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Réponse à la tribune de Delphine Horvilleur sur Gaza

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On ne peut rien comprendre aux réactions d’une partie du monde juif contemporain sans regarder en face un paradoxe aussi ancien que ravageur : celui d’un judaïsme qui rêve de pureté dans un monde qui ne lui a jamais accordé le droit d’exister. Ce n’est pas la peur qui anime certains intellectuels juifs face à la guerre à Gaza. Ce n’est pas la lâcheté non plus. C’est plus insidieux : le désir d’un judaïsme impeccable — un judaïsme aux mains propres, c’est-à-dire sans mains.

Car l’Histoire ne nous enseigne pas qu’on peut vaincre la barbarie par des principes seuls. Le nazisme n’a pas été vaincu par la vertu, mais par la force — au prix de villes allemandes rasées, de millions de civils morts, et d’une Europe en ruines. Le Japon impérial n’a pas capitulé face à des sermons, mais face à une puissance de feu sans précédent. La guerre est cruelle. Mais quelle autre voie aurait permis de rester moral face à l’inhumanité nazie ? Un judaïsme sans mains est un judaïsme mort — tout comme une morale sans courage est une morale vide.

Delphine Horvilleur, dans une tribune récemment publiée, incarne cette tendance avec une éloquence qui fascine autant qu’elle désarme. Face aux bombardements à Gaza, face aux accusations de crimes de guerre, elle choisit de distinguer son judaïsme de celui des autres, de ceux qui soutiennent Israël dans l’épreuve, de ceux qui refusent de se dérober derrière une morale abstraite. Elle écrit comme si le judaïsme devait se laver les mains de tout, pour rester « fidèle à ses principes », même au prix d’un abandon. Mais de quels principes parle-t-on, quand on parle en surplomb de ceux qui vivent dans la terreur des sirènes, des missiles et des tunnels creusés pour tuer leurs enfants ?

Ce que revendique Horvilleur, c’est un judaïsme qui « témoigne » sans se mêler, qui observe sans participer, qui condamne pour se distinguer. Elle oppose une morale désincarnée à la complexité d’une guerre réelle, tragique, dont aucun peuple ne sortira intact. Et ce faisant, elle reproduit un vieux mécanisme : pour être accepté, il faudrait se désolidariser, se purifier, devenir l’exception morale du peuple juif.

Mais cette posture est une illusion — et une trahison.

Car un judaïsme sans solidarité, sans force, sans attachement à la terre, n’est plus qu’un mot creux. Un slogan acceptable pour les salons intellectuels d’Occident, mais totalement inopérant face aux roquettes et aux pogroms. Il ne s’agit pas ici de défendre aveuglément un gouvernement. Il s’agit de rappeler que le droit d’Israël à se défendre est non négociable. Et que le rôle du judaïsme, dans cette heure tragique, n’est pas d’accabler son propre peuple pour sauver son image morale.

Lorsque Delphine Horvilleur parle de « désarroi moral », on l’écoute, car elle parle en poétesse. Mais ce désarroi devient poison quand il se transforme en accusation publique, non pas malgré son judaïsme, mais au nom de celui-ci. Elle semble dire : « Regardez comme je suis juive autrement. » Elle semble vouloir prouver, à chaque phrase, que son judaïsme n’est pas celui qui bombarde, mais celui qui s’indigne. Mais ce judaïsme-là est un luxe de paix. Il n’est d’aucune utilité dans un monde où des enfants juifs doivent être cachés dans des écoles, où l’on tabasse à cause d’un prénom, où l’on tue pour une étoile.

La tradition juive n’enseigne pas la pureté. Elle enseigne la responsabilité. Elle ne dit pas de rester innocents ; elle appelle à agir justement, dans un monde qui ne l’est pas. Et cette justice-là ne consiste pas à accuser Israël avec les mots de ses ennemis — colonialisme, apartheid, génocide — mais à porter la complexité de son histoire, la légitimité de son existence, le droit de ses citoyens à vivre.

Aujourd’hui, certains Juifs croient qu’en condamnant Israël, ils se protègent. Mais ils se trompent. Ce qu’ils obtiennent, ce n’est pas l’estime lucide du monde, mais une admiration convenue, qui flatte l’image morale à laquelle ils aspirent — au prix d’un renforcement sourd, mais violent, de la haine contre Israël. Une haine d’autant plus légitimée qu’elle semble validée par une rabbine censée incarner la spiritualité juive elle-même.

Le combat n’est pas seulement de défendre un État. Il est de défendre le droit du peuple juif à se défendre, à se tenir debout, à ne pas s’excuser d’exister.

Delphine Horvilleur rêve peut-être d’un judaïsme admirable. Mais sans engagement, sans peuple, sans terre, ce judaïsme est un mirage. Et ceux qui s’y réfugient s’aveuglent eux-mêmes.

Il est temps de rappeler que la morale juive n’interdit pas la force — elle l’encadre. Elle ne rejette pas la défense — elle la structure. Elle ne condamne pas l’action — elle l’exige, quand l’existence est menacée. Ce n’est pas un luxe intellectuel. C’est un impératif de survie.

Auschwitz, mon petit chou!

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Marguerite Yourcenar a dit en 1984 : « Une seule chose que je ne pardonne pas à Marguerite Duras : ce titre : Hiroshima mon amour. Hiroshima, j’y suis allée. Effrayant. Comme si, après avoir été à Auschwitz, on écrivait Auschwitz, mon petit chou ! » C’était dans Le Journal du dimanche, du 2 décembre 1984.

Thierry Ardisson a osé déclarer samedi dernier : « Gaza, c’est Auschwitz. Nos petits-enfants nous diront que nous savions et que nous n’avons rien fait. »

La reducio ad Hitlerum dont parlait Leo Strauss dès 1953 bat son plein. Le temps pour atteindre le point Godwin dans une conversation atteint des records. Mieux, le retournement des juifs en nazis est devenu un réflexe.

Non, ce n’était pas Baffie qui maintenant présente ses excuses pour l’ensemble de son œuvre, c’était bien Thierry Ardisson qui d’ailleurs présente aussi ses excuses.

Camélia Jordana, elle, ne tombe pas dans ces travers, mais elle boycotte le Coca et les McDo – qu’elle soupçonne d’être pro-Israël – depuis le 7-Octobre. Or que s’est-il passé ce jour-là ? 1200 personnes dont 37 enfants ont été tuées sur le sol d’Israël par les Gazaouis du Hamas.

Thierry Ardisson a présenté ses excuses à « ses amis juifs » ce dimanche, après avoir comparé Gaza à Auschwitz sur le plateau de « Quelle Epoque » diffusée samedi sur France 2 en différé.

« Suite au bouleversant discours du Dr Pitti, j’ai comparé Gaza à Auschwitz. L’émotion était sans doute trop forte et mon propos exagéré. Je prie mes amis juifs de bien vouloir me pardonner. »

Il est important de savoir que le bon Dr Pitti est avant tout un militant politique proche de Raphaël Glucksmann, le compagnon de Léa Salamé.

« Je rappelle que dans Quelle Époque, j’ai commencé par m’émouvoir du sort réservé, par exemple, à Jérôme Guedj et j’ai rappelé que c’est en 2004, soit dix ans avant que Manuel Valls n’interdise ses spectacles, que j’ai viré Dieudonné en direct de Tout le monde en parle parce qu’il rallumait la mèche de l’antisémitisme. Ma participation à la Marche contre l’antisémitisme le 12 novembre 2023, confirmait ma position », a-t-il encore écrit. 

Les propos de l’animateur dans Quelle époque ont notamment fait réagir le président du CRIF, Yonathan Arfi : « Non, Thierry Ardisson, Gaza n’est pas Auschwitz ! La vérité est simple : la Mémoire de la Shoah n’est jamais autant convoquée dans le débat public que par ceux qui veulent la retourner contre les Juifs. Je déplore depuis le 7 octobre la détresse de toutes les populations civiles, israéliennes et palestiniennes. Mais pour quel autre conflit utilise-t-on ces comparaisons avec la Shoah ? Aucune critique d’Israël ne justifie de le nazifier. La situation au Proche-Orient est suffisamment compliquée et difficile pour ne pas avoir besoin de ces confusions coupables. »

Maitre Goldnadel a indiqué qu’il allait saisir l’Arcom contre France 2 : « Thierry Ardisson vient de m’adresser un communiqué dans lequel il demande à ses amis juifs de lui pardonner d’avoir comparé Gaza à Auschwitz. Dont acte. Je constate cependant que sur le plateau de France 2, Léa Salamé n’a pas récusé cette comparaison immonde. Je ne sache pas non plus qu’elle s’en soit excusée. Une fois de plus, je constate que l’audiovisuel public se fait le principal instrument de la détestation d’Israël et le fabricant de l’antisémitisme. Raison pourquoi j’ai décidé de saisir l’Arcom ».

Revenons maintenant sur le cas de la chanteuse Camélia Jordana. Elle n’a pas bu un Coca, à son grand désespoir parce qu’elle adore ça, depuis le 7-Octobre dit-elle. Ce jour-là des jeunes Israéliens pacifiques qui dansaient dans le désert sur de la musique techno et des Israéliens ordinaires qui dormaient dans leur kibboutz furent assassinés. Il s’agissait de l’opération Déluge d’Al-Aqsa qui fut le signal d’un hallali mondial.

Si Camélia avait arrêté le Coca à partir du 22 octobre, date des premiers bombardements de Tsahal annoncés et ciblés, cela aurait pu avoir un sens, mais pourquoi Camélia s’est-elle privée de Coca entre le 7 et le 22 octobre ? C’est étrange, non ? En fait pas du tout. Israël est coupable d’exister. From the river to the sea. Chiche, c’est là le foyer national juif.

Le 7 octobre 2023, Yuval Raphael qui participait au festival de musique Nova en plein air s’est précipité pour se cacher lorsqu’elle a vu les terroristes du Hamas surgir. Elle a trouvé refuge dans le bunker d’un kibboutz voisin avec 50 autres personnes. Les assassins islamistes les ont repérés et ont tiré sur les gens un par un, puis ont jeté une grenade dans le refuge de quatre mètres carré. L’abri est devenu le tombeau d’au moins 40 âmes. Yuval est restée à faire la morte cachée sous les cadavres huit heures durant pendant lesquelles les nazis islamistes sont revenus à 19 reprises pour les arroser de rafales ou lancer des grenades.

Yuval Raphael chantera pendant le prochain Eurovision New Day Will Rise, des éclats d’obus logés dans sa tête et dans sa jambe depuis le 7 octobre, jour où Camélia a arrêté de boire du Coca.

L'Homme en Noir

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Le syndrome du goéland

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La densité de Léon XIV fait ressortir la vacuité d’Emmanuel Macron


La mascarade, jusqu’à la farce : c’est en saluant une foule inexistante qu’Emmanuel Macron a descendu solennellement les Champs-Elysées, le 8 mai à 17h20, en hommage au 80e anniversaire de la victoire contre les nazis. Les images le montrent souriant, envoyant parfois des baisers vers des trottoirs vides. Jamais le théâtre macronien n’aura été aussi inventif dans le trompe-l’œil. À la même heure, au Vatican, des dizaines de milliers de personnes se pressaient, place Saint Pierre, pour y acclamer Robert Francis Prevost, 69 ans, élu prestement pape à 18h08 sous le nom de Léon XIV, 24 heures après l’ouverture du conclave. Reste le symbole : d’un côté, le néant politique qui fait fuir les gens ; de l’autre, l’engouement collectif pour une quête immatérielle. En sept ans de mandat, le président de la République ne sait plus quoi dire aux Français, hormis les insulter quand ils le critiquent. Ainsi a-t-il méchamment réduit à « la vie des bêtes » les indignations suscitées par son invitation jeudi de l’ex-terroriste islamiste qui s’est installé à la tête de la Syrie. Aucune idée neuve ne sort de l’Élysée ni de sa cour « éclairée ». Le chef de l’État n’excelle que dans une communication narcissique. Elle le pousse à se mettre partout au centre des images, dans ce que j’appellerai le « syndrome du goéland », en référence à l’oiseau de la Chapelle Sixtine qui, perché à côté de la cheminée, a monopolisé les regards de dizaines de millions de téléspectateurs scrutant la fumée blanche. Pour leur part, 2000 ans de transmission chrétienne n’ont toujours pas épuisé la ferveur populaire, avide de sens et de bon sens, de foi et de raison.

