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Roms à volonté

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caravane roms

Les Roms, en France, sont, d’après les estimations les plus fréquentes, autour de vingt mille. Vingt mille, c’est à peu près la population d’une ville comme Hénin-Beaumont. Je dis cela sans malice. On pourrait leur construire une commune, une fois pour toute. En Lozère, ou en Aveyron. Le problème est que le Rom est nomade. Comme le Lapon. Mais contrairement au Lapon qui vit dans le grand Nord et mange du renne, le Rom vit chez nous et vole des poules quand il est à la campagne et des portefeuilles quand il est en ville.

J’ai beau faire, ce chiffre de vingt mille personnes me tracasse. Ce n’est tout de même pas grand chose, vingt mille personnes. Ou même trente mille. Renvoyer vingt mille personnes chez elle, c’est à dire en Roumanie, et un peu en Bulgarie, ce ne doit pas être si compliqué.

Il paraît qu’on le fait parfois mais que les Roms reviennent. Il faut croire qu’ils ne sont pas très heureux en Roumanie. Qu’être un Rom en Roumanie, c’est un peu comme être un nègre dans un township du temps de l’apartheid. Pourtant, sauf erreur de ma part, la Roumanie est bien un pays européen, je veux dire qui a intégré l’Union Européenne. Je présume qu’il doit bien y avoir  dans la Déclaration européenne des droits de l’homme ou je ne sais quel Traité des obligations qui ne sont pas seulement des directives économiques libérales mais ont un rapport avec la dignité humaine : autoriser l’avortement, ne pas pratiquer la torture dans les commissariats, ne pas laisser des hordes néo-nazies assassiner des rappeurs et donc, aussi, traiter décemment ses minorités. Une obligation à ne pas leur faire une vie tellement impossible qu’ils préfèrent nomadiser en l’Île-de-France que dans Bucovine ou la Dobroudja.

Ce n’est pas le cas ? La Roumanie ne veut rien entendre ? Elle ne prend pas de mesures spécifiques pour intégrer les Roms, les faire vivre décemment ? Mais dans ce cas, il faut procéder à des rétorsions, des menaces, des pressions. C’est impossible, me dites-vous ? Il faut respecter la souveraineté des Etats ? Ah bon. Vous reconnaîtrez avec moi que c’est à géométrie variable, cette histoire. Quand il s’agit de mettre au pas, au prix de sacrifices inouïs pour les populations les plus fragiles, les nations grecque, portugaise, espagnole, ça ne pose aucun problème à la Commission. Elle intervient avec la BCE et le FMI et elle est capable de fermer une télévision publique en pleine émission.  Mais il est vrai qu’il est question de gros sous. À la limite, tant qu’un Viktor Orban en Hongrie ne menace pas trop les équilibres budgétaires de l’Union, il peut bien transformer son pays sous nos yeux en un remake de la dictature nationale-catholique de l’amiral Horthy. Alors les Roms, n’est-ce pas, comme ils ne sont pas une dette mais des vraies gens,  l’UE, elle n’en a pas grand-chose à faire.

Et puis soyons honnêtes, c’est très utile, vingt mille Roms en France, finalement. C’est un formidable abcès de fixation. D’abord, ça ennuie surtout les pauvres, qui, à force d’être excédés, finissent par s’en prendre à plus pauvres qu’eux comme ces habitants des quartiers nord de Marseille qui avaient brûlé un camp et viré ses habitants sous l’œil de CRS à peu près aussi motivés que la police grecque quand elle voit Aube dorée massacrer des clandestins. Et quand les pauvres se battent entre eux, ils n’ont pas la tête aux bêtises, comme de se demander pourquoi ils sont aussi pauvres, en fait.

En revanche, les Roms, c’est très pratique pour les maires. De temps en temps, les maires virent les Roms de chez eux dans la commune voisine. Si c’est un maire de droite qui fait ça, il prouve qu’il est bien de droite et que seule la droite sait être ferme sur ces questions-là. Il peut même pimenter le tout de propos plus que limites comme Estrosi à Nice ou notre ami Régis Cauche, le maire de Croix. Si c’est un maire de gauche qui expulse, ça lui permet de montrer que la droite n’a pas le monopole du knout, que la gauche aussi sait être ferme, non mais, et de comparer ses biscoteaux avec ceux de ses adversaires.

Au niveau national, en revanche, une partie de la gauche morale se refait la cerise en voyant dans le Rom la figure ultime du damné de la Terre, en faisant de la moraline pour pas cher. Le problème, c’est que même si le Rom est un damné de la Terre, cette gauche-là se croit obligée d’en faire des tonnes pour qu’on ne voie pas qu’elle oublie les autres, de damnés de la Terre, ceux pour qui elle ne peut ni ne veut plus rien faire au nom de l’orthodoxie sociale-libérale : les ouvriers délocalisés, les précaires, les temps partiels imposés, les chômeurs, bref le peuple qui souffre, qui rentre crevé à la maison et qui voit par la fenêtre que tiens, en plus, comme si ça ne suffisait pas, un camp rom vient de s’installer en face.

Quant à la droite et à l’extrême droite, (on a de plus en plus de mal à les distinguer ces temps-ci surtout quand le FN semble plus à gauche que l’UMP, y compris sur ces affaires-là), elle prendra le contre-pied, dénoncera le laxisme de la gauche, l’impéritie du gouvernement Ayrault, la mollesse présidentielle. Bref, le scénario habituel.

Vingt mille… Juste vingt mille. Ils ont pourtant redonné à nos paysages urbains une allure oubliée, celle de l’époque honteuse des bidonvilles. Haïssez-les si vous voulez, aimez-les si vous voulez aussi mais n’oubliez pas qu’ils sont avant tout cyniquement instrumentalisés par un système qui a besoin d’eux. Comme on a besoin d’un écran de fumée qui sert, comme il se doit dans le domaine militaire, à masquer sa position et sa situation exacte. Situation pour le moins catastrophique en l’occurrence.

*Photo: Eko

Ça gaze à Gaza ?

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L’encre de l’accord sur l’élimination des armes chimiques syriennes signé par le ministre russe des affaires étrangères Sergueï Lavrov et John Kerry, le responsable du département d’Etat américain n’est pas encore sèche que voilà l’accord sitôt vidé de son contenu par le même Lavrov. Celui-ci refuse d’une part de reconnaître les conclusions du rapport des experts de l’ONU et déclare que celles-ci sont fausses et partiales. Par ailleurs, l’éventualité d’une action contraignante avec usage de la force contre Assad est refusée par la Russie, ce qui rend ainsi caduque par avance toute résolution du Conseil de sécurité de l’ONU.

Voilà donc Obama et Hollande roulés dans la farine de blini par Poutine et par celle de fallafel par Assad. L’iranien Rohani qui a bien compris à qui il avait affaire, déplace son turban, chausse ses lunettes les plus rondes, caresse sa barbe blanche et déclare qu’il veut reprendre langue avec l’Occident. D’ailleurs Le Monde avait bien dit qu’il était modéré. C’est tout dire.

Alors que l’option militaire était toujours sous la table, selon le président Hollande (pardon, sur la table) si Assad se défilait et qu’on allait voir ce qu’on allait voir, que va désormais faire la France ? Va-t-elle attaquer seule la Syrie ? Le porte-avion Clémenceau dont on vient de réparer l’hélice, le gouvernail et la machine Nespresso, se rapproche  des côtes syriennes… Hubert Bonisseur de la Bath a chaussé ses lunettes noires d’agent de la DGSE et s’apprête à sauter en parachute sur Lattaquié (dans Lattaquié il y a attaque dirait un lacano-progressiste avisé).

De ces nouvelles inquiétantes en avez vous eu souffle hier, au journal de France 2, piloté par David Pujadas ? Silence absolu sur la Syrie. RAS (en langage militaire : rien à signaler). Non, la position des Verts sur la taxe gasoil était une nouvelle bien plus intéressante. Sans compter les déclarations antifas de Copé et les précisions de Fillon sur le FN. Palpitant. À France 2 on sait hiérarchiser l’importance des news, c’est vrai ça Coco !

Pendant ce temps, Assad poursuit le massacre et les centrifugeuses de Rohani tournent. Elles ne fabriquent pas du sorbet mais enrichissent de l’uranium pour faire une bombe atomique. Ah bon ? Ça alors ?

Et les Indignés dans tout ça ? Depuis la disparition de leur Saint Patron on ne les entend guère. Pourtant il y a du pain sur la planche pour l’indignation ces temps-ci. Tenez, en Afghanistan, des talibans modérés viennent de lapider une femme pour adultère (on comprend son pauvre mari) et en Haute-Egypte quelques chrétiens coptes viennent d’être brûlés vifs (on n’a pas idée d’être chrétien de nos jours).

Ne soyons pas islamophobes et restons dans les canons de la bienséance médiatique. Que reste-t-il pour fourbir notre conscience morale ? Bon sang ! Mais c’est bien sûr ! Gaza ! Ça gaze à Gaza ! Bon, pas encore mais ça ne saurait tarder, ça va  venir et c’est pour cela que j’emprunte par anticipation à Nicolas Demorand ce titre calembour auquel Libé n’a pas encore pensé !

Et toc ! C’est bon ça Coco !

Goldman, le bon grand frère

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jean jacques goldman

Si les médias dans leur ensemble n’étaient pas aussi bouchés à l’antiracisme, je n’irais pas chercher chez François Desouche ces informations choisies qui nous donnent à voir une France qui sombre lentement dans un multiculturalisme mortifère. Je laisserais nos amis identitaires à leur mélancolie française, blanche et chrétienne, parce que je m’interroge sur les choix qui les amènent à distinguer dans l’actualité certaines dépêches.

Il y a quelques années, quand l’acteur Édouard Baer a été choisi pour incarner le personnage d’Astérix, j’ai eu un peu de mal à comprendre pourquoi les responsables du site ont tenu à nous le faire savoir. Il faut dire que le comédien est juif. Pas un de ceux qui préservent leur identité dans une ségrégation volontaire et poussent l’observance de je ne sais quels commandements jusqu’à la grossièreté en refusant de serrer la main tendue par des créatures « impures » ou de partager un verre de l’amitié pas assez casher, mais plutôt un juif débonnaire qui se sent juif surtout face à un antisémite et, le reste du temps, vit comme un Gaulois dans une France qui lui a généreusement prêté ses ancêtres et qui se transmet par le cœur autant que par le sang.

Aujourd’hui, en apprenant par le site des imbéciles malheureux qui sont nés quelque part que le chanteur Jean-Jacques Goldman est la personnalité préférée des Français, ma paranoïa est revenue semer le doute dans mon esprit.[access capability= »lire_inedits »] Que viennent faire ces infos sur un média qui ne s’intéresse pas particulièrement à l’actualité du cinéma ou de la chanson ? J’avancerai une réponse et je reviendrai faire amende honorable si je me suis trompé. Je crains les fantasmes d’antisémitisme autant que l’antisémitisme lui-même, mais il me semble que ces choix sont simplement des clins d’yeux maurassistes adressés à la frange de leur lectorat qui trouve qu’un juif, même blond à moustaches, n’aura jamais l’air de Gaule, qui pense qu’un juif ne peut pas comprendre le vers de Michel Sardou : « Ne m’appelez plus jamais France ». Car Jean-Jacques Goldman est juif, j’en mettrais ma bite à couper. Cela dit, dans le climat actuel, antisémitisme feutré, bien élevé et non violent de certains de mes compatriotes, français depuis plus longtemps que moi, est le cadet de mes soucis et le nouveau cru de ce vieux fiel, que répandent sans gêne et sans complexes de nouveaux Français, pourrait bien me faire regretter l’ancien.

Mais qu’importe le doigt pourvu qu’on ait la lune. Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, le classement annuel issu d’un sondage réalisé par le JDD sur les « personnalités préférées des Français », nous informe que Yannick Noah est descendu du podium pour se retrouver à la dixième place et que Nicolas Sarkozy n’arrive que quarante-quatrième. Ce n’est que justice pour ces deux vedettes qui n’ont pas su tenir leurs promesses. Je rappelle aux amnésiques que l’ancien président avait enfoui, à peine élu, le mode d’emploi du Kärcher sous une pile de dossiers en souffrance, sans doute plus aiguë que celle des Français vivant en territoire perdu (pour la République, mais pas pour tout le monde), et que le tennisman chanteur avait déclaré en parlant du mari de Carla : « S’il passe, je me casse ! » Hélas, en juin 2007, malgré la secousse, l’ambianceur de la brousse[1. refrain de Saga Africa, extrait de l’album Black and What, 1991: « Saga Africa, Ambiance de la brousse, Saga Africa, attention les secousses…« ] n’avait pas bougé, perdant toute chance de nous rappeler Victor Hugo, et par le talent – mais ça, on le savait déjà – , et par l’exil, sinon fiscal, mais ça, c’était avant.

Mais revenons à Goldman, arrivé en tête dans le cœur des Français, comme le répètent toutes les vingt minutes les perroquets permanentés de la parité sur les chaînes d’info. Je ne l’ai pas toujours aimé. Au début de sa carrière, le snobisme de mon adolescence m’empêchait d’apprécier un chanteur qui touchait tant de gens, tous jugés plus cons que moi les uns que les autres. On se prend au sérieux quand on a dix-sept ans. Bien plus tard, c’est en tombant sur un entretien accordé à Laurent Boyer que j’ai été séduit par l’intelligence pudique de l’artiste qu’aucune prétention artistique ne menaçait. À une question posée sur son engagement politique, le chanteur rocardien rétorque à l’animateur de révérence qu’étant de gauche, il n’avait pu sérieusement cautionner le programme commun de Mitterrand et de Marchais, laissant l’ami des stars aussi perplexe qu’un geek devant un livre en papier. Plus tard dans la conversation, l’auteur de Comme toi répond au sourire niais du mielleux intervieweur – ou inversement – que l’influence de Pierre Goldman, qui je crois était son demi-frère – je ne suis pas allé fouiner pour le savoir, je ne bosse pas à Mediapart – avait été nulle. Je me suis alors intéressé à ce compositeur de chansonnettes, comme dirait Renaud Camus, capable de prendre ses distances avec un martyr de l’anti­fascisme, fût-il son frère, lequel avait mis Saint-Germain-des-Prés dans la rue avec ses Souvenirs d’un juif polonais né en France, parce que pour ces gens-là, qui aiment tant accuser qu’ils voient Dreyfus partout, la détention d’un écrivain juif et d’extrême gauche est une injustice plus révoltante que le meurtre de deux pharmaciennes dans un braquage raté pour lesquels il avait été jugé coupable, puis rejugé et innocenté.

Accroché par la personnalité de Goldman, j’ai fini par laisser tomber mes préjugés, j’ai écouté ses chansons et je suis devenu client. Je dois avouer que J’attendais, écrite pour Céline Dion, m’émeut encore comme une vache, que Entre gris clair et gris foncé est une mine d’or qui ne cesse de me livrer ses pépites et que dans Rouge, si la musique est bonne, les paroles méritent bien des tours de platine. Écrit il y a trente ans, le texte de Envole-moi prend la voie singulière de la dignité et du courage pour raconter une banlieue où l’émancipation n’est pas un rêve tombé en désuétude et où le désir d’intégration n’est pas qu’une illusion. Cette chanson noire et optimiste, où une volonté farouche et individuelle de casser les déterminismes sociaux ou culturels plutôt que le mobilier urbain sans cesse rénové, où l’envie d’inspirer le respect par le mérite et l’étude l’emporte sur la tentation d’imposer la crainte par la menace et la force, renvoie à leur condescendance les culturistes de l’excuse. Elle est aujourd’hui reprise par une génération de jeunes interprètes souvent issus de l’immigration, qui choisit de transmettre l’héritage de Goldman plutôt que celui laissé par Diam’s ou par Joey Starr. Loin des rengaines sur le ghetto, la jeunesse qui la chante et celle qui l’écoute, sortie par le haut des mêmes cités que celle qui admire Mohamed Merah, nous le dit haut et fort : « Nous ne sommes pas des victimes ». Et par le succès qu’elle rencontre, elle le prouve.

L’auteur de cette chanson, et de tant d’autres encore bien vivantes, est aujourd’hui reconnu, célébré, élu par une majorité de Français, de tous âges et de toutes origines. Par lui, les Français se ressemblent et la France se rassemble. « Tu es de ma famille, bien plus que celle du sang », chantent les interprètes de l’album Génération Goldman, déjà disque de diamant. Il y a peut être dans ces mots et dans ces airs de rien qui courent sur toutes les lèvres quelque chose de ce pont entre les générations, de ce lien social, de ce vivre-ensemble que tout le monde cherche désespérément car là où la chanson passe, il est permis d’espérer qu’un peu d’idéal républicain reste. L’espoir est-il au bout du phono ? Aujourd’hui, je le crois. Je vais attendre un peu avant de retourner déprimer sur Fdesouche.[/access]

Pour sortir de la crise, sortons de l’euro

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euro crise sapir

Depuis la fin du printemps, un concert de « bonnes nouvelles » nous vient des pays d’Europe du Sud. La croissance reviendrait au Portugal et en Espagne, et même en Grèce. Les taux se maintiennent à un niveau considéré comme « raisonnable ». En bref, la crise de la zone Euro serait derrière nous. Pourtant, à mieux y regarder, on peut sérieusement douter de la réalité de ces affirmations.

