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Abrogeons la réforme du collège!

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Deux semaines après la publication du décret sur la réforme du collège, l’opposition est très loin de s’éteindre. Il y a des plats qui ne passent pas, et la façon dont le triumvirat Vallaud-Belkacem, Valls et Hollande s’est conduit, en particulier à l’égard des enseignants, a provoqué un écœurement que le repos estival n’arrivera probablement pas à atténuer. Un membre d’un collectif d’enseignants latinistes écrivait, au lendemain de la parution du décret, que son médecin cardiologue lui avait formellement interdit d’écouter ou de regarder Najat Valllaud-Belkacem. Aujourd’hui,  le tapage médiatique autour du débat sur la réforme a baissé d’intensité et ce n’est pas un mal car l’omniprésence de la ministre devenait pour nombre de nos concitoyens particulièrement pénible à supporter.

Ce qu’un décret fait, un autre décret le défait. Il ne reste  qu’à œuvrer patiemment et sûrement dans cette direction.

De nouvelles formes de contestation et de mobilisation inédites sont en train d’apparaître. Qui s’attendait à ce que les deux syndicats d’inspecteurs de l’éducation nationale donneraient de la voix à leur tour ? Le premier, le syndicat des inspecteurs d’académie (SIA) s’insurge contre le fait que le ministère et le conseil supérieur des programmes (CSP) conduisent les réformes du collège et des programmes « au pas de charge ». Le second, le syndicat national des personnels d’inspection (SNPI-FSU), prévient d’ores et déjà que « l’on ne pourra réformer le collège sans l’adhésion des personnels ». Il y a de la résistance passive dans l’air. Il ne faut pas s’attendre, dans ces conditions, que les inspecteurs manifestent beaucoup de zèle pour veiller à ce que leurs collègues enseignants appliquent la réforme.

Au niveau local, ce sont deux mondes qui s’ignorent habituellement au collège, celui des enseignants et celui des parents qui commencent à se rapprocher l’un de l’autre et pourtant, ce n’est pas chose naturelle, tant les incompréhensions et les méfiances réciproques peuvent être fortes. Depuis quelques jours, les réunions d’informations se multiplient dans les établissements publics, des collectifs même se forment, ayant pour objectif d’informer l’opinion locale des conséquences concrètes de la réforme pour les enfants. Ayant participé, en tant que parent d’élève, à l’une de ces réunions dans mon département de l’Essonne, j’ai pu observer que deux termes sont revenus plusieurs fois dans l’assistance : « violence » et « brutalité ». Or, pour une fois, ce n’est pas des collégiens qu’il était question, mais des artisans de la réforme. Tout le monde est sorti de cette rencontre parents-professeurs avec un seul mot d’ordre : abrogation du décret.

C’est ce même mot d’ordre qui  a conduit trois anciens ministres de l’Education nationale, François Bayrou,  Jean-Pierre Chevènement et Luc Ferry ainsi que trois intellectuels, Pascal Bruckner, Jacques Julliard et Michel Onfray, à lancer une pétition nationale, intitulée « pour un collège de l’exigence ! », destinée à François Hollande. Les pétitions ont fleuri au mois de mai, avec le résultat que l’on sait. Malgré le découragement qui pourrait amener certains à ne plus vouloir signer de pétitions, celle-ci mérite que l’on s’y arrête, qu’on la signe et la diffuse massivement. Outre le fait que ce texte établit un constat sévère et sans appel sur  une réforme  qui défend  « un égalitarisme niveleur »,  il avertit surtout solennellement le Président de la République « que sur des sujets aussi graves, aucun gouvernement  n’a la légitimité de décider sans débat, les citoyens étant en droit de l’obtenir et d’y participer ».

Le gouvernement peut continuer à faire la sourde oreille et se montrer intraitable sur cette question du collège, mais un tel appel, émanant de personnalités de premier plan et majoritairement issues de la gauche, est un véritable poison qui se distille doucement dans l’opinion, y compris, et peut-être surtout, de gauche,  à savoir que le  Président de la République et son Gouvernement sont en train de perdre leur légitimité à exercer le pouvoir dans notre pays.  En période d’instabilité économique, sociale et culturelle, nul ne peut prévoir quelles en seront les conséquences, pas même nos gouvernants.

 

François Bayrou, Pascal Bruckner, Jean-Pierre Chevènement, Luc Ferry, Jacques Julliard, et Michel Onfray ont décidé de s’exprimer ensemble contre la régression qu’engage la réforme annoncée du collège. Ils vous invitent à soutenir cet appel pour obtenir le retrait du décret de « réforme » du collège.

Pétition adressée à M. le Président de la République Professeurs, écrivains, anciens ministres de l’Education Nationale, citoyens d’options politiques et personnelles différentes, nous sommes engagés pour défendre et servir l’école républicaine. Nous décidons de nous exprimer ensemble contre la régression qu’engage la réforme annoncée du collège.

Tous les élèves ont besoin d’une Ecole forte et structurée pour réussir. Ecole forte, parce qu’elle affirme sa mission de transmettre des connaissances et des valeurs. Ecole structurée, parce qu’elle donne toute sa place aux savoirs disciplinaires.

Nous n’acceptons pas l’affaiblissement des disciplines au profit d’une interdisciplinarité floue, sans contenu défini, dont les thèmes sont choisis selon la mode et l’air du temps, imposés autoritairement et uniformément par le ministère, conduisant au « zapping » pédagogique. L’échange entre disciplines est fécond et mérite mieux que ces faux-semblants.

Nous n’acceptons pas que l’égalité des chances soit confondue avec l’égalitarisme niveleur et se résume à la suppression de tout parcours d’excellence.

Les victimes de ce renoncement, ce seront d’abord les enfants de milieux populaires ou défavorisés pour qui l’école est le seul recours, car ils ne peuvent avoir accès aux cours privés et aux leçons particulières de leurs camarades plus favorisés.

Fidèles à la maxime de Paul Langevin fixant en 1945 la mission de l’Ecole républicaine : « la promotion de tous et la sélection des meilleurs », nous défendons la notion d’élitisme républicain pour que chacun puisse aller au bout de ses capacités.
Quatre éléments sont pour nous fondamentaux :

1. Nous affirmons que la plus efficace des réformes du collège est celle de l’école primaire, puisque les difficultés du collège naissent à l’école primaire.
2. Nous défendons les langues vivantes. Nous n’acceptons pas que les classes européennes, bi-langues, internationales, soient rayées de la carte. Ces classes relèvent d’une pédagogie particulière. On les supprime, on ne les remplace pas. Prétendre imposer précocement deux langues vivantes à tous les élèves, quand une large partie d’entre eux peine à maîtriser le français et la première langue, est un leurre.
3. Nous affirmons la légitimité des langues anciennes. Nous n’acceptons pas que le latin et le grec, qui ont fait le socle de la culture et de la pensée françaises, qui forment les racines de notre langue comme de la langue scientifique mondiale, disparaissent en tant qu’options offertes dans tous établissements, dotées d’un horaire garanti.
4. Nous défendons des programmes clairs et compréhensibles par tous, loin des jargons indécents. Les programmes doivent partir de notions solides et fixer des objectifs clairs et atteignables. Le programme d’histoire en particulier doit proposer des repères chronologiques et ne peut réduire à de seuls traits négatifs ou facultatifs la civilisation européenne et l’héritage des Lumières.

Sur des sujets aussi graves, aucun gouvernement n’a la légitimité de décider sans débat. Les citoyens sont en droit de l’obtenir et d’y participer.
Nous signons et appelons à signer cet appel pour obtenir le retrait du décret de « réforme » du collège. Nous demandons que ce décret soit refondu après les consultations et le débat républicain qui s’imposent.

François Bayrou, Jean-Pierre Chevènement, Luc Ferry, Pascal Bruckner, Jacques Julliard, Michel Onfray.

*Photo : DR.

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Indigents de la République

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Je ne sais pas si c’est ou non authentique — je m’attends à ce que rapidement paraisse un communiqué qui prétendra que c’est un fake, comme disent les gens qui parlent bien la France. Mais des amis informés des mœurs de Twitter m’affirment que le message est genuine — comme disent… etc. !

Et puis, c’est trop beau pour être vrai : pour la première fois on nous explique noir sur blanc le jusqu’auboutisme de l’entre-soi, de l’endogamie profonde (comme on parle d’écologie profonde, celle qui donne autant de valeur aux mouches à merde qu’aux êtres humains), de l’inceste pratiqué comme les Egyptiens anciens, pour sauvegarder la pureté du sang et garantir le défaut génétique — bref, du racisme ordinaire. La distinction entre « Nous » et « les Blancs » est étrange — bien digne du nazislamisme qui court en ce moment. Les Arabes sont blancs, sais-tu, ami indigène… Et il n’y a qu’une seule race — la race humaine. Que tu en sois un sous-produit est encore autre chose — c’est une considération culturelle, mais pas biologique.
Au passage, on peut lire aussi dans ce gazouillis une angoisse — celle d’être confronté aux comparaisons. Qui sait ce que ta sœur, cher indigène, celle qui vient régulièrement s’ébattre dans nos lits, pense de toi et de ta prétention à la satisfaire ?

