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Djihad à crédit

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On dit que les jeunes djihadistes sont des adolescents en perdition qui ne réfléchissent pas beaucoup. Il est même beaucoup d’endroits où on les qualifie sans ménagements d’«abrutis». Pourtant, en Suède, on nous apprend que certains ne manquent pas de ressources. Que ce soit pour commettre des attentats en France, en Tunisie ou au Koweït, ou pour rejoindre le califat, les apprentis moudjahidines doivent faire preuve d’imagination.

Quand on aspire à faire la guerre sainte, on ne peut pas se pointer à Daech les poches vides. Après avoir payé son billet d’avion pour Istanbul, détour obligé vers la frontière syrienne, on doit encore s’assurer d’avoir suffisamment d’argent pour s’acheter une voiture. Il faut pouvoir crâner devant les copains.

Martin Frimansson, expert en financement terroriste au service de la sûreté en Suède (la Sapö), nous éclaire sur la dure condition de djihadiste : « Si vous avez de l’argent ou une voiture, vous devenez automatiquement un chef d’équipe. Si vous n’avez pas d’argent quand vous arrivez, ou pas de voiture ou quoi que ce soit d’autre, vous vous retrouverez peut-être à conduire une ambulance ». Ce serait quand même dommage de parcourir des milliers de kilomètres pour devenir ambulancier.

Alors, pour éviter ce type de désagréments, les candidats au djihad ont trouvé la parade : ils empruntent de l’argent à crédit. Ils le font auprès des banques suédoises. Elles doivent voir d’un très bon œil la hausse de la demande de crédits de la part d’une jeunesse qu’on pourrait croire rétive à l’endettement. Mais ces jeunes profitent aussi d’un nouveau système permis par l’existence des smartphones. Le crédit par SMS. Il faut avouer que c’est une idée brillante. On envoie un SMS à un organisme de crédit, on emprunte 10 000 euros en deux minutes, on a son compte crédité dans la semaine et on peut s’acheter une voiture. Ce qu’on aime bien à Daech, ce sont les Toyota. À deux ou trois, on peut se cotiser et s’acheter un petit 4×4. Comme ça, plus tard on pourra se pavaner dans les rues de Raqqa. Les femmes en burqa sont très sensibles à ces choses-là.

Frimansson, qui déplore bien évidemment le laxisme des organismes de prêt, nous apprend qu’il faudrait renforcer le suivi des emprunteurs. Ça pourrait être une bonne idée. Ce qu’il ne nous dit pas, et c’est bien dommage, c’est si les débiteurs, une fois débarqués dans le désert, pensent à rembourser leurs traites.

En tous cas, alors qu’en mai la demande de crédit à la consommation est annoncée à la baisse en France, le secteur du crédit pour le djihad, lui, ne connaît pas la crise. Enfin une bonne nouvelle pour l’économie mondiale.

*Photo : Eduardo Soriano-Castillo.

Attaque meurtrière contre deux hôtels en Tunisie

(Avec AFP) – Des milliers de touristes étrangers s’empressaient de quitter samedi la Tunisie au lendemain d’un carnage dans un hôtel revendiqué par le groupe djihadiste Etat islamique.

Condamné comme « barbare » par la communauté internationale, l’attentat, commis vendredi par un étudiant tunisien contre les clients de l’hôtel Riu Imperial Marhaba à Port El Kantaoui près de Sousse (140 km au sud de Tunis), est le pire de l’histoire récente de la Tunisie.

Il a porté un nouveau coup au secteur vital du tourisme, trois mois après l’attaque contre le musée du Bardo à Tunis (22 morts, dont 21 touristes), également revendiquée par l’EI, groupe ultraradical qui sème la terreur surtout en Syrie et en Irak.

Selon un dernier bilan provisoire du ministère de la Santé, l’attaque a fait, outre les 38 morts, 39 blessés dont 25 Britanniques, sept Tunisiens et trois Belges.

Se faisant passer pour un vacancier selon les autorités, un étudiant qui avait caché son arme dans un parasol a ouvert le feu sur les clients sur la plage puis au bord des piscines de l’hôtel. Il a été ensuite abattu.

L’attentat a eu lieu le même jour qu’un autre revendiqué aussi par l’EI contre une mosquée chiite au Koweït (26 morts) et qu’une attaque avec décapitation d’un homme en France, à trois jours du 1er anniversaire du « califat » proclamé le 28 juin 2014 par l’EI sur les territoires qu’il a conquis en Syrie et en Irak.

Dans sa revendication, l’EI a affirmé qu’un « soldat du califat » a « pu parvenir au but » en tuant « des sujets des Etats de l’alliance croisée », en référence à la coalition internationale antidjihadistes qui bombarde ses fiefs en Syrie et en Irak.

Le Premier ministre tunisien Habib Essid, dont le pays voit monter la menace djihadiste depuis sa révolution en 2011, a lui annoncé des mesures visant à renforcer la sécurité, dont la fermeture d’environ 80 mosquées accusées d’« inciter au terrorisme » et le recours à l’armée de réserve.

La fermeture de telles mosquées « illégales » avait déjà été annoncée par le gouvernement précédent.

L’auteur présumé de l’attentat a été identifié comme Seifeddine Rezgui, un Tunisien né en 1992 et étudiant à Kairouan (centre). Inconnu des services de police, il a agi seul « a priori », selon le secrétaire d’Etat aux affaires sécuritaires Rafik Chelly.

« Il est entré habillé comme quelqu’un qui allait se baigner », puis a « utilisé son arme qui était cachée dans un parasol », a-t-il ajouté.

Il visait seulement les touristes, a raconté un témoin tunisien. « Le terroriste nous a dit : « Eloignez-vous, je ne suis pas venu pour vous ». Il ne nous a pas tiré dessus, il a commencé à tirer sur les touristes ».

attentat Sousse plage Tunisie

*Photo : © AFP Archives Str

Maghreb: Hollande a pris le parti de l’Algérie

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«J’avais indiqué au roi que, pour moi, (…) il ne pouvait être question de commencer ma visite du Maghreb pour Les Républicains sans débuter par le Maroc» La carte postale qu’a envoyée Nicolas Sarkozy du Maroc, il y a quelques jours, est presque passée inaperçue. Pourtant, son hommage appuyé au roi Mohammed VI et le programme présidentiel qui lui a été concocté par les autorités marocaines en disent long sur les rapports entre la France et le Maghreb depuis l’élection de François Hollande.

Depuis que les socialistes sont aux commandes, les relations franco-marocaines se sont considérablement dégradées. Une enquête judiciaire sur le chef des services marocains, Abdellatif Hammouchi, a suffi à raviver la mauvaise humeur qui sépare Paris et Rabat. La monarchie chérifienne avait pourtant été célébrée pour son ouverture à la suite des printemps arabes: droit des femmes, mise en scène de la démocratie parlementaire, sécurité des touristes… À bien des égards, le Maroc apparaît plus moderne que l’Algérie, y compris lorsqu’on compare leurs chefs d’Etat respectifs.

Cause ou conséquence de la brouille marocaine, les relations entre Paris et Alger se sont considérablement réchauffées en trois ans. À Alger, la proximité et le ton particulièrement amical entre François Hollande et Abdelaziz Bouteflika ont contrasté avec les maladresses qui ont accompagné les visites en coup de vent de Mohammed VI à l’Élysée. L’armée algérienne a défilé sur les champs-Élysée, un ministre français s’est recueilli à Sétif pour commémorer les massacres du 8 mai 1945, la France n’a pas eu peur de se flageller pour amadouer Alger. Malgré l’image déplorable de la démocratie FLN, François Hollande s’est rendu à deux reprises en Algérie où il a eu le rare privilège d’être reçu dans la résidence présidentielle médicalisée de Zeralda. Avec Bouteflika, la diplomatie médicale bat son plein.

La sympathie personnelle de François Hollande pour l’indépendance algérienne contraste avec les difficultés de la droite à dialoguer avec l’Algérie. Reste que les fruits du réchauffement franco-algérien se font attendre. Les contrats d’armements moisissent dans les cartons, domaine où la Russie reste le partenaire privilégié de l’armée algérienne. La coopération militaire au Sahel reste a minima. Le dossier des moines de Tibérine est gelé. En 2014, Pékin est devenu le premier partenaire commercial de l’Algérie, devant la France. Bref, chaleureuse dans les discours, la relation stratégique franco-algérienne est à l’image du président algérien et de Laurent Fabius: en semi-léthargie.

Ce malentendu explique la préférence constante pour le Maroc des présidences françaises successives. Depuis que le maréchal Lyautey a personnellement protégé la dynastie marocaine, l’alliance avec la France n’a pas cessé. Les échanges économiques, militaires et touristiques dominent largement et Paris apporte un soutien appuyé au Maroc dans la question du Sahara occidental. Ce qui irrite l’Algérie. Les frères ennemis du Maghreb se livrent une compétition pour le leadership au Maghreb et au Sahara. Mais l’Algérie, marqué par son passé colonial et les stigmates de la guerre d’indépendance, n’a jamais vraiment voulu compter sur la France pour rivaliser.

François Hollande a sans doute cru qu’en s’éloignant du Maroc, il pourrait se rapprocher de l’Algérie en échange de quelques actes de contritions et de marques d’amitié envers Bouteflika. C’était sans compter l’inertie de l’appareil d’État algérien. En trois ans, la  nouvelle relation franco-algérienne n’a jamais atteint les niveaux de coopération entre la France et le Maroc.

*Photo : AP/SIPA. AP21750897_000008.

Attentat islamiste dans une usine en Isère

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(Avec AFP) – 16:16 – Le chef d’entreprise du Rhône décapité était l’employeur de l’auteur présumé de l’attaque qui a été interpellé, selon une source proche du dossier. C’est la première personne décapitée en France lors d’une attaque terroriste, une pratique fréquemment utilisée en Syrie et en Irak par le groupe Etat islamique (EI).

16:13 – Une équipe de pompiers, appelée en secours, a été accueillie par Salhi au cri de « Allahou Akbar » (Dieu est le plus grand), a poursuivi la source proche du dossier. Les pompiers sont parvenus à le ceinturer et à le maîtriser en attendant l’arrivée des gendarmes. Selon une autre source, l’attaque n’a pas fait d’autre victime que le chef d’entreprise de la banlieue de Lyon, contrairement à ce qui avait été auparavant annoncé par d’autres sources qui avaient fait état de deux blessés légers.

16:08 – Selon les premiers éléments de l’enquête, l’homme retrouvé décapité serait âgé d’environ 45 ans. Son entreprise de transports disposait d’une habilitation pour entrer sur le site d’Air Products. Selon l’analyse des images de vidéosurveillance, sa tête a été mise sur un grillage par son assassin présumé, a indiqué une source proche du dossier. L’auteur présumé de l’attentat, Yassin Salhi, 35 ans, a ensuite repris le volant de la camionnette et percuté des bouteilles de gaz, provoquant une explosion. Il est ensuite sorti du véhicule pour se rendre dans un bâtiment proche et manipuler d’autres bouteilles.

15:57 – Manuel Valls, qui a écourté son voyage en Amérique du Sud, assiste actuellement à l’ambassade de France à Bogota au Conseil de défense à l’Elysée, via une conférence téléphonique, rapporte le journaliste de l’AFP, Marc Préel. Il doit décoller vers 17H00 heure française pour Paris, à bord de l’A330 du président Hollande. Atterrissage prévu vers 03H00 du matin à Orly. Le Premier ministre avait appris l’attentat dans la nuit, décalage horaire oblige avec la Colombie (7 heures de différence). Enfermé dans une salle avec ses conseillers, il en est sorti vers 06H45 du matin pour faire une déclaration devant quelques journalistes, fustigeant une attaque « abjecte » du « terrorisme islamiste », dans le hall de la résidence. Contraste avec la veille au soir, où il présidait une réception avec la communauté française de Bogota dans cette même jolie résidence aux murs blancs.

