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Gaza: une tribune indigeste

Le quotidien Libération semblait se réjouir mercredi que les deux millions de Palestiniens de Gaza soient une « arête impossible à avaler dans la gorge d’Israël ». Selon le journal de gauche, le projet de Trump de déplacer cette population n’est qu’une « saillie délirante », et la société israélienne dans son ensemble serait dénuée d’empathie pour ses voisins à la suite des attaques terroristes du 7-Octobre. Un mépris évident pour la souffrance des Israéliens. Analyse.


La proposition de l’administration Trump de déplacer temporairement les habitants de Gaza a suscité le séisme médiatique que l’on sait. Parmi cette avalanche de réponses, certaines brillent par leur manque d’objectivité, d’autres par leur caractère outrancier ou les affirmations erronées qu’elles contiennent… Plus rares sont celles qui réussissent l’exploit de réunir tous ces travers à la fois ! C’est le cas de la tribune de Monsieur Sélim Nassib, écrivain et ancien journaliste pour Libération, publiée justement par le quotidien ce mercredi[1]. Si le sort des habitants de Gaza est effroyable et touche tout un chacun, une sortie telle que celle-ci ne permet en rien de faire un pas vers une solution pacifique.

Un texte pour rien

Comment ne pas être frappé, tout d’abord, par le choix des mots ? Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, est ainsi soupçonné d’utiliser ce projet de déplacement pour raccrocher les « wagons » avec l’extrême droite. S’il s’agit bien d’un projet de déplacement temporaire, l’article n’hésite pourtant pas à parler de « déportation », et ce à plusieurs reprises. On a évidemment connu choix de vocabulaire moins tendancieux…

La plume est en revanche moins lourde lorsqu’il s’agit de qualifier les barbaries du 7-Octobre 2023 commises par les terroristes du Hamas. On nous parle ici d’une simple « tragédie » qui, bien qu’elle fasse un écho plus que douloureux aux atrocités de la Shoah, aurait dû être oubliée « à court terme » par les proches des victimes. Leur faut-il aussi tirer un trait sur les otages restants aux mains du Hamas ? Ce qui n’empêche pas l’auteur de vilipender les Israéliens, dans leur « écrasante majorité », pour leur manque d’empathie supposée à l’endroit de la population civile de Gaza.

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Ce prétendu manque d’empathie est imputé à un simple sondage. En revanche, selon l’auteur de la tribune, il serait injuste de déduire que les Gazaouis soutiennent le Hamas sous prétexte que le groupe terroriste a été élu en 2006 par… la population de Gaza ! Allez comprendre… On ne vote pourtant pas pour le Hamas comme on vote pour un parti modéré. Comment ignorer que la destruction d’Israël et celle des juifs font figures de leitmotivs pour ce parti ? Une doctrine que le Hamas se plaît à enseigner à la jeunesse palestinienne, ne lui laissant d’autre choix que celui de la haine de son voisin.

Des confusions coupables

Toutes les guerres occasionnent la mort de civils innocents. Celle des civils palestiniens est une horreur et personne ne saurait s’en réjouir. Mais le choix des concepts ne peut être fait à la légère. La tribune accuse Israël de se livrer à une réponse militaire « hors de proportion » visant à préparer un « nettoyage ethnique ». Cette notion n’est pas officiellement définie mais pourrait sous-entendre une politique visant à faire disparaitre une population par la force ou la violence. Si l’intervention militaire de Tsahal à Gaza fait évidemment des victimes collatérales parmi la population civile, cela ne constitue pas pour autant un nettoyage ethnique ou encore un génocide. Pour rappel, lors de la Seconde Guerre mondiale, les bombardements alliés ont causé de nombreuses pertes civiles, notamment 350 000 Allemands. Pour autant, il n’a jamais été question de génocide car le nombre ne suffit pas ; il faut également démontrer l’intention de s’en prendre directement à la population civile. Or, si cela était clair lors des attaques terroristes du 7-Octobre perpétrées par le Hamas, s’agissant de l’action de Tsahal cela n’est pas le cas. Par ailleurs, de très nombreuses pertes civiles auraient aussi pu être évitées si le Hamas n’utilisait pas son propre peuple comme bouclier humain ou encore les écoles et hôpitaux comme cachettes. Il faut le rappeler, ce que ne fait pas M. Nassib dans son analyse.

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Pour parler de réponse militaire « hors de proportion », encore faudrait-il disposer d’une bonne connaissance des données. Les chiffres étant fournis par… le Hamas, nous sommes en droit de douter de leur fiabilité. Sans parler du fait que ces chiffres ne précisent jamais quelle est la part de militants dans les victimes mentionnées. Et même si l’on part du principe que ces chiffres sont fiables, ils ne démontrent pas une proportion de victimes civiles supérieure à d’autres conflits. Selon les Nations Unies, le taux de victimes civiles est en général de 90% dans une guerre. Et la plupart des conflits ne se déroulent pas dans un environnement urbain comme cela est le cas à Gaza. Ce genre d’affirmation peut donner l’impression que ce qui est véritablement remis en question est le droit d’Israël à se défendre et donc, par extension, son droit à la survie. Par ailleurs, il n’est évidemment à aucun moment précisé dans les colonnes de Libération que le Hamas est le seul et unique responsable de cette guerre et qu’il lui suffirait de libérer les otages pour y mettre fin à tout moment.

Des affirmations incomplètes et une omission de taille

Pour finir, l’auteur de la tribune énonce que l’Égypte et la Jordanie « refusent absolument de recevoir » la population palestinienne. Le silence est en revanche de mise lorsqu’il s’agit d’en expliquer les raisons. Peut-être cela est-il avant tout dû à des préoccupations sécuritaires ? Comment ignorer, par exemple, les liens entre le Hamas et les Frères Musulmans, organisation que le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi s’échine à maîtriser ?

Enfin, Donald Trump, à l’initiative de cette proposition de déplacement temporaire et non de déportation, est présenté comme « un homme ignorant échafaudant dans sa petite tête un projet impossible à réaliser ». Rappelons pour mémoire que les accords d’Abraham prévoyant la normalisation des relations entre Israël, les Émirats arabes unis et Bahreïn ont été signés à l’initiative de l’administration Trump en septembre 2020. Une bien plus grande contribution pour la paix que cette tribune qui revêt des airs de mauvais procès fait à Israël ne le sera jamais…


[1] https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/gaza-larete-impossible-a-avaler-dans-la-gorge-disrael-par-selim-nassib-20250304_EVVOLLP6KRDZFDCCTSBGFAJBQU/

Spécialités très locales

Si vous aimez les spécialités culinaires très lointaines, vous trouverez votre bonheur du côté de Vitry-sur-Seine. Entre viande de pangolin ou d’antilope, la nourriture made in Africa arrive en France avec son lot de maladies…


Vitry-sur-Seine nous a estomaqués avec les images de son marché exotique où la viande se débite sur le pavé et la volaille se saigne sur le trottoir. Depuis des années, le maire PCF de Vitry essaie de le démanteler, parce que ce marché sauvage contrevient à toutes les règles économiques et sanitaires. Ce n’est pas une exception. À Paris, le marché interlope de Château-Rouge reste une référence. Marseille, Lyon, Toulouse ou Montpellier sont confrontés au même problème…

Sur ces marchés noirs, la communauté africaine peut dénicher des spécialités qui lui rappellent le pays : pangolin, singe, antilope, agouti, serpent… C’est ce qu’on appelle la viande de brousse. Les douanes font la chasse aux trafiquants, qui profitent des liaisons aériennes entre l’Afrique et Paris pour importer cette viande d’appellation incontrôlée dans leurs bagages. En 2023, 24 tonnes ont été saisies… C’est maigre, car il est impossible de contrôler tous les passagers.

L’an dernier, une mission interministérielle sur la lutte contre l’importation illégale de « produits carnés » a estimé que 273 tonnes de viande d’espèces sauvages seraient illégalement importées chaque année depuis l’Afrique via l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle. Et souligné le risque sanitaire. Ces sales bêtes, même mortes, véhiculent des maladies qui – comme l’Ebola ou le sida – franchissent allégrement la barrière des espèces pour contaminer l’homme. La mission a également dénoncé la complicité des compagnies assurant le trafic aérien avec l’Afrique, qui pour le prix d’un seul billet, offrent aux passagers la possibilité d’embarquer deux bagages de 23 kg, le second servant souvent de garde-manger. La solution serait de limiter les bagages. Air France a immédiatement fait savoir qu’elle s’opposait à une telle mesure, « nuisible à sa compétitivité ». En tolérant la valise « alimentaire », la compagnie assure ainsi l’immunité à une chair pourtant pas toujours très fraîche…

Vladimir Poutine n’est pas Hitler, ni Volodymyr Zelensky Churchill…

Récits mensongers qui s’affrontent, stratèges de salon prêts à sacrifier des vies sur l’autel de leurs illusions: en Europe, les nations ne savent plus contre qui se battre, observe notre chroniqueur. La France, singulièrement, ne sait plus quels ennemis elle affronte: les islamistes, le « grand remplacement », Poutine, les influenceurs algériens, le Sud global?


Ils se proclament « résistants ». Dans leur panoplie de va-t-en-guerre, ils disent de Vladimir Poutine qu’il est le nouvel Adolf Hitler, et de Volodymyr Zelensky qu’il incarne Winston Churchill. Leur univers est celui des faussaires.

Guerre des… récits

Pour eux, ceux qui dénoncent cette guerre inutile entre l’Ukraine et la Russie sont des « munichois », des « collabos », des « vichystes », des « capitulards ». Derrière un courage déclamé, les bellicistes encouragent de loin ceux qui montent au front, pour s’y faire tuer par dizaines de milliers. Les identifications avec des acteurs de la Seconde Guerre mondiale sortent d’un récit fabriqué. Depuis trois ans, la propagande européiste accumule les désinformations, dans le but d’imposer une Europe supranationale aux peuples qui n’en veulent pas. Souvenez-vous : Poutine rongé par des cancers mortels, remplacé par des sosies dans ses sorties publiques, ne contrôlant plus l’appareil d’Etat. Quant à la Russie, elle allait économiquement s’effondrer, était isolée et perdrait forcément la guerre. Or il est tout aussi faux de soutenir désormais que l’autocrate, qui n’a pu entrer dans Kiev, serait pour l’Europe une « menace existentielle » comme le soutient Emmanuel Macron, tout à son obsession de se construire un destin postnational. La perspective de chars russes à Paris relève de la fiction. Quant à Zelensky, il a certes fait preuve d’un valeureux patriotisme. Cependant il s’est laissé dicter sa stratégie par son tuteur américain, jusqu’à ce que Donald Trump le laisse tomber. La pénible humiliation publique du président ukrainien, infligée vendredi à Washington par le président et le vice-président américains, a laissé voir néanmoins la maladresse d’un dirigeant refusant l’opportunité de mettre fin à une vaine boucherie humaine.

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Pilotage automatique

Faire revivre les fantômes du IIIe Reich, au point de voir des saluts nazis au moindre bras levé, est un procédé puéril. Ces chimères permettent aux « progressistes » de maintenir artificiellement leur monde trépassé. Ceux qui récitent : « Retour aux années trente ! » ou « envolée de l’extrême droite ! » sont en pilotage automatique. Les faits les contredisent. Le ministre des Affaires étrangères israélien, Giedon Sa’ar, veut normaliser les relations avec le RN. En Allemagne, Alice Weidel (AfD), présentée par la gauche comme l’héritière du nazisme, est un soutien d’Israël et des États-Unis. Elle est passée par la banque Goldman Sachs et est mariée à une femme sri-lankaise, avec deux enfants. Dans Le Monde de ce week-end, un collectif s’affichant « juifs de gauche » dénonce le silence de la « gauche extrême » face à « l’explosion antisémite » depuis le 7-Octobre. Mais ces protestataires, qui déplorent en fait l’irruption d’un islam judéophobe porté par une immigration de masse qu’ils défendent, s’obligent à dénoncer « le triomphe mortifère des extrêmes », sans admettre que l’opposition à l’islamisme et au wokisme se construit à droite…

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La « révolution du bon sens », lancée par Trump contre les idéologies déphasées, accélère les renversements d’alliances et le réveil des nations. Les résistants en pantoufles laissent l’islam colonisateur en paix tandis qu’ils prônent une « économie de guerre » (Eric Lombard, ministre de l’Économie) pour bâtir une Europe sans les peuples. Les nations doivent certes se réarmer, pour pallier la fin probable de l’Otan. Mais elles ne doivent pas se tromper de combat, en poursuivant une guerre perdue contre la Russie. La défaite de l’Ukraine est celle des européistes.

