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L’Occident malade de lui-même

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occident del valle russie

On se souvient d’Alexandre Del Valle et de sa force de conviction déclinée dans plusieurs ouvrages de géopolitique pointus, enlevés et qui, bien au delà des cénacles habituels de cette discipline, n’auront laissé personne indifférent. Le voici qui revient en librairie avec « Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation », aux Editions du Toucan. Reprenant un certain nombre de ses thèmes préférés, Del Valle croise à sa discipline d’origine toute une série d’autres concepts issus des sciences sociales et psychologiques. Comme Jacques Ellul et Roger Mucchielli, l’auteur rend lisible « la guerre des représentations » qui passe trop souvent inaperçue du grand public.

Il renforce ses grilles de lecture avec le concept de subversion : « technique d’affaiblissement du pouvoir et de démoralisation des citoyens » comme définie par Mucchielli. Les dissonances cognitives qui complètent son analyse sont bien connues des publicitaires ou des communicants, mais Del Valle marque son point en les projetant dans la sphère géopolitique.

Grâce à ces outils, il constate que l’Occident est tout à la fois l’auteur inconscient et le destinataire d’une guerre mentale qu’il se livre à lui-même. C’est ce mécanisme qu’il s’agit de démonter pour comprendre les raisons profondes des pannes qu’il provoque et, pire, de la « haine de soi » qu’il induit. Car l’Homme malade de l’Histoire, c’est aujourd’hui cet Occident rongé par des culpabilités multiples. Les Croisades, le Moyen Âge, l’Inquisition, l’esclavagisme, le colonialisme, le racisme et… il en passe…L’« enseignement du mépris de soi » mène à la « dépression collective » avec d’autant plus de certitude que le procès n’est qu’à charge et que l’Occidental a bien pris garde d’être seul sur le banc des accusés. L’auteur dénonce également une amnésie qui tend à faire oublier les crimes commis par d’autres civilisations, notamment sur le plan des excès religieux ou pour l’esclavage. Après avoir dénoncé les blocages et les échecs qui en découlent sur un plan civilisationnel, le docteur Del Valle se change et enfile la robe d’avocat. Il repousse les mythes simplistes qui paralysent la culture occidentale. Mais Del Valle veut-il recoloniser l’Afrique ? Relancer les Croisades ? Non, bien au contraire, il conclut son livre par la nécessité pour l’Occident de promouvoir un monde multipolaire, fondé sur les valeurs de l’héritage du judaïsme et du christianisme qu’il définit – on sera d’accord ou pas – comme étant l’humanisme, la charité, la dignité humaine, la solidarité et la laïcité.

Un processus d’autant plus salutaire pour la vieille Europe, confrontée à la problématique d’intégration de populations étrangères. Celles-ci sont, en effet, porteuses d’identités de plus en plus affirmées et revendiquées. Une réalité qui n’est pas passée inaperçue, notamment de certains courants islamistes qui en profitent pour grossir leurs rangs. Si Del Valle affirme que l’Europe n’a pas de vocation à l’universalité et encore moins à l’impérialisme, il semble à l’auteur impossible de pouvoir envisager quelque intégration que ce soit tant que l’Occident n’aura pas renoué avec la fierté de son Histoire, l’offrant ainsi et aussi en héritage aux nouvelles populations arrivées sur son sol. Del Valle plaide donc pour un monde multipolaire dans lequel l’Occident ne doit pas être isolé. Il lui faut réaliser un double travail de « géopolitique de déculpabilisation » et de « patriotisme intégrateur » pour se réconcilier avec lui-même. Cette étape franchie permettra de se libérer de sa politique bloquée dans des schémas très guerre froide avec sa doctrine de « containment » de la Russie. Une puissante alliance avec le monde slave sera dès lors possible pour relever les défis du XXIème siècle. Vaste programme certes, mais le débat en est désormais ouvert.

Le complexe occidental. Petit manuel de déculpabilisation, Alexandre Del Valle, Editions du Toucan, 2014.

Postérité : Muray romancier

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posterite philippe muray

Stendhal a donné, dans Le Rouge et le Noir, une définition, devenue classique, du roman réaliste : « Un miroir que l’on promène sur une grande route. » Aujourd’hui, de manière bien plus sérieuse, on a pris l’habitude de considérer que le roman est un moyen très désuet de passer le temps lorsque la télévision est en panne. Philippe Muray, lui, en donnait une tout autre définition, en forme de roman, précisément, un vaste roman paru en 1988 et ayant pour titre Postérité, alors même qu’il n’en aura – ironie du sort – à peu près aucune. Les murayens eux-mêmes – souvent lecteurs d’On ferme mais ne parlant que très rarement de son aîné romanesque – ne s’aventurent pas en de telles terres, situées au-delà des futaies d’Après l’Histoire et de L’Empire du Bien.

Ce roman encore méconnu est une œuvre paradoxale, à la fois aérienne et touffue. Il est l’espace littéraire d’analyse de la littérature elle-même. Celle-ci y est définie comme la « miraculée du vouloir-enfant » : tout commence, en effet, et tout finit dans le vortex sempiternel de l’exigence de procréation qui, tôt ou tard, nous aspire en ses spirales brutales pour nous rappeler sans ménagement que veillent les sévères magistrats de l’Espèce.[access capability= »lire_inedits »] À première vue, puisqu’il en provient nécessairement, un individu doit avoir pour destinée de retourner un jour ou l’autre à l’obscurité indistincte de son Espèce, ou de la Vie en sa gluante globalité, dont nul n’est censé ignorer l’inexorable puissance. Or, nous montre Muray, il est des individus auxquels semble chevillée la déraisonnable volonté de ne point céder au vertige des générations et des corruptions, de s’acharner, pied à pied, afin que d’y soustraire tout ce qu’il sera possible d’y soustraire, autrement dit d’opposer au flux naturel de la postérité de chair la dissonance singulière d’une postérité d’esprit.

Ces individus, ce sont les écrivains, que Muray qualifie même d’« irremplaçables individus » ; à tout le moins est-ce là ceux qui ont une chance de parvenir à leurs fins, c’est-à-dire de réussir à être in-dividus, à n’être pas divisibles en portées de marmots dévalant la cascade des générations à venir. Pour Philippe Muray, ainsi qu’il s’emploie à le mettre en scène dans cette admirable fresque, la classification est simple ; il y a trois cas de figure : l’écrivain, qui fait sa postérité ; le géniteur lambda, qui a une postérité ; et les femmes, enfin, qui elles aussi, font leur postérité. « D’où, conclut génialement l’auteur, l’intérêt du conflit. » Car il n’est question que de cela tout au long des plus de 400 pages de cet exubérant roman : l’éternel conflit de celles et ceux qui font leur postérité, et qui par conséquent se construisent tout entiers dans un certain rapport à leur au-delà, à leur après, comme le dit si bien le terme de post-érité ; celles et ceux-là mêmes dont il est aisé de voir que rien ne les destine à la réconciliation.

Ce ne sont ni plus ni moins que les rebondissements de cette guerre universelle, parfois ouverte, parfois froide, dont le roman de notre temps doit s’employer à faire la description et l’analyse. Muray, par ce geste littéraire, s’inscrit dans une tradition qui conçoit le roman comme une réflexion sur les conditions de possibilité du roman et, dans le même mouvement, met en œuvre, dans tous les sens de cette expression, ces possibilités. La réussite est telle qu’il est à présent urgent de donner à Postérité la place que ce livre mérite dans l’œuvre de son auteur, et dans l’esprit des lecteurs. [/access]

Postérité, Philippe Muray, Les Belles Lettres.

*Photo : Hannah.

France-Allemagne : Rio 2014 n’est pas Séville 82

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france allemagne rio 14

Il serait peut-être opportun d’arrêter de polluer le quart de finale France-Allemagne avec le souvenir de Séville 1982. D’abord, parce qu’il n’y a rien de plus exaspérant que de voir le mainstream ignorant se transformer en souteneur de l’équipe de France tous les quatre ans. Mais qu’ils se taisent ! Tous leurs commentaires dégoulinent d’ignorance et d’opportunisme. Depuis trois jours, ils revisitent la soirée du 8 juillet 1982. Et nous refont le coup de la ligne bleue des Vosges. J’ai assisté en direct à la tragédie de Séville. Au-delà de l’horrible concentré d’injustice que fut cette victoire de la force brutale sur l’intelligence, il faut rappeler que pendant les vingt années précédentes, la France était ridicule en football. Et pourtant ce soir-là, elle fut aérienne… Je n’ai jamais pu revoir le match en vidéo, jamais. C’est dire, s’il reste un formidable souvenir. Mais aujourd’hui, ça suffit. Des revanches on en a pris. D’abord, le premier match amical avec les Allemands qui avaient suivi la coupe du monde espagnole fut une étonnante partie de baston. Les Français (qui gagnèrent 2-0) avaient marché sur leurs adversaires sans qu’intelligemment les Allemands ne répondent, et que l’arbitre n’intervienne. Il fallait purger Séville.

Ensuite, tout le monde semble avoir oublié la coupe du monde suivante. L’équipe de France, après un parcours brillant, et notamment un quart de finale de légende contre le Brésil retrouvait l’Allemagne en demi-finale (tiens, tiens). Là aussi, on nous annonçait la reconquête de l’Alsace et de la Lorraine. La France, éreintée par son match précédent, fut logiquement battue, alors que tout le monde pensait qu’elle irait retrouver l’Argentine de Maradona en finale. Alors, pourquoi ressortir aujourd’hui de leurs placards de retraités Schumacher, Battiston et Trésor ? Pour motiver les joueurs ? Ils n’ont sûrement pas besoin de ça, soyons sérieux. Même si c’est populaire, même si c’est identitaire, ce n’est que du football.

Et puis, si l’on veut continuer à filer la métaphore guerrière, autant le faire avec de la mémoire. Au début de 1914, la France n’était pas particulièrement obsédée par la reconquête de l’Alsace et de la Lorraine. C’est au cours du mois de juillet, lorsque l’implacable mécanique se mettait en place que l’on réactiva cet objectif patriotard. Avec les conséquences stratégiques que l’on connaît. Le haut commandement français, obsédé par la ligne bleue des Vosges, engouffra immédiatement ses armées sur ce terrain où les Allemands les attendaient. Ce fut cuisant. Pendant ce temps, alors qu’il disposait de tous les éléments, Joffre négligea la mise en œuvre du plan Schlieffen. Et seul l’incroyable miracle de la Marne permit d’échapper au désastre. Pour ouvrir les portes de l’enfer d’une guerre interminable dont nous ne nous sommes probablement jamais remis.