15:50 – La grande mosquée de Paris « condamne avec la plus grande fermeté la barbarie terroriste qui a encore frappé notre pays », déclare son recteur Dalil Boubaker, dans un communiqué.

15:13 – La dépouille de la personne retrouvée décapitée est celle d’un chef d’entreprise de la banlieue de Lyon, a-t-on appris de sources proches du dossier.

14:50 – Le tweet du Premier ministre, actuellement à Bogota : « Le menace et l’horreur aveugles des terroristes n’épargnent aucune nation. Mes pensées aux victimes en Isère et aux victimes en Tunisie. MV »

14:49 – Le recteur de la Grande mosquée de Lyon, Kamel Kabtane, condamne un « attentat diabolique perpétré en plein mois de Ramadan ». « La France vient de vivre son second choc en moins de six mois », déplore-t-il.

14:46 – Le président François Hollande est arrivé vendredi à 14H30 à l’Élysée, où il doit présider à 15H30 un Conseil restreint. Le chef de l’État, qui est revenu précipitamment de Bruxelles après l’attentat, a convié à ce Conseil le Premier ministre Manuel Valls (en visio-conférence depuis la Colombie) et les ministres Laurent Fabius (Affaires étrangères), Christiane Taubira (Justice) et Jean-Yves Le Drian (Défense).

14:45 – Selon les premiers éléments de l’enquête, l’auteur de l’attentat est arrivé dans une voiture bénéficiant d’un agrément pour accéder au site, classé Seveso.

14:44 – Après l’attentat commis en France par un islamiste, Manuel Valls condamne aussi sur Twitter l’attaque sanglante perpétrée en Tunisie qui a fait 27 morts dont de nombreux touristes.

14:10 – Une source proche de l’enquête indique qu’au moins une autre interpellation que celle de Yassine Salhi a eu lieu. « Un véhicule a été repéré en train de faire des allers-retours suspects en périphérie de l’enceinte, son numéro d’immatriculation a été relevé et son propriétaire a été identifié. Il a été arrêté ». Toutefois, aucun lien formel n’a été établi à ce stade entre l’attaque et cet homme.

13:58 – « Des personnes ayant pu participer à ce crime abject ont été mises en garde à vue après avoir été arrêtées », dit le ministre de l’Intérieur, sans plus de précisions.

13:56 – Bernard Cazeneuve rend hommage au pompier qui a neutralisé le jihadiste présumé. « L’auteur supposé de ce crime a été neutralisé (…) par une personne du SDIS (service départemental d’incendie et de secours) de l’Isère qui s’est rendue sur place et qui, avec beaucoup de courage et de sang-froid, a procédé à la mise hors d’état de nuire ».

13:53 – Le Premier ministre Manuel Valls écourte son voyage en Amérique du Sud pour rentrer à Paris.

13:38 – L’auteur présumé de l’attentat en Isère avait été fiché entre 2006 et 2008 par les services de renseignements pour « radicalisation ». Il « a fait l’objet d’une fiche S en 2006 qui n’a pas été renouvelée en 2008 », selon le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve

13:34 – L’auteur présumé de l’attentat s’appellerait Yassine Salhi (orthographe non confirmée), âgé de 35 ans, selon Bernard Cazeneuve.

13:33 – Les pompiers ont masqué la zone où a été retrouvée la tête d’une bâche de plastique noir. Un journaliste de l’AFP a également vu deux drapeaux islamistes sur le grillage, ce qui semble indiquer une volonté de mise en scène.

13:29 – Un retraité vivant à 600 mètres des lieux de l’attentat raconte à l’AFP: « je bricolais sur le pas de la porte et j’ai entendu une énorme explosion. J’ai pensé à un avion qui passait le mur du son tout en devinant aussitôt que c’était grave. Il y a beaucoup d’entreprises classées Seveso dans le coin. Jamais je n’aurais pensé à un attentat ».

13:26 – « Les démocrates feront toujours front contre la barbarie », déclare le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy.

13:26 – Selon Bernard Cazeneuve, le suspect « résiderait à Saint Priest », dans la banlieue lyonnaise.

13:22 – Cazeneuve appelle à « la retenue et à la dignité ». Il rappelle l' »effort exceptionnel » engagé par le président et le Premier ministre pour assurer un haut niveau de protection des Français face aux risques terroristes, depuis le mois de janvier.

13:19 – Le risque d’attentat demeure « à un niveau très élevé », selon M. Cazeneuve

13:16 – L’homme interpellé « n’avait aucun casier judiciaire », selon Bernard Cazeneuve. Il a toutefois été fiché en 2006 pour radicalisation.

13:16 – Bernard Cazeneuve sur place : « l’identité du criminel est en cours de précisions »

13:13 – Pour François Hollande, il faut « éradiquer les groupes et individus responsables de tels actes ».

13:11 – Nicolas Sarkozy réclame « toute la lumière » et un « niveau de vigilance rehaussé » après l’attentat.

13:10 – Le président du Conseil européen, Donald Tusk exprime dans un tweet ses « sincères condoléances et sa solidarité » à François Hollande et à la France.

13:09 – « Unité de la Nation face au nouvel attentat commis ce matin dans l’#Isère. Combattre la barbarie et défendre notre République », réagit le président de l’Assemblée nationale Claude Bartolone sur son compte Twitter.

13:08 – « Grande émotion devant cet attentat et son mode opératoire. Restons unis. Pas d’amalgames. Ne jouons pas sur les peurs », écrit sur Twitter le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis.

13:02 – François Hollande raconte l’attentat depuis Bruxelles: « Cet attentat, c’est un véhicule conduit par une personne, peut-être accompagnée d’une autre, et qui à vive allure se projette sur cet établissement classé Seveso contenant des bouteilles de gaz. L’intention ne fait pas de doute, c’est de provoquer une explosion. L’attaque est de nature terroriste dès lors qu’il a été retrouvé un cadavre décapité avec des inscriptions ».

13:00 – François Hollande annonce la tenue d' »un conseil restreint » à l’Elysée à 15H30.

12:57 – François Hollande parle d’un auteur, « peut-être deux ». Il souligne la « nécessité de ne pas céder à la peur », de ne pas créer « de suspicions intolérables » ou « de divisions inutiles ». Il confirme qu’un auteur a été « arrêté » et « identifié ».

12:47 – « Toutes les dispositions sont prises pour éviter tout drame supplémentaire », a ajouté M. Hollande qui s’exprime à Bruxelles où il participe à un sommet européen.

12:46 – Le président François Hollande : « l’attaque est de nature terroriste ».

12:16 – Un Conseil de défense se réunira à 15h à l’Elysée.

11:59 – « Le corps décapité d’une personne a été retrouvé à proximité de l’usine mais on ne sait pas encore si le corps a été transporté sur place ou pas », selon la source. Un des auteurs de l’attentat est entré dans l’usine Air Products, classée Seveso (site sensible), un drapeau islamiste à la main et y a fait sauter plusieurs bonbonnes de gaz. Selon le Dauphiné libéré, l’attaque s’est produite vers 10h.

11:58 – L’homme soupçonné d’avoir participé à cette attaque, arrêté par les gendarmes, est connu de la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Des recherches sont en cours pour vérifier s’il était ou non accompagné d’un complice. « Selon les premiers éléments de l’enquête, un ou plusieurs individus, à bord d’un véhicule, ont foncé sur l’usine. Une explosion s’est alors produite », a dit une autre source proche du dossier.

11:48 – Selon le site du Dauphiné Libéré, qui a révélé l’information, des techniciens en identifications criminelles de la gendarmerie de Grenoble sont arrivés sur place vers 11H00. Les différents lieux de l’attaque ont été « gelés ». Selon une source proche de l’enquête, qui s’est confiée au journal, d’autres attentats ne seraient pas exclus. Un très important dispositif de gendarmerie est déployé sur le site. Les employés de la société Air Products, très choqués car certains ont été témoins de l’attaque, vont être accueillis dans une salle polyvalente de la commune voisine de la Verpillière.

11:48 – Le parquet antiterroriste se saisit de l’enquête sur l’attentat.

11:48 – François Bernard Huyghe, spécialiste des questions terroristes à l’IRIS (Institut des Relations Internationales et Stratégiques), affirme sur BFM TV : « doctrinalement », cet attentat pourrait être lié aux jihadistes : « Si vous ne pouvez pas vous battre en Syrie, faites des attentats chez vous » est une recommandation de l’EI, comme « s’attaquer à des installations énergétiques ». « La décapitation est dans la logique djihadiste », rappelle-t-il aussi.

11:44 – L’auteur présumé de cet attentat a été interpellé par les gendarmes et était connu des services de renseignements. Des recherches sont en cours pour vérifier s’il n’était pas accompagné d’un complice.

11:43 – La tête de l’homme, retrouvée décapitée, était accrochée à un grillage extérieur et recouverte d’inscriptions en arabe, a-t-on appris de source proche du dossier.

attentat islamiste Isère

11:38 – Le Premier ministre Manuel Valls ordonne une « vigilance renforcée » sur tous les sites sensibles de Rhône-Alpes, annonce Matignon.

11:34 – LA TETE DECAPITEE ET RECOUVERTE D’INSCRIPTIONS EN ARABE ETAIT ACCROCHEE A UN GRILLAGE

11:30 – Un premier bilan fait état d’un mort, retrouvé décapité sur place, et de deux blessés légers, selon une source proche de l’enquête.

11:27 – Patrice, témoin employé d’une entreprise voisine, déclare sur BFM TV, qu’une forte explosion a été entendue et que des barrages de gendarmerie ont été dressés dans le secteur.

11:22 – « Selon les premiers éléments de l’enquête, un ou plusieurs individus, à bord d’un véhicule, ont foncé sur l’usine. Une explosion s’est alors produit », selon une source proche du dossier. « Le corps décapité d’une personne a été retrouvé à proximité de l’usine mais on ne sait pas encore si le corps a été transporté sur place ou pas », a ajouté cette source, évoquant aussi « un drapeau avec des inscriptions en arabe retrouvé sur place ». Un des auteurs de l’attentat est entré dans l’usine Air Products un drapeau islamiste à la main et y a fait sauter plusieurs bonbonnes de gaz. Selon le Dauphiné Libéré, l’attaque s’est produite vers 10h.

11:21 – ARRESTATION D’UN HOMME SOUPCONNE D’ETRE l’AUTEUR DE L’ATTENTAT

11:15 – La député PS de l’Isère Joëlle Huillier affirme sur BFM TV qu’un homme a déjà été interpellé peu après l’attaque.

11:15 – Selon des premiers témoignages cités par des chaînes d’information françaises, un homme a forcé un barrage à l’entrée de l’usine de produits chimiques dans la localité.

11:12 – Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, se rend immédiatement sur place, indique son entourage.

11:08 – EN DIRECT – Une personne est morte et plusieurs autress ont été blessées dans un attentat commis ce matin dans une usine de gaz industriels à Saint-Quentin-Fallavier, dans le nord de l’Isère, a-t-on appris de source proche du dossier. L’auteur présumé de l’attentat est entré dans l’usine un drapeau islamiste à la main et il a fait sauter plusieurs bonbonnes de gaz, a ajouté cette source. Un corps décapité a été retrouvé à proximité de l’usine.

attentat islamiste Isère

*Photo : © AFP PHILIPPE DESMAZES

DSK et Le bruit de la douche

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« « Fuck », jura-t-elle, en tirant sur les fils des écouteurs. Pendant qu’elle enroulait ces derniers autour du maudit appareil, elle entendit quelque chose. Elle ne bougea pas et tendit l’oreille, concentrée. C’était bien le bruit de l’eau qui coulait dans une douche. L’occupant de la suite avait omis de prévenir qu’il était présent en accrochant le fameux « Do not disturb ». »

Ça débute comme ça. Nafissatou Diallo faisait le ménage au Sofitel en écoutant Amy Whinehouse sur son MP3 (« He left no time to regret Kept his dick wet… » — les paroles, prémonitoires pour l’occasion, de Back to Black), elle a oublié de le recharger, l’appareil est tombé en panne, elle a entendu le bruit de la douche, et conséquemment, « claquant la porte, elle se dirigea vers la suite voisine. » Pas de faux-pas de DSK, pas de provocation, ni de pipe matinale, rien n’est arrivé, DSK est donc élu président de la République et s’engage dans une politique que ne renierait pas Nicolas Dupont-Aignan, par la grâce d’une conseillère en communication issue du PS mais qui est visiblement un sous-marin chevènementiste.

