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Flics donc voyous ?

police manuel valls

Renouer le lien entre la police et les populations des quartiers, c’est l’un des objectifs affichés par le gouvernement en instituant en septembre dernier une réforme majeure de l’Inspection Générale de la Police Nationale. Tout citoyen témoin des abus de policiers lors d’arrestations pourra désormais saisir ce service. Sur internet, le citoyen modèle pourra signaler les bavures. Ainsi, alors que la police française est l’une des plus contrôlées en Europe, l’Etat entrave un peu plus l’action des policiers pour maintenir un ordre précaire sur des terrains difficiles. Par là, Manuel Valls entend donner des cautions supplémentaires à la gauche de la gauche.

Pour les plus angéliques, il est acquis que les policiers en sous-effectifs dans les quartiers difficiles, véritables zones de non-droit, sont les « méchants » susceptibles de déraper. C’est la victimisation des coupables. Cette mesure supplémentaire va à l’encontre des discours de fermeté affichés par le ministre de l’Intérieur. Au lieu de soutenir des troupes déjà fragilisées et découragées, on les affuble d’une épée de Damoclès supplémentaire.

Il s’agit avant tout de relativiser et d’apaiser par crainte des émeutes de banlieue. Aussi, donne-t-on des gages aux voyous. À Joué-lès-Tours, des policiers ont été renvoyés par la justice pour avoir interpellé six personnes à bord d’une voiture zigzaguant sur la route. Refusant le contrôle de police, l’une des femmes a pris à partie un des policiers en le mordant. En réponse, il lui a donné des coups de matraque et s’est servi de gaz lacrymogène pour repousser la harpie. Non contents d’avoir d’emblée violenté les deux policiers, les coupables se sont présentés comme des victimes de l’intervention arbitraire des policiers. À dire vrai, la loi ne leur convenant pas,  ils ne voyaient pas en quoi l’enfreindre posait problème ! L’ordre républicain est si affaibli que pour apaiser les esprits, les policiers doivent justifier chacun de leurs actes en permanence. C’est moins l’attitude des récalcitrants qui est scruté que l’action policière. Aussi, Sélim, un citoyen modèle, habitant de la même cité, outré par cette violence policière, a-t-il cru bon de poster sur internet une vidéo partielle, délibérément partiale sur les faits, intitulée « Honte à la police française ». La honte n’est plus jetée sur ceux qui enfreignent l’ordre mais sur ceux qui essaient de le maintenir dans des conditions de plus en plus difficiles. La honte de la République réside sans doute dans l’acceptation de tels comportements.

Même si les deux policiers ont été relaxés, le cas de l’un deux est toujours en suspens pour savoir si l’usage de la bombe lacrymogène était conforme au règlement. La multiplication de la judiciarisation des actions policières marque la grande peur de la République. Elle a les mains liées par une partie de la population française qui provoque sciemment les lois et s’en fait gloire. Internet est devenu le lieu de propagation de vidéos relatant les exploits de malfrats arrêtés plusieurs fois, jamais emprisonnés par manque de place ou grâce au jeu des recours et des sursis.

C’est une déliquescence du premier droit des citoyens, vivre en sécurité n’importe où sur le territoire français. En empêchant les policiers de faire leur travail, les élites républicaines veulent éviter les « problèmes ». Tous les citoyens se souviennent de 2005, du prétexte de la bombe lacrymogène et de la rumeur qui avait parcouru la cité de la Courneuve : la police attaque la mosquée ! En ce sens, pour certains, on est moins citoyens français que d’abord et avant tout membres de la même fraternité religieuse. À Trappes, l’histoire s’est répétée. Le pauvre homme qui a attaqué les policiers alors que sa femme entièrement voilée était contrôlée, a été outré. Non content d’avoir bénéficié de la juste indignation de ses coreligionnaires, on a pu le voir parader sur une chaîne régionale en se présentant comme une victime de l’Etat, abject et totalitaire. Plus tard, il s’est présenté tête haute au tribunal, fier de lui, narguant des yeux les caméras et téléspectateurs benoîts et béats derrière leurs écrans. La justice est passée. Pour avoir été la cause d’émeutes, de dégradations publiques de mobiliers publics flambants neufs, pour avoir fait trembler la République, il a écopé de quelques mois avec sursis. De surcroît, il a mis dans l’embarras le pauvre maire communiste de Trappes, alpagué en permanence par des concitoyens bienveillants mais un tant soit peu rageurs aux cris de : « On a voté pour vous ! ».

Passer outre, voilà le nouveau mot d’ordre. La loi Taubira accroîtra les dispositifs déjà en vigueur sous l’ère Sarkozy pour transmuer les peines de prison en peines de probation. Se présentant comme le champion de la bataille contre l’insécurité, Sarkozy a joué sur les apparences. Des consignes d’indulgence, reprises par la gauche, ont été intimées aux policiers, surtout pas de vague ! Les victimes doivent relativiser. Où sont les chevaliers blancs quand le chaland se fait dérober son portable ou son portefeuille ? La faute à pas de chance. Oui, le message public est clair. Si vous êtes agressés, inutile de porter plainte, le policier haussera les épaules en écoutant votre récit, ils sont en sous-effectifs et ils ont plus urgent à faire.

Quand la chasse aux policiers susceptibles de commettre une bavure est en passe de devenir un sport national, que reprocher aux malfrats ? On vous serinera que ce sont des victimes du système, de la crise, de leurs parents, et qu’après tout ils ont bien le droit de fouler les innocents aux pieds. À force de traîner Marianne dans la fange, les adeptes de la culture de l’excuse nous mènent droit à l’écœurement…

*Photo : JULES MOTTE/SIPA. 00536115_000002.

C’est encore loin, Terra Nova ?

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Si, au cours d’un dîner en ville, la conversation tombe sur le multiculturalisme (on ne sait jamais), il y a des chances pour qu’un convive bien informé lâche, euphorique ou atterré selon les tables que l’on fréquente, le nom Terra Nova. Ce think-tank progressiste[1. Je dirais même « maniaco-progressiste ». EL.] s’est notamment fait connaître par un rapport fracassant intitulé « Quelle majorité électorale pour 2012 ? » Au lieu de chercher le moyen d’enrayer le déclin de la gauche en général et du PS en particulier dans les classes populaires, le texte suggérait d’en prendre acte et d’admettre que la classe ouvrière n’était plus le cœur de cible de la gauche. Laquelle devait, en conséquence, inventer une nouvelle alliance représentant la « France de demain » : « unifiée par ses valeurs culturelles, progressistes », « tolérante, ouverte, solidaire, optimiste, offensive » – bref la France sympa. Ce qui, concrètement, signifiait que la gauche devait se tourner vers les immigrés. Bref, il lui fallait passer, pour reprendre les mots de son président de l’époque, Olivier Ferrand, d’une « stratégie de classe » à une « stratégie de valeurs »[2. O. Ferrand, «  Gauche : d’une stratégie de classes à une stratégie de valeurs », Le Monde, 9 juin 2011.], impliquant la promotion tous azimuts d’une « France de la diversité » qui lui était acquise à 80 %.

Terra Nova est donc le cœur actif du « parti multiculti » en France.[access capability= »lire_inedits »] Ce qui, si on y réfléchit, est assez paradoxal puisqu’il entend œuvrer à la construction d’une France « unifiée » par ses valeurs progressistes. Il est bien possible, alors, que le phénomène qualifié de « multiculturalisme » ne soit guère multiculturel au sens littéral du terme – dans la réalité comme dans les discours. Une plongée dans la littérature terranovienne, notamment dans un document essentiel, « France métissée : 2012, l’appel aux candidats »[3. Terra Nova/Respect Mag, «  France métissée : 2012, l’appel aux candidats » ; sauf précisions, c’est de ce texte que sont issues les situations suivantes.], suggère que ce n’est pas de multiculturalisme qu’il est question (chez ses partisans et ses adversaires), mais de métissage. On conviendra que ce n’est pas du tout pareil, et même que c’est un peu antagoniste. Ce recouvrement de la chose par un mot signifiant son contraire n’est pas anodin.

Pour comprendre le malentendu, il faut revenir à Terra Nova. Son cadre paradigmatique est une vision progressiste de l’Histoire : celle-ci a un sens, qui nous éloigne toujours plus d’un passé obscur pour nous rapprocher d’un avenir lumineux, en l’occurrence, celui de la diversité. Pour faire court, le passé, c’est mal : « La vision historique de la nation a longtemps été figée dans l’immobilité, enfermée dans le passé de la « France éternelle », close, hermétique aux réalités d’outre-mer, hermétique aux apports des Français issus de l’immigration, la France de « Nos ancêtres les Gaulois », des cathédrales, d’Henri IV et de Clémenceau, supposée avoir une essence, et pas seulement une existence. » Cette conception ambitieuse ou prétentieuse ayant été plutôt battue en brèche par les évolutions sociologiques récentes, « le débat politique a donné l’image d’une France défensive, d’une identité transformée en citadelle assiégée face aux risques allogènes », identité non plus ethnique, certes, mais, se désolent les terranovistes, « encore culturaliste, comme si la France n’était toujours pas mûre ». Pas mûre pour accepter sa Grande métamorphose de pays figé dans l’homogénéité culturelle en une France des diversités, ouverte au mouvement perpétuel et à la mondialisation. Un tel refus est inacceptable car il implique que tout changement n’est pas nécessairement un progrès, autrement dit qu’il n’y a pas de sens de l’Histoire. Impossible. On répétera donc que la France avance, comble enfin ses retards divers et variés. « Il y a quinze ans, il était impossible pour un maire de soutenir la construction d’une mosquée sur sa commune. » Mais qu’on se rassure : « Derrière les crispations bien réelles d’une partie du corps social, une France diverse, et qui se conçoit comme telle, émerge. » La mutation a commencé. Malgré la résistance de la fraction la plus arriérée de la population, « la vision culturaliste de l’identité nationale, particulièrement virulente, est désormais minoritaire ». C’est ainsi que la diversité, qui devrait être encouragée par les pouvoirs publics, « nous propulse dans la modernité et dans l’ouverture ». Amen.

Reste à comprendre à quelle sauce la France d’hier doit être mangée pour y parvenir. C’est là qu’interviennent les deux conceptions de la diversité : la première se déploie sur le mode multiculturel, organisant la coexistence de groupes culturels distincts, homogènes et plus ou moins imperméables ; la deuxième naît du métissage, autrement dit du brassage de tous les apports culturels en une unité nouvelle, qui n’efface pas, cependant, les différences d’origines, appelées au contraire à revendiquer leur visibilité.