A lire aussi, les carnets d’Ivan Rioufol: La Révolution du bon sens (ou Comment se libérer de 50 ans d’idées fausses)

La densité des paroles simples de Léon XIV (« Le mal ne prévaudra pas ! ») fait ressortir la vacuité du discours politique, sa jactance, ses effets de manche. Macron n’est pas en reste : après s’être mis en scène ce week-end, à Kiev, en lançant avec trois alliés européens des ultimatums à Vladimir Poutine, il sera mardi soir à la télévision. Il y annoncera, dit-on, des référendums qui éviteront le sujet attendu de l’immigration. Pour sa part, l’héritier de François, présumé plus progressiste que conservateur en raison de sa proximité avec le pape défunt, révèle une subtile synthèse entre ces deux possibles schismes. Ses premiers signes, y compris vestimentaires, ont fait comprendre que Léon XIV mettra ses pas dans une continuité de l’héritage spirituel et du droit canon. Tandis que la politique n’est plus qu’un trou de mémoire, le pape se réclame de la filiation de Saint Augustin, berbère des années 300, et de Léon 1er (430-461) qui dissuada Attila, roi des Huns, en 452, de saccager Rome…

Alors que les députés vont commencer à débattre, ce lundi, de l’euthanasie et du suicide assisté, il faut attendre du pape qu’il rappelle les impératifs de protection de la vie et des faibles, ces valeurs oubliées par ceux qui flattent l’air du temps gagné par l’individualisme, la performance, le rejet des vieux, l’élimination des improductifs, etc. Puisse Léon XIV inciter le monde politique, contaminé par la paresse intellectuelle, à redevenir inspiré.

Nouvelles réflexions sur le racisme antiblanc

Le président d’Avocat sans frontières recommande chaudement une nouveauté en librairie, consacrée à un sujet qu’il connaît bien


La lutte contre le racisme antiblanc incarne l’un des combats les plus importants de ma vie. Non pas parce que je suis blanc. Je n’étais pas blanc consciemment. Je le suis devenu depuis qu’on me le reproche. Un peu comme ma judéité, soit dit en passant. Je voulais donc vous vanter les mérites d’un grand livre épatant : Le Racisme antiblanc : l’enquête interdite, de François Bousquet (La Nouvelle Librairie).

Je m’en vais courageusement surmonter ma modestie excessive autant que proverbiale en reproduisant la dédicace de l’auteur, qui m’indique poursuivre dans cette publication « les pistes ouvertes par (vos) Réflexions sur la question blanche». Et je reconnais, effectivement peu humblement, dans cet ouvrage nouveau, la piste tracée par le mien publié en 2011.

Sauf que j’étais principalement dans la théorie explicative de la sombre honte blanche inconsciente d’avoir la même couleur de peau que l’Antéchrist des temps post-chrétiens. Je parle de l’ignoble moustachu.

François Bousquet, lui, est essentiellement dans la démonstration pratique. Et il m’arrache les tripes. Il questionne des témoins multiples.

Racisme dans le rap et indulgence judiciaire

Il visite l’enfer raciste du rap. Et constate que les médias xénophiles considèrent ce mouvement comme toujours rempli de bonnes intentions. L’avocat que je suis confirme que les gentils juges blancs sont tout aussi indulgents. C’est ce que je devrais nommer le « privilège noir ». Je songe au groupe Ministère A.m.e.r., qui dégainait sur les « faces de craie ».

Bousquet explique, témoignages nombreux à l’appui, que pour la racaille, les « Français sont des cibles faciles, parce qu’ils ne se battent pas ».

Et lisant cela, l’on a envie de serrer les poings…

Le « syndrome de Stockholmistan »

L’auteur décrit aussi ce qu’il appelle le « syndrome de Stockholmistan » : par crainte révérencieuse, des petits Blancs des banlieues islamisées vont, par mimétisme, multiplier les « wesh » et les « wallahs ». Par soumission, ils achètent sinon le respect, au moins la dhimmitude.

À lire aussi, Jean-Paul Brighelli : Du côté des toubabs

Visite ensuite des écoles en terrain hostile, où l’on voit des enfants apeurés ou battus. Et des hussards roses, devenus craintifs, de la République déchue, qui demeurent sourds aux plaintes des élèves blancs. Par lâcheté physique ou sottise idéologique. Encore que la seconde ait accouché de la première. Hier leur discrimination positive rachetait leur âme. Aujourd’hui, leur crainte révérencieuse protège leur corps.

L’auteur sans peur et sans reproche explore également cette trouble fascination de certaines femmes blanches pour le sombre voyou. Mêlée d’une peur ambiguë.

Bousquet se rend sur les terrains de foot amateur, où le racisme antighwer (« Blanc », en arabe), à moins qu’il soit anti-babtou (verlan de « toubab » – « Blanc », en wolof), règne en maître.

L’Équipe guette les cris de singes dans les tribunes, mais n’entend pas les « sales Blancs » sur les terrains ou dans les vestiaires. Pas étonnant que ce soit l’un de ses journalistes, Marc Leplongeon, coauteur d’un livre sur le meurtre de Thomas à Crépol, qui nous ait expliqué que le racisme antiblanc n’existait pas.

Enfin, Bousquet montre que les injures antisémites se mélangent parfois aux injures anti-Blancs.

Bousquet m’a lu, j’ai lu Bousquet. Lisez-le.


François Bousquet, Le Racisme antiblanc : l’enquête interdite, La nouvelle Librairie, 2025, 292 pages.

Apocalypse Now

(Donald Trump à la BnF)


Fin de partie. « Fini, c’est fini, ça va finir, ça va peut-être finir. Les grains s’ajoutent aux grains, un à un, et un jour, soudain, c’est un tas, un petit tas, l’impossible tas ». Rideau noir sur fond noir, en 1957 Beckett enterrait les conventions théâtrales dans l’angoisse, l’aliénation et l’absurde. Le temps est proche… Nous y voilà. Donald Trump digresse, délire, dénonce, se pavane, s’agite : une histoire dite par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien. Black Friday, tout doit disparaitre : le libre-échange, le multilatéralisme, les parapluies. Le bazar fait bien les choses : « Apocalypse. Hier et demain », c’est aussi une exposition éblouissante, à la Bibliothèque nationale de France, site François Mitterrand, jusqu’au 8 juin.

BNF

Game over

Cent jours de pétrin et le meilleur pour la fin. Un tiers Macbeth, un tiers Idi Amin Dada, un tiers Jean-Ferdinand Choublanc (La Foire aux immortels, Bilal), un quatrième tiers Abdallah (Tintin), le Léviathan de Mar-a-Lago massacre nos dernières illusions. L’idéal nihiliste-libéral-libertaire triomphe. Le pitch du metteur en Cène est simple : reféodalisation du monde, guerre de tous contre tous, Vae victis. Tout le monde rit jaune, serre les fesses, s’indigne, condamne le slam hardcore de Donald Arturo Ui.

L’Europe des marchands de choux-fleurs bio et rosières vegans réfléchit à une possible riposte, graduée : une directive « yakafautqu’on résiste », un Grenelle du missile solaire, des États-généraux du char électrique, une ligne Maginot végétalisée pour abriter le harle huppé, la marouette poussin et arrêter les Russes, sans oublier le « Coran européen » – alternatif – avec voile inclusif et Djihad bienveillante. La Nef des flous et le clan des saints. Sylvain Macron, Sylvette von der Leyen, les Européens, depuis trois générations, s’illusionnent sur les « Compères » : l’ours Russe, le loup Chinois, le renard islamique et Trump qui joue au sanglier. Si les MP Yankees mettent les bouts, qui fera la police sur la ligne Curzon, qui nous protégera contre les Cosaques, prédateurs, racailles, à l’Est, au Sud, qui menacent une Marianne en cessation des paiements ? L’Occident est rattrapé par l’histoire, fracassé par le réel et les questions maudites : l’alpha et l’oméga, le pourquoi, les raisons de vivre et de mourir.

A lire aussi: « Naissance de la Bossa Nova » d’Alain Gerber – L’évocation magistrale d’un courant musical tout aussi magistral

A Aubagne, Emmanuel Macron joue au Morfalou, se suce la langue sur la patrie, l’héroïsme de la Légion, Camerone. « La France, patrie de volonté et de bravoure, qui ne se définit ni par le sang, ni par une race, ni par une religion, ni par une identité figée, mais une volonté, chaque jour recommencée, d’accomplir de grandes choses avec une poignée de notre terre dans la main, un rêve universel, un idéal, cette solidarité, cette fidélité à la patrie ». Les bavasseries politicardes, discours avariés de bravitude toutlemondiste pondus par des Télétubbies de cabinet, minent la nation… Stabat m’atterre d’un pays qui sombre.

« La demi-journée défense et citoyenneté (JDC) obligatoire pour les jeunes de 16 à 25 ans permet de rappeler à chacun que la liberté a un prix. C’est aussi une occasion unique de contact direct avec la communauté militaire » (site du ministère des Armées). Les cœurs vaillants s’instruisent pour vaincre. Trois vidéos sur notre ZEE, les TAAF, la féminisation des SNLE, avant le morceau de bravoure, des QCM pour tester les QI : « Le mot frapiole existe-t-il ? Vice et vise se prononcent-ils de la même façon ? Épeler lapin. Quel est l’ordre correct des couleurs du drapeau français ? ».La quille à midi avec un certificat de participation et une dernière recommandation : « Ne le pliez pas, roulez-le, il va vous servir »

Les bourses, les droits de douane, les alliances tanguent, mais l’essentiel est ailleurs. Le Gilgamesh de Wall Street, la lune rousse trumpiste, ébranlent la planète des songes, une épistémè à bout de souffle, les tartufferies hors-sols du post-progressisme lacrymal-victimaire. Le ventre fait l’con d’où a surgi la bête immonde… Comme le chant du cygne du XVIIIe siècle et une machine à remonter le temps qui se met en marche. Tout le monde ment et se ment. Le retour du XVIIe siècle, de la fausseté des vertus humaines. Make Jacques Esprit, La Rochefoucauld et la marquise de Sablé Great Again ! Le retour du XVIe siècle, des guerres de Religion, du XVe siècle, de la guerre de cent ans… Cap au Cœur des ténèbres : dans une marmite d’IA, un bouillon d’anthropocène, ajouter une louche de vérités crypto-alternatives, un soupçon de complotisme, une pincée de transhumanisme, un zeste de Musk. A table ! Un ange passe et s’enfuit, épouvanté.

La BnF met en scène l’Apocalypse

Etymologiquement, l’Apocalypse c’est un dévoilement, une révélation et beaucoup d’interprétations : une manière de récapitulation (littéralement, redonner une tête), aussi. La fin d’un monde, du monde, avant quel retour, quelle Renaissance ? L’actualité, tragique, se décline au subjonctif et futur antérieur : guerres froides, chaudes, néo-ante décoloniales, post-apo, à toutes les sauces. Mad Max, Simon du Fleuve, Valérian agent spatio-temporel, Yoko Tsuno, sont revenus. Les élus, damnés, dystopies, le Septième Sceau, La Mort d’Orion (Manset), HAL 9000, de retour, pour de vrai, pour de bon ? C’est creux jusqu’à l’infini et … oh mon Dieu, c’est plein d’étoiles…

« Apocalypse. Hier et demain ». L’exposition de la BnF embrase avec bonheur l’histoire et l’esthétique des millénarismes, de l’attente, de la fin. Nous admirons de prestigieux manuscrits de l’Apocalypse de Jean, le Beatus de Saint-Sever, des fragments de la célèbre tenture de tapisseries d’Angers, la suite de gravures de Dürer, moult chefs-d’œuvre, tableaux, sculptures, installations, extraits de films de Bergman, Marker, Resnais.

