Accueil Site Page 2138

Le grand djihad de France

288

armée banlieues djihad

Cette drôle d’avant guerre qui prenait le périphérique pour la ligne Maginot a cru éviter la guerre civile au prix de la délinquance. Il  faut, à présent, éviter de récolter les deux.

Qu’avons-nous à redouter de ces attentats ? Dans le contexte d’un djihad made in France qui ira crescendo, notre histoire, sur le temps long, nous rappelle que la scission dans le sang est toujours possible.

Sécession sociologique (classes populaires évincées par la globalisation), sécession culturelle (l’école cassée et l’enseignement rendu impossible par les incivilités) et sécession économique (les cités vivent de trafic en tous genres), ce glissement de terrain a mis trente ans. Nous y sommes.

Cette situation est odieuse mais nullement tragique. La tragédie tient à ce que ces multiples séparations correspondent déjà partiellement à une sécession idéologique. La religion majoritaire dans les zones qui ont glissé n’est pas celle du pays. Cela aurait peu d’importance si une minorité de musulmans français, infime mais ultra motivée, n’avait pas déclaré la guerre à leur  pays. Une fois ce diagnostic posé, que faire ? D’abord et en priorité, reconquérir le sol de la République.

Le faire de manière inconditionnelle, sans coup férir et tout de suite.

Commençons par déployer l’armée française dans ces territoires perdus qui correspondent, peu ou prou, aux 357 zones sensibles recensées par le ministère de l’Intérieur. La population vivant sur ces zones quasiment détachés est d’environ 4 millions d’habitants. Sur un territoire étranger et ennemi, notre état-major considère qu’un militaire sécurise entre 40 et 100 habitants. Nous sommes chez nous. 40.000 personnels suffiront à reprendre le contrôle du pays.

L’objectif est d’abord sécuritaire : prélever les armes, démanteler les trafics, désorganiser l’ennemi. Pour réussir, l’opération doit être foudroyante et systématique : chaque recoin, chaque cave, chaque appartement doit être fouillé. Les armes, les produits stupéfiants doivent être saisis. Les individus malfaisants (dealers, djihadistes connus et mêmes islamistes) doivent être appréhendés,  jugés, incarcérés, expulsés ou interrogés.  D’ailleurs, ce sont des hommes et des femmes de loi, magistrats, policiers, gendarmes, douaniers qui doivent conduire ce travail, renforcées par des troupes farouches et aguerries. Pour ce faire, le cadre légal devra être temporairement suspendu. Cette action d’étouffement doit être méthodique, calme et rapide. Il ne faut surtout pas rester. Hit and run comme disent les militaires américains.

L’armée est une tronçonneuse et nous avons besoin d’un scalpel diront certains médecins. Nous avons besoin des deux. L’un ne fonctionnera plus sans la possibilité de l’autre.

La République doit être implacable mais exemplaire. La torture, contrairement à ce qui s’est  passé avant hier de l’autre côté de la Méditerranée et hier de l’autre côté de l’Atlantique, doit être strictement interdite.

Rappelons au nom de quoi nous devons frapper : liberté, égalité, fraternité.  Nous n’avons pas à occuper les banlieues mais à les libérer, à les ramener dans le giron français. Le moment est venu de tenir la promesse du karcher, formulée par des politiciens inconséquents.  Il ne s’agit pas, pas encore du moins, de zones ennemies mais déjà de zones de non droit où l’ordre public, celui décidé par le peuple français doit être rétabli de gré ou de force. Ironie de notre langue, « ban lieu » désigne le « lieu du ban » autrement dit l’endroit de la justice. Il faut que les cités retournent dans la Cité. Une majorité silencieuse dans ces « quartiers » n’attend que cela et sera soulagée de sentir que l’État les protège, enfin, des criminels et restaure le premier des droits de l’homme : la sûreté.

Certes, ces « zones sensibles » semblent parfois étrangement calmes. Méfions-nous de ce calme-là, il correspond à une étrange défaite qui n’a que trop duré.  L’ordre qui règne n’est pas encore totalement islamiste mais n’est plus français. La « haine du Céfran » y est banale et ce sont des trafiquants ou des imans qui y font leur loi. L’enjeu est donc hautement symbolique. Il s’agit d’imposer manu militari le retour de ce que les philosophes appellent la concorde.

Cette opération va jeter de l’huile sur le feu, se récrieront certains. Déployer la troupe sera vécu par « les populations » comme une provocation. Intéressante objection qui recèle un terrible aveu de la part de ceux qui la formuleraient : nous ne serions donc déjà plus chez nous dans « les quartiers »  et leurs habitants n’appartiendraient pas à notre peuple.

Il faut désormais choisir ton camp citoyen : soit les habitants (majoritairement musulmans) des cités sensibles sont tes frères (fraternité) et dans ce cas, comment peux tu les abandonner à la férule d’une minorité qui nous hait ; soit ils sont désormais chez eux dans certaines zones mais dans ce cas, ils ne sont déjà plus (ou ne deviendront jamais) des compatriotes. Le politiquement correct serait-il le masque masochiste du racisme ?

Le djjhadisme qui nous frappe déjà depuis 1995 va monter en puissance et la crise est très loin de son paroxysme. Car qui peut garantir demain, 20.000 morts plus tard, que notre peuple ne finira pas par se déchirer ? Si cela arrive, ce sera la fin, non de la France mais d’une certaine idée de notre pays. Et avec elle, inévitablement, des centaines de dizaines de milliers, peut être des millions de musulmans seront rejetés de l’autre côté de la Méditerranée comme un corps étranger. Révisez votre histoire et demandez-vous si cette hypothèse n’a vraiment aucun lien avec des faits ayant existé…

Le véritable risque finalement, ce n’est pas que la petite bête mange la grosse, c’est qu’un matin, comme l’a très bien analysé Pierre Hassner, le bourgeois se mue en barbare. Or, répétons-le, à aucun moment, dans l’histoire de France, une minorité ne s’est dressée contre la majorité sans finir écrasée. Bourguignons, Protestants, émigrés, collabos, tous ont très mal fini.

L’un des innombrables services rendus à la patrie par De Gaulle fut d’éviter la guerre civile. L’épuration légale fut économe en vies humaines. Il nous faut, à présent, toutes proportions gardées et dans un tout autre contexte, vider, à notre tour, un abcès à froid et sans effusion de sang.

Autre motif puissant, il faut toujours montrer la force pour éviter d’y recourir. Le seul péril mortel que nous devrons affronter, c’est la déchirure irréparable entre anciens et nouveaux français musulmans. On dira que l’islam n’a rien à voir avec le djihadisme. C’est aussi absurde que de prétendre que l’alcool n’a aucun rapport avec l’alcoolisme ou que le nazisme était sans lien avec l’Allemagne. Dans la tête de nos dirigeants, il existe d’un côté des djihadistes fanatisés type Orange mécanique et, de l’autre côté d’une paroi étanche, des pratiquants ultra civiques et paisibles. Dans la réalité, il y a un immense dégradé entre un islamisme ultra violent, un salafisme parfois pacifique mais toujours radical et qui hait secrètement ce que nous sommes, un islamisme plus ou moins bon teint, un islam très loyaliste (vis-à-vis de qui ?) et, enfin, une vaste majorité de citoyens « lambdas » nés musulmans comme d’autres  sont juifs ou chrétiens sans que cette origine soit une appartenance ou une pratique.

Alors pourquoi vouloir reprendre le terrain de manière si soudaine, si spectaculaire et si brutale ? Pour arrimer solidement et préventivement cette population de notre côté. L’islam admire la force. L’allégeance va toujours vers elle. Sans force, pas de légitimité. Il doit être clair pour tous les citoyens, de toutes confessions, que la force est et restera à la loi. Nous sommes chez nous. Ils font partie de ce « nous » et ce nous doit redevenir le plus respecté partout où il est chez lui. La France doit replanter le tricolore sur son territoire, que cela plaise ou non.

Ne va t-on pas précipiter les petits caïds dans les bras des barbus ? La question est mal formulée  et repose sur un nouveau déni de réalité : la délinquance, les trafics de toutes natures ont toujours partie liée avec le djihad. L’islamisme ne nous menace pas à la manière d’un totalitarisme classique (les totalitarismes étaient de fausses religions, l’islamisme s’appuie sur une foi authentique), en imposant militairement un nouvel ordre étatique mais en propageant et en se nourrissant du désordre comme une flamme de l’oxygène. Plus il y a de déréliction et plus le néantisme vert se répand. L’islamisme, c’est la religion naturelle de l’effondrement des États.

Les jeunes des banlieues ne respectent que la force. Ils détesteront les bérets rouges qui vont les évincer de « leurs quartiers » mais ils les admireront pour la même raison qu’ils admirent le courage, l’intransigeance et le sens du sacrifice des djihadistes. On ne supprime que ce que l’on remplace. Et c’est pourquoi cette reprise en main ne saurait être qu’un préalable à une vaste réforme morale et intellectuelle du pays. Il faut refaire la patrie. Mais cela c’est déjà une autre histoire. C’est celle du grand djihad de France qui n’a pas encore commencé.

*Photo : SIPA.AP21823941_000133.

Au secours, Facebook est bleu-blanc-rouge!

134

Facebook bleu blanc rouge

On n’est plus chez nous. C’est l’invasion. Ils sont partout !

Quoi donc ?

Les drapeaux bleu-blanc-rouge sur Facebook.

Que tous les pays où des gens se sentent solidaires de nous enluminent leurs plus beaux monuments à nos couleurs, passe encore. Qu’un logo en forme de tout Eiffel peace and love s’affiche à tous les coins de rue, c’est cool. Que des érudits aient même déterré une locution latine – latine ! – pour rappeler que Paris sera toujours Paris, à la limite, d’accord. Il paraît que c’est la devise de la ville. Mais de là à appliquer un filtre tricolore sur nos photos de profil Facebook, il ne faudrait tout de même pas pousser mémé dans la Seine. Là, on passe les bornes.

Ni une, ni deux. Sur le réseau social, un brave militant d’extrême gauche annonce à ses contacts son intention d’« effacer tous ses amis Facebook qui mettront le drapeau », parce que « désolé, il existe d’autres symboles ». Ah bon, mais d’autre symboles de quoi ? Parce que le symbole le plus universellement connu de la France comme de la plupart des autres pays, jusqu’à preuve du contraire, c’est son drapeau. Oui mais bon, quand même, fait remarquer une féministe intégriste, tout ce bleu-blanc-rouge, ça « donne une allure FN à Facebook ».

Ce que vient faire le Front national dans cette affaire ? Selon un neuroscientifique déniché par Rue89 pour l’occasion, « on ne peut ignorer qu’une fraction de la population attribue à ce même symbole une connotation guerrière ». Diantre ! Et l’omniprésence de photos de profil bleu-blanc-rouge parmi vos contacts virtuels indiquerait que vous êtes « enclin au sentiment national voire au nationalisme politique ». Cyberfacho, va.

A l’inverse, et plus grave encore, « une proportion de 0% pourrait refléter l’appartenance à un milieu radicalisé », ce qui constituerait « une information finalement précieuse pour les dispositifs de surveillance automatisés récemment mis en place dans le cadre de la loi relative au renseignement ». Oh my God ! Cachez vite ce drapeau qui pourrait servir, par contraste avec son absence notable chez d’autres, à identifier nos ennemis ! Un peu de respect pour l’anonymat de ces islamistes massacreurs d’innocents dont vous pleurez les victimes !

Selon notre chercheur en cerveau malade de la France, cette option permettrait en outre à Facebook d’enregistrer qui a « amené 30 personnes à se « convertir » au bleu-blanc-rouge », et qui n’en a « converti » qu’une ou deux. Et ce, dans le but de déterminer qui a le plus d’influence sur vous. Non pas pour évaluer votre propension à vous laisser convaincre par n’importe qui de faire n’importe quoi, comme le djihad en Syrie par exemple, mais tout simplement … pour monnayer tout ça auprès des annonceurs publicitaires.

« Cette fonctionnalité doit nous interpeller au-delà des divergences sur le sens politique, culturel et social associé au drapeau lui-même », nous explique donc notre spécialiste du cerveau franchouillard. Mais étrangement, il ne s’attarde pas sur le fait que la même option avait déjà été proposée par Facebook à ses utilisateurs du monde entier « au moment de l’adoption du mariage pour tous (sic) aux Etats-Unis avec le célèbre gay flag multicolore ». Daech et la Manif pour tous, même combat ? Perso, on préfère en rire qu’en pleurer.

Si notre neuroscientifique 2.0 s’excite sur l’adoption du « code couleur » national par tant d’internautes, il semble beaucoup moins informé quant aux contenus diffusés sur Facebook par l’Etat islamique et ses copains. Ces images ou vidéos de propagande, parfois insoutenables, sont encore et toujours relayées par des milliers de membres du réseau social numéro un au monde. Mais il y a plus grave : suite au signalement de contenus clairement liés au djihadisme, nombre d’utilisateurs ont reçu un message indiquant que ceux-ci « n’enfreignent pas les standards de la communauté Facebook ».

Facebook Daech

Mark Zuckerberg supporte mieux les têtes coupées que les tétons dénudés, et n’a pas l’air trop préoccupé par le nombre de gens souhaitant nous « convertir » à l’islamisme radical. Mais des Français, qui viennent pourtant de subir les pires attentats de leur histoire, s’en tamponnent le coquillard : eux, ils trouvent surtout qu’il y a beaucoup trop de drapeaux bleu-blanc-rouge sur Facebook. On se croirait revenu aux heures les plus sombres de la Coupe du monde 98, tiens.

L’islam, avec modération?

63

Rien n’est plus laid, méprisant et paternaliste que l’expression ISLAM MODÉRÉ répétée pavlovement par les « républicains », les laïcards, les néo-féministes, et plus généralement par ces bavards qui parlent de l’islam sans en rien connaître. D’ailleurs, quand ces derniers dressent l’apologie d’un musulman (ou d’un imam) « modéré », il s’agit toujours, dans les faits, d’un musulman stipendié, retourné ou analphabète (l’imam Chalgoumi – le bon ami de Caroline Fourest – en étant la forme caricaturale).

Je n’attends rien des « musulmans modérés » et j’espère qu’ils n’existent pas. Est-ce la « modération » qui permet à mes amis musulmans de se battre, là-bas au Rojava, contre les petits-soldats du Khalifat, ces ikhwan dégénérés au cerveau obscurci par les amphétamines ?

On sait là-bas que ce n’est pas contre l’« islam modéré » que se battent les petits-soldats du Khalifat : ils se battent contre les islams traditionnels, les islams maraboutiques, les islams confrériques, les islams hétérodoxes, les islams duodécimain, ismaélien, alévi, les islams nourris au lait multiséculaire des écoles de jurisprudence. Mes amis musulmans du Rojava savent que les petits-soldats du Khalifat défendent les musulmans comme Lénine défendait les marins de Kronstadt.

ISLAM MODÉRÉ ? Expression vide de sens qui insulte par ailleurs l’ensemble de celles et ceux – musulmans, catholiques ou taoïstes – qui aspirent à être verticalisés par la transcendance. Peut-on « modérément » aspirer au Beau, au Juste, au Vrai ? J’espère bien que mon catholicisme ne sera jamais « modéré », qu’il sera toujours plus incandescent, intransigeant, consistant, qu’il le sera assez, en tous cas, pour que ce soit le Saint-Esprit, et non le plat esprit de vengeance, qui me donne la force de combattre, de sacrifier et de me sacrifier. Et ce que je veux modérer – et tuer – en moi, ce n’est pas ma foi catholique, mais c’est ma « mauvaise foi », c’est-à-dire tous ces oripeaux religieux qui prennent le visage de la piété alors qu’ils ne sont que les reflets de mon égoïsme et de mes craintes ; je ne veux pas « modérer » ma foi, je veux la porter à ébullition grâce au feu froid de mon propre athéisme ; car il n’est pas de foi sans athéisme purificateur ; et comme le disait Simone Weil, je dois être athée avec la partie de moi-même qui n’est pas faite pour Dieu ; et parmi les hommes chez qui la partie surnaturelle d’eux-mêmes n’est pas éveillée, les athées ont raison et les croyants ont tort.

Syrie: début de coordination franco-russe

29

France Russie Syrie

(Avec AFP) – C’est une petite révolution dans la politique syrienne de la France. Le chef d’état-major des armées français Pierre de Villiers s’est aujourd’hui entretenu pour la première fois avec son homologue russe, le général Valeri Guerassimov, pour discuter de la « coordination » des opérations militaires en Syrie, a annoncé le ministère russe de la Défense. « L’entretien a duré une heure. Valeri Guerassimov et Pierre de Villiers ont échangé leur évaluation de la situation sur le terrain et discuté de la manière d’accomplir la mission fixée par les présidents français et russe pour unifier les forces engagées dans la lutte contre le terrorisme international », indique le ministère dans un communiqué. Les ministères russe et français de la Défense n’avaient plus de contact direct depuis le début de la crise ukrainienne au printemps 2014.

