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Israël/Hamas : match nul?

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gaza israel hamas

Qui a gagné la guerre de Gaza ? Qui l’a perdue ? Comme après chaque « round » de violence au Moyen-Orient, ces questions se posent. Et il est encore plus difficile d’y répondre qu’on ne le pense…

Examinons l’adage plein de bon sens selon lequel « celui qui se demande qui a gagné la guerre qu’il vient de mener est toujours le perdant ». À première vue, la logique est implacable : une victoire c’est quelque chose aussi évidente que l’image de David – ou de Goliath si la Bible avait été écrite par les Philistins – hissant la tête coupée de son ennemi. Pour prendre un exemple plus récent, la guerre des Six-jours mit Israël à un contre trois et… se conclut par trois KO en moins d’une semaine ! Mais, à y regarder de plus près, cet exemple est problématique. Si on se contente de compter les morts, les blindés calcinés et les kilomètres carrés pris à l’ennemi, le bilan est clair. Mais le hic est qu’un peu plus d’un an après juin 1967, les Egyptiens se sont lancés dans une guerre d’usure de presque deux ans. Trois ans et deux mois après la fin de cette phase de harcèlement, ils lançaient, avec les Syriens, la guerre de 1973. C’est d’ailleurs grâce à la guerre du Kippour que l’Egypte a pu récupérer en 1982 la quasi-intégralité des territoires perdus en 1967. Si on ajoute à ce tableau la montée de l’OLP et le retour de la question palestinienne au cœur du conflit, la victoire militaire de 1967, pourtant éclatante et indéniable, avait porté quelques fruits amers.

En revanche, après la guerre de l’été 2006 au Liban, le consensus dans la presse internationale était sans appel : le Hezbollah avait infligé une défaite à Israël. Mais, huit ans plus tard, quelqu’un se hasarderait-il encore à dresser un bilan aussi net ? Il est donc inutile de s’arrêter aux manifestations de joie des uns et aux tableaux Excel des autres, tous deux à la fois vrais et faux. La dimension matérielle d’un conflit joue un rôle important, c’est même la logique profonde de l’usage militaire de la violence. Mais ces faits n’influent pas toujours sur la volonté et les intentions de l’adversaire. Or, puisque rares sont les guerres dont l’objectif réel est l’élimination totale de l’ennemi, c’est donc surtout son état d’esprit qui est visé. 

Pour revenir à Gaza, d’après ce qu’on sait de l’accord de cessez- le-feu, on constate un retour au statu quo ex ante, c’est-à-dire plus ou moins aux conditions qui avaient permis de mettre fin à l’avant-dernier « round » entre le Hamas et Israël, en novembre 2012. Mais cette lecture superficielle du conflit est celle d’un avocat comparant deux textes tandis que le tout est de mesurer les nouveaux rapports de force entre les belligérants. Pour le Hamas, gagner consisterait à convaincre – son opinion, les Palestiniens en général et suffisamment d’alliés – que la lutte armée contre Israël – sa raison d’être et sa principale différence d’avec l’Autorité Palestinienne – est la bonne stratégie. Tout autre chemin l’obligerait tôt ou tard à disparaître – le Hamas pourrait garder le même nom mais, en renonçant à sa charte et à la lutte armée, il deviendrait un Fatah bis – ou bien à se radicaliser et se marginaliser. Symétriquement, on peut comprendre ce que serait une victoire stratégique israélienne : neutraliser le Hamas en tant qu’acteur militaire du conflit.

Après sept semaines marquées par 90% de violence et 10% de diplomatie et de politique, la situation s’inverse. Le conflit va redevenir essentiellement politico-diplomatique (sans pour autant écarter toute violence). En conséquence, le poids d’Israël dans l’équation va baisser tandis que le jeu d’alliances et de tensions entre le Hamas et les autres acteurs de la scène mondiale (Egypte, Autorité Palestinienne, Qatar, Arabie Saoudite, Iran, Turquie, Etats-Unis) pèsera davantage. Dans l’état actuel du Moyen-Orient cela signifie que tout est possible, sinon le meilleur.

*Photo :  Ariel Schalit/AP/SIPA. AP21615573_000006. 

Arbitrage Tapie : Lagarde accusée de négligence

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lagarde tapie cour justice

Ainsi donc, Christine Lagarde aurait été mise en examen par la commission d’instruction de la Cour de Justice de la République pour « négligence ». En tout cas, c’est ce que nous claironnent les médias.

Et comme d’habitude, les réseaux entonnent immédiatement l’air du « tous pourris », en constatant que la justice n’est pas trop indulgente avec les gros, qu’un voleur de poule il serait déjà en prison, et que quand même que Christine Lagarde, elle ne devrait pas être chef du FMI, puisqu’elle est condamnée pour négligence. Bon, cette mise en examen fait partie des règlements de compte que l’on rencontre dans ce qui est devenu la seule façon de faire de la politique. Sur le fond, nous sommes tous d’accord pour faire la même chose, donc demandons aux juges de nous départager.

De quoi s’agit-il ? Il y a deux articles du Code pénal qu’il est nécessaire de connaître :  432 – 15 et 432 – 16. Le 432-15[1. Article 432-15 : Le fait, par une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public, un comptable public, un dépositaire public ou l’un de ses subordonnés, de détruire, détourner ou soustraire un acte ou un titre, ou des fonds publics ou privés, ou effets, pièces ou titres en tenant lieu, ou tout autre objet qui lui a été remis en raison de ses fonctions ou de sa mission, est puni de dix ans d’emprisonnement et d’une amende d’un million d’euros, dont le montant peut être porté au double du produit de l’infraction.], c’est celui qui concernerait l’arbitrage Tapie. Pas Bernard lui-même, puisque n’étant pas agent public, il ne peut pas être poursuivi de ce chef. Donc, il existerait des « agents publics » qui auraient détourné des « fonds publics » en organisant ou autorisant l’arbitrage ayant permis à Nanar de récupérer son pactole. Pour les condamner, il va falloir établir qu’ils aient agi frauduleusement, et que les fonds remis à Tapie étaient bien des fonds publics. Déjà, pas évident du tout. Mais, ensuite, il va également falloir établir que ces personnes étaient « dépositaires » des fonds . Normalement, en application du principe de comptabilité publique de séparation de l’ordonnateur et du comptable, ils n’ont jamais dû en être « dépositaires ». Bon, si la procédure arrive à sortir de l’enlisement où manifestement elle se trouve actuellement, et  si malgré toutes ces complexités, on aboutit à une décision de condamnation définitive prononcée par les tribunaux de l’ordre judiciaire, on pourra alors se pencher sur le cas de Madame Lagarde. D’ici quelques années…

Christine Lagarde, en application du principe de la séparation des pouvoirs, relève, du fait qu’elle était Ministre d’une juridiction particulière : la Cour de Justice de la République. Le texte qui lui serait alors applicable, si au préalable, répétons-le des fonctionnaires ont été condamné pour détournement de fonds publics, serait l’article 432-16[2. Lorsque la destruction, le détournement ou la soustraction par un tiers des biens visés à l’article 432-15 résulte de la négligence d’une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public, d’un comptable public ou d’un dépositaire public, celle-ci est punie d’un an d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende.].

Cette infraction est donc ce que l’on appelle une infraction « non-intentionnelle ». Madame Lagarde serait donc poursuivie ès qualité de ministre, non pas pour avoir volontairement favorisé un arbitrage bidon, mais pour avoir été négligente en ne l’empêchant pas. Eh bien,  dites donc, il y a du chemin à parcourir. Tout d’abord, on peut s’interroger sur la constitutionnalité de ce texte puisque les principes du droit pénal nécessitent la preuve de l’intention délictueuse. C’est l’adage : « il n’y a pas d’infraction sans intention de la commettre ». Ce principe est repris dans le Code pénal qui prévoit cependant des exceptions, mais dont le détournement de fonds publics par négligence ne fait pas partie… Gare à l’inconstitutionnalité qui pourrait être relevée par l’utilisation de la Question Prioritaire de Constitutionnalité (QPC).

Ensuite, il faudra établir au préalable le caractère bidon de l’arbitrage Tapie (Et là malgré ce qu’en racontent les médias, bon courage !), que cet arbitrage a été organisé par des fonctionnaires travaillant sous la responsabilité du ministre. Il faudra que les juridictions de l’ordre judiciaire dont relèvent ces fonctionnaires aient statué car il est nécessaire que l’infraction de détournement de fonds publics prévue par l’article 432-15 ait été établie avant que la Cour de Justice de la République puisse examiner le cas de Madame Lagarde. L’existence de l’infraction qui lui est reprochée (article 432-16) dépend mécaniquement de l’existence de celle du  432-15. On ne peut courir le risque d’une contradiction entre les juridictions. Le juge judiciaire disant par exemple, qu’il n’y a pas de détournement de fonds publics, et la Cour de Justice disant qu’il y a négligence. C’est ce que l’on appelle l’exception de litispendance. Alors, c’est seulement lorsque leurs collègues de la juridiction judiciaire auront statué que, les juges de la Cour de Justice pourront se pencher sur le fait de savoir si Madame Lagarde a été négligente.

Il y a assez peu de chances que tout cela arrive au bout. Mais de toute façon, la seule chose dont on est assuré, c’est que s’il y a inconstitutionnalité, nullité procédure ou relaxe, nous aurons droit à l’invocation de Jean de La Fontaine « selon que vous serez puissants ou misérables… ».

En attendant, pour ceux qui s’attachent au respect de la forme, « sœur jumelle de la liberté », rendez-vous en 2022…

*Photo : SIPANY/SIPA. SIPAUSA30109194_000014. 

Valls II : la ligne claire

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valls macron taubira

On aurait presque envie de remercier chaleureusement Arnaud Montebourg. Au moins, grâce à lui, tout est désormais clair. Les derniers masques tombent, et en particulier celui de Manuel Valls. Certes, on pourrait lui reprocher la forme. Le discours de Frangy-en-Bresse avait un côté surréaliste. Assistait-on à une intervention du ministre de l’Economie ou à un discours du chef de l’opposition ? N’aurait-il pas été plus raisonnable de présenter enfin sa démission, à la manière d’un Jacques Chirac trente-huit ans plus tôt ou d’un Jean-Pierre Chevènement en 1983 ? Sans aucun doute. Mais à l’heure des chaînes infos et de Twitter, il vaut mieux entretenir le buzz. Un ministre ça ne ferme plus sa gueule à moins de démissionner, ça l’ouvre sans cesse jusqu’à se faire virer. C’est Rama Yade qui avait inauguré la formule sous l’ère Sarkozy. Pas sûr que cela constitue un progrès. Toujours est-il que Montebourg s’est mis en accord avec son discours. Il ne participe désormais plus à un gouvernement dont il fustige la politique. Il n’hésite pas à prendre un gros risque d’un point de vue personnel, puisqu’il n’est plus que conseiller général de Saône-et-Loire et que, finalement, c’est plutôt Benoît Hamon, dont il a aussi provoqué le départ, qui va mettre la main sur l’aile gauche du PS.

Ce psychodrame comporte d’autres avantages. Hamon, nous venons de le souligner, a aussi dû faire un choix entre son prestigieux maroquin et ses convictions. Christiane Taubira, en revanche, qui avait tenu à faire savoir qu’elle approuvait les révoltés de Frangy, a finalement choisi de se maintenir à son poste. On passera sur le cas d’Aurélie Filippetti qui savait son sort scellé depuis longtemps et a sans doute profité de l’aubaine pour habiller sa sortie. Les écologistes ont aussi réaffirmé leur refus de participer au gouvernement. Et même si Jean-Vincent Placé, Barbara Pompili et François de Rugy ont certainement connu des tentations, l’unité de leur parti a été préservée. Les Verts envoient ainsi un signal clair aux citoyens : ils n’approuvent pas l’orientation économique du gouvernement. Les outils que la Ve République met à disposition de la clarté politique permettront aussi de se faire une idée de la force de conviction de ces mêmes écologistes et des fameux frondeurs du PS. Valls a promis un vote de confiance. Twitter son désaccord, c’est bien, le manifester par un vote pouvant avoir des conséquences sur son mandat, c’est beaucoup mieux. À cet égard, le procès-verbal de l’Assemblée nationale qui établira la liste de ceux qui votent contre la confiance au gouvernement Valls II sera la plus belle des clarifications.