 « Le Livre de la Révélation » qui ouvre l’exposition plonge le spectateur dans l’Apocalypse de Jean, suggère des clés d’interprétation sur les sept coupes de la colère de Dieu, l’étoile Absinthe et l’aigle de malheur, le dragon enchainé pour mille ans : une méditation sur le temps absolu, herméneutique savante et didactique de liturgie céleste. La seconde partie, « Le temps des catastrophes », est consacrée à la fortune de l’Apocalypse dans les arts : Dürer côtoie Callot, Goya, Blake, Redon, l’apocalyptique anglais, l’expressionnisme allemand. « Le jour d’après », troisième temps de l’exposition, imagine les mondes à venir, l’Apocalypse par les gouffres. Dans le remarquable catalogue, Charlotte Denoël, Frédéric Boyer, Georges Didi-Huberman, François Angelier, digressent sur l’Apocalypse au Moyen-âge, sa fortune populaire, les visions d’éclairs, de nuées, la lumière d’Ixo, les naufragés du temps, Brooklyn station terminus cosmos.

In fieri, le temps du rétablissement, l’apocatastase, c’est long, surtout vers la fin… Jeanne Brun, la Commissaire de l’exposition, met les pieds dans le plat : « A la question de savoir comment l’humanité devait continuer à exister s’est substituée aujourd’hui celle de savoir si elle devait ou non continuer. Cette question est écrasante… ». La situation est trop désespérée pour être vraiment sérieuse. « Puisque ça se joue comme ça, jouons ça comme ça et n’en parlons plus … » (Beckett).

Aux États-Unis, le surprenant développement des «cours de vie d’adulte»

Aux États-Unis, de plus en plus de jeunes adultes peinent à accomplir certaines tâches de la vie courante. Pour y remédier, des programmes leur enseignent les bases de l’autonomie : gérer un budget, cuisiner, entretenir leur logement ou encore se préparer à un entretien d’embauche.


Les jeunes Américains considèrent parfois leurs parents et grands-parents comme des imbéciles parce qu’ils peinent à se connecter au Wi-Fi, sont incapables de jouer à des jeux vidéo ou rechignent à regarder en continu des séries télévisées. Pourtant, au moment d’atteindre ce qu’on appelle l’âge adulte, nombre de ces jeunes gens ont de plus en plus de mal à réaliser les actes les plus simples de la vie courante.

Des associations spécialisées leur viennent alors en aide en leur proposant des « cours de vie d’adulte ». Les élèves apprennent à ouvrir un compte bancaire, recoudre un ourlet de pantalon, remplir une déclaration de revenus, aiguiser des couteaux de cuisine, rédiger un CV, choisir des vêtements convenables pour un entretien d’embauche, etc. Aucune « compétence de la vie » ne semble devoir échapper au programme de formation intitulé « Adulting 101 ». Raffi Grinberg, consultant dans un cabinet de conseil new-yorkais et instigateur de ce programme, vient d’écrire How to Be a Grown Up (« Comment être un adulte »), un livre destiné entre autres aux jeunes employés qui, comme lui, se sont avérés incapables de comprendre des papiers administratifs élémentaires lors de leur première embauche. Il est bien sûr prévu des extensions à ce programme, en particulier dans le domaine des relations amoureuses qui, de plus en plus souvent, débutent via des applications de rencontre. La crainte d’une bévue, d’une plaisanterie mal comprise, d’un geste inapproprié pouvant déclencher des moqueries sur les réseaux sociaux ou, pire, des poursuites judiciaires, angoisse de plus en plus de jeunes gens désirant passer d’une relation virtuelle à une relation réelle. Un tutoriel les aidera bientôt à éviter ces pièges.

Dans un monde où l’on tend à réduire l’existence humaine à un processus technique, il paraît logique que même les actes les plus simples soient inculqués par des experts et que les anciennes romances hasardeuses soient remplacées par des relations planifiées et strictement réglementées. L’Avenir radieux du Meilleur des mondes est enfin à portée de main.

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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La Révolution du bon sens (ou Comment se libérer de 50 ans d’idées fausses)

Le bon sens et la lucidité commencent à bousculer le politiquement correct dans le débat public. Ainsi peut-on ouvertement dénoncer le racisme antiblanc sans passer pour un fasciste. C’est un début.


Parions : rien n’arrêtera la révolution des œillères. Le réel aura raison des croyances mondialistes. Telles les œillères, ces récitations erronées rétrécissent la vue. Timidement, François Hollande a concédé le renversement des consciences (RTL, 10 avril) : « Le politiquement correct avait sans doute ses défauts. » L’ancien président socialiste s’est gardé cependant de creuser sa clairvoyance. L’exercice l’aurait contraint à reconnaître ses bévues. Le confort du moralisme n’a cessé, en effet, de « donner à manger du mensonge » (Simone Weil). Jamais les informations tendancieuses ne se sont si bien portées. C’est pourquoi le besoin de vérité s’annonce plus fort que les rappels à l’ordre des clercs.

Des exemples ? En 2003, Claude Imbert, patron du Point, avait soulevé une indignation médiatique chez les gardiens du dogme diversitaire pour avoir déclaré (LCI) : « Je suis un peu islamophobe », critiquant l’islam et « sa débilité d’archaïsme divers ». Or, quand, le 28 mars dernier, Élisabeth Badinter a admis à son tour (RTL) : « Il ne faut pas avoir peur d’être traité d’islamophobe », son propos n’a même pas été relevé. Idem pour le racisme anti-Blanc, qui valait naguère à celui qui s’en plaignait d’être qualifié d’imposteur. Le 23 mars (CNews-Europe 1), la porte-parole du gouvernement, Sophie Primas, a affirmé n’avoir « pas de pudeur » à évoquer ce racisme occulté. « Pourquoi le nier ? C’est une réalité », a même appuyé Manuel Valls dès le lendemain.

Cette lucidité renaissante est un affront à l’antiracisme obligé. Ce credo veut que la haine anti-Blanc n’existe pas puisque le dominant ne peut souffrir de peuples ethniquement dominés. Cependant, cette dialectique racialiste ne s’accorde pas aux faits. Les sondés sont 80 % à s’inquiéter de cette réalité (CSA pour CNews, 5 octobre 2022). Elle s’impose dans les écoles soumises au mélangisme. François Bousquet a enquêté1 sur le harcèlement occulté contre le « Babtou fragile », le « Francaoui de merde », le « Sale Gaouri », le « Sale gwer » (sale Blanc). Il écrit : « Tous les témoignages aboutissent à la norme antiblanche qui structure les écoles dans les zones à forte immigration. » Le Blanc est la bête noire des « minorités », dont le pape s’était fait le protecteur.

À lire aussi : Faire taire « l’extrême droite »: gare au retour de bâton!

Mais tout change. Le bon sens, associé à la France moisie, devient une vertu pour les audacieux. « J’applique le bon sens au ministère de la Justice », assure Gérald Darmanin (Europe 1, 16 avril). La veille sur CNews, Bruno Retailleau s’était réclamé des « gens du bon sens ». Au-delà des réprobations pavloviennes face aux assauts de Donald Trump contre l’immigrationnisme et le wokisme, sa « révolution du bon sens » fait mouche. Même François Bayrou en appelle, sur la dette publique, au réalisme : « Seule la confrontation les yeux ouverts avec la vérité de notre situation peut soutenir une action déterminée. » « La vérité vous rendra libres », avait prédit Jésus.

Reste à aller au bout de la révolution du réel. Elle oblige à une radicalité contre le progressisme bigleux qui a gagné le Système, y compris au Vatican. Ceux qui veulent se libérer de la fabrique des bobards doivent assumer une rupture avec ce monde faux, abîmé par des idées tordues. Les bidouilleurs, paniqués, annoncent cette fois l’arrivée du fascisme : leur dernier mensonge.


  1. Le Racisme antiblanc : l’enquête interdite, La Nouvelle Librairie, 2025, 292 pages. ↩︎

La race des seigneurs

Dans une biographie romancée dont elle a le secret, l’écrivain Stéphanie des Horts dessine le portrait de Gianni Agnelli (1921-2003), le patron de la FIAT et l’homme le plus charismatique d’Italie. Un monde rapide, désinvolte, décadent et flamboyant qui continue de nourrir l’imaginaire des esthètes renaît sous la plume de cette styliste des « Beautiful People »…


Il faut du culot et du talent pour oser écrire sur ce capitaine d’industrie au profil d’empereur romain qui a fasciné le monde occidental par son charme carnassier. Un peu d’inconscience aussi. Le personnage est trop puissant, trop éclatant, trop démiurge, trop inflammable pour s’approcher d’une vérité quelconque. Dans une société de la fausse transparence et du déni de pouvoir, totalement étriquée et revancharde, Gianni cumule tous les dons et toutes les exubérances. Il ne répond pas aux codes frelatés de notre époque procédurière et pétocharde. Il ne s’excuse pas d’être né riche et beau, brillant et fissuré, couvé et adulé par un peuple en recherche d’un modèle. Il est exclusif, souverain, populaire, bambocheur, assoiffé de conquêtes et hors des lignes. Il n’écoute que son plaisir. Il a tout d’un contre-modèle, on le surnomme l’Avvocato alors qu’il n’a même pas le certificat, juste une licence de droit. Mais Gianni n’a pas besoin de diplômes et d’autorisations, il peut tout se permettre car l’Italie s’est offerte à lui comme la Juventus de Turin par une nuit d’été. « Je m’amuserai tout le temps, je ne travaillerai jamais » dit-il à dix ans à sa gouvernante américaine Miss Parker. C’est injuste et cruel pour les autres, les aristocrates « pur-sang » et les politiciens affairistes, les bons élèves et les besogneux, l’attraction ne se commande pas. Ce petit-fils de « garagiste », devenu premier employeur d’Italie, ne connaît qu’une règle : l’assouvissement de son ou plutôt de ses plaisirs. Il est un expert pour dépenser son temps et son énergie en activités rieuses et charnelles. Il aime les tables de jeu, les cylindrées démoniaques, les drogues et les filles faciles au regard d’acier. Il préfère sortir avec sa bande d’amis que de diriger le groupe FIAT. Et pourtant, c’est lui l’héritier. « Pourquoi lui ? Parce qu’il décèle chez Gianni une force irrésistible et un charme fou. Le charisme dont il aura besoin pour construire la légende de la FIAT » fait dire Stéphanie des Hors au Senatore, son grand-père. Il ne pourra échapper à son destin. Gianni était un mélange de JFK, d’Ayrton Senna, de Jean-Luc Lagardère et d’Alain Delon. Une personnalité qui ne pourrait plus exister aujourd’hui, elle étoufferait par tant d’injonctions et d’intimidations sociales. Chez ses admirateurs français, on continue de perpétuer son image, de s’échanger des anecdotes, des articles de presse, de porter sa montre-bracelet sur le poignet de sa chemise par exemple ou de plonger nu dans la Méditerranée, mais que la marche est haute pour atteindre cette idole des playboys. Il savait tout faire, skier, baiser, commander des milliers d’ouvriers et s’imposer avec un naturel fracassant aussi bien dans une âpre négociation commerciale que dans le clair-obscur d’un palais italien. Pour percer le mystère de cette icône antimoderne, il n’y avait qu’un écrivain capable de relever un tel défi. Stéphanie des Horts est la spécialiste française de cette jet-set internationale qui durant la seconde moitié du XXème siècle, des plages des Hamptons au Manoir de Chartwell, de la Riviera à la Côte Amalfitaine, a inventé un mode de vie où le désir, l’argent et la puissance ont dansé un tango souvent macabre. Elle pousse sa plume toujours plus loin, bien au-delà du simple clapotis des ragots et des commérages de salon. Stéphanie est un véritable écrivain qui d’une plume compressée, à la sensualité abrasive, ne se laisse pas prendre aux pièges du vernis. Ses livres sont toujours très informés, on ne dira jamais assez combien ses recherches historiques sont exemplaires, une somme de travail pour accéder à la vérité des Hommes ; elle ne se contente pas de rapporter des faits, elle recrée l’atmosphère, le décor des villas, l’odeur de l’huile de ricin, la suavité des peaux abandonnées, la rage et le désespoir des ruptures. « Gianni le magnifique » aux éditions Albin Michel est la radiographie précise et intimiste d’un Âge d’or où les élites étaient assurément plus libres. Elles ne cachaient pas leurs turpitudes, elles les exposaient en plein jour. Nous sommes quelques-uns à avoir vu de nos yeux Gianni Agnelli en mouvement, dans un salon automobile ou sur les bords d’une piste de Formule 1, à chaque fois, nous avons été soufflés par son énergie, son aplomb, comme si tout lui était dû, comme s’il avait la clé de la réussite. Il était le roi d’Italie. Stéphanie des Horts nous plonge au cœur des tourbillonnantes années 50/60, ils sont tous là, Ali Khan, Fon de Portago, Pamela Churchill, Marella son épouse hiératique et insondable, la papesse des jardins, le père Edoardo, le grand-père, sénateur, on voit le reflet des corniches à la belle étoile et le Lingotto, la preuve tangible du pouvoir économique dans la fournaise turinoise, les rivalités avec Henri Ford, le souvenir poisseux de Mussolini et les longues jambes d’inconnues qui se nouent pour une nuit d’ivresse autour de son cou, Stéphanie orchestre tous ses lieux et ses personnages en harmonie, dans une arabesque et une langue fureteuse. Gianni est le livre du printemps et de l’été à venir.

