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Bruno Retailleau à l’heure des premiers doutes

Le ministre de l’Intérieur, chouchou de la droite conservatrice, essuie ses premières critiques. Notre chroniqueur voit dans ce torpillage en règle qui provient de toutes parts le signe qu’il est en réalité sur le bon cap…


Ce moment politique, je savais qu’il arriverait. Cette heure où après l’enthousiasme surviendrait, inéluctable, la désillusion politique et médiatique. Où après avoir suscité un immense espoir, pas seulement à droite, Bruno Retailleau aurait, paraît-il, « une stratégie qui sème le doute » et que ce serait « la fin de l’état de grâce » : comme si à un quelconque moment il avait eu le temps et le narcissisme de la goûter ! Ce qui me rassure, sans paradoxe, c’est qu’il est attaqué de toutes parts. Quel meilleur signe pour démontrer qu’il pense et agit juste ! Qu’il soit honteusement stigmatisé comme « raciste » sur une affiche LFI apporte une justification supplémentaire à sa défense.

L’heure des premiers comptes

Il convient de distinguer les critiques de bonne foi des hostilités tactiques, partisanes et personnelles. Pour les premières, elles tournent peu ou prou autour du fait que le ministre de l’Intérieur obtiendrait peu de résultats, qu’il serait, comme tant d’autres ministres, un adepte du verbe et que, pour l’Algérie, sa méthode de durcissement serait contre-productive. Bruno Retailleau n’a pas besoin de moi pour faire justice de ces allégations. Autour de lui, une équipe soudée sait comme elles sont imméritées.

D’abord un certain nombre d’évaluations établissent, pour ce qui relève strictement de son pouvoir, un progrès dans l’action régalienne et l’activité policière. Les choses bougent lentement mais elles bougent. Rappelons que M. Retailleau n’est pas seul. Il s’inscrit dans un processus où l’État de droit, les recours, la vie parlementaire, rendent souvent impossibles les réformes pourtant les plus nécessaires. Il est normal qu’on attende beaucoup de lui, encore faut-il prendre la mesure de tout ce qui le ligote.

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Quant à sa volonté de répondre aux humiliations répétitives que fait subir l’Algérie à la France – sans évoquer la terrible angoisse sur le futur de Boualem Sansal -, sa politique de riposte graduée est approuvée par une forte majorité de Français, mais elle est limitée par la retenue présidentielle. On perçoit bien la différence de stratégie entre Emmanuel Macron et Bruno Retailleau. En espérant que le premier ne vise pas seulement à entraver l’énergie déterminée du second…

Là où Retailleau, pour vaincre Alger, hiérarchise ses menaces, le président flatte pour amadouer : il compte sur la « clairvoyance » du président Tebboune. En tout cas, personne ne peut contester que place Beauvau, tout en ne sortant jamais de son rôle, on accomplisse tout pour sauvegarder l’honneur de la France… Une exigence dont les candidats devront mesurer toute la portée lors de la campagne en 2027.

Macron, seul « interlocuteur légitime » des Algériens

La démarche d’Emmanuel Macron paraît validée par le président algérien qui affirme qu’il est son seul interlocuteur légitime – une pierre de plus contre Bruno Retailleau – , minimise le problème des OQTF et ne répond rien sur Boualem Sansal. On se contentera de peu et on interprétera cela comme une amorce d’apaisement.

Derrière ces discussions admissibles – Bruno Retailleau est le premier à regretter cette règle fatale de la vie politique, qui empêche souvent le nécessaire de devenir possible -, il y a une fronde aigre, jalouse et vindicative à son encontre.

De la part de ses adversaires, rien de plus normal. Il est détesté par une grande part de la gauche et de l’extrême gauche, parce qu’il a cessé cette perversion d’une droite copie conforme de ceux qui la combattent. Mais il suscite toutefois des adhésions hors de son propre camp…

Affiche de LFI. Le parti de Jean-Luc Mélenchon organisait des marches samedi en France contre « l’extrème droite ». DR.

Dans sa propre famille largement entendue, c’est anormal, c’est un poison. Il est l’objet de polémiques, de controverses, de dérision, de contradictions aberrantes, de sous-estimation systématique de ce qu’il a insufflé, d’un refus permanent de considérer qu’après Nicolas Sarkozy (même si son mandat n’a pas été à la hauteur de sa formidable campagne de 2007), Bruno Retailleau est le seul ayant enfin redonné à la vraie droite sa fierté.

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Si au mois de mai Laurent Wauquiez – il mène une campagne à fond – bénéficie de ses coups fourrés, manœuvres et propos ambigus à l’encontre de Bruno Retailleau en devenant président de la droite républicaine, il est clair qu’on aura perdu beaucoup et qu’aucun lot de consolation ne comblera cette déception.

Je voudrais insister sur le caractère et le comportement de Bruno Retailleau. Je n’ai jamais dérogé à cette obsession de la tenue des politiques, de l’exemplarité de leur attitude (privée et publique, la première n’étant jamais sans effet sur la seconde) et de leur éthique irréprochable. On n’a jamais, sur ce plan, mis en cause Bruno Retailleau. C’est un élément fondamental dans mon adhésion à cette nouvelle droite. Elle ne noiera pas les valeurs de la morale publique dans les remous sales du pouvoir. L’intégrité d’un Bruno Retailleau, voire son austérité (L’Express) remettent la République à sa bonne place, contre la peopolisation ridicule ou dégradante de pratiques politiques indignes de l’espérance des citoyens, même au plus haut niveau. C’est parce qu’il est décrié qu’il faut absolument se tenir à ses côtés. Le soutenir. Se battre pour ce qu’il incarne et représente. Sinon, pour la droite qui lui doit déjà beaucoup, le destin ne repassera pas les plats !

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Marche antifasciste du 22, peu de monde. Dommage !

Près de 91 000 personnes ont défilé en France samedi contre le racisme et l’extrême droite, selon la police. Le parti de Jean-Luc Mélenchon s’était vu reprocher la diffusion d’une affiche critiquée pour des accents antisémites, qui avait suscité l’indignation de… SOS Racisme. Malgré un mea culpa partiel de certains élus, cette controverse a renforcé l’isolement de LFI au sein de la gauche, qui outre cette communication jugée calamiteuse se voit aussi reprocher un manque de prise en compte explicite de la lutte contre l’antisémitisme.


Oui, peu de monde s’il s’agit véritablement de lutter contre un si grand péril.

Cependant, de mon point de vue, ces messieurs z’et dames devraient continuer, prolonger le noble effort. Ils devraient reconduire ces marches de samedi en samedi partout en France et par tous les temps. En aboyant leur révolte de pacotille, en brandissant leurs pancartes ineptes. Oui, marcher sans faiblir, par les boulevards, les places, les rues et les venelles. Car à chaque mètre de parcours franchi, à chaque vocifération lancée ils ne font en réalité que contribuer à éveiller et doper ce qui fait depuis toujours la première force, la première vertu de l’esprit français, le Bon Sens. (Le Bon Sens n’a pas encore de monument ou de temple en France, il faudra y penser.)

Plus ils marcheront, plus ils brailleront et plus ils assureront la promotion de ce qu’ils prétendent combattre. De ce fait, leurs cortèges, leurs criaillements ne sont pas en réalité des marches et des chœurs contre la droite – extrême ou non – mais tout au contraire pour la droite, ce territoire idéologique qui, ces dernières années, prospère continument pour la simple et bonne raison que c’est là que s’est réfugié et réside désormais le Bon Sens à la française. Là est bel et bien, en effet, l’explication première du phénomène.

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Ce bon sens, la lucidité salutaire qui, contre vents et marées, invite et engage à voir le réel tel qu’il est et à rejeter, in fine, les postures morales et les impostures mentales qui ne visent qu’à tromper les populations, à leur faire prendre des vessies pour des lanternes…

Ici même Céline Pina a excellemment mis en exergue le fatras de contradictions que ces marionnettes déambulantes véhiculent.        

Outre celles-ci, une des plus jubilatoires est bien, en effet, que ces résistants-héros du samedi après-midi n’aboutissent qu’à promouvoir et fertiliser ce qu’ils exècrent et vouent au bûcher… Et qui, pourtant, à la fin des fins, les sauvera. Car – pour s’en tenir à seulement deux cas – particulièrement parlants, il est vrai – si les inspirateurs islamistes de ces mouvements, bref ceux qui tirent en vrai les ficelles accédaient aux commandes, il est bien clair qu’aucun des livres d’Annie Ernaux (je les ai tous lus), aucun des sketchs de Blanche Gardin (je pense qu’aucun ne m’aura échappé – ou que je n’aurai échappé à aucun, au choix…) n’y survivraient. Au bout de leur marche, en réalité, pour l’une et l’autre – et pour tant d’autres à leurs côtés – c’est leur propre bûcher qui les attend. Et, voyez-vous, ça ne me fait même pas rire…

Cela dit, à vous de voir, camarades. Mais en attendant, marchez et marchez encore. Le Bon Sens vous en saura gré.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Mark Carney, magistral stratège politique

Élections fédérales : les Canadiens se rendront donc aux urnes le 28 avril prochain. Mark Carney sollicite un mandat « fort » des électeurs et sera notamment opposé à Pierre Poilievre pour le Parti conservateur et Yves-François Blanchet du Bloc québécois


Ce sont les circonstances qui mettent un homme providentiel au pouvoir, jamais des élections.
Georges Wolinski (Les pensées).


Comme prévu, le nouveau Premier ministre canadien libéral convoque les élections fédérales ce dimanche 23 mars 2025; il échappe donc à l’application de la Loi sur les conflits d’intérêts. « El banquero » l’emportera-t-il face au teigneux petit roquet Pierre Poilièvre, chef du parti conservateur du Canada, en lui piquant son programme?

Plantons le décor.

Le Canada est (un pays? État? nation? territoire?) bilingue. Un peu d’histoire, en vrac.

En 1890, le gouvernement du Manitoba, possible inspiration de Donald Trump, défia ouvertement la justice en imposant illégalement l’unilinguisme anglais (l’égalité du français ne fut officiellement rétablie qu’en 1982, alors que la francophonie manitobaine était devenue une simple pièce de musée, comptant moins que les Doukhobors et les Circassiens, multiculturalisme trudeauesque oblige). En 2006 et en 2011, des unilingues anglophones sont nommés à la Cour suprême du Canada : la connaissance du français n’était pas une « compétence » pertinente selon le ministère de la justice; un ancien juge de la haute juridiction précisait d’ailleurs que les magistrats unilingues pouvaient se fier à un excellent service de traduction et d’interprétariat; et qui était mieux placé pour l’encenser qu’un juriste lui-même unilingue?

On suivait ainsi le modèle judiciaire camerounais.

(Incidemment, tous les heureux élus avaient promis d’apprendre le français, quoique les résultats se font attendre. Quelle surprise. Mais quelle importance?)

Est particulièrement savoureux le refus de la Cour suprême de respecter la Loi sur les langues officielles, et de faire traduire les arrêts antérieurs à 1969 rédigés uniquement en anglais. L’opération serait trop coûteuse et, de toute manière, « l’intérêt juridique de ces décisions-là, historiques, est très minime ».

Dixit le juge en chef Richard Wagner. Texto.

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Le justiciable lambda aurait pensé que chaque phrase, chaque mot, chaque virgule de la Cour valait son pesant de caramels mous, mais quelle belle leçon de modestie bien canadienne. Cela dit, tout juge en chef qu’il fût, il a alors fait preuve d’une regrettable outrecuidance car il n’avait aucune autorité pour faire une telle affirmation : que cela lui plaise ou non, c’est à chaque plaideur qu’il appartient de déterminer, de prime abord, la pertinence de n’importe quelle jurisprudence. Le juge en chef n’a rien d’un Esmein, ni d’un Maitland. De toute manière, pour échapper à toute possibilité de poursuite, la haute juridiction a tout simplement retiré de son site web tous ces arrêts… La solution était simple, mais il fallait de grands oracles du droit canadien pour y penser. Et nul n’est censé ignorer la loi dans un Etat de droit, dit-on.

Rappelons la nomination de la gouverneure générale du Canada et de la lieutenante-gouverneure du Nouveau-Brunswick unilingues par Justin « Blackface » Trudeau.

En matière d’administration publique, les deux langues officielles sont l’anglais et le français… Rectification, le français est la langue officielle de traduction.

Concrètement, sauf exceptions, les administrations fédérales pensent, parlent et fonctionnent en anglais, et les gestionnaires, sauf exceptions (il n’y a pas que des rednecks dans la fonction publique), se moquent comme d’une guigne du français, mais… ils doivent respecter la… lettre de la loi sur les langues officielles; les documents sont donc traduits en français. S’il y a urgence, notamment lorsque le responsable du dossier termine son texte à la dernière minute, ce qui est fréquent, il le balance fissa à son érudite secrétaire franco-ontarienne avec cette directive : « type it in French » en v.o. (« tapez-moi ça en français » en v.f.) et elle a trois jours pour traduire 10 000 mots (s’il y a 20 000 mots, on saucissonne le texte parmi trois ou quatre secrétaires, bonjour l’uniformité). Lorsque le temps presse moins, ladite secrétaire transmet (avec la même directive), le fruit écrit de ces cogitations au « Bureau de la translation », en v.o (Bureau de la traduction, en v.f.) où le travail peut être effectué avec un peu plus de minutie. Bilinguisme en sens unique, mais il n’y a rien d’autre.

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Et voilà Mark Carney qui vient d’entrer en scène.

Or, il y a trois jours, son ministre des Services publics et de l’Approvisionnement du Canada, Ali Ehsassi, dont relève le Bureau de la traduction, annonce la diminution de son budget et l’abolition de 339 postes au cours des cinq prochaines années, soit le quart des effectifs. Mais que les francophones (du pays? de l’Etat? de la nation? du territoire?) se rassurent : le Bureau de la traduction tient compte des avancées technologiques et de la baisse de la demande en traduction (ah oui ?) pour orienter ses prévisions.

Apparemment, le ministre Ehsassi ignore que le mirage de la traduction informatisée censée rendre possible la traduction des lois du Manitoba et de la Saskatchewan a donné lieu aux sables mouvants des scandales financiers dans les années 1980-1990. Mais peut-être, tel Aladin, dispose-t-il d’une lampe merveilleuse d’où sort un génie traducteur lorsqu’il la frotte.

