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Irak : back to the chiites?

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(Avec AFP) – Les forces gouvernementales irakiennes ainsi que plusieurs milices chiites préparent une contre-offensive imminente pour reprendre Ramadi, ville irakienne dont la prise par le groupe Etat islamique le week-end dernier constitue un « revers » selon Washington, allié de Bagdad. La bataille de Ramadi a fait en trois jours au moins 500 morts –civils et soldats– selon des responsables, et environ 24.000 personnes ont fui la cité d’après l’Organisation internationale des migrations

Fait notable, les Américains ont reconnu que les milices chiites, dont certaines sont soutenues par l’Iran, « ont un rôle à jouer (à Ramadi) tant qu’elles sont sous le contrôle du gouvernement irakien ». Il s’agit pourtant du « berceau de la communauté sunnite, qui n’a pas complètement rejeté l’Etat islamique », indique l’expert Ayham Kamel, directeur du groupe Eurasia pour le Moyen-Orient. Pourtant, la nouvelle stratégie militaire de Bagdad qui consiste à brasser sunnites et chiites dans des régiments mixtes n’a pas résisté à la détermination djihadiste. Rompant avec le sectarisme de son prédécesseur Maliki, le Premier ministre irakien Haider al-Abadi  s’est employé à moderniser l’armée nationale à marche forcée, de façon à éviter l’affrontement confessionnel entre chiites et sunnites. Las, l’art levantin de la guerre a montré sa dure réalité : face à des mercenaires fanatisés à bloc, seules des unités chiites formées par les Gardiens de la Révolution iraniens, avec l’accord tacite des Américains qui bombardent la zone, parviennent à reprendre du terrain. Comme quoi, la stratégie militaire ne s’embarrasse de grands principes…

Il est assez piquant de noter que les détracteurs du gouvernement irakien sont ceux-là mêmes qui dénonçaient – à raison- l’esprit de caste des cabinets Maliki, dont le népotisme, le confessionnalisme exacerbé, la corruption et l’incompétence ont exaspéré jusqu’à la communauté chiite. Exemple parmi d’autres, en juin 2014, la fuite en rase campagne du gouverneur militaire de Mossoul retirant ses troupes sans combattre face à l’avancée de l’Etat islamique, ne fut suivie d’aucune sanction, pour la bonne et simple raison que ce haut-gardé était un proche de Maliki.

Tout ceci ne nous dit pas comment le pouvoir de Bagdad, désormais identifié à l’axe chiite Hezbollah-Damas-Teheran, reprendra pied dans les fiefs de la rébellion sunnite. Une fois la victoire militaire acquise – ce qui n’est pas encore fait -, seul l’appui des élites et de la petite bourgeoisie baathiste aujourd’hui marginalisées pourra assurer la stabilité de la région. Bref, la politique reste la continuation de la guerre par d’autres moyens… et avec d’autres hommes.

Le FN et la commission d’enquête (anti)parlementaire

fn assemblee senat enquete

Selon les informations d’Europe 1, le groupe socialiste à l’Assemblée nationale méditerait activement d’ouvrir une commission d’enquête parlementaire sur le financement supposément délictueux du parti de Marine Le Pen. L’idée n’est pas si neuve : le 10 avril dernier, Razzy Hammadi avait déjà déposé une proposition « visant à l’analyse des pratiques de financement du Front national, après les législatives de 2012, par le biais de prêts d’origine russe ». L’argument de salut public étant « d’avancer des propositions qui amélioreront les dispositifs existants visant à encadrer l’influence de groupes ou de personnes physiques ou morales sur la vie publique et politique ». Aucune suite n’y avait été donnée, peut-être parce que le drame familial secouant le FN avait occupé alors tout l’espace, mais le parti du pouvoir ne lâche pas si aisément son idée : cette Commission parlementaire d’enquête devrait voir le jour en octobre prochain, c’est-à-dire opportunément au moment du déclenchement véritable de la campagne des régionales. Nul doute que le PS qui contrôle actuellement la quasi-totalité des régions françaises ne tremble devant un scrutin dont la dose de proportionnelle favorise le FN, contrairement aux départementales passées.

« Passer au laser » les finances et le fonctionnement d’un parti politique ? Noble entreprise. Mais, outre le fait que le citoyen a déjà l’impression que la justice s’y adonne courageusement depuis une bonne vingtaine d’années, l’expression devient vraiment troublante quand elle tombe de la bouche – anonyme d’ailleurs – du député d’un autre parti politique, majoritaire à l’Assemblée en sus. C’est la marotte du Parti socialiste : démontrer par tous les moyens, même légaux, que le Front national est un parti de voleurs. Tous pourris : l’arme du faible est désormais dans les mains du pouvoir, ce dont on pourrait déduire que la faiblesse a changé de camp.

Le financement du FN est certainement une aventure pleine de ressacs et de chausse-trapes – contrairement à celui des autres partis politiques français ? – mais sur les affaires les plus épineuses, celles de l’agence de communication Riwal et du microparti Jeanne, la main de la justice est déjà en train de passer. Et d’ailleurs, le règlement de l’Assemblée nationale restreignant le champ d’investigation d’une commission d’enquête « aux faits n’ayant pas donné lieu à poursuites », et ce afin de respecter la séparation des pouvoirs, il ne reste aux fiers membres de la représentation nationale que la petite histoire du prêt bancaire auprès d’une banque russe à se mettre sous la dent, dont Marine Le Pen s’était déjà justifiée en publiant les lettres de refus des établissements bancaires français et européens et dont le taux de 6%, s’il est avéré, ne plaide pas en faveur d’un geste amical du pouvoir russe.

Mais contre l’unique député du FN, le PS n’aura pas de mal à faire admettre à l’Assemblée la nécessité de sa commission d’enquête. Il reste tout de même étrange qu’un parti demande d’éplucher les comptes d’un autre. Surtout que l’objet de ces commissions doit toujours relever d’une question d’intérêt général. Or, on ne sache pas que le Front national, encore très loin du pouvoir, menace pour l’heure la sécurité nationale par une alliance avec des partis de l’étranger. Enfin, on assisterait à la constitution au grand jour du « système UMPS » que dénonce à cors et à cris Marine Le Pen, puisque le règlement de l’’Assemblée stipule que « les fonctions de président ou de rapporteur reviennent automatiquement à un membre d’un groupe d’opposition ou d’un groupe minoritaire ». Ce serait donc tous contre un, manœuvre d’esprit parfaitement démocratique que le peuple français appréciera certainement à sa juste mesure.

Ironie de l’histoire, le Sénat, lorsqu’il avait été sollicité en 1990 pour diligenter une commission d’enquête sur le financement des partis politiques, avait rétorqué crûment qu’une telle initiative « ne (pourrait) qu’accroître l’antiparlementarisme et la défiance de l’opinion publique envers la classe politique toute entière ». Et le Palais du Luxembourg de s’appuyer avec érudition sur les précédents républicains, comme la commission d’enquête constituée en 1924, afin d’enquêter « sur l’origine des fonds électoraux ayant servis à tous les partis », ou celle de 1930-31 « sur la collusion de la politique et de la finance qui avait  jeté, sans profit, un grand trouble dans le pays et un certain discrédit sur le régime ». L’esprit des années 30 n’est pas toujours du côté que l’on croit, et la sagesse descend parfois de la Chambre haute.

*Photo : wikicommons.

Zyed, Bouna, les policiers et la mosquée

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Zyed Bouna émeutes 2005 mosquée

(Avec AFP) – Le tribunal correctionnel de Rennes a relaxé lundi les deux policiers poursuivis pour non-assistance à personne en danger après la mort en 2005 à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) de deux jeunes, Zyed et Bouna, qui s’étaient cachés dans un site EDF. La présence des policiers dans le quartier faisait suite au signalement d’un vol sur un chantier de la commune.

« Je suis écœuré, déçu, dégoûté, les policiers sont intouchables », a lâché, furieux, Adel Benna, le frère aîné de Zyed en quittant la salle d’audience lundi.

A l’énoncé du jugement, des cris de colère ont fusé dans la salle. « C’est une honte », a crié une femme, dénonçant « dix ans d’impunité policière ».

« Les familles ne tourneront pas la page dans l’immédiat », a affirmé à la presse Samir Mihi, responsable d’une association de soutien des familles.

Celles-ci se sont isolées avec leurs avocats dans une salle après l’annonce du jugement, avant de quitter les lieux discrètement par une autre sortie pour éviter les médias.

Auparavant, Me Jean-Pierre Mignard, l’un de leurs deux avocats, avait qualifié la relaxe de décision « choquante pour les parties civiles ». « Nous allons faire appel », mais faute de pouvoir le faire au pénal, « l’affaire peut se rejuger sur le plan civil », a-t-il précisé, et « s’il le faut et si c’est nécessaire, nous irons jusque devant la chambre criminelle de la Cour de cassation ».

Le tribunal a rejeté dans ses conclusions la plupart des arguments apportés par les avocats des parties civiles dans ce dossier, rejoignant la position du ministère public qui avait requis la relaxe à l’issue de l’audience, tenue du 16 au 20 mars.

Le tribunal a considéré à l’examen des faits que ni Sébastien Gaillemin, le policier présent sur les lieux, ni Stéphanie Klein, qui était au standard de la radio, ne pouvaient avoir « la conscience claire et réelle d’un péril imminent » concernant les jeunes, a expliqué le président, Nicolas Léger.

« C’est ce que la défense soutient depuis le début », a réagi Me Daniel Merchat, l’avocat des policiers qu’une enquête interne avait déjà innocentés.

Lors d’une course-poursuite entre jeunes et policiers, Sébastien Gaillemin, gardien de la paix affecté à l’époque à la police de proximité, avait vu deux « silhouettes » enjamber un grillage délimitant un cimetière, et pénétrer ainsi dans un petit bois dans lequel, cinq mètres plus loin, un mur interdisait l’accès au site EDF.

« S’ils rentrent sur le site EDF, je ne donne pas cher de leur peau », s’était-il alarmé sur la radio de la police, à l’écoute de laquelle se trouvait sa collègue Stéphanie Klein, alors policière stagiaire, accusée elle aussi de ne pas avoir réagi.

A l’issue de la course-poursuite, trois adolescents étaient entrés sur le site EDF où, à 18h11 ce 27 octobre 2005, Bouna Traoré, 15 ans, et Zyed Benna, 17 ans, sont morts électrocutés, près de 30 minutes après le départ des policiers.

Ils avaient escaladé une porte pour se cacher dans un local en béton abritant une réactance, dispositif très dangereux, comme le signalait un message d’avertissement installé sur le côté du local. Seul leur camarade Muhittin Altun, 17 ans, en avait réchappé, brûlé sur 10% du corps.

Le soir du drame, des jeunes des quartiers environnants s’en étaient pris aux forces de l’ordre et aux sapeurs-pompiers. Mais à la suite d’une rumeur – démentie depuis – affirmant que la police aurait fait exploser des grenades dans la mosquée de Clichy, les banlieues de toutes les grandes villes françaises s’étaient enflammées pendant trois semaines, et le gouvernement avait dû décréter l’état d’urgence.

Pour le maire PS de la ville lui-même, Claude Dilain, « c’est à partir de ce moment-là que les émeutes se sont généralisées à la France entière. »

Revenant sur cet épisode qui aurait donc mis le feu aux poudres, en cette période de ramadan, des policiers ont en effet confié être « tombés dans un traquenard ». Selon eux, les émeutiers les ont sciemment piégés : « Rien ne laissait penser que c’était une mosquée. Or, des jeunes, qui étaient à proximité du bâtiment religieux, ont jeté des projectiles sur la police lorsque celle-ci faisait sa ronde »

Lundi, après l’annonce du jugement, le calme régnait à Clichy-sous-Bois. « Aucun incident » n’était signalé en début d’après-midi, selon une source policière.

Deux syndicats de policiers, UNSA et Unité SGP Police-Force ouvrière, se sont déclarés satisfaits de la relaxe de leurs collègues.

*Photo : © ARCHIVES/AFP/Archives Joel Saget.

Pluie d’hommages à Simon Leys

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simon leys vinet chine

Commentaire consacre dans sa prochaine livraison, le n°150 (été 2015), un important hommage à Simon Leys,  qui était membre de leur Comité de rédaction et un ami de cette revue.  Nous remercions Commentaire de nous avoir autorisés à reproduire une grande partie de la tribune, parue dans le n°147 (automne 2014), que René Viénet, son premier éditeur (de 1969 jusqu’à son départ en Asie en 1979) et ami fidèle, a consacré à un paradoxe : 

Pour quelles raisons le plus brillant sinologue francophone n’a-t-il jamais été admis à enseigner en France ? Et pourquoi aucun sinologue français (ou presque) ne lui a rendu hommage lors de sa disparition ?

« La vérité engendre la haine« , explique Viénet, et ce n’est pas à l’honneur de l’Université française, en particulier de ses « sinologues », un terme devenu péjoratif.

Signalons également la parution cette semaine de deux ouvrages (aux Editions Philippe Rey) par Pierre Boncenne, un autre ami de longue date de Pierre Ryckmans, dont une anthologie de leur correspondance : Quand vous viendrez me voir au antipodes ; et Le parapluie de Simon Leys, un essai.

Un film de René Viénet, Chinois, encore un effort pour être révolutionnaires, dont Simon Leys fit l’éloge, sélection française de la «Quinzaine des réalisateurs» au Festival de Cannes 1977, est programmé par la Cinémathèque française le vendredi 22 mai à 22h.

La rédaction

 

La vérité engendre la haine

René Viénet

Veritas odium parit.  Térence

Lorsque chez Jacques Pimpaneau, qui enseignait en 1969 à l’université de Hong Kong, je fis connaissance de Pierre, il partageait au New Asia College un très modeste bureau avec son ami Luo MengCe, dont il me recommandera par la suite de publier le Confucius. Son autre grand ami Chan HingHo était déjà parti pour l’Europe, et deviendra – lorsque nous ferons connaissance à Paris – l’indispensable partenaire de mes éditions et de mes films.

Chez Gallimard, Étiemble avait oublié dans un tiroir une traduction qu’il avait pourtant commandée des Six récits au fil inconstant des jours. Pierre me fit également part de son pessimisme au sujet de son Su RenShan, peintre, rebelle et fou en déshérence depuis plus d’une année sur une étagère des Presses de l’université de Hong Kong – au prétexte absurde que quelques illustrations en rendaient la publication malaisée.

Le manuscrit qu’il me montra le lendemain me parut d’une extraordinaire qualité. Je lui proposai de l’éditer sans délai, avec un maximum d’illustrations, selon une maquette chinoise aussitôt réalisée, qui assura donc – en fait grâce à Pierre et à Jacques – la fondation entre amis de la « Bibliothèque asiatique ».

