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Signataires de la pétition en soutien à Clément Weill-Raynal

weill raynal filippetti

Au nom de la liberté d’informer, nous soutenons Clément Weill-Raynal.

Premiers signataires
Etienne MOUGEOTTE, journaliste
Jean-Marie PONTAUT, journaliste
Yves THREARD, journaliste
Alexandre ADLER, journaliste
Yvan RIOUFOL, journaliste
Marc MENESSIER, journaliste
Dominique TORRES, journaliste
Marie Cécile RENAUD, journaliste
Albert RIPAMONTI, journaliste
Paule GONZALES, journaliste
Albert ZENOU, journaliste
Damien MASCRET, journaliste
Pierre LHUILLERY, journaliste
Nadège PULJAK, journaliste
Jean-Claude BOKSENBAUM, journaliste
Alexandre GROSBOIS, journaliste
Pierre AUSSEIL, journaliste
Hervé BAR, journaliste
Jacques LHUILLERY, journaliste
Amr IBRAHIM, journaliste
Olivier RANSON, journaliste
Anne-Elisabeth MOUTET, journaliste
Shlomo MALKA, journaliste
Magali FORESTIER, Journaliste
Pascal SCEAUX, journaliste
Philippe BROUSSARD, Journaliste
Yves MAMOU, Journaliste
François FOUCART, journaliste
Fabrice LE QUINTREC, journaliste
Elisabeth LEVY, journaliste
Gil MIHAELY, journaliste
Jean-Marc FLORAND, avocat
Lev FORSTER, avocat
Jean-Pierre VERSINI, avocat
Francis TERQUEM, avocat
David GOLDSTEIN, avocat
Laurent SALEM, avocat
Gilles-William GOLDNADEL, avocat
Esther AZOGUI-FEIST, avocat
Barbara BALDASSARI, avocat
Catherine BOURGUES-HABIF, avocat
Delphine CHLEWICKI-HAZOUT, avocat
Dominique DUMAS, avocat
Alain FRAITAG, avocat
Hervé HAZAN, avocat à la Cour de cassation
Frédéric HUTMAN, avocat
Annie KOSKAS, avocat
Richard KOSKAS, avocat
Brigitte LASRY, avocate
Manuelle LEMARCHAND, avocat
Anna MARCIANO, avocat
Pascal MARKOWICZ, avocat
Alain MARSAUDON, avocat
Céline GRINHOLTZ-ATTAL, avocat
Karine ROZENBLUM, avocat
Elisabeth UZAN-PERRIN, avocat
Aude WEILL-RAYNAL, avocat
Sylvie BELHASSEN, avocat
Isabelle WEKSTEIN, avocat
Caroline YADAN PESAH, avocat
Marie-Dominique KLEIN, juriste
Xavier BEBIN, juriste
Daniel POTTIER, juriste
Brice COUTURIER, producteur France Culture
Ilan DURAN-COHEN, écrivain, réalisateur
Joey FARRE, productrice
Francois MARGOLIN, réalisateur
Benoit RAISKY, écrivain
Martin BRISAC, ancien PDG d’Europe 1 et d’Europe 2
Maud TABACHNIK, écrivaine
Olivier HUTMAN, musicien
Viana HUTMAN, écrivaine
Francine GIROND, éditrice
Deborah KAUFMANN, éditrice
Edouard SPIRA, universitaire
Alexandra LAIGNEL-LAVASTINE, écrivain et journaliste
Ron AGAM, artiste
Marc ZERBIB, chirurgien
Pr Michel LEJOYEUX, psychiatre
Michel ROSENHEIM, maître de conférences des Universités et praticien hospitalier
Alain DE LA MORANDAIS, prêtre
Charles SEBRIEN, psychiatre
Dan SARFATI, professeur agrégé de mathématique
Jacques TARNERO, chercheur, écrivain
Richard ODIER, président du Centre Simon Wiesenthal
Pierre-Henri TAVOILLOT, université Paris Sorbonne, collège de philosophie
Elisabeth ANGEL-PEREZ, université Paris Sorbonne
Eric PEREZ, physicien CNRS
Robert PAPOULAR, physicien CEA
Elyette PAPOULAR, enseignante
Renaud PAPOULAR, physicien
Jean-Michel LEWERTOWSKI, chirurgien orthopédiste
David RUZIE, professeur émérite des universités
Steven SAMPSON, écrivain
Béatrice VONDERVEIDT, artiste peintre
Luc FERRY, Philosophe, ancien ministre
Bernard ACCOYER, ancien président de l’assemblée nationale
Jérôme DUBUS, conseiller de Paris, secrétaire national de l’UMP
Jean-François LEGARET, maire du IIe arrondissement de Paris
Serge FEDERBUSCH, élu parisien
Deborah MUNZER, adjointe au Maire de Nogent
Jean-Pierre LECOQ, maire du VIe arrondissement de Paris
Jean-Jacques BLANGY, président groupe PRM, Président Medef Picardie
Jane DASSONVILLE, médecin
Roger MEZIN, conseiller général de Picardie, directeur général du groupe Sup de co Amiens
Hava AMSALLEM, attachée de presse
Gil BENACIN, chirurgien-dentiste,
Valérie BENITA, opticienne
Albert BENCHITRIT
Sylvie BENCHITRIT
Gérard BOUMENDIL, chirurgien-dentiste
Romy BOUMENDIL, chirurgien-dentiste
Jacques BLOCH, consultant
Sophie DEVAT, France 3 Nice
Joakim ELBAZ, étudiant,
Elena FIERARU, retraitée,
Maxime FISCHER, directeur de société
Nathalie FISCHER, chirurgien-dentiste
Lucas FISCHER, étudiant
Roxane FISCHER, étudiante
Sandrine GANEM, créatrice
Françoise GARLIN, consultant ressources humaines
Patrick GOLDMAN, cadre commercial
Alain HABIF, consultant BTP
Stéphane HADDAD, directeur groupe Première Optique
Elie JEFROYKIN, étudiant
Michel JEFROYKIN, agent de voyages
Nathanaël JEFROYKIN, étudiant SUPELEC
Chantal LASTMAN, pédiatre
Dominique LE RAY, médecin de collectivités territoriales retraitée
Julie LEMARCHAND, négociatrice en art
Diana LEWERTOWSKI, directeur du Financement et de la Trésorerie ERAMET
Marc LIPPE
Gérard LOEB, médecin retraité
Lucien LOEB, retraité
Anne-Marie LUCAS
Jean-Pierre LUCAS,
Caroline MADSAC, chirurgien-dentiste
Franck MARCHEWKA, artisan commerçant
Isabelle MATHIEU, directrice commerciale
Olivier MATHIEU, médecin
Laurent MENDELSON, opticien
Victoria MILTON, chef de projet
Albert MOYAL, gérant de société
Elisabeth MOYAL, commerçante
Bernard MUSICANT, président de Connec’sion
Marc NAHMIAS, chirurgien-dentiste
Laurence NAHMIAS-TER MINASSIAN, médecin
Morgan OHAYON, consultant
Sarah OHAYON, étudiante
Gilbert ORENSTAIN, agent immobilier
Solange PINTO, opticienne
Thierry ROGISTER, gérant de société
Sylvie ROSPERT, assistante de direction banque d’affaires
Maurice ROUAS, directeur commercial, retraité
Nathalie ROUAS-FREIS, chercheur
Isabelle SERFATY, chef d’entreprise
Harry SCHEINFELD, médecin
Marie SCHEINFELD
Bernard SMADJA, médecin
Patricia SMADJA, chef d’entreprise
Charles SMORODYNI, humoriste,
Veronika SMORODYNI, consultante
Claude STERNBACH, salarié dans une structure de réinsertion professionnelle
Sophie STERNBACH, cadre commercial
Joseph SZWAGIER, retraité
Hélène TAIEB, urbaniste
Daniel TER-MINASSIAN, médecin
Robert TOBELEM, médecin
Anne-Marie WEIL-LEVEN, orthophoniste
François WEIL-LEVEN, retraité
Anny WEILL, enseignante retraitée
David WEILL-RAYNAL, directeur fondateur WR Conseil
Liliane ZAFRANI, galeriste
Bernard ZARD , directeur de société
Viviane ZARD, cadre marketing
Claudine ZELLER
Gérard ZELLER, chirurgien-dentiste
Alain ZINGER, chef de la circulation aérienne
Marion ZIPILIVAN, chargée de communication
Pierre Elie ZIPILIVAN, consultant
Bertrand NAPOLEON, médecin
Nicolas LEMARCHAND, médecin chef de service, hôpital Saint-Joseph, Paris
Paul DIETERLING, médecin, Nancy
Sylvain BRAJER, médecin
Gilles TOBELEM, graphiste
Marie BAILLE, photographe
Mireille GUTMAN, dentiste
Claudine SIMON, infirmière
Michèle CARMONA
Dr Strompf KRAMER
Dr Philippe DENJEAN
Pierre D. GRANDVILLIERS, chef d’entreprise à la retraite
H. PETIZON, artiste peintre
Damien CARMONA, médecin
Alexandra ANDRE, enseignante
Jacqueline PARIZOT
Pierre-Yves AZUELOS
Michèle HABIF, orthophoniste
Levana MISRAHI, psychologue

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Mur des cons : pétition pour Clément Weill-Raynal

weill raynal filippetti

Un syndicat qui représente 30% des magistrats, le Syndicat de la magistrature, a affiché dans ses locaux un « mur des cons ». Les personnes mises en cause sont des hommes politiques, des intellectuels, des journalistes, des juges, pour l’essentiel classés à droite.
Figurent aussi sur ce « mur des cons » les parents de deux victimes de criminels récidivistes.
La divulgation de ce que ce syndicat qualifie de « blague de potaches » suscite une vaste indignation dans l’opinion et un doute, légitime, sur l’impartialité des juges adhérents du SM.
Mais cette question majeure risque aujourd’hui d’être occultée par un règlement de comptes interne à France Télévisions contre le journaliste qui a révélé l’existence de ce mur. Clément Weill-Raynal est aujourd’hui menacé de sanctions par sa direction à la demande du Syndicat National des Journalistes et de la CGT. Ces deux organisations veulent ainsi punir le chroniqueur judiciaire de France 3 d’avoir fait son travail et dévoilé un scandale concernant le Syndicat de la magistrature dont la CGT et le SNJ sont politiquement proches.
Nous demandons que cesse cette chasse à l’homme. Au nom de la liberté d’informer, nous soutenons Clément Weill-Raynal.

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Premiers signataires
Etienne MOUGEOTTE, journaliste
Jean-Marie PONTAUT, journaliste
Yves THREARD, journaliste
Alexandre ADLER, journaliste
Yvan RIOUFOL, journaliste
Marc MENESSIER, journaliste
Dominique TORRES, journaliste
Marie Cécile RENAUD, journaliste
Albert RIPAMONTI, journaliste
Paule GONZALES, journaliste
Albert ZENOU, journaliste
Damien MASCRET, journaliste
Pierre LHUILLERY, journaliste
Nadège PULJAK, journaliste
Jean-Claude BOKSENBAUM, journaliste
Alexandre GROSBOIS, journaliste
Pierre AUSSEIL, journaliste
Hervé BAR, journaliste
Jacques LHUILLERY, journaliste
Amr IBRAHIM, journaliste
Olivier RANSON, journaliste
Anne-Elisabeth MOUTET, journaliste
Shlomo MALKA, journaliste
Magali FORESTIER, Journaliste
Pascal SCEAUX, journaliste
Philippe BROUSSARD, Journaliste
Yves MAMOU, Journaliste
François FOUCART, journaliste
Fabrice LE QUINTREC, journaliste
Elisabeth LEVY, journaliste
Gil MIHAELY, journaliste
Jean-Marc FLORAND, avocat
Lev FORSTER, avocat
Jean-Pierre VERSINI, avocat
Francis TERQUEM, avocat
David GOLDSTEIN, avocat
Laurent SALEM, avocat
Gilles-William GOLDNADEL, avocat
Esther AZOGUI-FEIST, avocat
Barbara BALDASSARI, avocat
Catherine BOURGUES-HABIF, avocat
Delphine CHLEWICKI-HAZOUT, avocat
Dominique DUMAS, avocat
Alain FRAITAG, avocat
Hervé HAZAN, avocat à la Cour de cassation
Frédéric HUTMAN, avocat
Annie KOSKAS, avocat
Richard KOSKAS, avocat
Brigitte LASRY, avocate
Manuelle LEMARCHAND, avocat
Anna MARCIANO, avocat
Pascal MARKOWICZ, avocat
Alain MARSAUDON, avocat
Céline GRINHOLTZ-ATTAL, avocat
Karine ROZENBLUM, avocat
Elisabeth UZAN-PERRIN, avocat
Aude WEILL-RAYNAL, avocat
Sylvie BELHASSEN, avocat
Isabelle WEKSTEIN, avocat
Caroline YADAN PESAH, avocat
Marie-Dominique KLEIN, juriste
Xavier BEBIN, juriste
Daniel POTTIER, juriste
Brice COUTURIER, producteur France Culture
Ilan DURAN-COHEN, écrivain, réalisateur
Joey FARRE, productrice
Francois MARGOLIN, réalisateur
Benoit RAISKY, écrivain
Martin BRISAC, ancien PDG d’Europe 1 et d’Europe 2
Maud TABACHNIK, écrivaine
Olivier HUTMAN, musicien
Viana HUTMAN, écrivaine
Francine GIROND, éditrice
Deborah KAUFMANN, éditrice
Edouard SPIRA, universitaire
Alexandra LAIGNEL-LAVASTINE, écrivain et journaliste
Ron AGAM, artiste
Marc ZERBIB, chirurgien
Pr Michel LEJOYEUX, psychiatre
Michel ROSENHEIM, maître de conférences des Universités et praticien hospitalier
Alain DE LA MORANDAIS, prêtre
Charles SEBRIEN, psychiatre
Dan SARFATI, professeur agrégé de mathématique
Jacques TARNERO, chercheur, écrivain
Richard ODIER, président du Centre Simon Wiesenthal
Pierre-Henri TAVOILLOT, université Paris Sorbonne, collège de philosophie
Elisabeth ANGEL-PEREZ, université Paris Sorbonne
Eric PEREZ, physicien CNRS
Robert PAPOULAR, physicien CEA
Elyette PAPOULAR, enseignante
Renaud PAPOULAR, physicien
Jean-Michel LEWERTOWSKI, chirurgien orthopédiste
David RUZIE, professeur émérite des universités
Steven SAMPSON, écrivain
Béatrice VONDERVEIDT, artiste peintre
Luc FERRY, Philosophe, ancien ministre
Bernard ACCOYER, ancien président de l’assemblée nationale
Jérôme DUBUS, conseiller de Paris, secrétaire national de l’UMP
Jean-François LEGARET, maire du IIe arrondissement de Paris
Serge FEDERBUSCH, élu parisien
Deborah MUNZER, adjointe au Maire de Nogent
Jean-Pierre LECOQ, maire du VIe arrondissement de Paris
Jean-Jacques BLANGY, président groupe PRM, Président Medef Picardie
Jane DASSONVILLE, médecin
Roger MEZIN, conseiller général de Picardie, directeur général du groupe Sup de co Amiens
Hava AMSALLEM, attachée de presse
Gil BENACIN, chirurgien-dentiste,
Valérie BENITA, opticienne
Albert BENCHITRIT
Sylvie BENCHITRIT
Gérard BOUMENDIL, chirurgien-dentiste
Romy BOUMENDIL, chirurgien-dentiste
Jacques BLOCH, consultant
Sophie DEVAT, France 3 Nice
Joakim ELBAZ, étudiant,
Elena FIERARU, retraitée,
Maxime FISCHER, directeur de société
Nathalie FISCHER, chirurgien-dentiste
Lucas FISCHER, étudiant
Roxane FISCHER, étudiante
Sandrine GANEM, créatrice
Françoise GARLIN, consultant ressources humaines
Patrick GOLDMAN, cadre commercial
Alain HABIF, consultant BTP
Stéphane HADDAD, directeur groupe Première Optique
Elie JEFROYKIN, étudiant
Michel JEFROYKIN, agent de voyages
Nathanaël JEFROYKIN, étudiant SUPELEC
Chantal LASTMAN, pédiatre
Dominique LE RAY, médecin de collectivités territoriales retraitée
Julie LEMARCHAND, négociatrice en art
Diana LEWERTOWSKI, directeur du Financement et de la Trésorerie ERAMET
Marc LIPPE
Gérard LOEB, médecin retraité
Lucien LOEB, retraité
Anne-Marie LUCAS
Jean-Pierre LUCAS,
Caroline MADSAC, chirurgien-dentiste
Franck MARCHEWKA, artisan commerçant
Isabelle MATHIEU, directrice commerciale
Olivier MATHIEU, médecin
Laurent MENDELSON, opticien
Victoria MILTON, chef de projet
Albert MOYAL, gérant de société
Elisabeth MOYAL, commerçante
Bernard MUSICANT, président de Connec’sion
Marc NAHMIAS, chirurgien-dentiste
Laurence NAHMIAS-TER MINASSIAN, médecin
Morgan OHAYON, consultant
Sarah OHAYON, étudiante
Gilbert ORENSTAIN, agent immobilier
Solange PINTO, opticienne
Thierry ROGISTER, gérant de société
Sylvie ROSPERT, assistante de direction banque d’affaires
Maurice ROUAS, directeur commercial, retraité
Nathalie ROUAS-FREIS, chercheur
Isabelle SERFATY, chef d’entreprise
Harry SCHEINFELD, médecin
Marie SCHEINFELD
Bernard SMADJA, médecin
Patricia SMADJA, chef d’entreprise
Charles SMORODYNI, humoriste,
Veronika SMORODYNI, consultante
Claude STERNBACH, salarié dans une structure de réinsertion professionnelle
Sophie STERNBACH, cadre commercial
Joseph SZWAGIER, retraité
Hélène TAIEB, urbaniste
Daniel TER-MINASSIAN, médecin
Robert TOBELEM, médecin
Anne-Marie WEIL-LEVEN, orthophoniste
François WEIL-LEVEN, retraité
Anny WEILL, enseignante retraitée
David WEILL-RAYNAL, directeur fondateur WR Conseil
Liliane ZAFRANI, galeriste
Bernard ZARD , directeur de société
Viviane ZARD, cadre marketing
Claudine ZELLER
Gérard ZELLER, chirurgien-dentiste
Alain ZINGER, chef de la circulation aérienne
Marion ZIPILIVAN, chargée de communication
Pierre Elie ZIPILIVAN, consultant
Bertrand NAPOLEON, médecin
Nicolas LEMARCHAND, médecin chef de service, hôpital Saint-Joseph, Paris
Paul DIETERLING, médecin, Nancy
Sylvain BRAJER, médecin
Gilles TOBELEM, graphiste
Marie BAILLE, photographe
Mireille GUTMAN, dentiste
Claudine SIMON, infirmière
Michèle CARMONA
Dr Strompf KRAMER
Dr Philippe DENJEAN
Pierre D. GRANDVILLIERS, chef d’entreprise à la retraite
H. PETIZON, artiste peintre
Damien CARMONA, médecin
Alexandra ANDRE, enseignante
Jacqueline PARIZOT
Pierre-Yves AZUELOS
Michèle HABIF, orthophoniste
Levana MISRAHI, psychologue