Alors, on se calme. Séville, c’est de l’Histoire. On oublie. Sinon, tu vas voir qu’à ce petit jeu-là, sur la feuille de match, vont apparaître les noms de Schlieffen, Molkte, sans oublier Guderian.

Prenons un grand plaisir à regarder un match de football. Et à la fin, de toute façon, on boira un coup. Pour fêter, ou pour oublier…

*Photo : Thanassis Stavrakis/AP/SIPA. AP21592436_000005. 

Coupe du monde : l’Allemagne paiera!

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france allemagne seville 1982

Pierre-Louis Basse, journaliste et écrivain, longtemps grande voix d’Europe 1, est aussi un de nos spécialistes reconnus de la planète  football. Il a écrit un livre, il y a quelques années déjà, consacré au mythique France-Allemagne de 1982Séville : France-Allemagne 82 (Table Ronde)

Jérôme Leroy : Comment expliquez-vous, à quelques heures du France-Allemagne 2014, cette référence omniprésente au match de Séville ?

Pierre-Louis Basse : Il entre dans la mémoire, tout d’abord, d’un point de vue sportif.  Une vie entière n’est pas forcément suffisante pour réunir ce qu’un match, un seul, nous a offert !  L’espoir, la victoire, l’injustice, la blessure et puis la défaite. Tout est là, sur cette pelouse de Séville… Et puis ces deux Allemagnes qui se regardent en chien de faïence… J’étais étudiant et je méprisais cette RFA. J’avais bien plus de tendresse pour les filles de l’Est et beaucoup moins pour le Mark fort, l’absence de dénazification même si je soutenais les comptes réclamés par les fils et filles, par cette génération d’intellectuels en révolte… Entre la France et l’Allemagne, tout n’était pas encore réglé à cette époque, encore moins qu’aujourd’hui ! Le match de Séville, avec son résultat obtenu dans de telles conditions, risquait de faire remonter à la surface tout un vieux fond, tout un décor : Mitterrand qui regardait le match en Hongrie avec Helmut Schmidt. Ensemble, ils vont pondre un communiqué pour apaiser les esprits… En fait, ce match est un marqueur du point de vue des relations du sport avec la culture, le cinéma, la politique. C’est devenu une sorte de rendez- vous vintage convoqué aussi par les artistes et les chanteurs…  Séville, c’est, selon la belle expression de la romancière Christa Wolf, «  du passé qui ne passe pas »…

Il y a pourtant eu une autre défaite de la France face à l’Allemagne, quatre ans plus tard…

On ne parle pas de 86, car le France- Brésil, sa beauté, ont écrasé tout le reste. Surtout, le match contre l’Allemagne est atone. Platini est cuit, et avec lui, l’Equipe de France… Encore une fois, 82, c’est un diamant noir. Une défaite, certes, au bout de la nuit, mais aussi un jeu et une générosité extraordinaires développés par le carré magique : Tigana, Giresse, Platini, Genghini… Donc le France- Allemagne de 86 sombre dans les oubliettes de l’histoire….

Quelles différences voyez-vous entre le onze tricolore de 82 et celui de 2014 ?

Impossible de comparer. La mondialisation du foot est telle aujourd’hui que les systèmes de jeu finissent par s’annuler. Même les Allemands sont en train d’imiter la possession de balle des Espagnols.  Tous les joueurs se connaissent et évoluent ensemble dans les mêmes clubs tout en portant un maillot national différent. Ce qu’il y a d’intéressant, en revanche, et contrairement à ce que disait Dany Cohn-Bendit, il y a vingt ans, c’est que nous assistons à un retour du national, de l’identité, contre le saupoudrage et la mondialisation des clubs. C’est fou, cette ferveur !  La Coupe du monde renvoie les supporters vers des comportements identitaires qu’on avait oubliés.

Alors vous auriez préféré assister à un quart de finale France-Algérie ?

Putain, un France- Algérie, en quart, sur écran géant, à La-Trinité-sur-mer, voilà qui aurait eu de la gueule…. Les champions du monde du repli ont été grotesques après la victoire de l’Algérie contre la Corée du sud et surtout la qualification. Pathétiques. Quelques voitures ont brûlé, quelques incidents…. Mais l’ensemble était avant tout joyeux, familial, quoi qu’on en dise.

Votre pronostic pour ce soir ?

Victoire de la France 2 buts à 1.

*Photo : AP/SIPA. AP21591780_000001.

L’UMP et ses mâles alpha

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ump babouins cope fillon

Pendant plus de vingt ans, un groupe de babouins jaunes (papio hamadryas cynocephalus ) a été observé au Kenya dans le parc du Kikorok par une équipe de scientifiques. Ils ont pu noter que les mâles dominants, dits « mâles alpha », y faisaient régner la terreur. Sous l’effet d’une sécrétion surabondante de testostérone, les mâles alphas s’accaparaient  l’essentiel de la nourriture, soumettaient la totalité des femelles à leur désir sexuel et créaient un stress très important dans toute la population de babouins.

Or, un jour, attirés par de la nourriture abandonnée en périphérie d’un village, les mâles alpha se sont une fois encore approprié toutes les denrées disponibles. Il se trouve que la nourriture était avariée et tous les mâles alpha sont morts.

Qu’en est-il résulté ? D’autres mâles alpha sont-ils apparus ? D’autres petits dictateurs bourrés de testostérone se sont-ils substitués aux premiers pour asservir tout le groupe de babouins. Non pas du tout. De nouveaux rapports sociaux sont apparus au sein de la communauté de babouins.  La nourriture a été mieux répartie, les échanges sexuels se sont diversifiés, renouvelant le patrimoine génétique du groupe, le stress a disparu. Si d’aventure un mâle alpha issu d’un groupe extérieur manifestait son intention d’entrer dans le groupe pour le soumettre à son tour, il était impitoyablement chassé ou tué par les babouins unis.

Depuis une dizaine d’années, nous assistons au sein de la droite française en général et de l’UMP en particulier à un spectacle comparable. Quelques mâles alpha, bourrés de testostérone, sont engagés dans une lutte à mort et imposent un stress insupportable aux militants, aux électeurs, aux Français. Ces mâles alpha se nomment Villepin, Sarkozy, Fillon, Juppé, Copé, Bertrand… Ont-ils un projet pour la France ? Ont-ils des idées nouvelles à proposer ? Non, surtout beaucoup de testostérone à revendre.

Saint-Simon, dans sa fameuse parabole, disait : « Admettons que la France ait le malheur de perdre le même jour Monsieur le frère du roi, Monseigneur le duc d’Angoulème […] les grand officiers, tous les ministres, les dix mille propriétaires les plus riches […] Cet incident affligerait certainement les Français, mais cette perte ne leur causerait de chagrin que sous un rapport sentimental, car il n’en résulterait aucun mal politique pour l’Etat. »

Imaginons à notre tour que le dernier étage de l’UMP s’effondre lors d’une réunion du bureau politique et que disparaissent tous ensemble les mâles alpha qui y imposent leur stress. Malgré le chagrin que cela causerait à certains, il ne fait nul doute que l’UMP s’en porterait beaucoup mieux et la France avec. De nouvelles idées naîtraient, de nouvelles interactions apparaîtraient, une nouvelle génération politique se ferait jour. Et surtout nous ne serions pas victimes au cours des 3 ans qui nous séparent des prochaines élections présidentielles du harcèlement (im)moral et quotidien des mâles alpha, des rodomontades hormonales de Sarkozy, Fillon, Copé et consorts.

Un peu plus d’intelligence et un peu moins d’hormones. Ça ne ferait de mal à personne et surtout pas à la France.

 

*Photo : Mark Morgan.

Bienvenue chez les Schnocks!

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film racisme clavier

Raciste ou pas raciste ? Dès sa sortie, le 16 avril, le film de Philippe de Chauveron, Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?, a été traité avec tous les honneurs qui conviennent à un phénomène de société. Il faut dire que le succès populaire de cette comédie confère une pertinence certaine à cette question : avec un peu moins de 8 millions d’entrées en cinq semaines, elle fait presque aussi bien que Bienvenue chez les Ch’tis ou Intouchables. Mais avant de répondre à la question shakespearienne qui a tant tourmenté la critique, il faut tenter de comprendre l’histoire que raconte vraiment cette comédie.

En première analyse, rien de compliqué : les Verneuil, un couple de quinquas franchouillard composé d’un notaire (Christian Clavier) et d’une femme au foyer (Chantal Lauby), habitent à proximité de Chinon, dans une magnifique demeure plantée au milieu d’un vaste parc. Ils ont élevé leurs quatre filles dans la pure tradition catho- gaulliste. Or, celles-ci ont jeté leur dévolu sur des hommes qui, à eux quatre, composent un chatoyant arc-en-ciel ethno-religieux : il y a déjà un juif (Ary Abittan), un Arabe musulman (Medi Sadoum), et un Asiatique (Frédéric Chau), et voilà que, cerise sur le gâteau, la dernière débarque avec un Noir (Noom Diawara). Le scénario enchaîne, souvent avec bonheur, blagues racistes et insinuations plus ou moins xénophobes, équitablement réparties entre tous les personnages. Le film évite d’abord le piège grossier qui consisterait à opposer des beaufs fermés à toute altérité à d’aimables représentants de la diversité pétris d’amour de leur prochain.[access capability= »lire_inedits »]

On comprend très vite que, dans cette famille Benetton d’un nouveau genre, tout le monde est à la fois raciste et victime du racisme. Et même quand la situation menace de se tendre, un peu d’amour et d’amitié, une côte de bœuf et quelques bouteilles suffisent à tout arranger. Histoire de rappeler que nous sommes tous frères – ou que, comme nous l’a appris Jean Yanne, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Et bien sûr, tout est bien qui finit par un mariage.
Reste à savoir si, derrière la drôlerie bien réelle des blagues volontairement limite, le film dénonce le racisme en le caricaturant, comme on le pense à 20 Minutes, ou si, au contraire, il le banalise, ainsi que le suggère Franck Nouchi dans Le Monde. En réalité, ce faux débat détourne l’attention du véritable message, camouflé par les effets comiques, mais beaucoup plus pernicieux.