Mais après la série d’attentats à Paris ayant vu 129 personnes périr le 13 novembre, François Hollande, qui prône une « coalition élargie et unique » contre l’État islamique a opéré un début de rapprochement avec la Russie, principal soutien du régime syrien de Bachar al-Assad. Inversement, il semblerait que les bombardiers russes, jusque-là essentiellement polarisés sur les autres groupes d’opposition armées au régime de Bachar Al-Assad dont certains ont applaudi aux attentats de Paris (Al-Nosra, Ahrar Al-Cham) intensifie également ses frappes sur les bastions de Daech. Pour Moscou, l’attaque de l’Airbus du Sinaï (31 octobre) a visiblement le même rôle de déclencheur que les attentats du 13 novembre.

Cependant, bien que la France ait conduit jusqu’à maintenant 12% des frappes non-américaines menées par la coalition contre l’EI, et quoique ce chiffre soit amené à augmenter avec l’entrée en lice du porte-avions Charles-de-Gaulle en coopération avec la marine russe, la perspective d’une coalition unique contre Daech paraît lointaine. D’abord, parce que la définition de l’ennemi principal – l’Etat islamique – ne suffit pas à unifier les stratégies respectives de la Russie et de l’Iran d’un côté (alliées au sol du régime du Damas ainsi que du Hezbollah); de la France et des Etats-Unis de l’autre. Plus que la question du départ d’Assad, l’idée d’un partenariat assumé entre pasdarans iraniens, miliciens du Hezbollah, militaires russes et armées occidentales constitue un sérieux point d’achoppement. En attendant cette coalition qui ne verra probablement jamais le jour, nos alliés saoudiens, qataris et turcs continueront leur double jeu, sans que Manuel Valls, par ailleurs grand détracteur de l’islamisme sauce Frères musulmans ou salafiste, n’y trouve grand-chose à redire.

*Photo : © AFP KIRILL KUDRYAVTSEV.

Attentats de Paris: pourquoi le 11e arrondissement?

248

attentats de Paris 11e arrondissement

Un jour, peut-être, nous voudrons comprendre.

Comprendre comment, en seulement quelques années, on passe de l’école Paul Bert à Raqqa, son calife et ses égorgements. Comprendre comment, après avoir récité la fable Le loup et l’agneau devant ses camarades, encouragé par la classe, applaudi peut-être, on choisit de devenir pire qu’un loup et on assassine froidement les enfants de ceux qui vous ont donné asile, soins, logement, considération, nationalité. Un jour, on voudra peut-être comprendre comment certains ont pu devenir Kelkal, Aït Abdelmalek, Merah, Nemmouche, Kouachi, Sahli, Abdeslam… Mais sans doute n’est-ce pas l’heure de la compréhension.

D’ailleurs que comprendrait-on ? Le mal absolu résiste aux historiens, aux philosophes, aux moralistes, aux psychanalystes. C’est même à cela qu’on le reconnaît, à cette béance qu’il laisse en soi et autour de soi.

Mais ce qu’on peut penser, ce qu’on doit penser, maintenant, c’est notre aveuglement face au mal relatif de l’inimitié et de l’hostilité, et la manière dont l’un s’articule à l’autre, et pas seulement sur le mode du « laisser-faire ».

Dimanche soir, j’étais place de la République quand quelques « petits malins », selon l’expression employée par la presse, provoquèrent un mouvement de panique parmi la foule venue se recueillir. Ils avaient utilisé des pétards, lancé des Allahou Akbar et se gaussaient bruyamment du résultat. Triomphants, hilares, odieux.

Il se trouve que, voisin, j’étais déjà venu là, plus tôt dans l’après-midi. J’avais alors observé la présence goguenarde de quelques-uns, ce qui, dans la circonstance, était particulièrement glaçant. Sans doute valait-il mieux ne pas interroger ces sourires en coin, voire ces rires plus francs, et ajouter, par l’esclandre ou la rixe, de l’indignité à l’horreur. Nous n’avons guère besoin de rêver, comme Stig Larsson, d’une allumette et d’un bidon d’essence, les deux sont déjà là.

Quand j’avais observé ces badauds inconnus qui ne partageaient pas notre peine, j’étais en compagnie d’amis de gauche. Ces derniers n’avaient rien vu. Mieux : quand je les entretins après coup de mes observations, ils m’accusèrent d’hallucinations passionnelles. Il aura fallu le mouvement de panique, bien plus tard dans la soirée, et son explication par la police et la presse, pour que mes amis consentissent à ne pas m’expédier à Sainte-Anne. Au bénéfice du doute bien sûr, car rien ne prouve jamais rien dans les milieux où sévit toujours le « qu’est-ce-qui vous permet de dire que… ».

Cette cécité ne fait pas que m’agacer. Elle m’intéresse. Si hallucination il y eut cette après-midi-là, elle venait de mes amis de gauche. J’ai pu observer, in vivo, ce « refus de voir ce que ses yeux voient » pour reprendre l’expression d’Alain Finkielkraut. Pour ma part, je n’y entends pas qu’angélisme et dogmatisme. J’y reconnais du symptôme.

En effet, la psychanalyse et son concept de refoulement nous aident à appréhender ce comportement. Le névrosé obsessionnel ne voit jamais les coups venir. Pourquoi ? Parce qu’il est trop occupé à refouler sa propre hostilité pour distinguer celle de l’autre. Son aveuglement face à la violence de l’autre n’est qu’un reflet possible de son effort d’aveuglement face à sa propre violence. Ce qu’il ne veut pas voir chez lui, il ne peut l’envisager pour un autre. Et surtout, reconnaître l’hostilité extérieure déclencherait une hostilité insurmontable et culpabilisante.

Si l’homme de gauche ne voit donc pas l’inimitié dont il est l’objet de la part de ceux qu’il prétend aimer, ce n’est pas parce qu’il serait balourd, naïf, et encore moins de mauvaise foi. C’est parce qu’il entreprend avec une belle énergie intérieure de dissimuler sa propre hostilité envers l’objet de son désir, et d’abord à ses propres yeux. Son aveuglement face à l’évidence trahit non pas ses bons sentiments, mais ceux qu’il refoule, culpabilisé, et qui sont, sans doute, moins bons.

On pourra relire l’essai d’Emmanuel Todd Qui est Charlie ? à cette aune – non pas comme un coup porté à la société du 11 janvier et qui était probablement le projet de l’auteur, mais comme l’intuition de ce qui pourrait la libérer de cette lutte avec elle-même. Todd, dans son audace quasi-suicidaire, nous donne paradoxalement et malgré lui la possibilité de penser notre hostilité et notre enracinement, dans leur légitimité, non pour que cette violence en suspens se déchaîne de manière pulsionnelle, mais pour qu’elle nous décile les yeux, à la fois sur nous-mêmes, et surtout sur l’autre. Y voir clair en nous-mêmes, ne pas être obsédés par le déni de ce que nous sommes, en bref nous désidéaliser (c’est toujours douloureux, et l’on se souvient du déchaînement contre Todd) peut nous permettre de recouvrer la vue, et d’appréhender enfin ce qui nous menace. De ne pas être à chaque fois stupéfait par ce qui nous tombe dessus.

Mieux : donner une place à la pulsion du rejet de l’autre, légitimer nos craintes, peurs et refus (ne serait-ce qu’au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes) pourra désamorcer en partie l’hostilité des nouveaux venus. L’affirmation « oui, nous avons des préjugés, nés d’une histoire longue et d’une expérience quotidienne » peut générer des comportements si exemplaires qu’ils en modifieront notre jugement. En revanche, l’affirmation hallucinée que nous n’aurions aucun préjugé, que notre société serait naturellement ouverte aux quatre vents, que nous serions en quelque sorte idéaux, suscite presque nécessairement une tentative de démystification, par l’hostilité. Dans son délire, la racaille entreprend un discours de vérité, non sur les supposées discriminations dont elle serait l’objet (elle n’en a rien à faire, au contraire, elle en jouit), mais sur le mensonge névrotique des bons sentiments antiracistes. C’est la lutte du fou contre le grand secret, de l’enfant psychotique contre le parent névrosé. Et ce n’est pas pour rien que le 11e arrondissement de Paris – seul endroit où Marine Le Pen a fait moins de voix qu’Eva Joly – a été attaqué.

Reste que cette hostilité envers ce qui fait France n’est pas l’apanage des nouveaux venus. L’éternelle dénonciation d’un racisme français par les Français eux-mêmes, sur le mode du « mauvais objet » extérieur à la bonne communauté, et au-delà de l’aveuglement qu’il génère – sur soi, donc sur l’autre – n’aide évidemment pas ceux qui ont encore à s’assimiler au pays dont ils ont choisi de partager le destin.

Il est ainsi particulièrement frappant qu’à l’émission « Des paroles et des actes » de lundi dernier, Jean-Luc Mélenchon commence son intervention, non pas en dénonçant les crimes du 13 novembre, mais en s’en prenant aux jeunes identitaires. Et de quelle manière !

Oui, si Jean-Luc Mélenchon entend un « glapissement » chez ceux de ses compatriotes qui ne pensent pas comme lui, comment s’étonner que d’autres, dont on sait le goût pour le littéralisme le plus crétin, abattent « ces chiens d’infidèles » ?

*Photo : SIPA.00730766_000032.

Le Mans n’est plus une ville paisible

24

lemans tramway insecurite drogue

Tout un symbole. Le Legend Café du Mans, bien connu pour sa décoration dédiée au célèbre circuit des 24 Heures et pour sa musique électro, est placé en redressement judiciaire. Des ennuis financiers, qui tiennent en partie à une baisse drastique de sa fréquentation, sont à l’origine de cette sortie de course. C’est que le Legend Café se trouve rue du Port, en plein centre-ville, où l’insécurité a explosé. « C’est une horreur ! s’exclame avec force son gérant, Cyril Hutin. La délinquance est quotidienne. La représentante d’un fournisseur s’est même fait agresser en plein jour ! Mes salariés et mes clients ne sentent plus en sécurité. » Voilà qui a de quoi surprendre. Le Mans n’a jamais été connu pour son insécurité, bien au contraire. La capitale de la Sarthe, aux portes de la Bretagne et du grand Ouest, était auréolée d’une réputation de tranquillité absolue. À l’image de la cathédrale Saint-Julien, aussi méconnue que belle, et de son quartier historique qui a servi de décor pour Le Bossu et Cyrano de Bergerac, Le Mans semblait figé dans le temps. Seul le circuit automobile, cher à Paul Newman et à François Fillon, insufflait un peu de nervosité à l’une des grandes villes les plus calmes de France. La seule, avec Brest, à ne pas avoir de police municipale, jusqu’à aujourd’hui.

Et voilà que, même ici, le climat est en train de changer. Depuis quelques années, les agressions sont devenues monnaie courante[access capability= »lire_inedits »] – « presque tous les week-ends », selon un policier. Pas dans les quartiers périphériques et difficiles, insiste-t-il, mais bien au cœur de la ville. Le soir de mon arrivée, le 17 octobre dernier, trois jeunes filles ont été brutalement agressées par une bande. Le même soir, une commerçante a été attaquée en sortant du restaurant : « Des jeunes ont voulu arracher la mallette d’un ami, c’était très violent », raconte-t-elle, encore secouée. La place de la République, immense zone piétonne bordée par le vieux couvent de la Visitation, ainsi que par McDo et Monop’, est devenue le centre de l’insécurité. Des bandes de jeunes désœuvrés y traînent de la fin de l’après-midi jusqu’au petit matin. « Le trafic de drogue, avec les agressions et les bagarres, sont concentrés dans ce qu’on appelle le ’’Triangle d’or’’, formé entre la place de la République, la rue du Docteur Leroy et la rue du Port », explique le policier.

Il ne s’agit pas non plus d’exagérer. Jean-Michel et Marie-Josée habitent dans le quartier depuis cinquante ans : « On ne se sent plus à notre aise, mais nous n’avons pas peur ! », racontent ces retraités avec une vivacité de jeunes gens. Le syndic de leur immeuble a récemment installé des grilles à l’entrée : « On n’avait jamais imaginé en mettre ! Le Mans était très sûr, c’est fini maintenant », déplore Marie-Josée. De leur balcon, ils sont témoins de fréquentes agressions. Dans les rues adjacentes, ils voient des sachets de drogue passer de main en main.

La drogue, c’est aussi la préoccupation de Jean-Michel Batailler : « On a laissé le trafic s’installer, en pleine journée, et à la vue de tous, notamment à cause de l’insuffisance des effectifs de police. » La cinquantaine énergique, ce restaurateur, élu d’opposition au conseil municipal sur la liste de Les Républicains (ou liste LR), siège à la commission de la sécurité de la ville. Avec une pointe d’accent du Sud-Ouest, dont il est originaire, il brosse un tableau sombre de la situation : « Il n’y a que six agents de nuit, pour une ville de 142 000 habitants ! Dès qu’un réseau est démantelé, deux autres se créent. Et la plupart des trafiquants n’ont que 16 ou 17 ans. »

D’où vient la drogue ? De Guyane, parfois : en mars dernier, la police a saisi un colis contenant 4,2 kilos de cocaïne, envoyé tout simplement par la poste à l’un des nombreux habitants d’origine guyanaise vivant au Mans. De Paris et de ses banlieues, le plus souvent : la ville n’est qu’à une heure en TGV de la capitale, et un millier de Manceaux font le trajet chaque jour. Certains pensent à un phénomène identique à celui des Halles à Paris, où le RER charrie les bandes venues de banlieue. Le TGV et surtout le tramway du Mans, inauguré en 2007, pour relier les périphéries au centre-ville, sont-ils responsables du déplacement de l’insécurité ? « Le trafic existait déjà bien avant le tramway », juge Jean-Michel Batailler. « Les bandes vivent en centre-ville, dans les HLM de l’avenue Jean Jaurès, ou avenue de la Gare », renchérit une commerçante. Antonin Flament, directeur de cabinet du préfet de la Sarthe, Corinne Orzechowski, est également convaincu que « les transports en commun ne sont pas le facteur principal de la délinquance ».

Le représentant de la préfecture ne nie pas pour autant la situation: « Ce n’est pas une illusion, l’insécurité est bien réelle », affirme-t-il. En revanche, la mairie en semble beaucoup moins certaine. « Ce n’est pas dans la philosophie de la municipalité », résume sobrement un policier. Qu’est-ce qui n’est pas dans la philosophie de la municipalité, le réel ?

Le Mans n’est pas une ville bourgeoise. Les usines automobiles, qui ont attiré nombre de ruraux, en ont fait un bastion communiste de 1977 à 2001, sous le règne de Robert Jarry. Son successeur, le sénateur-maire socialiste Jean-Claude Boulard, a longtemps nié tout problème de délinquance. Les commerçants et restaurateurs ne veulent pas d’ennui avec la mairie, et témoignent tous sous couvert d’anonymat. Seul Cyril Hutin, le gérant du Legend Café, ne s’embarrasse pas de précautions : « Il y a une omerta totale du pouvoir en place sur le sujet. Je n’ai pas peur de le dire, je suis un simple aubergiste, sans étiquette. »

 

La vague de l’insécurité a cependant fini par atteindre l’Hôtel de ville. Malgré ses divisions, et un terreau historiquement défavorable, la droite s’est emparée du sujet, et a bien failli renverser le maire sortant. « On a loupé la mairie de 1500 voix », enrage encore Jean-Michel Batailler. Avec 11 % des suffrages, son meilleur score au Mans, le Front national était présent au second tour. Cette nouvelle donne a convaincu Jean-Claude Boulard de créer une police municipale. Au conseil municipal, on a longuement débattu pour savoir si les futurs agents seraient armés. Verdict : seulement une matraque. « Mais ils auront des gilets pare-balles, cela montre qu’il y a un problème », déplore l’élu Les Républicains, qui rapporte que des fusils à pompe et des machettes ont été aperçus dans certaines bagarres. De son côté, le maire-adjoint « à la Vie des quartiers et à la Tranquillité publique » Christophe Counil tient encore à distinguer le « sentiment d’insécurité » de l’insécurité réelle : « Les chiffres sont restés stables en ville », assure-t-il. Le document relatif à la stratégie territoriale de sécurité à l’horizon 2020, rendu public par la mairie en octobre dernier, note même une diminution de 3 % des atteintes aux biens depuis 2011. Le maire-adjoint se félicite de la création de la police municipale : « Elle va permettre de libérer la police nationale, qui pourra se consacrer entièrement au trafic de drogue. » La mairie a également fait installer des caméras de « vidéo-protection » (la terminologie officielle pour la vidéosurveillance) dans certaines rues. Autre aspect du dispositif, les sanctions judiciaires pénales, qui sont réputées être plus sévères qu’ailleurs : « Au Mans, la prison ferme arrive très vite, cela dissuade vraiment  dans le milieu de la délinquance », assure un policier.

