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Le PS compte ses motions… et ses moutons

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Cambadélis vote motions Parti socialiste

(Avec AFP) – Les militants socialistes votent aujourd’hui sur la ligne de leur parti, choisissant entre quatre textes programmatiques avant le congrès du PS à Poitiers, en juin, un vote censé définir l’attitude du Parti vis-à-vis de l’exécutif d’ici à 2017.

Une prudente expectative domine chez les responsables socialistes quant à la participation, plusieurs ténors se gardant d’avancer tout pronostic. Car ce scrutin révèlera aussi, et peut-être surtout, le véritable effectif des forces militantes qui n’ont pas encore déserté…

131 000 militants « actifs », selon les chiffres de la rue de Solférino, sont invités à voter dans les 3 200 sections du parti entre 17 et 22h, mais les résultats définitifs ne seront connus que vendredi en fin d’après-midi. De premières tendances pourraient toutefois émerger dans la nuit de jeudi à vendredi, indique-t-on au siège du PS.

« 80 000 militants, ce sera satisfaisant, si on est à 70 000, ça sera raisonnable. En dessous, ça risque d’être vraiment embêtant », commente sans illusion un responsable socialiste.

Quatre « motions » (textes d’orientation politique) sont en lice. Les militants socialistes devront départager le 28 mai les premiers signataires des deux arrivées en tête : le vainqueur sera le premier secrétaire.

Jean-Christophe Cambadélis, désigné à la tête du parti uniquement par son Conseil national – ou « parlement » – au moment de l’exfiltration d’Harlem Désir vers le gouvernement, rêve cette fois-ci d’obtenir l’approbation des militants.

Toujours soucieux de convergence et de rassemblement dans un parti tiraillé sur son attitude à l’égard du gouvernement, le premier secrétaire est parvenu à obtenir le soutien de la quasi-totalité des ministres, le premier d’entre eux Manuel Valls inclus, ainsi que de Martine Aubry, l’ancienne numéro un du parti, qui fut pourtant souvent critique vis-à-vis du gouvernement depuis 2012. La maire de Lille s’est cependant montrée bien discrète lors de cette campagne pour les motions.

Fort de ces soutiens, Jean-Christophe Cambadélis ambitionne d’arriver en tête. « On espère entre 50 et 55% (des votes). Rien n’est acquis. », déclare, très prudent, ce même responsable socialiste. 50,1% serait satisfaisant, a assuré le premier secrétaire.

Dans un entretien au Parisien, le député de Paris souhaite que le PS aille « vers un parti de masse » et déplore « l’entre-soi ». « Il faut que les militants socialistes se tournent vers les Français et arrêtent de se regarder le nombril ».

Les trois autres motions espèrent réunir plus de 50% à elles trois, ce qui porterait un méchant coup à la crédibilité et à l’audience de la motion A.

La motion B, menée par le député Christian Paul, est soutenue par la gauche du parti et les « frondeurs », qui ont donné de la voix pour une orientation plus antilibérale de la politique de l’exécutif.

« Je ne fais aucun pronostic chiffré ni de participation ni de résultats. Il y a trois mois, on nous disait que c’était un congrès écrit d’avance, que tout était joué et aujourd’hui, c’est exactement le contraire », a déclaré Christian Paul à l’AFP.

Chaque camp reconnaît en privé que, sauf surprise de taille, la motion B arrivera deuxième.

« Si nous n’avions pas été là, le congrès du PS aurait été un moment d’intense tristesse. Nous avons réveillé le PS », a-t-il cru bon d’ajouter, d’avance bon perdant.

Contestant le fait que l’actuelle majorité PS ne soit pas assez à gauche, Bruno le Roux, chef de file des députés socialistes, a plaidé jeudi : « La gauche, c’est notre ADN. Pas besoin de voter pour une motion dite frondeuse pour que le centre du PS soit vraiment à gauche : il l’est avec Jean-Christophe Cambadélis ».

Se voulant la « troisième voie », la motion D menée par la députée Karine Berger, soutient le gouvernement tout en voulant se démarquer à la fois des textes A et B. Elle souhaite une réorganisation complète du parti.

« On est tous très prudents parce que l’on sait que certains militants ont pu partir sur la pointe des pieds. C’est quelque chose qui se concrétisera ou pas dans les jours qui viennent, dans le vote. On espère que le parti est beaucoup plus mobilisé que beaucoup ne le craignent », développe la députée des Hautes-Alpes.

« Ils vont fédérer le ni-ni, mais c’est tout. Cela ne peut faire plus de 10-12% », envisage une personnalité de la motion A.

Enfin Florence Augier, première signataire de la motion C, veut défendre « les militants de terrain » et s’inquiète d’une « forte défiance vis-à-vis du parti ». Dans une tribune publiée par Libération, ses signataires se disent « riches parfois d’une double ou d’une triple culture » mais « obligés de mettre le pétard sur la tempe des instances du parti pour avoir la diversité ».

Plus clairement encore, ils affirment : « Le PS continue à avoir du mal avec ses Arabes et ses Noirs, ses militants en situation de handicap, mais aussi parfois avec les femmes ! » Sans doute inspirés par Robert Ménard, ils font dans la foulée le décompte précis des postes occupés par des femmes ou des personnes issues de « toutes les diversités »…

Le poids obtenu par chaque motion déterminera la place de leurs représentants dans les instances dirigeantes (Bureau national, Conseil national) et dans les fédérations, une répartition qui donne lieu généralement à de savantes tractations à l’approche du congrès. Et qui convaincra, ou non, certains adhérents de ne pas rejoindre la cohorte des déçus du PS.

*Photo : © AFP/Archives Pascal Guyot

Voter PS, plus jamais ça!

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hollande maastricht mitterrand seguin

Longtemps, j’ai pensé que s’il n’en restait qu’un, je serais celui-là : l’électeur communiste qui voit son candidat éliminé au premier tour et qui vote socialiste au second. Cela s’appelait la discipline républicaine. Autant l’avouer d’emblée : pour moi, la discipline, c’est fini. En 2017, quel que soit le cas de figure, au second tour de l’élection présidentielle, je ne voterai pas socialiste – en supposant que ce soit possible, ce qui n’est pas fait.

La discipline républicaine, c’était réciproque. L’électeur socialiste votait pour le candidat communiste si celui-ci s’était qualifié face à la droite. Si, si, ça arrivait, d’accord, pas à la présidentielle, mais aux législatives. Certains mauvais esprits remarquaient que si les reports de voix communistes se faisaient très bien, il y avait souvent du coulage dans les reports socialistes. N’empêche, ça n’a pas si mal marché dans les années qui ont suivi la signature du Programme commun, en 1972, qui avait été comme une tentative d’oublier la blessure originelle du congrès de Tours, en 1920, quand la grande famille se divisa entre communistes et socialistes.[access capability= »lire_inedits »] Même après le coup de chaud de 1977, quand la brouille entre Mitterrand, Marchais et Fabre (on rappellera pour les plus jeunes qu’il dirigeait les radicaux de gauche) fit rater de peu à la gauche les législatives de 1978, l’alliance de fait perdura et permit la victoire de 1981, avec l’élection de Mitterrand.

La vie était simple alors : la Cinquième République était idéologiquement bipolaire et politiquement quadripartite : à gauche, le PS et le PCF ; à droite, le RPR et l’UDF. On se bagarrait férocement dans chaque camp, mais la plupart du temps on serrait les coudes face à l’ennemi – bon, sur ce point, Giscard aurait peut-être des réserves. Bien sûr, chez les communistes, on s’est toujours un peu méfié des socialistes. Pas jusqu’à dire, comme Lénine, qu’il fallait les pendre en premier, mais il y avait de mauvais souvenirs. Comme Jules Moch, ministre de l’Intérieur socialiste qui avait fait tirer sur les mineurs grévistes en 1947, ou Guy Mollet, l’homme qui envoya le contingent en Algérie et s’embarqua dans la désastreuse expédition de Suez. Tout ça, c’était du passé. En 1981, seuls les vieux cocos, qui n’avaient pas oublié le temps où Mitterrand officiait Place Beauvau et dirigeait la répression du FLN, n’explosèrent pas de joie à la nouvelle de sa victoire.

Pour ma part, je votais socialiste sans me poser de question, parce que, les socialistes, c’était tout de même la gauche. Et puis, les socialistes français n’avaient pas fait leur Bad-Godesberg social-démocrate et encore moins leur mue sociale-libérale. On entendait encore vaguement les échos du congrès d’Epinay de 1971, qui fut en somme Le Bourget de Mitterrand : « Celui qui n’accepte pas la rupture avec la société capitaliste, celui-là, je le dis, n’a pas sa place au Parti socialiste. » En réalité, la seule rupture qu’opérèrent les socialistes fut, en 1983, leur ralliement, ou plutôt leur reddition, au marché-roi et à ce qu’on n’appelait pas encore la mondialisation.

Je commençais alors à m’intéresser de près à la politique, un genre de virus familial. D’ailleurs, la première fois que j’ai voté, c’était aux municipales de 1983, et c’était pour ma mère. Elle figurait sur la liste sortante d’Union de la gauche à direction communiste qui emporta encore la mairie ce coup-là. Je sentais vaguement qu’il y avait de l’eau dans le gaz, qu’entre les socialistes et nous, c’était plus qu’une différence de méthode, que nous ne voulions plus vraiment la même chose. Pourtant, j’étais plein d’espoir – naïf, disaient les camarades. La gauche au pouvoir décevait, mais c’était encore la gauche, et la droite, la droite.

Je me souviens des affiches pour les législatives de 1986 qui représentaient un loup de dessin animé avec comme légende : « Au secours, la droite revient ! » Et puis, au premier tour de la présidentielle de 1988, alors que je faisais mon service militaire à Coëtquidan, je suis rentré voter André Lajoinie, fidèle au PCF, négligeant la dissidence plutôt sympathique au demeurant de Pierre Juquin. Je m’apprêtais sans enthousiasme à voter pour Mitterrand au second tour contre Chirac. La trouille, certainement exagérée, transforma la résignation en soulagement quand Mitterrand gagna largement. Il faut dire qu’au premier tour Le Pen avait fait plus de 14 %, déjà…

Mais, en vrai, le danger facho ne faisait pas encore office de ciment. Pour la bonne raison que la droite classique faisait peur, et me faisait peur. D’accord, on jouait déjà à se faire peur, Chirac en facho, c’était très exagéré quand on y pense. En attendant, on y croyait un peu, et ça explique en partie que l’Union de la gauche ait perduré, au moins dans les urnes : ce n’était plus la belle discipline républicaine qui guidait mon vote, mais la recherche du moindre mal.

En ce qui me concerne, la guerre des gauches a vraiment commencé avec le référendum sur Maastricht, en 1992. Le fameux débat entre Mitterrand et Séguin m’a révélé que je pouvais me sentir infiniment plus proche d’un député gaulliste que d’un président socialiste. Pour moi, le clivage droite-gauche est mort ce soir-là, comme pour une grande partie de la droite, qui préférait, elle, le président socialiste. Mon trouble ne s’est pas arrangé quand Robert Hue est arrivé à la tête du parti, avec dans ses valises l’excellent Beigbeder (Frédéric) en communiquant. J’ai beau bien aimer Beigbeder, ça ne le faisait pas. Aux élections européennes de 1994, pour la première fois de ma vie, je n’ai pas voté communiste mais Chevènement. Et je l’ai suivi jusqu’en 2002. Un mal pour un bien, cette infidélité au PCF m’a permis de rencontrer Élisabeth Lévy, qui s’agitait pour rallier intellectuels et écrivains à la cause du « Che ». Cette belle aventure terminée, beaucoup ont tourné le dos à la politique active, moi, je suis rentré au bercail.

Je trouve que j’ai fait preuve d’une patience infinie vis-à-vis du PS. J’ai même voté Hollande au second tour de 2012, c’est dire. Encore une fois par trouille. Reprendre du sarkozysme pour cinq ans, c’était au-dessus de mes forces. Si je n’avais aucune illusion sur la politique économique, sur la sécurité ou l’immigration, je pouvais au moins espérer des discours moins vindicatifs et démagogiques. J’ai vite déchanté. La finance est toujours une amie, la soumission à Bruxelles et à l’Allemagne a pris des proportions humiliantes, Rebsamen veut fliquer les chômeurs et Macron tuer le code du travail.

Alors c’est décidé. Un second tour Marine Le Pen-Hollande ? Vote blanc. Un second tour Marine Le Pen-Sarkozy ? Vote blanc. Il n’y a guère qu’un second tour Marine Le Pen-Juppé où j’irais peut-être voter Juppé. Pas pour faire « barrage » au FN, mais parce qu’il est normalien, qu’il a lu des romans et qu’il aime le vin. C’est vous dire où j’en suis rendu. À tout prendre, j’opte pour l’indiscipline républicaine.[/access]

*Photo : ALFRED/SIPA. 00636429_000003.

Le FC Sochaux sous (petit) pavillon chinois

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sochaux psa ledus hongkong

Il se dit que la première décision de Ledus, le repreneur hong-kongais du FC Sochaux-Montbéliard, sera de refaire tout l’éclairage du Stade Bonal. Du haut de ma tribune, je peux témoigner aux lecteurs de Causeur qu’il y a eu ces dernières années quelques petits problèmes avec la qualité de la pelouse, davantage encore avec l’équipe alignée, mais pas du tout avec l’éclairage. On y voyait très bien le match, et pas toujours pour le meilleur spectacle qui soit. Cette anecdote révèle très bien l’inquiétude des supporteurs du plus vieux club professionnel français. Comme nous le déplorions il y a près d’un an, PSA a mis en vente le club de football que Jean-Pierre Peugeot avait créé il y a plus de quatre-vingts ans. L’immense majorité du peuple de Bonal est inquiète et il y a vraiment de quoi. Parce que l’entreprise Ledus, qui commercialise des ampoules LED, lesquelles éclaireront les soirées prochaines à Bonal, n’a rien d’un empire. Les JT de 20h de ce mardi soir qui annonçaient « Sochaux sous pavillon chinois », comme si le FC Sochaux était aujourd’hui le fer de lance d’un de ces dragons de la nouvelle économie mondiale et gagnante, passent à côté de l’essentiel. Cette entreprise de Hong-Kong, domiciliée aux îles Caïmans, n’a rien d’un géant. Son chiffre d’affaires est dérisoire. Ledus compte sur le FCSM pour gagner des parts de marché dans le secteur des ampoules LED en Europe. Ledus sera certainement sponsor maillot et un lion à  tête d’ampoule viendra peut-être prendre place sur le blason du club.

Ce qui ne laisse pas d’inquiéter, ce sont les conditions de cette reprise, et le fait que d’autres solutions ont été dédaignées par PSA, certainement à son plus haut niveau. Un projet mené par un partenaire local, le cabinet Kipo, associé à un investisseur anglais, donnait des garanties plus en phase avec l’attente des supporteurs, d’une part parce que les initiateurs étaient de véritables amoureux du club et qu’ils connaissaient le football, ce qui est loin d’être le cas de l’honorable Monsieur Li, qu’on a vu interviewé à Stade 2 l’autre soir. Qui a mis en relation PSA avec Ledus ? Tout s’est joué à Mulhouse où sont localisés Thomas Lichtenauer, le représentant de l’entreprise hong-kongaise en Europe, Mounir Jawhar, un ancien agent de joueurs ainsi qu’un ancien dirigeant du Racing Club de Strasbourg qui a joué un rôle non négligeable dans la descente aux enfers du club strasbourgeois. D’après nos sources, Jawhar se verrait bien responsable du recrutement sochalien, au point que l’actuel titulaire du poste, qui intéresse l’AS Saint-Etienne, verrait de très mauvais œil l’arrivée d’un tel personnage. On parle aussi d’un avocat suisse dont la réputation n’est guère plus engageante que les deux premiers. Bref, si l’entreprise Ledus doit être jugée sur le choix de ses interlocuteurs, tout ne commence pas sous les meilleurs auspices.

