire. Oscillant entre les réactions embarrassées et agressives, l’Iran a commencé par nier les dommages subis par le virus saboteur Stuxnet, pour finalement les reconnaître.
– En décembre 2011 une usine d’acier à Yazd subissait une explosion mystérieuse puis une raffinerie d’Ispahan déplorait des dysfonctionnements inexpliqués.

Si ces opérations n’ont évidemment pas mis un terme au programme iranien, elles l’entravent et sèment une relative inquiétude quant à la sécurité physique de ceux qui y travaillent et font douter des capacités du régime à sécuriser les sites.

Tentatives dérisoires de rétorsion en Asie

Par ces actions spectaculaires, le Mossad de Meir Dagan a démontré que le territoire iranien est pour lui un terrain de jeu comme un autre où il dispose d’intermédiaires bien introduits. A l’inverse, les Iraniens ne sont pas parvenus à infiltrer le territoire de l’État hébreu.

Pour preuve le semi-échec des attentats anti-israéliens menés en février dernier en Géorgie, en Thaïlande et en Inde :

– à Tbilissi, l’attentat a été déjoué ;
– à New-Delhi, un diplomate israélien et son chauffeur ont été légèrement blessés ;
– à Bangkok, une des bombes a explosé entre les mains des terroristes, deux autres ont été lâchées dans la rue contre la police et la quatrième a été désamorcée… La police thaïlandaise a indiqué que deux des trois auteurs détenaient des passeports iraniens.

Deux stratégies qui s’affrontent ou qui se complètent ?

Si la stratégie feutrée de l’ex-chef du Mossad rencontre un tel succès comment expliquer les accents martiaux provenant de Benyamin Netanyahu ?

Certains y verront l’expression publique de dissensions irréconciliables au sein de l’establishment militaire quant à l’approche à adopter face à l’Iran.

D’un côté, Dagan estime qu’il faut favoriser un changement de régime pacifique en Iran, par la voie du soutien aux minorités et à l’opposition démocratique au régime. Et qu’il ne faudra intervenir militairement qu’en dernière instance et avec l’appui logistique des Américains.

De l’autre, Amos Yadlin (général de division aérienne et directeur d’Aman – l’agence de renseignement militaire) exhorte le pouvoir politique à intervenir avec ou sans « feu vert » américain. D’après lui une fenêtre d’opportunité est actuellement ouverte qu’Israël ne doit pas manquer. Si l’État juif tarde à agir, les capacités iraniennes seront renforcées et les espoirs de pouvoir intervenir seul douchés. Il convoque les précédents irakien et syrien. Pour mémoire les opérations contre la centrale irakienne d »Osirak (en 1981) et le réacteur syrien (en 2007) ont irrévocablement torpillé lesdits programmes nucléaires.

Pour Dagan, on l’a bien compris, il est hors de question qu’Osirak fasse jurisprudence.

Ainsi au flou entretenu par les Iraniens sur leurs intentions, répond mécaniquement ce qui peut passer pour une valse-hésitation du gouvernement israélien. Il ne faut cependant pas se laisser abuser par les apparences. Dans le conflit qui l’oppose à l’Iran, Israël détient de multiples cartes (militaire, diplomatique, économique, ..) qu’il peut alternativement abattre selon les circonstances et leur évolution. C’est ainsi qu’il faut comprendre l’entretien de Dagan à CBS News et la tribune d’Amos Yadlin au New York Times[4. Amos Yadlin, « Israel’s Last Chance to Strike Iran », New York Times, 29/02/2012]. A quelques jours d’intervalle, les deux maîtres espions ont présenté non pas deux stratégies divergentes mais plutôt complémentaires.

Proxénète, DSK ?

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La Sainte Inquisition est de retour. Autrefois elle brûlait les sorcières accusées d’avoir fait commerce avec le Malin. Désormais, elle cloue au pilori les hommes de petite vertu. En inculpant Dominique Strauss-Kahn pour proxénétisme aggravé en bande, crime passible de 20 ans d’emprisonnement, les magistrats lillois se sont offert un beau coup de pub. Ils ont surtout montré qu’ils avaient une curieuse et pour tout dire inquiétante conception de leur mission, qui ne consisterait pas à défendre la loi mais à dire le Bien et le Mal. Autrement dit, ils ne sont pas les garants de la morale publique mais les gardiens de nos vertus privées.

Que reprochent-ils à l’ancien patron du FMI ? D’avoir participé à des parties fines organisées en recourant aux services de prostituées. DSK dit qu’il ignorait que les demoiselles étaient payées. Mais quand bien même il l’aurait su, la loi française ne punit pas le recours à la prostitution, dès lors qu’elle concerne des adultes consentants. On a le droit d’être personnellement choqué par de tels comportements, mais c’est le prix à payer pour vivre dans une société libérale où chacun bénéficie de « la paisible jouissance de l’indépendance privée », comme dit Benjamin Constant. Ou alors il faudra accepter un jour que les magistrats pénètrent dans toutes les alcôves pour s’assurer que nul ne commet l’adultère ou ne se livre à des jeux érotiques que la morale de ces messieurs-dames réprouve.

Il serait en revanche problématique que ces dames eussent été rémunérées par de l’argent douteux ou détourné. La façon dont DSK occupait ses soirées ne me regarde pas ; qu’un homme politique accepte des faveurs contre lesquelles on pourrait lui en demander d’autres, c’est une autre affaire – une affaire publique. Oui mais justement, les juges ont abandonné la piste de l’abus de bien social, la seule qui aurait pu concerner la collectivité. Non, ce qui leur déplait, à ces professeurs de morale, c’est que DSK ait eu des copains et copines de partouzes, payées ou pas. Pour eux, c’est la même chose que si lui et ses amis lillois avaient été à la tête d’un réseau de prostitution exploitant et tabassant des malheureuses en situation irrégulière. A ce compte-là, trois ados surpris en train de partager un joint pourraient être poursuivis pour trafic aggravé et association de malfaiteurs ; le copain qui m’a emprunté hier 5 euros pour payer son coca devrait être inculpé pour extorsion de fonds ; et 30 millions de Français devront répondre du crime de voyeurisme aggravé. Alors oui, ces juges me fichent la trouille.

Le modèle allemand ? Y’a vol !

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Ils sont vraiment merveilleux, les Allemands : non seulement ils produisent de plus belles choses que nous, ils les vendent mieux, ils savent faire le sacrifice de leurs réductions du temps de travail, de leur système social et ils acceptent sans rechigner de partir à la retraite de plus en plus tard. Un peuple de rêve, quoi, flexible, sérieux, discipliné…

Pas comme ces fainéants surmutualisés de Français qui s’obstinent à croire que c’est l’économie qui est au service de l’homme et non l’inverse. C’est dommage de raisonner comme ça parce que les Français, du coup, ils n’auront pas de jolies primes comme les travailleurs allemands. En effet, c’est tellement bien, l’Allemagne, que les patrons eux-mêmes n’hésitent pas à récompenser les ouvriers qui ont aidé aux jolis bénéfices des entreprises.