Nous en savons désormais aussi davantage sur la personnalité du Premier ministre. Lui qui ne jurait que par Clemenceau, qui appréciait qu’on le compare, grâce à son goût pour l’autorité républicaine, à Jean-Pierre Chevènement, vient de tomber définitivement le masque. Le remplacement de Montebourg par Emmanuel Macron, consacré au « Grand Journal » comme « l’ami du patronat » par son imprudent collègue Rebsamen, constitue un symbole fort. Ce protégé de Jacques Attali vient occuper ce poste afin de mettre en place les fameuses mesures de « libération de l’économie » du plan commandé par Nicolas Sarkozy à l’ancien conseiller de François Mitterrand, mesures que l’ex-président avait préféré mettre au rancart, assez prudemment à notre goût. Et puisque la barre est mise à droite sur l’économie avec Macron, il fallait donner des signes qu’on est encore de gauche. Ainsi, Valls qui fustigeait mezza voce le laxisme de Taubira, a tout fait pour qu’elle demeure dans son gouvernement. Et il a promu Najat Vallaud-Belkacem, chantre des ABCD de l’égalité, véritable chiffon rouge pour la galaxie « Manif pour tous ». Mobiliser la droite sociétale contre soi afin de faire croire qu’on est encore de gauche : pitoyable calcul qui va à l’encontre de l’apaisement de la société, apaisement qui était au centre de la fameuse anaphore du candidat Hollande dans son duel télévisé face à Nicolas Sarkozy. Si d’un point de vue politicien, il s’agit bien d’un enfumage, les lecteurs de Jean-Claude Michéa savent que le libéralisme économique de Macron n’a rien de contradictoire avec le libéralisme culturel, de Vallaud-Belkacem et Taubira. Voilà encore une clarification, idéologique celle-là, sur les penchants libéraux-libertaires de ce gouvernement. Finalement, la seule manifestation vallsienne de son opposition au libéralisme, c’est sa propension à réduire le champ de la liberté d’expression. Convenons que ce n’est pas forcément sympathique.

On attend bien entendu d’autres clarifications. Qui passeraient par l’éclatement du PS et de l’UMP et une recomposition nécessaire du paysage politique français. Malheureusement, celles-ci, on risque de les attendre encore.

*Photo : WITT/SIPA. 00682977_000016. 

Mois d’août globalement négatif

Le mois d’août a été émaillé – comme rarement – de catastrophes intolérables, guerres meurtrières, drames humains, fournitures scolaires et coups de soleil. Il était temps que septembre revienne.

Les Charlots en Irak. Les aliénés narcissiques de « L’Etat islamique » ont assassiné par décapitation le reporter James Foley, et ont diffusé la vidéo monstrueuse de ce crime sur Internet. The Guardian nous apprend que le principal bourreau de J. Foley a été identifié par d’anciens otages. Leader d’un groupe de trois combattants d’origine britannique partis faire le djihad en Irak, le tortionnaire serait un londonien dénommé John. « Ce groupe serait surnommé «les Beatles» par les otages, du fait de leur nationalité » souligne Le Figaro. L’humour, en pareilles circonstances, ça n’a pas de prix…

En territoire inconnu. La presse Belge a largement relayé un appel à témoin concernant un individu frappé d’amnésie, qui a tout oublié de son identité. Sa description est accompagnée d’une photo où on le voit barbu, ébouriffé et manifestement désorienté. Suggérons une piste… Une personne qui a fui en Belgique, qui cherche à tout oublier de son passé et que personne n’arrive à le reconnaître… il est probable qu’il ait fait partie du gouvernement de Jean-Marc Ayrault… Je mets mon dollar sur Cécile Duflot.

Drame de l’élevage. L’AFP nous apprend qu’en Haute-Saône « 150 cochons ont péri sur la route de l’abattoir« . Le camion qui les transportait s’est renversé à hauteur de la commune de Saponcourt, sans laisser aucune chance aux mammifères. L’histoire retiendra qu’ils ne sont pas arrivés à bon porc. (Navré, je suis vraiment navré…)

Du Sud au Nord, des néorégions à l’Ouest

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decoupage administratif region

Quand on demande à quelqu’un d’où il est − et ce sans la moindre ambition philosophique, mais par pure courtoisie −, il vous répond en général spontanément : « Je suis d’Orléans » ou bien « Je suis de l’Eure ». Si cette même question vous est posée par un étranger, vous pouvez pour votre part oser un « Je suis français », phrase qui forme l’ultime réplique d’un beau roman trop oublié de Michel Mohrt : Mon royaume pour un cheval[1. Albin Michel, 1949.].

Vous conviendrez qu’il est beaucoup plus rare de s’entendre dire : « Je suis de PACA », un ne nos plus abominables acronymes régionaux ou même « Je viens de Languedoc-Roussillon ». Pour ce dernier cas, le scandaleux Georges Frêche, qui fut avant sa mort l’inamovible maire de Montpellier et grand baron régional, avait même voulu rebaptiser son fief « Septimanie » en lointain souvenir de l’époque gallo-romaine. On s’était beaucoup moqué de lui à l’époque. On avait sans doute eu tort. « Septimanie » incite tout de même plus à la rêverie que « Languedoc-Roussillon » et vous aurez beau dire, c’est la rêverie, les souvenirs d’enfance et la mémoire de nos morts qui nous font précisément nous sentir de quelque part. Quant à l’Union européenne, cet horizon tristement indépassable du destin français, je n’ai pour ma part entendu jusqu’à présent personne s’affirmer unionien, si ce n’est précisément dans une affirmation idéologique, abstraite, qui n’a plus rien de sentimental.[access capability= »lire_inedits »]

On pourra objecter qu’il arrive à certains de se définir comme breton, lorrain ou normand, et que cela correspond bien à un terroir qui est aussi une région administrative. On répondra que même un découpage technocratique ne peut pas systématiquement effacer toute référence à l’histoire. On se souviendra ainsi que, lorsque la Révolution française créa les départements, elle renonça assez vite au projet du député chargé de la question, le Rouennais Jacques-Guillaume Thouret, qui avait la froideur mathématique propre aux utopistes : « La France sera divisée en 80 carrés, appelés départements, tous égaux, de 324 lieues carrées, divisés en 9 communes de 36 lieues carrées, divisées en 9 cantons. » Avec Paris, cela faisait 81, soit 9×9… Heureusement, Sieyès et Mirabeau nuancèrent la chose assez vite et les départements, au nombre de 83, suivirent finalement des frontières naturelles tracées par les cours d’eau et les reliefs.

C’est pourquoi on peut légitiment se demander d’où vient ce désir de plus en plus pressant, ces temps-ci, de nous faire vivre dans des super-régions qui ne correspondent plus à rien qui soit un tant soit peu ancré dans la géographie ou dans l’histoire, alors que le vieux triptyque républicain faisait que chaque Français se sentait − et se sent toujours − à la fois d’une commune, d’un département et d’un pays. C’est son « mille-feuilles » intime à lui, hérité de plus de deux cent cinquante ans de génie du jacobinisme qui a permis, quoi qu’on en dise, de poser les bases d’un aménagement du territoire à la fois harmonieux, durable et égalitaire, dans un équilibre subtil entre rationalisation et refus d’oublier les anciennes appartenances.

Mais non, décidément, on n’en veut plus, de ce triptyque. On nous serine que 36 000 communes, c’est beaucoup trop. Alors adieu au monde désuet de Clochemerle, de Gabriel Chevallier. On nous affirme que le département doit disparaître, ou tout au moins être vidé de sa substance par évaporation de ses compétences. Alors adieu à La Muse du département, de Balzac, qui avait trouvé là son plus joli titre – avec Illusions perdues. Et on nous promet que l’avenir est à ces entités hors-sol qui permettraient de substantielles économies en faisant disparaître les doublons dus à une suradministration scandaleuse.

Fort bien. Mais il est intéressant de savoir que ce désir est aussi celui d’une mise aux normes européennes, un peu comme on met aux normes l’électricité d’un vieux bâtiment. Avez-vous par exemple entendu parler des « NUTS » ? Il faudrait parce que, très bientôt, de gré ou de force, vous ou vos enfants ferez partie d’un ou d’une NUTS. Encore un acronyme charmant qui signifie « Nomenclature des unités territoriales statistiques ». C’est un système hiérarchique de découpage économique du territoire voulu par l’UE [2. Règlement  1059/2003 du Parlement européen et du Conseil relatif à l’établissement d’une Nomenclature commune des unités territoriales statistiques (NUTS), 32003R1059, adopté le 26 mai 2013, JO du 21 juin 2013, p.1-41, entré en vigueur le 11 juillet 2013.]

. Trois niveaux ont été établis : NUTS 1 (3 à 7 millions d’habitants), NUTS 2 (800 000 à 3 millions), NUTS 3 (150 000 à 800 000). Cela a tout l’air d’un gag technocratique, d’une plaisanterie ubuesque, mais c’est bien pour que nos régions puissent entrer dans ce cadre que la réforme territoriale paraît soudain si urgente.

Seulement voilà, ce projet est tout aussi absurde, totalitaire même, que le projet du député Thouret. Parce que cet échelon-là, soi-disant le seul à même d’assurer à un territoire son avenir et son autonomie, est un nouvel exemple de cette vilaine manie de vouloir décider à un niveau qui non seulement ne signifie plus rien pour le citoyen mais dont on prend soin de lui cacher l’importance.

On nous a déjà fait le coup avec les intercommunalités, pour lesquelles nous étions censés voter pour la première fois lors des dernières élections municipales. Sur les bulletins étaient inscrits les noms d’une liste complémentaire de « conseillers communautaires ». En effet, depuis le 1er janvier 2014, qu’elles le veuillent ou non, les 36 700 communes de France font partie d’une intercommunalité. Au revoir, Monsieur ou Madame le Maire ! Bonjour Monsieur ou Madame le Président de la Communauté de communes ou de la Métropole. C’est lui ou elle qui décidera de vos transports, de vos routes, du développement économique, de la politique sociale et environnementale – excusez du peu. Il suffisait de voir la tête de Martine Aubry le soir du deuxième tour des municipales, à Lille : certes, elle venait d’être réélue, mais avec le basculement à droite de Roubaix et de Tourcoing, notamment, elle voyait la présidence de la Communauté urbaine lui échapper. En fine politique, elle a su malgré tout jouer sur les divisions des uns et des autres et faire élire président le maire non-inscrit d’une petite commune, charmant homme de paille, qui lui est tout dévoué. Si bien que le président d’une entité de plus d’un million d’habitants aux compétences accrues est un quasi-inconnu des électeurs[3. Pour l’anecdote, il s’appelle Damien Castelain et il est maire de Péronne-en-Mélantois (900 habitants).].

Il ne faut pas s’étonner, dans un tel contexte, de l’abstention galopante et de l’usure accélérée du pouvoir, y compris de celui du président de la République. Le réaménagement territorial en cours de la France, à grands coups de lois sur la décentralisation, a réalisé l’exploit de faire voter les Français pour des gens qui ont de moins en de pouvoir tandis que tout ce qui les concerne se décide ailleurs, dans des instances anonymes, des échelons invisibles mais qui façonnent désormais leur vie : intercommunalité, super-régions, Commission européenne.

Et la démocratie dans tout ça ? Je ne sais pas si c’est l’influence de l’été qui arrive, mais elle me fait de plus en plus penser à une fille anorexique en bikini sur la plage. Elle est presque nue, mais elle ne fait plus envie à personne.

Et il ne viendrait  à l’idée de personne de l’inviter dans son nouveau NUTS.[/access]

*Photo: Soleil

Politique de l’offre : Vers l’économie low-cost?

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Au moment où tous les gouvernements de la zone euro ne jurent que par la politique de l’offre, il peut être intéressant de s’interroger sur les vertus supposées de la concurrence débridée et l’effet d’une baisse constante des coûts relatifs des biens et de services.

L’économie de marché trouve son apogée depuis quelques années dans une dérégulation intensive de la plupart des secteurs économiques. De privatisations en démantèlements de monopoles, d’ouverture à la concurrence en libéralisation, la certitude est désormais ancrée dans l’esprit d’un public assez large que la concurrence est une « révolution libératrice » pour le consommateur.

Celui-ci a pu mesurer, dans les secteurs les plus tôt ouverts à la concurrence, certains bienfaits qu’elle pouvait lui apporter : qui ne s’est pas rendu compte que sa facture de téléphone avait baissé fortement ? Qui n’a pu bénéficier d’un vol Paris-New York à 500 euros ? Pourtant, derrière cette apparence libératrice, se fait jour une autre évidence : « La concurrence, c’est très emmerdant »

Car, dans les secteurs les plus concurrentiels, le consommateur se trouve confronté à une pluralité de choix très embarrassante. Il est désormais obligé de se forger une expertise technique et économique de haut niveau s’il veut être à même de juger avec pertinence des offres qui lui sont faites. Il est, de plus, en butte à une pression environnementale très forte : tout se passe comme si, culturellement, le consommateur avait échangé une « culpabilité chrétienne » contre une « culpabilité économique ». Ce sont ses enfants ou ses amis qui vont ainsi tenter de le ringardiser : « Comment ? Tu n’es qu’à 2 Mbits/s ? Moi, j’ai du 20 mégabits !… » Sa femme va tenter de le culpabiliser : « Comment se fait-il que nous payions 35 euros ? Les Durand sont malins eux, ils payent 29,90 euros !… » La guerre commerciale étant à son comble, celui qui veut rester à la page est obligé de jongler sans arrêt entre les différents opérateurs, au risque de pénaliser sa continuité de service et de s’engager dans des contentieux usants…

La concurrence s’intensifiant dans certains secteurs, ce qui était initialement perçu comme une fonction libératrice tend à devenir une contrainte : les situations de monopole avaient ceci de satisfaisant pour le consommateur qu’il échangeait le regret de ne pas avoir de choix contre le soulagement de ne pas avoir à choisir !