 

Pour la plupart des habitants, il n’y a aucun doute : cette progression de la délinquance a quelque chose à voir avec une immigration qu’on sait de moins en moins intégrer. À l’étage au-dessus, celui des pouvoirs publics, c’est une autre chanson : si un consensus sur l’existence de la délinquance au Mans émerge péniblement, ses caractéristiques communautaires restent taboues. Le maire-adjoint Christophe Counil a une réponse toute faite : « Comme dans toute la France, Le Mans a une population qui change, mais il ne faut pas tomber dans l’amalgame ! » Antonin Flament, dircab du préfet, l’avoue carrément : « Vous ne me ferez pas parler de l’aspect communautaire de la délinquance, même s’il y en avait un. » Les habitants protégés par l’anonymat n’ont pas ces pudeurs. Non loin de la cathédrale, un restaurateur lâche : « Je ne veux pas être raciste, mais ce ne sont que des Blacks ! » Le gérant du Legend Café abonde : « On est toujours obligés de se justifier du soupçon de racisme, à présent, mais cela ne m’empêche pas de constater. »

Ce qui est certain, c’est que Le Mans compte désormais une forte population d’origine étrangère. Aux immigrés présents de longue date, se sont ajoutés les Congolais et la deuxième plus importante communauté tchétchène de France, après Lyon. Une légende urbaine prétend que la mairie a favorisé l’accueil de ces migrants contre des subsides de l’Etat. « Mais nous n’avons aucune preuve », précise un commerçant, dépité. Ce qui est certain, c’est que Le Mans, à une heure de Paris, avec ses loyers modérés, représente une aubaine pour les nouveaux venus. La police évoque la mafia tchétchène, arrivée avec certains réfugiés du Caucase. Un groupe criminel silencieux, mais actif. « Pour l’instant, les règlements de compte, parfois meurtriers, ont lieu entre eux. Mais quand ils seront bien installés, ça va être difficile de lutter contre cette mafia », prévient un policier.

À côté des discrets Tchétchènes, la communauté congolaise est plus visible. On la rencontre dans les rues du centre-ville, avec ces groupes de jeunes, que l’ont dit pour beaucoup déscolarisés ou sans travail, et ces mères de famille, en habits traditionnels africains. Une ambiance qui ne dépayse pas Lionel Minard, pasteur de l’Eglise protestante baptiste du Mans, qui fut missionnaire au Cameroun pendant treize ans. Nous le retrouvons dans une salle d’études bibliques. La carte des chrétiens persécutés dans le monde est accrochée au mur. La communauté congolaise est majoritairement évangélique, et le pasteur compte quelques familles dans sa paroisse. Mais la plupart gravitent autour d’Eglises ethniquement homogènes, qu’on estime à une petite dizaine pour la seule ville du Mans. « Ils restent entre eux, on ne sait pas très bien ce qu’ils prêchent », regrette le pasteur, qui préfère en rire : « La préfecture les connaît mieux que nous ! »

 

Quant à la population d’origine maghrébine, elle est installée au Mans depuis une trentaine d’années et réside pour une grande part dans le quartier des Sablons, au sud-ouest de la ville. Dans cette banlieue devenue musulmane, l’évêque catholique du Mans a confié la paroisse locale à un prêtre arabisant. Ancienne enseignante dans le privé, Françoise témoigne de son expérience dans un établissement proche des Sablons : « Les musulmans inscrivent leurs enfants dans les écoles catholiques, parce qu’ils recherchent des valeurs qu’il n’y a plus dans l’école publique. » Cela n’a cependant pas immunisé son école contre certains incidents : « J’ai voulu mettre un frein au communautarisme, en proscrivant les vêtements religieux. Mais j’ai dû batailler au quotidien », raconte Françoise. « Le pire, ce sont les convertis », ajoute-t-elle, en rapportant l’anecdote d’une mère de famille qui se plaignait qu’il n’y ait pas de cours de Coran : « ça viendra un jour ! », aurait-elle lancée aux enseignants. Le lendemain de l’attentat contre Charlie Hebdo, le 8 janvier, une grenade a été lancée sur la mosquée des Sablons. L’auteur, une personne âgée ayant agi seule, a rapidement été arrêté. « Mais dans la même semaine, des gamins ont dégradé des arrêts de bus, en représailles », se souvient le pasteur Lionel Minard. Il tient cependant à relativiser ces tensions communautaires : « Un cran est monté, mais sur une échelle de 50, on est encore à 3 », estime-t-il, en s’appuyant sur des éléments de comparaison. Avant de vivre au Mans, il fut pasteur d’une Eglise évangélique à Chauny, ville de l’Aisne sinistrée par les fermetures d’usines. « Là-bas, les bagarres quotidiennes entre skinheads et Maghrébins étaient très violentes. Il y avait des gendarmes à tous les arrêts de bus. »

Le Mans n’est pas Chauny. Le Mans n’est pas non plus Marseille. Hier préservée, Le Mans ne fait que rejoindre la moyenne nationale en matière de délinquance et d’insécurité culturelle. « Cela choque, car c’est venu brutalement », estime Françoise. De nombreux habitants, qui avaient toujours vécu dans le calme, partagent un sentiment de dépossession. « Je ne reconnais plus ma ville, ce gros bourg paisible », murmure l’un. « On ne se sent plus chez soi », renchérit une autre. « Nous sommes tout simplement rejoints par des phénomènes de société nationaux », constate un policier, qui s’empresse de donner son opinion sur le trafic de cannabis : « Dépénaliser serait une connerie ! » Même l’instauration d’une police municipale semble suivre une tendance de fond à l’échelle du pays : l’Etat, pour faire des économies, cherche de plus en plus à déléguer aux communes la mission de sécuriser les villes, qui relève pourtant du devoir de la police nationale. Les baisses d’effectifs décrétées par le gouvernement ont été cruellement ressenties au sein des policiers du Mans. Cyril Hutin ne veut pas retrouver ici la situation qu’il a quittée en banlieue parisienne. « On a besoin d’une plus forte présence policière, sinon, ce sera comme dans les cités : si vous n’avez pas les gens qui symbolisent l’ordre, et qui le font respecter, vous abandonnez le terrain aux meneurs », argumente le gérant du Legend Café.

Place de la République, nous rencontrons Cédric, l’un des jeunes qui fréquentent le quartier. Arrivé en France il y a à peine quatre ans, Cédric vient du Congo-Kinshasa, comme beaucoup de nouveaux habitants du Mans : « Il y a beaucoup trop de Congolais, ici ! » rigole-t-il. Héritage de la colonisation belge, il dit « nonante », et non « quatre-vingt dix » : « Quand je devais donner ma date de naissance à la police, ils croyaient que je me fichais d’eux ! » Cédric ne cache pas son passé tumultueux. « J’avais du mal à l’école, j’ai fait beaucoup de conneries. J’ai traîné avec les mauvaises personnes », dit-il pudiquement. « Mais je lutte contre ça à présent, j’ai envie de changer de vie », assure-t-il, en affirmant que sa foi évangélique l’encourage à « se ranger ». Cédric suit désormais une formation d’apprenti-carreleur, à Tours, ce qui l’enthousiasme : « On a besoin d’artisans honnêtes et travailleurs, comme de bons journalistes aussi ! »

Nous devisons jusqu’à la gare, où les bandes attablées aux kebabs voisins nous dévisagent avec insistance. Ce n’est pas ce que nous nous disons qui les dérange, ils sont trop loin pour nous entendre. Ils sont simplement étonnés de voir un Noir discuter à bâtons rompus avec un Blanc…le multiculturalisme, c’est chacun chez soi, non ?[/access]

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00717257_000001.

Réviser la Constitution, pour quoi faire?

177

francois hollande congres sarkozy terrorisme

Le Président de la République, s’exprimant lundi devant le Congrès réuni à Versailles, a annoncé son intention de réviser la Constitution. Pour l’heure, les choses ne sont pas claires ; on ignore le contenu exact de sa proposition. Pour autant qu’on sache, il s’agirait en fait de modifier le texte sur deux points au moins : d’une part, à suivre les propos tenus par le Premier Ministre à l’Assemblée Nationale, pour rendre possibles la déchéance de nationalité d’individus binationaux nés français ainsi que l’instauration de mesures encadrant le retour en France des citoyens français ayant combattu à l’étranger ; d’autre part, pour transformer les régimes d’exception prévus par notre droit, qui ne seraient plus adaptés aux nouvelles menaces.

On n’évoquera ici que le deuxième point.

Comme on sait, l’état d’urgence a été décrété le 14 novembre sur l’ensemble du territoire métropolitain et en Corse. Conformément à l’article 2 de la loi du 3 avril 1955, il devra être prolongé, au-delà de 12 jours, par le Parlement – le pouvoir exécutif ne peut maintenir cette situation exceptionnelle sans le consentement de la représentation nationale. Le Président a d’ores et déjà fait savoir qu’il solliciterait sa prolongation pour 3 mois ; libre aux parlementaires, par l’exercice de leur droit d’amendement, de modifier cette durée s’ils l’estiment opportun.

L’état d’urgence n’est que l’un des trois régimes d’exception du droit français, les deux autres étant l’état de siège (prévu à l’article 36 de la Constitution et codifié aux articles L2121-1 et suivants du Code de la défense) et le régime des « pouvoirs exceptionnels » de l’article 16 de la Constitution.

Si on comprend bien, c’est cette trilogie que le Président souhaite mettre sur le chantier.

Rappelons d’abord en quoi consistent ces régimes, et à quelles conditions ils peuvent être mis en œuvre.

L’article 16, inscrit dans la Constitution en 1958 à la demande du Général de Gaulle, hanté par le souvenir d’une Troisième République incapable de faire face à l’invasion (Capitant disait à ce titre que l’article 16, c’est la « constitutionnalisation de l’appel du 18 juin »), provoque la confusion des pouvoirs dans les mains du Chef de l’Etat et la suspension provisoire de la séparation entre domaine de la loi et domaine du règlement. Le Président décide seul, par voie de « mesures », en vue de rétablir la situation (ses mesures, dit le texte, « doivent être inspirées par la volonté d’assurer aux pouvoirs publics constitutionnels, dans les moindres délais, les moyens d’accomplir leur mission ») ; le Parlement est réuni de plein droit, mais réduit au rôle de témoin. L’article 16 ne peut être employé qu’à deux conditions : il faut, cumulativement, 1° que soient menacées, de manière « grave et immédiate », les « institutions de la République » ou « l’indépendance de la Nation » ou « l’intégrité de son territoire » ou « l’exécution de ses engagements internationaux » ; 2° que « le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels » soit « interrompu ». On voit qu’employer l’article 16 ne serait pas possible dans les circonstances actuelles : aucun des quatre éléments évoqués n’est menacé, les pouvoirs publics continuent de fonctionner – les chambres ne sont pas dispersées, le Gouvernement n’est pas en fuite, etc. Pour autant, le Chef de l’Etat juge seul du point de savoir si les conditions sont remplies ou non ; il est, selon l’expression du juriste autrichien Kelsen, l’interprète « authentique » de l’article 16. Les seules limites à sa liberté d’appréciation tiennent au fait que que l’avis du Conseil constitutionnel, qu’il doit recueillir, est publié au Journal officiel (article 53 de l’ordonnance du 7 novembre 1958), en sorte que si le Conseil désapprouvait son appréciation, l’opinion en serait informée ; le Président est également limité par le fait que, depuis la révision constitutionnelle de 2008, le même Conseil est automatiquement saisi au bout de 60 jours (à partir du trentième jour, même, si les Présidents des chambres ou soixante députés ou sénateurs le saisissent), afin de se prononcer sur la nécessité du maintien de l’article 16. Il sait, enfin, que tout abus pourrait être ensuite regardé comme un « manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l’exercice de son mandat » au sens de l’article 68, ce qui provoquerait son jugement par la Haute Cour et sa destitution éventuelle ; le Président, qui ne saurait être empêché légalement au moment du déclenchement de l’emploi de l’article 16 (le juge administratif ne contrôle pas la légalité de sa décision, car il s’agit d’un « acte de gouvernement » dont il ne lui appartient pas de connaître), peut donc être sanctionné a posteriori.

L’état de siège, lui, est un vieux régime né au XIXe siècle dont l’effet principal est le transfert à l’autorité militaire du maintien de l’ordre public. Comme l’état d’urgence, il est décrété en conseil des Ministres pour 12 jours maximum, puis prolongé par la loi. Il ne peut être employé, selon l’article L2121-1 du Code de la défense, qu’en cas de « péril imminent résultant d’une guerre étrangère ou d’une insurrection armée ». Hypothèses qui, là encore, ne correspondent pas à la situation actuelle : bien que le mot « guerre » soit dans toutes les bouches, il n’y a pas « guerre étrangère » au sens du texte, ni « insurrection armée » au sens d’une guerre civile. Même en 1968, l’état de siège n’aurait probablement pas pu être déclaré, faute que les événements aient revêtu le caractère d’une « insurrection » et, quand bien même, faute que cette insurrection eût été « armée ». De fait, cette législation n’a plus été employée depuis 1914 et 1939.

Reste l’état d’urgence, inventé lors de la Guerre d’Algérie. Il peut être déclaré, au terme de l’article 1er de la loi de 1955, dans deux situations : des « événements présentant, par leur nature et leur gravité, le caractère de calamité publique » (on suppose que le législateur avait en tête des phénomènes tels qu’une inondation, une tempête exceptionnelle, etc.), ou un « péril imminent résultant d’atteintes graves à l’ordre public ». Comme on sait, il a été employé plusieurs fois : en Algérie dans les années 1950 et 1960, à Paris et en région parisienne en 1961, en Nouvelle-Calédonie en 1985, puis sur tout le territoire (hors Corse) en 2005, et enfin sur tout le territoire (Corse incluse) aujourd’hui, le Gouvernement envisageant apparemment de l’étendre Outre-Mer.

À la différence de l’état de siège, l’état d’urgence demeure un régime civil (mais la juridiction militaire peut, en vertu à l’article 12, se voir transférer la compétence pour certains crimes et délits relevant de la cour d’assises) ; simplement, l’autorité administrative voit ses compétences étendues, avec le pouvoir d’interdire la circulation et de réglementer le séjour des personnes dans certaines zones (article 5), d’assigner à résidence toute personne « dont l’activité s’avère dangereuse pour la sécurité et l’ordre public » (article 6), de faire fermer les salles de spectacles, cafés, etc. (article 8), de contrôler la presse (article 11) et d’ordonner des perquisitions administratives hors de toute intervention judiciaire (article 11).

Pourquoi réécrire la Constitution en ce qui concerne ces régimes ?

En 2007, le Comité Balladur (Comité de réflexion et de proposition sur la modernisation et le rééquilibrage des institutions, de son nom exact), dont les réflexions ont abouti à la révision du 23 juillet 2008, avait réfléchi à la question des états d’exception, en militant pour leur maintien – dans des termes malheureusement prémonitoires : « La diversité des menaces potentielles qui pèsent sur la sécurité nationale à l’ère du terrorisme mondialisé justifie le maintien de dispositions d’exception ». Simplement, il avait suggéré de mieux encadrer l’article 16, ce qu’a fait le pouvoir de révision en 2008, et d’inscrire l’état d’urgence dans la Constitution au même titre que l’état de siège, ce que le pouvoir de révision n’a pas fait.

L’intérêt de réviser la Constitution aujourd’hui est là : constitutionnaliser l’état d’urgence qui, actuellement, ne relève que du niveau législatif.

En soi, ce caractère simplement législatif n’est pas choquant : comme l’a relevé le Conseil constitutionnel dans sa décision du 25 janvier 1985, la Constitution ne vise pas l’état d’urgence mais elle confie au législateur, à l’article 34, le soin de « fixer les règles concernant les garanties accordées aux citoyens pour l’exercice des libertés publiques », ce que fait, précisément, la loi de 1955. On sait aussi que d’après le Conseil constitutionnel (décision du 25 janvier 1985) et le Conseil d’Etat (ordonnance du 21 novembre 2005, Boisvert), la constitutionnalisation en 1958 de l’état de siège n’a pas eu pour effet d’abroger implicitement la loi de 1955 sur l’état d’urgence (le fait que le Constituant ait prévu un régime d’exception de nature militaire ne saurait être interprété comme signifiant qu’il a voulu exclure l’existence parallèle d’un autre régime d’exception, civil celui-là). Mais la non-abrogation implicite de la loi de 1955 par la Constitution de 1958 n’implique pas que cette loi y soit conforme, notamment du point de vue des droits et libertés ; en l’état actuel, on n’a en fait aucune idée de la constitutionnalité de ce régime sous lequel nous vivons depuis samedi.