Certains d’entre eux vont par exemple, notamment dans le secteur automobile, toucher jusqu’à huit mille euros. Ce n’est pas négligeable même si on peut se dire que c’est la moindre des choses quand on voit les profits inédits engrangés par exemple en 2011 par Audi : 5,8 milliards d’euros. Ou que Martin Wax, le pédégé de Volkswagen, a établi, au pays du gentil capitalisme rhénan modéré, le record de rémunération d’un patron du Dax (le CAC 40 allemand) en doublant son salaire et en s’octroyant dix-sept millions d’euros.

On pourra aussi penser que dans un tel contexte, ces primes généreusement accordées ne sont pas si mirobolantes que ça et surtout sont un moyen d’acheter la paix sociale en évitant de débattre du fond, comme le veulent les syndicats qui demandent une augmentation générale des salaires de 6,5% et des embauches à la place du recours systématique aux heures supplémentaires. Mais là, les patrons allemands, y compris Marin Wax, exigent des partenaires sociaux de la « prudence ».

Bref, en Allemagne, ce n’est pas le salaire qui prime…

Sarkozy, Hollande : c’est celui qui dit qui est

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C’est celui qui dit, qui est. La dernière fois que j’ai prononcé ça, je devais avoir 7 ans, être à bout d’arguments et ne pas avoir encore une maîtrise totale d’une bonne droite pour répondre à une pimbêche à couettes qui avait dû me moquer.

Qu’on se rassure, l’usage de cette antienne ne s’est ni perdu, ni cantonné aux cours de récré. C’est même devenu top tendance dans la campagne présidentielle.

Dernier épisode en date : le président sortant, qui dans un de ces faux off dont il a le secret, balance que François Hollande est « nul », et « que ça commence à se voir. » Comme ça, froidement. Off complaisamment repris par l’ensemble de la presse, trop contente de se débarrasser enfin des attentats de Toulouse et Montauban et d’une semaine d’angoisse à ne plus en pouvoir de spéculer sur les causes, les moyens et les conséquences.

Dans la demi-seconde, c’est-à-dire le temps qu’il faut pour que l’info soit reprise par le twitter de journalistes en vue, le candidat socialiste est interrogé sur cette saillie. Questions auxquelles il assurera ne pas vouloir répondre – comme d’habitude. Avant d’assortir aussitôt cette non-réponse d’un commentaire cinglant -comme d’habituuuuude : « Ça se rapporte toujours à celui qui l’emploie. » Soit, en bon français de CM1: c’est celui qui dit qui est.

On aurait pu penser que le 860ème épisode de ce petit jeu s’arrêterait là. Mais pas vraiment, puisque immédiatement après le chœur des vierges effarouchées de la politique a glapi, dénonçant les insultes du PS et la campagne de caniveau de l’UMP à moins que ce soit l’inverse.

D’ici peu je sens qu’on va aller vers une campagne sans « insultes », à supposer que « nul » en soit une. François Hollande est capable de prendre ça à la rigolade. Il serait moins tendu par l’enjeu, il aurait arrosé la presse d’un bon mot comme il savait faire avant. Là, fini de rire, soyons sérieux, prenons la mine sombre. La situation est grave, le chômage, le terrorisme et le réchauffement climatique supposent qu’on arrête vraiment de rigoler. Il va de soi que l’indignation et les demandes d’excuses 24 heures sur 24 ne valent pas que pour le PS et l’UMP, y’a qu’à voir le super numéro de duettistes entre Le Pen et Mélenchon…

La menace d’une campagne sans outrage, voire d’une journée mondiale sans insulte politique se profile. Vous croyez que j’exagère ? Même pas : aux Etats-Unis, on y est quasi, alors que la campagne présidentielle commence sérieusement. Car figurez vous, que Robert De Niro (oui évidemment, c’est autre chose que Pierre Arditi, ou Mathilde Seigner) qui soutient Barack Obama a osé faire une blague lors d’une soirée de collecte de fonds la semaine passée. En annonçant l’arrivée de la première Dame, Michelle Obama il a lancé ça face caméras: « Callista Gingrich, Karen Santorum, Ann Romney… Pensez-vous vraiment que le pays soit prêt pour une First Lady blanche? C’est trop tôt, n’est-ce pas ? »

Patatras, le lendemain matin, les candidats républicains lui ont sauté à la gorge : Newt Gingrich a récupéré l’histoire, demandant au président Obama de « s’excuser » pour les propos « inexcusables » de Robert De Niro qui « divisent » le pays. Comme Newt Gingrich, Rick Santorum a condamné les propos de Robert de Niro, « un homme d’Hollywood ». Michelle Obama elle-même, enfin sa porte-parole, a participé à la curée contre l’acteur drôle et joué au pisse-vinaigre, qualifiant la blague de Robert De Niro « d’inappropriée »[1. Un grand bravo au passage à l’épouse de Mitt Romney qui, à la surprise générale a volé immédiatement à la rescousse de Robert De Niro : « J’ai ri. J’ai pris cette blague pour ce qu’elle était : une blague » a dit Ann Romney avant de déplorer que dans le monde politique « nous prenons tout tellement au sérieux et nous réagissons tous de façon exagérée à certaines choses »]. Pardonnez-moi de vous ramener à cette réalité brutale, amis obamaniaques.
Voici donc le grand acteur sommé de s’excuser : il n’avait voulu, avec ce ton satirique, ni « blesser, ni embarrasser quelqu’un ». Robert De Niro, pour faire court est nul. Ah, non ça c’est interdit.

Malgré ces excuses d’une sincérité et d’une crédibilité quasi-soviétiques, aux USA, la controverse sur blague drôle-qui-ne-voulait-blesser-personne a pris des proportions délirantes. Au point que le comédien et animateur Bill Maher, qui ne se cache pas d’être de gauche, a publié une tribune dans le New York Times. Déroulant jusqu’au bout les indignations surjouées de la gauche et de la droite US, il suggère aux deux camps de créer vite un « Dimanche sans injures ni demandes d’excuses ». Qu’il fasse gaffe, ça pourrait donner des idées à certains ici. Et pas pour de rire.

Sondages, halte au gavage !

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Si les sondages ont une vertu, c’est bien celle de maquiller le grand vice de cette présidentielle : l’ennui. Un peu comme dans un match de foot où, quand le fond de jeu est faible, on préfère parier sur l’issue du match ou égrener des statistiques mesurant les mérites comparés des buteurs plutôt que de décrire le mauvais spectacle en train de se dérouler.