Sur cette question capitale, la religion de Terra Nova ne semble pas totalement faite. Pour Medhi Thomas Allal, coordonnateur du « Pôle immigration, intégration et non-discrimination », « l’inspiration du multiculturalisme anglo-saxon dans la réflexion  de Terra Nova est […] clairement revendiquée ». Ainsi le cloisonnement des communautés lui apparaît-il comme « un moindre mal devant la réalité des discriminations » : « Si on doit passer par une certaine communautarisation de la société pour que les minorités soient davantage représentées dans les instances de pouvoir, si c’est un passage obligé, je suis prêt à prendre ce risque. »

Toutefois, Terra Nova penche plutôt pour la ligne de Michel Wieviorka, qui oppose un « bon multiculturalisme », tempéré et intégré, à un « mauvais multiculturalisme », identitaire et refermé sur lui-même[4. Cf  H. Vaugrand, Multiculturalisme, métissage et démocratie, Paris, L’Harmattan, 2012, p. 12.]. Medhi Thomas Allal lui-même remarque que l’accaparement du pouvoir par des élites blanches est l’alibi de « réactions identitaires » des « minorités ethniques »[5. Cf  H. Vaugrand, Multiculturalisme, métissage et démocratie, Paris, L’Harmattan, 2012, p. 12.]. Il faut donc tout faire pour que la coexistence et les échanges harmonieux entre groupes, égaux dans leur diversité, aboutissent au métissage. Celui-ci, en procédant à l’heureuse « addition de nos différences et de nos ressemblances », est finalement plus fidèle à l’universalisme républicain que le multiculturalisme proprement dit : « La France doit reconnaître la diversité de ses citoyens, et […] le faire sans renier son modèle républicain. »

On aurait tort de ne voir là que rêveries ou hypothèses savantes. Il s’agit d’un projet politique ne visant pas seulement à observer ou à orienter le changement, mais à « l’aider à s’imposer définitivement ». On appréciera la détermination de ce définitivement. À cette fin, Terra Nova a en rayon une panoplie de suggestions qui pourraient constituer l’ossature d’une « politique de la diversité » : création de lieux voués au métissage culturel ; réorientation des programmes scolaires dès l’école primaire valorisant «  des exemples positifs issus de la diversité culturelle, sociale et territoriale » ; ratification de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires ; déplacement de deux jours fériés à des dates correspondant à une fête musulmane et à une fête juive afin qu’« en termes de vacances », la France cesse d’être la fille aînée de l’Église. En somme, pour hâter l’émergence de la France de demain, il faut jouer sur les symboles et reconfigurer les esprits. À rebours du multiculturalisme, le métissage se présente ainsi comme un « néo-culturalisme » qui « doit permettre à tous de partager un grand récit national modernisé ». En clair, l’objectif n’est pas d’ouvrir la culture française mais de la remplacer.[/access]

*Photo : Karel Prinsloo/AP/SIPA. AP20970003_000003.

Georges Lupin et Arsène Descrières

Georges Descrières est mort. On va être honnête, pour moi et pour beaucoup d’autres, ça veut dire que c’est Arsène Lupin qui est mort, en fait. Au début des années 70, le charme chic, décontracté, subtilement ironique de Descrières avait donné au gentleman cambrioleur de Maurice Leblanc une seconde jeunesse bien méritée en le faisant découvrir aux plus jeunes –catégorie à laquelle votre serviteur appartenait alors.

Plus encore que la chanson de Dutronc – Puis avant de partir, après ses coupables travaux, il laisse un mot sur le piano – qui accrut encore le côté culte de la série, c’est pour moi le générique du début de chaque épisode qui agit comme une madeleine et reste associé aux dernières années heureuses de la France d’avant le choc pétrolier comme les premiers Lupin témoignaient des instants ultimes de la Belle Époque avant le carnage de 14.

Georges Descrières, jouant Arsène Lupin, pour le petit garçon que j’étais alors, eut une influence décisive et désastreuse sur mon rapport au luxe, aux femmes et à l’ordre social. Seul un surmoi familialo-marxiste m’empêcha de sombrer définitivement dans cet anarchisme de droite dandy et cocardier, sensuel et joyeux. Français, pour tout dire.

Je ne sais pas si je dois m’en réjouir.

École 2.0 : demain, les monstres…

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ecole peillon nbic

Un instant, vraiment, j’ai cru à une parodie. La technolâtrie du dernier article de David Angevin sent tellement bon le positivisme fin de siècle que ce ne pouvait être que de l’humour. Et c’est de la fin du XIXème siècle que je parle car rien n’est plus démodé, vieilli, suranné et finalement attendrissant que cette foi en la puissance émancipatrice de la science et de la technique alors que chaque jour nous apporte la preuve évidente de ses ravages écologiques, sociaux, humains.

David Angevin, moderne Auguste Comte, moque le prof de techno qui apprend aux enfants cyberautistes de ces temps qui sont les nôtres, à quoi sert une souris. Il fait des gorges chaudes devant tant de nullité obsolète. Il serait à la place du ministre Peillon, il réfléchirait à comment faire entrer un peu plus encore nos chères petites têtes connectées et déjà prisonnières du présent perpétuel digital dans l’ère radieuse, je cite, des NBIC (nanotechs, biotechs, informatique et sciences cognitives).

Si on mesure l’inanité d’un projet à la laideur de son acronyme, celui-ci bat des records. Qui voudrait prévenir David Angevin que rien ne se démode plus vite que le progrès ? Dans une autre vie, où je me suis retrouvé à orienter des élèves de troisième dont j’étais le professeur principal, des partenaires extérieurs (entendez des chefs d’entreprise) venaient doctement expliquer leurs besoins en fonction de la société de demain. On devait être vers 1990 et ils croyaient aux NBIC de l’époque. Par exemple, et je m’en suis souvenu quand j’ai acheté mon premier appareil photo numérique, l’un d’entre eux avec une joyeuse conviction, affirmait que nous entrions dans une société de loisirs et que mes élèves seraient bien avisés de faire un de ces nouveaux BEP qui assuraient une formation efficace pour apprendre à développer des… pellicules.

Mais je m’avise que ce brillant prophète avait sans doute raison. Oh, pas pour les appareils photos, mais pour la société de loisirs qui finalement est bien advenue avec la troisième génération de Français qui entre dans le chômage de masse.

Oui, il y a décidément du monsieur Homais chez David Angevin. Le pharmacien de madame Bovary aime tellement la science qu’il encourage Charles, le mari d’Emma, à opérer le pied-bot du pauvre Hyppolite, le jeune homme à tout faire de l’auberge du Lion d’Or. C’est dit, Hyppolite ne boitera plus ! L’opération, téléguidée par Homais, semble réussir dans un premier temps avant que la jambe ne se gangrène et qu’on doive appeler en urgence un spécialiste, un vrai, pour amputer Hyppolite qui de boiteux se retrouve unijambiste.

David Angevin veut opérer les écoliers, tous les écoliers. Il les trouve boiteux. Le problème, c’est qu’il va finir par les amputer du peu de sensibilité qui leur reste, à ces petits mutants technophiles avec lesquels il devient de plus en plus difficile de tenir une conversation. Le monde de David Angevin, le monde NBIC, est le paradis de la Ritaline, en fait. Ce médicament est devenu le seul moyen de calmer l’effrayante épidémie d’hyperactivité qui s’est abattue sur les enfants de l’Occident, d’abord aux USA, matrice de toutes les catastrophes en matière de décivilisation, et maintenant en Europe.

On n’a pas fini – mais a-t-on commencé ? – de mesurer les dégâts sanitaires et anthropologiques de ces jeunes vies définitivement engluées dans le virtuel, celui des jeux hyperviolents et des réseaux sociaux où l’on retrouve sous une forme 2.0 les pires travers de l’humanité d’antan : commérages, délations, envies de meurtres, conformisme villageois mortifère, indignations sur commande. Mais qu’importe, David Angevin veut encore aller plus loin, plus vite. On retrouve d’ailleurs dans son raisonnement cette logique discrètement totalitaire qui veut que si les résultats d’une politique se font attendre, c’est que cette politique ne va pas assez loin. Le libéralisme ne fonctionne pas très bien ces temps-ci ? Mais voyons, c’est parce que nous ne sommes pas assez libéraux ! Nous ne sommes pas assez adaptés à la société NBIC ? Mais enfin c’est à cause des profs de techno qui font des colliers de nouilles et sans doute des médecins qui oublient, au moment de l’accouchement, d’insérer un port USB à la base de la nuque des nourrissons.

Que David Angevin se rassure. Il a déjà gagné. Il y a belle lurette que plus personne ne pense à suivre l’excellent conseil de Paul Morand : « Aimons la vitesse qui est le merveilleux moderne, mais vérifions toujours nos freins. » Ceux qui vérifieront leurs freins, comme d’habitude, seront les enfants des classes favorisées économiquement et culturellement. Ceux-là, en famille, continueront à lire, à penser, à apprendre par cœur des poèmes, à philosopher pendant que dans l’école NBIC, d’où toutes ces vieilleries auront été chassées, les profs modernisés fabriqueront les petits monstres de demain dans une odeur de charnier électronique.

 

*Photo : DELAGE JEAN-MICHEL/SIPA/1208071756. 00641827_000004.

Drones de drames

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drones obama pakistan

Il faut se faire une raison : la guerre chevaleresque, celle où les  protagonistes se combattent sans merci mais avec respect mutuel, fait désormais partie des légendes historiques illustrées par des œuvres littéraires grandioses et surannées. La guerre ne fut jamais uniquement une affaire de gentlemen, pas plus que le simple affrontement d’ignobles salopards. Il y eut des hommes d’honneur dans la Wehrmacht nazie, et des pillards, violeurs et assassins dans les armées alliées. On lira avec profit à ce sujet L’Europe barbare, de l’historien britannique Keith Lowe (éditions Perrin), qui tente en quelque sorte de mesurer le rapport de forces moral entre les armées engagées.

Dans nos modernes guerres, dites « asymétriques », où des États développés, technologiquement avancés, affrontent des entités non-étatiques ne disposant que d’un armement primitif, voire artisanal, il en va tout autrement. Le « faible » ne cherche pas à vaincre militairement l’adversaire, mais à ôter au « fort » la légitimité politique et morale de poursuivre son combat. Cette stratégie avait permis au général nord-vietnamien Vo Nguyen Giap de venir à bout de la superpuissance américaine en 1975[access capability= »lire_inedits »] : les offensives nord-vietnamiennes de la fin de la guerre, très coûteuses en vies humaines pour les assaillants, ne visaient pas à conquérir des objectifs stratégiques majeurs imprenables, mais à tuer le maximum de soldats américains pour démoraliser l’arrière. Le taux des pertes nord-vietnamiennes était dix fois plus élevé que celui  de l’US Army. Pourtant, cette dernière dut plier bagage en catastrophe. L’Amérique ne supportait plus de voir chaque jour à la télé des avions remplis de cercueils décharger leur macabre cargaison. C’était la version terrestre de la tactique des kamikazes utilisée par le Japon au cours de la Seconde Guerre mondiale. Parallèlement, la propagande communiste, relayée par les organisations pacifistes en Occident, se déchaînait pour dénoncer les crimes commis contre la population civile par le corps expéditionnaire américain. Bien souvent, ces « crimes de guerres » étaient de pures et simples inventions ou le fruit d’une tactique consistant à agresser l’ennemi à partir de zones densément peuplées.

Toutefois, il s’agissait encore de l’affrontement d’armées dites « régulières », et d’États rationnels capables de régler un conflit de manière classique (cessez-le-feu, armistice, négociations et traité de paix comportant souvent une amnistie générale). La diabolisation systématique de l’ennemi à travers son assimilation aux grands criminels politico-militaires du XXe siècle n’était pas encore devenue un élément central de la rhétorique guerrière et une arme décisive dans un champ de bataille mondialisé, où l’opinion publique des pays démocratiques est l’objet de toutes les sollicitations.

À la différence des guerres post-coloniales, le conflit en cours entre les islamistes radicaux et les démocraties occidentales et leurs alliés n’est pas destiné à trouver une issue classique, comme celle décrite ci-dessus. L’objectif ultime des djihadistes de toutes obédiences n’est autre que l’établissement d’un califat mondial. Ils entendent l’imposer non seulement au Dar al-islam, les terres considérées par eux comme terre d’islam, mais également au Dar al-harb, le territoire de la guerre, dominé par les infidèles, les minorités musulmanes étant, à leurs yeux, l’avant-garde de l’islamisation future de ces pays.  L’irréalisme de ce projet n’empêche pas ceux qui le portent de croire dur comme fer à son avènement inéluctable. Il ne peut donc pas s’établir entre les protagonistes de compromis westphalien assurant, pour un temps indéterminé, la paix et la prospérité des régions concernées.