D’un autre côté, c’est tellement bête que ça ne peut pas ne pas être vrai — quand on sait jusqu’où descendent, intellectuellement parlant, les Indigènes de la République. Fréquenter leur site est la garantie d’une franche partie de rigolade.
Quoique…
Quand on sait que ces jean-foutre ont l’oreille des autorités et des islamo-gauchistes, on rit moins : après tout certains des amis de ces gens coupent des têtes de l’autre côté de la Méditerranée, ou violent des adolescentes au Nigéria. Et incitent leurs sœurs à pratiquer le djihad sexuel, afin d’assurer le repos des guerriers de l’Etat islamique.
Je passe sur le fait que cette « consommation masculine blanche » est également homophobe — mais bon, onze pays appliquent la peine de mort pour les homosexuels — tous musulmans. Cherchez l’erreur — il n’y en a pas.
Allez, je vais faire bref : les Musulmanes sont des femmes comme les autres, elles ont le droit de te cocufier comme les autres. Les habitués de ce blog vont s’y employer.
Ça pourrait te porter chance…

PS : Faut-il rappeler que c’étaient les mêmes imbéciles qui se sont insurgés contre une exposition intitulée Exhibit B — dont j’ai parlé en décembre sur Bonnetdane ? Les mêmes imbéciles aussi qui s’insurgent quand un chercheur blanc, Olivier Pétré-Grenouilleau, explique, recherches à l’appui, que l’esclavage a été un peu plus complexe que ce que croient les organisations antillaises ? Et tout ce qu’ils ont trouvé pour attaquer un chercheur inattaquable, c’est Gilbert Collard…

  1.  

Adhérez au PS, c’est pas cher!

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Jean-Christophe Cambadélis a l’étoffe d’un futur grand homme d’État. Tout chef d’État qui se respecte se doit d’avoir pour son pays une belle vision d’avenir. Cambadélis n’étant que chef de parti, c’est pour son parti qu’il voit grand. A Poitiers il a annoncé que le PS se fixait comme cap 500 000 adhérents ! Son parti n’en comptant actuellement que 131 000, c’est dire si Cambadélis est un visionnaire. Mais un chef, un vrai, doit voir plus loin que l’horizon.

À Poitiers, les militants, estomaqués par cette annonce, étaient partagés. “Il est tombé sur la tête” ricanaient certains. “Déjà qu’on a du mal à retenir ceux qui partent…” se lamentaient d’autres. Entre abattement et fous rires, la salle hésitait. Mais un leader courageux n’a pas à tenir compte des pleutreries de ses troupes déclinistes.

Parmi les moyens prévus pour parvenir au chiffre de 500 000, il a été envisagé de multiplier le porte-à-porte. Face à une protestation quasi-unanime – “mais on se fait jeter à chaque fois !” – l’idée a été abandonnée. On s’est rabattu sur une autre qui n’exige pas des militants un effort au-delà de leurs forces : la baisse des cotisations.

Or, le PS (avis aux amateurs) est déjà le parti le moins cher de France : 20 euros pour une première adhésion.  Il se peut toute fois, ceci expliquant cela, que les produits qu’il propose soient de moins bonne qualité que ceux de ses concurrents. Reste que le PS, qui l’est déjà un peu, va devenir un parti totalement low cost. Une première novatrice sur le marché de l’offre politique.

Renseignements pris, il en compte 25 euros pour adhérer aux Républicains. Au FN, les prix sont scandaleusement élevés pour un mouvement qui se dit proche du peuple : 50 euros (avec néanmoins une réduction pour les revenus les plus modestes). Chez les Verts, on ne sait pas et on ne cherche pas vraiment à le savoir. Car nous avons appris que pour postuler, il fallait d’abord souffler dans un machin mesurant le taux de CO2 que vous dégagez. Et comme je suis fumeur…

Donc restons au PS qui est en bonne place pour gagner la guerre des bas coûts. On dit qu’il a déjà préempté deux slogans qui ont fait leurs preuves. “Le PS écrase les prix”. Et aussi : “Si vous trouvez moins cher que chez nous, on vous rembourse la différence.” Les mauvaises langues, difficile de les faire taire, prétendent que le Parti socialiste va vendre des produits frappés par la date de péremption. Puis – il faut ce qu’il faut – on les distribuera gratuitement. Et enfin, au bout de ce calvaire, le PS payera pour qu’on y adhère. Étant vénal, et de par mes origines avide d’argent, je suis preneur. Mais je suis très, très cher…

Mediapart: La France contre les fachos

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mediapart banlieues antisemitisme

Tremblez, braves gens, les loups sont entrés dans Paris. D’après Mediapart, « une petite caste de commentateurs » presse « à tout propos des centaines de milliers de personnes issues de l’immigration de fournir les preuves de leur appartenance à la nation ».

Sous la plume de François Bonnet, l’organe d’Edwy Plenel dresse la liste des porte-voix de la « France du ressentiment et des obsessions xénophobes » : les « Ivan Rioufol, Alain Finkielkraut, Éric Zemmour, Éric Conan, Élisabeth Lévy [NDLR : merci pour la pub !] » forment l’habituelle rafle à la Prévert des gazettes antifascistes. De Laurent Joffrin en Aymeric Caron, la profession de « vigilant » reste promise à un bel avenir éditorial : on le sait depuis longtemps, l’antiracisme est le dernier marqueur identitaire d’une gauche qui ne cherche même plus à réguler le marché qu’elle contestait naguère.

Concédons à François Bonnet d’avoir allégé le casting des forcément coupables – Houellebecq, Guilluy et Michéa ont échappé à la fatwa. En revanche, il a ajouté Marianne à la liste des torchons qu’un honnête homme ne saurait lire. La faute à un numéro consacré aux « complices de l’islamisme » qui, d’après Mediapart, est le reflet de « cette France cloisonnée et vermoulue de 2015 ». Sont notamment reprochées à Marianne ses attaques contre Beur FM, accusée de diffamer les caricaturistes de Mahomet.

Que vous soyez un chevènementiste orphelin, comme Éric Conan, un réac grand teint à la Ivan Rioufol ou une desperada inclassable comme notre patronne, gare au couperet. Appeler les Kouachi et Coulibaly par leur nom sans habiller ces victimes de l’« apartheid » d’excuses sociales vous expose aux joies du bûcher.[access capability= »lire_inedits »]

Damned, ces salopards sont partout ! Après les attentats de Paris, n’a-t-on pas vu le maire social-démocrate de Rotterdam Ahmed Aboutaleb, d’origine marocaine, lancer aux enfants d’immigrés un tonitruant « Love it or leave it »?

Mais au fait, pourquoi tant de haine ? Pour pas grand-chose en vérité. En fait, Edwy a confié à François une corvée un rien périlleuse, celle de défendre un produit maison baptisé « Notre France ». Ce projet artistique dont on nous assure qu’il est « d’un immense intérêt » est une série de quinze vidéos cosignée par Patrick Artinian, collaborateur régulier du site, et par Louise Oligny, photographe et vidéaste québécoise accueillie en résidence par la Maison de la solidarité du Mont-Mesly, un quartier HLM de Créteil.

Je comprends que François Bonnet meure d’envie de nous faire découvrir quinze vidéos artistiques sur le bonheur de vivre en cité sensible. Perso, je préfère visionner en boucle le dernier clip de Drake ou me vautrer dans mon canapé avec un paquet de chips et un roman d’Italo Svevo. Et si ça se trouve, plus d’un abonné de Mediapart partage cette coupable préférence.

Alors, pour vendre ses vidéos pas très funky, la Maison Plenel agite ses arguments publicitaires rituels. Et voilà Élisabeth enrôlée dans une réclame façon fifties, et dans le rôle de la sorcière ! Zemmour vous dégoûte ? Lévy vous enrage ? Finkielkraut vous exaspère ? Achetez mon sirop miracle et multiculturel ! Si vous êtes des millions à avoir ce réflexe salvateur, alors la France sera sauvée. Et les finances de Mediapart aussi.[/access]

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*Photo : wikicommons.

Qatar : avoir raison avec Philippot

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philippot fn qatar

Le Qatar est un pauvre petit pays riche qui n’aime pas qu’on dise du mal de lui. C’est xénophobe. Alors le Qatar fait un procès en diffamation à Florian Philippot, vice-roi des méchants. Je dois faire partie des méchants, en tout cas, dimanche matin, sur France Inter, j’ai entendu Philippot appeler les défenseurs de la liberté à se mobiliser et je réponds présent ! Notez que je facilite la tâche des garde-chiourmes – « on la tient chef, on le savait bien, qu’elle roule pour qui vous savez ! » J’avoue : je préfère avoir raison avec le FN que tort avec le Qatar.

Je résume. Il y a six mois, on défilait en hommage à des dessinateurs assassinés pour crime de lèse-prophète. Et aujourd’hui, alors qu’un Etat étranger – pas franchement démocratique mais franchement riche, c’est diffamatoire « riche » ? –  prétend interdire la critique à son encontre par voie de justice, personne ne moufte ? Pas une grande âme de gauche pour défendre la liberté de ses adversaires, pas un seul ? Pas un journaliste pour comprendre que, ce qui est en jeu, c’est sa liberté à lui ? « Le droit, ça fait partie de la démocratie, le Qatar a le droit d’attaquer s’il se sent diffamé », répètent sentencieusement les résistants d’hier, ceux qui aimaient la liberté quand ils pouvaient la défendre sur Canal +. Et le droit de dire ce qu’on pense sans passer son temps au tribunal, ça ne fait pas partie de la démocratie ?