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Et si on revenait plutôt à la vraie Ve République ?

melenchon republique bastille

Cher Jérôme,
Je ne te savais ni fétichiste, ni épris de numérologie. Pourtant, à la fin de ton excellent texte consacré à la popularité en berne de François Hollande, tu nous as confié qu’au lieu de te consacrer à tes activités d’écriture, tu défilerais pour donner un nouveau numéro à notre République[1. En fait, ce dimanche, les chaînes d’info continue parlaient de manifestation « contre la finance, l’austérité et pour la 6e République ». Mais toi, dans ton papier de jeudi, tu n’évoquais que la 6e République !]. Le cinq ne te plaît donc plus. Tu préfères le six. Le chômage bat des records, le destin de l’Europe se décide entre Berlin, Francfort et Bruxelles, les derniers pans de notre souveraineté sont transférés, le patronat réussit à imposer un accord défavorable aux travailleurs grâce à la complicité de la CFDT dont on raconte souvent avec raison qu’en cas de rétablissement de l’esclavage, elle négocierait le poids des chaînes. Et toi, tu as donc manifesté hier pour qu’on change de numéro à la constitution.
Tu vas me dire que j’exagère. Que cette VIe République mélenchonienne a un contenu. Qu’on ne peut pas préjuger de ce que sera ce contenu puisque c’est une Constituante élue qui en décidera. Moi je vois très bien à quoi elle pourrait ressembler si des élections chargées de désigner les membres de cette assemblée constituante donnait une majorité au Front de Gauche. On commencerait par décider que le président de la République n’est plus élu au suffrage universel direct. Comme tu as consacré un texte à Napolitano, tu pourrais en écrire un nouveau sur Giscard, que les parlementaires réunis à Versailles pourraient renvoyer à l’Elysée. Ce ne serait pas non plus la IV e République – n’exagérons rien – car vous y ajouteriez des procédures comme ce fameux référendum révocatoire qui existe en Amérique Latine ou dans certains Etats ou Cantons fédérés (tiens, tiens…) d’Amérique ou de Suisse. Vous interdiriez à juste titre qu’un haut fonctionnaire du Trésor puisse, par exemple, passer dans la Banque, puis revenir dircab du ministre des finances avant de présider aux destinées d’un gazier privatisé. Et ce serait une fort bonne idée même si on se demande très franchement en quoi il serait impossible d’exiger la même chose avec le numéro V. On aboutirait donc à une espèce de mélange entre la IIIe République française, le canton du Tessin et un conseil régional. On me dira, une France sans souveraineté peut très bien s’accommoder de telles institutions. C’est justement acter le fait que la France-puissance mondiale, c’est terminé. Dans la bouche d’Alain Minc et Pascal Lamy, je peux le concevoir. Mais dans la tienne ? La force conférée par l’élection au suffrage directe du peuple, lors de scrutins où l’abstention est la moins forte, est à peu près tout ce qui nous reste. Même avec de mauvais présidents, par la grâce de cette décision du Général De Gaulle avalisée par les Français en 1962, nous pouvons encore faire illusion. Ainsi Jacques Chirac décida de reprendre les essais nucléaires, obligea les Etats-Unis à se passer de l’accord des Nations-Unies pour envahir l’Irak, et Nicolas Sarkozy prit la meilleure décision de son quinquennat au plus fort de la crise financière en imposant le G20. Par ailleurs, puisque c’est tout de même la démocratie et son indissociable souveraineté – nationale et populaire – qui te soucie autant que moi, y a-t-il eu lors de ces cent dernières années, France plus souveraine que celle du Général de Gaulle ? La Ve République n’était pas encore défigurée par toutes les réformes qu’elle a eu à subir, du funeste quinquennat aux révisions préalables à des traités européens. En 1965, sais-tu qui fut le premier à recevoir la confidence du Général De Gaulle concernant sa candidature à un prochain mandat ? L’ambassadeur soviétique ! Peut-être que le PCF a toujours été officiellement un adversaire de cette « constitution liberticide », imprimant en 1962 des affiches du Général étranglant Marianne. Mais, officieusement ? Cette anecdote en dit long, non ? Alors, c’est vrai, la Ve République d’aujourd’hui ne ressemble plus beaucoup à celle de 1967. On pourrait même écrire que nous sommes déjà passés à une VIe République lorsque le Peuple a malheureusement accepté, le 24 septembre 2000, de raccourcir le mandat présidentiel. Plutôt que d’élire une constituante avec des partis qui reprendraient au Chef de l’Etat le peu de pouvoirs que la France conserve encore, proposons de rallonger le mandat présidentiel, quitte à le rendre non renouvelable. Demandons qu’on précise dans la constitution que seul le Peuple est habilité à autoriser la ratification de traités comprenant des transferts de souveraineté[2. Et modifions le mode de scrutin, ce qui n’est pas du domaine constitutionnel. De Gaulle n’était pas à cheval sur le scrutin majoritaire et expliquait que le mode de scrutin était affaire de circonstances.]. Revenons, en fait, à l’esprit originel de la Ve République, plutôt que vouloir l’achever.
Cher Jérôme, je ne comprends pas très bien. Il y a quelques semaines, tu te demandais pourquoi diable des citoyens allaient manifester contre une réforme sociétale alors que les urgences étaient assurément ailleurs. Il se trouve que tu prêchais un convaincu. Alors que je pense toujours beaucoup de mal de la loi Taubira, je n’ai pas défilé, sans doute parce que ma culture est moins « manif » que la tienne et que, de ce fait, je sélectionne beaucoup plus sévèrement mes marches. À moi de poser cette question : pourquoi diable as-tu marché hier pour affubler à nos institutions un numéro de milieu défensif ?

*Photo : Cédric Cousseau (Nouvel Observateur).

Desproges de A à Z

Pierre Desproges a disparu d’une manière inexplicable il y a un quart de siècle, nous laissant un héritage poétique et humoristique incomparable, fait de chroniques, d’articles, de textes de scènes, de programmes télévisés et d’émissions de radio : une somme que vient de rééditer le Seuil. L’occasion de faire un petit tour d’horizon de Desproges, de A à Z.
A. L’Aurore. René Goscinny n’aimait pas qu’on le qualifie d’humoriste. Pierre Desproges n’aimait pas qu’on fasse de lui un écrivain. Il confiait : « Tout ce que je fais passe par l’écriture. Écrivain c’est à la fois trop restrictif et trop pompeux. Je suis quelqu’un du verbe. Je préfère le mot « écriveur » ». Desproges commence dans l’écriture dans les années 70 en tant que journaliste, dans les colonnes du quotidien un brin réactionnaire, et aujourd’hui disparu, L’Aurore. Il s’adonne à l’ivresse des « actu générales » et se fâche au passage avec l’idole des jeunes de gauche, Jacques Mesrine, qu’il qualifie de « fanfaron suicidaire ». L’ennemi public n°1 lui répond par courrier : « J’ai connu beaucoup de clowns qui, s’amusant à mes dépens, ont fait leur dernier tour de piste ! » Peu après, le journal confie à Pierre la charge de brèves humoristiques.
B. Brassens. (Georges) Pierre Desproges a enregistré quelques disques méconnus, qui ont tous frôlé l’accident industriel. Depuis sa jeunesse il écrit des chansons, paroles et musiques, qu’il destine à ses amis et dulcinées. Il a un modèle – en musique, en humour et en poésie : Georges Brassens. Il voit surtout en lui un artiste qui ne s’est jamais compromis, ni auprès de son public, ni auprès de la profession. Brassens l’anar individualiste qui chantait « Je ne fais pourtant de tort à personne en suivant mon chemin de petit bonhomme… » ne pouvait qu’inspirer le misanthrope bougon des Chroniques de la haine ordinaire. Et puis – Ô miracle ! – un beau soir Brassens téléphone à Desproges pour lui dire tout le bien qu’il pense de son travail. Pierre bredouille : « Merci ».
C. Cyclopède. Avant que la télévision ne soit plate et insipide, il pouvait lui arriver d’avoir une certaine épaisseur. Au cours de son histoire certains ont même essayé de faire du « programme de télévision » une forme d’art. Pierre Desproges, est un de ceux là. Quand Serge Moati, à la tête de FR 3 depuis peu, propose à Pierre de rejoindre la chaîne publique au début des années 80, le sacripant développe un joyau comique… un programme court, centré sur le personnage de Cyclopède, savant bouffon, ayant réponse à tout, et un avis burlesque sur les problématiques les plus diverses… du type « Démoralisons une majorette », « Apprenons à faire décoller une alsacienne », « Dissolvons la monarchie absolue dans l’acide sulfurique » ou encore  « Rentabilisons la minute de silence ». Réalisées par Jean-Louis Fournier, ces miniatures comiques, sobres et percutantes, sont – de l’avis même de Pierre – ce qu’il a fait de mieux ; et elles ont divisé la France en « imbéciles qui aiment et en imbéciles qui n’aiment pas ».

I. Icône. Il existe à Châlus, en Haute-Vienne, un collège qui porte le nom de Pierre Desproges. Normal, il vient de là… Mais il existe aussi des salles des fêtes à son nom, des théâtres, des rues, des contre-allées, des impasses… Une journée ne se passe pas sans qu’un pitre de télévision n’évoque son trop fameux aphorisme « On peut rire de tout mais pas avec n’importe qui… ». On lui dresse des statues médiatiques. Des mausolées de mots. On l’imagine – pardon, on le fantasme – en icône de l’antiracisme car on a le souvenir de sa prestation mordante de procureur de fantaisie au « Tribunal des flagrants délires » de France Inter face à l’invité Jean-Marie Le Pen, à l’orée des années 80. Il ne faudrait pas oublier que Pierre détestait toutes les formes de bêtise, en général… à commencer par cette tendance regrettable à créer des icônes.
P. Potache. Repéré par Jacques Martin alors qu’il s’épuisait chaque jour avec bonheur dans la presse quotidienne, Pierre Desproges a enfin l’occasion de faire ses premières armes à la télévision en 1976 dans « Le Petit Rapporteur » sur TF1. Espiègle, il assaisonne l’émission de séquences potaches et inexcusables, comme cette interview littéraire délirante de Françoise Sagan durant laquelle il lui montre une photo de son chien, et lui fait des compliments sur la texture de sa robe. Le meilleur rôle de Sagan. Subjuguée à jamais.
S. Scène. Sans son ami Guy Bedos, Pierre Desproges n’aurait certainement jamais franchi le pas du « one man show ». Certes, il avait déjà fait ponctuellement le pitre sur scène, notamment avec Thierry le Luron, mais il n’avait jamais affronté le public en solo. C’est fait en 1984 au Théâtre Fontaine, puis en 1986 au Théâtre Grévin. Pierre, malade, travaillait encore au seuil du grand saut sur un dernier spectacle dont le nom de code était « Ouanne manne chaud ». Un fragment de cette époque révèle un Desproges mélancolique : « J’aimerais tellement vous émouvoir… Qu’est-ce qu’il a de plus que moi, Paul Claudel ? » Parmi les petits trésors de cette production pour la scène on retiendra « Ondine » (1986), sketch – ou plutôt poème en prose – révélant toute la virtuosité de son langage. « Ondine ! On dine ! » Ha ha ha ! Toute la stand up comedy à la française n’a pu, et ne pourra jamais plus faire sans l’héritage scénique de Pierre…
V. Vialatte (Alexandre). Pierre Desproges adorait Alexandre Vialatte. L’inverse est moins vrai. Vialatte étant décédé en 1971, il n’a pas eu l’heur de découvrir à quel point son esprit poétique et fantaisiste avait pu inspirer avec bonheur son cadet. Plutôt précurseur, en un temps où la prose du divin auvergnat était encore assez confidentielle, Desproges n’a cessé de vanter celui qui pensait en paradoxes et cheminait en montagnard… « Je le répète une fois de plus à l’intention des étudiants en lettres qui commencent à savoir lire dès l’âge du permis de conduire, on peut très bien vivre sans la moindre espèce de culture. Si vous n’êtes pas capable de vous priver d’un seul épisode de Dallas pour lire un chapitre des chroniques d’Alexandre Vialatte, dites-vous bien que ça ne vous empêchera pas de mourir d’un cancer un jour ou l’autre. Et puis quoi, qu’importe la culture ? Quand il a écrit Hamlet, Molière avait-il lu Ronsard ? Non. » Vialatte, terminait avec malice chacune de ses chroniques de La Montagne – quel qu’en soit le sujet – par son légendaire « Et c’est ainsi que Allah est grand » ; Desproges finira chacune de ses chroniques de France Inter par « Quant à ces féroces soldats, je le dis, c’est pas pour cafter, mais y font rien qu’à mugir dans nos campagnes » Les mauvaises langues disent qu’il lui a tout pillé. Les vialattiens, eux, savent très bien que Desproges a surtout contribué à le faire connaître…
Z. Zut. Zut, Desproges est mort. Trop tôt.

Tout Desproges, Seuil, 2013.

*Photo : Monsieur Cyclopède.

Le nihilisme apocalyptique d’Albert Caraco

nihilisme caraco cioran

1. À QUOI BON JOUER LES PROPHÈTES ?

Albert Caraco était un homme courtois, approuvant toutes les sottises et se gardant de paraître plus savant ou plus spirituel qu’il ne l’était. C’est ainsi qu’il se décrit et c’est ainsi qu’il m’est apparu quand je l’ai croisé à Lausanne, aux éditions L’Âge d’Homme, à la fin des années 1960. Il vivait alors avec son père au Beau-Rivage Palace et publiait en Suisse, ce qui permettait aux critiques français d’ignorer son oeuvre. Cet homme effacé, presque insignifiant, portait en lui un secret, un secret que je découvre aujourd’hui seulement, près de quarante ans après sa mort. Ce secret, c’est qu’il concoctait une oeuvre si féroce, si dévastatrice, si prophétique qu’il fallait être mentalement dérangé pour y succomber. Lui-même, il le pensait, ne pouvait qu’en être la victime consentante. Il vivait dans l’ombre de la mort. Et son père, « Monsieur Père », était le dernier lien qui l’attachait à la vie. En le voyant dormir, il songeait que, s’il ne s’éveillait pas un beau matin, il le suivrait de bonne grâce. Il ne tenait pas à marcher sur ses traces. « Ah ! Quelle horreur que la vieillesse ! Plutôt mourir sept fois ! », écrivait-il. Quelques heures après la mort de « Monsieur Père », il se pendit, imprimant ainsi à son oeuvre un sceau d’authenticité dont nul ne se soucia.[access capability= »lire_inedits »]
Caraco considérait le plaisir sexuel comme un esclavage, ce qui le conduira à la continence. La seule idée d’avoir des enfants le révulsait. « S’il régnait un peu de logique dans les têtes, écrit-il, l’homme ayant six enfants serait un criminel, car il revient au même désormais d’avoir six condamnations ou six poupards. » Il se moquait également de l’amour maternel, un préjugé dont il convenait par simple hygiène intellectuelle de se débarrasser au plus vite, ce qu’il fit dans un livre sublime, Post Mortem, qui débute ainsi : « Madame Mère est morte. Je l’avais oubliée depuis assez longtemps, sa fin la restitue à ma mémoire, ne fût-ce que pour quelques heures, méditons là-dessus, avant qu’elle retombe dans les oubliettes. Je me demande si je l’aime et je suis forcé de répondre : non. »
On lui a reproché ces paradoxes : ils seront bientôt des lieux communs. Inutile d’insister sur ce point : l’amour de la vie rappelle à Caraco l’érection de l’homme que l’on pend. Et il attend de la mort qu’elle l’affranchisse d’une vie qu’il méprise autant qu’il la hait. Rarement un homme aussi discret, courtois et cultivé aura manifesté des sentiments d’une telle violence dans une langue aussi châtiée.
Le suicide de Caraco passa aussi inaperçu que ses livres. Il n’était pas un rentier du désespoir. Il était le désespoir même. Si je suis passé à côté de lui, comme beaucoup d’autres, c’est que ses propos racistes m’insupportaient et que la préciosité de son style me déconcertait. Il soutenait que la France, après avoir collaboré avec les Allemands, avait une seconde fois en une génération choisi le mauvais parti, celui des nations arabes par haine invétérée des juifs. « Ce que la France, écrivait-il, ne pardonne pas au peuple d’Israël, c’est d’avoir retrouvé le chemin de l’honneur et de n’avoir pas capitulé comme elle. Au moment où les Juifs sont devenus un peuple militaire, la France aura cessé de l’être […] Les misérables rédacteurs du Monde se trompent avec application et depuis force années, ce qu’ils écrivent paraît destiné plus souvent aux Arabes qu’aux Français, ils arabisent les Français, ils les négrifieront bientôt… » C’est dire si, en dépit de mon admiration pour Israël, l’amère pilule caracolienne me restait au travers de la gorge.
Certes, mon ami Cioran tenait à peu près les mêmes propos dans l’intimité. Il n’était pas loin de penser, comme Caraco, que les Arabes étaient un peuple en trop, rongé par le fanatisme pour lequel la castration serait une charité. Il est vrai qu’ils étaient l’un et l’autre des lecteurs d’Oswald Spengler et moi de Salut les Copains et de Playboy. Freud ne vint que plus tard. Je n’aimais pas leur racisme, encore une fois, mais comme eux, je ne doutais pas que la tolérance fût une duperie et le respect une forme de délire hypocrite. Quant à la fraternité, Caraco écrivait dans son Bréviaire du chaos que nous oublions un peu facilement que ceux d’en face sont des mendiants et des vengeurs, laids, malsains, vicieux, cruels et despotiques, plus roués et menteurs que nos sophistes à la mode. J’étais d’accord avec lui. Il visait Sartre, bien sûr, et à travers lui tous les faux-monnayeurs d’un monde plus juste.