Mais si une petite boîte hong-kongaise, néophyte du monde du football européen, peut éventuellement être la proie d’intermédiaires douteux, qu’en est-il d’une entreprise à dimension internationale comme PSA ? PSA qui connaît le terrain, et dont les dirigeants actuels du club ont certainement pensé que le profil des intermédiaires laissait augurer un gros risque sur la survie du FC Sochaux ? Quand on connaît le destin du FC Grenoble, ou celui que vivent le RC Lens ou le Havre AC actuellement, on ne choisit pas ses interlocuteurs grâce à des amitiés de discothèque haut-rhinoise. Surtout quand un autre repreneur doté d’une surface financière au moins équivalente propose une alternative plus en phase avec la culture et les couleurs locales. Pourquoi se débarrasser du FCSM dans de telles conditions ? On murmure que Peugeot et Citroën pourraient bénéficier d’un prix intéressant sur les ampoules LED, ce qu’a nié Denis Worbe, l’homme que Carlos Tavarès, président du directoire de PSA, a chargé de vendre le club aux 66 saisons de Ligue 1. Pour ma part, j’y vois une autre intention. Et si Tavarès, en privilégiant une entreprise inconnue au bataillon grâce à des intermédiaires douteux, avait décidé de montrer tout son mépris aux habitants du Pays de Montbéliard, siège de sa  plus grande usine ? Et si, ce patron mondialisé aux méthodes expéditives avait souhaité, en procédant de la sorte, envoyer un message en guise d’avertissement : « Regardez-bien comme j’ai balancé votre club au premier venu. Votre situation est tout aussi précaire » ? Le cynisme de Carlos Tavarès qui était à deux doigts de signer l’arrêt de mort du FCSM il y a onze mois, et n’avait eu aucune pitié pour le site ouvrier d’Aulnay, a été forgé aux côtés de son alter-ego de Renault Carlos Ghosn, grand délocalisateur de son état. Nous ne serions pas étonnés que cette vente à un nain de l’ampoule LED d’un fleuron historique du football français n’ait d’autre motivation que d’intimider une région ayant déjà beaucoup souffert.

*Photo : QUILLERET JEAN/SIPA. 00558462_000008.

Ombres chinoises sur la Cinémathèque

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La Cinémathèque française a récemment projeté Une petite culotte pour l’été, le célèbre film détourné par René Viénet en 1974, deux ans après, La Dialectique peut-elle casser des briques ? L’une des séquences porno-hard insérées subrepticement lors du sous-titrage a particulièrement retenu l’attention des spectateurs et la mienne.

Cette scène de pénétration banale, filmée en gros plan, se révèle être un gag amusant et en tous cas inédit : sous les fesses de la jolie jeune femme, le spectateur discerne le dos d’un livre de poche utilisé comme coussin, dont les assauts répétés du beau jeune homme font peu à peu apparaitre le titre :  Révo. cul. dans la Chine pop.

Ce titre était de René Viénet, le fondateur et directeur de la collection «Bibliothèque asiatique» aux Editions Champ libre, tout comme la quatrième de couverture et la préface (dans un style et sur un ton inimitables dont j’ai dû me faire expliquer beaucoup de finesses).

Le livre, qu’on trouve encore d’occasion quelquefois, est une anthologie de textes qui venaient de sortir de Chine à HongKong, en particulier des extraits de la presse des gardes rouges. Très sérieux et fondamental pour la connaissance de la Chine, il fut donc lancé de manière humoristique et efficace grâce à ce gag mémorable.

Le maître d’œuvre de ce remarquable travail académique était Chan HingHo 「陳慶浩」, le réputé spécialiste du HongLouMeng 「紅樓夢」( Le Rêve dans le pavillon rouge, ce grand classique de la littérature chinoise ) et le prolifique auteur et éditeur d’ouvrages savants, y compris une anthologie de la littérature érotique chinoise, et une autres de la littérature en langue chinoise publiée en Corée, etc.

Chan venant d’être recruté par le CNRS, son nom ne pouvait figurer sur la couverture, sinon il risquait d’en être mis à la porte comme venait de l’être René Viénet pour avoir publié Les Habits neufs du Président Mao (de Pierre Ryckmans, alias Simon Leys, lui même refusé comme maître de conférences par l’Université Paris 7, à la suite d’une cabale de chrétiens-maoistes désormais oubliés, tels Jean-Luc Domenach et Léon Vandermeersch). Chan avait réuni une petite dizaine de jeunes traducteurs débutants, tous également dissimulés sous des pseudonymes, et il les aida à comprendre ces textes et leur contexte.

Le livre fut un assez gros succès, parallèlement au second best-seller de Simon Leys, Ombres chinoises, également publié, sous l’enseigne de la «Bibliothèque asiatique», par 10/18. Ces deux titres venaient d’être rejetés par les Editions Champ libre au stade des épreuves mises-en-pages.

J’ai appris tout cela en rencontrant – pour les photographier – Chan, Viénet, mais aussi Pierre Boncenne qui vient de consacrer deux ouvrages fort intéressants à son ami Simon Leys, sur lesquels je reviendrai.

J’ai également mis à profit les travaux de deux étudiantes de Nicole Brenez, professeur d’histoire du cinéma qui est à l’origine de la Rétrospective Viénet à la Cinémathèque : Ghislaine Villetard qui a patiemment corrélé les paroles du doublage de La Dialectique … effectués par le Café de la Gare avec les sous-titres détournés originaux (conclusion : il n’y a pas de divergences notables et les comédiens ont dû bien s’amuser) ; Mathilde Ujeda qui a consacré son épais mémoire de Master à l’École du Louvre aux quatre films de René Viénet et a signé un travail, plein de détails peu connus, qui mériterait d’être édité,

Le film qui sera projeté à la Cinémathèque (métro Bercy) le 22 mai Chinois, encore un effort pour être révolutionnaires aurait du s’appeler Révo. cul. dans la Chine pop. : Comme bien souvent les meilleurs titres, celui-ci préexistait à l’œuvre ; et Viénet pensait l’utiliser pour le film qui n’avait pas encore de producteur et dont la réalisation était incertaine, alors que l’anthologie, elle, était prête à être publiée.

Pour présenter ce film et faire (avec enthousiasme) de la retape pour la projection du 22 mai, je me retrancherai derrière le jugement émis par un très célèbre critique de cinéma, (il était lors le doyen de la profession). Georges Charensol, au cours, d’une émission Le Masque & la plume, dont il était un des animateurs. L’enregistrement est disponible sur le site de l’INA. Pour Charensol, “c’est la première fois que le cinéma a fait oeuvre d’historien – et d’historien sérieux. […] Jamais nous n’avions vu autant de documents authentiques et inédits. […] Et c’est un film marrant !”

Je viens d’assister à une projection préparatoire à la Cinémathèque pour vérifier l’état (hélas pas bon, les couleurs ont viré : le CNC devrait offrir un nouveau tirage et une bonne numérisation) de la copie avant la projection du 22 mai. Ce documentaire est surprenant, amusant sur des sujets graves, terriblement efficace dans sa démonstration. C’est sans doute le film qui explique le plus clairement ce que fut la révo.cul. On comprend que ce film-culte soit devenu un classique.

Du coup, je me permets de donner quelques détails sur le document ajouté en fin de montage, et lu par Thierry Lévy :

René Viénet et ses complices avaient traduit en 1976 le long DaZiBao「大字報」 (affiche en gros caractères) contestataire de Li ZhengTian「李正天」 , Chen YiYang「陳一陽」 , Wang XiZhe「王一哲」 : Li YiZhe, Chinois, si vous saviez … À propos de la démocratie et de la légalité sous le socialisme 「論社會主義的民主與法制」.

Le jour même de la mort de Mao, en septembre 1976, Antenne 2, programma le court-métrage de Viénet Mao par lui-même. Après la projection de ce documentaire, il y eut un débat avec des mondains divers. L’une des participantes, en colère car elle ne savait par quel bout prendre le film  (Mao parlant à la première personne, difficilement contestable par une maoïste) et son auteur (connu pour son anti-maoïsme) apostropha Viénet : « Je vous mets au défi de me citer le nom d’un seul prisonnier politique en Chine».

Francis Deron qui était à la régie, auprès de techniciens complices et amicaux, glissa alors sous la caméra  la couverture de Chinois si-vous saviez …, dont les auteurs étaient en prison pour avoir critiqué Lin Biao. Ce fut le lancement de ce samizdat en Occident qui devint lui aussi un best-seller, ce qui contribua à la notoriété (et donc à la sécurité) des auteurs. Quelques années après, ils seront libérés de prison par Xi ZhongXun「習仲勳」, le père de l’actuel président de République Xi JinPing「習近平」.

Photographe, j’ai demandé qu’on me confie des images. Malheureusement je n’ai pu avoir un extrait de la séquence où l’on découvre Révo.cul. dans la Chine pop. sous les fesses de la belle jeune femme. Je livre donc dans l’ordre :

* l’affiche du film,

chinois encore un effort

* une photo de Viénet avant la sortie de ses deux films sur la Chine au Festival de Cannes 1977, où il discute à la porte des usines Renault à Billancourt, probablement en mai 1968, [Merci à Maurice Imbert de me l’avoir signalée],

renet vienet rts

* La photo, par Francis Deron, devenu journaliste à l’AFP, des auteurs de Chinois si vous saviez … , à leur sortie de prison en 1979,

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*  La photo de Viénet avec Li ZhengTian le 14 juillet 2014 à Canton, de chaque coté d’une calligraphie qu’il lui a dédicacée 「民主法治」 « Loi & Démocratie».

renet vienet chan

Ces deux-là ont certainement été heureux de se retrouver quarante ans après le DaZiBao. J’espère que Li ZhengTian pourra être présent à Paris lors de la prochaine projection à la Cinémathèque, pour fêter le quarantième anniversaire de sa sortie de prison.

La trahison des laïcs

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laicite eglise islam

1. Je suis farouchement laïc. En m’avançant ainsi, je m’expose sans doute aux attaques des fanatiques religieux, mais je crains plus immédiatement de subir les foudres des laïcistes. Car le mot « laïc » est un signe ostensible dans notre langue. Je n’y peux rien. Il est aussi peu neutre que le crucifix, la Vierge Marie ou même la tonsure (encore que la tonsure puisse plus facilement paraître pour une fantaisie néogothique ou post-punk).

Pour preuve, il existe un Conseil pontifical pour les laïcs (dont j’ai la grâce d’être membre malgré mon indignité), et quand vous tapez les lettres L, A, I, C, dans votre barre de recherche, même Google peut vous proposer le site laici.va, avec le dot du Vatican… C’est dire s’il faut se méfier de la laïcité. Avec un peu de cohérence, des gens intelligents comme M. Peillon ou Mme Vallaud-Belkacem ne pourront que la supprimer des écoles de leur République.

De fait, celui qui voudrait s’y attacher en ayant un tant soit peu le sens de ce que cela veut dire court fatalement le risque de découvrir qu’il est un chrétien d’Occident malgré lui, et il finira soit par se convertir comme certains, soit, comme beaucoup d’autres, par s’auto-persécuter et peut-être même par supplier les musulmans de le tirer de ce mauvais pas.

2. Le mot « laïc », qu’on le veuille ou non, est issu du vocabulaire chrétien, catholique ou orthodoxe.[access capability= »lire_inedits »] Il s’oppose au mot « clerc ». Se poser en laïc suppose l’existence en face d’un clergé reconnu, ayant sa place, assumant son rôle sacral et limitant par là le politique au domaine profane. Au reste, n’importe quel « bouffeur de curé » conscient de son écosystème ne peut que buter sur ce constat : il a besoin des curés, il doit même favoriser leur multiplication, comme tout prédateur consciencieux, sans quoi il meurt de faim. Et c’est à quoi le laïcisme – hélas ! – le condamne. Il veut détruire le bel anticléricalisme de nos pères (celui de Boccace, de Hugo, ou encore de Brassens et de Pasolini, qui exige le christianisme comme culture).

Tel est le pire ennemi de la laïcité. Au lieu d’exister comme elle relativement à un clergé, le laïcisme érige un laïcat autonome, absolu, et il arrive dès lors à la laïcité la même chose qu’à la féminité quand elle se campe non en polarité, mais en concurrence avec le sexe masculin : le laïciste se met à ressembler au pire des calotins, de même que la féministe a l’air d’un mec vraiment pas commode (associez les deux, et vous avez l’une de ces grandes prêtresses qui n’hésitent pas cependant, si c’est la seule manière d’avoir le dessus, à quitter le tableau virago pour jouer sur celui des vapeurs et de la fragilité blessée).

Le laïcisme se constitue donc en nouvelle cléricature, avec sa hiérarchie, ses mystiques, ses temples et surtout son inquisition – disons mieux : sa Charia Hebdo. Parce qu’il ne sait plus équilibrer le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel, il se croit républicain, mais il est en vérité fondamentaliste. Et c’est pourquoi l’islamisme est son rival mimétique. Certes, le laïcisme s’évertue à absorber le pouvoir spirituel dans le pouvoir temporel, alors que l’islamisme s’efforce de faire l’inverse. Mais, par là, l’un et l’autre récusent la vraie laïcité. Et ils rejettent avec elle la culture et l’histoire.

3. Le signe de ce rejet, c’est précisément qu’on ne voit même plus dans le mot « laïc » un signe ostensible. Dans Moi, moche et méchant, Vector réussit à voler la grande pyramide de Gizeh –, mais cela fait belle lurette que nous, jolis et gentils, nous faisons beaucoup mieux. Nous escamotons les cathédrales – tout en les laissant à leur place. Nous faisons taire la langue française – tout en l’employant. Ce prodige impossible aux plus grands prestidigitateurs, nous y parvenons grâce au règne universel du tourisme. Voilà le plus fort : la disparition s’opère non par la mise au secret mais par le parc d’attractions. La langue est exaltée comme moyen de communication commerciale – et c’est là son écrasement complet. La cathédrale est signalée comme une excursion cinq étoiles « à ne pas manquer » – et c’est là qu’on la rate entièrement. L’Europe devient un Europa Park pour la clientèle mondiale.

En 1942, dans sa lutte contre un fascisme bien réel, et non contre les baudruches qu’on pare aujourd’hui de ce nom pour se donner beau jeu de les pourfendre, Benedetto Croce écrivait un texte intitulé « Pourquoi nous ne pouvons pas ne pas nous dire chrétiens ». Il ne le faisait pas au nom de la foi, mais de l’histoire, car assumer l’histoire était selon lui le seul moyen de résister à l’idéologie. Ce point de vue généalogique et non théologal le conduit à cet aveu : « Dans la vie morale et dans la pensée, nous nous sentons directement les enfants du christianisme », et cela quand bien même nous serions amateurs de Sade, de Nietzsche ou de Georges Bataille, qui sans cette filiation deviendraient illisibles.

Caroline Fourest, pour prendre un exemple dans le journalisme chic, devrait en ce sens convenir qu’elle est encore chrétienne, et que, si elle ne l’était pas, elle ne pourrait pas faire l’« éloge du blasphème ». Car soit elle serait dans un monde islamique, auquel cas on la lapiderait bien vite ; soit elle serait dans un univers complètement ignorant de Dieu, auquel cas le blasphème n’aurait pas lieu d’être.

4. La perte des racines tarit la sève : ce n’est pas seulement le passé qui est perdu par le laïcisme, c’est aussi le présent. Sa croyance en la sécularisation lui interdit de sortir de ce qui est moins qu’un provincialisme : une sorte de secte parisiano-médiatique au positivisme de moins en moins positif. On y croit encore, à la loi des trois âges successifs – religieux, métaphysique puis scientifique – mais sans se rappeler qu’Auguste Comte lui-même s’était senti obligé de revenir au premier âge, en rédigeant des catéchismes, en essayant de fonder une religion de l’Humanité qui reprenait les sept sacrements de l’Église catholique, en moins transcendants toutefois, et donc en plus moralisateurs.

Pour démontrer l’inanité de cette croyance en une sécularisation inéluctable, José Casanova, sociologue des religions et professeur à l’université de Georgetown, met en exergue la seule année 1979 : l’arrivée au pouvoir de l’ayatollah Khomeiny en Iran (là où l’on redoutait avant tout la menace communiste), le renversement de la dictature somoziste au Nicaragua (à travers la théologie de la libération), la visite de Jean-Paul II en Pologne et la création consécutive de Solidarnosc… Cette année-là, la religion paraît incontestablement de retour dans la sphère publique. Mais l’a-t-elle jamais quittée ? N’y eut-il pas en 1947 cette guerre entre musulmans et hindous qui fit un million de morts sur le seul fondement religieux ? N’y eut-il pas aussi, à l’orée du xxe siècle, ce qu’on appelle le génocide arménien, mais qui est surtout une extermination systématique des chrétiens en Turquie ? Et n’y eut-il pas Auschwitz ?

On tient à rester aveugle, cependant. Dans les conflits actuels, on ne veut voir que des terroristes et des victimes. Ces dernières sont désignées par l’AFP comme des étudiants kényans, des ressortissants égyptiens ou éthiopiens, pas comme des chrétiens ni des coptes. Il faut absolument maintenir l’idée que la religion n’est qu’une affaire privée, digne du rayon « bien-être et spiritualité » de l’espace culturel E. Leclerc. Sans quoi il nous faudrait péniblement reconnaître, contre nos théories, qu’aux yeux de l’État islamique nous sommes encore une terre de chrétienté qu’il s’agit de conquérir.