Au-delà des impressions contradictoires qui peuvent naître de la « fonction libératrice de la concurrence » tant vantée par les économistes libéraux, il apparaît aussi que cette notion pâtit de la confusion qui est entretenue dans l’esprit du public entre « privatisation » et « libéralisation », entre « monopole » et « service public », entre « dérégulation » et « concurrence » : des monopoles peuvent être privés (cf. le monopoles locaux de la distribution de l’eau), la dérégulation n’aboutit pas nécessairement à la concurrence (le consommateur anglais qui souhaite se rendre de Londres à Oxford en train n’a bien évidemment pas le choix de sa compagnie ferroviaire, sauf à choisir de passer par Glasgow au lieu de Reading…), des opérateurs privés peuvent se voire confier des obligations de service public (désenclavement des « zones blanches » ou portage des numéros pour les opérateurs de téléphonie mobile par exemples…).

S’ajoute à cet aspect des choses la segmentation des fonctions qui étaient autrefois portées par un opérateur unique : production, transport, distribution, commercialisation sont désormais parfois répartis entre plusieurs opérateurs sans que le client final ne soit en mesure d’apprécier la pertinence de cette segmentation (qui n’existe parfois pas), ni d’en comprendre les enjeux. De cette incompréhension naît parfois un fort mécontentement face à une forme d’irresponsabilité des opérateurs en cas de discontinuité du service : qui sait ce qui se passe exactement entre sa prise téléphonique et le serveur d’un fournisseur d’accès internet ? En cas de panne, qui en est responsable ?

On comprend donc que pour le consommateur , « libéralisation » rime parfois avec « confusion » et « concurrence » avec « absence de transparence »…Au-delà des remarques précédentes qui sont de nature « relationnelle » (elles correspondent au vécu, à l’expérience du consommateur confronté à la liberté de la concurrence), il existe d’autres obstacles à une concurrence vertueuse qui sont de nature économique. Le secteur des télécoms est souvent mis en avant parce qu’il reflète le mieux les bienfaits que la concurrence apporte au consommateur : liberté de choix – baisse de coûts – augmentation des performances – émergence et satisfaction de nouveaux besoins…

Mais ce secteur dispose d’un atout bien particulier : c’est l’abondance quasi-illimitée des ressources qui génère la spirale vertueuse des offres concurrentielles. Car les télécoms, comme l’informatique sont régis par la loi de Moore : « tous les 18 mois, la performance de systèmes est multipliée par 2 à coût égal » ; en 1990 les modems transmettaient à 5 Kbits/s, 24 ans après (15 fois 18 mois), l’internet peut être aujourd’hui desservi commercialement à 150 Mbits/s ce qui corrobore tout à fait la loi de Moore (5K x 215 = env 150 000K…). Nous sommes donc en présence d’un marché où règne l’abondance des ressources. Et cette abondance est elle-même génératrice de nouvelles sources de valeur : on commence par transporter de la voix, puis des données, puis des images, puis de la musique, puis de la vidéo ; ces flux représentant des valeurs économiques toujours croissantes. A performance égale (ou à flux égal), il est évident que les opérateurs peuvent se livrer sans grand risque à une guerre des prix, sachant que la ressource leur coûte toujours moins cher à partir du moment où ils la partagent entre un nombre croissant d’utilisateurs…

À l’inverse, dans d’autres secteurs ouverts à la concurrence, les transports aériens par exemple, l’abondance, si elle existe, n’est pas structurelle mais conjoncturelle : elle n’est pas liée au coût complet du service (qui reste relativement fixe même si le low-cost réduit un peu les coûts ) mais à son coût marginal (en fonction du taux de remplissage), ni à une évolution de structurelle de l’offre mais à une évolution conjoncturelle de la demande (l’offre ne devient surabondante que lorsque la demande baisse du fait d’une crise économique par exemple). Dans cette situation d’abondance conjoncturelle et marginale, la concurrence n’est pas créatrice de valeur mais destructrice de valeur à l’échelle macro-économique : la guerre des prix devient très périlleuse pour les opérateurs, il suffit pour s’en rendre compte de regarder le nombre de faillites dans le secteur aérien. Le marché du transport aérien n’est donc pas un marché d’abondance, mais un marché ajusté (soit en pénurie de ressources en cas de reprise de la demande, soit à l’équilibre, soit en ajustement marginal).

Le marché de l’énergie n’est pas non plus un marché de l’abondance. On peut même, sans risque de se tromper, prédire qu’à moyen ou long terme ce sera un marché de vraie pénurie structurelle. Les énergies stockables peuvent bénéficier d’un levier d’ajustement sur le moyen terme entre l’offre et la demande, mais l’électricité qui n’est pas stockable reste assujettie à des effets de levier extrêmement marginaux d’ajustement (effets de crête). Seule une politique d’optimisation des frais généraux (baisse des salaires ou des effectifs) permet de vendre moins cher sans que la croissance du marché génère des marges de manœuvre supplémentaires comme dans les télécoms.

On peut donc en déduire que la concurrence n’est vertueuse (bénéfique aux producteurs comme aux consommateurs : stratégie win/win) que dans les rares secteurs économiques ou règne une situation d’abondance des ressources.

Une autre considération est à prendre en compte pour juger des vertus de la concurrence : c’est celle de la nature du marché ; est-ce un marché de l’offre ou un marché de la demande ? Le marché des télécoms est à l’évidence un marché de l’offre. C’est l’abondance des ressources qui génère de nouveaux besoins et partant de nouvelles offres : parce que les débits le permettent, apparaissent de nouvelles offres de vidéo à la demande, de TV par Internet, etc. Ces nouvelles offres justifiant une demande croissante de ressources dans une spirale vertueuse en terme de valeur.

Le secteur des transports aériens est aussi devenu un marché de l’offre dans son versant loisir : on ne voyage pas parce que c’est une nécessité, mais parce que des offres alléchantes suscitent le besoin de s’évader…

Le secteur de l’énergie n’est pas un marché de l’offre. C’est un marché de la demande : on ne se chauffe pas plus parce que le prix du fioul baisse… On n’allume pas plus la lumière parce que le prix de l’électricité baisse. C’est un marché de la nécessité : la multiplication des offres ne crée pas de nouveaux besoins générateurs de valeur. On peut ainsi avancer que la concurrence n’est pas vertueuse sur les marché régis par la demande ou par l’utilité.

En fait, la concurrence n’est vertueuse qu’en cas de rupture technologique. Les ruptures technologiques (surtout présentes sur les marchés d’offre) sont aussi des leviers de croissance forts pour générer de la valeur en créant ex-nihilo des nouveaux besoins ou en transférant de la valeur entre des opérateurs traditionnels et des nouveaux intervenants sur le marché. Le secteur informatique en est le meilleur exemple. La numérisation de la musique a profondément reconfiguré le paysage de la production et de la distribution musicale, par exemple…

Dans les transports aériens, on a pu dans une moindre mesure repérer aussi une rupture technologique : le jumbo-jet a permis de réduire fortement le coût passager et a bien évidemment généré de la valeur en suscitant des offres de voyage de loisir de masse…

Le secteur de l’énergie en général et de l’électricité en particulier n’ont pas connu de rupture technologique majeure depuis longtemps : la dernière en date restant les centrales nucléaires (aujourd’hui abandonnées) s’affranchissant des ressources en énergie fossile pour industrialiser la production d’énergie d’une manière quasi endogène (Super Phénix, …). On peut parier que la fusion thermo-nucléaire (froide ou chaude) dans un avenir lointain constituera une rupture encore plus majeure. Mais dans tous les cas, ces ruptures sont liées à la production et pas à la distribution. Tant qu’aucune rupture technologique forte ne viendra modifier le mode de consommation d’énergie des consommateurs (le stockage ou l’étalement de la consommation, par exemples…), la concurrence ne créera pas de « sur-valeurs » dans ce secteur. Les transferts de valeurs y seront aussi faibles du fait de l’emprise de la production sur toute la chaîne.

La concurrence n’est donc génératrice de transferts de valeur bénéfiques au final aux consommateurs que quand des ruptures technologiques majeures permettent aux opérateurs de se différencier.

Quelle grille d’analyse politique de la concurrence ?

L’opérateur privé sera-t-il en situation de monopole et en quoi son monopole sera-t-il utile au service public ? Cette question doit par exemple guider la réflexion sur l’opportunité de “dé-privatiser” les sociétés d’autoroute ou d’envisager un système de taxation pou restituer aux citoyens le revenu du droit d’usage de l’espace publique. Cela devrait conduire aussi à mettre un terme aux projets de privatisation des aéroports.

L’opérateur sera-t-il en situation d’abondance des ressources ? Si oui, il est évident que le citoyen a tout à gagner à une saine et loyale concurrence entre opérateurs. C’est évidemment le cas des télécoms. Cela n’exclue évidemment pas de fixer à ces derniers des devoirs comme par exemple l’équipement des zones blanches. Mais les mêmes critères doivent conduire à considérer que la distribution du courrier ou des colis ne relève pas du tout d’une situation d’abondance et que dans ces conditions la privatisation rampante de la Poste doit être stoppée et le marché régulé.

Ce sont là quelques exemples qui montrent qu’il faut analyser chaque situation au regard des potentialités du marché, du service apporté au consommateur, du droit des citoyens à maîtriser l’espace public, du coût complet de chaque service, en termes d’emplois induits, d’effets secondaires sur le long terme, mais aussi et malheureusement sur l’endettement du pays du fait de la situation catastrophique des finances publiques.

Et pendant ce temps-là, en Ukraine…

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ukraine poutine nicolas tsar

Nous nous sommes focalisés sur Gaza (et il y avait de quoi). Nous essayons de suivre ce qui se passe en Syrie et en Irak, et nous le suivons avec stupeur, parce que, ce que nous voyons à l’œuvre là-bas, c’est quelque chose qui n’on n’avait pas revu depuis le génocide arménien de 1915. — Mais qu’est-ce qui se passe en Ukraine ?

J’essaie de comprendre, j’essaie de lire les sources les plus différentes, en russe, en anglais ou en français, et je ne comprends rien. Et c’est le fait que je ne comprenne rien qui me frappe.

Et d’abord, les chiffres. On parle de plus de 700 000 réfugiés, rien qu’en Russie. Je ne me rends pas bien compte de ce que c’est, 700.000, en vrai. Plus de trois fois la population de Rennes. On dit qu’à Donetsk, il n’y a plus ni eau ni électricité — pour une ville d’environ un million d’habitants, dont plus de la moitié se serait enfuie. — Oui, j’emploie le conditionnel, et je me dis : mais c’est invraisemblable que j’emploie le conditionnel. En vrai, où ils sont, les gens ? Et ça se passe à deux heures en avion de chez nous.

Et je regarde les videos des « combattants »… J’écoute la façon dont ils parlent, — pas les discours, mais ce qu’ils disent entre eux, les « pro-russes », ou les « pro-ukrainiens », et, à chaque fois que je tombe sur une video de youtube, je suis stupéfait par leur langue — ils parlent tous le même russe, mais un russe truffé d’obscénités qu’ils utilisent comme des clausules, des éléments rythmiques (c’est facile en russe, — dans ce domaine-là, il y a une grande quantité de monosyllabes…).Et je ne sais pas ce qu’il en est des opérations militaires proprement dites. Certains de mes correspondants FB en Russie considèrent comme acquis que les troupes russes sont entrées sur le territoire de l’Ukraine, — ce qui semble confirmé par les sources ukrainiennes (« semble confirmé », je me croirais revenu ma traduction de L’Idiot de Dostoïevski, avec ses « sembler comme peut-être sûr »). C’est-à-dire qu’il y a la guerre. Que la Russie, en tant que telle, est entrée en guerre. — Et tout se passe comme si c’était normal.

Et puis, cette haine. Des deux côtés. Je ne sais plus quel ministre ukrainien (il faut que je retrouve) parle de la « rousskaïa i pro-rousskaïa mraz’ »… « Mraz’ », c’est un mot terrifiant : l’adjectif « omerzitel’ny » signifie « répugnant », « dégueulasse », tant du point de vue physique que moral. « Mraz’ », c’est le substantif de ça. Je ne trouve même pas de mot en français pour le dire : la « saloperie » (non, le mot est beaucoup plus fort en russe) russe et pro-russe… Mais jamais les Russes et les Ukrainiens n’avaient employé un tel vocabulaire les uns envers les autres. Jamais. Et les Russes, évidemment, ne sont pas en reste. — Et pire encore : vous lisez les articles, ultra-patriotiques, de la presse officielle, vous lisez des appels d’écrivains, vous comprenez que vous êtes revenus au vocabulaire du stalinisme le plus pur. Ou, à vrai dire, non, pas le vocabulaire du stalinisme. Ce qui me frappe dans la presse russe actuelle, — ce que je lis sur internet, — c’est que le ton est celui du tsarisme, et celui du règne de Nicolas Ier : celui du moment où la Russie était le « gendarme de l’Europe », contre les révolutions de 1848.

Nous sommes réellement revenus au principe d’Ouvarov, qui définissait l’Empire russe en 1835 : « orthodoxie, autocratie, principe national »… Des flots de haine nationaliste se déversent sur les gens. Les Russes n’entendent que ça : ils sont assiégés par des fascistes, lesquels fascistes sont soutenus par les USA et l’Europe.

