Il n’y a pas de Grand Siècle français sans Pascal, c’est une évidence. Mais le souffreteux et teigneux génie amoureux de Jésus a eu tendance à trépasser dans la mémoire historique et culturelle française, ne laissant derrière lui qu’un antique billet de banque – que l’on rêvait tous de posséder petits, non tant pour la promesse de fortune qu’il annonçait mais pour sa texture soyeuse, sa taille disproportionnée et sa couleur indéfinissable –, une mesure de pression atmosphérique et un pari bien galvaudé. C’est le premier aveu de Xavier Patier dans sa Nuit de l’extase : arrivé à l’âge d’homme, quoique catholique, écrivain et éditeur, il en savait si peu sur l’insolent Blaise que, dans un mouvement de retrait du monde, délaissant carrière, honneurs et autres instruments électroniques, c’est dans le gouffre des Messieurs de Port-Royal et de leur plus illustre pensionnaire qu’il est tombé. Il en est ressorti illuminé par le Mémorial comme s’il en eût jusqu’ici ignoré la saveur. C’est autour de celui-ci qu’il bâtit entièrement son livre, autour de ce fameux texte de la nuit du 23 novembre 1654 que l’on découvrit cousu dans le pourpoint même de Pascal à sa mort, où sont les mots trop célèbres « Joye, joye et pleurs de joye ». Où le philosophe et mathématicien surdoué, à peine âgé de trente ans, délaisse enfin sa morgue d’être supérieur pour s’abandonner à la simple condition humaine devant son Créateur.

Blaise Pascal – La nuit de l’extase, de Xavier Patier, Cerf, 2014.

* Photo : wikicommons

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Jacques de Guillebon
est journaliste et essayiste.est journaliste et essayiste.
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