À la manière d’une prophétie antique surgissant d’un oracle, le candidat Hollande est né dans un sondage. Dès mai 2011, Ipsos, pressé de mettre sur orbite un nouvel impétrant socialiste après l’empêchement new-yorkais de DSK, propulsa Hollande dans la stratosphère des 30% d’où il n’est jamais redescendu.

Le système bien rodé des instituts de sondage fit le reste. La prophétie se fit instantanément auto-réalisatrice et les Français ébahis découvrirent le nouvel élu des rédactions avant même d’avoir songé à voter. Les primaires vinrent valider ce processus comme pour confirmer le réflexe conditionné des électeurs : Hollande endossa alors le costume de candidat-déjà-président. Les mêmes trompettes du destin avaient sonné pour Ségolène Royal en 2007 et DSK en 2011, mais ce n’est qu’un détail liturgique. Hosanna pour François, il faut bien un chœur à la messe ![access capability= »lire_inedits »]

Et si jamais le réel se rebiffait le 6 mai 2012 ? Il sera alors bien temps de déclarer avec aplomb que la chimie sondagière peut toujours se faire surprendre par une physique électorale n’ayant rien d’une science exacte, car la démocratie ne se résout pas par une formule algébrique. Le 22 février 2002, l’IFOP enterrait Le Pen à 7%. Deux mois plus tard, il faisait une irruption remarquée dans l’Histoire en se qualifiant pour le second tour avec 16,9% des suffrages. Un tel fiasco n’a pas empêché ces machines à prédictions de voir leur cote monter en puissance : 111 sondages en 1981, 297 en 2007 et encore plus cette année.

Outre la sévère addiction aux pourcentages des états-majors politiques qui leur fait trop souvent prendre le thermomètre pour la boussole, il faut chercher ailleurs la raison de cette fièvre. C’est Hugues Cazenave, fondateur d’Opinion Way, qui en démontre férocement l’absurdité : « Comment les médias utilisent-ils ces sondages qu’ils commandent ? D’abord et avant tout en fournissant à leurs lecteurs et téléspectateurs des informations inédites sur la vie politique. Contrairement à ce que certains pourraient penser, les résultats des études politiques captivent les lecteurs de presse écrite et les téléspectateurs des journaux télévisés… Elles poursuivent un autre but : encourager les reprises et citations par les autres médias. Les citations dans les revues de presse matinales en radio sont en effet particulièrement recherchées par les quotidiens ou les magazines ; elles peuvent ainsi amener de nouveaux lecteurs vers les kiosques. Elles contribuent aussi à renforcer leur légitimité et à mieux les installer dans le paysage politique. » Bref, un sondage sert à faire de l’argent.

In fine, on devrait rire du grotesque de ce maelström saisonnier qui s’accompagne invariablement des mêmes commentaires. « Le favori de novembre n’est jamais le vainqueur de mai. » Youh ! « Les courbes vont finir par se croiser. » Ah ! « L’opinion ne se cristallise qu’un mois avant l’élection. » Oh !… En période présidentielle, le petit écran ressemble à une énième rediffusion du Fil à la patte de Feydeau. On sait d’avance qui va sortir du placard, et qui ricane en coulisse.

Certains jours, l’émission C dans l’air, animée par le sémillant Yves Calvi, offre une douce caricature de cette bouillie de chiffres. On y fait le constat que tout ça « monte », « descend », « progresse », « stagne », « dépasse un seuil », « s’envole » ou bien « s’effondre ». Les journalistes américains moquent ce type d’exercice d’une onomatopée bien de chez nous : « blah-blah ».

On a beau retourner le problème en tous sens, un sondage destiné à étayer l’opinion politique d’un éditorialiste n’a strictement aucune utilité démocratique. Quand Nicolas Demorand transforme Libération en tract quotidien appelant à voter Hollande, il ne fait pas plus œuvre de salut public que la rédaction du JDD, jamais avare d’une étude prouvant que Fillon est un type populaire.

Mais, quitte à nous faire les avocats du diable, posons-nous la question : les médias ont-ils vraiment le choix ? Cette campagne présidentielle a quelque chose d’étrange. Il ne s’y passe rien de passionnant, aucune promesse de changement majeur à l’horizon tant le champ du possible s’est réduit pour le pouvoir politique. La tutelle de la dette, les engagements européens, l’ouverture des économies ont considérablement réduit les marges de manœuvre des élus du peuple. La droite s’époumone en cherchant à convaincre que la gauche, trop dépensière, nous prépare un plat de moussaka piégée tandis que la gauche s’ingénie à jurer que toutes ses propositions n’ont pas de quoi effrayer la City…

Dans ce contexte vicié, les sondages sont pain bénit pour créer de l’événement et générer des commentaires en mode automatique. Une manière comme une autre de tromper l’ennui et d’occuper les batteries de plumes forcées d’alimenter la rubrique « élection ». Après tout, Guy Debord avait raison quand il disait : « Les spectateurs ne trouvent pas ce qu’ils désirent, ils désirent ce qu’ils trouvent. » Ils devront s’en contenter. Les amateurs de politique n’ont qu’à attendre la prochaine fois. Peut-être.[/access]

Mes 160 signatures

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Comme mes amis Jérôme et Jacques, je ne pourrai finalement pas me présenter à la présidentielle. Pourtant, j’avais soumis au Conseil Machinchose une liste inattaquable de parrains. Jugez par vous-même.