Sommes-nous sortis de la Crise ?

Il y a beaucoup de manipulations, mais un peu de vérité dans ces affirmations. Commençons par le peu de vérité qu’elles contiennent. Oui, la crise est en train d’atteindre un plancher. C’est évident en Espagne où le chômage semble désormais stabilisé, quoiqu’à un niveau très élevé (25% de la population active). La crise ne semble plus s’aggraver ces derniers mois, mais ceci est loin d’être équivalent avec une sortie de crise. Ajoutons que des nuages plus que noirs s’accumulent à l’horizon : le crédit est toujours en train de se contracter (en particulier en Italie et en France), l’investissement se réduit toujours (et avec lui les perspectives de croissance future). Rien ne permet de dire que les pays d’Europe du Sud vont trouver dans les prochains mois le ressort d’une croissance leur permettant d’effacer la crise qu’ils connaissent. La perspective d’une nouvelle crise politique en Italie, venant s’ajouter aux difficultés économiques (notamment la montée des impayés dans le bilan des banques, indicateur très sûr d’une économie fragile), est une forte probabilité.

On peut d’ailleurs estimer que l’amélioration de la balance commerciale dans ce pays est liée à la chute des importations et non à une hausse des exportations. Compte tenu de l’importance de l’économie italienne, qui est la troisième économie de la zone Euro, il est donc clair que la zone Euro est loin, très loin, d’être tirée d’affaires.

Au mieux, la crise va durer au même niveau qu’aujourd’hui. Au pire, et c’est ce que l’on peut craindre quand on regarde l’évolution du crédit et de l’investissement, après cette pause provisoire, les résultats devraient recommencer à se dégrader dès la seconde moitié de 2014. D’ores et déjà, il est clair qu’il faudra un nouveau plan de sauvetage pour la Grèce d’ici la fin de 2013.

Ceci nous conduit aux manipulations, largement évidentes dans nombre de médias. On ne parle plus que de la « reprise » alors que l’ensemble des indicateurs reste très inquiétant. Il y a un consensus dans une partie de la presse, essentiellement pour des raisons politiques, qui conduit à proclamer ce retour à la croissance alors que tout le dément. On a eu un exemple de ces pratiques à propos des statistiques du chômage en France. Ceci est instructif, tant quant à l’état de certains médias en France que du point de vue plus général de l’attitude des élites sur ce problème. Alors que l’on continue de discuter de la crise de l’euro en Allemagne, en Italie et en Espagne, le thème semble avoir disparu en France.

La crise en perspective.

La zone Euro a souffert de plusieurs maux : l’absence de flux financiers massifs pour égaliser les structures économiques des pays membres ; une Banque Centrale indépendante calée sur une politique inopérante ; et une politique de déflation salariale initiée par l’Allemagne, s’apparentant à une politique de « passager clandestin »– aussi qualifiée « d’opportuniste » ou de « non-coopérative » – qui a exacerbé les tendances préexistantes aux évolutions inégales des salaires et de la productivité.

Il faut ici rappeler que la crise de la zone Euro ne date pas des années 2010-2011, mais qu’elle a des racines bien plus anciennes. L’introduction de l’Euro impliquait aussi une politique monétaire unique pour les pays de la zone. Or, tant les conjonctures économiques que les déterminants structurels de l’inflation –les problèmes de répartition des revenus, mais aussi la présence de chaînes logistiques plus ou moins sensibles à des hausses de prix susceptibles de se reporter – entraînent des taux d’inflation structurelle différents selon les pays. Cette situation résulte de la présence de rigidités importantes dans l’économie, qui invalident la thèse d’une « neutralité » de la monnaie.

Cependant, dans le cadre d’une monnaie unique, les divergences d’inflation ne peuvent être trop importantes en raison des problèmes de compétitivité interne à la zone. Un certain nombre de pays ont alors dû avoir une inflation inférieure à leur niveau structurel. Cela les a, par suite, conduits à avoir un taux de croissance inférieur à leur taux de croissance optimal (Italie, Portugal). De fait, ces pays ont perdu sur les deux tableaux : en compétitivité et en niveau de croissance.

Si l’économie européenne va de langueur en récession depuis 2000, c’est bien à cause de l’Euro. Le fait que l’Allemagne ait tiré son épingle du jeu confirme cela, tant en raison des avantages comparatifs spécifiques de ce pays que de la politique qui y a été menée depuis 2002 (les « réformes » Harz-IV). L’Euro est au cœur du problème de l’Europe. Il condamne la majorité des pays l’ayant adopté à la récession ou à la crise, comme en Europe du Sud. L’Allemagne a « exporté » vers ces autres pays entre 4 et 5 millions de chômeurs.

L’option d’un fédéralisme européen, outre les problèmes politiques qu’elle introduit, se heurte à l’ampleur des flux de transferts que l’Allemagne devrait consentir au bénéfice des pays de l’Europe du Sud. L’Allemagne supporterait en effet 90% du financement de la somme de ces transferts nets, soit entre 220 et 232 milliards d’euros par an (ce qui équivaut à 2200 à 2320 milliards sur dix ans), entre 8% et 9% de son PIB. D’autres estimations donnent des niveaux encore plus élevés, atteignant 12,7% du PIB. Il convient donc d’en tirer toutes les conséquences : le fédéralisme n’apparait pas comme une option réaliste pour les pays de l’Europe du Nord et en premier lieu pour l’Allemagne. Il est sans objet de la présenter comme une possible solution.

La dissolution, seul horizon raisonnable ?

L’ampleur de la récession qui frappe de nombreux pays annonce un retour de la crise. La solvabilité des États n’est plus garantie. L’effondrement des ressources fiscales dans de nombreux pays constitue un accélérateur de la crise. Cette situation témoigne bien de la présence de défauts structurels dans la conception et dans la mise en œuvre de la monnaie unique. Ces derniers, trop longtemps niés ou minimisés, sont aujourd’hui en passe d’être reconnus

Une dissolution de la zone Euro ne serait pas une « catastrophe » comme on le prétend souvent, mais au contraire une solution salvatrice pour l’Europe du Sud et la France. C’est ce que montre l’étude « Les Scénarii de Dissolution de l’Euro », publiée au début du mois de septembre. On peut y lire, suivant les différentes hypothèses étudiées, non seulement l’effet très bénéfique des dévaluations sur l’économie française, mais aussi sur celles des pays aujourd’hui ravagés par la crise, comme la Grèce, le Portugal ou l’Espagne. Bien entendu, suivant les hypothèses retenues, à la fois sur le caractère plus ou moins coopératif de cette dissolution mais aussi sur la politique économique suivie, les estimations de la croissance divergent. Au pire, il faut s’attendre à une croissance cumulée de 8% la troisième année après la fin de l’Euro et au mieux une croissance de 20%. Pour l’Europe du Sud, la croissance cumulée est en moyenne de 6% pour l’Espagne, de 11% pour le Portugal et de 15% pour la Grèce dans l’hypothèse la plus défavorable pour ces pays. Une première leçon s’impose alors : la dissolution de la zone Euro ramènerait la croissance dans TOUS les pays d’Europe du Sud et provoquerait une baisse massive et rapide du chômage. Pour la France, on peut estimer la baisse du nombre de chômeurs de 1,0 à 2,5 millions en trois ans. Par ailleurs, cela rétablirait l’équilibre des régimes de retraites et de protection sociale. Dans le cas de la France, ce retour à l’équilibre serait très rapide (en deux ans). Il aurait des effets importants sur les anticipations des ménages dont l’horizon serait dégagé des inquiétudes que font peser des réformes à répétition. La consommation augmenterait, et avec elle la croissance, même si on ne peut estimer cet effet. Cette dissolution redonnerait à l’Europe du Sud sa vitalité économique, mais serait aussi profitable à l’Allemagne, car une Europe du Sud en expansion continuerait de commercer avec son voisin du nord après un réajustement des compétitivités.

Les inconvénients seraient très limités. Compte tenu des taxes, l’impact d’une dévaluation de 25% par rapport au Dollar sur les prix des carburants ne provoquerait qu’une hausse de 6% à 8% du produit « à la pompe ». L’Euro disparu, les dettes des différents États seraient re-libellées en monnaie nationale.

Une telle politique imposerait aussi des contrôles des capitaux dans chaque pays. Notons que c’est déjà le cas à Chypre ! Ces contrôles, outre qu’ils contribueraient à définanciariser ces économies, limiteraient considérablement la spéculation et permettraient aux Banques Centrales de viser des objectifs de parité. Une fois ces parités atteintes, un système de fluctuations coordonnées des monnaies, comme du temps de l’ECU, pourrait être mis en place. Historiquement, ce qui a sonné le glas de ce système a été la spéculation monétaire. Celle-ci supprimée, ou fortement réduite, le système pourrait à nouveau fonctionner.

De la « monnaie unique » à la « monnaie commune » ?

Cette idée attire un certain nombre de personnalités politiques. Et elle est loin d’être absurde, bien au contraire. En fait, une monnaie commune aurait dû être adoptée dès le début.

De quoi s’agit-il donc ? On peut imaginer que le système monétaire européen reconstitué que l’on aurait à la suite de la dissolution de l’Euro débouche sur une monnaie commune venant s’ajouter aux monnaies existantes, qui serait utilisée pour l’ensemble des transactions (biens et services mais aussi investissements) avec les autres pays.

Cette dissolution de la zone Euro, si elle résulte d’un acte concerté de la part des pays membres, devrait donner naissance à un système monétaire européen (SME) chargé de garantir que la nécessaire flexibilité des changes ne tourne pas au chaos. Si un tel système est mis en place, il aurait nécessairement des conséquences importantes sur le système monétaire international.

Ce système correspondrait en réalité à l’existence d’une monnaie conçue comme une unité de compte venant s’ajouter aux monnaies nationales existantes. Cette situation serait très propice à la résurrection de l’Euro, mais sous la forme d’une monnaie commune

Ceci donnerait à l’Europe à la fois la flexibilité interne dont elle a besoin et la stabilité vis-à-vis du reste du monde. Un « panier de monnaie » étant intrinsèquement plus stable qu’une monnaie seule, cette monnaie commune pourrait devenir à terme un puissant instrument de réserve, correspondant aux désirs exprimés par les pays émergents des BRICS.

La dissolution de l’Euro, dans ces conditions, signerait non pas la fin de l’Europe comme on le prétend mais bien au contraire son retour gagnant dans l’économie mondiale, et qui plus est un retour qui profiterait massivement, tant par la croissance que par l’émergence à terme d’un instrument de réserve, aux pays en développement d’Asie et d’Afrique.

Retrouvez l’article dans sa version originale sur le blog de Jacques Sapir.

Vincent Peillon serait-il islamophobe?

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vincent peillon laicite

Le Ministre de l’Éducation nationale serait-il islamophobe ? Rassurez-vous, on ne l’a pas surpris en train de pisser sa bière sur le mur d’une mosquée.  On ne l’a pas vu, non plus, dégoupiller une tête de porc sanguinolente pour la balancer contre la porte d’une mosquée. Non : il a juste présenté lundi une « Charte de la laïcité à l’école« . A priori, pas de quoi fouetter un chat; la charte se contente de rappeler quels sont les principes de la laïcité: de jolis trucs du genre « nul ne peut se prévaloir de son appartenance religieuse pour refuser de se conformer aux règles applicables dans l’École de la République, blablabla« . Pourtant, ces quelques évidences suffisent pour que certains se sentent stigmatisés. Ainsi, Dalil Boubakeur, président du Conseil Français du Culte Musulman, a regretté que la charte comporte plusieurs « allusions » à l’islam. Le Collectif Contre l’Islamophobie en France a expliqué quant à lui qu’il craignait « que cette charte ne fasse qu’encourager les zélateurs islamophobes, ravive et légitime les discriminations« .

Après Manuel Valls qui s’interrogeait en août dernier sur la compatibilité de l’islam avec la République, ce serait donc au tour du Ministre de l’Éducation nationale de favoriser la montée de l’islamophobie en France ! Les musulmans, qui ont largement contribué à l’élection de François Hollande et qui attendaient des mesures en faveur de l’islam, peuvent donc se sentir trahis. Un peu comme des enfants qu’on aurait trop gâtés. En juillet dernier, les émeutes de Trappes, à la suite du contrôle d’une femme en burqa par la police, ont révélé ce sentiment. Plus tard, en août, lorsqu’un militaire de 23 ans, « proche des idées de l’extrême droite radicale« , s’est fait épingler près de Lyon pour un projet d’attaque contre une mosquée, Adelaziz Chaambi, de la coordination contre le racisme et l’islamophobie, avait mis en garde le gouvernement: «Monsieur Valls ne veut pas reconnaître l’islamophobie. Dans le quartier, 93% des gens ont voté Hollande, mais je vous promets que s’il n’y a pas des mesures sérieuses qui sont prises […], et bien ils n’auront plus les voix des musulmans!»

Le Ministre de l’intérieur devrait donc «reconnaître l’islamophobie», un peu comme on avoue ses crimes! Mais justement, quels crimes?

Décidé à maintenir les musulmans dans leur rôle favori, celui de victimes, le Collectif Contre l’Islamophobie en France recense méticuleusement tous les actes islamophobes en France. Ces actes seraient depuis quelques années en hausse; ils visent aussi bien les personnes que les institutions. Ainsi, dans son rapport annuel, le CCIF nous dit avoir enregistré 469 faits pour l’année 2012, 418 visent les personnes et 51 les institutions. Quarante mosquées auraient été taguées ou visées par des actes de vandalisme. Sur les 418 actes recensés contre des personnes, 353 touchent des femmes. Le CCIF souligne en effet que les femmes et les signes religieux sont particulièrement discriminés: parmi les victimes d’actes islamophobes, la surreprésentation des femmes voilées, et notamment celles qui portent le hijab, est frappante, ce qui semble indiquer que ce sont les musulmans les plus radicaux, qui sont à la fois les plus revendicatifs et les plus procéduriers, qui se plaignent d’être victimes de l’islamophobie. Le rapport insiste sur le fait que les services publics constituent « le premier acteur de l’islamophobie ». On dénombre 101 actes (24,16% du total) liés aux services de l’Éducation nationale. Viennent ensuite les guichets publics (47 actes) et les services de police (23 actes). L’école est clairement désignée comme le principal acteur du rejet des musulmans: « Les mères d’élèves voilées sont ainsi les premières victimes: elles sont exclues de l’accompagnement des sorties scolaires de leurs enfants. Les enfants, quant à eux, ne sont pas épargnés, qu’il s’agisse de la violence morale, voire parfois physique, qui leur est faite de devoir consommer de la viande non halal ou du porc à la cantine scolaire. » Ainsi, la dénonciation de l’islamophobie, que certains députés socialistes relaient par pur clientélisme électoral, vise d’abord à faire céder les services publics, et particulièrement l’Éducation nationale.

Alors qu’on imaginait une France violemment et massivement islamophobe, la lecture du rapport du CCIF déçoit: pas de lynchage, pas de nuit de cristal, pas d’attaques à la kalachnikov, pas d’attentat suicide à la sortie de la mosquée! Finalement, ce sont les personnels de l’Éducation nationale et ces salauds de profs qui sont islamophobes! Salauds de profs, des affreux qu’on voudrait ignorer, chasser de sa mémoire, balayer. Et Vincent Peillon qui en rajoute une couche avec sa Charte de la laïcité où il est précisé qu’aucun élève « ne peut invoquer une conviction religieuse ou politique pour contester à un enseignant le droit de traiter une question au programme« . Ben voyons. Si l’on veut vraiment faire respecter la charte, le nombre des actes islamophobes recensés par le CCIF augmentera fatalement. De toute façon, en y réfléchissant, le Ministre devrait se rendre à l’évidence : la laïcité ne ressemble-t-elle pas de plus en plus à la ligne Maginot ?

*Photo : Parti socialiste.

Pour le permis de tuer, prière de s’adresser à la mairie

Pour s’être libérée, elle s’est libérée, la parole. L’éloge de l’autodéfense qui a suivi l’exploit balistique du gentil bijoutier niçois qui a tué un type de dix-huit ans a inspiré un magnifique élan de solidarité dans le pays…pour le tueur. Et il n’y a pas de raison de s’arrêter en si bon chemin. Après tout, dans un pays où l’ignoble Christine Taubira prépare en ricanant l’invasion de nos centres-villes par des criminels qui viendront jusque dans nos bras égorger nos fils et nos compagnes, pourquoi ne pas se défendre soi-même (ayons l’esprit d’initiative, que diable !).