Trump et le nouveau monde

Le président Trump nous rejoue ‘The Apprentice’ en virant Zelensky, pense amadouer Poutine avec un deal douteux, et laisse l’Europe en panique. Il a prononcé mardi un discours d’une heure et quarante minutes devant le Congrès américain, et a notamment annoncé avoir reçu une lettre du président ukrainien indiquant qu’il était finalement prêt à se présenter à la table des négociations. Analyse.


C’était il y a longtemps, presque une semaine: un clash en direct à la Maison Blanche, que le président américain a décrit comme un grand moment de télévision. Comme il y a vingt ans, lorsque dans son émission de télé-réalité, il annonçait avec délectation au candidat éliminé «you are fired», Trump venait de congédier un président ukrainien qu’il qualifiait d’ingrat d’autant qu’il n’avait pas accepté ses propositions de paix sous prétexte qu’elles n’offraient pas de garantie de sécurité à son pays. Auparavant, il avait traité Zelensky de dictateur sous prétexte qu’il n’avait pas organisé d’élections présidentielles, alors que la constitution ukrainienne l’interdit explicitement  en période de loi martiale et que la loi martiale a été imposée à cause de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Enfin il avait prétendu que la cote de popularité de Zelensky était de 4% alors qu’un sondage lui attribuait 57%. 

Mauvais épisode

Le spectacle à la Maison Blanche m’a donné la nausée et j’ai pensé à un épisode où l’exécution n’avait pas été que verbale. C’était en Corée du Nord. Kim Jong Un avait obligé son oncle à une humiliante autocritique télévisée avant de le faire exécuter. Il se trouve que Trump, qui avait bénéficié des confidences du dictateur coréen, connaissait cette histoire. Zelensky est tombé dans un piège, mais il a évité le pire…

Trump fonctionne dans un système mental où c’est lui qui définit la vérité. Quelques jours plus tard, dans son discours au Congrès, il se félicite que l’inflation soit en voie d’être jugulée, alors qu’elle flambe, annonce que les Etats-Unis sont désormais admirés car ils sont «great again», que les enfants atteints de cancer vont enfin recevoir des traitements alors que des programmes de recherche médicale ferment faute de subsides, que la liberté va enfin fleurir et que la corruption de l’administration Biden va disparaitre alors que lorsqu’un sénateur de Californie s’était interrogé sur le rôle de Musk dans la purge administrative et les réorientations de subventions, il a été qualifié impunément de criminel par ce dernier.

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Le caractère inattendu, voire saugrenu de certaines de ses propositions conduit parfois à remettre en cause des idées et des comportements répétés qui se sont révélés naïfs dans le passé et risquent de l’être dans le futur. Ce changement de perspective s’appelle pour les uns « lucidité » et pour les autres « trahison des valeurs ». En ce qui concerne l’Ukraine, l’abandon d’un pays victime d’une agression et d’une guerre menée avec une violence inouïe soulève le cœur. Il faudra pourtant constater que les sanctions contre la Russie ont échoué, que Poutine n’a pas été déstabilisé, que sa puissance de feu se renforce, qu’il possède des armes nucléaires dont il n’a pas exclu l’usage et que les contours d’un arrêt des combats sont géographiquement perceptibles. Au fond, l’image que se fait Trump de la paix est probablement proche de celle que s’en font les Européens, et Zelensky, au lendemain de la suspension de l’aide militaire américaine a été obligé d’écrire qu’il se félicite de travailler sous la direction de Trump à l’obtention d’une paix durable en Ukraine. Theodore Roosevelt, le père de l’interventionnisme américain, disait qu’il faut parler doucement, mais avec un gros bâton. Nul ne dira de Trump qu’il parle doucement, mais contre Zelensky il a utilisé son gros bâton. Avec un certain succès… La question est: serait-il capable de le faire contre Poutine?

L’Occident déboussolé

J’élude ici le problème, évidemment  très grave, de sa collusion possible avec les services de contre-espionnage  (ex-KGB, dont Poutine est l’archétype) – qui dirigent actuellement en réalité la Russie, poursuivent des objectifs à long terme et utilisent tous les moyens possibles pour déstabiliser l’Occident.

Poutine a déclaré que le démantèlement de l’URSS avait été un des pires crimes du XXe siècle, et toute sa politique  consiste à réparer ce crime, à récupérer et si possible étendre l’espace soviétique, successeur de Pierre le Grand. L’Ukraine aujourd’hui, la Moldavie demain, ainsi que les pays baltes (lesquels se demandent ce que valent pour Trump les assurances de l’article 5 de la Charte de l’OTAN) sont aux premières loges. Mais la Pologne aussi, qui se réarme effectivement et qui comptait tant sur le protecteur américain. Et également la Roumanie, qui vient d’échapper à un résultat électoral présidentiel confectionné par les services russes. Et tous les anciens pays du pacte de Varsovie, et tous les autres pays européens aussi comme la France elle-même, chassée par les Russes de ses points d’appui africains et en passe de voir s’installer une flotte russe dans les ports obligeamment mis à disposition par nos ex-amis algériens.

Le discours solennel du président Macron prend en compte le fait que la Russie est aujourd’hui un pays ennemi et que les États-Unis ne sont peut-être plus un pays allié. 

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Reste pour l’Europe à rattraper à marche forcée son comportement de cigale. Le moins qu’on puisse dire est que, à tous égards, ce n’est pas gagné. 

Trump a une sorte de fascination pour les hommes forts, car lui-même, contrairement à l’image qu’il essaye de véhiculer, n’en est pas un. Ses relations avec l’armée sont notoirement médiocres, il a osé qualifier de losers des soldats américains tombés dans la guerre de 14-18 et chacun sait qu’il s’est fait exempter de la guerre du Vietnam pour un motif grotesque. Sa volonté affichée de ne pas envoyer des soldats américains sur un théâtre d’opération extérieur en fait quelqu’un de prévisible et donc manipulable. Il pense probablement qu’en abandonnant à Poutine le contrôle de l’Ukraine, celui-ci sera rassasié et rejoindra le camp américain dans la lutte contre la Chine. Les Européens pensent strictement le contraire.

Liens indissolubles

Il existe cependant encore entre l’Europe et les États-Unis des liens indissolubles dont on peut espérer qu’ils vont résister aux foucades politiciennes. Mais il faut reconnaître que, outre le fait que l’Europe s’est confortablement endormie sous le parapluie protecteur américain, Américains et Européens ont eu des insouciances comparables.

En face il y a une Chine où des cohortes d’ingénieurs qualifiés travaillant  60 heures par semaine pour des salaires deux ou trois fois moins élevés qu’en Europe sous les instructions d’hommes politiques épargnés du souci court-termiste d’une élection démocratique, ont permis depuis trente ans une main mise sur des industries cruciales dans l’avenir. 

Trump a ainsi réveillé à juste titre le sujet des terres rares en revendiquant avec une brutalité de mafieux le Groenland et les supposées ressources ukrainiennes. C’est qu’il s’agit-là de ressources qui peuvent structurer l’avenir technologique.

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S’il y a un pays où Donald Trump est plus populaire qu’aux États-Unis, c’est Israël. Il a en effet manifesté un soutien sans réserve aux actions israéliennes et a fait de la lutte contre l’islamisme qui fleurit dans les universités américaines un thème important de sa présidence. Reste l’Iran où certains redoutent sa propension à faire des deals et à tomber ainsi dans les filets des habiles négociateurs iraniens… Il y a indiscutablement parmi les soutiens américains de Trump de véritables antisémites, mais Israël est un pays qui lutte pour son existence et doit donc définir ses priorités. Churchill et Roosevelt se sont alliés à Staline pendant la guerre car avant tout il fallait vaincre Hitler. Malgré tous ses évidents défauts, Trump n’est pas Hitler…

Et il ne faut pas l’oublier : son élection est aussi un symptôme, celui d’une Amérique déboussolée par les absurdités du wokisme, et qui fait en boomerang la part belle aux absurdités libertariennes, lesquelles véhiculant sous couvert de liberté la même intolérance à l’égard de leurs adversaires…

Le sport, terrain de jeu de l’islamisme

Voile dans le sport : Marianne doit muscler son jeu. Les islamistes sont en train de remporter la partie, s’inquiète une mission flash parlementaire


Hassan Al-Banna, le fondateur des Frères musulmans, annonçait la couleur : « Le sport est un moyen pour nous ». Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il aura été entendu. Sophie Germain, Directrice générale de la ligue Paris Île-de-France de football, en fait le constat : « Les clubs deviennent des lieux de conquête », déclare-t-elle. Et d’ajouter cette mise en garde : « Des tentatives de pénétration des instances dirigeantes sont à craindre ». À ce propos, sur la stratégie d’entrisme des Frères musulmans et de leurs affidés dans les différentes strates de notre société, on lira avec fruit le remarquable ouvrage de Florence Bergeaud-Blackler, anhtropologue, chercheuse au CNRS, Le Frérisme et ses réseaux.

Sape du pacte républicain

« Plus de cinq-cents clubs sont confrontés à des comportements communautaristes, relèvent les députés Caroline Yadan (Ensemble pour la République), et Julien Odoul (RN) dans le rapport de la « mission flash » qu’ils ont conduite, rapport remis ce mercredi à l’Assemblée. Ils dénombrent également entre vingt-cinq et cent trente associations à visée séparatiste, dirigées par des individus organisant, à l’initiative notamment des Frères musulmans, un projet de rupture avec la République. 

https://twitter.com/CarolineYADAN/status/1897281168455639043

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« Dans ces structures, le sport est carrément un outil de diffusion de pratiques islamistes », souligne Caroline Yadan. Pratiques qui s’inscrivent donc clairement dans une stratégie de sape du pacte républicain. Le port du hidjab sur les terrains et en salle, du burkini qini dans les piscines en est la manifestation la plus visible, mais à ces provocations viennent s’ajouter nombre de comportements, d’usages, de rites totalement en opposition avec nos mœurs, nos principes, nos règles communes et qui représentent donc effectivement autant d’agressions contre notre civilisation. Refus de serrer la main, de croiser l’autre sexe, refus de s’incliner devant un adversaire ou, au judo, devant le portrait du fondateur Jigoro Kano, sous prétexte qu’on « ne se prosterne que devant Allah ». Exigence de vestiaires spécifiques pour les musulmans, d’un calendrier de compétitions et d’entraînements alignés sur le calendrier religieux, flouter sur les photos la partie du corps entre le genou et le nombril réputée impure, d’où le port de collants jusqu’au plus chaud de l’été. Instauration de sessions de prières et prosélytisme dans l’enceinte même du sport, revendication du port de signes emblématiques sur le maillot des joueurs. On a vu au basket des petites filles de onze ou douze ans obligées de porter le hidjab pour jouer. On a vu aussi, et c’est au moins aussi inquiétant, dans certaines disciplines, des arbitres, voire des membres des équipes de France, pratiquer en arborant fièrement le hijab.

