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Pourquoi Noël a supplanté Pâques

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Noël reste, de très loin, la fête chrétienne la plus populaire. Mais cette prédilection est-elle un signe de bonne santé spirituelle ? Au risque de  jouer les trouble-fête, il est permis d’en douter. Expliquons-nous. En donnant la priorité, dans son affection, à la Nativité au détriment de Pâques, l’opinion la lui accorde également dans sa « théologie », aussi sommaire que soit cette dernière. Si un sondage interrogeait les Français sur l’événement liturgique le plus important du christianisme, il y a de fortes chances en effet que la Nativité soit désignée comme le sommet des célébrations de la religion initiée par le Christ.

Or, il n’en est rien. C’est Pâques qui constitue le moment décisif de l’année liturgique, le centre autour duquel gravitent toutes les autres fêtes, Noël, l’Assomption ou la Toussaint. Malheureusement, cette donnée fondamentale de la foi n’est plus intégrée par la majorité de la population. Dans son esprit, Noël a pris la place de Pâques. Plusieurs raisons expliquent cette éviction. Je ne m’attarderai pas ici à les énumérer toutes. Je me pencherai plutôt sur ce dont cette éviction de Pâques est le signe en ce qui regarde la compréhension du christianisme par une bonne partie de l’opinion, et ce que nous pouvons en conclure relativement à la santé spirituelle de nos contemporains.

En faisant passer Noël avant Pâques dans l’ordre d’importance des célébrations, nos pays sécularisés font déjà l’économie du carême ! Sans doute ignorent-ils que l’Avent reste pour les chrétiens orthodoxes une rude période de jeûne. Mais pourquoi leur demander de connaître la tradition des autres alors qu’ils ignorent la leur? Toujours est-il que dans l’esprit de beaucoup de personnes, se préparer à Noël est moins ardu que faire place nette dans son esprit à la mort et la résurrection de Jésus. Effeuiller jour après jour un improbable « calendrier de l’Avent », ce n’est pas la mer à boire ! Ainsi placer la Nativité devant Pâques, cela équivaut déjà à se faire  du christianisme une conception de religion assez facile, assez « light ». Seuls le sport ou la promotion professionnelle osent encore nous parler d’ascèse, ou de travail sur soi, sans craindre que nous nous hérissions. Dans ce domaine, la religion (chrétienne) se tient coite. Comme si elle avait à se faire pardonner d’avoir trop prêché l’abstinence, la mortification, par le passé! Cependant une religion qui « parle au coeur » directement, toute souriante, sans effort,  est-ce encore une religion que l’on continue à prendre au sérieux? Il n’est pas interdit de se poser la question, un peu dérangeante avouons-le, en cette période où l’on ressort les santons des cartons, où l’on apprête le sapin.

Deuxièmement, en brûlant dans l’opinion la priorité à Pâques, la fête de Noël devient le signe (à son insu!) que notre culture marche désormais à l’affectif, à l’émotion. Quoi de plus bouleversant en effet qu’un  nouveau-né? On nous objectera qu’un supplicié est tout aussi émouvant, sinon plus. Alors pourquoi l’enfant de la crèche prend-il le pas sur le condamné du Golgotha? C’est que nous n’aimons pas trop nous pencher sur la mort. S’apitoyer, oui. Fondre devant un bambin, encore plus. Mais regarder la mort en face: il existe des spécialistes pour cela maintenant. Ils exercent généralement dans des lieux eux-mêmes spécialisés, appelés « hôpitaux » ou « maison de retraite ». La société leur délègue volontiers cette tâche ingrate. Quant à la « religion », elle prendra le relais une fois le décès dûment constaté. Mais dans l’intervalle, qu’on nous fiche la paix avec la mort !

À ce niveau, incontestablement Noël est davantage en phase avec la disneylandisation des esprits que le Triduum pascal. La postmodernité peut même se permettre le luxe de ramener l’événement de la crèche à un conte sentimental, une féerie bon marché, quasi-mythique (« Trop beau pour être vrai! »), tout en continuant à jouir de sa « magie », sans que cette incrédulité ne vienne gâcher la fête. En revanche, Pâques se prêtre plus difficilement à une telle réduction. Même si on n’y croit plus, c’est un peu trop fort de café. Le citoyen de la cité séculière n’est plus habitué à ce qu’on lui parle si durement, si crûment, et sur des sujets aussi importants. Il reste psychologiquement trop fragile pour ne pas être durablement traumatisé par l’évocation de la mort en croix du Fils de Dieu. Alors silence! Revenons-en au bambin de Bethléem et restons-en là. Devenu grand, celui-ci n’aura qu’à faire comme nous pour s’éviter les emmerdem…du Golgotha: ne pas grandir, prendre le moins de responsabilité possible, en se déchargeant sur l’Etat Providence du soin de le conduire au bonheur, au lieu de dire leurs quatre vérités à tous ceux qu’il croisera sur son chemin.

Si Noël prévaut sur Pâques, cela tient aussi à ce que la question du salut est devenue inaudible pour nos contemporains. La notion de progrès (même si elle a pris entre-temps quelques plombs dans l’aile elle aussi) s’est substituée à celle de la rédemption. Que l’Incarnation soit un mystère salvifique passe à mille lieux au-dessus de leur tête. Pour ceux qui se souviennent encore que l’événement célébré par les chrétiens le 25 décembre a trait à leur foi en Dieu, cette fête reste théologiquement plus buvable que Pâques. Le Dieu de Noël est infiniment plus compréhensible que celui qui envoie son Fils au supplice pour une tractation avec le péché au sujet de laquelle plus personne n’entend goutte.

L’absence de culture théologique est en effet un facteur aggravant dans cette affaire. Outre que le citoyen postmoderne ne ressente plus le besoin d’être sauvé, il éprouve de surcroît les pires difficultés, qu’il soit cultivé ou non, à saisir les tenants et les aboutissants de la mort et la résurrection du Christ, et leurs liens avec notre rédemption. Tandis que le langage de Noël lui parle instantanément. Certes les prédicateurs pourraient facilement opérer le lien entre les deux mystères. Mais seraient-ils entendus ? Les églises deviendraient-elles subitement aussi bondées pour la vigile pascale que lors de nos messes de minuit ? Rien n’est moins sûr.

Notre société, revenue de tout, de toutes les idéologies, fait la part belle à la jeunesse, à l’enfant. Atteinte d’un symptôme régressif, désirant en revenir à l’indifférenciation matricielle, elle se sent parfaitement à l’aise, en phase, avec le bambin de la crèche. En revanche, regarder en face le condamné du Golgotha, c’est une autre paire de manches ! Les postmodernes ne sont plus assez adultes dans leur tête pour le « dur langage de la Croix ».

Il n’est pas question de faire la fine bouche devant le succès perdurant de Noël, ni de jouer les rabat-joie. Que la Nativité soit synonyme de joie, même pour ceux qui ne partagent plus la foi de l’Eglise, les chrétiens ne s’en plaindront pas. Toutefois, que cette fête ait supplanté Pâques n’est pas un signe de bonne santé spirituelle. N’ayons pas peur d’en faire le constat en cette période de l’Avent. L’émerveillement qui reste le nôtre en cette période d’attente de la venue du Seigneur n’interdit pas la lucidité, et encore moins la sollicitude pour nos frères et sœurs que nous aimerions ouvrir à l’intégralité de la joie chrétienne.

 *Photo : Ramon Espinosa/AP/SIPA. AP21342677_000001.

«Aujourd’hui, le gaullisme social, c’est le FN !»

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Causeur. Vous avez récemment confié au Monde que, hormis sur l’Europe, vos convictions politiques n’avaient globalement pas changé depuis  votre adhésion au RPR au début des années 1980. Il y a pourtant un fossé entre les positions libérales que vous défendiez au côté de Jacques Chirac  et le projet social-étatiste de Marine Le Pen !

Philippe Martel. À l’époque, une grande partie de la classe politique était imprégnée de la pensée libérale des « reaganomics ». Mais je n’opposerais pas aussi frontalement l’État stratège, interventionniste et protecteur de Marine Le Pen au libéralisme économique. On peut à la fois vouloir un État fort et être favorable à la libre entreprise. Depuis la Seconde Guerre mondiale, la France cultive ces deux approches dans son économie mixte. Pendant la crise financière de 2008, grâce à ce modèle, elle a d’ailleurs mieux absorbé le choc que la plupart de ses partenaires européens.

Mais si l’on en croit Marine Le Pen, l’Union européenne nous impose des diktats libéraux qui détricotent le fameux « modèle français »…

C’est ce que j’ai, hélas, mis du temps à comprendre : derrière les traités européens se cachent des politiques économiques et sociales ultralibérales. Rétrospectivement, je crois avoir  commis une lourde erreur au RPR, à l’époque, en menant campagne pour le traité de Maastricht aux côtés de Jacques Chirac et d’Alain Juppé. Les analyses de Philippe Séguin correspondent bien davantage à ce que je pense aujourd’hui. Ce gaullisme social et souverainiste que le RPR a abandonné en se dissolvant dans l’UMP, c’est désormais le FN qui l’incarne ![access capability= »lire_inedits »]

Le souverainisme s’incarne aussi chez certains députés UMP comme Henri Guaino ou Jacques Myard. Pourquoi n’avez-vous pas tenté de défendre une ligne gaulliste à leurs côtés ?

Comment défendre une quelconque ligne dans un parti présidé par un Jean-François Copé et qui compte au moins sept prétendus présidentiables ? Depuis sa création, l’UMP rassemble des personnalités aux convictions très différentes, s’agissant de la souveraineté comme de l’économie. Mais si les anciens RPR contrôlent l’appareil, idéologiquement, c’est l’UDF qui a gagné. Cette « udéfisation » laisse au Rassemblement bleu marine un vaste espace politique.

Un espace également convoité par Nicolas Dupont-Aignan, au parcours gaulliste proche du vôtre. Pourquoi ne pas l’avoir rejoint ?

J’inverserais votre question : pourquoi Nicolas Dupont-Aignan n’est-il pas avec nous ? Je ne vois pas bien ce qui le sépare idéologiquement de Marine Le Pen. Debout la République n’a pas atteint la taille critique pour peser de manière indépendante. La logique voudrait qu’il fasse prospérer sa formation au sein du RBM.

De son côté, Dupont-Aignan critique l’aspect dynastique du FN, arguant que votre parti est aux mains d’une famille. Que lui répondez-vous ?

Marine Le Pen n’a pas hérité du parti. Elle a été élue présidente du Front national après une campagne interne très disputée. La bataille a été sérieuse, idéologique, sans bourrages d’urnes ni favoritisme.

Si les militants du FN se reconnaissent majoritairement dans la figure de Marine Le Pen, la base du parti se retrouve-t-elle vraiment dans ses discours ? On a l’impression que vos candidats locaux sont tantôt identitaires, tantôt gaullistes, tantôt libéraux, avec le rejet de l’immigration comme seul dénominateur commun.

Tout le monde adhère à la ligne mariniste. Même s’il y a des nuances et une grande liberté de pensée, les militants du Front national sont derrière leur présidente.

Même Bruno Gollnisch ?

Lorsque Marine Le Pen lui a récemment demandé d’abandonner le groupe de l’Alliance européenne des mouvements nationaux, qui comptait certains partis peu fréquentables, il l’a fait immédiatement.

Une preuve, en effet… Malgré ces gestes de bonne volonté, le FN peine à adopter une image présentable. Nombre d’électeurs reprochent à Marine Le Pen de piétiner le « pacte républicain » en stigmatisant les musulmans…

Je suis un peu juriste et je ne sais pas ce qu’est le « pacte républicain ». La France a une Constitution dont le préambule renvoie notamment à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Ça, c’est du concret. Le « pacte républicain » et les « valeurs de la République » sont des notions dont je me méfie. On emploie de plus en plus ces expressions, mais sans jamais préciser ce qu’elles recouvrent. On nous expliquera bientôt que le multiculturalisme, la diversité, le métissage ou le vivre-ensemble sont des valeurs de la République. À ce propos, je suis stupéfait que l’on n’ait pas davantage relevé les propos de Malek Boutih, qui disait récemment à Florian Philippot, en direct à la télévision : « Même si vous arrivez au pouvoir par les urnes, vous ne serez pas légitimes ! » Au motif que le Front national ne respecterait pas ce fameux « pacte républicain », certains sont donc prêts à bafouer la démocratie.

La présidente du FN a tout de même laissé entendre que des millions de Mohamed Merah en puissance allaient déferler sur nos côtes…

Les propos de Marine Le Pen ont été exploités de manière absolument scandaleuse. Elle avait simplement déclaré qu’il y aurait peut-être des futurs Mohamed Merah parmi les nouveaux arrivants. S’il y a un Merah bis, il y a peu de risques que ce soit un Thaïlandais ou un Argentin venu s’installer en France. Je ne vois pas ce qu’il y a de scandaleux à le dire.

Le tireur parisien, un certain Abdelhakim Dekhar, s’il est d’origine algérienne, n’a a priori aucun lien avec les milieux islamistes. N’exagérez-vous pas la menace intégriste, au risque de montrer du doigt l’ensemble des Français musulmans ?

Soyons pragmatiques. La question de l’islam se pose aujourd’hui en France pour deux raisons : l’afflux d’immigrés de confession musulmane et la montée du fondamentalisme.

Cela fait longtemps que la France accueille des immigrés musulmans. Mais leur nombre a littéralement explosé. En démographie, ce ne sont pas les principes, c’est le nombre qui compte. De surcroît, l’islam s’est radicalisé. Dans les années 1960, 1970 ou 1980, on n’aurait pas songé que  l’immigration puisse engendrer un Mohamed Merah. Le processus par lequel ce dernier est devenu français me semble d’ailleurs devoir être complètement revu. Nos lois sur la nationalité sont devenues aberrantes.

Merah est né en France. Reniez-vous le droit du sol au profit du droit du sang ?

Oui. On diabolise le droit du sang en insinuant qu’il serait là pour perpétuer je ne sais quelle pureté raciale. L’un de mes enfants est né à l’étranger où je travaillais. J’aurais trouvé très étrange qu’on lui donne la nationalité d’un pays qui n’était pour moi qu’un lieu de passage et dont je n’avais pas adopté la culture, même si j’en respectais scrupuleusement les modes de vie.