Gianni le magnifique de Stéphanie des Horts – Albin Michel 304 pages

« Naissance de la Bossa Nova » d’Alain Gerber – L’évocation magistrale d’un courant musical tout aussi magistral


Sans conteste, le jazz s’est imposé comme LA musique du XXème siècle. Née comme on sait, dans le sud des Etats-Unis, il a, au fil des ans, essaimé quasiment dans le monde entier, rencontrant maints folklores avec, il faut bien le dire, des bonheurs divers. C’est que, la « créolisation » théorisée par le poète et philosophe antillais Edouard Glissant et prônée par les déconstructeurs de notre civilisation n’est pas sans risques. Son principal danger est la disparition de toute spécificité dans un melting pot informel.

Divine idylle

Par bonheur il est des mariages heureux. Des unions lumineuses. Tel est le cas de la bossa nova, fruit de la rencontre entre le jazz et la musique brésilienne. En l’occurrence, nulle idéologie abstraite mais un vrai coup de foudre. Une idylle qui se prolongera des décennies durant depuis le début des années 1960 jusqu’à nos jours.

A lire aussi, Pascal Louvrier: Cuisine et dépendances (littéraires)

Il y eut certes des précurseurs comme Dizzy Gillespie, fasciné par les rythmes afro-cubains au point d’intégrer dans son orchestre le batteur Chano Pozo (Manteca). Rien de commun toutefois avec la subtilité de musiciens brésiliens tels Vinicius de Moraes, Antônio Carlos Jobim ou encore Joao Gilberto. De quoi subjuguer Stan Getz et Charlie Byrd et autres musiciens nord-américains, Dave Brubeck, Quincy Jones ou Herb Ellis, pour ne citer qu’eux.

Qui mieux qu’Alain Gerber aurait pu rendre compte de cette idylle devenue une véritable épopée, narrée avec une précision entomologique assortie d’une vision panoramique ? La réputation de l’auteur dépasse largement le seul monde du jazz et son talent d’écrivain n’est plus à louer. Fleuron des éditions Frémeaux et Associés, tant dans le domaine du disque que dans celui du livre, il en est la clé de voûte. La pierre angulaire. Qui ne se souvient de sa contribution remarquable à la collection Quintessence ? Il en donne ici, une fois de plus, l’exemple : à son livre passionnant de bout en bout il adjoint un complément sonore indispensable. En effet un coffret de deux disques illustrant son propos d’historien vient en apporter la confirmation. Tous les grands noms y figurent, tous les succès mondiaux aussi. De Villa-Lobos à Bud Shank en passant par Jobim et Zoot Sims, ils sont tous là avec leurs chefs d’œuvre, Bachiana Brasileira, Pensativa, Maria Ninguem, entre bien d’autres.Une plongée rafraîchissante.

Un voyage à la fois dépaysant et exaltant dont on sort revigoré.

Alain Gerber, Naissance de la bossa nova, un livre de 320 pages. Un coffret de deux CD, 29,99 euros. Editions Frémeaux et Associés.

L’école libre à l’ère du soupçon

Au prétexte de l’affaire Bétharram, l’administration sort la matraque contre l’enseignement catholique (qu’elle n’a jamais du reste tellement ménagé). Au nom de la République, bien sûr.


C’est peut-être en se rendant à l’école Notre-Dame-des-Vertus, à Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis, que l’on mesure le mieux la popularité de l’enseignement catholique en France de nos jours. Le 5 mai, une manifestation a eu lieu devant l’entrée de l’établissement. Plusieurs membres de la section locale de la FCPE, le principal syndicat des parents d’élèves du public, sont venus distribuer des tracts. Avec ce curieux mot d’ordre : « Revenez ! ». Un message destiné aux familles qui ont préféré inscrire leur progéniture dans cette institution privée sous contrat, où les effectifs sont pourtant saturés, au lieu de les envoyer à la communale. Résultat, les écoles publiques de la ville sont désertées, et le rectorat n’a d’autre choix que de réduire drastiquement leurs capacités d’accueil. Il vient d’annoncer la fermeture de pas moins de treize classes pour la rentrée prochaine.

L’école publique va mal et on a donc trouvé le responsable. Ce ne sont ni les violences scolaires, ni les agressions de certains agents, ni l’effondrement du niveau en mathématiques, ni l’illettrisme à l’entrée au collège (voire à sa sortie). Le vrai danger, l’urgence, le fléau de l’école publique, c’est sa concurrente, l’école privée. Celle qui fonctionne à peu près, coupable de croire que l’on peut encore transmettre quelque chose à des enfants. « Chez nous, les dossiers sont déposés dès septembre pour la rentrée de l’an prochain, confie un directeur d’établissement de l’ouest parisien. Pas besoin de journée portes ouvertes pour attirer les parents. On refuse déjà un sixième des dossiers. »

Amélie Oudéa-Castera, alors éphémère ministre de l’Education nationale, Saint-Denis, 15 janvier 2024 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Le niveau baisse !

Pourquoi ce succès ? Dans une étude BVA publiée par la fondation Jean-Jaurès en 2024, les trois quarts des Français considèrent que la situation de l’école publique s’est détériorée (73%) contre 15 % seulement qui font le même constat pour l’école sous contrat – constituée à 96% d’établissements catholiques. Effet d’un soudain revival de la foi ? Seuls 6% des parents optent pour le privé par conviction religieuse. Cependant, selon la même étude, une majorité trouve que les mots d’ordre, de mérite et d’autorité s’appliquent mieux au privé qu’à l’école publique. L’enseignement catholique apparaît en somme comme un recours aux yeux de nombreuses familles effrayées par la baisse de niveau telle qu’elle est confirmée par diverses études.

A lire ensuite, Lisa Kamen Hirsig: INSPE/Education nationale: la fabrique des coachs

Difficile toutefois pour la puissance publique d’interdire ce que plébiscitent les citoyens. En 1984, la loi Savary avait certes eu pour objet de fusionner l’enseignement libre et l’enseignement public dans un « grand service public unifié » de l’Éducation nationale. Seulement, des manifestations monstres avaient alors mis un coup d’arrêt au projet. Si la lutte continue à présent, c’est par d’autres moyens, moins frontaux : affaires, rapports, polémiques,  déclarations chocs…

Bref, on assèche le privé, on l’épuise méthodiquement. A la rentrée 2024, l’enseignement catholique parisien, qui fait pourtant le plein, s’est par exemple vu retirer 40 postes d’enseignants par le ministère. Un non-sens statistique. Pour le reste, ce sont des inspections-surprises, contrôles pédagogiques kafkaïens, pressions administratives. A la limite du harcèlement scolaire.

La guerre scolaire continue !

La gauche médiatico-politique est en première ligne dans cette guerre scolaire à bas bruit. On se souvient que les éphémères ministres Oudéa-Castéra et N’diaye s’étaient attiré les foudres des journaux progressistes pour avoir inscrit leurs enfants à Stanislas ou à l’école Alsacienne. LFI n’est pas en reste : le député insoumis Paul Vannier, auteur d’un rapport parlementaire de 2024 sur le sujet, réclame un resserrement administratif, à base de malus pour les établissements peu mixtes et de renforcement des contrôles.

Le 15 mars la ministre Elisabeth Borne lui a donné en partie satisfaction. Réagissant au mouvement MeToo qui s’est emparé de l’Eglise et de ses institutions, elle a décidé un rehaussement de la surveillance dans les 7500 écoles sous contrat de France. « Soixante inspecteurs supplémentaires vont être déployés en 2025 et 2026, a-t-elle annoncé, et 40 % des établissements privés sous contrat seront inspectés dans les deux prochaines années, dont la moitié par des visites sur place ».

Première école visée par l’opération : Bétharram bien sûr. La descente des services a eu lieu dès le surlendemain. Pour les professeurs de l’établissement, désormais baptisé « Le Beau Rameau », près de Pau, « la visite des inspecteurs a été vécue douloureusement alors qu’ils ne sont pas concernés directement par les événements passés » écrit la CFTC, principal syndicat des enseignants du privé.

Manifestants près du collège-lycée Notre-Dame de Bétharram, dans les Pyrénées-Atlantiques, 12 février 2025 © Mael Garnier/SIPA

A l’Institution Saint-Dominique de Neuilly-sur-Seine, elle aussi la cible d’accusations graves après le dépôt d’une plainte contre un surveillant pour « violence sexuelle et agression psychologique », c’est une dizaine d’hommes en gris, soit un inspecteur par discipline, qui a également débarqué récemment, assistant aux cours à l’improviste, s’entretenant avec les élèves… Les turpitudes d’un employé, aussi ignobles soient-elles, rendent-elles toute une structure suspecte ?

A lire aussi, Dominique Labarrière: Contrat rétabli, doutes maintenus

« Les inspections sont plus autoritaires cette année d’après ce qu’on me dit… » note Françoise Candelier, à la tête de l’école hors-contrat du Blanc Mesnil, à Croix dans le Nord. Depuis la création, en 2009, de cet établissement non confessionnel qui propose un parcours d’excellence avec haute dose de grec ancien et de culture civilisationnelle, la directrice a déjà connu ce genre d’inspections à plusieurs, par rangées de dix, débarquant parfois à l’improviste : « Cela pouvait être impressionnant mais cela s’est dans l’ensemble bien passé ».

Le privé sous contrat fait pour ainsi dire désormais l’expérience de la surveillance étroite réservée jusqu’à présent au privé hors-contrat. « Je ne suis pas inquiète pour Stanislas ou Neuilly, indique toutefois Françoise Candelier. Les enfants de la bourgeoisie auront toujours leurs écoles. Mais ce sont les enfants de province parfois issus des classes moyennes ou populaires qui pourraient voir leurs libertés être rognées ». Comme le disait l’ancien ministre de l’Education nationale Vincent Peillon (2012-2014) dans le titre de son livre programme, « la Révolution française n’est pas terminée ».