De toute manière, voilà un argument de campagne imparable pour les électeurs québécois qui apprécieront la pensée magique du ministre et son sens du moment historique.

Par ailleurs, Carney recrute, parmi ses candidats vedettes, un ex-journaliste de la « Canadian Broadcasting Corporation » (pendant anglophone de « Radio-Canada »), Evan Solomon, viré il y a quelques années pour cause de…conflit d’intérêt (eh oui…) : il avait joué le rôle d’intermédiaire pour la vente d’œuvres d’art à un « bon client », à savoir, devinez qui ? Et oui, « the one and only » (« le seul et unique » en v.f.) Mark Joseph Carney, qu’il avait interviouvé par le passé.

Quant à Yves-François Blanchet, chef du bloc québécois, (parti indépendantiste représenté au parlement fédéral), il a choisi son slogan : « Je choisis le Québec ».

Pour l’électeur québécois laïciste, les enjeux sont clairs.

Lyrique: Dante & Dusapin, c’est du lourd!

La Divine Comédie de Dante semble résister à toute adaptation. Pascal Dusapin relève le défi !


Quoi de moins opératique, a priori, que Dante ? La Divine comédie, immense poème ésotérique, épopée composite, transcrite, diffusée, traduite au fil des siècles dans toutes les langues de la terre, se prête difficilement, et c’est peu dire, à une transposition sous forme de livret. C’est pourtant à l’œuvre intimidante du génial Florentin que s’attaque Pascal Dusapin dans Il viaggio, Dante, traversée lyrique qui s’agrège également La Vita nova et La Commedia, aux deux extrémités biographiques de l’aède médiéval (1265-67/1321).

Difficile d’accès

Créé au Festival d’Aix-en-Provence en juillet 2022, le spectacle est repris à l’Opéra-Bastille, jusqu’ au 6 avril prochain.  Sous les auspices de l’écrivain, poète et traducteur Frédéric Boyer, (en outre actuel directeur des éditions P.O.L) associé déjà par le passé au compositeur contemporain pour l’opéra Macbeth Underworld en 2019, le présent « opéra  en un prologue et sept tableaux » chemine donc dans ce monument vertigineux, pèlerinage dont les stations prennent nom ici :  Le départ, Chant de deuil, les Limbes, Les Cercles de l’enfer, Sortir du noir, Purgatoire, Le Paradis

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Il revient à Claus Guth, metteur en scène infiniment talentueux de donner chair à ce corpus passablement abstrait et difficile d’accès. (Hasard du calendrier, l’Opéra-Comique  reprenait, presque concurremment, la production aixoise de Samson, superbe « réinvention » d’une œuvre oubliée de Rameau). A l’enseigne de Dante, sous les ors du Palais Garnier, le rideau blanc, rigide et plissé qui ferme le plateau dans toute sa largeur se lève sur une sorte de cabinet de travail simplement meublé dans le goût XIXème, pièce percée d’une fenêtre dont les jalousies ouvrent sur la clarté du jour. Au mur, à côté de la table de travail, se reconnaît, encadré, le tableau de Botticelli qui dépeint L’Enfer tel un entonnoir où tournoient les âmes damnées…  Là, un Dante agonisant, costume noir, chemise blanche maculée de sang, revisite en pensée son amour pour Béatrice, voyageant à la recherche de ses souvenirs enfouis. Il est redoublé par la figure du « Giovane Dante » qu’il fut, grimé en jeune homme par une voix de mezzo. Les parois s’écartent bientôt, pour déployer en vidéo (signée Roland Horvath) sur grand écran en fond de scène, l’accident de voiture  qui, dans un nocturne paysage sylvestre, a supposément ravi Béatrice au poète… Les cercles de l’enfer développent leurs arcanes, figurées par les tonalités verdâtres d’un décor qui convoque toutes sortes de réminiscences, dont celles, incidemment, des univers propres à Lynch ou à Cronenberg (cf. le film Crash)…

IL VIAGGIO DANTE Opéra de Paris.

Tableaux oppressants

Sept tableaux hallucinés, donc, pour porter cette œuvre lyrique qui tient plus de l’oratorio que de l’opéra, sous la baguette de l’émérite maestro américain Kent Nagano. Il dirige avec le brio, la netteté qu’on lui connaît cette partition aride, angoissée, qui associe les chœurs (dans la fosse) à une orchestration où orgue, percussions (très présentes), voire  harmonica de verre et dispositif électroacoustique se combinent aux instruments traditionnels d’une formation classique, pour former une texture dense, oppressante, monodique, transpercée de citations mélodiques où transparaissent tout aussi bien telle phrase évoquant Puccini que tel morceau grégorien.. C’est donc sur ce spectre expressif éclectique, tonnant, privilégiant le registre grave, que montent les voix alternées du vieux Dante – le baryton Bo Skovhus – , de Béatrice – la soprano Jennifer France -, de la sainte Lucie – Danae Kontora – , de Virgile – la basse américaine David Leigh… Vocalement, la part la plus belle du spectacle revient sans aucun doute au jeune Dante, campé en travesti par la jeune mezzo allemande Christel Loetzsch, qu’on découvre sur la scène parisienne. Ses tourments se fichent en nous comme autant de flèches.  

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On se souvient qu’à Pascal Dusapin le président Macron passait commande, en 2020, d’une œuvre – In Nomine Lucis –  pour célébrer l’entrée au Panthéon de Maurice Genevoix. À 69 ans, Dusapin ne serait-il pas devenu, en quelque sorte, le compositeur officiel de la République française ? En tout cas, Dusapin à l’enseigne de Dante, c’est encore du lourd !     


Il viaggio, Dante. Opéra de Pascal Dusapin. Avec Bo Skovhus, David Leigh, Christel Loetzsch, Jennifer France, Danae Kontora, Dominique Visse et Giaccomo Prestia (narrateur). Direction : Kent Nagano. Mise en scène : Claus Guth. Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris.
Durée : 2h
Palais Garnier, les 26, 28 mars, 3 et 9 avril à 20h. Le 6 avril à 14h30.      

Lovecraft et ses mondes fantastiques en Pléiade…

Howard Phillips Lovecraft (1890-1937), natif de Providence, maître du fantastique et de l’horreur, vient de faire son entrée dans la prestigieuse collection de la Pléiade, chez Gallimard, dans des traductions nouvelles.


Ce sont vingt-neuf histoires (ou tales en anglais) qui ont été sélectionnées, et sont proposées dans l’ordre chronologique de leur rédaction, de 1917 à 1935. Le choix s’est porté sur les meilleures ou les plus fameuses, comme « L’Appel de Cthulhu » ou « Les Rats dans les murs ». Les textes de Lovecraft, qui n’a jamais écrit de roman, s’inscrivent dans le genre de la nouvelle, ou, en anglais, novelette, parfois novella pour les plus longs. Ils ont tous paru dans des pulp magazines bon marché etpopulaires comme Weird Tales, le mot « weird » signifiant étrange ou bizarre (« supernatural »,indique pour synonyme mon dictionnaire d’Oxford, autrement dit en français : surnaturel). Néanmoins, l’œuvre weird de Lovecraft, élitiste convaincu, conserve une valeur avant-gardiste indiscutable.

Un univers morbide et décadent

Je me souviens avoir essayé de le lire lorsque j’étais adolescent. Mais je n’étais pas pleinement entré dans cet univers morbide et décadent, bien que les personnages extravagants peints par Lovecraft eussent dû s’accorder avec mes fantasmes d’alors. Je découvris ces quelques histoires dans un ou deux volumes en poche, trouvés dans la bibliothèque familiale, mais ils ne me laissèrent pas un souvenir impérissable, comme « Le Cas de Charles Dexter Ward ». Cette nouvelle édition vient donc fort à propos pour réévaluer un auteur maudit, dans tous les sens du terme. L’appareil critique propre à la collection de la Pléiade nous y aiderait peut-être. Il y a une introduction assez intéressante, que l’on doit à Laurent Folliot. On sent qu’il connaît par cœur l’œuvre de Lovecraft, mais il a une curieuse tendance à en énumérer les défauts. Ainsi, à propos du style lovecraftien, il écrit : « Un style dont il est vrai qu’avec sa débauche d’adjectifs, ses intensifieurs omniprésents, ses tics lexicaux, il se prête notoirement à la parodie, et auquel les jugements sévères n’ont pas manqué dès les premiers temps de sa réception auprès du grand public (Edmund Wilson, Borges entre autres). » Je ne savais pas qu’Emund Wilson et Borges, « entre autres », faisaient spécialement partie du « grand public ». Néanmoins, et à part ses redites, c’est une introduction très fournie, même si, bien sûr, il faudra au lecteur, grand public ou non, revenir en priorité au texte même de Lovecraft.

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La qualité littéraire de Lovecraft

C’est donc ce que j’ai fait et, je dois dire, avec un grand plaisir. Je ne suis plus l’adolescent inexpérimenté de 1979, et j’ai été frappé désormais par la qualité littéraire de Lovecraft. Il m’a suffi de relire un ou deux contes, pour être d’accord avec la fascination qu’il inspire par exemple à Michel Houellebecq. Dans son livre sur Lovecraft, intitulé Contre le monde, contre la vie, Houellebecq admet : « Nous sommes là à un moment où l’extrême acuité de la perception sensorielle est tout près de provoquer un basculement dans la perception philosophique du monde ; autrement dit, nous sommes là dans la poésie. » (Préface de 1998). Il ne faut pas oublier que Lovecraft est un contemporain des surréalistes. L’air du temps a agi sur lui comme sur eux, d’une manière, à suivre Houellebecq, pas si différente que ça dans l’un ou l’autre cas. Je laisse le lecteur en juger.

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Des ruminations fin de siècle

Lors de mes premières lectures, dans les années 70, je ne sais plus si j’avais lu « La Clef d’argent », ce conte de Lovecraft nourri de l’influence de Poe et des écrivains décadents. C’est dans ces ruminations fin de siècle que Lovecraft a toujours excellé, il me semble. Lovecraft s’y inspire aussi de sa propre vie et de ses névroses d’écrivain solitaire. En même temps, il y exprime sa nostalgie de l’enfance. Le personnage principal en est un certain Randolph Carter. Voici comment nous le présente Laurent Folliot : « Au culte du réel, Carter tente enfin de substituer, dans une veine décadentiste, celui du bizarre et de l’ésotérisme. » Se révèlent à lui, notamment par l’entremise de ses rêves, toute une série d’autres mondes qu’il finit par faire siens au détriment de la vraie vie. Tout l’art de Lovecraft est dans la manière de nous raconter ce voyage dans les limbes, mais comme s’il s’agissait d’une histoire réaliste, c’est-à-dire avec le moins possible d’effets artificiels.

Lovecraft est un écrivain nécessaire. Ses textes, malgré leurs défauts sur lesquels on aura avantage à passer, possèdent un véritable élan qui transporte le lecteur hors de sa zone de confort habituel. Ses admirateurs s’y délectent d’un imaginaire grandiose, à base de mythologies perdues comme celle de Cthulhu, monstre abject définitivement associé au nom de Lovecraft. Aujourd’hui, grâce à cette formidable Pléiade, je refais connaissance avec Cthulhu et autres « Great Old Ones » (les « Grands Anciens »), et mon verdict est sans appel : « Lisez Lovecraft ! »

H. P. Lovecraft, Récits. Introduction par Laurent Folliot. Édition publiée sous la direction de Philippe Jaworski. Éd. Gallimard, collection « Bibliothèque de la Pléiade », 1408 pages.

Récits

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Michel Houellebecq, H.P. Lovecraft, Contre le monde, contre la vie. Avec une introduction de Stephen King. Éd. du Rocher, 2005.

Bouches cousues

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Emilio, jeune artiste romain, assistant peintre, se retrouve plongé au cœur de nombreuses enquêtes suite à des crimes commis afin de dissuader le Roi Soleil de s’installer à Versailles. Une histoire captivante qui retrace les débuts de la police moderne, de la cour de Louis XIV jusqu’au pire quartier de la capitale.


Jacques Forgeas ne m’est pas inconnu. Le roman de Philippe Sollers, Une curieuse solitude, a été adapté à la télévision sous le titre Un jeune français. Le scénario et les dialogues étaient de Forgeas. Les lecteurs fidèles de Causeur savent que j’ai longtemps fréquenté l’auteur de Femmes. À chaque fois que l’occasion m’est donnée, j’évoque l’écrivain. Je suis gâté en ce moment car je lis le nouveau livre de Jean-Paul Enthoven, Je me retournerai souvent, dont je parlerai lors d’un prochain article, où il est question de Sollers. Mais revenons à Jacques Forgeas qui publie Les fantômes de Versailles, un polar épatant se déroulant en l’an 1673.

Crime sordide

Versailles n’est pas encore Versailles. Il y a davantage de marécages et de bois que de beaux jardins dessinés par Le Nôtre. S’exiler de Paris et construire un extraordinaire château ruineux fait grincer les dents de la noblesse et de la bourgeoisie réunies. Mais Louis XIV est un grand monarque qui voit grand. Il veut s’installer à Versailles et personne ne pourra s’y opposer.

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Le lieutenant général de police du Roi Soleil l’a bien compris. C’est une sorte de Maigret en perruque et bas de soie qui apprécie le canard rôti accompagné de navets. Mais un crime sordide va bouleverser à la fois les méthodes d’investigation de la police et les médecins légistes. Le foie des victimes va délivrer ses secrets. Crime sordide, donc, d’une jeune femme assassinée sauvagement dans une rue de Paris à peine éclairée où prospèrent les rats – les détails sont précis, jamais anachroniques – à qui on a cousu la gourmande bouche. Cousue avec un fil de soie. Les inspecteurs Laruche et Torsac mènent l’enquête qui va réserver de nombreux rebondissements. Les crimes se succèdent et conduisent aux arcanes de la politique. C’est encore l’époque des poisons et celle de la guerre avec la Hollande. C’est également la période où Colbert est tout-puissant et contrôle une police secrète redoutable. Ajoutons à ce tableau, décrit avec brio par Forgeas – on voit qu’il est scénariste –, l’évocation de la duchesse de La Vallière, évincée par la nouvelle maîtresse du roi, la redoutable et jalouse Montespan. La Vallière s’apprête à entrer au couvent. Mais le roi exige du peintre Mignard de l’immortaliser. Comment va-t-il la représenter ? Le tableau mérite un décryptage, d’autant plus qu’intervient un jeune artiste romain, Emilio, amant de la comtesse de Cruissan. L’artiste est visiblement très doué, surtout pour dessiner les jeunes mortes aux bouches cousues. Il devient l’indic’ des services de La Reynie. Ce dernier, à l’intuition redoutable, veut connaître, sur les ordres royaux, les détails picturaux constituant le portrait de la femme mise au placard.