Du côté occidental, il n’est donc plus tabou d’affirmer que le but ultime de la guerre est l’éradication (en langage clair, l’anéantissement) des terroristes djihadistes, comme l’a déclaré Jean-Yves Le Drian  au début de l’opération « Serval » au Mali. Or, dans la lutte contre les groupes armés islamistes radicaux, une arme s’est révélée redoutablement efficace depuis sa généralisation en 2008 : les drones, dotés de missiles capables d’atteindre un objectif de taille limitée avec une très grande précision, et dont l’utilisation présente zéro risque pour le militaire chargé de guider l’engin à partir d’une base située en Floride ou au Nevada. Les drones ont permis l’élimination ciblée de chefs djihadistes au Pakistan, en Somalie et au Yémen, ainsi que d’unités combattantes de talibans en Afghanistan. C’est l’exact contraire de l’arme préférée des terroristes islamistes, l’attentat-suicide : elle cible l’ennemi repéré, identifié et lui seul. Elle ne met pas en danger la vie de celui à qui on ordonne de l’utiliser. L’attentat-suicide modèle islamiste vise essentiellement des civils innocents et exceptionnellement des forces armées ennemies, et tue à coup sûr celui qui le perpètre. La guerre des drones infligeant des dommages considérables aux djihadistes, sa diabolisation est devenue une priorité pour eux. Ainsi toute « bavure », inévitable même avec les armes les plus sophistiquées, surtout lorsque les terroristes se terrent à dessein au milieu des populations civiles qui n’en peuvent mais, est-elle efficacement montée en épingle, avec le concours des « idiots utiles » qui pullulent sur les réseaux dits « sociaux ».

En France, le philosophe Grégoire Chamaillou entre plutôt dans la catégorie des auxiliaires zélés. Sa  Théorie du drone, parue au printemps, a été portée au pinacle dans la presse « de gauche » et même au-delà. Sous un emballage pseudo-savant, Chamaillou se livre à une défense et illustration du « courage » des auteurs d’attentats-suicides, qu’il oppose à la prétendue « lâcheté » de ceux qui donnent la mort depuis leur bureau climatisé, à des milliers de kilomètres de la cible : « Drone et kamikaze se répondent comme deux motifs opposés de la sensibilité morale. Deux ethos qui se font face en miroir, et dont chacun est à la fois l’antithèse et le cauchemar de l’autre. Ce qui est en jeu dans cette différence, du moins telle qu’elle apparaît en surface, c’est une certaine conception du rapport à la mort, à la sienne et à celle d’autrui, au sacrifice ou à la préservation de soi, au danger et au courage, à la vulnérabilité et à la destructivité. Deux économies politiques et affectives du rapport à la mort, celle que l’on donne et celle à laquelle on s’expose. Mais aussi deux conceptions opposées de l’horreur, deux visions d’horreur. » Peu importe à Chamaillou que les drones constituent la meilleure réponse, parce que la moins coûteuse possible en vies innocentes, aux agissements terroristes : il voit, lui, deux formes équivalentes de barbarie. Et « équivalente » est une façon de parler. Ceux qui n’auraient pas compris lequel des deux ethos a la faveur de Chamaillou seront édifiés par sa réponse à l’éditorialiste du Washington Post, Roger Cohen, qui trouve « franchement répugnant » que des enfants de kamikazes soient exhibés et encensés afin que les autres enfants les jalousent d’avoir un parent mort. Face à cette glorification de la mort, Chamaillou estime que  « l’amour de la vie » des Occidentaux est bien suspect : « La vieille idole du sacrifice guerrier, tombée directement de son piédestal dans l’escarcelle de l’ennemi, est devenue le pire des repoussoirs, le comble de l’horreur morale. Au sacrifice, incompréhensible et ignoble, que l’on interprète immédiatement comme un mépris de la vie sans s’aviser qu’il implique peut-être plutôt d’abord un mépris de la mort, on oppose une éthique de l’amour de la vie − dont le drone est sans doute l’expression achevée. » Coquetterie ultime, on concède que « nous », la vie, nous la chérissons tellement que nous la couvons sans doute de façon excessive. Un trop-plein d’amour qui serait pour sûr excusable si tant d’auto-complaisance ne faisait suspecter l’amour-propre. Car bien sûr, ce sont « nos » vies, et pas la vie en général, que « nous » chérissons.

Pour Chamaillou, le porteur d’une ceinture de bombes, qui va se faire exploser sur un marché  à Kaboul, à Bagdad ou ailleurs, avec la certitude  d’ôter la vie à des civils, est donc l’héritier du héros guerrier sacrificiel, tandis que celui qui peut tuer ceux qui lui veulent du mal avec la certitude de préserver sa vie est un barbare. Autrement dit, on n’a le « droit de tuer » que si on est prêt à faire le sacrifice de sa propre vie, y compris quand on ne cherche qu’à se défendre contre un agresseur sans pitié. En attendant, comme l’a fort bien démontré le journaliste américain William Saletan, du site (de gauche) Slate.com, dans toute l’histoire récente des guerres, les drones sont l’arme qui enregistre le plus faible taux de dommages dits « collatéraux ». Cela explique d’ailleurs qu’ils soient considérés comme diaboliques par les djihadistes, les Chamaillou et les repentants de toutes nos turpitudes passées, présentes et à venir : ils rendent le riche plus miséricordieux, donc moins haïssable.[/access]

*Photo : Mohammad Sajjad/AP/SIPA. AP21074133_000001.

Lorànt Deutsch sème sa zone dans l’Hexagone

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Impossible de manquer la sortie en librairie de Hexagone, le passionnant road-book historique du comédien Lorànt Deutsch.  Déjà auteur de Métronome, vendu à deux millions d’exemplaires, il vient de sortir sa version hexagonale qui caracole en tête des ventes d’essais historiques. Comme on pouvait s’y attendre, une petite polémique réalimente celle que l’élu mélenchoniste parisien Alexis Corbière avait précédemment provoquée. À la sortie de Métronome, Christophe Naudin, enseignant titulaire d’un master en Histoire, Aurélie Chéry, doctorante à Lyon III et William Blanc, étudiant syndicaliste, avaient dénoncé  « la résurgence du roman national de Lorànt Deustch à Patrick Buisson« . Dans une tribune publiée par le Huffington Post, ils se rappellent à notre (mauvais) souvenir en ciblant dans le nouveau livre de Lorànt Deutsch l’écriture de la bataille de Poitiers: « récit identitaire, jouant sur les fantasmes les plus caricaturaux » car « l’opposition de 732 entre les chrétiens et les musulmans est politique et non religieuse« .

Pourtant, à la lecture du chapitre « Le Croissant et le Marteau » d’Hexagone, force est de constater que l’auteur n’a pas une vision exclusivement religieuse de la bataille. Charles Martel est présenté comme une brute: « les guerriers suivent un homme farouche, tacticien subtil et chef de guerre impitoyable (…) parti trousser les filles de bivouac« . La cavalerie du comte Eudes d’Aquitaine n’est pas non plus parée de toutes les vertus: « les malheureux [sarrasins] qui occupent les tentes sont égorgés« . Car les buts de guerre de Charles Martel ne sont pas seulement moraux : pour rallier les païens à « la bannière du Christ » contre le « déferlement sarrasin » le maire du palais « n’oublie pas d’évoquer en termes hyperboliques les considérables richesses transportées par l’assaillant, ce dernier argument, bien sûr, suscite l’enthousiasme!« . « Cette victoire permet aussi à Charles Martel de régner de fait sur l’Aquitaine. »

Accuser un fils de juif hongrois (Lazlo Matekovics, alias Lorànt Deutsch) aux grands-parents morts en déportation de faire gagner Maurras, sous prétexte que son récit identitaire fait la part belle aux grand hommes, est grotesque. D’autant plus que Lorànt Deutsch réduit le Grand Siècle aux dragonnades et aux traites négrières. Et le chapitre traitant du XVIIIème siècle est un éloge de l’esprit encyclopédique des Lumières. Si le style du livre est très imagé, on ne peut donc pas dire que Lorànt Deutsch fasse partie de « l’extrême droite la plus dure« . De ces chapitres, nos trois historiens ne trouvent d’ailleurs rien à redire.

Sans doute parce que, à propos de Charles Martel, le conteur a osé épiloguer avec ironie : « on voudrait une lutte moins frontale, davantage de rondeurs, un christianisme plus mesuré, un islam plus modéré…alors pour nier ce choc des civilisations, certains historiens ont limité la portée de la bataille. » Oui vous avez bien lu, il a parlé de choc des civilisations… Sacrilège et blasphème ! En niant l’évidence, les détracteurs de Lorànt Deutsch tombent dans leur propre piège, celui de l’anachronisme. Ils accusent Lorànt Deutsch de cacher son islamophobie derrière un ouvrage pseudo-historique. Et lesdits historiens de conclure d’un ton grave, « À l’heure où il est difficile de nier une montée de l’islamophobie en France, on peut juger préoccupant ce choix d’un comédien célèbre de raconter un tel événement historique de cette façon. » On les savait allergiques à l’histoire de France,  voilà qu’ils en malmènent la langue…

*Photo : BERNARD BISSON/SIPA. 00657088_000004.

Toi aussi, joue à faire monter le Front national en douze étapes

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fn samia ghali

1) Ministre de l’intérieur socialiste, tiens un langage très musclé et laisse expulser une adolescente de 15 ans lors d’une activité périscolaire. Le Front National pourra dire : « On vous l’avait bien dit, même ce faux dur de Valls voit qu’il y a le feu à la maison. Mais nous, on est l’original, lui, la copie. » Avance d’une case.

2) Parlementaire du PS jaloux de la popularité du ministre, surtout n’étudie pas le dossier de l’adolescente en question, ne vois surtout pas que sa famille n’est pas nette et monte très vite au créneau en traitant le ministre de membre putatif du FN et godwinise-le en l’accusant d’organiser des « rafles ». Le FN pourra dénoncer la naïveté gauchiste du gouvernement et sa complaisance vis-à-vis des voyous. Avance d’une case.

3) Président de la République, alors que l’on ne t’a rien demandé, et surtout pas de te mouiller dans la gestion quotidienne de l’émotion, prends-toi les pieds dans un tapis qui n’était même pas dans la pièce et propose à la jeune fille de revenir sans ses parents en France. Le FN, rejoignant le chœur des vierges effarouchées, pourra même t’accuser d’inhumanité. On ne sépare pas les enfants des parents. Mauvais souvenir dans l’inconscient collectif. Avance d’une case.
Attention ! Tu recules de trois cases : une tête de liste du FN dans les Ardennes compare Christiane Taubira à un singe.
Mais ne t’inquiète pas, tu vas très vite récupérer ce coup du sort et aider à nouveau le FN.

4) Tu fais partie des instances dirigeantes socialistes : organise des  primaires municipales dans une grande ville du sud-est qui a toujours eu des rapports disons romantiques avec la rigueur démocratique. Et surtout laisse à la tête du département un membre de ton parti qui, à tort ou à raison, incarne toutes les dérives clientélistes et la corruption. Le FN se contente de sourire. Il te voit sortir le pistolet avec lequel tu vas te tirer une balle dans le pied. Avance d’une case.

5) Fais coïncider le premier tour de ces primaires avec une élection cantonale à Brignoles que le FN va remporter haut la main. Le FN pourra comparer ses pratiques démocratiques et les tiennes. Il n’a pas amené ses électeurs en minibus. Ils sont venus tous seuls, eux. Avance d’une case.

6) Pendant cette cantonale, soutiens le candidat unique de la gauche, un communiste, mais ne te mets pas en rogne quand un Vert se présente quand même. Une fois que le FN t’a éliminé dès le premier tour, appelle au front républicain en demandant à tes électeurs de voter pour l’UMP. Grâce à toi, le FN pourra se présenter comme la seule alternance réelle. Avance d’une case, voire de deux ou trois.