Réponse à la tribune de Delphine Horvilleur sur Gaza

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Delphine Horvilleur © J F Paga

On ne peut rien comprendre aux réactions d’une partie du monde juif contemporain sans regarder en face un paradoxe aussi ancien que ravageur : celui d’un judaïsme qui rêve de pureté dans un monde qui ne lui a jamais accordé le droit d’exister. Ce n’est pas la peur qui anime certains intellectuels juifs face à la guerre à Gaza. Ce n’est pas la lâcheté non plus. C’est plus insidieux : le désir d’un judaïsme impeccable — un judaïsme aux mains propres, c’est-à-dire sans mains.

Car l’Histoire ne nous enseigne pas qu’on peut vaincre la barbarie par des principes seuls. Le nazisme n’a pas été vaincu par la vertu, mais par la force — au prix de villes allemandes rasées, de millions de civils morts, et d’une Europe en ruines. Le Japon impérial n’a pas capitulé face à des sermons, mais face à une puissance de feu sans précédent. La guerre est cruelle. Mais quelle autre voie aurait permis de rester moral face à l’inhumanité nazie ? Un judaïsme sans mains est un judaïsme mort — tout comme une morale sans courage est une morale vide.

Delphine Horvilleur, dans une tribune récemment publiée, incarne cette tendance avec une éloquence qui fascine autant qu’elle désarme. Face aux bombardements à Gaza, face aux accusations de crimes de guerre, elle choisit de distinguer son judaïsme de celui des autres, de ceux qui soutiennent Israël dans l’épreuve, de ceux qui refusent de se dérober derrière une morale abstraite. Elle écrit comme si le judaïsme devait se laver les mains de tout, pour rester « fidèle à ses principes », même au prix d’un abandon. Mais de quels principes parle-t-on, quand on parle en surplomb de ceux qui vivent dans la terreur des sirènes, des missiles et des tunnels creusés pour tuer leurs enfants ?

Ce que revendique Horvilleur, c’est un judaïsme qui « témoigne » sans se mêler, qui observe sans participer, qui condamne pour se distinguer. Elle oppose une morale désincarnée à la complexité d’une guerre réelle, tragique, dont aucun peuple ne sortira intact. Et ce faisant, elle reproduit un vieux mécanisme : pour être accepté, il faudrait se désolidariser, se purifier, devenir l’exception morale du peuple juif.

Mais cette posture est une illusion — et une trahison.

Car un judaïsme sans solidarité, sans force, sans attachement à la terre, n’est plus qu’un mot creux. Un slogan acceptable pour les salons intellectuels d’Occident, mais totalement inopérant face aux roquettes et aux pogroms. Il ne s’agit pas ici de défendre aveuglément un gouvernement. Il s’agit de rappeler que le droit d’Israël à se défendre est non négociable. Et que le rôle du judaïsme, dans cette heure tragique, n’est pas d’accabler son propre peuple pour sauver son image morale.

Lorsque Delphine Horvilleur parle de « désarroi moral », on l’écoute, car elle parle en poétesse. Mais ce désarroi devient poison quand il se transforme en accusation publique, non pas malgré son judaïsme, mais au nom de celui-ci. Elle semble dire : « Regardez comme je suis juive autrement. » Elle semble vouloir prouver, à chaque phrase, que son judaïsme n’est pas celui qui bombarde, mais celui qui s’indigne. Mais ce judaïsme-là est un luxe de paix. Il n’est d’aucune utilité dans un monde où des enfants juifs doivent être cachés dans des écoles, où l’on tabasse à cause d’un prénom, où l’on tue pour une étoile.

La tradition juive n’enseigne pas la pureté. Elle enseigne la responsabilité. Elle ne dit pas de rester innocents ; elle appelle à agir justement, dans un monde qui ne l’est pas. Et cette justice-là ne consiste pas à accuser Israël avec les mots de ses ennemis — colonialisme, apartheid, génocide — mais à porter la complexité de son histoire, la légitimité de son existence, le droit de ses citoyens à vivre.

Aujourd’hui, certains Juifs croient qu’en condamnant Israël, ils se protègent. Mais ils se trompent. Ce qu’ils obtiennent, ce n’est pas l’estime lucide du monde, mais une admiration convenue, qui flatte l’image morale à laquelle ils aspirent — au prix d’un renforcement sourd, mais violent, de la haine contre Israël. Une haine d’autant plus légitimée qu’elle semble validée par une rabbine censée incarner la spiritualité juive elle-même.

Le combat n’est pas seulement de défendre un État. Il est de défendre le droit du peuple juif à se défendre, à se tenir debout, à ne pas s’excuser d’exister.

Delphine Horvilleur rêve peut-être d’un judaïsme admirable. Mais sans engagement, sans peuple, sans terre, ce judaïsme est un mirage. Et ceux qui s’y réfugient s’aveuglent eux-mêmes.

Il est temps de rappeler que la morale juive n’interdit pas la force — elle l’encadre. Elle ne rejette pas la défense — elle la structure. Elle ne condamne pas l’action — elle l’exige, quand l’existence est menacée. Ce n’est pas un luxe intellectuel. C’est un impératif de survie.

Auschwitz, mon petit chou!

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Thierry Ardisson et Camélia Jordana.

Marguerite Yourcenar a dit en 1984 : « Une seule chose que je ne pardonne pas à Marguerite Duras : ce titre : Hiroshima mon amour. Hiroshima, j’y suis allée. Effrayant. Comme si, après avoir été à Auschwitz, on écrivait Auschwitz, mon petit chou ! » C’était dans Le Journal du dimanche, du 2 décembre 1984.

Thierry Ardisson a osé déclarer samedi dernier : « Gaza, c’est Auschwitz. Nos petits-enfants nous diront que nous savions et que nous n’avons rien fait. »

La reducio ad Hitlerum dont parlait Leo Strauss dès 1953 bat son plein. Le temps pour atteindre le point Godwin dans une conversation atteint des records. Mieux, le retournement des juifs en nazis est devenu un réflexe.

Non, ce n’était pas Baffie qui maintenant présente ses excuses pour l’ensemble de son œuvre, c’était bien Thierry Ardisson qui d’ailleurs présente aussi ses excuses.

Camélia Jordana, elle, ne tombe pas dans ces travers, mais elle boycotte le Coca et les McDo – qu’elle soupçonne d’être pro-Israël – depuis le 7-Octobre. Or que s’est-il passé ce jour-là ? 1200 personnes dont 37 enfants ont été tuées sur le sol d’Israël par les Gazaouis du Hamas.

Thierry Ardisson a présenté ses excuses à « ses amis juifs » ce dimanche, après avoir comparé Gaza à Auschwitz sur le plateau de « Quelle Epoque » diffusée samedi sur France 2 en différé.

« Suite au bouleversant discours du Dr Pitti, j’ai comparé Gaza à Auschwitz. L’émotion était sans doute trop forte et mon propos exagéré. Je prie mes amis juifs de bien vouloir me pardonner. »

Il est important de savoir que le bon Dr Pitti est avant tout un militant politique proche de Raphaël Glucksmann, le compagnon de Léa Salamé.

« Je rappelle que dans Quelle Époque, j’ai commencé par m’émouvoir du sort réservé, par exemple, à Jérôme Guedj et j’ai rappelé que c’est en 2004, soit dix ans avant que Manuel Valls n’interdise ses spectacles, que j’ai viré Dieudonné en direct de Tout le monde en parle parce qu’il rallumait la mèche de l’antisémitisme. Ma participation à la Marche contre l’antisémitisme le 12 novembre 2023, confirmait ma position », a-t-il encore écrit. 

Les propos de l’animateur dans Quelle époque ont notamment fait réagir le président du CRIF, Yonathan Arfi : « Non, Thierry Ardisson, Gaza n’est pas Auschwitz ! La vérité est simple : la Mémoire de la Shoah n’est jamais autant convoquée dans le débat public que par ceux qui veulent la retourner contre les Juifs. Je déplore depuis le 7 octobre la détresse de toutes les populations civiles, israéliennes et palestiniennes. Mais pour quel autre conflit utilise-t-on ces comparaisons avec la Shoah ? Aucune critique d’Israël ne justifie de le nazifier. La situation au Proche-Orient est suffisamment compliquée et difficile pour ne pas avoir besoin de ces confusions coupables. »

Maitre Goldnadel a indiqué qu’il allait saisir l’Arcom contre France 2 : « Thierry Ardisson vient de m’adresser un communiqué dans lequel il demande à ses amis juifs de lui pardonner d’avoir comparé Gaza à Auschwitz. Dont acte. Je constate cependant que sur le plateau de France 2, Léa Salamé n’a pas récusé cette comparaison immonde. Je ne sache pas non plus qu’elle s’en soit excusée. Une fois de plus, je constate que l’audiovisuel public se fait le principal instrument de la détestation d’Israël et le fabricant de l’antisémitisme. Raison pourquoi j’ai décidé de saisir l’Arcom ».

Revenons maintenant sur le cas de la chanteuse Camélia Jordana. Elle n’a pas bu un Coca, à son grand désespoir parce qu’elle adore ça, depuis le 7-Octobre dit-elle. Ce jour-là des jeunes Israéliens pacifiques qui dansaient dans le désert sur de la musique techno et des Israéliens ordinaires qui dormaient dans leur kibboutz furent assassinés. Il s’agissait de l’opération Déluge d’Al-Aqsa qui fut le signal d’un hallali mondial.

Si Camélia avait arrêté le Coca à partir du 22 octobre, date des premiers bombardements de Tsahal annoncés et ciblés, cela aurait pu avoir un sens, mais pourquoi Camélia s’est-elle privée de Coca entre le 7 et le 22 octobre ? C’est étrange, non ? En fait pas du tout. Israël est coupable d’exister. From the river to the sea. Chiche, c’est là le foyer national juif.

Le 7 octobre 2023, Yuval Raphael qui participait au festival de musique Nova en plein air s’est précipité pour se cacher lorsqu’elle a vu les terroristes du Hamas surgir. Elle a trouvé refuge dans le bunker d’un kibboutz voisin avec 50 autres personnes. Les assassins islamistes les ont repérés et ont tiré sur les gens un par un, puis ont jeté une grenade dans le refuge de quatre mètres carré. L’abri est devenu le tombeau d’au moins 40 âmes. Yuval est restée à faire la morte cachée sous les cadavres huit heures durant pendant lesquelles les nazis islamistes sont revenus à 19 reprises pour les arroser de rafales ou lancer des grenades.

Yuval Raphael chantera pendant le prochain Eurovision New Day Will Rise, des éclats d’obus logés dans sa tête et dans sa jambe depuis le 7 octobre, jour où Camélia a arrêté de boire du Coca.

L'Homme en Noir

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Le syndrome du goéland

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Conclave, au Vatican, 8 mai 2025 © Luca Bruno/AP/SIPA

La densité de Léon XIV fait ressortir la vacuité d’Emmanuel Macron


La mascarade, jusqu’à la farce : c’est en saluant une foule inexistante qu’Emmanuel Macron a descendu solennellement les Champs-Elysées, le 8 mai à 17h20, en hommage au 80e anniversaire de la victoire contre les nazis. Les images le montrent souriant, envoyant parfois des baisers vers des trottoirs vides. Jamais le théâtre macronien n’aura été aussi inventif dans le trompe-l’œil. À la même heure, au Vatican, des dizaines de milliers de personnes se pressaient, place Saint Pierre, pour y acclamer Robert Francis Prevost, 69 ans, élu prestement pape à 18h08 sous le nom de Léon XIV, 24 heures après l’ouverture du conclave. Reste le symbole : d’un côté, le néant politique qui fait fuir les gens ; de l’autre, l’engouement collectif pour une quête immatérielle. En sept ans de mandat, le président de la République ne sait plus quoi dire aux Français, hormis les insulter quand ils le critiquent. Ainsi a-t-il méchamment réduit à « la vie des bêtes » les indignations suscitées par son invitation jeudi de l’ex-terroriste islamiste qui s’est installé à la tête de la Syrie. Aucune idée neuve ne sort de l’Élysée ni de sa cour « éclairée ». Le chef de l’État n’excelle que dans une communication narcissique. Elle le pousse à se mettre partout au centre des images, dans ce que j’appellerai le « syndrome du goéland », en référence à l’oiseau de la Chapelle Sixtine qui, perché à côté de la cheminée, a monopolisé les regards de dizaines de millions de téléspectateurs scrutant la fumée blanche. Pour leur part, 2000 ans de transmission chrétienne n’ont toujours pas épuisé la ferveur populaire, avide de sens et de bon sens, de foi et de raison.