2. L’HÉRITIER DE NIETZSCHE

Rien ne serait plus faux que d’imaginer Albert Caraco sous les traits d’un vieux ronchon, vivant reclus et nourrissant par dépit une vision du monde un peu rance. Il naît à Constantinople, le 8 juillet 1919, dans une famille de banquiers juifs. Soucieux de donner à leur fils unique l’éducation la plus cosmopolite, ses parents l’entraîneront successivement à Vienne, à Prague, à Berlin, puis à Paris où il fera ses humanités à Janson-de-Sailly, avant qu’il ne soit obligé de s’exiler en Amérique latine où il obtiendra non sans mal la nationalité uruguayenne qu’il conservera jusqu’à sa mort, en 1971. Il écrira indifféremment, comme Cioran d’ailleurs, en allemand, en espagnol, en anglais et en français, goûtant les civilisations à leur apogée : la France du xviiie siècle, la Chine des Ming et, bien sûr, l’Angleterre des grands excentriques, le docteur Samuel Johnson notamment – et l’Allemagne des philosophes. Caraco se considérait d’ailleurs comme l’héritier de Schopenhauer et de Nietzsche. Il ne doutait pas qu’un jour, un jour lointain certes, les Français finiraient par l’adorer, tout comme les Allemands ont adoré Nietzsche : « J’écris le français comme Nietzsche l’allemand, je me sens l’héritier du philosophe et l’on m’appellera demain le légataire du prophète », écrit-il dans Ma Confession. Ce jour tant attendu est-il enfin arrivé ? C’est fort probable. Caraco était inaudible. Il est en passe de devenir l’auteur européen par excellence. Un penseur sereinement et froidement athée qui ne se fait d’illusions sur rien, traitant Dieu comme un monstre, les théologiens comme les architectes de chambres de torture, Kant comme l’auteur d’un chef-d’oeuvre de naïveté avec son projet de paix perpétuelle.

3. CIORAN AVANT CIORAN

La pensée de Caraco, comme celle de Cioran, gravite inlassablement autour des mêmes obsessions : le suicide, l’extermination, le racisme, le déclin de l’Occident, la religion, l’inconvénient d’être né, la chasteté et la luxure… Weininger, Wittgenstein et Karl Kraus sont ses frères d’armes. Si l’un, Cioran, est un ermite mondain, l’autre, Caraco, est un banni. Si l’un feint de ne pas adhérer à ses délires, l’autre ne cesse de s’y plonger et, parfois, de s’y noyer. Cioran a compris qu’en France, il lui faudrait pour survivre jouer un double jeu. Il avance masqué, dissimulant un passé de jeune fasciste roumain qui le discréditerait. Caraco ne cache pas son jeu… mais personne ne veut jouer avec lui. Même Cioran tiendra à l’écart Caraco. Il faut lire à ce sujet les souvenirs de Louis Nucera dans Mes ports d’attache, un des rares admirateurs, avec Raphaël Sorin, de cet imprécateur disqualifié moins par l’outrance de ses propos que par le fait qu’il ne les tourne pas en dérision. Pourtant, il ne manque pas d’humour. Son Supplément à la Psychopathia sexualis de Krafft-Ebing le prouve amplement. Caraco ne transigeait pas : son suicide, à 54 ans, dans la solitude la plus totale, était la conclusion logique de son nihilisme apocalyptique. Cioran, lui, sera enterré en grande pompe dans une église orthodoxe, conclusion non moins logique de son nihilisme frivole.
Je me demande en mettant un point final à cet article pourquoi je trouvais Caraco odieux dans ma jeunesse et pourquoi je le juge maintenant plus fraternel − plus franc en tout cas − que tous ceux qui professent un humanisme de façade.
Je vous laisse le soin de répondre à ma place.[/access]

Avec Mélenchon, en avant vers la IVème République !

republique bastille melenchon

J’apprécie Jean-Luc Mélenchon. Son talent, ses références républicaines, la vigueur de sa campagne présidentielle, et sa capacité à mettre les « chiens de garde » sur la défensive.  Le spectacle récent de David Pujadas, crispé, abandonnant sa suffisance goguenarde m’a procuré un vrai plaisir. J’ai voté pour Jean-Luc Mélenchon aux deux tours des élections présidentielles (si, si). Mais depuis, je suis un peu interloqué. Le choix désastreux d’Hénin-Beaumont pour les législatives, le soutien obtus aux diversions sociétales, les facilités de langage trop fréquentes finissent par susciter quelques interrogations.
Le mot d’ordre de la manifestation du 5 mai, « Vers la VIe République », a réveillé ma vieille tendresse du juriste pour le droit constitutionnel.
Effectivement, la crise que notre pays traverse est à la fois économique, politique, morale, culturelle mais aussi institutionnelle. Nous vivons sous l’empire d’une constitution âgée de 55 ans et qui, au départ, portait fortement l’empreinte de son initiateur. Elle a connu depuis tant de révisions, de modifications et d’accommodements qu’elle n’a plus grand-chose à voir avec le dispositif initial. Montesquieu disait qu’il ne fallait toucher à la loi « que d’une main tremblante ». Alors, pensez, la Constitution. Concernant celle du 4 octobre 1958, c’est carrément la maladie de Parkinson ! 24 révisions, chaque nouveau Président veut désormais la sienne. La prochaine fois, ce sera pour retirer le mot « race » de la Constitution. Tout à fait essentiel et urgent.
Cela étant, il y aurait un vrai débat à mener sur ce que notre texte fondamental, le socle juridique du pacte républicain, est devenu au travers de toutes ces évolutions. Le rôle envahissant du Conseil constitutionnel, nullement prévu comme tel au départ, le raccourcissement de la durée du mandat présidentiel, le couplage des élections présidentielles et législatives, autant de sujets, d’ailleurs passionnants. Alors, mener l’évolution jusqu’au bout ? Abandonner ce système semi-présidentiel pour revenir au parlementarisme ? Repenser la décentralisation ? Eh bien pourquoi pas ? En tout cas, pourquoi ne pas avoir ce débat ?
Mais, et c’est là que le bât blesse, encore faut-il le mener sérieusement.
Un petit tour sur le site Internet du parti de gauche, une fois lu le « dossier » consacré à ce sujet, c’est l’accablement ! Erreurs, approximations, incompétence et désinvolture. Et c’est comme cela que Jean-Luc Mélenchon veut faire de la politique ? Je n’ai pas ouvert les autres « dossiers » en particulier économiques, ayant peur d’y trouver le même consternant amateurisme.
Florilège. « Une constitution d’un autre temps ». Ah bon, une constitution, c’est conjoncturel ? Celle de la IIIe République a duré 67 ans, et celle des Etats-Unis est là depuis 1776…
« En 1958, le Général de Gaulle impose la dictature temporaire en cas de péril de la Nation (article 16), tout en sanctuarisant la fonction de président de la République. » Ça démarre  fort ! Pourquoi commencer par là ; que signifie cette rédaction qui n’a littéralement ni queue ni tête ? Il existe effectivement un article 16 qui donne des pouvoirs très importants au président de la République en cas de « péril de la nation ». Celui-ci, qui ne prévoit en aucun cas une dictature, a été utilisé une seule fois en 1961, à l’occasion du putsch d’Alger qui avait mis le pays au bord de la guerre civile. Excusez du peu. Quel rapport avec la « sanctuarisation de la fonction de Président » ? L’objectif est-il de nous faire croire qu’en fait, Charles de Gaulle avait installé en 1958 une dictature ?
La suite est du même tonneau. « Le président, une fois élu directement par le peuple, ne connaît aucune contrainte politique… il a droit de vie et de mort sur les autres représentants directs de la nation… » Comment, peut-on proférer de pareilles âneries? De quoi parle-t-on ? Que signifie ce galimatias ?
« Le gouvernement est encore plus asservi que les autres puisqu’il est nommé et congédié à volonté par le Président. » Tout ceci est juridiquement et historiquement faux. Que dit la Constitution ?  « Le Président de la République nomme le Premier Ministre. Il met fin à ses fonctions sur la présentation par celui-ci de la démission du Gouvernement. Sur la proposition du Premier ministre, il nomme les autres membres du Gouvernement et met fin à leurs fonctions. »[1. Article 8 de la constitution du 4 octobre 1958.] C’est quand même très clair.  Et c’est bien ce qui se passe. Le décret de nomination de chacun des ministres est signé par le président de la République et contresigné par le 1e ministre. Confirmation par les trois  « cohabitations » qu’a connues la Ve République. Le Président nomme en effet le premier ministre, mais cette nomination n’est pas opératoire, si elle n’est suivie d’un vote de confiance du parlement. Jacques Chirac (1986), Édouard Balladur (1993) ont  bien été « imposés » à François Mitterrand par le Parlement, ainsi que Lionel Jospin à Jacques Chirac en 1997. Drôle de  « droit de vie et de mort ».
Et pour conclure le flingage du Président de la république de la Ve, ce petit chef-d’œuvre : « Résultat : le président gouverne et légifère sans contre-pouvoir ni contrepartie. » Là, on est carrément dans le barbarisme juridique. Le Président légifère ? Mais enfin, vous avez vu ça où ?  Chers amis du Parti de Gauche, vous avez arrêté  vos lectures aux actes constitutionnels de l’Etat français adoptés  à Vichy en juillet 1940 ?  Désolé, mais sous la Ve, c’est le parlement qui légifère. Et c’est le  gouvernement qui « gouverne et conduit la politique de la nation », pas le Président[2. Article 20 de la constitution du 4 octobre 1958.]. Cette bévue dans une copie d’étudiant de première année, c’est la note éliminatoire assurée.
Après avoir tenté de disqualifier la constitution de 1958 dans son contenu en racontant n’importe quoi, il faut maintenant prétendre qu’elle a été adoptée grâce à un coup de force et que sa pratique a été essentiellement dictatoriale. « Qu’on se souvienne du premier acte de la procédure constituante entamée à la suite du coup de force d’Alger en mai 1958. » Il se trouve que je m’en souviens. Cette formulation fait bon compte de la réalité historique. Elle veut faire croire que Charles De Gaulle a été porté au pouvoir par un coup d’Etat. Sauf que c’est justement la parlementariste IVe République qui l’a appelé, pour éviter le coup d’Etat fomenté par les militaires qu’avaient installés les socialistes à Alger. La IVe lui a confié les pleins pouvoirs par un vote démocratique de la Chambre et Charles De Gaulle a été son dernier Président du conseil.
Et le festival continue : « Le troisième (acte) a été de forcer la main du peuple en lui présentant un projet de constitution en forme de salut de la patrie en danger sans lui avoir permis d’en débattre à aucun moment de son élaboration. » Cette présentation est carrément stupide. Voilà un peuple qui s’est fait forcer la main à 82,6 % ! Et qui, jusqu’à une date relativement récente, s’accommodait bien de ce qu’on lui avait « fourgué », comme en témoignent les taux de participation élevés à la principale des consultations. Et il est également complètement faux de prétendre que cette constitution serait tombée du ciel. Les débats sur un nouveau modèle institutionnel ont commencé dès la France Libre, devant le spectacle de l’effondrement de la IIIe République. Charles De Gaulle a quitté le pouvoir en janvier 1946, en constatant le retour au parlementarisme. Son fameux discours de Bayeux, dans lequel il développe ses idées sur ce que devrait être la constitution de la France, est prononcé le 16 juin 1946. Il fera l’objet de débats tout au long la IVe République. Le comité chargé de rédiger le projet de constitution de 1958 comprenait tous les partis à l’exception des communistes.
Poursuivons : « Lorsqu’un référendum est organisé, s’il ne sert pas à confirmer la volonté du président, il est purement et simplement ignoré, comme en 2005. » Il y a eu plusieurs référendums sous la Ve République, les résultats ont toujours été respectés, sauf bien sûr celui du TCE. Et la forfaiture  du traité de Lisbonne a bénéficié du soutien du Parti socialiste, dont on n’a pas le souvenir que Jean-Luc Mélenchon en ait, à ce moment-là, claqué la porte. Et rappelons-nous, l’horrible dictateur de 1958, celui qui avait « forcé la main au peuple », a quitté instantanément le pouvoir pour avoir été mis en minorité au référendum de 1969.
Et puis il y a, inévitable, la référence au Venezuela. Nouvelle Mecque de « l’écosocialisme ». « Voilà pourquoi comme dans la France de 1789 et 1792, le Venezuela a d’abord alphabétisé les pauvres pour leur donner les moyens de s’impliquer et a lancé des campagnes d’éducation populaire à propos précisément du changement de la règle du jeu politique. » Que veut dire cette bouillie ? Qu’est-ce que cette référence à 1789 et 1792 fait là ? La France aurait lancé à cette période des campagnes d’alphabétisation pour que les pauvres s’impliquent dans le processus institutionnel de la révolution ? Première nouvelle. Rappelons quand même qu’à cette époque, le suffrage y était censitaire et uniquement masculin. Même pour l’élection de la convention de septembre 1792. On atteint là, en se moquant du monde, des sommets de niaiserie.
Ensuite, comment lancer ce « gigantesque débat public » permettant « au peuple de s’en approprier les enjeux » afin d’aboutir (quand même) à… un référendum ? « Un président Front de gauche pourra comme tous ses prédécesseurs recourir à l’article 11 de la constitution actuelle. » Nouveau mensonge. La constitution de 1958 prévoit une procédure de réforme constitutionnelle (déjà largement utilisée)[3. Article 89 de la constitution du 4 octobre 1958.]. Donc si l’on comprend bien, il faut s’en affranchir. Seul De Gaulle, une seule fois, proposa l’utilisation de cet article pour une révision constitutionnelle. Un référendum permit l’instauration de l’élection du président de la République au suffrage universel en 1962. Les juristes de l’époque, quasi unanimes, ainsi que l’ensemble de la classe politique, avaient considéré qu’il s’agissait là d’une violation constitutionnelle. Le gouvernement Pompidou fut renversé. Mais la question était simple, et De Gaulle fut massivement approuvé par référendum. Cependant, lui seul pouvait se permettre cette privauté. Un président Front de Gauche n’ayant pas la même envergure historique aurait peut-être plus de difficultés…
On dispensera de la lecture du reste, tissu d’erreurs factuelles, d’approximations juridiques, le tout dans un jargon fleurant bon son volontarisme gauchiste.
Plusieurs questions viennent à l’esprit : tout d’abord, comment peut-on à ce point se moquer de ses militants, de ses sympathisants, et de ses électeurs ? Comment justifier cette désinvolture ? Qui plus est sur un sujet qui est la base d’un des plus importants mots d’ordre actuel du Parti de Gauche. Est-ce que sur tous les thèmes mis en avant, l’appareil théorique est aussi faible ?
La deuxième, est relative à l’auteur de ce document inepte. Il est signé Charlotte Girard, militante du PG, universitaire et maître de conférences en droit public à l’université de Rouen. Le site Bakchich info l’annonce professeur de droit constitutionnel.
Trois  hypothèses. Soit le texte a été écrit par un permanent de passage et elle a accepté de le signer. Soit sa signature a été usurpée. Soit elle en est vraiment l’auteur. Aucune n’est vraiment rassurante. De toute façon, un mot vient immédiatement à l’esprit pour qualifier cette façon de travailler et le résultat obtenu : amateurisme.
Dites, camarades pour le passage à la VIe, vous ne semblez pas être tout à fait au point. En attendant,  peut-être serait-il plus raisonnable de conserver la Ve ?

*Photo : Khomille.

Il était une fois le Canada

canada frederic bastien

Dans la mare, le pavé de l’Histoire est jeté. Les conclusions de l’historien québécois Frédéric Bastien dans son dernier ouvrage, La bataille de Londres, sont fracassantes[1. Pour mémoire, le Canada est une fédération dont le chef d’État est la reine d’Angleterre. Le Canada moderne (ou fédération canadienne) est né en 1982 lorsque sa constitution a été rapatriée de Londres à Ottawa, lui permettant ainsi d’acquérir sa complète souveraineté : c’est ce que l’on appelle le rapatriement constitutionnel.]. L’auteur révèle qu’en 1982, lors du rapatriement de la Constitution canadienne, acte de naissance du Canada moderne, la Cour suprême aurait délibérément bafoué le sacrosaint principe de séparation des pouvoirs. Se pourrait-il alors qu’un « coup d’État démocratique » soit à l’origine du pays de l’érable ?
Après plusieurs années de recherche dans les archives britanniques du Foreign Office, Frédéric Bastien dévoile les dessous du premier référendum sur la souveraineté du Québec en 1980 et les secrets du rapatriement constitutionnel. Selon Bastien, lors du référendum, le gouvernement Thatcher était prêt à reconnaître officiellement une victoire du Oui. Les Britanniques considéraient en effet le Québec comme un État potentiellement viable. John R. Rich, consul britannique à Montréal, écrivait d’ailleurs : « Même si l’idéal pour nous est un Canada qui reste fort et uni, nous devons traiter le Canada français comme une entité distincte, même à l’intérieur de la Confédération. Si le Québec devenait indépendant, il formerait un État viable, le Parti Québécois envisage de demeurer membre du Commonwealth et de l’OTAN. Nous devons songer à l’avenir de nos relations dans l’éventualité de l’indépendance ».
Malgré tout, le Non l’emporta. Cette victoire permit à Pierre Elliott Trudeau, Premier ministre du Canada à l’époque, de rapatrier la Constitution canadienne de Londres, et d’y intégrer une Charte des droits et libertés encadrant les droits linguistiques et politiques des citoyens. En réalité, Trudeau cherchait à gommer le dualisme canadien originel, qui liait l’Amérique britannique et l’Amérique française, en prônant un « pluralisme culturel de la société canadienne ». Francophones et anglophones n’allaient pas manquer de réagir à ce projet multiculturel.
Sur les dix provinces canadiennes, huit (dont le Manitoba, la Colombie-Britannique, le Québec, Terre-Neuve, l’Île du Prince-Édouard et l’Alberta) s’étaient opposées à l’insertion de cette Charte dans la Constitution. Elles désiraient avant tout préserver leurs spécificités culturelles. Malgré ces divergences, Trudeau était persuadé que les Britanniques allaient immédiatement appuyer son projet. Tel ne fut pas le cas. Pour Margaret Thatcher, il revenait en effet aux Canadiens de décider de la nécessité d’une telle charte. À l’aube des années 1980, le rapatriement constitutionnel et l’unité nationale du Canada, unilatéralement voulu par Trudeau, étaient fortement compromis.
Entre Londres, Ottawa et les provinces canadiennes, s’est alors engagée une saga diplomatique sans précédent. Thatcher, qui voyait d’un mauvais œil les affinités entre Trudeau, l’URSS et Cuba, céda finalement, en s’engageant à faire valider son projet par Westminster au moment opportun. Elle désirait, entre autres, conserver de bonnes relations diplomatiques avec le gouvernement fédéral canadien en dépit de l’opposition des provinces. La Dame de fer ne pouvait oublier le sacrifice des milliers de Canadiens pour défendre l’Empire de Sa Majesté.
Parallèlement, la Cour suprême du Canada avait été saisie pour statuer sur la légitimité du rapatriement constitutionnel. Particulièrement favorable à la Charte, Bora Laskin, juge en chef de la Cour, rencardait les gouvernements britannique et canadien sur l’état des délibérations des juges. Trudeau a ainsi pu compter sur le soutien du juge Laskin, qui lui devait d’ailleurs sa nomination. À l’évidence, le principe de séparation des pouvoirs avait trouvé son exception.
Dans la soirée du 4 novembre 1981, cyniquement baptisée « nuit des longs Couteaux », Trudeau réussit finalement à imposer son projet à toutes les provinces canadiennes, à l’exception de la Belle Province. René Lévesque, Premier ministre du Québec, considérait en effet que le multiculturalisme sapait les fondements de l’identité francophone québécoise et que la Charte favorisait un gouvernement des juges. Il avait d’ailleurs souvent accusé le gouvernement fédéral de fomenter un coup d’État. Il ne croyait pas si bien dire. Le haut commissaire britannique à Ottawa, John Ford, admettait également qu’une « véritable tentative de coup d’État dans le but de modifier l’équilibre des pouvoirs dans la Confédération » était en train de se produire.
En définitive, Frédéric Bastien couvre d’une remarquable manière cette épopée canado-britannique en alliant talent littéraire et rigueur historique. Il lui aura fallu huit années d’enquête pour découvrir que le Canada moderne s’apparente à un château de sable, aussi difficile à construire que facile à détruire. Rien d’étonnant à ce que l’ouvrage fasse un véritable carton en librairie. Rien d’étonnant non plus à ce qu’il déchaîne les passions outre-Atlantique. Ironie de l’histoire, le livre est sorti le 8 avril dernier à Montréal, jour où la Dame de fer s’éteignait.