Réflexion sur l’art

Jacques Forgeas nous tient en haleine jusqu’au bout. Les dialogues sont aussi efficaces que ceux produits par les laboratoires hollywoodiens. Cela signifie qu’il n’y aucun remplissage psychologico-sociologique qui désespère le lecteur au bout de deux chapitres. Il y a, en revanche, une réflexion captivante sur l’art, avec un clin d’œil appuyé à Giotto. « Giotto, vois-tu, est l’inaccessible », dit Mignard à Emilio. L’artiste florentin est très au-dessus des espions, mouchards, sbires, de tous ces hommes sans existence totalement hors-la-loi, surnommés « les fantômes de Versailles. »

Jacques Forgeas, Les fantômes de Versailles, Albin Michel, 448p.

Sax, danse et encre de Chine

Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


À Amiens, il est célèbre dans les milieux artistiques et underground. Lorsqu’on évoque le nom de Jean Detrémont aux habitués de La Briqueterie et/ou de La Maison du Colonel, leurs yeux s’allument de plaisir. On les comprend. Jean est un poète délicat, dadaïste et inspiré comme un merle anarchiste sur une barricade de 1870, rue de Vaugirard. Ses mots se suivent, se retournent, se mordent, s’enfuient en riant et en laissant derrière eux une pluie de confettis poétiques, doux comme le crépon sur la peau tendre d’une rousse vingtenaire.

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Il y a du Tristan Tzara, du Picabia, du Ribemont-Dessaignes et du Restif de La Bretonne dans les poèmes du sieur Detrémont. Mêmes influences et mêmes atmosphères dans ses dessins réalisés à l’encre de Chine et aux pinceaux moyens ; c’est délicat, frais, élancé comme des corps de femmes qui dansent, s’élèvent comme pour caresser les poils nuageux et duveteux du ventre du ciel (Les coquines !) On dirait des souffles ; oui, des souffles. Comme les souffles qu’il nous donne à entendre lorsqu’il improvise avec son saxophone soprano, cette manière de clarinette dont le bois aurait rouillé pour se transformer en cuivre. Jean est bon en tout : en poèmes, en dessins et en saxophone. Il est bon car il est libre. Nous nous connaissons depuis des années, lui et moi. Nous nous sommes rencontrés au cœur des années 1990, à la Lune des Pirates, à la faveur d’un concert improbable. Nous avons découvert que nous avions des amis en commun : l’écrivain et homme de radio Roger Vrigny, et le romancier, poète et confesseur – à la radio – de Paul Léautaud, Robert Mallet. Deux hommes exquis, talentueux ; ils nous manquent. Tout cela rapproche. Alors, il y a peu, quand j’ai appris que Jean organisait une exposition jusqu’au 11 avril, de dix-neuf de ses dessins à l’encre de Chine, au café Côté Jardin, à la Maison de la culture – la MACU – (« Moi, je ne dis pas Côté Jardin, mais Macubar ; ça fait plus Simenon », sourit-il), j’en attrapé la main aux ongles vernis de rose de ma Sauvageonne pour l’entraîner vers l’événement. Notre homme était là, devant ses œuvres. Il y avait du monde. Nous avons observé les dessins un par un ; ma Sauvageonne, comme la plupart des visiteurs, y voyait des corps de danseuses élancées. J’étais d’accord, sauf pour un où j’ai cru apercevoir une chèvre. Ma Sauvageonne l’a répété à Jean qui a ri aux éclats. « En fait, je ne fais aucune interprétation précise », m’a-t-il avoué. « Je rédige mes poèmes avant de dessiner. » C’est un peu ce qu’a fait l’écrivain et poète Sylvie Payet qui a bien observé, un par un, les fameux dessins et a écrit un poème de dix-neuf vers. (Un vers par dessin.) On pouvait le lire sur place ainsi que d’autres poèmes de Detrémont 1er, prince des créateurs. Des dessins, il en a fait cinq ou six mille, « mais seuls cinq cents sont exploitables », reconnaît-il. « Je ne leur donne pas de titre car je n’aime pas les cadres. Je ne vois rien dans mes œuvres. » Il ne voit peut-être rien dans ses dessins, cela ne l’empêche pas d’avoir du souffle. Soudain, il a attrapé son saxophone ; Marie-Laure Duplessis et Mouhcine se sont mis à danser sur le fil cuivré de l’instrument de Jean. C’était beau, superbe, magnifique, magique. Les formes gracieuses et sombres de Marie-Laure et de Mouhcine, portées par les effets de lumière. Ma Sauvageonne et moi étions ailleurs, ballottés par les petits cris de l’alto comme dans les entrailles d’un hippopotame volant, fascinés par les ombres des danseurs comme un Cendrars émerveillé par les danseuses du Brésil. Ma sauvageonne était tellement bousculée qu’elle en a perdu ses clés de voitures. On les a retrouvées le lendemain, comme par miracle. On n’a rien compris. Mais est-il nécessaire de tout comprendre pour être heureux ?

Les multiples solitudes

À l’occasion de la sortie en mars du recueil, Le goût de la solitude, textes choisis et présentés par Alexandre Maujean au Mercure de France, Monsieur Nostalgie nous parle de cet état qui va de l’enfermement à la béatitude…


« Français » et « solitude » sont des mots qui vont bien ensemble. Le Français traîne avec lui depuis un bon siècle et demi, une tentation intime de l’exfiltration monastique. Il y a en lui, la volonté du départ, pas très loin, en périphérie, hors la ville, ce n’est pas un grand explorateur, il rêve à un barbecue et à une partie de pêche, loin des emmerdements et des oukases. La maison individuelle ou la résidence secondaire sont les buts d’une vie pleinement réussie pour tous nos compatriotes. Le Français a le désir puissant de quitter le groupe, l’entreprise, l’association, ne parlons pas du parti politique, il le déserte depuis trente ans. Un billet de loto et il s’en irait, loin des ordres et des contre-ordres, de la férule administrative et des jalousies de bureau, en roue libre pour voir ce que ça fait d’être sans fil à la patte. Autonome. Sans compte à rendre. Le Français est un traînard à la manière de Jean-Pierre Marielle. Il révèle sa profonde nature dans le déport, ce léger désaxage provient certainement d’une culture égalitariste qui l’opprime depuis l’école. La France aime les sillons et déteste les têtes qui dépassent. Dans un pays qui a longtemps eu des velléités d’absorption et d’annihilation de l’individu au profit de la sainte République, il n’a rechigné « au vivre ensemble » qu’au prix d’intimidations et du cadenassage des idées. S’il n’avait tenu qu’à lui, il serait retourné dans sa province et aurait vécu comme ces nobliaux désargentés qui pataugent dans la gadoue du matin au soir et observent le délabrement de leur toiture en se lamentant.

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Le Français n’est cependant pas un animal triste, il peut, en de rares occasions, jouir de la compagnie de ses congénères, lors d’un repas de famille et d’une sarabande sportive ; mais très vite, il reviendra à l’état de solitude. Son état premier. Quand le grand âge l’atteint, il s’accroche à son lopin de terre, à son petit appartement, à ses habitudes, à ses fantaisies ménagères car personne ne veut terminer son existence dans ces colonies lugubres avec d’autres Hommes de sa classe, ça lui rappellerait trop le service militaire. L’obligation de partager son quotidien avec d’autres inconnus, tout en se faisant dépouiller de sa maigre épargne, sont les sévices que nos aînés pourtant endurent. Le Français est aussi un être particulièrement versatile, enfermé dans la nasse sociale, il aura le désir de s’échapper et s’il lui venait d’être seul, vraiment seul, de souffrir alors de l’isolement et du manque d’attention, il supplierait pour une rencontre même facturée. Pour nous éclairer sur ce vaste champ, Alexandre Maujean a très habilement réuni des textes d’auteurs majeurs (Thoreau, Balzac, Roth, Kafka, Stevenson, etc…) autour de cinq grandes thématiques : retour à la nature, à l’isolement, exil intérieur, enfin seul et seul contre tous. Car la solitude est mouvante, instable, elle revêt à la fois des notions négatives et mortifères, mais également elle est soupape de sécurité, régénératrice du « moi ». Chaque écrivain la pare, selon son état d’humeur, de tous les vices ou de toutes les réjouissances. Pour Olivier de Kersauson, elle est constitutive de notre identité : « La solitude est le seul moment réel de notre vie ». Elle nous ancre et nous porte. « Même le voyage amoureux est un voyage solitaire » écrit-il. Thoreau ne dit pas autre chose, dans sa cabane du Massachusetts où il résidera deux années : « J’ai tout à moi seul mon horizon borné par les bois […] J’ai, pour ainsi dire, mon soleil, ma lune et mes étoiles, et un petit univers à moi seul ». Chez Dino Buzzati, la solitude se fait espoir pour le lieutenant Drogo affecté au fort Bastiani à la frontière du Royaume du Nord, longue attente en vue d’une hypothétique bataille : « Au fond, une simple bataille lui eût suffi, une seule bataille, mais sérieuse ; charger en grande tenue et pouvoir sourire en se précipitant vers les visages fermés des ennemis ». Du côté de Rutebeuf, la solitude est synonyme d’infortune plaintive : « L’amitié est morte : ce sont amis que vent emporte ». Et puis, il y a la solitude du Feu Follet, le recueil reprend le dialogue de Drieu la Rochelle entre Alain et Minou qui sortent du bar et marchent dans la rue. Alain avoue : « Ma vie, ce n’est que des moments perdus ».

Le goût de la solitude – Collection la petite mercure – Mercure de France 128 pages.

Le goût de la solitude

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Patrick Besson : pas de quartier !

L’écrivain publie deux livres : Quel est le con un recueil de ses chroniques du Point, et Presque tout Corneille, un thriller loufoque inspiré par la tragédie classique. Avec talent et beaucoup d’humour, il passe la société contemporaine à la moulinette. C’est du lourd, ça dépote : du grand Besson !


Deux livres en à peine deux mois ; voilà ce que propose Patrick Besson. Et c’est du lourd ! Le premier, Quel est le con, est un recueil de certaines de ses chroniques parues dans Le Point ; le second, Presque tout Corneille, n’est rien d’autre qu’un thriller bien barré, directement inspiré par l’esprit des tragédies classiques, et notamment par le père du Cid. On se régale ; on rigole ; on s’indigne ; on en redemande.

Grève du sexe

Quel est le con. On l’interroge sur le pourquoi de ce titre provocateur ; il ironise, incisif : « Quel est le con, qui a écrit ce livre ? Mon ennemi : le pompiérisme idéologique et ses ridicules manifestations. » Est-il nécessaire de préciser qu’il tape fort, très fort ?

Le recueil part sur les chapeaux de roues avec « Adaptations ». Cinq minifictions dans lesquelles il brocarde le wokisme et la bien-pensance. Aragon et son Aurélien, nouvelle version : Aurélienne, grand reporter de retour de Bosnie rencontre Bernard, un provincial paumé. Coup de foudre. La femme d’Aurélienne file à Paris pour récupérer son épouse. Elle tombe amoureuse d’un unijambiste, (il a perdu sa jambe à Lesbos dans une charge de la police grecque alors qu’il tentait de se sauver d’un camp de migrants.) « Peu après, Aurélienne décédera dans un accident de la route provoqué par un camionneur RN dont les parents étaient communistes. »

Le ton est donné. Et Patrick Besson d’adapter Vingt mille lieues sous les mers, de Jules Verne, Crime et Châtiment, de Dostoïevski, Le Diable au corps, de Radiguet, et Le Grand Meaulnes, d’Alain-Fournier. Nous laisserons le lecteur découvrir les étonnantes et déroutantes transformations des héros.

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Avec la chronique « Guerre des hommes », on rit jaune quand il décrit la haine des ultra-féministes à l’endroit de nous, les mecs. Ça fait froid dans le dos mais c’est tellement juste, tellement bien vu. Besson rappelle que « l’histoire nous apprend que la calomnie précède et annonce le crime ». Il se souvient que sans les pamphlets rédigés avant la Révolution contre l’Autrichienne, on n’aurait peut-être pas coupé la tête de Marie-Antoinette. Puisqu’on est des bons à rien et qu’on fait tout de travers, sage, il propose comme mesure de rétorsion la grève du sexe : « Plus aucun de nos pénis ne se dressera pour un membre du sexe féminin. » Na !

Dans « Miss France 2050 », il brosse le portrait de l’heureuse élue, Marie-Josette, ex-Miss Seine-Saint-Denis « dans le cadre de la diversité à la culture » ; elle est hautement intelligente et brillante, a notamment été élève de l’École normale supérieure ; elle est titulaire d’une double agrégation – grammaire et mathématiques –, a repris les études, puis s’est spécialisée dans la chirurgie du cerveau. Miss France 2050, âgée de 73 ans, pèse 119 kilos et mesure 1,49 mètre.

Avec « Brasillach dans la poche », il se demande pourquoi l’écrivain collabo ne figure plus en librairie alors que « Rebatet, Céline, Morand, Charonne, Drieu et Fraigneau y sont encore ». Dans « Faim de carrière », il évoque l’inénarrable Jack Lang qui, malgré qu’il ait dépassé de vingt-deux ans l’âge de la retraite, continue de travailler, « car il y a toujours des imprévus dans l’existence ». Que pense Patrick Besson du personnage ? « Il me fait rire, c’est déjà pas mal ! »

Décapité à la hache

Presque tout sur Corneille révolutionne le genre du thriller. Pas de chapitres, mais de courts textes – parfois des dialogues uppercuts – qui font avancer la narration et l’intrigue à la vitesse de la lumière. C’est prodigieusement nerveux et intelligent. Une fois encore, on rit beaucoup (l’humour de Besson n’est plus à prouver). Le décor est planté en Corse. Il y raconte les pérégrinations d’un homme qui veut retrouver son honneur en se vengeant de son ancien employeur qui l’a viré. Sa technique ? Battre l’ex-patron dans toutes les disciplines afin de l’humilier. Passent une épouse (dont le précédent mari, professeur de bulgare, est mort après avoir été renversé par un cycliste, rue de Lille, à Paris), des enfants, une jeune maîtresse (qui lit tout Corneille, ou presque) et un cousin fraîchement sorti de prison.