Pourquoi, en effet, les auteurs ont-ils décidé que la famille française serait uniquement composée de filles ? On aurait pu imaginer une famille tout aussi vieille France, dont les fils auraient épousé une juive, une musulmane, une Asiatique ou une Noire – ou pourquoi pas un garçon sans papiers. C’est que ce choix, apparemment innocent, raconte une histoire et pas n’importe laquelle : celle d’une France qui ne peut engendrer que des femmes, et dont l’avenir dépend de sa capacité à attirer des mâles vigoureux capables de les féconder – lesquels, par définition, ne sauraient être issus de familles catho-gaullistes de Chinon. Autrement dit, le salut de la « race » viendra de la diversité.

Si la critique est passée à côté de cette thèse hasardeuse, c’est parce que, à la différence des blagues sur les juifs ou les Arabes, qui jouent sur des ressorts connus, cette représentation d’une nation épuisée, improductive et incapable de se reproduire sans apport extérieur, est déguisée en évidence et échappe à notre attention consciente tout en s’incrustant dans notre cerveau telle une publicité subliminale. On ne voit pas mais on enregistre. Pendant que l’attention du spectateur est captée par des plaisanteries sur le petit pénis des Chinois, une conception pour le moins discutable de la « France de souche » s’insinue dans les esprits. Il faut croire que les voies de la bien-pensance sont aussi impénétrables que celle du Bon Dieu. [/access]

L’avventura, c’est la vie que je mène avec l’oie

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Comme pour imiter ses collègues experts-ès indignations, la chanteuse Stone (ex Stone et Charden) s’est fâchée très fort à propos du jeu dit du « cou de l’oie » organisée annuellement (depuis deux siècles tout de même) dans la commune d’Arfeuilles, en Auvergne. L’interprète de « Made in Normandy » voit cette tradition d’un très mauvais oeil et rédige une lettre ouverte à destination du maire, assez cocasse.

Le reste se passe de commentaires, jugez plutôt :

« Je viens d’apprendre par mon association de protection animale avec stupéfaction et écœurement le jeu stupide et inutile que vous organisez sur votre commune le 15 août prochain : Le « Cou de l’oie ». Au Moyen Âge les vies humaines et animales étaient si peu considérées. Dois-je vous rappeler que nous vivons au XXIe siècle (époque contemporaine} et qu’il serait temps de cesser tout ce carnage et de misère autour de nous ! Le 15 août prochain des oies, des lapins et des poules seront morts uniquement pour un jeu. L’année prochaine envisagez-vous de pendre des chiens, des chats et pourquoi pas des êtres humains ? Allons  Monsieur Le Maire un  peu de sensibilité et de  respect  pour  la vie, quelle image donnez-vous des français aux touristes présents sur votre commune le 15 août ? Des barbares… Est-ce ce genre de divertissement que nous voulons laisser à nos enfants en héritage ? Même si les animaux sont tués avant d’être pendus, il est totalement incompréhensible  est inacceptable qu’ils soient sacrifiés pour un jeu ! Il est grand temps de changer votre mentalité et votre regard sur ces animaux. C’est pourquoi j’ai déposé à l’Assemblée Nationale récemment 577 courriers destinés à nos députés afin de les sensibiliser sur le sort des animaux et qu’ils soient reconnu doués de sensibilité dans notre Code civil. Alors je vous demande d’annuler ce jeu moyenâgeux et d’organiser à la place des concerts et d’autres jeux ne tournant pas autour de la mort ou de l’exploitation animale. Ayant une maison secondaire sur la commune de Commentry je me ferais un plaisir, dans ce cas, de venir vous rencontrer.

En espérant que vous serez sensible à ma démarche je vous prie de croire, Monsieur Le Maire, en I’ expression de mes salutations distinguées.

STONE  » (sic)

France-Allemagne : Oublier Séville

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« Le football est un sport qui se joue à onze et c’est l’Allemagne qui gagne à la fin… » Le cruel adage a pu se vérifier encore une fois à l’occasion du huitième de finale disputé entre la Nationalmannschaft et l’équipe des Fennecs, la sélection nationale algérienne, qui a abandonné la victoire aux Allemands à l’issue d’un match que l’on peut sans peine qualifier d’héroïque. Deux heures de combat acharné et de jeu passionné qui auraient entraîné l’adhésion de l’individu le plus rétif au football ont « redoré le blouson » de l’équipe d’Algérie, pour reprendre la perle désormais célèbre. Au coup de sifflet final, dans le bar de quartier où j’ai regardé l’équipe de France péniblement gagner et celle d’Algérie magnifiquement perdre, l’amertume se lisait sur les visages. Un monsieur d’un certain âge a profité de la mi-temps et de quelques arrêts de jeu pour me faire part de comparaisons savantes entre l’équipe algérienne de 2014 et celle de 1982, l’année du « match de la honte ». Ma connaissance du monde du football étant très loin d’être encyclopédique, et celle du football algérien des années 80 presque inexistante, je me suis contenté d’acquiescer poliment. Fort de son expérience et de sa sagesse, le chibani affecta durant tout le match d’observer l’action d’un air amusé, prédisant une défaite honorable et « le succès en 2018 ». La victoire de l’Allemagne lui a donné raison mais il a tout de même perdu de sa superbe au coup de sifflet final et accusé le coup, comme la majorité des clients du bar. Avant de rentrer dans ses pénates, il a conclu un peu amèrement qu’il valait de toute façon mieux, pour le bien de tous, éviter un France-Algérie en quart de finale.

Le football est le dernier champ de bataille des nations, l’ultime exutoire des peuples irréconciliables et pourtant jetés les uns contre les autres par l’accélération économique dans la grande essoreuse de la mondialisation. En France, la coupe du monde prend une coloration particulière quand l’Algérie manque de peu d’y affronter les Bleus et que l’Allemagne vient réveiller les vieux fantômes. Pendant toute la compétition, il a été difficile d’ignorer les manifestations bruyantes et stupidement agressives de certains supporters algériens, les rodéos, les invectives et les voitures brûlées à chaque victoire des Fennecs. L’antagonisme est-il si grand entre l’Algérie et la France que les médias et les politiques soient paralysés par la crainte de dénoncer les débordements de supporters demeurés qui ont failli comme d’habitude faire plus parler d’eux que de leur équipe ? Las de dénier la réalité, le ministre de l’intérieur a fini par condamner les excès des fans des Fennecs que les bien-pensants s’empressaient de mettre sur le compte des affabulations d’extrême droite, comme si pointer du doigt et dénoncer les abus des Algériens risquait d’entraîner immédiatement une guerre civile ou de livrer le pays à la dictature. On a trop entendu cet argument usé de la part des partisans de la politique de l’autruche : dénoncer les abus fait le jeu du Front national. Comme si leur politique de l’autruche n’avait pas fait plus en vingt ans pour la famille Le Pen que tous les Zemmour et la soi-disant xénophobie viscérale des Français. Il est trop facile de se justifier en repeignant la réalité à son goût, enfermé dans sa forteresse de certitudes.

La répugnance, une nouvelle fois constatée, à dénoncer de manière claire et intelligible les débordements réels à l’occasion de chaque match de l’Algérie lors de la coupe du monde correspond à une politique suicidaire dénoncée récemment par Christian Harbulot, actuel directeur de l’Ecole de Guerre Economique, qui, à propos de la réduction constante du budget de la défense, pointe du doigt : « le coût toujours plus exorbitant de l’achat de la paix sociale. Le reste apparaît comme une broutille en terme de risque d’implosion et c’est bien ce fait qui pousse nos hommes politiques à rogner toujours plus sur des budgets comme ceux de la Défense. On en arrive ainsi à ce paradoxe où nos élites se trouvent prêtes à saborder une partie de notre outil de puissance pour s’épargner les conséquences d’un blocage des différents dispositifs publics (subventions ciblées, situations de rentes, NDLR) qui maintiennent cette paix sociale aujourd’hui. » Au-delà du problème, déjà préoccupant, des moyens militaires de la France, cela signifie que les élites politiques sont prêtes à sacrifier les réformes nécessaires à l’évolution du pays en préférant dans tous les cas un statu quo social instable aux évolutions nécessaires. Dans le cas des tensions entre une partie de la communauté algérienne, ou d’origine algérienne, et la France, à nouveau rendue si visibles, cette fois par la coupe du monde, la logique est sensiblement la même : il vaut mieux privilégier la paix sociale plutôt que de risquer des troubles graves en dénonçant plus vigoureusement l’agitation entretenue par des excités dont on ignore le poids et la force réelle. On abandonnera donc à nouveau aux partisans de « l’inversion des flux migratoires » – expression étrange dont on cherchera vainement la signification concrète en termes démographiques – le traitement de la question épineuse de l’assimilation réelle des enfants de l’immigration qui, après deux ou trois générations, niquent la France et les Français et célèbrent, à l’instar de Franck Ribéry, vrai-faux algérien en plein fantasme identitaire, l’appartenance à une nation qu’ils ne connaissent pas et dans laquelle ils seraient bien plus en peine de s’intégrer qu’en France. On abandonnera donc par la même occasion le petit Français des classes moyennes à la confrontation directe avec ses voisins communautaristes surexcités dans les grandes périphéries des métropoles françaises qui sont devenues des cauchemars péri-urbains et des démentis flagrants du succès supposé de la politique d’intégration de la France depuis trente ans.

Pourquoi cet échec alors ? Pourquoi un simple match de football, une victoire, somme toute anecdotique, contre une Corée du sud déboussolée ou une Russie peu inspirée se transforment-ils en tribune pour les indigènes de la république qui vocifèrent leur dégoût de la France en grimpant sur les toits des voitures ou en y foutant le feu ? Pourquoi, alors que la France conserve, en dépit de tous les procès que lui font les procureurs du multiculturalisme, une politique sociale et migratoire tout à fait généreuse, par rapport à nombre d’Etats de l’OCDE ? Peut-être est-ce dû aux frustrations générées par cet Etat trop centralisé, trop paternaliste, trop figé et trop dirigiste, chez ceux à qui elle demande d’accepter un modèle social et culturel qui ne semble plus être associé qu’à l’impuissance et au déclin ? Peut-être est-il impossible de refermer complètement les plaies de la décolonisation ? Peut-être est-il enfin difficile d’exiger de cette communauté algérienne, sur laquelle pèse déjà l’échec du pays d’origine, d’aimer et de respecter un pays d’accueil qui fait tant profession de se détester ? La nation à la Renan se construit, en dépit même de la langue ou de la naissance par l’adhésion à un passé et à un avenir commun. Le temps est peut-être venu de se demander si ce modèle idéal est toujours viable ou si la société française est toujours apte à fournir la somme des sacrifices nécessaires pour assurer sa pérennité.