Or, il se trouve qu’entre 2005, précédent emploi de la loi, et aujourd’hui, est intervenue la révision de 2008, qui a introduit à l’article 61-1 la question prioritaire de constitutionnalité (QPC). L’état d’urgence en soi, ainsi que les mesures prises sur son fondement, se trouvent dès lors sous une menace juridique nouvelle : un administré pourrait attaquer pour excès de pouvoir le décret instaurant l’état d’urgence, ou telle décision de l’autorité administrative fondée sur lui, en excipant de l’inconstitutionnalité de la loi de 1955, possiblement contraire aux « droits et libertés fondamentaux » garantis par la Constitution. On imagine mal le juge administratif estimer qu’une telle question n’est pas « sérieuse », selon l’exigence de la loi organique relative à la QPC, et ne pas la transmettre au Conseil constitutionnel. Le risque est alors que tout l’édifice s’écroule à la suite de la décision de ce dernier : loi de 1955 abrogée, décrets annulés (sauf à imaginer un report dans le temps des effets de l’abrogation de la loi, ainsi que le permet l’article 62 de la Constitution), état d’urgence terminé.

Constitutionnaliser l’état d’urgence en le mentionnant dans la Constitution, par exemple à l’article 36, à côté de l’état de siège (ce qui donnerait, mettons : « L’état de siège ou l’état d’urgence sont décrétés en Conseil des ministres. Leur prorogation au-delà de douze jours ne peut être autorisée que par le Parlement »), permettrait d’éviter ce problème ; tel est le sens des propos de Jean-Jacques Urvoas, président de la Commission des lois à l’Assemblée Nationale : « La loi de 1955 qui date d’Edgar Faure n’a jamais été validée par le Conseil constitutionnel. On va injecter du béton du droit (sic) pour que la solidité de l’édifice nous permette d’être efficaces » – plus exactement, nous permette de respecter la Constitution.

Si tel est l’objectif du Président, on ne voit guère de raison de s’y opposer, sauf à juger que les régimes d’exception sont condamnables en soi et qu’ils devraient être supprimés, option soutenable, forte d’arguments qui méritent d’être examinés, mais qu’on peut ne pas trouver opportune au vu des circonstances.

On ajoutera aussi que constitutionnaliser l’état d’urgence permettrait du même coup de prévoir sa réglementation par une loi organique (ainsi que celle de l’état de siège, d’ailleurs), laquelle aurait, par rapport à la loi ordinaire, l’avantage d’être obligatoirement soumise au contrôle du Conseil constitutionnel, conformément à l’article 61.

On sera plus réservé, en revanche, si le projet de révision devait aller plus loin que cette modification a minima, et s’il réécrivait en profondeur les articles 16 et/ou 36, voire d’autres dispositions. De telles modifications, portant sur des dispositions touchant aux libertés publiques, ne doivent pas être faites à la légère ou à chaud, dans l’émoi suivant les attentats. Le Président semble pourtant vouloir une révision d’ici la fin de l’état d’urgence, c’est-à-dire d’ici trois mois. S’il semble utile d’aller vite pour protéger la loi de 1955 contre le risque d’inconstitutionnalité, est-il nécessaire d’aller vite pour revoir de fond en comble le droit des situations d’exception ? On ferait peut-être bien, au contraire, de prendre le temps d’un débat sérieux, et de se contenter pour l’heure de « bétonner » l’état d’urgence, selon la formule de M. Urvoas, quitte à prévoir deux révisions successives. A titre de comparaison, quand l’article 16 est employé, aucune révision ne peut être engagée ni poursuivie (décision du Conseil constitutionnel du 2 septembre 1992) ; la même limite n’existe pas pour l’état d’urgence, mais la prudence et le souci de la réflexion la plus approfondie invitent à suivre la même règle.

Par ailleurs, on ne peut qu’être attentif à l’argument de ceux pour qui la révision n’est pas une réponse pertinente à la question actuelle : en soi, réviser la Constitution sur les états d’exception ne permettra pas d’empêcher des attentats, et on ne voit pas en quoi l’édifice juridique actuel, tel qu’il résulte notamment des lois sur le renseignement votées dernièrement, serait insuffisant pour atteindre au mieux cet objectif. Sans préjuger du contenu de la révision à venir, ni douter des excellentes intentions de l’exécutif, on peut se demander si la proposition d’une révision n’est pas, au fond, une façon politique d’afficher le volontarisme du pouvoir par une mesure visible, spectaculaire, qui donne à l’opinion le sentiment que l’Etat réagit. Si la révision était entreprise, l’Etat réagirait, en effet ; mais sans répondre à la question de l’heure, tout comme, en 2013, on a réagi au scandale Cahuzac par une mesure spectaculaire (la déclaration de patrimoine des élus) dont on ne comprend toujours pas en quoi elle répondait à la question (comment empêcher élus et Ministres de frauder le fisc). L’opposition, elle, se trouverait en porte-à-faux : rejetant la révision, elle s’exposerait au reproche de refuser d’agir, au risque d’être mal comprise par l’opinion. (Déjà, à l’Assemblée, le Premier Ministre a laissé entrevoir ce piège en invitant l’opposition à la « cohérence », c’est-à-dire à voter la révision future). De là à imaginer que la révision recueille la majorité des 3/5e des membres du Congrès requise par l’article 89, il y a cependant un pas, qui fait douter des chances du projet. A moins que le Président choisisse, ce qui est peu vraisemblable, de soumettre la proposition au peuple, par la voie ordinaire de l’article 89 ou par celle de l’article 11 qu’avait employée le Général de Gaulle en 1962 et 1969.

Reste à suivre avec la plus grande attention le fil des événements, et à souhaiter que, si révision il y a, elle soit entourée du maximum de précautions, et de la plus sage réflexion. « Tout Etat libre où les grandes crises n’ont pas été prévues est à chaque orage en danger de péril », écrivait Rousseau dans ses Considérations sur le gouvernement de Pologne. Ce n’est pas quand l’orage éclate qu’il faut s’y mettre.

Un juif agressé à Marseille par trois hommes, dont un portait un tee-shirt de Daech

32

Marseille (AFP) – Un professeur d’histoire d’une école juive de Marseille, âgé d’une cinquantaine d’années, a été blessé à coups de couteau mercredi soir par trois hommes qui ont proféré des propos antisémites, a-t-on appris auprès du préfet de police des Bouches-du-Rhône.

L’agression, qui n’a pas engagé le pronostic vital de l’enseignant, lui-même juif, a eu lieu vers 20H00 dans le 13e arrondissement de Marseille, a précisé Laurent Nunez, qui a souligné que de très importants moyens policiers avaient été déployés pour en retrouver les auteurs. La victime a été hospitalisée.

Les agresseurs auraient été mis en fuite par l’arrivée d’une patrouille de police, a encore ajouté M. Nunez, qui a souligné avoir immédiatement informé le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve.

L’enseignant, qui portait une kippa, était sorti du centre communautaire Yavné, qui comprend à la fois une école et une synagogue, quand il a été agressé, a-t-on encore précisé de source proche du dossier.

Devant son domicile, à quelques rues de l’école, trois individus à scooter ont proféré des insultes antisémites, lui montrant aussi des photos de l’islamiste Mohamed Merah, avant de lui porter des coups de couteau qui l’ont blessé de manière superficielle, a précisé à l’AFP Michèle Teboul, présidente du Crif Marseille-Provence.

En mars 2012, Mohamed Merah avait tué sept personnes au nom du jihad à Toulouse et Montauban: trois militaires ainsi qu’un professeur et trois jeunes élèves d’une école juive.

Mme Teboul a indiqué que l’enseignant blessé mercredi était âgé de 57 ans. Elle devait se rendre dans l’hôpital où il a été transporté dans la soirée. « Ca fait très longtemps que ce professeur enseignait à Yavné, il a été le professeur de mes enfants », a-t-elle expliqué.

« Je suis très choquée, car cela fait deux affaires du même type en très peu de temps », a encore réagi Mme Teboul. « Je suis inquiète ».

Le 24 octobre, un homme avait agressé trois juifs, blessant l’un d’eux avec un couteau, près d’une synagogue marseillaise. L’agresseur, âgé d’une trentaine d’années et connu des services de police, s’en était pris à deux personnes, dont le rabbin, près de cette synagogue. Un troisième fidèle, qui tentait de s’interposer, avait alors été frappé à coups de couteau.

L’agresseur avait proféré des propos antisémites, réitérés devant les policiers qui l’avaient interpellé. Il avait été arrêté quelque temps après les faits, fortement alcoolisé. Placé sous mandat de dépôt le 29 octobre, il doit être jugé le 9 décembre.

Mercredi dans la journée, une jeune femme voilée a été agressée à la sortie d’une station de métro dans le centre de Marseille par un homme lui reprochant, selon les déclarations de la victime, d’être une terroriste.

L’agresseur, âgé d’une vingtaine années, aurait fait référence aux signes religieux de la jeune femme, qui portait un hijab (voile laissant le visage apparent), avant de lui asséner un coup de poing et de la blesser légèrement au thorax avec un objet pouvant être un cutter.

Attentats de Paris: vous avez dit kamikazes?

83

Eternal Zero kamikazes attentats

« Attentats à Paris : l’un des kamikazes tenait un « coffee shop » à Bruxelles » (20 minutes). « Ismaël Omar Mostefaï, l’un des kamikazes français du Bataclan » (le Monde). « Attentats de Paris : un des kamikazes venait de louer un appartement à Bobigny » (le Parisien). « Attentats de Paris : qui sont les kamikazes identifiés ? » (RFI). « Le mystère du comportement des kamikazes au Stade de France » (Huffington Post). « Attaques de Paris : qui sont les kamikazes, quels complices éventuels ? » (Le Point).

Kamikazes par-ci, kamikazes par-là : on va finir par croire que ce sont des Japonais qui ont semé la mort à Paris vendredi 13.

L’amateur de culture japonaise que je suis s’insurge !

Kamikaze (pour bien faire, il faudrait accentuer le « e » muet final, kamikazé). Le mot signifie « vent divin », en référence aux typhons légendaires qui engloutirent par deux fois, en 1274 et 1281, la flotte mongole de Kubilai Khan prête à envahir le Japon.
Puis ce fut un militaire lancé dans les opérations désespérées, décidées par le haut commandement nippon à partir de novembre 1944, quand il fut clair que la guerre était perdue, mais pas l’honneur. Que cette manœuvre fût militairement peu efficace face à l’armada américaine, et humainement et sociologiquement désastreuse, en sacrifiant des milliers de jeunes cadets sortis du système universitaire, est une autre histoire. Dans tous les cas, il s’agissait de soldats partant affronter d’autres soldats. Pas d’assassins — un mot persan (désignant la secte des Nizarites) confondu avec un mot arabe (fumeurs de haschisch), tiens — voués à massacrer des populations civiles indistinctement. Ça, ça s’appelle des criminels, et un criminel islamiste (le mot que François Hollande ne prononce pas) est juste un criminel. Un chien enragé. Même pas un homme.

Je viens de voir en DVD — avec deux ans de retard — un magnifique (j’insiste) film de Takashi Yamazaki, Kamikaze en français, l’Eternel Zéro (du nom des avions sur lesquels embarquaient les kamikazes) en japonais et en anglais. Un très beau film, très émouvant, sur la mémoire — les deux petits-enfants d’un kamikaze enquêtent aujourd’hui auprès des (rares) survivants sur celui qui fut leur grand-père et qui disparut dans les derniers combats — salué par le Premier ministre Shinzo Abe, et critiqué comme il se doit par les pacifistes : le Japon apparemment a son lot d’associations culpabilisantes.

Eternal Zero

 Un film-enquête (mais ponctué de très belles scènes d’aviation et de combat) qui montre bien justement l’aspect humain de ces soldats voués à mourir. Après tout, le kamikaze se suicidait aux commandes de son avion, tout comme les samouraïs se faisaient seppuku.
Comme je ne répugne jamais à faire l’éducation des foules, je rappellerai que les samouraïs avaient été tout simplement interdits sous l’ère Meiji (1868-1912), que le droit même de porter une épée leur avait été retiré sous peine de mort, mais que leur mythe avait été opportunément réhabilité sous l’éphémère ère Taisho (1912-1926) et surtout sous l’ère Showa (1926-1989 — de l’invasion de la Mandchourie au Japon moderne en passant par la Seconde guerre mondiale, le long règne d’Hirohito), avant d’être récupéré par les yakuzas, le folklore cinématographique de la reconstruction — pas un hasard — et, d’une certaine manière, par les cadres supérieurs japonais modernes. Ce mouvement de balancier a permis l’exaltation de ces jeunes gens prêts à mourir pour l’empereur. Et le suicide de Mishima par seppuku en 1970 n’est jamais que l’ultime démonstration des valeurs traditionnelles du Japon en résistance à l’ère du base-ball et de la vulgarité américaine.
Si nous étions plus rigoureux nous-mêmes, les gastronomes ici devraient arroser les McDo de leur sang.
Aucun rapport en tout cas avec ce qui vient de se passer : à Paris, ce n’étaient pas des « vrais croyants » affrontant des « croisés », comme ils aiment le dire — savent-ils seulement que les Croisades sont terminées depuis 800 ans ? C’étaient juste des connards sanguinaires.

Attentats de Paris: l’indécence

37

On aurait souhaité que l’état d’esprit manifesté par les parlementaires, notamment à l’occasion de cette Marseillaise entonnée à Versailles, perdure. Au moins jusqu’à la fin du deuil national qui s’achevait mardi soir. Peine perdue. Mardi, contrairement à la promesse qu’il avait faite de ne plus présider les séances de questions au gouvernement jusqu’au scrutin régional, le candidat Claude Bartolone est monté au perchoir. Nous ne savons si c’était lié ou pas à cette décision mais le groupe LR envoya lui aussi trois autres têtes de liste au front, qui posèrent des questions pour le moins offensives.

Cette séance donna lieu, encore davantage que d’habitude, à un festival de gamineries : des députés qui ne se lèvent pas lorsque le Premier ministre rend hommage aux forces de police et aux pompiers ou qui huent la ministre de la Santé alors qu’elle va s’exprimer sur l’état des victimes des attentats.

Mais que pèse un deuil national par rapport à la quête de leurs duchés. Cela donne des envies furieuses de rester chez soi les 6 et 13 décembre prochains. Bartolone, le soir même, s’interrogea sur l’opportunité d’avoir organisé ladite séance de questions. Et de l’avoir présidée, cela ne l’effleure pas ? Et ce monsieur prône la suppression du Sénat… Quand lui et l’assemblée qu’il préside donneront l’image de la dignité, ce mardi comme les autres, il pourra faire la leçon aux sénateurs.

L’indécence ne s’est pas limitée au Palais-Bourbon. Ce mercredi, pile-poil pendant l’opération du RAID à Saint-Denis, le communicant élyséen Gaspard Gantzer a jugé opportun de twitter un sondage faisant état d’une bonne opinion de la gestion des événements par le Président de la République. Ce tweet, espèce d’obscène masturbation 2.0, a été effacé après que de bonnes âmes lui ont fait remarquer que ce n’était sans doute pas le moment de se laisser aller publiquement à une telle autosatisfaction.

Pour rien. Le super-communicant a oublié que les copies d’écrans, ça existe. Et ce n’est pas tout : cité par Le Parisien, un ministre anonyme salue « l’habileté redoutable » du Président de la République et la manière dont « il a coupé l’herbe sous les pieds de Sarkozy », ajoutant « il est diabolique ».

Je ne connais pas le journaliste qui a recueilli ce témoignage mais je salue son sang-froid. Perso, je l’aurais peut-être giflé. Notre pays est en guerre. Les témoignages de soutien du monde entier affluent. Le peuple anglais a même chanté la Marseillaise, ce qui n’était jamais arrivé et n’arrivera sans doute plus avant plusieurs siècles. Et notre classe politique a les yeux rivés sur les élections régionales, l’élection primaire et les courbes de popularité. Inconsciente du fait que l’ennemi la regarde.