C’est peut-être là que notre ami David Desgouilles, dont Causeur héberge depuis belle lurette le blog plein d’alacrité, est le moins crédible : il resterait donc au PS des gens intelligents ? Guillaume Bachelay, dont le petit doigt est plus intelligent que toute l’imposante personne de Cambadélis, a beau être secrétaire national de la rue de Solférino, il n’a ni ministère, ni pouvoir d’infléchir la politique de ce parti de crapules menchéviks. On se méfie comme la peste des gens capables dans ce milieu de haute médiocrité.
C’est d’ailleurs ce qui ressort le plus visiblement de ce roman de politique-fiction : la nullité exceptionnelle de tous ces gens, DSK compris.
C’est là aussi que le bât blesse, romanesquement parlant. Quand le personnage le plus intelligent est Eric Zemmour (auquel Desgouilles offre plus qu’un strapontin dans son ouvrage), quand il faut inventer de toutes pièces une fille qui réfléchit (à ceci près qu’elle couche avec un gros incapable, dominé de la tête et des épaules, au lieu de se taper tranquillement DSK, ce qu’aurait fait toute femme raisonnable avec des hormones en état de marche), quand les dialogues mettent aux prises des pseudo-sommités qui sont des zéros qui ne multiplient que parce qu’ils ont été élus ou désignés par d’autres incapables, on atteint rapidement les limites de l’uchronie : ce monde imaginaire ne me tente pas plus que le monde réel, et il faut beaucoup de talent à l’auteur pour nous intéresser aux manœuvres d’appareils des socialistes et des sarkozystes. Imaginez l’un quelconque de ces ectoplasmes aux prises avec Retz, Mazarin — ou Clémenceau, dont Desgouilles, avec beaucoup d’humour, met le visage sur les nouveaux billets d’une France régénérée.

Marianne a beaucoup aimé le livre. Jacques Sapir (qui a dans le roman un petit rôle déterminant) aussi : rien d’étonnant à ce que Desgouilles convoque l’économiste préféré de Dupont-Aignan (et lui-même auteur d’une uchronie sur les années 1940, Et si la France avait continué la guerre — voir ici) pour étayer ses digressions économiques — notre ami doit être marxiste sans le savoir, l’économie est pour lui le facteur déterminant en dernière instance, alors qu’en authentique mao gramscien que je suis, je persiste à croire que c’est le facteur politique. Mais ce sont des divergences de surface.

L’uchronie est un mode exigeant. Il suppose une hypothèse audacieuse, un renversement complet des perspectives. Je ne saurais trop recommander, sur le sujet, la jolie étude qu’Emmanuel Carrère consacra jadis au genre (Le détroit de Behring, dont le titre vient d’une anecdote, que je vous laisse découvrir, sur la façon dont l’Encyclopedia Sovietica géra l’élimination de Beria), où l’on apprend que le mot fut inventé par Charles Renouvier en 1876 (l’Uchronie – l’Utopie dans l’Histoire — apocryphe du développement de la civilisation européenne tel qu’il n’a pas été, tel qu’il aurait pu être), mais que le prototype est un roman de Louis-Napoléon Geoffroy-Château, avec son Napoléon ou la conquête du monde (1836), qui raconte la victoire de Napoléon à Waterloo, et ce qui en résulta du point de vue de l’organisation du monde. Giscard d’Estaing a dû s’en imprégner en écrivant sa propre uchronie, la Victoire de la Grande armée (Plon, 2010), où l’Empereur balaie Koutouzof sous les murs de Moscou, puis choisit bizarrement de laisser son trône au Prince Eugène — si, je l’ai lu ! —, parenté jadis soulignée par Laurent Joffrin dans sa critique de cet ouvrage dispensable. Parmi les grandes réussites du genre, il y a bien sûr Le Maître du haut château, de Philip K. Dick — sur lequel ce même Carrère a écrit un brillant essai : tout se recoupe.

Il y a donc l’uchronie, genre auquel Desgouilles emprunte son « mentir vrai », comme aurait dit Aragon. Et le roman historique, qui suppose des personnages inventés forts (D’Artagnan et ses acolytes) face à des personnages historiques puissants (Richelieu ou Mazarin). Et comme l’a jadis souligné Lukács, un roman historique en dit autant sur la période à laquelle il a été écrit que sur celle où il situe l’action. Il y a dans les Trois mousquetaires un vent de romantisme propre à Dumas, et dans Vingt ans après, rédigé pourtant dans la foulée deux ans plus tard, une nostalgie du romantisme propre à cette génération qui voyait inéluctablement ses rêves s’enfoncer dans le règne sans ressort de Louis-Philippe.
Pour faible que soit l’écart entre les faits rapportés par Desgouilles (2012) et l’actualité de 2015, ce qui ressort le plus c’est l’effarante nullité de la classe politique. C’est peut-être la limite de l’ouvrage : comment intéresser le lecteur à de si petits hommes. Quand Benoît Duteurtre avait écrit le Retour du général (2010 — voir ici), il avait ressuscité De Gaulle pour avoir un caractère fort à opposer aux ectoplasmes modernes. Desgouilles a bien tenté, avec son héroïne, de créer un vrai cerveau au milieu de cette bande de minables, ce qui surnage est justement le sentiment qu’il ne nous faut pas DSK, qui ne fut jamais, hélas, que ce qu’il est, mais un vrai lider maximo, dont je ne vois pas bien l’émergence dans la France contemporaine. Anne-Sophie Myotte (ainsi s’appelle la grande ordonnatrice de ce retour à la souveraineté nationale) n’est pas Marie-France Garaud, qui insuffla à Chirac la capacité à gagner Paris d’abord, la France ensuite.

Au total, c’est un roman fort divertissant par cela même qu’il met en scène, parfois avec une ironie bien venue, une bande de faux-poids et de demi-portions que l’Histoire engloutira prochainement — dès que les circonstances nous donneront un individu capable de répondre aux défis contemporains, au lieu de politicards soucieux de leur survie en milieu médiatique. Nous en sommes loin pour le moment : toute cette fiction souverainiste n’était qu’un cauchemar de Pierre Moscovici, nullard d’entre les nullards, donc à ce titre nommé à la direction d’une instance européenne, et qui symboliquement a le dernier mot de cette histoire tragique sous le rire.

Le bruit de la douche

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*Photo : Abode of chaos.

Taxis contre Uber: le monde à l’envers

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Uber taxis Cazeneuve

(Avec AFP) Hier, c’était le monde à l’envers : d’un côté le ministre de l’Intérieur jouait les chefs de gouvernement en prenant des mesures contre l’activité d’une entreprise étrangère en France, de l’autre le Premier ministre revenait à son ancien rôle de superflic en condamnant seulement des violences « inadmissibles ».

Depuis plusieurs mois, le groupe américain Uber s’est engagé dans un bras de fer avec l’État, autour de son application mobile UberPop, service mettant en relation des passagers et des particuliers au volant de leur véhicule personnel.

Après des incidents répétés ces derniers mois, 2800 taxis se sont donc mobilisés hier en France sur une « trentaine de points de blocage », selon une source policière. Et comme prévu, les choses ont rapidement dégénéré dans plusieurs villes.

Bernard Cazeneuve, théoriquement chargé du maintien de l’ordre, a choisi son camp : celui des chauffeurs de taxis, qui ont pourtant passé la journée a caillasser, retourner ou simplement vider de leurs occupants des véhicules de transport de personnes (VTC). Parfois, on a beau être progressiste, il faut bien arrêter le progrès.

Manuel Valls était quant à lui en voyage officiel en Colombie, d’où il a promis des sanctions aux auteurs des exactions « qui se trouvent dans les deux camps » selon lui. Au moins huit chauffeurs de taxis, de véhicules UberPop ou d’autres VTC ont en effet été placés en garde à vue. Mais on se doute un peu de qui s’en est pris à qui…

Le même jour, pour la première fois, un député socialiste « frondeur » démissionnait du PS, jugeant que dans le parti, « la ligne sociale-libérale a gagné avec Manuel Valls et Emmanuel Macron ». Drôle de timing, puisque du FN à l’extrême-gauche en passant par Les Républicains, l’ensemble de la classe politique prenait pendant ce temps-là le parti des taxis contre la « concurrence déloyale » d’Uber.

En revanche, il suffisait d’avoir un compte Facebook ou Twitter pour percevoir hier le sentiment radicalement inverse qui dominait parmi les simples citoyens. Photos, vidéos, blagues plus ou moins fines et témoignages accablants n’ont pas cessé de s’échanger, dressant un portrait peu flatteur des chauffeurs de taxis et de leurs prestations. Un événement créé sur Facebook, intitulé « Grève des utilisateurs de taxis », a même réuni en quelques heures plus de 50 000 personnes.

Exceptionnellement, le quotidien français de référence lui-même aurait pu se rebaptiser Le Monde à l’Envers, puisqu’il admettait dans un éditorial, à propos des taxis : « Ceux-ci ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes, à leur malthusianisme et à leurs archaïsmes. Chacun sait que le système traditionnel est insuffisant pour répondre à la demande et trop onéreux pour ne pas susciter la concurrence. »

Alors que nos élites communient dans la défense d’un vieux monopole qui exaspère les usagers, le journal de Pigasse et Bergé aurait-il basculé du côté obscur, celui du populisme le plus trash ? « Chacun a fait l’expérience d’un service dont la qualité est bien souvent insuffisante (…). Plutôt que de s’arc-bouter sur leur privilège, les taxis auraient dû, depuis longtemps, se moderniser. »

Le monde à l’envers on vous dit, comme une voiture Uber un jour de manif des taxis.

*Photo : © AFP ANNE-CHRISTINE POUJOULAT

Espionnage: nous sommes tous des agents américains

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wikileaks ecoutes hollande

Libération et Mediapart viennent de révéler que les trois derniers présidents français ont été mis sur écoute par le gouvernement américain. On sait depuis plusieurs années déjà que la NSA est engagée dans un programme d’espionnage intensif. Ce qu’on découvre, c’est qu’il est sans limites, même celles qu’imposent une certaine décence entre alliés.

Il apparaît que les États-Unis sont à la tête d’une entreprise généralisée d’espionnage qui n’épargne personne ni aucun Etat. Ils en sont le pivot parce que le système d’alliance qui se concrétise dans l’Otan a pour but de contraindre chaque membre de l’organisation à être dépendant des normes, de la technologie et des standards américains. Il est désormais quasiment impossible d’envisager une sortie d’un avion français au Mali sans une reconnaissance satellitaire américaine préalable. De planifier un bombardement de Daesh sans s’intégrer dans un dispositif complexe qui dépend de la technologie américaine.

Le renseignement est une drogue et les USA sont les dealers de la planète. Ils disposent de moyens absolument hors de portée d’aucun autre Etat et cette supériorité technologique exerce un double effet. Une fascination tout d’abord : les technocrates militaires et civils de tous les Etats européens sont fascinés par le dispositif américain. Même s’il est vicieux et s’il abolit nos libertés. On voit en France, le gouvernement de François Hollande instaurer une loi sur le renseignement qui n’a rien à envier dans ses principes au Patriot Act américain. Les moyens en moins. Une dépendance politique ensuite : François Hollande est incapable de prendre des mesures de rétorsion à l’encontre des USA suite aux révélations des écoutes car il sait qu’il dépend du bon vouloir des Américains sur un certain nombre de théâtres d’opérations.