Mais les immigrés et leurs enfants ne sont pas simplement « de passage ». Pensez-vous qu’il existe une identité française immuable que leur présence altère ?

Étant moi-même d’origines très diverses, avec notamment du sang chinois, je serais mal placé pour défendre le principe d’une identité française pure et intangible. Mais, sans vouloir essentialiser les choses, force est de reconnaître qu’il y a bien un type français, italien ou allemand que tout le monde a en tête. Si je vous demande d’imaginer un Italien, vous vous figurerez un homme latin, sans doute catholique, plutôt qu’un Asiatique ou un Africain. Contester une telle évidence, c’est nier le réel.

Que voulez-vous dire ?

Il est beaucoup plus facile pour des immigrés issus de cultures européennes, sédentaires et judéo-chrétiennes de s’intégrer en France que pour des étrangers d’origine musulmane.

Ceci étant, il y a beaucoup d’exceptions à la règle. Je pense à Rachida Dati, modeste fille d’immigrés marocain et algérien, dont l’ascension mérite le respect. Hélas, elle a appelé sa fille Zohra, ce qui contredit son parcours. Il y a là un signal de refus de l’assimilation ou du moins une marque d’incompréhension de ce qu’elle suppose. De la même manière, je regrette que Nicolas Sarkozy, président de la République, ait donné à sa fille un prénom italien.

Pensez-vous qu’on puisse intégrer des millions de personnes en leur donnant des prénoms français ?

Bien sûr que non. Mais si l’on ne fait pas de petits efforts de ce genre, on ne se donne aucune chance d’intégration. Les bobos se moquent des Kevin et des Priscilla issus des classes populaires, mais ne voient rien à redire à l’emploi de prénoms étrangers par les élites. Deux poids, deux mesures.

Polariser le débat public sur les questions d’immigration, d’islam et d’intégration ne  crée-t-il pas un climat dangereux ? Sans vouloir nier la réalité, on peut craindre qu’une parole totalement décomplexée attise le racisme et la xénophobie.

Je crois au contraire que ce qui est dangereux c’est de considérer que le peuple n’a pas à aborder ces sujets. S’il y a un climat à déplorer, c’est plutôt l’intoxication médiatique que nous subissons de la part des professionnels de l’antiracisme. Heureusement qu’Abdelhakim Dekhar a été assez vite arrêté car, si l’affaire avait duré, on allait nous seriner, comme au début de l’affaire Merah : « Ça y est, c’est le Breivik français ! »

La garde des Sceaux a néanmoins essuyé de lourdes attaques racistes !

Soyons clairs : ces attaques racialistes sont intolérables et ridiculisent leurs auteurs. En substance, on peut résumer le message à : « Elle est noire, donc elle est moins bien. » C’est d’une bêtise sans bornes. Mais je ne pense pas que cela renvoie à un phénomène plus large dans l’opinion. Christiane Taubira a suscité la rancœur des opposants au « mariage pour tous » ou à sa politique pénale laxiste, mais si son action est critiquée, ce n’est pas parce qu’elle est guyanaise. Elle aurait été d’origine asiatique comme Fleur Pellerin ou viendrait de la Nièvre comme Arnaud Montebourg que cela n’aurait rien changé aux critiques.

Pour réconcilier les Français, vous avez dernièrement appelé à tourner la page de la guerre d’Algérie. Est-elle vraiment restée ouverte depuis 1962 ?

Je crois en effet que cette plaie est toujours vive. La France a traité les pieds-noirs en vaincus, comme si elle avait honte d’eux. Même si, en 1962, j’aurais voté pour l’indépendance de l’Algérie, je comprends la souffrance des rapatriés. On ne parle jamais vraiment d’eux, mais ils gardent en mémoire l’accueil qui  leur a été réservé à l’époque à leur arrivée en métropole.

Comment le Front national, traditionnellement attaché à l’Algérie française, pourrait-il panser cette blessure ?

C’est justement parce que le FN est lié à cette histoire qu’il peut réconcilier les mémoires. En accueillant des gaullistes comme Florian Philippot ou moi-même sans renier le passé de son parti, Marine Le Pen montre qu’elle peut réduire cette fracture entre les droites et rassembler bien au-delà.[/access]

 

*Photo : Hannah.

1984 en 2014 ?

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1984 orwell crise

L’aspect le plus pervers du totalitarisme, c’est qu’on ne s’en rend pas compte. C’est comme la bonne santé, paradoxalement. On ne se réveille pas tous les matins en se disant « Je suis en bonne santé » ou alors, pensait Cioran, c’est le signe qu’on sera bientôt malade. Le totalitarisme, c’est la même chose. Il va de soi. Et si par hasard on se réveille un matin en se disant « je vis dans un monde totalitaire », c’est qu’on est malade. Regardez ce qui arrive à Winston Smith dans 1984 de George Orwell. C’est comme une grippe ou une dépression,  c’est une prise de conscience qui s’apparente à la fois à un malaise physique et à une maladie de l’âme. Heureusement,  il sera rééduqué dans les caves du ministère de l’Amour et à la fin il aimera de nouveau Big Brother. Le totalitarisme, c’est l’art que met un système à se présenter comme parfait et à désigner ceux qui le contestent comme des malades, des gens dont la perception de la réalité est altérée.

Alors, autant vous le dire, je dois être malade. Je cherche un policier de la pensée pour tout lui avouer. J’ai l’impression de vivre dans un monde totalitaire. Or, il est évident que notre monde n’est pas totalitaire. Le vrai totalitarisme, comme tout le monde le sait, a disparu avec la chute du Mur de Berlin. Les pays de l’Est, l’URSS étaient des pays totalitaires, n’est-ce pas ? La preuve, ils enfermaient les dissidents, souvent dans des hôpitaux psychiatriques car précisément seuls des paranoïaques ou des maniaco-dépressifs pouvaient contester l’excellence des réussites du socialisme réel.

À propos de dissident, il est où Snowden ? Quelque part à Moscou, d’après les dernières nouvelles. L’histoire a de ces renversements. Poutine, protecteur presque malgré lui d’un Winston Smith version 2.0, sûrement malade, qui a refusé de continuer à falsifier l’Histoire dans les locaux de la NSA qui ressemblent furieusement à ceux du Ministère de la Vérité. Et Assange, toujours coincé à l’ambassade d’Equateur à Londres. Depuis juin 2012 ? Ah, quand même…

Mais bon, je sais : dire que j’ai l’impression, une impression qui s’est singulièrement accentuée en 2013, de vivre dans un monde totalitaire, c’est presque indécent. Je ne me rends pas compte de la chance que j’ai. Chaque jour, j’ai pourtant des preuves visibles, tangibles de l’insoutenable liberté qui est la mienne.

Par exemple, je peux m’informer, 24h sur 24, en temps réel. Il y a les chaines infos, il y a internet, il y Ttwitter. Et c’est de ma faute, uniquement de ma faute si d’une part j’ai l’impression d’entendre toujours la même chose et d’autre part si j’ai de plus en plus de mal à hiérarchiser tout ce qui m’est si généreusement donné. Je n’ai qu’à faire un effort, me dit-on du côté de la génération Y, je préférais peut-être l’époque de l’ORTF ou des journaux papier qui tâchaient les mains ?

Je peux encore voter aux élections. Elles sont organisées régulièrement. Tout le monde a le droit se présenter. Certains amis, aussi malades que moi, me font cependant remarquer que depuis qu’ils sont en âge de voter, aucune élection n’a vraiment changé quoi que ce soit.  Que si les élections servaient à quelque chose, il y a longtemps, qu’on les aurait supprimées comme le disait Coluche, cet orwellien qui s’ignorait. N’est-ce pas la gauche à partir de 1983 (tiens, un an avant 84) qui s’est chargée de mettre le pays aux normes de ce qu’il fallait qu’il devienne, c’est-à-dire une entité territoriale permettant à la mondialisation de se déployer comme elle l’entendait ?

Ce déploiement s’est d’ailleurs poursuivi dans l’indifférence générale le week-end dernier à Bali. 160 pays de l’OMC, pendant que l’humanité pleurait Mandela, ont  signé un accord pour continuer de mettre en place la libéralisation des échanges, c’est-à-dire ce qui va façonner tous les aspects de notre existence dans les années qui viennent et nous donner un nouveau monde. Un nouveau monde qui pour le coup va vraiment nous faire regretter Mandela, au-delà de cette surenchère émotionnelle un rien suspecte, un rien stalinienne de ces derniers jours. Je ne compare pas Mandela à Staline, bien entendu, je compare les deux émotions planétaires, à la fois sincères et orchestrées, autoalimentées, qui se sont emparées de l’humanité à 60 ans tout juste d’intervalle. Je compare, de fait, deux émotions totalitaires.

Et quand bien même on se serait intéressé à ce qui s’est dit à Bali, l’OMC vous aurait expliqué à quel point elle était philanthropique et que son but était d’enrichir les pays du Tiers monde. Que répondre à tant de bonnes intentions ? Comment oser critiquer une telle pureté  d’âme ? Bien sûr, le moyen proposé pour enrichir les pays du Tiers monde, c’est de faire tomber les dernières barrières douanières des pays riches ou moins pauvres, autant dire achever la destruction des modèles sociaux péniblement mis en place au cours de l’histoire. Comme ça, on ne rendra pas forcément plus riche la population des pays pauvres mais on rendra sûrement plus pauvre la population des pays riches.

Mais non, j’exagère, je suis malade : l’OMC ne peut pas avoir autant de pouvoirs. Penser que ce sont aujourd’hui des organismes supranationaux composés d’experts non élus qui décideraient de ce que vont devenir des pays entiers, c’est très exagéré. C’est un symptôme de ma maladie, de ma paranoïa : demandez aux Grecs, au Espagnols, aux Portugais ce qu’ils en pensent. Ils vous diront à quel point c’est du grand n’importe quoi, ils vous diront heureusement que la Troïka était là pour les aider à faire un régime et perdre toute cette mauvaise graisse, ils vous diront qu’ils sont presque guéris, qu’ils n’ont plus de système de santé ni de retraites et que grâce à ça, bientôt, ô joie, pleurs de joie ! , ils pourront emprunter de nouveau sur les marchés ! Et que tout pourra recommencer comme avant !

Alors, lecteur, je t’en prie. Ne suis pas ce chemin dangereux sur lequel je m’égare. Jouis de ton ordinateur, de ton smartphone, n’écoute pas les prophètes de malheur, les Cassandre névrosées qui t’expliqueront que le Sénat vient de confirmer un vote de l’Assemblée sur la loi de programmation militaire dont un article permet l’accès à toutes des données personnelles. De toute façon, c’est comme pour le télécran, euh pardon pour la vidéosurveillance : tu n’as rien à cacher, n’est-ce pas ?

*Photo : 1984.

Qu’est-ce qu’ils achètent?

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clients prostitution zahia

J’avais 24 ans, j’étais dans le bureau de Claude Lefort, à l’École des hautes études, passablement vexée : il venait de me signifier qu’il refusait de diriger ma thèse, dont le sujet était, il faut dire, assez vaguement défini – quelque chose comme une approche féministe de Rousseau. Laissant Rousseau de côté, il ne voyait pas, me disait-il, sur quel sujet portait la revendication féministe, quel en était le mobile actuel.

– « Monsieur, lui dis-je fièrement (et d’autant plus fièrement que je n’avais rien à perdre), dans un monde où les hommes peuvent acheter le corps des femmes, il y a toujours motif à la révolte féministe. »

– Il me regarda fixement, sans se laisser intimider, et demanda : « Que croyez-vous qu’ils achètent ? »

Cette question m’est restée. Parce qu’elle est pauvre en expérience humaine, la jeunesse se paye facilement de mots. Bien entendu, les clients n’achètent pas le corps des femmes, ils ne repartent pas avec. On pourrait tout au plus affirmer qu’ils en louent une partie – c’est à ce titre qu’on rapproche parfois le travail de la prostituée de celui du masseur, de la shampouineuse ou du kinésithérapeute, tous métiers de contact physique. Cependant, clairement, la spécificité de la prostitution se perd dans ce genre de comparaisons.[access capability= »lire_inedits »] Tâchons de ne pas l’édulcorer.

Les clients n’achètent pas un corps, ils achètent un ticket d’entrée sur un théâtre d’illusions. Ils sont venus chercher des émotions fortes. Comme les vitrines d’Amsterdam ou le monde flottant de l’ancien Japon, le bois de Boulogne est une scène. Des formes de femmes y surgissent dans la lumière des phares. On a connu des mises en scène plus confortables et plus raffinées. Pour les prostituées, on ne peut guère parler de progrès.

Mais enfin, telle qu’elle est, cette scène forme pour les hommes une alternative à la vie quotidienne ; pour certains, cette alternative est vitale. Il faut ajouter que, sur ce théâtre, tous ne sont pas en quête des mêmes sensations. Outre les plaisirs variés qu’elle procure, la scène prostitutionnelle dispense au moins trois genres d’illusion.

La première est la croyance en un monde du sexe à l’état pur. Dans les rues mal famées, on trouverait le sexe en lui-même, délivré du fatras de liens sentimentaux, des attendrissements et des engagements qui l’enserrent et l’étouffent dans la vie réelle. Ici, les femmes sont idéalement disponibles. Réellement, elles « ne pensent qu’à ça ». Ici s’exerce comme en rêve la toute-puissance phallique : où je veux, quand je veux. Il va de soi que les moralistes et les femmes ordinaires ne sont pas à court de répliques : le sexe vénal n’est pas le sexe comme tel; on peut aussi soutenir que la toute-puissance, comme l’emportement tyrannique, est la ruine de la puissance car, en amour comme en politique, la puissance ne s’affermit qu’en se limitant. N’entrons pas dans ce débat. Avant de dégonfler une illusion, il faut la prendre en compte. Que la prostitution fasse apparaître le sexe comme tel, cela tombe sous le sens. Le deuxième genre d’illusion est moins apparent. Il faut se rappeler que les hommes sont classés par les femmes dont ils disposent. Il est courant qu’un homme riche s’affiche avec une actrice, un mannequin, une Miss.