Imaginons un instant la réaction des mêmes si Israël s’avisait de poursuivre Besancenot ou Pascal Boniface (ou des tas d’autres) pour leurs propos imbéciles et, pour le coup, clairement diffamatoires, comparant l’Etat hébreu à l’Afrique du sud de l’apartheid, voire plus si affinités ? Que diraient-ils si l’Allemagne intentait un procès à Mélenchon pour son Hareng de Bismarck, pas gentil-gentil avec notre grand allié ? Si les Etats-Unis attaquaient al-Jazira ? Ils s’étrangleraient, trépigneraient, exigeraient des sanctions, hurleraient à l’impérialisme, au racisme, au colonialisme. Et là, rien ! Un pays ami s’attaque à l’un des piliers de notre civilité – la liberté de penser – et la résistance est aux abonnés absents ! Imagine-t-on le débat public réduit à une incessante tournante judiciaire ? Peu importe, on ne peut pas avoir tort contre le FN. On ne peut pas avoir raison contre un pays musulman – ce serait raciste.

Philippot n’a pas dit que les Qataris tuaient des enfants exprès, ni qu’ils empoisonnaient les puits, ni qu’ils droguaient les femmes (comme on peut le lire dans certains journaux arabes à propos des juifs). Pas non plus, comme on a pu l’entendre sur Al-Jazira, qu’Hitler avait rendu service à l’humanité. Non, il a dit que le Qatar et l’Arabie saoudite finançaient des mouvements islamistes, ce qui est écrit partout à longueur de colonnes, y compris dans Causeur, y compris dans la presse convenable. C’est pas gentil de se moquer de la dictature des autres.

Il faut être un tordu de complotiste pour penser que, si tout le monde regarde ses souliers, c’est parce que pas mal de gens en croquent. Non, je ne suis pas du genre à croire que tout s’achète. Mais ça tombe mal, au moment où on découvre que le football, ses grandes fêtes et ses valeurs, cachent une entreprise de corruption planétaire et que, manque de bol, on dirait que le Qatar n’a pas obtenu la Coupe du monde 2022 seulement pour ses stades de compétition.

Alors, j’aimerais bien savoir où sont passés tous mes copains qui soutenaient Charlie pendant le procès des caricatures. Et tous ces gens qui disaient fièrement qu’en France, on est libre de critiquer les puissants. Quand la mosquée de Paris attaquait un journal, la démocratie était menacée, et quand une pétro-monarchie attaque un élu français, c’est le jeu normal des institutions, il faudra m’expliquer. Que ce sympathique petit pays se comporte non pas comme une puissance alliée mais comme un parti local et prenne position dans un débat national devrait au minimum appeler une mise au point de la France. Au lieu de quoi on le remercie presque pour sa contribution à la résistance contre la bête immonde. Vendredi dernier, au moment précis où on apprenait l’existence des poursuites contre Philippot, François Hollande décorait le PDG de Qatar Airways – quand on a le sens des symboles…

En haut lieu, on a dû comprendre que l’affaire était minée, car on n’en a pas fait des caisses. La plainte, qui date du 10 avril, vient seulement d’être dévoilée à la presse – en même temps qu’à l’intéressé qui est convoqué par un juge fin juin. Le Qatar a pourtant fait appel à des avocats de renom et de talent qui, en général, mènent volontiers le combat médiatique. Mais Jean-Pierre Mignard, ami très proche de François Hollande, et Francis Szpiner, qui était discrètement à la manœuvre pour le compte de Chirac pendant le procès des Caricatures, ont été d’une sobriété de rosières. Bien sûr, s’ils défendent le petit émirat injustement attaqué, c’est par conviction antiraciste. Mais sans doute auraient-ils préféré que madame le maire évite d’en rajouter sur le mode « ravie de la crèche ». Ah oui, Anne Hidalgo est très heureuse de sa collaboration avec le Qatar, ce pays qui « promeut le football féminin et lutte contre l’homophobie » (sic !). Mignard et Szpiner, ils doivent avoir envie de l’étrangler, Madame Hidalgo.

En attendant, pas un de mes copains de gauche ne défendra Florian Philippot. Tu cherches les ennuis ? Et ta carrière qui est déjà dans les choux ? On ne peut pas être partout, il faut choisir ses combats. Je croyais qu’on se battait pour des trucs universels, genre liberté-pour-tous, on a dit pour tous, Philippot, faut pas abuser. Les amis, je suis sûre qu’il y a de la bonne musique dans vos caves, mais quand on viendra vous chercher, j’aurai mis les voiles.

*Photo : FAYOLLE PASCAL/SIPA. 00698963_000012.

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Jean-Marie Le Pen, la politique du père

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jean marie lepen roi lear

Il serait intéressant, pour un romancier, de raconter ce qui vient de se passer au Front du point de vue de Jean-Marie Le Pen lui-même, en le choisissant comme narrateur. Cela permettrait sans doute d’élucider ou au moins d’approcher la psychologie de celui qui aura au bout du compte parachevé le triomphe de sa fille en voulant la détruire. Cette stratégie paradoxale était-elle consciente ou pas ? Toujours est-il que, vu de l’extérieur, Jean-Marie Le Pen a incarné, en très peu de temps, trois versions, pour le moins contradictoires, de la figure paternelle.

La première correspond à l’entretien donné à Rivarol, qui concentre tout ce qui peut gêner la fille dans sa stratégie de respectabilisation : c’est celle de Saturne qui dévore ses enfants pour qu’ils ne le renversent pas. « Il agissait ainsi dans la crainte qu’un autre des glorieux enfants du ciel ne possédât parmi les dieux l’autorité souveraine », nous dit Hésiode dans la Théogonie. Il y a ensuite l’attitude victimaire déployée sur les plateaux télé où le vieux chef se dit trahi par ses enfants alors qu’il leur a tout donné. Nous sommes là dans un Le Pen shakespearien qui endosse le costume du Roi Lear : « Rien n’a pu ravaler une créature à une telle abjection, si ce n’est l’ingratitude de ses filles. Est-ce donc la mode que les pères reniés obtiennent si peu de pitié de leur propre chair ? » Pour finir, il y a l’effacement volontaire, que l’on attribuera soit au fait que Le Pen ait admis sa défaite, soit à son souci de l’intérêt supérieur du parti, ainsi qu’il l’a déclaré : « Je ne ferai rien qui puisse compromettre la fragile espérance de survie de la France que représente le Front national avec ses forces et ses faiblesses. » Là, nous sommes dans Le Père Goriot, qui a tout donné à ses filles devenues de grandes dames et meurt dans un galetas misérable où il a le temps de leur déclarer : « Venez, venez vous plaindre ici ! Mon cœur est grand, il peut tout recevoir. Oui, vous aurez beau le percer, les lambeaux feront encore des cœurs de père. »

Avant même le psychodrame entre le père et la fille résolu trinitairement et dialectiquement par la petite-fille, le FN, entre ses scissions, ses numéros 2 disparus les uns après les autres, et ses conflits familiaux, a toujours irrésistiblement fait penser aux Atrides. On a peut-être tendance à sous-estimer l’importance de cette dimension, à la fois mythologique et romanesque, dans la séduction qu’exerce le Front sur une proportion croissante des électeurs en mal de grands récits, depuis que la vie politique est devenue une affaire de tristes gestionnaires interchangeables.

*Photo : wikicommons.

Bainville chroniqueur

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jacques bainville candide

En 1924, l’éditeur Arthème Fayard (deuxième du nom) lance Candide, hebdomadaire d’actualité politique et littéraire, plutôt à droite, dirigé par Pierre Gaxotte. Y collaborent des plumes comme Albert Thibaudet, Benjamin Crémieux, Léon Daudet ou le caricaturiste Sennep, pilier de la rubrique humoristique. Avec un tirage de 80 000 exemplaires dès l’année du lancement, Candide est l’un des premiers hebdomadaires français ; sa diffusion passe 400 000 exemplaires au milieu des années 1930, presque autant que Gringoire et plus que Marianne ou Vendredi. Jacques Bainville, 45 ans à l’époque, célèbre pour ses livres d’histoire (Histoire de deux peuples, Histoire de France) et ses essais (Les conséquences politiques de la paix, fameuse dénonciation du Traité de Versailles), est invité à écrire par Fayard. Aguerri au journalisme (il écrira durant sa vie pour plus de trente titres), il se voit confier un billet de deux colonnes à la une, sous le titre « Doit-on le dire ? », pour parler de ce qu’il veut, vie politique et parlementaire, actualité diplomatique, mœurs, arts, littérature. La forme étant libre, Bainville s’en donne à cœur joie, testant tout : dialogue, saynète futuriste (un débat à la chambre en… 1975), commentaire, etc. Très lue, cette chronique donne lieu en 1939 à un recueil de 250 papiers chez Fayard, avec une préface d’André Chaumeix. C’est ce volume qu’exhume aujourd’hui Jean-Claude Zylberstein dans sa collection « Le goût des idées », avec un avant-propos de Christophe Parry.