Jeffrey « The Dude » Lebowski
Beatrix Kiddo
John McClane
Holly Golightly
Capitaine Peter Blood
Jimmy « Popeye » Doyle
Buddy « Cloudy » Russo
Mary Poppins
Bigtime Beagle
Beverly R. Sutphin
Bart Simpson
Samantha Stephens
Beverly R. Sutphin
Louise Sawyer
Thelma Dickinson
Marge Gunderson
Gloria Swenson
Thomas Babington
Joe Gideon
Samantha Caine
Phil Connors
Clarice Starling
Steve Zissou
Détective Bobby Goren
Ghost Dog
Joss Randall
Stan Marsh
Auggie Wren
Macon Leary
Muriel Pritchett
Jack McCoy
Lennie Briscoe
Charles «Chips» Maurey
Alan Shore
Denny Crane
Joe Mannix
Peggy Fair
Doc McCoy
Pike Bishop
Cable Hogue
Alexander Mundy
Alfredo Garcia
Juge Dan Haywood
Snake Plissken
Al Fountain
Nick Reve
Frank Cannon
Richard Chance
Marshal Samuel Gerard
Rick Blaine
Will Kane
Alex Murphy
Anne Lewis
Ellen Ripley
Harry Callahan
Butch Cassidy
Terry Thorne
« Bud » White
« Ed » Exley
Dorothy Gale
Napoléon Solo
Illya Kuryakin
Danny Ocean
Tess Ocean
Rusty Ryan
Capitaine Benjamin Franklin « Hawkeye » Pierce
Capitaine John Francis Xavier « Trapper John » McIntyre
David « Dave » Starsky
Kenneth « Hutch » Hutchinson
Douglas Quaid
John Matrix
Dr Ellie Arroway
Capitaine Jack Aubrey
Johnny Rico
Dizzy Flores
Carmen Ibanez
Carl Jenkins
Ace Levy
Lieutenant Jean Rasczak
Mike Flaherty
Dr. Benjamin Stone
Sergent Hoke Moseley
Adrian Monk
Juge Bob Gibbs
Jackie Brown
Ray Nicolette
Jack Foley
Javier Rodriguez
Dante Hicks
Randal Graves
Dewey Finn
Derek Zoolander
Détective Allen Gamble
Larry Daley
Ed Gentry
Lewis Medlock
Lloyd Hopkins
Chili Palmer
Harry Zimm
Karen Flores
Benjamin Braddock
Axel Foley
Jake Gittes
Inspecteur Vic Mackey
Harry Lockhart
Roger Thornhill
Phillip Vandamm
Max Bialystock
Jack Walsh
Jonathan Mardukas
Alonzo Mosely
David « Noodles » Aaronson
Capitaine Benjamin L. Willard
Michael Scofield
Lincoln Burrows
Fielding Mellish
Andy Dufresne
Red Redding
Paul Edgecomb
Chuck Noland
Billy Peltzer
Jim Kalla
John Mallory
Colonel Douglas Mortimer
Tuco Benedicto Pacifico Juan Maria Ramirez
Manuel Gutierrez
Juan Miranda
Rufus T. Firefly
Cuthbert J. Twillie
Grady Tripp
David Dunn
Malcolm Crowe
Graham Hess
Sergent Instructeur Hartman
Billy Ray Valentine
Jake Blues
Elwood Blues
Walter Garber
Ford Lincoln Mercury
Dr Robert Neville
Détective Robert Thorn
Howard Bannister
Dr. Barry Rumack
Capitaine Clarence Oveur
Virgil Starkwell
Sir Wilfrid Robarts
Paris Pitman Jr.
Richie Norris
Blanche Tyler
Dorothy Shaw
Lorelei Lee
Tyler Durden
Dolores Claiborne
Henry « Shaw » Gondorff
Johnny « Kelly » Hooker
Randle P. McMurphy
Igor Shahdov
Nick Charles
Nora Charles
Rose « Frisco Doll » Carlton

Hélas, à l’instar de ce qui était arrivé à mes amis Jérôme et Jacques, le Conseil Constitutionnel m’a envoyé bouler : en plus de leur nombre insuffisant, mes parrains et marraines étaient plus que morts puisque n’ayant jamais existé. Circonstance aggravante, ils étaient tous Américains, donc étrangers non communautaires. J’ai fait remarquer aux so called Sages que ce ne serait pas la première fois que le Conseil Constitutionnel aurait mieux fait de ne pas exister.

Je ne regarderai pas les films de Merah

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A l’heure où j’écris ces lignes, je ne sais pas si Al Jazira, la chaine qatarie, diffusera les vidéos tournées par Mohamed Merah. Si c’est le cas, et même si les chaines françaises décident de ne pas le faire comme ce fut heureusement déjà le cas pour les décapitations d’otages occidentaux filmés par les groupes islamistes pendant la guerre en Irak, je sais très bien qu’elles seront disponibles à peu près partout ailleurs sur Internet dans les minutes qui suivront.

Je sais aussi que l’idée que je me fais de la dignité humaine fait que je ne les regarderai pas. Par respect pour les familles, par respect pour les morts. Et puis, elles n’apprendront rien à personne sauf peut-être à des spécialistes de l’antiterrorisme, des criminologues, des psychologues.
Non, la mort filmée en direct d’enfants et de soldats par leur assassin est un spectacle qui n’a même pas de vertu pédagogique. Voire, par un effet pervers, exercer une fascination et des désirs d’imitation chez les esprits faibles.
Il n’y a rien de plus intime que la mort, la première chose que l’on fait quand on assiste à la fin de quelqu’un de proche, c’est de lui fermer les yeux, de lui serrer la main une dernière fois comme pour lui dire que ça va aller.

Pas de filmer le moment avec un caméscope ou un smartphone pour se le repasser ensuite. Mais il est devenu banal de dire que nous vivons dans la civilisation de l’image comme si l’image, la représentation était un supplément pour comprendre le monde alors que dans le meilleur des cas, elle n’en est que l’illustration. Et à ce titre, je ne vois pas pourquoi les images de Merah devraient devenir publiques sinon pour flatter le voyeurisme le plus abject. De fait, Mohamed Merah nous tend un ultime piège empoisonné. Au-delà de sa folie haineuse, de son islamisme délirant, de son choix d’une période électorale pour agir, il a déjà interrogé notre capacité à surmonter nos divisions, à réagir démocratiquement tout en répondant sans pitié et avec rapidité à une attaque qui a visé des soldats, c’est-à-dire ceux qui dans ce pays se dévouent à sa défense et d’autres, des enfants, qui incarnent l’innocence et ont été tués, définition même du racisme, non pas en raison de ce qu’ils auraient fait mais simplement de ce qu’ils étaient.

En filmant ses meurtres, Mohamed Merah interroge chacun de nous au plus profond de son intimité.
Quel est notre rapport à l’image, à l’image insoutenable ? Seul, face à l’écran de son ordinateur qui résistera et qui ne résistera pas à sa part obscure ? Personne ne sera là pour nous juger, nous nous retrouverons en tête à tête avec notre pulsion voyeuriste. Une pulsion du même ordre que celle qui a poussé certains, malgré tout, à regarder les scènes de décapitation dont nous parlions plus haut. Ou du porno pédophile.
Depuis les années 70, il existe toute une littérature, tout un cinéma autour de ce qu’on appelle les snuff movies. Ce serait des films tournés sur commande qui représenteraient des tortures et des mises à mort d’êtres humains non simulées et seraient ensuite revendus à de riches amateurs. A ce jour, aucune preuve que ces snuff existent vraiment n’a été apportée même si les polices du monde entier pensent que c’est possible, que l’on n’est pas seulement dans le domaine de la légende urbaine.