Ce lien entre la puissance et la beauté faisait le fond de l’argument de Michel Houellebecq : la hiérarchie de la réussite sociale est redoublée par une hiérarchie de la réussite sexuelle, de sorte que les vainqueurs sur un plan sont aussi les jouisseurs sur l’autre plan. Là encore, il y a bien des objections : si la concurrence des mâles pour la jeune et jolie fille est un fait indéniable, la monogamie chrétienne complique certainement le jeu. La femme de Bill Gates ne confirme pas la vision de Houellebecq. Reste que cette vision est répandue, particulièrement chez les perdants : bien des hommes ont le sentiment d’être exclus des places enviables dans le monde du travail, et repoussés par les femmes aimables dans le monde du loisir. À tous ceux qui enragent d’être dans de mauvais draps, la prostitution offre une compensation imaginaire, une échappatoire pour éviter, mitiger ou voiler la dure hiérarchie des mâles entre eux. Soudain, le perdant peut jouir des faveurs d’une jeune blonde, d’une

Noire ou d’une brune. D’un coup de baguette magique, l’homme lambda s’égale au mâle alpha. Égalité provisoire, égalité imaginaire, mais égalité tout de même. La vie l’avait mal servi, la prostitution répare magiquement ce triste sort, ou du moins jette par-dessus le voile d’une illusion.

La prostitution desserre l’étau. Cette illusion est moins consolatrice que vengeresse. Elle concerne uniquement le rapport des hommes aux prostituées, car les femmes ne se mesurent pas entre elles de cette façon, par l’attrait physique de leurs compagnons respectifs. De ce point de vue, les femmes sont classantes car elles ne sont pas classées. Bien sûr, il arrive qu’un gigolo soit désiré pour son charme et sa jeunesse, mais pas parce qu’il est une arme contre d’autres femmes, une preuve de supériorité sur elles : à ma connaissance, cette motivation n’existe pas.

Le troisième genre d’illusion est l’illusion amoureuse elle-même. Il ne faut pas méconnaître sa puissance persévérante, dans des conditions qui semblent l’exclure. Cette fois, le motif est mixte. Pour les femmes vieillissantes comme pour les hommes de tous âges, ce n’est pas forcément l’orgasme qu’on achète, ce peut être aussi le souvenir que l’amour existe. Le recours à la prostitution apparaît dans le parcours de grands poètes érotiques comme

Verlaine ou Auden. Ce dernier disait, à la fin de sa vie, que seuls les Philistins – c’est-à-dire les bourgeois – méprisent le sexe vénal. Venant de lui, ce mot donne à penser. Celle ou celui qui vend ses charmes peut être le dernier refuge de l’amour sur terre, la dernière auberge, aussi incommode et triste qu’on voudra, mais qui accueille encore quand tout s’est refermé. Avant de la dire sordide, il faudrait savoir si la vie absolument privée d’Eros ne l’est pas davantage.

Entre le dégoût de la réalité et le charme poignant du mensonge vénal, c’est-à-dire entre l’absence d’amour et son triste reflet, il faut espérer ne jamais devoir choisir.

La prostitution est une scène sur laquelle se joue une représentation. C’est cela qu’on y achète. Toute prostituée est donc aussi une actrice. Elle est pourvoyeuse d’illusions diverses qui peuvent être brutales, vengeresses ou consolatrices selon que le client recherche auprès d’elle l’accès à la sexualité comme telle, l’abolition de la hiérarchie sociale ou la persévérance de l’illusion amoureuse. Certes, la représentation qu’ordonne la prostituée est très particulière puisqu’elle est en même temps une réalité. Il se passe quelque chose dans la passe, comme il se passe quelque chose au cours d’une corrida, autre cas de spectacle réalisant.

L’actualité du fait physiologique – l’agonie de l’animal ou l’orgasme du client – cloue à la représentation : c’est maintenant que ça se passe. Comment ne pas comprendre la répugnance pour cette brutalité effective ? Ce qui attache le spectateur à ce genre de représentation est barbare.

Pourtant, dans les deux cas, le spectacle existe aussi pour lui-même, et ce spectacle est cosa mentale. Il répond, sur un mode esthétique et imaginaire, au besoin d’autre chose que la vie ordinaire. Je n’imagine certes pas qu’il comble ce besoin : j’espère de tout mon cœur que les clients repartent Gros-Jean comme devant, mon vœu est qu’ils finissent par sentir le néant de ce qu’ils achètent, et qu’ils parviennent à nouer un rapport au féminin moins brutal et plus heureux. L’intercompréhension des sexes, telle est la seule perspective qui convienne à la société mixte. Le projet socialiste de prohibition ne fait pas avancer d’un millimètre dans cette direction. Appuyé sur un nouveau féminisme vindicatif et répétitif, il en barre le chemin.[/access]

*Photo : Jacques Brinon/AP/SIPA. AP21415994_000001.

Gaza : l’UE paie des fonctionnaires pour qu’ils ne fassent rien

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Il fut un temps, hélas définitivement révolu, où quelques grands journaux, comme France Soir, étaient tellement riches qu’ils pouvaient se permettre de recruter des « plumes » à prix d’or sans exiger d’elles d’écrire le moindre article. C’est ainsi que son directeur, Pierre Lazareff, engagea, entre autres, Françoise Sagan, à seule fin de l’empêcher de mettre son talent et sa notoriété au service de la concurrence.

Ce modèle économique n’est pas complètement mort : un rapport de la Cour des comptes de l’Union européenne pointe le fait que l’Autorité palestinienne continue de verser, depuis 2007, les salaires de plusieurs dizaines de milliers de fonctionnaires de Gaza, affiliés au Fatah, à condition qu’ils ne se mettent pas au service du Hamas, qui a pris le pouvoir dans ce territoire. Bruxelles verse annuellement une somme de 1 milliard d’euros à l’AP et assure à hauteur de 20% le paiement des salaires de ses fonctionnaires. Alors que le rapporteur de la Cour des comptes, le suédois Hans Gustaf Wessberg, estime que l’argent de l’UE serait mieux employé dans d’autres projets, notamment en Cisjordanie, le porte-parole de la Commission, Peter Stano, défend ce système : «  Si l’Autorité palestinienne cesse de les payer, qui pourra assurer leur subsistance et celle de leurs familles ? » affirme-t-il «  Sans revenus, ils risquent de se tourner vers des extrémistes avec lesquels nous n’avons aucun contact ». Pierre Lazareff, dit « Pierrot-les-bretelles » doit, là où il se trouve, suçoter dubitativement le tuyau de son éternelle bouffarde en se voyant doté d’une telle postérité…

 

Libye, Mali, Centrafrique : peut-on se battre sur tous les fronts ?

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armee mali centrafrique

La France est une puissance militaire devenue championne dans l’art de faire les choses à moitié. Alors que 2800 soldats poursuivent l’opération Serval et doivent déjouer quotidiennement des tentatives d’attentats perpétrées par des groupuscules favorables à la scission du Mali, la France se lance dans l’opération Sangaris en Centrafrique pour éviter un nouveau Rwanda.

Et pourtant, un autre front reste en suspens. Après les interventions conjointes de la France et de ses alliés de l’OTAN, la situation n’est toujours pas réglée en Libye. Si le bourbier malien se poursuit, c’est en partie parce que l’Etat libyen est un état fantôme qui ne contrôle plus ses frontières. Trafics d’armes, de drogues et de clandestins, le Sahel est la proie de bandes armées qui agissent en toute impunité. La déshérence du nouveau gouvernement favorise la porosité des frontières et la circulation d’un pays à l’autre des combattants islamistes. Mais la politique française actuelle aime les bourbiers. Non contente d’ouvrir un deuxième front en Centrafrique, elle pense pouvoir pacifier le Mali sans une intervention en Libye. De ce fait, elle essaie de combler un puits sans fond.

À vrai dire, les armées françaises déployées sur de multiples théâtres d’opération sont au four et au moulin. Elles agissent contre des milices islamistes pour sécuriser l’Europe en amont avec les deniers de la France et sans participation financière des alliés européens. Chasser Kadhafi du pouvoir relevait du vœu pieu officiel d’amener la démocratie en Libye. On sait ce qu’il en est aujourd’hui.

Les anciennes rivalités entre tribus que le dictateur avait réussi à contrôler se sont réveillées. C’est désormais la voix des armes qui prévaut et non celles des politiques. Sans armée nationale solide, l’Etat fantôme ne peut faire face. Malgré la promesse des Américains de former 8000 soldats libyens, une guerre civile à peine larvée menace le pays. Pis, le groupe radical Ansar Al-Sharia s’est implanté durablement à Syrte et à Benghazi et apporte un soutien logistique essentiel aux combattants jihadistes qui harcèlent les troupes françaises.

Le récent assassinat d’un enseignant américain, ainsi que la fermeture d’un dispensaire tenue par des sœurs qui soignaient gratuitement des personnes de toute confession, donnent une idée du climat dans lequel la Libye sombre. Désormais, les miliciens adverses s’entretuent pour asseoir leur domination sur des territoires. Par conséquent, cette insécurité permanente ne permet plus l’exploitation des ressources pétrolifères du pays. Ainsi, la production d’or noir, tombée à un niveau historiquement bas, affaiblit un peu plus le pouvoir central. Et, les tribus et milices se déchirent pour savoir hypothétiquement qui profitera de l’argent du pétrole.

A priori, on doute qu’il sera redistribué aux civils terrés chez eux. La Libye divisée inquiète les instances internationales. Le 9 décembre, l’un des ordres du jour au Conseil de Sécurité de l’ONU concernait toujours la situation du pays. En effet, le 28 novembre dernier, après une demande du secrétaire général Ban Ki-Moon, les Nations Unies ont voté l’envoi de 235 hommes. Cette force, la MANUL, est censée protéger le personnel onusien ainsi que les bâtiments officiels. En outre, si la situation se détériore encore, l’on s’interroge de plus en plus sur l’éventualité d’une deuxième intervention de l’OTAN. Mais, les atermoiements persistent.

Pendant ce temps, héroïquement, les troupes françaises font leur devoir sur plusieurs fronts en Afrique et l’Etat français dédaigne celui qu’il aurait fallu rouvrir en priorité. Malgré les sollicitations croissantes des Armées à l’extérieur, le livre blanc prévoit la suppression de 24000 postes en 2013. Ni au Mali, ni en Centrafrique, la durée de la mission n’est connue. La France a des ambitions sur la scène internationale mais les budgets et le personnel destinés à les soutenir diminuent. Vaille que vaille, il n’en reste pas moins que c’est seule qu’elle se retrouve dans des zones que l’on sait d’emblée impossible à sécuriser rapidement. Bravement, la France maintient encore l’illusion de son rang mais pour combien de temps ?

*Photo : NELSON RICHARD/SIRPA/SIPA. 00650820_000010.

Putes : de la théorie à la pratique

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putes chinoises paris

Ce n’est pas tout d’être l’un des 343 « salauds » qui a signé le manifeste  « Touche pas à ma pute » publié par Causeur. Encore faut-il passer de la théorie à la pratique. Ce que je me suis empressé de faire. J’ai choisi le domaine  que je connais le mieux : l’Asie. Et je me suis mis en quête, par le biais d’Internet, d’escort-girls japonaises ou coréennes. L’offre est quasiment illimitée, mais le plus souvent trompeuse (je l’ai appris à mes dépens).[access capability= »lire_inedits »]

Le marché est dominé par les Chinoises. Et, comme dans la restauration, si vous voulez trouver un vrai restaurant japonais, il vous faudra une persévérance à toute épreuve. Mais, après tout, pourquoi pas une pauvre Chinoise, surtout si les photos sont alléchantes ?

Je me suis donc retrouvé à trois reprises dans des studios des 6e et 14e arrondissements avec des partenaires dont les prix oscillaient entre 150 et 300 euros.

Les jeunes femmes, la trentaine environ, ne correspondaient en rien à l’image qu’elles voulaient donner d’elles-mêmes sur les sites pornos. Je m’y attendais, la naïveté n’étant pas mon principal défaut. En revanche, je ne m’attendais pas à des rencontres aussi pauvres dans l’échange et aussi techniques. À chaque reprise, j’ai eu l’impression d’être traité comme un porc dans une porcherie industrielle. Certes, j’ai bandé (je salue leur technique), mais dans une ambiance totalement déshumanisée. Pour l’affection, on repassera. Pour la douceur aussi. Aucune ne m’a autorisé à la filmer… même en doublant ou triplant les prix.

Sont-elles vraiment indépendantes, comme elles le prétendent? J’en doute fort, car leur connaissance du français ou de l’anglais est quasi nulle.

Celles qui se font passer pour des Japonaises ne savent qu’ânonner quelques mots en japonais. Si elles sont « protégées », je plains leur protecteur, car elles ont des caractères en acier trempé. Ce ne sont en aucun cas des « paumées » dont il serait aisé d’abuser. Si j’en juge d’après le nombre d’appels qu’elles reçoivent en une heure, leurs affaires sont prospères. Meilleures que celles d’un dentiste parisien.

Je n’ai jamais eu le sentiment d’être un « salaud », mais plutôt – tout au moins à leurs yeux – un gogo dont elles se chargeraient vite fait bien fait de vider tout à la fois le portefeuille et la divine semence. Évidemment, si j’avais de surcroît dû payer une amende de 1 500 euros, j’aurais trouvé l’addition salée. Pour une somme raisonnable, j’ai l’impression d’avoir enrichi mes connaissances anthropologiques. Et d’avoir pu vérifier une fois de plus que, si les hommes se paient le corps des femmes, les femmes, elles, se paient la tête des hommes.[/access]

*Photo : GELEBART/20 MINUTES/SIPA. 00646670_000012.

Les mots pour le dire

peillon zep prepas

Comment formuler l’objet de son exécration ? Comment trouver le mot exact ? « Touche pas au grisbi, salope ! » Ah, ce « salope », quelle trouvaille ! Ah, comme Georges Lautner et Michel Audiard me manquent !

Brunetière, en 1898, trouve « intellectuels » et « intellectualisme »  pour désigner Zola et sa clique dreyfusarde : de la part d’un critique littéraire, professeur à l’ENS, et Académicien, c’était savoureux de réfuter en un mot l’intellect qui le faisait vivre. Pompidou, en mai 1968, trouve, pour résumer l’opinion de De Gaulle, le slogan (admirablement torché, ma foi) « La réforme, oui ; la chienlit, non ». La manifestation gaulliste du 30 mai 68 est sortie de cette formule.