De l’autre côté, la haine aussi. Et quand on regarde les volontaires ukrainiens (je ne parle pas de l’armée régulière), combien d’entre eux défilent avec les drapeaux de Svoboda ou du « Secteur Droit », c’est-à-dire sous des drapeaux néo-nazis — au sens le plus précis du terme ?Il n’y avait jamais eu de haine entre les Russes et les Ukrainiens. La Russie est née à Kiev. Le seul moment où il y a eu des discours de haine, c’est au moment de la guerre, de la part des nationalistes ukrainiens, qui étaient parmi les pires vermines qui aient jamais existé. Je n’oublie pas le rôle des gardes chiourmes dans les camps nazis. Je n’oublie pas les pogroms. Et, il faut bien le dire, j’en ai parlé dans mon article de février (avant la reprise de la Crimée par les Russes), les héros de l’indépendance ukrainienne, ils puent. Bref, voilà. La guerre. Le retour à l’Empire russe, avec la même dictature (il ne s’agit pas d’un retour à Staline, non — d’un retour à Nicolas Ier). De l’autre, je ne sais pas quoi. Je ne sais pas au nom de quoi. Je ne sais pas pour quel avenir. Et je n’arrive pas à comprendre, concrètement, là, maintenant, ce qui se passe. Et je ne comprends pas comment cette catastrophe, humanitaire, humaine, morale, malgré tous nos moyens d’information, reste à ce point si loin de nos consciences.

Cet article a initialement été publié sur la page Facebook d’André Markowicz.

*Photo : Efrem Lukatsky/AP/SIPA. AP21432992_000001.

Scoop : la composition du gouvernement Valls II

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valls gouvernement najat vallaud

Le bras de fer entre l’exécutif et les ministres rebelles aura eu des conséquences inédites : Benoît Hamon devient ainsi le Premier ministre de l’Education nationale qui se voit privé de rentrée des classes. La présidence Hollande envoie bien des signes de fébrilité depuis l’élection de 2012 mais on conviendra quand même qu’un ministre de l’Education qui prend la tangente et fait l’école buissonnière à cinq jours de la rentrée, ça ne fait pas très sérieux. Même les syndicats semblent un peu désorientés : « Les choses commençaient à cette rentrée. On n’a pas eu le temps d’avoir sa philosophie sur le rôle de l’école », se désole presque Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU. Il faut dire qu’en cinq petits mois de présence, Benoît Hamon aura tout juste eu le temps de reprendre le cafouillage sur les rythmes scolaires, de retarder une éventuelle refonte des programmes, de retarder la pré-rentrée qui avait été avancée, de ranger au placard l’ABCD de l’égalité et de lancer en l’air l’idée de faire disparaître les notes à l’école. Finalement, ce ne sont pas les notes qui ont disparu, c’est le ministre. Si on se laissait tenter par l’humour de potache, on pourrait plagier Brice de Nice : Benoit, t’es comme le H de Hamon, tu sers à rien !

Cela dit, le gouvernement Valls I n’a, dans son ensemble, pas non plus servi à grand-chose. Manuel Valls voulait un « gouvernement de combat », il l’a eu : tout le monde s’est castagné dans tous les sens et l’empoignade se termine par au moins trois sorties de terrain : Montebourg est invité à aller redresser le redressement ailleurs, Filippetti se fend, pour annoncer son départ, d’une lettre ouverte qui fait à l’avance frémir les puristes de l’orthographe et Benoît Hamon pourra se consoler en devenant délégué des parents d’élèves à la prochaine rentrée. C’est qu’il n’est pas commode Manuel, le nouveau CPE ! Et comme il a viré tout le monde, à lui maintenant de composer une nouvelle dream team qui ne se montre pas aussi embarrassante que la précédente. Lourde responsabilité ! Notre cher président l’a doucereusement prévenu, il faudra cette fois composer « une équipe en cohérence avec les orientations qu’il a lui-même définies pour notre pays ». Voilà qui n’est pas évident mais on pourrait suggérer à Manuel Valls la composition suivante, afin d’éviter tout risque de nouvelle implosion la veille de la rentrée, ce qui ferait vraiment désordre :

Premier ministre : Manuel Valls

Ministre des Affaires étrangères : Manuel Valls

Ministre de l’Ecologie et du développement durable : Bob l’éponge

Ministre de l’Education nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche : Manuel Valls

Garde des sceaux et ministre de la Justice : le mime Marceau

Ministre des Finances et des comptes publics : Manuel Valls

Ministre de l’Economie, du redressement productif et du numérique : Pierre Gattaz

Ministre des Affaires sociales et de la santé : Dany Boon

Ministre du Travail, de l’emploi et du dialogue social : Didier Deschamps

Ministre de la Défense : Yannick Noah 

Ministre de l’Intérieur : Manuel Valls

Ministre des Droits des femmes, de la ville, de la jeunesse et des sports : Najat Vallaud-Belkacem

Ministre de la Décentralisation et de la fonction publique : Manuel Valls

Ministre de la Culture et de la communication : Manuel Valls

Ministre de l’Agriculture, de l’agro-alimentaire et de la forêt, porte-parole du gouvernement : Manuel Valls

Ministre du Logement et de l’égalité des territoires : Manuel Valls

Ministre de l’Outre-mer : Manuel Valls

Il sera ainsi plus facile de former un gouvernement qui soit en cohérence avec les orientations qu’il a lui-même définies pour notre pays. Ne reste plus qu’à trouver les orientations.

*Photo : J.E.E/SIPA. 00685523_000029.

Exit Montebourg et Hamon, Guignol est de retour!

hamon valls montebourg

Nul besoin de regarder le ciel pour se rendre compte que c’est la rentrée. Le mois d’août tire à sa fin sous un ciel et gris et froid, les écrans pubs ne vantent plus que cartables, cahiers et baskets à paillettes. Les universités d’été déversent à des militants béats leurs litres d’apéritifs et d’absurdités…

Les « excités par profession » qui promettaient une rentrée sociale en sont pour leurs frais. C’est une rentrée politique qui les aura coiffés au poteau… Et une coquette : avec fanfare, micros, commentaires et tout le barnum.

Le flamboyant Montebourg, sabre au clair, a dégainé le premier. Désireux de se placer sur la ligne de départ, à trois ans de l’échéance fatidique qui obnubile tout le personnel politique, il a une nouvelle fois défié le gouvernement auquel il appartient. Il n’en est pas à son coup d’essai. Cela fait maintenant deux ans qu’il chicane, revendique, conteste et s’oppose au pouvoir dont il a reçu mandat. L’incolore Jean-Marc Ayrault en avait déjà fait les frais en son temps -depuis longtemps oublié-. C’est ainsi qu’il qualifie les politiques de réduction des déficits d’injustes et inefficaces, allant jusqu’à affirmer que »le monde entier nous supplie de faire cesser ces politiques d’austérité absurdes qui continuent d’enfoncer la zone euro dans la récession et bientôt dans la déflation ».

Mais en laissant le trublion troubler encore et toujours en toute impunité, Guignol et Gnafron ont également laissé la partie se corser. Par ses (op)positions répétées, Montebourg -immédiatement suivi de son ami Hamon- s’autoproclame porte-parole de la contestation qui n’a jamais été aussi importante dans les rangs de la majorité.

La majorité ne tenant plus qu’à un fil, donc, il fallait être prudent pour se dégager de cet encombrant personnage. S’en débarrasser ? Oui, il était plus que temps… En faire un martyr ? Surtout pas, nul besoin d’être devin pour imaginer que c’est ce qu’il souhaitait.

Trop c’est trop pour Manuel Gnafron; «quand on lui en fait trop, il correctionne plus »… Guignol et Gnafron ont donc sorti la tavelle pour exprimer leur mécontentement. Mais attention – il y a de la manœuvre politique dans l’air- les coups de bâtons sont collectifs. Ce n’est pas le fauteur de trouble –accompagné de son fidèle Hamon-qui reçoivent la bastonnade, mais tout le gouvernement qui est congédié. Seul Gnafron garde la confiance de Guignol et sera habilité à lui présenter de nouveaux personnages pour son petit théâtre !

Si ce n’est pas désolant quand même ! Un beau gouvernement tout neuf et tout resserré comme l’exigeait le message des urnes, dont toutes les leçons avaient été tirées !

Mais où et comment Gnafron trouvera-t-il de nouvelles marionnettes, alors que le terrain est miné de toute part ? S’adonnera-t-il, une fois encore, à une partie de chaise musicale scandée par les rires des enfants ? Pourra-t-il se contenter de déplacer chaque pion d’une case sans provoquer les hurlements du public ?

Nos deux comiques parviendront-ils, sans l’intervention du gendarme, à remettre tout ce beau monde au travail ?

Vous le saurez lors de la prochaine séance…

*Photo : REVELLI-BEAUMONT/SIPA. 00684136_000020.

Valls va congédier Montebourg? Une reprise en main salutaire!

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valls montebourg hamon

Cette nuit, la France a évité le putsch de peu. Sans la fermeté du président Hollande et de son Premier ministre Valls, le complot bolchévique mené par les ministres félons Montebourg, chargé de l’Economie, et Hamon de l’Education nationale,  aurait pu infléchir la politique économique de la France dans une direction suicidaire. Il suffit d’attendre que la conjoncture se retourne, comme dit Michel Sapin depuis quelques années maintenant, qui sait parfaitement mouiller son doigt pour sentir d’où vient le vent, ce qui est la première compétence demandée à un ministre des Finances français en ces temps d’ordolibéralisme européen. On a d’ailleurs une pensée pour Michel Sapin, voisin de bureau de Montebourg, qui doit soupirer de soulagement ce matin car si le putschiste Montebourg avait réussi, il aurait bien pu se retrouver en résidence surveillée dans sa bonne ville d’Argenton-sur-Creuse, bien qu’il ait presque trouvé le moyen de la perdre aux dernières municipales.

Si vraiment on cherchait la petite bête, la seule chose que l’on pourrait reprocher au tandem de l’exécutif, c’est d’avoir si longtemps entretenu de telles vipères en leur sein, et à des postes aussi sensibles. Hamon, au contrôle de la jeunesse à travers ses milices syndiquées de profs barbus d’économie prônant le tout-Etat et de profs féministes de SVT cherchant à pervertir les enfants dans l’indifférenciation sexuelle. Montebourg, en mesure de contrôler tout Bercy et d’imposer un discours irresponsable auprès duquel la NEP de Lénine ferait figure de bluette. Qu’a osé dire en effet Montebourg, alors qu’il réunissait ses amis factieux dans la Bresse ? Des menteries, des coquecigrues, des billevesées déguisées sous le masques de truismes qu’il aurait voulu faire passer pour du bon sens : « La relance de la demande est la condition de la réussite de la politique de l’offre qui a été faite depuis deux ans. On ne peut rien vendre aux Français s’ils n’ont pas des revenus suffisants » Et puis quoi encore, alors que chacun sait que seule la politique de l’offre est responsable. Le président en a même fait un pacte. Plus loin encore, Montebourg éructe : « Il faut donner la priorité à la sortie de crise et faire passer au second plan la réduction dogmatique des déficits, qui nous conduit à l’austérité et à la montée continue du chômage. » Il est dur d’aller plus loin dans l’impudence. La réduction des déficits est un impératif catégorique sinon après, c’est nos enfants qui hériteront de la dette et qui n’auront plus d’hôpitaux, d’écoles ou de retraite comme les petits Grecs. Bon, en même temps, les Grecs, ils ont réduit les déficits et ils n’ont quand même plus d’école, de retraite et de Sécu mais ne compliquez pas tout, voulez-vous ?  Vous n’allez tout de même pas inverser les rôles et accuser les pragmatiques Valls et Hollande d’être enfermés dans une idéologie alors que ce sont Hamon (qui avait rejoint son compère à la Fête des traîtres) et Montebourg qui ont une vision faussée de marxistes attardés ou de keynésiens intégristes, allez savoir.

Mais leur manœuvre a été déjouée. François Hollande, qui connaît bien l’histoire, a été alerté par l’interview de Montebourg dans Le Monde qui lui a sans doute rappelé  comment s’est déclenché la Révolution Culturelle de Mao à partir d’un simple article critiquant une pièce de théâtre dans un journal de Shanghaï.  La réaction ne s’est pas fait attendre, c’est bien. Il y aura des têtes sur le plateau que Valls apportera aux prochaines journées du Medef.  Avec un peu de chance, celle de l’inconséquente Aurélie Filippetti qui a apporté son soutien aux rebelles alors qu’elle n’est même pas capable de tenir ses intermittents et de Christine Taubira, grande responsable du vidage des prisons et de la décadence de nos mœurs qui en plus est également partisane d’une économie planifiée, de celle par exemple qui paupériserait les Français au point que moins d’un sur d’eux ne parte en vacances.

On ne félicitera pas pour conclure monsieur Dupont-Aignan qui accuse l’exécutif d’avoir procédé à cette purge pour complaire à Madame Merkel. C’est tout à fait faux et déplacé. D’après nos informations, la chancelière n’a montré aucune exigence particulière sur la couleur des moquettes que choisira le futur ministre de l’Economie pour son bureau.

*Photo : Christophe Ena/AP/SIPA. AP21614381_000002. 

Israël/Hamas : match nul?