Cette situation n’est pas le fruit du hasard ou de la nécessité. Elle résulte d’une politique commencée sous Balladur, poursuivie par Chirac et Sarkozy, amplifiée par Hollande. C’est la politique de réintégration puis d’intégration complète dans l’Otan. Le général de Gaulle avait souhaité quitter l’organisation intégrée pour se soustraire à cette logique d’intégration justement. En retournant pleinement dans toutes les instances politiques, opérationnelles, techniques, de l’Otan, la France a choisi de se soumettre au principes de l’intégration. Ces principes ne sont pas ceux d’une coopération multi-latérale avec les alliés, mais ceux d’une série d’accords bilatéraux au seul profit des USA : les Anglais aident les Américains à espionner les Allemands, les Allemands passent un contrat avec la NSA pour espionner la France. On découvrira sans doute dans les prochains mois que la DGSE a passé un contrat avec la NSA pour espionner à son tour l’Allemagne…

En lisant les commentaires sur les réseaux sociaux après les révélations de Wikileaks, la phrase qui revient le plus souvent est « de toute façon, tout le monde espionne tout le monde ». Outre que cette appréciation est fausse (il est fort douteux que la France ait mis sur écoute le téléphone d’Obama), elle est très révélatrice d’une soumission généralisée à l’atlantisme. Cet état d’esprit n’est pas non plus né du hasard, il résulte de deux facteurs. D’abord, la perte de repères et l’abaissement des valeurs morales sous l’influence du cinéma hollywoodien (des séries en particulier) qui glorifie l’espionnage technologique et montre la torture sous un jour bienveillant. Ensuite la construction d’un ennemi imaginaire par la politique russophobe complaisamment relayée dans les médias atlantistes (Le Monde d’Arnaud le Parmentier, en particulier). En réintégrant l’Otan, nos politiques ont fait de nous tous des agents américains. Il n’est plus temps de nous en plaindre.

Le retour de la France dans l’organisation atlantique est bien la faute originelle qui met la France dans cette situation de dépendance. La révélation des actes de pirates commis par les Américains à l’égard de nos institutions n’en est qu’un épiphénomène. Les Indignations ne sont que de façade car aucun homme politique ne propose aujourd’hui de sortir de l’Otan. Ni Juppé, ni Sarkozy, ni Hollande, ni encore moins Valls ne veulent rompre avec la sujétion aux USA. Ils avaleront toutes les couleuvres, toléreront toutes les avanies, subiront toutes les pressions.

*Photo : wikicommons.

Etats-Unis: Un pas de plus vers l’immortalité?

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Il y a deux choses sur Terre qu’on ne peut arrêter : la mort et le progrès. Mais il semblerait que le second soit en mesure d’arrêter la première. Aujourd’hui, aux Etats-Unis, on discute le fait de guérir la vieillesse. Finie la fatalité !

La vieillesse étant une maladie chronique comme une autre, on a trouvé un médicament qui traite celle-ci comme on traiterait le SIDA.  Des chercheurs avaient rendez-vous hier à la FDA (US Food and Drug Administration), un organisme public décidant de la commercialisation ou non des médicaments et produits alimentaires, non seulement pour défendre ce médicament mais aussi la prise en charge de son coût par les assurances santé ! Dans une grande démocratie, l’immortalité ne devrait pas être un produit de luxe mais plutôt de première nécessité…

De quoi s’agit-il ? Une molécule, la metformine, utilisée depuis soixante ans pour soigner le diabète, s’est avérée capable de retarder le vieillissement du corps. Des tests ont eu lieu, on a découvert que les diabétiques soignés avec ce médicament vivaient plus longtemps que les autres, qu’ils soient malades ou sains. D’autres expériences, effectuées sur nos amies les souris, ont confirmé la chose : ce médicament ralentit le vieillissement du corps. Pour le moment, on ne sait pas précisément pourquoi mais on suppose que ça agirait sur les cellules.

Nir Barzilai, physicien de l’Albert Einstein College à New-York, est le chef du groupe qui va se présenter aujourd’hui à la FDA. Ses camarades et lui veulent mettre un place un test sur 3 000 personnes âgées pendant 5 à 7 ans. Ce test, qui devrait coûter 50 millions de dollars, n’est pas encore financé et la décision de la FDA dépendrait en grande partie l’issue de leur collecte de fonds.

Plus généralement, la décision que rendra la FDA risque de bouleverser encore plus profondément l’idée même que nous avons de la médecine. En considérant la vieillesse non plus comme un devenir biologique mais comme une maladie, on ouvre la voie à une nouvelle conception de l’homme. Sommes-nous des êtres soumis à la nature ou sommes-nous capables de nous en affranchir ?

Barzilai et ses collègues se gardent bien de dire qu’ils veulent faire disparaître la mort. Ils savent trop bien que soulever ce débat revient à s’attirer les foudres de tous ceux qui craignent un avenir, chaque jour moins utopique, habité par des post-humains ayant échappé à la finitude. On ne parle donc que de faire reculer la vieillesse, sans dire que c’est une étape obligée sur la longue route vers l’immortalité. En tout cas, aux Etats-Unis, où on peut écoper d’une peine de prison de plusieurs siècles, l’immortalité trouvera son utilité.

France inter : Timeo Danaos…

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Les eurolâtres de la rédaction matinale de France Inter, Patrick Cohen et Bernard Guetta ont monté ce matin une opération de prestige : anticipant  la conclusion d’un accord avec la Grèce lors du Conseil européen, ils s’étaient transportés à Bruxelles pour célébrer l’événement.  Jean-Claude Juncker en personne était prévu pour  saluer cette sortie de crise à laquelle il avait consacré toute sa finesse diplomatique luxembourgeoise. Bernard Guetta, resté pendant ces dernières semaines bien silencieux sur le sujet, aurait entonné, à sa manière «  L’hymne à la joie » et répété une fois de plus que «  L’Europe avance de crise en crise vers son avenir fédéral radieux » et aurait stigmatisé les esprits chagrins eurosceptiques.

Las ! Les douloureuses concessions d’Alexis Tsipras, saluées prématurément par François Hollande, se sont révélées une nouvelle ruse pour gagner du temps… Retour, donc, à la case départ et à l’affrontement direct des Grecs avec les 27. L’expédition bruxelloise de France Inter a donc tourné au Waterloo médiatique : faute de Juncker, retourné au charbon, on eut droit à un débat insipide entre un député européen vert belge (double peine !) et un démocrate chrétien luxembourgeois nommé Engel (ça ne s’invente pas !). Bernard Guetta, jadis bon latiniste de l’hypokhâgne de Henri IV, aurait dû relire Virgile : «  Timeo Danaos et dona ferentes » ‘(Je crains les Grecs, même lorsqu’ils apportent des présents).

L’euro et la Grèce: la politique d’abord!

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grece euro allemagne tsipras

La crise grecque est une affaire politique. C’est une affaire politique, tout d’abord, parce que l’Union européenne est une structure politique et sa monnaie unique, l’euro, tout autant. Ceux qui ont fait l’euro savaient pertinemment qu’arrimer à une seule devise plusieurs Etats, plusieurs économies très hétérogènes, plusieurs marchés – et codes – du travail et plusieurs systèmes fiscaux n’était pas tenable. Il aurait logiquement fallu commencer par l’Europe politique, c’est-à-dire un projet qui consiste à gommer toutes les différences entre États – fiscalités, droit du travail et j’en passe – pour créer un super-Etat européen avant d’envisager une monnaie supranationale unique. Mais ce n’était pas possible, politiquement. L’euro a donc été créé par des gens qui savaient que cette monnaie sans Etat causerait tôt ou tard une crise, et qu’à ce moment-là le seul remède – pensaient-ils – serait, vous l’avez deviné, une Europe politique!

L’intégration de la Grèce à la zone euro était politique. L’histoire est aujourd’hui connue. À la fin des années 1990, nos dirigeants savaient que, du point de vue économique, la Grèce n’avait rien à y faire, mais ils faisaient de la politique. Jeu de dupes entre Français et Allemands, Paris essayant d’arrimer les wagons de l’Europe du sud à la locomotive de Berlin pour mieux brimer et contrôler ce dernier. À Berlin, on avait tout compris, mais on se disait qu’« ils allaient voir ce qu’ils allaient voir ». Pour Athènes, c’était aussi de la politique. Sans effort réel, pensaient les dirigeants grecs, la Grèce continuerait de bénéficier, directement et indirectement, de la manne européenne. Cela devait coordonner le projet stratégique de la stabilisation définitive de la Grèce entamé avec son intégration à l’Europe quelques années après la chute des Colonels. Et surtout à l’époque tout le monde ou presque partageait alors la vision stratégique de Chirac : si ça pète, on se débrouillera ! Et puis, ça a pété.

Certains des bénéficiaires de ces politiques, c’est-à-dire les citoyens grecs, se sont trouvés acculés. Du coup, pour la première fois ils ont commencé à parler économie. Austérité ou keynésianisme, taux d’échange et sauvetage du système bancaire. Alors que c’est politique ! La dette est une arme politique pointée contre la tempe de la Grèce. C’est sous la menace mortelle d’une banqueroute que la démocratie grecque a commencé à faire de la politique : revoir ses priorités, s’attaquer au cadastre, à la fiscalité, à la corruption, au clientélisme… Parfois, on aurait juré que les gouvernements grecs demandaient eux-mêmes aux « institutions » de tenir bon la barre des réformes pour mieux se tourner ensuite vers leurs citoyens et clamer que « Non ! Ce n’est plus possible ! » Si l’ardoise est effacée avant que la Grèce ne se remette sur les rails – suivant les modalités qu’elle aura choisies – elle ne sortira pas de l’ornière. Chacun demandera sa part du gâteau et tout recommencera.    

Et la souffrance du peuple grec ? C’est une excellente question, même quand elle vient de ceux qui ont un petit faible pour Robespierre ou Staline. Il faut reconnaître cette souffrance et faire ce qui est possible pour l’atténuer. L’état des services de santés grecs est une honte pour l’Europe et une tache indélébile sur son histoire. Mais il faut aussi comprendre que, puisqu’il s’agit de politique, les choses sont souvent présentées de façon légèrement biaisée. Ainsi, la fermeture de la télé grecque, il y a deux ans, a été présentée comme une question de liberté d’expression et de lutte pour un service public de qualité. En réalité, il s’agissait d’un mammouth de 2700 salariés que beaucoup souhaitaient depuis longtemps reformer et rationaliser, chose impossible avant que la crise et la dette ne donnent au gouvernement la force de dire stop. Quant à la question des retraites, nous avons évidemment vu ce que l’actuel gouvernement grec souhaitait nous montrer. Il fallait s’y pencher plus en détail pour découvrir que la retraite anticipée à 55 ans est devenue une magouille permettant de diminuer le nombre de fonctionnaires : on les fait passer du statut de salariés de l’Etat à celui de retraités de l’Etat. Quand les « institutions » posent des questions parce que cela fait exploser la facture, nos médias ne trouvent que des mamies de 90 ans dont la pension de retraite fait vivre toute une famille. Personne n’a le droit de s’interroger sur les choix politiques faits en amont par les grecs, en revanche tout le monde est prié de passer à la caisse.

La crise grecque est une histoire malheureuse et les responsabilités sont tellement nombreuses qu’il y en a pour tout le monde, nous compris. Mais puisqu’il s’agit d’une affaire éminemment politique, il faut comprendre que les Grecs ont aujourd’hui besoin de cette dette pour se mettre en mouvement – dans la direction qu’ils choisiront démocratiquement. La démocratie grecque a été tellement affaiblie par des intérêts particuliers que seule la dette lui permet de rétablir un rapport de force avec ces derniers et mettre en avant l’intérêt général. C’est aussi ça, la politique.