Raz-de-marée et usine à gaz

Comment cela est-il possible ? Comment ne parvient-on pas à combattre ces dérives qui, en réalité, ne font que s’étendre et prospérer. Les députés Yadan et Odoul soulignent « le manque de vigilance de certaines fédérations » mais aussi « le militantisme de certaines collectivités territoriales. »

Il faut dire que, sur ces questions, pourtant essentielles puisque, redisons-le, elles concernent le pacte républicain, on a – lâchement – laissé lesdites fédérations se faire leur propre religion. Cela sur la base d’une assise juridique des plus floues. Il en résulte une usine à gaz dans laquelle chacun se perd aisément. Par exemple, ce qui est interdit – le port du voile, par exemple – dans certaines disciplines devient autorisé dès qu’il s’agit de sport universitaire. Ce n’est ici qu’un exemple tiré de l’imbroglio réglementaire dans lequel les dirigeants de clubs se trouvent empêtrés. On comprend leur découragement. On comprend aussi qu’ils se sentent parfois bien seuls et bien désarmés. Ainsi à la fédération de Taekwondo où le port du hidjab est pourtant officiellement prohibé mais où on constate qu’environ 20% des pratiquantes persistent à le porter. Sans pour autant être sanctionnées.

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Face à une telle situation, qui, redisons-le, ne fait que s’aggraver saison après saison, « Marianne doit muscler son jeu », concluent les parlementaires de la mission flash. C’est l’évidence même.

En fait, il semble qu’il soit bien tard. Le phénomène a pris une telle ampleur qu’il sera désormais très difficile de l’endiguer. Le Sénat, mi-février, a émis une proposition de loi « visant à assurer le respect du principe de laïcité dans le sport ». L’intention est louable, mais n’est-ce pas jouer petit bras ? On serait en droit de préférer un projet de loi visant carrément à « interdire, poursuivre et sanctionner dans le sport tout signe et toute pratique de rupture avec le pacte républicain. » Le projet sénatorial va venir prochainement à l’Assemblée nationale. Aux députés, donc, de « muscler le jeu ». Par la suite, il reviendra à la puissance d’État de déployer le courage politique de faire vraiment appliquer les règles. Sans trembler. Et là, le match n’est pas gagné d’avance…

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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À la lumière des nuits blanches

BHL est insomniaque et Nuit blanche est la somme de ses méditations nocturnes. Refusant de fermer les yeux pour dormir, il déambule à travers son monde et ses souvenirs. 


Bernard-Henri Lévy commence d’écrire ses mémoires. Son dernier livre ouvre une brèche, c’est indéniable. Un premier opus ? Oui. L’œuvre prend un tournant, c’est incontestable. Le philosophe est insomniaque depuis l’enfance, c’est son prétexte. Ne parvenant pas à trouver le sommeil – plutôt, il s’y refuse aujourd’hui, presque philosophiquement –, il compte ses vrais amis comme d’autres les moutons. Ceux qu’il a perdus, ceux qu’il a admirés, ceux qu’il a aimés : il les ressuscite. Il rend la parole à son père qui s’adresse à lui. Nuit blanche est un autoportrait baconien : l’image est brouillée, bouleversée, BHL en rit, s’en moque et s’en échappe. Nuit blanche semble être écrit d’une traite. Les souvenirs cascadent, ils tombent d’autant plus vite que leur auteur, lui, ne cède pas à la nuit ; ils surgissent sans chronologie, le passé n’est pas perdu, il est là, à pic ! Vite, l’aube va l’effacer. Il y a urgence. Nuit blanche est un livre urgent : « Il n’y a pas de vie qui vaille sans la volonté de vouloir plus que la vie. » Autant profiter d’une conscience qui ne s’éteint pas. Refus de la débrancher face au bruit du monde et ses terreurs ? Sans doute. Le corps de BHL, d’une certaine façon, est exorbitant : c’est celui d’un écrivain. Il ne rêve pas, ne se couche pas, il médite. D’où l’on apprend que refuser de fermer les yeux est une métaphysique. Ah, la nature fondamentale de la réalité ! L’idéalisme est une petite mort. La nuit est une page blanche qu’il s’agit de noircir par le flux de conscience : « Je suis ivre de me sentir vivant et éveillé. » Tout y passe : les combats, les doutes, les livres, le Livre, les amours, le vert paradis de l’enfance, les tragédies, les comédies. La bibliothèque donne le cap, c’est la boussole, elle indique le point magnétique où tout se noue : Ronsard (qui est mort d’insomnie, les yeux ouverts), Ducasse, Debord, Barthes, Joyce, Lévinas, Althusser, Nietzsche… À propos, Zarathoustra pense que le sommeil vole « des pensées aux pieds légers ». Bref, rester vigilant, c’est le but, être une vigie pour soi-même : viser, aparté, le sentiment du temps et « atteindre, par la langue et la pensée, à un état second de l’humain ». Et puis, à quoi bon dormir puisque l’inconscient « ne se tait jamais » : « L’inconscient, c’est l’hypothèse qu’on rêve aussi éveillé. Car quelle différence, alors, entre veille et réveil ? Et pourquoi s’embêter à dormir si c’est le même inconscient qui, dans les deux cas, parle, se dérobe, se cogne au réel et vous trahit ? » Quelque chose s’est « grippé » dans l’inconscient de BHL qu’il définit (alors même qu’il n’y « croyait pas », jadis), comme « une région de son existence ». Parce qu’il en a pris conscience (c’est le cas de le dire !), il a changé de style : il s’est inventé une autre liberté. Elle est à l’œuvre dans Nuit blanche. Lisible, évidente. Une liberté à cœur ouvert. Tambour battant. L’écrivain se rassemble. Le corps vient à l’âme. Ces deux-là se parlent maintenant. En plein jour, sur la page. Ils se regardent en face. Et somnambulisent.

Bernard-Henri Lévy, Nuit blanche, Grasset, 2025. 192 pages.

Robert Ménard: le fou rire et l’effroi

Poursuivi devant les tribunaux pour avoir refusé de marier une Française à un Algérien sous OQTF, Robert Ménard observe que le Droit et le bon sens sont bafoués au nom des droits de l’homme.


Je vais être condamné. Sans l’ombre d’un doute. Malgré le vote du Sénat ce 20 février en faveur de l’interdiction des mariages aux étrangers en situation irrégulière ! Malgré l’immense soutien populaire que je reçois depuis le début de cette affaire. Malgré les prises de position de poids lourds du gouvernement comme Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur, ou Gérald Darmanin, le garde des Sceaux. Oui, c’est vrai, par une douce journée de juillet 2023, j’ai refusé de marier une jeune femme française à un étranger sous le coup d’une OQTF. Comme une évidence. Et si c’était à refaire, je le referai.

J’avais une porte de sortie : celle de « plaider coupable » comme on dit dans les séries américaines. Mais j’ai refusé le scénario. Je ne suis pas acteur de série B. Je ne suis coupable de rien. Comment, en tant que maire, pouvais-je marier un étranger en situation irrégulière et, en plus, défavorablement connu des services de police, comme on dit pudiquement dans les médias ?

Le comble dans cette affaire rocambolesque, c’est que la nouvelle loi votée par le Sénat – quarante-huit heures seulement après mon passage devant le procureur – va probablement être retoquée par le Conseil constitutionnel en raison de l’article 12 de la Convention européenne des droits de l’homme que la France a ratifiée. Cette même convention que j’ai utilisée toute ma vie pour défendre les journalistes emprisonnés dans le monde… Le Droit transformé en machette à découper le bon sens. Le Droit perverti qui se retourne contre ceux qu’il est censé défendre. Le Droit qui fait qu’expulser un jeune homme installé illégalement chez nous, délinquant violent, devient aussi hasardeux que gagner au loto.

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Plus cocasse encore si j’ose dire, le jour où je comparaissais devant la justice, nous apprenions que la Mairie de Béziers était encore une fois condamnée pour sa crèche qui, chaque année, fait trembler d’effroi les groupuscules laïcards et autres associations gauchistes. En dix ans, nos trois Palestiniens, Jésus, Joseph et Marie, ont subi pas moins de 21 procès pour avoir osé s’abriter dans la cour de l’hôtel de ville. On jugera de l’obsession de ces adorateurs de la secte laïque pour une simple étable et quelques dangereux santons.

Il faut le claironner, le bon sens est aux abonnés absents dans notre pays. Il est piétiné chaque jour. Comment, alors que l’écrasante majorité des Français n’en peut plus de l’immigration massive et incontrôlée, peut-on obliger un maire à marier un OQTF et le mettre ainsi quasiment à l’abri de toute expulsion ? Quand le droit nous oblige à escalader le réel par la face nord…

Cette histoire de mariage, c’est Roméo et Juliette réécrit par la Cimade. J’apprends, à l’instant où j’écris ces lignes, que la fameuse Eva tenterait de se marier avec son tendre Mustapha en Algérie. Mais pour cela, à Oran, il faut être… en situation régulière ! Là-bas, on ne finasse pas…

Quand les historiens du futur se pencheront sur notre époque, ils hésiteront sans doute entre le fou rire et l’effroi.

Ces stars de la télé qui bousculent la politique

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Présidentielles : la télécommande remplacera-t-elle définitivement demain les urnes ? Après le succès de Berlusconi en Italie, de Trump aux États-Unis ou de Zelensky en Ukraine, des figures du petit écran sont testées par les instituts de sondage en France. Plutôt à droite.


L’animateur de télévision sera-t-il la bouée qui sauvera la politique de son naufrage ? Un constat, en tout cas, s’impose : la société du spectacle a banalisé ses règles jusqu’au sein du bureau Ovale, à Washington. « Ca va être de la grande télévision ! », a conclu vendredi, en showman qu’il est resté, Donald Trump après son altercation spectaculaire avec Volodymyr Zelensky, lui-même ancien acteur d’une série humoristique qui aura fait son succès en Ukraine. Les deux professionnels de l’audimat ont-ils eu conscience d’alimenter leur confrontation en appliquant les ressorts de la provocation et de l’outrance, afin de prendre l’opinion à témoin ? Ce n’est pas à exclure. On n’imagine pas, en tout cas, Ronald Reagan, pourtant lui-même ancien acteur de cinéma, se prêter en direct à ce genre de déballage de linges sales. En réalité le rejet du monde politique, déconnecté du réel, est devenu tel qu’il ouvre des perspectives à ceux qui, formés aux compétitions d’audiences de l’audiovisuel privé, savent s’adresser aux gens et les fidéliser. Silvio Berlusconi, en Italie, avait ouvert la marche il y a trente ans. Eric Zemmour, créature télévisuelle plus sophistiquée, est aussi de cette école.

A ne pas manquer, notre nouveau numéro : Ferrand au sommet, Hanouna au bûcher, L’État de droit c’est plus fort que toi!

Dernièrement, un sondage Ifop-Fiducial a introduit Cyril Hanouna parmi les présidentiables, même si son score reste modeste avec 11% de soutiens. L’intéressé ne semble pas écarter l’hypothèse d’une future candidature. L’ex-animateur vedette de C8 vient d’ailleurs de rebondir sur d’autres canaux, après la fermeture de la chaîne au début de ce mois, en entrainant dès lundi soir 1,5 million de téléspectateurs. Philippe de Villiers, porté par ses audiences sur CNews, est réclamé par ses supporteurs pour briguer l’Élysée. Pascal Praud partage aussi cette notoriété. La droite populaire est la plus à l’aise dans cet univers.


Ifop / Twitter

Le dénominateur commun à ces hommes de télévision est leur proximité, souvent intuitive, avec cette partie du peuple qui, trop modeste aux yeux des dirigeants, reste oubliée des professionnels de la politique. L’ascension de ces nouvelles stars est évidemment méprisée des « élites ». Elles se contentent notamment de voir en Trump un clown impulsif et violent. Mais Montesquieu le rappelle : « Pour faire de grandes choses il ne faut pas être un si grand génie ; il ne faut pas être au-dessus des hommes. Il faut être avec eux ». Les alertes sur le risque démagogique et la tyrannie des foules, que de tels personnages pourraient porter, sont certes à entendre. Il est possible que cette politique spectacle ne soit d’ailleurs qu’une intermittence. Cependant ces symptômes sont d’abord la conséquence du dégoût que suscite la politique auprès des sondés. Ces rejets dureront tant que la caste n’aura pas compris l’urgence à partager la vie ordinaire. La théâtralisation, développée par Emmanuel Macron, se contente d’exhiber déguisements, signes et mots creux. Elle laisse voir l’insincérité du chef de l’État. Ce mercredi soir, il se servira lui aussi de la télévision, une nouvelle fois, pour tenter de se placer dans les négociations entre Trump et Poutine sur l’Ukraine. Il agitera encore, sans doute, les peurs sur une menace existentielle portée par la Russie afin de promouvoir l’Europe supranationale que les peuples refusent. Or, il ferait mieux d’écouter, sur ce sujet comme sur d’autres, ce que disent les saltimbanques du petit écran.