Regarderiez-vous un snuff movie, si vous en aviez l’occasion ? Moi non.
Et Merah n’a pas fait autre chose que tourner un snuff movie. Avec sa caméra dans une main et son 11’43 dans l’autre, il est une parfaite allégorie de son temps, il est bien un enfant de son époque, de Facebook et des réseaux sociaux où la moindre action, l’événement le plus anodin a un besoin vital de la photo ou de la vidéo pour donner à ses auteurs l’impression qu’ils ont vraiment vécu cette fête d’anniversaire ou ces vacances en Toscane.
Merah était camé à l’islamisme, ça ne fait pas de doute. Mais il ne fait pas de doute non plus, avec son goût pour l’image et la mise en scène, qu’il est bien le rejeton dénaturé de la téléréalité, poussée dans sa logique la plus obscène. Et je ne tomberai pas dans son piège…

Après Toulouse, un Terrorist Act à la française ?

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Jeudi dernier, 22 mars 2012, alors que les hommes du RAID viennent enfin de mettre un terme à l’épopée sanglante de Mohamed Merah, Nicolas Sarkozy, retrouvant des accents gaulliens qui lui sont peut-être plus familiers qu’on ne le pense, déclare, du Palais de l’Élysée, que « La République doit être implacable pour défendre ses valeurs. » Jusqu’ici, rien à dire : en tant que chef de l’Etat, c’est à lui de rappeler que le fondement de la cité, l’essence du politique, c’est à la fois l’amitié, la densité du tissu social, mais aussi la capacité à se réunir et à lutter ensemble contre l’ennemi commun. C’est ensuite que les choses se gâtent, pour des raisons qui tiennent vraisemblablement au contexte de campagne électorale. « Je viens de réunir le Premier ministre et les ministres concernés pour tirer les conclusions de ces événements tragiques ». Et quelles sont-elles, ces conclusions ? Une hypothétique fournée de lois nouvelles, qui s’ajouteront à l’immense arsenal des normes déjà existantes et si parcimonieusement mises en œuvre. « Désormais toute personne qui consultera de manière habituelle des sites internet qui font l’apologie du terrorisme ou qui appellent à la haine et à la violence, sera punie pénalement. Toute personne se rendant à l’étranger pour y suivre des travaux d’endoctrinement à des idéologies conduisant au terrorisme, sera punie pénalement. La propagation et l’apologie d’idéologies extrémistes seront réprimées par un délit figurant dans le Code pénal avec les moyens qui sont déjà ceux de la lutte anti-terroriste.(…) Mes chers compatriotes, la France vient de traverser une épreuve, voici donc les conclusions que nous devons en tirer. »

De toute évidence, il était indispensable de réagir avec la plus grande énergie à une série d’événements aussi tragiques, et potentiellement, aussi lourds de menaces. En revanche, on ne peut que s’interroger sur les solutions suggérées et plus fondamentalement, sur la méthode choisie.
En premier lieu, en effet, les réponses proposées, à chaud, au problème du terrorisme islamique, peuvent laisser sceptiques, y compris les esprits les mieux disposés. Catherine Nay a intitulé la remarquable biographie du président Sarkozy qui sort ces jours-ci en librairie L’Impétueux. Elle y note que « cet homme courageux et même téméraire jusqu’au dernier instant aura été entravé par une trop grande retenue qui s’ajuste mal à son tempérament. Un audacieux trop craintif ? Cet oxymore pour fabuliste pourrait résumer son règne » . Et s’appliquer, en outre, aux mesures proposées au soir du 22 mars.
D’abord, celles-ci paraissent quelque peu incertaines.

Qu’est-ce que c’est, par exemple, qu’un site appelant « à la haine et à la violence » ? Qu’entend-on par consulter « de manière habituelle » de tels sites internet ? Deux fois ? Dix fois ? Sur quelle durée ? Sans doute des mesures similaires existent-elles pour les sites pédophiles : mais comparaison n’est pas raison, dès lors que la qualification de pédophilie est évidente, alors que celle d’appel à la haine ou à la violence l’est beaucoup moins, et qu’elle est donc infiniment plus large. Sans compter que la seule consultation d’un site pédophile constitue en soi un acte de pédophilie, alors que le fait d’aller lire des textes, qui pourraient être parfaitement anodins, figurant sur un site faisant « l’apologie du terrorisme » n’est pas a priori constitutive du crime de terrorisme – d’autant que l’on ne sait pas forcément, en allant sur un tel site, et même y retournant, que celui-ci tombe sous le coup de la loi. Même remarque à propos des autres mesures prévues : qu’est-ce qu’une « idéologie extrémiste » ? Poutou en prison, entre Olivier Besancenot et Arlette Laguiller ? Et comment faut-il entendre l’annonce que « Toute personne se rendant à l’étranger pour y suivre des travaux d’endoctrinement à des idéologies conduisant au terrorisme sera punie pénalement » ? Ceux qui les suivent en France échapperont-ils aux poursuites pénales ? Et d’abord, qu’est-ce qu’une idéologie qui conduit au terrorisme ?

Incertaines, et comme telles, potentiellement attentatoires aux droits et aux libertés, ces mesures paraissent en même temps, et paradoxalement, disproportionnées au regard de l’importance du problème. Encore faudrait-il, dira-t-on très justement, établir avec précision quel est ce problème, et bien sûr, qu’elles en sont les racines – malaise des banlieues, désespérance de la jeunesse, crise de civilisation ou d’identité, immigration incontrôlée, que sais-je ? Toujours est-il que le lot de propositions formulées à la va-vite par le président ne semble traiter ni les causes du mal, ni même ses symptômes – tout juste, peut-être, certains des modes d’expression de ces derniers. Ce n’est pas en interdisant la consultation de certains sites internet ni en prohibant les voyages au Pakistan à des apprentis terroristes suffisamment maladroits pour se faire prendre, que l’on empêchera la montée des périls.

Enfin, dernière critique formulée à l’encontre des mesures annoncées, leur caractère largement redondant. C’est ainsi que l’article 24 de la du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse prévoit déjà que « seront punis de cinq ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende ceux qui, (…) auront directement provoqué (…) à l’un des crimes et délits portant atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation », ainsi que « ceux qui, par les mêmes moyens, auront provoqué directement aux actes de terrorisme prévus par le titre II du livre IV du code pénal, ou qui en auront fait l’apologie. » La règle est rarement appliquée, mais elle existe et n’a pas besoin d’être modifiée, observait à cet égard le pénaliste Jacques-Henri Robert : si l’on veut réprimer plus largement l’apologie du terrorisme, il suffit de donner des instructions aux procureurs .

Et l’on touche ici au second problème que pose l’annonce faite par Sarkozy : celui de la méthode choisie, qui consiste, plutôt qu’à déclarer que l’on fera désormais respecter le droit dans toute sa rigueur, à annoncer un chapelet de lois nouvelles.

