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David Bowie, mort d’un débutant

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David Bowie

Jusqu’à son dernier souffle, David Bowie aura donc été un « absolute beginner » comme il le chantait dans le film du même nom (Absolute Beginners), tourné au milieu des années 80 par Julien Temple. Un créateur inclassable et toujours en avance d’un courant musical ou d’une coloration capillaire, qui savait dompter les modes et les couvertures de magazines comme seul y parviennent quelques vrais « débutants absolus », lorsqu’ils sont touchés par la grâce (ou presque).

Né à Londres en 1947, sous le nom de David Robbert Jones, d’une mère ouvreuse de cinéma et d’un père attaché de presse pour une organisation caritative, David Bowie – qui avait débuté sa carrière en s’essayant au mime en lisant du Jean Genet – bouscule le train-train pétards, sandalettes et fromages de chèvres des années 70 en contribuant à l’émergence du glam-rock (avec Ziggy Stardust et la chanson Ashes to ashes), sorte de fusion pyjama et cheveux rouges des oripeaux du rock bien avant l’arrivée bruyante du punk et des vêtements à épingles à nourrices.

Rescapé d’une sévère plongée dans la cocaïne et la folie au début des années 80 (son propre frère malade mental s’était suicidé quelques années plus tôt), il survit à sa période de « colin froid du funk » (l’album Station to station) et quelques déclarations hasardeuses sur Hitler qu’il considère comme « la première rock star », devance l’explosion de la New Wave avec son complice Brian Eno, coiffe tout le monde sur le poteau en faisant du Talking Heads avant l’heure… Puis, devient l’une des plus fabuleuses machines à tubes du XXe siècle avec la chanson Let’s Dance (14 millions d’exemplaires vendus) en 1983. Un monument du rock fraise Tagada des années MTV produit par le Niles Rodgers du groupe Chic et mis en images par le surdoué David Mallet (le clipper star de l’époque) qui contribuera a rendre l’artiste aussi fréquentable pour les ados et la ménagère que pour la famille Royale d’Angleterre et la mafia de la mode et de la haute-couture.

Adulé comme un dieu aztèque par les demi-mondains des médias et de l’art contemporain, mais pas toujours par le public – ses albums suivants connaîtront des succès divers, surtout ceux avec le groupe Tin Machine en Angleterre – David Bowie continuera pourtant de faire chantonner d’une douce mélancolie un nombre incalculable de foyers français jusqu’au milieu des années 2000 avec sa chanson Heroes, reprise pour de très nombreuses pubs télés (Renault Mégane, Wanadoo, etc). Son dernier album Blackstar, sombre et flippant comme la maladie (ou pire[1. « Il m’a dit que ça parlait de l’Etat islamique », a affirmé Donny McCaslin, saxophoniste et leader du quartet de jazz avec qui Bowie avait enregistré son dernier album, à Rolling Stone.]…), laisse l’impression d’un artiste qui avait décidément tous les talents d’un débutant de 69 ans. A commencer par le plus rare d’entre eux : celui de se mettre en scène encore et toujours. Jusque dans la mort.

*Photo : AFP.

Cologne: les suspects « presque exclusivement d’origine immigrée »

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Cologne migrants viols

(Avec AFP) – La quasi-totalité des suspects des violences, notamment sexuelles, qui ont émaillé la nuit du Nouvel An à Cologne étaient des personnes d’origine étrangère, notamment des demandeurs d’asile arrivés ces derniers mois en Allemagne, a déclaré lundi le ministre régional de l’Intérieur.

« Tant les déclarations des témoins que les rapports de la police (locale), et que les descriptions de la police fédérale indiquent que les personnes qui ont commis ces crimes étaient presque exclusivement d’origine immigrée », a déclaré Ralf Jäger, ministre de l’Intérieur de l’Etat régional de Rhénanie-du-Nord-Westphalie.