Les « grandes universités » et la politique américaine

Les formations académiques des dirigeants américains prouvent qu’on peut sortir de Yale ou Harvard sans jamais y être vraiment entré.


Alors l’un des douze, appelé Judas Iscariot, alla vers les principaux sacrificateurs, et dit: Que voulez-vous me donner, et je vous le livrerai? Et ils lui payèrent trente pièces d’argent.
Mathieu 26 :14-15


Ces universités sont-elles un gage d’excellence et de probité? Penchons-nous sur quelques personnalités.

Il y eut le président Richard Nixon, qui reçut son diplôme de droit de l’université Duke en Caroline du Nord. Sa contribution au développement du droit constitutionnel fut historique, mais pas vraiment celle qu’il eût souhaitée. Lui succéda son vice-président Gerald Ford, sorti avec un rang honorable de la faculté de droit de l’université Yale, alors que, selon le truculent président Lyndon Johnson, son faible quotient intellectuel le rendait incapable de coordonner sa mastication du chewing-gum, d’une part, et, d’autre part, ses exhalaisons digestives.

Les choses s’accélèrent avec George « Dubya » Bush, qui obtint son BA en histoire de l’université Yale et son MBA de l’université Harvard. Il va sans dire qu’il fut admis dans ces deux universités en dépit de sa grammaire fort idiosyncratique, sur interventions de papa, grâce aux programmes de discrimination positive (« affirmative action » en v.o.), ou « diversité, équité et inclusion » profitant aux WASPs millionnaires.

[Note technique : cette catégorie de candidats, qui offrent, selon l’euphémisme codé, un « potentiel de développement », « achètent », de manière tacite, leur place en contrepartie de la « promesse », non moins tacite, d’une généreuse contribution à la fondation des anciens de l’institution dans les années à suivre; à son tour, celle-ci « s’engage », toujours de manière tacite, à accorder des facilités d’admission à la progéniture des donateurs, et ainsi de suite.]

Bienvenue à la Trump University

En ce qui concerne la première campagne électorale de Donald Trump en 2017, l’universitaire d’origine canadienne, Francis H. Buckley, eut l’honneur de se joindre à sa garde prétorienne à titre de conseiller. Cet ex-étudiant de la faculté de droit de l’université McGill à Montréal (51e Etat) y revint à titre d’enseignant par la suite, après être passé par Harvard. Cette éminente réincarnation de Socrate y eut pour collègue Hermann Hahlo, un humaniste convaincu que les femmes et les noirs n’étaient pas faits pour le droit. Frank Buckley avait donc tout le bagage intellectuel pour servir un jour le fondateur de la célèbre Trump University. Il fut demandé au grand ponte de quelle manière un milliardaire champion de l’évasion fiscale pouvait prétendre au titre de sauveur de la classe moyenne saignée à blanc :

En 1935… quand Roosevelt a nommé Joseph Kennedy… à la tête de la commission de contrôle des marchés financiers, tout le monde a rappelé qu’il était un corrompu. Le président a répondu qu’il en fallait un pour en attraper un.

Pour assurer la justice fiscale, la solution était simple, mais il fallait un Canadien devenu citoyen américain en 2014… « on Tax Day » (le « jour de l’impôt » en v.f., ça ne s’invente pas…) pour y penser. La boucle était bouclée pour Frank Buckley.

(Signalons au passage un autre lauréat de la faculté de droit de Yale, le gouverneur de Floride Ron DeSantis, lequel assimile audacieusement l’immigration illégale à une forme d’ « invasion » au sens militaire du terme).

Nous en arrivons au vice-président JD Vance (et oui, lui aussi) de Yale, qui vient d’étonner le monde juridique en montant d’un gros cran : les juges n’ont pas le pouvoir de contrôler l’action du pouvoir exécutif! Une thèse constitutionnelle on ne peut plus innovatrice.

A lire aussi, Gerald Olivier: Universités américaines: la fin de la préférence raciale

Et enfin, le bagage universitaire de Donald Trump. Cet homme d’affaires, dont on ne compte plus les faillites (bon-papa, efficace tenancier de maison close, a dû se retourner dans sa tombe), a obtenu son BA en économie politique de la prestigieuse Wharton School de l’université de Pennsylvanie. Manifestement, il semble avoir pris quelques distances des enseignements reçus vu que sa politique économique se heurte aux réticences du Wall Street Journal, par exemple. Milton Friedman le taxerait d’hérésie.

Quelles leçons tirer? Il faut rendre hommage aux talents de bateleurs de ces facultés américaines, sur le plan marketing international; des « country clubs » qui font rêver…

Inoubliable George W. Bush

Selon certaines études, le nombre de gestionnaires titulaires du MBA harvardesque ayant conduit leur entreprise à la faillite est fort impressionnant, et Dubya, fidèle à la tradition, coula toutes les unités commerciales que la famille lui avait confiées.

Son parcours interpelle aussi sur le niveau des cours d’histoire et de culture générale dispensés par la faculté des Arts de Yale. Il déclara un jour en campagne électorale que « Jésus était son philosophe préféré » (sic). Profession de foi fort judicieuse pour séduire l’électorat évangélique redneck, mais révélatrice d’une grave confusion. En France, le prêtre le plus conservateur, le plus traditionaliste et célébrant la messe en latin après son autoflagellation matinale comprend les domaines respectifs de la révélation et des injonctions divines, d’une part, et, d’autre part, de la raison humaine. Cela dit, chacun a le droit le plus absolu de hiérarchiser ses sources d’inspiration, mais il est quand même permis de douter que Dubya se fût livré à d’exhaustives lectures complémentaires de penseurs profanes comme David Hume ou Bertrand Russell. Avoir consacré un été à L’étranger de Camus est louable, mais insuffisant pour comprendre le monde. Il eût dû, au minimum, poursuivre avec La peste, d’une actualité encore plus brûlante, même si, vu le plus grand nombre de pages, deux étés eussent été nécessaires.

De manière plus générale, la récente rencontre du président Macron et de Sa Majesté Orange, pendant laquelle celui-là a remis les pendules de celui-ci à l’heure au sujet de l’aide accordée à l’Ukraine par l’Europe et les États-Unis, a permis aux observateurs de faire la comparaison entre la classe européenne, d’une part, et, d’autre part, la rugueuse rusticité américaine. La prestation du chef de l’État français sur la scène internationale s’inscrit dans la tradition des Valéry Giscard d’Estaing et des François Mitterrand, qui comptaient deux millénaires de civilisation. Les diplômés des grandes écoles françaises n’ont, au final, rien à envier aux plombiers ayant suivi leur surfaite formation technique dans de luxueux campus, dont l’horizon se limite à la grande banlieue de Kansas City. Yale, qui a produit le visqueux « Uncle Tom », Clarence Thomas, juge à la Cour suprême, semble d’ailleurs se distinguer particulièrement.

On imagine mal un futur Trump en formation à Jouy-en-Josas.

Où en est donc l’Amérique aujourd’hui?

À l’époque de la guerre froide, elle vivait dans la hantise des discrètes « taupes » susceptibles d’avoir infiltré les institutions américaines. Vladimir Poutine, lui, a réussi ce coup de maître historique de s’emparer, au grand jour, de la totalité de l’exécutif, comme il ressort de l’embuscade télévisée dans laquelle est tombé le président ukrainien Zelinsky le 28 février 2025 dans le bureau ovale, organisée par le truchement de Donald Trump et de son vice-Rottweiler, qui n’a jamais autant mérité sa qualité autoproclamée de « hillbilly » (« péquenaud » en v.f.). Faire passer l’agressé pour l’agresseur est un procédé orwellien qui a acquis ses lettres de noblesse dans les années 1930.

Camus n’aurait pas aimé les César…

Les César ont fêté leurs 50 ans avec une soirée plutôt sobre, épargnée par les habituels discours militants… enfin, presque.


La cérémonie des César a eu lieu dans la soirée du 28 février et on fêtait son cinquantième anniversaire. Par rapport à beaucoup de ses devancières, elle a été réussie, relativement sobre et, sur le plan idéologique, on n’a eu droit qu’au propos militant d’un syndicaliste avant le spectacle, au déchaînement partisan du réalisateur de l’excellent La Ferme des Bertrand1 et à une allusion légère de Josiane Balasko. On a évidemment connu bien pire. Ce qui s’est déroulé à Paris n’est pas tombé dans le ridicule comme par exemple aux Magritte du cinéma belge à Bruxelles où Charline Vanhoenacker a tenté en vain de faire rire un public avec une diatribe anti-RN ratée.

Artistes et justiciers

Aussi la pensée d’Albert Camus qui m’inspire ce billet – citée par Vincent Duclert dans un article du Monde– se rapporte en général à toutes ces interventions publiques, médiatiques, d’artistes venant déclamer leurs convictions, toujours de gauche, avec une constance qui n’est animée que par la plus ou moins grande violence de leur phrasé. Albert Camus affirmait dans son discours au banquet de son prix Nobel : « Les vrais artistes ne méprisent rien ; ils s’obligent à comprendre au lieu de juger. Et s’ils ont un parti à prendre en ce monde ce ne peut être que celui d’une société où, selon le grand mot de Nietzsche, ne règnera plus le juge, mais le créateur, qu’il soit travailleur ou intellectuel ».

A lire aussi, Didier Desrimais: De Jacques Weber à Solann, Oh ! les belles âmes

Le juge est fondamental dans une société pour, grâce au droit, la pacifier, répondre aux attentes citoyennes, trancher les conflits, défendre les victimes et sanctionner les coupables.

Mais on comprend bien la manière dont Camus, en usant de ce terme, cherche à discréditer les faux artistes qui politisent, dévoient leur art, stigmatisent, sont intolérants, se posent en « juges », voire en justiciers et qui, au lieu de dialoguer, d’expliquer et de « comprendre », apposent sur l’infinie diversité de la vie et des idées, la chape de plomb de leur idéologie.

Forcément de gauche…

Parce que, bien sûr, il faut être de gauche qui est précisément la propension à juger, à départager le bon et le mauvais côté et à mettre l’art entre parenthèses puisque ce dernier est complexité, ambiguïté, profondeur, force du langage, respect de l’autre.

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: Du wokisme comme bien-pensance et déni généralisé: l’affaire Karla Sofía Gascón

Albert Camus, louant les « vrais artistes », ceux qui créent, qui jouent et cherchent avec leur âme singulière à offrir de l’universel, n’aurait pas vu dans les César son rêve de théâtre, son exigence d’humanité et son sens de la fête. Mais il n’aurait pas été homme à juger, pire, à condamner. Grand écrivain, véritable artiste, il se contentait de comprendre. On ne l’oublie pas.

MeTooMuch ?

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  1. Gilles Perret NDLR ↩︎

Gaza: une tribune indigeste

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Ramadan, Rafah, 2025 ©Doaa el-Baz\ apaimages/SIPA

Le quotidien Libération semblait se réjouir mercredi que les deux millions de Palestiniens de Gaza soient une « arête impossible à avaler dans la gorge d’Israël ». Selon le journal de gauche, le projet de Trump de déplacer cette population n’est qu’une « saillie délirante », et la société israélienne dans son ensemble serait dénuée d’empathie pour ses voisins à la suite des attaques terroristes du 7-Octobre. Un mépris évident pour la souffrance des Israéliens. Analyse.


