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Euthanasie : Les derniers mots de Laura

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Laura a vingt-quatre ans. Elle est en excellente santé, entourée d’amis, passionnée par l’art et spécialement par le théâtre qu’elle a pratiqué. Mais elle estime que « vivre n’est pas son truc », selon le quotidien belge De Morgen  qui l’a rencontrée. Enfant déjà, elle se demandait ce qu’elle faisait sur terre et rêvait de se tuer.

Certes, on peut attribuer ce désir de mort à une famille disloquée, à la violence d’un père alcoolique, à une scolarité difficile. Elle assure qu’il n’en est rien. Elle n’a tout simplement jamais voulu vivre. Quelques tentatives de suicide la conduiront, selon un parcours désormais classique, à l’hôpital psychiatrique. De quoi vous dégoûter encore plus de l’existence.

Avec une opiniâtreté qui force l’admiration, elle demande à être euthanasiée. Sa requête est acceptée. Soulagée, elle prépare dans son studio ses funérailles. « Je trouve très réconfortant d’y penser », confie-t-elle à un journaliste.

Certains, en Belgique, s’offusquent, critiquant un système absurde devenu fou. D’autres se félicitent de vivre dans un pays où l’autonomie du sujet et sa volonté de mourir sont respectés. Laura, elle, a enfin trouvé la paix. Quant à ce qui se passera après l’été, nul n’est en mesure de le dire. Mais on peut en être certain : ce sera le plus bel été de Laura. « Il faut chérir sa mort comme une ultime délivrance », seront sans doute ses derniers mots.

Faut-il sacraliser la mixité?

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Lundi, le journal Sud-Ouest a révélé qu’une épicerie musulmane du quartier Saint Michel, à Bordeaux, pratiquait la non-mixité, ouvrant ses portes exclusivement aux hommes en semaine et aux femmes le week-end. Depuis, la terre ne cesse de trembler dans tout l’Hexagone.

Et pour cause, cette affaire – qui n’est pas la première du genre – s’attaque à l’un des fondements idéologiques de notre époque moderne : la mixité.

Probablement hantés par les fantômes du passé et soucieux de ne pas donner de grain à moudre aux intégrismes religieux qui nous ont fait tant de mal, nous rejetons avec un automatisme forcené tout débat sur le sujet. A l’école, il faut mélanger garçons et filles. Et ce, malgré les études qui tendent à démontrer que les uns et les autres ne grandissent pas au même rythme, obéissent à des mécanismes différents et alors que le système scolaire actuel conduit le « sexe fort » à l’échec. Au travail, gare au sectarisme : il faut embaucher hommes et femmes en quantité égale et faire cohabiter tout ce beau monde dans le même espace. A la salle de sport, il faut suer de concert ; à la plage, se baigner entre mâles et femelles ; dans le métro, se frotter au sexe opposé. Et sous aucun prétexte remettre en cause la loi sacrée.

Pourtant, toutes les mixités ne se valent pas. Et il se pourrait même que le combat contre l’indifférenciation aveugle des sexes exige parfois le recours à la séparation hommes/femmes…

Hommes et femmes sont des animaux bien différents et toute fréquentation implique un rapport de séduction. Il ne s’agit pas là d’une légende urbaine mais bien d’un fait entériné par des études scientifiques. Or, dans la vie il y a un temps pour tout. La séduction ne peut être un état permanent que chez des individus qui souffrent d’un sévère dysfonctionnement, dont on peut tout de même leur souhaiter de guérir. Côtoyer le sexe opposé tout le temps, c’est subir une cohabitation sans repos avec une personne venue d’une autre planète. C’est s’adapter à un climat lointain et imposer à son cœur un rythme qui lui est étranger. C’est ne pas pouvoir travailler, soigner sa posture quand il faut accomplir la besogne, avoir à choisir entre son efficacité intellectuelle, son confort émotionnel ou un certain mystère nécessaire à la magie des rapports entre les sexes, quand nous avons besoin des deux. C’est marcher dans des chaussures chinoises et avoir sans cesse à pervertir sa nature comme on corrompt la pousse d’une plante.

Hommes et femmes ont parfois besoin de prendre congé l’un de l’autre et de se retrancher dans leurs pénates pour mieux se retrouver. Chez les tribus primitives, le cloisonnement est un réflexe. Dans certaines d’entre elles, les adolescents ont par exemple leur propre « maison » dès la puberté ; ils y grandissent et se découvrent à l’abri de leurs parents. De même, hommes et femmes ne vivent pas toujours ensemble en huis-clos. Et ce compartimentage offre un heureux paradoxe : le groupe n’en est que plus uni. Qui pourrait dire alors que ce cloisonnement altère la cohésion sociale et le sens du collectif quand ces tribus – pour lesquelles la notion d’individu est inconnue et le partage une valeur souveraine – la pratiquent quotidiennement et ne s’en portent pas plus mal ?

La séparation est un préalable nécessaire à la rencontre. Quand la présence de l’autre devient source d’agacement, la querelle guette et le plaisir de l’échange s’éteint. Les hommes et les femmes souffrent d’être tout le temps ensemble. Ils vont finir par se haïr et perdre l’attrait qu’ils exercent l’un sur l’autre à force de s’entendre respirer en toutes circonstances.

C’est sur ce terreau désespéré que fleurit l’intégrisme musulman qui propose, lui, une stricte séparation entre hommes et femmes, mais également des solutions aussi factices que séduisantes à bien d’autres ennuis de notre époque.

Aux inacceptables problèmes d’insécurité qui menacent les femmes et violent leurs libertés fondamentales, on répond par le voile. Ses partisanes se hâtent alors de le présenter comme un gage de leur libération du regard masculin, quand il n’est en réalité qu’un pansement posé sur une plaie qui ne devrait même pas avoir le droit d’exister.

Aux défaillances d’un marché du travail qui ne s’est pas adapté aux spécificités des femmes et qui les prie de bien vouloir ranger leur utérus, leurs hormones et leurs émotions au fond d’un tiroir, on oppose un simple retour au patriarcat, au couple traditionnel et au foyer.

A l’individualisme galopant qui charrie sur nos rivages contemporains la solitude et la misère affective –anciens qui finissent à la rue et jeunesse livrée à elle-même – on réplique par des structures strictes mais solidaires, et ô combien rassurantes.

Bien sûr, ces solutions sont de beaux mirages que les enfants de demain se hâteront de rejeter avec violence, dans un éternel détricotage que l’on nommera bêtement « conflit de générations ». Dans un va-et-vient semblable à nos alternances politiques, on tangue de gauche à droite, on déshabille Pierre pour habiller Paul, avant de déshabiller Paul pour rhabiller Pierre. On passe d’un ordre « progressiste » à un ordre « traditionnel », faute de trouver un ordre naturel capable de réconcilier tous les élans nécessaires à l’épanouissement humain.

Ainsi s’installe le dogme religieux, figé dans sa liqueur, mais diablement efficace quand il s’agit de panser les blessures d’une époque sans docteurs – pour en creuser d’autres que nous ne verrons que trop tard.C’est bien chez nous et dans les fondations de notre société que se trouve le germe de notre propre faillite.

Alors soyons audacieux : réapproprions-nous la non-mixité. Absurde dans une épicerie, elle peut se révéler utile et bienvenue dans d’autres contextes. Allons braconner sur le terrain de l’ennemi, qui ne peut pas avoir le monopole des valeurs éternelles. Concurrençons sans crainte ces intégrismes religieux, non dans leur violence, leur médiocrité, leur dogmatisme insensé ou leurs structures répressives, mais bien dans leur proposition idéologique, qui n’est souvent qu’un édifice fragile. Un coup de pied suffirait à le faire valdinguer et disparaître dans les oubliettes de l’Histoire. En somme, osons guérir de nos démons et proposer une société nouvelle… ou ces gens s’en chargeront à notre place.

*Image : Pixabay.

Le camouflet de la justice à Christiane Taubira

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C’est peut-être un détail pour vous, mais pour la démocratie ça veut dire beaucoup. Lundi 22 juin, la justice française a envoyé un camouflet historique à Mme Taubira, son ministre de tutelle. Celle-ci s’était crue autorisée à charger discrètement son propre mouvement politique, le parti guyanais Walwari, de poursuivre une ex future candidate FN qui l’avait comparée à un singe sur Facebook et devant une caméra d’Envoyé Spécial. Et ce, à 7000 kilomètres de chez elle. Dans le numéro de janvier de Causeur, nous évoquions une « Justice sur mesure pour Christiane Taubira ».

L’affaire s’était en effet soldée en juillet dernier par une condamnation ébouriffante d’Anne-Sophie Leclère à neuf mois de prison ferme et 50 000 euros d’amende. Un verdict proprement délirant, surtout à l’heure où la ministre s’apprêtait à légiférer contre l’application des peines de prison aux primo-délinquants. Mais Mme Taubira avait alors poussé le bouchon encore plus loin, en osant déclarer dans la foulée : « Les juges ne jugent pas selon leur fantaisie mais selon le code pénal. »

Bien entendu, la défense avait immédiatement fait appel de cette décision, dont le verdict exorbitant reposait sur une argumentation aussi carrée que la Terre est plate. Il y était question d’atteinte à « toutes les races », et du fait que le FN s’était rendu solidairement coupable de ce délit contre l’humanité « en ne s’assurant pas des opinions républicaines » de la dame, ou encore en adoptant un « programme visant à limiter l’immigration de façon drastique »… Bref, du droit pénal version Coluche, ou Cali.

Car il se trouve que la plainte, déposée à Cayenne avec l’accord signé de Mme Taubira, était tout simplement irrecevable. Ce que s’est contentée d’expliquer la Cour d’Appel, pourtant présidée par un membre éminent du très peu pluraliste Syndicat de la Magistrature. Comme quoi, on peut avoir des idées politiques proches de celles de son gouvernement, sans pour autant refuser de faire son travail lorsqu’un ministre se croit tout permis, même et surtout quand il s’agit du Garde des Sceaux.

La Cour relève d’abord, « à titre liminaire », que « Walwari n’a pas, comme elle l’indique, été déclarée à la Préfecture de Guyane le 30 novembre 1992 » mais le 10 janvier 1993. Mais il y a mieux : les statuts de l’association indiquent qu’elle a pour objet de « mettre en œuvre toutes opérations relevant de l’organisation de campagnes électorales de candidats désignés en assemblée générale ». Et certainement pas, comme le droit l’exige pour agir en justice dans une telle affaire, « de défendre la mémoire des esclaves et l’honneur de leurs descendants, de combattre le racisme ou d’assister les victimes de discrimination fondée sur leur origine nationale, ethnique, raciale ou religieuse ».

Même ses « projets de statuts révisés » en 2009 ne parlent que de « défendre la démocratie, la paix… de contribuer à développer la responsabilité et la dignité de l’homme ». Et dans le cas assez improbable où ce condensé de charabia bisounours aurait été susceptible d’autoriser un « mouvement politique » à poursuivre l’auteur d’odieux propos racistes, il aurait fallu qu’il soit adopté plus de 5 ans avant les faits, soit en octobre 2008. Caramba, encore raté !

Ainsi les magistrats ont-ils exécuté la décision de première instance, « sans qu’il soit nécessaire d’examiner les autres multiples exceptions de nullité ». Autrement dit, bien qu’un certain nombre d’autres aberrations juridiques entachent la condamnation abracadabrante d’Anne-Sophie Leclère, la Cour d’Appel a préféré considérer comme nulle la procédure dans son entier. Affaire classée. Du moins, si Walwari ne tente pas un pourvoi en Cassation, que le parti trouve un peu coûteux : 3500 euros.