Vincent Peillon, lui, c’est « conservatisme » (au pluriel, parfois) et « élitisme ». Deux gros mots, prononcés du bout des lèvres, avec cette moue insultante que le ministre affectionne : « « Le conservatisme et l’élitisme sont en train de s’organiser », lâche-t-il au moment où les enseignants des classes préparatoires se battent à la fois pur préserver leurs salaires, leurs conditions de travail, et, à terme, le salaire et les conditions de travail de tous leurs collègues, du premier et du second degré. Car personne ne peut croire que l’attaque au missile sur ce confetti que représentent les Classes préparatoires aux Grandes Ecoles ne soit pas un tir d’essai avant ‘offensive générale sur les salaires. Les fonctionnaires, en France comme en Espagne ou en Grèce, sont une cible trop facile pour qu’on résiste à la tentation de l’éparpiller façon puzzle, comme disait Raoul dans les Tontons flingueurs.
Le truc, c’est d’associer « conservatisme » et « élitisme ». De faire croire qu’il y a un lien organique (puisque syntaxique) entre eux. Un peu comme si j’associais, pour caractériser Peillon, le PS et ceux qui s’en inspirent, « modernisme » et « médiocrité ».

Quoique… « Conservatisme », ma foi, est pris en mauvaise part depuis si longtemps que j’aurais mauvaise grâce d’en défendre même l’idée. Encore que si c’est être conservateur, en matière scolaire, que de vouloir que chaque élève s’élève (justement…) au plus haut de ses capacités, oui, je suis conservateur, et tous les parents derrière moi. Mais « élitisme »… Dans un monde drogué aux classements sportifs et aux performances extrêmes, pourquoi cette critique de tout ce qui permet d’aller jusqu’au bout de soi-même — et un peu au-delà ? L’élitisme, n’est-ce pas, c’est cela, et rien d’autre. Le goût du travail mieux que bien fait, cette poursuite d’un apex scolaire qui friserait la perfection, la beauté à portée de main et d’esprit.

En répugnant ainsi à l’élitisme, Vincent Peillon s’engage sur une voie dangereuse — mais malheureusement conforme à la réalité, surtout celle de son ministère. Depuis trente ans (et un peu plus) que les pédagos les plus convaincus ont fait main basse sur l’Ecole de la République, nous assistons à l’orchestration de la médiocrité, de la pauvreté d’esprit, de l’impuissance érigée en principe. Jospin, en 1989, a fourni le cadre légal à cette exaltation de l’à-peu-près et du n’importe-quoi. Puis un réseau serré d’inspecteurs, de prophètes et de didacticiens fous a porté la bonne parole, via les IUFM, et, demain, via les ESPE version Peillon. On prend les mêmes et on enfonce le clou.

Evidemment, en fustigeant ainsi l’élitisme, on fait œuvre pie — et électorale. Les bons esprits sont, par définition, moins nombreux que les bras-cassés. Dire que l’élève doit construire lui-même ses propres savoirs (même l’adulte en est parfaitement incapable, alors, la petite bête brute qu’on appelle un enfant…), c’est inciter tous ceux qui ne pensent pas à exprimer très fort leurs opinions.
Et ils ne s’en privent pas, les bougres. Il suffit de fréquenter certains forums d’enseignants pour voir la bêtise s’étaler au nom de la liberté d’expression — autre principe formateur de cette même loi criminelle de juillet 89 : pour le bicentenaire des Droits de l’Homme, Jospin a sacralisé les droits immortels de la bêtise satisfaite (pléonasme, n’est-ce pas…), du poncif érigé en vertu, de l’horreur pédagogique institutionnelle. La liberté d’expression est le concept inventé par les insuffisants mentaux pour s’arroger le pouvoir — le pouvoir de dire, déjà, puis le pouvoir tout court, au nom de la « démocratie », qui se révèle désormais pour ce qu’elle était dès le départ : la perversion de la République [1. Voir Montesquieu, qui dans l’Esprit des lois (Livre III) prévoyait déjà les délires de la « majorité » devenue tyran dans un système sans « vertu ». Et au Livre IV, chapitre V, lire l’admirable analyse des principes de l’éducation d’un gouvernement républicain.]. Un peu comme le christianisme, selon l’analyse de Nietzsche, est la religion des impuissants. Le succès de l’un et de l’autre ne prouve en rien leur légitimité, et on ne cesse d’être impotent, ou faible d’esprit, sous prétexte qu’on est plusieurs.

Masi c’est à eux que doit logiquement s’adresser un ministre qui cherche à rester populaire. En stigmatisant les profs de prépas, Vincent eillon a cherché à semer dans le corps enseignant des germes de division, d’autant plus facilement que dans ces temps de restrictions financières (cela fait quatre ans que l’on n’a pas revalorisé le point d’indice, cela fait quinze ans que Claude Allègre, le modèle de Peillon, a arbitrairement baissé de 17% la rémunération des heures sup), on joue sur du velours en désignant à la vindicte populaire ceux qui gagnent un peu mieux leur vie.
Je crois pourtant que cette tentative de division démagogique fera long feu. D’abord parce que les prépas sont le premier étage de la fusée — et que d’autres mesures suivront, et que l’on n’attrape pas les mouches avec de bonnes paroles. Les profs de ZEP, soi-disant bénéficiaires des allègements de revenus (20%, quand même) infligés à leurs collègues de CPGE, verront leur feuille de salaire augmentée de 8 euros (si !). Byzance !
J’ai enseigné 12 ans en ZEP. Je sais ce que cela signifie de tension nerveuse, de peur parfois, d’espoirs déçus, et de volonté de faire progresser des enfants arrivés en lambeaux que l’on doit recoller sans plus de moyens que les autres. Je sais aussi que la rémunération est à des années-lumière de ce qu’elle devrait être, et que ce n’est pas 8 euros qui achèteront la conscience malheureuse d’enseignants confinés dans des établissements-poubelles.
La « refondation » de l’Ecole, dont le ministre se gargarise tous les quatre matins, aurait dû — aurait pu — se concentrer sur les programmes et sur la redistribution intelligente des 64 milliards d’euros de budget de la rue de Grenelle. Mais d’intelligence, nous l’avons bien compris, il n’en est pas question. Ce n’est pas populaire, l’intelligence, surtout auprès de tous les imbéciles dont la caractéristique est justement de se croire intelligents, qu’ils soient ministres, membres du SGEN ou de l’UNSA, ou piliers de bistrots. Non, ce qui est populaire, c’est la mise au pilori des « élites ». En brisant les prépas aujourd’hui, les Grandes écoles demain, Peillon suggère fortement aux élites d’aller se faire voir ailleurs — par exemple à Londres où Paris-Dauphine vient d’installer une antenne payante. Ou faut-il désormais écrire « peillante », tant les décisions du ministre ont pour effet immédiat (l’a-t-il pensé seulement ?) de libéraliser encore un peu plus un système auquel la Droite n’avait pas vraiment touché ? Détruire dans l’Ecole ce qui marche le mieux, ne plus donner de but aux élèves qui, au collège et au lycée, se décarcassent, et aux profs qui les forment, contre vents, marées, sinistres et ministres, c’est inciter à multiplier les structures privées, que seuls pourront s’offrir ceux qui déjà se les offrent. Peillon, c’est Bourdieu réhabilité, les héritiers au pouvoir, la reproduction bien en place. Tout ça en prétendant faire le contraire — mais le contraire, justement, ce sont les prépas, et ceux qui les alimentent, de l’école primaire au lycée.

Alors oui, si le « conservatisme » et « l’élitisme » consistent à croire encore que l’on n’a pas besoin d’avoir une cuiller en argent dans la bouche pour accéder aux formations les meilleures et aux emplois rémunérateurs, oui, je suis conservateur et élitiste — et les autres sont des crapules.

*Photo : MEUNIER AURELIEN/SIPA. 00671094_000036.

Mandela, le rugby, le pardon

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nelson mandela rugby

Le rugby est une chose essentielle. Les Anglais disent du football : « ce n’est pas une question de vie ou de mort, c’est beaucoup plus important que cela ». Le rugby, c’est encore pire. Ce n’est pas un sport universel, il entretient avec l’histoire et la culture des pays où il s’est implanté des rapports très particuliers. La Nation néo-zélandaise n’existe pas. C’est une équipe de rugby qui a un État, c’est tout. En 1951, lors du tournoi des cinq nations, les Français affrontent les Anglais à Twickenham. Pour la première fois de l’Histoire, ils peuvent l’emporter. Mais épuisés, ils reculent. Jean Prat, leur capitaine, leur hurle alors cette apostrophe : « ils vous ont emmerdé pendant cent ans et vous ne seriez pas capables de tenir 10 minutes ? ». Il y a aussi l’histoire de Bob Deans ce fermier néo-zélandais qui se vit refuser un essai qui aurait permis à son pays de battre le pays de Galles et terminer invaincu, la tournée légendaire menée par Rory Gallaher en 1905. Sur son lit de mort, les dernières paroles de  Bob Deans furent naturellement : « cet essai, je l’avais marqué. »

Avec l’Afrique du Sud ce fut toujours très difficile. Là-bas, c’était le sport des Afrikaners qui y avaient injecté leur brutalité et leur arrogance. Les Français, pour la première fois, y firent une tournée en 1958. Homérique, elle se conclut, le 16 août, par la victoire française en test-match à Johannesburg. Abominable humiliation pour les blancs, qui se considéraient comme les meilleurs du monde n’ayant que mépris pour les Néo-Zélandais qui faisaient jouer des coloureds maoris. Pendant cette tournée, les quelques spectateurs noirs parqués dans des tribunes spéciales applaudissaient les Français, les blancs leur lançaient des bananes….

Tous les matches suivants entre les deux équipes furent compliqués, tendus et souvent brutaux. Les Afrikaners voulaient se venger, et les coqs français refusaient de reculer. Image célèbre de Jean-Pierre Rives, capitaine sonné et ensanglanté, à la dérive sur le terrain et refusant de quitter ses partenaires malgré les objurgations de l’arbitre : « Jean-Pierre, il faut sortir, ils vont vous tuer » réponse de Casque d’or : « sortir, mais pour aller où ? ». Le sommet fut atteint lors de la tournée de 1971. Depuis un an, les Sud-africains acceptaient que figurent dans les équipes étrangères qu’ils affrontaient des joueurs de couleur. La France avait sélectionné un poids plume noir de 75 kg, Roger Bourgarel, qui faisait l’objet à chaque match d’attentions particulières (sept points de suture au cuir chevelu après le premier test). « C’est là que j’ai pris conscience d’être noir. Avant, je ne m’étais jamais intéressé à cela, ça ne m’était jamais apparu comme quelque chose d’important. Mais là… ». Il ignorait qu’il venait d’un pays, qui comme nous le dit tous les jours Libération, est complètement gangrené par le racisme… Le 19 juin 1971 eu lieu, à Durban devant un stade blanc médusé et silencieux, la plus grande bagarre de l’histoire du rugby international. Emmenés par quelques glorieux « grands arbres », Dauga, Bastiat, Claude Spanghero, les Français refusèrent que l’on s’en prenne de nouveau à « Boubou ». Une légendaire « partie de manivelle » qu’il est un privilège d’entendre raconter par ceux qui en furent (au cours, par exemple d’une dégustation comparative de grands armagnacs conduite par Dauga,  grand spécialiste). Les Sud-africains prirent conscience qu’ils allaient avoir le dessous. Charles Marais leur capitaine vint trouver Benoît Dauga dans l’invraisemblable mêlée : «C’est fini, Benoît ? » « C’est comme il vous plaira » lui répondit le capitaine Montois. « Si vous voulez vous battre, on se bat. Si vous voulez partir, on s’en va. Si vous voulez qu’on joue, on joue ». « On joue » s’inclina Marais.

L’équipe d’Afrique du Sud fut par la suite bannie de compétitions et de tournées, l’apartheid obligeant les Noirs à ne jouer qu’entre eux.

Ayant été personnellement et professionnellement impliqué dans le combat mené de l’extérieur contre ce système, j’en avais acquis une petite expérience. J’étais très pessimiste sur l’issue. Profondément ému par la libération de Mandela, par la fin proclamée de l’apartheid, je pensais cependant que tout cela risquait de mal finir. Trop de violences, trop d’humiliations, trop de souffrances, trop de peurs. Toujours inquiet, je regardais à la télévision un an après l’élection de Mandela à la présidence, la coupe du monde de rugby 1995 qui se déroulait dans son pays de retour dans la communauté sportive internationale. Le jour de la finale qui opposait  l’Afrique du Sud à la Nouvelle-Zélande, je reçus, incrédule, le choc de son entrée sur le terrain, avant le match, revêtu du maillot Springboks portant le numéro 6. Celui de François Pieenar, le capitaine. Comment, le symbole, l’icône du combat contre l’apartheid, venait soutenir et rendre hommage à l’équipe qui en était l’incarnation ? Geste inouï, geste qui me fit prendre conscience jour-là, que la guerre était finie.

Je ne me suis pas intéressé aux surenchères dont la disparition de Mandela a été l’occasion. À l’émotion sincère se sont ajoutés de curieux spasmes d’adoration, de l’ignorance et de la mesquinerie qui en disent long sur l’époque. Au-delà de la magnifique humanité du personnage, je veux garder la conviction, au travers de la leçon donnée ce jour-là, que la politique peut toujours faire quelque chose. Et bien sûr, que le rugby est vraiment essentiel.

 *Photo : Ross Setford/AP/SIPA. AP21492754_000003;

 

Nos excuses à David Serra et aux éditions Ring

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En septembre 2012, Causeur a publié un billet de Jacques de Guillebon intitulé « Dantec, une renaissance », recension personnelle du conflit qui opposait Maurice Dantec à son ancien agent David Serra. En se basant uniquement sur les déclarations de Maurice Dantec pour qui Jacques de Guillebon a pris parti sans précautions comme d’autres blogueurs par ailleurs, notre auteur n’a pas mené d’enquête en écoutant uniquement les arguments d’une des parties, son article s’appuyant sur des informations dénuées finalement de tout fondement. Après avoir eu connaissance de nombreux éléments, comme celui où l’auteur lui-même exigeant de son ancien agent dès 2005 de le couper de tous ses principaux contacts parisiens, nous présentons ici même nos plus sincères excuses à David Serra et à sa famille pour l’injustice des propos tenus à son encontre.