Dans le cadre de la campagne électorale, ce genre d’annonce risque d’abord d’apparaître, comme un moyen assez facile, pour le président candidat, de se démarquer de son principal adversaire : « Il peut s’indigner », déclarait ainsi Nicolas Sarkozy dans son meeting de Rueil-Malmaison le 24 mars, « il peut refuser de voter des lois, ces lois que je propose pour protéger la France et les Français, c’est son droit. Mais je vous le dis, ces lois seront votées si les Français choisissent de me faire confiance. » Ou comment faire d’une mesure grave un argument électoral de second ordre.

Mais le risque principal, c’est que les lois promises peuvent être conçues, et en tous cas perçues, comme un substitut à la volonté : un alibi, un cache-misère. La loi, bien entendu, est une base indispensable à l’action, notamment sur des questions aussi brûlantes. Mais en soi – c’est-à-dire, faute d’une ferme volonté de la mettre en œuvre -, la loi n’est rien. Pire, elle conduit à discréditer le système qui, faute de pouvoir ou de vouloir la faire appliquer, en fait d’autres, les multiplie, les accumule, suscitant une inflation législative dont Tacite constatait déjà qu’elle est l’un des signes les plus sûrs de l’impuissance de l’État : « Plurimae leges, corruptissima respublica »

Bref, on ne saurait se servir de la loi comme d’un grigri grâce auquel on pourrait rassurer à bon compte des foules affolées, se donner bonne conscience, et continuer vaille que vaille le petit train-train politique quotidien, sans se donner la peine de prendre à bras-le-corps les véritables problèmes de la cité. La République doit être implacable pour défendre ses valeurs : ce n’est pas en fabriquant à chaud des lois de circonstances qu’elle y parviendra.

Paul-Marie Coûteaux, gentilhomme souverainiste

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Il ne fait pas bon être un cœur rebelle au royaume des boutiquiers. Paul-Marie Coûteaux appartient à cette engeance pour laquelle l’histoire, la géographie, la langue et la (grande) politique composent un lieu d’enracinement. Ce personnage attachant et exaspérant se pique d’une passion inaltérable pour la nation française, qu’il ne craint pas d’essentialiser en donnée « absolue ». Héritier indistinct de Clovis et du général de Gaulle, il lorgne tant du côté de Jean Bodin [1. Penseur du XVIe siècle, théoricien de la souveraineté de l’État moderne.] que de celui de Charles Maurras, ces deux maîtres de l’intelligence française au legs intellectuel évidemment contestable.

Militant socialiste dans les années 1970, électeur de François Mitterrand, collaborateur de son ministre gaulliste de gauche Michel Jobert (« anti-américain virulent »)[2. Ministre des Affaires étrangères de Pompidou, puis ministre du Commerce extérieur de François Mitterrand de 1981 à 1983.], Coûteaux a rejoint l’autre rive de la politique hexagonale après la dérive « SOS Racisme » de la gauche au pouvoir. C’est aux côtés de Séguin, Villiers et Chevènement – sa dernière incursion à gauche, le temps d’une campagne « des deux rives », en 2002 – qu’il fera ses armes, accumulant les désillusions au gré d’un itinéraire politique sinueux qui déroute le profane et fait penser aux corsi et ricorsi − aux tours et détours − de Vico[3. Giambattista Vico (1668-1744), philosophe italien, élabora une métaphysique et une théorie cyclique de l’histoire selon laquelle les sociétés humaines progressent à travers une série de phases allant de la barbarie à la civilisation pour retourner à la barbarie.], référence dont tous ses amis savent qu’elle lui est chère.[access capability= »lire_inedits »] La politique, Coûteaux la conçoit comme un dépassement civilisé de l’inimitié inhérente à la vie collective. Mais son crédo libéral doit moins au Léviathan hobbesien qu’à l’antienne maurrassienne « l’ordre en haut et les libertés en bas ». Pas de politique sans ennemi, répète inlassablement le gentilhomme souverainiste lecteur de Carl Schmitt[4. Publiciste allemand, notamment auteur de La Notion de politique, qui érige la distinction ami/ennemi en critère distinctif du politique.]. Et l’ennemi tout désigné s’appelle les États-Unis d’Amérique ! La thalassocratie bottée et le catéchisme droit-de-l’hommiste qui constituent une « doctrine Monroe » revisitée à l’échelle planétaire[5. « Doctrine Monroe » : principes de la diplomatie américaine énoncés en 1823 par le président républicain James Monroe, qui prônaient un non-interventionnisme réciproque entre l’Europe et les Etats-Unis et, de ce fait, définissait le continent américain comme une zone d’influence des Etats-Unis.] sont des idées universalistes devenues folles. Son anti-antiaméricanisme, Coûteaux l’assume et le célèbre avec la verve d’un Dominique de Roux célébrant « l’entreprise de subversion anticapitaliste mondiale » du de Gaulle du discours de Phnom Penh.

L’art français de la guerre

« La guerre, cela commence quand un gouvernement dit non à un autre », déclame-t-il. Côté pile, Coûteaux caresse le rêve d’un axe européen « de l’Atlantique à l’Oural », négatif du pacte atlantiste qui scella le sort du malheureux Irak un jour de mars 2003. À rebours de ces droites populistes européennes passées de l’antisémitisme à l’occidentalisme le plus crasse, Coûteaux maintient le cap de sa prime jeunesse : sus à l’Amérique !
Comme nombre de nationalistes, l’ancien député européen nourrit le fantasme d’un affrontement armé. Pour galvaniser les masses, à défaut d’une bonne guerre, « il faudrait un drame » apte à raviver la conscience nationale déchue comme un coup de froid raffermit une peau trop détendue. Autre mythe, à force de parler de « sacralité » nationale, notre homme serait-il mystique ? Assurément, « la politique française est fixée une fois pour toutes, c’est une permanence », claironne-t-il, balayant les contradictions du roman national. De Guizot aux Communards, tout ce qui est national est sien.
Inversement, la trahison démocratique qu’a été le traité de Lisbonne (2008), resucée « simplifiée » de la Constitution européenne rejetée par le peuple français un certain 29 mai 2005, lui a laissé un goût amer. Et a vacciné Coûteaux contre toute compromission avec le président Sarkozy, qui mène la politique d’Alain Minc avec les mots de Guaino.

Après son ralliement à Marine Le Pen, le tour de valse a été bref ; déçu comme il l’est à chaque fois de ne pas trouver dans sa nouvelle famille d’adoption la flamme de la France éternelle qui l’anime, PMC s’est, comme à chaque fois, mis en tête d’ouvrir sa propre boutique. Son dernier-né, le SIEL (Souveraineté, indépendances et libertés), devrait lui servir de refuge pour ses fâcheries à répétition avec l’état-major du Front national. Enterrer les cadavres de Vichy et de l’Algérie française, transcender les clivages du passé autour de l’ambition gaullo-nationale, tel est le dessein des (maigres) troupes de Coûteaux, qui tiendront congrès courant mars.
Sa légion tricolore compte son lot de roycos d’Action française, de déçus du MPF (Villiers) et de l’UMP dont certains ont même émargé jadis chez Alain Madelin. Cette escouade hétéroclite aurait vocation à recomposer la droite autour du clivage « mondialistes » contre « patriotes ». En cas de déculottée sarkozyste au printemps, Paul-Marie prédit un destin centrifuge à l’UMP et compte déjà sur le renfort de la Droite populaire. Cette approche stratosphérique, si elle a le mérite de réhabiliter la grande géopolitique, impose une amplitude idéologique qu’on est en droit de trouver excessive, même avec des nerfs solides.