En attendant, le mouvement fondé par Mme Taubira est condamné à régler les frais de procédure – 169 euros – et peut au moins se réjouir d’une chose : la Cour d’Appel a également jugé irrecevables les demandes d’Anne-Sophie Leclère et du FN, qui lui réclamaient respectivement 60 000 et 30 000 euros. Motif ? Une telle indemnité ne peut être imputée à la partie civile, à l’origine des poursuites, que sur réquisition du Ministère Public… Or le chef du Parquet est toujours et encore, envers et contre tout, une certaine Christiane Taubira.

Souverainisme, l’autre nom de la démocratie

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Je tiens à rassurer Benoît Rayski sur sa mémoire. C’est bien dans les colonnes de Causeur qu’il a lu que les Grecs Indépendants étaient souverainistes. C’était sous ma plume et je l’assume volontiers. J’ai croisé le chef de ce parti dans les travées du congrès de Debout la France, il y a quelques mois. Je tiens tout de même à rassurer tout le monde et à confirmer que ces gens sont effectivement « beaucoup moins nazis qu’Aube dorée ». A vrai dire, ils ne sont même pas nazis du tout. Mais peut-être est-ce moi qui perds le sens de la mesure ?

Ainsi donc le souverainisme serait « dans le vent ».  Tiens, donc ! On m’aurait menti ? Quand, dans un pays, 95% des journalistes votent oui à un référendum, au point que le directeur d’un journal agonit d’injures ses lecteurs coupables d’avoir mal voté, on a du mal à ressentir un véritable engouement pour le souverainisme. On me rétorquera que c’était il y a dix ans. C’est vrai. Depuis, on a fait une toute petite place à des journalistes pour qui la souveraineté n’est pas un gros mot : Eric Zemmour, notre patronne Elisabeth Levy ou encore Natacha Polony. Même si ces trois-là ont évidemment plus de talent que peuvent en avoir leurs contradicteurs, il faut reconnaître que cette escouade ne fait pas vraiment le poids face à l’armada d’en face.

Heureusement, « tout n’est pas à jeter ». On est rassuré. On n’aura pas à répondre que le souverainisme c’est comme le cochon, tout y est bon, pour rester dans le même registre. Ouf ! Je vais faire une confidence à Benoît Rayski. Avant 1992, je n’avais jamais eu l’idée d’être souverainiste. J’étais simplement gaulliste. Mais des élus ont souhaité confier à d’autres instances les missions qui étaient les leurs, battre monnaie notamment, ou contrôler les frontières, avec le succès que l’on connaît aujourd’hui dans les deux domaines. Pourquoi donc me suis-je opposé à ces décisions ? Par nostalgie des marches au pas de l’oie ? Aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est par goût de la démocratie. Je souhaitais simplement que les personnes pour qui je vote exercent effectivement le mandat que je leur ai confié. Tout cela, je l’ai appris d’un homme dont le père est tombé pour la souveraineté de la France, dans un village franc-comtois en 1944. Il s’appelait Philippe Séguin et j’ai beaucoup appris de lui. Son Discours pour la France, dont je conseille d’urgence le visionnage, m’a imprégné. Je n’ai pas attendu Marine Le Pen pour défendre la souveraineté de mon pays. Et je ne vois pas au nom de quelle escroquerie intellectuelle je devrais arrêter de le faire parce qu’elle s’y est mis plus tardivement. Ce qui est gênant, ce n’est pas de défendre la souveraineté comme le fait Madame Le Pen sur les plateaux de télé. Ce qui est gênant, c’est qu’on ne voie pratiquement plus qu’elle pour le faire.

Terminons par ce qui est le moins agréable. Ma capitale, c’est Auschwitz, donc je ne peux être souverainiste, nous explique Benoît Rayski. Quel rapport ? Hitler n’était pas souverainiste, il était impérialiste. Le Général de Gaulle et nos maquisards (dont une bonne part venait de l’Action française et du PCF, il est vrai. Il fallait savoir « batifoler » avec des gens « infréquentables ») défendaient la souveraineté de la France. Dans ces conditions, comment ne pas être scandalisé par cette antienne selon laquelle le souverainisme mènerait à la déportation des juifs alors que c’est exactement l’inverse ? Les Juifs qui ont créé ensuite la nation la plus souverainiste du monde, Israël. Imagine-t-on Israël confier sa monnaie à une instance supranationale ou déléguer la surveillance de ses frontières ? Poser la question, cher Benoît, c’est y répondre.

Le bruit de la douche

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Etats-Unis : le Sud agonise

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Le bruit et la fureur se sont emparés des Etats-Unis à la suite des attentats perpétrés à Charleston par un jeune suprématiste blanc. De nombreuses questions se sont posées auxquelles on tente de répondre à la même vitesse que celle des balles du tueur. Le mythe d’un Sud raciste, rétif à la modernité, profondément coupé de la moitié nord des Etats-Unis, a repris place dans le discours médiatique. En brandissant le drapeau confédéré, Dylan Roof a introduit les représentations de la guerre de sécession dans cet imaginaire d’un Sud « Dixieland » désespérément raciste et arriéré. Déjà, des voix s’élèvent pour interdire le drapeau de la Confédération.

Sans nier l’existence des phénomènes extrémistes, on peut néanmoins se poser la question de l’existence d’un espace culturel « sudiste » correspondant aux Etats américains qui ont fait sécession en 1861. Ce monde, que Faulkner pensait né d’un traumatisme lié à la guerre de Sécession, et qui sous-tendait le cliché d’un Sud raciste et dangereux pour les personnes de couleur, existe-t-il toujours ? Une étude italienne parue il y a un mois tente d’y répondre en s’intéressant à l’évolution des prénoms des nouveaux-nés aux Etats-Unis.

Cette analyse originale, produite par des physiciens italiens de l’université Sapienza, s’ajoute à une longue série d’études culturelles portant sur des données sociologiques triviales. Létude des races des chiens adoptés, le succès des chansons populaires, ou même, pour l’antiquité, les décorations des poteries archéologiques s’est montrée très utiles pour saisir les contours d’une culture et plus efficace que l’analyse des phénomènes « sérieux » comme la politique. Pour déterminer les contours d’une civilisation, d’un espace culturel homogène, ces phénomènes apparemment dérisoires sont, paraît-il, d’une certaine efficacité. Armés de cette méthodologie, nos physiciens se sont concentrés sur le choix des prénoms. Ce choix étant très intime, ils l’ont jugé moins soumis aux effets de mode et plus stable dans le temps. Leur idée n’est pas de suivre des prénoms précis – compter les Scarlett d’un côté, les Meg et Jo de l’autres – mais de mesurer, état par état, quels sont les prénoms les plus fréquemment attribués aux filles et aux garçons. Même si les noms à la mode changent, ils ne changent pas partout de la même façon et au même rythme.

Jusqu’aux années 1960, la récurrence des prénoms dessinait un véritable clivage entre le Nord et le Sud, une véritable frontière statistique entre deux moitiés d’un pays qui s’étaient fait la guerre. À partir des années 1970, cette frontière invisible s’est effritée. Avec deux blocs côtiers, et au milieu un bloc « Midwest ». Quand on y regarde de plus près, on voit le Texas et la Floride « dériver » hors de l’ancienne « Dixie » pour rejoindre les blocs des deux côtes, la Géorgie et la Virginie suivant doucement le mouvement.

Si les chercheurs se refusent à interpréter leurs données, on ne peut s’empêcher de reconnaître les phénomènes décrits en 1970 par Alvin Toffler dans son Choc du futur, notamment un brassage de population et un effacement des passés. Le Texas, avec son pétrole et son économie florissante, et la Floride, avec ses immigrés hispaniques et ses retraités, illustrent la métamorphose profonde de certains territoires. Ainsi, le Sud, autrefois porteur d’une culture homogène, est en pleine implosion.

Ni la guerre de sécession, ni les deux guerres mondiales n’ont pu réaliser en un siècle ce que les révolutions consumériste, individualiste, sexuelle et médiatique conjuguées ont accompli en à peine deux décennies. Comment donc expliquer cette irruption de violence et surtout l’imaginaire qui lui sert d’arrière-plan ? L’invocation d’un imaginaire sudiste digne d’Autant en emporte le vent par l’auteur des attentats serait un appel vain à une culture en perdition. Quant à la violence elle-même, il faut rappeler que les tueries de masse sont récurrentes et probablement liées à d’autres pathologies profondes de la société américaine. Si Columbine n’est pas Charleston, ces deux tueries ont provoqué un nombre de morts très voisin…

*Photo : WikiCommons

Le choc du futur

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Contre le souverainisme

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Je lis je ne sais plus où, sur Causeur ou ailleurs, que les Grecs Indépendants, les alliés de Tsipras, sont « souverainistes ». Un mot cache-sexe qui recouvre tout et n’importe quoi, le meilleur et le pire. A y regarder de plus près, les Grecs Indépendants, c’est simplement un parti d’extrême droite, xénophobe et anti-immigrés. Mais concédons-leur qu’ils sont quand même beaucoup moins nazis qu’Aube Dorée. En tout cas en Grèce, c’est la dette qui est souveraine…

Le mot « souverainiste » est dans le vent tout comme le souverainisme. Il a les vertus d’un onguent miraculeux qui guérit les pires des maladies et, à coup sûr, les dissimule à merveille. Il est sexy. Souverainiste, cela fait fier et viril, comparé aux couilles molles de Bruxelles. Qui n’est pas souverainiste se voit aussitôt rangé dans la catégorie des dinosaures reconstitués au musée d’Histoire naturelle.

Un souverainiste ça peut être un Jean-Pierre Chevènement dont je n’oublie pas – car c’est à son honneur – qu’il fut l’un des fondateurs du CERES, un corps d’élite du PS vraiment ancré à gauche (les « frondeurs » à côté c’est pff…) que Mitterrand utilisa pour faire la peau à Rocard. Une souverainiste cela peut être aussi, hélas, Marine Le Pen qui aime Syriza et les Grecs Indépendants. Ça peut être, selon ses jours et ses humeurs, Emmanuel Todd. Et, comme lui par intermittence, un Michel Onfray. Tout n’est pas à jeter.

Mais le souverain des souverainistes s’appelle Vladimir Poutine. Il a prouvé son patriotisme et son rejet farouche de l’Europe de Bruxelles en rattachant la Crimée à la mère patrie et en mettant une partie de l’Ukraine sous tutelle russe.

Les souverainistes sont partout. À l’est, à l’ouest, au nord, au sud. Au Danemark, ils sont devenus le premier parti du pays. Ils ont en effet tout pour plaire : nationalistes d’extrême droite et xénophobes. Dans les autres pays scandinaves, leurs cousins progressent. Et en Flandre, le Vlaams Blok, identitaire et xénophobe, tient toujours la corde.

Du côté d’une certaine gauche et à l’extrême gauche, on s’arrange comme on peut avec ces compagnons de route plus bruns que rouges. Et dans ce but, on fait preuve d’une remarquable agilité langagière. Non, ils ne sont pas fascistes, xénophobes ou racistes : ils sont souverainistes ! Autant considérer – je sais, je force beaucoup le trait – Hitler, qui était socialiste (national) et qui voulait faire l’Europe de l’Atlantique à l’Oural, comme un précurseur de Jacques Delors.

Tout cela me rend mélancolique. On va encore me traiter d' »européiste » alors que je n’ai qu’une capitale. Pas Bruxelles : Auschwitz. J’aimerais pourtant être souverainiste pour pouvoir batifoler avec les autres dans le bac à sable. Mais on ne se refait pas. Ma mère m’a toujours interdit de jouer avec n’importe qui. Pourtant je suis sûr que si elle vivait encore, elle cesserait d’être précautionneuse, me dirait de ne pas rester seul et d’aller faire mumuse avec les souverainistes tellement vivants et combattifs. J’en suis là. Boouuhh !

*Photo : wikicommons.