Djihad à crédit

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On dit que les jeunes djihadistes sont des adolescents en perdition qui ne réfléchissent pas beaucoup. Il est même beaucoup d’endroits où on les qualifie sans ménagements d’«abrutis». Pourtant, en Suède, on nous apprend que certains ne manquent pas de ressources. Que ce soit pour commettre des attentats en France, en Tunisie ou au Koweït, ou pour rejoindre le califat, les apprentis moudjahidines doivent faire preuve d’imagination.

Quand on aspire à faire la guerre sainte, on ne peut pas se pointer à Daech les poches vides. Après avoir payé son billet d’avion pour Istanbul, détour obligé vers la frontière syrienne, on doit encore s’assurer d’avoir suffisamment d’argent pour s’acheter une voiture. Il faut pouvoir crâner devant les copains.

Martin Frimansson, expert en financement terroriste au service de la sûreté en Suède (la Sapö), nous éclaire sur la dure condition de djihadiste : « Si vous avez de l’argent ou une voiture, vous devenez automatiquement un chef d’équipe. Si vous n’avez pas d’argent quand vous arrivez, ou pas de voiture ou quoi que ce soit d’autre, vous vous retrouverez peut-être à conduire une ambulance ». Ce serait quand même dommage de parcourir des milliers de kilomètres pour devenir ambulancier.

Alors, pour éviter ce type de désagréments, les candidats au djihad ont trouvé la parade : ils empruntent de l’argent à crédit. Ils le font auprès des banques suédoises. Elles doivent voir d’un très bon œil la hausse de la demande de crédits de la part d’une jeunesse qu’on pourrait croire rétive à l’endettement. Mais ces jeunes profitent aussi d’un nouveau système permis par l’existence des smartphones. Le crédit par SMS. Il faut avouer que c’est une idée brillante. On envoie un SMS à un organisme de crédit, on emprunte 10 000 euros en deux minutes, on a son compte crédité dans la semaine et on peut s’acheter une voiture. Ce qu’on aime bien à Daech, ce sont les Toyota. À deux ou trois, on peut se cotiser et s’acheter un petit 4×4. Comme ça, plus tard on pourra se pavaner dans les rues de Raqqa. Les femmes en burqa sont très sensibles à ces choses-là.

Frimansson, qui déplore bien évidemment le laxisme des organismes de prêt, nous apprend qu’il faudrait renforcer le suivi des emprunteurs. Ça pourrait être une bonne idée. Ce qu’il ne nous dit pas, et c’est bien dommage, c’est si les débiteurs, une fois débarqués dans le désert, pensent à rembourser leurs traites.

En tous cas, alors qu’en mai la demande de crédit à la consommation est annoncée à la baisse en France, le secteur du crédit pour le djihad, lui, ne connaît pas la crise. Enfin une bonne nouvelle pour l’économie mondiale.

*Photo : Eduardo Soriano-Castillo.

Attaque meurtrière contre deux hôtels en Tunisie

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(Avec AFP) – Des milliers de touristes étrangers s’empressaient de quitter samedi la Tunisie au lendemain d’un carnage dans un hôtel revendiqué par le groupe djihadiste Etat islamique.

Condamné comme « barbare » par la communauté internationale, l’attentat, commis vendredi par un étudiant tunisien contre les clients de l’hôtel Riu Imperial Marhaba à Port El Kantaoui près de Sousse (140 km au sud de Tunis), est le pire de l’histoire récente de la Tunisie.

Il a porté un nouveau coup au secteur vital du tourisme, trois mois après l’attaque contre le musée du Bardo à Tunis (22 morts, dont 21 touristes), également revendiquée par l’EI, groupe ultraradical qui sème la terreur surtout en Syrie et en Irak.

Selon un dernier bilan provisoire du ministère de la Santé, l’attaque a fait, outre les 38 morts, 39 blessés dont 25 Britanniques, sept Tunisiens et trois Belges.

Se faisant passer pour un vacancier selon les autorités, un étudiant qui avait caché son arme dans un parasol a ouvert le feu sur les clients sur la plage puis au bord des piscines de l’hôtel. Il a été ensuite abattu.

L’attentat a eu lieu le même jour qu’un autre revendiqué aussi par l’EI contre une mosquée chiite au Koweït (26 morts) et qu’une attaque avec décapitation d’un homme en France, à trois jours du 1er anniversaire du « califat » proclamé le 28 juin 2014 par l’EI sur les territoires qu’il a conquis en Syrie et en Irak.

Dans sa revendication, l’EI a affirmé qu’un « soldat du califat » a « pu parvenir au but » en tuant « des sujets des Etats de l’alliance croisée », en référence à la coalition internationale antidjihadistes qui bombarde ses fiefs en Syrie et en Irak.

Le Premier ministre tunisien Habib Essid, dont le pays voit monter la menace djihadiste depuis sa révolution en 2011, a lui annoncé des mesures visant à renforcer la sécurité, dont la fermeture d’environ 80 mosquées accusées d’« inciter au terrorisme » et le recours à l’armée de réserve.

La fermeture de telles mosquées « illégales » avait déjà été annoncée par le gouvernement précédent.

L’auteur présumé de l’attentat a été identifié comme Seifeddine Rezgui, un Tunisien né en 1992 et étudiant à Kairouan (centre). Inconnu des services de police, il a agi seul « a priori », selon le secrétaire d’Etat aux affaires sécuritaires Rafik Chelly.

« Il est entré habillé comme quelqu’un qui allait se baigner », puis a « utilisé son arme qui était cachée dans un parasol », a-t-il ajouté.

Il visait seulement les touristes, a raconté un témoin tunisien. « Le terroriste nous a dit : « Eloignez-vous, je ne suis pas venu pour vous ». Il ne nous a pas tiré dessus, il a commencé à tirer sur les touristes ».

attentat Sousse plage Tunisie

*Photo : © AFP Archives Str

Maghreb: Hollande a pris le parti de l’Algérie

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hollande bouteflika algerie maroc sarkozy

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«J’avais indiqué au roi que, pour moi, (…) il ne pouvait être question de commencer ma visite du Maghreb pour Les Républicains sans débuter par le Maroc» La carte postale qu’a envoyée Nicolas Sarkozy du Maroc, il y a quelques jours, est presque passée inaperçue. Pourtant, son hommage appuyé au roi Mohammed VI et le programme présidentiel qui lui a été concocté par les autorités marocaines en disent long sur les rapports entre la France et le Maghreb depuis l’élection de François Hollande.

Depuis que les socialistes sont aux commandes, les relations franco-marocaines se sont considérablement dégradées. Une enquête judiciaire sur le chef des services marocains, Abdellatif Hammouchi, a suffi à raviver la mauvaise humeur qui sépare Paris et Rabat. La monarchie chérifienne avait pourtant été célébrée pour son ouverture à la suite des printemps arabes: droit des femmes, mise en scène de la démocratie parlementaire, sécurité des touristes… À bien des égards, le Maroc apparaît plus moderne que l’Algérie, y compris lorsqu’on compare leurs chefs d’Etat respectifs.

Cause ou conséquence de la brouille marocaine, les relations entre Paris et Alger se sont considérablement réchauffées en trois ans. À Alger, la proximité et le ton particulièrement amical entre François Hollande et Abdelaziz Bouteflika ont contrasté avec les maladresses qui ont accompagné les visites en coup de vent de Mohammed VI à l’Élysée. L’armée algérienne a défilé sur les champs-Élysée, un ministre français s’est recueilli à Sétif pour commémorer les massacres du 8 mai 1945, la France n’a pas eu peur de se flageller pour amadouer Alger. Malgré l’image déplorable de la démocratie FLN, François Hollande s’est rendu à deux reprises en Algérie où il a eu le rare privilège d’être reçu dans la résidence présidentielle médicalisée de Zeralda. Avec Bouteflika, la diplomatie médicale bat son plein.

La sympathie personnelle de François Hollande pour l’indépendance algérienne contraste avec les difficultés de la droite à dialoguer avec l’Algérie. Reste que les fruits du réchauffement franco-algérien se font attendre. Les contrats d’armements moisissent dans les cartons, domaine où la Russie reste le partenaire privilégié de l’armée algérienne. La coopération militaire au Sahel reste a minima. Le dossier des moines de Tibérine est gelé. En 2014, Pékin est devenu le premier partenaire commercial de l’Algérie, devant la France. Bref, chaleureuse dans les discours, la relation stratégique franco-algérienne est à l’image du président algérien et de Laurent Fabius: en semi-léthargie.

Ce malentendu explique la préférence constante pour le Maroc des présidences françaises successives. Depuis que le maréchal Lyautey a personnellement protégé la dynastie marocaine, l’alliance avec la France n’a pas cessé. Les échanges économiques, militaires et touristiques dominent largement et Paris apporte un soutien appuyé au Maroc dans la question du Sahara occidental. Ce qui irrite l’Algérie. Les frères ennemis du Maghreb se livrent une compétition pour le leadership au Maghreb et au Sahara. Mais l’Algérie, marqué par son passé colonial et les stigmates de la guerre d’indépendance, n’a jamais vraiment voulu compter sur la France pour rivaliser.

François Hollande a sans doute cru qu’en s’éloignant du Maroc, il pourrait se rapprocher de l’Algérie en échange de quelques actes de contritions et de marques d’amitié envers Bouteflika. C’était sans compter l’inertie de l’appareil d’État algérien. En trois ans, la  nouvelle relation franco-algérienne n’a jamais atteint les niveaux de coopération entre la France et le Maroc.

*Photo : AP/SIPA. AP21750897_000008.

Attentat islamiste dans une usine en Isère

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(Avec AFP) – 16:16 – Le chef d’entreprise du Rhône décapité était l’employeur de l’auteur présumé de l’attaque qui a été interpellé, selon une source proche du dossier. C’est la première personne décapitée en France lors d’une attaque terroriste, une pratique fréquemment utilisée en Syrie et en Irak par le groupe Etat islamique (EI).

16:13 – Une équipe de pompiers, appelée en secours, a été accueillie par Salhi au cri de « Allahou Akbar » (Dieu est le plus grand), a poursuivi la source proche du dossier. Les pompiers sont parvenus à le ceinturer et à le maîtriser en attendant l’arrivée des gendarmes. Selon une autre source, l’attaque n’a pas fait d’autre victime que le chef d’entreprise de la banlieue de Lyon, contrairement à ce qui avait été auparavant annoncé par d’autres sources qui avaient fait état de deux blessés légers.

16:08 – Selon les premiers éléments de l’enquête, l’homme retrouvé décapité serait âgé d’environ 45 ans. Son entreprise de transports disposait d’une habilitation pour entrer sur le site d’Air Products. Selon l’analyse des images de vidéosurveillance, sa tête a été mise sur un grillage par son assassin présumé, a indiqué une source proche du dossier. L’auteur présumé de l’attentat, Yassin Salhi, 35 ans, a ensuite repris le volant de la camionnette et percuté des bouteilles de gaz, provoquant une explosion. Il est ensuite sorti du véhicule pour se rendre dans un bâtiment proche et manipuler d’autres bouteilles.

15:57 – Manuel Valls, qui a écourté son voyage en Amérique du Sud, assiste actuellement à l’ambassade de France à Bogota au Conseil de défense à l’Elysée, via une conférence téléphonique, rapporte le journaliste de l’AFP, Marc Préel. Il doit décoller vers 17H00 heure française pour Paris, à bord de l’A330 du président Hollande. Atterrissage prévu vers 03H00 du matin à Orly. Le Premier ministre avait appris l’attentat dans la nuit, décalage horaire oblige avec la Colombie (7 heures de différence). Enfermé dans une salle avec ses conseillers, il en est sorti vers 06H45 du matin pour faire une déclaration devant quelques journalistes, fustigeant une attaque « abjecte » du « terrorisme islamiste », dans le hall de la résidence. Contraste avec la veille au soir, où il présidait une réception avec la communauté française de Bogota dans cette même jolie résidence aux murs blancs.