7) La primaire socialiste, suite : présente six candidats, quatre hommes tout gris dans des costumes tout noirs, une ministre de ton gouvernement et une jolie sénatrice quadra, beurette, sexy et hypersécuritaire. Soutiens officiellement ou presque le membre de ton gouvernement qui va perdre dès le premier tour. Le FN pourra parler de camouflet. Avance d’une case.
Attention, tu recules de 3 cases. Un député de ton parti entame une procédure judiciaire contre le numéro 3 du FN qui l’avait traité de « Français de fraîche date« .

8) Récupère les trois cases perdues en laissant un de tes responsables traiter Marion Maréchal-Le Pen de « conne » et de « salope« . Le FN s’offrira le luxe de fustiger ton sexisme.

9) Arrange-toi dans un tel contexte pour que la candidate quadra, beurette, sexy et hypersécuritaire des primaires fasse le meilleur score possible et soit au second tour. Le FN pourra ainsi jouer sur deux tableaux contradictoires mais personne ne le relèvera dans ton camp, évidemment. D’une part, cette candidate qui veut l’armée dans les quartiers prouve que le FN a raison sur ces questions mais d’autre part, comme elle se prénomme Samia, c’est forcément un vote communautaire, voire communautariste qui prouve l’éclatement ethnique de la société française. Bingo. Au moins deux cases.

10) Fais-la perdre au second tour. Le FN dénoncera la victoire de l’establishment et de Solferino contre la base des électeurs. Avance d’une case.

11) Dans la perspective des municipales, tente par tous les moyens de casser le Front de gauche en proposant aux communistes des places en plus sur les listes, comme à Paris. Les communistes, assez souvent insultés par Mélenchon et inquiets de voir le nombre de leurs élus fondre, vont pour certains accepter. Le FN va se frotter les mains. Le monopole frontiste sur le vote protestataire va s’accroître un peu plus avec un FDG réduit aux acquêts.

12) Lance une vraie campagne idéologique antifasciste avec des argumentaires solides et des actions coup de poing : imprime des badges « Je dis que le FN est un parti d’extrême droite » Le FN tremble, évidemment.

Ça y est, tu as gagné. Grâce à toi le FN sera le premier parti de France aux élections européennes avec 25 ou 30%. Encore bravo.

*Photo : LCHAM/SIPA. 00667238_000001.

Affaire Leonarda : La résurrection prévisible des manifs lycéennes

La résurrection des manifs de lycéens après la Toussaint, il faut s’y attendre et il faut s’y préparer.

Il faut s’y attendre puisqu’ils y sont incités du sein même de la majorité par l’immense Jean-Vincent Placé, qui exhorte les bac moins 1, 2 et 3 à entrer en lutte dans la rue contre son propre gouvernement.

Les Verts ne seront pas les seuls à les haranguer. Donneront également de la voix Mélenchon, Besancenot, et le parti communiste. On ne peut pas prévoir ce que fera la première dame.

Ils y seront puissamment appelés par les syndicats lycéens, qui n’ont même pas l’apparence de la représentativité.

Si on ne peut pas prévoir l’amplitude et la durée exactes de ces manifs, on sait déjà avec certitude qu’elles ne serviront pas de détonateur à  un mouvement de masse. Il n’y a guère que François Hollande pour en avoir peur et pour leur faire d’avance des concessions qui les pousseront à la surenchère.

Le pays, lui, est massivement hostile aux objectifs des manifs : 1° que tous les enfants présents sur le sol français soient scolarisés et; 2° qu’on ne puisse pas expulser les enfants scolarisés et  3° qu’on ne puisse pas expulser leurs familles non plus.

Faut-il pour le moins saluer cet élan de générosité juvénile ? Est-ce là le rôle d’adultes qui n’ont pas honte de l’être devenus, adultes ?

Non, pour deux raisons.

La première raison de ne point flatter la grandeur d’âme de ces manifestants est qu’il n’y a rien de généreux à se montrer généreux avec l’argent des autres. Celui des contribuables.

La seconde est qu’on ne doit pas flatter le réflexe pavlovien qui depuis mai 68 fait descendre régulièrement de joyeuses bandes de lycéens dans la rue sous des prétextes aussi variés qu’irréfléchis et discutables.

Avant que ces lycéens aillent participer au rite festif – et même jouissif pour certains – qu’est une manif, leurs profs ne devraient-ils pas leur indiquer, en quelques minutes d’instruction civique, les bonnes raisons pour lesquelles ils n’ont pas encore le droit de voter ?

Ne devraient-ils pas les faire s’interroger sur les effets prévisibles de leurs « exigences »?

Sur ce point, je propose de faire participer les élèves à ce petit exercice.

« À votre avis, quels seraient les résultats des élections en France si les électeurs n’avaient le choix qu’entre, d’une part, un parti reprenant à son compte les exigences des manifestants lycéens  et proposant d’ouvrir le pays avec tous ses droits sociaux à tous ceux qui souhaitent s’y installer, et, d’autre part, un parti refusant toute forme d’immigration? »

Suspendre les réflexes pour permettre aux élèves de se déterminer en connaissance de cause, ne serait-ce pas un peu la mission du lycée ?

 

 

 

 

Affaire Leonarda : L’émotion illégitime

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leonarda dibrani hollande

On a beaucoup glosé sur l’attitude désastreuse de François Hollande pendant l’ubuesque affaire Leonarda du week-end passé. Caricatural dans l’ambiguïté et la pusillanimité, ces deux vertus cardinales du hollandisme, le Président de la République, devant des millions de spectateurs hallucinés, a réussi l’incroyable exploit de se mettre à dos à la fois la gauche morale et la droite décomplexée.

Le « fiasco », a titré Le Figaro, une « faillite politique » renchérissait l’éditorial sans pitié d’Alexis Brezet. C’est aussi une faillite médiatique.

En effet, à qui la faute ? Qui met en avant les épiphénomènes, qui tend le micro à des adolescents shootés à l’indignation hesselienne, qui se soumet implacablement à la dictature de l’émotion ? Qui demande son avis à Valérie Trierweiler ? Qui organise de manière délibérée la confrontation du dirigeant de la cinquième puissance mondiale avec une gamine de 15 ans?

Les médias, et en particulier les chaines d’info continue, ont une responsabilité terrible dans cette affaire. En mettant en place une véritable téléréalité politique qui met au même niveau l’allocution du Président et les éructations d’un voyou kosovar[1. Je pèse mes mots : menteur, voleur, fraudeur et violent le père de Leonarda n’a rien du portrait martyrologique du sans-papier idéalisé par les sans-frontiéristes], BFM-TV et I-Télé se sont rendues complices d’un crime contre l’autorité.

Ces chaines d’« actualité en temps réel » nous ont fait subir en boucle l’interview pathétique et interminable de la famille Dibrani, entre gémissements d’enfants et élucubrations incompréhensibles de parents parlant à peine le français. Pire, elles ont volontairement mis sur le même plan la déclaration officielle de la plus haute instance de la République avec les provocations insensées de Leonarda qui répond en direct au président : « je reviendrai et c’est moi qui va faire la loi ».

L’affaire Leonarda est l’emballement médiatique de trop. Plus qu’une dérive de la fonction présidentielle, elle illustre les dévoiements d’un journalisme sensationnaliste, esclave du présentisme spectaculaire et de la culture compassionnelle.

Ce journalisme qui érige les taupinières anecdotiques  en montagnes polémiques, participe volontairement à ce que Castoriadis appelait « la montée de l’insignifiance ».  Les politiques, acteurs désormais secondaires, sont obligés (surtout quand ils sont faibles) de céder au rythme effréné du show médiatique.

« L’événement sera notre maitre intérieur » écrivait Emmanuel Mounier : le rôle du journaliste n’est pas de se prostituer à n’importe quel événement, mais d’accompagner en spectateur engagé ce qui mérite notre attention. Cette affaire-là ne la méritait pas.

*Photo : PLAVEVSKI ALEKSANDAR/SIPA. 00667685_000006.

École : le boulet de l’archaïsme

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peillon xavier niel

L’éducation nationale demeure un mammouth prisonnier de l’âge de glace, incapable de s’adapter à la révolution numérique qui refaçonne le monde à une vitesse exponentielle. Quand il tente de le faire, c’est une catastrophe. Certes, des « tableaux numériques » sont installés dans les classes pour faire moderne, mais nos bambins continuent à se coltiner dix kilos de livres sur le dos quand tout cela pourrait tenir dans un tablette ou une clé USB. Paradoxalement, on impose à nos enfants des centaines d’heures de cours sur le « développement durable » (aux dépens de l’histoire-géo, notamment), mais on se fiche de sacrifier à chaque rentrée des millions d’arbres pour imprimer des livres, par ailleurs rarement utilisés. Le lobby des éditeurs, des imprimeurs et des libraires est apparemment plus puissant que la ferveur écolo de nos ministres de l’éducation successifs. Mais passons sur l’épidémie de scolioses que provoque ce système archaïque : la majorité de nos petits s’en remettront.

Ils se remettront difficilement, en revanche, de la risible nullité des « cours d’informatique » distillé dans nos écoles. La scène, baroque, se reproduit chaque jour dans nos collèges : un prof de techno explique à des jeunes « digital natives » ce qu’est une « souris » d’ordinateur ou le « réseau internet », comme s’il s’adressait a des Hibernatus fraichement décongelés. Pourquoi leur apprendre les bases du codage, à faire une présentation Powerpoint ou le b.a.-ba du montage virtuel quand on peut les faire ricaner et mourir d’ennui ? En matière de perte de temps, d’argent, et de décalage avec la réalité, notre système éducatif n’a de leçon d’archaïsme à recevoir de personne.

Rêvons un peu (beaucoup) et imaginons une authentique refonte de notre système scolaire qui serait une véritable révolution : une école recentrée sur ce qu’elle sait faire de mieux, à savoir enseigner les humanités et les sciences traditionnelles. Et des fins de journée consacrées à l’apprentissage, en vrac, du code informatique, des arts numériques, et de tout ce qui peut aider à s’épanouir dans notre monde ultra-connecté qui change de paradigme tous les quinze jours.  À la vitesse où évoluent les choses, les sciences vont plus progresser dans les vingt ans qui viennent qu’au cours du siècle précédent. Même l’homme est numérisé (le séquençage ADN intégral), et notre espérance de vie est désormais quasi-indexée sur la loi de Moore. Le siècle qui s’ouvre sera celui des NBIC (nanotechs, biotechs, informatique, et sciences cognitives). Un monde en perpétuel bouleversement, boosté par la puissance informatique, dans lequel il sera crucial de savoir maitriser tous les outils numériques. Demain matin, ne pas savoir coder ou retoucher une image sera aussi limitant que d’ignorer l’anglais aujourd’hui. Il est urgent d’armer nos enfants pour évoluer dans le monde de demain. Nos énarques, souvent technophobes, ne semblent pas s’en soucier.

Préparer l’avenir économique de la France, ce n’est pas former des millions de bacheliers sur le même moule. L’avenir est à « l’économie de la longue traîne » (long tail), des micro-entreprises d’une seule personne qui devront faire preuve de créativité, et se remettre en question en permanence pour suivre le flux des innovations. On changera de carrière plusieurs fois dans une vie, au gré des besoins de la société. L’école d’aujourd’hui ne prépare pas au « multitasking » qui sera la norme de demain. Xavier Niel, avec sa visionnaire « École 42 », l’a bien compris : « Si la France, 5ème puissance mondiale, tenait sa place dans le numérique au lieu d’être 20ème, elle aurait réglé le problème de l’emploi », regrette-t-il.

Pas besoin de boule de cristal pour imaginer le futur de  la France si nous ne montons pas dans le train du numérique. La « réforme » Peillon, qui propose des ateliers « collier de nouilles » à nos petits, se résume à rester planté sur le quai en regardant s’éloigner la croissance de demain.

 

*Photo : BAZIZ CHIBANE/SIPA. 00664178_000015.

Flics donc voyous ?