La souveraineté pour quoi faire ?

Habité par les siècles, Coûteaux a tendance à oublier que les baïonnettes et les cocardes tricolores n’ont jamais nourri personne. Il ne pense pas que l’intendance suivra, il se fiche qu’elle suive ou non. L’infrastructure – les rapports de production – ne compte pas face aux raisons supérieures de la superstructure – la nation. Si on pense que souveraineté n’est pas sa propre fin mais le moyen d’édifier une société désirable, son insigne mépris pour la question économique et sociale semble au minimum hasardeux, et contestable intellectuellement. On se joindrait volontiers à lui pour houspiller les faibles et les tièdes qui nous gouvernent, mais crier avec la meute des europhobes ne va pas ressusciter, en la renationalisant, la lutte des classes enlisée dans le mondialisme, qu’il soit de droite ou de gauche. Sans céder à un économisme bête et méchant, il y a de bonnes raisons de penser que l’urgence est d’inventer le système qui pourrait succéder à un capitalisme devenu fou sans se bercer de l’illusion d’un retour à l’« avenir radieux » d’hier.

En esprit iconoclaste qu’il est sans chercher à l’être, Paul-Marie Coûteaux pourfend la candeur des bonnes âmes de gauche qui veulent le monde sans frontières mais pas les fermetures d’usine. Mais chez lui, le refus de l’irénisme s’arrête là où commence le mythe national. Quand il croit qu’il suffit d’émanciper les peuples pour fonder des sociétés d’hommes libres, cet intellectuel égaré en politique tombe hélas dans ce que Tourgueniev appelait les « lieux communs à l’envers ».[/access]

 

Chômage : quand la montée stagne…

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« Les chiffres du chômage qui seront connus demain devraient montrer une stagnation de la montée du chômage pour le mois de mars. »

C’est sur le fameux réseau Twitter que j’ai déniché cette perle ce dimanche en début de soirée. Qui peut donc être l’auteur de cette phrase pour le moins énigmatique ? Et surtout que veut-il nous dire ?

A la première question, la plupart d’entre nous hésitera entre la porte-parole du gouvernement Valérie Pécresse, celle du candidat Sarkozy, NKM voire à l’homme qui a promis d’arrêter la langue de bois, Jean-François Copé.

A la seconde, on demeurera davantage dubitatif. Comment diable une montée pourrait-elle bien stagner ? Après quelques secondes de réflexion approfondie, ne s’agit-il pas d’un message nous annonçant que le chômage, au lieu d’augmenter encore plus vite que le mois précédent, va augmenter au même rythme ? Si c’est effectivement le cas, on pourrait donc fort bien imaginer que si l’augmentation avait été moindre, l’auteur aurait twitté : « Les chiffres du chômage qui seront connus demain devraient montrer une baisse de la montée du chômage pour le mois de mars[1. Pas franchi par le candidat Sarkozy lui-même dès ce lundi matin. Pour le Président de la République, nous sommes en présence d’une « baisse tendancielle de l’augmentation du chômage ». Champagne !]. »

Mais revenons à l’identité de l’auteur. Les plus fins d’entre vous auront remarqué le mode conditionnel. Twitter, emploi du conditionnel : il ne peut s’agir que d’un journaliste lequel, limité par les 140 signes, n’a pas pu ajouter le fameux « d’après les milieux autorisés » cher à Coluche. Cette perle rhétorique est donc l’oeuvre de Michaël Darmon, éditorialiste à iTélé. Nous lui adressons toutes nos félicitations pour cette information précise, primordiale et digne d’une liseuse de boule de cristal puisque le mois de mars ne se termine que samedi prochain. Jamais un éditorialiste n’avait à ce point réussi de nous donner avec autant de talent l’avant-goût des prochains éléments de langage du gouvernement. Nous nous permettons également de rappeler à nos excellents camarades de Causeur qu’on n’a pas forcément eu tort d’écrire ce qu’on a écrit dans le magazine de mars. En effet, si François Hollande est réellement le chouchou des médias, Michaël Darmon semble être un membre supplémentaire à avoir bouffé la consigne. Le talent n’excuse pas tout.

L’Iran : bombarder ou pas ?

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Photo : AZRainman

Meir Dagan, ancien directeur du Mossad (de 2002 à 2010), s’est à nouveau opposé dimanche sur la chaîne américaine CBS News à des frappes préventives israéliennes contre les installations nucléaires iraniennes[1. « U.S. Faces a Tricky Task in Assessment of Data on Iran », New York Times, 17/03/2012].
« Il faut explorer toutes les autres solutions », estime-t-il à l’instar des dirigeants américains et contre l’avis de Benyamin Netanyahu et Ehud Barak.
S’il n’exclut pas une intervention militaire, c’est seulement en dernier ressort et avec l’appui concerté des États-Unis. La communauté internationale, selon lui, devrait en priorité dissuader l’Iran d’orienter son programme civil vers un programme militaire. La « méthode Dagan » pour y parvenir : un renseignement de haute qualité et la retenue dans la démonstration de force.
La sortie de Meir Dagan coïncide avec la visite du Premier ministre israélien à Washington. A la tribune de l’AIPAC, Netanyahu a redit sa défiance vis-à-vis des allégations d’un Iran nucléaire pacifiste : « il est impossible de croire que le régime le plus dangereux du monde n’utilisera pas l’arme la plus dangereuse du monde ». Pour lui, Israël « ne doit pas permettre que ceux qui cherchent [son] anéantissement développent de telles armes. Un Iran nucléaire doit être arrêté ». Netanyahu a toutefois précisé lors de sa rencontre avec Barack Obama qu’aucune décision n’a été arrêtée par son gouvernement.