Pourquoi Noël a supplanté Pâques

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noel paques jesus

noel paques jesus

Noël reste, de très loin, la fête chrétienne la plus populaire. Mais cette prédilection est-elle un signe de bonne santé spirituelle ? Au risque de  jouer les trouble-fête, il est permis d’en douter. Expliquons-nous. En donnant la priorité, dans son affection, à la Nativité au détriment de Pâques, l’opinion la lui accorde également dans sa « théologie », aussi sommaire que soit cette dernière. Si un sondage interrogeait les Français sur l’événement liturgique le plus important du christianisme, il y a de fortes chances en effet que la Nativité soit désignée comme le sommet des célébrations de la religion initiée par le Christ.

Or, il n’en est rien. C’est Pâques qui constitue le moment décisif de l’année liturgique, le centre autour duquel gravitent toutes les autres fêtes, Noël, l’Assomption ou la Toussaint. Malheureusement, cette donnée fondamentale de la foi n’est plus intégrée par la majorité de la population. Dans son esprit, Noël a pris la place de Pâques. Plusieurs raisons expliquent cette éviction. Je ne m’attarderai pas ici à les énumérer toutes. Je me pencherai plutôt sur ce dont cette éviction de Pâques est le signe en ce qui regarde la compréhension du christianisme par une bonne partie de l’opinion, et ce que nous pouvons en conclure relativement à la santé spirituelle de nos contemporains.

En faisant passer Noël avant Pâques dans l’ordre d’importance des célébrations, nos pays sécularisés font déjà l’économie du carême ! Sans doute ignorent-ils que l’Avent reste pour les chrétiens orthodoxes une rude période de jeûne. Mais pourquoi leur demander de connaître la tradition des autres alors qu’ils ignorent la leur? Toujours est-il que dans l’esprit de beaucoup de personnes, se préparer à Noël est moins ardu que faire place nette dans son esprit à la mort et la résurrection de Jésus. Effeuiller jour après jour un improbable « calendrier de l’Avent », ce n’est pas la mer à boire ! Ainsi placer la Nativité devant Pâques, cela équivaut déjà à se faire  du christianisme une conception de religion assez facile, assez « light ». Seuls le sport ou la promotion professionnelle osent encore nous parler d’ascèse, ou de travail sur soi, sans craindre que nous nous hérissions. Dans ce domaine, la religion (chrétienne) se tient coite. Comme si elle avait à se faire pardonner d’avoir trop prêché l’abstinence, la mortification, par le passé! Cependant une religion qui « parle au coeur » directement, toute souriante, sans effort,  est-ce encore une religion que l’on continue à prendre au sérieux? Il n’est pas interdit de se poser la question, un peu dérangeante avouons-le, en cette période où l’on ressort les santons des cartons, où l’on apprête le sapin.

Deuxièmement, en brûlant dans l’opinion la priorité à Pâques, la fête de Noël devient le signe (à son insu!) que notre culture marche désormais à l’affectif, à l’émotion. Quoi de plus bouleversant en effet qu’un  nouveau-né? On nous objectera qu’un supplicié est tout aussi émouvant, sinon plus. Alors pourquoi l’enfant de la crèche prend-il le pas sur le condamné du Golgotha? C’est que nous n’aimons pas trop nous pencher sur la mort. S’apitoyer, oui. Fondre devant un bambin, encore plus. Mais regarder la mort en face: il existe des spécialistes pour cela maintenant. Ils exercent généralement dans des lieux eux-mêmes spécialisés, appelés « hôpitaux » ou « maison de retraite ». La société leur délègue volontiers cette tâche ingrate. Quant à la « religion », elle prendra le relais une fois le décès dûment constaté. Mais dans l’intervalle, qu’on nous fiche la paix avec la mort !

À ce niveau, incontestablement Noël est davantage en phase avec la disneylandisation des esprits que le Triduum pascal. La postmodernité peut même se permettre le luxe de ramener l’événement de la crèche à un conte sentimental, une féerie bon marché, quasi-mythique (« Trop beau pour être vrai! »), tout en continuant à jouir de sa « magie », sans que cette incrédulité ne vienne gâcher la fête. En revanche, Pâques se prêtre plus difficilement à une telle réduction. Même si on n’y croit plus, c’est un peu trop fort de café. Le citoyen de la cité séculière n’est plus habitué à ce qu’on lui parle si durement, si crûment, et sur des sujets aussi importants. Il reste psychologiquement trop fragile pour ne pas être durablement traumatisé par l’évocation de la mort en croix du Fils de Dieu. Alors silence! Revenons-en au bambin de Bethléem et restons-en là. Devenu grand, celui-ci n’aura qu’à faire comme nous pour s’éviter les emmerdem…du Golgotha: ne pas grandir, prendre le moins de responsabilité possible, en se déchargeant sur l’Etat Providence du soin de le conduire au bonheur, au lieu de dire leurs quatre vérités à tous ceux qu’il croisera sur son chemin.

Si Noël prévaut sur Pâques, cela tient aussi à ce que la question du salut est devenue inaudible pour nos contemporains. La notion de progrès (même si elle a pris entre-temps quelques plombs dans l’aile elle aussi) s’est substituée à celle de la rédemption. Que l’Incarnation soit un mystère salvifique passe à mille lieux au-dessus de leur tête. Pour ceux qui se souviennent encore que l’événement célébré par les chrétiens le 25 décembre a trait à leur foi en Dieu, cette fête reste théologiquement plus buvable que Pâques. Le Dieu de Noël est infiniment plus compréhensible que celui qui envoie son Fils au supplice pour une tractation avec le péché au sujet de laquelle plus personne n’entend goutte.

L’absence de culture théologique est en effet un facteur aggravant dans cette affaire. Outre que le citoyen postmoderne ne ressente plus le besoin d’être sauvé, il éprouve de surcroît les pires difficultés, qu’il soit cultivé ou non, à saisir les tenants et les aboutissants de la mort et la résurrection du Christ, et leurs liens avec notre rédemption. Tandis que le langage de Noël lui parle instantanément. Certes les prédicateurs pourraient facilement opérer le lien entre les deux mystères. Mais seraient-ils entendus ? Les églises deviendraient-elles subitement aussi bondées pour la vigile pascale que lors de nos messes de minuit ? Rien n’est moins sûr.

Notre société, revenue de tout, de toutes les idéologies, fait la part belle à la jeunesse, à l’enfant. Atteinte d’un symptôme régressif, désirant en revenir à l’indifférenciation matricielle, elle se sent parfaitement à l’aise, en phase, avec le bambin de la crèche. En revanche, regarder en face le condamné du Golgotha, c’est une autre paire de manches ! Les postmodernes ne sont plus assez adultes dans leur tête pour le « dur langage de la Croix ».

Il n’est pas question de faire la fine bouche devant le succès perdurant de Noël, ni de jouer les rabat-joie. Que la Nativité soit synonyme de joie, même pour ceux qui ne partagent plus la foi de l’Eglise, les chrétiens ne s’en plaindront pas. Toutefois, que cette fête ait supplanté Pâques n’est pas un signe de bonne santé spirituelle. N’ayons pas peur d’en faire le constat en cette période de l’Avent. L’émerveillement qui reste le nôtre en cette période d’attente de la venue du Seigneur n’interdit pas la lucidité, et encore moins la sollicitude pour nos frères et sœurs que nous aimerions ouvrir à l’intégralité de la joie chrétienne.

 *Photo : Ramon Espinosa/AP/SIPA. AP21342677_000001.

«Aujourd’hui, le gaullisme social, c’est le FN !»

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philippe martel fn

philippe martel fn

Causeur. Vous avez récemment confié au Monde que, hormis sur l’Europe, vos convictions politiques n’avaient globalement pas changé depuis  votre adhésion au RPR au début des années 1980. Il y a pourtant un fossé entre les positions libérales que vous défendiez au côté de Jacques Chirac  et le projet social-étatiste de Marine Le Pen !

Philippe Martel. À l’époque, une grande partie de la classe politique était imprégnée de la pensée libérale des « reaganomics ». Mais je n’opposerais pas aussi frontalement l’État stratège, interventionniste et protecteur de Marine Le Pen au libéralisme économique. On peut à la fois vouloir un État fort et être favorable à la libre entreprise. Depuis la Seconde Guerre mondiale, la France cultive ces deux approches dans son économie mixte. Pendant la crise financière de 2008, grâce à ce modèle, elle a d’ailleurs mieux absorbé le choc que la plupart de ses partenaires européens.

Mais si l’on en croit Marine Le Pen, l’Union européenne nous impose des diktats libéraux qui détricotent le fameux « modèle français »…

C’est ce que j’ai, hélas, mis du temps à comprendre : derrière les traités européens se cachent des politiques économiques et sociales ultralibérales. Rétrospectivement, je crois avoir  commis une lourde erreur au RPR, à l’époque, en menant campagne pour le traité de Maastricht aux côtés de Jacques Chirac et d’Alain Juppé. Les analyses de Philippe Séguin correspondent bien davantage à ce que je pense aujourd’hui. Ce gaullisme social et souverainiste que le RPR a abandonné en se dissolvant dans l’UMP, c’est désormais le FN qui l’incarne ![access capability= »lire_inedits »]

Le souverainisme s’incarne aussi chez certains députés UMP comme Henri Guaino ou Jacques Myard. Pourquoi n’avez-vous pas tenté de défendre une ligne gaulliste à leurs côtés ?

Comment défendre une quelconque ligne dans un parti présidé par un Jean-François Copé et qui compte au moins sept prétendus présidentiables ? Depuis sa création, l’UMP rassemble des personnalités aux convictions très différentes, s’agissant de la souveraineté comme de l’économie. Mais si les anciens RPR contrôlent l’appareil, idéologiquement, c’est l’UDF qui a gagné. Cette « udéfisation » laisse au Rassemblement bleu marine un vaste espace politique.

Un espace également convoité par Nicolas Dupont-Aignan, au parcours gaulliste proche du vôtre. Pourquoi ne pas l’avoir rejoint ?

J’inverserais votre question : pourquoi Nicolas Dupont-Aignan n’est-il pas avec nous ? Je ne vois pas bien ce qui le sépare idéologiquement de Marine Le Pen. Debout la République n’a pas atteint la taille critique pour peser de manière indépendante. La logique voudrait qu’il fasse prospérer sa formation au sein du RBM.

De son côté, Dupont-Aignan critique l’aspect dynastique du FN, arguant que votre parti est aux mains d’une famille. Que lui répondez-vous ?

Marine Le Pen n’a pas hérité du parti. Elle a été élue présidente du Front national après une campagne interne très disputée. La bataille a été sérieuse, idéologique, sans bourrages d’urnes ni favoritisme.

Si les militants du FN se reconnaissent majoritairement dans la figure de Marine Le Pen, la base du parti se retrouve-t-elle vraiment dans ses discours ? On a l’impression que vos candidats locaux sont tantôt identitaires, tantôt gaullistes, tantôt libéraux, avec le rejet de l’immigration comme seul dénominateur commun.

Tout le monde adhère à la ligne mariniste. Même s’il y a des nuances et une grande liberté de pensée, les militants du Front national sont derrière leur présidente.

Même Bruno Gollnisch ?

Lorsque Marine Le Pen lui a récemment demandé d’abandonner le groupe de l’Alliance européenne des mouvements nationaux, qui comptait certains partis peu fréquentables, il l’a fait immédiatement.

Une preuve, en effet… Malgré ces gestes de bonne volonté, le FN peine à adopter une image présentable. Nombre d’électeurs reprochent à Marine Le Pen de piétiner le « pacte républicain » en stigmatisant les musulmans…

Je suis un peu juriste et je ne sais pas ce qu’est le « pacte républicain ». La France a une Constitution dont le préambule renvoie notamment à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Ça, c’est du concret. Le « pacte républicain » et les « valeurs de la République » sont des notions dont je me méfie. On emploie de plus en plus ces expressions, mais sans jamais préciser ce qu’elles recouvrent. On nous expliquera bientôt que le multiculturalisme, la diversité, le métissage ou le vivre-ensemble sont des valeurs de la République. À ce propos, je suis stupéfait que l’on n’ait pas davantage relevé les propos de Malek Boutih, qui disait récemment à Florian Philippot, en direct à la télévision : « Même si vous arrivez au pouvoir par les urnes, vous ne serez pas légitimes ! » Au motif que le Front national ne respecterait pas ce fameux « pacte républicain », certains sont donc prêts à bafouer la démocratie.

La présidente du FN a tout de même laissé entendre que des millions de Mohamed Merah en puissance allaient déferler sur nos côtes…

Les propos de Marine Le Pen ont été exploités de manière absolument scandaleuse. Elle avait simplement déclaré qu’il y aurait peut-être des futurs Mohamed Merah parmi les nouveaux arrivants. S’il y a un Merah bis, il y a peu de risques que ce soit un Thaïlandais ou un Argentin venu s’installer en France. Je ne vois pas ce qu’il y a de scandaleux à le dire.

Le tireur parisien, un certain Abdelhakim Dekhar, s’il est d’origine algérienne, n’a a priori aucun lien avec les milieux islamistes. N’exagérez-vous pas la menace intégriste, au risque de montrer du doigt l’ensemble des Français musulmans ?

Soyons pragmatiques. La question de l’islam se pose aujourd’hui en France pour deux raisons : l’afflux d’immigrés de confession musulmane et la montée du fondamentalisme.

Cela fait longtemps que la France accueille des immigrés musulmans. Mais leur nombre a littéralement explosé. En démographie, ce ne sont pas les principes, c’est le nombre qui compte. De surcroît, l’islam s’est radicalisé. Dans les années 1960, 1970 ou 1980, on n’aurait pas songé que  l’immigration puisse engendrer un Mohamed Merah. Le processus par lequel ce dernier est devenu français me semble d’ailleurs devoir être complètement revu. Nos lois sur la nationalité sont devenues aberrantes.

Merah est né en France. Reniez-vous le droit du sol au profit du droit du sang ?

Oui. On diabolise le droit du sang en insinuant qu’il serait là pour perpétuer je ne sais quelle pureté raciale. L’un de mes enfants est né à l’étranger où je travaillais. J’aurais trouvé très étrange qu’on lui donne la nationalité d’un pays qui n’était pour moi qu’un lieu de passage et dont je n’avais pas adopté la culture, même si j’en respectais scrupuleusement les modes de vie.

Mais les immigrés et leurs enfants ne sont pas simplement « de passage ». Pensez-vous qu’il existe une identité française immuable que leur présence altère ?