Y a-t-il un sens à relire aujourd’hui ces chroniques de l’entre-deux-guerres ? Beaucoup d’événements dont elles parlent sont sortis des mémoires, on n’en saisit pas toujours les subtilités. Deux ou trois mots de contextualisation n’auraient pas été de trop. Mais quand même, quel plaisir ! Plaisir de voyager dans le temps, déjà : on respire dans ces billets l’atmosphère de la Troisième République, avec les grands députés, les inquiétudes devant le franc trop faible et l’Allemagne trop forte, la démission de Millerand, les polémiques, les scandales. Il n’y a pas que la politique qui passionne Bainville : tout lui est bon pour réfléchir et plaisanter, du dernier prix littéraire aux vacances des Français en passant par les séances de l’Académie (il y sera élu en 1935) et le politiquement correct qui, déjà, fait ses ravages. Ainsi Bainville ironiste-t-il en 1928 sur le remplacement du Ministère de la guerre par un Ministère de la Défense nationale, tellement plus rassurant… Quant à ses opinions, elles n’étonnent pas, pour qui connaît son parcours : Bainville défend le capitalisme, critique les dérives du du parlementarisme, et réserve ses meilleures flèches aux socialistes, adorateurs du fisc et de l’égalité, ainsi qu’à tous les opportunistes et à tous les utopismes, qu’il estime toujours trompeurs et dangereux.

Ses armes sont l’ironie, la fausse candeur, la banderille plantée l’air de rien. Les chutes de ses papiers, souvent, sont excellentes. « Je ne vois qu’une difficulté à la défense des écrivains contre le fisc, dit-il. L’organisation de leur grève se conçoit assez mal. Il y aurait bien celle des chefs-d’œuvre. Malheureusement elle est déjà commencée ». On glane dans ces pages beaucoup de petits aphorismes malicieux, toujours applicables aujourd’hui. « A condition de ne donner ni chiffres ni dates, vous pouvez conjecturer tout ce que vous voudrez » : ne dirait-on pas qu’il parle de la courbe du chômage dans nos années 2015 ? De même, voyez ce papier de 1934 où il cloue au pilori deux députés radicaux qui ont fait campagne contre « les congrégations économiques et l’oligarchie financière » : « Jamais on ne s’est moqué du peuple à ce point-là ». Toute ressemblance avec un certain discours au Bourget, etc. Comme on voit, il y a de quoi rire dans ce volume. On y voit un Bainville, léger, caustique, différent du Bainville des grands livres, le Napoléon, les Histoires, le Bismarck. C’est sa facette voltairienne, si l’on veut, lui qui si souvent fut comparé à Voltaire, et qui ne pouvait mieux exprimer cet aspect de sa personnalité que dans un journal intitulé Candide. La façon de Voltaire, il la résume d’ailleurs dans une chronique : tout oser et, pour cela, « joindre beaucoup de style à beaucoup d’esprit ».

Doit-on-le dire?, Jacques Bainville, Les Belles, Lettres, 2015.

Permis d’écrire

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auto nimier morand

Zones à 30 km/h, expérimentations à 80 km/h sur les Nationales, voudrait-on tuer la littérature française ? Je me suis demandé pourquoi les romans de la dernière rentrée de janvier m’ennuyaient. Mettons de côté leur absence de style, la wikipédiatisation de l’écriture n’est pas tellement nouvelle, non, il y a quelque chose de plus profond qui a déclenché mon agueusie littéraire. Ce manque de rythme, ces phrases mollassonnes qui se traînent sur la bande d’arrêt d’urgence, ces mots qui déraillent ensemble, ces auteurs sont tombés en panne sèche ! Ils conduisent leur histoire en sous-régime, sans éclat, comme s’ils rédigeaient un constat à l’amiable. Leur moteur créatif est encrassé. Prière de passer au garage. Les mêmes poncifs qui se répètent, les mêmes règlements de comptes à l’huile de ricin : papa buvait, maman se droguait, tonton était collabo et pépé piquait dans la caisse. D’envolées lyriques, point à l’horizon. De dépassements héroïques, vous n’y pensez pas, monsieur, et le principe de précaution, vous en faites quoi ?

Que du lourd, du pathos sous cloche, de l’air vicié, l’esprit de sérieux a emporté définitivement le monde des lettres. Une seule explication à mes troubles de lecture : l’auteur du XXIème siècle est devenu un sinistre piéton. Pas l’un de ces marcheurs mélancoliques à la Léon-Paul Fargue ou l’un de ces boucaniers des banlieues à la manière d’un André Hardellet, un simple usager du macadam qui ressasse ses petits malheurs et encombre les librairies.

L’automobile, ce vieux concept hérité de la Révolution industrielle, a disparu des livres d’histoire. Les ringards du talon-pointe, les nostalgiques de l’overdrive, les accros du klaxon trois tons relégués au musée des horreurs. Pollueurs en puissance, machistes et compagnie. Depuis que nos chers écrivains ne prennent plus le volant, leur prose a tendance à s’embourber. Pour qu’ils retrouvent un peu de vitesse, de fougue, d’accélérations vitales, je conseille à ces intellectuels à pinces de (re)lire Roger Nimier*. Si le chef des Hussards aimait tellement les mécaniques de précision, c’était par défoulement, ironie et défi. Ses romans légers et corrosifs tiennent encore la route cinquante-trois ans après son tragique accident. Combien de grands écrivains ont nourri une passion exclusive pour les automobiles racées, objets de désir inavouables et parfois incontrôlables.

L’Art y gagnait ce que la sécurité routière perdait. Ne cherchez pas plus loin l’origine du succès de Françoise Sagan. Sa petite musique bourgeoise et amère, elle l’a peaufinée en écoutant le six cylindres de sa Jaguar XK. Bercée par les emballements de son anglaise, elle a débridé les femmes de sa génération. Paul Morand, l’homme pressé du XXème siècle, styliste par essence, n’aurait pu accomplir son œuvre sans l’aide de ses cathédrales d’acier. Bugatti, Mercedes-Benz 300 SL et autres Porsche Carrera l’ont accompagné dans sa frénésie de voyages à travers l’Europe galante. Et que dire du communiste Roger Vailland et son aristocratique Jaguar MkII, de Jacques Laurent et ses longues décapotables, de Jean d’Ormesson et son inamovible cabriolet SL, de Frédéric Dard et sa Maserati, de François Nourissier et sa BMW 528 et même de Patrick Modiano, un Prix Nobel qui n’a jamais hésité à peupler son paysage urbain de mystérieuses américaines. Alors, chers auteurs pédestres, qu’attendez-vous pour passer votre permis de conduire ?  Vos romans vont prendre une autre dimension.

Correspondance 1950-1962 – Paul Morand/Roger Nimier – NRF Gallimard.

Les Grandes Personnes – un film de Jean Valère d’après le roman de Roger Nimier avec Jean Seberg, Micheline Presle et Maurice Ronet – DVD Gaumont.

 

Radio Elvis, Le Noiseur, et Aline… pour qu’ils reviennent

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Autant vous le dire tout de suite : mardi 9 juin , la fine fleur de la « freinche teutche » rock se produit à La Maroquinerie (Paris XXe). Sur scène, un triptyque de choix composé de Radio Elvis, Le Noiseur et Aline se succéderont au cours de la soirée. Mais avant de taquiner le guichetier, faisons les présentations.

Comme son nom ne l’indique pas, Radio Elvis est un trio parisien pur produit de la lost generation des post baby-boomers. Ce sont encore les principaux intéressés qui le disent le mieux : « Enfants, nous grandissions au large de tout. Nous n’avions pas encore de but mais nous savions qu’il nous faudrait tout quitter. Dans la chambre vide de nos parents, nous lisions London et Saint- Exupéry. À la vidéothèque, sur les rayons déserts, il nous restait Herzog et la fureur de Kinski pour nous donner du rêve. Nous n’avions pas vraiment connu les années 80 mais nous gardions quelques traces d’Orchestre Rouge ou de Marquis de Sade. Nous n’avions jamais vu Manchester mais nous connaissions sa musique et ça aussi ça nous exaltait. Nous étions seuls et pourtant des continents entiers vacillaient sous nos peaux. Des rives du Bosphore, du Rhum de Trinidad, de l’opium de Shanghai nous connaissions le goût, nous n’avions qu’à inventer ce que nous sommes aujourd’hui. » Syncrétiques, leurs références se mélangent dans des rengaines entraînantes à découvrir ci-bas :

Aline, c’est un peu le groupe star de l’événement. Un seul album à son actif, le second annoncé pour la fin août, on se pourlèche déjà les babines de ses mélodies suaves aux paroles polissonnes. Sous la plume de son lider maximo Romain Guerret, Aline a confectionné La vie électrique pour « parler du monde d’aujourd’hui tel qu’on le ressent, un monde « vibrant » entre résignation et tension permanente, quand tout bouge de façon anarchique et chaotique comme la lumière d’un néon. ». De la musique de fin du monde? Non, comme Zarathoustra, ces joyeux lurons préfèrent danser en attendant l’Apocalypse.

Last but not least, Le Noiseur alias Simon Campocasso, chantera ses oeuvres tantôt mélancoliques, romantiques, voire désabusées avec l’élégance du brun ténébreux. Puisant une grande partie de son inspiration dans le septième art, Le Noiseur rappelle aussi le dernier Daniel Darc : « de là où je suis, on ne revient pas »; « Londres, Milan, Berlin, rien ne nous retient » fredonne-t-il au fil de ses textes les plus spleeneux.

Je me répète mais vous connaissez le programme : Radio Elvis, Le Noiseur et Aline, à écouter mardi à La Maroquinerie… pour qu’ils reviennent!

P.S : Pour les non-parisiens et les retardataires, la [PIAS] nites sera retransmise en direct sur Arte concert.

Abrogeons la réforme du collège!