L’antiracisme, idéologie d’Etat

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La cause est entendue. Le procès de l’antiracisme a été fait et refait. On a maintes fois démontré ses effets corrosifs sur le débat public, sur lequel il fait planer une logique du soupçon. On sait aussi comment il a permis de recycler, en lui donnant un autre nom, un antifascisme devenu anachronique. On connaît ses têtes de Turc, de Paul Yonnet à Pierre-André Taguieff en passant par Alain Finkielkraut et bien d’autres. Il suffit d’observer, serait-ce pour le déplorer, que le vivre-ensemble multiculturel ne marche pas, pour être frappé de mauvaise réputation. On pourrait croire que le réel a offert une amère victoire aux sceptiques de la diversité, aux malheureux de l’identité. On se tromperait. L’antiracisme aurait dû être mis en déroute par les faits, il a gagné dans les têtes. Il est au pouvoir dans la plupart des États occidentaux.

D’un pays à l’autre, quelques rapports commandés à d’éminentes personnalités établissent les lignes de force et jalonnent les progrès de cet antiracisme d’État. Dès 2000, en Grande-Bretagne, le rapport Parekh fournissait un mode d’emploi pour la reconstruction multiculturaliste de l’État. Au Canada, depuis 2008, c’est le rapport Bouchard-Taylor, réalisé à la suite de la crise des accommodements raisonnables au Québec, qui inspire la doctrine officielle. On y trouve une définition assez complète du multiculturalisme comme doctrine appliquée qui conjugue trois éléments : un récit historique de l’avènement de la diversité, une sociologie des discriminations et des rapports entre majorité et minorités, et une série de politiques publiques visant à parachever la mutation diversitaire de la démocratie.[access capability= »lire_inedits »] En France, le rapport Tuot, remis en 2013 à Jean-Marc Ayrault, préconisait plutôt une mise à jour multiculturaliste du socialisme français. Mais, sur le fond, il était de la même eau que le précédent québécois.

Même diagnostic, même remède : dans des sociétés désormais structurées par la diversité, la seule solution politique, c’est le multiculturalisme, qui doit convertir les peuples aux joies du mélange. Et, pour y parvenir, il doit terrasser l’ennemi toujours prompt à relever la tête : le racisme. Reste encore à comprendre ce que l’antiracisme nomme racisme. Or, loin d’en fournir la définition précise qui serait nécessaire, l’antiracisme englobe le racisme dans le vaste ensemble des discriminations engendrées par différents systèmes d’exclusion – comme le sexisme ou, selon la nouvelle obsession du jour, l’hétéro-sexisme. La lutte contre les discriminations, objectif décrété incontestable, est donc devenue, avec le concours notable des médias, l’une des grandes tâches de notre temps.

Le multiculturalisme d’État repose donc sur un récit fondateur : celui des crimes de l’Occident, qui obtiendra sa rédemption par la reconnaissance de la diversité, laquelle se constitue – voire s’institue – en dynamitant les systèmes discriminatoires qui niaient son existence même. Il s’agit dès lors de faire voler en éclats le roman national en montrant que les institutions auxquelles nous accordions traditionnellement notre confiance étaient les instruments d’insupportables rapports de domination. C’est ainsi que, dans de nombreux pays, l’école a été sommée d’enseigner une histoire pénitentielle appelant les populations autochtones à faire repentance.

On l’aura compris, le racisme tel que le voient et le combattent les antiracistes n’est pas seulement une opinion sotte qu’il faudrait discréditer ou une doctrine terrifiante qu’il faudrait combattre. Il n’est pas un phénomène individuel, mais une structure sociale. Étienne Balibar, une figure majeure la sociologie antiraciste, soutient même qu’il est le principe à partir duquel s’est constitué l’État-nation occidental. D’où l’invention paradoxale d’une société jugée raciste sans qu’il soit nécessaire d’y trouver des racistes concrets et où on peut, en conséquence, pratiquer l’antiracisme à plein temps sans encourir le moindre risque.

Grâce à cette trouvaille théorique et politique, la sociologie antidiscriminatoire s’est imposée au fil des ans comme une sociologie d’État. Autrement dit, elle constitue la principale grille de lecture des rapports sociaux sur laquelle se fondent les politiques publiques. C’est à partir d’elle que l’appareil administratif prétend saisir le réel pour mieux le transformer. Pour cette école de pensée, toute forme d’inégalité sociale, culturelle ou économique est le produit d’un système discriminatoire dont la moindre disparité statistique entre communautés vient confirmer l’existence. D’ailleurs, une fois installée l’idée que la discrimination est systémique, ces communautés sont invitées à s’emparer du concept pour analyser et améliorer leur situation. C’est ainsi qu’à intervalles réguliers les apparatchiks de l’antiracisme gouvernemental se désolent du faible nombre de plaintes pour discriminations recueillies par les agences créées pour orchestrer la lutte contre ces odieuses survivances de l’ordre ancien. On excite ainsi le sentiment d’injustice, on flatte le sentiment victimaire des mécontents. L’État multiculturel juge de sa réussite à l’aune des dénonciations récoltées par ses agents, supposées prouver à la fois que les injustices sont une réalité et que la dynamique qui aboutira à les corriger est enclenchée par la revendication d’égalité portée par les minorités. Dans ces conditions, il n’est guère étonnant que les groupes se découvrant victimes d’un système discriminatoire se soient multipliés avec le temps.

Les rapports sociaux sont analysés à la lumière du binôme conceptuel majorité-minorités – la première ayant structurellement tendance à tyranniser les secondes. Étant entendu que la majorité, culturelle ou sexuelle, a imposé ses propres références à l’ensemble de la société, il convient de la dépouiller promptement de ces privilèges honteux. Les esprits les moins subtils appelleront au renversement de l’homme blanc hétérosexuel… et mort (DWEM, dead white european male), sans trop chercher à cacher qu’ils entendent prendre leur revanche sur l’histoire et substituer une oppression à une autre. Mais, pour toute la sociologie antidiscriminatoire et pour ses porte-parole médiatiques, il s’agit de découpler la citoyenneté de l’identité nationale, et de toute forme d’héritage culturel particulier. Il faut en être conscient : la politique multiculturelle ne vise rien de moins que la neutralisation, puis le démantèlement et le renversement des privilèges majoritaires. En clair, pour réaliser la démocratie, elle sape l’un des piliers de la démocratie. Ainsi, si certains groupes immigrés peinent à trouver leur place dans la société d’accueil, ce n’est pas parce qu’ils rechignent à s’en approprier les mœurs, mais parce que ces mœurs, bien trop pesantes, sont attentatoires à la diversité.

On doit donc tout faire pour à arracher la société à sa culture, en instaurant notamment une distinction radicale entre le droit et les mœurs. Les institutions publiques – et, dans la foulée, les organismes privés – sont sommées de traquer et d’éradiquer en leur sein toute trace d’identité culturelle – ou, pour être plus précis, de l’identité culturelle majoritaire. La nation d’accueil est, au mieux, une communauté parmi d’autres, à ceci près qu’elle est coupable. En somme, l’antiracisme relooké en lutte contre les discriminations veut contraindre les sociétés occidentales à remettre à zéro le compteur de l’Histoire.

La volonté, manifestée de façon récurrente, de déchristianiser le calendrier et les fêtes qui le ponctuent s’inscrit clairement dans cette dénationalisation de l’identité collective. En revanche, puisqu’il faut marquer le plus clairement possible la présence de l’Autre dans l’espace public, on offre une reconnaissance maximale à ses symboles identitaires. Dans l’espace public, délivré de l’emprise majoritaire, toute hiérarchie entre les cultures est bannie – quoique, dans les faits, cette neutralité fantasmée se traduise souvent par une simple inversion des vieilles hiérarchies, l’identité « étrangère » étant tenue comme meilleure par essence.

C’est ainsi que la société devient véritablement « inclusive », conformément aux réquisitions du rapport Tuot qui suggère que, pour avancer vers cet horizon, la France doit s’ouvrir pleinement à sa composante arabo-musulmane issue de l’immigration. On se rappelle aussi Martin Hirsch qui soutenait que l’intégration serait une réussite quand un grand nombre de catholiques nommeraient leurs enfants Mohamed. Cette proposition pour le moins caricaturale n’en est pas moins exemplaire de l’inversion du devoir d’intégration qui caractérise le multiculturalisme d’État : ce n’est pas à l’immigré de s’acculturer et de s’intégrer à son pays d’accueil, c’est à celui-ci de transformer radicalement ses institutions et sa culture pour accommoder la diversité.

L’antiracisme a donc été l’arme idéologique qui a permis aux élites gouvernantes de faire avancer subrepticement en France et de déployer triomphalement au Canada le multiculturalisme politique. Dopée par l’argent et le discours publics, la lutte contre les discriminations est convoquée comme preuve de l’existence de l’ordre raciste qu’elle combat. Dans cette logique absurde, l’antiracisme a besoin de racisme. Et plus encore de racistes. L’ennemi qu’il faut dénoncer et punir doit avoir un nom et un visage.

Heureusement, de vrais racistes qui s’assument comme tels, on n’en trouve pas tant dans l’Occident du « plus jamais ça ». De toute façon, le raciste à visage découvert n’intéresse pas la sociologie antiraciste, ce qu’elle aime, c’est faire tomber les masques. Elle s’est donné pour mission de mettre à nu la structure raciste des grands principes de la modernité politique et, plus encore, de désigner les nouveaux ennemis de l’humanité.

Dans le champ des idées, l’ennemi prend deux formes : le racisme universaliste et le racisme différentialiste. Le premier, au nom d’une conception abstraite de l’égalité, interdit toute politique de réparations visant à corriger les inégalités structurelles entre les communautés. Le libéralisme comme le républicanisme ne sont que les prête-noms des privilèges du majoritaire. En refusant de reconnaître la situation discriminatoire des minorités, en les condamnant à l’invisibilité, les défenseurs de l’universalisme ne cherchent qu’à reconduire leurs positions dominantes, peut-être sans le savoir. Pour les apôtres de la diversité, il n’y a pas de méritocratie possible dans une société structurée par une culture majoritaire. La discrimination positive est la réponse au blocage systémique dont seraient victimes les minorités. Elle a donc une fonction majeure qui consiste à dévoiler le mensonge de l’égalité républicaine.

Le racisme différentialiste, quant à lui, est soupçonné d’essentialiser les identités. Celui qui ose envisager que toutes les cultures ne soient pas compatibles entre elles est accusé de rompre l’unité fondamentale du genre humain, comme s’il naturalisait les cultures, à la manière de races dont on n’oserait plus dire le nom. C’est le grand paradoxe de l’antiracisme, qui invite à la reconnaissance de l’Autre mais vide son identité de tout contenu. Cette façon de penser interdit toute réflexion sur les conséquences de l’immigration massive et, aujourd’hui, toute réflexion portant sur la difficile intégration de l’islam dans les pays occidentaux.

Dès lors qu’il est interdit de poser la question des différences culturelles collectivement acceptables, seul le refus de l’Autre exprimé par des sociétés occidentales ethnocentrées explique les difficultés de la cohabitation. L’aboutissement logique de la sociologie antidiscriminatoire, c’est que l’existence même de frontières séparant des groupes humains différents, porteurs d’héritages et de mœurs différents, est illégitime. Dans un futur radieux, il  n’y aura plus de différence entre le citoyen et l’étranger – et l’identité culturelle sera complètement privatisée.

Bien entendu, ne pas adhérer bruyamment à la sociologie antidiscriminatoire vous fait vite passer pour un collabo inconscient de l’ordre raciste. Finkielkraut disait que l’antiracisme est le communisme du xxie siècle. La formule est juste. Il y a au cœur de l’antiracisme une prétention totalitaire, pour peu qu’on ne réserve pas ce mot au vingtième siècle et qu’on le définisse par la prétention à une reconstruction intégrale de la société à partir d’une idéologie devant absorber tout le réel, de sorte qu’aucune relation sociale ne se dérobe aux prescriptions du pouvoir. Naturellement, plus le réel résiste à sa conversion idéologique, plus l’idéologie se radicalise et plus le contrôle social s’intensifie. Partout, ce ne sont que lois, tribunaux, sanctions, appels à punir la plus infime déviance verbale : ce n’est plus la pratique de la discrimination que l’on traque, mais sa supposée apologie, même indirecte (ainsi, un admirateur de Napoléon est-il désigné comme défenseur de l’esclavage). L’antiracisme pousse à la criminalisation du désaccord.