Le maire de Croix, banlieue résidentielle de Roubaix où se trouvent quelques unes des plus grandes fortunes de France, des gens qui sont quotidiennement exposés comme chacun le sait aux nuisances des Roms, se prépare désormais à délivrer des permis de tuer à ses administrés. Le brave homme qui s’appelle Régis Cauche et porte l’étiquette de l’UMP, a déclaré tout de go : « Et si un Croisien commet l’irréparable, je le soutiendrai. » Interrogé ce lundi pour savoir s’il maintenait ses propos, Cauche a confirmé « Les Roms n’ont rien à faire à Croix. Oui, s’il y a un dérapage, j’apporterai mon soutien. La population en a assez. » Mais c’est sans doute nous qui voyons le mal partout. Dans le Nord, où on aime la fête, les carnavals, les braderies et les ducasses, le maire de Croix a sans doute voulu simplement proposer une nouvelle attraction avec la forme modernisée du tir aux pigeons.

France en 2050 : c’était pire demain

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islam france islamophobie

Chroniques d’un  ours bipolaire

Je n’ai pas les idées assez larges pour appréhender mon époque dans sa totalité, le monde dans sa globalité et le réel dans toute sa complexité. Comme un journaliste de France Inter, un militant du Front de gauche ou, pour élargir un peu le spectre, un électeur du Front national, j’ai mes œillères. Je vois, comme tout le monde, la vie à travers les grilles de mon identité, de ma position, de mon histoire et de mes préjugés. Même si je ne les vois pas, je les sens, ces œillères, et parce que je suis trop curieux pour me contenter d’un angle de vue réduit, n’étant ni Finkielkraut ni un caméléon, j’ai un truc : je tourne la tête, un coup à droite, un coup à gauche. Quand un fil dépasse de la pelote que mes méninges ne cessent jamais d’enrouler et de dérouler, je le vois, comme un arbre qui rend trouble la forêt de mon paysage mental. Alors, c’est plus fort que moi parce que plus vrai, je tire dessus pour voir ce qu’il cache.

Je passe mon temps à voir s’écrouler les châteaux de cartes de mes idées et de mes idéaux, mais je m’en fous tant que j’ai l’impression que mes pieds touchent le territoire, et je suis désespérément lunatique mais pas tout le temps dans la lune. Je suis plus souvent partagé, tiraillé ou carrément dispersé que fermement convaincu et, comme je trouve toujours un petit bout de raison chez le dernier qui a parlé, je reconstitue comme je peux le puzzle en trente-six dimensions de mon environnement. Ça n’aide pas à trouver de solutions globales aux problèmes de mon temps, et encore moins finales, et c’est peut-être mieux comme ça, mais j’en ai de partielles et de provisoires qui feraient du bien à mon pays, et au-delà. Enfin bref, je suis du genre clivé.

Voilà pourquoi, quand j’entends Malek Boutih, j’ai honte de voter Front national et pourquoi la racaille de Grigny me donnerait presque envie d’appeler le Ku Klux Klan. Voilà pourquoi, face à la réalité de Chanteloup-les-Vignes et de Trappes, je ne sais plus s’il faut donner aux cités des coups de main ou des coups de bâton. Voilà pourquoi j’écris des articles comme ci et d’autres comme ça.

La France en 2050

Si j’avais une machine à voyager dans le temps, je commencerais par faire un tour dans le passé. J’irais, la mort dans l’âme et rempli de honte, raconter Villiers-le-Bel et Clichy-sous-Bois aux Français qui nous ont précédés. Je parlerais de Trappes à Geneviève et de Grigny à Godefroy de Bouillon, je décrirais Saint-Denis aux Mérovingiens et Montreuil aux Carolingiens. J’esquisserais une peinture de Nice, Marseille ou Toulouse et je ferais remonter le trait jusqu’à Poitiers pour Charles Martel. Mais je ne m’attarderais pas. Meurtri de fendre le cœur à ceux de nos glorieux ancêtres qui croiraient mes paroles, eux qui savaient défendre par l’épée et jusque dans la mort, par amour et pour l’honneur, tout ce et ceux qu’ils chérissaient, je m’éclipserais sur la pointe des pieds et la queue entre les jambes. Las de passer pour un prophète de malheur et un oiseau de mauvais augure aux yeux des autres, les incrédules qui ne supporteraient pas d’avoir vécu et d’être morts pour entendre ça, je finirais par rentrer dans mon époque, pas fier.

De retour en 2013, j’allumerais ma radio ou ma télé pour entendre les autorités et les journalistes autorisés, installés et respectables, nous inviter à éviter les amalgames et nous conseiller vivement de combattre le racisme et l’islamophobie car ce sont les maux qui menacent notre civilisation, sans oublier de nous rappeler que leur expression est punie par la loi. J’ouvrirais ensuite un de ces médias, que la police de la pensée ou de l’arrière-pensée rêvait de réduire au silence, pour voir un peu ce que cachent les rumeurs de pillages, pour apprécier la dimension ethnique des émeutes et le caractère religieux des violences. Puis je remonterais dans mon engin et mettrais lecap sur le futur.

Dès mon arrivée autour de l’an 2500, je découvrirais sans surprise que le niveau de la mer ne s’est pas plus élevé que les scores électoraux des écologistes, ce qui ne les empêcherait pas de pérorer comme au bon vieux temps qui est le nôtre. Je verrais bien que les plages sont restées à leur place, en revanche, je n’y verrais plus le moindre bikini mais une foule de burkinis, tous plus seyants les uns que les autres. Comprenant que l’islamisation n’est plus, comme dans la France de 2013, un fantasme raciste mais une réalité amère, je tenterais alors de rencontrer des historiens pour essayer de leur faire comprendre comment tout cela a pu arriver. [access capability= »lire_inedits »]Non sans mal car je m’apercevrais vite que l’Académie Houria Bouteldja et l’Institut Jean-Louis Bianco, en charge de diffuser l’histoire officielle et de réprimer les autres, présenteraient l’âge pré-islamique comme une époque de débauche où les hommes, et surtout les femmes, vivaient dans le plus grand malheur par leur habitude d’offenser Dieu, jusqu’au jour béni entre tous, celui de la « grande libération des territoires impies », où la félicité islamiste (qui avait lentement écrasé la masse des musulmans sans provoquer autant de cris qu’une manifestation pro-palestinienne ni rencontrer autant de résistance qu’une loi sur le port du voile) leur était tombée sur la gueule manu militari pour leur révéler les joies infinies de la vie halal et l’avènement d’une ère de paix et de tolérance. Toute recherche remettant en cause cette thèse étant interdite d’étude sous peine de pendaison, je trouverais peut-être au fond d’une forêt ou d’une cave une bande d’illuminés rassemblés autour des restes d’un Cahier de l’Innocence ou d’un numéro de Causeur rescapés des grands bûchers de 2154, occupés à s’interroger sur la formule : « L’islamophobie n’est pas un racisme, c’est un humanisme. »

Je raconterais alors, comme Charlton Heston dans La Planète des singes, à mon auditoire téméraire et ébahi, par quels incroyables processus la France, l’Europe et l’Occident sont retournés à l’âge de la pierre noire autour de laquelle le monde s’est mis à tourner en rond, comment nous avons laissé les plus fanatiques de nos compatriotes, aidés par leurs frères étrangers qui avaient obtenu le droit de vote (pour mieux s’intégrer) prendre lentement le contrôle de ces pauvres d’esprit que nos libertés effrayaient et que nos lumières éblouissaient, et qui étaient, en quelques générations, retournés à leur obscurantisme, comment les résultats d’élections locales puis nationales puis européennes, auxquels tout démocrate ne pouvait que se soumettre, avaient amené les partis islamistes au pouvoir, aussitôt devenu absolu et de droit divin.

Conscient de passer pour un pauvre con du xxie siècle qui a permis cela, j’expliquerais les effets combinés du regroupement familial et des allocations familiales qui ont organisé et financé l’installation et la multiplication des nouveaux maîtres. Devant leurs mines incrédules, je tenterais de les convaincre, en parfait imbécile préhistorique ou post-historique, que nous n’avons perdu aucune guerre sinon celle des idées contre l’immigrationnisme de droite et de gauche, ni fait péter aucune bombe sinon celle de la démographie des peuples du Sud sur les terres du Nord.

Face à une hostilité montante à l’endroit du crétin venu du fond des temps qui aurait creusé sa tombe et la leur, je me défendrais en répétant les arguments que les esprits les plus altruistes de mon époque avançaient alors sur l’histoire coloniale, les inégalités sociales, la nocivité des frontières qui séparaient les gars du monde qui ne demandaient qu’à se donner la main, et le droit des peuples à disposer de la terre des autres. Sur la tête de ma mère.

Je leur apprendrais que nous étions si confiants dans les pouvoirs de séduction de nos modes de vie que nous étions prêts à accueillir n’importe qui, sans prier les arrivants de laisser à la porte les pratiques culturelles qui avaient contribué à transformer l’héritage des colonisations finissantes du xxe siècle en enfers invivables qu’ils chercheraient très vite à fuir pour se presser aux frontières de nos pays pourtant dénoncés comme racistes et islamophobes. Je préciserais que l’immigration massive, qui inquiétait pourtant les vieux immigrés, était alors vendue par les imbéciles et achetée par les cons comme un enrichissement pour les paysd’accueil. Si je vous le dis.

Adieu Homère, Elvis et minijupe

Comprenant que j’aurais du mal à me faire comprendre, je leur expliquerais que, si nous n’avions pas entendu les premières mises en garde, c’est qu’elles venaient de gens clairement racistes, qui avaient toujours rejeté toute possibilité d’intégration, même à une époque plus reculée où la République arrivait encore à faire des Français, et qui, si on les avait laissé faire, auraient mis dans le même charter Malek Boutih et Mohamed Merah (dont le nom s’affichait désormais au fronton de nombreuses écoles coraniques et spatioports pour garçons).

Je leur raconterais comment, en défendant sur ce front-là, contre ces gens-là, les valeurs de la civilisation de Churchill, nous n’avions pas vu qu’elle se désagrégeait sur un autre front, que nos chers pays d’Europe se tiers-mondisaient en recevant massivement le tiers-monde et s’islamisaient en accueillant des musulmans. En quelques générations, l’intégration était devenue une illusion, et c’est nous qui étions intégrés, digérés dans des sociétés démocratiques et multiculturelles où la loi du plus nombreux et la tyrannie de la majorité s’étaient vite imposées à tous.

Devant les grimaces adressées au connard antédiluvien qui avait laissé s’éteindre le phare du monde qu’était alors l’Occident pour sauver son image de citoyen du monde généreux jusqu’à la mort, j’avancerais que les peuples étaient impuissants à enrayer ou à inverser les flux migratoires faute d’avoir su remettre en cause une construction politique appelée « Union européenne » parce qu’elle soutenait l’euro – monnaie qui, croyaient-ils, garantissait leur épargne et leur pouvoir d’achat. Ma bite à couper.

De plus en plus mal à l’aise dans le rôle du fossoyeur de trente siècles de civilisation qui avaient vu naître Homère et Chateaubriand, Bach et Elvis Presley, l’amour courtois et la minijupe, la cathédrale de Reims et la gare de « Perrrrpignian », je risquerais peut-être une défense de mes contemporains en évoquant l’épineux problème du financement des retraites que la fécondité tiers-mondiste devait régler comme une horloge. Au prix de gros efforts, je m’efforcerais de persuader mes hôtes cachés et menacés que la propagande de mon temps parvenait à convaincre le bon peuple que des familles de dix enfants dont seules deux filles avaient réussi à échapper au chômage ou à la prison parviendraient à subvenir aux besoins des cadressupérieurs retraités.

Je ne pousserais peut-être pas la leçon jusqu’à leur parler des signes avant-coureurs qui nous crevaient les yeux au xxie siècle, de l’histoire d’un islam dévastateur dans les siècles qui avaient précédé la « grande libération des territoires impies », de ces conquérants qui, partout où ils passaient, éteignaient les lumières, des violences et des régressions à l’œuvre sur les terres acquises et conquises par l’oumma, du sort réservé aux peuples qui n’embrassaient pas la foi dominante. D’abord, parce que je veux bien passer pour un idiot aveugle et irresponsable mais dans certaines limites, ensuite parce que mes descendants pourraient bien juger et condamner mon époque pour haute trahison, et moi avec. Et après quelques siècles d’islamisation, je craindrais que même les délicats habitants de la vieille Europe aient fait leurs les mœurs des mahométans. Alors, redoutant un lynchage digne des foules violeuses de la place Tahrir, suivi d’une lapidation spontanée, je remonterais dare-dare dans mon bidule spatio-temporel pour revenir vers une époque plus sûre où l’on peut presque tout dire même si presque personne ne vous entend.[/access]

*Photo: Red Frame OmaQ.org

La corde au cou de l’UMP

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fillon umps ps fn

Le légalisme a ses idiots utiles. Le moralisme aussi qui n’a rien à voir avec la morale authentique.

On croirait, à entendre certaines personnalités de l’UMP, que François Fillon, en tenant ses propos sur le sectarisme, confirmés par la suite, a mis en péril non seulement ce parti mais porté atteinte au pacte républicain, franchi une ligne rouge, détruit les digues et les barrages, insulté l’avenir, créé un séisme en se déshonorant par surcroît. L’UMP gagnée par la panique, titre Le Monde. La Syrie n’est rien à côté !

Que lui-même ait dit et rappelé son opposition totale au FN n’a rien changé à cette effervescence grotesque qui fait de plus en plus douter de la lucidité collective de l’UMP et explique mécaniquement l’accroissement du FN.

Je ne suis pas sûr que le bureau politique de l’UMP, malgré son inventivité, parvienne à restaurer le bon sens au sein de la majorité d’un aréopage plus épris de bons sentiments que d’idées pertinentes. De se faire plaisir que de vérité. Mais tout le monde est satisfait puisque tous ont signé, y compris Fillon, sur cette avancée bouleversante : l’UMP s’oppose au pouvoir socialiste et s’élève contre « tous les extrémismes et sectarismes ». Ouf! On craignait l’inverse.

Le FN n’est pas seulement favorisé par une politique du pouvoir qui, sur les plans fondamentaux qui mobilisent l’électorat de ce parti extrême, n’apporte aucune réponse ni la moindre solution fiable. Mais des frustrations de plus en plus exacerbées.

Il l’est paradoxalement aussi par l’UMP avec les beaux esprits qui parlent en son nom et qui pratiquement tous, dans un consensus qui serait émouvant s’il n’était pas suicidaire, sont venus apporter au Premier ministre Ayrault, avant même qu’il ait eu le front de les demander, les explications et les justifications tenant à la position de François Fillon.

Depuis quelques jours, encore plus qu’avant, Marine Le Pen, à cause de ces réactions absurdes, se trouve au centre obsédant de notre vie politique, qu’on adhère à tous ses rejets ou qu’on les dénonce.

Et c’est la gauche socialiste qui se permet d’être une sorte de juge de paix de la pureté éthique et démocratique des démarches partisanes, comme si elle était en surplomb et non pas en plein dans la mêlée et probablement désireuse d’en exploiter la confusion pour en définitive en bénéficier.

Mais n’est pas Mitterrand qui veut. François Hollande me donne l’impression de laisser venir les orages, notamment de sécurité et de justice, pour rendre la droite classique exsangue face à un FN férocement opposant et, à l’extérieur, d’y aspirer pour montrer de quoi il est capable. Le président ne met pas d’huile sur le feu, pour les délits et les crimes, mais il minimise le feu pour rassurer. Sans convaincre (Le Monde).

En dehors de François Baroin qui avec élégance a soutenu François Fillon (LCI) et de Valérie Pécresse qui s’en est distanciée mais sans mélodrame, il n’est personne qui à l’UMP se soit questionné sur la formidable ouverture que François Fillon, d’un coup, leur avait permise.

Pour les réactions médiatiques, à vrai dire, elles n’ont pas été de meilleur niveau à l’exception d’un article lumineux de François Bazin et d’une analyse infiniment réaliste de Guillaume Tabard (Le Figaro).

L’UMP au fond est confrontée à l’alternative suivante : dépérir en jouant une comédie vertueuse par rapport au FN (il faut vite le dire, s’agissant du parti de Jean-François Copé, notamment lors du quinquennat précédent et ensuite !) ou se rendre libre dans le choix de ses tactiques et de sa stratégie.

On raisonne trop souvent comme si l’UMP avait devant elle, malgré le FN de plus en plus lourd et dont l’ensemble des solutions ne se résument pas à « la haine », n’en déplaise à Vincent Peillon, un immense espace politique dans lequel elle pourrait s’ébattre à loisir. C’est le contraire. Quand Renaud Dély évoque le désastre que serait pour l’UMP la ligne Fillon, il oublie de souligner qu’aujourd’hui, le déclin, la chute sont déjà là parce que le FN engrange quand elle perd et que la gauche lui met de l’éthique de bazar dans les roues.