Étant moi-même d’origines très diverses, avec notamment du sang chinois, je serais mal placé pour défendre le principe d’une identité française pure et intangible. Mais, sans vouloir essentialiser les choses, force est de reconnaître qu’il y a bien un type français, italien ou allemand que tout le monde a en tête. Si je vous demande d’imaginer un Italien, vous vous figurerez un homme latin, sans doute catholique, plutôt qu’un Asiatique ou un Africain. Contester une telle évidence, c’est nier le réel.

Que voulez-vous dire ?

Il est beaucoup plus facile pour des immigrés issus de cultures européennes, sédentaires et judéo-chrétiennes de s’intégrer en France que pour des étrangers d’origine musulmane.

Ceci étant, il y a beaucoup d’exceptions à la règle. Je pense à Rachida Dati, modeste fille d’immigrés marocain et algérien, dont l’ascension mérite le respect. Hélas, elle a appelé sa fille Zohra, ce qui contredit son parcours. Il y a là un signal de refus de l’assimilation ou du moins une marque d’incompréhension de ce qu’elle suppose. De la même manière, je regrette que Nicolas Sarkozy, président de la République, ait donné à sa fille un prénom italien.

Pensez-vous qu’on puisse intégrer des millions de personnes en leur donnant des prénoms français ?

Bien sûr que non. Mais si l’on ne fait pas de petits efforts de ce genre, on ne se donne aucune chance d’intégration. Les bobos se moquent des Kevin et des Priscilla issus des classes populaires, mais ne voient rien à redire à l’emploi de prénoms étrangers par les élites. Deux poids, deux mesures.

Polariser le débat public sur les questions d’immigration, d’islam et d’intégration ne  crée-t-il pas un climat dangereux ? Sans vouloir nier la réalité, on peut craindre qu’une parole totalement décomplexée attise le racisme et la xénophobie.

Je crois au contraire que ce qui est dangereux c’est de considérer que le peuple n’a pas à aborder ces sujets. S’il y a un climat à déplorer, c’est plutôt l’intoxication médiatique que nous subissons de la part des professionnels de l’antiracisme. Heureusement qu’Abdelhakim Dekhar a été assez vite arrêté car, si l’affaire avait duré, on allait nous seriner, comme au début de l’affaire Merah : « Ça y est, c’est le Breivik français ! »

La garde des Sceaux a néanmoins essuyé de lourdes attaques racistes !

Soyons clairs : ces attaques racialistes sont intolérables et ridiculisent leurs auteurs. En substance, on peut résumer le message à : « Elle est noire, donc elle est moins bien. » C’est d’une bêtise sans bornes. Mais je ne pense pas que cela renvoie à un phénomène plus large dans l’opinion. Christiane Taubira a suscité la rancœur des opposants au « mariage pour tous » ou à sa politique pénale laxiste, mais si son action est critiquée, ce n’est pas parce qu’elle est guyanaise. Elle aurait été d’origine asiatique comme Fleur Pellerin ou viendrait de la Nièvre comme Arnaud Montebourg que cela n’aurait rien changé aux critiques.

Pour réconcilier les Français, vous avez dernièrement appelé à tourner la page de la guerre d’Algérie. Est-elle vraiment restée ouverte depuis 1962 ?

Je crois en effet que cette plaie est toujours vive. La France a traité les pieds-noirs en vaincus, comme si elle avait honte d’eux. Même si, en 1962, j’aurais voté pour l’indépendance de l’Algérie, je comprends la souffrance des rapatriés. On ne parle jamais vraiment d’eux, mais ils gardent en mémoire l’accueil qui  leur a été réservé à l’époque à leur arrivée en métropole.

Comment le Front national, traditionnellement attaché à l’Algérie française, pourrait-il panser cette blessure ?

C’est justement parce que le FN est lié à cette histoire qu’il peut réconcilier les mémoires. En accueillant des gaullistes comme Florian Philippot ou moi-même sans renier le passé de son parti, Marine Le Pen montre qu’elle peut réduire cette fracture entre les droites et rassembler bien au-delà.[/access]

 

*Photo : Hannah.

1984 en 2014 ?

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1984 orwell crise

1984 orwell crise

L’aspect le plus pervers du totalitarisme, c’est qu’on ne s’en rend pas compte. C’est comme la bonne santé, paradoxalement. On ne se réveille pas tous les matins en se disant « Je suis en bonne santé » ou alors, pensait Cioran, c’est le signe qu’on sera bientôt malade. Le totalitarisme, c’est la même chose. Il va de soi. Et si par hasard on se réveille un matin en se disant « je vis dans un monde totalitaire », c’est qu’on est malade. Regardez ce qui arrive à Winston Smith dans 1984 de George Orwell. C’est comme une grippe ou une dépression,  c’est une prise de conscience qui s’apparente à la fois à un malaise physique et à une maladie de l’âme. Heureusement,  il sera rééduqué dans les caves du ministère de l’Amour et à la fin il aimera de nouveau Big Brother. Le totalitarisme, c’est l’art que met un système à se présenter comme parfait et à désigner ceux qui le contestent comme des malades, des gens dont la perception de la réalité est altérée.

Alors, autant vous le dire, je dois être malade. Je cherche un policier de la pensée pour tout lui avouer. J’ai l’impression de vivre dans un monde totalitaire. Or, il est évident que notre monde n’est pas totalitaire. Le vrai totalitarisme, comme tout le monde le sait, a disparu avec la chute du Mur de Berlin. Les pays de l’Est, l’URSS étaient des pays totalitaires, n’est-ce pas ? La preuve, ils enfermaient les dissidents, souvent dans des hôpitaux psychiatriques car précisément seuls des paranoïaques ou des maniaco-dépressifs pouvaient contester l’excellence des réussites du socialisme réel.

À propos de dissident, il est où Snowden ? Quelque part à Moscou, d’après les dernières nouvelles. L’histoire a de ces renversements. Poutine, protecteur presque malgré lui d’un Winston Smith version 2.0, sûrement malade, qui a refusé de continuer à falsifier l’Histoire dans les locaux de la NSA qui ressemblent furieusement à ceux du Ministère de la Vérité. Et Assange, toujours coincé à l’ambassade d’Equateur à Londres. Depuis juin 2012 ? Ah, quand même…

Mais bon, je sais : dire que j’ai l’impression, une impression qui s’est singulièrement accentuée en 2013, de vivre dans un monde totalitaire, c’est presque indécent. Je ne me rends pas compte de la chance que j’ai. Chaque jour, j’ai pourtant des preuves visibles, tangibles de l’insoutenable liberté qui est la mienne.

Par exemple, je peux m’informer, 24h sur 24, en temps réel. Il y a les chaines infos, il y a internet, il y Ttwitter. Et c’est de ma faute, uniquement de ma faute si d’une part j’ai l’impression d’entendre toujours la même chose et d’autre part si j’ai de plus en plus de mal à hiérarchiser tout ce qui m’est si généreusement donné. Je n’ai qu’à faire un effort, me dit-on du côté de la génération Y, je préférais peut-être l’époque de l’ORTF ou des journaux papier qui tâchaient les mains ?

Je peux encore voter aux élections. Elles sont organisées régulièrement. Tout le monde a le droit se présenter. Certains amis, aussi malades que moi, me font cependant remarquer que depuis qu’ils sont en âge de voter, aucune élection n’a vraiment changé quoi que ce soit.  Que si les élections servaient à quelque chose, il y a longtemps, qu’on les aurait supprimées comme le disait Coluche, cet orwellien qui s’ignorait. N’est-ce pas la gauche à partir de 1983 (tiens, un an avant 84) qui s’est chargée de mettre le pays aux normes de ce qu’il fallait qu’il devienne, c’est-à-dire une entité territoriale permettant à la mondialisation de se déployer comme elle l’entendait ?

Ce déploiement s’est d’ailleurs poursuivi dans l’indifférence générale le week-end dernier à Bali. 160 pays de l’OMC, pendant que l’humanité pleurait Mandela, ont  signé un accord pour continuer de mettre en place la libéralisation des échanges, c’est-à-dire ce qui va façonner tous les aspects de notre existence dans les années qui viennent et nous donner un nouveau monde. Un nouveau monde qui pour le coup va vraiment nous faire regretter Mandela, au-delà de cette surenchère émotionnelle un rien suspecte, un rien stalinienne de ces derniers jours. Je ne compare pas Mandela à Staline, bien entendu, je compare les deux émotions planétaires, à la fois sincères et orchestrées, autoalimentées, qui se sont emparées de l’humanité à 60 ans tout juste d’intervalle. Je compare, de fait, deux émotions totalitaires.

Et quand bien même on se serait intéressé à ce qui s’est dit à Bali, l’OMC vous aurait expliqué à quel point elle était philanthropique et que son but était d’enrichir les pays du Tiers monde. Que répondre à tant de bonnes intentions ? Comment oser critiquer une telle pureté  d’âme ? Bien sûr, le moyen proposé pour enrichir les pays du Tiers monde, c’est de faire tomber les dernières barrières douanières des pays riches ou moins pauvres, autant dire achever la destruction des modèles sociaux péniblement mis en place au cours de l’histoire. Comme ça, on ne rendra pas forcément plus riche la population des pays pauvres mais on rendra sûrement plus pauvre la population des pays riches.

Mais non, j’exagère, je suis malade : l’OMC ne peut pas avoir autant de pouvoirs. Penser que ce sont aujourd’hui des organismes supranationaux composés d’experts non élus qui décideraient de ce que vont devenir des pays entiers, c’est très exagéré. C’est un symptôme de ma maladie, de ma paranoïa : demandez aux Grecs, au Espagnols, aux Portugais ce qu’ils en pensent. Ils vous diront à quel point c’est du grand n’importe quoi, ils vous diront heureusement que la Troïka était là pour les aider à faire un régime et perdre toute cette mauvaise graisse, ils vous diront qu’ils sont presque guéris, qu’ils n’ont plus de système de santé ni de retraites et que grâce à ça, bientôt, ô joie, pleurs de joie ! , ils pourront emprunter de nouveau sur les marchés ! Et que tout pourra recommencer comme avant !

Alors, lecteur, je t’en prie. Ne suis pas ce chemin dangereux sur lequel je m’égare. Jouis de ton ordinateur, de ton smartphone, n’écoute pas les prophètes de malheur, les Cassandre névrosées qui t’expliqueront que le Sénat vient de confirmer un vote de l’Assemblée sur la loi de programmation militaire dont un article permet l’accès à toutes des données personnelles. De toute façon, c’est comme pour le télécran, euh pardon pour la vidéosurveillance : tu n’as rien à cacher, n’est-ce pas ?

*Photo : 1984.

Qu’est-ce qu’ils achètent?

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clients prostitution zahia

clients prostitution zahia

J’avais 24 ans, j’étais dans le bureau de Claude Lefort, à l’École des hautes études, passablement vexée : il venait de me signifier qu’il refusait de diriger ma thèse, dont le sujet était, il faut dire, assez vaguement défini – quelque chose comme une approche féministe de Rousseau. Laissant Rousseau de côté, il ne voyait pas, me disait-il, sur quel sujet portait la revendication féministe, quel en était le mobile actuel.

– « Monsieur, lui dis-je fièrement (et d’autant plus fièrement que je n’avais rien à perdre), dans un monde où les hommes peuvent acheter le corps des femmes, il y a toujours motif à la révolte féministe. »

– Il me regarda fixement, sans se laisser intimider, et demanda : « Que croyez-vous qu’ils achètent ? »

Cette question m’est restée. Parce qu’elle est pauvre en expérience humaine, la jeunesse se paye facilement de mots. Bien entendu, les clients n’achètent pas le corps des femmes, ils ne repartent pas avec. On pourrait tout au plus affirmer qu’ils en louent une partie – c’est à ce titre qu’on rapproche parfois le travail de la prostituée de celui du masseur, de la shampouineuse ou du kinésithérapeute, tous métiers de contact physique. Cependant, clairement, la spécificité de la prostitution se perd dans ce genre de comparaisons.[access capability= »lire_inedits »] Tâchons de ne pas l’édulcorer.

Les clients n’achètent pas un corps, ils achètent un ticket d’entrée sur un théâtre d’illusions. Ils sont venus chercher des émotions fortes. Comme les vitrines d’Amsterdam ou le monde flottant de l’ancien Japon, le bois de Boulogne est une scène. Des formes de femmes y surgissent dans la lumière des phares. On a connu des mises en scène plus confortables et plus raffinées. Pour les prostituées, on ne peut guère parler de progrès.

Mais enfin, telle qu’elle est, cette scène forme pour les hommes une alternative à la vie quotidienne ; pour certains, cette alternative est vitale. Il faut ajouter que, sur ce théâtre, tous ne sont pas en quête des mêmes sensations. Outre les plaisirs variés qu’elle procure, la scène prostitutionnelle dispense au moins trois genres d’illusion.

La première est la croyance en un monde du sexe à l’état pur. Dans les rues mal famées, on trouverait le sexe en lui-même, délivré du fatras de liens sentimentaux, des attendrissements et des engagements qui l’enserrent et l’étouffent dans la vie réelle. Ici, les femmes sont idéalement disponibles. Réellement, elles « ne pensent qu’à ça ». Ici s’exerce comme en rêve la toute-puissance phallique : où je veux, quand je veux. Il va de soi que les moralistes et les femmes ordinaires ne sont pas à court de répliques : le sexe vénal n’est pas le sexe comme tel; on peut aussi soutenir que la toute-puissance, comme l’emportement tyrannique, est la ruine de la puissance car, en amour comme en politique, la puissance ne s’affermit qu’en se limitant. N’entrons pas dans ce débat. Avant de dégonfler une illusion, il faut la prendre en compte. Que la prostitution fasse apparaître le sexe comme tel, cela tombe sous le sens. Le deuxième genre d’illusion est moins apparent. Il faut se rappeler que les hommes sont classés par les femmes dont ils disposent. Il est courant qu’un homme riche s’affiche avec une actrice, un mannequin, une Miss.