A lire aussi, les carnets d’Ivan Rioufol: La Révolution du bon sens (ou Comment se libérer de 50 ans d’idées fausses)

La densité des paroles simples de Léon XIV (« Le mal ne prévaudra pas ! ») fait ressortir la vacuité du discours politique, sa jactance, ses effets de manche. Macron n’est pas en reste : après s’être mis en scène ce week-end, à Kiev, en lançant avec trois alliés européens des ultimatums à Vladimir Poutine, il sera mardi soir à la télévision. Il y annoncera, dit-on, des référendums qui éviteront le sujet attendu de l’immigration. Pour sa part, l’héritier de François, présumé plus progressiste que conservateur en raison de sa proximité avec le pape défunt, révèle une subtile synthèse entre ces deux possibles schismes. Ses premiers signes, y compris vestimentaires, ont fait comprendre que Léon XIV mettra ses pas dans une continuité de l’héritage spirituel et du droit canon. Tandis que la politique n’est plus qu’un trou de mémoire, le pape se réclame de la filiation de Saint Augustin, berbère des années 300, et de Léon 1er (430-461) qui dissuada Attila, roi des Huns, en 452, de saccager Rome…

Alors que les députés vont commencer à débattre, ce lundi, de l’euthanasie et du suicide assisté, il faut attendre du pape qu’il rappelle les impératifs de protection de la vie et des faibles, ces valeurs oubliées par ceux qui flattent l’air du temps gagné par l’individualisme, la performance, le rejet des vieux, l’élimination des improductifs, etc. Puisse Léon XIV inciter le monde politique, contaminé par la paresse intellectuelle, à redevenir inspiré.

Nouvelles réflexions sur le racisme antiblanc

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François Bousquet, écrivain, éditeur et journaliste. DR.

Le président d’Avocat sans frontières recommande chaudement une nouveauté en librairie, consacrée à un sujet qu’il connaît bien


La lutte contre le racisme antiblanc incarne l’un des combats les plus importants de ma vie. Non pas parce que je suis blanc. Je n’étais pas blanc consciemment. Je le suis devenu depuis qu’on me le reproche. Un peu comme ma judéité, soit dit en passant. Je voulais donc vous vanter les mérites d’un grand livre épatant : Le Racisme antiblanc : l’enquête interdite, de François Bousquet (La Nouvelle Librairie).

Je m’en vais courageusement surmonter ma modestie excessive autant que proverbiale en reproduisant la dédicace de l’auteur, qui m’indique poursuivre dans cette publication « les pistes ouvertes par (vos) Réflexions sur la question blanche». Et je reconnais, effectivement peu humblement, dans cet ouvrage nouveau, la piste tracée par le mien publié en 2011.

Sauf que j’étais principalement dans la théorie explicative de la sombre honte blanche inconsciente d’avoir la même couleur de peau que l’Antéchrist des temps post-chrétiens. Je parle de l’ignoble moustachu.

François Bousquet, lui, est essentiellement dans la démonstration pratique. Et il m’arrache les tripes. Il questionne des témoins multiples.

Racisme dans le rap et indulgence judiciaire

Il visite l’enfer raciste du rap. Et constate que les médias xénophiles considèrent ce mouvement comme toujours rempli de bonnes intentions. L’avocat que je suis confirme que les gentils juges blancs sont tout aussi indulgents. C’est ce que je devrais nommer le « privilège noir ». Je songe au groupe Ministère A.m.e.r., qui dégainait sur les « faces de craie ».

Bousquet explique, témoignages nombreux à l’appui, que pour la racaille, les « Français sont des cibles faciles, parce qu’ils ne se battent pas ».

Et lisant cela, l’on a envie de serrer les poings…

Le « syndrome de Stockholmistan »

L’auteur décrit aussi ce qu’il appelle le « syndrome de Stockholmistan » : par crainte révérencieuse, des petits Blancs des banlieues islamisées vont, par mimétisme, multiplier les « wesh » et les « wallahs ». Par soumission, ils achètent sinon le respect, au moins la dhimmitude.

À lire aussi, Jean-Paul Brighelli : Du côté des toubabs

Visite ensuite des écoles en terrain hostile, où l’on voit des enfants apeurés ou battus. Et des hussards roses, devenus craintifs, de la République déchue, qui demeurent sourds aux plaintes des élèves blancs. Par lâcheté physique ou sottise idéologique. Encore que la seconde ait accouché de la première. Hier leur discrimination positive rachetait leur âme. Aujourd’hui, leur crainte révérencieuse protège leur corps.

L’auteur sans peur et sans reproche explore également cette trouble fascination de certaines femmes blanches pour le sombre voyou. Mêlée d’une peur ambiguë.

Bousquet se rend sur les terrains de foot amateur, où le racisme antighwer (« Blanc », en arabe), à moins qu’il soit anti-babtou (verlan de « toubab » – « Blanc », en wolof), règne en maître.

L’Équipe guette les cris de singes dans les tribunes, mais n’entend pas les « sales Blancs » sur les terrains ou dans les vestiaires. Pas étonnant que ce soit l’un de ses journalistes, Marc Leplongeon, coauteur d’un livre sur le meurtre de Thomas à Crépol, qui nous ait expliqué que le racisme antiblanc n’existait pas.

Enfin, Bousquet montre que les injures antisémites se mélangent parfois aux injures anti-Blancs.

Bousquet m’a lu, j’ai lu Bousquet. Lisez-le.


François Bousquet, Le Racisme antiblanc : l’enquête interdite, La nouvelle Librairie, 2025, 292 pages.

Apocalypse Now

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Bibliothèque François Mitterrand, Paris. DR.

(Donald Trump à la BnF)


Fin de partie. « Fini, c’est fini, ça va finir, ça va peut-être finir. Les grains s’ajoutent aux grains, un à un, et un jour, soudain, c’est un tas, un petit tas, l’impossible tas ». Rideau noir sur fond noir, en 1957 Beckett enterrait les conventions théâtrales dans l’angoisse, l’aliénation et l’absurde. Le temps est proche… Nous y voilà. Donald Trump digresse, délire, dénonce, se pavane, s’agite : une histoire dite par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien. Black Friday, tout doit disparaitre : le libre-échange, le multilatéralisme, les parapluies. Le bazar fait bien les choses : « Apocalypse. Hier et demain », c’est aussi une exposition éblouissante, à la Bibliothèque nationale de France, site François Mitterrand, jusqu’au 8 juin.

BNF

Game over

Cent jours de pétrin et le meilleur pour la fin. Un tiers Macbeth, un tiers Idi Amin Dada, un tiers Jean-Ferdinand Choublanc (La Foire aux immortels, Bilal), un quatrième tiers Abdallah (Tintin), le Léviathan de Mar-a-Lago massacre nos dernières illusions. L’idéal nihiliste-libéral-libertaire triomphe. Le pitch du metteur en Cène est simple : reféodalisation du monde, guerre de tous contre tous, Vae victis. Tout le monde rit jaune, serre les fesses, s’indigne, condamne le slam hardcore de Donald Arturo Ui.

L’Europe des marchands de choux-fleurs bio et rosières vegans réfléchit à une possible riposte, graduée : une directive « yakafautqu’on résiste », un Grenelle du missile solaire, des États-généraux du char électrique, une ligne Maginot végétalisée pour abriter le harle huppé, la marouette poussin et arrêter les Russes, sans oublier le « Coran européen » – alternatif – avec voile inclusif et Djihad bienveillante. La Nef des flous et le clan des saints. Sylvain Macron, Sylvette von der Leyen, les Européens, depuis trois générations, s’illusionnent sur les « Compères » : l’ours Russe, le loup Chinois, le renard islamique et Trump qui joue au sanglier. Si les MP Yankees mettent les bouts, qui fera la police sur la ligne Curzon, qui nous protégera contre les Cosaques, prédateurs, racailles, à l’Est, au Sud, qui menacent une Marianne en cessation des paiements ? L’Occident est rattrapé par l’histoire, fracassé par le réel et les questions maudites : l’alpha et l’oméga, le pourquoi, les raisons de vivre et de mourir.

A lire aussi: « Naissance de la Bossa Nova » d’Alain Gerber – L’évocation magistrale d’un courant musical tout aussi magistral

A Aubagne, Emmanuel Macron joue au Morfalou, se suce la langue sur la patrie, l’héroïsme de la Légion, Camerone. « La France, patrie de volonté et de bravoure, qui ne se définit ni par le sang, ni par une race, ni par une religion, ni par une identité figée, mais une volonté, chaque jour recommencée, d’accomplir de grandes choses avec une poignée de notre terre dans la main, un rêve universel, un idéal, cette solidarité, cette fidélité à la patrie ». Les bavasseries politicardes, discours avariés de bravitude toutlemondiste pondus par des Télétubbies de cabinet, minent la nation… Stabat m’atterre d’un pays qui sombre.

« La demi-journée défense et citoyenneté (JDC) obligatoire pour les jeunes de 16 à 25 ans permet de rappeler à chacun que la liberté a un prix. C’est aussi une occasion unique de contact direct avec la communauté militaire » (site du ministère des Armées). Les cœurs vaillants s’instruisent pour vaincre. Trois vidéos sur notre ZEE, les TAAF, la féminisation des SNLE, avant le morceau de bravoure, des QCM pour tester les QI : « Le mot frapiole existe-t-il ? Vice et vise se prononcent-ils de la même façon ? Épeler lapin. Quel est l’ordre correct des couleurs du drapeau français ? ».La quille à midi avec un certificat de participation et une dernière recommandation : « Ne le pliez pas, roulez-le, il va vous servir »

Les bourses, les droits de douane, les alliances tanguent, mais l’essentiel est ailleurs. Le Gilgamesh de Wall Street, la lune rousse trumpiste, ébranlent la planète des songes, une épistémè à bout de souffle, les tartufferies hors-sols du post-progressisme lacrymal-victimaire. Le ventre fait l’con d’où a surgi la bête immonde… Comme le chant du cygne du XVIIIe siècle et une machine à remonter le temps qui se met en marche. Tout le monde ment et se ment. Le retour du XVIIe siècle, de la fausseté des vertus humaines. Make Jacques Esprit, La Rochefoucauld et la marquise de Sablé Great Again ! Le retour du XVIe siècle, des guerres de Religion, du XVe siècle, de la guerre de cent ans… Cap au Cœur des ténèbres : dans une marmite d’IA, un bouillon d’anthropocène, ajouter une louche de vérités crypto-alternatives, un soupçon de complotisme, une pincée de transhumanisme, un zeste de Musk. A table ! Un ange passe et s’enfuit, épouvanté.

La BnF met en scène l’Apocalypse

Etymologiquement, l’Apocalypse c’est un dévoilement, une révélation et beaucoup d’interprétations : une manière de récapitulation (littéralement, redonner une tête), aussi. La fin d’un monde, du monde, avant quel retour, quelle Renaissance ? L’actualité, tragique, se décline au subjonctif et futur antérieur : guerres froides, chaudes, néo-ante décoloniales, post-apo, à toutes les sauces. Mad Max, Simon du Fleuve, Valérian agent spatio-temporel, Yoko Tsuno, sont revenus. Les élus, damnés, dystopies, le Septième Sceau, La Mort d’Orion (Manset), HAL 9000, de retour, pour de vrai, pour de bon ? C’est creux jusqu’à l’infini et … oh mon Dieu, c’est plein d’étoiles…

« Apocalypse. Hier et demain ». L’exposition de la BnF embrase avec bonheur l’histoire et l’esthétique des millénarismes, de l’attente, de la fin. Nous admirons de prestigieux manuscrits de l’Apocalypse de Jean, le Beatus de Saint-Sever, des fragments de la célèbre tenture de tapisseries d’Angers, la suite de gravures de Dürer, moult chefs-d’œuvre, tableaux, sculptures, installations, extraits de films de Bergman, Marker, Resnais.