La proposition de l’administration Trump de déplacer temporairement les habitants de Gaza a suscité le séisme médiatique que l’on sait. Parmi cette avalanche de réponses, certaines brillent par leur manque d’objectivité, d’autres par leur caractère outrancier ou les affirmations erronées qu’elles contiennent… Plus rares sont celles qui réussissent l’exploit de réunir tous ces travers à la fois ! C’est le cas de la tribune de Monsieur Sélim Nassib, écrivain et ancien journaliste pour Libération, publiée justement par le quotidien ce mercredi[1]. Si le sort des habitants de Gaza est effroyable et touche tout un chacun, une sortie telle que celle-ci ne permet en rien de faire un pas vers une solution pacifique.

Un texte pour rien

Comment ne pas être frappé, tout d’abord, par le choix des mots ? Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, est ainsi soupçonné d’utiliser ce projet de déplacement pour raccrocher les « wagons » avec l’extrême droite. S’il s’agit bien d’un projet de déplacement temporaire, l’article n’hésite pourtant pas à parler de « déportation », et ce à plusieurs reprises. On a évidemment connu choix de vocabulaire moins tendancieux…

La plume est en revanche moins lourde lorsqu’il s’agit de qualifier les barbaries du 7-Octobre 2023 commises par les terroristes du Hamas. On nous parle ici d’une simple « tragédie » qui, bien qu’elle fasse un écho plus que douloureux aux atrocités de la Shoah, aurait dû être oubliée « à court terme » par les proches des victimes. Leur faut-il aussi tirer un trait sur les otages restants aux mains du Hamas ? Ce qui n’empêche pas l’auteur de vilipender les Israéliens, dans leur « écrasante majorité », pour leur manque d’empathie supposée à l’endroit de la population civile de Gaza.

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Ce prétendu manque d’empathie est imputé à un simple sondage. En revanche, selon l’auteur de la tribune, il serait injuste de déduire que les Gazaouis soutiennent le Hamas sous prétexte que le groupe terroriste a été élu en 2006 par… la population de Gaza ! Allez comprendre… On ne vote pourtant pas pour le Hamas comme on vote pour un parti modéré. Comment ignorer que la destruction d’Israël et celle des juifs font figures de leitmotivs pour ce parti ? Une doctrine que le Hamas se plaît à enseigner à la jeunesse palestinienne, ne lui laissant d’autre choix que celui de la haine de son voisin.

Des confusions coupables

Toutes les guerres occasionnent la mort de civils innocents. Celle des civils palestiniens est une horreur et personne ne saurait s’en réjouir. Mais le choix des concepts ne peut être fait à la légère. La tribune accuse Israël de se livrer à une réponse militaire « hors de proportion » visant à préparer un « nettoyage ethnique ». Cette notion n’est pas officiellement définie mais pourrait sous-entendre une politique visant à faire disparaitre une population par la force ou la violence. Si l’intervention militaire de Tsahal à Gaza fait évidemment des victimes collatérales parmi la population civile, cela ne constitue pas pour autant un nettoyage ethnique ou encore un génocide. Pour rappel, lors de la Seconde Guerre mondiale, les bombardements alliés ont causé de nombreuses pertes civiles, notamment 350 000 Allemands. Pour autant, il n’a jamais été question de génocide car le nombre ne suffit pas ; il faut également démontrer l’intention de s’en prendre directement à la population civile. Or, si cela était clair lors des attaques terroristes du 7-Octobre perpétrées par le Hamas, s’agissant de l’action de Tsahal cela n’est pas le cas. Par ailleurs, de très nombreuses pertes civiles auraient aussi pu être évitées si le Hamas n’utilisait pas son propre peuple comme bouclier humain ou encore les écoles et hôpitaux comme cachettes. Il faut le rappeler, ce que ne fait pas M. Nassib dans son analyse.

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Pour parler de réponse militaire « hors de proportion », encore faudrait-il disposer d’une bonne connaissance des données. Les chiffres étant fournis par… le Hamas, nous sommes en droit de douter de leur fiabilité. Sans parler du fait que ces chiffres ne précisent jamais quelle est la part de militants dans les victimes mentionnées. Et même si l’on part du principe que ces chiffres sont fiables, ils ne démontrent pas une proportion de victimes civiles supérieure à d’autres conflits. Selon les Nations Unies, le taux de victimes civiles est en général de 90% dans une guerre. Et la plupart des conflits ne se déroulent pas dans un environnement urbain comme cela est le cas à Gaza. Ce genre d’affirmation peut donner l’impression que ce qui est véritablement remis en question est le droit d’Israël à se défendre et donc, par extension, son droit à la survie. Par ailleurs, il n’est évidemment à aucun moment précisé dans les colonnes de Libération que le Hamas est le seul et unique responsable de cette guerre et qu’il lui suffirait de libérer les otages pour y mettre fin à tout moment.

Des affirmations incomplètes et une omission de taille

Pour finir, l’auteur de la tribune énonce que l’Égypte et la Jordanie « refusent absolument de recevoir » la population palestinienne. Le silence est en revanche de mise lorsqu’il s’agit d’en expliquer les raisons. Peut-être cela est-il avant tout dû à des préoccupations sécuritaires ? Comment ignorer, par exemple, les liens entre le Hamas et les Frères Musulmans, organisation que le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi s’échine à maîtriser ?

Enfin, Donald Trump, à l’initiative de cette proposition de déplacement temporaire et non de déportation, est présenté comme « un homme ignorant échafaudant dans sa petite tête un projet impossible à réaliser ». Rappelons pour mémoire que les accords d’Abraham prévoyant la normalisation des relations entre Israël, les Émirats arabes unis et Bahreïn ont été signés à l’initiative de l’administration Trump en septembre 2020. Une bien plus grande contribution pour la paix que cette tribune qui revêt des airs de mauvais procès fait à Israël ne le sera jamais…

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[1] https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/gaza-larete-impossible-a-avaler-dans-la-gorge-disrael-par-selim-nassib-20250304_EVVOLLP6KRDZFDCCTSBGFAJBQU/

Spécialités très locales

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© Comité français de l'UICN

Si vous aimez les spécialités culinaires très lointaines, vous trouverez votre bonheur du côté de Vitry-sur-Seine. Entre viande de pangolin ou d’antilope, la nourriture made in Africa arrive en France avec son lot de maladies…


Vitry-sur-Seine nous a estomaqués avec les images de son marché exotique où la viande se débite sur le pavé et la volaille se saigne sur le trottoir. Depuis des années, le maire PCF de Vitry essaie de le démanteler, parce que ce marché sauvage contrevient à toutes les règles économiques et sanitaires. Ce n’est pas une exception. À Paris, le marché interlope de Château-Rouge reste une référence. Marseille, Lyon, Toulouse ou Montpellier sont confrontés au même problème…

Sur ces marchés noirs, la communauté africaine peut dénicher des spécialités qui lui rappellent le pays : pangolin, singe, antilope, agouti, serpent… C’est ce qu’on appelle la viande de brousse. Les douanes font la chasse aux trafiquants, qui profitent des liaisons aériennes entre l’Afrique et Paris pour importer cette viande d’appellation incontrôlée dans leurs bagages. En 2023, 24 tonnes ont été saisies… C’est maigre, car il est impossible de contrôler tous les passagers.

L’an dernier, une mission interministérielle sur la lutte contre l’importation illégale de « produits carnés » a estimé que 273 tonnes de viande d’espèces sauvages seraient illégalement importées chaque année depuis l’Afrique via l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle. Et souligné le risque sanitaire. Ces sales bêtes, même mortes, véhiculent des maladies qui – comme l’Ebola ou le sida – franchissent allégrement la barrière des espèces pour contaminer l’homme. La mission a également dénoncé la complicité des compagnies assurant le trafic aérien avec l’Afrique, qui pour le prix d’un seul billet, offrent aux passagers la possibilité d’embarquer deux bagages de 23 kg, le second servant souvent de garde-manger. La solution serait de limiter les bagages. Air France a immédiatement fait savoir qu’elle s’opposait à une telle mesure, « nuisible à sa compétitivité ». En tolérant la valise « alimentaire », la compagnie assure ainsi l’immunité à une chair pourtant pas toujours très fraîche…

Vladimir Poutine n’est pas Hitler, ni Volodymyr Zelensky Churchill…

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Des militaires ukrainiens tirent avec un obusier M777 en direction des positions russes sur la ligne de front près de Donetsk © Roman Chop/AP/SIPA

Récits mensongers qui s’affrontent, stratèges de salon prêts à sacrifier des vies sur l’autel de leurs illusions: en Europe, les nations ne savent plus contre qui se battre, observe notre chroniqueur. La France, singulièrement, ne sait plus quels ennemis elle affronte: les islamistes, le « grand remplacement », Poutine, les influenceurs algériens, le Sud global?


Ils se proclament « résistants ». Dans leur panoplie de va-t-en-guerre, ils disent de Vladimir Poutine qu’il est le nouvel Adolf Hitler, et de Volodymyr Zelensky qu’il incarne Winston Churchill. Leur univers est celui des faussaires.

Guerre des… récits

Pour eux, ceux qui dénoncent cette guerre inutile entre l’Ukraine et la Russie sont des « munichois », des « collabos », des « vichystes », des « capitulards ». Derrière un courage déclamé, les bellicistes encouragent de loin ceux qui montent au front, pour s’y faire tuer par dizaines de milliers. Les identifications avec des acteurs de la Seconde Guerre mondiale sortent d’un récit fabriqué. Depuis trois ans, la propagande européiste accumule les désinformations, dans le but d’imposer une Europe supranationale aux peuples qui n’en veulent pas. Souvenez-vous : Poutine rongé par des cancers mortels, remplacé par des sosies dans ses sorties publiques, ne contrôlant plus l’appareil d’Etat. Quant à la Russie, elle allait économiquement s’effondrer, était isolée et perdrait forcément la guerre. Or il est tout aussi faux de soutenir désormais que l’autocrate, qui n’a pu entrer dans Kiev, serait pour l’Europe une « menace existentielle » comme le soutient Emmanuel Macron, tout à son obsession de se construire un destin postnational. La perspective de chars russes à Paris relève de la fiction. Quant à Zelensky, il a certes fait preuve d’un valeureux patriotisme. Cependant il s’est laissé dicter sa stratégie par son tuteur américain, jusqu’à ce que Donald Trump le laisse tomber. La pénible humiliation publique du président ukrainien, infligée vendredi à Washington par le président et le vice-président américains, a laissé voir néanmoins la maladresse d’un dirigeant refusant l’opportunité de mettre fin à une vaine boucherie humaine.

A lire aussi, Eliott Mamane : Trump vs Zelensky: un coup prémédité ou un simple coup… de gueule?

Pilotage automatique

Faire revivre les fantômes du IIIe Reich, au point de voir des saluts nazis au moindre bras levé, est un procédé puéril. Ces chimères permettent aux « progressistes » de maintenir artificiellement leur monde trépassé. Ceux qui récitent : « Retour aux années trente ! » ou « envolée de l’extrême droite ! » sont en pilotage automatique. Les faits les contredisent. Le ministre des Affaires étrangères israélien, Giedon Sa’ar, veut normaliser les relations avec le RN. En Allemagne, Alice Weidel (AfD), présentée par la gauche comme l’héritière du nazisme, est un soutien d’Israël et des États-Unis. Elle est passée par la banque Goldman Sachs et est mariée à une femme sri-lankaise, avec deux enfants. Dans Le Monde de ce week-end, un collectif s’affichant « juifs de gauche » dénonce le silence de la « gauche extrême » face à « l’explosion antisémite » depuis le 7-Octobre. Mais ces protestataires, qui déplorent en fait l’irruption d’un islam judéophobe porté par une immigration de masse qu’ils défendent, s’obligent à dénoncer « le triomphe mortifère des extrêmes », sans admettre que l’opposition à l’islamisme et au wokisme se construit à droite…

A lire aussi, du même auteur: Ces stars de la télé qui bousculent la politique

La « révolution du bon sens », lancée par Trump contre les idéologies déphasées, accélère les renversements d’alliances et le réveil des nations. Les résistants en pantoufles laissent l’islam colonisateur en paix tandis qu’ils prônent une « économie de guerre » (Eric Lombard, ministre de l’Économie) pour bâtir une Europe sans les peuples. Les nations doivent certes se réarmer, pour pallier la fin probable de l’Otan. Mais elles ne doivent pas se tromper de combat, en poursuivant une guerre perdue contre la Russie. La défaite de l’Ukraine est celle des européistes.