Il y avait pourtant, quelque chose de l’idéal de Renan qui flottait dans l’air ce lundi soir alors que sur les champs de bataille footballistique la défaite de l’Algérie laissait place à la menace rhénane. La beauté du combat livré par les malheureux Fennecs et l’inéluctable victoire de la Mannschaft, la responsabilité laissée à la France de vaincre les hommes de Joachim Löw, a fait resurgir des fantômes encore étonnamment présents dans l’inconscient collectif : le « match de la honte » pour les Algériens, l’exécution de Battiston pour les Français. Une double frustration partagée il y a trente-deux ans par les deux pays et les deux équipes face à une Allemagne injustement victorieuse. Après avoir écarté les plus dignes représentants de la génération d’abrutis qui a contribué à l’humiliation de 2010 à Knysna pour les remplacer par une équipe qui se contente de jouer au foot, loin des fausses promesses du « black-blanc-beur », la défaite de l’Algérie face à la Mannschaft est peut-être un passage de relais important. Cela ne suffit pas forcément à rapprocher des peuples qui ne sont pas destinés à s’aimer mais quand vers minuit, le serveur du PMU qui lavait tristement les verres a laissé tomber « je suis écœuré qu’on ait perdu mais on les a quand même rincé les Allemands. Ca va nous faciliter la tâche vendredi », il y avait quelque chose dans cette intrication complexe qui n’était pas décourageant. Il faut se méfier des coupes du monde et des superbes matchs qui rendent même le téléspectateur le plus rétif un peu trop sentimental, surtout quand elle font croire qu’il est au moins possible de changer les règles immuables du football pour que l’Allemagne ne gagne pas toujours à la fin.

*Photo : SICHOV/SIPA. 00102318_000004.

Baby-Loup, exil et victoire

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voile laicite creche

À Conflans-Sainte-Honorine, où les quiètes Yvelines rencontrent le Val-d’Oise, la trop célèbre crèche Baby-Loup s’est installée face à la gare, dans un quartier aux allures petites-bourgeoises que surplombent seulement deux barres HLM à l’air vaguement menaçant.
En ce lendemain de jugement, aussi favorable que les dirigeants de l’institution de puériculture pouvaient le souhaiter, un ordre immuable semble régner. Le petit cube terne, anciennement dévolu à l’assurance-maladie, qui accueille des enfants 24h/24 et 7j/7 – la spécificité de Baby-Loup, encore inégalée en France – bourdonne sourdement, telle une fourmilière, de l’intérieur. L’ingéniosité de l’équipe, mue par la main de fer gantée de velours de Natalia Baleato, a changé le bâtiment autrefois occupé administrativement, c’est-à-dire chichement, en un palais d’enfants où salles de jeu, cuisines, dortoirs et salles à manger se déploient jusque dans l’ancienne cave. Ironiquement, la crèche se trouve mieux logée ici qu’à Chanteloup-les-Vignes, où elle est née. Fuir la cité, au cœur de laquelle elle s’était installée, est-ce une défaite ? Natalia Baleato ne le croit pas : « Déjà, à Chanteloup, nous accueillions les enfants d’une vingtaine de communes environnantes. Et, autant qu’on puisse en juger, ce sont les mêmes qui nous ont suivi ici. »
Malgré l’arrêt de la Cour de cassation qui a réglé définitivement le litige opposant l’association à Mme Afif – à moins que celle-ci n’aille plaider sa cause devant la Cour européenne des droits de l’homme – la nouvelle vie de Baby-Loup n’est pas rose. L’accueil de l’équipe municipale de Conflans, UMP arrivée aux affaires en mars, n’a pas été des plus sympathiques. Dans un courrier du 11 juin, l’adjoint délégué aux affaires sociales oppose une fin de non-recevoir aux demandes de financement de la crèche et d’aménagement de parking aux alentours. Une maladresse, veut croire Julien, jeune homme serein, en charge de la relation avec les parents, qui plaide l’ignorance de la mairie novice. Reste que la crèche, qui a dû emprunter pour financer son déménagement et dont les dotations des pouvoirs publics ont été gelées tant que durait le procès, doit encore trouver 250 000 euros pour boucler son budget 2014. Une situation inédite selon Mme Baleato qui, depuis plus de vingt ans que l’association existe, a toujours réussi à maintenir ses comptes à l’équilibre.

Le contentieux avec Fatima Afif, ouvert depuis fin 2008, aura donc eu, malgré la victoire sur le papier, de lourdes conséquences sur Baby-Loup. Si la crèche n’a migré que de 5 kilomètres, ce qui a priori ne cause guère de désagréments à des parents déjà habitués à se déplacer, comme nombre de banlieusards, en voiture, l’exil forcé prouve au moins symboliquement une chose : que la pression sociale, et ici religieuse, est tellement forte dans certaines cités populaires françaises que les initiatives laïques n’y ont plus leur place. Natalia Baleato rétorque qu’ils ont résisté autant qu’ils ont pu et que la poursuite de l’expérience Baby-Loup est réjouissante de toute façon. Du côté des assistantes maternelles, comme Nathalie, salariée depuis deux ans, on assure avoir été préservé du conflit par la direction, et on se félicite naturellement de l’issue du procès. Et l’on confie aussi à demi-mot que l’installation à Conflans ouvre de nouveaux horizons, comme si c’était un second soulagement que d’avoir définitivement quitté les murs étouffants de la cité.

Alors, certes, la République et les parents, les femmes particulièrement, à qui Baby-Loup offre l’opportunité unique de travailler, même de nuit, peuvent s’enorgueillir de l’arrêt de la Cour de cassation qui autorise une entreprise ou une association dont la tâche l’exige à bannir les revendications religieuses ; mais dans le même temps, sur la cité des Poètes comme dans tant d’autres en France, une nuit plus obscure étend son long manteau que nul ne sait encore vraiment soulever.

* Photo : HALEY/SIPA/00611024_000001

Côte de bœuf : non à la barbaque unique !

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cote boeuf origine

 Faudra-t-il ajouter, demain, la côte de bœuf à l’inventaire des chefs-d’œuvre en péril du patrimoine alimentaire français ? La côte de bœuf ? Mais elle va très bien, la côte de bœuf, on en voit dans toutes les vitrines de boucherie et sur les étals des grandes surfaces, alors, où est le problème ? Le problème, c’est l’avenir de l’élevage bovin français et plus particulièrement de son élevage traditionnel, à savoir celui qui voit des vaches se nourrir au pré et donner naissance à des veaux avant d’aller à l’abattoir. Aujourd’hui, pourvu qu’il ait sous les yeux une bonne masse de viande rouge accolée à un os, le client est content. Le drame de la boucherie française, c’est qu’elle oscille entre social-démocratie molle et libéralisme flasque, ce qui se traduit, en termes carnés, par un produit stéréotypé qui obéit aux critères officiels de la neutralité sensorielle du goût mondialisé. L’urgent est de faire du volume à moindre prix en un temps record pour faire tourner le terroir-caisse de l’industrie céréalière. Sans entrer dans la technique, pour qu’une carcasse gonfle rapidement, il faut pousser la croissance de la vache avec des céréales dont les prix ne cessent d’augmenter. Seule solution : remplacer le grain inabordable par du tourteau (farine) de soja, le plus souvent OGM, importé à bas coût d’Amérique latine. [access capability= »lire_inedits »]

C’est ainsi que, sans avoir modifié leur apparence, on transforme nos campagnes en usines. Adieu notre bonne vieille vache de pâturage lentement nourrie à l’herbe et abattue après son troisième veau, dont la viande, finement persillée de ces minuscules filaments de gras sain qui lui donnent une saveur incomparable, et maturée au moins un mois en chambre froide, régalait les amateurs de vraies côtes de bœuf. Faux ! peuvent rétorquer certains, cette qualité-là existe, on la trouve encore. Certes, chez des bouchers de luxe, à 75 ou 100 euros la côte de bœuf importée de Grande-Bretagne, d’Allemagne ou d’Espagne. Eh oui, dans ces pays-là, l’élevage à l’herbe pour la viande de boucherie est reconnu et encouragé.

En France, c’est impensable. La prairie est réservée à la production laitière, le reste du territoire à la carnassière. L’étable française est coupée en deux : races charolaise, limousine et blonde d’Aquitaine, muées en machines à barbaque, race prim’holstein (vache au pelage noir et blanc qui pullule dans les campagnes), programmée en pisseuse de lait. Les lobbies agricoles, les normes de Bruxelles et la FNSEA en ont décidé ainsi, la vache française n’a que deux fonctions : profit et rentabilité. Or la grande époque de l’élevage traditionnel qui donna ses titres de gloire agricoles et alimentaires à la France privilégiait les races mixtes. Première partie de vie : on fait des veaux pour donner du lait. Deuxième époque : on engraisse à l’herbe pour donner de la viande. Elles ont pour nom montbéliarde, normande ou maine-anjou, mais aussi nantaise, pie noir, parthenaise, jersiaise, que quelques héroïques paysans s’obstinent à perpétuer. Mais cela reste l’exception. Nous voici condamnés à ne plus manger que de la barbaque unique, celle des hygiénistes coincés et des peine-à-jouir.

Que nous propose en effet l’immense majorité des bouchers ? Une viande uniformément rosacée, éventuellement tendre et dépourvue, hormis à quelques embouts, de la moindre trace de lipide. Du passe-partout que l’on mâche sans sourciller et avale sans déguster, une viande sans âme et sans goût, à l’image de la politique de l’UMPS.

Libérons l’élevage et la boucherie des oukases du marché bruxellois !

Rendez-nous notre côte de bœuf française à l’herbe, racie et persillée ! [/access]

 

*Image : Soleil.