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reforme college ferry chevenement bayrou

reforme college ferry chevenement bayrou

Deux semaines après la publication du décret sur la réforme du collège, l’opposition est très loin de s’éteindre. Il y a des plats qui ne passent pas, et la façon dont le triumvirat Vallaud-Belkacem, Valls et Hollande s’est conduit, en particulier à l’égard des enseignants, a provoqué un écœurement que le repos estival n’arrivera probablement pas à atténuer. Un membre d’un collectif d’enseignants latinistes écrivait, au lendemain de la parution du décret, que son médecin cardiologue lui avait formellement interdit d’écouter ou de regarder Najat Valllaud-Belkacem. Aujourd’hui,  le tapage médiatique autour du débat sur la réforme a baissé d’intensité et ce n’est pas un mal car l’omniprésence de la ministre devenait pour nombre de nos concitoyens particulièrement pénible à supporter.

Ce qu’un décret fait, un autre décret le défait. Il ne reste  qu’à œuvrer patiemment et sûrement dans cette direction.

De nouvelles formes de contestation et de mobilisation inédites sont en train d’apparaître. Qui s’attendait à ce que les deux syndicats d’inspecteurs de l’éducation nationale donneraient de la voix à leur tour ? Le premier, le syndicat des inspecteurs d’académie (SIA) s’insurge contre le fait que le ministère et le conseil supérieur des programmes (CSP) conduisent les réformes du collège et des programmes « au pas de charge ». Le second, le syndicat national des personnels d’inspection (SNPI-FSU), prévient d’ores et déjà que « l’on ne pourra réformer le collège sans l’adhésion des personnels ». Il y a de la résistance passive dans l’air. Il ne faut pas s’attendre, dans ces conditions, que les inspecteurs manifestent beaucoup de zèle pour veiller à ce que leurs collègues enseignants appliquent la réforme.

Au niveau local, ce sont deux mondes qui s’ignorent habituellement au collège, celui des enseignants et celui des parents qui commencent à se rapprocher l’un de l’autre et pourtant, ce n’est pas chose naturelle, tant les incompréhensions et les méfiances réciproques peuvent être fortes. Depuis quelques jours, les réunions d’informations se multiplient dans les établissements publics, des collectifs même se forment, ayant pour objectif d’informer l’opinion locale des conséquences concrètes de la réforme pour les enfants. Ayant participé, en tant que parent d’élève, à l’une de ces réunions dans mon département de l’Essonne, j’ai pu observer que deux termes sont revenus plusieurs fois dans l’assistance : « violence » et « brutalité ». Or, pour une fois, ce n’est pas des collégiens qu’il était question, mais des artisans de la réforme. Tout le monde est sorti de cette rencontre parents-professeurs avec un seul mot d’ordre : abrogation du décret.

C’est ce même mot d’ordre qui  a conduit trois anciens ministres de l’Education nationale, François Bayrou,  Jean-Pierre Chevènement et Luc Ferry ainsi que trois intellectuels, Pascal Bruckner, Jacques Julliard et Michel Onfray, à lancer une pétition nationale, intitulée « pour un collège de l’exigence ! », destinée à François Hollande. Les pétitions ont fleuri au mois de mai, avec le résultat que l’on sait. Malgré le découragement qui pourrait amener certains à ne plus vouloir signer de pétitions, celle-ci mérite que l’on s’y arrête, qu’on la signe et la diffuse massivement. Outre le fait que ce texte établit un constat sévère et sans appel sur  une réforme  qui défend  « un égalitarisme niveleur »,  il avertit surtout solennellement le Président de la République « que sur des sujets aussi graves, aucun gouvernement  n’a la légitimité de décider sans débat, les citoyens étant en droit de l’obtenir et d’y participer ».

Le gouvernement peut continuer à faire la sourde oreille et se montrer intraitable sur cette question du collège, mais un tel appel, émanant de personnalités de premier plan et majoritairement issues de la gauche, est un véritable poison qui se distille doucement dans l’opinion, y compris, et peut-être surtout, de gauche,  à savoir que le  Président de la République et son Gouvernement sont en train de perdre leur légitimité à exercer le pouvoir dans notre pays.  En période d’instabilité économique, sociale et culturelle, nul ne peut prévoir quelles en seront les conséquences, pas même nos gouvernants.

 

François Bayrou, Pascal Bruckner, Jean-Pierre Chevènement, Luc Ferry, Jacques Julliard, et Michel Onfray ont décidé de s’exprimer ensemble contre la régression qu’engage la réforme annoncée du collège. Ils vous invitent à soutenir cet appel pour obtenir le retrait du décret de « réforme » du collège.

Pétition adressée à M. le Président de la République Professeurs, écrivains, anciens ministres de l’Education Nationale, citoyens d’options politiques et personnelles différentes, nous sommes engagés pour défendre et servir l’école républicaine. Nous décidons de nous exprimer ensemble contre la régression qu’engage la réforme annoncée du collège.

Tous les élèves ont besoin d’une Ecole forte et structurée pour réussir. Ecole forte, parce qu’elle affirme sa mission de transmettre des connaissances et des valeurs. Ecole structurée, parce qu’elle donne toute sa place aux savoirs disciplinaires.

Nous n’acceptons pas l’affaiblissement des disciplines au profit d’une interdisciplinarité floue, sans contenu défini, dont les thèmes sont choisis selon la mode et l’air du temps, imposés autoritairement et uniformément par le ministère, conduisant au « zapping » pédagogique. L’échange entre disciplines est fécond et mérite mieux que ces faux-semblants.

Nous n’acceptons pas que l’égalité des chances soit confondue avec l’égalitarisme niveleur et se résume à la suppression de tout parcours d’excellence.

Les victimes de ce renoncement, ce seront d’abord les enfants de milieux populaires ou défavorisés pour qui l’école est le seul recours, car ils ne peuvent avoir accès aux cours privés et aux leçons particulières de leurs camarades plus favorisés.

Fidèles à la maxime de Paul Langevin fixant en 1945 la mission de l’Ecole républicaine : « la promotion de tous et la sélection des meilleurs », nous défendons la notion d’élitisme républicain pour que chacun puisse aller au bout de ses capacités.
Quatre éléments sont pour nous fondamentaux :

1. Nous affirmons que la plus efficace des réformes du collège est celle de l’école primaire, puisque les difficultés du collège naissent à l’école primaire.
2. Nous défendons les langues vivantes. Nous n’acceptons pas que les classes européennes, bi-langues, internationales, soient rayées de la carte. Ces classes relèvent d’une pédagogie particulière. On les supprime, on ne les remplace pas. Prétendre imposer précocement deux langues vivantes à tous les élèves, quand une large partie d’entre eux peine à maîtriser le français et la première langue, est un leurre.
3. Nous affirmons la légitimité des langues anciennes. Nous n’acceptons pas que le latin et le grec, qui ont fait le socle de la culture et de la pensée françaises, qui forment les racines de notre langue comme de la langue scientifique mondiale, disparaissent en tant qu’options offertes dans tous établissements, dotées d’un horaire garanti.
4. Nous défendons des programmes clairs et compréhensibles par tous, loin des jargons indécents. Les programmes doivent partir de notions solides et fixer des objectifs clairs et atteignables. Le programme d’histoire en particulier doit proposer des repères chronologiques et ne peut réduire à de seuls traits négatifs ou facultatifs la civilisation européenne et l’héritage des Lumières.

Sur des sujets aussi graves, aucun gouvernement n’a la légitimité de décider sans débat. Les citoyens sont en droit de l’obtenir et d’y participer.
Nous signons et appelons à signer cet appel pour obtenir le retrait du décret de « réforme » du collège. Nous demandons que ce décret soit refondu après les consultations et le débat républicain qui s’imposent.

François Bayrou, Jean-Pierre Chevènement, Luc Ferry, Pascal Bruckner, Jacques Julliard, Michel Onfray.

*Photo : DR.

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Indigents de la République

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indignes republique racisme

indignes republique racisme

Je ne sais pas si c’est ou non authentique — je m’attends à ce que rapidement paraisse un communiqué qui prétendra que c’est un fake, comme disent les gens qui parlent bien la France. Mais des amis informés des mœurs de Twitter m’affirment que le message est genuine — comme disent… etc. !

Et puis, c’est trop beau pour être vrai : pour la première fois on nous explique noir sur blanc le jusqu’auboutisme de l’entre-soi, de l’endogamie profonde (comme on parle d’écologie profonde, celle qui donne autant de valeur aux mouches à merde qu’aux êtres humains), de l’inceste pratiqué comme les Egyptiens anciens, pour sauvegarder la pureté du sang et garantir le défaut génétique — bref, du racisme ordinaire. La distinction entre « Nous » et « les Blancs » est étrange — bien digne du nazislamisme qui court en ce moment. Les Arabes sont blancs, sais-tu, ami indigène… Et il n’y a qu’une seule race — la race humaine. Que tu en sois un sous-produit est encore autre chose — c’est une considération culturelle, mais pas biologique.
Au passage, on peut lire aussi dans ce gazouillis une angoisse — celle d’être confronté aux comparaisons. Qui sait ce que ta sœur, cher indigène, celle qui vient régulièrement s’ébattre dans nos lits, pense de toi et de ta prétention à la satisfaire ?