Trump et le nouveau monde

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Le président Donald Trump s'adresse à une session conjointe du Congrès au Capitole à Washington, le mardi 4 mars 2025 © Win McNamee/AP/SIPA

Le président Trump nous rejoue ‘The Apprentice’ en virant Zelensky, pense amadouer Poutine avec un deal douteux, et laisse l’Europe en panique. Il a prononcé mardi un discours d’une heure et quarante minutes devant le Congrès américain, et a notamment annoncé avoir reçu une lettre du président ukrainien indiquant qu’il était finalement prêt à se présenter à la table des négociations. Analyse.


C’était il y a longtemps, presque une semaine: un clash en direct à la Maison Blanche, que le président américain a décrit comme un grand moment de télévision. Comme il y a vingt ans, lorsque dans son émission de télé-réalité, il annonçait avec délectation au candidat éliminé «you are fired», Trump venait de congédier un président ukrainien qu’il qualifiait d’ingrat d’autant qu’il n’avait pas accepté ses propositions de paix sous prétexte qu’elles n’offraient pas de garantie de sécurité à son pays. Auparavant, il avait traité Zelensky de dictateur sous prétexte qu’il n’avait pas organisé d’élections présidentielles, alors que la constitution ukrainienne l’interdit explicitement  en période de loi martiale et que la loi martiale a été imposée à cause de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Enfin il avait prétendu que la cote de popularité de Zelensky était de 4% alors qu’un sondage lui attribuait 57%. 

Mauvais épisode

Le spectacle à la Maison Blanche m’a donné la nausée et j’ai pensé à un épisode où l’exécution n’avait pas été que verbale. C’était en Corée du Nord. Kim Jong Un avait obligé son oncle à une humiliante autocritique télévisée avant de le faire exécuter. Il se trouve que Trump, qui avait bénéficié des confidences du dictateur coréen, connaissait cette histoire. Zelensky est tombé dans un piège, mais il a évité le pire…

Trump fonctionne dans un système mental où c’est lui qui définit la vérité. Quelques jours plus tard, dans son discours au Congrès, il se félicite que l’inflation soit en voie d’être jugulée, alors qu’elle flambe, annonce que les Etats-Unis sont désormais admirés car ils sont «great again», que les enfants atteints de cancer vont enfin recevoir des traitements alors que des programmes de recherche médicale ferment faute de subsides, que la liberté va enfin fleurir et que la corruption de l’administration Biden va disparaitre alors que lorsqu’un sénateur de Californie s’était interrogé sur le rôle de Musk dans la purge administrative et les réorientations de subventions, il a été qualifié impunément de criminel par ce dernier.

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Le caractère inattendu, voire saugrenu de certaines de ses propositions conduit parfois à remettre en cause des idées et des comportements répétés qui se sont révélés naïfs dans le passé et risquent de l’être dans le futur. Ce changement de perspective s’appelle pour les uns « lucidité » et pour les autres « trahison des valeurs ». En ce qui concerne l’Ukraine, l’abandon d’un pays victime d’une agression et d’une guerre menée avec une violence inouïe soulève le cœur. Il faudra pourtant constater que les sanctions contre la Russie ont échoué, que Poutine n’a pas été déstabilisé, que sa puissance de feu se renforce, qu’il possède des armes nucléaires dont il n’a pas exclu l’usage et que les contours d’un arrêt des combats sont géographiquement perceptibles. Au fond, l’image que se fait Trump de la paix est probablement proche de celle que s’en font les Européens, et Zelensky, au lendemain de la suspension de l’aide militaire américaine a été obligé d’écrire qu’il se félicite de travailler sous la direction de Trump à l’obtention d’une paix durable en Ukraine. Theodore Roosevelt, le père de l’interventionnisme américain, disait qu’il faut parler doucement, mais avec un gros bâton. Nul ne dira de Trump qu’il parle doucement, mais contre Zelensky il a utilisé son gros bâton. Avec un certain succès… La question est: serait-il capable de le faire contre Poutine?

L’Occident déboussolé

J’élude ici le problème, évidemment  très grave, de sa collusion possible avec les services de contre-espionnage  (ex-KGB, dont Poutine est l’archétype) – qui dirigent actuellement en réalité la Russie, poursuivent des objectifs à long terme et utilisent tous les moyens possibles pour déstabiliser l’Occident.

Poutine a déclaré que le démantèlement de l’URSS avait été un des pires crimes du XXe siècle, et toute sa politique  consiste à réparer ce crime, à récupérer et si possible étendre l’espace soviétique, successeur de Pierre le Grand. L’Ukraine aujourd’hui, la Moldavie demain, ainsi que les pays baltes (lesquels se demandent ce que valent pour Trump les assurances de l’article 5 de la Charte de l’OTAN) sont aux premières loges. Mais la Pologne aussi, qui se réarme effectivement et qui comptait tant sur le protecteur américain. Et également la Roumanie, qui vient d’échapper à un résultat électoral présidentiel confectionné par les services russes. Et tous les anciens pays du pacte de Varsovie, et tous les autres pays européens aussi comme la France elle-même, chassée par les Russes de ses points d’appui africains et en passe de voir s’installer une flotte russe dans les ports obligeamment mis à disposition par nos ex-amis algériens.

Le discours solennel du président Macron prend en compte le fait que la Russie est aujourd’hui un pays ennemi et que les États-Unis ne sont peut-être plus un pays allié. 

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Reste pour l’Europe à rattraper à marche forcée son comportement de cigale. Le moins qu’on puisse dire est que, à tous égards, ce n’est pas gagné. 

Trump a une sorte de fascination pour les hommes forts, car lui-même, contrairement à l’image qu’il essaye de véhiculer, n’en est pas un. Ses relations avec l’armée sont notoirement médiocres, il a osé qualifier de losers des soldats américains tombés dans la guerre de 14-18 et chacun sait qu’il s’est fait exempter de la guerre du Vietnam pour un motif grotesque. Sa volonté affichée de ne pas envoyer des soldats américains sur un théâtre d’opération extérieur en fait quelqu’un de prévisible et donc manipulable. Il pense probablement qu’en abandonnant à Poutine le contrôle de l’Ukraine, celui-ci sera rassasié et rejoindra le camp américain dans la lutte contre la Chine. Les Européens pensent strictement le contraire.

Liens indissolubles

Il existe cependant encore entre l’Europe et les États-Unis des liens indissolubles dont on peut espérer qu’ils vont résister aux foucades politiciennes. Mais il faut reconnaître que, outre le fait que l’Europe s’est confortablement endormie sous le parapluie protecteur américain, Américains et Européens ont eu des insouciances comparables.

En face il y a une Chine où des cohortes d’ingénieurs qualifiés travaillant  60 heures par semaine pour des salaires deux ou trois fois moins élevés qu’en Europe sous les instructions d’hommes politiques épargnés du souci court-termiste d’une élection démocratique, ont permis depuis trente ans une main mise sur des industries cruciales dans l’avenir. 

Trump a ainsi réveillé à juste titre le sujet des terres rares en revendiquant avec une brutalité de mafieux le Groenland et les supposées ressources ukrainiennes. C’est qu’il s’agit-là de ressources qui peuvent structurer l’avenir technologique.

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S’il y a un pays où Donald Trump est plus populaire qu’aux États-Unis, c’est Israël. Il a en effet manifesté un soutien sans réserve aux actions israéliennes et a fait de la lutte contre l’islamisme qui fleurit dans les universités américaines un thème important de sa présidence. Reste l’Iran où certains redoutent sa propension à faire des deals et à tomber ainsi dans les filets des habiles négociateurs iraniens… Il y a indiscutablement parmi les soutiens américains de Trump de véritables antisémites, mais Israël est un pays qui lutte pour son existence et doit donc définir ses priorités. Churchill et Roosevelt se sont alliés à Staline pendant la guerre car avant tout il fallait vaincre Hitler. Malgré tous ses évidents défauts, Trump n’est pas Hitler…

Et il ne faut pas l’oublier : son élection est aussi un symptôme, celui d’une Amérique déboussolée par les absurdités du wokisme, et qui fait en boomerang la part belle aux absurdités libertariennes, lesquelles véhiculant sous couvert de liberté la même intolérance à l’égard de leurs adversaires…

Le sport, terrain de jeu de l’islamisme

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Le collectif communautariste "Les Hijabeuses" se dresse contre la Fédération française de football, et demande à jouer avec un voile islamique, Paris, 24 février 2022 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Voile dans le sport : Marianne doit muscler son jeu. Les islamistes sont en train de remporter la partie, s’inquiète une mission flash parlementaire


Hassan Al-Banna, le fondateur des Frères musulmans, annonçait la couleur : « Le sport est un moyen pour nous ». Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il aura été entendu. Sophie Germain, Directrice générale de la ligue Paris Île-de-France de football, en fait le constat : « Les clubs deviennent des lieux de conquête », déclare-t-elle. Et d’ajouter cette mise en garde : « Des tentatives de pénétration des instances dirigeantes sont à craindre ». À ce propos, sur la stratégie d’entrisme des Frères musulmans et de leurs affidés dans les différentes strates de notre société, on lira avec fruit le remarquable ouvrage de Florence Bergeaud-Blackler, anhtropologue, chercheuse au CNRS, Le Frérisme et ses réseaux.

Sape du pacte républicain

« Plus de cinq-cents clubs sont confrontés à des comportements communautaristes, relèvent les députés Caroline Yadan (Ensemble pour la République), et Julien Odoul (RN) dans le rapport de la « mission flash » qu’ils ont conduite, rapport remis ce mercredi à l’Assemblée. Ils dénombrent également entre vingt-cinq et cent trente associations à visée séparatiste, dirigées par des individus organisant, à l’initiative notamment des Frères musulmans, un projet de rupture avec la République. 

https://twitter.com/CarolineYADAN/status/1897281168455639043

À lire aussi : La laïcité résistera-t-elle aux nouveaux assauts du wokisme?

« Dans ces structures, le sport est carrément un outil de diffusion de pratiques islamistes », souligne Caroline Yadan. Pratiques qui s’inscrivent donc clairement dans une stratégie de sape du pacte républicain. Le port du hidjab sur les terrains et en salle, du burkini qini dans les piscines en est la manifestation la plus visible, mais à ces provocations viennent s’ajouter nombre de comportements, d’usages, de rites totalement en opposition avec nos mœurs, nos principes, nos règles communes et qui représentent donc effectivement autant d’agressions contre notre civilisation. Refus de serrer la main, de croiser l’autre sexe, refus de s’incliner devant un adversaire ou, au judo, devant le portrait du fondateur Jigoro Kano, sous prétexte qu’on « ne se prosterne que devant Allah ». Exigence de vestiaires spécifiques pour les musulmans, d’un calendrier de compétitions et d’entraînements alignés sur le calendrier religieux, flouter sur les photos la partie du corps entre le genou et le nombril réputée impure, d’où le port de collants jusqu’au plus chaud de l’été. Instauration de sessions de prières et prosélytisme dans l’enceinte même du sport, revendication du port de signes emblématiques sur le maillot des joueurs. On a vu au basket des petites filles de onze ou douze ans obligées de porter le hidjab pour jouer. On a vu aussi, et c’est au moins aussi inquiétant, dans certaines disciplines, des arbitres, voire des membres des équipes de France, pratiquer en arborant fièrement le hijab.