L’antiracisme est révolutionnaire et fabrique par effet de contraste des contre-révolutionnaires qu’il peut exclure de l’humanité. Mais le travail est sans fin, puisqu’il y aura toujours, en dernière instance, des hommes et des femmes qui se cabreront contre cette déconstruction de leur mode de vie et de ce qu’ils croient être leur culture – donc toujours des fascistes à fustiger. La lutte finale, encore une fois, se réalisera dans la révolution permanente. Avec cette singularité, toutefois, qu’aujourd’hui elle se déploie grâce à l’État. Et qu’elle s’accomplit au nom de la démocratie.[/access]

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*Photo : SEVGI/SIPA. 00619973_000001.

Grosse fatigue de Laurent Fabius

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Notre ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, avait l’air las et désabusé, dans les salons de l’hôtel King David de Jérusalem, où il faisait, dimanche 21 juin devant quelques journalistes, le bilan de son rapide périple proche-oriental. Le Caire, Amman, Ramallah, Jérusalem, trente-six heures pour  débloquer un processus de paix israélo-palestinien en état de mort cérébrale. Il venait de subir une sérieuse rebuffade de Benyamin Netanyahou, qui lui a signifié sans détour qu’Israël ne se laisserait jamais imposer « un diktat », à savoir la création et la reconnaissance, par les instances internationales, d’un Etat palestinien sans l’aval préalable des Hébreux. De manière moins brutale, mais tout aussi ferme, ses interlocuteurs égyptiens, jordaniens et palestiniens lui ont signifié que les efforts de la France étaient, certes, méritoires et généreux, mais que la situation générale (chaos en Syrie, menaces de déstabilisation de la Jordanie par Daech, état de guerre dans le Sinaï, fragilité du pouvoir à Ramallah) n’était pas favorable à une avancée rapide et décisive sur le dossier israélo-palestinien.

« La France n’a pas vocation à jouer les Don Quichotte » a constaté Laurent Fabius pour expliquer son rétropédalage concernant l’élaboration, sous direction française, d’une résolution du Conseil de sécurité enjoignant les deux parties à retourner à la table de négociation, avec obligation d’aboutir dans un délai de 18 à 24 mois. Il fallait, pour que la manœuvre ait quelque chance de succès, que la rédaction de cette résolution soit calibrée de telle sorte qu’elle permette aux Etats-Unis de ne pas y opposer leur veto. Notamment avec la mention du « caractère juif » de l’Etat d’Israël, à laquelle les Palestiniens s’opposent radicalement. On nourrissait, au Quai d’Orsay et au sein de la délégation française aux Nations-Unies, dirigée par l’excellent François Delattre, l’espoir que Barack Obama, exaspéré par le comportement de Netanyahou, et désireux de quitter la Maison Blanche sur un succès diplomatique, favoriserait cette initiative. Mais, outre qu’il n’est jamais agréable de voir un partenaire réussir là où vous avez échoué, l’état des relations entre Paris et Washington est loin de favoriser la fraternelle complicité qu’une telle manœuvre diplomatique exige. Face au chaos moyen-oriental, la France et les Etats Unis sont sur des lignes divergentes : Barack Obama a comme priorité la réintégration de l’Iran dans le jeu régional après un accord sur le nucléaire, tandis que François Hollande a ouvertement choisi le soutien sans restriction aux puissances sunnites (Egypte, Arabie Saoudite, Qatar) dans leur affrontement avec Téhéran. On ne peut pas, en même temps, mettre des bâtons dans les roues des négociations américano-iraniennes (avec d’excellentes raisons, d’ailleurs), et solliciter de Washington un appui total pour exercer une pression maximale sur Israël…

Il semblerait, de surcroît, que Laurent Fabius ait fini par comprendre que du côté palestinien, en tout cas pour Mahmoud Abbas et son clan au pouvoir à Ramallah, il n’y avait aucune urgence à obtenir dans un avenir proche, le retrait des forces israéliennes des territoires de Cisjordanie qu’elles contrôlent. On a assez peu noté, chez nous, l’apparente contradiction entre les diatribes enflammées de l’Autorité palestinienne visant à criminaliser l’Etat juif dans toutes les enceintes où il en a la possibilité (Conseil des droits de l’homme de l’ONU, Tribunal de La Haye, Unesco) et la poursuite imperturbable de la coopération sécuritaire entre Israël et l’Autorité palestinienne. Celle-ci fonctionne sur le mode du gagnant-gagnant : Israël tarit, à la source, le terrorisme organisé – il n’y a plus eu d’opérations meurtrières complexes en Israël depuis la fin de la Seconde Intifada – et l’Autorité palestinienne bénéficie de l’expertise israélienne en matière de renseignement pour réprimer ses ennemis intérieurs : le Hamas et  les jihadistes de toutes obédiences. D’autre part, le blocus de Gaza par les Egyptiens, depuis l’accession au pouvoir du maréchal Sissi, est autrement plus rigoureux et brutal que celui appliqué par Israël : Sissi soupçonne le Hamas, branche palestinienne des Frères musulmans, d’aider les rebelles du Sinaï. On en est arrivé au point où, asphyxié, le Hamas négocie avec Israël une trêve de longue durée en échange de la construction d’un port flottant à Gaza, une offre qu’Israël considère avec intérêt : si le Hamas s’écroule, les successeurs ne pourraient être que pires, estime-t-on dans l’état-major de Tsahal. Le roi de Jordanie craint pour sa part que le statu quo à sa frontière occidentale, le Jourdain et la vallée d’Arava, fondé sur un solide accord sécuritaire avec Israël, soit mis à mal par une possible déstabilisation de la Cisjordanie, alors que la situation au nord et à l’est du royaume hachémite est explosive.

Vu des Territoires palestiniens, au niveau du petit peuple, celui qui tente de survivre tant bien que mal en dépit de la corruption des dirigeants, les sentiments sont mitigés : on n’oublie pas l’injustice historique dont on estime avoir été victime, on peste contre l’occupation, l’érection de la barrière de sécurité, les check-points,  mais un rapide coup d’œil par-delà les frontières proches montre que son sort est, après tout, plus enviable que celui de ses frères syriens, irakiens et même libanais… On vit peut être moins bien que les ennemis sionistes, mais beaucoup mieux, et surtout avec moins de risque de mort violente, que les frères arabes de la région.
Cette réalité du terrain est de nature à mettre à bas les plus belles constructions intellectuelles élaborées dans les chancelleries : on ne fait pas boire des ânes qui n’ont pas soif.

Finalement la chevauchée donquichottesque de Fabius n’aura peut-être qu’un usage interne. Faute d’accord, la France devrait procéder, l’an prochain à la reconnaissance de l’Etat palestinien, une initiative sans conséquence sur l’évolution du conflit, mais que l’on suppose payante pour attirer le vote des musulmans de France vers le président sortant en 2017. Tout ça pour ça?

*Photo:THOMAS COEX/AP/SIPA. AP21753497_000003.

La Maison Blanche assure ne pas espionner François Hollande

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(Avec AFP) – C’en serait presque vexant. Alors que Wikileaks fait état d’écoutes prolongées des trois derniers présidents français, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande, au moins entre 2006 et 2012, la Maison Blanche a nié espionner l’actuel chef de l’Etat. « De manière générale, nous ne menons pas d’opérations de surveillance à l’étranger sauf s’il existe un objectif de sécurité nationale spécifique et validé », soutient la présidence américaine, précisant que « cela s’applique aux citoyens ordinaires comme aux dirigeants mondiaux ».

Pour toute réponse, François Hollande a décidé de réunir ce matin un « Conseil de défense » pour « évaluer la nature » de ces informations. Le fondateur de Wikileaks Julian Assange ayant annoncé que d’autres révélations viendraient prochainement, on peut craindre le pire.

Il n’est pas exclu que l’administration américaine ait voulu déjouer les plans diplomatiques de Chirac et Sarkozy, pourtant très atlantistes[1. Hormis en 2003, lors du déclenchement de la guerre en Irak, dont on observe aujourd’hui les brillants résultats.], qui se distinguaient de Washington sur des sujets comme la Russie ou la Syrie. Mais puisque depuis mai 2012, le gouvernement « socialiste » se veut plus atlantiste que le roi Obama, et fonce toujours plus avant dans la signature du TAFTA et les sanctions à l’encontre de la Russie, le bureau ovale n’a plus rien à espionner. Gênés aux entournures, nos complotistes de gouvernants qui voient en l’Etat islamique une création de Bachar Al-Assad pourraient s’en sortir par une nouvelle pirouette :  bon sang mais c’est bien sûr, toute cette histoire de mouchards n’est qu’un énième coup de Moscou!

Espagne : un bébé fait le printemps

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Depuis le début de l’année 2015, les chiffres nous annoncent une sortie de crise pour l’Espagne. C’est d’abord la croissance du PIB qu’on a annoncée en hausse de 0.9% au premier trimestre 2015. C’est ensuite le taux de chômage qui diminue mois après mois. Aujourd’hui, un nouveau chiffre, publié par l’Institut National de Statistiques (INE), laisse apparaître une autre dimension du changement, un  nouveau motif de satisfaction pour les Espagnols : après six années de chute libre, le taux de natalité a connu une légère augmentation en 2014.

Depuis 2008, la baisse du taux de natalité était l’un des plus forts marqueurs de la récession économique et sociale que vivait l’Espagne. Entre le début de la crise et 2013, le nombre de naissances a ainsi baissé de 520 000 à 425 715, une chute de 18%.

L’INE annonce aujourd’hui que 588 naissances supplémentaires ont été enregistrées en 2014, une augmentation de +0,1% par rapport à 2013. Et ce, malgré le fléchissement du nombre de femmes en âge de procréer (10,98 millions en 2014 contre 11,20 en 2013) et la baisse de la proportion d’enfants nés de femmes étrangères (17,8% contre 18,6 en 2013). Or, depuis 2002, c’étaient les femmes étrangères qui soutenaient la natalité espagnole. Le nombre d’enfants nés des mères non espagnoles était passé de 12,2% en 2002 à 18,6% en 2013.

Les progrès réels du taux de fécondité (de 1,27 à 1,32 enfant par femme), laissent présager de la durabilité de l’augmentation des naissances. Si la décrue – encore légère – du chômage et le retour de la croissance ne disent pas grand-chose de l’état d’esprit des Espagnols, la hausse de la natalité éclaire en revanche le ressenti de la population. Cette évolution démographique pourrait signifier que les bons résultats économiques ont amélioré le moral des ménages. Il est difficile d’en dire plus, faute de données plus précises par région et catégories socio-économiques. Faut-il en créditer le Premier ministre Rajoy pour avoir tenu bon face à ses opposants ou bien Podemos qui donne enfin de l’espoir  à un peuple en crise ?

Que ce soit pour des raisons économiques, politiques ou tout simplement mécaniques, une chose est sûre : nos voisins ibériques affichent une certaine confiance dans l’avenir. Sans pour autant être exagérément optimistes : de l’autre côté de la Bidassoa, on n’est pas du genre à construire des châteaux… en Espagne.

*Photo : wikicommons.