15:50 – La grande mosquée de Paris « condamne avec la plus grande fermeté la barbarie terroriste qui a encore frappé notre pays », déclare son recteur Dalil Boubaker, dans un communiqué.

15:13 – La dépouille de la personne retrouvée décapitée est celle d’un chef d’entreprise de la banlieue de Lyon, a-t-on appris de sources proches du dossier.

14:50 – Le tweet du Premier ministre, actuellement à Bogota : « Le menace et l’horreur aveugles des terroristes n’épargnent aucune nation. Mes pensées aux victimes en Isère et aux victimes en Tunisie. MV »

14:49 – Le recteur de la Grande mosquée de Lyon, Kamel Kabtane, condamne un « attentat diabolique perpétré en plein mois de Ramadan ». « La France vient de vivre son second choc en moins de six mois », déplore-t-il.

14:46 – Le président François Hollande est arrivé vendredi à 14H30 à l’Élysée, où il doit présider à 15H30 un Conseil restreint. Le chef de l’État, qui est revenu précipitamment de Bruxelles après l’attentat, a convié à ce Conseil le Premier ministre Manuel Valls (en visio-conférence depuis la Colombie) et les ministres Laurent Fabius (Affaires étrangères), Christiane Taubira (Justice) et Jean-Yves Le Drian (Défense).

14:45 – Selon les premiers éléments de l’enquête, l’auteur de l’attentat est arrivé dans une voiture bénéficiant d’un agrément pour accéder au site, classé Seveso.

14:44 – Après l’attentat commis en France par un islamiste, Manuel Valls condamne aussi sur Twitter l’attaque sanglante perpétrée en Tunisie qui a fait 27 morts dont de nombreux touristes.

14:10 – Une source proche de l’enquête indique qu’au moins une autre interpellation que celle de Yassine Salhi a eu lieu. « Un véhicule a été repéré en train de faire des allers-retours suspects en périphérie de l’enceinte, son numéro d’immatriculation a été relevé et son propriétaire a été identifié. Il a été arrêté ». Toutefois, aucun lien formel n’a été établi à ce stade entre l’attaque et cet homme.

13:58 – « Des personnes ayant pu participer à ce crime abject ont été mises en garde à vue après avoir été arrêtées », dit le ministre de l’Intérieur, sans plus de précisions.

13:56 – Bernard Cazeneuve rend hommage au pompier qui a neutralisé le jihadiste présumé. « L’auteur supposé de ce crime a été neutralisé (…) par une personne du SDIS (service départemental d’incendie et de secours) de l’Isère qui s’est rendue sur place et qui, avec beaucoup de courage et de sang-froid, a procédé à la mise hors d’état de nuire ».

13:53 – Le Premier ministre Manuel Valls écourte son voyage en Amérique du Sud pour rentrer à Paris.

13:38 – L’auteur présumé de l’attentat en Isère avait été fiché entre 2006 et 2008 par les services de renseignements pour « radicalisation ». Il « a fait l’objet d’une fiche S en 2006 qui n’a pas été renouvelée en 2008 », selon le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve

13:34 – L’auteur présumé de l’attentat s’appellerait Yassine Salhi (orthographe non confirmée), âgé de 35 ans, selon Bernard Cazeneuve.

13:33 – Les pompiers ont masqué la zone où a été retrouvée la tête d’une bâche de plastique noir. Un journaliste de l’AFP a également vu deux drapeaux islamistes sur le grillage, ce qui semble indiquer une volonté de mise en scène.

13:29 – Un retraité vivant à 600 mètres des lieux de l’attentat raconte à l’AFP: « je bricolais sur le pas de la porte et j’ai entendu une énorme explosion. J’ai pensé à un avion qui passait le mur du son tout en devinant aussitôt que c’était grave. Il y a beaucoup d’entreprises classées Seveso dans le coin. Jamais je n’aurais pensé à un attentat ».

13:26 – « Les démocrates feront toujours front contre la barbarie », déclare le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy.

13:26 – Selon Bernard Cazeneuve, le suspect « résiderait à Saint Priest », dans la banlieue lyonnaise.

13:22 – Cazeneuve appelle à « la retenue et à la dignité ». Il rappelle l' »effort exceptionnel » engagé par le président et le Premier ministre pour assurer un haut niveau de protection des Français face aux risques terroristes, depuis le mois de janvier.

13:19 – Le risque d’attentat demeure « à un niveau très élevé », selon M. Cazeneuve

13:16 – L’homme interpellé « n’avait aucun casier judiciaire », selon Bernard Cazeneuve. Il a toutefois été fiché en 2006 pour radicalisation.

13:16 – Bernard Cazeneuve sur place : « l’identité du criminel est en cours de précisions »

13:13 – Pour François Hollande, il faut « éradiquer les groupes et individus responsables de tels actes ».

13:11 – Nicolas Sarkozy réclame « toute la lumière » et un « niveau de vigilance rehaussé » après l’attentat.

13:10 – Le président du Conseil européen, Donald Tusk exprime dans un tweet ses « sincères condoléances et sa solidarité » à François Hollande et à la France.

13:09 – « Unité de la Nation face au nouvel attentat commis ce matin dans l’#Isère. Combattre la barbarie et défendre notre République », réagit le président de l’Assemblée nationale Claude Bartolone sur son compte Twitter.

13:08 – « Grande émotion devant cet attentat et son mode opératoire. Restons unis. Pas d’amalgames. Ne jouons pas sur les peurs », écrit sur Twitter le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis.

13:02 – François Hollande raconte l’attentat depuis Bruxelles: « Cet attentat, c’est un véhicule conduit par une personne, peut-être accompagnée d’une autre, et qui à vive allure se projette sur cet établissement classé Seveso contenant des bouteilles de gaz. L’intention ne fait pas de doute, c’est de provoquer une explosion. L’attaque est de nature terroriste dès lors qu’il a été retrouvé un cadavre décapité avec des inscriptions ».

13:00 – François Hollande annonce la tenue d' »un conseil restreint » à l’Elysée à 15H30.

12:57 – François Hollande parle d’un auteur, « peut-être deux ». Il souligne la « nécessité de ne pas céder à la peur », de ne pas créer « de suspicions intolérables » ou « de divisions inutiles ». Il confirme qu’un auteur a été « arrêté » et « identifié ».

12:47 – « Toutes les dispositions sont prises pour éviter tout drame supplémentaire », a ajouté M. Hollande qui s’exprime à Bruxelles où il participe à un sommet européen.

12:46 – Le président François Hollande : « l’attaque est de nature terroriste ».

12:16 – Un Conseil de défense se réunira à 15h à l’Elysée.

11:59 – « Le corps décapité d’une personne a été retrouvé à proximité de l’usine mais on ne sait pas encore si le corps a été transporté sur place ou pas », selon la source. Un des auteurs de l’attentat est entré dans l’usine Air Products, classée Seveso (site sensible), un drapeau islamiste à la main et y a fait sauter plusieurs bonbonnes de gaz. Selon le Dauphiné libéré, l’attaque s’est produite vers 10h.

11:58 – L’homme soupçonné d’avoir participé à cette attaque, arrêté par les gendarmes, est connu de la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Des recherches sont en cours pour vérifier s’il était ou non accompagné d’un complice. « Selon les premiers éléments de l’enquête, un ou plusieurs individus, à bord d’un véhicule, ont foncé sur l’usine. Une explosion s’est alors produite », a dit une autre source proche du dossier.

11:48 – Selon le site du Dauphiné Libéré, qui a révélé l’information, des techniciens en identifications criminelles de la gendarmerie de Grenoble sont arrivés sur place vers 11H00. Les différents lieux de l’attaque ont été « gelés ». Selon une source proche de l’enquête, qui s’est confiée au journal, d’autres attentats ne seraient pas exclus. Un très important dispositif de gendarmerie est déployé sur le site. Les employés de la société Air Products, très choqués car certains ont été témoins de l’attaque, vont être accueillis dans une salle polyvalente de la commune voisine de la Verpillière.

11:48 – Le parquet antiterroriste se saisit de l’enquête sur l’attentat.

11:48 – François Bernard Huyghe, spécialiste des questions terroristes à l’IRIS (Institut des Relations Internationales et Stratégiques), affirme sur BFM TV : « doctrinalement », cet attentat pourrait être lié aux jihadistes : « Si vous ne pouvez pas vous battre en Syrie, faites des attentats chez vous » est une recommandation de l’EI, comme « s’attaquer à des installations énergétiques ». « La décapitation est dans la logique djihadiste », rappelle-t-il aussi.

11:44 – L’auteur présumé de cet attentat a été interpellé par les gendarmes et était connu des services de renseignements. Des recherches sont en cours pour vérifier s’il n’était pas accompagné d’un complice.

11:43 – La tête de l’homme, retrouvée décapitée, était accrochée à un grillage extérieur et recouverte d’inscriptions en arabe, a-t-on appris de source proche du dossier.

attentat islamiste Isère

11:38 – Le Premier ministre Manuel Valls ordonne une « vigilance renforcée » sur tous les sites sensibles de Rhône-Alpes, annonce Matignon.

11:34 – LA TETE DECAPITEE ET RECOUVERTE D’INSCRIPTIONS EN ARABE ETAIT ACCROCHEE A UN GRILLAGE

11:30 – Un premier bilan fait état d’un mort, retrouvé décapité sur place, et de deux blessés légers, selon une source proche de l’enquête.

11:27 – Patrice, témoin employé d’une entreprise voisine, déclare sur BFM TV, qu’une forte explosion a été entendue et que des barrages de gendarmerie ont été dressés dans le secteur.

11:22 – « Selon les premiers éléments de l’enquête, un ou plusieurs individus, à bord d’un véhicule, ont foncé sur l’usine. Une explosion s’est alors produit », selon une source proche du dossier. « Le corps décapité d’une personne a été retrouvé à proximité de l’usine mais on ne sait pas encore si le corps a été transporté sur place ou pas », a ajouté cette source, évoquant aussi « un drapeau avec des inscriptions en arabe retrouvé sur place ». Un des auteurs de l’attentat est entré dans l’usine Air Products un drapeau islamiste à la main et y a fait sauter plusieurs bonbonnes de gaz. Selon le Dauphiné Libéré, l’attaque s’est produite vers 10h.

11:21 – ARRESTATION D’UN HOMME SOUPCONNE D’ETRE l’AUTEUR DE L’ATTENTAT

11:15 – La député PS de l’Isère Joëlle Huillier affirme sur BFM TV qu’un homme a déjà été interpellé peu après l’attaque.

11:15 – Selon des premiers témoignages cités par des chaînes d’information françaises, un homme a forcé un barrage à l’entrée de l’usine de produits chimiques dans la localité.

11:12 – Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, se rend immédiatement sur place, indique son entourage.

11:08 – EN DIRECT – Une personne est morte et plusieurs autress ont été blessées dans un attentat commis ce matin dans une usine de gaz industriels à Saint-Quentin-Fallavier, dans le nord de l’Isère, a-t-on appris de source proche du dossier. L’auteur présumé de l’attentat est entré dans l’usine un drapeau islamiste à la main et il a fait sauter plusieurs bonbonnes de gaz, a ajouté cette source. Un corps décapité a été retrouvé à proximité de l’usine.

attentat islamiste Isère

*Photo : © AFP PHILIPPE DESMAZES

DSK et Le bruit de la douche

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dsk desgouilles dupont aignan

dsk desgouilles dupont aignan

« « Fuck », jura-t-elle, en tirant sur les fils des écouteurs. Pendant qu’elle enroulait ces derniers autour du maudit appareil, elle entendit quelque chose. Elle ne bougea pas et tendit l’oreille, concentrée. C’était bien le bruit de l’eau qui coulait dans une douche. L’occupant de la suite avait omis de prévenir qu’il était présent en accrochant le fameux « Do not disturb ». »

Ça débute comme ça. Nafissatou Diallo faisait le ménage au Sofitel en écoutant Amy Whinehouse sur son MP3 (« He left no time to regret Kept his dick wet… » — les paroles, prémonitoires pour l’occasion, de Back to Black), elle a oublié de le recharger, l’appareil est tombé en panne, elle a entendu le bruit de la douche, et conséquemment, « claquant la porte, elle se dirigea vers la suite voisine. » Pas de faux-pas de DSK, pas de provocation, ni de pipe matinale, rien n’est arrivé, DSK est donc élu président de la République et s’engage dans une politique que ne renierait pas Nicolas Dupont-Aignan, par la grâce d’une conseillère en communication issue du PS mais qui est visiblement un sous-marin chevènementiste.