L’Iran des mollahs, un « régime rationnel »

Dagan a pris le contre-pied des discours récurrents qui prêtent aux Iraniens des intentions irrationnelles voire fanatiques. A son interlocutrice déconcertée, Dagan ajoute que « rationnel le président Ahmadinejad l’est tout autant mais à sa façon. »
Par là, il entend que « les Iraniens prennent sérieusement en considération toutes les implications de leurs actions. Ils savent qu’ils les paieront très cher. Ils font donc très attention, ils ne s’empressent pas. »
Une lecture confortée par des « fuites » récentes faisant état d’analyses convergentes entre les services américains (CIA) et israéliens (Mossad)[2. « U.S. Faces a Tricky Task in Assessment of Data on Iran », New York Times, 17/03/2012]. En l’état actuel des informations dont disposent ces agences, il ne serait pas prouvé que l’Iran a décidé de s’engager dans un programme non civil.
Toujours selon Meir Dagan, une opération imminente de grande envergure entraînerait « un embrasement régional aux conséquences incalculables. »
Partant il pointe plusieurs obstacles. Sur la question controversée des capacités tactiques d’Israël à mener cette offensive, il estime que le nombre élevé de cibles interdit à l’État juif d’attaquer seul.
De plus, les Israéliens essuieraient des ripostes sur plusieurs fronts : ripostes provenant des Iraniens eux-mêmes mais aussi de leurs supplétifs au Liban (Hezbollah) et à Gaza (Hamas).
Il estime ainsi que les pertes subies par les Israéliens seraient bien supérieures à ce qu’annoncé par l’état-major. Sur ce point, il semble en phase avec l’opinion du pays qui rejette à 58% la perspective d’une opération sans appui américain[« Haaretz poll: Most of the public opposes an Israeli strike on Iran », Haaretz, 8/03/2012].
Enfin, il souligne qu’une intervention préventive, même couronnée de succès, n’aboutirait qu’à « ralentir le programme iranien et non à le faire cesser. » Dagan se dit en outre confiant dans la parole du président Obama qui vient de réitérer devant le Premier ministre israélien son refus inflexible de voir l’Iran accéder au nucléaire militaire. Dans cette hypothèse, la menace iranienne ne pèsera d’ailleurs pas uniquement sur l’État hébreu mais sur la communauté internationale qui devrait en tirer toutes les conséquences.

Dagan, l’architecte d’une guerre de l’ombre

L’ancien espion est considéré comme l’un des meilleurs directeurs du Mossad, en dépit de ses prises de parole parfois hétérodoxes, selon certains.
Ainsi enfreignant son devoir de réserve, il a défendu publiquement l’Initiative de paix arabe, sur laquelle Israël ne s’est jamais officiellement positionné.
Parallèlement, il a été surnommé par la presse arabe le « Superman israélien » en raison des succès qu’il a accumulés pendant ses fonctions.
Cependant, si Dagan fait preuve d’une prudence inaccoutumée quant à l’opportunité de frappes préventives, il est réputé pour être le stratège d’une guerre de l’ombre impitoyable visant notamment des personnes impliquées dans le programme iranien (stratégie reprise par son successeur Tamir Pardo).

– Téhéran lui attribue l’assassinat non revendiqué de plusieurs physiciens nucléaires (Ardeshir Hassanpour en 2007, Majid Shahriari et Mohammed Ali Mohammadi en 2010, Dariush Rezaei en 2011 et Mostafa Ahmadi Roshan en 2012).

– L’apparition en juin 2010 du virus Stuxnet conçu pour s’immiscer dans les infrastructures de contrôle des centrales et des usines a fait dire à certains observateurs qu’il s’agissait de la première « cyber-arme » de l’histoire. Oscillant entre les réactions embarrassées et agressives, l’Iran a commencé par nier les dommages subis par le virus saboteur Stuxnet, pour finalement les reconnaître.
– En décembre 2011 une usine d’acier à Yazd subissait une explosion mystérieuse puis une raffinerie d’Ispahan déplorait des dysfonctionnements inexpliqués.

Si ces opérations n’ont évidemment pas mis un terme au programme iranien, elles l’entravent et sèment une relative inquiétude quant à la sécurité physique de ceux qui y travaillent et font douter des capacités du régime à sécuriser les sites.

Tentatives dérisoires de rétorsion en Asie

Par ces actions spectaculaires, le Mossad de Meir Dagan a démontré que le territoire iranien est pour lui un terrain de jeu comme un autre où il dispose d’intermédiaires bien introduits. A l’inverse, les Iraniens ne sont pas parvenus à infiltrer le territoire de l’État hébreu.

Pour preuve le semi-échec des attentats anti-israéliens menés en février dernier en Géorgie, en Thaïlande et en Inde :

– à Tbilissi, l’attentat a été déjoué ;
– à New-Delhi, un diplomate israélien et son chauffeur ont été légèrement blessés ;
– à Bangkok, une des bombes a explosé entre les mains des terroristes, deux autres ont été lâchées dans la rue contre la police et la quatrième a été désamorcée… La police thaïlandaise a indiqué que deux des trois auteurs détenaient des passeports iraniens.

Deux stratégies qui s’affrontent ou qui se complètent ?

Si la stratégie feutrée de l’ex-chef du Mossad rencontre un tel succès comment expliquer les accents martiaux provenant de Benyamin Netanyahu ?

Certains y verront l’expression publique de dissensions irréconciliables au sein de l’establishment militaire quant à l’approche à adopter face à l’Iran.

D’un côté, Dagan estime qu’il faut favoriser un changement de régime pacifique en Iran, par la voie du soutien aux minorités et à l’opposition démocratique au régime. Et qu’il ne faudra intervenir militairement qu’en dernière instance et avec l’appui logistique des Américains.

De l’autre, Amos Yadlin (général de division aérienne et directeur d’Aman – l’agence de renseignement militaire) exhorte le pouvoir politique à intervenir avec ou sans « feu vert » américain. D’après lui une fenêtre d’opportunité est actuellement ouverte qu’Israël ne doit pas manquer. Si l’État juif tarde à agir, les capacités iraniennes seront renforcées et les espoirs de pouvoir intervenir seul douchés. Il convoque les précédents irakien et syrien. Pour mémoire les opérations contre la centrale irakienne d »Osirak (en 1981) et le réacteur syrien (en 2007) ont irrévocablement torpillé lesdits programmes nucléaires.

Pour Dagan, on l’a bien compris, il est hors de question qu’Osirak fasse jurisprudence.

Ainsi au flou entretenu par les Iraniens sur leurs intentions, répond mécaniquement ce qui peut passer pour une valse-hésitation du gouvernement israélien. Il ne faut cependant pas se laisser abuser par les apparences. Dans le conflit qui l’oppose à l’Iran, Israël détient de multiples cartes (militaire, diplomatique, économique, ..) qu’il peut alternativement abattre selon les circonstances et leur évolution. C’est ainsi qu’il faut comprendre l’entretien de Dagan à CBS News et la tribune d’Amos Yadlin au New York Times[4. Amos Yadlin, « Israel’s Last Chance to Strike Iran », New York Times, 29/02/2012]. A quelques jours d’intervalle, les deux maîtres espions ont présenté non pas deux stratégies divergentes mais plutôt complémentaires.