Euthanasie : Les derniers mots de Laura

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Laura a vingt-quatre ans. Elle est en excellente santé, entourée d’amis, passionnée par l’art et spécialement par le théâtre qu’elle a pratiqué. Mais elle estime que « vivre n’est pas son truc », selon le quotidien belge De Morgen  qui l’a rencontrée. Enfant déjà, elle se demandait ce qu’elle faisait sur terre et rêvait de se tuer.

Certes, on peut attribuer ce désir de mort à une famille disloquée, à la violence d’un père alcoolique, à une scolarité difficile. Elle assure qu’il n’en est rien. Elle n’a tout simplement jamais voulu vivre. Quelques tentatives de suicide la conduiront, selon un parcours désormais classique, à l’hôpital psychiatrique. De quoi vous dégoûter encore plus de l’existence.

Avec une opiniâtreté qui force l’admiration, elle demande à être euthanasiée. Sa requête est acceptée. Soulagée, elle prépare dans son studio ses funérailles. « Je trouve très réconfortant d’y penser », confie-t-elle à un journaliste.

Certains, en Belgique, s’offusquent, critiquant un système absurde devenu fou. D’autres se félicitent de vivre dans un pays où l’autonomie du sujet et sa volonté de mourir sont respectés. Laura, elle, a enfin trouvé la paix. Quant à ce qui se passera après l’été, nul n’est en mesure de le dire. Mais on peut en être certain : ce sera le plus bel été de Laura. « Il faut chérir sa mort comme une ultime délivrance », seront sans doute ses derniers mots.

Faut-il sacraliser la mixité?

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mixite homme femme islam

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Lundi, le journal Sud-Ouest a révélé qu’une épicerie musulmane du quartier Saint Michel, à Bordeaux, pratiquait la non-mixité, ouvrant ses portes exclusivement aux hommes en semaine et aux femmes le week-end. Depuis, la terre ne cesse de trembler dans tout l’Hexagone.

Et pour cause, cette affaire – qui n’est pas la première du genre – s’attaque à l’un des fondements idéologiques de notre époque moderne : la mixité.

Probablement hantés par les fantômes du passé et soucieux de ne pas donner de grain à moudre aux intégrismes religieux qui nous ont fait tant de mal, nous rejetons avec un automatisme forcené tout débat sur le sujet. A l’école, il faut mélanger garçons et filles. Et ce, malgré les études qui tendent à démontrer que les uns et les autres ne grandissent pas au même rythme, obéissent à des mécanismes différents et alors que le système scolaire actuel conduit le « sexe fort » à l’échec. Au travail, gare au sectarisme : il faut embaucher hommes et femmes en quantité égale et faire cohabiter tout ce beau monde dans le même espace. A la salle de sport, il faut suer de concert ; à la plage, se baigner entre mâles et femelles ; dans le métro, se frotter au sexe opposé. Et sous aucun prétexte remettre en cause la loi sacrée.

Pourtant, toutes les mixités ne se valent pas. Et il se pourrait même que le combat contre l’indifférenciation aveugle des sexes exige parfois le recours à la séparation hommes/femmes…

Hommes et femmes sont des animaux bien différents et toute fréquentation implique un rapport de séduction. Il ne s’agit pas là d’une légende urbaine mais bien d’un fait entériné par des études scientifiques. Or, dans la vie il y a un temps pour tout. La séduction ne peut être un état permanent que chez des individus qui souffrent d’un sévère dysfonctionnement, dont on peut tout de même leur souhaiter de guérir. Côtoyer le sexe opposé tout le temps, c’est subir une cohabitation sans repos avec une personne venue d’une autre planète. C’est s’adapter à un climat lointain et imposer à son cœur un rythme qui lui est étranger. C’est ne pas pouvoir travailler, soigner sa posture quand il faut accomplir la besogne, avoir à choisir entre son efficacité intellectuelle, son confort émotionnel ou un certain mystère nécessaire à la magie des rapports entre les sexes, quand nous avons besoin des deux. C’est marcher dans des chaussures chinoises et avoir sans cesse à pervertir sa nature comme on corrompt la pousse d’une plante.

Hommes et femmes ont parfois besoin de prendre congé l’un de l’autre et de se retrancher dans leurs pénates pour mieux se retrouver. Chez les tribus primitives, le cloisonnement est un réflexe. Dans certaines d’entre elles, les adolescents ont par exemple leur propre « maison » dès la puberté ; ils y grandissent et se découvrent à l’abri de leurs parents. De même, hommes et femmes ne vivent pas toujours ensemble en huis-clos. Et ce compartimentage offre un heureux paradoxe : le groupe n’en est que plus uni. Qui pourrait dire alors que ce cloisonnement altère la cohésion sociale et le sens du collectif quand ces tribus – pour lesquelles la notion d’individu est inconnue et le partage une valeur souveraine – la pratiquent quotidiennement et ne s’en portent pas plus mal ?

La séparation est un préalable nécessaire à la rencontre. Quand la présence de l’autre devient source d’agacement, la querelle guette et le plaisir de l’échange s’éteint. Les hommes et les femmes souffrent d’être tout le temps ensemble. Ils vont finir par se haïr et perdre l’attrait qu’ils exercent l’un sur l’autre à force de s’entendre respirer en toutes circonstances.

C’est sur ce terreau désespéré que fleurit l’intégrisme musulman qui propose, lui, une stricte séparation entre hommes et femmes, mais également des solutions aussi factices que séduisantes à bien d’autres ennuis de notre époque.

Aux inacceptables problèmes d’insécurité qui menacent les femmes et violent leurs libertés fondamentales, on répond par le voile. Ses partisanes se hâtent alors de le présenter comme un gage de leur libération du regard masculin, quand il n’est en réalité qu’un pansement posé sur une plaie qui ne devrait même pas avoir le droit d’exister.

Aux défaillances d’un marché du travail qui ne s’est pas adapté aux spécificités des femmes et qui les prie de bien vouloir ranger leur utérus, leurs hormones et leurs émotions au fond d’un tiroir, on oppose un simple retour au patriarcat, au couple traditionnel et au foyer.

A l’individualisme galopant qui charrie sur nos rivages contemporains la solitude et la misère affective –anciens qui finissent à la rue et jeunesse livrée à elle-même – on réplique par des structures strictes mais solidaires, et ô combien rassurantes.

Bien sûr, ces solutions sont de beaux mirages que les enfants de demain se hâteront de rejeter avec violence, dans un éternel détricotage que l’on nommera bêtement « conflit de générations ». Dans un va-et-vient semblable à nos alternances politiques, on tangue de gauche à droite, on déshabille Pierre pour habiller Paul, avant de déshabiller Paul pour rhabiller Pierre. On passe d’un ordre « progressiste » à un ordre « traditionnel », faute de trouver un ordre naturel capable de réconcilier tous les élans nécessaires à l’épanouissement humain.

Ainsi s’installe le dogme religieux, figé dans sa liqueur, mais diablement efficace quand il s’agit de panser les blessures d’une époque sans docteurs – pour en creuser d’autres que nous ne verrons que trop tard.C’est bien chez nous et dans les fondations de notre société que se trouve le germe de notre propre faillite.

Alors soyons audacieux : réapproprions-nous la non-mixité. Absurde dans une épicerie, elle peut se révéler utile et bienvenue dans d’autres contextes. Allons braconner sur le terrain de l’ennemi, qui ne peut pas avoir le monopole des valeurs éternelles. Concurrençons sans crainte ces intégrismes religieux, non dans leur violence, leur médiocrité, leur dogmatisme insensé ou leurs structures répressives, mais bien dans leur proposition idéologique, qui n’est souvent qu’un édifice fragile. Un coup de pied suffirait à le faire valdinguer et disparaître dans les oubliettes de l’Histoire. En somme, osons guérir de nos démons et proposer une société nouvelle… ou ces gens s’en chargeront à notre place.

*Image : Pixabay.

Le camouflet de la justice à Christiane Taubira

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taubira fn justice leclere

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C’est peut-être un détail pour vous, mais pour la démocratie ça veut dire beaucoup. Lundi 22 juin, la justice française a envoyé un camouflet historique à Mme Taubira, son ministre de tutelle. Celle-ci s’était crue autorisée à charger discrètement son propre mouvement politique, le parti guyanais Walwari, de poursuivre une ex future candidate FN qui l’avait comparée à un singe sur Facebook et devant une caméra d’Envoyé Spécial. Et ce, à 7000 kilomètres de chez elle. Dans le numéro de janvier de Causeur, nous évoquions une « Justice sur mesure pour Christiane Taubira ».

L’affaire s’était en effet soldée en juillet dernier par une condamnation ébouriffante d’Anne-Sophie Leclère à neuf mois de prison ferme et 50 000 euros d’amende. Un verdict proprement délirant, surtout à l’heure où la ministre s’apprêtait à légiférer contre l’application des peines de prison aux primo-délinquants. Mais Mme Taubira avait alors poussé le bouchon encore plus loin, en osant déclarer dans la foulée : « Les juges ne jugent pas selon leur fantaisie mais selon le code pénal. »

Bien entendu, la défense avait immédiatement fait appel de cette décision, dont le verdict exorbitant reposait sur une argumentation aussi carrée que la Terre est plate. Il y était question d’atteinte à « toutes les races », et du fait que le FN s’était rendu solidairement coupable de ce délit contre l’humanité « en ne s’assurant pas des opinions républicaines » de la dame, ou encore en adoptant un « programme visant à limiter l’immigration de façon drastique »… Bref, du droit pénal version Coluche, ou Cali.

Car il se trouve que la plainte, déposée à Cayenne avec l’accord signé de Mme Taubira, était tout simplement irrecevable. Ce que s’est contentée d’expliquer la Cour d’Appel, pourtant présidée par un membre éminent du très peu pluraliste Syndicat de la Magistrature. Comme quoi, on peut avoir des idées politiques proches de celles de son gouvernement, sans pour autant refuser de faire son travail lorsqu’un ministre se croit tout permis, même et surtout quand il s’agit du Garde des Sceaux.

La Cour relève d’abord, « à titre liminaire », que « Walwari n’a pas, comme elle l’indique, été déclarée à la Préfecture de Guyane le 30 novembre 1992 » mais le 10 janvier 1993. Mais il y a mieux : les statuts de l’association indiquent qu’elle a pour objet de « mettre en œuvre toutes opérations relevant de l’organisation de campagnes électorales de candidats désignés en assemblée générale ». Et certainement pas, comme le droit l’exige pour agir en justice dans une telle affaire, « de défendre la mémoire des esclaves et l’honneur de leurs descendants, de combattre le racisme ou d’assister les victimes de discrimination fondée sur leur origine nationale, ethnique, raciale ou religieuse ».

Même ses « projets de statuts révisés » en 2009 ne parlent que de « défendre la démocratie, la paix… de contribuer à développer la responsabilité et la dignité de l’homme ». Et dans le cas assez improbable où ce condensé de charabia bisounours aurait été susceptible d’autoriser un « mouvement politique » à poursuivre l’auteur d’odieux propos racistes, il aurait fallu qu’il soit adopté plus de 5 ans avant les faits, soit en octobre 2008. Caramba, encore raté !

Ainsi les magistrats ont-ils exécuté la décision de première instance, « sans qu’il soit nécessaire d’examiner les autres multiples exceptions de nullité ». Autrement dit, bien qu’un certain nombre d’autres aberrations juridiques entachent la condamnation abracadabrante d’Anne-Sophie Leclère, la Cour d’Appel a préféré considérer comme nulle la procédure dans son entier. Affaire classée. Du moins, si Walwari ne tente pas un pourvoi en Cassation, que le parti trouve un peu coûteux : 3500 euros.

En attendant, le mouvement fondé par Mme Taubira est condamné à régler les frais de procédure – 169 euros – et peut au moins se réjouir d’une chose : la Cour d’Appel a également jugé irrecevables les demandes d’Anne-Sophie Leclère et du FN, qui lui réclamaient respectivement 60 000 et 30 000 euros. Motif ? Une telle indemnité ne peut être imputée à la partie civile, à l’origine des poursuites, que sur réquisition du Ministère Public… Or le chef du Parquet est toujours et encore, envers et contre tout, une certaine Christiane Taubira.