C’est peut-être là que notre ami David Desgouilles, dont Causeur héberge depuis belle lurette le blog plein d’alacrité, est le moins crédible : il resterait donc au PS des gens intelligents ? Guillaume Bachelay, dont le petit doigt est plus intelligent que toute l’imposante personne de Cambadélis, a beau être secrétaire national de la rue de Solférino, il n’a ni ministère, ni pouvoir d’infléchir la politique de ce parti de crapules menchéviks. On se méfie comme la peste des gens capables dans ce milieu de haute médiocrité.
C’est d’ailleurs ce qui ressort le plus visiblement de ce roman de politique-fiction : la nullité exceptionnelle de tous ces gens, DSK compris.
C’est là aussi que le bât blesse, romanesquement parlant. Quand le personnage le plus intelligent est Eric Zemmour (auquel Desgouilles offre plus qu’un strapontin dans son ouvrage), quand il faut inventer de toutes pièces une fille qui réfléchit (à ceci près qu’elle couche avec un gros incapable, dominé de la tête et des épaules, au lieu de se taper tranquillement DSK, ce qu’aurait fait toute femme raisonnable avec des hormones en état de marche), quand les dialogues mettent aux prises des pseudo-sommités qui sont des zéros qui ne multiplient que parce qu’ils ont été élus ou désignés par d’autres incapables, on atteint rapidement les limites de l’uchronie : ce monde imaginaire ne me tente pas plus que le monde réel, et il faut beaucoup de talent à l’auteur pour nous intéresser aux manœuvres d’appareils des socialistes et des sarkozystes. Imaginez l’un quelconque de ces ectoplasmes aux prises avec Retz, Mazarin — ou Clémenceau, dont Desgouilles, avec beaucoup d’humour, met le visage sur les nouveaux billets d’une France régénérée.

Marianne a beaucoup aimé le livre. Jacques Sapir (qui a dans le roman un petit rôle déterminant) aussi : rien d’étonnant à ce que Desgouilles convoque l’économiste préféré de Dupont-Aignan (et lui-même auteur d’une uchronie sur les années 1940, Et si la France avait continué la guerre — voir ici) pour étayer ses digressions économiques — notre ami doit être marxiste sans le savoir, l’économie est pour lui le facteur déterminant en dernière instance, alors qu’en authentique mao gramscien que je suis, je persiste à croire que c’est le facteur politique. Mais ce sont des divergences de surface.

L’uchronie est un mode exigeant. Il suppose une hypothèse audacieuse, un renversement complet des perspectives. Je ne saurais trop recommander, sur le sujet, la jolie étude qu’Emmanuel Carrère consacra jadis au genre (Le détroit de Behring, dont le titre vient d’une anecdote, que je vous laisse découvrir, sur la façon dont l’Encyclopedia Sovietica géra l’élimination de Beria), où l’on apprend que le mot fut inventé par Charles Renouvier en 1876 (l’Uchronie – l’Utopie dans l’Histoire — apocryphe du développement de la civilisation européenne tel qu’il n’a pas été, tel qu’il aurait pu être), mais que le prototype est un roman de Louis-Napoléon Geoffroy-Château, avec son Napoléon ou la conquête du monde (1836), qui raconte la victoire de Napoléon à Waterloo, et ce qui en résulta du point de vue de l’organisation du monde. Giscard d’Estaing a dû s’en imprégner en écrivant sa propre uchronie, la Victoire de la Grande armée (Plon, 2010), où l’Empereur balaie Koutouzof sous les murs de Moscou, puis choisit bizarrement de laisser son trône au Prince Eugène — si, je l’ai lu ! —, parenté jadis soulignée par Laurent Joffrin dans sa critique de cet ouvrage dispensable. Parmi les grandes réussites du genre, il y a bien sûr Le Maître du haut château, de Philip K. Dick — sur lequel ce même Carrère a écrit un brillant essai : tout se recoupe.

Il y a donc l’uchronie, genre auquel Desgouilles emprunte son « mentir vrai », comme aurait dit Aragon. Et le roman historique, qui suppose des personnages inventés forts (D’Artagnan et ses acolytes) face à des personnages historiques puissants (Richelieu ou Mazarin). Et comme l’a jadis souligné Lukács, un roman historique en dit autant sur la période à laquelle il a été écrit que sur celle où il situe l’action. Il y a dans les Trois mousquetaires un vent de romantisme propre à Dumas, et dans Vingt ans après, rédigé pourtant dans la foulée deux ans plus tard, une nostalgie du romantisme propre à cette génération qui voyait inéluctablement ses rêves s’enfoncer dans le règne sans ressort de Louis-Philippe.
Pour faible que soit l’écart entre les faits rapportés par Desgouilles (2012) et l’actualité de 2015, ce qui ressort le plus c’est l’effarante nullité de la classe politique. C’est peut-être la limite de l’ouvrage : comment intéresser le lecteur à de si petits hommes. Quand Benoît Duteurtre avait écrit le Retour du général (2010 — voir ici), il avait ressuscité De Gaulle pour avoir un caractère fort à opposer aux ectoplasmes modernes. Desgouilles a bien tenté, avec son héroïne, de créer un vrai cerveau au milieu de cette bande de minables, ce qui surnage est justement le sentiment qu’il ne nous faut pas DSK, qui ne fut jamais, hélas, que ce qu’il est, mais un vrai lider maximo, dont je ne vois pas bien l’émergence dans la France contemporaine. Anne-Sophie Myotte (ainsi s’appelle la grande ordonnatrice de ce retour à la souveraineté nationale) n’est pas Marie-France Garaud, qui insuffla à Chirac la capacité à gagner Paris d’abord, la France ensuite.

Au total, c’est un roman fort divertissant par cela même qu’il met en scène, parfois avec une ironie bien venue, une bande de faux-poids et de demi-portions que l’Histoire engloutira prochainement — dès que les circonstances nous donneront un individu capable de répondre aux défis contemporains, au lieu de politicards soucieux de leur survie en milieu médiatique. Nous en sommes loin pour le moment : toute cette fiction souverainiste n’était qu’un cauchemar de Pierre Moscovici, nullard d’entre les nullards, donc à ce titre nommé à la direction d’une instance européenne, et qui symboliquement a le dernier mot de cette histoire tragique sous le rire.

Le bruit de la douche

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*Photo : Abode of chaos.

Taxis contre Uber: le monde à l’envers

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Uber taxis Cazeneuve

Uber taxis Cazeneuve

(Avec AFP) Hier, c’était le monde à l’envers : d’un côté le ministre de l’Intérieur jouait les chefs de gouvernement en prenant des mesures contre l’activité d’une entreprise étrangère en France, de l’autre le Premier ministre revenait à son ancien rôle de superflic en condamnant seulement des violences « inadmissibles ».

Depuis plusieurs mois, le groupe américain Uber s’est engagé dans un bras de fer avec l’État, autour de son application mobile UberPop, service mettant en relation des passagers et des particuliers au volant de leur véhicule personnel.

Après des incidents répétés ces derniers mois, 2800 taxis se sont donc mobilisés hier en France sur une « trentaine de points de blocage », selon une source policière. Et comme prévu, les choses ont rapidement dégénéré dans plusieurs villes.

Bernard Cazeneuve, théoriquement chargé du maintien de l’ordre, a choisi son camp : celui des chauffeurs de taxis, qui ont pourtant passé la journée a caillasser, retourner ou simplement vider de leurs occupants des véhicules de transport de personnes (VTC). Parfois, on a beau être progressiste, il faut bien arrêter le progrès.

Manuel Valls était quant à lui en voyage officiel en Colombie, d’où il a promis des sanctions aux auteurs des exactions « qui se trouvent dans les deux camps » selon lui. Au moins huit chauffeurs de taxis, de véhicules UberPop ou d’autres VTC ont en effet été placés en garde à vue. Mais on se doute un peu de qui s’en est pris à qui…

Le même jour, pour la première fois, un député socialiste « frondeur » démissionnait du PS, jugeant que dans le parti, « la ligne sociale-libérale a gagné avec Manuel Valls et Emmanuel Macron ». Drôle de timing, puisque du FN à l’extrême-gauche en passant par Les Républicains, l’ensemble de la classe politique prenait pendant ce temps-là le parti des taxis contre la « concurrence déloyale » d’Uber.

En revanche, il suffisait d’avoir un compte Facebook ou Twitter pour percevoir hier le sentiment radicalement inverse qui dominait parmi les simples citoyens. Photos, vidéos, blagues plus ou moins fines et témoignages accablants n’ont pas cessé de s’échanger, dressant un portrait peu flatteur des chauffeurs de taxis et de leurs prestations. Un événement créé sur Facebook, intitulé « Grève des utilisateurs de taxis », a même réuni en quelques heures plus de 50 000 personnes.

Exceptionnellement, le quotidien français de référence lui-même aurait pu se rebaptiser Le Monde à l’Envers, puisqu’il admettait dans un éditorial, à propos des taxis : « Ceux-ci ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes, à leur malthusianisme et à leurs archaïsmes. Chacun sait que le système traditionnel est insuffisant pour répondre à la demande et trop onéreux pour ne pas susciter la concurrence. »

Alors que nos élites communient dans la défense d’un vieux monopole qui exaspère les usagers, le journal de Pigasse et Bergé aurait-il basculé du côté obscur, celui du populisme le plus trash ? « Chacun a fait l’expérience d’un service dont la qualité est bien souvent insuffisante (…). Plutôt que de s’arc-bouter sur leur privilège, les taxis auraient dû, depuis longtemps, se moderniser. »

Le monde à l’envers on vous dit, comme une voiture Uber un jour de manif des taxis.

*Photo : © AFP ANNE-CHRISTINE POUJOULAT

Espionnage: nous sommes tous des agents américains

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wikileaks ecoutes hollande

wikileaks ecoutes hollande

Libération et Mediapart viennent de révéler que les trois derniers présidents français ont été mis sur écoute par le gouvernement américain. On sait depuis plusieurs années déjà que la NSA est engagée dans un programme d’espionnage intensif. Ce qu’on découvre, c’est qu’il est sans limites, même celles qu’imposent une certaine décence entre alliés.

Il apparaît que les États-Unis sont à la tête d’une entreprise généralisée d’espionnage qui n’épargne personne ni aucun Etat. Ils en sont le pivot parce que le système d’alliance qui se concrétise dans l’Otan a pour but de contraindre chaque membre de l’organisation à être dépendant des normes, de la technologie et des standards américains. Il est désormais quasiment impossible d’envisager une sortie d’un avion français au Mali sans une reconnaissance satellitaire américaine préalable. De planifier un bombardement de Daesh sans s’intégrer dans un dispositif complexe qui dépend de la technologie américaine.

Le renseignement est une drogue et les USA sont les dealers de la planète. Ils disposent de moyens absolument hors de portée d’aucun autre Etat et cette supériorité technologique exerce un double effet. Une fascination tout d’abord : les technocrates militaires et civils de tous les Etats européens sont fascinés par le dispositif américain. Même s’il est vicieux et s’il abolit nos libertés. On voit en France, le gouvernement de François Hollande instaurer une loi sur le renseignement qui n’a rien à envier dans ses principes au Patriot Act américain. Les moyens en moins. Une dépendance politique ensuite : François Hollande est incapable de prendre des mesures de rétorsion à l’encontre des USA suite aux révélations des écoutes car il sait qu’il dépend du bon vouloir des Américains sur un certain nombre de théâtres d’opérations.