Frédéric Bastien, La bataille de Londres. Dessous, secrets et coulisses du rapatriement constitutionnel, Boréal, 2013. 

*Photo : Thompson Rivers.

L’aède de Bruxelles

christopher gerard quolibets

Avec ses costumes trois pièces anthracite, Christopher Gérard paraît tout droit sorti d’un tableau de Magritte. Pour belge et natif de New York qu’il soit, cet écrivain mécontemporain goûte peu le no man’s land qu’est devenue l’Europe de Bruxelles, jalonnée par les kebabs-frites et les fast-foods américanisés. L’an dernier, ce triste asphalte lui inspira l’amusant Vogelsang, une histoire de vampire en quête de sang neuf dans une avenue Louise décomposée par la modernité finissante.

Moins réac que traditionaliste, ce païen invétéré – dont il faut lire le délicieux bréviaire spirituel La Source pérenne (L’Âge d’homme, 2007) – vibre devant un temple athénien, une gravure d’Hypatie ou une biographie de l’Empereur Julien[1. Surnommé « l’apostat » pour sa réhabilitation du paganisme dans l’Empire romain devenu chrétien, avant Napoléon, il fut le premier monarque à avoir été couronné à Paris, dans l’actuel square de Cluny, comme aime le rappeler Gabriel Matzneff.].

Ses 68 exercices d’admiration littéraires réunis dans Quolibets portent l’inaltérable empreinte de cette vieille Europe. Quod libet nous disaient les anciens : ce qui plaît. De Luc-Olivier d’Algange à Paul Willems, Christopher Gerard distille ses portraits d’écrivains en érudit passionné à la plume alerte et élégante. Homme de constance (d’obsessions, diraient certains), notre lecteur-auteur prêche mordicus une Weltanschauung aristocratique, fondée sur l’honneur, une pleine conscience du tragique de la vie et de la circularité du temps, par-delà les saisons. Volontiers nostalgique des anciens empires, Gerard accable de son feu grégeois la « littérature horizontale » des sybarites confits au marketing littéraire, ces phénomènes d’édition dont les supermarchés de la culture abondent. Son recours aux forêts sonne d’abord comme un talisman spirituel, esthétique et éthique, une célébration de l’être, contre la civilisation de l’avoir.

Nul ne s’étonnera que les soixante-huit colonnes de son panthéon littéraire déclinent toutes les variations d’une droite littéraire et intellectuelle opposée tant aux diktats du progrès ainsi qu’à l’ordre techno-marchand. Contre-révolutionnaire, réactionnaire, catholique, païenne, orthodoxe et même communiste… puisque Jérôme Leroy apparaît au détour d’un chapitre, les caprices de l’alphabet l’ayant malicieusement placé entre Jacques Laurent et Jean Mabire ! Fasciné par la figure grecque de l’hoplite, Gérard écrit ses plus belles pages lorsqu’il rend hommage à son mentor Ernest Jünger – dont il reprit jadis la revue Antaïos ou compose une émouvante élégie en mémoire du regretté Vladimir Dimitrijevic, fondateur des éditions L’Âge d’homme qui fut son « parrain littéraire» et son ami. « Dimitri », ainsi que le surnommaient ses proches, « lisait comme on prie », concevait l’édition « comme un sacerdoce », publiant les dissidents d’hier et d’aujourd’hui avec un appétit inentamé. Sa fin fulgurante et accidentelle couronne d’un sceau tragique la destinée du grand éditeur qu’il fut. Inconsolable, Gérard passe d’un cœur aventureux l’autre, trouvant refuge dans les mots de Jünger, « Sans Dieux, pas de culture ». Jünger, arrêtons-nous-y un instant. Vétéran de deux guerres mondiales, diariste prolixe pour qui « chaque jour fut un cauchemar », de l’attentat à Sarajevo à sa mort – centenaire – en 1998, Christopher Gerard le consacre comme l’un de ses pères tutélaires. Au risque d’oublier le « réprouvé » Ernst Von Salomon dont l’absence béante est une des rares déceptions de ces Quolibets qui font pourtant la part belle aux esprits rebelles.
Mais le péché est véniel. Nous nous avons déjà bien assez à faire avec la somme de références, d’auteurs et d’itinéraires qui pavent le sol de ce Journal de lectures. Le béotien confessera sa méconnaissance du colombien Nicolas Gomez Davila, aux scolies réactionnaires en diable, ou de Roland Cailleux, dont Christopher Gerard place Saint-Genès ou la vie brève comme l’un des magistraux « romans d’apprentissage » du dernier siècle, aux côtés des Deux étendards de l’abrasif Rebatet. Là est le premier plaisir sensuel de l’esthète : anticiper le plaisir de la lecture, saliver avant de croquer, parcourir l’objet livre en l’entourant de ses mains cajoleuses et caressantes.

Ultime petite réserve, certains regretteront l’injuste sort que l’auteur réserve à la plupart des avant-gardes littéraires, notamment dada et surréaliste. Que notre ami bruxellois se le tienne pour dit : nous lui offrirons un numéro des Lèvres nues sur les chemins de Rome, de Delphes et d’ailleurs !

Christopher Gerard, Quolibets. L’Âge d’homme, 2013.

*Photo : statue de Pan(ShotHotspot.com)

Saint-Simon vs Marcela Iacub

iacub dsk saint-simon
Il y a au moins deux genres d’intrus : les honnêtes et les profiteurs. Dans le premier genre, mettons les policiers qui infiltrent les mafias, les témoins qui se feraient égorger[1. « Je ne crois que les histoires dont les témoins se feraient égorger », Blaise Pascal, Pensées.] , les détectives pour de justes causes et les mémorialistes à la Saint-Simon. Dans le second genre, mettons les cambrioleurs, les détectives de causes ignobles, les journalistes de caniveau et les noircisseurs de papier à la Marcela Iacub. Dans le premier cas, le but poursuivi se veut conforme à l’éthique de responsabilité, choix fondamentalement soucieux de l’esprit public. Dans le second, il se veut conforme au principe de l’absence d’éthique, choix exclusivement soucieux de l’intérêt privé. L’éthique de responsabilité s’attache à respecter la dignité des personnes qu’elle met en cause lorsque l’occasion l’y entraîne. Le principe de l’absence d’éthique se réclame du droit de piétiner les droits des personnes ciblées pour en extraire un avantage quelconque. Deux conceptions, l’une policée, l’autre sauvage, du rapport à autrui.
Impossible d’imaginer abîme plus vertigineux qu’entre la démarche d’un Saint-Simon, écrivain à la dent acérée mais aux Mémoires publiés à titre posthume[2. Discrétion systématique, à l’époque, chez les mémorialistes, ne fût-ce que par prudence. Question de standing aussi : un Saint-Simon, duc et pair, ne pouvait se commettre à publier ses écrits personnels, indécence réservée aux roturiers.], et celle de Marcela Iacub, écrivante (comme dirait Barthes) à la plume obscène pour publication immédiate. Obscène en ce qu’elle offense la pudeur par l’exhibition des goûts sexuels du héros de son livre Belle et Bête, qu’elle proclame « mi-homme mi-cochon », ce qui la rend de facto mi-femme mi-truie puisqu’elle a partagé avec constance le lisier de son héros. Et obscène aussi en ce qu’elle offense la morale par sa façon d’humilier un colosse de l’establishment déjà renversé par la conjonction de pulsions libidinales incontrôlées, de l’antiracisme militant, du féminisme transatlantique et de la justice américaine.[access capability= »lire_inedits »]
Saint-Simon pourfendait les Grands, à commencer par Louis XIV. L’eût-on surpris à rouler dans la fange, comme il le fit, Mme de Maintenon et les bâtards du roi, que la foudre se fût abattue sur lui : la critique se payait au poids du sacrilège. C’est l’une des merveilles de notre société qu’on puisse berner un DSK pour s’introduire dans son intimité la plus intime en vue de le pendre symboliquement à un croc de boucher, et de n’encourir d’autre malheur qu’une assignation devant les tribunaux. Ajoutez une opération marketing pour transfigurer un brûlot froid comme un morceau de mou en un chef-d’oeuvre incomparable, et vous obtenez un tour de passe-passe pécuniairement rentable, moralement odieux et politiquement inutile.
Degré zéro du libre usage de la caisse de résonance médiatique en démocratie. Car à quoi peut servir la publication d’un livre prétendument transgressif comme Belle et Bête ? À rien. Au-delà du profit banalement lucratif qu’en espéraient l’auteur et les organes de presse qui en ont exorbité la valeur, il s’agit d’un pur exercice de cruauté. Application lubrique de la loi de Lynch sous les cris de la meute. Dépeçage voluptueux du bouc émissaire au nom d’un Bien introuvable. La pénalité infligée par la justice française en conséquence des poursuites engagées par DSK a posé une borne à la transgression, réelle celle-ci, du respect de la vie privée. Le Nouvel Observateur l’a bien compris, qui a préféré se plier aux arrêts du jugement sans aussitôt crier au crime contre l’Art.
Plaçons en regard les scrupules de conscience d’un Saint-Simon. En mars 1699, à 24 ans, le petit duc adressa une lettre à l’abbé de Rancé, l’austère réformateur de l’abbaye de la Trappe, auquel il vouait une admiration ardente. Cette lettre était relative à des « espèces de Mémoires » de sa vie qu’en dépit de son jeune âge, il avait commencé de rédiger. Il y priait le saint abbé de lui prescrire une règle qui lui permît d’écrire toujours la vérité sans blesser sa conscience. Il redoutait de salir indûment la réputation des gens qu’il blâmait : la charité l’en empêchait. On ignore ce que Rancé lui répondit. Mais près d’un demi-siècle plus tard, s’expliquant sur la question de savoir s’il était « permis d’écrire l’histoire », Saint-Simon revient, pour les développer, sur les scrupules qui avaient suscité sa lettre au sourcilleux trappiste. Il insiste sur la nécessité de ne rien déformer des événements, caractères et comportements dont il rend compte, ayant à transmettre à la postérité la vérité de faits connus de l’intérieur du pouvoir, aux abords mêmes du trône. Il se veut véridique parce qu’il a pour impératif, en tant que mémorialiste, d’enseigner aux futurs maîtres de l’État et à la partie éclairée du royaume les qualités et défauts des princes tels qu’il les a perçus par leur fréquentation. Il ne cherche pas à désintégrer un homme déjà mis à terre, il veut édifier les générations futures afin de leur épargner les erreurs, les fautes, les abus de toute nature dont son expérience l’a rendu témoin : l’amour du bien public, lui seul, justifie qu’il surmonte ses scrupules.
Évidemment, Saint-Simon se donne la part belle. La galerie de portraits « express au caca fumant », pour reprendre une expression célinienne du Voyage, que le petit duc dresse de ses ennemis tout au long des 8 000 pages de ses Mémoires, ruisselle d’une volonté de vengeance rien moins que chrétienne. Cependant, s’il a pourfendu ceux qu’il exécrait, c’est en raison de l’exercice despotique du pouvoir louis-quatorzien dont ils bénéficiaient et que, par là même, ils incarnaient.
Tant et si bien que l’opposition demeure : d’un côté la charité de l’aristocrate vertueux, pour qui l’instruction de l’avenir impliquait la loyauté du témoignage bénévolement offert de ce qu’il avait vu et entendu, sans excéder les bornes de la décence, obéissant tout au plus à l’espoir d’une gloire posthume ; et de l’autre, le cruel cynisme de l’idéologue qui recourt à une fiction cousue de fil blanc pour créer le scandale par un intérêt trivialement personnel, au prix d’une traîtrise assumée, et dans la volonté de promouvoir une liberté illimitée des moeurs.
Car c’est bien l’étendue des libertés permises que questionne l’opération menée, de façon quasi militaire, par l’auteur de Belle et Bête et quelques organes de presse qui ont utilisé son livre comme une catapulte. Réglée sur le plan juridique, l’affaire reste en suspens sur celui des principes. Saint-Simon inscrivait son expérience dans le temps : ses Mémoires condamnent les dérives du présent, sanctifient les mérites du passé et protègent les libertés du futur. C’est le contraire de la table rase. Le petit duc se pense comme un chaînon dans le déroulement des siècles. Il se donne pour mission de brider les excès du pouvoir outrancier et des moeurs dissolues qui menacent la prospérité du royaume de France. Sa langue même porte l’empreinte de la continuité où il prend place : style rutilant qui mêle les archaïsmes aux néologismes, les tournures de terroirs divers aux tonalités les plus distinguées, maelström de faits et d’affects qui mêle l’ancien au neuf, la rage à la tendresse, les vivants aux morts. Bref, la littérature servant le bien public. Rien de tel avec l’opus de Marcela Iacub. L’entreprise se soutient de l’intention de repousser toutes limites jusqu’aux confins des libertés encore à conquérir. In fine, d’abattre les ultimes tabous comme autant d’idoles. En son pur noyau, la modernité sans compromis ni faiblesses rêve d’individus issus d’un auto-engendrement continu. Pas de traditions, pas de coutumes, pas de père castrateur ni de mère consolante, mais l’explosion intransigeante de tous les carcans. Dans quel but ? Difficile de le savoir, sauf à postuler, avec un certain panache et des conséquences absolument effroyables, que l’essence de l’humain réside dans l’infini d’une liberté jamais acquise et jamais suffisante. Le temps se réduit à l’impatience d’un présent toujours trop lent à naître, exaltation d’une jouissance en perpétuelle quête d’elle-même.
Dès lors, il convient de s’afficher en sa nudité originelle. Exhibition à tous vents, transparence à tout-va. Triomphe de la Toile, avec Wikileaks en porte-drapeau et le porno en étendard. L’une des constantes du puritanisme consiste en l’emprise du collectif sur les individus scindés entre l’entière visibilité de leurs actes et l’intériorité de leurs pensées secrètes. Le dévoilement illimité du tout-dire, tout-montrer, constitue un puritanisme à l’envers, mais pire encore en ce qu’il ôte aux individus leurs refuges intérieurs. Là, plus de secret, plus d’intime, le pantalon sur les genoux, les fesses à l’air. Plus grave que le franchissement des frontières entre le public et le privé, on débouche sur la confusion entre la raison et le délire. Nerval parla de « l’épanchement du songe dans la vie réelle ». Avec le semi-fictif ouvrage de Marcela Iacub, qui masque l’identité de DSK sous un flou très peu artistique, on assiste à l’épanchement des fantasmes dans la vie réelle. S’il s’était agi d’un personnage entièrement fictif, Belle et Bête serait passé au broyeur des non-événements. Le problème tient à l’absence de démarcation entre le personnage vivant, identifié comme DSK, et cette espèce de double qui est lui sans être lui, et qui révèle sous nos yeux éberlués non plus sa vie privée, non plus sa sexualité effective, ce qui serait déjà une aggravation du cas Iacub, mais un monstre, ni faux ni vrai, qui ne porte pas son nom mais qui possède ses traits. Ce héros porcin, ancien directeur d’une institution financière internationale, symbolise l’horreur de tous les repères brouillés. Fantasmagorie digne du monde de chimères, de démons, de diables et d’êtres difformes cher à l’imaginaire médiéval que peuplaient des hommes à tête de cochon, déjà, ou à tête de chien, dont on peut admirer les dessins dans les Oeuvres complètes d’Ambroise Paré par exemple. Étrange bouillie qui nous ramène, sous couvert de progrès, à des époques de superstitions et d’angoisses où les ténèbres l’emportaient férocement sur l’esprit, encore dans les limbes, des Lumières.[/access]

*Photo: Ce soir ou jamais.

Antiracisme : la ville de Paris adepte du coup du balai

Z’avez vu mon camion-poubelle comme il est beau ? Rutilant, frais comme un gardon, à la bonne odeur de légumes cuits et frelatés, le véhicule utilitaire fait fureur dans les rues de Paris. Et pour célébrer ce petit bolide de l’industrie du « nettoiement », les communicants de la ville Lumière n’ont rien trouvé de mieux qu’une campagne de conscientisation des « parisiennes et des parisiens » comme aime à les appeler l’inimitable Bertrand Delanoë. Après les Pierrot de la nuit, un temps chargés de surveiller votre alcoolémie au risque d’un bourre-pif de noctambule, la nouvelle campagne de civisme s’adresse aux pollueurs ambulants que nous sommes. Sur chaque véhicule municipal chargé de collecter les ordures, une affiche vous rappelle désormais à votre devoir.

paris camion poubelle

Ses concepteurs ont certainement voulu échapper au palmarès des Y’a bon awards en mettant en scène un balayeur blanc qui ramasse le détritus d’un grand bourgeois… noir. Je sais ce que vous pensez, toute mauvaise langue que vous êtes : le balayeur leucoderme est une espèce aussi rare que le commis de cuisine auvergnat ou le restaurant italien tenu  par des transalpins. Pas besoin de lire Christophe Guilluy pour comprendre que la géographie sociale de la capitale met aux prises grands bourgeois, bobos et immigrés, légaux ou non,  à l’exception de tous ceux qui n’ont plus les moyens de se loger dans la termitière francilienne. Au contraire du reste de la France, le néoprolétariat parisien est souvent « divers » et vit de menus boulots dans la fonction publique, la restauration ou ailleurs. C’est cette réalité peu reluisante que Paris a voulu occulter avec son balayeur Potemkine au teint blafard. Comme pour démentir l’adage de Marx, le boomerang de cette farce pourrait lui revenir tragiquement en pleine face. Car d’aucuns estimeront qu’en voulant figurer un monde renversé où les balayeurs seraient blancs, la ville de Paris épingle le Noir sale. C’est du propre !

Signataires de la pétition en soutien à Clément Weill-Raynal

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weill raynal filippetti

Au nom de la liberté d’informer, nous soutenons Clément Weill-Raynal.