 

L’Occident malade de lui-même

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occident del valle russie

occident del valle russie

On se souvient d’Alexandre Del Valle et de sa force de conviction déclinée dans plusieurs ouvrages de géopolitique pointus, enlevés et qui, bien au delà des cénacles habituels de cette discipline, n’auront laissé personne indifférent. Le voici qui revient en librairie avec « Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation », aux Editions du Toucan. Reprenant un certain nombre de ses thèmes préférés, Del Valle croise à sa discipline d’origine toute une série d’autres concepts issus des sciences sociales et psychologiques. Comme Jacques Ellul et Roger Mucchielli, l’auteur rend lisible « la guerre des représentations » qui passe trop souvent inaperçue du grand public.

Il renforce ses grilles de lecture avec le concept de subversion : « technique d’affaiblissement du pouvoir et de démoralisation des citoyens » comme définie par Mucchielli. Les dissonances cognitives qui complètent son analyse sont bien connues des publicitaires ou des communicants, mais Del Valle marque son point en les projetant dans la sphère géopolitique.

Grâce à ces outils, il constate que l’Occident est tout à la fois l’auteur inconscient et le destinataire d’une guerre mentale qu’il se livre à lui-même. C’est ce mécanisme qu’il s’agit de démonter pour comprendre les raisons profondes des pannes qu’il provoque et, pire, de la « haine de soi » qu’il induit. Car l’Homme malade de l’Histoire, c’est aujourd’hui cet Occident rongé par des culpabilités multiples. Les Croisades, le Moyen Âge, l’Inquisition, l’esclavagisme, le colonialisme, le racisme et… il en passe…L’« enseignement du mépris de soi » mène à la « dépression collective » avec d’autant plus de certitude que le procès n’est qu’à charge et que l’Occidental a bien pris garde d’être seul sur le banc des accusés. L’auteur dénonce également une amnésie qui tend à faire oublier les crimes commis par d’autres civilisations, notamment sur le plan des excès religieux ou pour l’esclavage. Après avoir dénoncé les blocages et les échecs qui en découlent sur un plan civilisationnel, le docteur Del Valle se change et enfile la robe d’avocat. Il repousse les mythes simplistes qui paralysent la culture occidentale. Mais Del Valle veut-il recoloniser l’Afrique ? Relancer les Croisades ? Non, bien au contraire, il conclut son livre par la nécessité pour l’Occident de promouvoir un monde multipolaire, fondé sur les valeurs de l’héritage du judaïsme et du christianisme qu’il définit – on sera d’accord ou pas – comme étant l’humanisme, la charité, la dignité humaine, la solidarité et la laïcité.

Un processus d’autant plus salutaire pour la vieille Europe, confrontée à la problématique d’intégration de populations étrangères. Celles-ci sont, en effet, porteuses d’identités de plus en plus affirmées et revendiquées. Une réalité qui n’est pas passée inaperçue, notamment de certains courants islamistes qui en profitent pour grossir leurs rangs. Si Del Valle affirme que l’Europe n’a pas de vocation à l’universalité et encore moins à l’impérialisme, il semble à l’auteur impossible de pouvoir envisager quelque intégration que ce soit tant que l’Occident n’aura pas renoué avec la fierté de son Histoire, l’offrant ainsi et aussi en héritage aux nouvelles populations arrivées sur son sol. Del Valle plaide donc pour un monde multipolaire dans lequel l’Occident ne doit pas être isolé. Il lui faut réaliser un double travail de « géopolitique de déculpabilisation » et de « patriotisme intégrateur » pour se réconcilier avec lui-même. Cette étape franchie permettra de se libérer de sa politique bloquée dans des schémas très guerre froide avec sa doctrine de « containment » de la Russie. Une puissante alliance avec le monde slave sera dès lors possible pour relever les défis du XXIème siècle. Vaste programme certes, mais le débat en est désormais ouvert.

Le complexe occidental. Petit manuel de déculpabilisation, Alexandre Del Valle, Editions du Toucan, 2014.

Postérité : Muray romancier

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philippe muray posterite

posterite philippe muray

Stendhal a donné, dans Le Rouge et le Noir, une définition, devenue classique, du roman réaliste : « Un miroir que l’on promène sur une grande route. » Aujourd’hui, de manière bien plus sérieuse, on a pris l’habitude de considérer que le roman est un moyen très désuet de passer le temps lorsque la télévision est en panne. Philippe Muray, lui, en donnait une tout autre définition, en forme de roman, précisément, un vaste roman paru en 1988 et ayant pour titre Postérité, alors même qu’il n’en aura – ironie du sort – à peu près aucune. Les murayens eux-mêmes – souvent lecteurs d’On ferme mais ne parlant que très rarement de son aîné romanesque – ne s’aventurent pas en de telles terres, situées au-delà des futaies d’Après l’Histoire et de L’Empire du Bien.

Ce roman encore méconnu est une œuvre paradoxale, à la fois aérienne et touffue. Il est l’espace littéraire d’analyse de la littérature elle-même. Celle-ci y est définie comme la « miraculée du vouloir-enfant » : tout commence, en effet, et tout finit dans le vortex sempiternel de l’exigence de procréation qui, tôt ou tard, nous aspire en ses spirales brutales pour nous rappeler sans ménagement que veillent les sévères magistrats de l’Espèce.[access capability= »lire_inedits »] À première vue, puisqu’il en provient nécessairement, un individu doit avoir pour destinée de retourner un jour ou l’autre à l’obscurité indistincte de son Espèce, ou de la Vie en sa gluante globalité, dont nul n’est censé ignorer l’inexorable puissance. Or, nous montre Muray, il est des individus auxquels semble chevillée la déraisonnable volonté de ne point céder au vertige des générations et des corruptions, de s’acharner, pied à pied, afin que d’y soustraire tout ce qu’il sera possible d’y soustraire, autrement dit d’opposer au flux naturel de la postérité de chair la dissonance singulière d’une postérité d’esprit.

Ces individus, ce sont les écrivains, que Muray qualifie même d’« irremplaçables individus » ; à tout le moins est-ce là ceux qui ont une chance de parvenir à leurs fins, c’est-à-dire de réussir à être in-dividus, à n’être pas divisibles en portées de marmots dévalant la cascade des générations à venir. Pour Philippe Muray, ainsi qu’il s’emploie à le mettre en scène dans cette admirable fresque, la classification est simple ; il y a trois cas de figure : l’écrivain, qui fait sa postérité ; le géniteur lambda, qui a une postérité ; et les femmes, enfin, qui elles aussi, font leur postérité. « D’où, conclut génialement l’auteur, l’intérêt du conflit. » Car il n’est question que de cela tout au long des plus de 400 pages de cet exubérant roman : l’éternel conflit de celles et ceux qui font leur postérité, et qui par conséquent se construisent tout entiers dans un certain rapport à leur au-delà, à leur après, comme le dit si bien le terme de post-érité ; celles et ceux-là mêmes dont il est aisé de voir que rien ne les destine à la réconciliation.

Ce ne sont ni plus ni moins que les rebondissements de cette guerre universelle, parfois ouverte, parfois froide, dont le roman de notre temps doit s’employer à faire la description et l’analyse. Muray, par ce geste littéraire, s’inscrit dans une tradition qui conçoit le roman comme une réflexion sur les conditions de possibilité du roman et, dans le même mouvement, met en œuvre, dans tous les sens de cette expression, ces possibilités. La réussite est telle qu’il est à présent urgent de donner à Postérité la place que ce livre mérite dans l’œuvre de son auteur, et dans l’esprit des lecteurs. [/access]

Postérité, Philippe Muray, Les Belles Lettres.

*Photo : Hannah.

France-Allemagne : Rio 2014 n’est pas Séville 82

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france allemagne rio 14

france allemagne rio 14

Il serait peut-être opportun d’arrêter de polluer le quart de finale France-Allemagne avec le souvenir de Séville 1982. D’abord, parce qu’il n’y a rien de plus exaspérant que de voir le mainstream ignorant se transformer en souteneur de l’équipe de France tous les quatre ans. Mais qu’ils se taisent ! Tous leurs commentaires dégoulinent d’ignorance et d’opportunisme. Depuis trois jours, ils revisitent la soirée du 8 juillet 1982. Et nous refont le coup de la ligne bleue des Vosges. J’ai assisté en direct à la tragédie de Séville. Au-delà de l’horrible concentré d’injustice que fut cette victoire de la force brutale sur l’intelligence, il faut rappeler que pendant les vingt années précédentes, la France était ridicule en football. Et pourtant ce soir-là, elle fut aérienne… Je n’ai jamais pu revoir le match en vidéo, jamais. C’est dire, s’il reste un formidable souvenir. Mais aujourd’hui, ça suffit. Des revanches on en a pris. D’abord, le premier match amical avec les Allemands qui avaient suivi la coupe du monde espagnole fut une étonnante partie de baston. Les Français (qui gagnèrent 2-0) avaient marché sur leurs adversaires sans qu’intelligemment les Allemands ne répondent, et que l’arbitre n’intervienne. Il fallait purger Séville.

Ensuite, tout le monde semble avoir oublié la coupe du monde suivante. L’équipe de France, après un parcours brillant, et notamment un quart de finale de légende contre le Brésil retrouvait l’Allemagne en demi-finale (tiens, tiens). Là aussi, on nous annonçait la reconquête de l’Alsace et de la Lorraine. La France, éreintée par son match précédent, fut logiquement battue, alors que tout le monde pensait qu’elle irait retrouver l’Argentine de Maradona en finale. Alors, pourquoi ressortir aujourd’hui de leurs placards de retraités Schumacher, Battiston et Trésor ? Pour motiver les joueurs ? Ils n’ont sûrement pas besoin de ça, soyons sérieux. Même si c’est populaire, même si c’est identitaire, ce n’est que du football.

Et puis, si l’on veut continuer à filer la métaphore guerrière, autant le faire avec de la mémoire. Au début de 1914, la France n’était pas particulièrement obsédée par la reconquête de l’Alsace et de la Lorraine. C’est au cours du mois de juillet, lorsque l’implacable mécanique se mettait en place que l’on réactiva cet objectif patriotard. Avec les conséquences stratégiques que l’on connaît. Le haut commandement français, obsédé par la ligne bleue des Vosges, engouffra immédiatement ses armées sur ce terrain où les Allemands les attendaient. Ce fut cuisant. Pendant ce temps, alors qu’il disposait de tous les éléments, Joffre négligea la mise en œuvre du plan Schlieffen. Et seul l’incroyable miracle de la Marne permit d’échapper au désastre. Pour ouvrir les portes de l’enfer d’une guerre interminable dont nous ne nous sommes probablement jamais remis.