Un meurtre horrible surgit : l’ennemi est découvert décapité – à la hache ou à la scie, pas musicale mais on ne sait pas trop – dans la chambre du licencié apprenti vengeur. Le commissaire Bourbeillon, fumeur de cigarette électronique, mène l’enquête.

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Patrick Besson aurait-il lu tout Corneille pour écrire ce polar décapant et singulier ? « Presque tout Corneille. J’aime beaucoup cet auteur, surtout les pièces qu’il a écrites sous le nom de Molière : Le Misanthrope, Les Femmes savantes, etc. », répond-il, provocateur.

Et pourquoi la Corse ? « J’ai découvert la Corse avec ma troisième ex-femme à moitié corse. C’est une jolie terre d’amour. »

Quant à la vengeance, qui est presque un personnage de son livre, on finit par se demander s’il ne serait pas, lui-même, un peu rancunier. Point. « Je pardonne mais je n’oublie pas », dit-il. Et pourquoi donc un enseignant de langue bulgare ? « Tu connais quelqu’un qui parle bulgare, toi ? » sourit-il. Pourquoi a-t-il choisi de faire de son flic un vapoteur ? « J’ai horreur de l’électronique, y compris dans les cigarettes. Toutes ces vapeurs, on dirait des vieux trains. », confie-t-il.

Ses projets ? « Je viens de terminer un roman : Jennifer Carpenter. J’en prépare un autre, beaucoup plus drôle : La Vieillesse, la solitude, la maladie et la mort. Je dois aussi donner à Plon Le Dictionnaire amoureux du communisme. » Tout un programme !

À lire :

Patrick Besson, Quel est le con, « Encre Rock », Erick Bonnier, 2024.

Patrick Besson, Presque tout Corneille, Stock, 2025.

Presque tout Corneille

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Marche contre le fascisme: quand la gauche manifeste avec ses pires contradictions

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Séparatisme. Médine, LFI, les Hijabeuses et autres promoteurs du voile islamique défilent aujourd’hui contre le racisme et l’extrême droite, et la gauche s’empresse de leur emboîter le pas en bons idiots utiles. Enfin… idiots utiles, Céline Pina finit par en douter. Certains militants politiques sont désormais bien conscients de marcher main dans la main avec ceux qui prônent l’inégalité et l’intolérance.


Marcher contre le fascisme en compagnie d’islamistes notoires comme d’organisations ambigües en matière de lutte contre l’antisémitisme (LFI, LDH, Sud, Solidaire.s), voilà ce que s’apprête à faire la gauche ce 22 mars 2025 à l’occasion de la journée mondiale contre le racisme et le fascisme.

Une répétition de la tartufferie du 8 mars

Le 8 mars, cette même gauche n’avait déjà trouvé aucun problème à défiler auprès d’organisations pro-palestiniennes qui trouvaient parfaitement normal d’attaquer les organisations réclamant justice pour les femmes juives massacrées, enlevées et réduites en esclavage lors du pogrome du 7-Octobre. Cette gauche n’avait pas hésité à manifester pour le féminisme en truffant son cortège de drapeaux palestiniens : les mêmes drapeaux qui étaient agités au-dessus des corps démembrés des femmes violées que le Hamas ramenait à Gaza. Elle n’a pas hésité à manifester aux côtés de ceux qui expliquent que les auteurs d’un pogrome et d’un viol de masse sont des résistants et à magnifier un territoire, Gaza, où les femmes sont réduites à l’état de sexe et de ventre sur pattes pour le plus grand bénéfice des hommes.

La gauche aujourd’hui, c’est l’apothéose de Tartuffe pour la plus grande gloire des islamistes. C’est ainsi que tout ce que ce petit monde compte de vieilles gloires déplumées et d’artistes sur le déclin remet le couvert de l’exaltation dénonciatrice malsaine et veut s’ériger maintenant en rempart contre le fascisme. Il appelle donc à manifester le 22 mars. Et prend les accents de Jean Moulin pour nous alerter sur le retour des zeures sombres, là, maintenant, tout de suite !!! Mais quelles sont donc les dérives racistes et fascistes qui justifient une telle mobilisation ? Qui sont les nazis qui nous menacent ? Que réclament ces grands esprits tellement rayonnants que l’on se demande s’ils n’ont pas fondu ?

Médine, Assa Traoré, Annie Ernaux ou Blanche Gardin seront de la fête

L’appel à manifester répond à ces interrogations. Signé notamment par Médine, celui qui voulait chanter son album Jihad au Bataclan alors que l’on y a abattu aux cris d’Allah Akbar tant de nos compatriotes, par Blanche Gardin, qui se vante d’être antisémite tout en couinant parce que tout le monde a compris que ce n’était pas une blague, ou encore par Assa Traoré, qui explique que la police tue tout en passant au silence les activités criminelles de sa famille, l’appel défend les valeurs fondamentales des islamistes : c’est ainsi qu’il fait de l’antiracisme le promoteur du sexisme.

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En effet il y a quatre revendications fondamentales dans ce texte et parmi elles, une des manières de lutter contre le fascisme et le racisme, selon ces gens, consiste à autoriser le voile dans le sport. Donc à autoriser un marqueur de l’infériorisation de la femme et un symbole de l’emprise islamiste. Et c’est là que les manipulateurs de l’islam politique sont très forts et que la gauche est quand-même parfaitement stupide : magnifier le signe religieux qui relègue la femme au rang d’éternelle mineure devient une mobilisation contre le fascisme ! Du coup, réclamer l’égalité pour les femmes devient islamophobe et raciste. On appelle cela faire d’un coup, deux pierres.

Les militantes islamistes en faveur du voile dans le foot, devant le Sénat, janvier 2022. Image: capture d’écran YOUTUBE / Le Parisien.

En effet, le point commun entre nazisme/fascisme (tel qu’utilisé dans la rhétorique de l’extrême-gauche), racisme et sexisme, c’est le refus d’accorder l’égalité en droit. Ce refus d’égalité est le reflet d’un déni farouche, celui qui repousse comme une donnée insupportable le fait que nous partageons la même dignité humaine. Ce refus de l’égalité se fait à raison de la couleur de peau ou à raison du sexe, notamment. Et ce dont on peut être sûr, c’est qu’une société inégalitaire a tendance à l’être dans tous les secteurs. Ainsi les sociétés fondées sur l’apartheid sexuel, comme les sociétés islamiques, sont des sociétés où le préjugé racial sera important comme le préjugé religieux et social. D’où la dhimmisation (infériorisation en droit d’une minorité et soumission à un tribut pour avoir le droit de se perpétuer) des autres religions, dhimmisation qui marque aussi la relégation sociale. Il suffit de regarder les sociétés maghrébines pour le constater.

Le premier marqueur de la lutte antifasciste et antiraciste est donc de travailler à la légitimation de l’infériorisation de la femme. Et les trois autres alors ? Selon l’appel, il s’agit de la remise en cause du droit du sol, du rétablissement du délit de séjour irrégulier et de l’interdiction du mariage sur notre sol d’un étranger en situation irrégulière. Or choisir de quelle façon la nationalité est accordée n’est pas un marqueur fasciste : le droit du sang et le droit du sol s’étant succédé sur le territoire français, comme européen, et cette prérogative faisant partie des attributs de la souveraineté. On est bien ici dans une hystérisation sans motif du débat public. Le délit de séjour irrégulier, quant à lui, est une réalité. C’est sa suppression qui fut d’une bêtise sans nom. Il n’y a rien de « fasciste » à ce qu’un pouvoir démocratique choisisse qui il accueille et à qui il refuse le droit d’entrer sur son territoire. Rien de choquant non plus à ce qu’il crée un délit afin de permettre qu’il y ait un support juridique à l’exécution d’une expulsion. Quant à l’interdiction du mariage, il fait référence au refus de Robert Ménard, le maire de Béziers, de marier un étranger en situation irrégulière. Il faut dire que la législation est ainsi faite que si un clandestin se marie, il devient de fait inexpulsable, le mariage produisant alors d’intéressants effets d’aubaine. Là encore rien qui ne justifie le procès en fascisme ou racisme.

Pour essayer de soulager les palpitations de nos Jean Moulin de bacs à sable, essayons de les ramener à quelques références historiques. Les lois fascistes ou nazies n’ont absolument rien à voir avec les exemples mis en avant. Si on ne prend que les lois fascistissimes des années 30, elles consistent en l’instauration du parti unique, l’extension des prérogatives du dirigeant, la suppression du parlement, la mise au pas des associations, la suppression des libertés publiques, le muselage de la presse par l’Etat… Quant aux lois nazies, si on se doute bien que l’amour du migrant n’était pas en leur cœur, leur cible était avant tout les juifs, et peu importe qu’ils aient ou non la nationalité allemande à l’époque, le résultat est que leur mort a été décidée, programmée, exécutée. Le sommet du ridicule est atteint quand les exemples du retour du grand méchant loup nazi sont Donal Trump et Elon Musk. J’ai peu de sympathie pour la brutalisation de la politique que ces deux trublions incarnent, mais force est de constater qu’ils sont surtout inconsistants. Le nazisme ou le fascisme sont des systèmes, à la fois de représentation du monde et de représentation des hommes. Ils veulent fonder un homme nouveau et mettre en œuvre une idéologie totale visant à contrôler tous les aspects de la vie en société et de la vie intime. Avec Donald Trump, on est en face d’un homme sans conviction, qui pense que la politique est affaire de deals. Ces personnalités peuvent s’avérer fort destructrices mais elles ne sont pas fascistes. Et surtout, elles sont les enfants des délires woke ou de l’emprise islamiste qui sont devenues l’identité de la gauche. Si celle-ci n’avait pas fait exploser tous les repères anthropologiques et toute décence commune, l’avènement d’un Trump n’aurait pas été possible. Sa marche vers le succès est elle-même liée à la violence du progressisme et à la terreur qu’a engendré le wokisme quand il s’est mis, hors de tout droit, à tenter de condamner ses cibles à la mort sociale.

Consciences rampantes

Ceci étant, si le danger fasciste ou nazi était réel, il est probable que ces grandes consciences enivrées d’elles-mêmes seraient toutes à plat ventre devant leur nouveau maitre. Elles rampent déjà devant les islamistes au point d’être incapables de se rendre compte du ridicule de leur appel et de leur propre instrumentalisation. Pour preuve ? Un des critères mis en avant dans la tribune pour accuser le gouvernement actuel d’être en plein sabbat totalitaire est son caractère islamophobe. Il faut dire que ce discours est le viatique des islamistes et la base de leur système de recrutement, il est basé sur l’installation d’un sentiment de persécution : « vous ne trouverez jamais votre place ici car ils ne peuvent accepter vos exigences religieuses, il ne vous reste donc plus qu’à devenir les maîtres ». C’est la base de l’emprise islamiste et de la logique séparatiste.

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Et cela repose sur la négation du réel. En effet, ceux qui sont massivement ciblés par les actes racistes et antireligieux sont les juifs, alors qu’ils ne représentent que 0,6% de la population en France. En revanche, ceux qui subissent le moins d’attaques au nom de leurs religion sont les musulmans. En 2023, Plus de 1676 actes antijuifs ont été recensés, il n’y en avait que de 242 pour les actes anti-musulmans. Aujourd’hui la violence dite d’extrême-droite, qui se concentre sur les juifs, est bel et bien le fruit de l’antisémitisme arabo-musulman que chauffent à blanc les islamistes. Les fascistes et les racistes d’aujourd’hui sont moins à l’extrême-droite qu’on ne les retrouve chez ceux qui font la loi dans les quartiers. On dit souvent que « tous ne sont pas islamistes ». C’est vrai. Cependant, dans la jeunesse musulmane et dans les quartiers, une majorité le sont. Et sur le terrain, cela se voit. C’est donc en toute connaissance de cause que les alliés de LFI ont épousé la cause du fascisme islamique. 

Disons-le clairement : à un certain stade, on est plus un naïf inconscient et le terme d’idiot utile lui-même est complaisant. Ces gens sont des collaborateurs. Ils participent à la mise en danger de la seule communauté qui soit réellement menacée en France, la communauté juive. Et ils le font en tenant la main de leurs bourreaux et en diffusant des représentations qui nous menacent tous. Pour eux, le danger c’est le RN. Les Frères musulmans, qui furent les alliés des nazis et n’ont rien renié de cette époque sont au contraire leurs amis. C’est ainsi qu’après avoir défilé, au nom du droit des femmes avec des organisations qui soutiennent les violeurs et exploiteurs sexuels du Hamas, ils s’apprêtent à recommencer en compagnie de ceux qui inventent un génocide à Gaza pour justifier la haine antisémite en Europe. Alors, quand on ouvre la voie aux antisémites et que l’on justifie leur violence, peut-on vraiment continuer à être considéré comme une référence en matière de lutte antiraciste et antifasciste ? La réponse est clairement non. Il est donc temps de traiter ces personnalités pour ce qu’elles sont : des larbins du totalitarisme et de l’antisémitisme qui essaient de se faire passer pour des parangons de vertu. C’est en refusant de défiler à leurs côtés que l’on pose la première pierre du combat antifasciste aujourd’hui.