5. Mais on juge un arbre à ses fruits, pas à sa sève ni à ses racines. Et, sur ce point, cela ne va pas mieux que pour les précédents. Le laïcisme ne perd pas que le passé et le présent, il perd aussi l’avenir. Bien sûr, il croit dur comme fer au futur, c’est-à-dire à l’innovation. Mais le futur n’est pas l’avenir, c’est-à-dire la suite des générations. Le futur peut même aller contre l’avenir. L’innovation s’intéresse spécialement de nos jours à empêcher les engendrements. Elle a son programme. Elle vise à la fabrication du bienheureux superman. Elle appelle donc à un moratoire sur la naissance hasardeuse et non sélective de ces petits enfants qui nous échappent par l’archaïque voie sexuelle.

Alors qu’une société ne peut se déployer qu’en promouvant des raisons de vivre et de donner la vie, la nôtre se préoccupe avant tout de développer et de légaliser les moyens de se tuer et de procurer la mort. Cela, bien sûr, au nom de la liberté individuelle – une liberté individuelle qui ne saurait pas plus s’encombrer d’un héritage que d’une postérité. Le démographe Jean Bourgeois-Pichat, ancien directeur de l’INED, observait en 1988 qu’avec les taux de natalité actuels, les peuples européens devraient entièrement disparaître aux alentours de 2250.

Le laïcisme, en chantant l’innovation plus que la natalité, en substituant à l’espérance un progrès auquel plus personne ne croit, signe ainsi son propre arrêt de mort. À moins qu’il ne recouvre la vraie laïcité : celle qui, parce qu’elle est en relation avec des moines qui témoignent d’une vie plus forte que la mort, sait qu’elle ne fait pas des enfants que pour la vermine ou pour la présidence de François Hollande, et se trouve par là encouragée dans une sexualité vraiment débridée, telle qu’y invite l’Église, c’est-à-dire allant si loin dans une pénétration sans préservation qu’elle suscite un lien avec une belle-mère, génère des petits-enfants et colonise le Royaume des Cieux.

6. On aura compris que mon propos est de montrer à quel point les lignes bougent. Je ne parie par sur un retour des chrétiens sur la scène politique telle qu’elle se joue encore. Je pense plutôt que cette partition sur laquelle on nous module toujours de vieilles rengaines ne tient plus face aux défis de notre époque. Les adversaires d’hier sont appelés à une nouvelle alliance : l’anticlérical devra de plus en plus reconnaître qu’il est chrétien ; le bouffeur de curé, à quel point le curé est excellent pour la santé ; la féministe vraiment féminine, que son modèle est dans la Vierge Marie – ou dans Jeanne d’Arc, à la rigueur.

Le laïcisme est à vrai dire un épiphénomène. Notre ère est désormais moins celle de l’idéologie que de la technologie. Après les expériences totalitaires du siècle passé, ce n’est plus l’utopie politique qui soutient encore le progressisme, c’est un projet transhumaniste. Quand on parle de révolution, on pense désormais au numérique ou aux nanotechnologies, pas à Marx ni à Che Guevara. Cet empire technologique produit en réaction la nostalgie d’un retour à une nature que nos fonds d’écran font apparaître comme bénigne et paisible. Dans les deux cas, technologisme et écologisme, il y a rejet du poids de l’histoire. Or, curieusement – et c’est cela qui le rend si postmoderne –, l’islam aussi participe de ce rejet. Pour lui, il n’y a pas de Révélation progressive. La Bible n’a rien d’historique, elle a d’ailleurs été falsifiée par les juifs et les chrétiens. Mahomet n’est là que pour restaurer la religion originelle et pure, qui était déjà celle d’Adam.

L’opposition entre un monde technoscientifique avancé et un monde islamique barbare est donc très superficielle : les villes high-tech du Qatar comme les cyberattaques de Daesh nous le laissent entendre. Mais ce qui nous le fait vraiment voir, c’est la haine d’Israël. Pourquoi cette haine spécifiquement ? Parce que le juif résiste aussi bien à la technoscience qu’à l’oumma. Les incubateurs fabriquent des surhommes, ils ne sauraient faire des fils d’Israël ; les musulmans substituent Ismaël à Isaac, ils ne sauraient reconnaître l’élection de Jacob. Le juif est en cela le garant du mystère de l’histoire (et le chrétien peut l’affirmer plus que le juif lui-même, puisque, d’après sa foi, le grand événement de cette histoire, c’est que le Verbe s’est fait Juif).

Ainsi, face à la double sommation du djihadiste et du cyborg, Don Camillo et Peppone sont voués à découvrir leur fraternité profonde. Qu’ils s’y dérobent, et ils devront de toute façon laisser la place, ici, au mufti, là, à Robocop, ou pourquoi pas, fusionnant les deux selon le dernier cri, à l’e-mam ?[/access]

*Photo : wikicommons.

Réforme du collège: le gouvernement tente un nouveau passage en force

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(Avec AFP) – « Détermination » ou « passage en force » ? Au lendemain d’une grève des enseignants, le décret qui concrétise la réforme contestée du collège a été publié mercredi, une accélération immédiatement décriée par ses opposants même si le gouvernement promet de poursuivre le dialogue.

Principal syndicat du secondaire, le Snes (classé à gauche) a aussitôt dénoncé sur Twitter une « provocation, une faute » tandis que le Snalc (sans couleur politique) fustige un « scandaleux passage en force ». Ce dernier « comprend donc que la ministre n’avait laissé sa « porte ouverte » que pour mieux la claquer à la figure des professeurs de collège, dans un stupéfiant déni de dialogue social ».

Très remonté, le syndicat appelle à bloquer les épreuves du brevet des collèges fin juin et annonce qu’il ira « jusqu’au bout pour lutter contre la dégradation des conditions de travail (des enseignants) et contre la casse de notre École ».

François Bayrou, le président du MoDem, a quant à lui aussitôt appelé à une « manifestation nationale », évoquant également un « passage en force ».

« Il n’y a pas de précipitation, tous les délais sont tels que nous les avions prévus depuis le début », a réfuté la ministre de l’Education nationale sur France Info, rappelant que la réforme avait été adoptée le 10 avril par la communauté éducative réunie en Conseil supérieur de l’éducation (CSE).

Pour Najat Vallaud-Belkacem, la parution des décrets au JO va permettre de « passer à l’étape suivante », à savoir les textes d’application qui vont pouvoir répondre aux « inquiétudes » des grévistes et manifestants, et « d’apporter les garanties sur le fait que l’interdisciplinarité se fera dans de bonnes conditions (…) que pour le travail en équipe qu’on leur demande, on leur laissera le temps de préparation nécessaire pour le faire dans les établissements scolaires ».

manifestation professeurs collège 19 mai

Mardi, quelques milliers d’enseignants sont descendus dans la rue brandissant pour certains le Gaffiot (célèbre dictionnaire latin-français) ou une écharpe de l’équipe de foot allemande, pour protester contre cette réforme, dont les principaux points de crispation sont la suppression du latin et du grec, remplacés par un enseignement pratique interdisciplinaire, et celle des classes bilangues.

A la place de ces classes où deux langues étaient enseignées dès la sixième (suivies par 16% des élèves de sixième), la réforme propose une deuxième langue pour tous en cinquième.

Autres sujets d’inquiétude : l’autonomie accrue accordée aux établissements et l’interdisciplinarité (qui consiste à croiser deux disciplines lors d’un même cours). Les syndicats anti-réforme redoutent que la première donne trop de pouvoir aux chefs d’établissement et que la seconde grignote les horaires de chaque matière, dans un pays où le corps professoral est très attaché à ses disciplines.

Plus de la moitié des professeurs de collèges publics, selon le Snes, étaient en grève mardi. Des milliers d’entre eux ont manifesté dans une cinquantaine de villes de France, et pourrait bien trouver le mépris gouvernemental insultant, alors que 60% des Français soutiennent leur mouvement.

*Photo : © AFP PHILIPPE DESMAZES

Programmes scolaires: L’histoire peut-elle être plurielle?

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programmes scolaires histoire

Après le projet de réforme du collège, le projet de réforme des programmes d’Histoire suscite un débat nourri et révélateur des fractures idéologiques de notre France contemporaine. Remercions tout d’abord le ministère de l’éducation nationale d’avoir permis que ce projet soit rendu public au moment où les esprits, déjà échauffés par la question de la suppression des options latin et grec et des classes bilangues, étaient prêts à réagir au quart de tour. Par ailleurs, alors qu’au lendemain des attaques terroristes de janvier dernier, la société française s’interroge comme jamais sur son devenir, le contexte est plus que favorable pour que ces nouveaux programmes deviennent un enjeu national, politique et culturel.

Comme pour la réforme du collège, la question des programmes s’inscrit dans un débat qui oppose moins la droite à la gauche qu’une communauté intellectuelle et éducative à une technocratie déconnectée du réel et marquée par le pédagogisme et le multiculturalisme. Incapable dans un premier temps de comprendre et d’adapter sa communication à cette contestation inédite, l’exécutif n’a fait que l’alimenter avec les invectives proférées crânement par Najat Vallaud-Belkacem contre les pseudo-intellectuels, ou par François Hollande lorsqu’il disait entendre le « concert des immobiles ».

Malgré leur fermeté affichée, nos autorités commencent à réaliser qu’il leur faut limiter la catastrophe : celle que serait pour elles la fuite de personnalités qui viendraient rejoindre le cortège des intellectuels déçus par la gauche, et qui, à l’exemple d’un Alain Finkielkraut ou d’un Michel Onfray, pourraient exercer une forte influence sur l’opinion.

Un premier sondage montre que la réforme du collège passe mal auprès d’environ deux tiers des Français. Dans ces conditions, envisager d’associer des historiens de grand renom, comme Pierre Nora ou Jean-Pierre Azéma, aux travaux du conseil supérieur des programmes (CSP) sur la réécriture des programmes d’Histoire pourrait être interprété comme un premier coup de frein au jusqu’au-boutisme de Najat Vallaud-Belkacem. Car le risque s’accroît qu’elle entraîne le navire gouvernemental dans la tempête.

Malgré les efforts répétés de la ministre et du président du CSP, Michel Lussault, pour tenter d’éteindre l’incendie allumé par un projet de programme d’Histoire conçu comme un menu à la carte (chrétienté médiévale, humanisme, société des Lumières) mais avec l’obligation de choisir certains plats (l’islam et la traite négrière), le mal est fait. Najat Vallaud-Belkacem a beau jeu d’accuser la droite de vouloir enfumer l’opinion, ce sont les critiques exprimées publiquement par un certain nombre d’historiens incontestés, au rang desquels Pierre Nora, mais aussi Michel Winock ou Patrice Gueniffey, qui ont porté un coup de massue à cette première version du programme. En effet, ce n’est pas un responsable politique de l’opposition mais Bruno Benoit, le président de l’association des professeurs d’histoire-géographie, forte de 7000 membres, qui explique que « ce qui est gênant, c’est de valoriser ces pages noires en obligeant les collègues à les traiter et, dans le même temps, reléguer au rang d’option des sujets fondamentaux comme le siècle des Lumières, essentiel pour comprendre la Révolution Française, ou encore l’Histoire de la Chrétienté ». Ce projet, tel qu’il est conçu, aujourd’hui, est devenu indéfendable tant le décalage est grand avec les attentes d’un pays qui ne veut pas d’une telle remise en cause des fondements historiques de sa mémoire collective. Il paraît donc certain qu’il sera revu à la fois sur le fond et dans sa forme.

Mais, dans un entretien accordé au journal Le Monde, Michel Lussault, qui veut montrer sa détermination à garder la haute main sur l’élaboration des programmes d’Histoire, a d’ores et déjà fixé deux points « non-négociables ». Le premier est le maintien, quoiqu’il arrive, du principe des thématiques laissées au choix de l’enseignant. Le risque évident ici est, comme le souligne Pierre Nora, que certains d’entre eux choisissent les thèmes en fonction de leurs partis pris politiques et idéologiques.

Le président du CSP se montre également intransigeant sur le second point, à savoir le refus de toute Histoire proprement nationale : « Il faut reconnaître la pluralité de l’histoire de France […] il n’y aura pas d’évolution de l’histoire vers un “roman national”, qui serait un dévoiement de ce en quoi nous croyons ». Avec des propos dignes d’un théologien, Michel Lussault oppose de façon caricaturale le Mal et le Bien, à savoir une Histoire mystificatrice dont l’unique objet serait d’exalter le génie national de la France, et une histoire empreinte de lucidité qui est celle d’une France plurielle. A le comprendre, il ne devrait donc pas y avoir une Histoire de France qui fonde une mémoire collective commune, mais des histoires de France qui traduiraient plutôt des mémoires communautaires séparées les unes des autres, voire s’opposant les unes aux autres. On comprend mieux pourquoi les nouveaux programmes, malgré un semblant de chronologie, accentuent encore les impasses déjà bien réelles sur des pans entiers de l’Histoire puisqu’en effet, il n’est plus nécessaire de respecter une continuité inhérente à toute Histoire nationale.

Le président du CSP a donc clairement défini les limites à ne pas franchir pour ne pas tomber dans l’hérésie que serait la promotion d’un roman national. Les historiens et les enseignants, invités à donner leur avis sur les programmes au cours de l’été, n’ont qu’à bien se tenir.

Pourtant, ce Rubicon, des intellectuels l’ont un peu, et pour certains allègrement franchi. Non pas qu’ils défendent tous, et de la même manière, un roman national façon IIIème République, mais certains dénoncent tout simplement le risque d’une fragmentation de l’Histoire de France. Ainsi, l’historien Michel Winock évoque les pressions de groupes qui considèrent que leur mémoire et leur identité ne sont pas suffisamment intégrées dans l’Histoire générale, chacun d’entre eux revendiquant une place à part. Pierre Nora exprime aussi sa perplexité face à ce programme qui exprime un manque d’enthousiasme pour la France et ce qu’elle est : « Cette absence d’orientation reflète la crise identitaire que traverse la France, une des plus graves de son histoire. C’est l’expression d’une France fatiguée d’être elle-même, d’un pays qui ne sait pas trop où il va et ne sait donc pas dire d’où il vient ».

En révélant que la question identitaire est, en fait, l’enjeu central du nouveau programme d’histoire, ces historiens ont suscité l’ire de certains de leurs collègues et fait sortir du bois le think-tank Terra Nova. C’est le président du comité de vigilance pour les usages publics de l’histoire (Saint-Just n’est pas loin !), Nicolas Offenstadt, qui a ouvert le bal. Toujours en pointe lorsqu’il s’agit d’attaquer une histoire nationale qui serait celle d’une culture dominante, il voit en Pierre Nora quelqu’un qui projette sur l’enseignement de l’Histoire « ses fantasmes identitaires nostalgiques » !

Le directeur général de Terra Nova, Thierry Pech, et les quelques intellectuels (dont Antoine Prost et Benjamin Stora) signataires d’une tribune du Monde, intitulée, « Halte à l’élitisme conservateur », ne disent pas autre chose, lorsqu’ils dénoncent « les peurs identitaires de ceux qui fustigent le dévoiement des programmes d’Histoire ».

Pour les auteurs de cette tribune, l’unique objectif des programmes d’Histoire doit être « de rechercher la vérité et de dissiper les fantasmes ». La vérité, oui, bien sûr, mais la chasse aux fantasmes, non merci ! Là, on glisse sur une pente dangereuse où l’Histoire serait condamnée à devenir un service de « désintox », cette occupation très à la mode dans les médias qui consiste à démêler, soi-disant, le vrai du faux. Vouloir faire passer les faits historiques au détecteur de fantasme me semble intellectuellement très contestable, car cela revient à les apprécier au gré des sensibilités et des opinions. Quand la gauche accuse l’extrême droite de fantasmer sur l’islam et l’immigration, et que celle-ci l’accuse en retour de voir le fascisme partout, il n’y a pas de place pour la vérité historique.

Cette confrontation entre une vision nationale de l’enseignement de l’Histoire de France et une vision plurielle et multiculturelle n’est pas près de s’éteindre. On peut s’attendre à des polémiques aussi violentes que celle que l’on a observées autour du philosophe Marcel Gauchet, à propos de son invitation à la conférence inaugurale des Rendez-vous de l’histoire de Blois en octobre dernier. Pierre Nora en sera-t-il la prochaine cible ? C’est bien possible, quand on voit que Nicolas Offenstadt est déjà sur les starting-blocks. L’auteur des Lieux de mémoire arrivera-t-il, malgré tout, à imprimer sa marque sur les nouveaux programmes ? Ce serait une victoire inattendue. Comme quoi, à quelque chose malheur pourrait être bon.