Alors, on se calme. Séville, c’est de l’Histoire. On oublie. Sinon, tu vas voir qu’à ce petit jeu-là, sur la feuille de match, vont apparaître les noms de Schlieffen, Molkte, sans oublier Guderian.

Prenons un grand plaisir à regarder un match de football. Et à la fin, de toute façon, on boira un coup. Pour fêter, ou pour oublier…

*Photo : Thanassis Stavrakis/AP/SIPA. AP21592436_000005. 

Coupe du monde : l’Allemagne paiera!

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france allemagne seville 1982

france allemagne seville 1982

Pierre-Louis Basse, journaliste et écrivain, longtemps grande voix d’Europe 1, est aussi un de nos spécialistes reconnus de la planète  football. Il a écrit un livre, il y a quelques années déjà, consacré au mythique France-Allemagne de 1982Séville : France-Allemagne 82 (Table Ronde)

Jérôme Leroy : Comment expliquez-vous, à quelques heures du France-Allemagne 2014, cette référence omniprésente au match de Séville ?

Pierre-Louis Basse : Il entre dans la mémoire, tout d’abord, d’un point de vue sportif.  Une vie entière n’est pas forcément suffisante pour réunir ce qu’un match, un seul, nous a offert !  L’espoir, la victoire, l’injustice, la blessure et puis la défaite. Tout est là, sur cette pelouse de Séville… Et puis ces deux Allemagnes qui se regardent en chien de faïence… J’étais étudiant et je méprisais cette RFA. J’avais bien plus de tendresse pour les filles de l’Est et beaucoup moins pour le Mark fort, l’absence de dénazification même si je soutenais les comptes réclamés par les fils et filles, par cette génération d’intellectuels en révolte… Entre la France et l’Allemagne, tout n’était pas encore réglé à cette époque, encore moins qu’aujourd’hui ! Le match de Séville, avec son résultat obtenu dans de telles conditions, risquait de faire remonter à la surface tout un vieux fond, tout un décor : Mitterrand qui regardait le match en Hongrie avec Helmut Schmidt. Ensemble, ils vont pondre un communiqué pour apaiser les esprits… En fait, ce match est un marqueur du point de vue des relations du sport avec la culture, le cinéma, la politique. C’est devenu une sorte de rendez- vous vintage convoqué aussi par les artistes et les chanteurs…  Séville, c’est, selon la belle expression de la romancière Christa Wolf, «  du passé qui ne passe pas »…

Il y a pourtant eu une autre défaite de la France face à l’Allemagne, quatre ans plus tard…

On ne parle pas de 86, car le France- Brésil, sa beauté, ont écrasé tout le reste. Surtout, le match contre l’Allemagne est atone. Platini est cuit, et avec lui, l’Equipe de France… Encore une fois, 82, c’est un diamant noir. Une défaite, certes, au bout de la nuit, mais aussi un jeu et une générosité extraordinaires développés par le carré magique : Tigana, Giresse, Platini, Genghini… Donc le France- Allemagne de 86 sombre dans les oubliettes de l’histoire….

Quelles différences voyez-vous entre le onze tricolore de 82 et celui de 2014 ?

Impossible de comparer. La mondialisation du foot est telle aujourd’hui que les systèmes de jeu finissent par s’annuler. Même les Allemands sont en train d’imiter la possession de balle des Espagnols.  Tous les joueurs se connaissent et évoluent ensemble dans les mêmes clubs tout en portant un maillot national différent. Ce qu’il y a d’intéressant, en revanche, et contrairement à ce que disait Dany Cohn-Bendit, il y a vingt ans, c’est que nous assistons à un retour du national, de l’identité, contre le saupoudrage et la mondialisation des clubs. C’est fou, cette ferveur !  La Coupe du monde renvoie les supporters vers des comportements identitaires qu’on avait oubliés.

Alors vous auriez préféré assister à un quart de finale France-Algérie ?

Putain, un France- Algérie, en quart, sur écran géant, à La-Trinité-sur-mer, voilà qui aurait eu de la gueule…. Les champions du monde du repli ont été grotesques après la victoire de l’Algérie contre la Corée du sud et surtout la qualification. Pathétiques. Quelques voitures ont brûlé, quelques incidents…. Mais l’ensemble était avant tout joyeux, familial, quoi qu’on en dise.

Votre pronostic pour ce soir ?

Victoire de la France 2 buts à 1.

*Photo : AP/SIPA. AP21591780_000001.

L’UMP et ses mâles alpha

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ump babouins cope fillon

ump babouins cope fillon

Pendant plus de vingt ans, un groupe de babouins jaunes (papio hamadryas cynocephalus ) a été observé au Kenya dans le parc du Kikorok par une équipe de scientifiques. Ils ont pu noter que les mâles dominants, dits « mâles alpha », y faisaient régner la terreur. Sous l’effet d’une sécrétion surabondante de testostérone, les mâles alphas s’accaparaient  l’essentiel de la nourriture, soumettaient la totalité des femelles à leur désir sexuel et créaient un stress très important dans toute la population de babouins.

Or, un jour, attirés par de la nourriture abandonnée en périphérie d’un village, les mâles alpha se sont une fois encore approprié toutes les denrées disponibles. Il se trouve que la nourriture était avariée et tous les mâles alpha sont morts.

Qu’en est-il résulté ? D’autres mâles alpha sont-ils apparus ? D’autres petits dictateurs bourrés de testostérone se sont-ils substitués aux premiers pour asservir tout le groupe de babouins. Non pas du tout. De nouveaux rapports sociaux sont apparus au sein de la communauté de babouins.  La nourriture a été mieux répartie, les échanges sexuels se sont diversifiés, renouvelant le patrimoine génétique du groupe, le stress a disparu. Si d’aventure un mâle alpha issu d’un groupe extérieur manifestait son intention d’entrer dans le groupe pour le soumettre à son tour, il était impitoyablement chassé ou tué par les babouins unis.

Depuis une dizaine d’années, nous assistons au sein de la droite française en général et de l’UMP en particulier à un spectacle comparable. Quelques mâles alpha, bourrés de testostérone, sont engagés dans une lutte à mort et imposent un stress insupportable aux militants, aux électeurs, aux Français. Ces mâles alpha se nomment Villepin, Sarkozy, Fillon, Juppé, Copé, Bertrand… Ont-ils un projet pour la France ? Ont-ils des idées nouvelles à proposer ? Non, surtout beaucoup de testostérone à revendre.

Saint-Simon, dans sa fameuse parabole, disait : « Admettons que la France ait le malheur de perdre le même jour Monsieur le frère du roi, Monseigneur le duc d’Angoulème […] les grand officiers, tous les ministres, les dix mille propriétaires les plus riches […] Cet incident affligerait certainement les Français, mais cette perte ne leur causerait de chagrin que sous un rapport sentimental, car il n’en résulterait aucun mal politique pour l’Etat. »

Imaginons à notre tour que le dernier étage de l’UMP s’effondre lors d’une réunion du bureau politique et que disparaissent tous ensemble les mâles alpha qui y imposent leur stress. Malgré le chagrin que cela causerait à certains, il ne fait nul doute que l’UMP s’en porterait beaucoup mieux et la France avec. De nouvelles idées naîtraient, de nouvelles interactions apparaîtraient, une nouvelle génération politique se ferait jour. Et surtout nous ne serions pas victimes au cours des 3 ans qui nous séparent des prochaines élections présidentielles du harcèlement (im)moral et quotidien des mâles alpha, des rodomontades hormonales de Sarkozy, Fillon, Copé et consorts.

Un peu plus d’intelligence et un peu moins d’hormones. Ça ne ferait de mal à personne et surtout pas à la France.

 

*Photo : Mark Morgan.

Bienvenue chez les Schnocks!

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film racisme clavier

film racisme clavier

Raciste ou pas raciste ? Dès sa sortie, le 16 avril, le film de Philippe de Chauveron, Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?, a été traité avec tous les honneurs qui conviennent à un phénomène de société. Il faut dire que le succès populaire de cette comédie confère une pertinence certaine à cette question : avec un peu moins de 8 millions d’entrées en cinq semaines, elle fait presque aussi bien que Bienvenue chez les Ch’tis ou Intouchables. Mais avant de répondre à la question shakespearienne qui a tant tourmenté la critique, il faut tenter de comprendre l’histoire que raconte vraiment cette comédie.

En première analyse, rien de compliqué : les Verneuil, un couple de quinquas franchouillard composé d’un notaire (Christian Clavier) et d’une femme au foyer (Chantal Lauby), habitent à proximité de Chinon, dans une magnifique demeure plantée au milieu d’un vaste parc. Ils ont élevé leurs quatre filles dans la pure tradition catho- gaulliste. Or, celles-ci ont jeté leur dévolu sur des hommes qui, à eux quatre, composent un chatoyant arc-en-ciel ethno-religieux : il y a déjà un juif (Ary Abittan), un Arabe musulman (Medi Sadoum), et un Asiatique (Frédéric Chau), et voilà que, cerise sur le gâteau, la dernière débarque avec un Noir (Noom Diawara). Le scénario enchaîne, souvent avec bonheur, blagues racistes et insinuations plus ou moins xénophobes, équitablement réparties entre tous les personnages. Le film évite d’abord le piège grossier qui consisterait à opposer des beaufs fermés à toute altérité à d’aimables représentants de la diversité pétris d’amour de leur prochain.[access capability= »lire_inedits »]

On comprend très vite que, dans cette famille Benetton d’un nouveau genre, tout le monde est à la fois raciste et victime du racisme. Et même quand la situation menace de se tendre, un peu d’amour et d’amitié, une côte de bœuf et quelques bouteilles suffisent à tout arranger. Histoire de rappeler que nous sommes tous frères – ou que, comme nous l’a appris Jean Yanne, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Et bien sûr, tout est bien qui finit par un mariage.
Reste à savoir si, derrière la drôlerie bien réelle des blagues volontairement limite, le film dénonce le racisme en le caricaturant, comme on le pense à 20 Minutes, ou si, au contraire, il le banalise, ainsi que le suggère Franck Nouchi dans Le Monde. En réalité, ce faux débat détourne l’attention du véritable message, camouflé par les effets comiques, mais beaucoup plus pernicieux.