Bruno Retailleau à l’heure des premiers doutes

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Le ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau sort du conseil des ministres, Paris, 19 mars 2025 © LEO VIGNAL/SIPA

Le ministre de l’Intérieur, chouchou de la droite conservatrice, essuie ses premières critiques. Notre chroniqueur voit dans ce torpillage en règle qui provient de toutes parts le signe qu’il est en réalité sur le bon cap…


Ce moment politique, je savais qu’il arriverait. Cette heure où après l’enthousiasme surviendrait, inéluctable, la désillusion politique et médiatique. Où après avoir suscité un immense espoir, pas seulement à droite, Bruno Retailleau aurait, paraît-il, « une stratégie qui sème le doute » et que ce serait « la fin de l’état de grâce » : comme si à un quelconque moment il avait eu le temps et le narcissisme de la goûter ! Ce qui me rassure, sans paradoxe, c’est qu’il est attaqué de toutes parts. Quel meilleur signe pour démontrer qu’il pense et agit juste ! Qu’il soit honteusement stigmatisé comme « raciste » sur une affiche LFI apporte une justification supplémentaire à sa défense.

L’heure des premiers comptes

Il convient de distinguer les critiques de bonne foi des hostilités tactiques, partisanes et personnelles. Pour les premières, elles tournent peu ou prou autour du fait que le ministre de l’Intérieur obtiendrait peu de résultats, qu’il serait, comme tant d’autres ministres, un adepte du verbe et que, pour l’Algérie, sa méthode de durcissement serait contre-productive. Bruno Retailleau n’a pas besoin de moi pour faire justice de ces allégations. Autour de lui, une équipe soudée sait comme elles sont imméritées.

D’abord un certain nombre d’évaluations établissent, pour ce qui relève strictement de son pouvoir, un progrès dans l’action régalienne et l’activité policière. Les choses bougent lentement mais elles bougent. Rappelons que M. Retailleau n’est pas seul. Il s’inscrit dans un processus où l’État de droit, les recours, la vie parlementaire, rendent souvent impossibles les réformes pourtant les plus nécessaires. Il est normal qu’on attende beaucoup de lui, encore faut-il prendre la mesure de tout ce qui le ligote.

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Quant à sa volonté de répondre aux humiliations répétitives que fait subir l’Algérie à la France – sans évoquer la terrible angoisse sur le futur de Boualem Sansal -, sa politique de riposte graduée est approuvée par une forte majorité de Français, mais elle est limitée par la retenue présidentielle. On perçoit bien la différence de stratégie entre Emmanuel Macron et Bruno Retailleau. En espérant que le premier ne vise pas seulement à entraver l’énergie déterminée du second…

Là où Retailleau, pour vaincre Alger, hiérarchise ses menaces, le président flatte pour amadouer : il compte sur la « clairvoyance » du président Tebboune. En tout cas, personne ne peut contester que place Beauvau, tout en ne sortant jamais de son rôle, on accomplisse tout pour sauvegarder l’honneur de la France… Une exigence dont les candidats devront mesurer toute la portée lors de la campagne en 2027.

Macron, seul « interlocuteur légitime » des Algériens

La démarche d’Emmanuel Macron paraît validée par le président algérien qui affirme qu’il est son seul interlocuteur légitime – une pierre de plus contre Bruno Retailleau – , minimise le problème des OQTF et ne répond rien sur Boualem Sansal. On se contentera de peu et on interprétera cela comme une amorce d’apaisement.

Derrière ces discussions admissibles – Bruno Retailleau est le premier à regretter cette règle fatale de la vie politique, qui empêche souvent le nécessaire de devenir possible -, il y a une fronde aigre, jalouse et vindicative à son encontre.

De la part de ses adversaires, rien de plus normal. Il est détesté par une grande part de la gauche et de l’extrême gauche, parce qu’il a cessé cette perversion d’une droite copie conforme de ceux qui la combattent. Mais il suscite toutefois des adhésions hors de son propre camp…

Affiche de LFI. Le parti de Jean-Luc Mélenchon organisait des marches samedi en France contre « l’extrème droite ». DR.

Dans sa propre famille largement entendue, c’est anormal, c’est un poison. Il est l’objet de polémiques, de controverses, de dérision, de contradictions aberrantes, de sous-estimation systématique de ce qu’il a insufflé, d’un refus permanent de considérer qu’après Nicolas Sarkozy (même si son mandat n’a pas été à la hauteur de sa formidable campagne de 2007), Bruno Retailleau est le seul ayant enfin redonné à la vraie droite sa fierté.

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Si au mois de mai Laurent Wauquiez – il mène une campagne à fond – bénéficie de ses coups fourrés, manœuvres et propos ambigus à l’encontre de Bruno Retailleau en devenant président de la droite républicaine, il est clair qu’on aura perdu beaucoup et qu’aucun lot de consolation ne comblera cette déception.

Je voudrais insister sur le caractère et le comportement de Bruno Retailleau. Je n’ai jamais dérogé à cette obsession de la tenue des politiques, de l’exemplarité de leur attitude (privée et publique, la première n’étant jamais sans effet sur la seconde) et de leur éthique irréprochable. On n’a jamais, sur ce plan, mis en cause Bruno Retailleau. C’est un élément fondamental dans mon adhésion à cette nouvelle droite. Elle ne noiera pas les valeurs de la morale publique dans les remous sales du pouvoir. L’intégrité d’un Bruno Retailleau, voire son austérité (L’Express) remettent la République à sa bonne place, contre la peopolisation ridicule ou dégradante de pratiques politiques indignes de l’espérance des citoyens, même au plus haut niveau. C’est parce qu’il est décrié qu’il faut absolument se tenir à ses côtés. Le soutenir. Se battre pour ce qu’il incarne et représente. Sinon, pour la droite qui lui doit déjà beaucoup, le destin ne repassera pas les plats !

MeTooMuch ?

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Marche antifasciste du 22, peu de monde. Dommage !

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Lyon, 22 mars 2025 © KONRAD K./SIPA

Près de 91 000 personnes ont défilé en France samedi contre le racisme et l’extrême droite, selon la police. Le parti de Jean-Luc Mélenchon s’était vu reprocher la diffusion d’une affiche critiquée pour des accents antisémites, qui avait suscité l’indignation de… SOS Racisme. Malgré un mea culpa partiel de certains élus, cette controverse a renforcé l’isolement de LFI au sein de la gauche, qui outre cette communication jugée calamiteuse se voit aussi reprocher un manque de prise en compte explicite de la lutte contre l’antisémitisme.


Oui, peu de monde s’il s’agit véritablement de lutter contre un si grand péril.

Cependant, de mon point de vue, ces messieurs z’et dames devraient continuer, prolonger le noble effort. Ils devraient reconduire ces marches de samedi en samedi partout en France et par tous les temps. En aboyant leur révolte de pacotille, en brandissant leurs pancartes ineptes. Oui, marcher sans faiblir, par les boulevards, les places, les rues et les venelles. Car à chaque mètre de parcours franchi, à chaque vocifération lancée ils ne font en réalité que contribuer à éveiller et doper ce qui fait depuis toujours la première force, la première vertu de l’esprit français, le Bon Sens. (Le Bon Sens n’a pas encore de monument ou de temple en France, il faudra y penser.)

Plus ils marcheront, plus ils brailleront et plus ils assureront la promotion de ce qu’ils prétendent combattre. De ce fait, leurs cortèges, leurs criaillements ne sont pas en réalité des marches et des chœurs contre la droite – extrême ou non – mais tout au contraire pour la droite, ce territoire idéologique qui, ces dernières années, prospère continument pour la simple et bonne raison que c’est là que s’est réfugié et réside désormais le Bon Sens à la française. Là est bel et bien, en effet, l’explication première du phénomène.

A lire aussi: Michaël Prazan: « les Frères musulmans ont une vision paranoïaque et complotiste du monde »

Ce bon sens, la lucidité salutaire qui, contre vents et marées, invite et engage à voir le réel tel qu’il est et à rejeter, in fine, les postures morales et les impostures mentales qui ne visent qu’à tromper les populations, à leur faire prendre des vessies pour des lanternes…

Ici même Céline Pina a excellemment mis en exergue le fatras de contradictions que ces marionnettes déambulantes véhiculent.        

Outre celles-ci, une des plus jubilatoires est bien, en effet, que ces résistants-héros du samedi après-midi n’aboutissent qu’à promouvoir et fertiliser ce qu’ils exècrent et vouent au bûcher… Et qui, pourtant, à la fin des fins, les sauvera. Car – pour s’en tenir à seulement deux cas – particulièrement parlants, il est vrai – si les inspirateurs islamistes de ces mouvements, bref ceux qui tirent en vrai les ficelles accédaient aux commandes, il est bien clair qu’aucun des livres d’Annie Ernaux (je les ai tous lus), aucun des sketchs de Blanche Gardin (je pense qu’aucun ne m’aura échappé – ou que je n’aurai échappé à aucun, au choix…) n’y survivraient. Au bout de leur marche, en réalité, pour l’une et l’autre – et pour tant d’autres à leurs côtés – c’est leur propre bûcher qui les attend. Et, voyez-vous, ça ne me fait même pas rire…

Cela dit, à vous de voir, camarades. Mais en attendant, marchez et marchez encore. Le Bon Sens vous en saura gré.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Mark Carney, magistral stratège politique

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Mark Carney à la rencontre de jeunes enfants lors de la parade de la St Patrick à Montréal, Québec, 16 mars 2025 © Graham Hughes/AP/SIPA

Élections fédérales : les Canadiens se rendront donc aux urnes le 28 avril prochain. Mark Carney sollicite un mandat « fort » des électeurs et sera notamment opposé à Pierre Poilievre pour le Parti conservateur et Yves-François Blanchet du Bloc québécois


Ce sont les circonstances qui mettent un homme providentiel au pouvoir, jamais des élections.
Georges Wolinski (Les pensées).


Comme prévu, le nouveau Premier ministre canadien libéral convoque les élections fédérales ce dimanche 23 mars 2025; il échappe donc à l’application de la Loi sur les conflits d’intérêts. « El banquero » l’emportera-t-il face au teigneux petit roquet Pierre Poilièvre, chef du parti conservateur du Canada, en lui piquant son programme?

Plantons le décor.

Le Canada est (un pays? État? nation? territoire?) bilingue. Un peu d’histoire, en vrac.

En 1890, le gouvernement du Manitoba, possible inspiration de Donald Trump, défia ouvertement la justice en imposant illégalement l’unilinguisme anglais (l’égalité du français ne fut officiellement rétablie qu’en 1982, alors que la francophonie manitobaine était devenue une simple pièce de musée, comptant moins que les Doukhobors et les Circassiens, multiculturalisme trudeauesque oblige). En 2006 et en 2011, des unilingues anglophones sont nommés à la Cour suprême du Canada : la connaissance du français n’était pas une « compétence » pertinente selon le ministère de la justice; un ancien juge de la haute juridiction précisait d’ailleurs que les magistrats unilingues pouvaient se fier à un excellent service de traduction et d’interprétariat; et qui était mieux placé pour l’encenser qu’un juriste lui-même unilingue?

On suivait ainsi le modèle judiciaire camerounais.

(Incidemment, tous les heureux élus avaient promis d’apprendre le français, quoique les résultats se font attendre. Quelle surprise. Mais quelle importance?)

Est particulièrement savoureux le refus de la Cour suprême de respecter la Loi sur les langues officielles, et de faire traduire les arrêts antérieurs à 1969 rédigés uniquement en anglais. L’opération serait trop coûteuse et, de toute manière, « l’intérêt juridique de ces décisions-là, historiques, est très minime ».

Dixit le juge en chef Richard Wagner. Texto.

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Le justiciable lambda aurait pensé que chaque phrase, chaque mot, chaque virgule de la Cour valait son pesant de caramels mous, mais quelle belle leçon de modestie bien canadienne. Cela dit, tout juge en chef qu’il fût, il a alors fait preuve d’une regrettable outrecuidance car il n’avait aucune autorité pour faire une telle affirmation : que cela lui plaise ou non, c’est à chaque plaideur qu’il appartient de déterminer, de prime abord, la pertinence de n’importe quelle jurisprudence. Le juge en chef n’a rien d’un Esmein, ni d’un Maitland. De toute manière, pour échapper à toute possibilité de poursuite, la haute juridiction a tout simplement retiré de son site web tous ces arrêts… La solution était simple, mais il fallait de grands oracles du droit canadien pour y penser. Et nul n’est censé ignorer la loi dans un Etat de droit, dit-on.

Rappelons la nomination de la gouverneure générale du Canada et de la lieutenante-gouverneure du Nouveau-Brunswick unilingues par Justin « Blackface » Trudeau.

En matière d’administration publique, les deux langues officielles sont l’anglais et le français… Rectification, le français est la langue officielle de traduction.

Concrètement, sauf exceptions, les administrations fédérales pensent, parlent et fonctionnent en anglais, et les gestionnaires, sauf exceptions (il n’y a pas que des rednecks dans la fonction publique), se moquent comme d’une guigne du français, mais… ils doivent respecter la… lettre de la loi sur les langues officielles; les documents sont donc traduits en français. S’il y a urgence, notamment lorsque le responsable du dossier termine son texte à la dernière minute, ce qui est fréquent, il le balance fissa à son érudite secrétaire franco-ontarienne avec cette directive : « type it in French » en v.o. (« tapez-moi ça en français » en v.f.) et elle a trois jours pour traduire 10 000 mots (s’il y a 20 000 mots, on saucissonne le texte parmi trois ou quatre secrétaires, bonjour l’uniformité). Lorsque le temps presse moins, ladite secrétaire transmet (avec la même directive), le fruit écrit de ces cogitations au « Bureau de la translation », en v.o (Bureau de la traduction, en v.f.) où le travail peut être effectué avec un peu plus de minutie. Bilinguisme en sens unique, mais il n’y a rien d’autre.

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Et voilà Mark Carney qui vient d’entrer en scène.

Or, il y a trois jours, son ministre des Services publics et de l’Approvisionnement du Canada, Ali Ehsassi, dont relève le Bureau de la traduction, annonce la diminution de son budget et l’abolition de 339 postes au cours des cinq prochaines années, soit le quart des effectifs. Mais que les francophones (du pays? de l’Etat? de la nation? du territoire?) se rassurent : le Bureau de la traduction tient compte des avancées technologiques et de la baisse de la demande en traduction (ah oui ?) pour orienter ses prévisions.

Apparemment, le ministre Ehsassi ignore que le mirage de la traduction informatisée censée rendre possible la traduction des lois du Manitoba et de la Saskatchewan a donné lieu aux sables mouvants des scandales financiers dans les années 1980-1990. Mais peut-être, tel Aladin, dispose-t-il d’une lampe merveilleuse d’où sort un génie traducteur lorsqu’il la frotte.