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gaza israel hamas

gaza israel hamas

Qui a gagné la guerre de Gaza ? Qui l’a perdue ? Comme après chaque « round » de violence au Moyen-Orient, ces questions se posent. Et il est encore plus difficile d’y répondre qu’on ne le pense…

Examinons l’adage plein de bon sens selon lequel « celui qui se demande qui a gagné la guerre qu’il vient de mener est toujours le perdant ». À première vue, la logique est implacable : une victoire c’est quelque chose aussi évidente que l’image de David – ou de Goliath si la Bible avait été écrite par les Philistins – hissant la tête coupée de son ennemi. Pour prendre un exemple plus récent, la guerre des Six-jours mit Israël à un contre trois et… se conclut par trois KO en moins d’une semaine ! Mais, à y regarder de plus près, cet exemple est problématique. Si on se contente de compter les morts, les blindés calcinés et les kilomètres carrés pris à l’ennemi, le bilan est clair. Mais le hic est qu’un peu plus d’un an après juin 1967, les Egyptiens se sont lancés dans une guerre d’usure de presque deux ans. Trois ans et deux mois après la fin de cette phase de harcèlement, ils lançaient, avec les Syriens, la guerre de 1973. C’est d’ailleurs grâce à la guerre du Kippour que l’Egypte a pu récupérer en 1982 la quasi-intégralité des territoires perdus en 1967. Si on ajoute à ce tableau la montée de l’OLP et le retour de la question palestinienne au cœur du conflit, la victoire militaire de 1967, pourtant éclatante et indéniable, avait porté quelques fruits amers.

En revanche, après la guerre de l’été 2006 au Liban, le consensus dans la presse internationale était sans appel : le Hezbollah avait infligé une défaite à Israël. Mais, huit ans plus tard, quelqu’un se hasarderait-il encore à dresser un bilan aussi net ? Il est donc inutile de s’arrêter aux manifestations de joie des uns et aux tableaux Excel des autres, tous deux à la fois vrais et faux. La dimension matérielle d’un conflit joue un rôle important, c’est même la logique profonde de l’usage militaire de la violence. Mais ces faits n’influent pas toujours sur la volonté et les intentions de l’adversaire. Or, puisque rares sont les guerres dont l’objectif réel est l’élimination totale de l’ennemi, c’est donc surtout son état d’esprit qui est visé. 

Pour revenir à Gaza, d’après ce qu’on sait de l’accord de cessez- le-feu, on constate un retour au statu quo ex ante, c’est-à-dire plus ou moins aux conditions qui avaient permis de mettre fin à l’avant-dernier « round » entre le Hamas et Israël, en novembre 2012. Mais cette lecture superficielle du conflit est celle d’un avocat comparant deux textes tandis que le tout est de mesurer les nouveaux rapports de force entre les belligérants. Pour le Hamas, gagner consisterait à convaincre – son opinion, les Palestiniens en général et suffisamment d’alliés – que la lutte armée contre Israël – sa raison d’être et sa principale différence d’avec l’Autorité Palestinienne – est la bonne stratégie. Tout autre chemin l’obligerait tôt ou tard à disparaître – le Hamas pourrait garder le même nom mais, en renonçant à sa charte et à la lutte armée, il deviendrait un Fatah bis – ou bien à se radicaliser et se marginaliser. Symétriquement, on peut comprendre ce que serait une victoire stratégique israélienne : neutraliser le Hamas en tant qu’acteur militaire du conflit.

Après sept semaines marquées par 90% de violence et 10% de diplomatie et de politique, la situation s’inverse. Le conflit va redevenir essentiellement politico-diplomatique (sans pour autant écarter toute violence). En conséquence, le poids d’Israël dans l’équation va baisser tandis que le jeu d’alliances et de tensions entre le Hamas et les autres acteurs de la scène mondiale (Egypte, Autorité Palestinienne, Qatar, Arabie Saoudite, Iran, Turquie, Etats-Unis) pèsera davantage. Dans l’état actuel du Moyen-Orient cela signifie que tout est possible, sinon le meilleur.

*Photo :  Ariel Schalit/AP/SIPA. AP21615573_000006. 

Arbitrage Tapie : Lagarde accusée de négligence

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lagarde tapie cour justice

lagarde tapie cour justice

Ainsi donc, Christine Lagarde aurait été mise en examen par la commission d’instruction de la Cour de Justice de la République pour « négligence ». En tout cas, c’est ce que nous claironnent les médias.

Et comme d’habitude, les réseaux entonnent immédiatement l’air du « tous pourris », en constatant que la justice n’est pas trop indulgente avec les gros, qu’un voleur de poule il serait déjà en prison, et que quand même que Christine Lagarde, elle ne devrait pas être chef du FMI, puisqu’elle est condamnée pour négligence. Bon, cette mise en examen fait partie des règlements de compte que l’on rencontre dans ce qui est devenu la seule façon de faire de la politique. Sur le fond, nous sommes tous d’accord pour faire la même chose, donc demandons aux juges de nous départager.

De quoi s’agit-il ? Il y a deux articles du Code pénal qu’il est nécessaire de connaître :  432 – 15 et 432 – 16. Le 432-15[1. Article 432-15 : Le fait, par une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public, un comptable public, un dépositaire public ou l’un de ses subordonnés, de détruire, détourner ou soustraire un acte ou un titre, ou des fonds publics ou privés, ou effets, pièces ou titres en tenant lieu, ou tout autre objet qui lui a été remis en raison de ses fonctions ou de sa mission, est puni de dix ans d’emprisonnement et d’une amende d’un million d’euros, dont le montant peut être porté au double du produit de l’infraction.], c’est celui qui concernerait l’arbitrage Tapie. Pas Bernard lui-même, puisque n’étant pas agent public, il ne peut pas être poursuivi de ce chef. Donc, il existerait des « agents publics » qui auraient détourné des « fonds publics » en organisant ou autorisant l’arbitrage ayant permis à Nanar de récupérer son pactole. Pour les condamner, il va falloir établir qu’ils aient agi frauduleusement, et que les fonds remis à Tapie étaient bien des fonds publics. Déjà, pas évident du tout. Mais, ensuite, il va également falloir établir que ces personnes étaient « dépositaires » des fonds . Normalement, en application du principe de comptabilité publique de séparation de l’ordonnateur et du comptable, ils n’ont jamais dû en être « dépositaires ». Bon, si la procédure arrive à sortir de l’enlisement où manifestement elle se trouve actuellement, et  si malgré toutes ces complexités, on aboutit à une décision de condamnation définitive prononcée par les tribunaux de l’ordre judiciaire, on pourra alors se pencher sur le cas de Madame Lagarde. D’ici quelques années…

Christine Lagarde, en application du principe de la séparation des pouvoirs, relève, du fait qu’elle était Ministre d’une juridiction particulière : la Cour de Justice de la République. Le texte qui lui serait alors applicable, si au préalable, répétons-le des fonctionnaires ont été condamné pour détournement de fonds publics, serait l’article 432-16[2. Lorsque la destruction, le détournement ou la soustraction par un tiers des biens visés à l’article 432-15 résulte de la négligence d’une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public, d’un comptable public ou d’un dépositaire public, celle-ci est punie d’un an d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende.].

Cette infraction est donc ce que l’on appelle une infraction « non-intentionnelle ». Madame Lagarde serait donc poursuivie ès qualité de ministre, non pas pour avoir volontairement favorisé un arbitrage bidon, mais pour avoir été négligente en ne l’empêchant pas. Eh bien,  dites donc, il y a du chemin à parcourir. Tout d’abord, on peut s’interroger sur la constitutionnalité de ce texte puisque les principes du droit pénal nécessitent la preuve de l’intention délictueuse. C’est l’adage : « il n’y a pas d’infraction sans intention de la commettre ». Ce principe est repris dans le Code pénal qui prévoit cependant des exceptions, mais dont le détournement de fonds publics par négligence ne fait pas partie… Gare à l’inconstitutionnalité qui pourrait être relevée par l’utilisation de la Question Prioritaire de Constitutionnalité (QPC).

Ensuite, il faudra établir au préalable le caractère bidon de l’arbitrage Tapie (Et là malgré ce qu’en racontent les médias, bon courage !), que cet arbitrage a été organisé par des fonctionnaires travaillant sous la responsabilité du ministre. Il faudra que les juridictions de l’ordre judiciaire dont relèvent ces fonctionnaires aient statué car il est nécessaire que l’infraction de détournement de fonds publics prévue par l’article 432-15 ait été établie avant que la Cour de Justice de la République puisse examiner le cas de Madame Lagarde. L’existence de l’infraction qui lui est reprochée (article 432-16) dépend mécaniquement de l’existence de celle du  432-15. On ne peut courir le risque d’une contradiction entre les juridictions. Le juge judiciaire disant par exemple, qu’il n’y a pas de détournement de fonds publics, et la Cour de Justice disant qu’il y a négligence. C’est ce que l’on appelle l’exception de litispendance. Alors, c’est seulement lorsque leurs collègues de la juridiction judiciaire auront statué que, les juges de la Cour de Justice pourront se pencher sur le fait de savoir si Madame Lagarde a été négligente.

Il y a assez peu de chances que tout cela arrive au bout. Mais de toute façon, la seule chose dont on est assuré, c’est que s’il y a inconstitutionnalité, nullité procédure ou relaxe, nous aurons droit à l’invocation de Jean de La Fontaine « selon que vous serez puissants ou misérables… ».

En attendant, pour ceux qui s’attachent au respect de la forme, « sœur jumelle de la liberté », rendez-vous en 2022…

*Photo : SIPANY/SIPA. SIPAUSA30109194_000014. 

Valls II : la ligne claire

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valls macron taubira

valls macron taubira

On aurait presque envie de remercier chaleureusement Arnaud Montebourg. Au moins, grâce à lui, tout est désormais clair. Les derniers masques tombent, et en particulier celui de Manuel Valls. Certes, on pourrait lui reprocher la forme. Le discours de Frangy-en-Bresse avait un côté surréaliste. Assistait-on à une intervention du ministre de l’Economie ou à un discours du chef de l’opposition ? N’aurait-il pas été plus raisonnable de présenter enfin sa démission, à la manière d’un Jacques Chirac trente-huit ans plus tôt ou d’un Jean-Pierre Chevènement en 1983 ? Sans aucun doute. Mais à l’heure des chaînes infos et de Twitter, il vaut mieux entretenir le buzz. Un ministre ça ne ferme plus sa gueule à moins de démissionner, ça l’ouvre sans cesse jusqu’à se faire virer. C’est Rama Yade qui avait inauguré la formule sous l’ère Sarkozy. Pas sûr que cela constitue un progrès. Toujours est-il que Montebourg s’est mis en accord avec son discours. Il ne participe désormais plus à un gouvernement dont il fustige la politique. Il n’hésite pas à prendre un gros risque d’un point de vue personnel, puisqu’il n’est plus que conseiller général de Saône-et-Loire et que, finalement, c’est plutôt Benoît Hamon, dont il a aussi provoqué le départ, qui va mettre la main sur l’aile gauche du PS.

Ce psychodrame comporte d’autres avantages. Hamon, nous venons de le souligner, a aussi dû faire un choix entre son prestigieux maroquin et ses convictions. Christiane Taubira, en revanche, qui avait tenu à faire savoir qu’elle approuvait les révoltés de Frangy, a finalement choisi de se maintenir à son poste. On passera sur le cas d’Aurélie Filippetti qui savait son sort scellé depuis longtemps et a sans doute profité de l’aubaine pour habiller sa sortie. Les écologistes ont aussi réaffirmé leur refus de participer au gouvernement. Et même si Jean-Vincent Placé, Barbara Pompili et François de Rugy ont certainement connu des tentations, l’unité de leur parti a été préservée. Les Verts envoient ainsi un signal clair aux citoyens : ils n’approuvent pas l’orientation économique du gouvernement. Les outils que la Ve République met à disposition de la clarté politique permettront aussi de se faire une idée de la force de conviction de ces mêmes écologistes et des fameux frondeurs du PS. Valls a promis un vote de confiance. Twitter son désaccord, c’est bien, le manifester par un vote pouvant avoir des conséquences sur son mandat, c’est beaucoup mieux. À cet égard, le procès-verbal de l’Assemblée nationale qui établira la liste de ceux qui votent contre la confiance au gouvernement Valls II sera la plus belle des clarifications.