*Photo : wikimedia commons

Affaire Zyed et Bouna: Justice pour la police

justice juges salomon

Rude printemps pour la justice française confrontée à toute une série d’événements qui témoignent d’une certaine désinvolture, sinon d’un véritable mépris pour le droit de la part de la sphère politique et des médias. L’instrumentalisation de cette justice à des fins qui ne sont pas les siennes n’est pas seulement devenue habituelle ; elle est désormais revendiquée comme telle. Les réactions à la décision de relaxe des deux policiers poursuivis suite à la mort des jeunes Zyed et Bouna à Clichy-sous-Bois en 2005 en sont une belle illustration.

« La décision est choquante pour les parties civiles » nous a déclaré un de leurs avocats après la décision du tribunal correctionnel de Rennes. Certes, mais la première action ne devrait-elle pas être de chercher à savoir si la juridiction a ou non respecté les principes intangibles qui gouvernent le procès pénal ? Faisant ainsi son devoir et remplissant sa mission, dont il est fatigant d’être obligé de rappeler qu’elle n’est pas de « faire reconnaître le statut de victime » ou de permettre « de commencer à faire son deuil ». Elle doit simplement rendre la Justice en appliquant le droit.

Or, les observateurs qui connaissent un peu ce genre de choses savent depuis fort longtemps qu’une décision de relaxe était mécaniquement inévitable. Pour condamner quelqu’un pour non-assistance à personne en danger, la première chose à faire est de prouver la connaissance qu’avait le prévenu du danger encouru par la victime. Il fallait donc établir que les deux policiers incriminés savaient que les adolescents étaient entrés dans le transformateur où ils allaient trouver la mort. Cette preuve n’a pas pu être apportée. Et en matière de condamnation pénale on n’est pas dans le domaine du « je pense que, il est probable que, il est plausible que… ».

Mais de ça, on ne parle guère. Dominique Sopo, le patron de SOS Racisme, jamais en retard d’une indignation, proteste. « Suite à relaxe, un sentiment de dégoût face à une question éludée depuis 2005 : pourquoi des gamins irréprochables fuient la police ?… ». Eh bien non, les juges n’ont rien éludé du tout, le procès pénal n’est pas là pour ça. Ils ont traité ce qui relevait de leurs compétences et seulement ça. Vos questions, Monsieur Sopo, sont des questions politiques. Celles du rôle de la police dans les « cités » et des techniques de maintien de l’ordre, qui relèvent d’un autre débat. Et aussi légitime soit-il, le lieu pour le tenir n’est pas le prétoire.

Mais finalement, les diverses prises de position permettent de mesurer les enjeux politiques. À droite, on se félicite de la relaxe des policiers prenant  parti pour eux, à gauche on fustige l’injustice faite « aux quartiers ». À droite on approuve le juge, à gauche on le stigmatise. Les choses peuvent d’ailleurs s’inverser, comme par exemple lorsqu’il s’agit des multiples avanies pénales infligées à Nicolas Sarkozy. Là, ce sera un fougueux parlementaire de droite vous dira que le juge « se déshonore », la gauche qui n’en croit pas un mot répondra la main sur le cœur « qu’il faut faire confiance à la justice ». Tout ceci est plein d’arrière-pensées.

Eh oui, pour Monsieur Sopo, et beaucoup d’autres, les malheureux gamins ne fuyaient pas n’importe quelle police. Rappelons-nous les événements et leur déroulement. Ce que la justice vient définitivement de considérer comme un accident, et non pas une faute pénale volontaire fut l’étincelle d’un embrasement qui couvait. Dont les racines étaient sociales, économiques et politiques. Le lien de causalité est celui de la goutte d’eau faisant déborder le vase. Et qui était le ministre de l’intérieur à cette époque ? Quelqu’un qui avait dit imprudemment qu’il fallait passer les banlieues au Kärcher…

Le Président de la République Jacques Chirac, marqué par l’affaire Oussekine prônait la modération et Nicolas Sarkozy, tout à sa trajectoire présidentielle, ne voulait surtout pas d’incident grave pouvant générer une situation incontrôlable. De ce point de vue, nous fûmes pendant quelque temps sur le fil du rasoir. Mais, le Parti Socialiste ne fut pas en reste. Mettant de l’huile sur le feu, et activant la tension pour en faire porter la responsabilité à celui dont il sentait bien qu’il serait son adversaire pour 2007. C’est ainsi que, spéculant sur la douleur des familles, des amis et sur l’émotion des banlieues, on décida de faire porter la responsabilité du déclenchement des émeutes à la police et à son chef. L’instrumentalisation dont il faut se rappeler l’importance visait à valider un mensonge : l’existence d’une grave bavure policière. Rappelons-nous les mises en scène, où le maire de Clichy-sous-Bois et les avocats des parties civiles étaient à la manœuvre. Ce qui permet aux ignorants de dire aujourd’hui, après la relaxe, que la France est pire que les États-Unis où pourtant Youtube nous permet de constater qu’on y tire les Noirs régulièrement comme des lapins.

Et c’est ainsi que l’on a amené familles et proches des malheureux Zyed et Bouna dans une impasse. Provoquant douleur, colère et incompréhension face à l’inévitable décision de relaxe. Et permettant aux bonnes âmes de se défausser de leur mauvaise action en faisant porter aux magistrats la responsabilité de la souffrance et de la colère, alors que c’est bien leur instrumentalisation qui en est à l’origine. Et pourtant, on enfonce le clou, en annonçant un appel de la partie civile. Alors même que celui-ci, en l’absence de recours du parquet n’a pas d’effet dévolutif. Et que par conséquent la procédure pénale est éteinte. Accompagnant ce jusqu’au-boutisme d’élans excessifs démontrant le caractère étroitement politicien de la démarche.

Je lisais sur les réseaux cette drôle de phrase de la part de quelqu’un qui s’indignait de la décision de relaxe : « Alors comme ça Zyed et Bouna sont morts pour rien ? » Évidemment.  Horrible et injuste, cette disparition accidentelle de deux enfants que personne n’avait voulue, n’a aucun sens. L’injustice d’une condamnation des policiers ne lui en aurait pas plus donné.

Réforme du collège: les profs contre la pseudo-égalité

manifestation réforme du collège(Avec AFP) – Des milliers d’enseignants sont descendus dans la rue cet après-midi, dans une cinquantaine de villes françaises, pour protester contre la réforme portée par Najat Vallaud-Belkacem. Au total, « plus de 50% » des professeurs des collèges publics ont ainsi répondu à l’appel d’une intersyndicale de sept organisations selon le Snes, principal syndicat du secondaire, alors que le ministère de l’Éducation annonçait à peine 27,61%.

Le syndicat précise que les manifestants étaient « plus de 10.000 » à Paris, bien que la préfecture n’en dénombre que 3 500. Se sont exceptionnellement retrouvés côte à côte le Snes-FSU (gauche), le Snep-FSU (gauche), le Snalc (sans couleur politique), FO (gauche), la CGT (gauche), SUD (extrême gauche) et même… Nathalie Arthaud, successeur d’Arlette Laguiller comme candidate de Lutte Ouvrière à la présidentielle. Entre le Luxembourg et la rue de Grenelle, siège du ministère, c’est au rythme du Chant des Partisans remixé par Zebda, et d’Hexagone de Renaud chanté à tue-tête, qu’une foule de professeurs et de parents d’élèves a défilé en arborant des pancartes vantant l’excellence, le mérite et l’égal accès au savoir. Si la musique se voulait de gauche, les paroles étaient indéniablement de droite. Des pancartes et banderoles affichaient des slogans tels que « Tous égaux, tous illettrés », « A Vitry et à Neuilly, un même droit à l’éducation ».

Il n’empêche, le folklore des grandes manifestations sociales était intact, ce qui ne laisse probablement pas d’exaspérer Manuel Valls et Najat Vallaud-Belkacem, adeptes de l’« égalité pour tous »… et de l’élitisme pour personne. Pour minimiser la mobilisation, le gouvernement n’y est pas allé par quatre chemins, comme l’explique Le Figaro : « Prenons un collège lambda comprenant 100 personnels : 50 enseignants font cours ce matin, 30 font grève. Pour le ministère, qui globalise ses chiffres sur l’ensemble des professeurs du collège, on compte donc 30% de grévistes. Mais le syndicat, qui ne prend en compte que les 50 personnes censées travailler ce jour là – et pouvant donc se mettre en grève –, compte en revanche 60% de grévistes. »

Depuis deux mois qu’a été présentée la réforme, le débat public a surtout été porté par les politiques ou des personnalités qualifiées de « pseudo-intellectuels » par Najat Vallaud-Belkacem. De jeunes blancs-becs aussi notoirement incultes que Régis Debray, Michel Onfray, Alain Finkielkraut, Jacques Julliard ou Pascal Bruckner… Plusieurs enseignantes s’étaient confectionnées des bonnets d’âne estampillés « pseudo-intellectuels » pour retourner le stigmate contre leur ministre, poussant l’outrecuidance jusqu’à dérouler une banderole : « EPI : Ecole produisant l’illettrisme ! » Amusant clin d’œil à l’interdisciplinarité que la rue de Grenelle entend imposer aux enseignants en grignotant 20% de leurs heures de cours, ce qui nuira mécaniquement à la transmission des savoirs fondamentaux. « Ces cours n’auront pas de contenu, ils peuvent être bien faits par hasard mais cela risque de donner n’importe quoi », tonne une manifestante.

Ajoutée à l’« autonomie » des chefs d’établissement, l’application de cette mesure autorisera les proviseurs à infléchir les enseignements à leur guise, aggravant les inégalités entre les collèges huppés et défavorisés. Quelle que soit leur étiquette (et leurs divergences réelles sur le projet éducatif), tous les syndicats s’accordent sur ce constat.

Un représentant du Snalc, qui se félicite de la forte mobilisation des enseignants, nous fait part de sa détermination, que partage Force Ouvrière : « Nous sommes prêts à aller jusqu’au blocage du brevet des collèges si la réforme n’est pas retirée ». Pour sa part, la FSU dit réfléchir à « d’autres types de mobilisation ». Pour le Snes, « il est encore temps (…) de reprendre le fil des discussions et de stopper ce qui s’annonce comme un véritable gâchis pour les jeunes, pour nos professions ».

Certains marchaient avec leur dictionnaire de latin sous le bras, une prof s’était même vêtue d’une toge, tandis que d’autres chantaient « Cicéron, avec nous ! » Les profs de latin et grec craignent un effritement de leurs horaires avec la suppression de ces options, remplacées par un enseignement pratique interdisciplinaire. « Plus on décourage les profs, plus les élèves seront démotivés », nous confie une enseignante de collège privé de l’ouest parisien qui affirme défendre « une certaine conception de l’enseignement et de la transmission » : « L’excellence devient un mot tabou. On rejette l’élitisme, résultat : c’est la médiocrité générale. » Plus loin dans le long cortège, une banderole illustre ses propos : « Non à la médiocrité pour tous ».

Même inquiétude chez les profs d’allemand, dont la discipline pâtira, selon eux, de la suppression des classes bilangues (deux langues étrangères dès la sixième, des classes suivies par 16% des élèves de sixième). « Respectons le traité de l’Elysée ! », pouvait-on lire sur une pancarte, en référence aux clauses linguistiques de l’accord entre De Gaulle et Adenauer que nos germanophiles de gouvernants piétinent copieusement.

Une écharpe de la Mannschaft autour du cou, Marie-Thérèse Feuillet, prof d’allemand dans l’Ain, refuse la disparition des classes bilangues. « Je travaille dans un collège rural. Grâce à ces classes, nous avons pu ouvrir nos élèves à un horizon culturel très différent » tandis que la réforme « ne permettra pas de délivrer un enseignement de qualité » en langues étrangères.

Jean-Luc Mélenchon avait malicieusement pointé du doigt le « délire maoïste » d’un gouvernement qui traite l’enseignement latin-grec avec la parcimonie que le Grand Timonier réservait au piano. Des cours de latin dilués dans des cycles pédagos sur les « langues et culture et l’antiquité » aux classes bilangues amputées, le ratiboisage de l’école se poursuit au nom du « pourtoussisme ». Certes, ces coupes sombres font rager les réacs obstinément attachés à la transmission des savoirs, mais à leurs arguments passéistes, Najat Vallaud-Belkacem saura opposer cette belle sentence progressiste : « La quantité est une qualité ! »[1. Phrase que Staline aurait prononcée à la veille de la bataille de Koursk qui vit les milliers de chars de l’Armée rouge faire plier l’armée nazie.]

*Photo : AP Photo/Francois Mori)/XFM101/243788700558/150519183.

Guerre contre l’Etat islamique: que fait la Turquie?

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erdogan otan daech

Étonnante diplomatie que la diplomatie turque. Le dernier conseil des ministres des Affaires étrangères de l’OTAN (Organisation du traité de l’Atlantique Nord) s’est tenu à Antalya en Cilicie. Au-delà de la vidéo grotesque de diplomates chantant à tue-tête « We are the world, we are the children » de Michael Jackson, la réunion fut l’occasion d’un numéro d’équilibriste assez périlleux pour Mevlüt Cavusoglu, le nouveau chef de la diplomatie turque : « La Turquie est le seul Etat membre de l’Alliance à avoir des frontières avec Daech (…) Daech à nos frontières n’est pas une situation tenable. Cela représente une menace significative pour nous (…) Nous devons prendre d’autres mesures (…) Pour éradiquer le terrorisme, nous devons nous attaquer aux bases du terrorisme« . Du bon sens en apparence. En réalité, une langue de bois à peine croyable.

Si on s’en tient aux faits, qu’a fait la Turquie contre Daech en Syrie? Qu’a-t-elle fait lorsque les kurdes syriens étaient encerclés dans Kobané? Rien. Depuis qu’Ankara a lâché Bachar Al-Assad courant 2011, elle n’a plus qu’un objectif sur son flanc sud-est; s’en débarrasser par tous les moyens. Erdogan refuse toujours l’accès des avions de la coalition à sa base otanienne d’Incirlik, dans le sud de la Turquie. Ce qui oblige les chasseurs américains et français à décoller du Golfe persique pour bombarder les positions de l’Etat Islamique, pourtant frontalières de la Turquie. Paradoxal pour un membre de l’OTAN qui réclame plus de moyens militaires à sa frontière face à la menace djihadiste.

Les partisans du califat s’infiltrent désormais sur le sol turc. Ce qui peut expliquer le double jeu d’Ankara. Selon un rapport des services de renseignement turcs, près de 3 000 personnes entretiendraient des liens avec le groupe Etat islamique (EI) en Turquie. Ce sont autant de cellules dormantes qui font peser le risque d’un attentat dans le pays.

Pour autant, ce violent effet boomerang n’a pas fait évoluer la position turque sur le dossier syrien autrement que dans les discours. L’OTAN, qui a déjà projeté des batteries de missiles Patriot contre l’aviation syrienne à la demande turque, est sommée de lutter contre l’EI : la Turquie exige d’elle la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne. Mais Erdogan refuse que l’alliance atlantique opère contre Daesh depuis ses bases aériennes. Cherchez l’erreur! En réalité, la Turquie souhaite une opération otanienne en Syrie, non pas pour éradiquer l’EI mais Bachar Al-Assad et ses soutiens chiites. Ankara appelle à la mobilisation contre l’EI tout en soutenant les groupuscules djihadistes comme le Front Al-Nosra (filiale d’Al-Qaïda) dont la sauvagerie serait moins extrême que Daech. De là à en faire de loyaux combattants des droits de l’Homme…

On peut admirer la souplesse de la diplomatie turque. Que d’acrobaties dans les instances multilatérales sans aucune crainte de se contredire! L’essentiel pour la Turquie est de porter haut sa voix et ses intérêts, quitte à bloquer toute action des coalitions dont elle fait partie. Sa dernière proposition a d’ailleurs été de plaider l’élargissement de l’OTAN à l’Ukraine, la Géorgie mais aussi la Bosnie. Plus on est nombreux, moins on est efficace.

Cette instrumentalisation grossière de l’OTAN est de moins en moins tenable. Le double jeu clairement assumé de la Turquie paraît désormais trop évident. Mais le problème d’une organisation multilatérale comme l’OTAN, c’est qu’une fois le ver introduit dans le fruit, il est impossible de l’en retirer. La Turquie l’a bien compris: elle a plusieurs fois menacé de quitter l’organisation sans jamais franchir le pas, trop heureuse de monnayer son pouvoir de nuisance. Une bonne leçon pour les partisans de sa candidature à l’Union européenne.

*Photo : Uli Deck/AP/SIPA. AP21733160_000002.