De toute manière, voilà un argument de campagne imparable pour les électeurs québécois qui apprécieront la pensée magique du ministre et son sens du moment historique.

Par ailleurs, Carney recrute, parmi ses candidats vedettes, un ex-journaliste de la « Canadian Broadcasting Corporation » (pendant anglophone de « Radio-Canada »), Evan Solomon, viré il y a quelques années pour cause de…conflit d’intérêt (eh oui…) : il avait joué le rôle d’intermédiaire pour la vente d’œuvres d’art à un « bon client », à savoir, devinez qui ? Et oui, « the one and only » (« le seul et unique » en v.f.) Mark Joseph Carney, qu’il avait interviouvé par le passé.

Quant à Yves-François Blanchet, chef du bloc québécois, (parti indépendantiste représenté au parlement fédéral), il a choisi son slogan : « Je choisis le Québec ».

Pour l’électeur québécois laïciste, les enjeux sont clairs.

Lyrique: Dante & Dusapin, c’est du lourd!

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Il Viaggio, Dante © Bernd Uhlig / Opéra national de Paris

La Divine Comédie de Dante semble résister à toute adaptation. Pascal Dusapin relève le défi !


Quoi de moins opératique, a priori, que Dante ? La Divine comédie, immense poème ésotérique, épopée composite, transcrite, diffusée, traduite au fil des siècles dans toutes les langues de la terre, se prête difficilement, et c’est peu dire, à une transposition sous forme de livret. C’est pourtant à l’œuvre intimidante du génial Florentin que s’attaque Pascal Dusapin dans Il viaggio, Dante, traversée lyrique qui s’agrège également La Vita nova et La Commedia, aux deux extrémités biographiques de l’aède médiéval (1265-67/1321).

Difficile d’accès

Créé au Festival d’Aix-en-Provence en juillet 2022, le spectacle est repris à l’Opéra-Bastille, jusqu’ au 6 avril prochain.  Sous les auspices de l’écrivain, poète et traducteur Frédéric Boyer, (en outre actuel directeur des éditions P.O.L) associé déjà par le passé au compositeur contemporain pour l’opéra Macbeth Underworld en 2019, le présent « opéra  en un prologue et sept tableaux » chemine donc dans ce monument vertigineux, pèlerinage dont les stations prennent nom ici :  Le départ, Chant de deuil, les Limbes, Les Cercles de l’enfer, Sortir du noir, Purgatoire, Le Paradis

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Il revient à Claus Guth, metteur en scène infiniment talentueux de donner chair à ce corpus passablement abstrait et difficile d’accès. (Hasard du calendrier, l’Opéra-Comique  reprenait, presque concurremment, la production aixoise de Samson, superbe « réinvention » d’une œuvre oubliée de Rameau). A l’enseigne de Dante, sous les ors du Palais Garnier, le rideau blanc, rigide et plissé qui ferme le plateau dans toute sa largeur se lève sur une sorte de cabinet de travail simplement meublé dans le goût XIXème, pièce percée d’une fenêtre dont les jalousies ouvrent sur la clarté du jour. Au mur, à côté de la table de travail, se reconnaît, encadré, le tableau de Botticelli qui dépeint L’Enfer tel un entonnoir où tournoient les âmes damnées…  Là, un Dante agonisant, costume noir, chemise blanche maculée de sang, revisite en pensée son amour pour Béatrice, voyageant à la recherche de ses souvenirs enfouis. Il est redoublé par la figure du « Giovane Dante » qu’il fut, grimé en jeune homme par une voix de mezzo. Les parois s’écartent bientôt, pour déployer en vidéo (signée Roland Horvath) sur grand écran en fond de scène, l’accident de voiture  qui, dans un nocturne paysage sylvestre, a supposément ravi Béatrice au poète… Les cercles de l’enfer développent leurs arcanes, figurées par les tonalités verdâtres d’un décor qui convoque toutes sortes de réminiscences, dont celles, incidemment, des univers propres à Lynch ou à Cronenberg (cf. le film Crash)…

IL VIAGGIO DANTE Opéra de Paris.

Tableaux oppressants

Sept tableaux hallucinés, donc, pour porter cette œuvre lyrique qui tient plus de l’oratorio que de l’opéra, sous la baguette de l’émérite maestro américain Kent Nagano. Il dirige avec le brio, la netteté qu’on lui connaît cette partition aride, angoissée, qui associe les chœurs (dans la fosse) à une orchestration où orgue, percussions (très présentes), voire  harmonica de verre et dispositif électroacoustique se combinent aux instruments traditionnels d’une formation classique, pour former une texture dense, oppressante, monodique, transpercée de citations mélodiques où transparaissent tout aussi bien telle phrase évoquant Puccini que tel morceau grégorien.. C’est donc sur ce spectre expressif éclectique, tonnant, privilégiant le registre grave, que montent les voix alternées du vieux Dante – le baryton Bo Skovhus – , de Béatrice – la soprano Jennifer France -, de la sainte Lucie – Danae Kontora – , de Virgile – la basse américaine David Leigh… Vocalement, la part la plus belle du spectacle revient sans aucun doute au jeune Dante, campé en travesti par la jeune mezzo allemande Christel Loetzsch, qu’on découvre sur la scène parisienne. Ses tourments se fichent en nous comme autant de flèches.  

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On se souvient qu’à Pascal Dusapin le président Macron passait commande, en 2020, d’une œuvre – In Nomine Lucis –  pour célébrer l’entrée au Panthéon de Maurice Genevoix. À 69 ans, Dusapin ne serait-il pas devenu, en quelque sorte, le compositeur officiel de la République française ? En tout cas, Dusapin à l’enseigne de Dante, c’est encore du lourd !     


Il viaggio, Dante. Opéra de Pascal Dusapin. Avec Bo Skovhus, David Leigh, Christel Loetzsch, Jennifer France, Danae Kontora, Dominique Visse et Giaccomo Prestia (narrateur). Direction : Kent Nagano. Mise en scène : Claus Guth. Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris.
Durée : 2h
Palais Garnier, les 26, 28 mars, 3 et 9 avril à 20h. Le 6 avril à 14h30.      

Lovecraft et ses mondes fantastiques en Pléiade…

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L'écrivain américain Howard Phillips Lovecraft (1890-1937). DR.

Howard Phillips Lovecraft (1890-1937), natif de Providence, maître du fantastique et de l’horreur, vient de faire son entrée dans la prestigieuse collection de la Pléiade, chez Gallimard, dans des traductions nouvelles.


Ce sont vingt-neuf histoires (ou tales en anglais) qui ont été sélectionnées, et sont proposées dans l’ordre chronologique de leur rédaction, de 1917 à 1935. Le choix s’est porté sur les meilleures ou les plus fameuses, comme « L’Appel de Cthulhu » ou « Les Rats dans les murs ». Les textes de Lovecraft, qui n’a jamais écrit de roman, s’inscrivent dans le genre de la nouvelle, ou, en anglais, novelette, parfois novella pour les plus longs. Ils ont tous paru dans des pulp magazines bon marché etpopulaires comme Weird Tales, le mot « weird » signifiant étrange ou bizarre (« supernatural »,indique pour synonyme mon dictionnaire d’Oxford, autrement dit en français : surnaturel). Néanmoins, l’œuvre weird de Lovecraft, élitiste convaincu, conserve une valeur avant-gardiste indiscutable.

Un univers morbide et décadent

Je me souviens avoir essayé de le lire lorsque j’étais adolescent. Mais je n’étais pas pleinement entré dans cet univers morbide et décadent, bien que les personnages extravagants peints par Lovecraft eussent dû s’accorder avec mes fantasmes d’alors. Je découvris ces quelques histoires dans un ou deux volumes en poche, trouvés dans la bibliothèque familiale, mais ils ne me laissèrent pas un souvenir impérissable, comme « Le Cas de Charles Dexter Ward ». Cette nouvelle édition vient donc fort à propos pour réévaluer un auteur maudit, dans tous les sens du terme. L’appareil critique propre à la collection de la Pléiade nous y aiderait peut-être. Il y a une introduction assez intéressante, que l’on doit à Laurent Folliot. On sent qu’il connaît par cœur l’œuvre de Lovecraft, mais il a une curieuse tendance à en énumérer les défauts. Ainsi, à propos du style lovecraftien, il écrit : « Un style dont il est vrai qu’avec sa débauche d’adjectifs, ses intensifieurs omniprésents, ses tics lexicaux, il se prête notoirement à la parodie, et auquel les jugements sévères n’ont pas manqué dès les premiers temps de sa réception auprès du grand public (Edmund Wilson, Borges entre autres). » Je ne savais pas qu’Emund Wilson et Borges, « entre autres », faisaient spécialement partie du « grand public ». Néanmoins, et à part ses redites, c’est une introduction très fournie, même si, bien sûr, il faudra au lecteur, grand public ou non, revenir en priorité au texte même de Lovecraft.

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La qualité littéraire de Lovecraft

C’est donc ce que j’ai fait et, je dois dire, avec un grand plaisir. Je ne suis plus l’adolescent inexpérimenté de 1979, et j’ai été frappé désormais par la qualité littéraire de Lovecraft. Il m’a suffi de relire un ou deux contes, pour être d’accord avec la fascination qu’il inspire par exemple à Michel Houellebecq. Dans son livre sur Lovecraft, intitulé Contre le monde, contre la vie, Houellebecq admet : « Nous sommes là à un moment où l’extrême acuité de la perception sensorielle est tout près de provoquer un basculement dans la perception philosophique du monde ; autrement dit, nous sommes là dans la poésie. » (Préface de 1998). Il ne faut pas oublier que Lovecraft est un contemporain des surréalistes. L’air du temps a agi sur lui comme sur eux, d’une manière, à suivre Houellebecq, pas si différente que ça dans l’un ou l’autre cas. Je laisse le lecteur en juger.

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Des ruminations fin de siècle

Lors de mes premières lectures, dans les années 70, je ne sais plus si j’avais lu « La Clef d’argent », ce conte de Lovecraft nourri de l’influence de Poe et des écrivains décadents. C’est dans ces ruminations fin de siècle que Lovecraft a toujours excellé, il me semble. Lovecraft s’y inspire aussi de sa propre vie et de ses névroses d’écrivain solitaire. En même temps, il y exprime sa nostalgie de l’enfance. Le personnage principal en est un certain Randolph Carter. Voici comment nous le présente Laurent Folliot : « Au culte du réel, Carter tente enfin de substituer, dans une veine décadentiste, celui du bizarre et de l’ésotérisme. » Se révèlent à lui, notamment par l’entremise de ses rêves, toute une série d’autres mondes qu’il finit par faire siens au détriment de la vraie vie. Tout l’art de Lovecraft est dans la manière de nous raconter ce voyage dans les limbes, mais comme s’il s’agissait d’une histoire réaliste, c’est-à-dire avec le moins possible d’effets artificiels.

Lovecraft est un écrivain nécessaire. Ses textes, malgré leurs défauts sur lesquels on aura avantage à passer, possèdent un véritable élan qui transporte le lecteur hors de sa zone de confort habituel. Ses admirateurs s’y délectent d’un imaginaire grandiose, à base de mythologies perdues comme celle de Cthulhu, monstre abject définitivement associé au nom de Lovecraft. Aujourd’hui, grâce à cette formidable Pléiade, je refais connaissance avec Cthulhu et autres « Great Old Ones » (les « Grands Anciens »), et mon verdict est sans appel : « Lisez Lovecraft ! »

H. P. Lovecraft, Récits. Introduction par Laurent Folliot. Édition publiée sous la direction de Philippe Jaworski. Éd. Gallimard, collection « Bibliothèque de la Pléiade », 1408 pages.

Récits

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Michel Houellebecq, H.P. Lovecraft, Contre le monde, contre la vie. Avec une introduction de Stephen King. Éd. du Rocher, 2005.

H.P. Lovecraft

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Bouches cousues

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Jacques Forgeas © Hélène Bozzi

Emilio, jeune artiste romain, assistant peintre, se retrouve plongé au cœur de nombreuses enquêtes suite à des crimes commis afin de dissuader le Roi Soleil de s’installer à Versailles. Une histoire captivante qui retrace les débuts de la police moderne, de la cour de Louis XIV jusqu’au pire quartier de la capitale.


Jacques Forgeas ne m’est pas inconnu. Le roman de Philippe Sollers, Une curieuse solitude, a été adapté à la télévision sous le titre Un jeune français. Le scénario et les dialogues étaient de Forgeas. Les lecteurs fidèles de Causeur savent que j’ai longtemps fréquenté l’auteur de Femmes. À chaque fois que l’occasion m’est donnée, j’évoque l’écrivain. Je suis gâté en ce moment car je lis le nouveau livre de Jean-Paul Enthoven, Je me retournerai souvent, dont je parlerai lors d’un prochain article, où il est question de Sollers. Mais revenons à Jacques Forgeas qui publie Les fantômes de Versailles, un polar épatant se déroulant en l’an 1673.

Crime sordide

Versailles n’est pas encore Versailles. Il y a davantage de marécages et de bois que de beaux jardins dessinés par Le Nôtre. S’exiler de Paris et construire un extraordinaire château ruineux fait grincer les dents de la noblesse et de la bourgeoisie réunies. Mais Louis XIV est un grand monarque qui voit grand. Il veut s’installer à Versailles et personne ne pourra s’y opposer.