D’un autre côté, c’est tellement bête que ça ne peut pas ne pas être vrai — quand on sait jusqu’où descendent, intellectuellement parlant, les Indigènes de la République. Fréquenter leur site est la garantie d’une franche partie de rigolade.
Quoique…
Quand on sait que ces jean-foutre ont l’oreille des autorités et des islamo-gauchistes, on rit moins : après tout certains des amis de ces gens coupent des têtes de l’autre côté de la Méditerranée, ou violent des adolescentes au Nigéria. Et incitent leurs sœurs à pratiquer le djihad sexuel, afin d’assurer le repos des guerriers de l’Etat islamique.
Je passe sur le fait que cette « consommation masculine blanche » est également homophobe — mais bon, onze pays appliquent la peine de mort pour les homosexuels — tous musulmans. Cherchez l’erreur — il n’y en a pas.
Allez, je vais faire bref : les Musulmanes sont des femmes comme les autres, elles ont le droit de te cocufier comme les autres. Les habitués de ce blog vont s’y employer.
Ça pourrait te porter chance…

PS : Faut-il rappeler que c’étaient les mêmes imbéciles qui se sont insurgés contre une exposition intitulée Exhibit B — dont j’ai parlé en décembre sur Bonnetdane ? Les mêmes imbéciles aussi qui s’insurgent quand un chercheur blanc, Olivier Pétré-Grenouilleau, explique, recherches à l’appui, que l’esclavage a été un peu plus complexe que ce que croient les organisations antillaises ? Et tout ce qu’ils ont trouvé pour attaquer un chercheur inattaquable, c’est Gilbert Collard…

  1.  

Adhérez au PS, c’est pas cher!

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Jean-Christophe Cambadélis a l’étoffe d’un futur grand homme d’État. Tout chef d’État qui se respecte se doit d’avoir pour son pays une belle vision d’avenir. Cambadélis n’étant que chef de parti, c’est pour son parti qu’il voit grand. A Poitiers il a annoncé que le PS se fixait comme cap 500 000 adhérents ! Son parti n’en comptant actuellement que 131 000, c’est dire si Cambadélis est un visionnaire. Mais un chef, un vrai, doit voir plus loin que l’horizon.

À Poitiers, les militants, estomaqués par cette annonce, étaient partagés. “Il est tombé sur la tête” ricanaient certains. “Déjà qu’on a du mal à retenir ceux qui partent…” se lamentaient d’autres. Entre abattement et fous rires, la salle hésitait. Mais un leader courageux n’a pas à tenir compte des pleutreries de ses troupes déclinistes.

Parmi les moyens prévus pour parvenir au chiffre de 500 000, il a été envisagé de multiplier le porte-à-porte. Face à une protestation quasi-unanime – “mais on se fait jeter à chaque fois !” – l’idée a été abandonnée. On s’est rabattu sur une autre qui n’exige pas des militants un effort au-delà de leurs forces : la baisse des cotisations.

Or, le PS (avis aux amateurs) est déjà le parti le moins cher de France : 20 euros pour une première adhésion.  Il se peut toute fois, ceci expliquant cela, que les produits qu’il propose soient de moins bonne qualité que ceux de ses concurrents. Reste que le PS, qui l’est déjà un peu, va devenir un parti totalement low cost. Une première novatrice sur le marché de l’offre politique.

Renseignements pris, il en compte 25 euros pour adhérer aux Républicains. Au FN, les prix sont scandaleusement élevés pour un mouvement qui se dit proche du peuple : 50 euros (avec néanmoins une réduction pour les revenus les plus modestes). Chez les Verts, on ne sait pas et on ne cherche pas vraiment à le savoir. Car nous avons appris que pour postuler, il fallait d’abord souffler dans un machin mesurant le taux de CO2 que vous dégagez. Et comme je suis fumeur…

Donc restons au PS qui est en bonne place pour gagner la guerre des bas coûts. On dit qu’il a déjà préempté deux slogans qui ont fait leurs preuves. “Le PS écrase les prix”. Et aussi : “Si vous trouvez moins cher que chez nous, on vous rembourse la différence.” Les mauvaises langues, difficile de les faire taire, prétendent que le Parti socialiste va vendre des produits frappés par la date de péremption. Puis – il faut ce qu’il faut – on les distribuera gratuitement. Et enfin, au bout de ce calvaire, le PS payera pour qu’on y adhère. Étant vénal, et de par mes origines avide d’argent, je suis preneur. Mais je suis très, très cher…

Mediapart: La France contre les fachos

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mediapart banlieues antisemitisme

mediapart banlieues antisemitisme

Tremblez, braves gens, les loups sont entrés dans Paris. D’après Mediapart, « une petite caste de commentateurs » presse « à tout propos des centaines de milliers de personnes issues de l’immigration de fournir les preuves de leur appartenance à la nation ».

Sous la plume de François Bonnet, l’organe d’Edwy Plenel dresse la liste des porte-voix de la « France du ressentiment et des obsessions xénophobes » : les « Ivan Rioufol, Alain Finkielkraut, Éric Zemmour, Éric Conan, Élisabeth Lévy [NDLR : merci pour la pub !] » forment l’habituelle rafle à la Prévert des gazettes antifascistes. De Laurent Joffrin en Aymeric Caron, la profession de « vigilant » reste promise à un bel avenir éditorial : on le sait depuis longtemps, l’antiracisme est le dernier marqueur identitaire d’une gauche qui ne cherche même plus à réguler le marché qu’elle contestait naguère.

Concédons à François Bonnet d’avoir allégé le casting des forcément coupables – Houellebecq, Guilluy et Michéa ont échappé à la fatwa. En revanche, il a ajouté Marianne à la liste des torchons qu’un honnête homme ne saurait lire. La faute à un numéro consacré aux « complices de l’islamisme » qui, d’après Mediapart, est le reflet de « cette France cloisonnée et vermoulue de 2015 ». Sont notamment reprochées à Marianne ses attaques contre Beur FM, accusée de diffamer les caricaturistes de Mahomet.

Que vous soyez un chevènementiste orphelin, comme Éric Conan, un réac grand teint à la Ivan Rioufol ou une desperada inclassable comme notre patronne, gare au couperet. Appeler les Kouachi et Coulibaly par leur nom sans habiller ces victimes de l’« apartheid » d’excuses sociales vous expose aux joies du bûcher.[access capability= »lire_inedits »]

Damned, ces salopards sont partout ! Après les attentats de Paris, n’a-t-on pas vu le maire social-démocrate de Rotterdam Ahmed Aboutaleb, d’origine marocaine, lancer aux enfants d’immigrés un tonitruant « Love it or leave it »?

Mais au fait, pourquoi tant de haine ? Pour pas grand-chose en vérité. En fait, Edwy a confié à François une corvée un rien périlleuse, celle de défendre un produit maison baptisé « Notre France ». Ce projet artistique dont on nous assure qu’il est « d’un immense intérêt » est une série de quinze vidéos cosignée par Patrick Artinian, collaborateur régulier du site, et par Louise Oligny, photographe et vidéaste québécoise accueillie en résidence par la Maison de la solidarité du Mont-Mesly, un quartier HLM de Créteil.

Je comprends que François Bonnet meure d’envie de nous faire découvrir quinze vidéos artistiques sur le bonheur de vivre en cité sensible. Perso, je préfère visionner en boucle le dernier clip de Drake ou me vautrer dans mon canapé avec un paquet de chips et un roman d’Italo Svevo. Et si ça se trouve, plus d’un abonné de Mediapart partage cette coupable préférence.

Alors, pour vendre ses vidéos pas très funky, la Maison Plenel agite ses arguments publicitaires rituels. Et voilà Élisabeth enrôlée dans une réclame façon fifties, et dans le rôle de la sorcière ! Zemmour vous dégoûte ? Lévy vous enrage ? Finkielkraut vous exaspère ? Achetez mon sirop miracle et multiculturel ! Si vous êtes des millions à avoir ce réflexe salvateur, alors la France sera sauvée. Et les finances de Mediapart aussi.[/access]

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*Photo : wikicommons.

Qatar : avoir raison avec Philippot

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philippot fn qatar

philippot fn qatar

Le Qatar est un pauvre petit pays riche qui n’aime pas qu’on dise du mal de lui. C’est xénophobe. Alors le Qatar fait un procès en diffamation à Florian Philippot, vice-roi des méchants. Je dois faire partie des méchants, en tout cas, dimanche matin, sur France Inter, j’ai entendu Philippot appeler les défenseurs de la liberté à se mobiliser et je réponds présent ! Notez que je facilite la tâche des garde-chiourmes – « on la tient chef, on le savait bien, qu’elle roule pour qui vous savez ! » J’avoue : je préfère avoir raison avec le FN que tort avec le Qatar.

Je résume. Il y a six mois, on défilait en hommage à des dessinateurs assassinés pour crime de lèse-prophète. Et aujourd’hui, alors qu’un Etat étranger – pas franchement démocratique mais franchement riche, c’est diffamatoire « riche » ? –  prétend interdire la critique à son encontre par voie de justice, personne ne moufte ? Pas une grande âme de gauche pour défendre la liberté de ses adversaires, pas un seul ? Pas un journaliste pour comprendre que, ce qui est en jeu, c’est sa liberté à lui ? « Le droit, ça fait partie de la démocratie, le Qatar a le droit d’attaquer s’il se sent diffamé », répètent sentencieusement les résistants d’hier, ceux qui aimaient la liberté quand ils pouvaient la défendre sur Canal +. Et le droit de dire ce qu’on pense sans passer son temps au tribunal, ça ne fait pas partie de la démocratie ?