Pourquoi, en effet, les auteurs ont-ils décidé que la famille française serait uniquement composée de filles ? On aurait pu imaginer une famille tout aussi vieille France, dont les fils auraient épousé une juive, une musulmane, une Asiatique ou une Noire – ou pourquoi pas un garçon sans papiers. C’est que ce choix, apparemment innocent, raconte une histoire et pas n’importe laquelle : celle d’une France qui ne peut engendrer que des femmes, et dont l’avenir dépend de sa capacité à attirer des mâles vigoureux capables de les féconder – lesquels, par définition, ne sauraient être issus de familles catho-gaullistes de Chinon. Autrement dit, le salut de la « race » viendra de la diversité.

Si la critique est passée à côté de cette thèse hasardeuse, c’est parce que, à la différence des blagues sur les juifs ou les Arabes, qui jouent sur des ressorts connus, cette représentation d’une nation épuisée, improductive et incapable de se reproduire sans apport extérieur, est déguisée en évidence et échappe à notre attention consciente tout en s’incrustant dans notre cerveau telle une publicité subliminale. On ne voit pas mais on enregistre. Pendant que l’attention du spectateur est captée par des plaisanteries sur le petit pénis des Chinois, une conception pour le moins discutable de la « France de souche » s’insinue dans les esprits. Il faut croire que les voies de la bien-pensance sont aussi impénétrables que celle du Bon Dieu. [/access]

L’avventura, c’est la vie que je mène avec l’oie

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Comme pour imiter ses collègues experts-ès indignations, la chanteuse Stone (ex Stone et Charden) s’est fâchée très fort à propos du jeu dit du « cou de l’oie » organisée annuellement (depuis deux siècles tout de même) dans la commune d’Arfeuilles, en Auvergne. L’interprète de « Made in Normandy » voit cette tradition d’un très mauvais oeil et rédige une lettre ouverte à destination du maire, assez cocasse.

Le reste se passe de commentaires, jugez plutôt :

« Je viens d’apprendre par mon association de protection animale avec stupéfaction et écœurement le jeu stupide et inutile que vous organisez sur votre commune le 15 août prochain : Le « Cou de l’oie ». Au Moyen Âge les vies humaines et animales étaient si peu considérées. Dois-je vous rappeler que nous vivons au XXIe siècle (époque contemporaine} et qu’il serait temps de cesser tout ce carnage et de misère autour de nous ! Le 15 août prochain des oies, des lapins et des poules seront morts uniquement pour un jeu. L’année prochaine envisagez-vous de pendre des chiens, des chats et pourquoi pas des êtres humains ? Allons  Monsieur Le Maire un  peu de sensibilité et de  respect  pour  la vie, quelle image donnez-vous des français aux touristes présents sur votre commune le 15 août ? Des barbares… Est-ce ce genre de divertissement que nous voulons laisser à nos enfants en héritage ? Même si les animaux sont tués avant d’être pendus, il est totalement incompréhensible  est inacceptable qu’ils soient sacrifiés pour un jeu ! Il est grand temps de changer votre mentalité et votre regard sur ces animaux. C’est pourquoi j’ai déposé à l’Assemblée Nationale récemment 577 courriers destinés à nos députés afin de les sensibiliser sur le sort des animaux et qu’ils soient reconnu doués de sensibilité dans notre Code civil. Alors je vous demande d’annuler ce jeu moyenâgeux et d’organiser à la place des concerts et d’autres jeux ne tournant pas autour de la mort ou de l’exploitation animale. Ayant une maison secondaire sur la commune de Commentry je me ferais un plaisir, dans ce cas, de venir vous rencontrer.

En espérant que vous serez sensible à ma démarche je vous prie de croire, Monsieur Le Maire, en I’ expression de mes salutations distinguées.

STONE  » (sic)

France-Allemagne : Oublier Séville

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france seville allemagne algerie

« Le football est un sport qui se joue à onze et c’est l’Allemagne qui gagne à la fin… » Le cruel adage a pu se vérifier encore une fois à l’occasion du huitième de finale disputé entre la Nationalmannschaft et l’équipe des Fennecs, la sélection nationale algérienne, qui a abandonné la victoire aux Allemands à l’issue d’un match que l’on peut sans peine qualifier d’héroïque. Deux heures de combat acharné et de jeu passionné qui auraient entraîné l’adhésion de l’individu le plus rétif au football ont « redoré le blouson » de l’équipe d’Algérie, pour reprendre la perle désormais célèbre. Au coup de sifflet final, dans le bar de quartier où j’ai regardé l’équipe de France péniblement gagner et celle d’Algérie magnifiquement perdre, l’amertume se lisait sur les visages. Un monsieur d’un certain âge a profité de la mi-temps et de quelques arrêts de jeu pour me faire part de comparaisons savantes entre l’équipe algérienne de 2014 et celle de 1982, l’année du « match de la honte ». Ma connaissance du monde du football étant très loin d’être encyclopédique, et celle du football algérien des années 80 presque inexistante, je me suis contenté d’acquiescer poliment. Fort de son expérience et de sa sagesse, le chibani affecta durant tout le match d’observer l’action d’un air amusé, prédisant une défaite honorable et « le succès en 2018 ». La victoire de l’Allemagne lui a donné raison mais il a tout de même perdu de sa superbe au coup de sifflet final et accusé le coup, comme la majorité des clients du bar. Avant de rentrer dans ses pénates, il a conclu un peu amèrement qu’il valait de toute façon mieux, pour le bien de tous, éviter un France-Algérie en quart de finale.

Le football est le dernier champ de bataille des nations, l’ultime exutoire des peuples irréconciliables et pourtant jetés les uns contre les autres par l’accélération économique dans la grande essoreuse de la mondialisation. En France, la coupe du monde prend une coloration particulière quand l’Algérie manque de peu d’y affronter les Bleus et que l’Allemagne vient réveiller les vieux fantômes. Pendant toute la compétition, il a été difficile d’ignorer les manifestations bruyantes et stupidement agressives de certains supporters algériens, les rodéos, les invectives et les voitures brûlées à chaque victoire des Fennecs. L’antagonisme est-il si grand entre l’Algérie et la France que les médias et les politiques soient paralysés par la crainte de dénoncer les débordements de supporters demeurés qui ont failli comme d’habitude faire plus parler d’eux que de leur équipe ? Las de dénier la réalité, le ministre de l’intérieur a fini par condamner les excès des fans des Fennecs que les bien-pensants s’empressaient de mettre sur le compte des affabulations d’extrême droite, comme si pointer du doigt et dénoncer les abus des Algériens risquait d’entraîner immédiatement une guerre civile ou de livrer le pays à la dictature. On a trop entendu cet argument usé de la part des partisans de la politique de l’autruche : dénoncer les abus fait le jeu du Front national. Comme si leur politique de l’autruche n’avait pas fait plus en vingt ans pour la famille Le Pen que tous les Zemmour et la soi-disant xénophobie viscérale des Français. Il est trop facile de se justifier en repeignant la réalité à son goût, enfermé dans sa forteresse de certitudes.

La répugnance, une nouvelle fois constatée, à dénoncer de manière claire et intelligible les débordements réels à l’occasion de chaque match de l’Algérie lors de la coupe du monde correspond à une politique suicidaire dénoncée récemment par Christian Harbulot, actuel directeur de l’Ecole de Guerre Economique, qui, à propos de la réduction constante du budget de la défense, pointe du doigt : « le coût toujours plus exorbitant de l’achat de la paix sociale. Le reste apparaît comme une broutille en terme de risque d’implosion et c’est bien ce fait qui pousse nos hommes politiques à rogner toujours plus sur des budgets comme ceux de la Défense. On en arrive ainsi à ce paradoxe où nos élites se trouvent prêtes à saborder une partie de notre outil de puissance pour s’épargner les conséquences d’un blocage des différents dispositifs publics (subventions ciblées, situations de rentes, NDLR) qui maintiennent cette paix sociale aujourd’hui. » Au-delà du problème, déjà préoccupant, des moyens militaires de la France, cela signifie que les élites politiques sont prêtes à sacrifier les réformes nécessaires à l’évolution du pays en préférant dans tous les cas un statu quo social instable aux évolutions nécessaires. Dans le cas des tensions entre une partie de la communauté algérienne, ou d’origine algérienne, et la France, à nouveau rendue si visibles, cette fois par la coupe du monde, la logique est sensiblement la même : il vaut mieux privilégier la paix sociale plutôt que de risquer des troubles graves en dénonçant plus vigoureusement l’agitation entretenue par des excités dont on ignore le poids et la force réelle. On abandonnera donc à nouveau aux partisans de « l’inversion des flux migratoires » – expression étrange dont on cherchera vainement la signification concrète en termes démographiques – le traitement de la question épineuse de l’assimilation réelle des enfants de l’immigration qui, après deux ou trois générations, niquent la France et les Français et célèbrent, à l’instar de Franck Ribéry, vrai-faux algérien en plein fantasme identitaire, l’appartenance à une nation qu’ils ne connaissent pas et dans laquelle ils seraient bien plus en peine de s’intégrer qu’en France. On abandonnera donc par la même occasion le petit Français des classes moyennes à la confrontation directe avec ses voisins communautaristes surexcités dans les grandes périphéries des métropoles françaises qui sont devenues des cauchemars péri-urbains et des démentis flagrants du succès supposé de la politique d’intégration de la France depuis trente ans.

Pourquoi cet échec alors ? Pourquoi un simple match de football, une victoire, somme toute anecdotique, contre une Corée du sud déboussolée ou une Russie peu inspirée se transforment-ils en tribune pour les indigènes de la république qui vocifèrent leur dégoût de la France en grimpant sur les toits des voitures ou en y foutant le feu ? Pourquoi, alors que la France conserve, en dépit de tous les procès que lui font les procureurs du multiculturalisme, une politique sociale et migratoire tout à fait généreuse, par rapport à nombre d’Etats de l’OCDE ? Peut-être est-ce dû aux frustrations générées par cet Etat trop centralisé, trop paternaliste, trop figé et trop dirigiste, chez ceux à qui elle demande d’accepter un modèle social et culturel qui ne semble plus être associé qu’à l’impuissance et au déclin ? Peut-être est-il impossible de refermer complètement les plaies de la décolonisation ? Peut-être est-il enfin difficile d’exiger de cette communauté algérienne, sur laquelle pèse déjà l’échec du pays d’origine, d’aimer et de respecter un pays d’accueil qui fait tant profession de se détester ? La nation à la Renan se construit, en dépit même de la langue ou de la naissance par l’adhésion à un passé et à un avenir commun. Le temps est peut-être venu de se demander si ce modèle idéal est toujours viable ou si la société française est toujours apte à fournir la somme des sacrifices nécessaires pour assurer sa pérennité.