Premiers signataires
Etienne MOUGEOTTE, journaliste
Jean-Marie PONTAUT, journaliste
Yves THREARD, journaliste
Alexandre ADLER, journaliste
Yvan RIOUFOL, journaliste
Marc MENESSIER, journaliste
Dominique TORRES, journaliste
Marie Cécile RENAUD, journaliste
Albert RIPAMONTI, journaliste
Paule GONZALES, journaliste
Albert ZENOU, journaliste
Damien MASCRET, journaliste
Pierre LHUILLERY, journaliste
Nadège PULJAK, journaliste
Jean-Claude BOKSENBAUM, journaliste
Alexandre GROSBOIS, journaliste
Pierre AUSSEIL, journaliste
Hervé BAR, journaliste
Jacques LHUILLERY, journaliste
Amr IBRAHIM, journaliste
Olivier RANSON, journaliste
Anne-Elisabeth MOUTET, journaliste
Shlomo MALKA, journaliste
Magali FORESTIER, Journaliste
Pascal SCEAUX, journaliste
Philippe BROUSSARD, Journaliste
Yves MAMOU, Journaliste
François FOUCART, journaliste
Fabrice LE QUINTREC, journaliste
Elisabeth LEVY, journaliste
Gil MIHAELY, journaliste
Jean-Marc FLORAND, avocat
Lev FORSTER, avocat
Jean-Pierre VERSINI, avocat
Francis TERQUEM, avocat
David GOLDSTEIN, avocat
Laurent SALEM, avocat
Gilles-William GOLDNADEL, avocat
Esther AZOGUI-FEIST, avocat
Barbara BALDASSARI, avocat
Catherine BOURGUES-HABIF, avocat
Delphine CHLEWICKI-HAZOUT, avocat
Dominique DUMAS, avocat
Alain FRAITAG, avocat
Hervé HAZAN, avocat à la Cour de cassation
Frédéric HUTMAN, avocat
Annie KOSKAS, avocat
Richard KOSKAS, avocat
Brigitte LASRY, avocate
Manuelle LEMARCHAND, avocat
Anna MARCIANO, avocat
Pascal MARKOWICZ, avocat
Alain MARSAUDON, avocat
Céline GRINHOLTZ-ATTAL, avocat
Karine ROZENBLUM, avocat
Elisabeth UZAN-PERRIN, avocat
Aude WEILL-RAYNAL, avocat
Sylvie BELHASSEN, avocat
Isabelle WEKSTEIN, avocat
Caroline YADAN PESAH, avocat
Marie-Dominique KLEIN, juriste
Xavier BEBIN, juriste
Daniel POTTIER, juriste
Brice COUTURIER, producteur France Culture
Ilan DURAN-COHEN, écrivain, réalisateur
Joey FARRE, productrice
Francois MARGOLIN, réalisateur
Benoit RAISKY, écrivain
Martin BRISAC, ancien PDG d’Europe 1 et d’Europe 2
Maud TABACHNIK, écrivaine
Olivier HUTMAN, musicien
Viana HUTMAN, écrivaine
Francine GIROND, éditrice
Deborah KAUFMANN, éditrice
Edouard SPIRA, universitaire
Alexandra LAIGNEL-LAVASTINE, écrivain et journaliste
Ron AGAM, artiste
Marc ZERBIB, chirurgien
Pr Michel LEJOYEUX, psychiatre
Michel ROSENHEIM, maître de conférences des Universités et praticien hospitalier
Alain DE LA MORANDAIS, prêtre
Charles SEBRIEN, psychiatre
Dan SARFATI, professeur agrégé de mathématique
Jacques TARNERO, chercheur, écrivain
Richard ODIER, président du Centre Simon Wiesenthal
Pierre-Henri TAVOILLOT, université Paris Sorbonne, collège de philosophie
Elisabeth ANGEL-PEREZ, université Paris Sorbonne
Eric PEREZ, physicien CNRS
Robert PAPOULAR, physicien CEA
Elyette PAPOULAR, enseignante
Renaud PAPOULAR, physicien
Jean-Michel LEWERTOWSKI, chirurgien orthopédiste
David RUZIE, professeur émérite des universités
Steven SAMPSON, écrivain
Béatrice VONDERVEIDT, artiste peintre
Luc FERRY, Philosophe, ancien ministre
Bernard ACCOYER, ancien président de l’assemblée nationale
Jérôme DUBUS, conseiller de Paris, secrétaire national de l’UMP
Jean-François LEGARET, maire du IIe arrondissement de Paris
Serge FEDERBUSCH, élu parisien
Deborah MUNZER, adjointe au Maire de Nogent
Jean-Pierre LECOQ, maire du VIe arrondissement de Paris
Jean-Jacques BLANGY, président groupe PRM, Président Medef Picardie
Jane DASSONVILLE, médecin
Roger MEZIN, conseiller général de Picardie, directeur général du groupe Sup de co Amiens
Hava AMSALLEM, attachée de presse
Gil BENACIN, chirurgien-dentiste,
Valérie BENITA, opticienne
Albert BENCHITRIT
Sylvie BENCHITRIT
Gérard BOUMENDIL, chirurgien-dentiste
Romy BOUMENDIL, chirurgien-dentiste
Jacques BLOCH, consultant
Sophie DEVAT, France 3 Nice
Joakim ELBAZ, étudiant,
Elena FIERARU, retraitée,
Maxime FISCHER, directeur de société
Nathalie FISCHER, chirurgien-dentiste
Lucas FISCHER, étudiant
Roxane FISCHER, étudiante
Sandrine GANEM, créatrice
Françoise GARLIN, consultant ressources humaines
Patrick GOLDMAN, cadre commercial
Alain HABIF, consultant BTP
Stéphane HADDAD, directeur groupe Première Optique
Elie JEFROYKIN, étudiant
Michel JEFROYKIN, agent de voyages
Nathanaël JEFROYKIN, étudiant SUPELEC
Chantal LASTMAN, pédiatre
Dominique LE RAY, médecin de collectivités territoriales retraitée
Julie LEMARCHAND, négociatrice en art
Diana LEWERTOWSKI, directeur du Financement et de la Trésorerie ERAMET
Marc LIPPE
Gérard LOEB, médecin retraité
Lucien LOEB, retraité
Anne-Marie LUCAS
Jean-Pierre LUCAS,
Caroline MADSAC, chirurgien-dentiste
Franck MARCHEWKA, artisan commerçant
Isabelle MATHIEU, directrice commerciale
Olivier MATHIEU, médecin
Laurent MENDELSON, opticien
Victoria MILTON, chef de projet
Albert MOYAL, gérant de société
Elisabeth MOYAL, commerçante
Bernard MUSICANT, président de Connec’sion
Marc NAHMIAS, chirurgien-dentiste
Laurence NAHMIAS-TER MINASSIAN, médecin
Morgan OHAYON, consultant
Sarah OHAYON, étudiante
Gilbert ORENSTAIN, agent immobilier
Solange PINTO, opticienne
Thierry ROGISTER, gérant de société
Sylvie ROSPERT, assistante de direction banque d’affaires
Maurice ROUAS, directeur commercial, retraité
Nathalie ROUAS-FREIS, chercheur
Isabelle SERFATY, chef d’entreprise
Harry SCHEINFELD, médecin
Marie SCHEINFELD
Bernard SMADJA, médecin
Patricia SMADJA, chef d’entreprise
Charles SMORODYNI, humoriste,
Veronika SMORODYNI, consultante
Claude STERNBACH, salarié dans une structure de réinsertion professionnelle
Sophie STERNBACH, cadre commercial
Joseph SZWAGIER, retraité
Hélène TAIEB, urbaniste
Daniel TER-MINASSIAN, médecin
Robert TOBELEM, médecin
Anne-Marie WEIL-LEVEN, orthophoniste
François WEIL-LEVEN, retraité
Anny WEILL, enseignante retraitée
David WEILL-RAYNAL, directeur fondateur WR Conseil
Liliane ZAFRANI, galeriste
Bernard ZARD , directeur de société
Viviane ZARD, cadre marketing
Claudine ZELLER
Gérard ZELLER, chirurgien-dentiste
Alain ZINGER, chef de la circulation aérienne
Marion ZIPILIVAN, chargée de communication
Pierre Elie ZIPILIVAN, consultant
Bertrand NAPOLEON, médecin
Nicolas LEMARCHAND, médecin chef de service, hôpital Saint-Joseph, Paris
Paul DIETERLING, médecin, Nancy
Sylvain BRAJER, médecin
Gilles TOBELEM, graphiste
Marie BAILLE, photographe
Mireille GUTMAN, dentiste
Claudine SIMON, infirmière
Michèle CARMONA
Dr Strompf KRAMER
Dr Philippe DENJEAN
Pierre D. GRANDVILLIERS, chef d’entreprise à la retraite
H. PETIZON, artiste peintre
Damien CARMONA, médecin
Alexandra ANDRE, enseignante
Jacqueline PARIZOT
Pierre-Yves AZUELOS
Michèle HABIF, orthophoniste
Levana MISRAHI, psychologue

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Mur des cons : pétition pour Clément Weill-Raynal

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weill raynal filippetti

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Un syndicat qui représente 30% des magistrats, le Syndicat de la magistrature, a affiché dans ses locaux un « mur des cons ». Les personnes mises en cause sont des hommes politiques, des intellectuels, des journalistes, des juges, pour l’essentiel classés à droite.
Figurent aussi sur ce « mur des cons » les parents de deux victimes de criminels récidivistes.
La divulgation de ce que ce syndicat qualifie de « blague de potaches » suscite une vaste indignation dans l’opinion et un doute, légitime, sur l’impartialité des juges adhérents du SM.
Mais cette question majeure risque aujourd’hui d’être occultée par un règlement de comptes interne à France Télévisions contre le journaliste qui a révélé l’existence de ce mur. Clément Weill-Raynal est aujourd’hui menacé de sanctions par sa direction à la demande du Syndicat National des Journalistes et de la CGT. Ces deux organisations veulent ainsi punir le chroniqueur judiciaire de France 3 d’avoir fait son travail et dévoilé un scandale concernant le Syndicat de la magistrature dont la CGT et le SNJ sont politiquement proches.
Nous demandons que cesse cette chasse à l’homme. Au nom de la liberté d’informer, nous soutenons Clément Weill-Raynal.

[emailpetition id= »1″]

Premiers signataires
Etienne MOUGEOTTE, journaliste
Jean-Marie PONTAUT, journaliste
Yves THREARD, journaliste
Alexandre ADLER, journaliste
Yvan RIOUFOL, journaliste
Marc MENESSIER, journaliste
Dominique TORRES, journaliste
Marie Cécile RENAUD, journaliste
Albert RIPAMONTI, journaliste
Paule GONZALES, journaliste
Albert ZENOU, journaliste
Damien MASCRET, journaliste
Pierre LHUILLERY, journaliste
Nadège PULJAK, journaliste
Jean-Claude BOKSENBAUM, journaliste
Alexandre GROSBOIS, journaliste
Pierre AUSSEIL, journaliste
Hervé BAR, journaliste
Jacques LHUILLERY, journaliste
Amr IBRAHIM, journaliste
Olivier RANSON, journaliste
Anne-Elisabeth MOUTET, journaliste
Shlomo MALKA, journaliste
Magali FORESTIER, Journaliste
Pascal SCEAUX, journaliste
Philippe BROUSSARD, Journaliste
Yves MAMOU, Journaliste
François FOUCART, journaliste
Fabrice LE QUINTREC, journaliste
Elisabeth LEVY, journaliste
Gil MIHAELY, journaliste
Jean-Marc FLORAND, avocat
Lev FORSTER, avocat
Jean-Pierre VERSINI, avocat
Francis TERQUEM, avocat
David GOLDSTEIN, avocat
Laurent SALEM, avocat
Gilles-William GOLDNADEL, avocat
Esther AZOGUI-FEIST, avocat
Barbara BALDASSARI, avocat
Catherine BOURGUES-HABIF, avocat
Delphine CHLEWICKI-HAZOUT, avocat
Dominique DUMAS, avocat
Alain FRAITAG, avocat
Hervé HAZAN, avocat à la Cour de cassation
Frédéric HUTMAN, avocat
Annie KOSKAS, avocat
Richard KOSKAS, avocat
Brigitte LASRY, avocate
Manuelle LEMARCHAND, avocat
Anna MARCIANO, avocat
Pascal MARKOWICZ, avocat
Alain MARSAUDON, avocat
Céline GRINHOLTZ-ATTAL, avocat
Karine ROZENBLUM, avocat
Elisabeth UZAN-PERRIN, avocat
Aude WEILL-RAYNAL, avocat
Sylvie BELHASSEN, avocat
Isabelle WEKSTEIN, avocat
Caroline YADAN PESAH, avocat
Marie-Dominique KLEIN, juriste
Xavier BEBIN, juriste
Daniel POTTIER, juriste
Brice COUTURIER, producteur France Culture
Ilan DURAN-COHEN, écrivain, réalisateur
Joey FARRE, productrice
Francois MARGOLIN, réalisateur
Benoit RAISKY, écrivain
Martin BRISAC, ancien PDG d’Europe 1 et d’Europe 2
Maud TABACHNIK, écrivaine
Olivier HUTMAN, musicien
Viana HUTMAN, écrivaine
Francine GIROND, éditrice
Deborah KAUFMANN, éditrice
Edouard SPIRA, universitaire
Alexandra LAIGNEL-LAVASTINE, écrivain et journaliste
Ron AGAM, artiste
Marc ZERBIB, chirurgien
Pr Michel LEJOYEUX, psychiatre
Michel ROSENHEIM, maître de conférences des Universités et praticien hospitalier
Alain DE LA MORANDAIS, prêtre
Charles SEBRIEN, psychiatre
Dan SARFATI, professeur agrégé de mathématique
Jacques TARNERO, chercheur, écrivain
Richard ODIER, président du Centre Simon Wiesenthal
Pierre-Henri TAVOILLOT, université Paris Sorbonne, collège de philosophie
Elisabeth ANGEL-PEREZ, université Paris Sorbonne
Eric PEREZ, physicien CNRS
Robert PAPOULAR, physicien CEA
Elyette PAPOULAR, enseignante
Renaud PAPOULAR, physicien
Jean-Michel LEWERTOWSKI, chirurgien orthopédiste
David RUZIE, professeur émérite des universités
Steven SAMPSON, écrivain
Béatrice VONDERVEIDT, artiste peintre
Luc FERRY, Philosophe, ancien ministre
Bernard ACCOYER, ancien président de l’assemblée nationale
Jérôme DUBUS, conseiller de Paris, secrétaire national de l’UMP
Jean-François LEGARET, maire du IIe arrondissement de Paris
Serge FEDERBUSCH, élu parisien
Deborah MUNZER, adjointe au Maire de Nogent
Jean-Pierre LECOQ, maire du VIe arrondissement de Paris
Jean-Jacques BLANGY, président groupe PRM, Président Medef Picardie
Jane DASSONVILLE, médecin
Roger MEZIN, conseiller général de Picardie, directeur général du groupe Sup de co Amiens
Hava AMSALLEM, attachée de presse
Gil BENACIN, chirurgien-dentiste,
Valérie BENITA, opticienne
Albert BENCHITRIT
Sylvie BENCHITRIT
Gérard BOUMENDIL, chirurgien-dentiste
Romy BOUMENDIL, chirurgien-dentiste
Jacques BLOCH, consultant
Sophie DEVAT, France 3 Nice
Joakim ELBAZ, étudiant,
Elena FIERARU, retraitée,
Maxime FISCHER, directeur de société
Nathalie FISCHER, chirurgien-dentiste
Lucas FISCHER, étudiant
Roxane FISCHER, étudiante
Sandrine GANEM, créatrice
Françoise GARLIN, consultant ressources humaines
Patrick GOLDMAN, cadre commercial
Alain HABIF, consultant BTP
Stéphane HADDAD, directeur groupe Première Optique
Elie JEFROYKIN, étudiant
Michel JEFROYKIN, agent de voyages
Nathanaël JEFROYKIN, étudiant SUPELEC
Chantal LASTMAN, pédiatre
Dominique LE RAY, médecin de collectivités territoriales retraitée
Julie LEMARCHAND, négociatrice en art
Diana LEWERTOWSKI, directeur du Financement et de la Trésorerie ERAMET
Marc LIPPE
Gérard LOEB, médecin retraité
Lucien LOEB, retraité
Anne-Marie LUCAS
Jean-Pierre LUCAS,
Caroline MADSAC, chirurgien-dentiste
Franck MARCHEWKA, artisan commerçant
Isabelle MATHIEU, directrice commerciale
Olivier MATHIEU, médecin
Laurent MENDELSON, opticien
Victoria MILTON, chef de projet
Albert MOYAL, gérant de société
Elisabeth MOYAL, commerçante
Bernard MUSICANT, président de Connec’sion
Marc NAHMIAS, chirurgien-dentiste
Laurence NAHMIAS-TER MINASSIAN, médecin
Morgan OHAYON, consultant
Sarah OHAYON, étudiante
Gilbert ORENSTAIN, agent immobilier
Solange PINTO, opticienne
Thierry ROGISTER, gérant de société
Sylvie ROSPERT, assistante de direction banque d’affaires
Maurice ROUAS, directeur commercial, retraité
Nathalie ROUAS-FREIS, chercheur
Isabelle SERFATY, chef d’entreprise
Harry SCHEINFELD, médecin
Marie SCHEINFELD
Bernard SMADJA, médecin
Patricia SMADJA, chef d’entreprise
Charles SMORODYNI, humoriste,
Veronika SMORODYNI, consultante
Claude STERNBACH, salarié dans une structure de réinsertion professionnelle
Sophie STERNBACH, cadre commercial
Joseph SZWAGIER, retraité
Hélène TAIEB, urbaniste
Daniel TER-MINASSIAN, médecin
Robert TOBELEM, médecin
Anne-Marie WEIL-LEVEN, orthophoniste
François WEIL-LEVEN, retraité
Anny WEILL, enseignante retraitée
David WEILL-RAYNAL, directeur fondateur WR Conseil
Liliane ZAFRANI, galeriste
Bernard ZARD , directeur de société
Viviane ZARD, cadre marketing
Claudine ZELLER
Gérard ZELLER, chirurgien-dentiste
Alain ZINGER, chef de la circulation aérienne
Marion ZIPILIVAN, chargée de communication
Pierre Elie ZIPILIVAN, consultant
Bertrand NAPOLEON, médecin
Nicolas LEMARCHAND, médecin chef de service, hôpital Saint-Joseph, Paris
Paul DIETERLING, médecin, Nancy
Sylvain BRAJER, médecin
Gilles TOBELEM, graphiste
Marie BAILLE, photographe
Mireille GUTMAN, dentiste
Claudine SIMON, infirmière
Michèle CARMONA
Dr Strompf KRAMER
Dr Philippe DENJEAN
Pierre D. GRANDVILLIERS, chef d’entreprise à la retraite
H. PETIZON, artiste peintre
Damien CARMONA, médecin
Alexandra ANDRE, enseignante
Jacqueline PARIZOT
Pierre-Yves AZUELOS
Michèle HABIF, orthophoniste
Levana MISRAHI, psychologue

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Et si on revenait plutôt à la vraie Ve République ?