Très vite, Angharad Pimpaneau en réalisa la traduction en anglais et – reprenant exactement la même maquette (celle d’un livre ancien, cousu à cheval, chaque feuillet plié en deux, sous emboîtage en toile de coton indigo) – fut publié ce deuxième volume de l’itinérante collection où seront édités tous les premiers Simon Leys.

Au moment de son départ pour l’Australie – où Liu Ts’unYan  l’avait invité pour son premier poste d’enseignant –, il me proposa lors d’un dîner chez lui à Kowloon – sorties d’un cageot à légumes – des liasses de copies carbones et des manuscrits de notes préparées pour le consul de Belgique, qui lui avait confié – travail d’étudiant localement recruté – le suivi de la politique et de la presse chinoises.

Regrettant que cette chronique reste enfouie dans les archives diplomatiques à Bruxelles, Pierre me suggéra d’en tirer un livre qu’il n’aurait pas le temps de mettre en forme en Australie. De ma collaboration avec l’édition parisienne pour différents ouvrages, il avait déduit – bien à tort – que je serais mieux à même que lui de tirer parti de ses notes.

Je refusai, bien sûr, et je n’eus de cesse qu’il m’envoie depuis Canberra, chapitre après chapitre, Les Habits neufs du Président Mao. Contrairement à ce qu’a bidonné un employé des éditions Champ libre, la décision de publier cet ouvrage ne fut pas décidée au subalterne niveau d’un secrétaire de rédaction après réception par la poste du manuscrit intégral ; ce furent les propriétaires de Champ libre, F. & G. Lebovici, qui – sans rencontrer Pierre qui se trouvait à l’autre bout du monde, mais enthousiastes à la seule lecture des deux premiers chapitres (et du Su RenShan) décidèrent de l’éditer sous leur récente enseigne.

Ils n’avaient pas été les premiers à lire ces deux chapitres. Guy Debord les avait également trouvés magistraux, et avait suggéré de porter mon projet éditorial à Jean-François Revel dont il appréciait la collection « Libertés » autant que Pourquoi des philosophes (que Debord m’avait lui-même offert quand j’étais lycéen). Malheureusement, une stupide querelle d’ivrognes, lors d’un déjeuner trop arrosé, m’opposa à Jean-François, et il fallut quelques années pour que – enfin réconciliés – je lui confie le soin de rééditer chez Laffont tous les Leys qui pouvaient l’être.

[•••] Le premier tirage fut épuisé avant que ne paraisse le premier article de presse (sinon une brève calomnie dans Le Monde) au moment même où Pierre fut déclaré – à vie – persona non grata dans l’université française (où il n’enseigna donc jamais, sauf quelques conférences à Nanterre lors d’un congé sabbatique).

Encouragé par Paul Demiéville, professeur au Collège de France et patriarche de la sinologie française, le responsable des études chinoises à la Sorbonne (puis à Paris-VII), avait lu avec intérêt la thèse sur ShiTao et le Su RenShan, ainsi que quelques autres publications érudites de Pierre – mais également les deux premiers chapitres des Habits neufs, qu’il avait savourés. Il l’invita à poser sa candidature à un poste de maître de conférences.

La France était alors en extase autant devant les inepties idéologiques que devant les massacres du maoïsme. La parution en librairie des Habits neufs, en septembre 1971, irrita profondément quatre cathos-maos partisans inconditionnels de la Révo. cul., qui n’était pas encore terminée (elle ne le sera véritablement que cinq ans plus tard, après la mort de Mao et l’emprisonnement de son épouse) : Jean Chesneaux (ex-secrétaire de la Paroisse étudiante), Yves Hervouët (un ancien apprenti jésuite), Jean-Luc Domenach (proche d’une revue chrétienne de grande diffusion, Esprit), Léon Vandermeersch (prosélyte de Lin Biao dans les pages de cette même revue, dont les articles sur la Chine étaient « à hennir de rire », pour reprendre une expression de Pierre).

Ils organisèrent une cabale et allèrent jusqu’à réveiller dans la nuit le directeur des Études chinoises à Jussieu, jusqu’à ce que celui-ci revienne sur sa décision et retire piteusement le tapis sous les pieds de Pierre en faisant voter par l’un ou l’autre conseil de l’université qu’un « Belge ne pouvait être candidat en France à une maîtrise de conférences » – qui fut attribuée à… Léon Vander- meersch, né à vingt mètres de la frontière belge, mais du bon côté de la Lys.

[•••] Alain Bouc – fortement influencé par cette « bande des quatre » catho-maoïste – avait imprimé que Les Habits neufs avait été rédigé en « crochetant dans les corbeilles à papier de la CIA ». En 1971, il fera croire pendant plus d’un an aux lecteurs du Monde que Lin Biao ne pouvait avoir été éliminé par Mao. Bouc était, cheveux à peine repoussés sur la grande tonsure, un transfuge du Saulchoir, d’où sortait aussi son idole, Jean Cardonnel, o. p. – qui prétendait avec autorité et expérience que le Président Mao avait été à l’origine de la libération sexuelle des femmes en Chine, où il avait « retrouvé un Évangile vécu : un peuple pauvre, chaste, fervent ».

L’un de ceux que je viens de citer, Jean-Luc Domenach, qui ne fut jamais en reste d’âneries sur la Chine, de son côté, affirma benoîtement sur Antenne 2 (en décembre 1975) que Simon Leys et ses amis « erraient, car la camarade Jiang Qing et le camarade Deng Xiaoping réconciliés oeuvr[ai]ent ensemble à l’édification du socialisme». Un an après, Mme Mao était en prison, et Deng la fera condamner à mort.

[Après une rupture avec Champ libre]  C’est Bernard de Fallois qui me suggéra de porter Simon Leys et la collection chez Bourgois, où elle parut donc en format de poche, avant de ressortir en véritable édition libraire par la suite chez Laffont grâce à Revel. [•••] Christian Bourgois fut enthousiaste et il eut toutes les raisons de se réjouir du succès de ces titres, mais il ne put s’empêcher de me demander un encart (que j’insérai avec gourmandise) signalant sa désapprobation des sarcasmes contre Roland Barthes dans la préface de Chinois, si vous saviez, le premier samizdat chinois traduit en français, sorti à Paris le jour de la mort de Mao.

[•••] Simon Leys fut génial et unique : faussement candide, avec beaucoup d’humour et un grand talent littéraire, il montra que le Président Mao était nu – mais saisi d’une rage sanguinaire parce que déculotté par l’establishment maoïste même, après les trente ou quarante millions de victimes des famines du « Grand Bond en avant ». Il offrit la première synthèse, limpide, en langue occidentale, sur la contre-révolution anticulturelle, puis ses autres essais d’une aussi rare qualité.

Son exil australien, dont nous venons de rappeler les causes, lui procurera, comme il le mentionnera, la distance avec toutes sortes de sujets et n’est pas étranger à l’abondance de ce qu’il a par ailleurs traduit et écrit.

Mais ce n’est pas une raison pour oublier que c’est la haine que lui ont vouée les chrétiens-maoïstes, aussi médiocres que mesquins, qui aura privé totalement la France de l’enseignement d’un maître exceptionnel.

*Photo : pileface.com

Montpellier: des mères voilées réclament quelques blancos à l’école…

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Mercredi 13 mai, une soixantaine de femmes ont bloqué le tramway pendant une heure au Petit Bard-Pergola, quartier chaud de Montpellier, pour protester contre une modification de la carte scolaire locale. So what, me direz-vous ? Le reportage du Figaro qui nous a informés de ce micro-événement se révèle fort instructif, notamment à travers les propos rapportés de ces mères de jeunes élèves, dont la majorité ne parle qu’arabe et porte le voile islamique.

Motif de leur courroux : la décision d’orienter davantage d’enfants du quartier vers un établissement d’éducation prioritaire, surnommé « le collège marocain » par les gens du coin. Car désormais, elles ne comptent pas laisser aux nantis le privilège de contourner les découpages administratifs. « Dès que l’on connaît les codes scolaires, on use de stratégies d’évitement », explique au Figaro la porte-parole de nos mamans en colère. L’article précise que Fouzia, 38 ans, est « arrivée du Maroc à l’âge de 11 ans », et a fait tardivement « des études d’histoire à l’université, en civilisation gréco-romaine » parce que « c’est important de revenir aux racines ».

Au passage, elle fait preuve d’une franchise que seule permet une arrivée récente sur le territoire français. A propos des bahuts-ghettos où l’on veut la contraindre à inscrire ses rejetons, elle pose la question : « Dans ces écoles, il n’y a quasiment plus de Blancs. Comment nos enfants vont pouvoir se sentir français ? » Vous avez bien lu. Désormais, ce sont les immigrés les plus récents qui exigent qu’il y ait « quelques white, quelques blancos » de plus dans l’école de leurs enfants. Et réclament d’être confrontés à un minimum d’autochtones, pour avoir une chance de s’approprier leur culture.

A ce train-là, SOS Racisme ou la Licra vont finir par intenter un procès à ces mauvais immigrés qui refusent de se définir par leur « différence » et de rester sagement parqués entre « stigmatisés ». En attendant, une amie enseignante en banlieue parisienne, dont la quasi-totalité des élèves est d’origine africaine, nous fait cette remarque : « Les mamans, toujours les mamans… mais où sont les hommes ? » Tiens donc, c’est vrai ça, les pères semblent nettement moins pressés que leurs femmes de s’imprégner de la culture libérale occidentale. Par peur que leurs fillettes se croient autorisées à boire de la bière ou à porter des minijupes ?

Voilà qui commence à faire pas mal de très bonnes questions à méditer…

Antiracisme et réforme du collège : le journal d’Alain Finkielkraut

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valls antiracisme fn college

Le conflit entre Jean-Marie et Marine Le Pen (12 avril)

Élisabeth Lévy. Dans l’entretien publié par Causeur, Marine Le Pen s’insurgeait déjà contre la stratégie de provocation de son père. Après la nouvelle déclaration de Jean-Marie Le Pen sur le « point de détail » faite au micro de Jean-Jacques Bourdin le 7 avril, le long entretien qu’il a donné à Rivarol a véritablement mis le feu aux poudres. Pétain qui n’est pas un traître, l’Europe blanche qu’il s’agit de sauver, Valls qui n’est français que depuis trente ans, la démocratie qui n’est qu’une option : c’est un festival ! Ses propos ont suscité une levée de boucliers quasi unanime des cadres du Front national et des promesses de sanctions. Que vous a appris cet entretien sur le conflit entre Jean-Marie Le Pen et sa fille ?

Alain Finkielkraut. De la bataille sans merci que se livrent, à ciel ouvert, Jean-Marie Le Pen et sa fille, Nicolas Sarkozy a dit que c’était un spectacle humiliant pour la République. Il a tort. La République était humiliée par « Avec Carla, c’est du sérieux ! », elle ne l’est, en aucun cas, par une querelle de famille dont l’enjeu est politique.

À Marine Le Pen qui critiquait dans Causeur les provocations répétées de son père, celui-ci a répondu par un véritable festival : il a dit que les chambres à gaz étaient bien « un point de détail de l’histoire », que les pétainistes avaient toute leur place au Front national, que la France était gouvernée par des immigrés et des enfants d’immigrés, que Manuel Valls étant français depuis trente ans, on pouvait légitimement s’interroger sur son attachement réel à la France, et que la référence incessante à la République commençait à le « gonfler ». C’est cette profession de foi « plus facho que moi tu meurs » recueillie par un journal ouvertement antisémite qui a indigné Marine Le Pen et qu’elle a voulu frapper d’opprobre. Or, ceux-là même qui lui reprochaient naguère d’avoir qualifié de faute seulement politique la « fournée » promise à Patrick Bruel, s’acharnent à démontrer maintenant que, si elle n’est pas de mèche avec son père, cette affaire tombe « à point nommé » pour elle. Elle l’arrange, elle sert ses desseins. Elle lui offre sur un plateau d’argent un repoussoir inespéré. Mais, ajoutent-ils, il ne faut surtout pas se laisser abuser. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil noir de l’extrême droite française : le même succède au même.

Bref, au moment où Marine Le Pen s’apprête à tuer le père, les antifascistes font tout pour le maintenir en vie.[access capability= »lire_inedits »] Ces vigilants ne peuvent envisager sans un sentiment d’effroi la perspective d’être un jour orphelins de leur ennemi préféré. Ils le soignent, ils le dorlotent, ils le dopent, ils lui font du bouche-à-bouche et ils se prémunissent contre le deuil affreux qui se profile en disant, avec le député socialiste Bruno Leroux, que son racisme est « génétique », car rien ne leur serait plus pénible que l’obligation de penser à nouveaux frais.

Notre présent est bovaryste : il se conçoit autre qu’il n’est. Nous vivons, autrement dit, sous le joug d’un antifasciste anachronique et, quand l’occasion nous est enfin donnée de passer à autre chose et de regarder la réalité en face, Le Monde et « Les Guignols de l’Info » s’emploient à ce que nous n’en fassions rien. Alors que l’infiltration des réseaux islamistes dans l’enseignement supérieur se poursuit tranquillement et que, pour l’avoir dénoncée, Samuel Mayol, le directeur de l’IUT de Saint-Denis, est, à nouveau, menacé de mort, il n’est question dans la bonne presse que de la dédiabolisation mensongère du parti du diable.

Remettre du présent dans le présent, telle est la tâche prioritaire de la pensée. Cela ne signifie pas s’enticher du Front national, mais le critiquer pour ce qu’il est hic et nunc : un parti qui met sur le compte de l’élite tous les désagréments du peuple et qui voit en Vladimir Poutine non seulement un allié mais un modèle.

 

Le plan de lutte contre le racisme (19 avril)

« La passivité sur Internet, c’est fini ! », a promis Manuel Valls en dévoilant à Créteil son plan contre l’antisémitisme et le racisme pour rompre avec l’immunité numérique. Désormais, les délits d’opinion ne relèveront plus de la très libérale loi sur la presse, mais du domaine pénal, ce qui signifie que le régime de sanction des propos racistes sera largement aligné sur celui des actes. Que vous inspire ce projet ?

Je ne suis pas un partisan inconditionnel de la liberté d’expression : tout comme la censure, sa grande ennemie, cette liberté a sa part d’ombre. Elle a même du sang sur les mains. C’est une expression débridée qui a poussé Roger Salengro au suicide. Être libre de dire ce qu’on a dans la tête et dans le cœur, cela ne peut signifier avoir le droit de diffamer, d’injurier, de falsifier, d’appeler au meurtre, d’arracher le rideau qui sépare la vie publique de la vie privée. « Un homme ça s’empêche », dit Camus, et s’il ne s’empêche pas tout seul, il faut des lois pour le contraindre et le punir. Pas de démocratie sans liberté. Pas de civilisation sans une pratique éclairée de la censure, comme le démontre a contrario l’anarchie barbare qui sévit sur la Toile.