Le PS compte ses motions… et ses moutons

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Cambadélis vote motions Parti socialiste

Cambadélis vote motions Parti socialiste

(Avec AFP) – Les militants socialistes votent aujourd’hui sur la ligne de leur parti, choisissant entre quatre textes programmatiques avant le congrès du PS à Poitiers, en juin, un vote censé définir l’attitude du Parti vis-à-vis de l’exécutif d’ici à 2017.

Une prudente expectative domine chez les responsables socialistes quant à la participation, plusieurs ténors se gardant d’avancer tout pronostic. Car ce scrutin révèlera aussi, et peut-être surtout, le véritable effectif des forces militantes qui n’ont pas encore déserté…

131 000 militants « actifs », selon les chiffres de la rue de Solférino, sont invités à voter dans les 3 200 sections du parti entre 17 et 22h, mais les résultats définitifs ne seront connus que vendredi en fin d’après-midi. De premières tendances pourraient toutefois émerger dans la nuit de jeudi à vendredi, indique-t-on au siège du PS.

« 80 000 militants, ce sera satisfaisant, si on est à 70 000, ça sera raisonnable. En dessous, ça risque d’être vraiment embêtant », commente sans illusion un responsable socialiste.

Quatre « motions » (textes d’orientation politique) sont en lice. Les militants socialistes devront départager le 28 mai les premiers signataires des deux arrivées en tête : le vainqueur sera le premier secrétaire.

Jean-Christophe Cambadélis, désigné à la tête du parti uniquement par son Conseil national – ou « parlement » – au moment de l’exfiltration d’Harlem Désir vers le gouvernement, rêve cette fois-ci d’obtenir l’approbation des militants.

Toujours soucieux de convergence et de rassemblement dans un parti tiraillé sur son attitude à l’égard du gouvernement, le premier secrétaire est parvenu à obtenir le soutien de la quasi-totalité des ministres, le premier d’entre eux Manuel Valls inclus, ainsi que de Martine Aubry, l’ancienne numéro un du parti, qui fut pourtant souvent critique vis-à-vis du gouvernement depuis 2012. La maire de Lille s’est cependant montrée bien discrète lors de cette campagne pour les motions.

Fort de ces soutiens, Jean-Christophe Cambadélis ambitionne d’arriver en tête. « On espère entre 50 et 55% (des votes). Rien n’est acquis. », déclare, très prudent, ce même responsable socialiste. 50,1% serait satisfaisant, a assuré le premier secrétaire.

Dans un entretien au Parisien, le député de Paris souhaite que le PS aille « vers un parti de masse » et déplore « l’entre-soi ». « Il faut que les militants socialistes se tournent vers les Français et arrêtent de se regarder le nombril ».

Les trois autres motions espèrent réunir plus de 50% à elles trois, ce qui porterait un méchant coup à la crédibilité et à l’audience de la motion A.

La motion B, menée par le député Christian Paul, est soutenue par la gauche du parti et les « frondeurs », qui ont donné de la voix pour une orientation plus antilibérale de la politique de l’exécutif.

« Je ne fais aucun pronostic chiffré ni de participation ni de résultats. Il y a trois mois, on nous disait que c’était un congrès écrit d’avance, que tout était joué et aujourd’hui, c’est exactement le contraire », a déclaré Christian Paul à l’AFP.

Chaque camp reconnaît en privé que, sauf surprise de taille, la motion B arrivera deuxième.

« Si nous n’avions pas été là, le congrès du PS aurait été un moment d’intense tristesse. Nous avons réveillé le PS », a-t-il cru bon d’ajouter, d’avance bon perdant.

Contestant le fait que l’actuelle majorité PS ne soit pas assez à gauche, Bruno le Roux, chef de file des députés socialistes, a plaidé jeudi : « La gauche, c’est notre ADN. Pas besoin de voter pour une motion dite frondeuse pour que le centre du PS soit vraiment à gauche : il l’est avec Jean-Christophe Cambadélis ».

Se voulant la « troisième voie », la motion D menée par la députée Karine Berger, soutient le gouvernement tout en voulant se démarquer à la fois des textes A et B. Elle souhaite une réorganisation complète du parti.

« On est tous très prudents parce que l’on sait que certains militants ont pu partir sur la pointe des pieds. C’est quelque chose qui se concrétisera ou pas dans les jours qui viennent, dans le vote. On espère que le parti est beaucoup plus mobilisé que beaucoup ne le craignent », développe la députée des Hautes-Alpes.

« Ils vont fédérer le ni-ni, mais c’est tout. Cela ne peut faire plus de 10-12% », envisage une personnalité de la motion A.

Enfin Florence Augier, première signataire de la motion C, veut défendre « les militants de terrain » et s’inquiète d’une « forte défiance vis-à-vis du parti ». Dans une tribune publiée par Libération, ses signataires se disent « riches parfois d’une double ou d’une triple culture » mais « obligés de mettre le pétard sur la tempe des instances du parti pour avoir la diversité ».

Plus clairement encore, ils affirment : « Le PS continue à avoir du mal avec ses Arabes et ses Noirs, ses militants en situation de handicap, mais aussi parfois avec les femmes ! » Sans doute inspirés par Robert Ménard, ils font dans la foulée le décompte précis des postes occupés par des femmes ou des personnes issues de « toutes les diversités »…

Le poids obtenu par chaque motion déterminera la place de leurs représentants dans les instances dirigeantes (Bureau national, Conseil national) et dans les fédérations, une répartition qui donne lieu généralement à de savantes tractations à l’approche du congrès. Et qui convaincra, ou non, certains adhérents de ne pas rejoindre la cohorte des déçus du PS.

*Photo : © AFP/Archives Pascal Guyot

Voter PS, plus jamais ça!

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hollande maastricht mitterrand seguin

hollande maastricht mitterrand seguin

Longtemps, j’ai pensé que s’il n’en restait qu’un, je serais celui-là : l’électeur communiste qui voit son candidat éliminé au premier tour et qui vote socialiste au second. Cela s’appelait la discipline républicaine. Autant l’avouer d’emblée : pour moi, la discipline, c’est fini. En 2017, quel que soit le cas de figure, au second tour de l’élection présidentielle, je ne voterai pas socialiste – en supposant que ce soit possible, ce qui n’est pas fait.

La discipline républicaine, c’était réciproque. L’électeur socialiste votait pour le candidat communiste si celui-ci s’était qualifié face à la droite. Si, si, ça arrivait, d’accord, pas à la présidentielle, mais aux législatives. Certains mauvais esprits remarquaient que si les reports de voix communistes se faisaient très bien, il y avait souvent du coulage dans les reports socialistes. N’empêche, ça n’a pas si mal marché dans les années qui ont suivi la signature du Programme commun, en 1972, qui avait été comme une tentative d’oublier la blessure originelle du congrès de Tours, en 1920, quand la grande famille se divisa entre communistes et socialistes.[access capability= »lire_inedits »] Même après le coup de chaud de 1977, quand la brouille entre Mitterrand, Marchais et Fabre (on rappellera pour les plus jeunes qu’il dirigeait les radicaux de gauche) fit rater de peu à la gauche les législatives de 1978, l’alliance de fait perdura et permit la victoire de 1981, avec l’élection de Mitterrand.

La vie était simple alors : la Cinquième République était idéologiquement bipolaire et politiquement quadripartite : à gauche, le PS et le PCF ; à droite, le RPR et l’UDF. On se bagarrait férocement dans chaque camp, mais la plupart du temps on serrait les coudes face à l’ennemi – bon, sur ce point, Giscard aurait peut-être des réserves. Bien sûr, chez les communistes, on s’est toujours un peu méfié des socialistes. Pas jusqu’à dire, comme Lénine, qu’il fallait les pendre en premier, mais il y avait de mauvais souvenirs. Comme Jules Moch, ministre de l’Intérieur socialiste qui avait fait tirer sur les mineurs grévistes en 1947, ou Guy Mollet, l’homme qui envoya le contingent en Algérie et s’embarqua dans la désastreuse expédition de Suez. Tout ça, c’était du passé. En 1981, seuls les vieux cocos, qui n’avaient pas oublié le temps où Mitterrand officiait Place Beauvau et dirigeait la répression du FLN, n’explosèrent pas de joie à la nouvelle de sa victoire.

Pour ma part, je votais socialiste sans me poser de question, parce que, les socialistes, c’était tout de même la gauche. Et puis, les socialistes français n’avaient pas fait leur Bad-Godesberg social-démocrate et encore moins leur mue sociale-libérale. On entendait encore vaguement les échos du congrès d’Epinay de 1971, qui fut en somme Le Bourget de Mitterrand : « Celui qui n’accepte pas la rupture avec la société capitaliste, celui-là, je le dis, n’a pas sa place au Parti socialiste. » En réalité, la seule rupture qu’opérèrent les socialistes fut, en 1983, leur ralliement, ou plutôt leur reddition, au marché-roi et à ce qu’on n’appelait pas encore la mondialisation.

Je commençais alors à m’intéresser de près à la politique, un genre de virus familial. D’ailleurs, la première fois que j’ai voté, c’était aux municipales de 1983, et c’était pour ma mère. Elle figurait sur la liste sortante d’Union de la gauche à direction communiste qui emporta encore la mairie ce coup-là. Je sentais vaguement qu’il y avait de l’eau dans le gaz, qu’entre les socialistes et nous, c’était plus qu’une différence de méthode, que nous ne voulions plus vraiment la même chose. Pourtant, j’étais plein d’espoir – naïf, disaient les camarades. La gauche au pouvoir décevait, mais c’était encore la gauche, et la droite, la droite.

Je me souviens des affiches pour les législatives de 1986 qui représentaient un loup de dessin animé avec comme légende : « Au secours, la droite revient ! » Et puis, au premier tour de la présidentielle de 1988, alors que je faisais mon service militaire à Coëtquidan, je suis rentré voter André Lajoinie, fidèle au PCF, négligeant la dissidence plutôt sympathique au demeurant de Pierre Juquin. Je m’apprêtais sans enthousiasme à voter pour Mitterrand au second tour contre Chirac. La trouille, certainement exagérée, transforma la résignation en soulagement quand Mitterrand gagna largement. Il faut dire qu’au premier tour Le Pen avait fait plus de 14 %, déjà…

Mais, en vrai, le danger facho ne faisait pas encore office de ciment. Pour la bonne raison que la droite classique faisait peur, et me faisait peur. D’accord, on jouait déjà à se faire peur, Chirac en facho, c’était très exagéré quand on y pense. En attendant, on y croyait un peu, et ça explique en partie que l’Union de la gauche ait perduré, au moins dans les urnes : ce n’était plus la belle discipline républicaine qui guidait mon vote, mais la recherche du moindre mal.

En ce qui me concerne, la guerre des gauches a vraiment commencé avec le référendum sur Maastricht, en 1992. Le fameux débat entre Mitterrand et Séguin m’a révélé que je pouvais me sentir infiniment plus proche d’un député gaulliste que d’un président socialiste. Pour moi, le clivage droite-gauche est mort ce soir-là, comme pour une grande partie de la droite, qui préférait, elle, le président socialiste. Mon trouble ne s’est pas arrangé quand Robert Hue est arrivé à la tête du parti, avec dans ses valises l’excellent Beigbeder (Frédéric) en communiquant. J’ai beau bien aimer Beigbeder, ça ne le faisait pas. Aux élections européennes de 1994, pour la première fois de ma vie, je n’ai pas voté communiste mais Chevènement. Et je l’ai suivi jusqu’en 2002. Un mal pour un bien, cette infidélité au PCF m’a permis de rencontrer Élisabeth Lévy, qui s’agitait pour rallier intellectuels et écrivains à la cause du « Che ». Cette belle aventure terminée, beaucoup ont tourné le dos à la politique active, moi, je suis rentré au bercail.

Je trouve que j’ai fait preuve d’une patience infinie vis-à-vis du PS. J’ai même voté Hollande au second tour de 2012, c’est dire. Encore une fois par trouille. Reprendre du sarkozysme pour cinq ans, c’était au-dessus de mes forces. Si je n’avais aucune illusion sur la politique économique, sur la sécurité ou l’immigration, je pouvais au moins espérer des discours moins vindicatifs et démagogiques. J’ai vite déchanté. La finance est toujours une amie, la soumission à Bruxelles et à l’Allemagne a pris des proportions humiliantes, Rebsamen veut fliquer les chômeurs et Macron tuer le code du travail.

Alors c’est décidé. Un second tour Marine Le Pen-Hollande ? Vote blanc. Un second tour Marine Le Pen-Sarkozy ? Vote blanc. Il n’y a guère qu’un second tour Marine Le Pen-Juppé où j’irais peut-être voter Juppé. Pas pour faire « barrage » au FN, mais parce qu’il est normalien, qu’il a lu des romans et qu’il aime le vin. C’est vous dire où j’en suis rendu. À tout prendre, j’opte pour l’indiscipline républicaine.[/access]

*Photo : ALFRED/SIPA. 00636429_000003.

Le FC Sochaux sous (petit) pavillon chinois

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sochaux psa ledus hongkong

sochaux psa ledus hongkong

Il se dit que la première décision de Ledus, le repreneur hong-kongais du FC Sochaux-Montbéliard, sera de refaire tout l’éclairage du Stade Bonal. Du haut de ma tribune, je peux témoigner aux lecteurs de Causeur qu’il y a eu ces dernières années quelques petits problèmes avec la qualité de la pelouse, davantage encore avec l’équipe alignée, mais pas du tout avec l’éclairage. On y voyait très bien le match, et pas toujours pour le meilleur spectacle qui soit. Cette anecdote révèle très bien l’inquiétude des supporteurs du plus vieux club professionnel français. Comme nous le déplorions il y a près d’un an, PSA a mis en vente le club de football que Jean-Pierre Peugeot avait créé il y a plus de quatre-vingts ans. L’immense majorité du peuple de Bonal est inquiète et il y a vraiment de quoi. Parce que l’entreprise Ledus, qui commercialise des ampoules LED, lesquelles éclaireront les soirées prochaines à Bonal, n’a rien d’un empire. Les JT de 20h de ce mardi soir qui annonçaient « Sochaux sous pavillon chinois », comme si le FC Sochaux était aujourd’hui le fer de lance d’un de ces dragons de la nouvelle économie mondiale et gagnante, passent à côté de l’essentiel. Cette entreprise de Hong-Kong, domiciliée aux îles Caïmans, n’a rien d’un géant. Son chiffre d’affaires est dérisoire. Ledus compte sur le FCSM pour gagner des parts de marché dans le secteur des ampoules LED en Europe. Ledus sera certainement sponsor maillot et un lion à  tête d’ampoule viendra peut-être prendre place sur le blason du club.

Ce qui ne laisse pas d’inquiéter, ce sont les conditions de cette reprise, et le fait que d’autres solutions ont été dédaignées par PSA, certainement à son plus haut niveau. Un projet mené par un partenaire local, le cabinet Kipo, associé à un investisseur anglais, donnait des garanties plus en phase avec l’attente des supporteurs, d’une part parce que les initiateurs étaient de véritables amoureux du club et qu’ils connaissaient le football, ce qui est loin d’être le cas de l’honorable Monsieur Li, qu’on a vu interviewé à Stade 2 l’autre soir. Qui a mis en relation PSA avec Ledus ? Tout s’est joué à Mulhouse où sont localisés Thomas Lichtenauer, le représentant de l’entreprise hong-kongaise en Europe, Mounir Jawhar, un ancien agent de joueurs ainsi qu’un ancien dirigeant du Racing Club de Strasbourg qui a joué un rôle non négligeable dans la descente aux enfers du club strasbourgeois. D’après nos sources, Jawhar se verrait bien responsable du recrutement sochalien, au point que l’actuel titulaire du poste, qui intéresse l’AS Saint-Etienne, verrait de très mauvais œil l’arrivée d’un tel personnage. On parle aussi d’un avocat suisse dont la réputation n’est guère plus engageante que les deux premiers. Bref, si l’entreprise Ledus doit être jugée sur le choix de ses interlocuteurs, tout ne commence pas sous les meilleurs auspices.