Nous en savons désormais aussi davantage sur la personnalité du Premier ministre. Lui qui ne jurait que par Clemenceau, qui appréciait qu’on le compare, grâce à son goût pour l’autorité républicaine, à Jean-Pierre Chevènement, vient de tomber définitivement le masque. Le remplacement de Montebourg par Emmanuel Macron, consacré au « Grand Journal » comme « l’ami du patronat » par son imprudent collègue Rebsamen, constitue un symbole fort. Ce protégé de Jacques Attali vient occuper ce poste afin de mettre en place les fameuses mesures de « libération de l’économie » du plan commandé par Nicolas Sarkozy à l’ancien conseiller de François Mitterrand, mesures que l’ex-président avait préféré mettre au rancart, assez prudemment à notre goût. Et puisque la barre est mise à droite sur l’économie avec Macron, il fallait donner des signes qu’on est encore de gauche. Ainsi, Valls qui fustigeait mezza voce le laxisme de Taubira, a tout fait pour qu’elle demeure dans son gouvernement. Et il a promu Najat Vallaud-Belkacem, chantre des ABCD de l’égalité, véritable chiffon rouge pour la galaxie « Manif pour tous ». Mobiliser la droite sociétale contre soi afin de faire croire qu’on est encore de gauche : pitoyable calcul qui va à l’encontre de l’apaisement de la société, apaisement qui était au centre de la fameuse anaphore du candidat Hollande dans son duel télévisé face à Nicolas Sarkozy. Si d’un point de vue politicien, il s’agit bien d’un enfumage, les lecteurs de Jean-Claude Michéa savent que le libéralisme économique de Macron n’a rien de contradictoire avec le libéralisme culturel, de Vallaud-Belkacem et Taubira. Voilà encore une clarification, idéologique celle-là, sur les penchants libéraux-libertaires de ce gouvernement. Finalement, la seule manifestation vallsienne de son opposition au libéralisme, c’est sa propension à réduire le champ de la liberté d’expression. Convenons que ce n’est pas forcément sympathique.

On attend bien entendu d’autres clarifications. Qui passeraient par l’éclatement du PS et de l’UMP et une recomposition nécessaire du paysage politique français. Malheureusement, celles-ci, on risque de les attendre encore.

*Photo : WITT/SIPA. 00682977_000016. 

Mois d’août globalement négatif

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Le mois d’août a été émaillé – comme rarement – de catastrophes intolérables, guerres meurtrières, drames humains, fournitures scolaires et coups de soleil. Il était temps que septembre revienne.

Les Charlots en Irak. Les aliénés narcissiques de « L’Etat islamique » ont assassiné par décapitation le reporter James Foley, et ont diffusé la vidéo monstrueuse de ce crime sur Internet. The Guardian nous apprend que le principal bourreau de J. Foley a été identifié par d’anciens otages. Leader d’un groupe de trois combattants d’origine britannique partis faire le djihad en Irak, le tortionnaire serait un londonien dénommé John. « Ce groupe serait surnommé «les Beatles» par les otages, du fait de leur nationalité » souligne Le Figaro. L’humour, en pareilles circonstances, ça n’a pas de prix…

En territoire inconnu. La presse Belge a largement relayé un appel à témoin concernant un individu frappé d’amnésie, qui a tout oublié de son identité. Sa description est accompagnée d’une photo où on le voit barbu, ébouriffé et manifestement désorienté. Suggérons une piste… Une personne qui a fui en Belgique, qui cherche à tout oublier de son passé et que personne n’arrive à le reconnaître… il est probable qu’il ait fait partie du gouvernement de Jean-Marc Ayrault… Je mets mon dollar sur Cécile Duflot.

Drame de l’élevage. L’AFP nous apprend qu’en Haute-Saône « 150 cochons ont péri sur la route de l’abattoir« . Le camion qui les transportait s’est renversé à hauteur de la commune de Saponcourt, sans laisser aucune chance aux mammifères. L’histoire retiendra qu’ils ne sont pas arrivés à bon porc. (Navré, je suis vraiment navré…)

Du Sud au Nord, des néorégions à l’Ouest

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decoupage administratif region

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Quand on demande à quelqu’un d’où il est − et ce sans la moindre ambition philosophique, mais par pure courtoisie −, il vous répond en général spontanément : « Je suis d’Orléans » ou bien « Je suis de l’Eure ». Si cette même question vous est posée par un étranger, vous pouvez pour votre part oser un « Je suis français », phrase qui forme l’ultime réplique d’un beau roman trop oublié de Michel Mohrt : Mon royaume pour un cheval[1. Albin Michel, 1949.].

Vous conviendrez qu’il est beaucoup plus rare de s’entendre dire : « Je suis de PACA », un ne nos plus abominables acronymes régionaux ou même « Je viens de Languedoc-Roussillon ». Pour ce dernier cas, le scandaleux Georges Frêche, qui fut avant sa mort l’inamovible maire de Montpellier et grand baron régional, avait même voulu rebaptiser son fief « Septimanie » en lointain souvenir de l’époque gallo-romaine. On s’était beaucoup moqué de lui à l’époque. On avait sans doute eu tort. « Septimanie » incite tout de même plus à la rêverie que « Languedoc-Roussillon » et vous aurez beau dire, c’est la rêverie, les souvenirs d’enfance et la mémoire de nos morts qui nous font précisément nous sentir de quelque part. Quant à l’Union européenne, cet horizon tristement indépassable du destin français, je n’ai pour ma part entendu jusqu’à présent personne s’affirmer unionien, si ce n’est précisément dans une affirmation idéologique, abstraite, qui n’a plus rien de sentimental.[access capability= »lire_inedits »]

On pourra objecter qu’il arrive à certains de se définir comme breton, lorrain ou normand, et que cela correspond bien à un terroir qui est aussi une région administrative. On répondra que même un découpage technocratique ne peut pas systématiquement effacer toute référence à l’histoire. On se souviendra ainsi que, lorsque la Révolution française créa les départements, elle renonça assez vite au projet du député chargé de la question, le Rouennais Jacques-Guillaume Thouret, qui avait la froideur mathématique propre aux utopistes : « La France sera divisée en 80 carrés, appelés départements, tous égaux, de 324 lieues carrées, divisés en 9 communes de 36 lieues carrées, divisées en 9 cantons. » Avec Paris, cela faisait 81, soit 9×9… Heureusement, Sieyès et Mirabeau nuancèrent la chose assez vite et les départements, au nombre de 83, suivirent finalement des frontières naturelles tracées par les cours d’eau et les reliefs.

C’est pourquoi on peut légitiment se demander d’où vient ce désir de plus en plus pressant, ces temps-ci, de nous faire vivre dans des super-régions qui ne correspondent plus à rien qui soit un tant soit peu ancré dans la géographie ou dans l’histoire, alors que le vieux triptyque républicain faisait que chaque Français se sentait − et se sent toujours − à la fois d’une commune, d’un département et d’un pays. C’est son « mille-feuilles » intime à lui, hérité de plus de deux cent cinquante ans de génie du jacobinisme qui a permis, quoi qu’on en dise, de poser les bases d’un aménagement du territoire à la fois harmonieux, durable et égalitaire, dans un équilibre subtil entre rationalisation et refus d’oublier les anciennes appartenances.

Mais non, décidément, on n’en veut plus, de ce triptyque. On nous serine que 36 000 communes, c’est beaucoup trop. Alors adieu au monde désuet de Clochemerle, de Gabriel Chevallier. On nous affirme que le département doit disparaître, ou tout au moins être vidé de sa substance par évaporation de ses compétences. Alors adieu à La Muse du département, de Balzac, qui avait trouvé là son plus joli titre – avec Illusions perdues. Et on nous promet que l’avenir est à ces entités hors-sol qui permettraient de substantielles économies en faisant disparaître les doublons dus à une suradministration scandaleuse.

Fort bien. Mais il est intéressant de savoir que ce désir est aussi celui d’une mise aux normes européennes, un peu comme on met aux normes l’électricité d’un vieux bâtiment. Avez-vous par exemple entendu parler des « NUTS » ? Il faudrait parce que, très bientôt, de gré ou de force, vous ou vos enfants ferez partie d’un ou d’une NUTS. Encore un acronyme charmant qui signifie « Nomenclature des unités territoriales statistiques ». C’est un système hiérarchique de découpage économique du territoire voulu par l’UE [2. Règlement  1059/2003 du Parlement européen et du Conseil relatif à l’établissement d’une Nomenclature commune des unités territoriales statistiques (NUTS), 32003R1059, adopté le 26 mai 2013, JO du 21 juin 2013, p.1-41, entré en vigueur le 11 juillet 2013.]

. Trois niveaux ont été établis : NUTS 1 (3 à 7 millions d’habitants), NUTS 2 (800 000 à 3 millions), NUTS 3 (150 000 à 800 000). Cela a tout l’air d’un gag technocratique, d’une plaisanterie ubuesque, mais c’est bien pour que nos régions puissent entrer dans ce cadre que la réforme territoriale paraît soudain si urgente.

Seulement voilà, ce projet est tout aussi absurde, totalitaire même, que le projet du député Thouret. Parce que cet échelon-là, soi-disant le seul à même d’assurer à un territoire son avenir et son autonomie, est un nouvel exemple de cette vilaine manie de vouloir décider à un niveau qui non seulement ne signifie plus rien pour le citoyen mais dont on prend soin de lui cacher l’importance.

On nous a déjà fait le coup avec les intercommunalités, pour lesquelles nous étions censés voter pour la première fois lors des dernières élections municipales. Sur les bulletins étaient inscrits les noms d’une liste complémentaire de « conseillers communautaires ». En effet, depuis le 1er janvier 2014, qu’elles le veuillent ou non, les 36 700 communes de France font partie d’une intercommunalité. Au revoir, Monsieur ou Madame le Maire ! Bonjour Monsieur ou Madame le Président de la Communauté de communes ou de la Métropole. C’est lui ou elle qui décidera de vos transports, de vos routes, du développement économique, de la politique sociale et environnementale – excusez du peu. Il suffisait de voir la tête de Martine Aubry le soir du deuxième tour des municipales, à Lille : certes, elle venait d’être réélue, mais avec le basculement à droite de Roubaix et de Tourcoing, notamment, elle voyait la présidence de la Communauté urbaine lui échapper. En fine politique, elle a su malgré tout jouer sur les divisions des uns et des autres et faire élire président le maire non-inscrit d’une petite commune, charmant homme de paille, qui lui est tout dévoué. Si bien que le président d’une entité de plus d’un million d’habitants aux compétences accrues est un quasi-inconnu des électeurs[3. Pour l’anecdote, il s’appelle Damien Castelain et il est maire de Péronne-en-Mélantois (900 habitants).].

Il ne faut pas s’étonner, dans un tel contexte, de l’abstention galopante et de l’usure accélérée du pouvoir, y compris de celui du président de la République. Le réaménagement territorial en cours de la France, à grands coups de lois sur la décentralisation, a réalisé l’exploit de faire voter les Français pour des gens qui ont de moins en de pouvoir tandis que tout ce qui les concerne se décide ailleurs, dans des instances anonymes, des échelons invisibles mais qui façonnent désormais leur vie : intercommunalité, super-régions, Commission européenne.

Et la démocratie dans tout ça ? Je ne sais pas si c’est l’influence de l’été qui arrive, mais elle me fait de plus en plus penser à une fille anorexique en bikini sur la plage. Elle est presque nue, mais elle ne fait plus envie à personne.

Et il ne viendrait  à l’idée de personne de l’inviter dans son nouveau NUTS.[/access]

*Photo: Soleil

Politique de l’offre : Vers l’économie low-cost?

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economie concurrence energie

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Au moment où tous les gouvernements de la zone euro ne jurent que par la politique de l’offre, il peut être intéressant de s’interroger sur les vertus supposées de la concurrence débridée et l’effet d’une baisse constante des coûts relatifs des biens et de services.

L’économie de marché trouve son apogée depuis quelques années dans une dérégulation intensive de la plupart des secteurs économiques. De privatisations en démantèlements de monopoles, d’ouverture à la concurrence en libéralisation, la certitude est désormais ancrée dans l’esprit d’un public assez large que la concurrence est une « révolution libératrice » pour le consommateur.

Celui-ci a pu mesurer, dans les secteurs les plus tôt ouverts à la concurrence, certains bienfaits qu’elle pouvait lui apporter : qui ne s’est pas rendu compte que sa facture de téléphone avait baissé fortement ? Qui n’a pu bénéficier d’un vol Paris-New York à 500 euros ? Pourtant, derrière cette apparence libératrice, se fait jour une autre évidence : « La concurrence, c’est très emmerdant »

Car, dans les secteurs les plus concurrentiels, le consommateur se trouve confronté à une pluralité de choix très embarrassante. Il est désormais obligé de se forger une expertise technique et économique de haut niveau s’il veut être à même de juger avec pertinence des offres qui lui sont faites. Il est, de plus, en butte à une pression environnementale très forte : tout se passe comme si, culturellement, le consommateur avait échangé une « culpabilité chrétienne » contre une « culpabilité économique ». Ce sont ses enfants ou ses amis qui vont ainsi tenter de le ringardiser : « Comment ? Tu n’es qu’à 2 Mbits/s ? Moi, j’ai du 20 mégabits !… » Sa femme va tenter de le culpabiliser : « Comment se fait-il que nous payions 35 euros ? Les Durand sont malins eux, ils payent 29,90 euros !… » La guerre commerciale étant à son comble, celui qui veut rester à la page est obligé de jongler sans arrêt entre les différents opérateurs, au risque de pénaliser sa continuité de service et de s’engager dans des contentieux usants…

La concurrence s’intensifiant dans certains secteurs, ce qui était initialement perçu comme une fonction libératrice tend à devenir une contrainte : les situations de monopole avaient ceci de satisfaisant pour le consommateur qu’il échangeait le regret de ne pas avoir de choix contre le soulagement de ne pas avoir à choisir !