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police manuel valls

police manuel valls

Renouer le lien entre la police et les populations des quartiers, c’est l’un des objectifs affichés par le gouvernement en instituant en septembre dernier une réforme majeure de l’Inspection Générale de la Police Nationale. Tout citoyen témoin des abus de policiers lors d’arrestations pourra désormais saisir ce service. Sur internet, le citoyen modèle pourra signaler les bavures. Ainsi, alors que la police française est l’une des plus contrôlées en Europe, l’Etat entrave un peu plus l’action des policiers pour maintenir un ordre précaire sur des terrains difficiles. Par là, Manuel Valls entend donner des cautions supplémentaires à la gauche de la gauche.

Pour les plus angéliques, il est acquis que les policiers en sous-effectifs dans les quartiers difficiles, véritables zones de non-droit, sont les « méchants » susceptibles de déraper. C’est la victimisation des coupables. Cette mesure supplémentaire va à l’encontre des discours de fermeté affichés par le ministre de l’Intérieur. Au lieu de soutenir des troupes déjà fragilisées et découragées, on les affuble d’une épée de Damoclès supplémentaire.

Il s’agit avant tout de relativiser et d’apaiser par crainte des émeutes de banlieue. Aussi, donne-t-on des gages aux voyous. À Joué-lès-Tours, des policiers ont été renvoyés par la justice pour avoir interpellé six personnes à bord d’une voiture zigzaguant sur la route. Refusant le contrôle de police, l’une des femmes a pris à partie un des policiers en le mordant. En réponse, il lui a donné des coups de matraque et s’est servi de gaz lacrymogène pour repousser la harpie. Non contents d’avoir d’emblée violenté les deux policiers, les coupables se sont présentés comme des victimes de l’intervention arbitraire des policiers. À dire vrai, la loi ne leur convenant pas,  ils ne voyaient pas en quoi l’enfreindre posait problème ! L’ordre républicain est si affaibli que pour apaiser les esprits, les policiers doivent justifier chacun de leurs actes en permanence. C’est moins l’attitude des récalcitrants qui est scruté que l’action policière. Aussi, Sélim, un citoyen modèle, habitant de la même cité, outré par cette violence policière, a-t-il cru bon de poster sur internet une vidéo partielle, délibérément partiale sur les faits, intitulée « Honte à la police française ». La honte n’est plus jetée sur ceux qui enfreignent l’ordre mais sur ceux qui essaient de le maintenir dans des conditions de plus en plus difficiles. La honte de la République réside sans doute dans l’acceptation de tels comportements.

Même si les deux policiers ont été relaxés, le cas de l’un deux est toujours en suspens pour savoir si l’usage de la bombe lacrymogène était conforme au règlement. La multiplication de la judiciarisation des actions policières marque la grande peur de la République. Elle a les mains liées par une partie de la population française qui provoque sciemment les lois et s’en fait gloire. Internet est devenu le lieu de propagation de vidéos relatant les exploits de malfrats arrêtés plusieurs fois, jamais emprisonnés par manque de place ou grâce au jeu des recours et des sursis.

C’est une déliquescence du premier droit des citoyens, vivre en sécurité n’importe où sur le territoire français. En empêchant les policiers de faire leur travail, les élites républicaines veulent éviter les « problèmes ». Tous les citoyens se souviennent de 2005, du prétexte de la bombe lacrymogène et de la rumeur qui avait parcouru la cité de la Courneuve : la police attaque la mosquée ! En ce sens, pour certains, on est moins citoyens français que d’abord et avant tout membres de la même fraternité religieuse. À Trappes, l’histoire s’est répétée. Le pauvre homme qui a attaqué les policiers alors que sa femme entièrement voilée était contrôlée, a été outré. Non content d’avoir bénéficié de la juste indignation de ses coreligionnaires, on a pu le voir parader sur une chaîne régionale en se présentant comme une victime de l’Etat, abject et totalitaire. Plus tard, il s’est présenté tête haute au tribunal, fier de lui, narguant des yeux les caméras et téléspectateurs benoîts et béats derrière leurs écrans. La justice est passée. Pour avoir été la cause d’émeutes, de dégradations publiques de mobiliers publics flambants neufs, pour avoir fait trembler la République, il a écopé de quelques mois avec sursis. De surcroît, il a mis dans l’embarras le pauvre maire communiste de Trappes, alpagué en permanence par des concitoyens bienveillants mais un tant soit peu rageurs aux cris de : « On a voté pour vous ! ».

Passer outre, voilà le nouveau mot d’ordre. La loi Taubira accroîtra les dispositifs déjà en vigueur sous l’ère Sarkozy pour transmuer les peines de prison en peines de probation. Se présentant comme le champion de la bataille contre l’insécurité, Sarkozy a joué sur les apparences. Des consignes d’indulgence, reprises par la gauche, ont été intimées aux policiers, surtout pas de vague ! Les victimes doivent relativiser. Où sont les chevaliers blancs quand le chaland se fait dérober son portable ou son portefeuille ? La faute à pas de chance. Oui, le message public est clair. Si vous êtes agressés, inutile de porter plainte, le policier haussera les épaules en écoutant votre récit, ils sont en sous-effectifs et ils ont plus urgent à faire.

Quand la chasse aux policiers susceptibles de commettre une bavure est en passe de devenir un sport national, que reprocher aux malfrats ? On vous serinera que ce sont des victimes du système, de la crise, de leurs parents, et qu’après tout ils ont bien le droit de fouler les innocents aux pieds. À force de traîner Marianne dans la fange, les adeptes de la culture de l’excuse nous mènent droit à l’écœurement…

*Photo : JULES MOTTE/SIPA. 00536115_000002.

C’est encore loin, Terra Nova ?

terra nova metissage

terra nova metissage

Si, au cours d’un dîner en ville, la conversation tombe sur le multiculturalisme (on ne sait jamais), il y a des chances pour qu’un convive bien informé lâche, euphorique ou atterré selon les tables que l’on fréquente, le nom Terra Nova. Ce think-tank progressiste[1. Je dirais même « maniaco-progressiste ». EL.] s’est notamment fait connaître par un rapport fracassant intitulé « Quelle majorité électorale pour 2012 ? » Au lieu de chercher le moyen d’enrayer le déclin de la gauche en général et du PS en particulier dans les classes populaires, le texte suggérait d’en prendre acte et d’admettre que la classe ouvrière n’était plus le cœur de cible de la gauche. Laquelle devait, en conséquence, inventer une nouvelle alliance représentant la « France de demain » : « unifiée par ses valeurs culturelles, progressistes », « tolérante, ouverte, solidaire, optimiste, offensive » – bref la France sympa. Ce qui, concrètement, signifiait que la gauche devait se tourner vers les immigrés. Bref, il lui fallait passer, pour reprendre les mots de son président de l’époque, Olivier Ferrand, d’une « stratégie de classe » à une « stratégie de valeurs »[2. O. Ferrand, «  Gauche : d’une stratégie de classes à une stratégie de valeurs », Le Monde, 9 juin 2011.], impliquant la promotion tous azimuts d’une « France de la diversité » qui lui était acquise à 80 %.

Terra Nova est donc le cœur actif du « parti multiculti » en France.[access capability= »lire_inedits »] Ce qui, si on y réfléchit, est assez paradoxal puisqu’il entend œuvrer à la construction d’une France « unifiée » par ses valeurs progressistes. Il est bien possible, alors, que le phénomène qualifié de « multiculturalisme » ne soit guère multiculturel au sens littéral du terme – dans la réalité comme dans les discours. Une plongée dans la littérature terranovienne, notamment dans un document essentiel, « France métissée : 2012, l’appel aux candidats »[3. Terra Nova/Respect Mag, «  France métissée : 2012, l’appel aux candidats » ; sauf précisions, c’est de ce texte que sont issues les situations suivantes.], suggère que ce n’est pas de multiculturalisme qu’il est question (chez ses partisans et ses adversaires), mais de métissage. On conviendra que ce n’est pas du tout pareil, et même que c’est un peu antagoniste. Ce recouvrement de la chose par un mot signifiant son contraire n’est pas anodin.

Pour comprendre le malentendu, il faut revenir à Terra Nova. Son cadre paradigmatique est une vision progressiste de l’Histoire : celle-ci a un sens, qui nous éloigne toujours plus d’un passé obscur pour nous rapprocher d’un avenir lumineux, en l’occurrence, celui de la diversité. Pour faire court, le passé, c’est mal : « La vision historique de la nation a longtemps été figée dans l’immobilité, enfermée dans le passé de la « France éternelle », close, hermétique aux réalités d’outre-mer, hermétique aux apports des Français issus de l’immigration, la France de « Nos ancêtres les Gaulois », des cathédrales, d’Henri IV et de Clémenceau, supposée avoir une essence, et pas seulement une existence. » Cette conception ambitieuse ou prétentieuse ayant été plutôt battue en brèche par les évolutions sociologiques récentes, « le débat politique a donné l’image d’une France défensive, d’une identité transformée en citadelle assiégée face aux risques allogènes », identité non plus ethnique, certes, mais, se désolent les terranovistes, « encore culturaliste, comme si la France n’était toujours pas mûre ». Pas mûre pour accepter sa Grande métamorphose de pays figé dans l’homogénéité culturelle en une France des diversités, ouverte au mouvement perpétuel et à la mondialisation. Un tel refus est inacceptable car il implique que tout changement n’est pas nécessairement un progrès, autrement dit qu’il n’y a pas de sens de l’Histoire. Impossible. On répétera donc que la France avance, comble enfin ses retards divers et variés. « Il y a quinze ans, il était impossible pour un maire de soutenir la construction d’une mosquée sur sa commune. » Mais qu’on se rassure : « Derrière les crispations bien réelles d’une partie du corps social, une France diverse, et qui se conçoit comme telle, émerge. » La mutation a commencé. Malgré la résistance de la fraction la plus arriérée de la population, « la vision culturaliste de l’identité nationale, particulièrement virulente, est désormais minoritaire ». C’est ainsi que la diversité, qui devrait être encouragée par les pouvoirs publics, « nous propulse dans la modernité et dans l’ouverture ». Amen.

Reste à comprendre à quelle sauce la France d’hier doit être mangée pour y parvenir. C’est là qu’interviennent les deux conceptions de la diversité : la première se déploie sur le mode multiculturel, organisant la coexistence de groupes culturels distincts, homogènes et plus ou moins imperméables ; la deuxième naît du métissage, autrement dit du brassage de tous les apports culturels en une unité nouvelle, qui n’efface pas, cependant, les différences d’origines, appelées au contraire à revendiquer leur visibilité.