Cette situation n’est pas le fruit du hasard ou de la nécessité. Elle résulte d’une politique commencée sous Balladur, poursuivie par Chirac et Sarkozy, amplifiée par Hollande. C’est la politique de réintégration puis d’intégration complète dans l’Otan. Le général de Gaulle avait souhaité quitter l’organisation intégrée pour se soustraire à cette logique d’intégration justement. En retournant pleinement dans toutes les instances politiques, opérationnelles, techniques, de l’Otan, la France a choisi de se soumettre au principes de l’intégration. Ces principes ne sont pas ceux d’une coopération multi-latérale avec les alliés, mais ceux d’une série d’accords bilatéraux au seul profit des USA : les Anglais aident les Américains à espionner les Allemands, les Allemands passent un contrat avec la NSA pour espionner la France. On découvrira sans doute dans les prochains mois que la DGSE a passé un contrat avec la NSA pour espionner à son tour l’Allemagne…

En lisant les commentaires sur les réseaux sociaux après les révélations de Wikileaks, la phrase qui revient le plus souvent est « de toute façon, tout le monde espionne tout le monde ». Outre que cette appréciation est fausse (il est fort douteux que la France ait mis sur écoute le téléphone d’Obama), elle est très révélatrice d’une soumission généralisée à l’atlantisme. Cet état d’esprit n’est pas non plus né du hasard, il résulte de deux facteurs. D’abord, la perte de repères et l’abaissement des valeurs morales sous l’influence du cinéma hollywoodien (des séries en particulier) qui glorifie l’espionnage technologique et montre la torture sous un jour bienveillant. Ensuite la construction d’un ennemi imaginaire par la politique russophobe complaisamment relayée dans les médias atlantistes (Le Monde d’Arnaud le Parmentier, en particulier). En réintégrant l’Otan, nos politiques ont fait de nous tous des agents américains. Il n’est plus temps de nous en plaindre.

Le retour de la France dans l’organisation atlantique est bien la faute originelle qui met la France dans cette situation de dépendance. La révélation des actes de pirates commis par les Américains à l’égard de nos institutions n’en est qu’un épiphénomène. Les Indignations ne sont que de façade car aucun homme politique ne propose aujourd’hui de sortir de l’Otan. Ni Juppé, ni Sarkozy, ni Hollande, ni encore moins Valls ne veulent rompre avec la sujétion aux USA. Ils avaleront toutes les couleuvres, toléreront toutes les avanies, subiront toutes les pressions.

*Photo : wikicommons.

Etats-Unis: Un pas de plus vers l’immortalité?

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Il y a deux choses sur Terre qu’on ne peut arrêter : la mort et le progrès. Mais il semblerait que le second soit en mesure d’arrêter la première. Aujourd’hui, aux Etats-Unis, on discute le fait de guérir la vieillesse. Finie la fatalité !

La vieillesse étant une maladie chronique comme une autre, on a trouvé un médicament qui traite celle-ci comme on traiterait le SIDA.  Des chercheurs avaient rendez-vous hier à la FDA (US Food and Drug Administration), un organisme public décidant de la commercialisation ou non des médicaments et produits alimentaires, non seulement pour défendre ce médicament mais aussi la prise en charge de son coût par les assurances santé ! Dans une grande démocratie, l’immortalité ne devrait pas être un produit de luxe mais plutôt de première nécessité…

De quoi s’agit-il ? Une molécule, la metformine, utilisée depuis soixante ans pour soigner le diabète, s’est avérée capable de retarder le vieillissement du corps. Des tests ont eu lieu, on a découvert que les diabétiques soignés avec ce médicament vivaient plus longtemps que les autres, qu’ils soient malades ou sains. D’autres expériences, effectuées sur nos amies les souris, ont confirmé la chose : ce médicament ralentit le vieillissement du corps. Pour le moment, on ne sait pas précisément pourquoi mais on suppose que ça agirait sur les cellules.

Nir Barzilai, physicien de l’Albert Einstein College à New-York, est le chef du groupe qui va se présenter aujourd’hui à la FDA. Ses camarades et lui veulent mettre un place un test sur 3 000 personnes âgées pendant 5 à 7 ans. Ce test, qui devrait coûter 50 millions de dollars, n’est pas encore financé et la décision de la FDA dépendrait en grande partie l’issue de leur collecte de fonds.

Plus généralement, la décision que rendra la FDA risque de bouleverser encore plus profondément l’idée même que nous avons de la médecine. En considérant la vieillesse non plus comme un devenir biologique mais comme une maladie, on ouvre la voie à une nouvelle conception de l’homme. Sommes-nous des êtres soumis à la nature ou sommes-nous capables de nous en affranchir ?

Barzilai et ses collègues se gardent bien de dire qu’ils veulent faire disparaître la mort. Ils savent trop bien que soulever ce débat revient à s’attirer les foudres de tous ceux qui craignent un avenir, chaque jour moins utopique, habité par des post-humains ayant échappé à la finitude. On ne parle donc que de faire reculer la vieillesse, sans dire que c’est une étape obligée sur la longue route vers l’immortalité. En tout cas, aux Etats-Unis, où on peut écoper d’une peine de prison de plusieurs siècles, l’immortalité trouvera son utilité.

France inter : Timeo Danaos…

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Les eurolâtres de la rédaction matinale de France Inter, Patrick Cohen et Bernard Guetta ont monté ce matin une opération de prestige : anticipant  la conclusion d’un accord avec la Grèce lors du Conseil européen, ils s’étaient transportés à Bruxelles pour célébrer l’événement.  Jean-Claude Juncker en personne était prévu pour  saluer cette sortie de crise à laquelle il avait consacré toute sa finesse diplomatique luxembourgeoise. Bernard Guetta, resté pendant ces dernières semaines bien silencieux sur le sujet, aurait entonné, à sa manière «  L’hymne à la joie » et répété une fois de plus que «  L’Europe avance de crise en crise vers son avenir fédéral radieux » et aurait stigmatisé les esprits chagrins eurosceptiques.

Las ! Les douloureuses concessions d’Alexis Tsipras, saluées prématurément par François Hollande, se sont révélées une nouvelle ruse pour gagner du temps… Retour, donc, à la case départ et à l’affrontement direct des Grecs avec les 27. L’expédition bruxelloise de France Inter a donc tourné au Waterloo médiatique : faute de Juncker, retourné au charbon, on eut droit à un débat insipide entre un député européen vert belge (double peine !) et un démocrate chrétien luxembourgeois nommé Engel (ça ne s’invente pas !). Bernard Guetta, jadis bon latiniste de l’hypokhâgne de Henri IV, aurait dû relire Virgile : «  Timeo Danaos et dona ferentes » ‘(Je crains les Grecs, même lorsqu’ils apportent des présents).

L’euro et la Grèce: la politique d’abord!

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grece euro allemagne tsipras

grece euro allemagne tsipras

La crise grecque est une affaire politique. C’est une affaire politique, tout d’abord, parce que l’Union européenne est une structure politique et sa monnaie unique, l’euro, tout autant. Ceux qui ont fait l’euro savaient pertinemment qu’arrimer à une seule devise plusieurs Etats, plusieurs économies très hétérogènes, plusieurs marchés – et codes – du travail et plusieurs systèmes fiscaux n’était pas tenable. Il aurait logiquement fallu commencer par l’Europe politique, c’est-à-dire un projet qui consiste à gommer toutes les différences entre États – fiscalités, droit du travail et j’en passe – pour créer un super-Etat européen avant d’envisager une monnaie supranationale unique. Mais ce n’était pas possible, politiquement. L’euro a donc été créé par des gens qui savaient que cette monnaie sans Etat causerait tôt ou tard une crise, et qu’à ce moment-là le seul remède – pensaient-ils – serait, vous l’avez deviné, une Europe politique!

L’intégration de la Grèce à la zone euro était politique. L’histoire est aujourd’hui connue. À la fin des années 1990, nos dirigeants savaient que, du point de vue économique, la Grèce n’avait rien à y faire, mais ils faisaient de la politique. Jeu de dupes entre Français et Allemands, Paris essayant d’arrimer les wagons de l’Europe du sud à la locomotive de Berlin pour mieux brimer et contrôler ce dernier. À Berlin, on avait tout compris, mais on se disait qu’« ils allaient voir ce qu’ils allaient voir ». Pour Athènes, c’était aussi de la politique. Sans effort réel, pensaient les dirigeants grecs, la Grèce continuerait de bénéficier, directement et indirectement, de la manne européenne. Cela devait coordonner le projet stratégique de la stabilisation définitive de la Grèce entamé avec son intégration à l’Europe quelques années après la chute des Colonels. Et surtout à l’époque tout le monde ou presque partageait alors la vision stratégique de Chirac : si ça pète, on se débrouillera ! Et puis, ça a pété.

Certains des bénéficiaires de ces politiques, c’est-à-dire les citoyens grecs, se sont trouvés acculés. Du coup, pour la première fois ils ont commencé à parler économie. Austérité ou keynésianisme, taux d’échange et sauvetage du système bancaire. Alors que c’est politique ! La dette est une arme politique pointée contre la tempe de la Grèce. C’est sous la menace mortelle d’une banqueroute que la démocratie grecque a commencé à faire de la politique : revoir ses priorités, s’attaquer au cadastre, à la fiscalité, à la corruption, au clientélisme… Parfois, on aurait juré que les gouvernements grecs demandaient eux-mêmes aux « institutions » de tenir bon la barre des réformes pour mieux se tourner ensuite vers leurs citoyens et clamer que « Non ! Ce n’est plus possible ! » Si l’ardoise est effacée avant que la Grèce ne se remette sur les rails – suivant les modalités qu’elle aura choisies – elle ne sortira pas de l’ornière. Chacun demandera sa part du gâteau et tout recommencera.    

Et la souffrance du peuple grec ? C’est une excellente question, même quand elle vient de ceux qui ont un petit faible pour Robespierre ou Staline. Il faut reconnaître cette souffrance et faire ce qui est possible pour l’atténuer. L’état des services de santés grecs est une honte pour l’Europe et une tache indélébile sur son histoire. Mais il faut aussi comprendre que, puisqu’il s’agit de politique, les choses sont souvent présentées de façon légèrement biaisée. Ainsi, la fermeture de la télé grecque, il y a deux ans, a été présentée comme une question de liberté d’expression et de lutte pour un service public de qualité. En réalité, il s’agissait d’un mammouth de 2700 salariés que beaucoup souhaitaient depuis longtemps reformer et rationaliser, chose impossible avant que la crise et la dette ne donnent au gouvernement la force de dire stop. Quant à la question des retraites, nous avons évidemment vu ce que l’actuel gouvernement grec souhaitait nous montrer. Il fallait s’y pencher plus en détail pour découvrir que la retraite anticipée à 55 ans est devenue une magouille permettant de diminuer le nombre de fonctionnaires : on les fait passer du statut de salariés de l’Etat à celui de retraités de l’Etat. Quand les « institutions » posent des questions parce que cela fait exploser la facture, nos médias ne trouvent que des mamies de 90 ans dont la pension de retraite fait vivre toute une famille. Personne n’a le droit de s’interroger sur les choix politiques faits en amont par les grecs, en revanche tout le monde est prié de passer à la caisse.

La crise grecque est une histoire malheureuse et les responsabilités sont tellement nombreuses qu’il y en a pour tout le monde, nous compris. Mais puisqu’il s’agit d’une affaire éminemment politique, il faut comprendre que les Grecs ont aujourd’hui besoin de cette dette pour se mettre en mouvement – dans la direction qu’ils choisiront démocratiquement. La démocratie grecque a été tellement affaiblie par des intérêts particuliers que seule la dette lui permet de rétablir un rapport de force avec ces derniers et mettre en avant l’intérêt général. C’est aussi ça, la politique.