Mais si une petite boîte hong-kongaise, néophyte du monde du football européen, peut éventuellement être la proie d’intermédiaires douteux, qu’en est-il d’une entreprise à dimension internationale comme PSA ? PSA qui connaît le terrain, et dont les dirigeants actuels du club ont certainement pensé que le profil des intermédiaires laissait augurer un gros risque sur la survie du FC Sochaux ? Quand on connaît le destin du FC Grenoble, ou celui que vivent le RC Lens ou le Havre AC actuellement, on ne choisit pas ses interlocuteurs grâce à des amitiés de discothèque haut-rhinoise. Surtout quand un autre repreneur doté d’une surface financière au moins équivalente propose une alternative plus en phase avec la culture et les couleurs locales. Pourquoi se débarrasser du FCSM dans de telles conditions ? On murmure que Peugeot et Citroën pourraient bénéficier d’un prix intéressant sur les ampoules LED, ce qu’a nié Denis Worbe, l’homme que Carlos Tavarès, président du directoire de PSA, a chargé de vendre le club aux 66 saisons de Ligue 1. Pour ma part, j’y vois une autre intention. Et si Tavarès, en privilégiant une entreprise inconnue au bataillon grâce à des intermédiaires douteux, avait décidé de montrer tout son mépris aux habitants du Pays de Montbéliard, siège de sa  plus grande usine ? Et si, ce patron mondialisé aux méthodes expéditives avait souhaité, en procédant de la sorte, envoyer un message en guise d’avertissement : « Regardez-bien comme j’ai balancé votre club au premier venu. Votre situation est tout aussi précaire » ? Le cynisme de Carlos Tavarès qui était à deux doigts de signer l’arrêt de mort du FCSM il y a onze mois, et n’avait eu aucune pitié pour le site ouvrier d’Aulnay, a été forgé aux côtés de son alter-ego de Renault Carlos Ghosn, grand délocalisateur de son état. Nous ne serions pas étonnés que cette vente à un nain de l’ampoule LED d’un fleuron historique du football français n’ait d’autre motivation que d’intimider une région ayant déjà beaucoup souffert.

*Photo : QUILLERET JEAN/SIPA. 00558462_000008.

Ombres chinoises sur la Cinémathèque

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vienet chinois effort

La Cinémathèque française a récemment projeté Une petite culotte pour l’été, le célèbre film détourné par René Viénet en 1974, deux ans après, La Dialectique peut-elle casser des briques ? L’une des séquences porno-hard insérées subrepticement lors du sous-titrage a particulièrement retenu l’attention des spectateurs et la mienne.

Cette scène de pénétration banale, filmée en gros plan, se révèle être un gag amusant et en tous cas inédit : sous les fesses de la jolie jeune femme, le spectateur discerne le dos d’un livre de poche utilisé comme coussin, dont les assauts répétés du beau jeune homme font peu à peu apparaitre le titre :  Révo. cul. dans la Chine pop.

Ce titre était de René Viénet, le fondateur et directeur de la collection «Bibliothèque asiatique» aux Editions Champ libre, tout comme la quatrième de couverture et la préface (dans un style et sur un ton inimitables dont j’ai dû me faire expliquer beaucoup de finesses).

Le livre, qu’on trouve encore d’occasion quelquefois, est une anthologie de textes qui venaient de sortir de Chine à HongKong, en particulier des extraits de la presse des gardes rouges. Très sérieux et fondamental pour la connaissance de la Chine, il fut donc lancé de manière humoristique et efficace grâce à ce gag mémorable.

Le maître d’œuvre de ce remarquable travail académique était Chan HingHo 「陳慶浩」, le réputé spécialiste du HongLouMeng 「紅樓夢」( Le Rêve dans le pavillon rouge, ce grand classique de la littérature chinoise ) et le prolifique auteur et éditeur d’ouvrages savants, y compris une anthologie de la littérature érotique chinoise, et une autres de la littérature en langue chinoise publiée en Corée, etc.

Chan venant d’être recruté par le CNRS, son nom ne pouvait figurer sur la couverture, sinon il risquait d’en être mis à la porte comme venait de l’être René Viénet pour avoir publié Les Habits neufs du Président Mao (de Pierre Ryckmans, alias Simon Leys, lui même refusé comme maître de conférences par l’Université Paris 7, à la suite d’une cabale de chrétiens-maoistes désormais oubliés, tels Jean-Luc Domenach et Léon Vandermeersch). Chan avait réuni une petite dizaine de jeunes traducteurs débutants, tous également dissimulés sous des pseudonymes, et il les aida à comprendre ces textes et leur contexte.

Le livre fut un assez gros succès, parallèlement au second best-seller de Simon Leys, Ombres chinoises, également publié, sous l’enseigne de la «Bibliothèque asiatique», par 10/18. Ces deux titres venaient d’être rejetés par les Editions Champ libre au stade des épreuves mises-en-pages.

J’ai appris tout cela en rencontrant – pour les photographier – Chan, Viénet, mais aussi Pierre Boncenne qui vient de consacrer deux ouvrages fort intéressants à son ami Simon Leys, sur lesquels je reviendrai.

J’ai également mis à profit les travaux de deux étudiantes de Nicole Brenez, professeur d’histoire du cinéma qui est à l’origine de la Rétrospective Viénet à la Cinémathèque : Ghislaine Villetard qui a patiemment corrélé les paroles du doublage de La Dialectique … effectués par le Café de la Gare avec les sous-titres détournés originaux (conclusion : il n’y a pas de divergences notables et les comédiens ont dû bien s’amuser) ; Mathilde Ujeda qui a consacré son épais mémoire de Master à l’École du Louvre aux quatre films de René Viénet et a signé un travail, plein de détails peu connus, qui mériterait d’être édité,

Le film qui sera projeté à la Cinémathèque (métro Bercy) le 22 mai Chinois, encore un effort pour être révolutionnaires aurait du s’appeler Révo. cul. dans la Chine pop. : Comme bien souvent les meilleurs titres, celui-ci préexistait à l’œuvre ; et Viénet pensait l’utiliser pour le film qui n’avait pas encore de producteur et dont la réalisation était incertaine, alors que l’anthologie, elle, était prête à être publiée.

Pour présenter ce film et faire (avec enthousiasme) de la retape pour la projection du 22 mai, je me retrancherai derrière le jugement émis par un très célèbre critique de cinéma, (il était lors le doyen de la profession). Georges Charensol, au cours, d’une émission Le Masque & la plume, dont il était un des animateurs. L’enregistrement est disponible sur le site de l’INA. Pour Charensol, “c’est la première fois que le cinéma a fait oeuvre d’historien – et d’historien sérieux. […] Jamais nous n’avions vu autant de documents authentiques et inédits. […] Et c’est un film marrant !”

Je viens d’assister à une projection préparatoire à la Cinémathèque pour vérifier l’état (hélas pas bon, les couleurs ont viré : le CNC devrait offrir un nouveau tirage et une bonne numérisation) de la copie avant la projection du 22 mai. Ce documentaire est surprenant, amusant sur des sujets graves, terriblement efficace dans sa démonstration. C’est sans doute le film qui explique le plus clairement ce que fut la révo.cul. On comprend que ce film-culte soit devenu un classique.

Du coup, je me permets de donner quelques détails sur le document ajouté en fin de montage, et lu par Thierry Lévy :

René Viénet et ses complices avaient traduit en 1976 le long DaZiBao「大字報」 (affiche en gros caractères) contestataire de Li ZhengTian「李正天」 , Chen YiYang「陳一陽」 , Wang XiZhe「王一哲」 : Li YiZhe, Chinois, si vous saviez … À propos de la démocratie et de la légalité sous le socialisme 「論社會主義的民主與法制」.

Le jour même de la mort de Mao, en septembre 1976, Antenne 2, programma le court-métrage de Viénet Mao par lui-même. Après la projection de ce documentaire, il y eut un débat avec des mondains divers. L’une des participantes, en colère car elle ne savait par quel bout prendre le film  (Mao parlant à la première personne, difficilement contestable par une maoïste) et son auteur (connu pour son anti-maoïsme) apostropha Viénet : « Je vous mets au défi de me citer le nom d’un seul prisonnier politique en Chine».

Francis Deron qui était à la régie, auprès de techniciens complices et amicaux, glissa alors sous la caméra  la couverture de Chinois si-vous saviez …, dont les auteurs étaient en prison pour avoir critiqué Lin Biao. Ce fut le lancement de ce samizdat en Occident qui devint lui aussi un best-seller, ce qui contribua à la notoriété (et donc à la sécurité) des auteurs. Quelques années après, ils seront libérés de prison par Xi ZhongXun「習仲勳」, le père de l’actuel président de République Xi JinPing「習近平」.

Photographe, j’ai demandé qu’on me confie des images. Malheureusement je n’ai pu avoir un extrait de la séquence où l’on découvre Révo.cul. dans la Chine pop. sous les fesses de la belle jeune femme. Je livre donc dans l’ordre :

* l’affiche du film,

chinois encore un effort

* une photo de Viénet avant la sortie de ses deux films sur la Chine au Festival de Cannes 1977, où il discute à la porte des usines Renault à Billancourt, probablement en mai 1968, [Merci à Maurice Imbert de me l’avoir signalée],

renet vienet rts

* La photo, par Francis Deron, devenu journaliste à l’AFP, des auteurs de Chinois si vous saviez … , à leur sortie de prison en 1979,

canton

*  La photo de Viénet avec Li ZhengTian le 14 juillet 2014 à Canton, de chaque coté d’une calligraphie qu’il lui a dédicacée 「民主法治」 « Loi & Démocratie».

renet vienet chan

Ces deux-là ont certainement été heureux de se retrouver quarante ans après le DaZiBao. J’espère que Li ZhengTian pourra être présent à Paris lors de la prochaine projection à la Cinémathèque, pour fêter le quarantième anniversaire de sa sortie de prison.

La trahison des laïcs

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laicite eglise islam

laicite eglise islam

1. Je suis farouchement laïc. En m’avançant ainsi, je m’expose sans doute aux attaques des fanatiques religieux, mais je crains plus immédiatement de subir les foudres des laïcistes. Car le mot « laïc » est un signe ostensible dans notre langue. Je n’y peux rien. Il est aussi peu neutre que le crucifix, la Vierge Marie ou même la tonsure (encore que la tonsure puisse plus facilement paraître pour une fantaisie néogothique ou post-punk).

Pour preuve, il existe un Conseil pontifical pour les laïcs (dont j’ai la grâce d’être membre malgré mon indignité), et quand vous tapez les lettres L, A, I, C, dans votre barre de recherche, même Google peut vous proposer le site laici.va, avec le dot du Vatican… C’est dire s’il faut se méfier de la laïcité. Avec un peu de cohérence, des gens intelligents comme M. Peillon ou Mme Vallaud-Belkacem ne pourront que la supprimer des écoles de leur République.

De fait, celui qui voudrait s’y attacher en ayant un tant soit peu le sens de ce que cela veut dire court fatalement le risque de découvrir qu’il est un chrétien d’Occident malgré lui, et il finira soit par se convertir comme certains, soit, comme beaucoup d’autres, par s’auto-persécuter et peut-être même par supplier les musulmans de le tirer de ce mauvais pas.

2. Le mot « laïc », qu’on le veuille ou non, est issu du vocabulaire chrétien, catholique ou orthodoxe.[access capability= »lire_inedits »] Il s’oppose au mot « clerc ». Se poser en laïc suppose l’existence en face d’un clergé reconnu, ayant sa place, assumant son rôle sacral et limitant par là le politique au domaine profane. Au reste, n’importe quel « bouffeur de curé » conscient de son écosystème ne peut que buter sur ce constat : il a besoin des curés, il doit même favoriser leur multiplication, comme tout prédateur consciencieux, sans quoi il meurt de faim. Et c’est à quoi le laïcisme – hélas ! – le condamne. Il veut détruire le bel anticléricalisme de nos pères (celui de Boccace, de Hugo, ou encore de Brassens et de Pasolini, qui exige le christianisme comme culture).

Tel est le pire ennemi de la laïcité. Au lieu d’exister comme elle relativement à un clergé, le laïcisme érige un laïcat autonome, absolu, et il arrive dès lors à la laïcité la même chose qu’à la féminité quand elle se campe non en polarité, mais en concurrence avec le sexe masculin : le laïciste se met à ressembler au pire des calotins, de même que la féministe a l’air d’un mec vraiment pas commode (associez les deux, et vous avez l’une de ces grandes prêtresses qui n’hésitent pas cependant, si c’est la seule manière d’avoir le dessus, à quitter le tableau virago pour jouer sur celui des vapeurs et de la fragilité blessée).

Le laïcisme se constitue donc en nouvelle cléricature, avec sa hiérarchie, ses mystiques, ses temples et surtout son inquisition – disons mieux : sa Charia Hebdo. Parce qu’il ne sait plus équilibrer le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel, il se croit républicain, mais il est en vérité fondamentaliste. Et c’est pourquoi l’islamisme est son rival mimétique. Certes, le laïcisme s’évertue à absorber le pouvoir spirituel dans le pouvoir temporel, alors que l’islamisme s’efforce de faire l’inverse. Mais, par là, l’un et l’autre récusent la vraie laïcité. Et ils rejettent avec elle la culture et l’histoire.

3. Le signe de ce rejet, c’est précisément qu’on ne voit même plus dans le mot « laïc » un signe ostensible. Dans Moi, moche et méchant, Vector réussit à voler la grande pyramide de Gizeh –, mais cela fait belle lurette que nous, jolis et gentils, nous faisons beaucoup mieux. Nous escamotons les cathédrales – tout en les laissant à leur place. Nous faisons taire la langue française – tout en l’employant. Ce prodige impossible aux plus grands prestidigitateurs, nous y parvenons grâce au règne universel du tourisme. Voilà le plus fort : la disparition s’opère non par la mise au secret mais par le parc d’attractions. La langue est exaltée comme moyen de communication commerciale – et c’est là son écrasement complet. La cathédrale est signalée comme une excursion cinq étoiles « à ne pas manquer » – et c’est là qu’on la rate entièrement. L’Europe devient un Europa Park pour la clientèle mondiale.

En 1942, dans sa lutte contre un fascisme bien réel, et non contre les baudruches qu’on pare aujourd’hui de ce nom pour se donner beau jeu de les pourfendre, Benedetto Croce écrivait un texte intitulé « Pourquoi nous ne pouvons pas ne pas nous dire chrétiens ». Il ne le faisait pas au nom de la foi, mais de l’histoire, car assumer l’histoire était selon lui le seul moyen de résister à l’idéologie. Ce point de vue généalogique et non théologal le conduit à cet aveu : « Dans la vie morale et dans la pensée, nous nous sentons directement les enfants du christianisme », et cela quand bien même nous serions amateurs de Sade, de Nietzsche ou de Georges Bataille, qui sans cette filiation deviendraient illisibles.

Caroline Fourest, pour prendre un exemple dans le journalisme chic, devrait en ce sens convenir qu’elle est encore chrétienne, et que, si elle ne l’était pas, elle ne pourrait pas faire l’« éloge du blasphème ». Car soit elle serait dans un monde islamique, auquel cas on la lapiderait bien vite ; soit elle serait dans un univers complètement ignorant de Dieu, auquel cas le blasphème n’aurait pas lieu d’être.

4. La perte des racines tarit la sève : ce n’est pas seulement le passé qui est perdu par le laïcisme, c’est aussi le présent. Sa croyance en la sécularisation lui interdit de sortir de ce qui est moins qu’un provincialisme : une sorte de secte parisiano-médiatique au positivisme de moins en moins positif. On y croit encore, à la loi des trois âges successifs – religieux, métaphysique puis scientifique – mais sans se rappeler qu’Auguste Comte lui-même s’était senti obligé de revenir au premier âge, en rédigeant des catéchismes, en essayant de fonder une religion de l’Humanité qui reprenait les sept sacrements de l’Église catholique, en moins transcendants toutefois, et donc en plus moralisateurs.

Pour démontrer l’inanité de cette croyance en une sécularisation inéluctable, José Casanova, sociologue des religions et professeur à l’université de Georgetown, met en exergue la seule année 1979 : l’arrivée au pouvoir de l’ayatollah Khomeiny en Iran (là où l’on redoutait avant tout la menace communiste), le renversement de la dictature somoziste au Nicaragua (à travers la théologie de la libération), la visite de Jean-Paul II en Pologne et la création consécutive de Solidarnosc… Cette année-là, la religion paraît incontestablement de retour dans la sphère publique. Mais l’a-t-elle jamais quittée ? N’y eut-il pas en 1947 cette guerre entre musulmans et hindous qui fit un million de morts sur le seul fondement religieux ? N’y eut-il pas aussi, à l’orée du xxe siècle, ce qu’on appelle le génocide arménien, mais qui est surtout une extermination systématique des chrétiens en Turquie ? Et n’y eut-il pas Auschwitz ?

On tient à rester aveugle, cependant. Dans les conflits actuels, on ne veut voir que des terroristes et des victimes. Ces dernières sont désignées par l’AFP comme des étudiants kényans, des ressortissants égyptiens ou éthiopiens, pas comme des chrétiens ni des coptes. Il faut absolument maintenir l’idée que la religion n’est qu’une affaire privée, digne du rayon « bien-être et spiritualité » de l’espace culturel E. Leclerc. Sans quoi il nous faudrait péniblement reconnaître, contre nos théories, qu’aux yeux de l’État islamique nous sommes encore une terre de chrétienté qu’il s’agit de conquérir.