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melenchon republique bastille

melenchon republique bastille

Cher Jérôme,
Je ne te savais ni fétichiste, ni épris de numérologie. Pourtant, à la fin de ton excellent texte consacré à la popularité en berne de François Hollande, tu nous as confié qu’au lieu de te consacrer à tes activités d’écriture, tu défilerais pour donner un nouveau numéro à notre République[1. En fait, ce dimanche, les chaînes d’info continue parlaient de manifestation « contre la finance, l’austérité et pour la 6e République ». Mais toi, dans ton papier de jeudi, tu n’évoquais que la 6e République !]. Le cinq ne te plaît donc plus. Tu préfères le six. Le chômage bat des records, le destin de l’Europe se décide entre Berlin, Francfort et Bruxelles, les derniers pans de notre souveraineté sont transférés, le patronat réussit à imposer un accord défavorable aux travailleurs grâce à la complicité de la CFDT dont on raconte souvent avec raison qu’en cas de rétablissement de l’esclavage, elle négocierait le poids des chaînes. Et toi, tu as donc manifesté hier pour qu’on change de numéro à la constitution.
Tu vas me dire que j’exagère. Que cette VIe République mélenchonienne a un contenu. Qu’on ne peut pas préjuger de ce que sera ce contenu puisque c’est une Constituante élue qui en décidera. Moi je vois très bien à quoi elle pourrait ressembler si des élections chargées de désigner les membres de cette assemblée constituante donnait une majorité au Front de Gauche. On commencerait par décider que le président de la République n’est plus élu au suffrage universel direct. Comme tu as consacré un texte à Napolitano, tu pourrais en écrire un nouveau sur Giscard, que les parlementaires réunis à Versailles pourraient renvoyer à l’Elysée. Ce ne serait pas non plus la IV e République – n’exagérons rien – car vous y ajouteriez des procédures comme ce fameux référendum révocatoire qui existe en Amérique Latine ou dans certains Etats ou Cantons fédérés (tiens, tiens…) d’Amérique ou de Suisse. Vous interdiriez à juste titre qu’un haut fonctionnaire du Trésor puisse, par exemple, passer dans la Banque, puis revenir dircab du ministre des finances avant de présider aux destinées d’un gazier privatisé. Et ce serait une fort bonne idée même si on se demande très franchement en quoi il serait impossible d’exiger la même chose avec le numéro V. On aboutirait donc à une espèce de mélange entre la IIIe République française, le canton du Tessin et un conseil régional. On me dira, une France sans souveraineté peut très bien s’accommoder de telles institutions. C’est justement acter le fait que la France-puissance mondiale, c’est terminé. Dans la bouche d’Alain Minc et Pascal Lamy, je peux le concevoir. Mais dans la tienne ? La force conférée par l’élection au suffrage directe du peuple, lors de scrutins où l’abstention est la moins forte, est à peu près tout ce qui nous reste. Même avec de mauvais présidents, par la grâce de cette décision du Général De Gaulle avalisée par les Français en 1962, nous pouvons encore faire illusion. Ainsi Jacques Chirac décida de reprendre les essais nucléaires, obligea les Etats-Unis à se passer de l’accord des Nations-Unies pour envahir l’Irak, et Nicolas Sarkozy prit la meilleure décision de son quinquennat au plus fort de la crise financière en imposant le G20. Par ailleurs, puisque c’est tout de même la démocratie et son indissociable souveraineté – nationale et populaire – qui te soucie autant que moi, y a-t-il eu lors de ces cent dernières années, France plus souveraine que celle du Général de Gaulle ? La Ve République n’était pas encore défigurée par toutes les réformes qu’elle a eu à subir, du funeste quinquennat aux révisions préalables à des traités européens. En 1965, sais-tu qui fut le premier à recevoir la confidence du Général De Gaulle concernant sa candidature à un prochain mandat ? L’ambassadeur soviétique ! Peut-être que le PCF a toujours été officiellement un adversaire de cette « constitution liberticide », imprimant en 1962 des affiches du Général étranglant Marianne. Mais, officieusement ? Cette anecdote en dit long, non ? Alors, c’est vrai, la Ve République d’aujourd’hui ne ressemble plus beaucoup à celle de 1967. On pourrait même écrire que nous sommes déjà passés à une VIe République lorsque le Peuple a malheureusement accepté, le 24 septembre 2000, de raccourcir le mandat présidentiel. Plutôt que d’élire une constituante avec des partis qui reprendraient au Chef de l’Etat le peu de pouvoirs que la France conserve encore, proposons de rallonger le mandat présidentiel, quitte à le rendre non renouvelable. Demandons qu’on précise dans la constitution que seul le Peuple est habilité à autoriser la ratification de traités comprenant des transferts de souveraineté[2. Et modifions le mode de scrutin, ce qui n’est pas du domaine constitutionnel. De Gaulle n’était pas à cheval sur le scrutin majoritaire et expliquait que le mode de scrutin était affaire de circonstances.]. Revenons, en fait, à l’esprit originel de la Ve République, plutôt que vouloir l’achever.
Cher Jérôme, je ne comprends pas très bien. Il y a quelques semaines, tu te demandais pourquoi diable des citoyens allaient manifester contre une réforme sociétale alors que les urgences étaient assurément ailleurs. Il se trouve que tu prêchais un convaincu. Alors que je pense toujours beaucoup de mal de la loi Taubira, je n’ai pas défilé, sans doute parce que ma culture est moins « manif » que la tienne et que, de ce fait, je sélectionne beaucoup plus sévèrement mes marches. À moi de poser cette question : pourquoi diable as-tu marché hier pour affubler à nos institutions un numéro de milieu défensif ?

*Photo : Cédric Cousseau (Nouvel Observateur).

Desproges de A à Z

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Pierre Desproges a disparu d’une manière inexplicable il y a un quart de siècle, nous laissant un héritage poétique et humoristique incomparable, fait de chroniques, d’articles, de textes de scènes, de programmes télévisés et d’émissions de radio : une somme que vient de rééditer le Seuil. L’occasion de faire un petit tour d’horizon de Desproges, de A à Z.
A. L’Aurore. René Goscinny n’aimait pas qu’on le qualifie d’humoriste. Pierre Desproges n’aimait pas qu’on fasse de lui un écrivain. Il confiait : « Tout ce que je fais passe par l’écriture. Écrivain c’est à la fois trop restrictif et trop pompeux. Je suis quelqu’un du verbe. Je préfère le mot « écriveur » ». Desproges commence dans l’écriture dans les années 70 en tant que journaliste, dans les colonnes du quotidien un brin réactionnaire, et aujourd’hui disparu, L’Aurore. Il s’adonne à l’ivresse des « actu générales » et se fâche au passage avec l’idole des jeunes de gauche, Jacques Mesrine, qu’il qualifie de « fanfaron suicidaire ». L’ennemi public n°1 lui répond par courrier : « J’ai connu beaucoup de clowns qui, s’amusant à mes dépens, ont fait leur dernier tour de piste ! » Peu après, le journal confie à Pierre la charge de brèves humoristiques.
B. Brassens. (Georges) Pierre Desproges a enregistré quelques disques méconnus, qui ont tous frôlé l’accident industriel. Depuis sa jeunesse il écrit des chansons, paroles et musiques, qu’il destine à ses amis et dulcinées. Il a un modèle – en musique, en humour et en poésie : Georges Brassens. Il voit surtout en lui un artiste qui ne s’est jamais compromis, ni auprès de son public, ni auprès de la profession. Brassens l’anar individualiste qui chantait « Je ne fais pourtant de tort à personne en suivant mon chemin de petit bonhomme… » ne pouvait qu’inspirer le misanthrope bougon des Chroniques de la haine ordinaire. Et puis – Ô miracle ! – un beau soir Brassens téléphone à Desproges pour lui dire tout le bien qu’il pense de son travail. Pierre bredouille : « Merci ».
C. Cyclopède. Avant que la télévision ne soit plate et insipide, il pouvait lui arriver d’avoir une certaine épaisseur. Au cours de son histoire certains ont même essayé de faire du « programme de télévision » une forme d’art. Pierre Desproges, est un de ceux là. Quand Serge Moati, à la tête de FR 3 depuis peu, propose à Pierre de rejoindre la chaîne publique au début des années 80, le sacripant développe un joyau comique… un programme court, centré sur le personnage de Cyclopède, savant bouffon, ayant réponse à tout, et un avis burlesque sur les problématiques les plus diverses… du type « Démoralisons une majorette », « Apprenons à faire décoller une alsacienne », « Dissolvons la monarchie absolue dans l’acide sulfurique » ou encore  « Rentabilisons la minute de silence ». Réalisées par Jean-Louis Fournier, ces miniatures comiques, sobres et percutantes, sont – de l’avis même de Pierre – ce qu’il a fait de mieux ; et elles ont divisé la France en « imbéciles qui aiment et en imbéciles qui n’aiment pas ».

I. Icône. Il existe à Châlus, en Haute-Vienne, un collège qui porte le nom de Pierre Desproges. Normal, il vient de là… Mais il existe aussi des salles des fêtes à son nom, des théâtres, des rues, des contre-allées, des impasses… Une journée ne se passe pas sans qu’un pitre de télévision n’évoque son trop fameux aphorisme « On peut rire de tout mais pas avec n’importe qui… ». On lui dresse des statues médiatiques. Des mausolées de mots. On l’imagine – pardon, on le fantasme – en icône de l’antiracisme car on a le souvenir de sa prestation mordante de procureur de fantaisie au « Tribunal des flagrants délires » de France Inter face à l’invité Jean-Marie Le Pen, à l’orée des années 80. Il ne faudrait pas oublier que Pierre détestait toutes les formes de bêtise, en général… à commencer par cette tendance regrettable à créer des icônes.
P. Potache. Repéré par Jacques Martin alors qu’il s’épuisait chaque jour avec bonheur dans la presse quotidienne, Pierre Desproges a enfin l’occasion de faire ses premières armes à la télévision en 1976 dans « Le Petit Rapporteur » sur TF1. Espiègle, il assaisonne l’émission de séquences potaches et inexcusables, comme cette interview littéraire délirante de Françoise Sagan durant laquelle il lui montre une photo de son chien, et lui fait des compliments sur la texture de sa robe. Le meilleur rôle de Sagan. Subjuguée à jamais.
S. Scène. Sans son ami Guy Bedos, Pierre Desproges n’aurait certainement jamais franchi le pas du « one man show ». Certes, il avait déjà fait ponctuellement le pitre sur scène, notamment avec Thierry le Luron, mais il n’avait jamais affronté le public en solo. C’est fait en 1984 au Théâtre Fontaine, puis en 1986 au Théâtre Grévin. Pierre, malade, travaillait encore au seuil du grand saut sur un dernier spectacle dont le nom de code était « Ouanne manne chaud ». Un fragment de cette époque révèle un Desproges mélancolique : « J’aimerais tellement vous émouvoir… Qu’est-ce qu’il a de plus que moi, Paul Claudel ? » Parmi les petits trésors de cette production pour la scène on retiendra « Ondine » (1986), sketch – ou plutôt poème en prose – révélant toute la virtuosité de son langage. « Ondine ! On dine ! » Ha ha ha ! Toute la stand up comedy à la française n’a pu, et ne pourra jamais plus faire sans l’héritage scénique de Pierre…
V. Vialatte (Alexandre). Pierre Desproges adorait Alexandre Vialatte. L’inverse est moins vrai. Vialatte étant décédé en 1971, il n’a pas eu l’heur de découvrir à quel point son esprit poétique et fantaisiste avait pu inspirer avec bonheur son cadet. Plutôt précurseur, en un temps où la prose du divin auvergnat était encore assez confidentielle, Desproges n’a cessé de vanter celui qui pensait en paradoxes et cheminait en montagnard… « Je le répète une fois de plus à l’intention des étudiants en lettres qui commencent à savoir lire dès l’âge du permis de conduire, on peut très bien vivre sans la moindre espèce de culture. Si vous n’êtes pas capable de vous priver d’un seul épisode de Dallas pour lire un chapitre des chroniques d’Alexandre Vialatte, dites-vous bien que ça ne vous empêchera pas de mourir d’un cancer un jour ou l’autre. Et puis quoi, qu’importe la culture ? Quand il a écrit Hamlet, Molière avait-il lu Ronsard ? Non. » Vialatte, terminait avec malice chacune de ses chroniques de La Montagne – quel qu’en soit le sujet – par son légendaire « Et c’est ainsi que Allah est grand » ; Desproges finira chacune de ses chroniques de France Inter par « Quant à ces féroces soldats, je le dis, c’est pas pour cafter, mais y font rien qu’à mugir dans nos campagnes » Les mauvaises langues disent qu’il lui a tout pillé. Les vialattiens, eux, savent très bien que Desproges a surtout contribué à le faire connaître…
Z. Zut. Zut, Desproges est mort. Trop tôt.

Tout Desproges, Seuil, 2013.

*Photo : Monsieur Cyclopède.

Le nihilisme apocalyptique d’Albert Caraco

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nihilisme caraco cioran

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1. À QUOI BON JOUER LES PROPHÈTES ?

Albert Caraco était un homme courtois, approuvant toutes les sottises et se gardant de paraître plus savant ou plus spirituel qu’il ne l’était. C’est ainsi qu’il se décrit et c’est ainsi qu’il m’est apparu quand je l’ai croisé à Lausanne, aux éditions L’Âge d’Homme, à la fin des années 1960. Il vivait alors avec son père au Beau-Rivage Palace et publiait en Suisse, ce qui permettait aux critiques français d’ignorer son oeuvre. Cet homme effacé, presque insignifiant, portait en lui un secret, un secret que je découvre aujourd’hui seulement, près de quarante ans après sa mort. Ce secret, c’est qu’il concoctait une oeuvre si féroce, si dévastatrice, si prophétique qu’il fallait être mentalement dérangé pour y succomber. Lui-même, il le pensait, ne pouvait qu’en être la victime consentante. Il vivait dans l’ombre de la mort. Et son père, « Monsieur Père », était le dernier lien qui l’attachait à la vie. En le voyant dormir, il songeait que, s’il ne s’éveillait pas un beau matin, il le suivrait de bonne grâce. Il ne tenait pas à marcher sur ses traces. « Ah ! Quelle horreur que la vieillesse ! Plutôt mourir sept fois ! », écrivait-il. Quelques heures après la mort de « Monsieur Père », il se pendit, imprimant ainsi à son oeuvre un sceau d’authenticité dont nul ne se soucia.[access capability= »lire_inedits »]
Caraco considérait le plaisir sexuel comme un esclavage, ce qui le conduira à la continence. La seule idée d’avoir des enfants le révulsait. « S’il régnait un peu de logique dans les têtes, écrit-il, l’homme ayant six enfants serait un criminel, car il revient au même désormais d’avoir six condamnations ou six poupards. » Il se moquait également de l’amour maternel, un préjugé dont il convenait par simple hygiène intellectuelle de se débarrasser au plus vite, ce qu’il fit dans un livre sublime, Post Mortem, qui débute ainsi : « Madame Mère est morte. Je l’avais oubliée depuis assez longtemps, sa fin la restitue à ma mémoire, ne fût-ce que pour quelques heures, méditons là-dessus, avant qu’elle retombe dans les oubliettes. Je me demande si je l’aime et je suis forcé de répondre : non. »
On lui a reproché ces paradoxes : ils seront bientôt des lieux communs. Inutile d’insister sur ce point : l’amour de la vie rappelle à Caraco l’érection de l’homme que l’on pend. Et il attend de la mort qu’elle l’affranchisse d’une vie qu’il méprise autant qu’il la hait. Rarement un homme aussi discret, courtois et cultivé aura manifesté des sentiments d’une telle violence dans une langue aussi châtiée.
Le suicide de Caraco passa aussi inaperçu que ses livres. Il n’était pas un rentier du désespoir. Il était le désespoir même. Si je suis passé à côté de lui, comme beaucoup d’autres, c’est que ses propos racistes m’insupportaient et que la préciosité de son style me déconcertait. Il soutenait que la France, après avoir collaboré avec les Allemands, avait une seconde fois en une génération choisi le mauvais parti, celui des nations arabes par haine invétérée des juifs. « Ce que la France, écrivait-il, ne pardonne pas au peuple d’Israël, c’est d’avoir retrouvé le chemin de l’honneur et de n’avoir pas capitulé comme elle. Au moment où les Juifs sont devenus un peuple militaire, la France aura cessé de l’être […] Les misérables rédacteurs du Monde se trompent avec application et depuis force années, ce qu’ils écrivent paraît destiné plus souvent aux Arabes qu’aux Français, ils arabisent les Français, ils les négrifieront bientôt… » C’est dire si, en dépit de mon admiration pour Israël, l’amère pilule caracolienne me restait au travers de la gorge.
Certes, mon ami Cioran tenait à peu près les mêmes propos dans l’intimité. Il n’était pas loin de penser, comme Caraco, que les Arabes étaient un peuple en trop, rongé par le fanatisme pour lequel la castration serait une charité. Il est vrai qu’ils étaient l’un et l’autre des lecteurs d’Oswald Spengler et moi de Salut les Copains et de Playboy. Freud ne vint que plus tard. Je n’aimais pas leur racisme, encore une fois, mais comme eux, je ne doutais pas que la tolérance fût une duperie et le respect une forme de délire hypocrite. Quant à la fraternité, Caraco écrivait dans son Bréviaire du chaos que nous oublions un peu facilement que ceux d’en face sont des mendiants et des vengeurs, laids, malsains, vicieux, cruels et despotiques, plus roués et menteurs que nos sophistes à la mode. J’étais d’accord avec lui. Il visait Sartre, bien sûr, et à travers lui tous les faux-monnayeurs d’un monde plus juste.