 « Le Livre de la Révélation » qui ouvre l’exposition plonge le spectateur dans l’Apocalypse de Jean, suggère des clés d’interprétation sur les sept coupes de la colère de Dieu, l’étoile Absinthe et l’aigle de malheur, le dragon enchainé pour mille ans : une méditation sur le temps absolu, herméneutique savante et didactique de liturgie céleste. La seconde partie, « Le temps des catastrophes », est consacrée à la fortune de l’Apocalypse dans les arts : Dürer côtoie Callot, Goya, Blake, Redon, l’apocalyptique anglais, l’expressionnisme allemand. « Le jour d’après », troisième temps de l’exposition, imagine les mondes à venir, l’Apocalypse par les gouffres. Dans le remarquable catalogue, Charlotte Denoël, Frédéric Boyer, Georges Didi-Huberman, François Angelier, digressent sur l’Apocalypse au Moyen-âge, sa fortune populaire, les visions d’éclairs, de nuées, la lumière d’Ixo, les naufragés du temps, Brooklyn station terminus cosmos.

In fieri, le temps du rétablissement, l’apocatastase, c’est long, surtout vers la fin… Jeanne Brun, la Commissaire de l’exposition, met les pieds dans le plat : « A la question de savoir comment l’humanité devait continuer à exister s’est substituée aujourd’hui celle de savoir si elle devait ou non continuer. Cette question est écrasante… ». La situation est trop désespérée pour être vraiment sérieuse. « Puisque ça se joue comme ça, jouons ça comme ça et n’en parlons plus … » (Beckett).

Aux États-Unis, le surprenant développement des «cours de vie d’adulte»

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Raffi Grinberg © D.R.

Aux États-Unis, de plus en plus de jeunes adultes peinent à accomplir certaines tâches de la vie courante. Pour y remédier, des programmes leur enseignent les bases de l’autonomie : gérer un budget, cuisiner, entretenir leur logement ou encore se préparer à un entretien d’embauche.


Les jeunes Américains considèrent parfois leurs parents et grands-parents comme des imbéciles parce qu’ils peinent à se connecter au Wi-Fi, sont incapables de jouer à des jeux vidéo ou rechignent à regarder en continu des séries télévisées. Pourtant, au moment d’atteindre ce qu’on appelle l’âge adulte, nombre de ces jeunes gens ont de plus en plus de mal à réaliser les actes les plus simples de la vie courante.

Des associations spécialisées leur viennent alors en aide en leur proposant des « cours de vie d’adulte ». Les élèves apprennent à ouvrir un compte bancaire, recoudre un ourlet de pantalon, remplir une déclaration de revenus, aiguiser des couteaux de cuisine, rédiger un CV, choisir des vêtements convenables pour un entretien d’embauche, etc. Aucune « compétence de la vie » ne semble devoir échapper au programme de formation intitulé « Adulting 101 ». Raffi Grinberg, consultant dans un cabinet de conseil new-yorkais et instigateur de ce programme, vient d’écrire How to Be a Grown Up (« Comment être un adulte »), un livre destiné entre autres aux jeunes employés qui, comme lui, se sont avérés incapables de comprendre des papiers administratifs élémentaires lors de leur première embauche. Il est bien sûr prévu des extensions à ce programme, en particulier dans le domaine des relations amoureuses qui, de plus en plus souvent, débutent via des applications de rencontre. La crainte d’une bévue, d’une plaisanterie mal comprise, d’un geste inapproprié pouvant déclencher des moqueries sur les réseaux sociaux ou, pire, des poursuites judiciaires, angoisse de plus en plus de jeunes gens désirant passer d’une relation virtuelle à une relation réelle. Un tutoriel les aidera bientôt à éviter ces pièges.

Dans un monde où l’on tend à réduire l’existence humaine à un processus technique, il paraît logique que même les actes les plus simples soient inculqués par des experts et que les anciennes romances hasardeuses soient remplacées par des relations planifiées et strictement réglementées. L’Avenir radieux du Meilleur des mondes est enfin à portée de main.

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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La Révolution du bon sens (ou Comment se libérer de 50 ans d’idées fausses)

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Une pancarte brandie lors de la Manifestation contre le racisme et le fascisme, Paris, le 22 mars 2025 © ISA HARSIN/SIPA

Le bon sens et la lucidité commencent à bousculer le politiquement correct dans le débat public. Ainsi peut-on ouvertement dénoncer le racisme antiblanc sans passer pour un fasciste. C’est un début.


Parions : rien n’arrêtera la révolution des œillères. Le réel aura raison des croyances mondialistes. Telles les œillères, ces récitations erronées rétrécissent la vue. Timidement, François Hollande a concédé le renversement des consciences (RTL, 10 avril) : « Le politiquement correct avait sans doute ses défauts. » L’ancien président socialiste s’est gardé cependant de creuser sa clairvoyance. L’exercice l’aurait contraint à reconnaître ses bévues. Le confort du moralisme n’a cessé, en effet, de « donner à manger du mensonge » (Simone Weil). Jamais les informations tendancieuses ne se sont si bien portées. C’est pourquoi le besoin de vérité s’annonce plus fort que les rappels à l’ordre des clercs.

Des exemples ? En 2003, Claude Imbert, patron du Point, avait soulevé une indignation médiatique chez les gardiens du dogme diversitaire pour avoir déclaré (LCI) : « Je suis un peu islamophobe », critiquant l’islam et « sa débilité d’archaïsme divers ». Or, quand, le 28 mars dernier, Élisabeth Badinter a admis à son tour (RTL) : « Il ne faut pas avoir peur d’être traité d’islamophobe », son propos n’a même pas été relevé. Idem pour le racisme anti-Blanc, qui valait naguère à celui qui s’en plaignait d’être qualifié d’imposteur. Le 23 mars (CNews-Europe 1), la porte-parole du gouvernement, Sophie Primas, a affirmé n’avoir « pas de pudeur » à évoquer ce racisme occulté. « Pourquoi le nier ? C’est une réalité », a même appuyé Manuel Valls dès le lendemain.

Cette lucidité renaissante est un affront à l’antiracisme obligé. Ce credo veut que la haine anti-Blanc n’existe pas puisque le dominant ne peut souffrir de peuples ethniquement dominés. Cependant, cette dialectique racialiste ne s’accorde pas aux faits. Les sondés sont 80 % à s’inquiéter de cette réalité (CSA pour CNews, 5 octobre 2022). Elle s’impose dans les écoles soumises au mélangisme. François Bousquet a enquêté1 sur le harcèlement occulté contre le « Babtou fragile », le « Francaoui de merde », le « Sale Gaouri », le « Sale gwer » (sale Blanc). Il écrit : « Tous les témoignages aboutissent à la norme antiblanche qui structure les écoles dans les zones à forte immigration. » Le Blanc est la bête noire des « minorités », dont le pape s’était fait le protecteur.

À lire aussi : Faire taire « l’extrême droite »: gare au retour de bâton!

Mais tout change. Le bon sens, associé à la France moisie, devient une vertu pour les audacieux. « J’applique le bon sens au ministère de la Justice », assure Gérald Darmanin (Europe 1, 16 avril). La veille sur CNews, Bruno Retailleau s’était réclamé des « gens du bon sens ». Au-delà des réprobations pavloviennes face aux assauts de Donald Trump contre l’immigrationnisme et le wokisme, sa « révolution du bon sens » fait mouche. Même François Bayrou en appelle, sur la dette publique, au réalisme : « Seule la confrontation les yeux ouverts avec la vérité de notre situation peut soutenir une action déterminée. » « La vérité vous rendra libres », avait prédit Jésus.

Reste à aller au bout de la révolution du réel. Elle oblige à une radicalité contre le progressisme bigleux qui a gagné le Système, y compris au Vatican. Ceux qui veulent se libérer de la fabrique des bobards doivent assumer une rupture avec ce monde faux, abîmé par des idées tordues. Les bidouilleurs, paniqués, annoncent cette fois l’arrivée du fascisme : leur dernier mensonge.


  1. Le Racisme antiblanc : l’enquête interdite, La Nouvelle Librairie, 2025, 292 pages. ↩︎

La race des seigneurs

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Stephanie des Horts © BALTEL/SIPA

Dans une biographie romancée dont elle a le secret, l’écrivain Stéphanie des Horts dessine le portrait de Gianni Agnelli (1921-2003), le patron de la FIAT et l’homme le plus charismatique d’Italie. Un monde rapide, désinvolte, décadent et flamboyant qui continue de nourrir l’imaginaire des esthètes renaît sous la plume de cette styliste des « Beautiful People »…


Il faut du culot et du talent pour oser écrire sur ce capitaine d’industrie au profil d’empereur romain qui a fasciné le monde occidental par son charme carnassier. Un peu d’inconscience aussi. Le personnage est trop puissant, trop éclatant, trop démiurge, trop inflammable pour s’approcher d’une vérité quelconque. Dans une société de la fausse transparence et du déni de pouvoir, totalement étriquée et revancharde, Gianni cumule tous les dons et toutes les exubérances. Il ne répond pas aux codes frelatés de notre époque procédurière et pétocharde. Il ne s’excuse pas d’être né riche et beau, brillant et fissuré, couvé et adulé par un peuple en recherche d’un modèle. Il est exclusif, souverain, populaire, bambocheur, assoiffé de conquêtes et hors des lignes. Il n’écoute que son plaisir. Il a tout d’un contre-modèle, on le surnomme l’Avvocato alors qu’il n’a même pas le certificat, juste une licence de droit. Mais Gianni n’a pas besoin de diplômes et d’autorisations, il peut tout se permettre car l’Italie s’est offerte à lui comme la Juventus de Turin par une nuit d’été. « Je m’amuserai tout le temps, je ne travaillerai jamais » dit-il à dix ans à sa gouvernante américaine Miss Parker. C’est injuste et cruel pour les autres, les aristocrates « pur-sang » et les politiciens affairistes, les bons élèves et les besogneux, l’attraction ne se commande pas. Ce petit-fils de « garagiste », devenu premier employeur d’Italie, ne connaît qu’une règle : l’assouvissement de son ou plutôt de ses plaisirs. Il est un expert pour dépenser son temps et son énergie en activités rieuses et charnelles. Il aime les tables de jeu, les cylindrées démoniaques, les drogues et les filles faciles au regard d’acier. Il préfère sortir avec sa bande d’amis que de diriger le groupe FIAT. Et pourtant, c’est lui l’héritier. « Pourquoi lui ? Parce qu’il décèle chez Gianni une force irrésistible et un charme fou. Le charisme dont il aura besoin pour construire la légende de la FIAT » fait dire Stéphanie des Hors au Senatore, son grand-père. Il ne pourra échapper à son destin. Gianni était un mélange de JFK, d’Ayrton Senna, de Jean-Luc Lagardère et d’Alain Delon. Une personnalité qui ne pourrait plus exister aujourd’hui, elle étoufferait par tant d’injonctions et d’intimidations sociales. Chez ses admirateurs français, on continue de perpétuer son image, de s’échanger des anecdotes, des articles de presse, de porter sa montre-bracelet sur le poignet de sa chemise par exemple ou de plonger nu dans la Méditerranée, mais que la marche est haute pour atteindre cette idole des playboys. Il savait tout faire, skier, baiser, commander des milliers d’ouvriers et s’imposer avec un naturel fracassant aussi bien dans une âpre négociation commerciale que dans le clair-obscur d’un palais italien. Pour percer le mystère de cette icône antimoderne, il n’y avait qu’un écrivain capable de relever un tel défi. Stéphanie des Horts est la spécialiste française de cette jet-set internationale qui durant la seconde moitié du XXème siècle, des plages des Hamptons au Manoir de Chartwell, de la Riviera à la Côte Amalfitaine, a inventé un mode de vie où le désir, l’argent et la puissance ont dansé un tango souvent macabre. Elle pousse sa plume toujours plus loin, bien au-delà du simple clapotis des ragots et des commérages de salon. Stéphanie est un véritable écrivain qui d’une plume compressée, à la sensualité abrasive, ne se laisse pas prendre aux pièges du vernis. Ses livres sont toujours très informés, on ne dira jamais assez combien ses recherches historiques sont exemplaires, une somme de travail pour accéder à la vérité des Hommes ; elle ne se contente pas de rapporter des faits, elle recrée l’atmosphère, le décor des villas, l’odeur de l’huile de ricin, la suavité des peaux abandonnées, la rage et le désespoir des ruptures. « Gianni le magnifique » aux éditions Albin Michel est la radiographie précise et intimiste d’un Âge d’or où les élites étaient assurément plus libres. Elles ne cachaient pas leurs turpitudes, elles les exposaient en plein jour. Nous sommes quelques-uns à avoir vu de nos yeux Gianni Agnelli en mouvement, dans un salon automobile ou sur les bords d’une piste de Formule 1, à chaque fois, nous avons été soufflés par son énergie, son aplomb, comme si tout lui était dû, comme s’il avait la clé de la réussite. Il était le roi d’Italie. Stéphanie des Horts nous plonge au cœur des tourbillonnantes années 50/60, ils sont tous là, Ali Khan, Fon de Portago, Pamela Churchill, Marella son épouse hiératique et insondable, la papesse des jardins, le père Edoardo, le grand-père, sénateur, on voit le reflet des corniches à la belle étoile et le Lingotto, la preuve tangible du pouvoir économique dans la fournaise turinoise, les rivalités avec Henri Ford, le souvenir poisseux de Mussolini et les longues jambes d’inconnues qui se nouent pour une nuit d’ivresse autour de son cou, Stéphanie orchestre tous ses lieux et ses personnages en harmonie, dans une arabesque et une langue fureteuse. Gianni est le livre du printemps et de l’été à venir.