Sur cette question capitale, la religion de Terra Nova ne semble pas totalement faite. Pour Medhi Thomas Allal, coordonnateur du « Pôle immigration, intégration et non-discrimination », « l’inspiration du multiculturalisme anglo-saxon dans la réflexion  de Terra Nova est […] clairement revendiquée ». Ainsi le cloisonnement des communautés lui apparaît-il comme « un moindre mal devant la réalité des discriminations » : « Si on doit passer par une certaine communautarisation de la société pour que les minorités soient davantage représentées dans les instances de pouvoir, si c’est un passage obligé, je suis prêt à prendre ce risque. »

Toutefois, Terra Nova penche plutôt pour la ligne de Michel Wieviorka, qui oppose un « bon multiculturalisme », tempéré et intégré, à un « mauvais multiculturalisme », identitaire et refermé sur lui-même[4. Cf  H. Vaugrand, Multiculturalisme, métissage et démocratie, Paris, L’Harmattan, 2012, p. 12.]. Medhi Thomas Allal lui-même remarque que l’accaparement du pouvoir par des élites blanches est l’alibi de « réactions identitaires » des « minorités ethniques »[5. Cf  H. Vaugrand, Multiculturalisme, métissage et démocratie, Paris, L’Harmattan, 2012, p. 12.]. Il faut donc tout faire pour que la coexistence et les échanges harmonieux entre groupes, égaux dans leur diversité, aboutissent au métissage. Celui-ci, en procédant à l’heureuse « addition de nos différences et de nos ressemblances », est finalement plus fidèle à l’universalisme républicain que le multiculturalisme proprement dit : « La France doit reconnaître la diversité de ses citoyens, et […] le faire sans renier son modèle républicain. »

On aurait tort de ne voir là que rêveries ou hypothèses savantes. Il s’agit d’un projet politique ne visant pas seulement à observer ou à orienter le changement, mais à « l’aider à s’imposer définitivement ». On appréciera la détermination de ce définitivement. À cette fin, Terra Nova a en rayon une panoplie de suggestions qui pourraient constituer l’ossature d’une « politique de la diversité » : création de lieux voués au métissage culturel ; réorientation des programmes scolaires dès l’école primaire valorisant «  des exemples positifs issus de la diversité culturelle, sociale et territoriale » ; ratification de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires ; déplacement de deux jours fériés à des dates correspondant à une fête musulmane et à une fête juive afin qu’« en termes de vacances », la France cesse d’être la fille aînée de l’Église. En somme, pour hâter l’émergence de la France de demain, il faut jouer sur les symboles et reconfigurer les esprits. À rebours du multiculturalisme, le métissage se présente ainsi comme un « néo-culturalisme » qui « doit permettre à tous de partager un grand récit national modernisé ». En clair, l’objectif n’est pas d’ouvrir la culture française mais de la remplacer.[/access]

*Photo : Karel Prinsloo/AP/SIPA. AP20970003_000003.

Georges Lupin et Arsène Descrières

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Georges Descrières est mort. On va être honnête, pour moi et pour beaucoup d’autres, ça veut dire que c’est Arsène Lupin qui est mort, en fait. Au début des années 70, le charme chic, décontracté, subtilement ironique de Descrières avait donné au gentleman cambrioleur de Maurice Leblanc une seconde jeunesse bien méritée en le faisant découvrir aux plus jeunes –catégorie à laquelle votre serviteur appartenait alors.

Plus encore que la chanson de Dutronc – Puis avant de partir, après ses coupables travaux, il laisse un mot sur le piano – qui accrut encore le côté culte de la série, c’est pour moi le générique du début de chaque épisode qui agit comme une madeleine et reste associé aux dernières années heureuses de la France d’avant le choc pétrolier comme les premiers Lupin témoignaient des instants ultimes de la Belle Époque avant le carnage de 14.

Georges Descrières, jouant Arsène Lupin, pour le petit garçon que j’étais alors, eut une influence décisive et désastreuse sur mon rapport au luxe, aux femmes et à l’ordre social. Seul un surmoi familialo-marxiste m’empêcha de sombrer définitivement dans cet anarchisme de droite dandy et cocardier, sensuel et joyeux. Français, pour tout dire.

Je ne sais pas si je dois m’en réjouir.

École 2.0 : demain, les monstres…

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ecole peillon nbic

ecole peillon nbic

Un instant, vraiment, j’ai cru à une parodie. La technolâtrie du dernier article de David Angevin sent tellement bon le positivisme fin de siècle que ce ne pouvait être que de l’humour. Et c’est de la fin du XIXème siècle que je parle car rien n’est plus démodé, vieilli, suranné et finalement attendrissant que cette foi en la puissance émancipatrice de la science et de la technique alors que chaque jour nous apporte la preuve évidente de ses ravages écologiques, sociaux, humains.

David Angevin, moderne Auguste Comte, moque le prof de techno qui apprend aux enfants cyberautistes de ces temps qui sont les nôtres, à quoi sert une souris. Il fait des gorges chaudes devant tant de nullité obsolète. Il serait à la place du ministre Peillon, il réfléchirait à comment faire entrer un peu plus encore nos chères petites têtes connectées et déjà prisonnières du présent perpétuel digital dans l’ère radieuse, je cite, des NBIC (nanotechs, biotechs, informatique et sciences cognitives).

Si on mesure l’inanité d’un projet à la laideur de son acronyme, celui-ci bat des records. Qui voudrait prévenir David Angevin que rien ne se démode plus vite que le progrès ? Dans une autre vie, où je me suis retrouvé à orienter des élèves de troisième dont j’étais le professeur principal, des partenaires extérieurs (entendez des chefs d’entreprise) venaient doctement expliquer leurs besoins en fonction de la société de demain. On devait être vers 1990 et ils croyaient aux NBIC de l’époque. Par exemple, et je m’en suis souvenu quand j’ai acheté mon premier appareil photo numérique, l’un d’entre eux avec une joyeuse conviction, affirmait que nous entrions dans une société de loisirs et que mes élèves seraient bien avisés de faire un de ces nouveaux BEP qui assuraient une formation efficace pour apprendre à développer des… pellicules.

Mais je m’avise que ce brillant prophète avait sans doute raison. Oh, pas pour les appareils photos, mais pour la société de loisirs qui finalement est bien advenue avec la troisième génération de Français qui entre dans le chômage de masse.

Oui, il y a décidément du monsieur Homais chez David Angevin. Le pharmacien de madame Bovary aime tellement la science qu’il encourage Charles, le mari d’Emma, à opérer le pied-bot du pauvre Hyppolite, le jeune homme à tout faire de l’auberge du Lion d’Or. C’est dit, Hyppolite ne boitera plus ! L’opération, téléguidée par Homais, semble réussir dans un premier temps avant que la jambe ne se gangrène et qu’on doive appeler en urgence un spécialiste, un vrai, pour amputer Hyppolite qui de boiteux se retrouve unijambiste.

David Angevin veut opérer les écoliers, tous les écoliers. Il les trouve boiteux. Le problème, c’est qu’il va finir par les amputer du peu de sensibilité qui leur reste, à ces petits mutants technophiles avec lesquels il devient de plus en plus difficile de tenir une conversation. Le monde de David Angevin, le monde NBIC, est le paradis de la Ritaline, en fait. Ce médicament est devenu le seul moyen de calmer l’effrayante épidémie d’hyperactivité qui s’est abattue sur les enfants de l’Occident, d’abord aux USA, matrice de toutes les catastrophes en matière de décivilisation, et maintenant en Europe.

On n’a pas fini – mais a-t-on commencé ? – de mesurer les dégâts sanitaires et anthropologiques de ces jeunes vies définitivement engluées dans le virtuel, celui des jeux hyperviolents et des réseaux sociaux où l’on retrouve sous une forme 2.0 les pires travers de l’humanité d’antan : commérages, délations, envies de meurtres, conformisme villageois mortifère, indignations sur commande. Mais qu’importe, David Angevin veut encore aller plus loin, plus vite. On retrouve d’ailleurs dans son raisonnement cette logique discrètement totalitaire qui veut que si les résultats d’une politique se font attendre, c’est que cette politique ne va pas assez loin. Le libéralisme ne fonctionne pas très bien ces temps-ci ? Mais voyons, c’est parce que nous ne sommes pas assez libéraux ! Nous ne sommes pas assez adaptés à la société NBIC ? Mais enfin c’est à cause des profs de techno qui font des colliers de nouilles et sans doute des médecins qui oublient, au moment de l’accouchement, d’insérer un port USB à la base de la nuque des nourrissons.

Que David Angevin se rassure. Il a déjà gagné. Il y a belle lurette que plus personne ne pense à suivre l’excellent conseil de Paul Morand : « Aimons la vitesse qui est le merveilleux moderne, mais vérifions toujours nos freins. » Ceux qui vérifieront leurs freins, comme d’habitude, seront les enfants des classes favorisées économiquement et culturellement. Ceux-là, en famille, continueront à lire, à penser, à apprendre par cœur des poèmes, à philosopher pendant que dans l’école NBIC, d’où toutes ces vieilleries auront été chassées, les profs modernisés fabriqueront les petits monstres de demain dans une odeur de charnier électronique.

 

*Photo : DELAGE JEAN-MICHEL/SIPA/1208071756. 00641827_000004.

Drones de drames

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drones obama pakistan

drones obama pakistan

Il faut se faire une raison : la guerre chevaleresque, celle où les  protagonistes se combattent sans merci mais avec respect mutuel, fait désormais partie des légendes historiques illustrées par des œuvres littéraires grandioses et surannées. La guerre ne fut jamais uniquement une affaire de gentlemen, pas plus que le simple affrontement d’ignobles salopards. Il y eut des hommes d’honneur dans la Wehrmacht nazie, et des pillards, violeurs et assassins dans les armées alliées. On lira avec profit à ce sujet L’Europe barbare, de l’historien britannique Keith Lowe (éditions Perrin), qui tente en quelque sorte de mesurer le rapport de forces moral entre les armées engagées.

Dans nos modernes guerres, dites « asymétriques », où des États développés, technologiquement avancés, affrontent des entités non-étatiques ne disposant que d’un armement primitif, voire artisanal, il en va tout autrement. Le « faible » ne cherche pas à vaincre militairement l’adversaire, mais à ôter au « fort » la légitimité politique et morale de poursuivre son combat. Cette stratégie avait permis au général nord-vietnamien Vo Nguyen Giap de venir à bout de la superpuissance américaine en 1975[access capability= »lire_inedits »] : les offensives nord-vietnamiennes de la fin de la guerre, très coûteuses en vies humaines pour les assaillants, ne visaient pas à conquérir des objectifs stratégiques majeurs imprenables, mais à tuer le maximum de soldats américains pour démoraliser l’arrière. Le taux des pertes nord-vietnamiennes était dix fois plus élevé que celui  de l’US Army. Pourtant, cette dernière dut plier bagage en catastrophe. L’Amérique ne supportait plus de voir chaque jour à la télé des avions remplis de cercueils décharger leur macabre cargaison. C’était la version terrestre de la tactique des kamikazes utilisée par le Japon au cours de la Seconde Guerre mondiale. Parallèlement, la propagande communiste, relayée par les organisations pacifistes en Occident, se déchaînait pour dénoncer les crimes commis contre la population civile par le corps expéditionnaire américain. Bien souvent, ces « crimes de guerres » étaient de pures et simples inventions ou le fruit d’une tactique consistant à agresser l’ennemi à partir de zones densément peuplées.

Toutefois, il s’agissait encore de l’affrontement d’armées dites « régulières », et d’États rationnels capables de régler un conflit de manière classique (cessez-le-feu, armistice, négociations et traité de paix comportant souvent une amnistie générale). La diabolisation systématique de l’ennemi à travers son assimilation aux grands criminels politico-militaires du XXe siècle n’était pas encore devenue un élément central de la rhétorique guerrière et une arme décisive dans un champ de bataille mondialisé, où l’opinion publique des pays démocratiques est l’objet de toutes les sollicitations.

À la différence des guerres post-coloniales, le conflit en cours entre les islamistes radicaux et les démocraties occidentales et leurs alliés n’est pas destiné à trouver une issue classique, comme celle décrite ci-dessus. L’objectif ultime des djihadistes de toutes obédiences n’est autre que l’établissement d’un califat mondial. Ils entendent l’imposer non seulement au Dar al-islam, les terres considérées par eux comme terre d’islam, mais également au Dar al-harb, le territoire de la guerre, dominé par les infidèles, les minorités musulmanes étant, à leurs yeux, l’avant-garde de l’islamisation future de ces pays.  L’irréalisme de ce projet n’empêche pas ceux qui le portent de croire dur comme fer à son avènement inéluctable. Il ne peut donc pas s’établir entre les protagonistes de compromis westphalien assurant, pour un temps indéterminé, la paix et la prospérité des régions concernées.