François Fillon, avec du courage, n’a certes pas brisé de tabous ni violé des fondamentaux. Pas d’alliance nationale avec le FN. Les programmes sont clairement incompatibles. Il n’avait pas la prétention ni le désir de bouleverser l’UMP ou l’UDI auxquelles il en faut si peu pour faire d’une aubaine une catastrophe.

François Fillon a voulu simplement desserrer le licou qui étrangle l’UMP. Donner du jeu. Elargir les virtualités. Rendre médiatiquement moins contraignant le lien imposé par l’adversaire. Non pas faire voter FN évidemment mais refuser le diktat de l’ostracisme obligatoire. Soulever la chape de plomb. Constituer le FN comme une banalité partisane qui le privera de son aura sulfureuse s’il en a, de son influence d’autant plus impressionnante qu’elle est à la fois constatée et répudiée sur tout et pour tout et combattre cette étrange anomalie d’une extrême gauche démocratiquement honorée et d’une extrême droite systématiquement honnie. A proportion des adhésions qu’elle suscite.

Que demain la gauche de gouvernement s’allie avec le Front de gauche si Jean-Luc Mélenchon l’accepte, il n’y aurait aucun problème et la droite n’aurait qu’à constater cette solidarité. Pour ma part, il n’y avait que le communisme français stalinien et internationaliste qui m’inquiétait même si le génie trouble de Mitterrand a su le réduire en définitive.

François Fillon tire les conclusions de cet équilibre et on pourrait interpréter son constat aussi comme la reconnaissance, dans notre espace républicain, de la validité des extrêmes dès lors qu’ils sont autorisés et respectent les règles de l’Etat républicain.

La gauche a passé depuis trop longtemps la corde au cou de l’UMP.

Les Juppé, Copé, Chatel, Wauquiez, Le Maire, Bertrand, Raffarin et autres Borloo sont bien sages, bien polis. S’ils ont compris la leçon pour le FN : on lâche un peu du lest et le licou fait moins mal. S’ils renâclent sur ce plan et osent s’émanciper : la corde les tiendra terriblement serrés. On en est là aujourd’hui.

L’UMP n’a pas saisi l’occasion de liberté, au moins intellectuelle et civique, que François Fillon lui a présentée. Au lieu de le soupçonner du pire – ce qui est absurde car il n’a pas changé d’un iota -, elle aurait mieux fait de le féliciter même si le FN ne veut pas de l’UMP et qu’heureusement l’ancien Premier ministre pense aussi à ce qu’il espère être son destin présidentiel.

Les caciques vertueux de l’UMP auraient quitté leur prison et se seraient seulement donné le droit et l’avantage de trancher symboliquement le nœud gordien.

*Photo : UMP.

Insupportables supporters

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« Allez Paris, où tu es nous sommes là, tu ne seras jamais seul car nous deux, c’est pour la vie ! » Touché par la grâce des dollars qataris, le PSG est champion de France. Je plaide coupable : cette victoire, annoncée comme celle du plus riche, je l’ai désirée. Et célébrée. Et pourtant, pour la première fois, je m’interroge sur mon attachement à ce club, mon club. Qui  n’est plus tout à fait le même. Que l’on puisse être supporter, cela peut déjà sembler mystérieux. Mais supporter de cette équipe-là, avec ses joueurs-people achetés au prix d’un Airbus par un prince capricieux, cela dépasse parfois mon propre entendement. Cela veut sans doute bien dire qu’entre PSG et moi, peut-être bien que « c’est pour la vie ».

J’avais 6 ans lors de mon premier match au Parc. De ce PSG/Toulouse de 1994, je n’ai que de vagues souvenirs – le stade, le bruit rugissant des tribunes et puis la liesse, car ce soir-là le PSG fêtait son deuxième titre de champion de France. Je n’ai jamais cessé d’y aller ensuite, irrégulièrement le reste de mon enfance, avec acharnement à partir de l’adolescence. Le Parc est un stade particulier, une cuvette de béton qui résonne et impressionne. Soyons honnête : ce n’est pas juste le beau football qu’on va y chercher. Tout le monde sait qu’avant l’arrivée du Qatar, le PSG était souvent médiocre. Le frisson n’était pas souvent sur le terrain, mais toujours dans les tribunes. Pour moi, celles du Parc avaient quelque chose de grandiose. Pour les médias, elles étaient plutôt inquiétantes.

Des dizaines de milliers d’hommes beuglant à gorge déployée de chaque côté d’un terrain de foot, ça fait peur – et c’est normal. Il y a quelque chose de primitif et de barbare dans une foule de supporters qui, osons le dire, peut rappeler les « sombres heures de notre histoire », surtout avec le folklore skinhead et parfois carrément nazi de quelques excités du « kop » Boulogne. Une voix en moi me susurrait qu’un être humain aurait dû faire preuve de plus de  décence, une autre répliquait qu’il n’y avait aucun mal à vivre ces intenses moments de communion folklorique. Non, je n’arrivais et n’arrive toujours pas à y voir un rabaissement de mon être.

Pour l’adolescent que j’étais, les tribunes du Parc constituaient  une zone de non-droit formidable. Chanter en cœur,  fumer des joints, secouer son voisin après un but, traiter l’adversaire de « paysan » ou bien pire : tout ce qui, dans la vraie vie, aurait été incongru, de très mauvais goût, stupide ou carrément interdit devenait, à l’intérieur du stade, le signe distinctif d’une fraternité presque invisible à l’extérieur. Aujourd’hui encore, ce ne sont que de bons souvenirs.

Tout change avec le « plan Leproux » : en 2010, après une tragique bagarre entre deux groupes de supporters parisiens qui se solde par la mort de l’un d’eux, Robin Leproux, alors président du PSG, décide de frapper fort en s’attaquant à l’une des plus anciennes traditions du club : pour mettre fin à la rivalité historique entre Auteuil et Boulogne, il instaure un placement aléatoire dans ces deux tribunes, interdisant ainsi tout regroupement « identitaire » [1. Les « kops » Auteuil et Boulogne désignaient les tribunes situées derrière les buts, où se regroupaient les principales associations de supporters. Les premières, créées dans les années 1980 à Boulogne, accueillent déjà quelques skinheads. En réaction, des associations rivales fleurissent de l’autre côté du terrain au début des années 1990. Les deux tribunes, qui revendiquaient des héritages différents en matière de sport, traduisaient aussi des différences « identitaires »: Boulogne était aussi blanche qu’Auteuil était multi-ethnique.]. Quelque 13 000 fidèles se voient interdits de renouveler leur abonnement sans ménagement ni compensation. Parallèlement, l’État décrète la dissolution de toutes les associations de supporters du PSG. Tout le monde s’accorde pourtant à dire que les fauteurs de troubles représentent moins de 5 % de leurs membres. Les protestations contre cette mesure injuste paraissent assez légitimes. Mais le haut-le-cœur général soulevé par la « violence dans les stades », qui occupe régulièrement la « une » de l’actualité, l’est tout autant. Si mon cœur de supporter ne balance pas très longtemps, je ne peux pas trop en vouloir à tous ceux qui applaudissent Leproux en affirmant qu’il était temps de taper du poing sur la table.[access capability= »lire_inedits »]

L’interminable débat qui a alors enflammé la communauté des supporters est désormais obsolète. Beaucoup d’abonnés historiques, qui n’avaient pas vu le changement arriver avec le Qatar et ses millions, ont choisi de boycotter le stade. Ils y ont été remplacés par d’autres, sans doute plus amateurs de foot que de la camaraderie virile qui faisait autrefois l’esprit du Parc. Le public se dit que l’esprit sportif y a gagné. Peut-être. Je ne peux pas m’empêcher de penser que j’ai perdu quelque chose de magique, un plaisir vaguement honteux mais qui, après tout, ne faisait de mal à personne (et me permettait peut-être, le reste du temps, de « bien me tenir »). Non pas que ces sympathisants de la dernière heure n’aient pas le droit d’exister, ou qu’ils ne soient pas animés par d’excellents sentiments. Mais voilà, ils ne sont pas supporters : c’est même pour ça qu’ils ont été préférés aux anciens. Beaucoup pourraient sans doute le devenir mais la direction qatarie, peu sensible à la liberté d’expression, a maintenu les dispositions du supposé transitoire plan Leproux, rendant ainsi impossible la création de nouvelles associations. Le résultat est déprimant : fini les tambours qui donnent le rythme, les mégaphones qui haranguent, les fumigènes qui colorent la foule, les banderoles à l’humour potache, les drapeaux faits main et les « tifos » [2. Animation visuelle concoctée par les supporters et déployée juste avant le coup d’envoi.]spectaculaires. Or, le sport n’est pas un jeu, ou pas seulement. Ou alors un jeu qui imite la guerre. Un match, avant, ne mettait pas seulement aux prises deux équipes. Deux heures durant, leurs partisans s’affrontaient à coups de cris et de chants comme autant de soudards déchaînés. Bien sûr, cela existe toujours, mais en interdisant toute organisation, donc toute mise en scène, de cette rivalité, le PSG n’en a conservé que le grotesque : les seuls couplets que le stade entier connaît encore sont les plus insultants envers l’adversaire. Toute continuité a disparu. Alors qu’auparavant, les chants se succédaient les uns aux autres, un silence de cathédrale s’abat désormais régulièrement sur le Parc, et il ne faut rien de moins qu’un but pour qu’il se lève.

Le plus désolant, dans ce nouvel avatar de la folie sécuritaire qui s’est emparée des sociétés occidentales, c’est la facilité avec laquelle il se marie avec les préoccupations mercantiles. Cette année, le prix des places a atteint des niveaux ahurissants : comptez 40 euros pour le moindre match de championnat. Cette inflation sans précédent est d’autant plus curieuse que, si l’on en croit ce qu’on lit partout, en rachetant le PSG, le Qatar cherchait à renforcer son soft power. Il s’agissait de faire de la com’, pas des profits.

En réalité, s’il faut désormais se ruiner pour aller au Parc, ce n’est pas seulement aux Qataris qu’on le doit, mais aussi à Michel Platini, le patron de l’UEFA, et à sa merveilleuse invention : le fair-play financier. Voilà encore une idée pétrie de bonnes intentions. Qui s’insurgerait que l’on veuille rétablir un peu d’égalité, et avec elle un peu de « glorieuse incertitude » dans le sport ? Qui refuserait que l’on permette au plus pauvre de gagner contre le plus riche ? Qui préférerait la hiérarchie de l’argent à celle du talent ?

Platini a été entendu : à partir de 2014, aucun club ne devra dépenser plus qu’il ne gagne. Curieux fair-play, qui entérine en réalité la marchandisation du football. Il faut être aveugle pour ne pas voir que la conséquence de cette noble ambition est que le foot va devenir, de plus en plus, un sport réservé aux riches, et pas seulement au stade. Quelle famille de la classe populaire pourra débourser 100 euros pour payer à son fils le maillot de son joueur préféré ? S’il veut maintenir son club au plus haut niveau, l’actionnaire richissime du PSG se voit en effet contraint, comme les autres, de partir à la chasse aux revenus, ce qui signifie augmenter au maximum le prix des places et des produits dérivés. Pour espérer gagner ce qu’il veut dépenser, il n’a d’autre choix que de plumer ses « fans ».

Pour la direction, en effet, il n’y a plus de supporters mais des « fans ». Ce changement sémantique a son importance : le « fan » n’est plus parisien d’adresse ou de cœur, il peut être dans le monde entier. Il ne va pas, ou exceptionnellement, au Parc, il s’enthousiasme sur Facebook. Démarche parfaitement assumée par Jean-Claude Blanc, le directeur général, qui explique à longueur d’interview qu’il faut « rêver plus grand » et faire du PSG « une marque mondiale du sport ». Le supporter d’antan, qui passait des heures à confectionner des drapeaux et à concocter des chants, avant de traverser l’Europe en autocar avec sandwiches et bière pour encourager son équipe, n’intéresse pas vraiment les dirigeants du club.

Pour séduire le « fan » mondialisé, en revanche, rien n’est trop beau ni trop cher : Beckham peut venir jouer trois mois, des DJ réputés sont recrutés pour distraire le public avant les matchs. Et le PSG peut, chaque été, dépenser des centaines de millions d’euros pour attirer des stars, laissant Platini et les médias dénoncer le pouvoir de l’argent et vanter les valeurs du sport. Je dois bien admettre que mon rêve de gosse a mauvaise mine.

En ce cas, je dois être fou. Comment puis-je me encore me sentir lié au destin de ce club dont l’actionnaire principal est un autocrate et les joueurs des mercenaires venus à Paris pour gagner un peu plus d’argent, de ce club qui a oublié son histoire, donc la mienne ? Suffirait-il du frisson de la victoire pour m’acheter ? La jubilation que j’éprouve à l’idée de voir mon club rivaliser enfin avec les plus grands d’Europe aurait-elle fait taire toute conviction en moi ? Même pas. Rien ne me plaît dans cette équipe. Quand le match commence sur mon écran, je me dis que, bon, je regarde, mais par pure curiosité, sans passion particulière. Mais rien à faire, dès que le jeu démarre, impossible de détourner le regard, je me crispe à chaque action, enrage à chaque occasion manquée et hurle de bonheur à chaque but. Je fais chaque semaine l’expérience de mon irrationalité incurable. Peut-être que supporter, c’est pour la vie…[/access]

*Photo: Nassim S

La France s’ennuie

Monsieur « petites blagues » et le falot professeur d’allemand qui maîtrise si mal la langue de Goethe qu’Outre-Rhin certains se demandent quelles compétences il faut avoir pour être soit enseignant en France soit premier ministre, ne font plus rire personne. Un Président, par principe, met un peu de « Stimmung » (d’ambiance… à l’intention de H. et de A.) dans son pays : il ne le plonge pas dans une profonde léthargie. Il n’incite pas non plus, involontairement certes, ses compatriotes les plus inventifs à s’exiler (« l’exil n’est plus un droit pour les Français, mais un devoir « , titrent ironiquement des journaux étrangers) par une forme de sida fiscal qui mine le moral de chacun et laisse perplexe même ses rares partisans, surpris qu’on puisse donner tant de leçons de morale sans en respecter aucune.

La France s’ennuie aussi de voir à la tête d’une opposition qui n’en est pas une, des hommes de si peu d’envergure. L’un, François Fillon, à force d’être dans l’ombre du swingueur Sarkozy, a des allures de croque-mort. L’autre, Jean-François Copé, mais oui « le décomplexé « , court après les voix du Front National, tout en donnant la fâcheuse impression de mépriser les sentiments et les revendications de l’unique parti qui gagne en puissance.

La France s’ennuie parce qu’elle perçoit confusément que le rêve européen est devenu un cauchemar quotidien : des fonctionnaires dix fois mieux payés qu’ils ne le seraient dans leur pays d’origine prennent des décisions dix fois plus stupides sans avoir à les justifier. Un exemple parmi cent : plus de deux millions de Français prenaient un antalgique, efficace et sans effets secondaires, le Diantalvic. Parce que trois jeunes Suédois ont tenté de se suicider en abusant des doses, il est maintenant interdit dans toute l’Europe. Consternation générale chez les médecins et les pharmaciens.

Mais si la France s’ennuie, ce n’est pas uniquement parce que le président Hollande n’a pas plus de charisme qu’une carpe, que l’Europe politique est un mirage et que l’opposition d’une droite extrême et d’un Front de Gauche est systématiquement présentée dans les média comme un « poison » (c’est ainsi que Libération désigne le FN) mais aussi parce qu’on nous ressasse qu’il n’y a pas d’alternative politique crédible. Une fatalité amènerait les Français à voir leur pouvoir d’achat fondre, leur compétitivité reculer, leurs cités à être délaissées et les miséreux de la planète s’emparer en toute impunité des derniers bijoux de famille planqués ici ou là. Quant aux plus riches, comme le Qatar, libres à eux de se servir avec ostentation de nos palais et palaces. Ils auraient tort de s’en priver.

Accepter le spectacle de sa déchéance sans réagir… les Français y sont tellement habitués qu’ils détournent la tête, regardent des émissions aussi conformistes que « On n’est pas couché » où même les animateurs, pourtant dopés à la controverse, s’ennuient. Tous ceux qui rêvaient d’une France paisible dans une Europe forte ont la gueule de bois. Mais quand les Français s’ennuient, ce n’est jamais bon signe. Il y a des réveils qui sont des sursauts parfois inattendus. Pierre Viansson-Ponté, peu avant Mai 68, avait déjà écrit : « La France s’ennuie ». Il était certainement plus fin politologue et plus visionnaire que ne le suis. Mais sait-on jamais…

Roms à volonté

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caravane roms

caravane roms

Les Roms, en France, sont, d’après les estimations les plus fréquentes, autour de vingt mille. Vingt mille, c’est à peu près la population d’une ville comme Hénin-Beaumont. Je dis cela sans malice. On pourrait leur construire une commune, une fois pour toute. En Lozère, ou en Aveyron. Le problème est que le Rom est nomade. Comme le Lapon. Mais contrairement au Lapon qui vit dans le grand Nord et mange du renne, le Rom vit chez nous et vole des poules quand il est à la campagne et des portefeuilles quand il est en ville.