5. Mais on juge un arbre à ses fruits, pas à sa sève ni à ses racines. Et, sur ce point, cela ne va pas mieux que pour les précédents. Le laïcisme ne perd pas que le passé et le présent, il perd aussi l’avenir. Bien sûr, il croit dur comme fer au futur, c’est-à-dire à l’innovation. Mais le futur n’est pas l’avenir, c’est-à-dire la suite des générations. Le futur peut même aller contre l’avenir. L’innovation s’intéresse spécialement de nos jours à empêcher les engendrements. Elle a son programme. Elle vise à la fabrication du bienheureux superman. Elle appelle donc à un moratoire sur la naissance hasardeuse et non sélective de ces petits enfants qui nous échappent par l’archaïque voie sexuelle.

Alors qu’une société ne peut se déployer qu’en promouvant des raisons de vivre et de donner la vie, la nôtre se préoccupe avant tout de développer et de légaliser les moyens de se tuer et de procurer la mort. Cela, bien sûr, au nom de la liberté individuelle – une liberté individuelle qui ne saurait pas plus s’encombrer d’un héritage que d’une postérité. Le démographe Jean Bourgeois-Pichat, ancien directeur de l’INED, observait en 1988 qu’avec les taux de natalité actuels, les peuples européens devraient entièrement disparaître aux alentours de 2250.

Le laïcisme, en chantant l’innovation plus que la natalité, en substituant à l’espérance un progrès auquel plus personne ne croit, signe ainsi son propre arrêt de mort. À moins qu’il ne recouvre la vraie laïcité : celle qui, parce qu’elle est en relation avec des moines qui témoignent d’une vie plus forte que la mort, sait qu’elle ne fait pas des enfants que pour la vermine ou pour la présidence de François Hollande, et se trouve par là encouragée dans une sexualité vraiment débridée, telle qu’y invite l’Église, c’est-à-dire allant si loin dans une pénétration sans préservation qu’elle suscite un lien avec une belle-mère, génère des petits-enfants et colonise le Royaume des Cieux.

6. On aura compris que mon propos est de montrer à quel point les lignes bougent. Je ne parie par sur un retour des chrétiens sur la scène politique telle qu’elle se joue encore. Je pense plutôt que cette partition sur laquelle on nous module toujours de vieilles rengaines ne tient plus face aux défis de notre époque. Les adversaires d’hier sont appelés à une nouvelle alliance : l’anticlérical devra de plus en plus reconnaître qu’il est chrétien ; le bouffeur de curé, à quel point le curé est excellent pour la santé ; la féministe vraiment féminine, que son modèle est dans la Vierge Marie – ou dans Jeanne d’Arc, à la rigueur.

Le laïcisme est à vrai dire un épiphénomène. Notre ère est désormais moins celle de l’idéologie que de la technologie. Après les expériences totalitaires du siècle passé, ce n’est plus l’utopie politique qui soutient encore le progressisme, c’est un projet transhumaniste. Quand on parle de révolution, on pense désormais au numérique ou aux nanotechnologies, pas à Marx ni à Che Guevara. Cet empire technologique produit en réaction la nostalgie d’un retour à une nature que nos fonds d’écran font apparaître comme bénigne et paisible. Dans les deux cas, technologisme et écologisme, il y a rejet du poids de l’histoire. Or, curieusement – et c’est cela qui le rend si postmoderne –, l’islam aussi participe de ce rejet. Pour lui, il n’y a pas de Révélation progressive. La Bible n’a rien d’historique, elle a d’ailleurs été falsifiée par les juifs et les chrétiens. Mahomet n’est là que pour restaurer la religion originelle et pure, qui était déjà celle d’Adam.

L’opposition entre un monde technoscientifique avancé et un monde islamique barbare est donc très superficielle : les villes high-tech du Qatar comme les cyberattaques de Daesh nous le laissent entendre. Mais ce qui nous le fait vraiment voir, c’est la haine d’Israël. Pourquoi cette haine spécifiquement ? Parce que le juif résiste aussi bien à la technoscience qu’à l’oumma. Les incubateurs fabriquent des surhommes, ils ne sauraient faire des fils d’Israël ; les musulmans substituent Ismaël à Isaac, ils ne sauraient reconnaître l’élection de Jacob. Le juif est en cela le garant du mystère de l’histoire (et le chrétien peut l’affirmer plus que le juif lui-même, puisque, d’après sa foi, le grand événement de cette histoire, c’est que le Verbe s’est fait Juif).

Ainsi, face à la double sommation du djihadiste et du cyborg, Don Camillo et Peppone sont voués à découvrir leur fraternité profonde. Qu’ils s’y dérobent, et ils devront de toute façon laisser la place, ici, au mufti, là, à Robocop, ou pourquoi pas, fusionnant les deux selon le dernier cri, à l’e-mam ?[/access]

*Photo : wikicommons.

Réforme du collège: le gouvernement tente un nouveau passage en force

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(Avec AFP) – « Détermination » ou « passage en force » ? Au lendemain d’une grève des enseignants, le décret qui concrétise la réforme contestée du collège a été publié mercredi, une accélération immédiatement décriée par ses opposants même si le gouvernement promet de poursuivre le dialogue.

Principal syndicat du secondaire, le Snes (classé à gauche) a aussitôt dénoncé sur Twitter une « provocation, une faute » tandis que le Snalc (sans couleur politique) fustige un « scandaleux passage en force ». Ce dernier « comprend donc que la ministre n’avait laissé sa « porte ouverte » que pour mieux la claquer à la figure des professeurs de collège, dans un stupéfiant déni de dialogue social ».

Très remonté, le syndicat appelle à bloquer les épreuves du brevet des collèges fin juin et annonce qu’il ira « jusqu’au bout pour lutter contre la dégradation des conditions de travail (des enseignants) et contre la casse de notre École ».

François Bayrou, le président du MoDem, a quant à lui aussitôt appelé à une « manifestation nationale », évoquant également un « passage en force ».

« Il n’y a pas de précipitation, tous les délais sont tels que nous les avions prévus depuis le début », a réfuté la ministre de l’Education nationale sur France Info, rappelant que la réforme avait été adoptée le 10 avril par la communauté éducative réunie en Conseil supérieur de l’éducation (CSE).

Pour Najat Vallaud-Belkacem, la parution des décrets au JO va permettre de « passer à l’étape suivante », à savoir les textes d’application qui vont pouvoir répondre aux « inquiétudes » des grévistes et manifestants, et « d’apporter les garanties sur le fait que l’interdisciplinarité se fera dans de bonnes conditions (…) que pour le travail en équipe qu’on leur demande, on leur laissera le temps de préparation nécessaire pour le faire dans les établissements scolaires ».

manifestation professeurs collège 19 mai

Mardi, quelques milliers d’enseignants sont descendus dans la rue brandissant pour certains le Gaffiot (célèbre dictionnaire latin-français) ou une écharpe de l’équipe de foot allemande, pour protester contre cette réforme, dont les principaux points de crispation sont la suppression du latin et du grec, remplacés par un enseignement pratique interdisciplinaire, et celle des classes bilangues.

A la place de ces classes où deux langues étaient enseignées dès la sixième (suivies par 16% des élèves de sixième), la réforme propose une deuxième langue pour tous en cinquième.

Autres sujets d’inquiétude : l’autonomie accrue accordée aux établissements et l’interdisciplinarité (qui consiste à croiser deux disciplines lors d’un même cours). Les syndicats anti-réforme redoutent que la première donne trop de pouvoir aux chefs d’établissement et que la seconde grignote les horaires de chaque matière, dans un pays où le corps professoral est très attaché à ses disciplines.

Plus de la moitié des professeurs de collèges publics, selon le Snes, étaient en grève mardi. Des milliers d’entre eux ont manifesté dans une cinquantaine de villes de France, et pourrait bien trouver le mépris gouvernemental insultant, alors que 60% des Français soutiennent leur mouvement.

*Photo : © AFP PHILIPPE DESMAZES

Programmes scolaires: L’histoire peut-elle être plurielle?

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programmes scolaires histoire

programmes scolaires histoire

Après le projet de réforme du collège, le projet de réforme des programmes d’Histoire suscite un débat nourri et révélateur des fractures idéologiques de notre France contemporaine. Remercions tout d’abord le ministère de l’éducation nationale d’avoir permis que ce projet soit rendu public au moment où les esprits, déjà échauffés par la question de la suppression des options latin et grec et des classes bilangues, étaient prêts à réagir au quart de tour. Par ailleurs, alors qu’au lendemain des attaques terroristes de janvier dernier, la société française s’interroge comme jamais sur son devenir, le contexte est plus que favorable pour que ces nouveaux programmes deviennent un enjeu national, politique et culturel.

Comme pour la réforme du collège, la question des programmes s’inscrit dans un débat qui oppose moins la droite à la gauche qu’une communauté intellectuelle et éducative à une technocratie déconnectée du réel et marquée par le pédagogisme et le multiculturalisme. Incapable dans un premier temps de comprendre et d’adapter sa communication à cette contestation inédite, l’exécutif n’a fait que l’alimenter avec les invectives proférées crânement par Najat Vallaud-Belkacem contre les pseudo-intellectuels, ou par François Hollande lorsqu’il disait entendre le « concert des immobiles ».

Malgré leur fermeté affichée, nos autorités commencent à réaliser qu’il leur faut limiter la catastrophe : celle que serait pour elles la fuite de personnalités qui viendraient rejoindre le cortège des intellectuels déçus par la gauche, et qui, à l’exemple d’un Alain Finkielkraut ou d’un Michel Onfray, pourraient exercer une forte influence sur l’opinion.

Un premier sondage montre que la réforme du collège passe mal auprès d’environ deux tiers des Français. Dans ces conditions, envisager d’associer des historiens de grand renom, comme Pierre Nora ou Jean-Pierre Azéma, aux travaux du conseil supérieur des programmes (CSP) sur la réécriture des programmes d’Histoire pourrait être interprété comme un premier coup de frein au jusqu’au-boutisme de Najat Vallaud-Belkacem. Car le risque s’accroît qu’elle entraîne le navire gouvernemental dans la tempête.

Malgré les efforts répétés de la ministre et du président du CSP, Michel Lussault, pour tenter d’éteindre l’incendie allumé par un projet de programme d’Histoire conçu comme un menu à la carte (chrétienté médiévale, humanisme, société des Lumières) mais avec l’obligation de choisir certains plats (l’islam et la traite négrière), le mal est fait. Najat Vallaud-Belkacem a beau jeu d’accuser la droite de vouloir enfumer l’opinion, ce sont les critiques exprimées publiquement par un certain nombre d’historiens incontestés, au rang desquels Pierre Nora, mais aussi Michel Winock ou Patrice Gueniffey, qui ont porté un coup de massue à cette première version du programme. En effet, ce n’est pas un responsable politique de l’opposition mais Bruno Benoit, le président de l’association des professeurs d’histoire-géographie, forte de 7000 membres, qui explique que « ce qui est gênant, c’est de valoriser ces pages noires en obligeant les collègues à les traiter et, dans le même temps, reléguer au rang d’option des sujets fondamentaux comme le siècle des Lumières, essentiel pour comprendre la Révolution Française, ou encore l’Histoire de la Chrétienté ». Ce projet, tel qu’il est conçu, aujourd’hui, est devenu indéfendable tant le décalage est grand avec les attentes d’un pays qui ne veut pas d’une telle remise en cause des fondements historiques de sa mémoire collective. Il paraît donc certain qu’il sera revu à la fois sur le fond et dans sa forme.

Mais, dans un entretien accordé au journal Le Monde, Michel Lussault, qui veut montrer sa détermination à garder la haute main sur l’élaboration des programmes d’Histoire, a d’ores et déjà fixé deux points « non-négociables ». Le premier est le maintien, quoiqu’il arrive, du principe des thématiques laissées au choix de l’enseignant. Le risque évident ici est, comme le souligne Pierre Nora, que certains d’entre eux choisissent les thèmes en fonction de leurs partis pris politiques et idéologiques.

Le président du CSP se montre également intransigeant sur le second point, à savoir le refus de toute Histoire proprement nationale : « Il faut reconnaître la pluralité de l’histoire de France […] il n’y aura pas d’évolution de l’histoire vers un “roman national”, qui serait un dévoiement de ce en quoi nous croyons ». Avec des propos dignes d’un théologien, Michel Lussault oppose de façon caricaturale le Mal et le Bien, à savoir une Histoire mystificatrice dont l’unique objet serait d’exalter le génie national de la France, et une histoire empreinte de lucidité qui est celle d’une France plurielle. A le comprendre, il ne devrait donc pas y avoir une Histoire de France qui fonde une mémoire collective commune, mais des histoires de France qui traduiraient plutôt des mémoires communautaires séparées les unes des autres, voire s’opposant les unes aux autres. On comprend mieux pourquoi les nouveaux programmes, malgré un semblant de chronologie, accentuent encore les impasses déjà bien réelles sur des pans entiers de l’Histoire puisqu’en effet, il n’est plus nécessaire de respecter une continuité inhérente à toute Histoire nationale.

Le président du CSP a donc clairement défini les limites à ne pas franchir pour ne pas tomber dans l’hérésie que serait la promotion d’un roman national. Les historiens et les enseignants, invités à donner leur avis sur les programmes au cours de l’été, n’ont qu’à bien se tenir.

Pourtant, ce Rubicon, des intellectuels l’ont un peu, et pour certains allègrement franchi. Non pas qu’ils défendent tous, et de la même manière, un roman national façon IIIème République, mais certains dénoncent tout simplement le risque d’une fragmentation de l’Histoire de France. Ainsi, l’historien Michel Winock évoque les pressions de groupes qui considèrent que leur mémoire et leur identité ne sont pas suffisamment intégrées dans l’Histoire générale, chacun d’entre eux revendiquant une place à part. Pierre Nora exprime aussi sa perplexité face à ce programme qui exprime un manque d’enthousiasme pour la France et ce qu’elle est : « Cette absence d’orientation reflète la crise identitaire que traverse la France, une des plus graves de son histoire. C’est l’expression d’une France fatiguée d’être elle-même, d’un pays qui ne sait pas trop où il va et ne sait donc pas dire d’où il vient ».

En révélant que la question identitaire est, en fait, l’enjeu central du nouveau programme d’histoire, ces historiens ont suscité l’ire de certains de leurs collègues et fait sortir du bois le think-tank Terra Nova. C’est le président du comité de vigilance pour les usages publics de l’histoire (Saint-Just n’est pas loin !), Nicolas Offenstadt, qui a ouvert le bal. Toujours en pointe lorsqu’il s’agit d’attaquer une histoire nationale qui serait celle d’une culture dominante, il voit en Pierre Nora quelqu’un qui projette sur l’enseignement de l’Histoire « ses fantasmes identitaires nostalgiques » !

Le directeur général de Terra Nova, Thierry Pech, et les quelques intellectuels (dont Antoine Prost et Benjamin Stora) signataires d’une tribune du Monde, intitulée, « Halte à l’élitisme conservateur », ne disent pas autre chose, lorsqu’ils dénoncent « les peurs identitaires de ceux qui fustigent le dévoiement des programmes d’Histoire ».

Pour les auteurs de cette tribune, l’unique objectif des programmes d’Histoire doit être « de rechercher la vérité et de dissiper les fantasmes ». La vérité, oui, bien sûr, mais la chasse aux fantasmes, non merci ! Là, on glisse sur une pente dangereuse où l’Histoire serait condamnée à devenir un service de « désintox », cette occupation très à la mode dans les médias qui consiste à démêler, soi-disant, le vrai du faux. Vouloir faire passer les faits historiques au détecteur de fantasme me semble intellectuellement très contestable, car cela revient à les apprécier au gré des sensibilités et des opinions. Quand la gauche accuse l’extrême droite de fantasmer sur l’islam et l’immigration, et que celle-ci l’accuse en retour de voir le fascisme partout, il n’y a pas de place pour la vérité historique.

Cette confrontation entre une vision nationale de l’enseignement de l’Histoire de France et une vision plurielle et multiculturelle n’est pas près de s’éteindre. On peut s’attendre à des polémiques aussi violentes que celle que l’on a observées autour du philosophe Marcel Gauchet, à propos de son invitation à la conférence inaugurale des Rendez-vous de l’histoire de Blois en octobre dernier. Pierre Nora en sera-t-il la prochaine cible ? C’est bien possible, quand on voit que Nicolas Offenstadt est déjà sur les starting-blocks. L’auteur des Lieux de mémoire arrivera-t-il, malgré tout, à imprimer sa marque sur les nouveaux programmes ? Ce serait une victoire inattendue. Comme quoi, à quelque chose malheur pourrait être bon.