Ce lien entre la puissance et la beauté faisait le fond de l’argument de Michel Houellebecq : la hiérarchie de la réussite sociale est redoublée par une hiérarchie de la réussite sexuelle, de sorte que les vainqueurs sur un plan sont aussi les jouisseurs sur l’autre plan. Là encore, il y a bien des objections : si la concurrence des mâles pour la jeune et jolie fille est un fait indéniable, la monogamie chrétienne complique certainement le jeu. La femme de Bill Gates ne confirme pas la vision de Houellebecq. Reste que cette vision est répandue, particulièrement chez les perdants : bien des hommes ont le sentiment d’être exclus des places enviables dans le monde du travail, et repoussés par les femmes aimables dans le monde du loisir. À tous ceux qui enragent d’être dans de mauvais draps, la prostitution offre une compensation imaginaire, une échappatoire pour éviter, mitiger ou voiler la dure hiérarchie des mâles entre eux. Soudain, le perdant peut jouir des faveurs d’une jeune blonde, d’une

Noire ou d’une brune. D’un coup de baguette magique, l’homme lambda s’égale au mâle alpha. Égalité provisoire, égalité imaginaire, mais égalité tout de même. La vie l’avait mal servi, la prostitution répare magiquement ce triste sort, ou du moins jette par-dessus le voile d’une illusion.

La prostitution desserre l’étau. Cette illusion est moins consolatrice que vengeresse. Elle concerne uniquement le rapport des hommes aux prostituées, car les femmes ne se mesurent pas entre elles de cette façon, par l’attrait physique de leurs compagnons respectifs. De ce point de vue, les femmes sont classantes car elles ne sont pas classées. Bien sûr, il arrive qu’un gigolo soit désiré pour son charme et sa jeunesse, mais pas parce qu’il est une arme contre d’autres femmes, une preuve de supériorité sur elles : à ma connaissance, cette motivation n’existe pas.

Le troisième genre d’illusion est l’illusion amoureuse elle-même. Il ne faut pas méconnaître sa puissance persévérante, dans des conditions qui semblent l’exclure. Cette fois, le motif est mixte. Pour les femmes vieillissantes comme pour les hommes de tous âges, ce n’est pas forcément l’orgasme qu’on achète, ce peut être aussi le souvenir que l’amour existe. Le recours à la prostitution apparaît dans le parcours de grands poètes érotiques comme

Verlaine ou Auden. Ce dernier disait, à la fin de sa vie, que seuls les Philistins – c’est-à-dire les bourgeois – méprisent le sexe vénal. Venant de lui, ce mot donne à penser. Celle ou celui qui vend ses charmes peut être le dernier refuge de l’amour sur terre, la dernière auberge, aussi incommode et triste qu’on voudra, mais qui accueille encore quand tout s’est refermé. Avant de la dire sordide, il faudrait savoir si la vie absolument privée d’Eros ne l’est pas davantage.

Entre le dégoût de la réalité et le charme poignant du mensonge vénal, c’est-à-dire entre l’absence d’amour et son triste reflet, il faut espérer ne jamais devoir choisir.

La prostitution est une scène sur laquelle se joue une représentation. C’est cela qu’on y achète. Toute prostituée est donc aussi une actrice. Elle est pourvoyeuse d’illusions diverses qui peuvent être brutales, vengeresses ou consolatrices selon que le client recherche auprès d’elle l’accès à la sexualité comme telle, l’abolition de la hiérarchie sociale ou la persévérance de l’illusion amoureuse. Certes, la représentation qu’ordonne la prostituée est très particulière puisqu’elle est en même temps une réalité. Il se passe quelque chose dans la passe, comme il se passe quelque chose au cours d’une corrida, autre cas de spectacle réalisant.

L’actualité du fait physiologique – l’agonie de l’animal ou l’orgasme du client – cloue à la représentation : c’est maintenant que ça se passe. Comment ne pas comprendre la répugnance pour cette brutalité effective ? Ce qui attache le spectateur à ce genre de représentation est barbare.

Pourtant, dans les deux cas, le spectacle existe aussi pour lui-même, et ce spectacle est cosa mentale. Il répond, sur un mode esthétique et imaginaire, au besoin d’autre chose que la vie ordinaire. Je n’imagine certes pas qu’il comble ce besoin : j’espère de tout mon cœur que les clients repartent Gros-Jean comme devant, mon vœu est qu’ils finissent par sentir le néant de ce qu’ils achètent, et qu’ils parviennent à nouer un rapport au féminin moins brutal et plus heureux. L’intercompréhension des sexes, telle est la seule perspective qui convienne à la société mixte. Le projet socialiste de prohibition ne fait pas avancer d’un millimètre dans cette direction. Appuyé sur un nouveau féminisme vindicatif et répétitif, il en barre le chemin.[/access]

*Photo : Jacques Brinon/AP/SIPA. AP21415994_000001.

Gaza : l’UE paie des fonctionnaires pour qu’ils ne fassent rien

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Il fut un temps, hélas définitivement révolu, où quelques grands journaux, comme France Soir, étaient tellement riches qu’ils pouvaient se permettre de recruter des « plumes » à prix d’or sans exiger d’elles d’écrire le moindre article. C’est ainsi que son directeur, Pierre Lazareff, engagea, entre autres, Françoise Sagan, à seule fin de l’empêcher de mettre son talent et sa notoriété au service de la concurrence.

Ce modèle économique n’est pas complètement mort : un rapport de la Cour des comptes de l’Union européenne pointe le fait que l’Autorité palestinienne continue de verser, depuis 2007, les salaires de plusieurs dizaines de milliers de fonctionnaires de Gaza, affiliés au Fatah, à condition qu’ils ne se mettent pas au service du Hamas, qui a pris le pouvoir dans ce territoire. Bruxelles verse annuellement une somme de 1 milliard d’euros à l’AP et assure à hauteur de 20% le paiement des salaires de ses fonctionnaires. Alors que le rapporteur de la Cour des comptes, le suédois Hans Gustaf Wessberg, estime que l’argent de l’UE serait mieux employé dans d’autres projets, notamment en Cisjordanie, le porte-parole de la Commission, Peter Stano, défend ce système : «  Si l’Autorité palestinienne cesse de les payer, qui pourra assurer leur subsistance et celle de leurs familles ? » affirme-t-il «  Sans revenus, ils risquent de se tourner vers des extrémistes avec lesquels nous n’avons aucun contact ». Pierre Lazareff, dit « Pierrot-les-bretelles » doit, là où il se trouve, suçoter dubitativement le tuyau de son éternelle bouffarde en se voyant doté d’une telle postérité…

 

Libye, Mali, Centrafrique : peut-on se battre sur tous les fronts ?

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armee mali centrafrique

armee mali centrafrique

La France est une puissance militaire devenue championne dans l’art de faire les choses à moitié. Alors que 2800 soldats poursuivent l’opération Serval et doivent déjouer quotidiennement des tentatives d’attentats perpétrées par des groupuscules favorables à la scission du Mali, la France se lance dans l’opération Sangaris en Centrafrique pour éviter un nouveau Rwanda.

Et pourtant, un autre front reste en suspens. Après les interventions conjointes de la France et de ses alliés de l’OTAN, la situation n’est toujours pas réglée en Libye. Si le bourbier malien se poursuit, c’est en partie parce que l’Etat libyen est un état fantôme qui ne contrôle plus ses frontières. Trafics d’armes, de drogues et de clandestins, le Sahel est la proie de bandes armées qui agissent en toute impunité. La déshérence du nouveau gouvernement favorise la porosité des frontières et la circulation d’un pays à l’autre des combattants islamistes. Mais la politique française actuelle aime les bourbiers. Non contente d’ouvrir un deuxième front en Centrafrique, elle pense pouvoir pacifier le Mali sans une intervention en Libye. De ce fait, elle essaie de combler un puits sans fond.

À vrai dire, les armées françaises déployées sur de multiples théâtres d’opération sont au four et au moulin. Elles agissent contre des milices islamistes pour sécuriser l’Europe en amont avec les deniers de la France et sans participation financière des alliés européens. Chasser Kadhafi du pouvoir relevait du vœu pieu officiel d’amener la démocratie en Libye. On sait ce qu’il en est aujourd’hui.

Les anciennes rivalités entre tribus que le dictateur avait réussi à contrôler se sont réveillées. C’est désormais la voix des armes qui prévaut et non celles des politiques. Sans armée nationale solide, l’Etat fantôme ne peut faire face. Malgré la promesse des Américains de former 8000 soldats libyens, une guerre civile à peine larvée menace le pays. Pis, le groupe radical Ansar Al-Sharia s’est implanté durablement à Syrte et à Benghazi et apporte un soutien logistique essentiel aux combattants jihadistes qui harcèlent les troupes françaises.

Le récent assassinat d’un enseignant américain, ainsi que la fermeture d’un dispensaire tenue par des sœurs qui soignaient gratuitement des personnes de toute confession, donnent une idée du climat dans lequel la Libye sombre. Désormais, les miliciens adverses s’entretuent pour asseoir leur domination sur des territoires. Par conséquent, cette insécurité permanente ne permet plus l’exploitation des ressources pétrolifères du pays. Ainsi, la production d’or noir, tombée à un niveau historiquement bas, affaiblit un peu plus le pouvoir central. Et, les tribus et milices se déchirent pour savoir hypothétiquement qui profitera de l’argent du pétrole.

A priori, on doute qu’il sera redistribué aux civils terrés chez eux. La Libye divisée inquiète les instances internationales. Le 9 décembre, l’un des ordres du jour au Conseil de Sécurité de l’ONU concernait toujours la situation du pays. En effet, le 28 novembre dernier, après une demande du secrétaire général Ban Ki-Moon, les Nations Unies ont voté l’envoi de 235 hommes. Cette force, la MANUL, est censée protéger le personnel onusien ainsi que les bâtiments officiels. En outre, si la situation se détériore encore, l’on s’interroge de plus en plus sur l’éventualité d’une deuxième intervention de l’OTAN. Mais, les atermoiements persistent.

Pendant ce temps, héroïquement, les troupes françaises font leur devoir sur plusieurs fronts en Afrique et l’Etat français dédaigne celui qu’il aurait fallu rouvrir en priorité. Malgré les sollicitations croissantes des Armées à l’extérieur, le livre blanc prévoit la suppression de 24000 postes en 2013. Ni au Mali, ni en Centrafrique, la durée de la mission n’est connue. La France a des ambitions sur la scène internationale mais les budgets et le personnel destinés à les soutenir diminuent. Vaille que vaille, il n’en reste pas moins que c’est seule qu’elle se retrouve dans des zones que l’on sait d’emblée impossible à sécuriser rapidement. Bravement, la France maintient encore l’illusion de son rang mais pour combien de temps ?

*Photo : NELSON RICHARD/SIRPA/SIPA. 00650820_000010.

Putes : de la théorie à la pratique

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putes chinoises paris

putes chinoises paris

Ce n’est pas tout d’être l’un des 343 « salauds » qui a signé le manifeste  « Touche pas à ma pute » publié par Causeur. Encore faut-il passer de la théorie à la pratique. Ce que je me suis empressé de faire. J’ai choisi le domaine  que je connais le mieux : l’Asie. Et je me suis mis en quête, par le biais d’Internet, d’escort-girls japonaises ou coréennes. L’offre est quasiment illimitée, mais le plus souvent trompeuse (je l’ai appris à mes dépens).[access capability= »lire_inedits »]

Le marché est dominé par les Chinoises. Et, comme dans la restauration, si vous voulez trouver un vrai restaurant japonais, il vous faudra une persévérance à toute épreuve. Mais, après tout, pourquoi pas une pauvre Chinoise, surtout si les photos sont alléchantes ?

Je me suis donc retrouvé à trois reprises dans des studios des 6e et 14e arrondissements avec des partenaires dont les prix oscillaient entre 150 et 300 euros.

Les jeunes femmes, la trentaine environ, ne correspondaient en rien à l’image qu’elles voulaient donner d’elles-mêmes sur les sites pornos. Je m’y attendais, la naïveté n’étant pas mon principal défaut. En revanche, je ne m’attendais pas à des rencontres aussi pauvres dans l’échange et aussi techniques. À chaque reprise, j’ai eu l’impression d’être traité comme un porc dans une porcherie industrielle. Certes, j’ai bandé (je salue leur technique), mais dans une ambiance totalement déshumanisée. Pour l’affection, on repassera. Pour la douceur aussi. Aucune ne m’a autorisé à la filmer… même en doublant ou triplant les prix.

Sont-elles vraiment indépendantes, comme elles le prétendent? J’en doute fort, car leur connaissance du français ou de l’anglais est quasi nulle.

Celles qui se font passer pour des Japonaises ne savent qu’ânonner quelques mots en japonais. Si elles sont « protégées », je plains leur protecteur, car elles ont des caractères en acier trempé. Ce ne sont en aucun cas des « paumées » dont il serait aisé d’abuser. Si j’en juge d’après le nombre d’appels qu’elles reçoivent en une heure, leurs affaires sont prospères. Meilleures que celles d’un dentiste parisien.

Je n’ai jamais eu le sentiment d’être un « salaud », mais plutôt – tout au moins à leurs yeux – un gogo dont elles se chargeraient vite fait bien fait de vider tout à la fois le portefeuille et la divine semence. Évidemment, si j’avais de surcroît dû payer une amende de 1 500 euros, j’aurais trouvé l’addition salée. Pour une somme raisonnable, j’ai l’impression d’avoir enrichi mes connaissances anthropologiques. Et d’avoir pu vérifier une fois de plus que, si les hommes se paient le corps des femmes, les femmes, elles, se paient la tête des hommes.[/access]

*Photo : GELEBART/20 MINUTES/SIPA. 00646670_000012.

Les mots pour le dire

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peillon zep prepas

peillon zep prepas

Comment formuler l’objet de son exécration ? Comment trouver le mot exact ? « Touche pas au grisbi, salope ! » Ah, ce « salope », quelle trouvaille ! Ah, comme Georges Lautner et Michel Audiard me manquent !

Brunetière, en 1898, trouve « intellectuels » et « intellectualisme »  pour désigner Zola et sa clique dreyfusarde : de la part d’un critique littéraire, professeur à l’ENS, et Académicien, c’était savoureux de réfuter en un mot l’intellect qui le faisait vivre. Pompidou, en mai 1968, trouve, pour résumer l’opinion de De Gaulle, le slogan (admirablement torché, ma foi) « La réforme, oui ; la chienlit, non ». La manifestation gaulliste du 30 mai 68 est sortie de cette formule.