J’ai beau faire, ce chiffre de vingt mille personnes me tracasse. Ce n’est tout de même pas grand chose, vingt mille personnes. Ou même trente mille. Renvoyer vingt mille personnes chez elle, c’est à dire en Roumanie, et un peu en Bulgarie, ce ne doit pas être si compliqué.

Il paraît qu’on le fait parfois mais que les Roms reviennent. Il faut croire qu’ils ne sont pas très heureux en Roumanie. Qu’être un Rom en Roumanie, c’est un peu comme être un nègre dans un township du temps de l’apartheid. Pourtant, sauf erreur de ma part, la Roumanie est bien un pays européen, je veux dire qui a intégré l’Union Européenne. Je présume qu’il doit bien y avoir  dans la Déclaration européenne des droits de l’homme ou je ne sais quel Traité des obligations qui ne sont pas seulement des directives économiques libérales mais ont un rapport avec la dignité humaine : autoriser l’avortement, ne pas pratiquer la torture dans les commissariats, ne pas laisser des hordes néo-nazies assassiner des rappeurs et donc, aussi, traiter décemment ses minorités. Une obligation à ne pas leur faire une vie tellement impossible qu’ils préfèrent nomadiser en l’Île-de-France que dans Bucovine ou la Dobroudja.

Ce n’est pas le cas ? La Roumanie ne veut rien entendre ? Elle ne prend pas de mesures spécifiques pour intégrer les Roms, les faire vivre décemment ? Mais dans ce cas, il faut procéder à des rétorsions, des menaces, des pressions. C’est impossible, me dites-vous ? Il faut respecter la souveraineté des Etats ? Ah bon. Vous reconnaîtrez avec moi que c’est à géométrie variable, cette histoire. Quand il s’agit de mettre au pas, au prix de sacrifices inouïs pour les populations les plus fragiles, les nations grecque, portugaise, espagnole, ça ne pose aucun problème à la Commission. Elle intervient avec la BCE et le FMI et elle est capable de fermer une télévision publique en pleine émission.  Mais il est vrai qu’il est question de gros sous. À la limite, tant qu’un Viktor Orban en Hongrie ne menace pas trop les équilibres budgétaires de l’Union, il peut bien transformer son pays sous nos yeux en un remake de la dictature nationale-catholique de l’amiral Horthy. Alors les Roms, n’est-ce pas, comme ils ne sont pas une dette mais des vraies gens,  l’UE, elle n’en a pas grand-chose à faire.

Et puis soyons honnêtes, c’est très utile, vingt mille Roms en France, finalement. C’est un formidable abcès de fixation. D’abord, ça ennuie surtout les pauvres, qui, à force d’être excédés, finissent par s’en prendre à plus pauvres qu’eux comme ces habitants des quartiers nord de Marseille qui avaient brûlé un camp et viré ses habitants sous l’œil de CRS à peu près aussi motivés que la police grecque quand elle voit Aube dorée massacrer des clandestins. Et quand les pauvres se battent entre eux, ils n’ont pas la tête aux bêtises, comme de se demander pourquoi ils sont aussi pauvres, en fait.

En revanche, les Roms, c’est très pratique pour les maires. De temps en temps, les maires virent les Roms de chez eux dans la commune voisine. Si c’est un maire de droite qui fait ça, il prouve qu’il est bien de droite et que seule la droite sait être ferme sur ces questions-là. Il peut même pimenter le tout de propos plus que limites comme Estrosi à Nice ou notre ami Régis Cauche, le maire de Croix. Si c’est un maire de gauche qui expulse, ça lui permet de montrer que la droite n’a pas le monopole du knout, que la gauche aussi sait être ferme, non mais, et de comparer ses biscoteaux avec ceux de ses adversaires.

Au niveau national, en revanche, une partie de la gauche morale se refait la cerise en voyant dans le Rom la figure ultime du damné de la Terre, en faisant de la moraline pour pas cher. Le problème, c’est que même si le Rom est un damné de la Terre, cette gauche-là se croit obligée d’en faire des tonnes pour qu’on ne voie pas qu’elle oublie les autres, de damnés de la Terre, ceux pour qui elle ne peut ni ne veut plus rien faire au nom de l’orthodoxie sociale-libérale : les ouvriers délocalisés, les précaires, les temps partiels imposés, les chômeurs, bref le peuple qui souffre, qui rentre crevé à la maison et qui voit par la fenêtre que tiens, en plus, comme si ça ne suffisait pas, un camp rom vient de s’installer en face.

Quant à la droite et à l’extrême droite, (on a de plus en plus de mal à les distinguer ces temps-ci surtout quand le FN semble plus à gauche que l’UMP, y compris sur ces affaires-là), elle prendra le contre-pied, dénoncera le laxisme de la gauche, l’impéritie du gouvernement Ayrault, la mollesse présidentielle. Bref, le scénario habituel.

Vingt mille… Juste vingt mille. Ils ont pourtant redonné à nos paysages urbains une allure oubliée, celle de l’époque honteuse des bidonvilles. Haïssez-les si vous voulez, aimez-les si vous voulez aussi mais n’oubliez pas qu’ils sont avant tout cyniquement instrumentalisés par un système qui a besoin d’eux. Comme on a besoin d’un écran de fumée qui sert, comme il se doit dans le domaine militaire, à masquer sa position et sa situation exacte. Situation pour le moins catastrophique en l’occurrence.

*Photo: Eko

Ça gaze à Gaza ?

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L’encre de l’accord sur l’élimination des armes chimiques syriennes signé par le ministre russe des affaires étrangères Sergueï Lavrov et John Kerry, le responsable du département d’Etat américain n’est pas encore sèche que voilà l’accord sitôt vidé de son contenu par le même Lavrov. Celui-ci refuse d’une part de reconnaître les conclusions du rapport des experts de l’ONU et déclare que celles-ci sont fausses et partiales. Par ailleurs, l’éventualité d’une action contraignante avec usage de la force contre Assad est refusée par la Russie, ce qui rend ainsi caduque par avance toute résolution du Conseil de sécurité de l’ONU.

Voilà donc Obama et Hollande roulés dans la farine de blini par Poutine et par celle de fallafel par Assad. L’iranien Rohani qui a bien compris à qui il avait affaire, déplace son turban, chausse ses lunettes les plus rondes, caresse sa barbe blanche et déclare qu’il veut reprendre langue avec l’Occident. D’ailleurs Le Monde avait bien dit qu’il était modéré. C’est tout dire.

Alors que l’option militaire était toujours sous la table, selon le président Hollande (pardon, sur la table) si Assad se défilait et qu’on allait voir ce qu’on allait voir, que va désormais faire la France ? Va-t-elle attaquer seule la Syrie ? Le porte-avion Clémenceau dont on vient de réparer l’hélice, le gouvernail et la machine Nespresso, se rapproche  des côtes syriennes… Hubert Bonisseur de la Bath a chaussé ses lunettes noires d’agent de la DGSE et s’apprête à sauter en parachute sur Lattaquié (dans Lattaquié il y a attaque dirait un lacano-progressiste avisé).

De ces nouvelles inquiétantes en avez vous eu souffle hier, au journal de France 2, piloté par David Pujadas ? Silence absolu sur la Syrie. RAS (en langage militaire : rien à signaler). Non, la position des Verts sur la taxe gasoil était une nouvelle bien plus intéressante. Sans compter les déclarations antifas de Copé et les précisions de Fillon sur le FN. Palpitant. À France 2 on sait hiérarchiser l’importance des news, c’est vrai ça Coco !

Pendant ce temps, Assad poursuit le massacre et les centrifugeuses de Rohani tournent. Elles ne fabriquent pas du sorbet mais enrichissent de l’uranium pour faire une bombe atomique. Ah bon ? Ça alors ?

Et les Indignés dans tout ça ? Depuis la disparition de leur Saint Patron on ne les entend guère. Pourtant il y a du pain sur la planche pour l’indignation ces temps-ci. Tenez, en Afghanistan, des talibans modérés viennent de lapider une femme pour adultère (on comprend son pauvre mari) et en Haute-Egypte quelques chrétiens coptes viennent d’être brûlés vifs (on n’a pas idée d’être chrétien de nos jours).

Ne soyons pas islamophobes et restons dans les canons de la bienséance médiatique. Que reste-t-il pour fourbir notre conscience morale ? Bon sang ! Mais c’est bien sûr ! Gaza ! Ça gaze à Gaza ! Bon, pas encore mais ça ne saurait tarder, ça va  venir et c’est pour cela que j’emprunte par anticipation à Nicolas Demorand ce titre calembour auquel Libé n’a pas encore pensé !

Et toc ! C’est bon ça Coco !

Goldman, le bon grand frère

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jean jacques goldman

jean jacques goldman

Si les médias dans leur ensemble n’étaient pas aussi bouchés à l’antiracisme, je n’irais pas chercher chez François Desouche ces informations choisies qui nous donnent à voir une France qui sombre lentement dans un multiculturalisme mortifère. Je laisserais nos amis identitaires à leur mélancolie française, blanche et chrétienne, parce que je m’interroge sur les choix qui les amènent à distinguer dans l’actualité certaines dépêches.

Il y a quelques années, quand l’acteur Édouard Baer a été choisi pour incarner le personnage d’Astérix, j’ai eu un peu de mal à comprendre pourquoi les responsables du site ont tenu à nous le faire savoir. Il faut dire que le comédien est juif. Pas un de ceux qui préservent leur identité dans une ségrégation volontaire et poussent l’observance de je ne sais quels commandements jusqu’à la grossièreté en refusant de serrer la main tendue par des créatures « impures » ou de partager un verre de l’amitié pas assez casher, mais plutôt un juif débonnaire qui se sent juif surtout face à un antisémite et, le reste du temps, vit comme un Gaulois dans une France qui lui a généreusement prêté ses ancêtres et qui se transmet par le cœur autant que par le sang.

Aujourd’hui, en apprenant par le site des imbéciles malheureux qui sont nés quelque part que le chanteur Jean-Jacques Goldman est la personnalité préférée des Français, ma paranoïa est revenue semer le doute dans mon esprit.[access capability= »lire_inedits »] Que viennent faire ces infos sur un média qui ne s’intéresse pas particulièrement à l’actualité du cinéma ou de la chanson ? J’avancerai une réponse et je reviendrai faire amende honorable si je me suis trompé. Je crains les fantasmes d’antisémitisme autant que l’antisémitisme lui-même, mais il me semble que ces choix sont simplement des clins d’yeux maurassistes adressés à la frange de leur lectorat qui trouve qu’un juif, même blond à moustaches, n’aura jamais l’air de Gaule, qui pense qu’un juif ne peut pas comprendre le vers de Michel Sardou : « Ne m’appelez plus jamais France ». Car Jean-Jacques Goldman est juif, j’en mettrais ma bite à couper. Cela dit, dans le climat actuel, antisémitisme feutré, bien élevé et non violent de certains de mes compatriotes, français depuis plus longtemps que moi, est le cadet de mes soucis et le nouveau cru de ce vieux fiel, que répandent sans gêne et sans complexes de nouveaux Français, pourrait bien me faire regretter l’ancien.

Mais qu’importe le doigt pourvu qu’on ait la lune. Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, le classement annuel issu d’un sondage réalisé par le JDD sur les « personnalités préférées des Français », nous informe que Yannick Noah est descendu du podium pour se retrouver à la dixième place et que Nicolas Sarkozy n’arrive que quarante-quatrième. Ce n’est que justice pour ces deux vedettes qui n’ont pas su tenir leurs promesses. Je rappelle aux amnésiques que l’ancien président avait enfoui, à peine élu, le mode d’emploi du Kärcher sous une pile de dossiers en souffrance, sans doute plus aiguë que celle des Français vivant en territoire perdu (pour la République, mais pas pour tout le monde), et que le tennisman chanteur avait déclaré en parlant du mari de Carla : « S’il passe, je me casse ! » Hélas, en juin 2007, malgré la secousse, l’ambianceur de la brousse[1. refrain de Saga Africa, extrait de l’album Black and What, 1991: « Saga Africa, Ambiance de la brousse, Saga Africa, attention les secousses…« ] n’avait pas bougé, perdant toute chance de nous rappeler Victor Hugo, et par le talent – mais ça, on le savait déjà – , et par l’exil, sinon fiscal, mais ça, c’était avant.

Mais revenons à Goldman, arrivé en tête dans le cœur des Français, comme le répètent toutes les vingt minutes les perroquets permanentés de la parité sur les chaînes d’info. Je ne l’ai pas toujours aimé. Au début de sa carrière, le snobisme de mon adolescence m’empêchait d’apprécier un chanteur qui touchait tant de gens, tous jugés plus cons que moi les uns que les autres. On se prend au sérieux quand on a dix-sept ans. Bien plus tard, c’est en tombant sur un entretien accordé à Laurent Boyer que j’ai été séduit par l’intelligence pudique de l’artiste qu’aucune prétention artistique ne menaçait. À une question posée sur son engagement politique, le chanteur rocardien rétorque à l’animateur de révérence qu’étant de gauche, il n’avait pu sérieusement cautionner le programme commun de Mitterrand et de Marchais, laissant l’ami des stars aussi perplexe qu’un geek devant un livre en papier. Plus tard dans la conversation, l’auteur de Comme toi répond au sourire niais du mielleux intervieweur – ou inversement – que l’influence de Pierre Goldman, qui je crois était son demi-frère – je ne suis pas allé fouiner pour le savoir, je ne bosse pas à Mediapart – avait été nulle. Je me suis alors intéressé à ce compositeur de chansonnettes, comme dirait Renaud Camus, capable de prendre ses distances avec un martyr de l’anti­fascisme, fût-il son frère, lequel avait mis Saint-Germain-des-Prés dans la rue avec ses Souvenirs d’un juif polonais né en France, parce que pour ces gens-là, qui aiment tant accuser qu’ils voient Dreyfus partout, la détention d’un écrivain juif et d’extrême gauche est une injustice plus révoltante que le meurtre de deux pharmaciennes dans un braquage raté pour lesquels il avait été jugé coupable, puis rejugé et innocenté.

Accroché par la personnalité de Goldman, j’ai fini par laisser tomber mes préjugés, j’ai écouté ses chansons et je suis devenu client. Je dois avouer que J’attendais, écrite pour Céline Dion, m’émeut encore comme une vache, que Entre gris clair et gris foncé est une mine d’or qui ne cesse de me livrer ses pépites et que dans Rouge, si la musique est bonne, les paroles méritent bien des tours de platine. Écrit il y a trente ans, le texte de Envole-moi prend la voie singulière de la dignité et du courage pour raconter une banlieue où l’émancipation n’est pas un rêve tombé en désuétude et où le désir d’intégration n’est pas qu’une illusion. Cette chanson noire et optimiste, où une volonté farouche et individuelle de casser les déterminismes sociaux ou culturels plutôt que le mobilier urbain sans cesse rénové, où l’envie d’inspirer le respect par le mérite et l’étude l’emporte sur la tentation d’imposer la crainte par la menace et la force, renvoie à leur condescendance les culturistes de l’excuse. Elle est aujourd’hui reprise par une génération de jeunes interprètes souvent issus de l’immigration, qui choisit de transmettre l’héritage de Goldman plutôt que celui laissé par Diam’s ou par Joey Starr. Loin des rengaines sur le ghetto, la jeunesse qui la chante et celle qui l’écoute, sortie par le haut des mêmes cités que celle qui admire Mohamed Merah, nous le dit haut et fort : « Nous ne sommes pas des victimes ». Et par le succès qu’elle rencontre, elle le prouve.

L’auteur de cette chanson, et de tant d’autres encore bien vivantes, est aujourd’hui reconnu, célébré, élu par une majorité de Français, de tous âges et de toutes origines. Par lui, les Français se ressemblent et la France se rassemble. « Tu es de ma famille, bien plus que celle du sang », chantent les interprètes de l’album Génération Goldman, déjà disque de diamant. Il y a peut être dans ces mots et dans ces airs de rien qui courent sur toutes les lèvres quelque chose de ce pont entre les générations, de ce lien social, de ce vivre-ensemble que tout le monde cherche désespérément car là où la chanson passe, il est permis d’espérer qu’un peu d’idéal républicain reste. L’espoir est-il au bout du phono ? Aujourd’hui, je le crois. Je vais attendre un peu avant de retourner déprimer sur Fdesouche.[/access]

Pour sortir de la crise, sortons de l’euro

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euro crise sapir

euro crise sapir

Depuis la fin du printemps, un concert de « bonnes nouvelles » nous vient des pays d’Europe du Sud. La croissance reviendrait au Portugal et en Espagne, et même en Grèce. Les taux se maintiennent à un niveau considéré comme « raisonnable ». En bref, la crise de la zone Euro serait derrière nous. Pourtant, à mieux y regarder, on peut sérieusement douter de la réalité de ces affirmations.