Le grand djihad de France

288
armée banlieues djihad

armée banlieues djihad

Cette drôle d’avant guerre qui prenait le périphérique pour la ligne Maginot a cru éviter la guerre civile au prix de la délinquance. Il  faut, à présent, éviter de récolter les deux.

Qu’avons-nous à redouter de ces attentats ? Dans le contexte d’un djihad made in France qui ira crescendo, notre histoire, sur le temps long, nous rappelle que la scission dans le sang est toujours possible.

Sécession sociologique (classes populaires évincées par la globalisation), sécession culturelle (l’école cassée et l’enseignement rendu impossible par les incivilités) et sécession économique (les cités vivent de trafic en tous genres), ce glissement de terrain a mis trente ans. Nous y sommes.

Cette situation est odieuse mais nullement tragique. La tragédie tient à ce que ces multiples séparations correspondent déjà partiellement à une sécession idéologique. La religion majoritaire dans les zones qui ont glissé n’est pas celle du pays. Cela aurait peu d’importance si une minorité de musulmans français, infime mais ultra motivée, n’avait pas déclaré la guerre à leur  pays. Une fois ce diagnostic posé, que faire ? D’abord et en priorité, reconquérir le sol de la République.

Le faire de manière inconditionnelle, sans coup férir et tout de suite.

Commençons par déployer l’armée française dans ces territoires perdus qui correspondent, peu ou prou, aux 357 zones sensibles recensées par le ministère de l’Intérieur. La population vivant sur ces zones quasiment détachés est d’environ 4 millions d’habitants. Sur un territoire étranger et ennemi, notre état-major considère qu’un militaire sécurise entre 40 et 100 habitants. Nous sommes chez nous. 40.000 personnels suffiront à reprendre le contrôle du pays.

L’objectif est d’abord sécuritaire : prélever les armes, démanteler les trafics, désorganiser l’ennemi. Pour réussir, l’opération doit être foudroyante et systématique : chaque recoin, chaque cave, chaque appartement doit être fouillé. Les armes, les produits stupéfiants doivent être saisis. Les individus malfaisants (dealers, djihadistes connus et mêmes islamistes) doivent être appréhendés,  jugés, incarcérés, expulsés ou interrogés.  D’ailleurs, ce sont des hommes et des femmes de loi, magistrats, policiers, gendarmes, douaniers qui doivent conduire ce travail, renforcées par des troupes farouches et aguerries. Pour ce faire, le cadre légal devra être temporairement suspendu. Cette action d’étouffement doit être méthodique, calme et rapide. Il ne faut surtout pas rester. Hit and run comme disent les militaires américains.

L’armée est une tronçonneuse et nous avons besoin d’un scalpel diront certains médecins. Nous avons besoin des deux. L’un ne fonctionnera plus sans la possibilité de l’autre.

La République doit être implacable mais exemplaire. La torture, contrairement à ce qui s’est  passé avant hier de l’autre côté de la Méditerranée et hier de l’autre côté de l’Atlantique, doit être strictement interdite.

Rappelons au nom de quoi nous devons frapper : liberté, égalité, fraternité.  Nous n’avons pas à occuper les banlieues mais à les libérer, à les ramener dans le giron français. Le moment est venu de tenir la promesse du karcher, formulée par des politiciens inconséquents.  Il ne s’agit pas, pas encore du moins, de zones ennemies mais déjà de zones de non droit où l’ordre public, celui décidé par le peuple français doit être rétabli de gré ou de force. Ironie de notre langue, « ban lieu » désigne le « lieu du ban » autrement dit l’endroit de la justice. Il faut que les cités retournent dans la Cité. Une majorité silencieuse dans ces « quartiers » n’attend que cela et sera soulagée de sentir que l’État les protège, enfin, des criminels et restaure le premier des droits de l’homme : la sûreté.

Certes, ces « zones sensibles » semblent parfois étrangement calmes. Méfions-nous de ce calme-là, il correspond à une étrange défaite qui n’a que trop duré.  L’ordre qui règne n’est pas encore totalement islamiste mais n’est plus français. La « haine du Céfran » y est banale et ce sont des trafiquants ou des imans qui y font leur loi. L’enjeu est donc hautement symbolique. Il s’agit d’imposer manu militari le retour de ce que les philosophes appellent la concorde.

Cette opération va jeter de l’huile sur le feu, se récrieront certains. Déployer la troupe sera vécu par « les populations » comme une provocation. Intéressante objection qui recèle un terrible aveu de la part de ceux qui la formuleraient : nous ne serions donc déjà plus chez nous dans « les quartiers »  et leurs habitants n’appartiendraient pas à notre peuple.

Il faut désormais choisir ton camp citoyen : soit les habitants (majoritairement musulmans) des cités sensibles sont tes frères (fraternité) et dans ce cas, comment peux tu les abandonner à la férule d’une minorité qui nous hait ; soit ils sont désormais chez eux dans certaines zones mais dans ce cas, ils ne sont déjà plus (ou ne deviendront jamais) des compatriotes. Le politiquement correct serait-il le masque masochiste du racisme ?

Le djjhadisme qui nous frappe déjà depuis 1995 va monter en puissance et la crise est très loin de son paroxysme. Car qui peut garantir demain, 20.000 morts plus tard, que notre peuple ne finira pas par se déchirer ? Si cela arrive, ce sera la fin, non de la France mais d’une certaine idée de notre pays. Et avec elle, inévitablement, des centaines de dizaines de milliers, peut être des millions de musulmans seront rejetés de l’autre côté de la Méditerranée comme un corps étranger. Révisez votre histoire et demandez-vous si cette hypothèse n’a vraiment aucun lien avec des faits ayant existé…

Le véritable risque finalement, ce n’est pas que la petite bête mange la grosse, c’est qu’un matin, comme l’a très bien analysé Pierre Hassner, le bourgeois se mue en barbare. Or, répétons-le, à aucun moment, dans l’histoire de France, une minorité ne s’est dressée contre la majorité sans finir écrasée. Bourguignons, Protestants, émigrés, collabos, tous ont très mal fini.

L’un des innombrables services rendus à la patrie par De Gaulle fut d’éviter la guerre civile. L’épuration légale fut économe en vies humaines. Il nous faut, à présent, toutes proportions gardées et dans un tout autre contexte, vider, à notre tour, un abcès à froid et sans effusion de sang.

Autre motif puissant, il faut toujours montrer la force pour éviter d’y recourir. Le seul péril mortel que nous devrons affronter, c’est la déchirure irréparable entre anciens et nouveaux français musulmans. On dira que l’islam n’a rien à voir avec le djihadisme. C’est aussi absurde que de prétendre que l’alcool n’a aucun rapport avec l’alcoolisme ou que le nazisme était sans lien avec l’Allemagne. Dans la tête de nos dirigeants, il existe d’un côté des djihadistes fanatisés type Orange mécanique et, de l’autre côté d’une paroi étanche, des pratiquants ultra civiques et paisibles. Dans la réalité, il y a un immense dégradé entre un islamisme ultra violent, un salafisme parfois pacifique mais toujours radical et qui hait secrètement ce que nous sommes, un islamisme plus ou moins bon teint, un islam très loyaliste (vis-à-vis de qui ?) et, enfin, une vaste majorité de citoyens « lambdas » nés musulmans comme d’autres  sont juifs ou chrétiens sans que cette origine soit une appartenance ou une pratique.

Alors pourquoi vouloir reprendre le terrain de manière si soudaine, si spectaculaire et si brutale ? Pour arrimer solidement et préventivement cette population de notre côté. L’islam admire la force. L’allégeance va toujours vers elle. Sans force, pas de légitimité. Il doit être clair pour tous les citoyens, de toutes confessions, que la force est et restera à la loi. Nous sommes chez nous. Ils font partie de ce « nous » et ce nous doit redevenir le plus respecté partout où il est chez lui. La France doit replanter le tricolore sur son territoire, que cela plaise ou non.

Ne va t-on pas précipiter les petits caïds dans les bras des barbus ? La question est mal formulée  et repose sur un nouveau déni de réalité : la délinquance, les trafics de toutes natures ont toujours partie liée avec le djihad. L’islamisme ne nous menace pas à la manière d’un totalitarisme classique (les totalitarismes étaient de fausses religions, l’islamisme s’appuie sur une foi authentique), en imposant militairement un nouvel ordre étatique mais en propageant et en se nourrissant du désordre comme une flamme de l’oxygène. Plus il y a de déréliction et plus le néantisme vert se répand. L’islamisme, c’est la religion naturelle de l’effondrement des États.

Les jeunes des banlieues ne respectent que la force. Ils détesteront les bérets rouges qui vont les évincer de « leurs quartiers » mais ils les admireront pour la même raison qu’ils admirent le courage, l’intransigeance et le sens du sacrifice des djihadistes. On ne supprime que ce que l’on remplace. Et c’est pourquoi cette reprise en main ne saurait être qu’un préalable à une vaste réforme morale et intellectuelle du pays. Il faut refaire la patrie. Mais cela c’est déjà une autre histoire. C’est celle du grand djihad de France qui n’a pas encore commencé.

*Photo : SIPA.AP21823941_000133.

Au secours, Facebook est bleu-blanc-rouge!

134
Facebook bleu blanc rouge

Facebook bleu blanc rouge

On n’est plus chez nous. C’est l’invasion. Ils sont partout !

Quoi donc ?

Les drapeaux bleu-blanc-rouge sur Facebook.

Que tous les pays où des gens se sentent solidaires de nous enluminent leurs plus beaux monuments à nos couleurs, passe encore. Qu’un logo en forme de tout Eiffel peace and love s’affiche à tous les coins de rue, c’est cool. Que des érudits aient même déterré une locution latine – latine ! – pour rappeler que Paris sera toujours Paris, à la limite, d’accord. Il paraît que c’est la devise de la ville. Mais de là à appliquer un filtre tricolore sur nos photos de profil Facebook, il ne faudrait tout de même pas pousser mémé dans la Seine. Là, on passe les bornes.

Ni une, ni deux. Sur le réseau social, un brave militant d’extrême gauche annonce à ses contacts son intention d’« effacer tous ses amis Facebook qui mettront le drapeau », parce que « désolé, il existe d’autres symboles ». Ah bon, mais d’autre symboles de quoi ? Parce que le symbole le plus universellement connu de la France comme de la plupart des autres pays, jusqu’à preuve du contraire, c’est son drapeau. Oui mais bon, quand même, fait remarquer une féministe intégriste, tout ce bleu-blanc-rouge, ça « donne une allure FN à Facebook ».

Ce que vient faire le Front national dans cette affaire ? Selon un neuroscientifique déniché par Rue89 pour l’occasion, « on ne peut ignorer qu’une fraction de la population attribue à ce même symbole une connotation guerrière ». Diantre ! Et l’omniprésence de photos de profil bleu-blanc-rouge parmi vos contacts virtuels indiquerait que vous êtes « enclin au sentiment national voire au nationalisme politique ». Cyberfacho, va.

A l’inverse, et plus grave encore, « une proportion de 0% pourrait refléter l’appartenance à un milieu radicalisé », ce qui constituerait « une information finalement précieuse pour les dispositifs de surveillance automatisés récemment mis en place dans le cadre de la loi relative au renseignement ». Oh my God ! Cachez vite ce drapeau qui pourrait servir, par contraste avec son absence notable chez d’autres, à identifier nos ennemis ! Un peu de respect pour l’anonymat de ces islamistes massacreurs d’innocents dont vous pleurez les victimes !

Selon notre chercheur en cerveau malade de la France, cette option permettrait en outre à Facebook d’enregistrer qui a « amené 30 personnes à se « convertir » au bleu-blanc-rouge », et qui n’en a « converti » qu’une ou deux. Et ce, dans le but de déterminer qui a le plus d’influence sur vous. Non pas pour évaluer votre propension à vous laisser convaincre par n’importe qui de faire n’importe quoi, comme le djihad en Syrie par exemple, mais tout simplement … pour monnayer tout ça auprès des annonceurs publicitaires.

« Cette fonctionnalité doit nous interpeller au-delà des divergences sur le sens politique, culturel et social associé au drapeau lui-même », nous explique donc notre spécialiste du cerveau franchouillard. Mais étrangement, il ne s’attarde pas sur le fait que la même option avait déjà été proposée par Facebook à ses utilisateurs du monde entier « au moment de l’adoption du mariage pour tous (sic) aux Etats-Unis avec le célèbre gay flag multicolore ». Daech et la Manif pour tous, même combat ? Perso, on préfère en rire qu’en pleurer.

Si notre neuroscientifique 2.0 s’excite sur l’adoption du « code couleur » national par tant d’internautes, il semble beaucoup moins informé quant aux contenus diffusés sur Facebook par l’Etat islamique et ses copains. Ces images ou vidéos de propagande, parfois insoutenables, sont encore et toujours relayées par des milliers de membres du réseau social numéro un au monde. Mais il y a plus grave : suite au signalement de contenus clairement liés au djihadisme, nombre d’utilisateurs ont reçu un message indiquant que ceux-ci « n’enfreignent pas les standards de la communauté Facebook ».

Facebook Daech

Mark Zuckerberg supporte mieux les têtes coupées que les tétons dénudés, et n’a pas l’air trop préoccupé par le nombre de gens souhaitant nous « convertir » à l’islamisme radical. Mais des Français, qui viennent pourtant de subir les pires attentats de leur histoire, s’en tamponnent le coquillard : eux, ils trouvent surtout qu’il y a beaucoup trop de drapeaux bleu-blanc-rouge sur Facebook. On se croirait revenu aux heures les plus sombres de la Coupe du monde 98, tiens.

L’islam, avec modération?

63

Rien n’est plus laid, méprisant et paternaliste que l’expression ISLAM MODÉRÉ répétée pavlovement par les « républicains », les laïcards, les néo-féministes, et plus généralement par ces bavards qui parlent de l’islam sans en rien connaître. D’ailleurs, quand ces derniers dressent l’apologie d’un musulman (ou d’un imam) « modéré », il s’agit toujours, dans les faits, d’un musulman stipendié, retourné ou analphabète (l’imam Chalgoumi – le bon ami de Caroline Fourest – en étant la forme caricaturale).

Je n’attends rien des « musulmans modérés » et j’espère qu’ils n’existent pas. Est-ce la « modération » qui permet à mes amis musulmans de se battre, là-bas au Rojava, contre les petits-soldats du Khalifat, ces ikhwan dégénérés au cerveau obscurci par les amphétamines ?

On sait là-bas que ce n’est pas contre l’« islam modéré » que se battent les petits-soldats du Khalifat : ils se battent contre les islams traditionnels, les islams maraboutiques, les islams confrériques, les islams hétérodoxes, les islams duodécimain, ismaélien, alévi, les islams nourris au lait multiséculaire des écoles de jurisprudence. Mes amis musulmans du Rojava savent que les petits-soldats du Khalifat défendent les musulmans comme Lénine défendait les marins de Kronstadt.

ISLAM MODÉRÉ ? Expression vide de sens qui insulte par ailleurs l’ensemble de celles et ceux – musulmans, catholiques ou taoïstes – qui aspirent à être verticalisés par la transcendance. Peut-on « modérément » aspirer au Beau, au Juste, au Vrai ? J’espère bien que mon catholicisme ne sera jamais « modéré », qu’il sera toujours plus incandescent, intransigeant, consistant, qu’il le sera assez, en tous cas, pour que ce soit le Saint-Esprit, et non le plat esprit de vengeance, qui me donne la force de combattre, de sacrifier et de me sacrifier. Et ce que je veux modérer – et tuer – en moi, ce n’est pas ma foi catholique, mais c’est ma « mauvaise foi », c’est-à-dire tous ces oripeaux religieux qui prennent le visage de la piété alors qu’ils ne sont que les reflets de mon égoïsme et de mes craintes ; je ne veux pas « modérer » ma foi, je veux la porter à ébullition grâce au feu froid de mon propre athéisme ; car il n’est pas de foi sans athéisme purificateur ; et comme le disait Simone Weil, je dois être athée avec la partie de moi-même qui n’est pas faite pour Dieu ; et parmi les hommes chez qui la partie surnaturelle d’eux-mêmes n’est pas éveillée, les athées ont raison et les croyants ont tort.

Syrie: début de coordination franco-russe

29
France Russie Syrie

France Russie Syrie

(Avec AFP) – C’est une petite révolution dans la politique syrienne de la France. Le chef d’état-major des armées français Pierre de Villiers s’est aujourd’hui entretenu pour la première fois avec son homologue russe, le général Valeri Guerassimov, pour discuter de la « coordination » des opérations militaires en Syrie, a annoncé le ministère russe de la Défense. « L’entretien a duré une heure. Valeri Guerassimov et Pierre de Villiers ont échangé leur évaluation de la situation sur le terrain et discuté de la manière d’accomplir la mission fixée par les présidents français et russe pour unifier les forces engagées dans la lutte contre le terrorisme international », indique le ministère dans un communiqué. Les ministères russe et français de la Défense n’avaient plus de contact direct depuis le début de la crise ukrainienne au printemps 2014.