Imaginons un instant la réaction des mêmes si Israël s’avisait de poursuivre Besancenot ou Pascal Boniface (ou des tas d’autres) pour leurs propos imbéciles et, pour le coup, clairement diffamatoires, comparant l’Etat hébreu à l’Afrique du sud de l’apartheid, voire plus si affinités ? Que diraient-ils si l’Allemagne intentait un procès à Mélenchon pour son Hareng de Bismarck, pas gentil-gentil avec notre grand allié ? Si les Etats-Unis attaquaient al-Jazira ? Ils s’étrangleraient, trépigneraient, exigeraient des sanctions, hurleraient à l’impérialisme, au racisme, au colonialisme. Et là, rien ! Un pays ami s’attaque à l’un des piliers de notre civilité – la liberté de penser – et la résistance est aux abonnés absents ! Imagine-t-on le débat public réduit à une incessante tournante judiciaire ? Peu importe, on ne peut pas avoir tort contre le FN. On ne peut pas avoir raison contre un pays musulman – ce serait raciste.

Philippot n’a pas dit que les Qataris tuaient des enfants exprès, ni qu’ils empoisonnaient les puits, ni qu’ils droguaient les femmes (comme on peut le lire dans certains journaux arabes à propos des juifs). Pas non plus, comme on a pu l’entendre sur Al-Jazira, qu’Hitler avait rendu service à l’humanité. Non, il a dit que le Qatar et l’Arabie saoudite finançaient des mouvements islamistes, ce qui est écrit partout à longueur de colonnes, y compris dans Causeur, y compris dans la presse convenable. C’est pas gentil de se moquer de la dictature des autres.

Il faut être un tordu de complotiste pour penser que, si tout le monde regarde ses souliers, c’est parce que pas mal de gens en croquent. Non, je ne suis pas du genre à croire que tout s’achète. Mais ça tombe mal, au moment où on découvre que le football, ses grandes fêtes et ses valeurs, cachent une entreprise de corruption planétaire et que, manque de bol, on dirait que le Qatar n’a pas obtenu la Coupe du monde 2022 seulement pour ses stades de compétition.

Alors, j’aimerais bien savoir où sont passés tous mes copains qui soutenaient Charlie pendant le procès des caricatures. Et tous ces gens qui disaient fièrement qu’en France, on est libre de critiquer les puissants. Quand la mosquée de Paris attaquait un journal, la démocratie était menacée, et quand une pétro-monarchie attaque un élu français, c’est le jeu normal des institutions, il faudra m’expliquer. Que ce sympathique petit pays se comporte non pas comme une puissance alliée mais comme un parti local et prenne position dans un débat national devrait au minimum appeler une mise au point de la France. Au lieu de quoi on le remercie presque pour sa contribution à la résistance contre la bête immonde. Vendredi dernier, au moment précis où on apprenait l’existence des poursuites contre Philippot, François Hollande décorait le PDG de Qatar Airways – quand on a le sens des symboles…

En haut lieu, on a dû comprendre que l’affaire était minée, car on n’en a pas fait des caisses. La plainte, qui date du 10 avril, vient seulement d’être dévoilée à la presse – en même temps qu’à l’intéressé qui est convoqué par un juge fin juin. Le Qatar a pourtant fait appel à des avocats de renom et de talent qui, en général, mènent volontiers le combat médiatique. Mais Jean-Pierre Mignard, ami très proche de François Hollande, et Francis Szpiner, qui était discrètement à la manœuvre pour le compte de Chirac pendant le procès des Caricatures, ont été d’une sobriété de rosières. Bien sûr, s’ils défendent le petit émirat injustement attaqué, c’est par conviction antiraciste. Mais sans doute auraient-ils préféré que madame le maire évite d’en rajouter sur le mode « ravie de la crèche ». Ah oui, Anne Hidalgo est très heureuse de sa collaboration avec le Qatar, ce pays qui « promeut le football féminin et lutte contre l’homophobie » (sic !). Mignard et Szpiner, ils doivent avoir envie de l’étrangler, Madame Hidalgo.

En attendant, pas un de mes copains de gauche ne défendra Florian Philippot. Tu cherches les ennuis ? Et ta carrière qui est déjà dans les choux ? On ne peut pas être partout, il faut choisir ses combats. Je croyais qu’on se battait pour des trucs universels, genre liberté-pour-tous, on a dit pour tous, Philippot, faut pas abuser. Les amis, je suis sûre qu’il y a de la bonne musique dans vos caves, mais quand on viendra vous chercher, j’aurai mis les voiles.

*Photo : FAYOLLE PASCAL/SIPA. 00698963_000012.

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Jean-Marie Le Pen, la politique du père

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jean marie lepen roi lear

jean marie lepen roi lear

Il serait intéressant, pour un romancier, de raconter ce qui vient de se passer au Front du point de vue de Jean-Marie Le Pen lui-même, en le choisissant comme narrateur. Cela permettrait sans doute d’élucider ou au moins d’approcher la psychologie de celui qui aura au bout du compte parachevé le triomphe de sa fille en voulant la détruire. Cette stratégie paradoxale était-elle consciente ou pas ? Toujours est-il que, vu de l’extérieur, Jean-Marie Le Pen a incarné, en très peu de temps, trois versions, pour le moins contradictoires, de la figure paternelle.

La première correspond à l’entretien donné à Rivarol, qui concentre tout ce qui peut gêner la fille dans sa stratégie de respectabilisation : c’est celle de Saturne qui dévore ses enfants pour qu’ils ne le renversent pas. « Il agissait ainsi dans la crainte qu’un autre des glorieux enfants du ciel ne possédât parmi les dieux l’autorité souveraine », nous dit Hésiode dans la Théogonie. Il y a ensuite l’attitude victimaire déployée sur les plateaux télé où le vieux chef se dit trahi par ses enfants alors qu’il leur a tout donné. Nous sommes là dans un Le Pen shakespearien qui endosse le costume du Roi Lear : « Rien n’a pu ravaler une créature à une telle abjection, si ce n’est l’ingratitude de ses filles. Est-ce donc la mode que les pères reniés obtiennent si peu de pitié de leur propre chair ? » Pour finir, il y a l’effacement volontaire, que l’on attribuera soit au fait que Le Pen ait admis sa défaite, soit à son souci de l’intérêt supérieur du parti, ainsi qu’il l’a déclaré : « Je ne ferai rien qui puisse compromettre la fragile espérance de survie de la France que représente le Front national avec ses forces et ses faiblesses. » Là, nous sommes dans Le Père Goriot, qui a tout donné à ses filles devenues de grandes dames et meurt dans un galetas misérable où il a le temps de leur déclarer : « Venez, venez vous plaindre ici ! Mon cœur est grand, il peut tout recevoir. Oui, vous aurez beau le percer, les lambeaux feront encore des cœurs de père. »

Avant même le psychodrame entre le père et la fille résolu trinitairement et dialectiquement par la petite-fille, le FN, entre ses scissions, ses numéros 2 disparus les uns après les autres, et ses conflits familiaux, a toujours irrésistiblement fait penser aux Atrides. On a peut-être tendance à sous-estimer l’importance de cette dimension, à la fois mythologique et romanesque, dans la séduction qu’exerce le Front sur une proportion croissante des électeurs en mal de grands récits, depuis que la vie politique est devenue une affaire de tristes gestionnaires interchangeables.

*Photo : wikicommons.

Bainville chroniqueur

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jacques bainville candide

jacques bainville candide

En 1924, l’éditeur Arthème Fayard (deuxième du nom) lance Candide, hebdomadaire d’actualité politique et littéraire, plutôt à droite, dirigé par Pierre Gaxotte. Y collaborent des plumes comme Albert Thibaudet, Benjamin Crémieux, Léon Daudet ou le caricaturiste Sennep, pilier de la rubrique humoristique. Avec un tirage de 80 000 exemplaires dès l’année du lancement, Candide est l’un des premiers hebdomadaires français ; sa diffusion passe 400 000 exemplaires au milieu des années 1930, presque autant que Gringoire et plus que Marianne ou Vendredi. Jacques Bainville, 45 ans à l’époque, célèbre pour ses livres d’histoire (Histoire de deux peuples, Histoire de France) et ses essais (Les conséquences politiques de la paix, fameuse dénonciation du Traité de Versailles), est invité à écrire par Fayard. Aguerri au journalisme (il écrira durant sa vie pour plus de trente titres), il se voit confier un billet de deux colonnes à la une, sous le titre « Doit-on le dire ? », pour parler de ce qu’il veut, vie politique et parlementaire, actualité diplomatique, mœurs, arts, littérature. La forme étant libre, Bainville s’en donne à cœur joie, testant tout : dialogue, saynète futuriste (un débat à la chambre en… 1975), commentaire, etc. Très lue, cette chronique donne lieu en 1939 à un recueil de 250 papiers chez Fayard, avec une préface d’André Chaumeix. C’est ce volume qu’exhume aujourd’hui Jean-Claude Zylberstein dans sa collection « Le goût des idées », avec un avant-propos de Christophe Parry.