Vincent Peillon, lui, c’est « conservatisme » (au pluriel, parfois) et « élitisme ». Deux gros mots, prononcés du bout des lèvres, avec cette moue insultante que le ministre affectionne : « « Le conservatisme et l’élitisme sont en train de s’organiser », lâche-t-il au moment où les enseignants des classes préparatoires se battent à la fois pur préserver leurs salaires, leurs conditions de travail, et, à terme, le salaire et les conditions de travail de tous leurs collègues, du premier et du second degré. Car personne ne peut croire que l’attaque au missile sur ce confetti que représentent les Classes préparatoires aux Grandes Ecoles ne soit pas un tir d’essai avant ‘offensive générale sur les salaires. Les fonctionnaires, en France comme en Espagne ou en Grèce, sont une cible trop facile pour qu’on résiste à la tentation de l’éparpiller façon puzzle, comme disait Raoul dans les Tontons flingueurs.
Le truc, c’est d’associer « conservatisme » et « élitisme ». De faire croire qu’il y a un lien organique (puisque syntaxique) entre eux. Un peu comme si j’associais, pour caractériser Peillon, le PS et ceux qui s’en inspirent, « modernisme » et « médiocrité ».

Quoique… « Conservatisme », ma foi, est pris en mauvaise part depuis si longtemps que j’aurais mauvaise grâce d’en défendre même l’idée. Encore que si c’est être conservateur, en matière scolaire, que de vouloir que chaque élève s’élève (justement…) au plus haut de ses capacités, oui, je suis conservateur, et tous les parents derrière moi. Mais « élitisme »… Dans un monde drogué aux classements sportifs et aux performances extrêmes, pourquoi cette critique de tout ce qui permet d’aller jusqu’au bout de soi-même — et un peu au-delà ? L’élitisme, n’est-ce pas, c’est cela, et rien d’autre. Le goût du travail mieux que bien fait, cette poursuite d’un apex scolaire qui friserait la perfection, la beauté à portée de main et d’esprit.

En répugnant ainsi à l’élitisme, Vincent Peillon s’engage sur une voie dangereuse — mais malheureusement conforme à la réalité, surtout celle de son ministère. Depuis trente ans (et un peu plus) que les pédagos les plus convaincus ont fait main basse sur l’Ecole de la République, nous assistons à l’orchestration de la médiocrité, de la pauvreté d’esprit, de l’impuissance érigée en principe. Jospin, en 1989, a fourni le cadre légal à cette exaltation de l’à-peu-près et du n’importe-quoi. Puis un réseau serré d’inspecteurs, de prophètes et de didacticiens fous a porté la bonne parole, via les IUFM, et, demain, via les ESPE version Peillon. On prend les mêmes et on enfonce le clou.

Evidemment, en fustigeant ainsi l’élitisme, on fait œuvre pie — et électorale. Les bons esprits sont, par définition, moins nombreux que les bras-cassés. Dire que l’élève doit construire lui-même ses propres savoirs (même l’adulte en est parfaitement incapable, alors, la petite bête brute qu’on appelle un enfant…), c’est inciter tous ceux qui ne pensent pas à exprimer très fort leurs opinions.
Et ils ne s’en privent pas, les bougres. Il suffit de fréquenter certains forums d’enseignants pour voir la bêtise s’étaler au nom de la liberté d’expression — autre principe formateur de cette même loi criminelle de juillet 89 : pour le bicentenaire des Droits de l’Homme, Jospin a sacralisé les droits immortels de la bêtise satisfaite (pléonasme, n’est-ce pas…), du poncif érigé en vertu, de l’horreur pédagogique institutionnelle. La liberté d’expression est le concept inventé par les insuffisants mentaux pour s’arroger le pouvoir — le pouvoir de dire, déjà, puis le pouvoir tout court, au nom de la « démocratie », qui se révèle désormais pour ce qu’elle était dès le départ : la perversion de la République [1. Voir Montesquieu, qui dans l’Esprit des lois (Livre III) prévoyait déjà les délires de la « majorité » devenue tyran dans un système sans « vertu ». Et au Livre IV, chapitre V, lire l’admirable analyse des principes de l’éducation d’un gouvernement républicain.]. Un peu comme le christianisme, selon l’analyse de Nietzsche, est la religion des impuissants. Le succès de l’un et de l’autre ne prouve en rien leur légitimité, et on ne cesse d’être impotent, ou faible d’esprit, sous prétexte qu’on est plusieurs.

Masi c’est à eux que doit logiquement s’adresser un ministre qui cherche à rester populaire. En stigmatisant les profs de prépas, Vincent eillon a cherché à semer dans le corps enseignant des germes de division, d’autant plus facilement que dans ces temps de restrictions financières (cela fait quatre ans que l’on n’a pas revalorisé le point d’indice, cela fait quinze ans que Claude Allègre, le modèle de Peillon, a arbitrairement baissé de 17% la rémunération des heures sup), on joue sur du velours en désignant à la vindicte populaire ceux qui gagnent un peu mieux leur vie.
Je crois pourtant que cette tentative de division démagogique fera long feu. D’abord parce que les prépas sont le premier étage de la fusée — et que d’autres mesures suivront, et que l’on n’attrape pas les mouches avec de bonnes paroles. Les profs de ZEP, soi-disant bénéficiaires des allègements de revenus (20%, quand même) infligés à leurs collègues de CPGE, verront leur feuille de salaire augmentée de 8 euros (si !). Byzance !
J’ai enseigné 12 ans en ZEP. Je sais ce que cela signifie de tension nerveuse, de peur parfois, d’espoirs déçus, et de volonté de faire progresser des enfants arrivés en lambeaux que l’on doit recoller sans plus de moyens que les autres. Je sais aussi que la rémunération est à des années-lumière de ce qu’elle devrait être, et que ce n’est pas 8 euros qui achèteront la conscience malheureuse d’enseignants confinés dans des établissements-poubelles.
La « refondation » de l’Ecole, dont le ministre se gargarise tous les quatre matins, aurait dû — aurait pu — se concentrer sur les programmes et sur la redistribution intelligente des 64 milliards d’euros de budget de la rue de Grenelle. Mais d’intelligence, nous l’avons bien compris, il n’en est pas question. Ce n’est pas populaire, l’intelligence, surtout auprès de tous les imbéciles dont la caractéristique est justement de se croire intelligents, qu’ils soient ministres, membres du SGEN ou de l’UNSA, ou piliers de bistrots. Non, ce qui est populaire, c’est la mise au pilori des « élites ». En brisant les prépas aujourd’hui, les Grandes écoles demain, Peillon suggère fortement aux élites d’aller se faire voir ailleurs — par exemple à Londres où Paris-Dauphine vient d’installer une antenne payante. Ou faut-il désormais écrire « peillante », tant les décisions du ministre ont pour effet immédiat (l’a-t-il pensé seulement ?) de libéraliser encore un peu plus un système auquel la Droite n’avait pas vraiment touché ? Détruire dans l’Ecole ce qui marche le mieux, ne plus donner de but aux élèves qui, au collège et au lycée, se décarcassent, et aux profs qui les forment, contre vents, marées, sinistres et ministres, c’est inciter à multiplier les structures privées, que seuls pourront s’offrir ceux qui déjà se les offrent. Peillon, c’est Bourdieu réhabilité, les héritiers au pouvoir, la reproduction bien en place. Tout ça en prétendant faire le contraire — mais le contraire, justement, ce sont les prépas, et ceux qui les alimentent, de l’école primaire au lycée.

Alors oui, si le « conservatisme » et « l’élitisme » consistent à croire encore que l’on n’a pas besoin d’avoir une cuiller en argent dans la bouche pour accéder aux formations les meilleures et aux emplois rémunérateurs, oui, je suis conservateur et élitiste — et les autres sont des crapules.

*Photo : MEUNIER AURELIEN/SIPA. 00671094_000036.

Mandela, le rugby, le pardon

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nelson mandela rugby

nelson mandela rugby

Le rugby est une chose essentielle. Les Anglais disent du football : « ce n’est pas une question de vie ou de mort, c’est beaucoup plus important que cela ». Le rugby, c’est encore pire. Ce n’est pas un sport universel, il entretient avec l’histoire et la culture des pays où il s’est implanté des rapports très particuliers. La Nation néo-zélandaise n’existe pas. C’est une équipe de rugby qui a un État, c’est tout. En 1951, lors du tournoi des cinq nations, les Français affrontent les Anglais à Twickenham. Pour la première fois de l’Histoire, ils peuvent l’emporter. Mais épuisés, ils reculent. Jean Prat, leur capitaine, leur hurle alors cette apostrophe : « ils vous ont emmerdé pendant cent ans et vous ne seriez pas capables de tenir 10 minutes ? ». Il y a aussi l’histoire de Bob Deans ce fermier néo-zélandais qui se vit refuser un essai qui aurait permis à son pays de battre le pays de Galles et terminer invaincu, la tournée légendaire menée par Rory Gallaher en 1905. Sur son lit de mort, les dernières paroles de  Bob Deans furent naturellement : « cet essai, je l’avais marqué. »

Avec l’Afrique du Sud ce fut toujours très difficile. Là-bas, c’était le sport des Afrikaners qui y avaient injecté leur brutalité et leur arrogance. Les Français, pour la première fois, y firent une tournée en 1958. Homérique, elle se conclut, le 16 août, par la victoire française en test-match à Johannesburg. Abominable humiliation pour les blancs, qui se considéraient comme les meilleurs du monde n’ayant que mépris pour les Néo-Zélandais qui faisaient jouer des coloureds maoris. Pendant cette tournée, les quelques spectateurs noirs parqués dans des tribunes spéciales applaudissaient les Français, les blancs leur lançaient des bananes….

Tous les matches suivants entre les deux équipes furent compliqués, tendus et souvent brutaux. Les Afrikaners voulaient se venger, et les coqs français refusaient de reculer. Image célèbre de Jean-Pierre Rives, capitaine sonné et ensanglanté, à la dérive sur le terrain et refusant de quitter ses partenaires malgré les objurgations de l’arbitre : « Jean-Pierre, il faut sortir, ils vont vous tuer » réponse de Casque d’or : « sortir, mais pour aller où ? ». Le sommet fut atteint lors de la tournée de 1971. Depuis un an, les Sud-africains acceptaient que figurent dans les équipes étrangères qu’ils affrontaient des joueurs de couleur. La France avait sélectionné un poids plume noir de 75 kg, Roger Bourgarel, qui faisait l’objet à chaque match d’attentions particulières (sept points de suture au cuir chevelu après le premier test). « C’est là que j’ai pris conscience d’être noir. Avant, je ne m’étais jamais intéressé à cela, ça ne m’était jamais apparu comme quelque chose d’important. Mais là… ». Il ignorait qu’il venait d’un pays, qui comme nous le dit tous les jours Libération, est complètement gangrené par le racisme… Le 19 juin 1971 eu lieu, à Durban devant un stade blanc médusé et silencieux, la plus grande bagarre de l’histoire du rugby international. Emmenés par quelques glorieux « grands arbres », Dauga, Bastiat, Claude Spanghero, les Français refusèrent que l’on s’en prenne de nouveau à « Boubou ». Une légendaire « partie de manivelle » qu’il est un privilège d’entendre raconter par ceux qui en furent (au cours, par exemple d’une dégustation comparative de grands armagnacs conduite par Dauga,  grand spécialiste). Les Sud-africains prirent conscience qu’ils allaient avoir le dessous. Charles Marais leur capitaine vint trouver Benoît Dauga dans l’invraisemblable mêlée : «C’est fini, Benoît ? » « C’est comme il vous plaira » lui répondit le capitaine Montois. « Si vous voulez vous battre, on se bat. Si vous voulez partir, on s’en va. Si vous voulez qu’on joue, on joue ». « On joue » s’inclina Marais.

L’équipe d’Afrique du Sud fut par la suite bannie de compétitions et de tournées, l’apartheid obligeant les Noirs à ne jouer qu’entre eux.

Ayant été personnellement et professionnellement impliqué dans le combat mené de l’extérieur contre ce système, j’en avais acquis une petite expérience. J’étais très pessimiste sur l’issue. Profondément ému par la libération de Mandela, par la fin proclamée de l’apartheid, je pensais cependant que tout cela risquait de mal finir. Trop de violences, trop d’humiliations, trop de souffrances, trop de peurs. Toujours inquiet, je regardais à la télévision un an après l’élection de Mandela à la présidence, la coupe du monde de rugby 1995 qui se déroulait dans son pays de retour dans la communauté sportive internationale. Le jour de la finale qui opposait  l’Afrique du Sud à la Nouvelle-Zélande, je reçus, incrédule, le choc de son entrée sur le terrain, avant le match, revêtu du maillot Springboks portant le numéro 6. Celui de François Pieenar, le capitaine. Comment, le symbole, l’icône du combat contre l’apartheid, venait soutenir et rendre hommage à l’équipe qui en était l’incarnation ? Geste inouï, geste qui me fit prendre conscience jour-là, que la guerre était finie.

Je ne me suis pas intéressé aux surenchères dont la disparition de Mandela a été l’occasion. À l’émotion sincère se sont ajoutés de curieux spasmes d’adoration, de l’ignorance et de la mesquinerie qui en disent long sur l’époque. Au-delà de la magnifique humanité du personnage, je veux garder la conviction, au travers de la leçon donnée ce jour-là, que la politique peut toujours faire quelque chose. Et bien sûr, que le rugby est vraiment essentiel.

 *Photo : Ross Setford/AP/SIPA. AP21492754_000003;

 

Nos excuses à David Serra et aux éditions Ring

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En septembre 2012, Causeur a publié un billet de Jacques de Guillebon intitulé « Dantec, une renaissance », recension personnelle du conflit qui opposait Maurice Dantec à son ancien agent David Serra. En se basant uniquement sur les déclarations de Maurice Dantec pour qui Jacques de Guillebon a pris parti sans précautions comme d’autres blogueurs par ailleurs, notre auteur n’a pas mené d’enquête en écoutant uniquement les arguments d’une des parties, son article s’appuyant sur des informations dénuées finalement de tout fondement. Après avoir eu connaissance de nombreux éléments, comme celui où l’auteur lui-même exigeant de son ancien agent dès 2005 de le couper de tous ses principaux contacts parisiens, nous présentons ici même nos plus sincères excuses à David Serra et à sa famille pour l’injustice des propos tenus à son encontre.