Mais après la série d’attentats à Paris ayant vu 129 personnes périr le 13 novembre, François Hollande, qui prône une « coalition élargie et unique » contre l’État islamique a opéré un début de rapprochement avec la Russie, principal soutien du régime syrien de Bachar al-Assad. Inversement, il semblerait que les bombardiers russes, jusque-là essentiellement polarisés sur les autres groupes d’opposition armées au régime de Bachar Al-Assad dont certains ont applaudi aux attentats de Paris (Al-Nosra, Ahrar Al-Cham) intensifie également ses frappes sur les bastions de Daech. Pour Moscou, l’attaque de l’Airbus du Sinaï (31 octobre) a visiblement le même rôle de déclencheur que les attentats du 13 novembre.

Cependant, bien que la France ait conduit jusqu’à maintenant 12% des frappes non-américaines menées par la coalition contre l’EI, et quoique ce chiffre soit amené à augmenter avec l’entrée en lice du porte-avions Charles-de-Gaulle en coopération avec la marine russe, la perspective d’une coalition unique contre Daech paraît lointaine. D’abord, parce que la définition de l’ennemi principal – l’Etat islamique – ne suffit pas à unifier les stratégies respectives de la Russie et de l’Iran d’un côté (alliées au sol du régime du Damas ainsi que du Hezbollah); de la France et des Etats-Unis de l’autre. Plus que la question du départ d’Assad, l’idée d’un partenariat assumé entre pasdarans iraniens, miliciens du Hezbollah, militaires russes et armées occidentales constitue un sérieux point d’achoppement. En attendant cette coalition qui ne verra probablement jamais le jour, nos alliés saoudiens, qataris et turcs continueront leur double jeu, sans que Manuel Valls, par ailleurs grand détracteur de l’islamisme sauce Frères musulmans ou salafiste, n’y trouve grand-chose à redire.

*Photo : © AFP KIRILL KUDRYAVTSEV.

Attentats de Paris: pourquoi le 11e arrondissement?

248
attentats de Paris 11e arrondissement

attentats de Paris 11e arrondissement

Un jour, peut-être, nous voudrons comprendre.

Comprendre comment, en seulement quelques années, on passe de l’école Paul Bert à Raqqa, son calife et ses égorgements. Comprendre comment, après avoir récité la fable Le loup et l’agneau devant ses camarades, encouragé par la classe, applaudi peut-être, on choisit de devenir pire qu’un loup et on assassine froidement les enfants de ceux qui vous ont donné asile, soins, logement, considération, nationalité. Un jour, on voudra peut-être comprendre comment certains ont pu devenir Kelkal, Aït Abdelmalek, Merah, Nemmouche, Kouachi, Sahli, Abdeslam… Mais sans doute n’est-ce pas l’heure de la compréhension.

D’ailleurs que comprendrait-on ? Le mal absolu résiste aux historiens, aux philosophes, aux moralistes, aux psychanalystes. C’est même à cela qu’on le reconnaît, à cette béance qu’il laisse en soi et autour de soi.

Mais ce qu’on peut penser, ce qu’on doit penser, maintenant, c’est notre aveuglement face au mal relatif de l’inimitié et de l’hostilité, et la manière dont l’un s’articule à l’autre, et pas seulement sur le mode du « laisser-faire ».

Dimanche soir, j’étais place de la République quand quelques « petits malins », selon l’expression employée par la presse, provoquèrent un mouvement de panique parmi la foule venue se recueillir. Ils avaient utilisé des pétards, lancé des Allahou Akbar et se gaussaient bruyamment du résultat. Triomphants, hilares, odieux.

Il se trouve que, voisin, j’étais déjà venu là, plus tôt dans l’après-midi. J’avais alors observé la présence goguenarde de quelques-uns, ce qui, dans la circonstance, était particulièrement glaçant. Sans doute valait-il mieux ne pas interroger ces sourires en coin, voire ces rires plus francs, et ajouter, par l’esclandre ou la rixe, de l’indignité à l’horreur. Nous n’avons guère besoin de rêver, comme Stig Larsson, d’une allumette et d’un bidon d’essence, les deux sont déjà là.

Quand j’avais observé ces badauds inconnus qui ne partageaient pas notre peine, j’étais en compagnie d’amis de gauche. Ces derniers n’avaient rien vu. Mieux : quand je les entretins après coup de mes observations, ils m’accusèrent d’hallucinations passionnelles. Il aura fallu le mouvement de panique, bien plus tard dans la soirée, et son explication par la police et la presse, pour que mes amis consentissent à ne pas m’expédier à Sainte-Anne. Au bénéfice du doute bien sûr, car rien ne prouve jamais rien dans les milieux où sévit toujours le « qu’est-ce-qui vous permet de dire que… ».

Cette cécité ne fait pas que m’agacer. Elle m’intéresse. Si hallucination il y eut cette après-midi-là, elle venait de mes amis de gauche. J’ai pu observer, in vivo, ce « refus de voir ce que ses yeux voient » pour reprendre l’expression d’Alain Finkielkraut. Pour ma part, je n’y entends pas qu’angélisme et dogmatisme. J’y reconnais du symptôme.

En effet, la psychanalyse et son concept de refoulement nous aident à appréhender ce comportement. Le névrosé obsessionnel ne voit jamais les coups venir. Pourquoi ? Parce qu’il est trop occupé à refouler sa propre hostilité pour distinguer celle de l’autre. Son aveuglement face à la violence de l’autre n’est qu’un reflet possible de son effort d’aveuglement face à sa propre violence. Ce qu’il ne veut pas voir chez lui, il ne peut l’envisager pour un autre. Et surtout, reconnaître l’hostilité extérieure déclencherait une hostilité insurmontable et culpabilisante.

Si l’homme de gauche ne voit donc pas l’inimitié dont il est l’objet de la part de ceux qu’il prétend aimer, ce n’est pas parce qu’il serait balourd, naïf, et encore moins de mauvaise foi. C’est parce qu’il entreprend avec une belle énergie intérieure de dissimuler sa propre hostilité envers l’objet de son désir, et d’abord à ses propres yeux. Son aveuglement face à l’évidence trahit non pas ses bons sentiments, mais ceux qu’il refoule, culpabilisé, et qui sont, sans doute, moins bons.

On pourra relire l’essai d’Emmanuel Todd Qui est Charlie ? à cette aune – non pas comme un coup porté à la société du 11 janvier et qui était probablement le projet de l’auteur, mais comme l’intuition de ce qui pourrait la libérer de cette lutte avec elle-même. Todd, dans son audace quasi-suicidaire, nous donne paradoxalement et malgré lui la possibilité de penser notre hostilité et notre enracinement, dans leur légitimité, non pour que cette violence en suspens se déchaîne de manière pulsionnelle, mais pour qu’elle nous décile les yeux, à la fois sur nous-mêmes, et surtout sur l’autre. Y voir clair en nous-mêmes, ne pas être obsédés par le déni de ce que nous sommes, en bref nous désidéaliser (c’est toujours douloureux, et l’on se souvient du déchaînement contre Todd) peut nous permettre de recouvrer la vue, et d’appréhender enfin ce qui nous menace. De ne pas être à chaque fois stupéfait par ce qui nous tombe dessus.

Mieux : donner une place à la pulsion du rejet de l’autre, légitimer nos craintes, peurs et refus (ne serait-ce qu’au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes) pourra désamorcer en partie l’hostilité des nouveaux venus. L’affirmation « oui, nous avons des préjugés, nés d’une histoire longue et d’une expérience quotidienne » peut générer des comportements si exemplaires qu’ils en modifieront notre jugement. En revanche, l’affirmation hallucinée que nous n’aurions aucun préjugé, que notre société serait naturellement ouverte aux quatre vents, que nous serions en quelque sorte idéaux, suscite presque nécessairement une tentative de démystification, par l’hostilité. Dans son délire, la racaille entreprend un discours de vérité, non sur les supposées discriminations dont elle serait l’objet (elle n’en a rien à faire, au contraire, elle en jouit), mais sur le mensonge névrotique des bons sentiments antiracistes. C’est la lutte du fou contre le grand secret, de l’enfant psychotique contre le parent névrosé. Et ce n’est pas pour rien que le 11e arrondissement de Paris – seul endroit où Marine Le Pen a fait moins de voix qu’Eva Joly – a été attaqué.

Reste que cette hostilité envers ce qui fait France n’est pas l’apanage des nouveaux venus. L’éternelle dénonciation d’un racisme français par les Français eux-mêmes, sur le mode du « mauvais objet » extérieur à la bonne communauté, et au-delà de l’aveuglement qu’il génère – sur soi, donc sur l’autre – n’aide évidemment pas ceux qui ont encore à s’assimiler au pays dont ils ont choisi de partager le destin.

Il est ainsi particulièrement frappant qu’à l’émission « Des paroles et des actes » de lundi dernier, Jean-Luc Mélenchon commence son intervention, non pas en dénonçant les crimes du 13 novembre, mais en s’en prenant aux jeunes identitaires. Et de quelle manière !

Oui, si Jean-Luc Mélenchon entend un « glapissement » chez ceux de ses compatriotes qui ne pensent pas comme lui, comment s’étonner que d’autres, dont on sait le goût pour le littéralisme le plus crétin, abattent « ces chiens d’infidèles » ?

*Photo : SIPA.00730766_000032.

Le Mans n’est plus une ville paisible

24
lemans tramway insecurite drogue

lemans tramway insecurite drogue

Tout un symbole. Le Legend Café du Mans, bien connu pour sa décoration dédiée au célèbre circuit des 24 Heures et pour sa musique électro, est placé en redressement judiciaire. Des ennuis financiers, qui tiennent en partie à une baisse drastique de sa fréquentation, sont à l’origine de cette sortie de course. C’est que le Legend Café se trouve rue du Port, en plein centre-ville, où l’insécurité a explosé. « C’est une horreur ! s’exclame avec force son gérant, Cyril Hutin. La délinquance est quotidienne. La représentante d’un fournisseur s’est même fait agresser en plein jour ! Mes salariés et mes clients ne sentent plus en sécurité. » Voilà qui a de quoi surprendre. Le Mans n’a jamais été connu pour son insécurité, bien au contraire. La capitale de la Sarthe, aux portes de la Bretagne et du grand Ouest, était auréolée d’une réputation de tranquillité absolue. À l’image de la cathédrale Saint-Julien, aussi méconnue que belle, et de son quartier historique qui a servi de décor pour Le Bossu et Cyrano de Bergerac, Le Mans semblait figé dans le temps. Seul le circuit automobile, cher à Paul Newman et à François Fillon, insufflait un peu de nervosité à l’une des grandes villes les plus calmes de France. La seule, avec Brest, à ne pas avoir de police municipale, jusqu’à aujourd’hui.

Et voilà que, même ici, le climat est en train de changer. Depuis quelques années, les agressions sont devenues monnaie courante[access capability= »lire_inedits »] – « presque tous les week-ends », selon un policier. Pas dans les quartiers périphériques et difficiles, insiste-t-il, mais bien au cœur de la ville. Le soir de mon arrivée, le 17 octobre dernier, trois jeunes filles ont été brutalement agressées par une bande. Le même soir, une commerçante a été attaquée en sortant du restaurant : « Des jeunes ont voulu arracher la mallette d’un ami, c’était très violent », raconte-t-elle, encore secouée. La place de la République, immense zone piétonne bordée par le vieux couvent de la Visitation, ainsi que par McDo et Monop’, est devenue le centre de l’insécurité. Des bandes de jeunes désœuvrés y traînent de la fin de l’après-midi jusqu’au petit matin. « Le trafic de drogue, avec les agressions et les bagarres, sont concentrés dans ce qu’on appelle le ’’Triangle d’or’’, formé entre la place de la République, la rue du Docteur Leroy et la rue du Port », explique le policier.

Il ne s’agit pas non plus d’exagérer. Jean-Michel et Marie-Josée habitent dans le quartier depuis cinquante ans : « On ne se sent plus à notre aise, mais nous n’avons pas peur ! », racontent ces retraités avec une vivacité de jeunes gens. Le syndic de leur immeuble a récemment installé des grilles à l’entrée : « On n’avait jamais imaginé en mettre ! Le Mans était très sûr, c’est fini maintenant », déplore Marie-Josée. De leur balcon, ils sont témoins de fréquentes agressions. Dans les rues adjacentes, ils voient des sachets de drogue passer de main en main.

La drogue, c’est aussi la préoccupation de Jean-Michel Batailler : « On a laissé le trafic s’installer, en pleine journée, et à la vue de tous, notamment à cause de l’insuffisance des effectifs de police. » La cinquantaine énergique, ce restaurateur, élu d’opposition au conseil municipal sur la liste de Les Républicains (ou liste LR), siège à la commission de la sécurité de la ville. Avec une pointe d’accent du Sud-Ouest, dont il est originaire, il brosse un tableau sombre de la situation : « Il n’y a que six agents de nuit, pour une ville de 142 000 habitants ! Dès qu’un réseau est démantelé, deux autres se créent. Et la plupart des trafiquants n’ont que 16 ou 17 ans. »

D’où vient la drogue ? De Guyane, parfois : en mars dernier, la police a saisi un colis contenant 4,2 kilos de cocaïne, envoyé tout simplement par la poste à l’un des nombreux habitants d’origine guyanaise vivant au Mans. De Paris et de ses banlieues, le plus souvent : la ville n’est qu’à une heure en TGV de la capitale, et un millier de Manceaux font le trajet chaque jour. Certains pensent à un phénomène identique à celui des Halles à Paris, où le RER charrie les bandes venues de banlieue. Le TGV et surtout le tramway du Mans, inauguré en 2007, pour relier les périphéries au centre-ville, sont-ils responsables du déplacement de l’insécurité ? « Le trafic existait déjà bien avant le tramway », juge Jean-Michel Batailler. « Les bandes vivent en centre-ville, dans les HLM de l’avenue Jean Jaurès, ou avenue de la Gare », renchérit une commerçante. Antonin Flament, directeur de cabinet du préfet de la Sarthe, Corinne Orzechowski, est également convaincu que « les transports en commun ne sont pas le facteur principal de la délinquance ».

Le représentant de la préfecture ne nie pas pour autant la situation: « Ce n’est pas une illusion, l’insécurité est bien réelle », affirme-t-il. En revanche, la mairie en semble beaucoup moins certaine. « Ce n’est pas dans la philosophie de la municipalité », résume sobrement un policier. Qu’est-ce qui n’est pas dans la philosophie de la municipalité, le réel ?

Le Mans n’est pas une ville bourgeoise. Les usines automobiles, qui ont attiré nombre de ruraux, en ont fait un bastion communiste de 1977 à 2001, sous le règne de Robert Jarry. Son successeur, le sénateur-maire socialiste Jean-Claude Boulard, a longtemps nié tout problème de délinquance. Les commerçants et restaurateurs ne veulent pas d’ennui avec la mairie, et témoignent tous sous couvert d’anonymat. Seul Cyril Hutin, le gérant du Legend Café, ne s’embarrasse pas de précautions : « Il y a une omerta totale du pouvoir en place sur le sujet. Je n’ai pas peur de le dire, je suis un simple aubergiste, sans étiquette. »

 

La vague de l’insécurité a cependant fini par atteindre l’Hôtel de ville. Malgré ses divisions, et un terreau historiquement défavorable, la droite s’est emparée du sujet, et a bien failli renverser le maire sortant. « On a loupé la mairie de 1500 voix », enrage encore Jean-Michel Batailler. Avec 11 % des suffrages, son meilleur score au Mans, le Front national était présent au second tour. Cette nouvelle donne a convaincu Jean-Claude Boulard de créer une police municipale. Au conseil municipal, on a longuement débattu pour savoir si les futurs agents seraient armés. Verdict : seulement une matraque. « Mais ils auront des gilets pare-balles, cela montre qu’il y a un problème », déplore l’élu Les Républicains, qui rapporte que des fusils à pompe et des machettes ont été aperçus dans certaines bagarres. De son côté, le maire-adjoint « à la Vie des quartiers et à la Tranquillité publique » Christophe Counil tient encore à distinguer le « sentiment d’insécurité » de l’insécurité réelle : « Les chiffres sont restés stables en ville », assure-t-il. Le document relatif à la stratégie territoriale de sécurité à l’horizon 2020, rendu public par la mairie en octobre dernier, note même une diminution de 3 % des atteintes aux biens depuis 2011. Le maire-adjoint se félicite de la création de la police municipale : « Elle va permettre de libérer la police nationale, qui pourra se consacrer entièrement au trafic de drogue. » La mairie a également fait installer des caméras de « vidéo-protection » (la terminologie officielle pour la vidéosurveillance) dans certaines rues. Autre aspect du dispositif, les sanctions judiciaires pénales, qui sont réputées être plus sévères qu’ailleurs : « Au Mans, la prison ferme arrive très vite, cela dissuade vraiment  dans le milieu de la délinquance », assure un policier.