Raz-de-marée et usine à gaz

Comment cela est-il possible ? Comment ne parvient-on pas à combattre ces dérives qui, en réalité, ne font que s’étendre et prospérer. Les députés Yadan et Odoul soulignent « le manque de vigilance de certaines fédérations » mais aussi « le militantisme de certaines collectivités territoriales. »

Il faut dire que, sur ces questions, pourtant essentielles puisque, redisons-le, elles concernent le pacte républicain, on a – lâchement – laissé lesdites fédérations se faire leur propre religion. Cela sur la base d’une assise juridique des plus floues. Il en résulte une usine à gaz dans laquelle chacun se perd aisément. Par exemple, ce qui est interdit – le port du voile, par exemple – dans certaines disciplines devient autorisé dès qu’il s’agit de sport universitaire. Ce n’est ici qu’un exemple tiré de l’imbroglio réglementaire dans lequel les dirigeants de clubs se trouvent empêtrés. On comprend leur découragement. On comprend aussi qu’ils se sentent parfois bien seuls et bien désarmés. Ainsi à la fédération de Taekwondo où le port du hidjab est pourtant officiellement prohibé mais où on constate qu’environ 20% des pratiquantes persistent à le porter. Sans pour autant être sanctionnées.

À lire aussi, Florence Bergeaud-Blackler : «Si l’Université devient un espace ouvert aux vents des idéologies, plus aucune recherche, plus aucun enseignement n’est possible»

Face à une telle situation, qui, redisons-le, ne fait que s’aggraver saison après saison, « Marianne doit muscler son jeu », concluent les parlementaires de la mission flash. C’est l’évidence même.

En fait, il semble qu’il soit bien tard. Le phénomène a pris une telle ampleur qu’il sera désormais très difficile de l’endiguer. Le Sénat, mi-février, a émis une proposition de loi « visant à assurer le respect du principe de laïcité dans le sport ». L’intention est louable, mais n’est-ce pas jouer petit bras ? On serait en droit de préférer un projet de loi visant carrément à « interdire, poursuivre et sanctionner dans le sport tout signe et toute pratique de rupture avec le pacte républicain. » Le projet sénatorial va venir prochainement à l’Assemblée nationale. Aux députés, donc, de « muscler le jeu ». Par la suite, il reviendra à la puissance d’État de déployer le courage politique de faire vraiment appliquer les règles. Sans trembler. Et là, le match n’est pas gagné d’avance…

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Le Frérisme et ses réseaux: l'enquête

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À la lumière des nuits blanches

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Bernard Henri-Lévy © ISA HARSIN/SIPA Numéro de reportage: 00927658_000012

BHL est insomniaque et Nuit blanche est la somme de ses méditations nocturnes. Refusant de fermer les yeux pour dormir, il déambule à travers son monde et ses souvenirs. 


Bernard-Henri Lévy commence d’écrire ses mémoires. Son dernier livre ouvre une brèche, c’est indéniable. Un premier opus ? Oui. L’œuvre prend un tournant, c’est incontestable. Le philosophe est insomniaque depuis l’enfance, c’est son prétexte. Ne parvenant pas à trouver le sommeil – plutôt, il s’y refuse aujourd’hui, presque philosophiquement –, il compte ses vrais amis comme d’autres les moutons. Ceux qu’il a perdus, ceux qu’il a admirés, ceux qu’il a aimés : il les ressuscite. Il rend la parole à son père qui s’adresse à lui. Nuit blanche est un autoportrait baconien : l’image est brouillée, bouleversée, BHL en rit, s’en moque et s’en échappe. Nuit blanche semble être écrit d’une traite. Les souvenirs cascadent, ils tombent d’autant plus vite que leur auteur, lui, ne cède pas à la nuit ; ils surgissent sans chronologie, le passé n’est pas perdu, il est là, à pic ! Vite, l’aube va l’effacer. Il y a urgence. Nuit blanche est un livre urgent : « Il n’y a pas de vie qui vaille sans la volonté de vouloir plus que la vie. » Autant profiter d’une conscience qui ne s’éteint pas. Refus de la débrancher face au bruit du monde et ses terreurs ? Sans doute. Le corps de BHL, d’une certaine façon, est exorbitant : c’est celui d’un écrivain. Il ne rêve pas, ne se couche pas, il médite. D’où l’on apprend que refuser de fermer les yeux est une métaphysique. Ah, la nature fondamentale de la réalité ! L’idéalisme est une petite mort. La nuit est une page blanche qu’il s’agit de noircir par le flux de conscience : « Je suis ivre de me sentir vivant et éveillé. » Tout y passe : les combats, les doutes, les livres, le Livre, les amours, le vert paradis de l’enfance, les tragédies, les comédies. La bibliothèque donne le cap, c’est la boussole, elle indique le point magnétique où tout se noue : Ronsard (qui est mort d’insomnie, les yeux ouverts), Ducasse, Debord, Barthes, Joyce, Lévinas, Althusser, Nietzsche… À propos, Zarathoustra pense que le sommeil vole « des pensées aux pieds légers ». Bref, rester vigilant, c’est le but, être une vigie pour soi-même : viser, aparté, le sentiment du temps et « atteindre, par la langue et la pensée, à un état second de l’humain ». Et puis, à quoi bon dormir puisque l’inconscient « ne se tait jamais » : « L’inconscient, c’est l’hypothèse qu’on rêve aussi éveillé. Car quelle différence, alors, entre veille et réveil ? Et pourquoi s’embêter à dormir si c’est le même inconscient qui, dans les deux cas, parle, se dérobe, se cogne au réel et vous trahit ? » Quelque chose s’est « grippé » dans l’inconscient de BHL qu’il définit (alors même qu’il n’y « croyait pas », jadis), comme « une région de son existence ». Parce qu’il en a pris conscience (c’est le cas de le dire !), il a changé de style : il s’est inventé une autre liberté. Elle est à l’œuvre dans Nuit blanche. Lisible, évidente. Une liberté à cœur ouvert. Tambour battant. L’écrivain se rassemble. Le corps vient à l’âme. Ces deux-là se parlent maintenant. En plein jour, sur la page. Ils se regardent en face. Et somnambulisent.

Bernard-Henri Lévy, Nuit blanche, Grasset, 2025. 192 pages.

Robert Ménard: le fou rire et l’effroi

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Robert Ménard au tribunal judiciaire de Montpellier, 18 février 2025 © Alain Robert/SIPA

Poursuivi devant les tribunaux pour avoir refusé de marier une Française à un Algérien sous OQTF, Robert Ménard observe que le Droit et le bon sens sont bafoués au nom des droits de l’homme.


Je vais être condamné. Sans l’ombre d’un doute. Malgré le vote du Sénat ce 20 février en faveur de l’interdiction des mariages aux étrangers en situation irrégulière ! Malgré l’immense soutien populaire que je reçois depuis le début de cette affaire. Malgré les prises de position de poids lourds du gouvernement comme Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur, ou Gérald Darmanin, le garde des Sceaux. Oui, c’est vrai, par une douce journée de juillet 2023, j’ai refusé de marier une jeune femme française à un étranger sous le coup d’une OQTF. Comme une évidence. Et si c’était à refaire, je le referai.

J’avais une porte de sortie : celle de « plaider coupable » comme on dit dans les séries américaines. Mais j’ai refusé le scénario. Je ne suis pas acteur de série B. Je ne suis coupable de rien. Comment, en tant que maire, pouvais-je marier un étranger en situation irrégulière et, en plus, défavorablement connu des services de police, comme on dit pudiquement dans les médias ?

Le comble dans cette affaire rocambolesque, c’est que la nouvelle loi votée par le Sénat – quarante-huit heures seulement après mon passage devant le procureur – va probablement être retoquée par le Conseil constitutionnel en raison de l’article 12 de la Convention européenne des droits de l’homme que la France a ratifiée. Cette même convention que j’ai utilisée toute ma vie pour défendre les journalistes emprisonnés dans le monde… Le Droit transformé en machette à découper le bon sens. Le Droit perverti qui se retourne contre ceux qu’il est censé défendre. Le Droit qui fait qu’expulser un jeune homme installé illégalement chez nous, délinquant violent, devient aussi hasardeux que gagner au loto.

À lire aussi, Dominique Labarrière : Robert Ménard: héros du bon sens

Plus cocasse encore si j’ose dire, le jour où je comparaissais devant la justice, nous apprenions que la Mairie de Béziers était encore une fois condamnée pour sa crèche qui, chaque année, fait trembler d’effroi les groupuscules laïcards et autres associations gauchistes. En dix ans, nos trois Palestiniens, Jésus, Joseph et Marie, ont subi pas moins de 21 procès pour avoir osé s’abriter dans la cour de l’hôtel de ville. On jugera de l’obsession de ces adorateurs de la secte laïque pour une simple étable et quelques dangereux santons.

Il faut le claironner, le bon sens est aux abonnés absents dans notre pays. Il est piétiné chaque jour. Comment, alors que l’écrasante majorité des Français n’en peut plus de l’immigration massive et incontrôlée, peut-on obliger un maire à marier un OQTF et le mettre ainsi quasiment à l’abri de toute expulsion ? Quand le droit nous oblige à escalader le réel par la face nord…

Cette histoire de mariage, c’est Roméo et Juliette réécrit par la Cimade. J’apprends, à l’instant où j’écris ces lignes, que la fameuse Eva tenterait de se marier avec son tendre Mustapha en Algérie. Mais pour cela, à Oran, il faut être… en situation régulière ! Là-bas, on ne finasse pas…

Quand les historiens du futur se pencheront sur notre époque, ils hésiteront sans doute entre le fou rire et l’effroi.

Ces stars de la télé qui bousculent la politique

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De gauche à droite : Donald Trump, Volodymyr Zelensky et Cyril Hanouna © Sipa

Présidentielles : la télécommande remplacera-t-elle définitivement demain les urnes ? Après le succès de Berlusconi en Italie, de Trump aux États-Unis ou de Zelensky en Ukraine, des figures du petit écran sont testées par les instituts de sondage en France. Plutôt à droite.


L’animateur de télévision sera-t-il la bouée qui sauvera la politique de son naufrage ? Un constat, en tout cas, s’impose : la société du spectacle a banalisé ses règles jusqu’au sein du bureau Ovale, à Washington. « Ca va être de la grande télévision ! », a conclu vendredi, en showman qu’il est resté, Donald Trump après son altercation spectaculaire avec Volodymyr Zelensky, lui-même ancien acteur d’une série humoristique qui aura fait son succès en Ukraine. Les deux professionnels de l’audimat ont-ils eu conscience d’alimenter leur confrontation en appliquant les ressorts de la provocation et de l’outrance, afin de prendre l’opinion à témoin ? Ce n’est pas à exclure. On n’imagine pas, en tout cas, Ronald Reagan, pourtant lui-même ancien acteur de cinéma, se prêter en direct à ce genre de déballage de linges sales. En réalité le rejet du monde politique, déconnecté du réel, est devenu tel qu’il ouvre des perspectives à ceux qui, formés aux compétitions d’audiences de l’audiovisuel privé, savent s’adresser aux gens et les fidéliser. Silvio Berlusconi, en Italie, avait ouvert la marche il y a trente ans. Eric Zemmour, créature télévisuelle plus sophistiquée, est aussi de cette école.

A ne pas manquer, notre nouveau numéro : Ferrand au sommet, Hanouna au bûcher, L’État de droit c’est plus fort que toi!

Dernièrement, un sondage Ifop-Fiducial a introduit Cyril Hanouna parmi les présidentiables, même si son score reste modeste avec 11% de soutiens. L’intéressé ne semble pas écarter l’hypothèse d’une future candidature. L’ex-animateur vedette de C8 vient d’ailleurs de rebondir sur d’autres canaux, après la fermeture de la chaîne au début de ce mois, en entrainant dès lundi soir 1,5 million de téléspectateurs. Philippe de Villiers, porté par ses audiences sur CNews, est réclamé par ses supporteurs pour briguer l’Élysée. Pascal Praud partage aussi cette notoriété. La droite populaire est la plus à l’aise dans cet univers.