Au-delà des impressions contradictoires qui peuvent naître de la « fonction libératrice de la concurrence » tant vantée par les économistes libéraux, il apparaît aussi que cette notion pâtit de la confusion qui est entretenue dans l’esprit du public entre « privatisation » et « libéralisation », entre « monopole » et « service public », entre « dérégulation » et « concurrence » : des monopoles peuvent être privés (cf. le monopoles locaux de la distribution de l’eau), la dérégulation n’aboutit pas nécessairement à la concurrence (le consommateur anglais qui souhaite se rendre de Londres à Oxford en train n’a bien évidemment pas le choix de sa compagnie ferroviaire, sauf à choisir de passer par Glasgow au lieu de Reading…), des opérateurs privés peuvent se voire confier des obligations de service public (désenclavement des « zones blanches » ou portage des numéros pour les opérateurs de téléphonie mobile par exemples…).

S’ajoute à cet aspect des choses la segmentation des fonctions qui étaient autrefois portées par un opérateur unique : production, transport, distribution, commercialisation sont désormais parfois répartis entre plusieurs opérateurs sans que le client final ne soit en mesure d’apprécier la pertinence de cette segmentation (qui n’existe parfois pas), ni d’en comprendre les enjeux. De cette incompréhension naît parfois un fort mécontentement face à une forme d’irresponsabilité des opérateurs en cas de discontinuité du service : qui sait ce qui se passe exactement entre sa prise téléphonique et le serveur d’un fournisseur d’accès internet ? En cas de panne, qui en est responsable ?

On comprend donc que pour le consommateur , « libéralisation » rime parfois avec « confusion » et « concurrence » avec « absence de transparence »…Au-delà des remarques précédentes qui sont de nature « relationnelle » (elles correspondent au vécu, à l’expérience du consommateur confronté à la liberté de la concurrence), il existe d’autres obstacles à une concurrence vertueuse qui sont de nature économique. Le secteur des télécoms est souvent mis en avant parce qu’il reflète le mieux les bienfaits que la concurrence apporte au consommateur : liberté de choix – baisse de coûts – augmentation des performances – émergence et satisfaction de nouveaux besoins…

Mais ce secteur dispose d’un atout bien particulier : c’est l’abondance quasi-illimitée des ressources qui génère la spirale vertueuse des offres concurrentielles. Car les télécoms, comme l’informatique sont régis par la loi de Moore : « tous les 18 mois, la performance de systèmes est multipliée par 2 à coût égal » ; en 1990 les modems transmettaient à 5 Kbits/s, 24 ans après (15 fois 18 mois), l’internet peut être aujourd’hui desservi commercialement à 150 Mbits/s ce qui corrobore tout à fait la loi de Moore (5K x 215 = env 150 000K…). Nous sommes donc en présence d’un marché où règne l’abondance des ressources. Et cette abondance est elle-même génératrice de nouvelles sources de valeur : on commence par transporter de la voix, puis des données, puis des images, puis de la musique, puis de la vidéo ; ces flux représentant des valeurs économiques toujours croissantes. A performance égale (ou à flux égal), il est évident que les opérateurs peuvent se livrer sans grand risque à une guerre des prix, sachant que la ressource leur coûte toujours moins cher à partir du moment où ils la partagent entre un nombre croissant d’utilisateurs…

À l’inverse, dans d’autres secteurs ouverts à la concurrence, les transports aériens par exemple, l’abondance, si elle existe, n’est pas structurelle mais conjoncturelle : elle n’est pas liée au coût complet du service (qui reste relativement fixe même si le low-cost réduit un peu les coûts ) mais à son coût marginal (en fonction du taux de remplissage), ni à une évolution de structurelle de l’offre mais à une évolution conjoncturelle de la demande (l’offre ne devient surabondante que lorsque la demande baisse du fait d’une crise économique par exemple). Dans cette situation d’abondance conjoncturelle et marginale, la concurrence n’est pas créatrice de valeur mais destructrice de valeur à l’échelle macro-économique : la guerre des prix devient très périlleuse pour les opérateurs, il suffit pour s’en rendre compte de regarder le nombre de faillites dans le secteur aérien. Le marché du transport aérien n’est donc pas un marché d’abondance, mais un marché ajusté (soit en pénurie de ressources en cas de reprise de la demande, soit à l’équilibre, soit en ajustement marginal).

Le marché de l’énergie n’est pas non plus un marché de l’abondance. On peut même, sans risque de se tromper, prédire qu’à moyen ou long terme ce sera un marché de vraie pénurie structurelle. Les énergies stockables peuvent bénéficier d’un levier d’ajustement sur le moyen terme entre l’offre et la demande, mais l’électricité qui n’est pas stockable reste assujettie à des effets de levier extrêmement marginaux d’ajustement (effets de crête). Seule une politique d’optimisation des frais généraux (baisse des salaires ou des effectifs) permet de vendre moins cher sans que la croissance du marché génère des marges de manœuvre supplémentaires comme dans les télécoms.

On peut donc en déduire que la concurrence n’est vertueuse (bénéfique aux producteurs comme aux consommateurs : stratégie win/win) que dans les rares secteurs économiques ou règne une situation d’abondance des ressources.

Une autre considération est à prendre en compte pour juger des vertus de la concurrence : c’est celle de la nature du marché ; est-ce un marché de l’offre ou un marché de la demande ? Le marché des télécoms est à l’évidence un marché de l’offre. C’est l’abondance des ressources qui génère de nouveaux besoins et partant de nouvelles offres : parce que les débits le permettent, apparaissent de nouvelles offres de vidéo à la demande, de TV par Internet, etc. Ces nouvelles offres justifiant une demande croissante de ressources dans une spirale vertueuse en terme de valeur.

Le secteur des transports aériens est aussi devenu un marché de l’offre dans son versant loisir : on ne voyage pas parce que c’est une nécessité, mais parce que des offres alléchantes suscitent le besoin de s’évader…

Le secteur de l’énergie n’est pas un marché de l’offre. C’est un marché de la demande : on ne se chauffe pas plus parce que le prix du fioul baisse… On n’allume pas plus la lumière parce que le prix de l’électricité baisse. C’est un marché de la nécessité : la multiplication des offres ne crée pas de nouveaux besoins générateurs de valeur. On peut ainsi avancer que la concurrence n’est pas vertueuse sur les marché régis par la demande ou par l’utilité.

En fait, la concurrence n’est vertueuse qu’en cas de rupture technologique. Les ruptures technologiques (surtout présentes sur les marchés d’offre) sont aussi des leviers de croissance forts pour générer de la valeur en créant ex-nihilo des nouveaux besoins ou en transférant de la valeur entre des opérateurs traditionnels et des nouveaux intervenants sur le marché. Le secteur informatique en est le meilleur exemple. La numérisation de la musique a profondément reconfiguré le paysage de la production et de la distribution musicale, par exemple…

Dans les transports aériens, on a pu dans une moindre mesure repérer aussi une rupture technologique : le jumbo-jet a permis de réduire fortement le coût passager et a bien évidemment généré de la valeur en suscitant des offres de voyage de loisir de masse…

Le secteur de l’énergie en général et de l’électricité en particulier n’ont pas connu de rupture technologique majeure depuis longtemps : la dernière en date restant les centrales nucléaires (aujourd’hui abandonnées) s’affranchissant des ressources en énergie fossile pour industrialiser la production d’énergie d’une manière quasi endogène (Super Phénix, …). On peut parier que la fusion thermo-nucléaire (froide ou chaude) dans un avenir lointain constituera une rupture encore plus majeure. Mais dans tous les cas, ces ruptures sont liées à la production et pas à la distribution. Tant qu’aucune rupture technologique forte ne viendra modifier le mode de consommation d’énergie des consommateurs (le stockage ou l’étalement de la consommation, par exemples…), la concurrence ne créera pas de « sur-valeurs » dans ce secteur. Les transferts de valeurs y seront aussi faibles du fait de l’emprise de la production sur toute la chaîne.

La concurrence n’est donc génératrice de transferts de valeur bénéfiques au final aux consommateurs que quand des ruptures technologiques majeures permettent aux opérateurs de se différencier.

Quelle grille d’analyse politique de la concurrence ?

L’opérateur privé sera-t-il en situation de monopole et en quoi son monopole sera-t-il utile au service public ? Cette question doit par exemple guider la réflexion sur l’opportunité de “dé-privatiser” les sociétés d’autoroute ou d’envisager un système de taxation pou restituer aux citoyens le revenu du droit d’usage de l’espace publique. Cela devrait conduire aussi à mettre un terme aux projets de privatisation des aéroports.

L’opérateur sera-t-il en situation d’abondance des ressources ? Si oui, il est évident que le citoyen a tout à gagner à une saine et loyale concurrence entre opérateurs. C’est évidemment le cas des télécoms. Cela n’exclue évidemment pas de fixer à ces derniers des devoirs comme par exemple l’équipement des zones blanches. Mais les mêmes critères doivent conduire à considérer que la distribution du courrier ou des colis ne relève pas du tout d’une situation d’abondance et que dans ces conditions la privatisation rampante de la Poste doit être stoppée et le marché régulé.

Ce sont là quelques exemples qui montrent qu’il faut analyser chaque situation au regard des potentialités du marché, du service apporté au consommateur, du droit des citoyens à maîtriser l’espace public, du coût complet de chaque service, en termes d’emplois induits, d’effets secondaires sur le long terme, mais aussi et malheureusement sur l’endettement du pays du fait de la situation catastrophique des finances publiques.

Et pendant ce temps-là, en Ukraine…

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ukraine poutine nicolas tsar

ukraine poutine nicolas tsar

Nous nous sommes focalisés sur Gaza (et il y avait de quoi). Nous essayons de suivre ce qui se passe en Syrie et en Irak, et nous le suivons avec stupeur, parce que, ce que nous voyons à l’œuvre là-bas, c’est quelque chose qui n’on n’avait pas revu depuis le génocide arménien de 1915. — Mais qu’est-ce qui se passe en Ukraine ?

J’essaie de comprendre, j’essaie de lire les sources les plus différentes, en russe, en anglais ou en français, et je ne comprends rien. Et c’est le fait que je ne comprenne rien qui me frappe.

Et d’abord, les chiffres. On parle de plus de 700 000 réfugiés, rien qu’en Russie. Je ne me rends pas bien compte de ce que c’est, 700.000, en vrai. Plus de trois fois la population de Rennes. On dit qu’à Donetsk, il n’y a plus ni eau ni électricité — pour une ville d’environ un million d’habitants, dont plus de la moitié se serait enfuie. — Oui, j’emploie le conditionnel, et je me dis : mais c’est invraisemblable que j’emploie le conditionnel. En vrai, où ils sont, les gens ? Et ça se passe à deux heures en avion de chez nous.

Et je regarde les videos des « combattants »… J’écoute la façon dont ils parlent, — pas les discours, mais ce qu’ils disent entre eux, les « pro-russes », ou les « pro-ukrainiens », et, à chaque fois que je tombe sur une video de youtube, je suis stupéfait par leur langue — ils parlent tous le même russe, mais un russe truffé d’obscénités qu’ils utilisent comme des clausules, des éléments rythmiques (c’est facile en russe, — dans ce domaine-là, il y a une grande quantité de monosyllabes…).Et je ne sais pas ce qu’il en est des opérations militaires proprement dites. Certains de mes correspondants FB en Russie considèrent comme acquis que les troupes russes sont entrées sur le territoire de l’Ukraine, — ce qui semble confirmé par les sources ukrainiennes (« semble confirmé », je me croirais revenu ma traduction de L’Idiot de Dostoïevski, avec ses « sembler comme peut-être sûr »). C’est-à-dire qu’il y a la guerre. Que la Russie, en tant que telle, est entrée en guerre. — Et tout se passe comme si c’était normal.

Et puis, cette haine. Des deux côtés. Je ne sais plus quel ministre ukrainien (il faut que je retrouve) parle de la « rousskaïa i pro-rousskaïa mraz’ »… « Mraz’ », c’est un mot terrifiant : l’adjectif « omerzitel’ny » signifie « répugnant », « dégueulasse », tant du point de vue physique que moral. « Mraz’ », c’est le substantif de ça. Je ne trouve même pas de mot en français pour le dire : la « saloperie » (non, le mot est beaucoup plus fort en russe) russe et pro-russe… Mais jamais les Russes et les Ukrainiens n’avaient employé un tel vocabulaire les uns envers les autres. Jamais. Et les Russes, évidemment, ne sont pas en reste. — Et pire encore : vous lisez les articles, ultra-patriotiques, de la presse officielle, vous lisez des appels d’écrivains, vous comprenez que vous êtes revenus au vocabulaire du stalinisme le plus pur. Ou, à vrai dire, non, pas le vocabulaire du stalinisme. Ce qui me frappe dans la presse russe actuelle, — ce que je lis sur internet, — c’est que le ton est celui du tsarisme, et celui du règne de Nicolas Ier : celui du moment où la Russie était le « gendarme de l’Europe », contre les révolutions de 1848.

Nous sommes réellement revenus au principe d’Ouvarov, qui définissait l’Empire russe en 1835 : « orthodoxie, autocratie, principe national »… Des flots de haine nationaliste se déversent sur les gens. Les Russes n’entendent que ça : ils sont assiégés par des fascistes, lesquels fascistes sont soutenus par les USA et l’Europe.