 

Pour la plupart des habitants, il n’y a aucun doute : cette progression de la délinquance a quelque chose à voir avec une immigration qu’on sait de moins en moins intégrer. À l’étage au-dessus, celui des pouvoirs publics, c’est une autre chanson : si un consensus sur l’existence de la délinquance au Mans émerge péniblement, ses caractéristiques communautaires restent taboues. Le maire-adjoint Christophe Counil a une réponse toute faite : « Comme dans toute la France, Le Mans a une population qui change, mais il ne faut pas tomber dans l’amalgame ! » Antonin Flament, dircab du préfet, l’avoue carrément : « Vous ne me ferez pas parler de l’aspect communautaire de la délinquance, même s’il y en avait un. » Les habitants protégés par l’anonymat n’ont pas ces pudeurs. Non loin de la cathédrale, un restaurateur lâche : « Je ne veux pas être raciste, mais ce ne sont que des Blacks ! » Le gérant du Legend Café abonde : « On est toujours obligés de se justifier du soupçon de racisme, à présent, mais cela ne m’empêche pas de constater. »

Ce qui est certain, c’est que Le Mans compte désormais une forte population d’origine étrangère. Aux immigrés présents de longue date, se sont ajoutés les Congolais et la deuxième plus importante communauté tchétchène de France, après Lyon. Une légende urbaine prétend que la mairie a favorisé l’accueil de ces migrants contre des subsides de l’Etat. « Mais nous n’avons aucune preuve », précise un commerçant, dépité. Ce qui est certain, c’est que Le Mans, à une heure de Paris, avec ses loyers modérés, représente une aubaine pour les nouveaux venus. La police évoque la mafia tchétchène, arrivée avec certains réfugiés du Caucase. Un groupe criminel silencieux, mais actif. « Pour l’instant, les règlements de compte, parfois meurtriers, ont lieu entre eux. Mais quand ils seront bien installés, ça va être difficile de lutter contre cette mafia », prévient un policier.

À côté des discrets Tchétchènes, la communauté congolaise est plus visible. On la rencontre dans les rues du centre-ville, avec ces groupes de jeunes, que l’ont dit pour beaucoup déscolarisés ou sans travail, et ces mères de famille, en habits traditionnels africains. Une ambiance qui ne dépayse pas Lionel Minard, pasteur de l’Eglise protestante baptiste du Mans, qui fut missionnaire au Cameroun pendant treize ans. Nous le retrouvons dans une salle d’études bibliques. La carte des chrétiens persécutés dans le monde est accrochée au mur. La communauté congolaise est majoritairement évangélique, et le pasteur compte quelques familles dans sa paroisse. Mais la plupart gravitent autour d’Eglises ethniquement homogènes, qu’on estime à une petite dizaine pour la seule ville du Mans. « Ils restent entre eux, on ne sait pas très bien ce qu’ils prêchent », regrette le pasteur, qui préfère en rire : « La préfecture les connaît mieux que nous ! »

 

Quant à la population d’origine maghrébine, elle est installée au Mans depuis une trentaine d’années et réside pour une grande part dans le quartier des Sablons, au sud-ouest de la ville. Dans cette banlieue devenue musulmane, l’évêque catholique du Mans a confié la paroisse locale à un prêtre arabisant. Ancienne enseignante dans le privé, Françoise témoigne de son expérience dans un établissement proche des Sablons : « Les musulmans inscrivent leurs enfants dans les écoles catholiques, parce qu’ils recherchent des valeurs qu’il n’y a plus dans l’école publique. » Cela n’a cependant pas immunisé son école contre certains incidents : « J’ai voulu mettre un frein au communautarisme, en proscrivant les vêtements religieux. Mais j’ai dû batailler au quotidien », raconte Françoise. « Le pire, ce sont les convertis », ajoute-t-elle, en rapportant l’anecdote d’une mère de famille qui se plaignait qu’il n’y ait pas de cours de Coran : « ça viendra un jour ! », aurait-elle lancée aux enseignants. Le lendemain de l’attentat contre Charlie Hebdo, le 8 janvier, une grenade a été lancée sur la mosquée des Sablons. L’auteur, une personne âgée ayant agi seule, a rapidement été arrêté. « Mais dans la même semaine, des gamins ont dégradé des arrêts de bus, en représailles », se souvient le pasteur Lionel Minard. Il tient cependant à relativiser ces tensions communautaires : « Un cran est monté, mais sur une échelle de 50, on est encore à 3 », estime-t-il, en s’appuyant sur des éléments de comparaison. Avant de vivre au Mans, il fut pasteur d’une Eglise évangélique à Chauny, ville de l’Aisne sinistrée par les fermetures d’usines. « Là-bas, les bagarres quotidiennes entre skinheads et Maghrébins étaient très violentes. Il y avait des gendarmes à tous les arrêts de bus. »

Le Mans n’est pas Chauny. Le Mans n’est pas non plus Marseille. Hier préservée, Le Mans ne fait que rejoindre la moyenne nationale en matière de délinquance et d’insécurité culturelle. « Cela choque, car c’est venu brutalement », estime Françoise. De nombreux habitants, qui avaient toujours vécu dans le calme, partagent un sentiment de dépossession. « Je ne reconnais plus ma ville, ce gros bourg paisible », murmure l’un. « On ne se sent plus chez soi », renchérit une autre. « Nous sommes tout simplement rejoints par des phénomènes de société nationaux », constate un policier, qui s’empresse de donner son opinion sur le trafic de cannabis : « Dépénaliser serait une connerie ! » Même l’instauration d’une police municipale semble suivre une tendance de fond à l’échelle du pays : l’Etat, pour faire des économies, cherche de plus en plus à déléguer aux communes la mission de sécuriser les villes, qui relève pourtant du devoir de la police nationale. Les baisses d’effectifs décrétées par le gouvernement ont été cruellement ressenties au sein des policiers du Mans. Cyril Hutin ne veut pas retrouver ici la situation qu’il a quittée en banlieue parisienne. « On a besoin d’une plus forte présence policière, sinon, ce sera comme dans les cités : si vous n’avez pas les gens qui symbolisent l’ordre, et qui le font respecter, vous abandonnez le terrain aux meneurs », argumente le gérant du Legend Café.

Place de la République, nous rencontrons Cédric, l’un des jeunes qui fréquentent le quartier. Arrivé en France il y a à peine quatre ans, Cédric vient du Congo-Kinshasa, comme beaucoup de nouveaux habitants du Mans : « Il y a beaucoup trop de Congolais, ici ! » rigole-t-il. Héritage de la colonisation belge, il dit « nonante », et non « quatre-vingt dix » : « Quand je devais donner ma date de naissance à la police, ils croyaient que je me fichais d’eux ! » Cédric ne cache pas son passé tumultueux. « J’avais du mal à l’école, j’ai fait beaucoup de conneries. J’ai traîné avec les mauvaises personnes », dit-il pudiquement. « Mais je lutte contre ça à présent, j’ai envie de changer de vie », assure-t-il, en affirmant que sa foi évangélique l’encourage à « se ranger ». Cédric suit désormais une formation d’apprenti-carreleur, à Tours, ce qui l’enthousiasme : « On a besoin d’artisans honnêtes et travailleurs, comme de bons journalistes aussi ! »

Nous devisons jusqu’à la gare, où les bandes attablées aux kebabs voisins nous dévisagent avec insistance. Ce n’est pas ce que nous nous disons qui les dérange, ils sont trop loin pour nous entendre. Ils sont simplement étonnés de voir un Noir discuter à bâtons rompus avec un Blanc…le multiculturalisme, c’est chacun chez soi, non ?[/access]

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00717257_000001.

Réviser la Constitution, pour quoi faire?

177

francois hollande congres sarkozy terrorisme

Le Président de la République, s’exprimant lundi devant le Congrès réuni à Versailles, a annoncé son intention de réviser la Constitution. Pour l’heure, les choses ne sont pas claires ; on ignore le contenu exact de sa proposition. Pour autant qu’on sache, il s’agirait en fait de modifier le texte sur deux points au moins : d’une part, à suivre les propos tenus par le Premier Ministre à l’Assemblée Nationale, pour rendre possibles la déchéance de nationalité d’individus binationaux nés français ainsi que l’instauration de mesures encadrant le retour en France des citoyens français ayant combattu à l’étranger ; d’autre part, pour transformer les régimes d’exception prévus par notre droit, qui ne seraient plus adaptés aux nouvelles menaces.

On n’évoquera ici que le deuxième point.

Comme on sait, l’état d’urgence a été décrété le 14 novembre sur l’ensemble du territoire métropolitain et en Corse. Conformément à l’article 2 de la loi du 3 avril 1955, il devra être prolongé, au-delà de 12 jours, par le Parlement – le pouvoir exécutif ne peut maintenir cette situation exceptionnelle sans le consentement de la représentation nationale. Le Président a d’ores et déjà fait savoir qu’il solliciterait sa prolongation pour 3 mois ; libre aux parlementaires, par l’exercice de leur droit d’amendement, de modifier cette durée s’ils l’estiment opportun.

L’état d’urgence n’est que l’un des trois régimes d’exception du droit français, les deux autres étant l’état de siège (prévu à l’article 36 de la Constitution et codifié aux articles L2121-1 et suivants du Code de la défense) et le régime des « pouvoirs exceptionnels » de l’article 16 de la Constitution.

Si on comprend bien, c’est cette trilogie que le Président souhaite mettre sur le chantier.

Rappelons d’abord en quoi consistent ces régimes, et à quelles conditions ils peuvent être mis en œuvre.

L’article 16, inscrit dans la Constitution en 1958 à la demande du Général de Gaulle, hanté par le souvenir d’une Troisième République incapable de faire face à l’invasion (Capitant disait à ce titre que l’article 16, c’est la « constitutionnalisation de l’appel du 18 juin »), provoque la confusion des pouvoirs dans les mains du Chef de l’Etat et la suspension provisoire de la séparation entre domaine de la loi et domaine du règlement. Le Président décide seul, par voie de « mesures », en vue de rétablir la situation (ses mesures, dit le texte, « doivent être inspirées par la volonté d’assurer aux pouvoirs publics constitutionnels, dans les moindres délais, les moyens d’accomplir leur mission ») ; le Parlement est réuni de plein droit, mais réduit au rôle de témoin. L’article 16 ne peut être employé qu’à deux conditions : il faut, cumulativement, 1° que soient menacées, de manière « grave et immédiate », les « institutions de la République » ou « l’indépendance de la Nation » ou « l’intégrité de son territoire » ou « l’exécution de ses engagements internationaux » ; 2° que « le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels » soit « interrompu ». On voit qu’employer l’article 16 ne serait pas possible dans les circonstances actuelles : aucun des quatre éléments évoqués n’est menacé, les pouvoirs publics continuent de fonctionner – les chambres ne sont pas dispersées, le Gouvernement n’est pas en fuite, etc. Pour autant, le Chef de l’Etat juge seul du point de savoir si les conditions sont remplies ou non ; il est, selon l’expression du juriste autrichien Kelsen, l’interprète « authentique » de l’article 16. Les seules limites à sa liberté d’appréciation tiennent au fait que que l’avis du Conseil constitutionnel, qu’il doit recueillir, est publié au Journal officiel (article 53 de l’ordonnance du 7 novembre 1958), en sorte que si le Conseil désapprouvait son appréciation, l’opinion en serait informée ; le Président est également limité par le fait que, depuis la révision constitutionnelle de 2008, le même Conseil est automatiquement saisi au bout de 60 jours (à partir du trentième jour, même, si les Présidents des chambres ou soixante députés ou sénateurs le saisissent), afin de se prononcer sur la nécessité du maintien de l’article 16. Il sait, enfin, que tout abus pourrait être ensuite regardé comme un « manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l’exercice de son mandat » au sens de l’article 68, ce qui provoquerait son jugement par la Haute Cour et sa destitution éventuelle ; le Président, qui ne saurait être empêché légalement au moment du déclenchement de l’emploi de l’article 16 (le juge administratif ne contrôle pas la légalité de sa décision, car il s’agit d’un « acte de gouvernement » dont il ne lui appartient pas de connaître), peut donc être sanctionné a posteriori.

L’état de siège, lui, est un vieux régime né au XIXe siècle dont l’effet principal est le transfert à l’autorité militaire du maintien de l’ordre public. Comme l’état d’urgence, il est décrété en conseil des Ministres pour 12 jours maximum, puis prolongé par la loi. Il ne peut être employé, selon l’article L2121-1 du Code de la défense, qu’en cas de « péril imminent résultant d’une guerre étrangère ou d’une insurrection armée ». Hypothèses qui, là encore, ne correspondent pas à la situation actuelle : bien que le mot « guerre » soit dans toutes les bouches, il n’y a pas « guerre étrangère » au sens du texte, ni « insurrection armée » au sens d’une guerre civile. Même en 1968, l’état de siège n’aurait probablement pas pu être déclaré, faute que les événements aient revêtu le caractère d’une « insurrection » et, quand bien même, faute que cette insurrection eût été « armée ». De fait, cette législation n’a plus été employée depuis 1914 et 1939.

Reste l’état d’urgence, inventé lors de la Guerre d’Algérie. Il peut être déclaré, au terme de l’article 1er de la loi de 1955, dans deux situations : des « événements présentant, par leur nature et leur gravité, le caractère de calamité publique » (on suppose que le législateur avait en tête des phénomènes tels qu’une inondation, une tempête exceptionnelle, etc.), ou un « péril imminent résultant d’atteintes graves à l’ordre public ». Comme on sait, il a été employé plusieurs fois : en Algérie dans les années 1950 et 1960, à Paris et en région parisienne en 1961, en Nouvelle-Calédonie en 1985, puis sur tout le territoire (hors Corse) en 2005, et enfin sur tout le territoire (Corse incluse) aujourd’hui, le Gouvernement envisageant apparemment de l’étendre Outre-Mer.

À la différence de l’état de siège, l’état d’urgence demeure un régime civil (mais la juridiction militaire peut, en vertu à l’article 12, se voir transférer la compétence pour certains crimes et délits relevant de la cour d’assises) ; simplement, l’autorité administrative voit ses compétences étendues, avec le pouvoir d’interdire la circulation et de réglementer le séjour des personnes dans certaines zones (article 5), d’assigner à résidence toute personne « dont l’activité s’avère dangereuse pour la sécurité et l’ordre public » (article 6), de faire fermer les salles de spectacles, cafés, etc. (article 8), de contrôler la presse (article 11) et d’ordonner des perquisitions administratives hors de toute intervention judiciaire (article 11).

Pourquoi réécrire la Constitution en ce qui concerne ces régimes ?

En 2007, le Comité Balladur (Comité de réflexion et de proposition sur la modernisation et le rééquilibrage des institutions, de son nom exact), dont les réflexions ont abouti à la révision du 23 juillet 2008, avait réfléchi à la question des états d’exception, en militant pour leur maintien – dans des termes malheureusement prémonitoires : « La diversité des menaces potentielles qui pèsent sur la sécurité nationale à l’ère du terrorisme mondialisé justifie le maintien de dispositions d’exception ». Simplement, il avait suggéré de mieux encadrer l’article 16, ce qu’a fait le pouvoir de révision en 2008, et d’inscrire l’état d’urgence dans la Constitution au même titre que l’état de siège, ce que le pouvoir de révision n’a pas fait.

L’intérêt de réviser la Constitution aujourd’hui est là : constitutionnaliser l’état d’urgence qui, actuellement, ne relève que du niveau législatif.