Mais le plan de lutte contre le racisme et l’antisémitisme que vient d’annoncer Manuel Valls présente le grave inconvénient de supprimer les protections spécifiques du droit de la presse – concernant la preuve, l’absence de comparution immédiate et des délais de prescription plus courts –, au moment même où l’antiracisme perd la tête et s’affranchit du sens commun. On est raciste aujourd’hui en France pour un oui ou pour un non. Charb était accusé de racisme parce qu’il s’était moqué de celui que même les non-musulmans d’aujourd’hui nomment avec dévotion « le Prophète » et parce qu’il refusait obstinément d’accoler au mot « laïcité » une épithète apaisante.

Selon le philosophe Jacques Rancière, interrogé dans L’Obs, on a tort de se focaliser sur le Front national. Depuis une vingtaine d’années, dit-il, « c’est de certains intellectuels de la gauche républicaine que sont venus les arguments de la xénophobie et du racisme ». Dans Le Monde, Claude Askolovitch affirme, preuves à l’appui, que le mauvais génie identitaire de Nicolas Sarkozy, celui qui a donné un contenu ethnique et nationaliste à sa définition de l’idéal républicain, ce n’est pas Patrick Buisson, c’est Régis Debray (et très accessoirement moi). Sont également menacés d’exclusion de la communauté humaine ceux qui s’interrogent à haute voix sur les problèmes posés à l’Europe par l’islam et l’immigration. Au nom du onzième commandement, « Tu ne feras pas d’amalgame », ils sont traînés dans la boue et poursuivis devant les tribunaux. Appliquée à l’Autre, toute généralisation devient raciste.

Appliqué au Même, en revanche, l’amalgame devient licite et même bienvenu : tous racistes, tous oppresseurs. La haine des « faces de craie » a depuis longtemps pignon sur rap. Voici quelques exemples piochés dans le livre de Christian Godin La Démoralisation et dans le numéro de L’Obs où s’exprimait Jacques Rancière. Salif : « Poitiers brûle et cette fois-ci pas

de Charles Martel. La France pète, j’espère que t’as capté le concept. » Lunatic : « Vote pour emmener les porcs à la morgue » (les porcs, comme chacun sait ou devrait savoir, ce sont les non-musulmans). Booba : « Les colons nous l’ont mise profond. À l’envers, on va leur faire. Quand je vois le France les jambes écartées, je l’encule sans huile », etc.

Pour son album Nique la France, Salif a été poursuivi devant la 17e chambre correctionnelle pour injure publique à caractère racial et, comme le raconte Jonathan Siksou dans Causeur, il a été relaxé. Le tribunal en effet a estimé que « la notion de Français dits de souche ne constitue pas un groupe de personnes et ne couvre aucune réalité légale, historique, biologique ou sociologique ». On a donc le droit d’insulter les « faces de craie » et de leur faire subir toutes sortes de supplices imaginaires puisqu’ils n’existent pas.

Le plan de lutte contre les paroles infâmes devrait, de toute urgence, inclure cette nouvelle modalité de l’antiracisme. Au lieu de cela, il l’encourage.

 

La réforme du collège (19 avril)

La ministre de l’Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem a annoncé une réforme des collèges. Son projet suscite une mobilisation quasi générale, non seulement des enseignants, mais aussi de soixante députés, dont Jean-Marc Ayrault, qui dénoncent avant tout la marginalisation de l’allemand ? Est-ce selon vous le principal enjeu de cette réforme ?

Le pire n’est pas toujours sûr – ce vieux proverbe légué par la sagesse des nations vient de s’enrichir d’un sens nouveau : il n’est pas sûr que ce que nous prenons pour le pire soit vraiment le pire. La réforme des collèges proposée par Najat Vallaud-Belkacem réalise l’exploit de faire pire encore que le désastre actuel de l’École. Voici, en guise d’exemple, la liste d’objectifs pour la classe de français de cycle 4, c’est-à-dire, si j’ai bien compris, des deux dernières années du collège : se chercher, se construire ; vivre en société, participer à la société ; regarder le monde, inventer des mondes (sic) ; agir sur le monde. Il n’y a pas si longtemps, Leo Strauss pouvait encore écrire : « Les Grecs avaient un mot merveilleux pour vulgarité, ils la nommaient “apeirokalia” : manque d’expérience des belles choses. L’éducation libérale nous donne l’expérience des belles choses. » Grâces en soient rendues aux sociologues, on s’est aperçu que certains enfants accédaient par droit de naissance à la culture, c’est-à-dire à l’expérience des belles choses ; pour mettre tout le monde à égalité, l’éducation démocratique a donc décidé de bannir cette expérience de l’enseignement.

Elle supprime le grec et le latin, c’est-à-dire les humanités, jugées trop aristocratiques, elle lutte par l’interdisciplinarité contre l’ennui que dispenseraient les cours où la parole du maître introduit à la beauté des œuvres et elle s’ouvre à l’actualité, c’est-à-dire à l’idéologie du jour.

Le journal de France 2 vient de donner en exemple une classe de 3e du lycée Clisthène à Bordeaux, où les professeurs d’histoire et d’espagnol présentaient les images d’horticulteurs du Kenya qui exportaient leurs roses en Europe. Soucieux de l’avenir de notre planète, les élèves devaient rédiger à l’attention de ces paysans africains un tract en espagnol sur le développement durable et le bienfait des cultures vivrières. Les langues parlées au Kenya sont le swahili et l’anglais, mais ne chipotons pas : c’est l’intention qui compte. Et qui pourrait remettre en question l’éveil chez les enfants d’une conscience écologique ? Ainsi les belles choses disparaissent au profit de la bonne cause. Après les œuvres, les tracts, et, sur le visage du corps enseignant, le sourire radieux des meilleures intentions.

Le passé, il est vrai, n’est pas oublié, mais il est lui-même annexé par l’actualité. Ainsi, en histoire, l’enseignement des débuts de l’expansion de l’islam est-il obligatoire tandis que celui du Moyen Âge chrétien et de la pensée humaniste est laissé au choix des professeurs. Quant au monde du XVIIe et du XVIIIe siècle, il est présenté sous ce titre: « Un monde dominé par l’Europe, empires coloniaux, échanges commerciaux et traites négrières ». D’un côté, l’islam en majesté ; de l’autre, l’Europe facultative ou coupable.

Élisabeth de Fontenay m’a fait découvrir un jour ces vers merveilleux d’Ossip Mandelstam :

« Vais-je à la médisance infâme (…)

Livrer le serment profond jusqu’aux larmes

La splendide promesse faite au Quatrième État. »

La gauche, pour moi, ce n’est rien d’autre que cette promesse d’offrir à tous l’héritage de la noblesse du monde. Or, que fait la gauche actuelle ? Elle se délie de sa promesse trop élitiste et trop impérialiste pour être honnête. À la mémoire, elle préfère la créativité, et propose par la voix du Premier ministre « d’intégrer dans nos écoles l’art de l’improvisation Jamel Debbouze ». Le président de la République n’est pas en reste. Il rappelle brutalement à l’ordre les quelques Orphée qui persisteraient à se tourner vers le trésor des ombres chères : « La France, déclare François Hollande sur Canal+, c’est pas une nostalgie, la France c’est un avenir, la France c’est une chance. » La langue est détruite mais le message est clair et fait naître une question : quel sens y a-t-il à se dire toujours de gauche ? Brandir cet étendard après la résiliation de la promesse, ce n’est plus agir en citoyen mais en supporter. Malgré le Qatar, je reste viscéralement et absurdement attaché au PSG. Mais, pour que je demeure affilié à la gauche estampillée, il faudrait que la gauche soit pour moi une sorte de PSG. Je me fais une autre idée de la politique.[/access]

*Photo : REVELLI-BEAUMONT/SIPA. 00710890_000017.

Réforme du collège: Parlez-vous le Valls-Belkacem?

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Manuel Valls Najat Vallaud-Belkacem réforme du collège

(Avec AFP) – Manuel Valls poursuit sa contre-offensive visant à défendre la réforme du collège portée par sa ministre de l’Education, Najat Vallaud-Belkacem, à la veille d’un mouvement de grève lancé dans l’enseignement secondaire et soutenu par une très large majorité de Français.

Le Premier ministre, qui a publié lundi dans Libération une tribune dénonçant les « contrevérités » portées selon lui par les opposants au projet du gouvernement, s’est présenté comme le défenseur d’une « école pour tous » et pas « seulement pour certains ». Un argumentaire tout en finesse, qui laisse perplexe à l’heure ou même la télévision ne présente plus depuis longtemps le monde en noir et blanc (quoique, le logo de Canal+…).

Ces grossiers éléments de langage rappellent ceux de la ministre de l’Education, lorsqu’elle parlait de « rumeurs » à propos de l’introduction de la théorie du genre à l’école. Ou encore ceux de l’indéboulonnable ministre de la justice au moment de faire passer au forceps son « mariage pour tous » – pas encore gratuit et obligatoire, mais presque – dont les opposants n’exprimaient selon elle que des « fantasmes ».

« Je pense que c’est difficile de réformer l’école », a pontifié M. Valls, invité pendant plus d’une heure lundi matin sur France Culture, « parce qu’elle est au cœur de la construction républicaine, parce que depuis que Jules Ferry a construit l’école de la République, chaque fois qu’on parle de l’école, il y a des débats ». Et le débat démocratique sur ce qui fait (ou défait) la République, forcément, c’est plus compliqué qu’une décision idéologique arbitraire.

Mais surtout, « derrière cela, il y a deux conceptions qui s’affrontent, entre l’idée d’une école pour tous et une école seulement pour certains », a-t-il osé, faisant référence aux propositions de l’ancien ministre UMP Bruno Le Maire. Comment ? L’outsider de l’UMP – pardon, Les Républicains – aurait-il l’intention d’exclure une partie des enfants de l’école républicaine ?

Jamais de la vie, mais Valls est Charlie : il défend le droit à la caricature. En l’occurrence, celle de tous ceux qui s’opposent aux projets gouvernementaux. Dans un entretien à Libération, M. Le Maire propose simplement de « remplacer le collège unique par un collège diversifié ». Objectif évident : en finir avec la croyance absurde selon laquelle il faudrait que « tous » les élèves empruntent la même voie, quels que soient leurs points de départ et d’arrivée.

« Il y a là une autre conception d’une école, qui, elle, est inégalitaire, qui ne donne pas les chances pour tous (sic). Nous voulons, nous, élever le débat, nous voulons élever le niveau pour tous les élèves », a plaidé M. Valls dans un français digne de François Hollande ou David Douillet… sans expliquer comment une baisse du nombre d’heures de cours pourrait bien conduire à une hausse du niveau général.

Le « pourtoussisme » a ses raisons que la raison ne connaît pas. Dans sa tribune publiée la veille par le quotidien, Manuel Valls va même jusqu’à avancer que cette réforme, considérée par de nombreux « pseudozintellectuels » (© Najat V.-B.) comme un attentat contre la culture française, « démocratise le latin et le grec ». Gag ultime, alors qu’un responsable syndical nous confiait récemment qu’« aucun programme de langues anciennes n’avait été prévu » par le Conseil supérieur des programmes.

Finalement, la réforme prévoit que les langues anciennes ne soient pas enseignées en tant que disciplines proprement dites, mais tout juste abordées dans le cadre des fameux enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI). Pourquoi ? Jean-Luc Mélenchon a avancé une hypothèse dimanche sur RTL et LCI : « Voilà le PS en plein délire maoïste, a-t-il sobrement expliqué, puisque déjà, dans la révolution culturelle de Mao Zedong, on prétendait que le piano était spontanément réactionnaire. Donc voilà que le latin est devenu spontanément réactionnaire. C’est absurde ».

Selon un sondage Odoxa, 60 % des Français estiment « justifiées » les manifestations prévues mardi à l’appel de syndicats de gauche et de droite, qui représentent ensemble 80% des votes des enseignants du collège lors des élections professionnelles de décembre dernier. Mais Najat Valaud-Belkacem a répété que la réforme entrera en vigueur, comme prévu, à la rentrée 2016. Il semble que nos ministres adeptes de la novlangue sociétaliste aient, plus encore que certains collégiens, du mal à comprendre la langue que parlent encore la plupart des Français.

*Photo : © AFP/Archives Kenzo Tribouillard

Histoire de France : Le blues des pédagos

histoire france najat vallaud

J’veux bien que les profs d’Histoire se disent historiens, ou que les profs de Lettres se croient écrivains : après tout, toutes les prétentions sont dans la nature. Mais lorsque, vent debout, ils s’insurgent contre la probable nomination de Pierre Nora (et de Jean-Pierre Azéma) en un binôme de réfection des programmes du collège Najat, au prétexte que ce serait là un coup de force non démocratique, alors qu’ils sont les premiers à avoir violé le premier principe républicain : choisir les meilleurs, toujours, partout.

Parce que l’élitisme républicain n’est pas un vain mot. Au système aristocratique qui garantissait les places en fonction de la « naissance », la République a substitué une méritocratie qui récompense les meilleurs.
Ou qui devrait. Mais voilà : la République est tombée peu à peu dans le chaudron de sorcières de la démocratie. Au lieu de s’appuyer sur les élites (Condorcet, Robespierre, Hugo, Clémenceau ou De Gaulle), elle se soucie désormais de donner la parole à ce qui se produit de plus bas, et même au plus bas du bas. En-deçà même du principe de majorité, qui végète au niveau zéro.

La République s’est toujours appuyée sur des élites — ou, si vous préférez, sur une avant-garde intellectuelle et politique. Les Lumières ne luisent pas pour tout le monde – et si j’en crois les programmes à venir, elles ne luiront plus que de façon optionnelle. Si l’on avait absolument respecté la démocratie, comme le souhaitent tant de prétentieux désireux de s’abriter derrière le grand parapluie de la majorité imbécile, on en serait encore à décapiter les truands (et les innocents) à la hache place de Grève. C’est tout à l’honneur du couple Mitterrand / Badinter (et des députés de droite qui comme Chirac ont voté l’abolition sans se soucier des desiderata de leur électorat, pendant que d’autres, comme Barre, persistaient à regarder l’histoire dans le rétro) de ne pas avoir choisi la voie du referendum pour mettre la guillotine au chômage. Le peuple, dont tant de crétins notoires ont la bouche pleine, ne pense pas forcément bien. Parfois même il ne pense pas du tout.