Sommes-nous sortis de la Crise ?

Il y a beaucoup de manipulations, mais un peu de vérité dans ces affirmations. Commençons par le peu de vérité qu’elles contiennent. Oui, la crise est en train d’atteindre un plancher. C’est évident en Espagne où le chômage semble désormais stabilisé, quoiqu’à un niveau très élevé (25% de la population active). La crise ne semble plus s’aggraver ces derniers mois, mais ceci est loin d’être équivalent avec une sortie de crise. Ajoutons que des nuages plus que noirs s’accumulent à l’horizon : le crédit est toujours en train de se contracter (en particulier en Italie et en France), l’investissement se réduit toujours (et avec lui les perspectives de croissance future). Rien ne permet de dire que les pays d’Europe du Sud vont trouver dans les prochains mois le ressort d’une croissance leur permettant d’effacer la crise qu’ils connaissent. La perspective d’une nouvelle crise politique en Italie, venant s’ajouter aux difficultés économiques (notamment la montée des impayés dans le bilan des banques, indicateur très sûr d’une économie fragile), est une forte probabilité.

On peut d’ailleurs estimer que l’amélioration de la balance commerciale dans ce pays est liée à la chute des importations et non à une hausse des exportations. Compte tenu de l’importance de l’économie italienne, qui est la troisième économie de la zone Euro, il est donc clair que la zone Euro est loin, très loin, d’être tirée d’affaires.

Au mieux, la crise va durer au même niveau qu’aujourd’hui. Au pire, et c’est ce que l’on peut craindre quand on regarde l’évolution du crédit et de l’investissement, après cette pause provisoire, les résultats devraient recommencer à se dégrader dès la seconde moitié de 2014. D’ores et déjà, il est clair qu’il faudra un nouveau plan de sauvetage pour la Grèce d’ici la fin de 2013.

Ceci nous conduit aux manipulations, largement évidentes dans nombre de médias. On ne parle plus que de la « reprise » alors que l’ensemble des indicateurs reste très inquiétant. Il y a un consensus dans une partie de la presse, essentiellement pour des raisons politiques, qui conduit à proclamer ce retour à la croissance alors que tout le dément. On a eu un exemple de ces pratiques à propos des statistiques du chômage en France. Ceci est instructif, tant quant à l’état de certains médias en France que du point de vue plus général de l’attitude des élites sur ce problème. Alors que l’on continue de discuter de la crise de l’euro en Allemagne, en Italie et en Espagne, le thème semble avoir disparu en France.

La crise en perspective.

La zone Euro a souffert de plusieurs maux : l’absence de flux financiers massifs pour égaliser les structures économiques des pays membres ; une Banque Centrale indépendante calée sur une politique inopérante ; et une politique de déflation salariale initiée par l’Allemagne, s’apparentant à une politique de « passager clandestin »– aussi qualifiée « d’opportuniste » ou de « non-coopérative » – qui a exacerbé les tendances préexistantes aux évolutions inégales des salaires et de la productivité.

Il faut ici rappeler que la crise de la zone Euro ne date pas des années 2010-2011, mais qu’elle a des racines bien plus anciennes. L’introduction de l’Euro impliquait aussi une politique monétaire unique pour les pays de la zone. Or, tant les conjonctures économiques que les déterminants structurels de l’inflation –les problèmes de répartition des revenus, mais aussi la présence de chaînes logistiques plus ou moins sensibles à des hausses de prix susceptibles de se reporter – entraînent des taux d’inflation structurelle différents selon les pays. Cette situation résulte de la présence de rigidités importantes dans l’économie, qui invalident la thèse d’une « neutralité » de la monnaie.

Cependant, dans le cadre d’une monnaie unique, les divergences d’inflation ne peuvent être trop importantes en raison des problèmes de compétitivité interne à la zone. Un certain nombre de pays ont alors dû avoir une inflation inférieure à leur niveau structurel. Cela les a, par suite, conduits à avoir un taux de croissance inférieur à leur taux de croissance optimal (Italie, Portugal). De fait, ces pays ont perdu sur les deux tableaux : en compétitivité et en niveau de croissance.

Si l’économie européenne va de langueur en récession depuis 2000, c’est bien à cause de l’Euro. Le fait que l’Allemagne ait tiré son épingle du jeu confirme cela, tant en raison des avantages comparatifs spécifiques de ce pays que de la politique qui y a été menée depuis 2002 (les « réformes » Harz-IV). L’Euro est au cœur du problème de l’Europe. Il condamne la majorité des pays l’ayant adopté à la récession ou à la crise, comme en Europe du Sud. L’Allemagne a « exporté » vers ces autres pays entre 4 et 5 millions de chômeurs.

L’option d’un fédéralisme européen, outre les problèmes politiques qu’elle introduit, se heurte à l’ampleur des flux de transferts que l’Allemagne devrait consentir au bénéfice des pays de l’Europe du Sud. L’Allemagne supporterait en effet 90% du financement de la somme de ces transferts nets, soit entre 220 et 232 milliards d’euros par an (ce qui équivaut à 2200 à 2320 milliards sur dix ans), entre 8% et 9% de son PIB. D’autres estimations donnent des niveaux encore plus élevés, atteignant 12,7% du PIB. Il convient donc d’en tirer toutes les conséquences : le fédéralisme n’apparait pas comme une option réaliste pour les pays de l’Europe du Nord et en premier lieu pour l’Allemagne. Il est sans objet de la présenter comme une possible solution.

La dissolution, seul horizon raisonnable ?

L’ampleur de la récession qui frappe de nombreux pays annonce un retour de la crise. La solvabilité des États n’est plus garantie. L’effondrement des ressources fiscales dans de nombreux pays constitue un accélérateur de la crise. Cette situation témoigne bien de la présence de défauts structurels dans la conception et dans la mise en œuvre de la monnaie unique. Ces derniers, trop longtemps niés ou minimisés, sont aujourd’hui en passe d’être reconnus

Une dissolution de la zone Euro ne serait pas une « catastrophe » comme on le prétend souvent, mais au contraire une solution salvatrice pour l’Europe du Sud et la France. C’est ce que montre l’étude « Les Scénarii de Dissolution de l’Euro », publiée au début du mois de septembre. On peut y lire, suivant les différentes hypothèses étudiées, non seulement l’effet très bénéfique des dévaluations sur l’économie française, mais aussi sur celles des pays aujourd’hui ravagés par la crise, comme la Grèce, le Portugal ou l’Espagne. Bien entendu, suivant les hypothèses retenues, à la fois sur le caractère plus ou moins coopératif de cette dissolution mais aussi sur la politique économique suivie, les estimations de la croissance divergent. Au pire, il faut s’attendre à une croissance cumulée de 8% la troisième année après la fin de l’Euro et au mieux une croissance de 20%. Pour l’Europe du Sud, la croissance cumulée est en moyenne de 6% pour l’Espagne, de 11% pour le Portugal et de 15% pour la Grèce dans l’hypothèse la plus défavorable pour ces pays. Une première leçon s’impose alors : la dissolution de la zone Euro ramènerait la croissance dans TOUS les pays d’Europe du Sud et provoquerait une baisse massive et rapide du chômage. Pour la France, on peut estimer la baisse du nombre de chômeurs de 1,0 à 2,5 millions en trois ans. Par ailleurs, cela rétablirait l’équilibre des régimes de retraites et de protection sociale. Dans le cas de la France, ce retour à l’équilibre serait très rapide (en deux ans). Il aurait des effets importants sur les anticipations des ménages dont l’horizon serait dégagé des inquiétudes que font peser des réformes à répétition. La consommation augmenterait, et avec elle la croissance, même si on ne peut estimer cet effet. Cette dissolution redonnerait à l’Europe du Sud sa vitalité économique, mais serait aussi profitable à l’Allemagne, car une Europe du Sud en expansion continuerait de commercer avec son voisin du nord après un réajustement des compétitivités.

Les inconvénients seraient très limités. Compte tenu des taxes, l’impact d’une dévaluation de 25% par rapport au Dollar sur les prix des carburants ne provoquerait qu’une hausse de 6% à 8% du produit « à la pompe ». L’Euro disparu, les dettes des différents États seraient re-libellées en monnaie nationale.

Une telle politique imposerait aussi des contrôles des capitaux dans chaque pays. Notons que c’est déjà le cas à Chypre ! Ces contrôles, outre qu’ils contribueraient à définanciariser ces économies, limiteraient considérablement la spéculation et permettraient aux Banques Centrales de viser des objectifs de parité. Une fois ces parités atteintes, un système de fluctuations coordonnées des monnaies, comme du temps de l’ECU, pourrait être mis en place. Historiquement, ce qui a sonné le glas de ce système a été la spéculation monétaire. Celle-ci supprimée, ou fortement réduite, le système pourrait à nouveau fonctionner.

De la « monnaie unique » à la « monnaie commune » ?

Cette idée attire un certain nombre de personnalités politiques. Et elle est loin d’être absurde, bien au contraire. En fait, une monnaie commune aurait dû être adoptée dès le début.

De quoi s’agit-il donc ? On peut imaginer que le système monétaire européen reconstitué que l’on aurait à la suite de la dissolution de l’Euro débouche sur une monnaie commune venant s’ajouter aux monnaies existantes, qui serait utilisée pour l’ensemble des transactions (biens et services mais aussi investissements) avec les autres pays.

Cette dissolution de la zone Euro, si elle résulte d’un acte concerté de la part des pays membres, devrait donner naissance à un système monétaire européen (SME) chargé de garantir que la nécessaire flexibilité des changes ne tourne pas au chaos. Si un tel système est mis en place, il aurait nécessairement des conséquences importantes sur le système monétaire international.

Ce système correspondrait en réalité à l’existence d’une monnaie conçue comme une unité de compte venant s’ajouter aux monnaies nationales existantes. Cette situation serait très propice à la résurrection de l’Euro, mais sous la forme d’une monnaie commune

Ceci donnerait à l’Europe à la fois la flexibilité interne dont elle a besoin et la stabilité vis-à-vis du reste du monde. Un « panier de monnaie » étant intrinsèquement plus stable qu’une monnaie seule, cette monnaie commune pourrait devenir à terme un puissant instrument de réserve, correspondant aux désirs exprimés par les pays émergents des BRICS.

La dissolution de l’Euro, dans ces conditions, signerait non pas la fin de l’Europe comme on le prétend mais bien au contraire son retour gagnant dans l’économie mondiale, et qui plus est un retour qui profiterait massivement, tant par la croissance que par l’émergence à terme d’un instrument de réserve, aux pays en développement d’Asie et d’Afrique.

Retrouvez l’article dans sa version originale sur le blog de Jacques Sapir.

Vincent Peillon serait-il islamophobe?

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vincent peillon laicite

vincent peillon laicite

Le Ministre de l’Éducation nationale serait-il islamophobe ? Rassurez-vous, on ne l’a pas surpris en train de pisser sa bière sur le mur d’une mosquée.  On ne l’a pas vu, non plus, dégoupiller une tête de porc sanguinolente pour la balancer contre la porte d’une mosquée. Non : il a juste présenté lundi une « Charte de la laïcité à l’école« . A priori, pas de quoi fouetter un chat; la charte se contente de rappeler quels sont les principes de la laïcité: de jolis trucs du genre « nul ne peut se prévaloir de son appartenance religieuse pour refuser de se conformer aux règles applicables dans l’École de la République, blablabla« . Pourtant, ces quelques évidences suffisent pour que certains se sentent stigmatisés. Ainsi, Dalil Boubakeur, président du Conseil Français du Culte Musulman, a regretté que la charte comporte plusieurs « allusions » à l’islam. Le Collectif Contre l’Islamophobie en France a expliqué quant à lui qu’il craignait « que cette charte ne fasse qu’encourager les zélateurs islamophobes, ravive et légitime les discriminations« .

Après Manuel Valls qui s’interrogeait en août dernier sur la compatibilité de l’islam avec la République, ce serait donc au tour du Ministre de l’Éducation nationale de favoriser la montée de l’islamophobie en France ! Les musulmans, qui ont largement contribué à l’élection de François Hollande et qui attendaient des mesures en faveur de l’islam, peuvent donc se sentir trahis. Un peu comme des enfants qu’on aurait trop gâtés. En juillet dernier, les émeutes de Trappes, à la suite du contrôle d’une femme en burqa par la police, ont révélé ce sentiment. Plus tard, en août, lorsqu’un militaire de 23 ans, « proche des idées de l’extrême droite radicale« , s’est fait épingler près de Lyon pour un projet d’attaque contre une mosquée, Adelaziz Chaambi, de la coordination contre le racisme et l’islamophobie, avait mis en garde le gouvernement: «Monsieur Valls ne veut pas reconnaître l’islamophobie. Dans le quartier, 93% des gens ont voté Hollande, mais je vous promets que s’il n’y a pas des mesures sérieuses qui sont prises […], et bien ils n’auront plus les voix des musulmans!»

Le Ministre de l’intérieur devrait donc «reconnaître l’islamophobie», un peu comme on avoue ses crimes! Mais justement, quels crimes?

Décidé à maintenir les musulmans dans leur rôle favori, celui de victimes, le Collectif Contre l’Islamophobie en France recense méticuleusement tous les actes islamophobes en France. Ces actes seraient depuis quelques années en hausse; ils visent aussi bien les personnes que les institutions. Ainsi, dans son rapport annuel, le CCIF nous dit avoir enregistré 469 faits pour l’année 2012, 418 visent les personnes et 51 les institutions. Quarante mosquées auraient été taguées ou visées par des actes de vandalisme. Sur les 418 actes recensés contre des personnes, 353 touchent des femmes. Le CCIF souligne en effet que les femmes et les signes religieux sont particulièrement discriminés: parmi les victimes d’actes islamophobes, la surreprésentation des femmes voilées, et notamment celles qui portent le hijab, est frappante, ce qui semble indiquer que ce sont les musulmans les plus radicaux, qui sont à la fois les plus revendicatifs et les plus procéduriers, qui se plaignent d’être victimes de l’islamophobie. Le rapport insiste sur le fait que les services publics constituent « le premier acteur de l’islamophobie ». On dénombre 101 actes (24,16% du total) liés aux services de l’Éducation nationale. Viennent ensuite les guichets publics (47 actes) et les services de police (23 actes). L’école est clairement désignée comme le principal acteur du rejet des musulmans: « Les mères d’élèves voilées sont ainsi les premières victimes: elles sont exclues de l’accompagnement des sorties scolaires de leurs enfants. Les enfants, quant à eux, ne sont pas épargnés, qu’il s’agisse de la violence morale, voire parfois physique, qui leur est faite de devoir consommer de la viande non halal ou du porc à la cantine scolaire. » Ainsi, la dénonciation de l’islamophobie, que certains députés socialistes relaient par pur clientélisme électoral, vise d’abord à faire céder les services publics, et particulièrement l’Éducation nationale.

Alors qu’on imaginait une France violemment et massivement islamophobe, la lecture du rapport du CCIF déçoit: pas de lynchage, pas de nuit de cristal, pas d’attaques à la kalachnikov, pas d’attentat suicide à la sortie de la mosquée! Finalement, ce sont les personnels de l’Éducation nationale et ces salauds de profs qui sont islamophobes! Salauds de profs, des affreux qu’on voudrait ignorer, chasser de sa mémoire, balayer. Et Vincent Peillon qui en rajoute une couche avec sa Charte de la laïcité où il est précisé qu’aucun élève « ne peut invoquer une conviction religieuse ou politique pour contester à un enseignant le droit de traiter une question au programme« . Ben voyons. Si l’on veut vraiment faire respecter la charte, le nombre des actes islamophobes recensés par le CCIF augmentera fatalement. De toute façon, en y réfléchissant, le Ministre devrait se rendre à l’évidence : la laïcité ne ressemble-t-elle pas de plus en plus à la ligne Maginot ?

*Photo : Parti socialiste.

Pour le permis de tuer, prière de s’adresser à la mairie

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Pour s’être libérée, elle s’est libérée, la parole. L’éloge de l’autodéfense qui a suivi l’exploit balistique du gentil bijoutier niçois qui a tué un type de dix-huit ans a inspiré un magnifique élan de solidarité dans le pays…pour le tueur. Et il n’y a pas de raison de s’arrêter en si bon chemin. Après tout, dans un pays où l’ignoble Christine Taubira prépare en ricanant l’invasion de nos centres-villes par des criminels qui viendront jusque dans nos bras égorger nos fils et nos compagnes, pourquoi ne pas se défendre soi-même (ayons l’esprit d’initiative, que diable !).