En soi, ce caractère simplement législatif n’est pas choquant : comme l’a relevé le Conseil constitutionnel dans sa décision du 25 janvier 1985, la Constitution ne vise pas l’état d’urgence mais elle confie au législateur, à l’article 34, le soin de « fixer les règles concernant les garanties accordées aux citoyens pour l’exercice des libertés publiques », ce que fait, précisément, la loi de 1955. On sait aussi que d’après le Conseil constitutionnel (décision du 25 janvier 1985) et le Conseil d’Etat (ordonnance du 21 novembre 2005, Boisvert), la constitutionnalisation en 1958 de l’état de siège n’a pas eu pour effet d’abroger implicitement la loi de 1955 sur l’état d’urgence (le fait que le Constituant ait prévu un régime d’exception de nature militaire ne saurait être interprété comme signifiant qu’il a voulu exclure l’existence parallèle d’un autre régime d’exception, civil celui-là). Mais la non-abrogation implicite de la loi de 1955 par la Constitution de 1958 n’implique pas que cette loi y soit conforme, notamment du point de vue des droits et libertés ; en l’état actuel, on n’a en fait aucune idée de la constitutionnalité de ce régime sous lequel nous vivons depuis samedi.

Or, il se trouve qu’entre 2005, précédent emploi de la loi, et aujourd’hui, est intervenue la révision de 2008, qui a introduit à l’article 61-1 la question prioritaire de constitutionnalité (QPC). L’état d’urgence en soi, ainsi que les mesures prises sur son fondement, se trouvent dès lors sous une menace juridique nouvelle : un administré pourrait attaquer pour excès de pouvoir le décret instaurant l’état d’urgence, ou telle décision de l’autorité administrative fondée sur lui, en excipant de l’inconstitutionnalité de la loi de 1955, possiblement contraire aux « droits et libertés fondamentaux » garantis par la Constitution. On imagine mal le juge administratif estimer qu’une telle question n’est pas « sérieuse », selon l’exigence de la loi organique relative à la QPC, et ne pas la transmettre au Conseil constitutionnel. Le risque est alors que tout l’édifice s’écroule à la suite de la décision de ce dernier : loi de 1955 abrogée, décrets annulés (sauf à imaginer un report dans le temps des effets de l’abrogation de la loi, ainsi que le permet l’article 62 de la Constitution), état d’urgence terminé.

Constitutionnaliser l’état d’urgence en le mentionnant dans la Constitution, par exemple à l’article 36, à côté de l’état de siège (ce qui donnerait, mettons : « L’état de siège ou l’état d’urgence sont décrétés en Conseil des ministres. Leur prorogation au-delà de douze jours ne peut être autorisée que par le Parlement »), permettrait d’éviter ce problème ; tel est le sens des propos de Jean-Jacques Urvoas, président de la Commission des lois à l’Assemblée Nationale : « La loi de 1955 qui date d’Edgar Faure n’a jamais été validée par le Conseil constitutionnel. On va injecter du béton du droit (sic) pour que la solidité de l’édifice nous permette d’être efficaces » – plus exactement, nous permette de respecter la Constitution.

Si tel est l’objectif du Président, on ne voit guère de raison de s’y opposer, sauf à juger que les régimes d’exception sont condamnables en soi et qu’ils devraient être supprimés, option soutenable, forte d’arguments qui méritent d’être examinés, mais qu’on peut ne pas trouver opportune au vu des circonstances.

On ajoutera aussi que constitutionnaliser l’état d’urgence permettrait du même coup de prévoir sa réglementation par une loi organique (ainsi que celle de l’état de siège, d’ailleurs), laquelle aurait, par rapport à la loi ordinaire, l’avantage d’être obligatoirement soumise au contrôle du Conseil constitutionnel, conformément à l’article 61.

On sera plus réservé, en revanche, si le projet de révision devait aller plus loin que cette modification a minima, et s’il réécrivait en profondeur les articles 16 et/ou 36, voire d’autres dispositions. De telles modifications, portant sur des dispositions touchant aux libertés publiques, ne doivent pas être faites à la légère ou à chaud, dans l’émoi suivant les attentats. Le Président semble pourtant vouloir une révision d’ici la fin de l’état d’urgence, c’est-à-dire d’ici trois mois. S’il semble utile d’aller vite pour protéger la loi de 1955 contre le risque d’inconstitutionnalité, est-il nécessaire d’aller vite pour revoir de fond en comble le droit des situations d’exception ? On ferait peut-être bien, au contraire, de prendre le temps d’un débat sérieux, et de se contenter pour l’heure de « bétonner » l’état d’urgence, selon la formule de M. Urvoas, quitte à prévoir deux révisions successives. A titre de comparaison, quand l’article 16 est employé, aucune révision ne peut être engagée ni poursuivie (décision du Conseil constitutionnel du 2 septembre 1992) ; la même limite n’existe pas pour l’état d’urgence, mais la prudence et le souci de la réflexion la plus approfondie invitent à suivre la même règle.

Par ailleurs, on ne peut qu’être attentif à l’argument de ceux pour qui la révision n’est pas une réponse pertinente à la question actuelle : en soi, réviser la Constitution sur les états d’exception ne permettra pas d’empêcher des attentats, et on ne voit pas en quoi l’édifice juridique actuel, tel qu’il résulte notamment des lois sur le renseignement votées dernièrement, serait insuffisant pour atteindre au mieux cet objectif. Sans préjuger du contenu de la révision à venir, ni douter des excellentes intentions de l’exécutif, on peut se demander si la proposition d’une révision n’est pas, au fond, une façon politique d’afficher le volontarisme du pouvoir par une mesure visible, spectaculaire, qui donne à l’opinion le sentiment que l’Etat réagit. Si la révision était entreprise, l’Etat réagirait, en effet ; mais sans répondre à la question de l’heure, tout comme, en 2013, on a réagi au scandale Cahuzac par une mesure spectaculaire (la déclaration de patrimoine des élus) dont on ne comprend toujours pas en quoi elle répondait à la question (comment empêcher élus et Ministres de frauder le fisc). L’opposition, elle, se trouverait en porte-à-faux : rejetant la révision, elle s’exposerait au reproche de refuser d’agir, au risque d’être mal comprise par l’opinion. (Déjà, à l’Assemblée, le Premier Ministre a laissé entrevoir ce piège en invitant l’opposition à la « cohérence », c’est-à-dire à voter la révision future). De là à imaginer que la révision recueille la majorité des 3/5e des membres du Congrès requise par l’article 89, il y a cependant un pas, qui fait douter des chances du projet. A moins que le Président choisisse, ce qui est peu vraisemblable, de soumettre la proposition au peuple, par la voie ordinaire de l’article 89 ou par celle de l’article 11 qu’avait employée le Général de Gaulle en 1962 et 1969.

Reste à suivre avec la plus grande attention le fil des événements, et à souhaiter que, si révision il y a, elle soit entourée du maximum de précautions, et de la plus sage réflexion. « Tout Etat libre où les grandes crises n’ont pas été prévues est à chaque orage en danger de péril », écrivait Rousseau dans ses Considérations sur le gouvernement de Pologne. Ce n’est pas quand l’orage éclate qu’il faut s’y mettre.

Un juif agressé à Marseille par trois hommes, dont un portait un tee-shirt de Daech

32

Marseille (AFP) – Un professeur d’histoire d’une école juive de Marseille, âgé d’une cinquantaine d’années, a été blessé à coups de couteau mercredi soir par trois hommes qui ont proféré des propos antisémites, a-t-on appris auprès du préfet de police des Bouches-du-Rhône.

L’agression, qui n’a pas engagé le pronostic vital de l’enseignant, lui-même juif, a eu lieu vers 20H00 dans le 13e arrondissement de Marseille, a précisé Laurent Nunez, qui a souligné que de très importants moyens policiers avaient été déployés pour en retrouver les auteurs. La victime a été hospitalisée.

Les agresseurs auraient été mis en fuite par l’arrivée d’une patrouille de police, a encore ajouté M. Nunez, qui a souligné avoir immédiatement informé le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve.

L’enseignant, qui portait une kippa, était sorti du centre communautaire Yavné, qui comprend à la fois une école et une synagogue, quand il a été agressé, a-t-on encore précisé de source proche du dossier.

Devant son domicile, à quelques rues de l’école, trois individus à scooter ont proféré des insultes antisémites, lui montrant aussi des photos de l’islamiste Mohamed Merah, avant de lui porter des coups de couteau qui l’ont blessé de manière superficielle, a précisé à l’AFP Michèle Teboul, présidente du Crif Marseille-Provence.

En mars 2012, Mohamed Merah avait tué sept personnes au nom du jihad à Toulouse et Montauban: trois militaires ainsi qu’un professeur et trois jeunes élèves d’une école juive.

Mme Teboul a indiqué que l’enseignant blessé mercredi était âgé de 57 ans. Elle devait se rendre dans l’hôpital où il a été transporté dans la soirée. « Ca fait très longtemps que ce professeur enseignait à Yavné, il a été le professeur de mes enfants », a-t-elle expliqué.

« Je suis très choquée, car cela fait deux affaires du même type en très peu de temps », a encore réagi Mme Teboul. « Je suis inquiète ».

Le 24 octobre, un homme avait agressé trois juifs, blessant l’un d’eux avec un couteau, près d’une synagogue marseillaise. L’agresseur, âgé d’une trentaine d’années et connu des services de police, s’en était pris à deux personnes, dont le rabbin, près de cette synagogue. Un troisième fidèle, qui tentait de s’interposer, avait alors été frappé à coups de couteau.

L’agresseur avait proféré des propos antisémites, réitérés devant les policiers qui l’avaient interpellé. Il avait été arrêté quelque temps après les faits, fortement alcoolisé. Placé sous mandat de dépôt le 29 octobre, il doit être jugé le 9 décembre.

Mercredi dans la journée, une jeune femme voilée a été agressée à la sortie d’une station de métro dans le centre de Marseille par un homme lui reprochant, selon les déclarations de la victime, d’être une terroriste.

L’agresseur, âgé d’une vingtaine années, aurait fait référence aux signes religieux de la jeune femme, qui portait un hijab (voile laissant le visage apparent), avant de lui asséner un coup de poing et de la blesser légèrement au thorax avec un objet pouvant être un cutter.

Attentats de Paris: vous avez dit kamikazes?

83
Eternal Zero kamikazes attentats

Eternal Zero kamikazes attentats

« Attentats à Paris : l’un des kamikazes tenait un « coffee shop » à Bruxelles » (20 minutes). « Ismaël Omar Mostefaï, l’un des kamikazes français du Bataclan » (le Monde). « Attentats de Paris : un des kamikazes venait de louer un appartement à Bobigny » (le Parisien). « Attentats de Paris : qui sont les kamikazes identifiés ? » (RFI). « Le mystère du comportement des kamikazes au Stade de France » (Huffington Post). « Attaques de Paris : qui sont les kamikazes, quels complices éventuels ? » (Le Point).

Kamikazes par-ci, kamikazes par-là : on va finir par croire que ce sont des Japonais qui ont semé la mort à Paris vendredi 13.

L’amateur de culture japonaise que je suis s’insurge !

Kamikaze (pour bien faire, il faudrait accentuer le « e » muet final, kamikazé). Le mot signifie « vent divin », en référence aux typhons légendaires qui engloutirent par deux fois, en 1274 et 1281, la flotte mongole de Kubilai Khan prête à envahir le Japon.
Puis ce fut un militaire lancé dans les opérations désespérées, décidées par le haut commandement nippon à partir de novembre 1944, quand il fut clair que la guerre était perdue, mais pas l’honneur. Que cette manœuvre fût militairement peu efficace face à l’armada américaine, et humainement et sociologiquement désastreuse, en sacrifiant des milliers de jeunes cadets sortis du système universitaire, est une autre histoire. Dans tous les cas, il s’agissait de soldats partant affronter d’autres soldats. Pas d’assassins — un mot persan (désignant la secte des Nizarites) confondu avec un mot arabe (fumeurs de haschisch), tiens — voués à massacrer des populations civiles indistinctement. Ça, ça s’appelle des criminels, et un criminel islamiste (le mot que François Hollande ne prononce pas) est juste un criminel. Un chien enragé. Même pas un homme.

Je viens de voir en DVD — avec deux ans de retard — un magnifique (j’insiste) film de Takashi Yamazaki, Kamikaze en français, l’Eternel Zéro (du nom des avions sur lesquels embarquaient les kamikazes) en japonais et en anglais. Un très beau film, très émouvant, sur la mémoire — les deux petits-enfants d’un kamikaze enquêtent aujourd’hui auprès des (rares) survivants sur celui qui fut leur grand-père et qui disparut dans les derniers combats — salué par le Premier ministre Shinzo Abe, et critiqué comme il se doit par les pacifistes : le Japon apparemment a son lot d’associations culpabilisantes.

Eternal Zero

 Un film-enquête (mais ponctué de très belles scènes d’aviation et de combat) qui montre bien justement l’aspect humain de ces soldats voués à mourir. Après tout, le kamikaze se suicidait aux commandes de son avion, tout comme les samouraïs se faisaient seppuku.
Comme je ne répugne jamais à faire l’éducation des foules, je rappellerai que les samouraïs avaient été tout simplement interdits sous l’ère Meiji (1868-1912), que le droit même de porter une épée leur avait été retiré sous peine de mort, mais que leur mythe avait été opportunément réhabilité sous l’éphémère ère Taisho (1912-1926) et surtout sous l’ère Showa (1926-1989 — de l’invasion de la Mandchourie au Japon moderne en passant par la Seconde guerre mondiale, le long règne d’Hirohito), avant d’être récupéré par les yakuzas, le folklore cinématographique de la reconstruction — pas un hasard — et, d’une certaine manière, par les cadres supérieurs japonais modernes. Ce mouvement de balancier a permis l’exaltation de ces jeunes gens prêts à mourir pour l’empereur. Et le suicide de Mishima par seppuku en 1970 n’est jamais que l’ultime démonstration des valeurs traditionnelles du Japon en résistance à l’ère du base-ball et de la vulgarité américaine.
Si nous étions plus rigoureux nous-mêmes, les gastronomes ici devraient arroser les McDo de leur sang.
Aucun rapport en tout cas avec ce qui vient de se passer : à Paris, ce n’étaient pas des « vrais croyants » affrontant des « croisés », comme ils aiment le dire — savent-ils seulement que les Croisades sont terminées depuis 800 ans ? C’étaient juste des connards sanguinaires.

Attentats de Paris: l’indécence

37

On aurait souhaité que l’état d’esprit manifesté par les parlementaires, notamment à l’occasion de cette Marseillaise entonnée à Versailles, perdure. Au moins jusqu’à la fin du deuil national qui s’achevait mardi soir. Peine perdue. Mardi, contrairement à la promesse qu’il avait faite de ne plus présider les séances de questions au gouvernement jusqu’au scrutin régional, le candidat Claude Bartolone est monté au perchoir. Nous ne savons si c’était lié ou pas à cette décision mais le groupe LR envoya lui aussi trois autres têtes de liste au front, qui posèrent des questions pour le moins offensives.

Cette séance donna lieu, encore davantage que d’habitude, à un festival de gamineries : des députés qui ne se lèvent pas lorsque le Premier ministre rend hommage aux forces de police et aux pompiers ou qui huent la ministre de la Santé alors qu’elle va s’exprimer sur l’état des victimes des attentats.

Mais que pèse un deuil national par rapport à la quête de leurs duchés. Cela donne des envies furieuses de rester chez soi les 6 et 13 décembre prochains. Bartolone, le soir même, s’interrogea sur l’opportunité d’avoir organisé ladite séance de questions. Et de l’avoir présidée, cela ne l’effleure pas ? Et ce monsieur prône la suppression du Sénat… Quand lui et l’assemblée qu’il préside donneront l’image de la dignité, ce mardi comme les autres, il pourra faire la leçon aux sénateurs.

L’indécence ne s’est pas limitée au Palais-Bourbon. Ce mercredi, pile-poil pendant l’opération du RAID à Saint-Denis, le communicant élyséen Gaspard Gantzer a jugé opportun de twitter un sondage faisant état d’une bonne opinion de la gestion des événements par le Président de la République. Ce tweet, espèce d’obscène masturbation 2.0, a été effacé après que de bonnes âmes lui ont fait remarquer que ce n’était sans doute pas le moment de se laisser aller publiquement à une telle autosatisfaction.

Pour rien. Le super-communicant a oublié que les copies d’écrans, ça existe. Et ce n’est pas tout : cité par Le Parisien, un ministre anonyme salue « l’habileté redoutable » du Président de la République et la manière dont « il a coupé l’herbe sous les pieds de Sarkozy », ajoutant « il est diabolique ».

Je ne connais pas le journaliste qui a recueilli ce témoignage mais je salue son sang-froid. Perso, je l’aurais peut-être giflé. Notre pays est en guerre. Les témoignages de soutien du monde entier affluent. Le peuple anglais a même chanté la Marseillaise, ce qui n’était jamais arrivé et n’arrivera sans doute plus avant plusieurs siècles. Et notre classe politique a les yeux rivés sur les élections régionales, l’élection primaire et les courbes de popularité. Inconsciente du fait que l’ennemi la regarde.