Quant à cette histoire de « roman national »… S’il n’a pas inventé l’expression, qui a été popularisée par Pierre Nora (le même qui, au grand dam de nos historio-histrio-hystéro-pédagos, sera peut-être chargé de rapetasser les programmes de M’dam’ Najat), c’est à Ernest Lavisse que l’on doit le concept, qui a existé avant d’être nommé.
Lavisse après la guerre de 1870 a eu l’idée d’aller voir outre-Rhin comment Bismarck avait fait enseigner l’Histoire à ses soldats et à leurs enfants. Le Chancelier de fer avait une idée précise de ce qu’il attendait de ses enseignants : il avait une ou plusieurs guerres à préparer, et nous qui, paraît-il, sommes entrés dans la Troisième guerre mondiale ferions peut-être bien de nous inquiéter de savoir ce qu’il faut apprendre à nos mômes pour résister au prochain envahisseur. De retour en France, Lavisse a eu assez de pouvoir pour modifier l’enseignement national et profiter des lois Ferry pour préparer, lui aussi, la reconquête de l’Alsace-Lorraine. D’où les jolis manuels colorés — qui sévissaient encore dans mon enfance. Au moins, nous savions que Charlemagne avait inventé l’école…

charlemagne histoire france

L’Histoire est un instrument politique bien avant d’être une science — d’ailleurs, nos pseudo-z-historiens, comme dirait M’dam’ Najat, se conduisent en politiques avant d’être historiens, ils ont leur propre agenda grand ouvert devant eux — la reddition de la France et de l’Europe à l’Islam civilisateur. Si ! Ils en sont à affirmer que Charles Martel a limité, le salaud, « l’apport de la culture islamique à l’Europe ». Si !
Alors, entendons-nous. Loin de moi l’idée de prétendre qu’il faut enseigner des fictions — même si j’ai appris une bonne part de l’Histoire du XVIIème siècle à travers Dumas. Ce que l’on entend par « roman national », c’est la capacité à mettre en récit (mais un seul de ces imbéciles est-il capable de « raconter » l’Histoire de façon à ce que les gosses se sentent concernés ?) les faits significatifs. Au primaire, c’est un moyen de glisser doucement du merveilleux des contes au factuel de l’Histoire — en gardant la rhétorique du conte, dans un premier temps. C’est juste une question de subtilité et de talent dans l’expression — deux qualités dont nos intellocrates sont abondamment dépourvus.

L’Histoire n’est pas celle de Bossuet, qui dans le Discours de l’Histoire universelle (1681) nous refaisait en boucle le coup d’Adam et Eve : pour les croyants le temps n’existe pas, et la notion même de progrès était encore dans les cartons. Mon Histoire est celle fondée définitivement par Voltaire (mince, encore lui ! Lui encore ! Lui partout !) avec les Nouvelles considérations sur l’Histoire (1744), Le Siècle de Louis XIV (1751) et surtout l’Essai sur les mœurs (1756), qui tente de dire les peuples en profondeur. Tout se joue dans cette jonction compliquée, cette crise de la conscience européenne, comme disait Hazard, qui a duré une quarantaine d’années à la fin du règne du Roi-Soleil. Voltaire a engendré Michelet, qui a engendré tous les autres. Que sont, à côté de ces géants, Laurence de cock ou François Durpaire ? Durpaire, par exemple, a prédit en 2014 « la fin de l’école » — alors que si je croyais à l’application des consignes de M’dam’ Najat, la date effective de l’apocalypse serait septembre 2016. Mais Durpaire, tout agrégé d’Histoire qu’il soit, est d ‘abord docteur es sciences de l’éducation, ce qui le disqualifie pour tenir tout discours cohérent sur l’École.

Les Français ont avec l’Histoire une relation passionnée, mais pas toujours raisonnable. Loràn Deutsch ne fait pas de l’Histoire, mais ils lui ont fait un triomphe — les mêmes sans doute qui auraient voté pour la peine de mort (sauf celle du roi, qui chagrine encore notre spécialiste du métro…). Quant à Max Gallo, il fait au mieux de la vulgarisation — du latin vulgus, le peuple dans ce qu’il a de plus bas.
Mais Pierre Nora a fait de l’Histoire, tout comme Jean-Pierre Azéma qui devrait lui donner un coup de main pour détricoter l’œuvre au noir des pédagos. C’est sans doute ce qui chagrine les zhistoriens convoqués par Michel Lussault, l’homme qui pense qu’en coupant les têtes des héritiers on fait la courte échelle aux déshérités : sans doute auraient-ils, les uns et les autres, voté pour le maintien de la veuve à Deibler.

Allez, rassurons-nous : cette réforme n’arrivera jamais en phase d’exécution. Les commissions qui se mettent en place sur l’Histoire et le latin-grec doivent rendre leur copies en octobre. Les éditeurs n’auront donc pas le temps de fabriquer des manuels conformes aux nouveaux programmes, et rien ne dit que les Conseils généraux, s’ils paraissaient, choisiraient d’investir dans des livres fabriqués à la va-vite que les profs récuseraient majoritairement. M’dam’ Najat aurait dû se renseigner avant : le mammouth est un animal qui se déplace lentement — d’aucuns le prétendent même enlisé dans les glaces. Mais bon, elle ne peut pas à la fois être ministre de l’Éducation et connaître l’École.

*Photo : wikicommons.

Le Monde : jeu de massacre à la Foire du trône!

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monde fenoglio van koste

La dernière péripétie du feuilleton narrant les luttes de pouvoir pour l’accession à la direction du quotidien Le Monde a donné lieu à un rebondissement inattendu, du moins par ceux ne connaissant pas l’infinie jouissance des membres de cette collectivité à se vautrer dans le ridicule dramatisé. Pour résumer : Gilles Van Kote avait été nommé, par les actionnaires, directeur par intérim du Monde en mai 2014, à la suite du départ de Natalie Nougayrède, démissionnaire à la suite d’un conflit avec les actionnaires. Il s’agissait donc de mettre fin à cette situation provisoire, et d’engager la procédure de succession. Depuis la prise de contrôle, en 2010, du groupe Le Monde par le trio d’actionnaires composé de Pierre Bergé, Xavier Niel et Mathieu Pigasse, dit BNP, la désignation du directeur du vaisseau amiral se passe de la manière suivante : les candidats à ce poste se font connaître des actionnaires, qui auditionnent les postulants « sérieux ». Ensuite, le trio BNP effectue un choix, et la personne sélectionnée doit être adoubée par une majorité de 60% des membres de la Société des rédacteurs (SRM). Les actionnaires ne sont pas astreints à se limiter aux candidats déclarés et entendus. Si aucun d’entre eux ne leur plaît, ils peuvent solliciter un autre postulant et le présenter aux suffrages des journalistes. Gilles Van Kote, sortant, souhaitait rempiler, et deux hiérarques du journal, Jean Birnbaum, patron du Monde des Livres, et Christophe Ayad, chef du service international, s’étaient également portés candidats.

Aucun des trois n’a trouvé grâce aux yeux des actionnaires, qui ont alors choisi de présenter le numéro deux de la rédaction Jérôme Fenoglio à la ratification par la SRM. L’affaire semblait pliée : Fenoglio est un « ancien » de la maison, où il a effectué toute sa carrière, depuis son embauche en 1991 comme rédacteur au service des sports. Son passage à la direction de la rédaction n’avait pas jusque-là suscité de révoltes internes, à la différence de ce qui s’était produit pour Natalie Nougayrède, sèchement débarquée en 2013 après s’être mis à dos une bonne partie de ses anciens collègues. Dans une atmosphère de bas Empire romain, une alliance des « gauchistes » du journal, furieux de se voir imposer leur patron par « le capital », et des ambitieux frustrés de ne pouvoir ajouter une plume, même défraîchie, à leur chapeau, a fait trébucher, de justesse, Jérôme Fenoglio sur les marches menant au Capitole : il n’a obtenu que 55% des voix. L’affaire est d’autant plus burlesque que le poste de directeur du Monde a été vidé de la presque totalité de sa substance, et de son prestige, depuis la prise de contrôle de l’entreprise par le trio BNP : le vrai pouvoir managérial est confié à leur homme de confiance, Louis Dreyfus, qui préside le directoire et n’hésite pas à intervenir dans les choix décisifs, comme les nominations au sein de la rédaction et les embauches…

Le directeur n’est plus qu’un super rédacteur en chef, dont les vrais patrons attendent qu’il se limite à des tâches de représentation extérieure, voletant de plateaux de télévision en studios de radio pour incarner le mieux possible la marque Le Monde, à l’image d’un Christophe Barbier pour L’Express, ou d’un Laurent Joffrin pour Libération. Pour n’avoir pas voulu jouer cette partition, et s’être crue l’héritière légitime des Beuve-Méry, Jacques Fauvet ou André Fontaine, Natalie Nougayrède  est passée à la trappe. Il semble bien que l’on soit arrivé tout près de l’épilogue de cette longue histoire dont on vient de fêter les 70 ans, celle d’un journal qui voulait défier les lois du capital comme Icare prétendait se défaire de celles de la pesanteur. On voit mal en effet le peuple des lecteurs se lever en masse pour défendre la rédaction d’un quotidien dont seuls ceux qui l’écrivent (et encore pas tous) croient qu’il est  encore le Graal du journalisme mondial.

Jadis, Robert Hersant, dit le papivore, avait décrit, avec le style qui lui est propre, sa manière de procéder avec les rédactions des organes de presse dont il prenait le contrôle : « À la première réunion du comité éditorial, je demande la permission d’aller pisser. À la seconde, j’y vais sans demander. À la troisième je leur pisse à la raie ! ». Au Figaro, à la fin des années soixante-dix du siècle dernier, cette méthode lui permit de se débarrasser élégamment de Raymond Aron, Claude Mauriac et Jean d’Ormesson, des pointures d’une autre dimension que les actuelles « vedettes » du quotidien vespéral. La méthode BNP est peut-être moins vulgaire dans son expression, mais non moins efficace. Ils veulent faire plier la rédaction à leur volonté, et les incitent, désormais, à corriger leur vote comme de vulgaires Irlandais en intronisant Fenoglio. Leurs arguments, implicites, sont sans appel : les capitalistes, mêmes les plus bienveillants, détestent perdre de l’argent sans avoir leur mot à dire. Ils viennent de remettre 150 millions d’euros au pot pour financer la mutation numérique du journal et l’édification du nouveau siège des publications du groupe dans le quartier de la gare d’Austerlitz.

Chacun des actionnaires a ses motivations pour  prendre des risques financiers dans le groupe Le Monde : stratégie d’influence pour le banquier « de gauche » Mathieu Pigasse, ajouter une « marque » à son empire numérique pour Xavier Niel, Pierre Bergé étant le seul, en raison de son âge et de sa semi-retraite du monde des affaires à se soucier des contenus publiés… Les états d’âmes de salariés se prenant pour les arbitres des élégances éthiques et idéologiques commencent à les énerver grave ! Fenoglio, pris entre le marteau et l’enclume, s’est empressé de faire savoir qu’il refusait d’être le candidat et a fortiori le directeur d’un journal issu d’un coup de force des actionnaires. Mais, avec ou sans Fenoglio, la SRM va être, sans tarder, mise en demeure de souscrire à un modèle de gouvernance qui leur convienne.  Et comme il fait froid, dehors, pour les journalistes en CDI, la réponse ne fait pas de doute…

*Photo : LIONEL URMAN/SIPA. 00701325_000001.

Chagrin d’amour ne dure qu’un jour

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olivier bardolle chagrin amour

« Le plus beau compliment que je puisse faire à une femme est de lui dire : je suis aussi bien avec toi que si j’étais tout seul. » Le propos est de Jean Yanne. Des perles de cet acabit, Olivier Bardolle en a collecté des dizaines. Son dernier livre, Le Cynisme comme remède au chagrin d’amour, est un vrai régal.

Ce petit volume a le format et la concision d’un manuel, c’est-à-dire d’un ouvrage qu’on peut garder à portée de main pour y picorer à toute heure. Dans un premier temps, il nous fait partager ses observations et ses réflexions en matière d’amour. Ensuite, le plaisir se prolonge par une divagation dans l’histoire de la littérature et des bons mots.[access capability= »lire_inedits »] Il en résulte un florilège qui constitue la seconde partie du livre. Ce sont autant d’aphorismes étincelants et inattendus qui enrichissent le propos de l’essayiste. On peut dire que, tel le chercheur de champignons, Olivier Bardolle connaît d’excellents coins et qu’il y a ramassé pour nous de quoi faire une bonne petite omelette.

Le cynisme dont il est question n’a évidemment rien à voir avec cette insensibilité que désigne l’acception triviale du terme. Il s’agit plutôt, conformément à la tradition antique, d’un refus des bons sentiments et des hypocrisies ordinaires. De ce point de vue-là, l’amour, le sexe et les chagrins qui en découlent sont un vrai sac de nœuds. Olivier Bardolle a consciencieusement étudié le sujet.

On le sent, l’auteur a une affection particulière pour les humains de sexe masculin. Il faut dire qu’ils ne sont pas toujours très brillants de nos jours. Tantôt baladés par leur désir, tantôt à la recherche d’une maman providentielle, les hommes courent d’illusions en désillusions. Il vaudrait mieux, tout de même, qu’ils soient un peu « avertis ». Ils tireraient profit à anticiper le risque d’être « assez souvent faits comme des rats, à cause d’une histoire de sexe qui a mal tourné ». Ils devraient savoir que « les tribunaux sont encombrés d’histoires d’amour qui ont viré à l’aigre et se terminent sordidement à la calculette ». En cynique qui se respecte, l’auteur mobilise des métaphores canines : « Comme des chiens perdus qui cherchent un maître, le mariage répond à leurs attentes. Et le divorce, quelques années plus tard, les laisse désemparés, comme des chiens abandonnés. » Malheureusement, ils ne disposent d’aucune théorie renforçatrice pouvant se mesurer au féminisme. Les pauvrets ne font que subir passivement l’érosion de leur ancienne position dominante. Ils sont nombreux à être en plein flottement, voire tout à fait mous et défaits. Olivier Bardolle aimerait les aider à reprendre un peu du poil de la bête.

Pour dépasser cet état de servitude et d’impréparation, il a des idées, d’ailleurs valables pour les deux sexes. Tout d’abord, il convient de « toujours garder à l’esprit que l’être humain est mû par le désir et que, sans lui, il s’effondre, s’étiole, dépérit et meurt sans avoir vécu ». « Et puis la séduction […] vous incite, en tant qu’esthétique comportementale, à être au sommet de vous-même et de votre vitalité. »

Le désir étant préservé, il convient de s’efforcer à plus de lucidité et à davantage de liberté. La direction est, au fond, assez simple. Mais le cheminement ne peut être authentique que s’il est personnel. C’est pourquoi Olivier Bardolle ne nous accable pas de conseils. Il préfère nous faire partager son goût de vivre et nous insuffler du courage et de la fermeté.

Arrivé au terme de l’ouvrage, je me suis dit qu’il avait été écrit spécialement pour un cas comme le mien. Beaucoup d’autres que moi se feront la même remarque. Ce livre rend léger.[/access]

Le Cynisme comme remède aux chagrins d’amour, Olivier Bardolle, L’Éditeur.

Le cynisme comme remède au chagrin d'amour

Prix: 2,13 €

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Irak : back to the chiites?