Le maire de Croix, banlieue résidentielle de Roubaix où se trouvent quelques unes des plus grandes fortunes de France, des gens qui sont quotidiennement exposés comme chacun le sait aux nuisances des Roms, se prépare désormais à délivrer des permis de tuer à ses administrés. Le brave homme qui s’appelle Régis Cauche et porte l’étiquette de l’UMP, a déclaré tout de go : « Et si un Croisien commet l’irréparable, je le soutiendrai. » Interrogé ce lundi pour savoir s’il maintenait ses propos, Cauche a confirmé « Les Roms n’ont rien à faire à Croix. Oui, s’il y a un dérapage, j’apporterai mon soutien. La population en a assez. » Mais c’est sans doute nous qui voyons le mal partout. Dans le Nord, où on aime la fête, les carnavals, les braderies et les ducasses, le maire de Croix a sans doute voulu simplement proposer une nouvelle attraction avec la forme modernisée du tir aux pigeons.

France en 2050 : c’était pire demain

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islam france islamophobie

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Chroniques d’un  ours bipolaire

Je n’ai pas les idées assez larges pour appréhender mon époque dans sa totalité, le monde dans sa globalité et le réel dans toute sa complexité. Comme un journaliste de France Inter, un militant du Front de gauche ou, pour élargir un peu le spectre, un électeur du Front national, j’ai mes œillères. Je vois, comme tout le monde, la vie à travers les grilles de mon identité, de ma position, de mon histoire et de mes préjugés. Même si je ne les vois pas, je les sens, ces œillères, et parce que je suis trop curieux pour me contenter d’un angle de vue réduit, n’étant ni Finkielkraut ni un caméléon, j’ai un truc : je tourne la tête, un coup à droite, un coup à gauche. Quand un fil dépasse de la pelote que mes méninges ne cessent jamais d’enrouler et de dérouler, je le vois, comme un arbre qui rend trouble la forêt de mon paysage mental. Alors, c’est plus fort que moi parce que plus vrai, je tire dessus pour voir ce qu’il cache.

Je passe mon temps à voir s’écrouler les châteaux de cartes de mes idées et de mes idéaux, mais je m’en fous tant que j’ai l’impression que mes pieds touchent le territoire, et je suis désespérément lunatique mais pas tout le temps dans la lune. Je suis plus souvent partagé, tiraillé ou carrément dispersé que fermement convaincu et, comme je trouve toujours un petit bout de raison chez le dernier qui a parlé, je reconstitue comme je peux le puzzle en trente-six dimensions de mon environnement. Ça n’aide pas à trouver de solutions globales aux problèmes de mon temps, et encore moins finales, et c’est peut-être mieux comme ça, mais j’en ai de partielles et de provisoires qui feraient du bien à mon pays, et au-delà. Enfin bref, je suis du genre clivé.

Voilà pourquoi, quand j’entends Malek Boutih, j’ai honte de voter Front national et pourquoi la racaille de Grigny me donnerait presque envie d’appeler le Ku Klux Klan. Voilà pourquoi, face à la réalité de Chanteloup-les-Vignes et de Trappes, je ne sais plus s’il faut donner aux cités des coups de main ou des coups de bâton. Voilà pourquoi j’écris des articles comme ci et d’autres comme ça.

La France en 2050

Si j’avais une machine à voyager dans le temps, je commencerais par faire un tour dans le passé. J’irais, la mort dans l’âme et rempli de honte, raconter Villiers-le-Bel et Clichy-sous-Bois aux Français qui nous ont précédés. Je parlerais de Trappes à Geneviève et de Grigny à Godefroy de Bouillon, je décrirais Saint-Denis aux Mérovingiens et Montreuil aux Carolingiens. J’esquisserais une peinture de Nice, Marseille ou Toulouse et je ferais remonter le trait jusqu’à Poitiers pour Charles Martel. Mais je ne m’attarderais pas. Meurtri de fendre le cœur à ceux de nos glorieux ancêtres qui croiraient mes paroles, eux qui savaient défendre par l’épée et jusque dans la mort, par amour et pour l’honneur, tout ce et ceux qu’ils chérissaient, je m’éclipserais sur la pointe des pieds et la queue entre les jambes. Las de passer pour un prophète de malheur et un oiseau de mauvais augure aux yeux des autres, les incrédules qui ne supporteraient pas d’avoir vécu et d’être morts pour entendre ça, je finirais par rentrer dans mon époque, pas fier.

De retour en 2013, j’allumerais ma radio ou ma télé pour entendre les autorités et les journalistes autorisés, installés et respectables, nous inviter à éviter les amalgames et nous conseiller vivement de combattre le racisme et l’islamophobie car ce sont les maux qui menacent notre civilisation, sans oublier de nous rappeler que leur expression est punie par la loi. J’ouvrirais ensuite un de ces médias, que la police de la pensée ou de l’arrière-pensée rêvait de réduire au silence, pour voir un peu ce que cachent les rumeurs de pillages, pour apprécier la dimension ethnique des émeutes et le caractère religieux des violences. Puis je remonterais dans mon engin et mettrais lecap sur le futur.

Dès mon arrivée autour de l’an 2500, je découvrirais sans surprise que le niveau de la mer ne s’est pas plus élevé que les scores électoraux des écologistes, ce qui ne les empêcherait pas de pérorer comme au bon vieux temps qui est le nôtre. Je verrais bien que les plages sont restées à leur place, en revanche, je n’y verrais plus le moindre bikini mais une foule de burkinis, tous plus seyants les uns que les autres. Comprenant que l’islamisation n’est plus, comme dans la France de 2013, un fantasme raciste mais une réalité amère, je tenterais alors de rencontrer des historiens pour essayer de leur faire comprendre comment tout cela a pu arriver. [access capability= »lire_inedits »]Non sans mal car je m’apercevrais vite que l’Académie Houria Bouteldja et l’Institut Jean-Louis Bianco, en charge de diffuser l’histoire officielle et de réprimer les autres, présenteraient l’âge pré-islamique comme une époque de débauche où les hommes, et surtout les femmes, vivaient dans le plus grand malheur par leur habitude d’offenser Dieu, jusqu’au jour béni entre tous, celui de la « grande libération des territoires impies », où la félicité islamiste (qui avait lentement écrasé la masse des musulmans sans provoquer autant de cris qu’une manifestation pro-palestinienne ni rencontrer autant de résistance qu’une loi sur le port du voile) leur était tombée sur la gueule manu militari pour leur révéler les joies infinies de la vie halal et l’avènement d’une ère de paix et de tolérance. Toute recherche remettant en cause cette thèse étant interdite d’étude sous peine de pendaison, je trouverais peut-être au fond d’une forêt ou d’une cave une bande d’illuminés rassemblés autour des restes d’un Cahier de l’Innocence ou d’un numéro de Causeur rescapés des grands bûchers de 2154, occupés à s’interroger sur la formule : « L’islamophobie n’est pas un racisme, c’est un humanisme. »

Je raconterais alors, comme Charlton Heston dans La Planète des singes, à mon auditoire téméraire et ébahi, par quels incroyables processus la France, l’Europe et l’Occident sont retournés à l’âge de la pierre noire autour de laquelle le monde s’est mis à tourner en rond, comment nous avons laissé les plus fanatiques de nos compatriotes, aidés par leurs frères étrangers qui avaient obtenu le droit de vote (pour mieux s’intégrer) prendre lentement le contrôle de ces pauvres d’esprit que nos libertés effrayaient et que nos lumières éblouissaient, et qui étaient, en quelques générations, retournés à leur obscurantisme, comment les résultats d’élections locales puis nationales puis européennes, auxquels tout démocrate ne pouvait que se soumettre, avaient amené les partis islamistes au pouvoir, aussitôt devenu absolu et de droit divin.

Conscient de passer pour un pauvre con du xxie siècle qui a permis cela, j’expliquerais les effets combinés du regroupement familial et des allocations familiales qui ont organisé et financé l’installation et la multiplication des nouveaux maîtres. Devant leurs mines incrédules, je tenterais de les convaincre, en parfait imbécile préhistorique ou post-historique, que nous n’avons perdu aucune guerre sinon celle des idées contre l’immigrationnisme de droite et de gauche, ni fait péter aucune bombe sinon celle de la démographie des peuples du Sud sur les terres du Nord.

Face à une hostilité montante à l’endroit du crétin venu du fond des temps qui aurait creusé sa tombe et la leur, je me défendrais en répétant les arguments que les esprits les plus altruistes de mon époque avançaient alors sur l’histoire coloniale, les inégalités sociales, la nocivité des frontières qui séparaient les gars du monde qui ne demandaient qu’à se donner la main, et le droit des peuples à disposer de la terre des autres. Sur la tête de ma mère.

Je leur apprendrais que nous étions si confiants dans les pouvoirs de séduction de nos modes de vie que nous étions prêts à accueillir n’importe qui, sans prier les arrivants de laisser à la porte les pratiques culturelles qui avaient contribué à transformer l’héritage des colonisations finissantes du xxe siècle en enfers invivables qu’ils chercheraient très vite à fuir pour se presser aux frontières de nos pays pourtant dénoncés comme racistes et islamophobes. Je préciserais que l’immigration massive, qui inquiétait pourtant les vieux immigrés, était alors vendue par les imbéciles et achetée par les cons comme un enrichissement pour les paysd’accueil. Si je vous le dis.

Adieu Homère, Elvis et minijupe

Comprenant que j’aurais du mal à me faire comprendre, je leur expliquerais que, si nous n’avions pas entendu les premières mises en garde, c’est qu’elles venaient de gens clairement racistes, qui avaient toujours rejeté toute possibilité d’intégration, même à une époque plus reculée où la République arrivait encore à faire des Français, et qui, si on les avait laissé faire, auraient mis dans le même charter Malek Boutih et Mohamed Merah (dont le nom s’affichait désormais au fronton de nombreuses écoles coraniques et spatioports pour garçons).

Je leur raconterais comment, en défendant sur ce front-là, contre ces gens-là, les valeurs de la civilisation de Churchill, nous n’avions pas vu qu’elle se désagrégeait sur un autre front, que nos chers pays d’Europe se tiers-mondisaient en recevant massivement le tiers-monde et s’islamisaient en accueillant des musulmans. En quelques générations, l’intégration était devenue une illusion, et c’est nous qui étions intégrés, digérés dans des sociétés démocratiques et multiculturelles où la loi du plus nombreux et la tyrannie de la majorité s’étaient vite imposées à tous.

Devant les grimaces adressées au connard antédiluvien qui avait laissé s’éteindre le phare du monde qu’était alors l’Occident pour sauver son image de citoyen du monde généreux jusqu’à la mort, j’avancerais que les peuples étaient impuissants à enrayer ou à inverser les flux migratoires faute d’avoir su remettre en cause une construction politique appelée « Union européenne » parce qu’elle soutenait l’euro – monnaie qui, croyaient-ils, garantissait leur épargne et leur pouvoir d’achat. Ma bite à couper.

De plus en plus mal à l’aise dans le rôle du fossoyeur de trente siècles de civilisation qui avaient vu naître Homère et Chateaubriand, Bach et Elvis Presley, l’amour courtois et la minijupe, la cathédrale de Reims et la gare de « Perrrrpignian », je risquerais peut-être une défense de mes contemporains en évoquant l’épineux problème du financement des retraites que la fécondité tiers-mondiste devait régler comme une horloge. Au prix de gros efforts, je m’efforcerais de persuader mes hôtes cachés et menacés que la propagande de mon temps parvenait à convaincre le bon peuple que des familles de dix enfants dont seules deux filles avaient réussi à échapper au chômage ou à la prison parviendraient à subvenir aux besoins des cadressupérieurs retraités.

Je ne pousserais peut-être pas la leçon jusqu’à leur parler des signes avant-coureurs qui nous crevaient les yeux au xxie siècle, de l’histoire d’un islam dévastateur dans les siècles qui avaient précédé la « grande libération des territoires impies », de ces conquérants qui, partout où ils passaient, éteignaient les lumières, des violences et des régressions à l’œuvre sur les terres acquises et conquises par l’oumma, du sort réservé aux peuples qui n’embrassaient pas la foi dominante. D’abord, parce que je veux bien passer pour un idiot aveugle et irresponsable mais dans certaines limites, ensuite parce que mes descendants pourraient bien juger et condamner mon époque pour haute trahison, et moi avec. Et après quelques siècles d’islamisation, je craindrais que même les délicats habitants de la vieille Europe aient fait leurs les mœurs des mahométans. Alors, redoutant un lynchage digne des foules violeuses de la place Tahrir, suivi d’une lapidation spontanée, je remonterais dare-dare dans mon bidule spatio-temporel pour revenir vers une époque plus sûre où l’on peut presque tout dire même si presque personne ne vous entend.[/access]

*Photo: Red Frame OmaQ.org

La corde au cou de l’UMP

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fillon umps ps fn

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Le légalisme a ses idiots utiles. Le moralisme aussi qui n’a rien à voir avec la morale authentique.

On croirait, à entendre certaines personnalités de l’UMP, que François Fillon, en tenant ses propos sur le sectarisme, confirmés par la suite, a mis en péril non seulement ce parti mais porté atteinte au pacte républicain, franchi une ligne rouge, détruit les digues et les barrages, insulté l’avenir, créé un séisme en se déshonorant par surcroît. L’UMP gagnée par la panique, titre Le Monde. La Syrie n’est rien à côté !

Que lui-même ait dit et rappelé son opposition totale au FN n’a rien changé à cette effervescence grotesque qui fait de plus en plus douter de la lucidité collective de l’UMP et explique mécaniquement l’accroissement du FN.

Je ne suis pas sûr que le bureau politique de l’UMP, malgré son inventivité, parvienne à restaurer le bon sens au sein de la majorité d’un aréopage plus épris de bons sentiments que d’idées pertinentes. De se faire plaisir que de vérité. Mais tout le monde est satisfait puisque tous ont signé, y compris Fillon, sur cette avancée bouleversante : l’UMP s’oppose au pouvoir socialiste et s’élève contre « tous les extrémismes et sectarismes ». Ouf! On craignait l’inverse.

Le FN n’est pas seulement favorisé par une politique du pouvoir qui, sur les plans fondamentaux qui mobilisent l’électorat de ce parti extrême, n’apporte aucune réponse ni la moindre solution fiable. Mais des frustrations de plus en plus exacerbées.

Il l’est paradoxalement aussi par l’UMP avec les beaux esprits qui parlent en son nom et qui pratiquement tous, dans un consensus qui serait émouvant s’il n’était pas suicidaire, sont venus apporter au Premier ministre Ayrault, avant même qu’il ait eu le front de les demander, les explications et les justifications tenant à la position de François Fillon.

Depuis quelques jours, encore plus qu’avant, Marine Le Pen, à cause de ces réactions absurdes, se trouve au centre obsédant de notre vie politique, qu’on adhère à tous ses rejets ou qu’on les dénonce.

Et c’est la gauche socialiste qui se permet d’être une sorte de juge de paix de la pureté éthique et démocratique des démarches partisanes, comme si elle était en surplomb et non pas en plein dans la mêlée et probablement désireuse d’en exploiter la confusion pour en définitive en bénéficier.

Mais n’est pas Mitterrand qui veut. François Hollande me donne l’impression de laisser venir les orages, notamment de sécurité et de justice, pour rendre la droite classique exsangue face à un FN férocement opposant et, à l’extérieur, d’y aspirer pour montrer de quoi il est capable. Le président ne met pas d’huile sur le feu, pour les délits et les crimes, mais il minimise le feu pour rassurer. Sans convaincre (Le Monde).

En dehors de François Baroin qui avec élégance a soutenu François Fillon (LCI) et de Valérie Pécresse qui s’en est distanciée mais sans mélodrame, il n’est personne qui à l’UMP se soit questionné sur la formidable ouverture que François Fillon, d’un coup, leur avait permise.

Pour les réactions médiatiques, à vrai dire, elles n’ont pas été de meilleur niveau à l’exception d’un article lumineux de François Bazin et d’une analyse infiniment réaliste de Guillaume Tabard (Le Figaro).

L’UMP au fond est confrontée à l’alternative suivante : dépérir en jouant une comédie vertueuse par rapport au FN (il faut vite le dire, s’agissant du parti de Jean-François Copé, notamment lors du quinquennat précédent et ensuite !) ou se rendre libre dans le choix de ses tactiques et de sa stratégie.

On raisonne trop souvent comme si l’UMP avait devant elle, malgré le FN de plus en plus lourd et dont l’ensemble des solutions ne se résument pas à « la haine », n’en déplaise à Vincent Peillon, un immense espace politique dans lequel elle pourrait s’ébattre à loisir. C’est le contraire. Quand Renaud Dély évoque le désastre que serait pour l’UMP la ligne Fillon, il oublie de souligner qu’aujourd’hui, le déclin, la chute sont déjà là parce que le FN engrange quand elle perd et que la gauche lui met de l’éthique de bazar dans les roues.