Il y avait pourtant, quelque chose de l’idéal de Renan qui flottait dans l’air ce lundi soir alors que sur les champs de bataille footballistique la défaite de l’Algérie laissait place à la menace rhénane. La beauté du combat livré par les malheureux Fennecs et l’inéluctable victoire de la Mannschaft, la responsabilité laissée à la France de vaincre les hommes de Joachim Löw, a fait resurgir des fantômes encore étonnamment présents dans l’inconscient collectif : le « match de la honte » pour les Algériens, l’exécution de Battiston pour les Français. Une double frustration partagée il y a trente-deux ans par les deux pays et les deux équipes face à une Allemagne injustement victorieuse. Après avoir écarté les plus dignes représentants de la génération d’abrutis qui a contribué à l’humiliation de 2010 à Knysna pour les remplacer par une équipe qui se contente de jouer au foot, loin des fausses promesses du « black-blanc-beur », la défaite de l’Algérie face à la Mannschaft est peut-être un passage de relais important. Cela ne suffit pas forcément à rapprocher des peuples qui ne sont pas destinés à s’aimer mais quand vers minuit, le serveur du PMU qui lavait tristement les verres a laissé tomber « je suis écœuré qu’on ait perdu mais on les a quand même rincé les Allemands. Ca va nous faciliter la tâche vendredi », il y avait quelque chose dans cette intrication complexe qui n’était pas décourageant. Il faut se méfier des coupes du monde et des superbes matchs qui rendent même le téléspectateur le plus rétif un peu trop sentimental, surtout quand elle font croire qu’il est au moins possible de changer les règles immuables du football pour que l’Allemagne ne gagne pas toujours à la fin.

*Photo : SICHOV/SIPA. 00102318_000004.

Baby-Loup, exil et victoire

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voile laicite creche

voile laicite creche

À Conflans-Sainte-Honorine, où les quiètes Yvelines rencontrent le Val-d’Oise, la trop célèbre crèche Baby-Loup s’est installée face à la gare, dans un quartier aux allures petites-bourgeoises que surplombent seulement deux barres HLM à l’air vaguement menaçant.
En ce lendemain de jugement, aussi favorable que les dirigeants de l’institution de puériculture pouvaient le souhaiter, un ordre immuable semble régner. Le petit cube terne, anciennement dévolu à l’assurance-maladie, qui accueille des enfants 24h/24 et 7j/7 – la spécificité de Baby-Loup, encore inégalée en France – bourdonne sourdement, telle une fourmilière, de l’intérieur. L’ingéniosité de l’équipe, mue par la main de fer gantée de velours de Natalia Baleato, a changé le bâtiment autrefois occupé administrativement, c’est-à-dire chichement, en un palais d’enfants où salles de jeu, cuisines, dortoirs et salles à manger se déploient jusque dans l’ancienne cave. Ironiquement, la crèche se trouve mieux logée ici qu’à Chanteloup-les-Vignes, où elle est née. Fuir la cité, au cœur de laquelle elle s’était installée, est-ce une défaite ? Natalia Baleato ne le croit pas : « Déjà, à Chanteloup, nous accueillions les enfants d’une vingtaine de communes environnantes. Et, autant qu’on puisse en juger, ce sont les mêmes qui nous ont suivi ici. »
Malgré l’arrêt de la Cour de cassation qui a réglé définitivement le litige opposant l’association à Mme Afif – à moins que celle-ci n’aille plaider sa cause devant la Cour européenne des droits de l’homme – la nouvelle vie de Baby-Loup n’est pas rose. L’accueil de l’équipe municipale de Conflans, UMP arrivée aux affaires en mars, n’a pas été des plus sympathiques. Dans un courrier du 11 juin, l’adjoint délégué aux affaires sociales oppose une fin de non-recevoir aux demandes de financement de la crèche et d’aménagement de parking aux alentours. Une maladresse, veut croire Julien, jeune homme serein, en charge de la relation avec les parents, qui plaide l’ignorance de la mairie novice. Reste que la crèche, qui a dû emprunter pour financer son déménagement et dont les dotations des pouvoirs publics ont été gelées tant que durait le procès, doit encore trouver 250 000 euros pour boucler son budget 2014. Une situation inédite selon Mme Baleato qui, depuis plus de vingt ans que l’association existe, a toujours réussi à maintenir ses comptes à l’équilibre.

Le contentieux avec Fatima Afif, ouvert depuis fin 2008, aura donc eu, malgré la victoire sur le papier, de lourdes conséquences sur Baby-Loup. Si la crèche n’a migré que de 5 kilomètres, ce qui a priori ne cause guère de désagréments à des parents déjà habitués à se déplacer, comme nombre de banlieusards, en voiture, l’exil forcé prouve au moins symboliquement une chose : que la pression sociale, et ici religieuse, est tellement forte dans certaines cités populaires françaises que les initiatives laïques n’y ont plus leur place. Natalia Baleato rétorque qu’ils ont résisté autant qu’ils ont pu et que la poursuite de l’expérience Baby-Loup est réjouissante de toute façon. Du côté des assistantes maternelles, comme Nathalie, salariée depuis deux ans, on assure avoir été préservé du conflit par la direction, et on se félicite naturellement de l’issue du procès. Et l’on confie aussi à demi-mot que l’installation à Conflans ouvre de nouveaux horizons, comme si c’était un second soulagement que d’avoir définitivement quitté les murs étouffants de la cité.

Alors, certes, la République et les parents, les femmes particulièrement, à qui Baby-Loup offre l’opportunité unique de travailler, même de nuit, peuvent s’enorgueillir de l’arrêt de la Cour de cassation qui autorise une entreprise ou une association dont la tâche l’exige à bannir les revendications religieuses ; mais dans le même temps, sur la cité des Poètes comme dans tant d’autres en France, une nuit plus obscure étend son long manteau que nul ne sait encore vraiment soulever.

* Photo : HALEY/SIPA/00611024_000001

Côte de bœuf : non à la barbaque unique !

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cote boeuf origine

cote boeuf origine

 Faudra-t-il ajouter, demain, la côte de bœuf à l’inventaire des chefs-d’œuvre en péril du patrimoine alimentaire français ? La côte de bœuf ? Mais elle va très bien, la côte de bœuf, on en voit dans toutes les vitrines de boucherie et sur les étals des grandes surfaces, alors, où est le problème ? Le problème, c’est l’avenir de l’élevage bovin français et plus particulièrement de son élevage traditionnel, à savoir celui qui voit des vaches se nourrir au pré et donner naissance à des veaux avant d’aller à l’abattoir. Aujourd’hui, pourvu qu’il ait sous les yeux une bonne masse de viande rouge accolée à un os, le client est content. Le drame de la boucherie française, c’est qu’elle oscille entre social-démocratie molle et libéralisme flasque, ce qui se traduit, en termes carnés, par un produit stéréotypé qui obéit aux critères officiels de la neutralité sensorielle du goût mondialisé. L’urgent est de faire du volume à moindre prix en un temps record pour faire tourner le terroir-caisse de l’industrie céréalière. Sans entrer dans la technique, pour qu’une carcasse gonfle rapidement, il faut pousser la croissance de la vache avec des céréales dont les prix ne cessent d’augmenter. Seule solution : remplacer le grain inabordable par du tourteau (farine) de soja, le plus souvent OGM, importé à bas coût d’Amérique latine. [access capability= »lire_inedits »]

C’est ainsi que, sans avoir modifié leur apparence, on transforme nos campagnes en usines. Adieu notre bonne vieille vache de pâturage lentement nourrie à l’herbe et abattue après son troisième veau, dont la viande, finement persillée de ces minuscules filaments de gras sain qui lui donnent une saveur incomparable, et maturée au moins un mois en chambre froide, régalait les amateurs de vraies côtes de bœuf. Faux ! peuvent rétorquer certains, cette qualité-là existe, on la trouve encore. Certes, chez des bouchers de luxe, à 75 ou 100 euros la côte de bœuf importée de Grande-Bretagne, d’Allemagne ou d’Espagne. Eh oui, dans ces pays-là, l’élevage à l’herbe pour la viande de boucherie est reconnu et encouragé.

En France, c’est impensable. La prairie est réservée à la production laitière, le reste du territoire à la carnassière. L’étable française est coupée en deux : races charolaise, limousine et blonde d’Aquitaine, muées en machines à barbaque, race prim’holstein (vache au pelage noir et blanc qui pullule dans les campagnes), programmée en pisseuse de lait. Les lobbies agricoles, les normes de Bruxelles et la FNSEA en ont décidé ainsi, la vache française n’a que deux fonctions : profit et rentabilité. Or la grande époque de l’élevage traditionnel qui donna ses titres de gloire agricoles et alimentaires à la France privilégiait les races mixtes. Première partie de vie : on fait des veaux pour donner du lait. Deuxième époque : on engraisse à l’herbe pour donner de la viande. Elles ont pour nom montbéliarde, normande ou maine-anjou, mais aussi nantaise, pie noir, parthenaise, jersiaise, que quelques héroïques paysans s’obstinent à perpétuer. Mais cela reste l’exception. Nous voici condamnés à ne plus manger que de la barbaque unique, celle des hygiénistes coincés et des peine-à-jouir.

Que nous propose en effet l’immense majorité des bouchers ? Une viande uniformément rosacée, éventuellement tendre et dépourvue, hormis à quelques embouts, de la moindre trace de lipide. Du passe-partout que l’on mâche sans sourciller et avale sans déguster, une viande sans âme et sans goût, à l’image de la politique de l’UMPS.

Libérons l’élevage et la boucherie des oukases du marché bruxellois !

Rendez-nous notre côte de bœuf française à l’herbe, racie et persillée ! [/access]

 

*Image : Soleil.