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(Avec AFP) – Les forces gouvernementales irakiennes ainsi que plusieurs milices chiites préparent une contre-offensive imminente pour reprendre Ramadi, ville irakienne dont la prise par le groupe Etat islamique le week-end dernier constitue un « revers » selon Washington, allié de Bagdad. La bataille de Ramadi a fait en trois jours au moins 500 morts –civils et soldats– selon des responsables, et environ 24.000 personnes ont fui la cité d’après l’Organisation internationale des migrations

Fait notable, les Américains ont reconnu que les milices chiites, dont certaines sont soutenues par l’Iran, « ont un rôle à jouer (à Ramadi) tant qu’elles sont sous le contrôle du gouvernement irakien ». Il s’agit pourtant du « berceau de la communauté sunnite, qui n’a pas complètement rejeté l’Etat islamique », indique l’expert Ayham Kamel, directeur du groupe Eurasia pour le Moyen-Orient. Pourtant, la nouvelle stratégie militaire de Bagdad qui consiste à brasser sunnites et chiites dans des régiments mixtes n’a pas résisté à la détermination djihadiste. Rompant avec le sectarisme de son prédécesseur Maliki, le Premier ministre irakien Haider al-Abadi  s’est employé à moderniser l’armée nationale à marche forcée, de façon à éviter l’affrontement confessionnel entre chiites et sunnites. Las, l’art levantin de la guerre a montré sa dure réalité : face à des mercenaires fanatisés à bloc, seules des unités chiites formées par les Gardiens de la Révolution iraniens, avec l’accord tacite des Américains qui bombardent la zone, parviennent à reprendre du terrain. Comme quoi, la stratégie militaire ne s’embarrasse de grands principes…

Il est assez piquant de noter que les détracteurs du gouvernement irakien sont ceux-là mêmes qui dénonçaient – à raison- l’esprit de caste des cabinets Maliki, dont le népotisme, le confessionnalisme exacerbé, la corruption et l’incompétence ont exaspéré jusqu’à la communauté chiite. Exemple parmi d’autres, en juin 2014, la fuite en rase campagne du gouverneur militaire de Mossoul retirant ses troupes sans combattre face à l’avancée de l’Etat islamique, ne fut suivie d’aucune sanction, pour la bonne et simple raison que ce haut-gardé était un proche de Maliki.

Tout ceci ne nous dit pas comment le pouvoir de Bagdad, désormais identifié à l’axe chiite Hezbollah-Damas-Teheran, reprendra pied dans les fiefs de la rébellion sunnite. Une fois la victoire militaire acquise – ce qui n’est pas encore fait -, seul l’appui des élites et de la petite bourgeoisie baathiste aujourd’hui marginalisées pourra assurer la stabilité de la région. Bref, la politique reste la continuation de la guerre par d’autres moyens… et avec d’autres hommes.

Le FN et la commission d’enquête (anti)parlementaire

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fn assemblee senat enquete

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Selon les informations d’Europe 1, le groupe socialiste à l’Assemblée nationale méditerait activement d’ouvrir une commission d’enquête parlementaire sur le financement supposément délictueux du parti de Marine Le Pen. L’idée n’est pas si neuve : le 10 avril dernier, Razzy Hammadi avait déjà déposé une proposition « visant à l’analyse des pratiques de financement du Front national, après les législatives de 2012, par le biais de prêts d’origine russe ». L’argument de salut public étant « d’avancer des propositions qui amélioreront les dispositifs existants visant à encadrer l’influence de groupes ou de personnes physiques ou morales sur la vie publique et politique ». Aucune suite n’y avait été donnée, peut-être parce que le drame familial secouant le FN avait occupé alors tout l’espace, mais le parti du pouvoir ne lâche pas si aisément son idée : cette Commission parlementaire d’enquête devrait voir le jour en octobre prochain, c’est-à-dire opportunément au moment du déclenchement véritable de la campagne des régionales. Nul doute que le PS qui contrôle actuellement la quasi-totalité des régions françaises ne tremble devant un scrutin dont la dose de proportionnelle favorise le FN, contrairement aux départementales passées.

« Passer au laser » les finances et le fonctionnement d’un parti politique ? Noble entreprise. Mais, outre le fait que le citoyen a déjà l’impression que la justice s’y adonne courageusement depuis une bonne vingtaine d’années, l’expression devient vraiment troublante quand elle tombe de la bouche – anonyme d’ailleurs – du député d’un autre parti politique, majoritaire à l’Assemblée en sus. C’est la marotte du Parti socialiste : démontrer par tous les moyens, même légaux, que le Front national est un parti de voleurs. Tous pourris : l’arme du faible est désormais dans les mains du pouvoir, ce dont on pourrait déduire que la faiblesse a changé de camp.

Le financement du FN est certainement une aventure pleine de ressacs et de chausse-trapes – contrairement à celui des autres partis politiques français ? – mais sur les affaires les plus épineuses, celles de l’agence de communication Riwal et du microparti Jeanne, la main de la justice est déjà en train de passer. Et d’ailleurs, le règlement de l’Assemblée nationale restreignant le champ d’investigation d’une commission d’enquête « aux faits n’ayant pas donné lieu à poursuites », et ce afin de respecter la séparation des pouvoirs, il ne reste aux fiers membres de la représentation nationale que la petite histoire du prêt bancaire auprès d’une banque russe à se mettre sous la dent, dont Marine Le Pen s’était déjà justifiée en publiant les lettres de refus des établissements bancaires français et européens et dont le taux de 6%, s’il est avéré, ne plaide pas en faveur d’un geste amical du pouvoir russe.

Mais contre l’unique député du FN, le PS n’aura pas de mal à faire admettre à l’Assemblée la nécessité de sa commission d’enquête. Il reste tout de même étrange qu’un parti demande d’éplucher les comptes d’un autre. Surtout que l’objet de ces commissions doit toujours relever d’une question d’intérêt général. Or, on ne sache pas que le Front national, encore très loin du pouvoir, menace pour l’heure la sécurité nationale par une alliance avec des partis de l’étranger. Enfin, on assisterait à la constitution au grand jour du « système UMPS » que dénonce à cors et à cris Marine Le Pen, puisque le règlement de l’’Assemblée stipule que « les fonctions de président ou de rapporteur reviennent automatiquement à un membre d’un groupe d’opposition ou d’un groupe minoritaire ». Ce serait donc tous contre un, manœuvre d’esprit parfaitement démocratique que le peuple français appréciera certainement à sa juste mesure.

Ironie de l’histoire, le Sénat, lorsqu’il avait été sollicité en 1990 pour diligenter une commission d’enquête sur le financement des partis politiques, avait rétorqué crûment qu’une telle initiative « ne (pourrait) qu’accroître l’antiparlementarisme et la défiance de l’opinion publique envers la classe politique toute entière ». Et le Palais du Luxembourg de s’appuyer avec érudition sur les précédents républicains, comme la commission d’enquête constituée en 1924, afin d’enquêter « sur l’origine des fonds électoraux ayant servis à tous les partis », ou celle de 1930-31 « sur la collusion de la politique et de la finance qui avait  jeté, sans profit, un grand trouble dans le pays et un certain discrédit sur le régime ». L’esprit des années 30 n’est pas toujours du côté que l’on croit, et la sagesse descend parfois de la Chambre haute.

*Photo : wikicommons.

Zyed, Bouna, les policiers et la mosquée

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Zyed Bouna émeutes 2005 mosquée

Zyed Bouna émeutes 2005 mosquée

(Avec AFP) – Le tribunal correctionnel de Rennes a relaxé lundi les deux policiers poursuivis pour non-assistance à personne en danger après la mort en 2005 à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) de deux jeunes, Zyed et Bouna, qui s’étaient cachés dans un site EDF. La présence des policiers dans le quartier faisait suite au signalement d’un vol sur un chantier de la commune.

« Je suis écœuré, déçu, dégoûté, les policiers sont intouchables », a lâché, furieux, Adel Benna, le frère aîné de Zyed en quittant la salle d’audience lundi.

A l’énoncé du jugement, des cris de colère ont fusé dans la salle. « C’est une honte », a crié une femme, dénonçant « dix ans d’impunité policière ».

« Les familles ne tourneront pas la page dans l’immédiat », a affirmé à la presse Samir Mihi, responsable d’une association de soutien des familles.

Celles-ci se sont isolées avec leurs avocats dans une salle après l’annonce du jugement, avant de quitter les lieux discrètement par une autre sortie pour éviter les médias.

Auparavant, Me Jean-Pierre Mignard, l’un de leurs deux avocats, avait qualifié la relaxe de décision « choquante pour les parties civiles ». « Nous allons faire appel », mais faute de pouvoir le faire au pénal, « l’affaire peut se rejuger sur le plan civil », a-t-il précisé, et « s’il le faut et si c’est nécessaire, nous irons jusque devant la chambre criminelle de la Cour de cassation ».

Le tribunal a rejeté dans ses conclusions la plupart des arguments apportés par les avocats des parties civiles dans ce dossier, rejoignant la position du ministère public qui avait requis la relaxe à l’issue de l’audience, tenue du 16 au 20 mars.

Le tribunal a considéré à l’examen des faits que ni Sébastien Gaillemin, le policier présent sur les lieux, ni Stéphanie Klein, qui était au standard de la radio, ne pouvaient avoir « la conscience claire et réelle d’un péril imminent » concernant les jeunes, a expliqué le président, Nicolas Léger.

« C’est ce que la défense soutient depuis le début », a réagi Me Daniel Merchat, l’avocat des policiers qu’une enquête interne avait déjà innocentés.

Lors d’une course-poursuite entre jeunes et policiers, Sébastien Gaillemin, gardien de la paix affecté à l’époque à la police de proximité, avait vu deux « silhouettes » enjamber un grillage délimitant un cimetière, et pénétrer ainsi dans un petit bois dans lequel, cinq mètres plus loin, un mur interdisait l’accès au site EDF.

« S’ils rentrent sur le site EDF, je ne donne pas cher de leur peau », s’était-il alarmé sur la radio de la police, à l’écoute de laquelle se trouvait sa collègue Stéphanie Klein, alors policière stagiaire, accusée elle aussi de ne pas avoir réagi.

A l’issue de la course-poursuite, trois adolescents étaient entrés sur le site EDF où, à 18h11 ce 27 octobre 2005, Bouna Traoré, 15 ans, et Zyed Benna, 17 ans, sont morts électrocutés, près de 30 minutes après le départ des policiers.

Ils avaient escaladé une porte pour se cacher dans un local en béton abritant une réactance, dispositif très dangereux, comme le signalait un message d’avertissement installé sur le côté du local. Seul leur camarade Muhittin Altun, 17 ans, en avait réchappé, brûlé sur 10% du corps.

Le soir du drame, des jeunes des quartiers environnants s’en étaient pris aux forces de l’ordre et aux sapeurs-pompiers. Mais à la suite d’une rumeur – démentie depuis – affirmant que la police aurait fait exploser des grenades dans la mosquée de Clichy, les banlieues de toutes les grandes villes françaises s’étaient enflammées pendant trois semaines, et le gouvernement avait dû décréter l’état d’urgence.

Pour le maire PS de la ville lui-même, Claude Dilain, « c’est à partir de ce moment-là que les émeutes se sont généralisées à la France entière. »

Revenant sur cet épisode qui aurait donc mis le feu aux poudres, en cette période de ramadan, des policiers ont en effet confié être « tombés dans un traquenard ». Selon eux, les émeutiers les ont sciemment piégés : « Rien ne laissait penser que c’était une mosquée. Or, des jeunes, qui étaient à proximité du bâtiment religieux, ont jeté des projectiles sur la police lorsque celle-ci faisait sa ronde »

Lundi, après l’annonce du jugement, le calme régnait à Clichy-sous-Bois. « Aucun incident » n’était signalé en début d’après-midi, selon une source policière.

Deux syndicats de policiers, UNSA et Unité SGP Police-Force ouvrière, se sont déclarés satisfaits de la relaxe de leurs collègues.

*Photo : © ARCHIVES/AFP/Archives Joel Saget.

Pluie d’hommages à Simon Leys

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simon leys vinet chine

simon leys vinet chine

Commentaire consacre dans sa prochaine livraison, le n°150 (été 2015), un important hommage à Simon Leys,  qui était membre de leur Comité de rédaction et un ami de cette revue.  Nous remercions Commentaire de nous avoir autorisés à reproduire une grande partie de la tribune, parue dans le n°147 (automne 2014), que René Viénet, son premier éditeur (de 1969 jusqu’à son départ en Asie en 1979) et ami fidèle, a consacré à un paradoxe : 

Pour quelles raisons le plus brillant sinologue francophone n’a-t-il jamais été admis à enseigner en France ? Et pourquoi aucun sinologue français (ou presque) ne lui a rendu hommage lors de sa disparition ?

« La vérité engendre la haine« , explique Viénet, et ce n’est pas à l’honneur de l’Université française, en particulier de ses « sinologues », un terme devenu péjoratif.

Signalons également la parution cette semaine de deux ouvrages (aux Editions Philippe Rey) par Pierre Boncenne, un autre ami de longue date de Pierre Ryckmans, dont une anthologie de leur correspondance : Quand vous viendrez me voir au antipodes ; et Le parapluie de Simon Leys, un essai.

Un film de René Viénet, Chinois, encore un effort pour être révolutionnaires, dont Simon Leys fit l’éloge, sélection française de la «Quinzaine des réalisateurs» au Festival de Cannes 1977, est programmé par la Cinémathèque française le vendredi 22 mai à 22h.

La rédaction

 

La vérité engendre la haine

René Viénet

Veritas odium parit.  Térence

Lorsque chez Jacques Pimpaneau, qui enseignait en 1969 à l’université de Hong Kong, je fis connaissance de Pierre, il partageait au New Asia College un très modeste bureau avec son ami Luo MengCe, dont il me recommandera par la suite de publier le Confucius. Son autre grand ami Chan HingHo était déjà parti pour l’Europe, et deviendra – lorsque nous ferons connaissance à Paris – l’indispensable partenaire de mes éditions et de mes films.

Chez Gallimard, Étiemble avait oublié dans un tiroir une traduction qu’il avait pourtant commandée des Six récits au fil inconstant des jours. Pierre me fit également part de son pessimisme au sujet de son Su RenShan, peintre, rebelle et fou en déshérence depuis plus d’une année sur une étagère des Presses de l’université de Hong Kong – au prétexte absurde que quelques illustrations en rendaient la publication malaisée.

Le manuscrit qu’il me montra le lendemain me parut d’une extraordinaire qualité. Je lui proposai de l’éditer sans délai, avec un maximum d’illustrations, selon une maquette chinoise aussitôt réalisée, qui assura donc – en fait grâce à Pierre et à Jacques – la fondation entre amis de la « Bibliothèque asiatique ».