Du côté occidental, il n’est donc plus tabou d’affirmer que le but ultime de la guerre est l’éradication (en langage clair, l’anéantissement) des terroristes djihadistes, comme l’a déclaré Jean-Yves Le Drian  au début de l’opération « Serval » au Mali. Or, dans la lutte contre les groupes armés islamistes radicaux, une arme s’est révélée redoutablement efficace depuis sa généralisation en 2008 : les drones, dotés de missiles capables d’atteindre un objectif de taille limitée avec une très grande précision, et dont l’utilisation présente zéro risque pour le militaire chargé de guider l’engin à partir d’une base située en Floride ou au Nevada. Les drones ont permis l’élimination ciblée de chefs djihadistes au Pakistan, en Somalie et au Yémen, ainsi que d’unités combattantes de talibans en Afghanistan. C’est l’exact contraire de l’arme préférée des terroristes islamistes, l’attentat-suicide : elle cible l’ennemi repéré, identifié et lui seul. Elle ne met pas en danger la vie de celui à qui on ordonne de l’utiliser. L’attentat-suicide modèle islamiste vise essentiellement des civils innocents et exceptionnellement des forces armées ennemies, et tue à coup sûr celui qui le perpètre. La guerre des drones infligeant des dommages considérables aux djihadistes, sa diabolisation est devenue une priorité pour eux. Ainsi toute « bavure », inévitable même avec les armes les plus sophistiquées, surtout lorsque les terroristes se terrent à dessein au milieu des populations civiles qui n’en peuvent mais, est-elle efficacement montée en épingle, avec le concours des « idiots utiles » qui pullulent sur les réseaux dits « sociaux ».

En France, le philosophe Grégoire Chamaillou entre plutôt dans la catégorie des auxiliaires zélés. Sa  Théorie du drone, parue au printemps, a été portée au pinacle dans la presse « de gauche » et même au-delà. Sous un emballage pseudo-savant, Chamaillou se livre à une défense et illustration du « courage » des auteurs d’attentats-suicides, qu’il oppose à la prétendue « lâcheté » de ceux qui donnent la mort depuis leur bureau climatisé, à des milliers de kilomètres de la cible : « Drone et kamikaze se répondent comme deux motifs opposés de la sensibilité morale. Deux ethos qui se font face en miroir, et dont chacun est à la fois l’antithèse et le cauchemar de l’autre. Ce qui est en jeu dans cette différence, du moins telle qu’elle apparaît en surface, c’est une certaine conception du rapport à la mort, à la sienne et à celle d’autrui, au sacrifice ou à la préservation de soi, au danger et au courage, à la vulnérabilité et à la destructivité. Deux économies politiques et affectives du rapport à la mort, celle que l’on donne et celle à laquelle on s’expose. Mais aussi deux conceptions opposées de l’horreur, deux visions d’horreur. » Peu importe à Chamaillou que les drones constituent la meilleure réponse, parce que la moins coûteuse possible en vies innocentes, aux agissements terroristes : il voit, lui, deux formes équivalentes de barbarie. Et « équivalente » est une façon de parler. Ceux qui n’auraient pas compris lequel des deux ethos a la faveur de Chamaillou seront édifiés par sa réponse à l’éditorialiste du Washington Post, Roger Cohen, qui trouve « franchement répugnant » que des enfants de kamikazes soient exhibés et encensés afin que les autres enfants les jalousent d’avoir un parent mort. Face à cette glorification de la mort, Chamaillou estime que  « l’amour de la vie » des Occidentaux est bien suspect : « La vieille idole du sacrifice guerrier, tombée directement de son piédestal dans l’escarcelle de l’ennemi, est devenue le pire des repoussoirs, le comble de l’horreur morale. Au sacrifice, incompréhensible et ignoble, que l’on interprète immédiatement comme un mépris de la vie sans s’aviser qu’il implique peut-être plutôt d’abord un mépris de la mort, on oppose une éthique de l’amour de la vie − dont le drone est sans doute l’expression achevée. » Coquetterie ultime, on concède que « nous », la vie, nous la chérissons tellement que nous la couvons sans doute de façon excessive. Un trop-plein d’amour qui serait pour sûr excusable si tant d’auto-complaisance ne faisait suspecter l’amour-propre. Car bien sûr, ce sont « nos » vies, et pas la vie en général, que « nous » chérissons.

Pour Chamaillou, le porteur d’une ceinture de bombes, qui va se faire exploser sur un marché  à Kaboul, à Bagdad ou ailleurs, avec la certitude  d’ôter la vie à des civils, est donc l’héritier du héros guerrier sacrificiel, tandis que celui qui peut tuer ceux qui lui veulent du mal avec la certitude de préserver sa vie est un barbare. Autrement dit, on n’a le « droit de tuer » que si on est prêt à faire le sacrifice de sa propre vie, y compris quand on ne cherche qu’à se défendre contre un agresseur sans pitié. En attendant, comme l’a fort bien démontré le journaliste américain William Saletan, du site (de gauche) Slate.com, dans toute l’histoire récente des guerres, les drones sont l’arme qui enregistre le plus faible taux de dommages dits « collatéraux ». Cela explique d’ailleurs qu’ils soient considérés comme diaboliques par les djihadistes, les Chamaillou et les repentants de toutes nos turpitudes passées, présentes et à venir : ils rendent le riche plus miséricordieux, donc moins haïssable.[/access]

*Photo : Mohammad Sajjad/AP/SIPA. AP21074133_000001.

Lorànt Deutsch sème sa zone dans l’Hexagone

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lorant deutsch islam

lorant deutsch islam

Impossible de manquer la sortie en librairie de Hexagone, le passionnant road-book historique du comédien Lorànt Deutsch.  Déjà auteur de Métronome, vendu à deux millions d’exemplaires, il vient de sortir sa version hexagonale qui caracole en tête des ventes d’essais historiques. Comme on pouvait s’y attendre, une petite polémique réalimente celle que l’élu mélenchoniste parisien Alexis Corbière avait précédemment provoquée. À la sortie de Métronome, Christophe Naudin, enseignant titulaire d’un master en Histoire, Aurélie Chéry, doctorante à Lyon III et William Blanc, étudiant syndicaliste, avaient dénoncé  « la résurgence du roman national de Lorànt Deustch à Patrick Buisson« . Dans une tribune publiée par le Huffington Post, ils se rappellent à notre (mauvais) souvenir en ciblant dans le nouveau livre de Lorànt Deutsch l’écriture de la bataille de Poitiers: « récit identitaire, jouant sur les fantasmes les plus caricaturaux » car « l’opposition de 732 entre les chrétiens et les musulmans est politique et non religieuse« .

Pourtant, à la lecture du chapitre « Le Croissant et le Marteau » d’Hexagone, force est de constater que l’auteur n’a pas une vision exclusivement religieuse de la bataille. Charles Martel est présenté comme une brute: « les guerriers suivent un homme farouche, tacticien subtil et chef de guerre impitoyable (…) parti trousser les filles de bivouac« . La cavalerie du comte Eudes d’Aquitaine n’est pas non plus parée de toutes les vertus: « les malheureux [sarrasins] qui occupent les tentes sont égorgés« . Car les buts de guerre de Charles Martel ne sont pas seulement moraux : pour rallier les païens à « la bannière du Christ » contre le « déferlement sarrasin » le maire du palais « n’oublie pas d’évoquer en termes hyperboliques les considérables richesses transportées par l’assaillant, ce dernier argument, bien sûr, suscite l’enthousiasme!« . « Cette victoire permet aussi à Charles Martel de régner de fait sur l’Aquitaine. »

Accuser un fils de juif hongrois (Lazlo Matekovics, alias Lorànt Deutsch) aux grands-parents morts en déportation de faire gagner Maurras, sous prétexte que son récit identitaire fait la part belle aux grand hommes, est grotesque. D’autant plus que Lorànt Deutsch réduit le Grand Siècle aux dragonnades et aux traites négrières. Et le chapitre traitant du XVIIIème siècle est un éloge de l’esprit encyclopédique des Lumières. Si le style du livre est très imagé, on ne peut donc pas dire que Lorànt Deutsch fasse partie de « l’extrême droite la plus dure« . De ces chapitres, nos trois historiens ne trouvent d’ailleurs rien à redire.

Sans doute parce que, à propos de Charles Martel, le conteur a osé épiloguer avec ironie : « on voudrait une lutte moins frontale, davantage de rondeurs, un christianisme plus mesuré, un islam plus modéré…alors pour nier ce choc des civilisations, certains historiens ont limité la portée de la bataille. » Oui vous avez bien lu, il a parlé de choc des civilisations… Sacrilège et blasphème ! En niant l’évidence, les détracteurs de Lorànt Deutsch tombent dans leur propre piège, celui de l’anachronisme. Ils accusent Lorànt Deutsch de cacher son islamophobie derrière un ouvrage pseudo-historique. Et lesdits historiens de conclure d’un ton grave, « À l’heure où il est difficile de nier une montée de l’islamophobie en France, on peut juger préoccupant ce choix d’un comédien célèbre de raconter un tel événement historique de cette façon. » On les savait allergiques à l’histoire de France,  voilà qu’ils en malmènent la langue…

*Photo : BERNARD BISSON/SIPA. 00657088_000004.

Toi aussi, joue à faire monter le Front national en douze étapes

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fn samia ghali

fn samia ghali

1) Ministre de l’intérieur socialiste, tiens un langage très musclé et laisse expulser une adolescente de 15 ans lors d’une activité périscolaire. Le Front National pourra dire : « On vous l’avait bien dit, même ce faux dur de Valls voit qu’il y a le feu à la maison. Mais nous, on est l’original, lui, la copie. » Avance d’une case.

2) Parlementaire du PS jaloux de la popularité du ministre, surtout n’étudie pas le dossier de l’adolescente en question, ne vois surtout pas que sa famille n’est pas nette et monte très vite au créneau en traitant le ministre de membre putatif du FN et godwinise-le en l’accusant d’organiser des « rafles ». Le FN pourra dénoncer la naïveté gauchiste du gouvernement et sa complaisance vis-à-vis des voyous. Avance d’une case.

3) Président de la République, alors que l’on ne t’a rien demandé, et surtout pas de te mouiller dans la gestion quotidienne de l’émotion, prends-toi les pieds dans un tapis qui n’était même pas dans la pièce et propose à la jeune fille de revenir sans ses parents en France. Le FN, rejoignant le chœur des vierges effarouchées, pourra même t’accuser d’inhumanité. On ne sépare pas les enfants des parents. Mauvais souvenir dans l’inconscient collectif. Avance d’une case.
Attention ! Tu recules de trois cases : une tête de liste du FN dans les Ardennes compare Christiane Taubira à un singe.
Mais ne t’inquiète pas, tu vas très vite récupérer ce coup du sort et aider à nouveau le FN.

4) Tu fais partie des instances dirigeantes socialistes : organise des  primaires municipales dans une grande ville du sud-est qui a toujours eu des rapports disons romantiques avec la rigueur démocratique. Et surtout laisse à la tête du département un membre de ton parti qui, à tort ou à raison, incarne toutes les dérives clientélistes et la corruption. Le FN se contente de sourire. Il te voit sortir le pistolet avec lequel tu vas te tirer une balle dans le pied. Avance d’une case.

5) Fais coïncider le premier tour de ces primaires avec une élection cantonale à Brignoles que le FN va remporter haut la main. Le FN pourra comparer ses pratiques démocratiques et les tiennes. Il n’a pas amené ses électeurs en minibus. Ils sont venus tous seuls, eux. Avance d’une case.

6) Pendant cette cantonale, soutiens le candidat unique de la gauche, un communiste, mais ne te mets pas en rogne quand un Vert se présente quand même. Une fois que le FN t’a éliminé dès le premier tour, appelle au front républicain en demandant à tes électeurs de voter pour l’UMP. Grâce à toi, le FN pourra se présenter comme la seule alternance réelle. Avance d’une case, voire de deux ou trois.