2. L’HÉRITIER DE NIETZSCHE

Rien ne serait plus faux que d’imaginer Albert Caraco sous les traits d’un vieux ronchon, vivant reclus et nourrissant par dépit une vision du monde un peu rance. Il naît à Constantinople, le 8 juillet 1919, dans une famille de banquiers juifs. Soucieux de donner à leur fils unique l’éducation la plus cosmopolite, ses parents l’entraîneront successivement à Vienne, à Prague, à Berlin, puis à Paris où il fera ses humanités à Janson-de-Sailly, avant qu’il ne soit obligé de s’exiler en Amérique latine où il obtiendra non sans mal la nationalité uruguayenne qu’il conservera jusqu’à sa mort, en 1971. Il écrira indifféremment, comme Cioran d’ailleurs, en allemand, en espagnol, en anglais et en français, goûtant les civilisations à leur apogée : la France du xviiie siècle, la Chine des Ming et, bien sûr, l’Angleterre des grands excentriques, le docteur Samuel Johnson notamment – et l’Allemagne des philosophes. Caraco se considérait d’ailleurs comme l’héritier de Schopenhauer et de Nietzsche. Il ne doutait pas qu’un jour, un jour lointain certes, les Français finiraient par l’adorer, tout comme les Allemands ont adoré Nietzsche : « J’écris le français comme Nietzsche l’allemand, je me sens l’héritier du philosophe et l’on m’appellera demain le légataire du prophète », écrit-il dans Ma Confession. Ce jour tant attendu est-il enfin arrivé ? C’est fort probable. Caraco était inaudible. Il est en passe de devenir l’auteur européen par excellence. Un penseur sereinement et froidement athée qui ne se fait d’illusions sur rien, traitant Dieu comme un monstre, les théologiens comme les architectes de chambres de torture, Kant comme l’auteur d’un chef-d’oeuvre de naïveté avec son projet de paix perpétuelle.

3. CIORAN AVANT CIORAN

La pensée de Caraco, comme celle de Cioran, gravite inlassablement autour des mêmes obsessions : le suicide, l’extermination, le racisme, le déclin de l’Occident, la religion, l’inconvénient d’être né, la chasteté et la luxure… Weininger, Wittgenstein et Karl Kraus sont ses frères d’armes. Si l’un, Cioran, est un ermite mondain, l’autre, Caraco, est un banni. Si l’un feint de ne pas adhérer à ses délires, l’autre ne cesse de s’y plonger et, parfois, de s’y noyer. Cioran a compris qu’en France, il lui faudrait pour survivre jouer un double jeu. Il avance masqué, dissimulant un passé de jeune fasciste roumain qui le discréditerait. Caraco ne cache pas son jeu… mais personne ne veut jouer avec lui. Même Cioran tiendra à l’écart Caraco. Il faut lire à ce sujet les souvenirs de Louis Nucera dans Mes ports d’attache, un des rares admirateurs, avec Raphaël Sorin, de cet imprécateur disqualifié moins par l’outrance de ses propos que par le fait qu’il ne les tourne pas en dérision. Pourtant, il ne manque pas d’humour. Son Supplément à la Psychopathia sexualis de Krafft-Ebing le prouve amplement. Caraco ne transigeait pas : son suicide, à 54 ans, dans la solitude la plus totale, était la conclusion logique de son nihilisme apocalyptique. Cioran, lui, sera enterré en grande pompe dans une église orthodoxe, conclusion non moins logique de son nihilisme frivole.
Je me demande en mettant un point final à cet article pourquoi je trouvais Caraco odieux dans ma jeunesse et pourquoi je le juge maintenant plus fraternel − plus franc en tout cas − que tous ceux qui professent un humanisme de façade.
Je vous laisse le soin de répondre à ma place.[/access]

Avec Mélenchon, en avant vers la IVème République !

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republique bastille melenchon

republique bastille melenchon

J’apprécie Jean-Luc Mélenchon. Son talent, ses références républicaines, la vigueur de sa campagne présidentielle, et sa capacité à mettre les « chiens de garde » sur la défensive.  Le spectacle récent de David Pujadas, crispé, abandonnant sa suffisance goguenarde m’a procuré un vrai plaisir. J’ai voté pour Jean-Luc Mélenchon aux deux tours des élections présidentielles (si, si). Mais depuis, je suis un peu interloqué. Le choix désastreux d’Hénin-Beaumont pour les législatives, le soutien obtus aux diversions sociétales, les facilités de langage trop fréquentes finissent par susciter quelques interrogations.
Le mot d’ordre de la manifestation du 5 mai, « Vers la VIe République », a réveillé ma vieille tendresse du juriste pour le droit constitutionnel.
Effectivement, la crise que notre pays traverse est à la fois économique, politique, morale, culturelle mais aussi institutionnelle. Nous vivons sous l’empire d’une constitution âgée de 55 ans et qui, au départ, portait fortement l’empreinte de son initiateur. Elle a connu depuis tant de révisions, de modifications et d’accommodements qu’elle n’a plus grand-chose à voir avec le dispositif initial. Montesquieu disait qu’il ne fallait toucher à la loi « que d’une main tremblante ». Alors, pensez, la Constitution. Concernant celle du 4 octobre 1958, c’est carrément la maladie de Parkinson ! 24 révisions, chaque nouveau Président veut désormais la sienne. La prochaine fois, ce sera pour retirer le mot « race » de la Constitution. Tout à fait essentiel et urgent.
Cela étant, il y aurait un vrai débat à mener sur ce que notre texte fondamental, le socle juridique du pacte républicain, est devenu au travers de toutes ces évolutions. Le rôle envahissant du Conseil constitutionnel, nullement prévu comme tel au départ, le raccourcissement de la durée du mandat présidentiel, le couplage des élections présidentielles et législatives, autant de sujets, d’ailleurs passionnants. Alors, mener l’évolution jusqu’au bout ? Abandonner ce système semi-présidentiel pour revenir au parlementarisme ? Repenser la décentralisation ? Eh bien pourquoi pas ? En tout cas, pourquoi ne pas avoir ce débat ?
Mais, et c’est là que le bât blesse, encore faut-il le mener sérieusement.
Un petit tour sur le site Internet du parti de gauche, une fois lu le « dossier » consacré à ce sujet, c’est l’accablement ! Erreurs, approximations, incompétence et désinvolture. Et c’est comme cela que Jean-Luc Mélenchon veut faire de la politique ? Je n’ai pas ouvert les autres « dossiers » en particulier économiques, ayant peur d’y trouver le même consternant amateurisme.
Florilège. « Une constitution d’un autre temps ». Ah bon, une constitution, c’est conjoncturel ? Celle de la IIIe République a duré 67 ans, et celle des Etats-Unis est là depuis 1776…
« En 1958, le Général de Gaulle impose la dictature temporaire en cas de péril de la Nation (article 16), tout en sanctuarisant la fonction de président de la République. » Ça démarre  fort ! Pourquoi commencer par là ; que signifie cette rédaction qui n’a littéralement ni queue ni tête ? Il existe effectivement un article 16 qui donne des pouvoirs très importants au président de la République en cas de « péril de la nation ». Celui-ci, qui ne prévoit en aucun cas une dictature, a été utilisé une seule fois en 1961, à l’occasion du putsch d’Alger qui avait mis le pays au bord de la guerre civile. Excusez du peu. Quel rapport avec la « sanctuarisation de la fonction de Président » ? L’objectif est-il de nous faire croire qu’en fait, Charles de Gaulle avait installé en 1958 une dictature ?
La suite est du même tonneau. « Le président, une fois élu directement par le peuple, ne connaît aucune contrainte politique… il a droit de vie et de mort sur les autres représentants directs de la nation… » Comment, peut-on proférer de pareilles âneries? De quoi parle-t-on ? Que signifie ce galimatias ?
« Le gouvernement est encore plus asservi que les autres puisqu’il est nommé et congédié à volonté par le Président. » Tout ceci est juridiquement et historiquement faux. Que dit la Constitution ?  « Le Président de la République nomme le Premier Ministre. Il met fin à ses fonctions sur la présentation par celui-ci de la démission du Gouvernement. Sur la proposition du Premier ministre, il nomme les autres membres du Gouvernement et met fin à leurs fonctions. »[1. Article 8 de la constitution du 4 octobre 1958.] C’est quand même très clair.  Et c’est bien ce qui se passe. Le décret de nomination de chacun des ministres est signé par le président de la République et contresigné par le 1e ministre. Confirmation par les trois  « cohabitations » qu’a connues la Ve République. Le Président nomme en effet le premier ministre, mais cette nomination n’est pas opératoire, si elle n’est suivie d’un vote de confiance du parlement. Jacques Chirac (1986), Édouard Balladur (1993) ont  bien été « imposés » à François Mitterrand par le Parlement, ainsi que Lionel Jospin à Jacques Chirac en 1997. Drôle de  « droit de vie et de mort ».
Et pour conclure le flingage du Président de la république de la Ve, ce petit chef-d’œuvre : « Résultat : le président gouverne et légifère sans contre-pouvoir ni contrepartie. » Là, on est carrément dans le barbarisme juridique. Le Président légifère ? Mais enfin, vous avez vu ça où ?  Chers amis du Parti de Gauche, vous avez arrêté  vos lectures aux actes constitutionnels de l’Etat français adoptés  à Vichy en juillet 1940 ?  Désolé, mais sous la Ve, c’est le parlement qui légifère. Et c’est le  gouvernement qui « gouverne et conduit la politique de la nation », pas le Président[2. Article 20 de la constitution du 4 octobre 1958.]. Cette bévue dans une copie d’étudiant de première année, c’est la note éliminatoire assurée.
Après avoir tenté de disqualifier la constitution de 1958 dans son contenu en racontant n’importe quoi, il faut maintenant prétendre qu’elle a été adoptée grâce à un coup de force et que sa pratique a été essentiellement dictatoriale. « Qu’on se souvienne du premier acte de la procédure constituante entamée à la suite du coup de force d’Alger en mai 1958. » Il se trouve que je m’en souviens. Cette formulation fait bon compte de la réalité historique. Elle veut faire croire que Charles De Gaulle a été porté au pouvoir par un coup d’Etat. Sauf que c’est justement la parlementariste IVe République qui l’a appelé, pour éviter le coup d’Etat fomenté par les militaires qu’avaient installés les socialistes à Alger. La IVe lui a confié les pleins pouvoirs par un vote démocratique de la Chambre et Charles De Gaulle a été son dernier Président du conseil.
Et le festival continue : « Le troisième (acte) a été de forcer la main du peuple en lui présentant un projet de constitution en forme de salut de la patrie en danger sans lui avoir permis d’en débattre à aucun moment de son élaboration. » Cette présentation est carrément stupide. Voilà un peuple qui s’est fait forcer la main à 82,6 % ! Et qui, jusqu’à une date relativement récente, s’accommodait bien de ce qu’on lui avait « fourgué », comme en témoignent les taux de participation élevés à la principale des consultations. Et il est également complètement faux de prétendre que cette constitution serait tombée du ciel. Les débats sur un nouveau modèle institutionnel ont commencé dès la France Libre, devant le spectacle de l’effondrement de la IIIe République. Charles De Gaulle a quitté le pouvoir en janvier 1946, en constatant le retour au parlementarisme. Son fameux discours de Bayeux, dans lequel il développe ses idées sur ce que devrait être la constitution de la France, est prononcé le 16 juin 1946. Il fera l’objet de débats tout au long la IVe République. Le comité chargé de rédiger le projet de constitution de 1958 comprenait tous les partis à l’exception des communistes.
Poursuivons : « Lorsqu’un référendum est organisé, s’il ne sert pas à confirmer la volonté du président, il est purement et simplement ignoré, comme en 2005. » Il y a eu plusieurs référendums sous la Ve République, les résultats ont toujours été respectés, sauf bien sûr celui du TCE. Et la forfaiture  du traité de Lisbonne a bénéficié du soutien du Parti socialiste, dont on n’a pas le souvenir que Jean-Luc Mélenchon en ait, à ce moment-là, claqué la porte. Et rappelons-nous, l’horrible dictateur de 1958, celui qui avait « forcé la main au peuple », a quitté instantanément le pouvoir pour avoir été mis en minorité au référendum de 1969.
Et puis il y a, inévitable, la référence au Venezuela. Nouvelle Mecque de « l’écosocialisme ». « Voilà pourquoi comme dans la France de 1789 et 1792, le Venezuela a d’abord alphabétisé les pauvres pour leur donner les moyens de s’impliquer et a lancé des campagnes d’éducation populaire à propos précisément du changement de la règle du jeu politique. » Que veut dire cette bouillie ? Qu’est-ce que cette référence à 1789 et 1792 fait là ? La France aurait lancé à cette période des campagnes d’alphabétisation pour que les pauvres s’impliquent dans le processus institutionnel de la révolution ? Première nouvelle. Rappelons quand même qu’à cette époque, le suffrage y était censitaire et uniquement masculin. Même pour l’élection de la convention de septembre 1792. On atteint là, en se moquant du monde, des sommets de niaiserie.
Ensuite, comment lancer ce « gigantesque débat public » permettant « au peuple de s’en approprier les enjeux » afin d’aboutir (quand même) à… un référendum ? « Un président Front de gauche pourra comme tous ses prédécesseurs recourir à l’article 11 de la constitution actuelle. » Nouveau mensonge. La constitution de 1958 prévoit une procédure de réforme constitutionnelle (déjà largement utilisée)[3. Article 89 de la constitution du 4 octobre 1958.]. Donc si l’on comprend bien, il faut s’en affranchir. Seul De Gaulle, une seule fois, proposa l’utilisation de cet article pour une révision constitutionnelle. Un référendum permit l’instauration de l’élection du président de la République au suffrage universel en 1962. Les juristes de l’époque, quasi unanimes, ainsi que l’ensemble de la classe politique, avaient considéré qu’il s’agissait là d’une violation constitutionnelle. Le gouvernement Pompidou fut renversé. Mais la question était simple, et De Gaulle fut massivement approuvé par référendum. Cependant, lui seul pouvait se permettre cette privauté. Un président Front de Gauche n’ayant pas la même envergure historique aurait peut-être plus de difficultés…
On dispensera de la lecture du reste, tissu d’erreurs factuelles, d’approximations juridiques, le tout dans un jargon fleurant bon son volontarisme gauchiste.
Plusieurs questions viennent à l’esprit : tout d’abord, comment peut-on à ce point se moquer de ses militants, de ses sympathisants, et de ses électeurs ? Comment justifier cette désinvolture ? Qui plus est sur un sujet qui est la base d’un des plus importants mots d’ordre actuel du Parti de Gauche. Est-ce que sur tous les thèmes mis en avant, l’appareil théorique est aussi faible ?
La deuxième, est relative à l’auteur de ce document inepte. Il est signé Charlotte Girard, militante du PG, universitaire et maître de conférences en droit public à l’université de Rouen. Le site Bakchich info l’annonce professeur de droit constitutionnel.
Trois  hypothèses. Soit le texte a été écrit par un permanent de passage et elle a accepté de le signer. Soit sa signature a été usurpée. Soit elle en est vraiment l’auteur. Aucune n’est vraiment rassurante. De toute façon, un mot vient immédiatement à l’esprit pour qualifier cette façon de travailler et le résultat obtenu : amateurisme.
Dites, camarades pour le passage à la VIe, vous ne semblez pas être tout à fait au point. En attendant,  peut-être serait-il plus raisonnable de conserver la Ve ?

*Photo : Khomille.

Il était une fois le Canada

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canada frederic bastien

canada frederic bastien

Dans la mare, le pavé de l’Histoire est jeté. Les conclusions de l’historien québécois Frédéric Bastien dans son dernier ouvrage, La bataille de Londres, sont fracassantes[1. Pour mémoire, le Canada est une fédération dont le chef d’État est la reine d’Angleterre. Le Canada moderne (ou fédération canadienne) est né en 1982 lorsque sa constitution a été rapatriée de Londres à Ottawa, lui permettant ainsi d’acquérir sa complète souveraineté : c’est ce que l’on appelle le rapatriement constitutionnel.]. L’auteur révèle qu’en 1982, lors du rapatriement de la Constitution canadienne, acte de naissance du Canada moderne, la Cour suprême aurait délibérément bafoué le sacrosaint principe de séparation des pouvoirs. Se pourrait-il alors qu’un « coup d’État démocratique » soit à l’origine du pays de l’érable ?
Après plusieurs années de recherche dans les archives britanniques du Foreign Office, Frédéric Bastien dévoile les dessous du premier référendum sur la souveraineté du Québec en 1980 et les secrets du rapatriement constitutionnel. Selon Bastien, lors du référendum, le gouvernement Thatcher était prêt à reconnaître officiellement une victoire du Oui. Les Britanniques considéraient en effet le Québec comme un État potentiellement viable. John R. Rich, consul britannique à Montréal, écrivait d’ailleurs : « Même si l’idéal pour nous est un Canada qui reste fort et uni, nous devons traiter le Canada français comme une entité distincte, même à l’intérieur de la Confédération. Si le Québec devenait indépendant, il formerait un État viable, le Parti Québécois envisage de demeurer membre du Commonwealth et de l’OTAN. Nous devons songer à l’avenir de nos relations dans l’éventualité de l’indépendance ».
Malgré tout, le Non l’emporta. Cette victoire permit à Pierre Elliott Trudeau, Premier ministre du Canada à l’époque, de rapatrier la Constitution canadienne de Londres, et d’y intégrer une Charte des droits et libertés encadrant les droits linguistiques et politiques des citoyens. En réalité, Trudeau cherchait à gommer le dualisme canadien originel, qui liait l’Amérique britannique et l’Amérique française, en prônant un « pluralisme culturel de la société canadienne ». Francophones et anglophones n’allaient pas manquer de réagir à ce projet multiculturel.
Sur les dix provinces canadiennes, huit (dont le Manitoba, la Colombie-Britannique, le Québec, Terre-Neuve, l’Île du Prince-Édouard et l’Alberta) s’étaient opposées à l’insertion de cette Charte dans la Constitution. Elles désiraient avant tout préserver leurs spécificités culturelles. Malgré ces divergences, Trudeau était persuadé que les Britanniques allaient immédiatement appuyer son projet. Tel ne fut pas le cas. Pour Margaret Thatcher, il revenait en effet aux Canadiens de décider de la nécessité d’une telle charte. À l’aube des années 1980, le rapatriement constitutionnel et l’unité nationale du Canada, unilatéralement voulu par Trudeau, étaient fortement compromis.
Entre Londres, Ottawa et les provinces canadiennes, s’est alors engagée une saga diplomatique sans précédent. Thatcher, qui voyait d’un mauvais œil les affinités entre Trudeau, l’URSS et Cuba, céda finalement, en s’engageant à faire valider son projet par Westminster au moment opportun. Elle désirait, entre autres, conserver de bonnes relations diplomatiques avec le gouvernement fédéral canadien en dépit de l’opposition des provinces. La Dame de fer ne pouvait oublier le sacrifice des milliers de Canadiens pour défendre l’Empire de Sa Majesté.
Parallèlement, la Cour suprême du Canada avait été saisie pour statuer sur la légitimité du rapatriement constitutionnel. Particulièrement favorable à la Charte, Bora Laskin, juge en chef de la Cour, rencardait les gouvernements britannique et canadien sur l’état des délibérations des juges. Trudeau a ainsi pu compter sur le soutien du juge Laskin, qui lui devait d’ailleurs sa nomination. À l’évidence, le principe de séparation des pouvoirs avait trouvé son exception.
Dans la soirée du 4 novembre 1981, cyniquement baptisée « nuit des longs Couteaux », Trudeau réussit finalement à imposer son projet à toutes les provinces canadiennes, à l’exception de la Belle Province. René Lévesque, Premier ministre du Québec, considérait en effet que le multiculturalisme sapait les fondements de l’identité francophone québécoise et que la Charte favorisait un gouvernement des juges. Il avait d’ailleurs souvent accusé le gouvernement fédéral de fomenter un coup d’État. Il ne croyait pas si bien dire. Le haut commissaire britannique à Ottawa, John Ford, admettait également qu’une « véritable tentative de coup d’État dans le but de modifier l’équilibre des pouvoirs dans la Confédération » était en train de se produire.
En définitive, Frédéric Bastien couvre d’une remarquable manière cette épopée canado-britannique en alliant talent littéraire et rigueur historique. Il lui aura fallu huit années d’enquête pour découvrir que le Canada moderne s’apparente à un château de sable, aussi difficile à construire que facile à détruire. Rien d’étonnant à ce que l’ouvrage fasse un véritable carton en librairie. Rien d’étonnant non plus à ce qu’il déchaîne les passions outre-Atlantique. Ironie de l’histoire, le livre est sorti le 8 avril dernier à Montréal, jour où la Dame de fer s’éteignait.