Très vite, Angharad Pimpaneau en réalisa la traduction en anglais et – reprenant exactement la même maquette (celle d’un livre ancien, cousu à cheval, chaque feuillet plié en deux, sous emboîtage en toile de coton indigo) – fut publié ce deuxième volume de l’itinérante collection où seront édités tous les premiers Simon Leys.

Au moment de son départ pour l’Australie – où Liu Ts’unYan  l’avait invité pour son premier poste d’enseignant –, il me proposa lors d’un dîner chez lui à Kowloon – sorties d’un cageot à légumes – des liasses de copies carbones et des manuscrits de notes préparées pour le consul de Belgique, qui lui avait confié – travail d’étudiant localement recruté – le suivi de la politique et de la presse chinoises.

Regrettant que cette chronique reste enfouie dans les archives diplomatiques à Bruxelles, Pierre me suggéra d’en tirer un livre qu’il n’aurait pas le temps de mettre en forme en Australie. De ma collaboration avec l’édition parisienne pour différents ouvrages, il avait déduit – bien à tort – que je serais mieux à même que lui de tirer parti de ses notes.

Je refusai, bien sûr, et je n’eus de cesse qu’il m’envoie depuis Canberra, chapitre après chapitre, Les Habits neufs du Président Mao. Contrairement à ce qu’a bidonné un employé des éditions Champ libre, la décision de publier cet ouvrage ne fut pas décidée au subalterne niveau d’un secrétaire de rédaction après réception par la poste du manuscrit intégral ; ce furent les propriétaires de Champ libre, F. & G. Lebovici, qui – sans rencontrer Pierre qui se trouvait à l’autre bout du monde, mais enthousiastes à la seule lecture des deux premiers chapitres (et du Su RenShan) décidèrent de l’éditer sous leur récente enseigne.

Ils n’avaient pas été les premiers à lire ces deux chapitres. Guy Debord les avait également trouvés magistraux, et avait suggéré de porter mon projet éditorial à Jean-François Revel dont il appréciait la collection « Libertés » autant que Pourquoi des philosophes (que Debord m’avait lui-même offert quand j’étais lycéen). Malheureusement, une stupide querelle d’ivrognes, lors d’un déjeuner trop arrosé, m’opposa à Jean-François, et il fallut quelques années pour que – enfin réconciliés – je lui confie le soin de rééditer chez Laffont tous les Leys qui pouvaient l’être.

[•••] Le premier tirage fut épuisé avant que ne paraisse le premier article de presse (sinon une brève calomnie dans Le Monde) au moment même où Pierre fut déclaré – à vie – persona non grata dans l’université française (où il n’enseigna donc jamais, sauf quelques conférences à Nanterre lors d’un congé sabbatique).

Encouragé par Paul Demiéville, professeur au Collège de France et patriarche de la sinologie française, le responsable des études chinoises à la Sorbonne (puis à Paris-VII), avait lu avec intérêt la thèse sur ShiTao et le Su RenShan, ainsi que quelques autres publications érudites de Pierre – mais également les deux premiers chapitres des Habits neufs, qu’il avait savourés. Il l’invita à poser sa candidature à un poste de maître de conférences.

La France était alors en extase autant devant les inepties idéologiques que devant les massacres du maoïsme. La parution en librairie des Habits neufs, en septembre 1971, irrita profondément quatre cathos-maos partisans inconditionnels de la Révo. cul., qui n’était pas encore terminée (elle ne le sera véritablement que cinq ans plus tard, après la mort de Mao et l’emprisonnement de son épouse) : Jean Chesneaux (ex-secrétaire de la Paroisse étudiante), Yves Hervouët (un ancien apprenti jésuite), Jean-Luc Domenach (proche d’une revue chrétienne de grande diffusion, Esprit), Léon Vandermeersch (prosélyte de Lin Biao dans les pages de cette même revue, dont les articles sur la Chine étaient « à hennir de rire », pour reprendre une expression de Pierre).

Ils organisèrent une cabale et allèrent jusqu’à réveiller dans la nuit le directeur des Études chinoises à Jussieu, jusqu’à ce que celui-ci revienne sur sa décision et retire piteusement le tapis sous les pieds de Pierre en faisant voter par l’un ou l’autre conseil de l’université qu’un « Belge ne pouvait être candidat en France à une maîtrise de conférences » – qui fut attribuée à… Léon Vander- meersch, né à vingt mètres de la frontière belge, mais du bon côté de la Lys.

[•••] Alain Bouc – fortement influencé par cette « bande des quatre » catho-maoïste – avait imprimé que Les Habits neufs avait été rédigé en « crochetant dans les corbeilles à papier de la CIA ». En 1971, il fera croire pendant plus d’un an aux lecteurs du Monde que Lin Biao ne pouvait avoir été éliminé par Mao. Bouc était, cheveux à peine repoussés sur la grande tonsure, un transfuge du Saulchoir, d’où sortait aussi son idole, Jean Cardonnel, o. p. – qui prétendait avec autorité et expérience que le Président Mao avait été à l’origine de la libération sexuelle des femmes en Chine, où il avait « retrouvé un Évangile vécu : un peuple pauvre, chaste, fervent ».

L’un de ceux que je viens de citer, Jean-Luc Domenach, qui ne fut jamais en reste d’âneries sur la Chine, de son côté, affirma benoîtement sur Antenne 2 (en décembre 1975) que Simon Leys et ses amis « erraient, car la camarade Jiang Qing et le camarade Deng Xiaoping réconciliés oeuvr[ai]ent ensemble à l’édification du socialisme». Un an après, Mme Mao était en prison, et Deng la fera condamner à mort.

[Après une rupture avec Champ libre]  C’est Bernard de Fallois qui me suggéra de porter Simon Leys et la collection chez Bourgois, où elle parut donc en format de poche, avant de ressortir en véritable édition libraire par la suite chez Laffont grâce à Revel. [•••] Christian Bourgois fut enthousiaste et il eut toutes les raisons de se réjouir du succès de ces titres, mais il ne put s’empêcher de me demander un encart (que j’insérai avec gourmandise) signalant sa désapprobation des sarcasmes contre Roland Barthes dans la préface de Chinois, si vous saviez, le premier samizdat chinois traduit en français, sorti à Paris le jour de la mort de Mao.

[•••] Simon Leys fut génial et unique : faussement candide, avec beaucoup d’humour et un grand talent littéraire, il montra que le Président Mao était nu – mais saisi d’une rage sanguinaire parce que déculotté par l’establishment maoïste même, après les trente ou quarante millions de victimes des famines du « Grand Bond en avant ». Il offrit la première synthèse, limpide, en langue occidentale, sur la contre-révolution anticulturelle, puis ses autres essais d’une aussi rare qualité.

Son exil australien, dont nous venons de rappeler les causes, lui procurera, comme il le mentionnera, la distance avec toutes sortes de sujets et n’est pas étranger à l’abondance de ce qu’il a par ailleurs traduit et écrit.

Mais ce n’est pas une raison pour oublier que c’est la haine que lui ont vouée les chrétiens-maoïstes, aussi médiocres que mesquins, qui aura privé totalement la France de l’enseignement d’un maître exceptionnel.

*Photo : pileface.com

Montpellier: des mères voilées réclament quelques blancos à l’école…

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Mercredi 13 mai, une soixantaine de femmes ont bloqué le tramway pendant une heure au Petit Bard-Pergola, quartier chaud de Montpellier, pour protester contre une modification de la carte scolaire locale. So what, me direz-vous ? Le reportage du Figaro qui nous a informés de ce micro-événement se révèle fort instructif, notamment à travers les propos rapportés de ces mères de jeunes élèves, dont la majorité ne parle qu’arabe et porte le voile islamique.

Motif de leur courroux : la décision d’orienter davantage d’enfants du quartier vers un établissement d’éducation prioritaire, surnommé « le collège marocain » par les gens du coin. Car désormais, elles ne comptent pas laisser aux nantis le privilège de contourner les découpages administratifs. « Dès que l’on connaît les codes scolaires, on use de stratégies d’évitement », explique au Figaro la porte-parole de nos mamans en colère. L’article précise que Fouzia, 38 ans, est « arrivée du Maroc à l’âge de 11 ans », et a fait tardivement « des études d’histoire à l’université, en civilisation gréco-romaine » parce que « c’est important de revenir aux racines ».

Au passage, elle fait preuve d’une franchise que seule permet une arrivée récente sur le territoire français. A propos des bahuts-ghettos où l’on veut la contraindre à inscrire ses rejetons, elle pose la question : « Dans ces écoles, il n’y a quasiment plus de Blancs. Comment nos enfants vont pouvoir se sentir français ? » Vous avez bien lu. Désormais, ce sont les immigrés les plus récents qui exigent qu’il y ait « quelques white, quelques blancos » de plus dans l’école de leurs enfants. Et réclament d’être confrontés à un minimum d’autochtones, pour avoir une chance de s’approprier leur culture.

A ce train-là, SOS Racisme ou la Licra vont finir par intenter un procès à ces mauvais immigrés qui refusent de se définir par leur « différence » et de rester sagement parqués entre « stigmatisés ». En attendant, une amie enseignante en banlieue parisienne, dont la quasi-totalité des élèves est d’origine africaine, nous fait cette remarque : « Les mamans, toujours les mamans… mais où sont les hommes ? » Tiens donc, c’est vrai ça, les pères semblent nettement moins pressés que leurs femmes de s’imprégner de la culture libérale occidentale. Par peur que leurs fillettes se croient autorisées à boire de la bière ou à porter des minijupes ?

Voilà qui commence à faire pas mal de très bonnes questions à méditer…

Antiracisme et réforme du collège : le journal d’Alain Finkielkraut

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valls antiracisme fn college

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Le conflit entre Jean-Marie et Marine Le Pen (12 avril)

Élisabeth Lévy. Dans l’entretien publié par Causeur, Marine Le Pen s’insurgeait déjà contre la stratégie de provocation de son père. Après la nouvelle déclaration de Jean-Marie Le Pen sur le « point de détail » faite au micro de Jean-Jacques Bourdin le 7 avril, le long entretien qu’il a donné à Rivarol a véritablement mis le feu aux poudres. Pétain qui n’est pas un traître, l’Europe blanche qu’il s’agit de sauver, Valls qui n’est français que depuis trente ans, la démocratie qui n’est qu’une option : c’est un festival ! Ses propos ont suscité une levée de boucliers quasi unanime des cadres du Front national et des promesses de sanctions. Que vous a appris cet entretien sur le conflit entre Jean-Marie Le Pen et sa fille ?

Alain Finkielkraut. De la bataille sans merci que se livrent, à ciel ouvert, Jean-Marie Le Pen et sa fille, Nicolas Sarkozy a dit que c’était un spectacle humiliant pour la République. Il a tort. La République était humiliée par « Avec Carla, c’est du sérieux ! », elle ne l’est, en aucun cas, par une querelle de famille dont l’enjeu est politique.

À Marine Le Pen qui critiquait dans Causeur les provocations répétées de son père, celui-ci a répondu par un véritable festival : il a dit que les chambres à gaz étaient bien « un point de détail de l’histoire », que les pétainistes avaient toute leur place au Front national, que la France était gouvernée par des immigrés et des enfants d’immigrés, que Manuel Valls étant français depuis trente ans, on pouvait légitimement s’interroger sur son attachement réel à la France, et que la référence incessante à la République commençait à le « gonfler ». C’est cette profession de foi « plus facho que moi tu meurs » recueillie par un journal ouvertement antisémite qui a indigné Marine Le Pen et qu’elle a voulu frapper d’opprobre. Or, ceux-là même qui lui reprochaient naguère d’avoir qualifié de faute seulement politique la « fournée » promise à Patrick Bruel, s’acharnent à démontrer maintenant que, si elle n’est pas de mèche avec son père, cette affaire tombe « à point nommé » pour elle. Elle l’arrange, elle sert ses desseins. Elle lui offre sur un plateau d’argent un repoussoir inespéré. Mais, ajoutent-ils, il ne faut surtout pas se laisser abuser. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil noir de l’extrême droite française : le même succède au même.

Bref, au moment où Marine Le Pen s’apprête à tuer le père, les antifascistes font tout pour le maintenir en vie.[access capability= »lire_inedits »] Ces vigilants ne peuvent envisager sans un sentiment d’effroi la perspective d’être un jour orphelins de leur ennemi préféré. Ils le soignent, ils le dorlotent, ils le dopent, ils lui font du bouche-à-bouche et ils se prémunissent contre le deuil affreux qui se profile en disant, avec le député socialiste Bruno Leroux, que son racisme est « génétique », car rien ne leur serait plus pénible que l’obligation de penser à nouveaux frais.

Notre présent est bovaryste : il se conçoit autre qu’il n’est. Nous vivons, autrement dit, sous le joug d’un antifasciste anachronique et, quand l’occasion nous est enfin donnée de passer à autre chose et de regarder la réalité en face, Le Monde et « Les Guignols de l’Info » s’emploient à ce que nous n’en fassions rien. Alors que l’infiltration des réseaux islamistes dans l’enseignement supérieur se poursuit tranquillement et que, pour l’avoir dénoncée, Samuel Mayol, le directeur de l’IUT de Saint-Denis, est, à nouveau, menacé de mort, il n’est question dans la bonne presse que de la dédiabolisation mensongère du parti du diable.

Remettre du présent dans le présent, telle est la tâche prioritaire de la pensée. Cela ne signifie pas s’enticher du Front national, mais le critiquer pour ce qu’il est hic et nunc : un parti qui met sur le compte de l’élite tous les désagréments du peuple et qui voit en Vladimir Poutine non seulement un allié mais un modèle.

 

Le plan de lutte contre le racisme (19 avril)

« La passivité sur Internet, c’est fini ! », a promis Manuel Valls en dévoilant à Créteil son plan contre l’antisémitisme et le racisme pour rompre avec l’immunité numérique. Désormais, les délits d’opinion ne relèveront plus de la très libérale loi sur la presse, mais du domaine pénal, ce qui signifie que le régime de sanction des propos racistes sera largement aligné sur celui des actes. Que vous inspire ce projet ?

Je ne suis pas un partisan inconditionnel de la liberté d’expression : tout comme la censure, sa grande ennemie, cette liberté a sa part d’ombre. Elle a même du sang sur les mains. C’est une expression débridée qui a poussé Roger Salengro au suicide. Être libre de dire ce qu’on a dans la tête et dans le cœur, cela ne peut signifier avoir le droit de diffamer, d’injurier, de falsifier, d’appeler au meurtre, d’arracher le rideau qui sépare la vie publique de la vie privée. « Un homme ça s’empêche », dit Camus, et s’il ne s’empêche pas tout seul, il faut des lois pour le contraindre et le punir. Pas de démocratie sans liberté. Pas de civilisation sans une pratique éclairée de la censure, comme le démontre a contrario l’anarchie barbare qui sévit sur la Toile.