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Le lieutenant général de police du Roi Soleil l’a bien compris. C’est une sorte de Maigret en perruque et bas de soie qui apprécie le canard rôti accompagné de navets. Mais un crime sordide va bouleverser à la fois les méthodes d’investigation de la police et les médecins légistes. Le foie des victimes va délivrer ses secrets. Crime sordide, donc, d’une jeune femme assassinée sauvagement dans une rue de Paris à peine éclairée où prospèrent les rats – les détails sont précis, jamais anachroniques – à qui on a cousu la gourmande bouche. Cousue avec un fil de soie. Les inspecteurs Laruche et Torsac mènent l’enquête qui va réserver de nombreux rebondissements. Les crimes se succèdent et conduisent aux arcanes de la politique. C’est encore l’époque des poisons et celle de la guerre avec la Hollande. C’est également la période où Colbert est tout-puissant et contrôle une police secrète redoutable. Ajoutons à ce tableau, décrit avec brio par Forgeas – on voit qu’il est scénariste –, l’évocation de la duchesse de La Vallière, évincée par la nouvelle maîtresse du roi, la redoutable et jalouse Montespan. La Vallière s’apprête à entrer au couvent. Mais le roi exige du peintre Mignard de l’immortaliser. Comment va-t-il la représenter ? Le tableau mérite un décryptage, d’autant plus qu’intervient un jeune artiste romain, Emilio, amant de la comtesse de Cruissan. L’artiste est visiblement très doué, surtout pour dessiner les jeunes mortes aux bouches cousues. Il devient l’indic’ des services de La Reynie. Ce dernier, à l’intuition redoutable, veut connaître, sur les ordres royaux, les détails picturaux constituant le portrait de la femme mise au placard.

Réflexion sur l’art

Jacques Forgeas nous tient en haleine jusqu’au bout. Les dialogues sont aussi efficaces que ceux produits par les laboratoires hollywoodiens. Cela signifie qu’il n’y aucun remplissage psychologico-sociologique qui désespère le lecteur au bout de deux chapitres. Il y a, en revanche, une réflexion captivante sur l’art, avec un clin d’œil appuyé à Giotto. « Giotto, vois-tu, est l’inaccessible », dit Mignard à Emilio. L’artiste florentin est très au-dessus des espions, mouchards, sbires, de tous ces hommes sans existence totalement hors-la-loi, surnommés « les fantômes de Versailles. »

Jacques Forgeas, Les fantômes de Versailles, Albin Michel, 448p.

Sax, danse et encre de Chine

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Jean Détremont © Philippe Lacoche

Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


À Amiens, il est célèbre dans les milieux artistiques et underground. Lorsqu’on évoque le nom de Jean Detrémont aux habitués de La Briqueterie et/ou de La Maison du Colonel, leurs yeux s’allument de plaisir. On les comprend. Jean est un poète délicat, dadaïste et inspiré comme un merle anarchiste sur une barricade de 1870, rue de Vaugirard. Ses mots se suivent, se retournent, se mordent, s’enfuient en riant et en laissant derrière eux une pluie de confettis poétiques, doux comme le crépon sur la peau tendre d’une rousse vingtenaire.

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Il y a du Tristan Tzara, du Picabia, du Ribemont-Dessaignes et du Restif de La Bretonne dans les poèmes du sieur Detrémont. Mêmes influences et mêmes atmosphères dans ses dessins réalisés à l’encre de Chine et aux pinceaux moyens ; c’est délicat, frais, élancé comme des corps de femmes qui dansent, s’élèvent comme pour caresser les poils nuageux et duveteux du ventre du ciel (Les coquines !) On dirait des souffles ; oui, des souffles. Comme les souffles qu’il nous donne à entendre lorsqu’il improvise avec son saxophone soprano, cette manière de clarinette dont le bois aurait rouillé pour se transformer en cuivre. Jean est bon en tout : en poèmes, en dessins et en saxophone. Il est bon car il est libre. Nous nous connaissons depuis des années, lui et moi. Nous nous sommes rencontrés au cœur des années 1990, à la Lune des Pirates, à la faveur d’un concert improbable. Nous avons découvert que nous avions des amis en commun : l’écrivain et homme de radio Roger Vrigny, et le romancier, poète et confesseur – à la radio – de Paul Léautaud, Robert Mallet. Deux hommes exquis, talentueux ; ils nous manquent. Tout cela rapproche. Alors, il y a peu, quand j’ai appris que Jean organisait une exposition jusqu’au 11 avril, de dix-neuf de ses dessins à l’encre de Chine, au café Côté Jardin, à la Maison de la culture – la MACU – (« Moi, je ne dis pas Côté Jardin, mais Macubar ; ça fait plus Simenon », sourit-il), j’en attrapé la main aux ongles vernis de rose de ma Sauvageonne pour l’entraîner vers l’événement. Notre homme était là, devant ses œuvres. Il y avait du monde. Nous avons observé les dessins un par un ; ma Sauvageonne, comme la plupart des visiteurs, y voyait des corps de danseuses élancées. J’étais d’accord, sauf pour un où j’ai cru apercevoir une chèvre. Ma Sauvageonne l’a répété à Jean qui a ri aux éclats. « En fait, je ne fais aucune interprétation précise », m’a-t-il avoué. « Je rédige mes poèmes avant de dessiner. » C’est un peu ce qu’a fait l’écrivain et poète Sylvie Payet qui a bien observé, un par un, les fameux dessins et a écrit un poème de dix-neuf vers. (Un vers par dessin.) On pouvait le lire sur place ainsi que d’autres poèmes de Detrémont 1er, prince des créateurs. Des dessins, il en a fait cinq ou six mille, « mais seuls cinq cents sont exploitables », reconnaît-il. « Je ne leur donne pas de titre car je n’aime pas les cadres. Je ne vois rien dans mes œuvres. » Il ne voit peut-être rien dans ses dessins, cela ne l’empêche pas d’avoir du souffle. Soudain, il a attrapé son saxophone ; Marie-Laure Duplessis et Mouhcine se sont mis à danser sur le fil cuivré de l’instrument de Jean. C’était beau, superbe, magnifique, magique. Les formes gracieuses et sombres de Marie-Laure et de Mouhcine, portées par les effets de lumière. Ma Sauvageonne et moi étions ailleurs, ballottés par les petits cris de l’alto comme dans les entrailles d’un hippopotame volant, fascinés par les ombres des danseurs comme un Cendrars émerveillé par les danseuses du Brésil. Ma sauvageonne était tellement bousculée qu’elle en a perdu ses clés de voitures. On les a retrouvées le lendemain, comme par miracle. On n’a rien compris. Mais est-il nécessaire de tout comprendre pour être heureux ?

Les multiples solitudes

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À l’occasion de la sortie en mars du recueil, Le goût de la solitude, textes choisis et présentés par Alexandre Maujean au Mercure de France, Monsieur Nostalgie nous parle de cet état qui va de l’enfermement à la béatitude…


« Français » et « solitude » sont des mots qui vont bien ensemble. Le Français traîne avec lui depuis un bon siècle et demi, une tentation intime de l’exfiltration monastique. Il y a en lui, la volonté du départ, pas très loin, en périphérie, hors la ville, ce n’est pas un grand explorateur, il rêve à un barbecue et à une partie de pêche, loin des emmerdements et des oukases. La maison individuelle ou la résidence secondaire sont les buts d’une vie pleinement réussie pour tous nos compatriotes. Le Français a le désir puissant de quitter le groupe, l’entreprise, l’association, ne parlons pas du parti politique, il le déserte depuis trente ans. Un billet de loto et il s’en irait, loin des ordres et des contre-ordres, de la férule administrative et des jalousies de bureau, en roue libre pour voir ce que ça fait d’être sans fil à la patte. Autonome. Sans compte à rendre. Le Français est un traînard à la manière de Jean-Pierre Marielle. Il révèle sa profonde nature dans le déport, ce léger désaxage provient certainement d’une culture égalitariste qui l’opprime depuis l’école. La France aime les sillons et déteste les têtes qui dépassent. Dans un pays qui a longtemps eu des velléités d’absorption et d’annihilation de l’individu au profit de la sainte République, il n’a rechigné « au vivre ensemble » qu’au prix d’intimidations et du cadenassage des idées. S’il n’avait tenu qu’à lui, il serait retourné dans sa province et aurait vécu comme ces nobliaux désargentés qui pataugent dans la gadoue du matin au soir et observent le délabrement de leur toiture en se lamentant.

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Le Français n’est cependant pas un animal triste, il peut, en de rares occasions, jouir de la compagnie de ses congénères, lors d’un repas de famille et d’une sarabande sportive ; mais très vite, il reviendra à l’état de solitude. Son état premier. Quand le grand âge l’atteint, il s’accroche à son lopin de terre, à son petit appartement, à ses habitudes, à ses fantaisies ménagères car personne ne veut terminer son existence dans ces colonies lugubres avec d’autres Hommes de sa classe, ça lui rappellerait trop le service militaire. L’obligation de partager son quotidien avec d’autres inconnus, tout en se faisant dépouiller de sa maigre épargne, sont les sévices que nos aînés pourtant endurent. Le Français est aussi un être particulièrement versatile, enfermé dans la nasse sociale, il aura le désir de s’échapper et s’il lui venait d’être seul, vraiment seul, de souffrir alors de l’isolement et du manque d’attention, il supplierait pour une rencontre même facturée. Pour nous éclairer sur ce vaste champ, Alexandre Maujean a très habilement réuni des textes d’auteurs majeurs (Thoreau, Balzac, Roth, Kafka, Stevenson, etc…) autour de cinq grandes thématiques : retour à la nature, à l’isolement, exil intérieur, enfin seul et seul contre tous. Car la solitude est mouvante, instable, elle revêt à la fois des notions négatives et mortifères, mais également elle est soupape de sécurité, régénératrice du « moi ». Chaque écrivain la pare, selon son état d’humeur, de tous les vices ou de toutes les réjouissances. Pour Olivier de Kersauson, elle est constitutive de notre identité : « La solitude est le seul moment réel de notre vie ». Elle nous ancre et nous porte. « Même le voyage amoureux est un voyage solitaire » écrit-il. Thoreau ne dit pas autre chose, dans sa cabane du Massachusetts où il résidera deux années : « J’ai tout à moi seul mon horizon borné par les bois […] J’ai, pour ainsi dire, mon soleil, ma lune et mes étoiles, et un petit univers à moi seul ». Chez Dino Buzzati, la solitude se fait espoir pour le lieutenant Drogo affecté au fort Bastiani à la frontière du Royaume du Nord, longue attente en vue d’une hypothétique bataille : « Au fond, une simple bataille lui eût suffi, une seule bataille, mais sérieuse ; charger en grande tenue et pouvoir sourire en se précipitant vers les visages fermés des ennemis ». Du côté de Rutebeuf, la solitude est synonyme d’infortune plaintive : « L’amitié est morte : ce sont amis que vent emporte ». Et puis, il y a la solitude du Feu Follet, le recueil reprend le dialogue de Drieu la Rochelle entre Alain et Minou qui sortent du bar et marchent dans la rue. Alain avoue : « Ma vie, ce n’est que des moments perdus ».

Le goût de la solitude – Collection la petite mercure – Mercure de France 128 pages.

Le goût de la solitude

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Patrick Besson : pas de quartier !

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Patrick Besson © BALTEL/SIPA

L’écrivain publie deux livres : Quel est le con un recueil de ses chroniques du Point, et Presque tout Corneille, un thriller loufoque inspiré par la tragédie classique. Avec talent et beaucoup d’humour, il passe la société contemporaine à la moulinette. C’est du lourd, ça dépote : du grand Besson !


Deux livres en à peine deux mois ; voilà ce que propose Patrick Besson. Et c’est du lourd ! Le premier, Quel est le con, est un recueil de certaines de ses chroniques parues dans Le Point ; le second, Presque tout Corneille, n’est rien d’autre qu’un thriller bien barré, directement inspiré par l’esprit des tragédies classiques, et notamment par le père du Cid. On se régale ; on rigole ; on s’indigne ; on en redemande.

Grève du sexe

Quel est le con. On l’interroge sur le pourquoi de ce titre provocateur ; il ironise, incisif : « Quel est le con, qui a écrit ce livre ? Mon ennemi : le pompiérisme idéologique et ses ridicules manifestations. » Est-il nécessaire de préciser qu’il tape fort, très fort ?

Le recueil part sur les chapeaux de roues avec « Adaptations ». Cinq minifictions dans lesquelles il brocarde le wokisme et la bien-pensance. Aragon et son Aurélien, nouvelle version : Aurélienne, grand reporter de retour de Bosnie rencontre Bernard, un provincial paumé. Coup de foudre. La femme d’Aurélienne file à Paris pour récupérer son épouse. Elle tombe amoureuse d’un unijambiste, (il a perdu sa jambe à Lesbos dans une charge de la police grecque alors qu’il tentait de se sauver d’un camp de migrants.) « Peu après, Aurélienne décédera dans un accident de la route provoqué par un camionneur RN dont les parents étaient communistes. »

Le ton est donné. Et Patrick Besson d’adapter Vingt mille lieues sous les mers, de Jules Verne, Crime et Châtiment, de Dostoïevski, Le Diable au corps, de Radiguet, et Le Grand Meaulnes, d’Alain-Fournier. Nous laisserons le lecteur découvrir les étonnantes et déroutantes transformations des héros.

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Avec la chronique « Guerre des hommes », on rit jaune quand il décrit la haine des ultra-féministes à l’endroit de nous, les mecs. Ça fait froid dans le dos mais c’est tellement juste, tellement bien vu. Besson rappelle que « l’histoire nous apprend que la calomnie précède et annonce le crime ». Il se souvient que sans les pamphlets rédigés avant la Révolution contre l’Autrichienne, on n’aurait peut-être pas coupé la tête de Marie-Antoinette. Puisqu’on est des bons à rien et qu’on fait tout de travers, sage, il propose comme mesure de rétorsion la grève du sexe : « Plus aucun de nos pénis ne se dressera pour un membre du sexe féminin. » Na !

Dans « Miss France 2050 », il brosse le portrait de l’heureuse élue, Marie-Josette, ex-Miss Seine-Saint-Denis « dans le cadre de la diversité à la culture » ; elle est hautement intelligente et brillante, a notamment été élève de l’École normale supérieure ; elle est titulaire d’une double agrégation – grammaire et mathématiques –, a repris les études, puis s’est spécialisée dans la chirurgie du cerveau. Miss France 2050, âgée de 73 ans, pèse 119 kilos et mesure 1,49 mètre.