Gianni le magnifique de Stéphanie des Horts – Albin Michel 304 pages

« Naissance de la Bossa Nova » d’Alain Gerber – L’évocation magistrale d’un courant musical tout aussi magistral

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DR.

Sans conteste, le jazz s’est imposé comme LA musique du XXème siècle. Née comme on sait, dans le sud des Etats-Unis, il a, au fil des ans, essaimé quasiment dans le monde entier, rencontrant maints folklores avec, il faut bien le dire, des bonheurs divers. C’est que, la « créolisation » théorisée par le poète et philosophe antillais Edouard Glissant et prônée par les déconstructeurs de notre civilisation n’est pas sans risques. Son principal danger est la disparition de toute spécificité dans un melting pot informel.

Divine idylle

Par bonheur il est des mariages heureux. Des unions lumineuses. Tel est le cas de la bossa nova, fruit de la rencontre entre le jazz et la musique brésilienne. En l’occurrence, nulle idéologie abstraite mais un vrai coup de foudre. Une idylle qui se prolongera des décennies durant depuis le début des années 1960 jusqu’à nos jours.

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Il y eut certes des précurseurs comme Dizzy Gillespie, fasciné par les rythmes afro-cubains au point d’intégrer dans son orchestre le batteur Chano Pozo (Manteca). Rien de commun toutefois avec la subtilité de musiciens brésiliens tels Vinicius de Moraes, Antônio Carlos Jobim ou encore Joao Gilberto. De quoi subjuguer Stan Getz et Charlie Byrd et autres musiciens nord-américains, Dave Brubeck, Quincy Jones ou Herb Ellis, pour ne citer qu’eux.

Qui mieux qu’Alain Gerber aurait pu rendre compte de cette idylle devenue une véritable épopée, narrée avec une précision entomologique assortie d’une vision panoramique ? La réputation de l’auteur dépasse largement le seul monde du jazz et son talent d’écrivain n’est plus à louer. Fleuron des éditions Frémeaux et Associés, tant dans le domaine du disque que dans celui du livre, il en est la clé de voûte. La pierre angulaire. Qui ne se souvient de sa contribution remarquable à la collection Quintessence ? Il en donne ici, une fois de plus, l’exemple : à son livre passionnant de bout en bout il adjoint un complément sonore indispensable. En effet un coffret de deux disques illustrant son propos d’historien vient en apporter la confirmation. Tous les grands noms y figurent, tous les succès mondiaux aussi. De Villa-Lobos à Bud Shank en passant par Jobim et Zoot Sims, ils sont tous là avec leurs chefs d’œuvre, Bachiana Brasileira, Pensativa, Maria Ninguem, entre bien d’autres.Une plongée rafraîchissante.

Un voyage à la fois dépaysant et exaltant dont on sort revigoré.

Alain Gerber, Naissance de la bossa nova, un livre de 320 pages. Un coffret de deux CD, 29,99 euros. Editions Frémeaux et Associés.

L’école libre à l’ère du soupçon

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© ROMAIN DOUCELIN/SIPA

Au prétexte de l’affaire Bétharram, l’administration sort la matraque contre l’enseignement catholique (qu’elle n’a jamais du reste tellement ménagé). Au nom de la République, bien sûr.


C’est peut-être en se rendant à l’école Notre-Dame-des-Vertus, à Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis, que l’on mesure le mieux la popularité de l’enseignement catholique en France de nos jours. Le 5 mai, une manifestation a eu lieu devant l’entrée de l’établissement. Plusieurs membres de la section locale de la FCPE, le principal syndicat des parents d’élèves du public, sont venus distribuer des tracts. Avec ce curieux mot d’ordre : « Revenez ! ». Un message destiné aux familles qui ont préféré inscrire leur progéniture dans cette institution privée sous contrat, où les effectifs sont pourtant saturés, au lieu de les envoyer à la communale. Résultat, les écoles publiques de la ville sont désertées, et le rectorat n’a d’autre choix que de réduire drastiquement leurs capacités d’accueil. Il vient d’annoncer la fermeture de pas moins de treize classes pour la rentrée prochaine.

L’école publique va mal et on a donc trouvé le responsable. Ce ne sont ni les violences scolaires, ni les agressions de certains agents, ni l’effondrement du niveau en mathématiques, ni l’illettrisme à l’entrée au collège (voire à sa sortie). Le vrai danger, l’urgence, le fléau de l’école publique, c’est sa concurrente, l’école privée. Celle qui fonctionne à peu près, coupable de croire que l’on peut encore transmettre quelque chose à des enfants. « Chez nous, les dossiers sont déposés dès septembre pour la rentrée de l’an prochain, confie un directeur d’établissement de l’ouest parisien. Pas besoin de journée portes ouvertes pour attirer les parents. On refuse déjà un sixième des dossiers. »

Amélie Oudéa-Castera, alors éphémère ministre de l’Education nationale, Saint-Denis, 15 janvier 2024 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Le niveau baisse !

Pourquoi ce succès ? Dans une étude BVA publiée par la fondation Jean-Jaurès en 2024, les trois quarts des Français considèrent que la situation de l’école publique s’est détériorée (73%) contre 15 % seulement qui font le même constat pour l’école sous contrat – constituée à 96% d’établissements catholiques. Effet d’un soudain revival de la foi ? Seuls 6% des parents optent pour le privé par conviction religieuse. Cependant, selon la même étude, une majorité trouve que les mots d’ordre, de mérite et d’autorité s’appliquent mieux au privé qu’à l’école publique. L’enseignement catholique apparaît en somme comme un recours aux yeux de nombreuses familles effrayées par la baisse de niveau telle qu’elle est confirmée par diverses études.

A lire ensuite, Lisa Kamen Hirsig: INSPE/Education nationale: la fabrique des coachs

Difficile toutefois pour la puissance publique d’interdire ce que plébiscitent les citoyens. En 1984, la loi Savary avait certes eu pour objet de fusionner l’enseignement libre et l’enseignement public dans un « grand service public unifié » de l’Éducation nationale. Seulement, des manifestations monstres avaient alors mis un coup d’arrêt au projet. Si la lutte continue à présent, c’est par d’autres moyens, moins frontaux : affaires, rapports, polémiques,  déclarations chocs…

Bref, on assèche le privé, on l’épuise méthodiquement. A la rentrée 2024, l’enseignement catholique parisien, qui fait pourtant le plein, s’est par exemple vu retirer 40 postes d’enseignants par le ministère. Un non-sens statistique. Pour le reste, ce sont des inspections-surprises, contrôles pédagogiques kafkaïens, pressions administratives. A la limite du harcèlement scolaire.

La guerre scolaire continue !

La gauche médiatico-politique est en première ligne dans cette guerre scolaire à bas bruit. On se souvient que les éphémères ministres Oudéa-Castéra et N’diaye s’étaient attiré les foudres des journaux progressistes pour avoir inscrit leurs enfants à Stanislas ou à l’école Alsacienne. LFI n’est pas en reste : le député insoumis Paul Vannier, auteur d’un rapport parlementaire de 2024 sur le sujet, réclame un resserrement administratif, à base de malus pour les établissements peu mixtes et de renforcement des contrôles.

Le 15 mars la ministre Elisabeth Borne lui a donné en partie satisfaction. Réagissant au mouvement MeToo qui s’est emparé de l’Eglise et de ses institutions, elle a décidé un rehaussement de la surveillance dans les 7500 écoles sous contrat de France. « Soixante inspecteurs supplémentaires vont être déployés en 2025 et 2026, a-t-elle annoncé, et 40 % des établissements privés sous contrat seront inspectés dans les deux prochaines années, dont la moitié par des visites sur place ».

Première école visée par l’opération : Bétharram bien sûr. La descente des services a eu lieu dès le surlendemain. Pour les professeurs de l’établissement, désormais baptisé « Le Beau Rameau », près de Pau, « la visite des inspecteurs a été vécue douloureusement alors qu’ils ne sont pas concernés directement par les événements passés » écrit la CFTC, principal syndicat des enseignants du privé.

Manifestants près du collège-lycée Notre-Dame de Bétharram, dans les Pyrénées-Atlantiques, 12 février 2025 © Mael Garnier/SIPA

A l’Institution Saint-Dominique de Neuilly-sur-Seine, elle aussi la cible d’accusations graves après le dépôt d’une plainte contre un surveillant pour « violence sexuelle et agression psychologique », c’est une dizaine d’hommes en gris, soit un inspecteur par discipline, qui a également débarqué récemment, assistant aux cours à l’improviste, s’entretenant avec les élèves… Les turpitudes d’un employé, aussi ignobles soient-elles, rendent-elles toute une structure suspecte ?

A lire aussi, Dominique Labarrière: Contrat rétabli, doutes maintenus

« Les inspections sont plus autoritaires cette année d’après ce qu’on me dit… » note Françoise Candelier, à la tête de l’école hors-contrat du Blanc Mesnil, à Croix dans le Nord. Depuis la création, en 2009, de cet établissement non confessionnel qui propose un parcours d’excellence avec haute dose de grec ancien et de culture civilisationnelle, la directrice a déjà connu ce genre d’inspections à plusieurs, par rangées de dix, débarquant parfois à l’improviste : « Cela pouvait être impressionnant mais cela s’est dans l’ensemble bien passé ».

Le privé sous contrat fait pour ainsi dire désormais l’expérience de la surveillance étroite réservée jusqu’à présent au privé hors-contrat. « Je ne suis pas inquiète pour Stanislas ou Neuilly, indique toutefois Françoise Candelier. Les enfants de la bourgeoisie auront toujours leurs écoles. Mais ce sont les enfants de province parfois issus des classes moyennes ou populaires qui pourraient voir leurs libertés être rognées ». Comme le disait l’ancien ministre de l’Education nationale Vincent Peillon (2012-2014) dans le titre de son livre programme, « la Révolution française n’est pas terminée ».