Ifop / Twitter

Le dénominateur commun à ces hommes de télévision est leur proximité, souvent intuitive, avec cette partie du peuple qui, trop modeste aux yeux des dirigeants, reste oubliée des professionnels de la politique. L’ascension de ces nouvelles stars est évidemment méprisée des « élites ». Elles se contentent notamment de voir en Trump un clown impulsif et violent. Mais Montesquieu le rappelle : « Pour faire de grandes choses il ne faut pas être un si grand génie ; il ne faut pas être au-dessus des hommes. Il faut être avec eux ». Les alertes sur le risque démagogique et la tyrannie des foules, que de tels personnages pourraient porter, sont certes à entendre. Il est possible que cette politique spectacle ne soit d’ailleurs qu’une intermittence. Cependant ces symptômes sont d’abord la conséquence du dégoût que suscite la politique auprès des sondés. Ces rejets dureront tant que la caste n’aura pas compris l’urgence à partager la vie ordinaire. La théâtralisation, développée par Emmanuel Macron, se contente d’exhiber déguisements, signes et mots creux. Elle laisse voir l’insincérité du chef de l’État. Ce mercredi soir, il se servira lui aussi de la télévision, une nouvelle fois, pour tenter de se placer dans les négociations entre Trump et Poutine sur l’Ukraine. Il agitera encore, sans doute, les peurs sur une menace existentielle portée par la Russie afin de promouvoir l’Europe supranationale que les peuples refusent. Or, il ferait mieux d’écouter, sur ce sujet comme sur d’autres, ce que disent les saltimbanques du petit écran.

Les « grandes universités » et la politique américaine

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Sur cette photo d’archives du 23 mai 2005, Donald Trump, à gauche, écoute tandis que Michael Sexton l’introduit lors d’une conférence de presse à New York, où il annonce la création de la Trump University © Bebeto Matthews/AP/SIPA

Les formations académiques des dirigeants américains prouvent qu’on peut sortir de Yale ou Harvard sans jamais y être vraiment entré.


Alors l’un des douze, appelé Judas Iscariot, alla vers les principaux sacrificateurs, et dit: Que voulez-vous me donner, et je vous le livrerai? Et ils lui payèrent trente pièces d’argent.
Mathieu 26 :14-15


Ces universités sont-elles un gage d’excellence et de probité? Penchons-nous sur quelques personnalités.

Il y eut le président Richard Nixon, qui reçut son diplôme de droit de l’université Duke en Caroline du Nord. Sa contribution au développement du droit constitutionnel fut historique, mais pas vraiment celle qu’il eût souhaitée. Lui succéda son vice-président Gerald Ford, sorti avec un rang honorable de la faculté de droit de l’université Yale, alors que, selon le truculent président Lyndon Johnson, son faible quotient intellectuel le rendait incapable de coordonner sa mastication du chewing-gum, d’une part, et, d’autre part, ses exhalaisons digestives.

Les choses s’accélèrent avec George « Dubya » Bush, qui obtint son BA en histoire de l’université Yale et son MBA de l’université Harvard. Il va sans dire qu’il fut admis dans ces deux universités en dépit de sa grammaire fort idiosyncratique, sur interventions de papa, grâce aux programmes de discrimination positive (« affirmative action » en v.o.), ou « diversité, équité et inclusion » profitant aux WASPs millionnaires.

[Note technique : cette catégorie de candidats, qui offrent, selon l’euphémisme codé, un « potentiel de développement », « achètent », de manière tacite, leur place en contrepartie de la « promesse », non moins tacite, d’une généreuse contribution à la fondation des anciens de l’institution dans les années à suivre; à son tour, celle-ci « s’engage », toujours de manière tacite, à accorder des facilités d’admission à la progéniture des donateurs, et ainsi de suite.]

Bienvenue à la Trump University

En ce qui concerne la première campagne électorale de Donald Trump en 2017, l’universitaire d’origine canadienne, Francis H. Buckley, eut l’honneur de se joindre à sa garde prétorienne à titre de conseiller. Cet ex-étudiant de la faculté de droit de l’université McGill à Montréal (51e Etat) y revint à titre d’enseignant par la suite, après être passé par Harvard. Cette éminente réincarnation de Socrate y eut pour collègue Hermann Hahlo, un humaniste convaincu que les femmes et les noirs n’étaient pas faits pour le droit. Frank Buckley avait donc tout le bagage intellectuel pour servir un jour le fondateur de la célèbre Trump University. Il fut demandé au grand ponte de quelle manière un milliardaire champion de l’évasion fiscale pouvait prétendre au titre de sauveur de la classe moyenne saignée à blanc :

En 1935… quand Roosevelt a nommé Joseph Kennedy… à la tête de la commission de contrôle des marchés financiers, tout le monde a rappelé qu’il était un corrompu. Le président a répondu qu’il en fallait un pour en attraper un.

Pour assurer la justice fiscale, la solution était simple, mais il fallait un Canadien devenu citoyen américain en 2014… « on Tax Day » (le « jour de l’impôt » en v.f., ça ne s’invente pas…) pour y penser. La boucle était bouclée pour Frank Buckley.

(Signalons au passage un autre lauréat de la faculté de droit de Yale, le gouverneur de Floride Ron DeSantis, lequel assimile audacieusement l’immigration illégale à une forme d’ « invasion » au sens militaire du terme).

Nous en arrivons au vice-président JD Vance (et oui, lui aussi) de Yale, qui vient d’étonner le monde juridique en montant d’un gros cran : les juges n’ont pas le pouvoir de contrôler l’action du pouvoir exécutif! Une thèse constitutionnelle on ne peut plus innovatrice.

A lire aussi, Gerald Olivier: Universités américaines: la fin de la préférence raciale

Et enfin, le bagage universitaire de Donald Trump. Cet homme d’affaires, dont on ne compte plus les faillites (bon-papa, efficace tenancier de maison close, a dû se retourner dans sa tombe), a obtenu son BA en économie politique de la prestigieuse Wharton School de l’université de Pennsylvanie. Manifestement, il semble avoir pris quelques distances des enseignements reçus vu que sa politique économique se heurte aux réticences du Wall Street Journal, par exemple. Milton Friedman le taxerait d’hérésie.

Quelles leçons tirer? Il faut rendre hommage aux talents de bateleurs de ces facultés américaines, sur le plan marketing international; des « country clubs » qui font rêver…

Inoubliable George W. Bush

Selon certaines études, le nombre de gestionnaires titulaires du MBA harvardesque ayant conduit leur entreprise à la faillite est fort impressionnant, et Dubya, fidèle à la tradition, coula toutes les unités commerciales que la famille lui avait confiées.

Son parcours interpelle aussi sur le niveau des cours d’histoire et de culture générale dispensés par la faculté des Arts de Yale. Il déclara un jour en campagne électorale que « Jésus était son philosophe préféré » (sic). Profession de foi fort judicieuse pour séduire l’électorat évangélique redneck, mais révélatrice d’une grave confusion. En France, le prêtre le plus conservateur, le plus traditionaliste et célébrant la messe en latin après son autoflagellation matinale comprend les domaines respectifs de la révélation et des injonctions divines, d’une part, et, d’autre part, de la raison humaine. Cela dit, chacun a le droit le plus absolu de hiérarchiser ses sources d’inspiration, mais il est quand même permis de douter que Dubya se fût livré à d’exhaustives lectures complémentaires de penseurs profanes comme David Hume ou Bertrand Russell. Avoir consacré un été à L’étranger de Camus est louable, mais insuffisant pour comprendre le monde. Il eût dû, au minimum, poursuivre avec La peste, d’une actualité encore plus brûlante, même si, vu le plus grand nombre de pages, deux étés eussent été nécessaires.

De manière plus générale, la récente rencontre du président Macron et de Sa Majesté Orange, pendant laquelle celui-là a remis les pendules de celui-ci à l’heure au sujet de l’aide accordée à l’Ukraine par l’Europe et les États-Unis, a permis aux observateurs de faire la comparaison entre la classe européenne, d’une part, et, d’autre part, la rugueuse rusticité américaine. La prestation du chef de l’État français sur la scène internationale s’inscrit dans la tradition des Valéry Giscard d’Estaing et des François Mitterrand, qui comptaient deux millénaires de civilisation. Les diplômés des grandes écoles françaises n’ont, au final, rien à envier aux plombiers ayant suivi leur surfaite formation technique dans de luxueux campus, dont l’horizon se limite à la grande banlieue de Kansas City. Yale, qui a produit le visqueux « Uncle Tom », Clarence Thomas, juge à la Cour suprême, semble d’ailleurs se distinguer particulièrement.

On imagine mal un futur Trump en formation à Jouy-en-Josas.

Où en est donc l’Amérique aujourd’hui?

À l’époque de la guerre froide, elle vivait dans la hantise des discrètes « taupes » susceptibles d’avoir infiltré les institutions américaines. Vladimir Poutine, lui, a réussi ce coup de maître historique de s’emparer, au grand jour, de la totalité de l’exécutif, comme il ressort de l’embuscade télévisée dans laquelle est tombé le président ukrainien Zelinsky le 28 février 2025 dans le bureau ovale, organisée par le truchement de Donald Trump et de son vice-Rottweiler, qui n’a jamais autant mérité sa qualité autoproclamée de « hillbilly » (« péquenaud » en v.f.). Faire passer l’agressé pour l’agresseur est un procédé orwellien qui a acquis ses lettres de noblesse dans les années 1930.

Camus n’aurait pas aimé les César…

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Discours de Josiane Balasko à la 50ᵉ cérémonie des César, où elle interpelle Rachida Dati sur une Europe de la culture, Paris, 28 février 2025 © Jean-Phlippe Pariente/SIPA

Les César ont fêté leurs 50 ans avec une soirée plutôt sobre, épargnée par les habituels discours militants… enfin, presque.


La cérémonie des César a eu lieu dans la soirée du 28 février et on fêtait son cinquantième anniversaire. Par rapport à beaucoup de ses devancières, elle a été réussie, relativement sobre et, sur le plan idéologique, on n’a eu droit qu’au propos militant d’un syndicaliste avant le spectacle, au déchaînement partisan du réalisateur de l’excellent La Ferme des Bertrand1 et à une allusion légère de Josiane Balasko. On a évidemment connu bien pire. Ce qui s’est déroulé à Paris n’est pas tombé dans le ridicule comme par exemple aux Magritte du cinéma belge à Bruxelles où Charline Vanhoenacker a tenté en vain de faire rire un public avec une diatribe anti-RN ratée.

Artistes et justiciers

Aussi la pensée d’Albert Camus qui m’inspire ce billet – citée par Vincent Duclert dans un article du Monde– se rapporte en général à toutes ces interventions publiques, médiatiques, d’artistes venant déclamer leurs convictions, toujours de gauche, avec une constance qui n’est animée que par la plus ou moins grande violence de leur phrasé. Albert Camus affirmait dans son discours au banquet de son prix Nobel : « Les vrais artistes ne méprisent rien ; ils s’obligent à comprendre au lieu de juger. Et s’ils ont un parti à prendre en ce monde ce ne peut être que celui d’une société où, selon le grand mot de Nietzsche, ne règnera plus le juge, mais le créateur, qu’il soit travailleur ou intellectuel ».

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Le juge est fondamental dans une société pour, grâce au droit, la pacifier, répondre aux attentes citoyennes, trancher les conflits, défendre les victimes et sanctionner les coupables.

Mais on comprend bien la manière dont Camus, en usant de ce terme, cherche à discréditer les faux artistes qui politisent, dévoient leur art, stigmatisent, sont intolérants, se posent en « juges », voire en justiciers et qui, au lieu de dialoguer, d’expliquer et de « comprendre », apposent sur l’infinie diversité de la vie et des idées, la chape de plomb de leur idéologie.

Forcément de gauche…

Parce que, bien sûr, il faut être de gauche qui est précisément la propension à juger, à départager le bon et le mauvais côté et à mettre l’art entre parenthèses puisque ce dernier est complexité, ambiguïté, profondeur, force du langage, respect de l’autre.

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Albert Camus, louant les « vrais artistes », ceux qui créent, qui jouent et cherchent avec leur âme singulière à offrir de l’universel, n’aurait pas vu dans les César son rêve de théâtre, son exigence d’humanité et son sens de la fête. Mais il n’aurait pas été homme à juger, pire, à condamner. Grand écrivain, véritable artiste, il se contentait de comprendre. On ne l’oublie pas.

MeTooMuch ?

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  1. Gilles Perret NDLR ↩︎