Mais le plan de lutte contre le racisme et l’antisémitisme que vient d’annoncer Manuel Valls présente le grave inconvénient de supprimer les protections spécifiques du droit de la presse – concernant la preuve, l’absence de comparution immédiate et des délais de prescription plus courts –, au moment même où l’antiracisme perd la tête et s’affranchit du sens commun. On est raciste aujourd’hui en France pour un oui ou pour un non. Charb était accusé de racisme parce qu’il s’était moqué de celui que même les non-musulmans d’aujourd’hui nomment avec dévotion « le Prophète » et parce qu’il refusait obstinément d’accoler au mot « laïcité » une épithète apaisante.

Selon le philosophe Jacques Rancière, interrogé dans L’Obs, on a tort de se focaliser sur le Front national. Depuis une vingtaine d’années, dit-il, « c’est de certains intellectuels de la gauche républicaine que sont venus les arguments de la xénophobie et du racisme ». Dans Le Monde, Claude Askolovitch affirme, preuves à l’appui, que le mauvais génie identitaire de Nicolas Sarkozy, celui qui a donné un contenu ethnique et nationaliste à sa définition de l’idéal républicain, ce n’est pas Patrick Buisson, c’est Régis Debray (et très accessoirement moi). Sont également menacés d’exclusion de la communauté humaine ceux qui s’interrogent à haute voix sur les problèmes posés à l’Europe par l’islam et l’immigration. Au nom du onzième commandement, « Tu ne feras pas d’amalgame », ils sont traînés dans la boue et poursuivis devant les tribunaux. Appliquée à l’Autre, toute généralisation devient raciste.

Appliqué au Même, en revanche, l’amalgame devient licite et même bienvenu : tous racistes, tous oppresseurs. La haine des « faces de craie » a depuis longtemps pignon sur rap. Voici quelques exemples piochés dans le livre de Christian Godin La Démoralisation et dans le numéro de L’Obs où s’exprimait Jacques Rancière. Salif : « Poitiers brûle et cette fois-ci pas

de Charles Martel. La France pète, j’espère que t’as capté le concept. » Lunatic : « Vote pour emmener les porcs à la morgue » (les porcs, comme chacun sait ou devrait savoir, ce sont les non-musulmans). Booba : « Les colons nous l’ont mise profond. À l’envers, on va leur faire. Quand je vois le France les jambes écartées, je l’encule sans huile », etc.

Pour son album Nique la France, Salif a été poursuivi devant la 17e chambre correctionnelle pour injure publique à caractère racial et, comme le raconte Jonathan Siksou dans Causeur, il a été relaxé. Le tribunal en effet a estimé que « la notion de Français dits de souche ne constitue pas un groupe de personnes et ne couvre aucune réalité légale, historique, biologique ou sociologique ». On a donc le droit d’insulter les « faces de craie » et de leur faire subir toutes sortes de supplices imaginaires puisqu’ils n’existent pas.

Le plan de lutte contre les paroles infâmes devrait, de toute urgence, inclure cette nouvelle modalité de l’antiracisme. Au lieu de cela, il l’encourage.

 

La réforme du collège (19 avril)

La ministre de l’Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem a annoncé une réforme des collèges. Son projet suscite une mobilisation quasi générale, non seulement des enseignants, mais aussi de soixante députés, dont Jean-Marc Ayrault, qui dénoncent avant tout la marginalisation de l’allemand ? Est-ce selon vous le principal enjeu de cette réforme ?

Le pire n’est pas toujours sûr – ce vieux proverbe légué par la sagesse des nations vient de s’enrichir d’un sens nouveau : il n’est pas sûr que ce que nous prenons pour le pire soit vraiment le pire. La réforme des collèges proposée par Najat Vallaud-Belkacem réalise l’exploit de faire pire encore que le désastre actuel de l’École. Voici, en guise d’exemple, la liste d’objectifs pour la classe de français de cycle 4, c’est-à-dire, si j’ai bien compris, des deux dernières années du collège : se chercher, se construire ; vivre en société, participer à la société ; regarder le monde, inventer des mondes (sic) ; agir sur le monde. Il n’y a pas si longtemps, Leo Strauss pouvait encore écrire : « Les Grecs avaient un mot merveilleux pour vulgarité, ils la nommaient “apeirokalia” : manque d’expérience des belles choses. L’éducation libérale nous donne l’expérience des belles choses. » Grâces en soient rendues aux sociologues, on s’est aperçu que certains enfants accédaient par droit de naissance à la culture, c’est-à-dire à l’expérience des belles choses ; pour mettre tout le monde à égalité, l’éducation démocratique a donc décidé de bannir cette expérience de l’enseignement.

Elle supprime le grec et le latin, c’est-à-dire les humanités, jugées trop aristocratiques, elle lutte par l’interdisciplinarité contre l’ennui que dispenseraient les cours où la parole du maître introduit à la beauté des œuvres et elle s’ouvre à l’actualité, c’est-à-dire à l’idéologie du jour.

Le journal de France 2 vient de donner en exemple une classe de 3e du lycée Clisthène à Bordeaux, où les professeurs d’histoire et d’espagnol présentaient les images d’horticulteurs du Kenya qui exportaient leurs roses en Europe. Soucieux de l’avenir de notre planète, les élèves devaient rédiger à l’attention de ces paysans africains un tract en espagnol sur le développement durable et le bienfait des cultures vivrières. Les langues parlées au Kenya sont le swahili et l’anglais, mais ne chipotons pas : c’est l’intention qui compte. Et qui pourrait remettre en question l’éveil chez les enfants d’une conscience écologique ? Ainsi les belles choses disparaissent au profit de la bonne cause. Après les œuvres, les tracts, et, sur le visage du corps enseignant, le sourire radieux des meilleures intentions.

Le passé, il est vrai, n’est pas oublié, mais il est lui-même annexé par l’actualité. Ainsi, en histoire, l’enseignement des débuts de l’expansion de l’islam est-il obligatoire tandis que celui du Moyen Âge chrétien et de la pensée humaniste est laissé au choix des professeurs. Quant au monde du XVIIe et du XVIIIe siècle, il est présenté sous ce titre: « Un monde dominé par l’Europe, empires coloniaux, échanges commerciaux et traites négrières ». D’un côté, l’islam en majesté ; de l’autre, l’Europe facultative ou coupable.

Élisabeth de Fontenay m’a fait découvrir un jour ces vers merveilleux d’Ossip Mandelstam :

« Vais-je à la médisance infâme (…)

Livrer le serment profond jusqu’aux larmes

La splendide promesse faite au Quatrième État. »

La gauche, pour moi, ce n’est rien d’autre que cette promesse d’offrir à tous l’héritage de la noblesse du monde. Or, que fait la gauche actuelle ? Elle se délie de sa promesse trop élitiste et trop impérialiste pour être honnête. À la mémoire, elle préfère la créativité, et propose par la voix du Premier ministre « d’intégrer dans nos écoles l’art de l’improvisation Jamel Debbouze ». Le président de la République n’est pas en reste. Il rappelle brutalement à l’ordre les quelques Orphée qui persisteraient à se tourner vers le trésor des ombres chères : « La France, déclare François Hollande sur Canal+, c’est pas une nostalgie, la France c’est un avenir, la France c’est une chance. » La langue est détruite mais le message est clair et fait naître une question : quel sens y a-t-il à se dire toujours de gauche ? Brandir cet étendard après la résiliation de la promesse, ce n’est plus agir en citoyen mais en supporter. Malgré le Qatar, je reste viscéralement et absurdement attaché au PSG. Mais, pour que je demeure affilié à la gauche estampillée, il faudrait que la gauche soit pour moi une sorte de PSG. Je me fais une autre idée de la politique.[/access]

*Photo : REVELLI-BEAUMONT/SIPA. 00710890_000017.

Réforme du collège: Parlez-vous le Valls-Belkacem?

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Manuel Valls Najat Vallaud-Belkacem réforme du collège

Manuel Valls Najat Vallaud-Belkacem réforme du collège

(Avec AFP) – Manuel Valls poursuit sa contre-offensive visant à défendre la réforme du collège portée par sa ministre de l’Education, Najat Vallaud-Belkacem, à la veille d’un mouvement de grève lancé dans l’enseignement secondaire et soutenu par une très large majorité de Français.

Le Premier ministre, qui a publié lundi dans Libération une tribune dénonçant les « contrevérités » portées selon lui par les opposants au projet du gouvernement, s’est présenté comme le défenseur d’une « école pour tous » et pas « seulement pour certains ». Un argumentaire tout en finesse, qui laisse perplexe à l’heure ou même la télévision ne présente plus depuis longtemps le monde en noir et blanc (quoique, le logo de Canal+…).

Ces grossiers éléments de langage rappellent ceux de la ministre de l’Education, lorsqu’elle parlait de « rumeurs » à propos de l’introduction de la théorie du genre à l’école. Ou encore ceux de l’indéboulonnable ministre de la justice au moment de faire passer au forceps son « mariage pour tous » – pas encore gratuit et obligatoire, mais presque – dont les opposants n’exprimaient selon elle que des « fantasmes ».

« Je pense que c’est difficile de réformer l’école », a pontifié M. Valls, invité pendant plus d’une heure lundi matin sur France Culture, « parce qu’elle est au cœur de la construction républicaine, parce que depuis que Jules Ferry a construit l’école de la République, chaque fois qu’on parle de l’école, il y a des débats ». Et le débat démocratique sur ce qui fait (ou défait) la République, forcément, c’est plus compliqué qu’une décision idéologique arbitraire.

Mais surtout, « derrière cela, il y a deux conceptions qui s’affrontent, entre l’idée d’une école pour tous et une école seulement pour certains », a-t-il osé, faisant référence aux propositions de l’ancien ministre UMP Bruno Le Maire. Comment ? L’outsider de l’UMP – pardon, Les Républicains – aurait-il l’intention d’exclure une partie des enfants de l’école républicaine ?

Jamais de la vie, mais Valls est Charlie : il défend le droit à la caricature. En l’occurrence, celle de tous ceux qui s’opposent aux projets gouvernementaux. Dans un entretien à Libération, M. Le Maire propose simplement de « remplacer le collège unique par un collège diversifié ». Objectif évident : en finir avec la croyance absurde selon laquelle il faudrait que « tous » les élèves empruntent la même voie, quels que soient leurs points de départ et d’arrivée.

« Il y a là une autre conception d’une école, qui, elle, est inégalitaire, qui ne donne pas les chances pour tous (sic). Nous voulons, nous, élever le débat, nous voulons élever le niveau pour tous les élèves », a plaidé M. Valls dans un français digne de François Hollande ou David Douillet… sans expliquer comment une baisse du nombre d’heures de cours pourrait bien conduire à une hausse du niveau général.

Le « pourtoussisme » a ses raisons que la raison ne connaît pas. Dans sa tribune publiée la veille par le quotidien, Manuel Valls va même jusqu’à avancer que cette réforme, considérée par de nombreux « pseudozintellectuels » (© Najat V.-B.) comme un attentat contre la culture française, « démocratise le latin et le grec ». Gag ultime, alors qu’un responsable syndical nous confiait récemment qu’« aucun programme de langues anciennes n’avait été prévu » par le Conseil supérieur des programmes.

Finalement, la réforme prévoit que les langues anciennes ne soient pas enseignées en tant que disciplines proprement dites, mais tout juste abordées dans le cadre des fameux enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI). Pourquoi ? Jean-Luc Mélenchon a avancé une hypothèse dimanche sur RTL et LCI : « Voilà le PS en plein délire maoïste, a-t-il sobrement expliqué, puisque déjà, dans la révolution culturelle de Mao Zedong, on prétendait que le piano était spontanément réactionnaire. Donc voilà que le latin est devenu spontanément réactionnaire. C’est absurde ».

Selon un sondage Odoxa, 60 % des Français estiment « justifiées » les manifestations prévues mardi à l’appel de syndicats de gauche et de droite, qui représentent ensemble 80% des votes des enseignants du collège lors des élections professionnelles de décembre dernier. Mais Najat Valaud-Belkacem a répété que la réforme entrera en vigueur, comme prévu, à la rentrée 2016. Il semble que nos ministres adeptes de la novlangue sociétaliste aient, plus encore que certains collégiens, du mal à comprendre la langue que parlent encore la plupart des Français.

*Photo : © AFP/Archives Kenzo Tribouillard

Histoire de France : Le blues des pédagos

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histoire france najat vallaud

histoire france najat vallaud

J’veux bien que les profs d’Histoire se disent historiens, ou que les profs de Lettres se croient écrivains : après tout, toutes les prétentions sont dans la nature. Mais lorsque, vent debout, ils s’insurgent contre la probable nomination de Pierre Nora (et de Jean-Pierre Azéma) en un binôme de réfection des programmes du collège Najat, au prétexte que ce serait là un coup de force non démocratique, alors qu’ils sont les premiers à avoir violé le premier principe républicain : choisir les meilleurs, toujours, partout.

Parce que l’élitisme républicain n’est pas un vain mot. Au système aristocratique qui garantissait les places en fonction de la « naissance », la République a substitué une méritocratie qui récompense les meilleurs.
Ou qui devrait. Mais voilà : la République est tombée peu à peu dans le chaudron de sorcières de la démocratie. Au lieu de s’appuyer sur les élites (Condorcet, Robespierre, Hugo, Clémenceau ou De Gaulle), elle se soucie désormais de donner la parole à ce qui se produit de plus bas, et même au plus bas du bas. En-deçà même du principe de majorité, qui végète au niveau zéro.

La République s’est toujours appuyée sur des élites — ou, si vous préférez, sur une avant-garde intellectuelle et politique. Les Lumières ne luisent pas pour tout le monde – et si j’en crois les programmes à venir, elles ne luiront plus que de façon optionnelle. Si l’on avait absolument respecté la démocratie, comme le souhaitent tant de prétentieux désireux de s’abriter derrière le grand parapluie de la majorité imbécile, on en serait encore à décapiter les truands (et les innocents) à la hache place de Grève. C’est tout à l’honneur du couple Mitterrand / Badinter (et des députés de droite qui comme Chirac ont voté l’abolition sans se soucier des desiderata de leur électorat, pendant que d’autres, comme Barre, persistaient à regarder l’histoire dans le rétro) de ne pas avoir choisi la voie du referendum pour mettre la guillotine au chômage. Le peuple, dont tant de crétins notoires ont la bouche pleine, ne pense pas forcément bien. Parfois même il ne pense pas du tout.