7) La primaire socialiste, suite : présente six candidats, quatre hommes tout gris dans des costumes tout noirs, une ministre de ton gouvernement et une jolie sénatrice quadra, beurette, sexy et hypersécuritaire. Soutiens officiellement ou presque le membre de ton gouvernement qui va perdre dès le premier tour. Le FN pourra parler de camouflet. Avance d’une case.
Attention, tu recules de 3 cases. Un député de ton parti entame une procédure judiciaire contre le numéro 3 du FN qui l’avait traité de « Français de fraîche date« .

8) Récupère les trois cases perdues en laissant un de tes responsables traiter Marion Maréchal-Le Pen de « conne » et de « salope« . Le FN s’offrira le luxe de fustiger ton sexisme.

9) Arrange-toi dans un tel contexte pour que la candidate quadra, beurette, sexy et hypersécuritaire des primaires fasse le meilleur score possible et soit au second tour. Le FN pourra ainsi jouer sur deux tableaux contradictoires mais personne ne le relèvera dans ton camp, évidemment. D’une part, cette candidate qui veut l’armée dans les quartiers prouve que le FN a raison sur ces questions mais d’autre part, comme elle se prénomme Samia, c’est forcément un vote communautaire, voire communautariste qui prouve l’éclatement ethnique de la société française. Bingo. Au moins deux cases.

10) Fais-la perdre au second tour. Le FN dénoncera la victoire de l’establishment et de Solferino contre la base des électeurs. Avance d’une case.

11) Dans la perspective des municipales, tente par tous les moyens de casser le Front de gauche en proposant aux communistes des places en plus sur les listes, comme à Paris. Les communistes, assez souvent insultés par Mélenchon et inquiets de voir le nombre de leurs élus fondre, vont pour certains accepter. Le FN va se frotter les mains. Le monopole frontiste sur le vote protestataire va s’accroître un peu plus avec un FDG réduit aux acquêts.

12) Lance une vraie campagne idéologique antifasciste avec des argumentaires solides et des actions coup de poing : imprime des badges « Je dis que le FN est un parti d’extrême droite » Le FN tremble, évidemment.

Ça y est, tu as gagné. Grâce à toi le FN sera le premier parti de France aux élections européennes avec 25 ou 30%. Encore bravo.

*Photo : LCHAM/SIPA. 00667238_000001.

Affaire Leonarda : La résurrection prévisible des manifs lycéennes

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La résurrection des manifs de lycéens après la Toussaint, il faut s’y attendre et il faut s’y préparer.

Il faut s’y attendre puisqu’ils y sont incités du sein même de la majorité par l’immense Jean-Vincent Placé, qui exhorte les bac moins 1, 2 et 3 à entrer en lutte dans la rue contre son propre gouvernement.

Les Verts ne seront pas les seuls à les haranguer. Donneront également de la voix Mélenchon, Besancenot, et le parti communiste. On ne peut pas prévoir ce que fera la première dame.

Ils y seront puissamment appelés par les syndicats lycéens, qui n’ont même pas l’apparence de la représentativité.

Si on ne peut pas prévoir l’amplitude et la durée exactes de ces manifs, on sait déjà avec certitude qu’elles ne serviront pas de détonateur à  un mouvement de masse. Il n’y a guère que François Hollande pour en avoir peur et pour leur faire d’avance des concessions qui les pousseront à la surenchère.

Le pays, lui, est massivement hostile aux objectifs des manifs : 1° que tous les enfants présents sur le sol français soient scolarisés et; 2° qu’on ne puisse pas expulser les enfants scolarisés et  3° qu’on ne puisse pas expulser leurs familles non plus.

Faut-il pour le moins saluer cet élan de générosité juvénile ? Est-ce là le rôle d’adultes qui n’ont pas honte de l’être devenus, adultes ?

Non, pour deux raisons.

La première raison de ne point flatter la grandeur d’âme de ces manifestants est qu’il n’y a rien de généreux à se montrer généreux avec l’argent des autres. Celui des contribuables.

La seconde est qu’on ne doit pas flatter le réflexe pavlovien qui depuis mai 68 fait descendre régulièrement de joyeuses bandes de lycéens dans la rue sous des prétextes aussi variés qu’irréfléchis et discutables.

Avant que ces lycéens aillent participer au rite festif – et même jouissif pour certains – qu’est une manif, leurs profs ne devraient-ils pas leur indiquer, en quelques minutes d’instruction civique, les bonnes raisons pour lesquelles ils n’ont pas encore le droit de voter ?

Ne devraient-ils pas les faire s’interroger sur les effets prévisibles de leurs « exigences »?

Sur ce point, je propose de faire participer les élèves à ce petit exercice.

« À votre avis, quels seraient les résultats des élections en France si les électeurs n’avaient le choix qu’entre, d’une part, un parti reprenant à son compte les exigences des manifestants lycéens  et proposant d’ouvrir le pays avec tous ses droits sociaux à tous ceux qui souhaitent s’y installer, et, d’autre part, un parti refusant toute forme d’immigration? »

Suspendre les réflexes pour permettre aux élèves de se déterminer en connaissance de cause, ne serait-ce pas un peu la mission du lycée ?

 

 

 

 

Affaire Leonarda : L’émotion illégitime

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leonarda dibrani hollande

leonarda dibrani hollande

On a beaucoup glosé sur l’attitude désastreuse de François Hollande pendant l’ubuesque affaire Leonarda du week-end passé. Caricatural dans l’ambiguïté et la pusillanimité, ces deux vertus cardinales du hollandisme, le Président de la République, devant des millions de spectateurs hallucinés, a réussi l’incroyable exploit de se mettre à dos à la fois la gauche morale et la droite décomplexée.

Le « fiasco », a titré Le Figaro, une « faillite politique » renchérissait l’éditorial sans pitié d’Alexis Brezet. C’est aussi une faillite médiatique.

En effet, à qui la faute ? Qui met en avant les épiphénomènes, qui tend le micro à des adolescents shootés à l’indignation hesselienne, qui se soumet implacablement à la dictature de l’émotion ? Qui demande son avis à Valérie Trierweiler ? Qui organise de manière délibérée la confrontation du dirigeant de la cinquième puissance mondiale avec une gamine de 15 ans?

Les médias, et en particulier les chaines d’info continue, ont une responsabilité terrible dans cette affaire. En mettant en place une véritable téléréalité politique qui met au même niveau l’allocution du Président et les éructations d’un voyou kosovar[1. Je pèse mes mots : menteur, voleur, fraudeur et violent le père de Leonarda n’a rien du portrait martyrologique du sans-papier idéalisé par les sans-frontiéristes], BFM-TV et I-Télé se sont rendues complices d’un crime contre l’autorité.

Ces chaines d’« actualité en temps réel » nous ont fait subir en boucle l’interview pathétique et interminable de la famille Dibrani, entre gémissements d’enfants et élucubrations incompréhensibles de parents parlant à peine le français. Pire, elles ont volontairement mis sur le même plan la déclaration officielle de la plus haute instance de la République avec les provocations insensées de Leonarda qui répond en direct au président : « je reviendrai et c’est moi qui va faire la loi ».

L’affaire Leonarda est l’emballement médiatique de trop. Plus qu’une dérive de la fonction présidentielle, elle illustre les dévoiements d’un journalisme sensationnaliste, esclave du présentisme spectaculaire et de la culture compassionnelle.

Ce journalisme qui érige les taupinières anecdotiques  en montagnes polémiques, participe volontairement à ce que Castoriadis appelait « la montée de l’insignifiance ».  Les politiques, acteurs désormais secondaires, sont obligés (surtout quand ils sont faibles) de céder au rythme effréné du show médiatique.

« L’événement sera notre maitre intérieur » écrivait Emmanuel Mounier : le rôle du journaliste n’est pas de se prostituer à n’importe quel événement, mais d’accompagner en spectateur engagé ce qui mérite notre attention. Cette affaire-là ne la méritait pas.

*Photo : PLAVEVSKI ALEKSANDAR/SIPA. 00667685_000006.

École : le boulet de l’archaïsme

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peillon xavier niel

peillon xavier niel

L’éducation nationale demeure un mammouth prisonnier de l’âge de glace, incapable de s’adapter à la révolution numérique qui refaçonne le monde à une vitesse exponentielle. Quand il tente de le faire, c’est une catastrophe. Certes, des « tableaux numériques » sont installés dans les classes pour faire moderne, mais nos bambins continuent à se coltiner dix kilos de livres sur le dos quand tout cela pourrait tenir dans un tablette ou une clé USB. Paradoxalement, on impose à nos enfants des centaines d’heures de cours sur le « développement durable » (aux dépens de l’histoire-géo, notamment), mais on se fiche de sacrifier à chaque rentrée des millions d’arbres pour imprimer des livres, par ailleurs rarement utilisés. Le lobby des éditeurs, des imprimeurs et des libraires est apparemment plus puissant que la ferveur écolo de nos ministres de l’éducation successifs. Mais passons sur l’épidémie de scolioses que provoque ce système archaïque : la majorité de nos petits s’en remettront.

Ils se remettront difficilement, en revanche, de la risible nullité des « cours d’informatique » distillé dans nos écoles. La scène, baroque, se reproduit chaque jour dans nos collèges : un prof de techno explique à des jeunes « digital natives » ce qu’est une « souris » d’ordinateur ou le « réseau internet », comme s’il s’adressait a des Hibernatus fraichement décongelés. Pourquoi leur apprendre les bases du codage, à faire une présentation Powerpoint ou le b.a.-ba du montage virtuel quand on peut les faire ricaner et mourir d’ennui ? En matière de perte de temps, d’argent, et de décalage avec la réalité, notre système éducatif n’a de leçon d’archaïsme à recevoir de personne.

Rêvons un peu (beaucoup) et imaginons une authentique refonte de notre système scolaire qui serait une véritable révolution : une école recentrée sur ce qu’elle sait faire de mieux, à savoir enseigner les humanités et les sciences traditionnelles. Et des fins de journée consacrées à l’apprentissage, en vrac, du code informatique, des arts numériques, et de tout ce qui peut aider à s’épanouir dans notre monde ultra-connecté qui change de paradigme tous les quinze jours.  À la vitesse où évoluent les choses, les sciences vont plus progresser dans les vingt ans qui viennent qu’au cours du siècle précédent. Même l’homme est numérisé (le séquençage ADN intégral), et notre espérance de vie est désormais quasi-indexée sur la loi de Moore. Le siècle qui s’ouvre sera celui des NBIC (nanotechs, biotechs, informatique, et sciences cognitives). Un monde en perpétuel bouleversement, boosté par la puissance informatique, dans lequel il sera crucial de savoir maitriser tous les outils numériques. Demain matin, ne pas savoir coder ou retoucher une image sera aussi limitant que d’ignorer l’anglais aujourd’hui. Il est urgent d’armer nos enfants pour évoluer dans le monde de demain. Nos énarques, souvent technophobes, ne semblent pas s’en soucier.

Préparer l’avenir économique de la France, ce n’est pas former des millions de bacheliers sur le même moule. L’avenir est à « l’économie de la longue traîne » (long tail), des micro-entreprises d’une seule personne qui devront faire preuve de créativité, et se remettre en question en permanence pour suivre le flux des innovations. On changera de carrière plusieurs fois dans une vie, au gré des besoins de la société. L’école d’aujourd’hui ne prépare pas au « multitasking » qui sera la norme de demain. Xavier Niel, avec sa visionnaire « École 42 », l’a bien compris : « Si la France, 5ème puissance mondiale, tenait sa place dans le numérique au lieu d’être 20ème, elle aurait réglé le problème de l’emploi », regrette-t-il.

Pas besoin de boule de cristal pour imaginer le futur de  la France si nous ne montons pas dans le train du numérique. La « réforme » Peillon, qui propose des ateliers « collier de nouilles » à nos petits, se résume à rester planté sur le quai en regardant s’éloigner la croissance de demain.

 

*Photo : BAZIZ CHIBANE/SIPA. 00664178_000015.