François Fillon, avec du courage, n’a certes pas brisé de tabous ni violé des fondamentaux. Pas d’alliance nationale avec le FN. Les programmes sont clairement incompatibles. Il n’avait pas la prétention ni le désir de bouleverser l’UMP ou l’UDI auxquelles il en faut si peu pour faire d’une aubaine une catastrophe.

François Fillon a voulu simplement desserrer le licou qui étrangle l’UMP. Donner du jeu. Elargir les virtualités. Rendre médiatiquement moins contraignant le lien imposé par l’adversaire. Non pas faire voter FN évidemment mais refuser le diktat de l’ostracisme obligatoire. Soulever la chape de plomb. Constituer le FN comme une banalité partisane qui le privera de son aura sulfureuse s’il en a, de son influence d’autant plus impressionnante qu’elle est à la fois constatée et répudiée sur tout et pour tout et combattre cette étrange anomalie d’une extrême gauche démocratiquement honorée et d’une extrême droite systématiquement honnie. A proportion des adhésions qu’elle suscite.

Que demain la gauche de gouvernement s’allie avec le Front de gauche si Jean-Luc Mélenchon l’accepte, il n’y aurait aucun problème et la droite n’aurait qu’à constater cette solidarité. Pour ma part, il n’y avait que le communisme français stalinien et internationaliste qui m’inquiétait même si le génie trouble de Mitterrand a su le réduire en définitive.

François Fillon tire les conclusions de cet équilibre et on pourrait interpréter son constat aussi comme la reconnaissance, dans notre espace républicain, de la validité des extrêmes dès lors qu’ils sont autorisés et respectent les règles de l’Etat républicain.

La gauche a passé depuis trop longtemps la corde au cou de l’UMP.

Les Juppé, Copé, Chatel, Wauquiez, Le Maire, Bertrand, Raffarin et autres Borloo sont bien sages, bien polis. S’ils ont compris la leçon pour le FN : on lâche un peu du lest et le licou fait moins mal. S’ils renâclent sur ce plan et osent s’émanciper : la corde les tiendra terriblement serrés. On en est là aujourd’hui.

L’UMP n’a pas saisi l’occasion de liberté, au moins intellectuelle et civique, que François Fillon lui a présentée. Au lieu de le soupçonner du pire – ce qui est absurde car il n’a pas changé d’un iota -, elle aurait mieux fait de le féliciter même si le FN ne veut pas de l’UMP et qu’heureusement l’ancien Premier ministre pense aussi à ce qu’il espère être son destin présidentiel.

Les caciques vertueux de l’UMP auraient quitté leur prison et se seraient seulement donné le droit et l’avantage de trancher symboliquement le nœud gordien.

*Photo : UMP.

Insupportables supporters

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supporters psg foot

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« Allez Paris, où tu es nous sommes là, tu ne seras jamais seul car nous deux, c’est pour la vie ! » Touché par la grâce des dollars qataris, le PSG est champion de France. Je plaide coupable : cette victoire, annoncée comme celle du plus riche, je l’ai désirée. Et célébrée. Et pourtant, pour la première fois, je m’interroge sur mon attachement à ce club, mon club. Qui  n’est plus tout à fait le même. Que l’on puisse être supporter, cela peut déjà sembler mystérieux. Mais supporter de cette équipe-là, avec ses joueurs-people achetés au prix d’un Airbus par un prince capricieux, cela dépasse parfois mon propre entendement. Cela veut sans doute bien dire qu’entre PSG et moi, peut-être bien que « c’est pour la vie ».

J’avais 6 ans lors de mon premier match au Parc. De ce PSG/Toulouse de 1994, je n’ai que de vagues souvenirs – le stade, le bruit rugissant des tribunes et puis la liesse, car ce soir-là le PSG fêtait son deuxième titre de champion de France. Je n’ai jamais cessé d’y aller ensuite, irrégulièrement le reste de mon enfance, avec acharnement à partir de l’adolescence. Le Parc est un stade particulier, une cuvette de béton qui résonne et impressionne. Soyons honnête : ce n’est pas juste le beau football qu’on va y chercher. Tout le monde sait qu’avant l’arrivée du Qatar, le PSG était souvent médiocre. Le frisson n’était pas souvent sur le terrain, mais toujours dans les tribunes. Pour moi, celles du Parc avaient quelque chose de grandiose. Pour les médias, elles étaient plutôt inquiétantes.

Des dizaines de milliers d’hommes beuglant à gorge déployée de chaque côté d’un terrain de foot, ça fait peur – et c’est normal. Il y a quelque chose de primitif et de barbare dans une foule de supporters qui, osons le dire, peut rappeler les « sombres heures de notre histoire », surtout avec le folklore skinhead et parfois carrément nazi de quelques excités du « kop » Boulogne. Une voix en moi me susurrait qu’un être humain aurait dû faire preuve de plus de  décence, une autre répliquait qu’il n’y avait aucun mal à vivre ces intenses moments de communion folklorique. Non, je n’arrivais et n’arrive toujours pas à y voir un rabaissement de mon être.

Pour l’adolescent que j’étais, les tribunes du Parc constituaient  une zone de non-droit formidable. Chanter en cœur,  fumer des joints, secouer son voisin après un but, traiter l’adversaire de « paysan » ou bien pire : tout ce qui, dans la vraie vie, aurait été incongru, de très mauvais goût, stupide ou carrément interdit devenait, à l’intérieur du stade, le signe distinctif d’une fraternité presque invisible à l’extérieur. Aujourd’hui encore, ce ne sont que de bons souvenirs.

Tout change avec le « plan Leproux » : en 2010, après une tragique bagarre entre deux groupes de supporters parisiens qui se solde par la mort de l’un d’eux, Robin Leproux, alors président du PSG, décide de frapper fort en s’attaquant à l’une des plus anciennes traditions du club : pour mettre fin à la rivalité historique entre Auteuil et Boulogne, il instaure un placement aléatoire dans ces deux tribunes, interdisant ainsi tout regroupement « identitaire » [1. Les « kops » Auteuil et Boulogne désignaient les tribunes situées derrière les buts, où se regroupaient les principales associations de supporters. Les premières, créées dans les années 1980 à Boulogne, accueillent déjà quelques skinheads. En réaction, des associations rivales fleurissent de l’autre côté du terrain au début des années 1990. Les deux tribunes, qui revendiquaient des héritages différents en matière de sport, traduisaient aussi des différences « identitaires »: Boulogne était aussi blanche qu’Auteuil était multi-ethnique.]. Quelque 13 000 fidèles se voient interdits de renouveler leur abonnement sans ménagement ni compensation. Parallèlement, l’État décrète la dissolution de toutes les associations de supporters du PSG. Tout le monde s’accorde pourtant à dire que les fauteurs de troubles représentent moins de 5 % de leurs membres. Les protestations contre cette mesure injuste paraissent assez légitimes. Mais le haut-le-cœur général soulevé par la « violence dans les stades », qui occupe régulièrement la « une » de l’actualité, l’est tout autant. Si mon cœur de supporter ne balance pas très longtemps, je ne peux pas trop en vouloir à tous ceux qui applaudissent Leproux en affirmant qu’il était temps de taper du poing sur la table.[access capability= »lire_inedits »]

L’interminable débat qui a alors enflammé la communauté des supporters est désormais obsolète. Beaucoup d’abonnés historiques, qui n’avaient pas vu le changement arriver avec le Qatar et ses millions, ont choisi de boycotter le stade. Ils y ont été remplacés par d’autres, sans doute plus amateurs de foot que de la camaraderie virile qui faisait autrefois l’esprit du Parc. Le public se dit que l’esprit sportif y a gagné. Peut-être. Je ne peux pas m’empêcher de penser que j’ai perdu quelque chose de magique, un plaisir vaguement honteux mais qui, après tout, ne faisait de mal à personne (et me permettait peut-être, le reste du temps, de « bien me tenir »). Non pas que ces sympathisants de la dernière heure n’aient pas le droit d’exister, ou qu’ils ne soient pas animés par d’excellents sentiments. Mais voilà, ils ne sont pas supporters : c’est même pour ça qu’ils ont été préférés aux anciens. Beaucoup pourraient sans doute le devenir mais la direction qatarie, peu sensible à la liberté d’expression, a maintenu les dispositions du supposé transitoire plan Leproux, rendant ainsi impossible la création de nouvelles associations. Le résultat est déprimant : fini les tambours qui donnent le rythme, les mégaphones qui haranguent, les fumigènes qui colorent la foule, les banderoles à l’humour potache, les drapeaux faits main et les « tifos » [2. Animation visuelle concoctée par les supporters et déployée juste avant le coup d’envoi.]spectaculaires. Or, le sport n’est pas un jeu, ou pas seulement. Ou alors un jeu qui imite la guerre. Un match, avant, ne mettait pas seulement aux prises deux équipes. Deux heures durant, leurs partisans s’affrontaient à coups de cris et de chants comme autant de soudards déchaînés. Bien sûr, cela existe toujours, mais en interdisant toute organisation, donc toute mise en scène, de cette rivalité, le PSG n’en a conservé que le grotesque : les seuls couplets que le stade entier connaît encore sont les plus insultants envers l’adversaire. Toute continuité a disparu. Alors qu’auparavant, les chants se succédaient les uns aux autres, un silence de cathédrale s’abat désormais régulièrement sur le Parc, et il ne faut rien de moins qu’un but pour qu’il se lève.

Le plus désolant, dans ce nouvel avatar de la folie sécuritaire qui s’est emparée des sociétés occidentales, c’est la facilité avec laquelle il se marie avec les préoccupations mercantiles. Cette année, le prix des places a atteint des niveaux ahurissants : comptez 40 euros pour le moindre match de championnat. Cette inflation sans précédent est d’autant plus curieuse que, si l’on en croit ce qu’on lit partout, en rachetant le PSG, le Qatar cherchait à renforcer son soft power. Il s’agissait de faire de la com’, pas des profits.

En réalité, s’il faut désormais se ruiner pour aller au Parc, ce n’est pas seulement aux Qataris qu’on le doit, mais aussi à Michel Platini, le patron de l’UEFA, et à sa merveilleuse invention : le fair-play financier. Voilà encore une idée pétrie de bonnes intentions. Qui s’insurgerait que l’on veuille rétablir un peu d’égalité, et avec elle un peu de « glorieuse incertitude » dans le sport ? Qui refuserait que l’on permette au plus pauvre de gagner contre le plus riche ? Qui préférerait la hiérarchie de l’argent à celle du talent ?

Platini a été entendu : à partir de 2014, aucun club ne devra dépenser plus qu’il ne gagne. Curieux fair-play, qui entérine en réalité la marchandisation du football. Il faut être aveugle pour ne pas voir que la conséquence de cette noble ambition est que le foot va devenir, de plus en plus, un sport réservé aux riches, et pas seulement au stade. Quelle famille de la classe populaire pourra débourser 100 euros pour payer à son fils le maillot de son joueur préféré ? S’il veut maintenir son club au plus haut niveau, l’actionnaire richissime du PSG se voit en effet contraint, comme les autres, de partir à la chasse aux revenus, ce qui signifie augmenter au maximum le prix des places et des produits dérivés. Pour espérer gagner ce qu’il veut dépenser, il n’a d’autre choix que de plumer ses « fans ».

Pour la direction, en effet, il n’y a plus de supporters mais des « fans ». Ce changement sémantique a son importance : le « fan » n’est plus parisien d’adresse ou de cœur, il peut être dans le monde entier. Il ne va pas, ou exceptionnellement, au Parc, il s’enthousiasme sur Facebook. Démarche parfaitement assumée par Jean-Claude Blanc, le directeur général, qui explique à longueur d’interview qu’il faut « rêver plus grand » et faire du PSG « une marque mondiale du sport ». Le supporter d’antan, qui passait des heures à confectionner des drapeaux et à concocter des chants, avant de traverser l’Europe en autocar avec sandwiches et bière pour encourager son équipe, n’intéresse pas vraiment les dirigeants du club.

Pour séduire le « fan » mondialisé, en revanche, rien n’est trop beau ni trop cher : Beckham peut venir jouer trois mois, des DJ réputés sont recrutés pour distraire le public avant les matchs. Et le PSG peut, chaque été, dépenser des centaines de millions d’euros pour attirer des stars, laissant Platini et les médias dénoncer le pouvoir de l’argent et vanter les valeurs du sport. Je dois bien admettre que mon rêve de gosse a mauvaise mine.

En ce cas, je dois être fou. Comment puis-je me encore me sentir lié au destin de ce club dont l’actionnaire principal est un autocrate et les joueurs des mercenaires venus à Paris pour gagner un peu plus d’argent, de ce club qui a oublié son histoire, donc la mienne ? Suffirait-il du frisson de la victoire pour m’acheter ? La jubilation que j’éprouve à l’idée de voir mon club rivaliser enfin avec les plus grands d’Europe aurait-elle fait taire toute conviction en moi ? Même pas. Rien ne me plaît dans cette équipe. Quand le match commence sur mon écran, je me dis que, bon, je regarde, mais par pure curiosité, sans passion particulière. Mais rien à faire, dès que le jeu démarre, impossible de détourner le regard, je me crispe à chaque action, enrage à chaque occasion manquée et hurle de bonheur à chaque but. Je fais chaque semaine l’expérience de mon irrationalité incurable. Peut-être que supporter, c’est pour la vie…[/access]

*Photo: Nassim S

La France s’ennuie

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Monsieur « petites blagues » et le falot professeur d’allemand qui maîtrise si mal la langue de Goethe qu’Outre-Rhin certains se demandent quelles compétences il faut avoir pour être soit enseignant en France soit premier ministre, ne font plus rire personne. Un Président, par principe, met un peu de « Stimmung » (d’ambiance… à l’intention de H. et de A.) dans son pays : il ne le plonge pas dans une profonde léthargie. Il n’incite pas non plus, involontairement certes, ses compatriotes les plus inventifs à s’exiler (« l’exil n’est plus un droit pour les Français, mais un devoir « , titrent ironiquement des journaux étrangers) par une forme de sida fiscal qui mine le moral de chacun et laisse perplexe même ses rares partisans, surpris qu’on puisse donner tant de leçons de morale sans en respecter aucune.

La France s’ennuie aussi de voir à la tête d’une opposition qui n’en est pas une, des hommes de si peu d’envergure. L’un, François Fillon, à force d’être dans l’ombre du swingueur Sarkozy, a des allures de croque-mort. L’autre, Jean-François Copé, mais oui « le décomplexé « , court après les voix du Front National, tout en donnant la fâcheuse impression de mépriser les sentiments et les revendications de l’unique parti qui gagne en puissance.

La France s’ennuie parce qu’elle perçoit confusément que le rêve européen est devenu un cauchemar quotidien : des fonctionnaires dix fois mieux payés qu’ils ne le seraient dans leur pays d’origine prennent des décisions dix fois plus stupides sans avoir à les justifier. Un exemple parmi cent : plus de deux millions de Français prenaient un antalgique, efficace et sans effets secondaires, le Diantalvic. Parce que trois jeunes Suédois ont tenté de se suicider en abusant des doses, il est maintenant interdit dans toute l’Europe. Consternation générale chez les médecins et les pharmaciens.

Mais si la France s’ennuie, ce n’est pas uniquement parce que le président Hollande n’a pas plus de charisme qu’une carpe, que l’Europe politique est un mirage et que l’opposition d’une droite extrême et d’un Front de Gauche est systématiquement présentée dans les média comme un « poison » (c’est ainsi que Libération désigne le FN) mais aussi parce qu’on nous ressasse qu’il n’y a pas d’alternative politique crédible. Une fatalité amènerait les Français à voir leur pouvoir d’achat fondre, leur compétitivité reculer, leurs cités à être délaissées et les miséreux de la planète s’emparer en toute impunité des derniers bijoux de famille planqués ici ou là. Quant aux plus riches, comme le Qatar, libres à eux de se servir avec ostentation de nos palais et palaces. Ils auraient tort de s’en priver.

Accepter le spectacle de sa déchéance sans réagir… les Français y sont tellement habitués qu’ils détournent la tête, regardent des émissions aussi conformistes que « On n’est pas couché » où même les animateurs, pourtant dopés à la controverse, s’ennuient. Tous ceux qui rêvaient d’une France paisible dans une Europe forte ont la gueule de bois. Mais quand les Français s’ennuient, ce n’est jamais bon signe. Il y a des réveils qui sont des sursauts parfois inattendus. Pierre Viansson-Ponté, peu avant Mai 68, avait déjà écrit : « La France s’ennuie ». Il était certainement plus fin politologue et plus visionnaire que ne le suis. Mais sait-on jamais…