Frédéric Bastien, La bataille de Londres. Dessous, secrets et coulisses du rapatriement constitutionnel, Boréal, 2013. 

*Photo : Thompson Rivers.

L’aède de Bruxelles

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christopher gerard quolibets

christopher gerard quolibets

Avec ses costumes trois pièces anthracite, Christopher Gérard paraît tout droit sorti d’un tableau de Magritte. Pour belge et natif de New York qu’il soit, cet écrivain mécontemporain goûte peu le no man’s land qu’est devenue l’Europe de Bruxelles, jalonnée par les kebabs-frites et les fast-foods américanisés. L’an dernier, ce triste asphalte lui inspira l’amusant Vogelsang, une histoire de vampire en quête de sang neuf dans une avenue Louise décomposée par la modernité finissante.

Moins réac que traditionaliste, ce païen invétéré – dont il faut lire le délicieux bréviaire spirituel La Source pérenne (L’Âge d’homme, 2007) – vibre devant un temple athénien, une gravure d’Hypatie ou une biographie de l’Empereur Julien[1. Surnommé « l’apostat » pour sa réhabilitation du paganisme dans l’Empire romain devenu chrétien, avant Napoléon, il fut le premier monarque à avoir été couronné à Paris, dans l’actuel square de Cluny, comme aime le rappeler Gabriel Matzneff.].

Ses 68 exercices d’admiration littéraires réunis dans Quolibets portent l’inaltérable empreinte de cette vieille Europe. Quod libet nous disaient les anciens : ce qui plaît. De Luc-Olivier d’Algange à Paul Willems, Christopher Gerard distille ses portraits d’écrivains en érudit passionné à la plume alerte et élégante. Homme de constance (d’obsessions, diraient certains), notre lecteur-auteur prêche mordicus une Weltanschauung aristocratique, fondée sur l’honneur, une pleine conscience du tragique de la vie et de la circularité du temps, par-delà les saisons. Volontiers nostalgique des anciens empires, Gerard accable de son feu grégeois la « littérature horizontale » des sybarites confits au marketing littéraire, ces phénomènes d’édition dont les supermarchés de la culture abondent. Son recours aux forêts sonne d’abord comme un talisman spirituel, esthétique et éthique, une célébration de l’être, contre la civilisation de l’avoir.

Nul ne s’étonnera que les soixante-huit colonnes de son panthéon littéraire déclinent toutes les variations d’une droite littéraire et intellectuelle opposée tant aux diktats du progrès ainsi qu’à l’ordre techno-marchand. Contre-révolutionnaire, réactionnaire, catholique, païenne, orthodoxe et même communiste… puisque Jérôme Leroy apparaît au détour d’un chapitre, les caprices de l’alphabet l’ayant malicieusement placé entre Jacques Laurent et Jean Mabire ! Fasciné par la figure grecque de l’hoplite, Gérard écrit ses plus belles pages lorsqu’il rend hommage à son mentor Ernest Jünger – dont il reprit jadis la revue Antaïos ou compose une émouvante élégie en mémoire du regretté Vladimir Dimitrijevic, fondateur des éditions L’Âge d’homme qui fut son « parrain littéraire» et son ami. « Dimitri », ainsi que le surnommaient ses proches, « lisait comme on prie », concevait l’édition « comme un sacerdoce », publiant les dissidents d’hier et d’aujourd’hui avec un appétit inentamé. Sa fin fulgurante et accidentelle couronne d’un sceau tragique la destinée du grand éditeur qu’il fut. Inconsolable, Gérard passe d’un cœur aventureux l’autre, trouvant refuge dans les mots de Jünger, « Sans Dieux, pas de culture ». Jünger, arrêtons-nous-y un instant. Vétéran de deux guerres mondiales, diariste prolixe pour qui « chaque jour fut un cauchemar », de l’attentat à Sarajevo à sa mort – centenaire – en 1998, Christopher Gerard le consacre comme l’un de ses pères tutélaires. Au risque d’oublier le « réprouvé » Ernst Von Salomon dont l’absence béante est une des rares déceptions de ces Quolibets qui font pourtant la part belle aux esprits rebelles.
Mais le péché est véniel. Nous nous avons déjà bien assez à faire avec la somme de références, d’auteurs et d’itinéraires qui pavent le sol de ce Journal de lectures. Le béotien confessera sa méconnaissance du colombien Nicolas Gomez Davila, aux scolies réactionnaires en diable, ou de Roland Cailleux, dont Christopher Gerard place Saint-Genès ou la vie brève comme l’un des magistraux « romans d’apprentissage » du dernier siècle, aux côtés des Deux étendards de l’abrasif Rebatet. Là est le premier plaisir sensuel de l’esthète : anticiper le plaisir de la lecture, saliver avant de croquer, parcourir l’objet livre en l’entourant de ses mains cajoleuses et caressantes.

Ultime petite réserve, certains regretteront l’injuste sort que l’auteur réserve à la plupart des avant-gardes littéraires, notamment dada et surréaliste. Que notre ami bruxellois se le tienne pour dit : nous lui offrirons un numéro des Lèvres nues sur les chemins de Rome, de Delphes et d’ailleurs !

Christopher Gerard, Quolibets. L’Âge d’homme, 2013.

*Photo : statue de Pan(ShotHotspot.com)

Saint-Simon vs Marcela Iacub

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iacub dsk saint-simon

iacub dsk saint-simon
Il y a au moins deux genres d’intrus : les honnêtes et les profiteurs. Dans le premier genre, mettons les policiers qui infiltrent les mafias, les témoins qui se feraient égorger[1. « Je ne crois que les histoires dont les témoins se feraient égorger », Blaise Pascal, Pensées.] , les détectives pour de justes causes et les mémorialistes à la Saint-Simon. Dans le second genre, mettons les cambrioleurs, les détectives de causes ignobles, les journalistes de caniveau et les noircisseurs de papier à la Marcela Iacub. Dans le premier cas, le but poursuivi se veut conforme à l’éthique de responsabilité, choix fondamentalement soucieux de l’esprit public. Dans le second, il se veut conforme au principe de l’absence d’éthique, choix exclusivement soucieux de l’intérêt privé. L’éthique de responsabilité s’attache à respecter la dignité des personnes qu’elle met en cause lorsque l’occasion l’y entraîne. Le principe de l’absence d’éthique se réclame du droit de piétiner les droits des personnes ciblées pour en extraire un avantage quelconque. Deux conceptions, l’une policée, l’autre sauvage, du rapport à autrui.
Impossible d’imaginer abîme plus vertigineux qu’entre la démarche d’un Saint-Simon, écrivain à la dent acérée mais aux Mémoires publiés à titre posthume[2. Discrétion systématique, à l’époque, chez les mémorialistes, ne fût-ce que par prudence. Question de standing aussi : un Saint-Simon, duc et pair, ne pouvait se commettre à publier ses écrits personnels, indécence réservée aux roturiers.], et celle de Marcela Iacub, écrivante (comme dirait Barthes) à la plume obscène pour publication immédiate. Obscène en ce qu’elle offense la pudeur par l’exhibition des goûts sexuels du héros de son livre Belle et Bête, qu’elle proclame « mi-homme mi-cochon », ce qui la rend de facto mi-femme mi-truie puisqu’elle a partagé avec constance le lisier de son héros. Et obscène aussi en ce qu’elle offense la morale par sa façon d’humilier un colosse de l’establishment déjà renversé par la conjonction de pulsions libidinales incontrôlées, de l’antiracisme militant, du féminisme transatlantique et de la justice américaine.[access capability= »lire_inedits »]
Saint-Simon pourfendait les Grands, à commencer par Louis XIV. L’eût-on surpris à rouler dans la fange, comme il le fit, Mme de Maintenon et les bâtards du roi, que la foudre se fût abattue sur lui : la critique se payait au poids du sacrilège. C’est l’une des merveilles de notre société qu’on puisse berner un DSK pour s’introduire dans son intimité la plus intime en vue de le pendre symboliquement à un croc de boucher, et de n’encourir d’autre malheur qu’une assignation devant les tribunaux. Ajoutez une opération marketing pour transfigurer un brûlot froid comme un morceau de mou en un chef-d’oeuvre incomparable, et vous obtenez un tour de passe-passe pécuniairement rentable, moralement odieux et politiquement inutile.
Degré zéro du libre usage de la caisse de résonance médiatique en démocratie. Car à quoi peut servir la publication d’un livre prétendument transgressif comme Belle et Bête ? À rien. Au-delà du profit banalement lucratif qu’en espéraient l’auteur et les organes de presse qui en ont exorbité la valeur, il s’agit d’un pur exercice de cruauté. Application lubrique de la loi de Lynch sous les cris de la meute. Dépeçage voluptueux du bouc émissaire au nom d’un Bien introuvable. La pénalité infligée par la justice française en conséquence des poursuites engagées par DSK a posé une borne à la transgression, réelle celle-ci, du respect de la vie privée. Le Nouvel Observateur l’a bien compris, qui a préféré se plier aux arrêts du jugement sans aussitôt crier au crime contre l’Art.
Plaçons en regard les scrupules de conscience d’un Saint-Simon. En mars 1699, à 24 ans, le petit duc adressa une lettre à l’abbé de Rancé, l’austère réformateur de l’abbaye de la Trappe, auquel il vouait une admiration ardente. Cette lettre était relative à des « espèces de Mémoires » de sa vie qu’en dépit de son jeune âge, il avait commencé de rédiger. Il y priait le saint abbé de lui prescrire une règle qui lui permît d’écrire toujours la vérité sans blesser sa conscience. Il redoutait de salir indûment la réputation des gens qu’il blâmait : la charité l’en empêchait. On ignore ce que Rancé lui répondit. Mais près d’un demi-siècle plus tard, s’expliquant sur la question de savoir s’il était « permis d’écrire l’histoire », Saint-Simon revient, pour les développer, sur les scrupules qui avaient suscité sa lettre au sourcilleux trappiste. Il insiste sur la nécessité de ne rien déformer des événements, caractères et comportements dont il rend compte, ayant à transmettre à la postérité la vérité de faits connus de l’intérieur du pouvoir, aux abords mêmes du trône. Il se veut véridique parce qu’il a pour impératif, en tant que mémorialiste, d’enseigner aux futurs maîtres de l’État et à la partie éclairée du royaume les qualités et défauts des princes tels qu’il les a perçus par leur fréquentation. Il ne cherche pas à désintégrer un homme déjà mis à terre, il veut édifier les générations futures afin de leur épargner les erreurs, les fautes, les abus de toute nature dont son expérience l’a rendu témoin : l’amour du bien public, lui seul, justifie qu’il surmonte ses scrupules.
Évidemment, Saint-Simon se donne la part belle. La galerie de portraits « express au caca fumant », pour reprendre une expression célinienne du Voyage, que le petit duc dresse de ses ennemis tout au long des 8 000 pages de ses Mémoires, ruisselle d’une volonté de vengeance rien moins que chrétienne. Cependant, s’il a pourfendu ceux qu’il exécrait, c’est en raison de l’exercice despotique du pouvoir louis-quatorzien dont ils bénéficiaient et que, par là même, ils incarnaient.
Tant et si bien que l’opposition demeure : d’un côté la charité de l’aristocrate vertueux, pour qui l’instruction de l’avenir impliquait la loyauté du témoignage bénévolement offert de ce qu’il avait vu et entendu, sans excéder les bornes de la décence, obéissant tout au plus à l’espoir d’une gloire posthume ; et de l’autre, le cruel cynisme de l’idéologue qui recourt à une fiction cousue de fil blanc pour créer le scandale par un intérêt trivialement personnel, au prix d’une traîtrise assumée, et dans la volonté de promouvoir une liberté illimitée des moeurs.
Car c’est bien l’étendue des libertés permises que questionne l’opération menée, de façon quasi militaire, par l’auteur de Belle et Bête et quelques organes de presse qui ont utilisé son livre comme une catapulte. Réglée sur le plan juridique, l’affaire reste en suspens sur celui des principes. Saint-Simon inscrivait son expérience dans le temps : ses Mémoires condamnent les dérives du présent, sanctifient les mérites du passé et protègent les libertés du futur. C’est le contraire de la table rase. Le petit duc se pense comme un chaînon dans le déroulement des siècles. Il se donne pour mission de brider les excès du pouvoir outrancier et des moeurs dissolues qui menacent la prospérité du royaume de France. Sa langue même porte l’empreinte de la continuité où il prend place : style rutilant qui mêle les archaïsmes aux néologismes, les tournures de terroirs divers aux tonalités les plus distinguées, maelström de faits et d’affects qui mêle l’ancien au neuf, la rage à la tendresse, les vivants aux morts. Bref, la littérature servant le bien public. Rien de tel avec l’opus de Marcela Iacub. L’entreprise se soutient de l’intention de repousser toutes limites jusqu’aux confins des libertés encore à conquérir. In fine, d’abattre les ultimes tabous comme autant d’idoles. En son pur noyau, la modernité sans compromis ni faiblesses rêve d’individus issus d’un auto-engendrement continu. Pas de traditions, pas de coutumes, pas de père castrateur ni de mère consolante, mais l’explosion intransigeante de tous les carcans. Dans quel but ? Difficile de le savoir, sauf à postuler, avec un certain panache et des conséquences absolument effroyables, que l’essence de l’humain réside dans l’infini d’une liberté jamais acquise et jamais suffisante. Le temps se réduit à l’impatience d’un présent toujours trop lent à naître, exaltation d’une jouissance en perpétuelle quête d’elle-même.
Dès lors, il convient de s’afficher en sa nudité originelle. Exhibition à tous vents, transparence à tout-va. Triomphe de la Toile, avec Wikileaks en porte-drapeau et le porno en étendard. L’une des constantes du puritanisme consiste en l’emprise du collectif sur les individus scindés entre l’entière visibilité de leurs actes et l’intériorité de leurs pensées secrètes. Le dévoilement illimité du tout-dire, tout-montrer, constitue un puritanisme à l’envers, mais pire encore en ce qu’il ôte aux individus leurs refuges intérieurs. Là, plus de secret, plus d’intime, le pantalon sur les genoux, les fesses à l’air. Plus grave que le franchissement des frontières entre le public et le privé, on débouche sur la confusion entre la raison et le délire. Nerval parla de « l’épanchement du songe dans la vie réelle ». Avec le semi-fictif ouvrage de Marcela Iacub, qui masque l’identité de DSK sous un flou très peu artistique, on assiste à l’épanchement des fantasmes dans la vie réelle. S’il s’était agi d’un personnage entièrement fictif, Belle et Bête serait passé au broyeur des non-événements. Le problème tient à l’absence de démarcation entre le personnage vivant, identifié comme DSK, et cette espèce de double qui est lui sans être lui, et qui révèle sous nos yeux éberlués non plus sa vie privée, non plus sa sexualité effective, ce qui serait déjà une aggravation du cas Iacub, mais un monstre, ni faux ni vrai, qui ne porte pas son nom mais qui possède ses traits. Ce héros porcin, ancien directeur d’une institution financière internationale, symbolise l’horreur de tous les repères brouillés. Fantasmagorie digne du monde de chimères, de démons, de diables et d’êtres difformes cher à l’imaginaire médiéval que peuplaient des hommes à tête de cochon, déjà, ou à tête de chien, dont on peut admirer les dessins dans les Oeuvres complètes d’Ambroise Paré par exemple. Étrange bouillie qui nous ramène, sous couvert de progrès, à des époques de superstitions et d’angoisses où les ténèbres l’emportaient férocement sur l’esprit, encore dans les limbes, des Lumières.[/access]

*Photo: Ce soir ou jamais.

Antiracisme : la ville de Paris adepte du coup du balai

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Z’avez vu mon camion-poubelle comme il est beau ? Rutilant, frais comme un gardon, à la bonne odeur de légumes cuits et frelatés, le véhicule utilitaire fait fureur dans les rues de Paris. Et pour célébrer ce petit bolide de l’industrie du « nettoiement », les communicants de la ville Lumière n’ont rien trouvé de mieux qu’une campagne de conscientisation des « parisiennes et des parisiens » comme aime à les appeler l’inimitable Bertrand Delanoë. Après les Pierrot de la nuit, un temps chargés de surveiller votre alcoolémie au risque d’un bourre-pif de noctambule, la nouvelle campagne de civisme s’adresse aux pollueurs ambulants que nous sommes. Sur chaque véhicule municipal chargé de collecter les ordures, une affiche vous rappelle désormais à votre devoir.

paris camion poubelle

Ses concepteurs ont certainement voulu échapper au palmarès des Y’a bon awards en mettant en scène un balayeur blanc qui ramasse le détritus d’un grand bourgeois… noir. Je sais ce que vous pensez, toute mauvaise langue que vous êtes : le balayeur leucoderme est une espèce aussi rare que le commis de cuisine auvergnat ou le restaurant italien tenu  par des transalpins. Pas besoin de lire Christophe Guilluy pour comprendre que la géographie sociale de la capitale met aux prises grands bourgeois, bobos et immigrés, légaux ou non,  à l’exception de tous ceux qui n’ont plus les moyens de se loger dans la termitière francilienne. Au contraire du reste de la France, le néoprolétariat parisien est souvent « divers » et vit de menus boulots dans la fonction publique, la restauration ou ailleurs. C’est cette réalité peu reluisante que Paris a voulu occulter avec son balayeur Potemkine au teint blafard. Comme pour démentir l’adage de Marx, le boomerang de cette farce pourrait lui revenir tragiquement en pleine face. Car d’aucuns estimeront qu’en voulant figurer un monde renversé où les balayeurs seraient blancs, la ville de Paris épingle le Noir sale. C’est du propre !