Avec « Brasillach dans la poche », il se demande pourquoi l’écrivain collabo ne figure plus en librairie alors que « Rebatet, Céline, Morand, Charonne, Drieu et Fraigneau y sont encore ». Dans « Faim de carrière », il évoque l’inénarrable Jack Lang qui, malgré qu’il ait dépassé de vingt-deux ans l’âge de la retraite, continue de travailler, « car il y a toujours des imprévus dans l’existence ». Que pense Patrick Besson du personnage ? « Il me fait rire, c’est déjà pas mal ! »

Décapité à la hache

Presque tout sur Corneille révolutionne le genre du thriller. Pas de chapitres, mais de courts textes – parfois des dialogues uppercuts – qui font avancer la narration et l’intrigue à la vitesse de la lumière. C’est prodigieusement nerveux et intelligent. Une fois encore, on rit beaucoup (l’humour de Besson n’est plus à prouver). Le décor est planté en Corse. Il y raconte les pérégrinations d’un homme qui veut retrouver son honneur en se vengeant de son ancien employeur qui l’a viré. Sa technique ? Battre l’ex-patron dans toutes les disciplines afin de l’humilier. Passent une épouse (dont le précédent mari, professeur de bulgare, est mort après avoir été renversé par un cycliste, rue de Lille, à Paris), des enfants, une jeune maîtresse (qui lit tout Corneille, ou presque) et un cousin fraîchement sorti de prison.

Un meurtre horrible surgit : l’ennemi est découvert décapité – à la hache ou à la scie, pas musicale mais on ne sait pas trop – dans la chambre du licencié apprenti vengeur. Le commissaire Bourbeillon, fumeur de cigarette électronique, mène l’enquête.

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Patrick Besson aurait-il lu tout Corneille pour écrire ce polar décapant et singulier ? « Presque tout Corneille. J’aime beaucoup cet auteur, surtout les pièces qu’il a écrites sous le nom de Molière : Le Misanthrope, Les Femmes savantes, etc. », répond-il, provocateur.

Et pourquoi la Corse ? « J’ai découvert la Corse avec ma troisième ex-femme à moitié corse. C’est une jolie terre d’amour. »

Quant à la vengeance, qui est presque un personnage de son livre, on finit par se demander s’il ne serait pas, lui-même, un peu rancunier. Point. « Je pardonne mais je n’oublie pas », dit-il. Et pourquoi donc un enseignant de langue bulgare ? « Tu connais quelqu’un qui parle bulgare, toi ? » sourit-il. Pourquoi a-t-il choisi de faire de son flic un vapoteur ? « J’ai horreur de l’électronique, y compris dans les cigarettes. Toutes ces vapeurs, on dirait des vieux trains. », confie-t-il.

Ses projets ? « Je viens de terminer un roman : Jennifer Carpenter. J’en prépare un autre, beaucoup plus drôle : La Vieillesse, la solitude, la maladie et la mort. Je dois aussi donner à Plon Le Dictionnaire amoureux du communisme. » Tout un programme !

À lire :

Patrick Besson, Quel est le con, « Encre Rock », Erick Bonnier, 2024.

Patrick Besson, Presque tout Corneille, Stock, 2025.

Presque tout Corneille

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Marche contre le fascisme: quand la gauche manifeste avec ses pires contradictions

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De gauche à droite, Annie Ernaux, Swann Arlaud, Anna Mouglalis, Médine, Blanche Gardin, Guillaume Meurice ou Assa Traoré appellent à manifester aujourd'hui partout en France.

Séparatisme. Médine, LFI, les Hijabeuses et autres promoteurs du voile islamique défilent aujourd’hui contre le racisme et l’extrême droite, et la gauche s’empresse de leur emboîter le pas en bons idiots utiles. Enfin… idiots utiles, Céline Pina finit par en douter. Certains militants politiques sont désormais bien conscients de marcher main dans la main avec ceux qui prônent l’inégalité et l’intolérance.


Marcher contre le fascisme en compagnie d’islamistes notoires comme d’organisations ambigües en matière de lutte contre l’antisémitisme (LFI, LDH, Sud, Solidaire.s), voilà ce que s’apprête à faire la gauche ce 22 mars 2025 à l’occasion de la journée mondiale contre le racisme et le fascisme.

Une répétition de la tartufferie du 8 mars

Le 8 mars, cette même gauche n’avait déjà trouvé aucun problème à défiler auprès d’organisations pro-palestiniennes qui trouvaient parfaitement normal d’attaquer les organisations réclamant justice pour les femmes juives massacrées, enlevées et réduites en esclavage lors du pogrome du 7-Octobre. Cette gauche n’avait pas hésité à manifester pour le féminisme en truffant son cortège de drapeaux palestiniens : les mêmes drapeaux qui étaient agités au-dessus des corps démembrés des femmes violées que le Hamas ramenait à Gaza. Elle n’a pas hésité à manifester aux côtés de ceux qui expliquent que les auteurs d’un pogrome et d’un viol de masse sont des résistants et à magnifier un territoire, Gaza, où les femmes sont réduites à l’état de sexe et de ventre sur pattes pour le plus grand bénéfice des hommes.

La gauche aujourd’hui, c’est l’apothéose de Tartuffe pour la plus grande gloire des islamistes. C’est ainsi que tout ce que ce petit monde compte de vieilles gloires déplumées et d’artistes sur le déclin remet le couvert de l’exaltation dénonciatrice malsaine et veut s’ériger maintenant en rempart contre le fascisme. Il appelle donc à manifester le 22 mars. Et prend les accents de Jean Moulin pour nous alerter sur le retour des zeures sombres, là, maintenant, tout de suite !!! Mais quelles sont donc les dérives racistes et fascistes qui justifient une telle mobilisation ? Qui sont les nazis qui nous menacent ? Que réclament ces grands esprits tellement rayonnants que l’on se demande s’ils n’ont pas fondu ?

Médine, Assa Traoré, Annie Ernaux ou Blanche Gardin seront de la fête

L’appel à manifester répond à ces interrogations. Signé notamment par Médine, celui qui voulait chanter son album Jihad au Bataclan alors que l’on y a abattu aux cris d’Allah Akbar tant de nos compatriotes, par Blanche Gardin, qui se vante d’être antisémite tout en couinant parce que tout le monde a compris que ce n’était pas une blague, ou encore par Assa Traoré, qui explique que la police tue tout en passant au silence les activités criminelles de sa famille, l’appel défend les valeurs fondamentales des islamistes : c’est ainsi qu’il fait de l’antiracisme le promoteur du sexisme.

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En effet il y a quatre revendications fondamentales dans ce texte et parmi elles, une des manières de lutter contre le fascisme et le racisme, selon ces gens, consiste à autoriser le voile dans le sport. Donc à autoriser un marqueur de l’infériorisation de la femme et un symbole de l’emprise islamiste. Et c’est là que les manipulateurs de l’islam politique sont très forts et que la gauche est quand-même parfaitement stupide : magnifier le signe religieux qui relègue la femme au rang d’éternelle mineure devient une mobilisation contre le fascisme ! Du coup, réclamer l’égalité pour les femmes devient islamophobe et raciste. On appelle cela faire d’un coup, deux pierres.

Les militantes islamistes en faveur du voile dans le foot, devant le Sénat, janvier 2022. Image: capture d’écran YOUTUBE / Le Parisien.

En effet, le point commun entre nazisme/fascisme (tel qu’utilisé dans la rhétorique de l’extrême-gauche), racisme et sexisme, c’est le refus d’accorder l’égalité en droit. Ce refus d’égalité est le reflet d’un déni farouche, celui qui repousse comme une donnée insupportable le fait que nous partageons la même dignité humaine. Ce refus de l’égalité se fait à raison de la couleur de peau ou à raison du sexe, notamment. Et ce dont on peut être sûr, c’est qu’une société inégalitaire a tendance à l’être dans tous les secteurs. Ainsi les sociétés fondées sur l’apartheid sexuel, comme les sociétés islamiques, sont des sociétés où le préjugé racial sera important comme le préjugé religieux et social. D’où la dhimmisation (infériorisation en droit d’une minorité et soumission à un tribut pour avoir le droit de se perpétuer) des autres religions, dhimmisation qui marque aussi la relégation sociale. Il suffit de regarder les sociétés maghrébines pour le constater.

Le premier marqueur de la lutte antifasciste et antiraciste est donc de travailler à la légitimation de l’infériorisation de la femme. Et les trois autres alors ? Selon l’appel, il s’agit de la remise en cause du droit du sol, du rétablissement du délit de séjour irrégulier et de l’interdiction du mariage sur notre sol d’un étranger en situation irrégulière. Or choisir de quelle façon la nationalité est accordée n’est pas un marqueur fasciste : le droit du sang et le droit du sol s’étant succédé sur le territoire français, comme européen, et cette prérogative faisant partie des attributs de la souveraineté. On est bien ici dans une hystérisation sans motif du débat public. Le délit de séjour irrégulier, quant à lui, est une réalité. C’est sa suppression qui fut d’une bêtise sans nom. Il n’y a rien de « fasciste » à ce qu’un pouvoir démocratique choisisse qui il accueille et à qui il refuse le droit d’entrer sur son territoire. Rien de choquant non plus à ce qu’il crée un délit afin de permettre qu’il y ait un support juridique à l’exécution d’une expulsion. Quant à l’interdiction du mariage, il fait référence au refus de Robert Ménard, le maire de Béziers, de marier un étranger en situation irrégulière. Il faut dire que la législation est ainsi faite que si un clandestin se marie, il devient de fait inexpulsable, le mariage produisant alors d’intéressants effets d’aubaine. Là encore rien qui ne justifie le procès en fascisme ou racisme.

Pour essayer de soulager les palpitations de nos Jean Moulin de bacs à sable, essayons de les ramener à quelques références historiques. Les lois fascistes ou nazies n’ont absolument rien à voir avec les exemples mis en avant. Si on ne prend que les lois fascistissimes des années 30, elles consistent en l’instauration du parti unique, l’extension des prérogatives du dirigeant, la suppression du parlement, la mise au pas des associations, la suppression des libertés publiques, le muselage de la presse par l’Etat… Quant aux lois nazies, si on se doute bien que l’amour du migrant n’était pas en leur cœur, leur cible était avant tout les juifs, et peu importe qu’ils aient ou non la nationalité allemande à l’époque, le résultat est que leur mort a été décidée, programmée, exécutée. Le sommet du ridicule est atteint quand les exemples du retour du grand méchant loup nazi sont Donal Trump et Elon Musk. J’ai peu de sympathie pour la brutalisation de la politique que ces deux trublions incarnent, mais force est de constater qu’ils sont surtout inconsistants. Le nazisme ou le fascisme sont des systèmes, à la fois de représentation du monde et de représentation des hommes. Ils veulent fonder un homme nouveau et mettre en œuvre une idéologie totale visant à contrôler tous les aspects de la vie en société et de la vie intime. Avec Donald Trump, on est en face d’un homme sans conviction, qui pense que la politique est affaire de deals. Ces personnalités peuvent s’avérer fort destructrices mais elles ne sont pas fascistes. Et surtout, elles sont les enfants des délires woke ou de l’emprise islamiste qui sont devenues l’identité de la gauche. Si celle-ci n’avait pas fait exploser tous les repères anthropologiques et toute décence commune, l’avènement d’un Trump n’aurait pas été possible. Sa marche vers le succès est elle-même liée à la violence du progressisme et à la terreur qu’a engendré le wokisme quand il s’est mis, hors de tout droit, à tenter de condamner ses cibles à la mort sociale.

Consciences rampantes

Ceci étant, si le danger fasciste ou nazi était réel, il est probable que ces grandes consciences enivrées d’elles-mêmes seraient toutes à plat ventre devant leur nouveau maitre. Elles rampent déjà devant les islamistes au point d’être incapables de se rendre compte du ridicule de leur appel et de leur propre instrumentalisation. Pour preuve ? Un des critères mis en avant dans la tribune pour accuser le gouvernement actuel d’être en plein sabbat totalitaire est son caractère islamophobe. Il faut dire que ce discours est le viatique des islamistes et la base de leur système de recrutement, il est basé sur l’installation d’un sentiment de persécution : « vous ne trouverez jamais votre place ici car ils ne peuvent accepter vos exigences religieuses, il ne vous reste donc plus qu’à devenir les maîtres ». C’est la base de l’emprise islamiste et de la logique séparatiste.

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Et cela repose sur la négation du réel. En effet, ceux qui sont massivement ciblés par les actes racistes et antireligieux sont les juifs, alors qu’ils ne représentent que 0,6% de la population en France. En revanche, ceux qui subissent le moins d’attaques au nom de leurs religion sont les musulmans. En 2023, Plus de 1676 actes antijuifs ont été recensés, il n’y en avait que de 242 pour les actes anti-musulmans. Aujourd’hui la violence dite d’extrême-droite, qui se concentre sur les juifs, est bel et bien le fruit de l’antisémitisme arabo-musulman que chauffent à blanc les islamistes. Les fascistes et les racistes d’aujourd’hui sont moins à l’extrême-droite qu’on ne les retrouve chez ceux qui font la loi dans les quartiers. On dit souvent que « tous ne sont pas islamistes ». C’est vrai. Cependant, dans la jeunesse musulmane et dans les quartiers, une majorité le sont. Et sur le terrain, cela se voit. C’est donc en toute connaissance de cause que les alliés de LFI ont épousé la cause du fascisme islamique. 

Disons-le clairement : à un certain stade, on est plus un naïf inconscient et le terme d’idiot utile lui-même est complaisant. Ces gens sont des collaborateurs. Ils participent à la mise en danger de la seule communauté qui soit réellement menacée en France, la communauté juive. Et ils le font en tenant la main de leurs bourreaux et en diffusant des représentations qui nous menacent tous. Pour eux, le danger c’est le RN. Les Frères musulmans, qui furent les alliés des nazis et n’ont rien renié de cette époque sont au contraire leurs amis. C’est ainsi qu’après avoir défilé, au nom du droit des femmes avec des organisations qui soutiennent les violeurs et exploiteurs sexuels du Hamas, ils s’apprêtent à recommencer en compagnie de ceux qui inventent un génocide à Gaza pour justifier la haine antisémite en Europe. Alors, quand on ouvre la voie aux antisémites et que l’on justifie leur violence, peut-on vraiment continuer à être considéré comme une référence en matière de lutte antiraciste et antifasciste ? La réponse est clairement non. Il est donc temps de traiter ces personnalités pour ce qu’elles sont : des larbins du totalitarisme et de l’antisémitisme qui essaient de se faire passer pour des parangons de vertu. C’est en refusant de défiler à leurs côtés que l’on pose la première pierre du combat antifasciste aujourd’hui.