Y a-t-il un sens à relire aujourd’hui ces chroniques de l’entre-deux-guerres ? Beaucoup d’événements dont elles parlent sont sortis des mémoires, on n’en saisit pas toujours les subtilités. Deux ou trois mots de contextualisation n’auraient pas été de trop. Mais quand même, quel plaisir ! Plaisir de voyager dans le temps, déjà : on respire dans ces billets l’atmosphère de la Troisième République, avec les grands députés, les inquiétudes devant le franc trop faible et l’Allemagne trop forte, la démission de Millerand, les polémiques, les scandales. Il n’y a pas que la politique qui passionne Bainville : tout lui est bon pour réfléchir et plaisanter, du dernier prix littéraire aux vacances des Français en passant par les séances de l’Académie (il y sera élu en 1935) et le politiquement correct qui, déjà, fait ses ravages. Ainsi Bainville ironiste-t-il en 1928 sur le remplacement du Ministère de la guerre par un Ministère de la Défense nationale, tellement plus rassurant… Quant à ses opinions, elles n’étonnent pas, pour qui connaît son parcours : Bainville défend le capitalisme, critique les dérives du du parlementarisme, et réserve ses meilleures flèches aux socialistes, adorateurs du fisc et de l’égalité, ainsi qu’à tous les opportunistes et à tous les utopismes, qu’il estime toujours trompeurs et dangereux.

Ses armes sont l’ironie, la fausse candeur, la banderille plantée l’air de rien. Les chutes de ses papiers, souvent, sont excellentes. « Je ne vois qu’une difficulté à la défense des écrivains contre le fisc, dit-il. L’organisation de leur grève se conçoit assez mal. Il y aurait bien celle des chefs-d’œuvre. Malheureusement elle est déjà commencée ». On glane dans ces pages beaucoup de petits aphorismes malicieux, toujours applicables aujourd’hui. « A condition de ne donner ni chiffres ni dates, vous pouvez conjecturer tout ce que vous voudrez » : ne dirait-on pas qu’il parle de la courbe du chômage dans nos années 2015 ? De même, voyez ce papier de 1934 où il cloue au pilori deux députés radicaux qui ont fait campagne contre « les congrégations économiques et l’oligarchie financière » : « Jamais on ne s’est moqué du peuple à ce point-là ». Toute ressemblance avec un certain discours au Bourget, etc. Comme on voit, il y a de quoi rire dans ce volume. On y voit un Bainville, léger, caustique, différent du Bainville des grands livres, le Napoléon, les Histoires, le Bismarck. C’est sa facette voltairienne, si l’on veut, lui qui si souvent fut comparé à Voltaire, et qui ne pouvait mieux exprimer cet aspect de sa personnalité que dans un journal intitulé Candide. La façon de Voltaire, il la résume d’ailleurs dans une chronique : tout oser et, pour cela, « joindre beaucoup de style à beaucoup d’esprit ».

Doit-on-le dire?, Jacques Bainville, Les Belles, Lettres, 2015.

Permis d’écrire

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auto nimier morand

auto nimier morand

Zones à 30 km/h, expérimentations à 80 km/h sur les Nationales, voudrait-on tuer la littérature française ? Je me suis demandé pourquoi les romans de la dernière rentrée de janvier m’ennuyaient. Mettons de côté leur absence de style, la wikipédiatisation de l’écriture n’est pas tellement nouvelle, non, il y a quelque chose de plus profond qui a déclenché mon agueusie littéraire. Ce manque de rythme, ces phrases mollassonnes qui se traînent sur la bande d’arrêt d’urgence, ces mots qui déraillent ensemble, ces auteurs sont tombés en panne sèche ! Ils conduisent leur histoire en sous-régime, sans éclat, comme s’ils rédigeaient un constat à l’amiable. Leur moteur créatif est encrassé. Prière de passer au garage. Les mêmes poncifs qui se répètent, les mêmes règlements de comptes à l’huile de ricin : papa buvait, maman se droguait, tonton était collabo et pépé piquait dans la caisse. D’envolées lyriques, point à l’horizon. De dépassements héroïques, vous n’y pensez pas, monsieur, et le principe de précaution, vous en faites quoi ?

Que du lourd, du pathos sous cloche, de l’air vicié, l’esprit de sérieux a emporté définitivement le monde des lettres. Une seule explication à mes troubles de lecture : l’auteur du XXIème siècle est devenu un sinistre piéton. Pas l’un de ces marcheurs mélancoliques à la Léon-Paul Fargue ou l’un de ces boucaniers des banlieues à la manière d’un André Hardellet, un simple usager du macadam qui ressasse ses petits malheurs et encombre les librairies.

L’automobile, ce vieux concept hérité de la Révolution industrielle, a disparu des livres d’histoire. Les ringards du talon-pointe, les nostalgiques de l’overdrive, les accros du klaxon trois tons relégués au musée des horreurs. Pollueurs en puissance, machistes et compagnie. Depuis que nos chers écrivains ne prennent plus le volant, leur prose a tendance à s’embourber. Pour qu’ils retrouvent un peu de vitesse, de fougue, d’accélérations vitales, je conseille à ces intellectuels à pinces de (re)lire Roger Nimier*. Si le chef des Hussards aimait tellement les mécaniques de précision, c’était par défoulement, ironie et défi. Ses romans légers et corrosifs tiennent encore la route cinquante-trois ans après son tragique accident. Combien de grands écrivains ont nourri une passion exclusive pour les automobiles racées, objets de désir inavouables et parfois incontrôlables.

L’Art y gagnait ce que la sécurité routière perdait. Ne cherchez pas plus loin l’origine du succès de Françoise Sagan. Sa petite musique bourgeoise et amère, elle l’a peaufinée en écoutant le six cylindres de sa Jaguar XK. Bercée par les emballements de son anglaise, elle a débridé les femmes de sa génération. Paul Morand, l’homme pressé du XXème siècle, styliste par essence, n’aurait pu accomplir son œuvre sans l’aide de ses cathédrales d’acier. Bugatti, Mercedes-Benz 300 SL et autres Porsche Carrera l’ont accompagné dans sa frénésie de voyages à travers l’Europe galante. Et que dire du communiste Roger Vailland et son aristocratique Jaguar MkII, de Jacques Laurent et ses longues décapotables, de Jean d’Ormesson et son inamovible cabriolet SL, de Frédéric Dard et sa Maserati, de François Nourissier et sa BMW 528 et même de Patrick Modiano, un Prix Nobel qui n’a jamais hésité à peupler son paysage urbain de mystérieuses américaines. Alors, chers auteurs pédestres, qu’attendez-vous pour passer votre permis de conduire ?  Vos romans vont prendre une autre dimension.

Correspondance 1950-1962 – Paul Morand/Roger Nimier – NRF Gallimard.

Les Grandes Personnes – un film de Jean Valère d’après le roman de Roger Nimier avec Jean Seberg, Micheline Presle et Maurice Ronet – DVD Gaumont.

 

Radio Elvis, Le Noiseur, et Aline… pour qu’ils reviennent

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Autant vous le dire tout de suite : mardi 9 juin , la fine fleur de la « freinche teutche » rock se produit à La Maroquinerie (Paris XXe). Sur scène, un triptyque de choix composé de Radio Elvis, Le Noiseur et Aline se succéderont au cours de la soirée. Mais avant de taquiner le guichetier, faisons les présentations.

Comme son nom ne l’indique pas, Radio Elvis est un trio parisien pur produit de la lost generation des post baby-boomers. Ce sont encore les principaux intéressés qui le disent le mieux : « Enfants, nous grandissions au large de tout. Nous n’avions pas encore de but mais nous savions qu’il nous faudrait tout quitter. Dans la chambre vide de nos parents, nous lisions London et Saint- Exupéry. À la vidéothèque, sur les rayons déserts, il nous restait Herzog et la fureur de Kinski pour nous donner du rêve. Nous n’avions pas vraiment connu les années 80 mais nous gardions quelques traces d’Orchestre Rouge ou de Marquis de Sade. Nous n’avions jamais vu Manchester mais nous connaissions sa musique et ça aussi ça nous exaltait. Nous étions seuls et pourtant des continents entiers vacillaient sous nos peaux. Des rives du Bosphore, du Rhum de Trinidad, de l’opium de Shanghai nous connaissions le goût, nous n’avions qu’à inventer ce que nous sommes aujourd’hui. » Syncrétiques, leurs références se mélangent dans des rengaines entraînantes à découvrir ci-bas :

Aline, c’est un peu le groupe star de l’événement. Un seul album à son actif, le second annoncé pour la fin août, on se pourlèche déjà les babines de ses mélodies suaves aux paroles polissonnes. Sous la plume de son lider maximo Romain Guerret, Aline a confectionné La vie électrique pour « parler du monde d’aujourd’hui tel qu’on le ressent, un monde « vibrant » entre résignation et tension permanente, quand tout bouge de façon anarchique et chaotique comme la lumière d’un néon. ». De la musique de fin du monde? Non, comme Zarathoustra, ces joyeux lurons préfèrent danser en attendant l’Apocalypse.

Last but not least, Le Noiseur alias Simon Campocasso, chantera ses oeuvres tantôt mélancoliques, romantiques, voire désabusées avec l’élégance du brun ténébreux. Puisant une grande partie de son inspiration dans le septième art, Le Noiseur rappelle aussi le dernier Daniel Darc : « de là où je suis, on ne revient pas »; « Londres, Milan, Berlin, rien ne nous retient » fredonne-t-il au fil de ses textes les plus spleeneux.

Je me répète mais vous connaissez le programme : Radio Elvis, Le Noiseur et Aline, à écouter mardi à La Maroquinerie… pour qu’ils reviennent!

P.S : Pour les non-parisiens et les retardataires, la [PIAS] nites sera retransmise en direct sur Arte concert.