Quant à cette histoire de « roman national »… S’il n’a pas inventé l’expression, qui a été popularisée par Pierre Nora (le même qui, au grand dam de nos historio-histrio-hystéro-pédagos, sera peut-être chargé de rapetasser les programmes de M’dam’ Najat), c’est à Ernest Lavisse que l’on doit le concept, qui a existé avant d’être nommé.
Lavisse après la guerre de 1870 a eu l’idée d’aller voir outre-Rhin comment Bismarck avait fait enseigner l’Histoire à ses soldats et à leurs enfants. Le Chancelier de fer avait une idée précise de ce qu’il attendait de ses enseignants : il avait une ou plusieurs guerres à préparer, et nous qui, paraît-il, sommes entrés dans la Troisième guerre mondiale ferions peut-être bien de nous inquiéter de savoir ce qu’il faut apprendre à nos mômes pour résister au prochain envahisseur. De retour en France, Lavisse a eu assez de pouvoir pour modifier l’enseignement national et profiter des lois Ferry pour préparer, lui aussi, la reconquête de l’Alsace-Lorraine. D’où les jolis manuels colorés — qui sévissaient encore dans mon enfance. Au moins, nous savions que Charlemagne avait inventé l’école…

charlemagne histoire france

L’Histoire est un instrument politique bien avant d’être une science — d’ailleurs, nos pseudo-z-historiens, comme dirait M’dam’ Najat, se conduisent en politiques avant d’être historiens, ils ont leur propre agenda grand ouvert devant eux — la reddition de la France et de l’Europe à l’Islam civilisateur. Si ! Ils en sont à affirmer que Charles Martel a limité, le salaud, « l’apport de la culture islamique à l’Europe ». Si !
Alors, entendons-nous. Loin de moi l’idée de prétendre qu’il faut enseigner des fictions — même si j’ai appris une bonne part de l’Histoire du XVIIème siècle à travers Dumas. Ce que l’on entend par « roman national », c’est la capacité à mettre en récit (mais un seul de ces imbéciles est-il capable de « raconter » l’Histoire de façon à ce que les gosses se sentent concernés ?) les faits significatifs. Au primaire, c’est un moyen de glisser doucement du merveilleux des contes au factuel de l’Histoire — en gardant la rhétorique du conte, dans un premier temps. C’est juste une question de subtilité et de talent dans l’expression — deux qualités dont nos intellocrates sont abondamment dépourvus.

L’Histoire n’est pas celle de Bossuet, qui dans le Discours de l’Histoire universelle (1681) nous refaisait en boucle le coup d’Adam et Eve : pour les croyants le temps n’existe pas, et la notion même de progrès était encore dans les cartons. Mon Histoire est celle fondée définitivement par Voltaire (mince, encore lui ! Lui encore ! Lui partout !) avec les Nouvelles considérations sur l’Histoire (1744), Le Siècle de Louis XIV (1751) et surtout l’Essai sur les mœurs (1756), qui tente de dire les peuples en profondeur. Tout se joue dans cette jonction compliquée, cette crise de la conscience européenne, comme disait Hazard, qui a duré une quarantaine d’années à la fin du règne du Roi-Soleil. Voltaire a engendré Michelet, qui a engendré tous les autres. Que sont, à côté de ces géants, Laurence de cock ou François Durpaire ? Durpaire, par exemple, a prédit en 2014 « la fin de l’école » — alors que si je croyais à l’application des consignes de M’dam’ Najat, la date effective de l’apocalypse serait septembre 2016. Mais Durpaire, tout agrégé d’Histoire qu’il soit, est d ‘abord docteur es sciences de l’éducation, ce qui le disqualifie pour tenir tout discours cohérent sur l’École.

Les Français ont avec l’Histoire une relation passionnée, mais pas toujours raisonnable. Loràn Deutsch ne fait pas de l’Histoire, mais ils lui ont fait un triomphe — les mêmes sans doute qui auraient voté pour la peine de mort (sauf celle du roi, qui chagrine encore notre spécialiste du métro…). Quant à Max Gallo, il fait au mieux de la vulgarisation — du latin vulgus, le peuple dans ce qu’il a de plus bas.
Mais Pierre Nora a fait de l’Histoire, tout comme Jean-Pierre Azéma qui devrait lui donner un coup de main pour détricoter l’œuvre au noir des pédagos. C’est sans doute ce qui chagrine les zhistoriens convoqués par Michel Lussault, l’homme qui pense qu’en coupant les têtes des héritiers on fait la courte échelle aux déshérités : sans doute auraient-ils, les uns et les autres, voté pour le maintien de la veuve à Deibler.

Allez, rassurons-nous : cette réforme n’arrivera jamais en phase d’exécution. Les commissions qui se mettent en place sur l’Histoire et le latin-grec doivent rendre leur copies en octobre. Les éditeurs n’auront donc pas le temps de fabriquer des manuels conformes aux nouveaux programmes, et rien ne dit que les Conseils généraux, s’ils paraissaient, choisiraient d’investir dans des livres fabriqués à la va-vite que les profs récuseraient majoritairement. M’dam’ Najat aurait dû se renseigner avant : le mammouth est un animal qui se déplace lentement — d’aucuns le prétendent même enlisé dans les glaces. Mais bon, elle ne peut pas à la fois être ministre de l’Éducation et connaître l’École.

*Photo : wikicommons.

Le Monde : jeu de massacre à la Foire du trône!

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monde fenoglio van koste

monde fenoglio van koste

La dernière péripétie du feuilleton narrant les luttes de pouvoir pour l’accession à la direction du quotidien Le Monde a donné lieu à un rebondissement inattendu, du moins par ceux ne connaissant pas l’infinie jouissance des membres de cette collectivité à se vautrer dans le ridicule dramatisé. Pour résumer : Gilles Van Kote avait été nommé, par les actionnaires, directeur par intérim du Monde en mai 2014, à la suite du départ de Natalie Nougayrède, démissionnaire à la suite d’un conflit avec les actionnaires. Il s’agissait donc de mettre fin à cette situation provisoire, et d’engager la procédure de succession. Depuis la prise de contrôle, en 2010, du groupe Le Monde par le trio d’actionnaires composé de Pierre Bergé, Xavier Niel et Mathieu Pigasse, dit BNP, la désignation du directeur du vaisseau amiral se passe de la manière suivante : les candidats à ce poste se font connaître des actionnaires, qui auditionnent les postulants « sérieux ». Ensuite, le trio BNP effectue un choix, et la personne sélectionnée doit être adoubée par une majorité de 60% des membres de la Société des rédacteurs (SRM). Les actionnaires ne sont pas astreints à se limiter aux candidats déclarés et entendus. Si aucun d’entre eux ne leur plaît, ils peuvent solliciter un autre postulant et le présenter aux suffrages des journalistes. Gilles Van Kote, sortant, souhaitait rempiler, et deux hiérarques du journal, Jean Birnbaum, patron du Monde des Livres, et Christophe Ayad, chef du service international, s’étaient également portés candidats.

Aucun des trois n’a trouvé grâce aux yeux des actionnaires, qui ont alors choisi de présenter le numéro deux de la rédaction Jérôme Fenoglio à la ratification par la SRM. L’affaire semblait pliée : Fenoglio est un « ancien » de la maison, où il a effectué toute sa carrière, depuis son embauche en 1991 comme rédacteur au service des sports. Son passage à la direction de la rédaction n’avait pas jusque-là suscité de révoltes internes, à la différence de ce qui s’était produit pour Natalie Nougayrède, sèchement débarquée en 2013 après s’être mis à dos une bonne partie de ses anciens collègues. Dans une atmosphère de bas Empire romain, une alliance des « gauchistes » du journal, furieux de se voir imposer leur patron par « le capital », et des ambitieux frustrés de ne pouvoir ajouter une plume, même défraîchie, à leur chapeau, a fait trébucher, de justesse, Jérôme Fenoglio sur les marches menant au Capitole : il n’a obtenu que 55% des voix. L’affaire est d’autant plus burlesque que le poste de directeur du Monde a été vidé de la presque totalité de sa substance, et de son prestige, depuis la prise de contrôle de l’entreprise par le trio BNP : le vrai pouvoir managérial est confié à leur homme de confiance, Louis Dreyfus, qui préside le directoire et n’hésite pas à intervenir dans les choix décisifs, comme les nominations au sein de la rédaction et les embauches…

Le directeur n’est plus qu’un super rédacteur en chef, dont les vrais patrons attendent qu’il se limite à des tâches de représentation extérieure, voletant de plateaux de télévision en studios de radio pour incarner le mieux possible la marque Le Monde, à l’image d’un Christophe Barbier pour L’Express, ou d’un Laurent Joffrin pour Libération. Pour n’avoir pas voulu jouer cette partition, et s’être crue l’héritière légitime des Beuve-Méry, Jacques Fauvet ou André Fontaine, Natalie Nougayrède  est passée à la trappe. Il semble bien que l’on soit arrivé tout près de l’épilogue de cette longue histoire dont on vient de fêter les 70 ans, celle d’un journal qui voulait défier les lois du capital comme Icare prétendait se défaire de celles de la pesanteur. On voit mal en effet le peuple des lecteurs se lever en masse pour défendre la rédaction d’un quotidien dont seuls ceux qui l’écrivent (et encore pas tous) croient qu’il est  encore le Graal du journalisme mondial.

Jadis, Robert Hersant, dit le papivore, avait décrit, avec le style qui lui est propre, sa manière de procéder avec les rédactions des organes de presse dont il prenait le contrôle : « À la première réunion du comité éditorial, je demande la permission d’aller pisser. À la seconde, j’y vais sans demander. À la troisième je leur pisse à la raie ! ». Au Figaro, à la fin des années soixante-dix du siècle dernier, cette méthode lui permit de se débarrasser élégamment de Raymond Aron, Claude Mauriac et Jean d’Ormesson, des pointures d’une autre dimension que les actuelles « vedettes » du quotidien vespéral. La méthode BNP est peut-être moins vulgaire dans son expression, mais non moins efficace. Ils veulent faire plier la rédaction à leur volonté, et les incitent, désormais, à corriger leur vote comme de vulgaires Irlandais en intronisant Fenoglio. Leurs arguments, implicites, sont sans appel : les capitalistes, mêmes les plus bienveillants, détestent perdre de l’argent sans avoir leur mot à dire. Ils viennent de remettre 150 millions d’euros au pot pour financer la mutation numérique du journal et l’édification du nouveau siège des publications du groupe dans le quartier de la gare d’Austerlitz.

Chacun des actionnaires a ses motivations pour  prendre des risques financiers dans le groupe Le Monde : stratégie d’influence pour le banquier « de gauche » Mathieu Pigasse, ajouter une « marque » à son empire numérique pour Xavier Niel, Pierre Bergé étant le seul, en raison de son âge et de sa semi-retraite du monde des affaires à se soucier des contenus publiés… Les états d’âmes de salariés se prenant pour les arbitres des élégances éthiques et idéologiques commencent à les énerver grave ! Fenoglio, pris entre le marteau et l’enclume, s’est empressé de faire savoir qu’il refusait d’être le candidat et a fortiori le directeur d’un journal issu d’un coup de force des actionnaires. Mais, avec ou sans Fenoglio, la SRM va être, sans tarder, mise en demeure de souscrire à un modèle de gouvernance qui leur convienne.  Et comme il fait froid, dehors, pour les journalistes en CDI, la réponse ne fait pas de doute…

*Photo : LIONEL URMAN/SIPA. 00701325_000001.

Chagrin d’amour ne dure qu’un jour

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olivier bardolle chagrin amour

olivier bardolle chagrin amour

« Le plus beau compliment que je puisse faire à une femme est de lui dire : je suis aussi bien avec toi que si j’étais tout seul. » Le propos est de Jean Yanne. Des perles de cet acabit, Olivier Bardolle en a collecté des dizaines. Son dernier livre, Le Cynisme comme remède au chagrin d’amour, est un vrai régal.

Ce petit volume a le format et la concision d’un manuel, c’est-à-dire d’un ouvrage qu’on peut garder à portée de main pour y picorer à toute heure. Dans un premier temps, il nous fait partager ses observations et ses réflexions en matière d’amour. Ensuite, le plaisir se prolonge par une divagation dans l’histoire de la littérature et des bons mots.[access capability= »lire_inedits »] Il en résulte un florilège qui constitue la seconde partie du livre. Ce sont autant d’aphorismes étincelants et inattendus qui enrichissent le propos de l’essayiste. On peut dire que, tel le chercheur de champignons, Olivier Bardolle connaît d’excellents coins et qu’il y a ramassé pour nous de quoi faire une bonne petite omelette.

Le cynisme dont il est question n’a évidemment rien à voir avec cette insensibilité que désigne l’acception triviale du terme. Il s’agit plutôt, conformément à la tradition antique, d’un refus des bons sentiments et des hypocrisies ordinaires. De ce point de vue-là, l’amour, le sexe et les chagrins qui en découlent sont un vrai sac de nœuds. Olivier Bardolle a consciencieusement étudié le sujet.

On le sent, l’auteur a une affection particulière pour les humains de sexe masculin. Il faut dire qu’ils ne sont pas toujours très brillants de nos jours. Tantôt baladés par leur désir, tantôt à la recherche d’une maman providentielle, les hommes courent d’illusions en désillusions. Il vaudrait mieux, tout de même, qu’ils soient un peu « avertis ». Ils tireraient profit à anticiper le risque d’être « assez souvent faits comme des rats, à cause d’une histoire de sexe qui a mal tourné ». Ils devraient savoir que « les tribunaux sont encombrés d’histoires d’amour qui ont viré à l’aigre et se terminent sordidement à la calculette ». En cynique qui se respecte, l’auteur mobilise des métaphores canines : « Comme des chiens perdus qui cherchent un maître, le mariage répond à leurs attentes. Et le divorce, quelques années plus tard, les laisse désemparés, comme des chiens abandonnés. » Malheureusement, ils ne disposent d’aucune théorie renforçatrice pouvant se mesurer au féminisme. Les pauvrets ne font que subir passivement l’érosion de leur ancienne position dominante. Ils sont nombreux à être en plein flottement, voire tout à fait mous et défaits. Olivier Bardolle aimerait les aider à reprendre un peu du poil de la bête.

Pour dépasser cet état de servitude et d’impréparation, il a des idées, d’ailleurs valables pour les deux sexes. Tout d’abord, il convient de « toujours garder à l’esprit que l’être humain est mû par le désir et que, sans lui, il s’effondre, s’étiole, dépérit et meurt sans avoir vécu ». « Et puis la séduction […] vous incite, en tant qu’esthétique comportementale, à être au sommet de vous-même et de votre vitalité. »

Le désir étant préservé, il convient de s’efforcer à plus de lucidité et à davantage de liberté. La direction est, au fond, assez simple. Mais le cheminement ne peut être authentique que s’il est personnel. C’est pourquoi Olivier Bardolle ne nous accable pas de conseils. Il préfère nous faire partager son goût de vivre et nous insuffler du courage et de la fermeté.

Arrivé au terme de l’ouvrage, je me suis dit qu’il avait été écrit spécialement pour un cas comme le mien. Beaucoup d’autres que moi se feront la même remarque. Ce livre rend léger.[/access]

Le Cynisme comme remède aux chagrins d’amour, Olivier Bardolle, L’Éditeur.

Le cynisme comme remède au chagrin d'amour

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