Souverainisme, l’autre nom de la démocratie

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seguin euro maastricht

seguin euro maastricht

Je tiens à rassurer Benoît Rayski sur sa mémoire. C’est bien dans les colonnes de Causeur qu’il a lu que les Grecs Indépendants étaient souverainistes. C’était sous ma plume et je l’assume volontiers. J’ai croisé le chef de ce parti dans les travées du congrès de Debout la France, il y a quelques mois. Je tiens tout de même à rassurer tout le monde et à confirmer que ces gens sont effectivement « beaucoup moins nazis qu’Aube dorée ». A vrai dire, ils ne sont même pas nazis du tout. Mais peut-être est-ce moi qui perds le sens de la mesure ?

Ainsi donc le souverainisme serait « dans le vent ».  Tiens, donc ! On m’aurait menti ? Quand, dans un pays, 95% des journalistes votent oui à un référendum, au point que le directeur d’un journal agonit d’injures ses lecteurs coupables d’avoir mal voté, on a du mal à ressentir un véritable engouement pour le souverainisme. On me rétorquera que c’était il y a dix ans. C’est vrai. Depuis, on a fait une toute petite place à des journalistes pour qui la souveraineté n’est pas un gros mot : Eric Zemmour, notre patronne Elisabeth Levy ou encore Natacha Polony. Même si ces trois-là ont évidemment plus de talent que peuvent en avoir leurs contradicteurs, il faut reconnaître que cette escouade ne fait pas vraiment le poids face à l’armada d’en face.

Heureusement, « tout n’est pas à jeter ». On est rassuré. On n’aura pas à répondre que le souverainisme c’est comme le cochon, tout y est bon, pour rester dans le même registre. Ouf ! Je vais faire une confidence à Benoît Rayski. Avant 1992, je n’avais jamais eu l’idée d’être souverainiste. J’étais simplement gaulliste. Mais des élus ont souhaité confier à d’autres instances les missions qui étaient les leurs, battre monnaie notamment, ou contrôler les frontières, avec le succès que l’on connaît aujourd’hui dans les deux domaines. Pourquoi donc me suis-je opposé à ces décisions ? Par nostalgie des marches au pas de l’oie ? Aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est par goût de la démocratie. Je souhaitais simplement que les personnes pour qui je vote exercent effectivement le mandat que je leur ai confié. Tout cela, je l’ai appris d’un homme dont le père est tombé pour la souveraineté de la France, dans un village franc-comtois en 1944. Il s’appelait Philippe Séguin et j’ai beaucoup appris de lui. Son Discours pour la France, dont je conseille d’urgence le visionnage, m’a imprégné. Je n’ai pas attendu Marine Le Pen pour défendre la souveraineté de mon pays. Et je ne vois pas au nom de quelle escroquerie intellectuelle je devrais arrêter de le faire parce qu’elle s’y est mis plus tardivement. Ce qui est gênant, ce n’est pas de défendre la souveraineté comme le fait Madame Le Pen sur les plateaux de télé. Ce qui est gênant, c’est qu’on ne voie pratiquement plus qu’elle pour le faire.

Terminons par ce qui est le moins agréable. Ma capitale, c’est Auschwitz, donc je ne peux être souverainiste, nous explique Benoît Rayski. Quel rapport ? Hitler n’était pas souverainiste, il était impérialiste. Le Général de Gaulle et nos maquisards (dont une bonne part venait de l’Action française et du PCF, il est vrai. Il fallait savoir « batifoler » avec des gens « infréquentables ») défendaient la souveraineté de la France. Dans ces conditions, comment ne pas être scandalisé par cette antienne selon laquelle le souverainisme mènerait à la déportation des juifs alors que c’est exactement l’inverse ? Les Juifs qui ont créé ensuite la nation la plus souverainiste du monde, Israël. Imagine-t-on Israël confier sa monnaie à une instance supranationale ou déléguer la surveillance de ses frontières ? Poser la question, cher Benoît, c’est y répondre.

Le bruit de la douche

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Etats-Unis : le Sud agonise

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Prénom Etats-Unis Racisme Confédéré

Prénom Etats-Unis Racisme Confédéré

Le bruit et la fureur se sont emparés des Etats-Unis à la suite des attentats perpétrés à Charleston par un jeune suprématiste blanc. De nombreuses questions se sont posées auxquelles on tente de répondre à la même vitesse que celle des balles du tueur. Le mythe d’un Sud raciste, rétif à la modernité, profondément coupé de la moitié nord des Etats-Unis, a repris place dans le discours médiatique. En brandissant le drapeau confédéré, Dylan Roof a introduit les représentations de la guerre de sécession dans cet imaginaire d’un Sud « Dixieland » désespérément raciste et arriéré. Déjà, des voix s’élèvent pour interdire le drapeau de la Confédération.

Sans nier l’existence des phénomènes extrémistes, on peut néanmoins se poser la question de l’existence d’un espace culturel « sudiste » correspondant aux Etats américains qui ont fait sécession en 1861. Ce monde, que Faulkner pensait né d’un traumatisme lié à la guerre de Sécession, et qui sous-tendait le cliché d’un Sud raciste et dangereux pour les personnes de couleur, existe-t-il toujours ? Une étude italienne parue il y a un mois tente d’y répondre en s’intéressant à l’évolution des prénoms des nouveaux-nés aux Etats-Unis.

Cette analyse originale, produite par des physiciens italiens de l’université Sapienza, s’ajoute à une longue série d’études culturelles portant sur des données sociologiques triviales. Létude des races des chiens adoptés, le succès des chansons populaires, ou même, pour l’antiquité, les décorations des poteries archéologiques s’est montrée très utiles pour saisir les contours d’une culture et plus efficace que l’analyse des phénomènes « sérieux » comme la politique. Pour déterminer les contours d’une civilisation, d’un espace culturel homogène, ces phénomènes apparemment dérisoires sont, paraît-il, d’une certaine efficacité. Armés de cette méthodologie, nos physiciens se sont concentrés sur le choix des prénoms. Ce choix étant très intime, ils l’ont jugé moins soumis aux effets de mode et plus stable dans le temps. Leur idée n’est pas de suivre des prénoms précis – compter les Scarlett d’un côté, les Meg et Jo de l’autres – mais de mesurer, état par état, quels sont les prénoms les plus fréquemment attribués aux filles et aux garçons. Même si les noms à la mode changent, ils ne changent pas partout de la même façon et au même rythme.

Jusqu’aux années 1960, la récurrence des prénoms dessinait un véritable clivage entre le Nord et le Sud, une véritable frontière statistique entre deux moitiés d’un pays qui s’étaient fait la guerre. À partir des années 1970, cette frontière invisible s’est effritée. Avec deux blocs côtiers, et au milieu un bloc « Midwest ». Quand on y regarde de plus près, on voit le Texas et la Floride « dériver » hors de l’ancienne « Dixie » pour rejoindre les blocs des deux côtes, la Géorgie et la Virginie suivant doucement le mouvement.

Si les chercheurs se refusent à interpréter leurs données, on ne peut s’empêcher de reconnaître les phénomènes décrits en 1970 par Alvin Toffler dans son Choc du futur, notamment un brassage de population et un effacement des passés. Le Texas, avec son pétrole et son économie florissante, et la Floride, avec ses immigrés hispaniques et ses retraités, illustrent la métamorphose profonde de certains territoires. Ainsi, le Sud, autrefois porteur d’une culture homogène, est en pleine implosion.

Ni la guerre de sécession, ni les deux guerres mondiales n’ont pu réaliser en un siècle ce que les révolutions consumériste, individualiste, sexuelle et médiatique conjuguées ont accompli en à peine deux décennies. Comment donc expliquer cette irruption de violence et surtout l’imaginaire qui lui sert d’arrière-plan ? L’invocation d’un imaginaire sudiste digne d’Autant en emporte le vent par l’auteur des attentats serait un appel vain à une culture en perdition. Quant à la violence elle-même, il faut rappeler que les tueries de masse sont récurrentes et probablement liées à d’autres pathologies profondes de la société américaine. Si Columbine n’est pas Charleston, ces deux tueries ont provoqué un nombre de morts très voisin…

*Photo : WikiCommons

Le choc du futur

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Contre le souverainisme

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souverainisme poutine chevenement grece

souverainisme poutine chevenement grece

Je lis je ne sais plus où, sur Causeur ou ailleurs, que les Grecs Indépendants, les alliés de Tsipras, sont « souverainistes ». Un mot cache-sexe qui recouvre tout et n’importe quoi, le meilleur et le pire. A y regarder de plus près, les Grecs Indépendants, c’est simplement un parti d’extrême droite, xénophobe et anti-immigrés. Mais concédons-leur qu’ils sont quand même beaucoup moins nazis qu’Aube Dorée. En tout cas en Grèce, c’est la dette qui est souveraine…

Le mot « souverainiste » est dans le vent tout comme le souverainisme. Il a les vertus d’un onguent miraculeux qui guérit les pires des maladies et, à coup sûr, les dissimule à merveille. Il est sexy. Souverainiste, cela fait fier et viril, comparé aux couilles molles de Bruxelles. Qui n’est pas souverainiste se voit aussitôt rangé dans la catégorie des dinosaures reconstitués au musée d’Histoire naturelle.

Un souverainiste ça peut être un Jean-Pierre Chevènement dont je n’oublie pas – car c’est à son honneur – qu’il fut l’un des fondateurs du CERES, un corps d’élite du PS vraiment ancré à gauche (les « frondeurs » à côté c’est pff…) que Mitterrand utilisa pour faire la peau à Rocard. Une souverainiste cela peut être aussi, hélas, Marine Le Pen qui aime Syriza et les Grecs Indépendants. Ça peut être, selon ses jours et ses humeurs, Emmanuel Todd. Et, comme lui par intermittence, un Michel Onfray. Tout n’est pas à jeter.

Mais le souverain des souverainistes s’appelle Vladimir Poutine. Il a prouvé son patriotisme et son rejet farouche de l’Europe de Bruxelles en rattachant la Crimée à la mère patrie et en mettant une partie de l’Ukraine sous tutelle russe.

Les souverainistes sont partout. À l’est, à l’ouest, au nord, au sud. Au Danemark, ils sont devenus le premier parti du pays. Ils ont en effet tout pour plaire : nationalistes d’extrême droite et xénophobes. Dans les autres pays scandinaves, leurs cousins progressent. Et en Flandre, le Vlaams Blok, identitaire et xénophobe, tient toujours la corde.

Du côté d’une certaine gauche et à l’extrême gauche, on s’arrange comme on peut avec ces compagnons de route plus bruns que rouges. Et dans ce but, on fait preuve d’une remarquable agilité langagière. Non, ils ne sont pas fascistes, xénophobes ou racistes : ils sont souverainistes ! Autant considérer – je sais, je force beaucoup le trait – Hitler, qui était socialiste (national) et qui voulait faire l’Europe de l’Atlantique à l’Oural, comme un précurseur de Jacques Delors.

Tout cela me rend mélancolique. On va encore me traiter d' »européiste » alors que je n’ai qu’une capitale. Pas Bruxelles : Auschwitz. J’aimerais pourtant être souverainiste pour pouvoir batifoler avec les autres dans le bac à sable. Mais on ne se refait pas. Ma mère m’a toujours interdit de jouer avec n’importe qui. Pourtant je suis sûr que si elle vivait encore, elle cesserait d’être précautionneuse, me dirait de ne pas rester seul et d’aller faire mumuse avec les souverainistes tellement vivants et combattifs. J’en suis là. Boouuhh !

*Photo : wikicommons.