*Photo : wikimedia commons

Affaire Zyed et Bouna: Justice pour la police

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justice juges salomon

justice juges salomon

Rude printemps pour la justice française confrontée à toute une série d’événements qui témoignent d’une certaine désinvolture, sinon d’un véritable mépris pour le droit de la part de la sphère politique et des médias. L’instrumentalisation de cette justice à des fins qui ne sont pas les siennes n’est pas seulement devenue habituelle ; elle est désormais revendiquée comme telle. Les réactions à la décision de relaxe des deux policiers poursuivis suite à la mort des jeunes Zyed et Bouna à Clichy-sous-Bois en 2005 en sont une belle illustration.

« La décision est choquante pour les parties civiles » nous a déclaré un de leurs avocats après la décision du tribunal correctionnel de Rennes. Certes, mais la première action ne devrait-elle pas être de chercher à savoir si la juridiction a ou non respecté les principes intangibles qui gouvernent le procès pénal ? Faisant ainsi son devoir et remplissant sa mission, dont il est fatigant d’être obligé de rappeler qu’elle n’est pas de « faire reconnaître le statut de victime » ou de permettre « de commencer à faire son deuil ». Elle doit simplement rendre la Justice en appliquant le droit.

Or, les observateurs qui connaissent un peu ce genre de choses savent depuis fort longtemps qu’une décision de relaxe était mécaniquement inévitable. Pour condamner quelqu’un pour non-assistance à personne en danger, la première chose à faire est de prouver la connaissance qu’avait le prévenu du danger encouru par la victime. Il fallait donc établir que les deux policiers incriminés savaient que les adolescents étaient entrés dans le transformateur où ils allaient trouver la mort. Cette preuve n’a pas pu être apportée. Et en matière de condamnation pénale on n’est pas dans le domaine du « je pense que, il est probable que, il est plausible que… ».

Mais de ça, on ne parle guère. Dominique Sopo, le patron de SOS Racisme, jamais en retard d’une indignation, proteste. « Suite à relaxe, un sentiment de dégoût face à une question éludée depuis 2005 : pourquoi des gamins irréprochables fuient la police ?… ». Eh bien non, les juges n’ont rien éludé du tout, le procès pénal n’est pas là pour ça. Ils ont traité ce qui relevait de leurs compétences et seulement ça. Vos questions, Monsieur Sopo, sont des questions politiques. Celles du rôle de la police dans les « cités » et des techniques de maintien de l’ordre, qui relèvent d’un autre débat. Et aussi légitime soit-il, le lieu pour le tenir n’est pas le prétoire.

Mais finalement, les diverses prises de position permettent de mesurer les enjeux politiques. À droite, on se félicite de la relaxe des policiers prenant  parti pour eux, à gauche on fustige l’injustice faite « aux quartiers ». À droite on approuve le juge, à gauche on le stigmatise. Les choses peuvent d’ailleurs s’inverser, comme par exemple lorsqu’il s’agit des multiples avanies pénales infligées à Nicolas Sarkozy. Là, ce sera un fougueux parlementaire de droite vous dira que le juge « se déshonore », la gauche qui n’en croit pas un mot répondra la main sur le cœur « qu’il faut faire confiance à la justice ». Tout ceci est plein d’arrière-pensées.

Eh oui, pour Monsieur Sopo, et beaucoup d’autres, les malheureux gamins ne fuyaient pas n’importe quelle police. Rappelons-nous les événements et leur déroulement. Ce que la justice vient définitivement de considérer comme un accident, et non pas une faute pénale volontaire fut l’étincelle d’un embrasement qui couvait. Dont les racines étaient sociales, économiques et politiques. Le lien de causalité est celui de la goutte d’eau faisant déborder le vase. Et qui était le ministre de l’intérieur à cette époque ? Quelqu’un qui avait dit imprudemment qu’il fallait passer les banlieues au Kärcher…

Le Président de la République Jacques Chirac, marqué par l’affaire Oussekine prônait la modération et Nicolas Sarkozy, tout à sa trajectoire présidentielle, ne voulait surtout pas d’incident grave pouvant générer une situation incontrôlable. De ce point de vue, nous fûmes pendant quelque temps sur le fil du rasoir. Mais, le Parti Socialiste ne fut pas en reste. Mettant de l’huile sur le feu, et activant la tension pour en faire porter la responsabilité à celui dont il sentait bien qu’il serait son adversaire pour 2007. C’est ainsi que, spéculant sur la douleur des familles, des amis et sur l’émotion des banlieues, on décida de faire porter la responsabilité du déclenchement des émeutes à la police et à son chef. L’instrumentalisation dont il faut se rappeler l’importance visait à valider un mensonge : l’existence d’une grave bavure policière. Rappelons-nous les mises en scène, où le maire de Clichy-sous-Bois et les avocats des parties civiles étaient à la manœuvre. Ce qui permet aux ignorants de dire aujourd’hui, après la relaxe, que la France est pire que les États-Unis où pourtant Youtube nous permet de constater qu’on y tire les Noirs régulièrement comme des lapins.

Et c’est ainsi que l’on a amené familles et proches des malheureux Zyed et Bouna dans une impasse. Provoquant douleur, colère et incompréhension face à l’inévitable décision de relaxe. Et permettant aux bonnes âmes de se défausser de leur mauvaise action en faisant porter aux magistrats la responsabilité de la souffrance et de la colère, alors que c’est bien leur instrumentalisation qui en est à l’origine. Et pourtant, on enfonce le clou, en annonçant un appel de la partie civile. Alors même que celui-ci, en l’absence de recours du parquet n’a pas d’effet dévolutif. Et que par conséquent la procédure pénale est éteinte. Accompagnant ce jusqu’au-boutisme d’élans excessifs démontrant le caractère étroitement politicien de la démarche.

Je lisais sur les réseaux cette drôle de phrase de la part de quelqu’un qui s’indignait de la décision de relaxe : « Alors comme ça Zyed et Bouna sont morts pour rien ? » Évidemment.  Horrible et injuste, cette disparition accidentelle de deux enfants que personne n’avait voulue, n’a aucun sens. L’injustice d’une condamnation des policiers ne lui en aurait pas plus donné.

Réforme du collège: les profs contre la pseudo-égalité

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manifestation réforme du collège

manifestation réforme du collège(Avec AFP) – Des milliers d’enseignants sont descendus dans la rue cet après-midi, dans une cinquantaine de villes françaises, pour protester contre la réforme portée par Najat Vallaud-Belkacem. Au total, « plus de 50% » des professeurs des collèges publics ont ainsi répondu à l’appel d’une intersyndicale de sept organisations selon le Snes, principal syndicat du secondaire, alors que le ministère de l’Éducation annonçait à peine 27,61%.

Le syndicat précise que les manifestants étaient « plus de 10.000 » à Paris, bien que la préfecture n’en dénombre que 3 500. Se sont exceptionnellement retrouvés côte à côte le Snes-FSU (gauche), le Snep-FSU (gauche), le Snalc (sans couleur politique), FO (gauche), la CGT (gauche), SUD (extrême gauche) et même… Nathalie Arthaud, successeur d’Arlette Laguiller comme candidate de Lutte Ouvrière à la présidentielle. Entre le Luxembourg et la rue de Grenelle, siège du ministère, c’est au rythme du Chant des Partisans remixé par Zebda, et d’Hexagone de Renaud chanté à tue-tête, qu’une foule de professeurs et de parents d’élèves a défilé en arborant des pancartes vantant l’excellence, le mérite et l’égal accès au savoir. Si la musique se voulait de gauche, les paroles étaient indéniablement de droite. Des pancartes et banderoles affichaient des slogans tels que « Tous égaux, tous illettrés », « A Vitry et à Neuilly, un même droit à l’éducation ».

Il n’empêche, le folklore des grandes manifestations sociales était intact, ce qui ne laisse probablement pas d’exaspérer Manuel Valls et Najat Vallaud-Belkacem, adeptes de l’« égalité pour tous »… et de l’élitisme pour personne. Pour minimiser la mobilisation, le gouvernement n’y est pas allé par quatre chemins, comme l’explique Le Figaro : « Prenons un collège lambda comprenant 100 personnels : 50 enseignants font cours ce matin, 30 font grève. Pour le ministère, qui globalise ses chiffres sur l’ensemble des professeurs du collège, on compte donc 30% de grévistes. Mais le syndicat, qui ne prend en compte que les 50 personnes censées travailler ce jour là – et pouvant donc se mettre en grève –, compte en revanche 60% de grévistes. »

Depuis deux mois qu’a été présentée la réforme, le débat public a surtout été porté par les politiques ou des personnalités qualifiées de « pseudo-intellectuels » par Najat Vallaud-Belkacem. De jeunes blancs-becs aussi notoirement incultes que Régis Debray, Michel Onfray, Alain Finkielkraut, Jacques Julliard ou Pascal Bruckner… Plusieurs enseignantes s’étaient confectionnées des bonnets d’âne estampillés « pseudo-intellectuels » pour retourner le stigmate contre leur ministre, poussant l’outrecuidance jusqu’à dérouler une banderole : « EPI : Ecole produisant l’illettrisme ! » Amusant clin d’œil à l’interdisciplinarité que la rue de Grenelle entend imposer aux enseignants en grignotant 20% de leurs heures de cours, ce qui nuira mécaniquement à la transmission des savoirs fondamentaux. « Ces cours n’auront pas de contenu, ils peuvent être bien faits par hasard mais cela risque de donner n’importe quoi », tonne une manifestante.

Ajoutée à l’« autonomie » des chefs d’établissement, l’application de cette mesure autorisera les proviseurs à infléchir les enseignements à leur guise, aggravant les inégalités entre les collèges huppés et défavorisés. Quelle que soit leur étiquette (et leurs divergences réelles sur le projet éducatif), tous les syndicats s’accordent sur ce constat.

Un représentant du Snalc, qui se félicite de la forte mobilisation des enseignants, nous fait part de sa détermination, que partage Force Ouvrière : « Nous sommes prêts à aller jusqu’au blocage du brevet des collèges si la réforme n’est pas retirée ». Pour sa part, la FSU dit réfléchir à « d’autres types de mobilisation ». Pour le Snes, « il est encore temps (…) de reprendre le fil des discussions et de stopper ce qui s’annonce comme un véritable gâchis pour les jeunes, pour nos professions ».

Certains marchaient avec leur dictionnaire de latin sous le bras, une prof s’était même vêtue d’une toge, tandis que d’autres chantaient « Cicéron, avec nous ! » Les profs de latin et grec craignent un effritement de leurs horaires avec la suppression de ces options, remplacées par un enseignement pratique interdisciplinaire. « Plus on décourage les profs, plus les élèves seront démotivés », nous confie une enseignante de collège privé de l’ouest parisien qui affirme défendre « une certaine conception de l’enseignement et de la transmission » : « L’excellence devient un mot tabou. On rejette l’élitisme, résultat : c’est la médiocrité générale. » Plus loin dans le long cortège, une banderole illustre ses propos : « Non à la médiocrité pour tous ».

Même inquiétude chez les profs d’allemand, dont la discipline pâtira, selon eux, de la suppression des classes bilangues (deux langues étrangères dès la sixième, des classes suivies par 16% des élèves de sixième). « Respectons le traité de l’Elysée ! », pouvait-on lire sur une pancarte, en référence aux clauses linguistiques de l’accord entre De Gaulle et Adenauer que nos germanophiles de gouvernants piétinent copieusement.

Une écharpe de la Mannschaft autour du cou, Marie-Thérèse Feuillet, prof d’allemand dans l’Ain, refuse la disparition des classes bilangues. « Je travaille dans un collège rural. Grâce à ces classes, nous avons pu ouvrir nos élèves à un horizon culturel très différent » tandis que la réforme « ne permettra pas de délivrer un enseignement de qualité » en langues étrangères.

Jean-Luc Mélenchon avait malicieusement pointé du doigt le « délire maoïste » d’un gouvernement qui traite l’enseignement latin-grec avec la parcimonie que le Grand Timonier réservait au piano. Des cours de latin dilués dans des cycles pédagos sur les « langues et culture et l’antiquité » aux classes bilangues amputées, le ratiboisage de l’école se poursuit au nom du « pourtoussisme ». Certes, ces coupes sombres font rager les réacs obstinément attachés à la transmission des savoirs, mais à leurs arguments passéistes, Najat Vallaud-Belkacem saura opposer cette belle sentence progressiste : « La quantité est une qualité ! »[1. Phrase que Staline aurait prononcée à la veille de la bataille de Koursk qui vit les milliers de chars de l’Armée rouge faire plier l’armée nazie.]

*Photo : AP Photo/Francois Mori)/XFM101/243788700558/150519183.

Guerre contre l’Etat islamique: que fait la Turquie?

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erdogan otan daech

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Étonnante diplomatie que la diplomatie turque. Le dernier conseil des ministres des Affaires étrangères de l’OTAN (Organisation du traité de l’Atlantique Nord) s’est tenu à Antalya en Cilicie. Au-delà de la vidéo grotesque de diplomates chantant à tue-tête « We are the world, we are the children » de Michael Jackson, la réunion fut l’occasion d’un numéro d’équilibriste assez périlleux pour Mevlüt Cavusoglu, le nouveau chef de la diplomatie turque : « La Turquie est le seul Etat membre de l’Alliance à avoir des frontières avec Daech (…) Daech à nos frontières n’est pas une situation tenable. Cela représente une menace significative pour nous (…) Nous devons prendre d’autres mesures (…) Pour éradiquer le terrorisme, nous devons nous attaquer aux bases du terrorisme« . Du bon sens en apparence. En réalité, une langue de bois à peine croyable.

Si on s’en tient aux faits, qu’a fait la Turquie contre Daech en Syrie? Qu’a-t-elle fait lorsque les kurdes syriens étaient encerclés dans Kobané? Rien. Depuis qu’Ankara a lâché Bachar Al-Assad courant 2011, elle n’a plus qu’un objectif sur son flanc sud-est; s’en débarrasser par tous les moyens. Erdogan refuse toujours l’accès des avions de la coalition à sa base otanienne d’Incirlik, dans le sud de la Turquie. Ce qui oblige les chasseurs américains et français à décoller du Golfe persique pour bombarder les positions de l’Etat Islamique, pourtant frontalières de la Turquie. Paradoxal pour un membre de l’OTAN qui réclame plus de moyens militaires à sa frontière face à la menace djihadiste.

Les partisans du califat s’infiltrent désormais sur le sol turc. Ce qui peut expliquer le double jeu d’Ankara. Selon un rapport des services de renseignement turcs, près de 3 000 personnes entretiendraient des liens avec le groupe Etat islamique (EI) en Turquie. Ce sont autant de cellules dormantes qui font peser le risque d’un attentat dans le pays.

Pour autant, ce violent effet boomerang n’a pas fait évoluer la position turque sur le dossier syrien autrement que dans les discours. L’OTAN, qui a déjà projeté des batteries de missiles Patriot contre l’aviation syrienne à la demande turque, est sommée de lutter contre l’EI : la Turquie exige d’elle la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne. Mais Erdogan refuse que l’alliance atlantique opère contre Daesh depuis ses bases aériennes. Cherchez l’erreur! En réalité, la Turquie souhaite une opération otanienne en Syrie, non pas pour éradiquer l’EI mais Bachar Al-Assad et ses soutiens chiites. Ankara appelle à la mobilisation contre l’EI tout en soutenant les groupuscules djihadistes comme le Front Al-Nosra (filiale d’Al-Qaïda) dont la sauvagerie serait moins extrême que Daech. De là à en faire de loyaux combattants des droits de l’Homme…

On peut admirer la souplesse de la diplomatie turque. Que d’acrobaties dans les instances multilatérales sans aucune crainte de se contredire! L’essentiel pour la Turquie est de porter haut sa voix et ses intérêts, quitte à bloquer toute action des coalitions dont elle fait partie. Sa dernière proposition a d’ailleurs été de plaider l’élargissement de l’OTAN à l’Ukraine, la Géorgie mais aussi la Bosnie. Plus on est nombreux, moins on est efficace.

Cette instrumentalisation grossière de l’OTAN est de moins en moins tenable. Le double jeu clairement assumé de la Turquie paraît désormais trop évident. Mais le problème d’une organisation multilatérale comme l’OTAN, c’est qu’une fois le ver introduit dans le fruit, il est impossible de l’en retirer. La Turquie l’a bien compris: elle a plusieurs fois menacé de quitter l’organisation sans jamais franchir le pas, trop heureuse de monnayer son pouvoir de nuisance. Une bonne leçon pour les partisans de sa candidature à l’Union européenne.

*Photo : Uli Deck/AP/SIPA. AP21733160_000002.