De l’autre côté, la haine aussi. Et quand on regarde les volontaires ukrainiens (je ne parle pas de l’armée régulière), combien d’entre eux défilent avec les drapeaux de Svoboda ou du « Secteur Droit », c’est-à-dire sous des drapeaux néo-nazis — au sens le plus précis du terme ?Il n’y avait jamais eu de haine entre les Russes et les Ukrainiens. La Russie est née à Kiev. Le seul moment où il y a eu des discours de haine, c’est au moment de la guerre, de la part des nationalistes ukrainiens, qui étaient parmi les pires vermines qui aient jamais existé. Je n’oublie pas le rôle des gardes chiourmes dans les camps nazis. Je n’oublie pas les pogroms. Et, il faut bien le dire, j’en ai parlé dans mon article de février (avant la reprise de la Crimée par les Russes), les héros de l’indépendance ukrainienne, ils puent. Bref, voilà. La guerre. Le retour à l’Empire russe, avec la même dictature (il ne s’agit pas d’un retour à Staline, non — d’un retour à Nicolas Ier). De l’autre, je ne sais pas quoi. Je ne sais pas au nom de quoi. Je ne sais pas pour quel avenir. Et je n’arrive pas à comprendre, concrètement, là, maintenant, ce qui se passe. Et je ne comprends pas comment cette catastrophe, humanitaire, humaine, morale, malgré tous nos moyens d’information, reste à ce point si loin de nos consciences.

Cet article a initialement été publié sur la page Facebook d’André Markowicz.

*Photo : Efrem Lukatsky/AP/SIPA. AP21432992_000001.

Scoop : la composition du gouvernement Valls II

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valls gouvernement najat vallaud

valls gouvernement najat vallaud

Le bras de fer entre l’exécutif et les ministres rebelles aura eu des conséquences inédites : Benoît Hamon devient ainsi le Premier ministre de l’Education nationale qui se voit privé de rentrée des classes. La présidence Hollande envoie bien des signes de fébrilité depuis l’élection de 2012 mais on conviendra quand même qu’un ministre de l’Education qui prend la tangente et fait l’école buissonnière à cinq jours de la rentrée, ça ne fait pas très sérieux. Même les syndicats semblent un peu désorientés : « Les choses commençaient à cette rentrée. On n’a pas eu le temps d’avoir sa philosophie sur le rôle de l’école », se désole presque Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU. Il faut dire qu’en cinq petits mois de présence, Benoît Hamon aura tout juste eu le temps de reprendre le cafouillage sur les rythmes scolaires, de retarder une éventuelle refonte des programmes, de retarder la pré-rentrée qui avait été avancée, de ranger au placard l’ABCD de l’égalité et de lancer en l’air l’idée de faire disparaître les notes à l’école. Finalement, ce ne sont pas les notes qui ont disparu, c’est le ministre. Si on se laissait tenter par l’humour de potache, on pourrait plagier Brice de Nice : Benoit, t’es comme le H de Hamon, tu sers à rien !

Cela dit, le gouvernement Valls I n’a, dans son ensemble, pas non plus servi à grand-chose. Manuel Valls voulait un « gouvernement de combat », il l’a eu : tout le monde s’est castagné dans tous les sens et l’empoignade se termine par au moins trois sorties de terrain : Montebourg est invité à aller redresser le redressement ailleurs, Filippetti se fend, pour annoncer son départ, d’une lettre ouverte qui fait à l’avance frémir les puristes de l’orthographe et Benoît Hamon pourra se consoler en devenant délégué des parents d’élèves à la prochaine rentrée. C’est qu’il n’est pas commode Manuel, le nouveau CPE ! Et comme il a viré tout le monde, à lui maintenant de composer une nouvelle dream team qui ne se montre pas aussi embarrassante que la précédente. Lourde responsabilité ! Notre cher président l’a doucereusement prévenu, il faudra cette fois composer « une équipe en cohérence avec les orientations qu’il a lui-même définies pour notre pays ». Voilà qui n’est pas évident mais on pourrait suggérer à Manuel Valls la composition suivante, afin d’éviter tout risque de nouvelle implosion la veille de la rentrée, ce qui ferait vraiment désordre :

Premier ministre : Manuel Valls

Ministre des Affaires étrangères : Manuel Valls

Ministre de l’Ecologie et du développement durable : Bob l’éponge

Ministre de l’Education nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche : Manuel Valls

Garde des sceaux et ministre de la Justice : le mime Marceau

Ministre des Finances et des comptes publics : Manuel Valls

Ministre de l’Economie, du redressement productif et du numérique : Pierre Gattaz

Ministre des Affaires sociales et de la santé : Dany Boon

Ministre du Travail, de l’emploi et du dialogue social : Didier Deschamps

Ministre de la Défense : Yannick Noah 

Ministre de l’Intérieur : Manuel Valls

Ministre des Droits des femmes, de la ville, de la jeunesse et des sports : Najat Vallaud-Belkacem

Ministre de la Décentralisation et de la fonction publique : Manuel Valls

Ministre de la Culture et de la communication : Manuel Valls

Ministre de l’Agriculture, de l’agro-alimentaire et de la forêt, porte-parole du gouvernement : Manuel Valls

Ministre du Logement et de l’égalité des territoires : Manuel Valls

Ministre de l’Outre-mer : Manuel Valls

Il sera ainsi plus facile de former un gouvernement qui soit en cohérence avec les orientations qu’il a lui-même définies pour notre pays. Ne reste plus qu’à trouver les orientations.

*Photo : J.E.E/SIPA. 00685523_000029.

Exit Montebourg et Hamon, Guignol est de retour!

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hamon valls montebourg

hamon valls montebourg

Nul besoin de regarder le ciel pour se rendre compte que c’est la rentrée. Le mois d’août tire à sa fin sous un ciel et gris et froid, les écrans pubs ne vantent plus que cartables, cahiers et baskets à paillettes. Les universités d’été déversent à des militants béats leurs litres d’apéritifs et d’absurdités…

Les « excités par profession » qui promettaient une rentrée sociale en sont pour leurs frais. C’est une rentrée politique qui les aura coiffés au poteau… Et une coquette : avec fanfare, micros, commentaires et tout le barnum.

Le flamboyant Montebourg, sabre au clair, a dégainé le premier. Désireux de se placer sur la ligne de départ, à trois ans de l’échéance fatidique qui obnubile tout le personnel politique, il a une nouvelle fois défié le gouvernement auquel il appartient. Il n’en est pas à son coup d’essai. Cela fait maintenant deux ans qu’il chicane, revendique, conteste et s’oppose au pouvoir dont il a reçu mandat. L’incolore Jean-Marc Ayrault en avait déjà fait les frais en son temps -depuis longtemps oublié-. C’est ainsi qu’il qualifie les politiques de réduction des déficits d’injustes et inefficaces, allant jusqu’à affirmer que »le monde entier nous supplie de faire cesser ces politiques d’austérité absurdes qui continuent d’enfoncer la zone euro dans la récession et bientôt dans la déflation ».

Mais en laissant le trublion troubler encore et toujours en toute impunité, Guignol et Gnafron ont également laissé la partie se corser. Par ses (op)positions répétées, Montebourg -immédiatement suivi de son ami Hamon- s’autoproclame porte-parole de la contestation qui n’a jamais été aussi importante dans les rangs de la majorité.

La majorité ne tenant plus qu’à un fil, donc, il fallait être prudent pour se dégager de cet encombrant personnage. S’en débarrasser ? Oui, il était plus que temps… En faire un martyr ? Surtout pas, nul besoin d’être devin pour imaginer que c’est ce qu’il souhaitait.

Trop c’est trop pour Manuel Gnafron; «quand on lui en fait trop, il correctionne plus »… Guignol et Gnafron ont donc sorti la tavelle pour exprimer leur mécontentement. Mais attention – il y a de la manœuvre politique dans l’air- les coups de bâtons sont collectifs. Ce n’est pas le fauteur de trouble –accompagné de son fidèle Hamon-qui reçoivent la bastonnade, mais tout le gouvernement qui est congédié. Seul Gnafron garde la confiance de Guignol et sera habilité à lui présenter de nouveaux personnages pour son petit théâtre !

Si ce n’est pas désolant quand même ! Un beau gouvernement tout neuf et tout resserré comme l’exigeait le message des urnes, dont toutes les leçons avaient été tirées !

Mais où et comment Gnafron trouvera-t-il de nouvelles marionnettes, alors que le terrain est miné de toute part ? S’adonnera-t-il, une fois encore, à une partie de chaise musicale scandée par les rires des enfants ? Pourra-t-il se contenter de déplacer chaque pion d’une case sans provoquer les hurlements du public ?

Nos deux comiques parviendront-ils, sans l’intervention du gendarme, à remettre tout ce beau monde au travail ?

Vous le saurez lors de la prochaine séance…

*Photo : REVELLI-BEAUMONT/SIPA. 00684136_000020.

Valls va congédier Montebourg? Une reprise en main salutaire!

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valls montebourg hamon

valls montebourg hamon

Cette nuit, la France a évité le putsch de peu. Sans la fermeté du président Hollande et de son Premier ministre Valls, le complot bolchévique mené par les ministres félons Montebourg, chargé de l’Economie, et Hamon de l’Education nationale,  aurait pu infléchir la politique économique de la France dans une direction suicidaire. Il suffit d’attendre que la conjoncture se retourne, comme dit Michel Sapin depuis quelques années maintenant, qui sait parfaitement mouiller son doigt pour sentir d’où vient le vent, ce qui est la première compétence demandée à un ministre des Finances français en ces temps d’ordolibéralisme européen. On a d’ailleurs une pensée pour Michel Sapin, voisin de bureau de Montebourg, qui doit soupirer de soulagement ce matin car si le putschiste Montebourg avait réussi, il aurait bien pu se retrouver en résidence surveillée dans sa bonne ville d’Argenton-sur-Creuse, bien qu’il ait presque trouvé le moyen de la perdre aux dernières municipales.

Si vraiment on cherchait la petite bête, la seule chose que l’on pourrait reprocher au tandem de l’exécutif, c’est d’avoir si longtemps entretenu de telles vipères en leur sein, et à des postes aussi sensibles. Hamon, au contrôle de la jeunesse à travers ses milices syndiquées de profs barbus d’économie prônant le tout-Etat et de profs féministes de SVT cherchant à pervertir les enfants dans l’indifférenciation sexuelle. Montebourg, en mesure de contrôler tout Bercy et d’imposer un discours irresponsable auprès duquel la NEP de Lénine ferait figure de bluette. Qu’a osé dire en effet Montebourg, alors qu’il réunissait ses amis factieux dans la Bresse ? Des menteries, des coquecigrues, des billevesées déguisées sous le masques de truismes qu’il aurait voulu faire passer pour du bon sens : « La relance de la demande est la condition de la réussite de la politique de l’offre qui a été faite depuis deux ans. On ne peut rien vendre aux Français s’ils n’ont pas des revenus suffisants » Et puis quoi encore, alors que chacun sait que seule la politique de l’offre est responsable. Le président en a même fait un pacte. Plus loin encore, Montebourg éructe : « Il faut donner la priorité à la sortie de crise et faire passer au second plan la réduction dogmatique des déficits, qui nous conduit à l’austérité et à la montée continue du chômage. » Il est dur d’aller plus loin dans l’impudence. La réduction des déficits est un impératif catégorique sinon après, c’est nos enfants qui hériteront de la dette et qui n’auront plus d’hôpitaux, d’écoles ou de retraite comme les petits Grecs. Bon, en même temps, les Grecs, ils ont réduit les déficits et ils n’ont quand même plus d’école, de retraite et de Sécu mais ne compliquez pas tout, voulez-vous ?  Vous n’allez tout de même pas inverser les rôles et accuser les pragmatiques Valls et Hollande d’être enfermés dans une idéologie alors que ce sont Hamon (qui avait rejoint son compère à la Fête des traîtres) et Montebourg qui ont une vision faussée de marxistes attardés ou de keynésiens intégristes, allez savoir.

Mais leur manœuvre a été déjouée. François Hollande, qui connaît bien l’histoire, a été alerté par l’interview de Montebourg dans Le Monde qui lui a sans doute rappelé  comment s’est déclenché la Révolution Culturelle de Mao à partir d’un simple article critiquant une pièce de théâtre dans un journal de Shanghaï.  La réaction ne s’est pas fait attendre, c’est bien. Il y aura des têtes sur le plateau que Valls apportera aux prochaines journées du Medef.  Avec un peu de chance, celle de l’inconséquente Aurélie Filippetti qui a apporté son soutien aux rebelles alors qu’elle n’est même pas capable de tenir ses intermittents et de Christine Taubira, grande responsable du vidage des prisons et de la décadence de nos mœurs qui en plus est également partisane d’une économie planifiée, de celle par exemple qui paupériserait les Français au point que moins d’un sur d’eux ne parte en vacances.

On ne félicitera pas pour conclure monsieur Dupont-Aignan qui accuse l’exécutif d’avoir procédé à cette purge pour complaire à Madame Merkel. C’est tout à fait faux et déplacé. D’après nos informations, la chancelière n’a montré aucune exigence particulière sur la couleur des moquettes que choisira le futur ministre de l’Economie pour son bureau.

*Photo : Christophe Ena/AP/SIPA. AP21614381_000002.