L’antiracisme, idéologie d’Etat

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antiracisme multiculturalisme immigration

antiracisme multiculturalisme immigration

La cause est entendue. Le procès de l’antiracisme a été fait et refait. On a maintes fois démontré ses effets corrosifs sur le débat public, sur lequel il fait planer une logique du soupçon. On sait aussi comment il a permis de recycler, en lui donnant un autre nom, un antifascisme devenu anachronique. On connaît ses têtes de Turc, de Paul Yonnet à Pierre-André Taguieff en passant par Alain Finkielkraut et bien d’autres. Il suffit d’observer, serait-ce pour le déplorer, que le vivre-ensemble multiculturel ne marche pas, pour être frappé de mauvaise réputation. On pourrait croire que le réel a offert une amère victoire aux sceptiques de la diversité, aux malheureux de l’identité. On se tromperait. L’antiracisme aurait dû être mis en déroute par les faits, il a gagné dans les têtes. Il est au pouvoir dans la plupart des États occidentaux.

D’un pays à l’autre, quelques rapports commandés à d’éminentes personnalités établissent les lignes de force et jalonnent les progrès de cet antiracisme d’État. Dès 2000, en Grande-Bretagne, le rapport Parekh fournissait un mode d’emploi pour la reconstruction multiculturaliste de l’État. Au Canada, depuis 2008, c’est le rapport Bouchard-Taylor, réalisé à la suite de la crise des accommodements raisonnables au Québec, qui inspire la doctrine officielle. On y trouve une définition assez complète du multiculturalisme comme doctrine appliquée qui conjugue trois éléments : un récit historique de l’avènement de la diversité, une sociologie des discriminations et des rapports entre majorité et minorités, et une série de politiques publiques visant à parachever la mutation diversitaire de la démocratie.[access capability= »lire_inedits »] En France, le rapport Tuot, remis en 2013 à Jean-Marc Ayrault, préconisait plutôt une mise à jour multiculturaliste du socialisme français. Mais, sur le fond, il était de la même eau que le précédent québécois.

Même diagnostic, même remède : dans des sociétés désormais structurées par la diversité, la seule solution politique, c’est le multiculturalisme, qui doit convertir les peuples aux joies du mélange. Et, pour y parvenir, il doit terrasser l’ennemi toujours prompt à relever la tête : le racisme. Reste encore à comprendre ce que l’antiracisme nomme racisme. Or, loin d’en fournir la définition précise qui serait nécessaire, l’antiracisme englobe le racisme dans le vaste ensemble des discriminations engendrées par différents systèmes d’exclusion – comme le sexisme ou, selon la nouvelle obsession du jour, l’hétéro-sexisme. La lutte contre les discriminations, objectif décrété incontestable, est donc devenue, avec le concours notable des médias, l’une des grandes tâches de notre temps.

Le multiculturalisme d’État repose donc sur un récit fondateur : celui des crimes de l’Occident, qui obtiendra sa rédemption par la reconnaissance de la diversité, laquelle se constitue – voire s’institue – en dynamitant les systèmes discriminatoires qui niaient son existence même. Il s’agit dès lors de faire voler en éclats le roman national en montrant que les institutions auxquelles nous accordions traditionnellement notre confiance étaient les instruments d’insupportables rapports de domination. C’est ainsi que, dans de nombreux pays, l’école a été sommée d’enseigner une histoire pénitentielle appelant les populations autochtones à faire repentance.

On l’aura compris, le racisme tel que le voient et le combattent les antiracistes n’est pas seulement une opinion sotte qu’il faudrait discréditer ou une doctrine terrifiante qu’il faudrait combattre. Il n’est pas un phénomène individuel, mais une structure sociale. Étienne Balibar, une figure majeure la sociologie antiraciste, soutient même qu’il est le principe à partir duquel s’est constitué l’État-nation occidental. D’où l’invention paradoxale d’une société jugée raciste sans qu’il soit nécessaire d’y trouver des racistes concrets et où on peut, en conséquence, pratiquer l’antiracisme à plein temps sans encourir le moindre risque.

Grâce à cette trouvaille théorique et politique, la sociologie antidiscriminatoire s’est imposée au fil des ans comme une sociologie d’État. Autrement dit, elle constitue la principale grille de lecture des rapports sociaux sur laquelle se fondent les politiques publiques. C’est à partir d’elle que l’appareil administratif prétend saisir le réel pour mieux le transformer. Pour cette école de pensée, toute forme d’inégalité sociale, culturelle ou économique est le produit d’un système discriminatoire dont la moindre disparité statistique entre communautés vient confirmer l’existence. D’ailleurs, une fois installée l’idée que la discrimination est systémique, ces communautés sont invitées à s’emparer du concept pour analyser et améliorer leur situation. C’est ainsi qu’à intervalles réguliers les apparatchiks de l’antiracisme gouvernemental se désolent du faible nombre de plaintes pour discriminations recueillies par les agences créées pour orchestrer la lutte contre ces odieuses survivances de l’ordre ancien. On excite ainsi le sentiment d’injustice, on flatte le sentiment victimaire des mécontents. L’État multiculturel juge de sa réussite à l’aune des dénonciations récoltées par ses agents, supposées prouver à la fois que les injustices sont une réalité et que la dynamique qui aboutira à les corriger est enclenchée par la revendication d’égalité portée par les minorités. Dans ces conditions, il n’est guère étonnant que les groupes se découvrant victimes d’un système discriminatoire se soient multipliés avec le temps.

Les rapports sociaux sont analysés à la lumière du binôme conceptuel majorité-minorités – la première ayant structurellement tendance à tyranniser les secondes. Étant entendu que la majorité, culturelle ou sexuelle, a imposé ses propres références à l’ensemble de la société, il convient de la dépouiller promptement de ces privilèges honteux. Les esprits les moins subtils appelleront au renversement de l’homme blanc hétérosexuel… et mort (DWEM, dead white european male), sans trop chercher à cacher qu’ils entendent prendre leur revanche sur l’histoire et substituer une oppression à une autre. Mais, pour toute la sociologie antidiscriminatoire et pour ses porte-parole médiatiques, il s’agit de découpler la citoyenneté de l’identité nationale, et de toute forme d’héritage culturel particulier. Il faut en être conscient : la politique multiculturelle ne vise rien de moins que la neutralisation, puis le démantèlement et le renversement des privilèges majoritaires. En clair, pour réaliser la démocratie, elle sape l’un des piliers de la démocratie. Ainsi, si certains groupes immigrés peinent à trouver leur place dans la société d’accueil, ce n’est pas parce qu’ils rechignent à s’en approprier les mœurs, mais parce que ces mœurs, bien trop pesantes, sont attentatoires à la diversité.

On doit donc tout faire pour à arracher la société à sa culture, en instaurant notamment une distinction radicale entre le droit et les mœurs. Les institutions publiques – et, dans la foulée, les organismes privés – sont sommées de traquer et d’éradiquer en leur sein toute trace d’identité culturelle – ou, pour être plus précis, de l’identité culturelle majoritaire. La nation d’accueil est, au mieux, une communauté parmi d’autres, à ceci près qu’elle est coupable. En somme, l’antiracisme relooké en lutte contre les discriminations veut contraindre les sociétés occidentales à remettre à zéro le compteur de l’Histoire.

La volonté, manifestée de façon récurrente, de déchristianiser le calendrier et les fêtes qui le ponctuent s’inscrit clairement dans cette dénationalisation de l’identité collective. En revanche, puisqu’il faut marquer le plus clairement possible la présence de l’Autre dans l’espace public, on offre une reconnaissance maximale à ses symboles identitaires. Dans l’espace public, délivré de l’emprise majoritaire, toute hiérarchie entre les cultures est bannie – quoique, dans les faits, cette neutralité fantasmée se traduise souvent par une simple inversion des vieilles hiérarchies, l’identité « étrangère » étant tenue comme meilleure par essence.

C’est ainsi que la société devient véritablement « inclusive », conformément aux réquisitions du rapport Tuot qui suggère que, pour avancer vers cet horizon, la France doit s’ouvrir pleinement à sa composante arabo-musulmane issue de l’immigration. On se rappelle aussi Martin Hirsch qui soutenait que l’intégration serait une réussite quand un grand nombre de catholiques nommeraient leurs enfants Mohamed. Cette proposition pour le moins caricaturale n’en est pas moins exemplaire de l’inversion du devoir d’intégration qui caractérise le multiculturalisme d’État : ce n’est pas à l’immigré de s’acculturer et de s’intégrer à son pays d’accueil, c’est à celui-ci de transformer radicalement ses institutions et sa culture pour accommoder la diversité.

L’antiracisme a donc été l’arme idéologique qui a permis aux élites gouvernantes de faire avancer subrepticement en France et de déployer triomphalement au Canada le multiculturalisme politique. Dopée par l’argent et le discours publics, la lutte contre les discriminations est convoquée comme preuve de l’existence de l’ordre raciste qu’elle combat. Dans cette logique absurde, l’antiracisme a besoin de racisme. Et plus encore de racistes. L’ennemi qu’il faut dénoncer et punir doit avoir un nom et un visage.

Heureusement, de vrais racistes qui s’assument comme tels, on n’en trouve pas tant dans l’Occident du « plus jamais ça ». De toute façon, le raciste à visage découvert n’intéresse pas la sociologie antiraciste, ce qu’elle aime, c’est faire tomber les masques. Elle s’est donné pour mission de mettre à nu la structure raciste des grands principes de la modernité politique et, plus encore, de désigner les nouveaux ennemis de l’humanité.

Dans le champ des idées, l’ennemi prend deux formes : le racisme universaliste et le racisme différentialiste. Le premier, au nom d’une conception abstraite de l’égalité, interdit toute politique de réparations visant à corriger les inégalités structurelles entre les communautés. Le libéralisme comme le républicanisme ne sont que les prête-noms des privilèges du majoritaire. En refusant de reconnaître la situation discriminatoire des minorités, en les condamnant à l’invisibilité, les défenseurs de l’universalisme ne cherchent qu’à reconduire leurs positions dominantes, peut-être sans le savoir. Pour les apôtres de la diversité, il n’y a pas de méritocratie possible dans une société structurée par une culture majoritaire. La discrimination positive est la réponse au blocage systémique dont seraient victimes les minorités. Elle a donc une fonction majeure qui consiste à dévoiler le mensonge de l’égalité républicaine.

Le racisme différentialiste, quant à lui, est soupçonné d’essentialiser les identités. Celui qui ose envisager que toutes les cultures ne soient pas compatibles entre elles est accusé de rompre l’unité fondamentale du genre humain, comme s’il naturalisait les cultures, à la manière de races dont on n’oserait plus dire le nom. C’est le grand paradoxe de l’antiracisme, qui invite à la reconnaissance de l’Autre mais vide son identité de tout contenu. Cette façon de penser interdit toute réflexion sur les conséquences de l’immigration massive et, aujourd’hui, toute réflexion portant sur la difficile intégration de l’islam dans les pays occidentaux.

Dès lors qu’il est interdit de poser la question des différences culturelles collectivement acceptables, seul le refus de l’Autre exprimé par des sociétés occidentales ethnocentrées explique les difficultés de la cohabitation. L’aboutissement logique de la sociologie antidiscriminatoire, c’est que l’existence même de frontières séparant des groupes humains différents, porteurs d’héritages et de mœurs différents, est illégitime. Dans un futur radieux, il  n’y aura plus de différence entre le citoyen et l’étranger – et l’identité culturelle sera complètement privatisée.

Bien entendu, ne pas adhérer bruyamment à la sociologie antidiscriminatoire vous fait vite passer pour un collabo inconscient de l’ordre raciste. Finkielkraut disait que l’antiracisme est le communisme du xxie siècle. La formule est juste. Il y a au cœur de l’antiracisme une prétention totalitaire, pour peu qu’on ne réserve pas ce mot au vingtième siècle et qu’on le définisse par la prétention à une reconstruction intégrale de la société à partir d’une idéologie devant absorber tout le réel, de sorte qu’aucune relation sociale ne se dérobe aux prescriptions du pouvoir. Naturellement, plus le réel résiste à sa conversion idéologique, plus l’idéologie se radicalise et plus le contrôle social s’intensifie. Partout, ce ne sont que lois, tribunaux, sanctions, appels à punir la plus infime déviance verbale : ce n’est plus la pratique de la discrimination que l’on traque, mais sa supposée apologie, même indirecte (ainsi, un admirateur de Napoléon est-il désigné comme défenseur de l’esclavage). L’antiracisme pousse à la criminalisation du désaccord.

L’antiracisme est révolutionnaire et fabrique par effet de contraste des contre-révolutionnaires qu’il peut exclure de l’humanité. Mais le travail est sans fin, puisqu’il y aura toujours, en dernière instance, des hommes et des femmes qui se cabreront contre cette déconstruction de leur mode de vie et de ce qu’ils croient être leur culture – donc toujours des fascistes à fustiger. La lutte finale, encore une fois, se réalisera dans la révolution permanente. Avec cette singularité, toutefois, qu’aujourd’hui elle se déploie grâce à l’État. Et qu’elle s’accomplit au nom de la démocratie.[/access]

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*Photo : SEVGI/SIPA. 00619973_000001.

Grosse fatigue de Laurent Fabius

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fabius israel jordanie hamas

fabius israel jordanie hamas

Notre ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, avait l’air las et désabusé, dans les salons de l’hôtel King David de Jérusalem, où il faisait, dimanche 21 juin devant quelques journalistes, le bilan de son rapide périple proche-oriental. Le Caire, Amman, Ramallah, Jérusalem, trente-six heures pour  débloquer un processus de paix israélo-palestinien en état de mort cérébrale. Il venait de subir une sérieuse rebuffade de Benyamin Netanyahou, qui lui a signifié sans détour qu’Israël ne se laisserait jamais imposer « un diktat », à savoir la création et la reconnaissance, par les instances internationales, d’un Etat palestinien sans l’aval préalable des Hébreux. De manière moins brutale, mais tout aussi ferme, ses interlocuteurs égyptiens, jordaniens et palestiniens lui ont signifié que les efforts de la France étaient, certes, méritoires et généreux, mais que la situation générale (chaos en Syrie, menaces de déstabilisation de la Jordanie par Daech, état de guerre dans le Sinaï, fragilité du pouvoir à Ramallah) n’était pas favorable à une avancée rapide et décisive sur le dossier israélo-palestinien.

« La France n’a pas vocation à jouer les Don Quichotte » a constaté Laurent Fabius pour expliquer son rétropédalage concernant l’élaboration, sous direction française, d’une résolution du Conseil de sécurité enjoignant les deux parties à retourner à la table de négociation, avec obligation d’aboutir dans un délai de 18 à 24 mois. Il fallait, pour que la manœuvre ait quelque chance de succès, que la rédaction de cette résolution soit calibrée de telle sorte qu’elle permette aux Etats-Unis de ne pas y opposer leur veto. Notamment avec la mention du « caractère juif » de l’Etat d’Israël, à laquelle les Palestiniens s’opposent radicalement. On nourrissait, au Quai d’Orsay et au sein de la délégation française aux Nations-Unies, dirigée par l’excellent François Delattre, l’espoir que Barack Obama, exaspéré par le comportement de Netanyahou, et désireux de quitter la Maison Blanche sur un succès diplomatique, favoriserait cette initiative. Mais, outre qu’il n’est jamais agréable de voir un partenaire réussir là où vous avez échoué, l’état des relations entre Paris et Washington est loin de favoriser la fraternelle complicité qu’une telle manœuvre diplomatique exige. Face au chaos moyen-oriental, la France et les Etats Unis sont sur des lignes divergentes : Barack Obama a comme priorité la réintégration de l’Iran dans le jeu régional après un accord sur le nucléaire, tandis que François Hollande a ouvertement choisi le soutien sans restriction aux puissances sunnites (Egypte, Arabie Saoudite, Qatar) dans leur affrontement avec Téhéran. On ne peut pas, en même temps, mettre des bâtons dans les roues des négociations américano-iraniennes (avec d’excellentes raisons, d’ailleurs), et solliciter de Washington un appui total pour exercer une pression maximale sur Israël…

Il semblerait, de surcroît, que Laurent Fabius ait fini par comprendre que du côté palestinien, en tout cas pour Mahmoud Abbas et son clan au pouvoir à Ramallah, il n’y avait aucune urgence à obtenir dans un avenir proche, le retrait des forces israéliennes des territoires de Cisjordanie qu’elles contrôlent. On a assez peu noté, chez nous, l’apparente contradiction entre les diatribes enflammées de l’Autorité palestinienne visant à criminaliser l’Etat juif dans toutes les enceintes où il en a la possibilité (Conseil des droits de l’homme de l’ONU, Tribunal de La Haye, Unesco) et la poursuite imperturbable de la coopération sécuritaire entre Israël et l’Autorité palestinienne. Celle-ci fonctionne sur le mode du gagnant-gagnant : Israël tarit, à la source, le terrorisme organisé – il n’y a plus eu d’opérations meurtrières complexes en Israël depuis la fin de la Seconde Intifada – et l’Autorité palestinienne bénéficie de l’expertise israélienne en matière de renseignement pour réprimer ses ennemis intérieurs : le Hamas et  les jihadistes de toutes obédiences. D’autre part, le blocus de Gaza par les Egyptiens, depuis l’accession au pouvoir du maréchal Sissi, est autrement plus rigoureux et brutal que celui appliqué par Israël : Sissi soupçonne le Hamas, branche palestinienne des Frères musulmans, d’aider les rebelles du Sinaï. On en est arrivé au point où, asphyxié, le Hamas négocie avec Israël une trêve de longue durée en échange de la construction d’un port flottant à Gaza, une offre qu’Israël considère avec intérêt : si le Hamas s’écroule, les successeurs ne pourraient être que pires, estime-t-on dans l’état-major de Tsahal. Le roi de Jordanie craint pour sa part que le statu quo à sa frontière occidentale, le Jourdain et la vallée d’Arava, fondé sur un solide accord sécuritaire avec Israël, soit mis à mal par une possible déstabilisation de la Cisjordanie, alors que la situation au nord et à l’est du royaume hachémite est explosive.

Vu des Territoires palestiniens, au niveau du petit peuple, celui qui tente de survivre tant bien que mal en dépit de la corruption des dirigeants, les sentiments sont mitigés : on n’oublie pas l’injustice historique dont on estime avoir été victime, on peste contre l’occupation, l’érection de la barrière de sécurité, les check-points,  mais un rapide coup d’œil par-delà les frontières proches montre que son sort est, après tout, plus enviable que celui de ses frères syriens, irakiens et même libanais… On vit peut être moins bien que les ennemis sionistes, mais beaucoup mieux, et surtout avec moins de risque de mort violente, que les frères arabes de la région.
Cette réalité du terrain est de nature à mettre à bas les plus belles constructions intellectuelles élaborées dans les chancelleries : on ne fait pas boire des ânes qui n’ont pas soif.

Finalement la chevauchée donquichottesque de Fabius n’aura peut-être qu’un usage interne. Faute d’accord, la France devrait procéder, l’an prochain à la reconnaissance de l’Etat palestinien, une initiative sans conséquence sur l’évolution du conflit, mais que l’on suppose payante pour attirer le vote des musulmans de France vers le président sortant en 2017. Tout ça pour ça?

*Photo:THOMAS COEX/AP/SIPA. AP21753497_000003.

La Maison Blanche assure ne pas espionner François Hollande

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(Avec AFP) – C’en serait presque vexant. Alors que Wikileaks fait état d’écoutes prolongées des trois derniers présidents français, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande, au moins entre 2006 et 2012, la Maison Blanche a nié espionner l’actuel chef de l’Etat. « De manière générale, nous ne menons pas d’opérations de surveillance à l’étranger sauf s’il existe un objectif de sécurité nationale spécifique et validé », soutient la présidence américaine, précisant que « cela s’applique aux citoyens ordinaires comme aux dirigeants mondiaux ».

Pour toute réponse, François Hollande a décidé de réunir ce matin un « Conseil de défense » pour « évaluer la nature » de ces informations. Le fondateur de Wikileaks Julian Assange ayant annoncé que d’autres révélations viendraient prochainement, on peut craindre le pire.

Il n’est pas exclu que l’administration américaine ait voulu déjouer les plans diplomatiques de Chirac et Sarkozy, pourtant très atlantistes[1. Hormis en 2003, lors du déclenchement de la guerre en Irak, dont on observe aujourd’hui les brillants résultats.], qui se distinguaient de Washington sur des sujets comme la Russie ou la Syrie. Mais puisque depuis mai 2012, le gouvernement « socialiste » se veut plus atlantiste que le roi Obama, et fonce toujours plus avant dans la signature du TAFTA et les sanctions à l’encontre de la Russie, le bureau ovale n’a plus rien à espionner. Gênés aux entournures, nos complotistes de gouvernants qui voient en l’Etat islamique une création de Bachar Al-Assad pourraient s’en sortir par une nouvelle pirouette :  bon sang mais c’est bien sûr, toute cette histoire de mouchards n’est qu’un énième coup de Moscou!

Espagne : un bébé fait le printemps

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Depuis le début de l’année 2015, les chiffres nous annoncent une sortie de crise pour l’Espagne. C’est d’abord la croissance du PIB qu’on a annoncée en hausse de 0.9% au premier trimestre 2015. C’est ensuite le taux de chômage qui diminue mois après mois. Aujourd’hui, un nouveau chiffre, publié par l’Institut National de Statistiques (INE), laisse apparaître une autre dimension du changement, un  nouveau motif de satisfaction pour les Espagnols : après six années de chute libre, le taux de natalité a connu une légère augmentation en 2014.

Depuis 2008, la baisse du taux de natalité était l’un des plus forts marqueurs de la récession économique et sociale que vivait l’Espagne. Entre le début de la crise et 2013, le nombre de naissances a ainsi baissé de 520 000 à 425 715, une chute de 18%.

L’INE annonce aujourd’hui que 588 naissances supplémentaires ont été enregistrées en 2014, une augmentation de +0,1% par rapport à 2013. Et ce, malgré le fléchissement du nombre de femmes en âge de procréer (10,98 millions en 2014 contre 11,20 en 2013) et la baisse de la proportion d’enfants nés de femmes étrangères (17,8% contre 18,6 en 2013). Or, depuis 2002, c’étaient les femmes étrangères qui soutenaient la natalité espagnole. Le nombre d’enfants nés des mères non espagnoles était passé de 12,2% en 2002 à 18,6% en 2013.

Les progrès réels du taux de fécondité (de 1,27 à 1,32 enfant par femme), laissent présager de la durabilité de l’augmentation des naissances. Si la décrue – encore légère – du chômage et le retour de la croissance ne disent pas grand-chose de l’état d’esprit des Espagnols, la hausse de la natalité éclaire en revanche le ressenti de la population. Cette évolution démographique pourrait signifier que les bons résultats économiques ont amélioré le moral des ménages. Il est difficile d’en dire plus, faute de données plus précises par région et catégories socio-économiques. Faut-il en créditer le Premier ministre Rajoy pour avoir tenu bon face à ses opposants ou bien Podemos qui donne enfin de l’espoir  à un peuple en crise ?

Que ce soit pour des raisons économiques, politiques ou tout simplement mécaniques, une chose est sûre : nos voisins ibériques affichent une certaine confiance dans l’avenir. Sans pour autant être exagérément optimistes : de l’autre côté de la Bidassoa, on n’est pas du genre à construire des châteaux… en Espagne.

*Photo : wikicommons.