A situation exceptionnelle, réactions exceptionnelles : en France, c’est le quotidien Libération, peu connu pour son franc parler en matière d’insécurité et d’immigration, qui publie l’article le plus complet et sidérant sur les événements ahurissants survenus dans la nuit du Nouvel an à Cologne, Hambourg, Stuttgart, Francfort mais aussi à Zurich (Suisse), Salzbourg (Autriche) et en Finlande…

*Photo : © dpa/AFP Bodo Marks.

Portrait de l’islamiste en fossoyeur du monde

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djihad daech occident akouche

Après les horreurs du vendredi 13, la France de demain ne sera plus comme avant. Elle ne sera ni la France d’hier, ni celle d’aujourd’hui. Elle sera semblable, à quelque chose près, à l’Algérie des années 90. Paris sera Alger. Toulouse, Blida ou Média. Lyon, Ain Defla. La Kabylie, la Bretagne.

Ce n’est pas difficile à prédire. C’est même une évidence pour celui qui, comme moi,  a vécu la guerre civile, côtoyé la violence aveugle des fous de Dieu, marché sur des flaques de sang et des morceaux de chair.

Ça a débuté comme ça : en bruit de pantoufles avant que ne retentissent les kalachnikovs et les bombes.

On pensait que c’était un jeu. Comme ces pétards que les enfants faisaient exploser lors de l’aïd et de l’anniversaire de la naissance du Prophète.

On riait des qamis et des barbes hirsutes des intégristes. C’étaient nos pères Noël. Ils n’apportaient pas de cadeaux, ne distribuaient pas de bonbons, mais ils aimaient nous raconter des histoires obscures sur l’enfer et le jugement dernier.

On trouvait leur façon de s’habiller exotique. Car, à la fin des années 80, rares étaient ceux qui portaient ces accoutrements importés d’Afghanistan et d’Iran.

Puis ça a continué comme ça : par l’intimidation. Avec des mots qui, certes, étaient trop violents pour mes oreilles d’enfant, mais c’était de simples mots. Les islamistes harcelaient les femmes libres, les démocrates et les laïques. Ils traitaient les progressistes de dépravés, de suppôts des croisés.

Parfois, ils donnaient des coups de poing, de simples coups de poing.  Puis ça a progressé. Ils utilisaient des objets, de simples objets : des galets,  des cordes, des seringues d’acide, des couteaux, des haches…

Ensuite ça a basculé : les islamistes ont embarqué le peuple dans un bateau ivre, pour un long voyage au bout de la nuit…

Sans crier gare, ils ont sorti les armes à feu, les fusils à canon scié, les bonbonnes de gaz et tout leur attirail de guerriers.

Ce n’était plus un jeu. C’était sérieux. C’était la folie des hommes.

Les barbus tuaient les poètes, les fonctionnaires, les enseignants, les médecins… puis les gens ordinaires, le « petit » peuple.

Les journalistes rasaient les murs, ils étaient devenus des nécrologues. Ils n’écrivaient plus d’articles, ils comptabilisaient les morts. Les cafés et les trottoirs se vidaient, les gens se donnaient rendez-vous aux cimetières et parfois on enterrait à la pelleteuse.

Grisé par le sang, l’islamiste a redoublé de violence. On l’a vu éventrer les femmes enceintes, jeter des bébés dans des micro-ondes, égorger des villages entiers : Bentalha, Beni-Messous, Larbaa, Raïs… des toponymes qui donnent encore froid dans le dos.

L’islamiste est partout le même. Il carbure à la haine. Son vocabulaire est pauvre. Il ne maîtrise que quelques verbes, souvent équivalents : tuer, exécuter, massacrer, violer, brûler, détruire… Il ne lit qu’un seul livre, le coran. Il n’obéit qu’aux seules lois d’Allah et de son Prophète. Il dort avec un seul mot dans la bouche : vengeance. Il ne se réveille qu’avec un seul désir : éliminer un maximum de mécréants.

L’islamiste joue au sourd et au muet. C’est un dictateur.  Il a raison même s’il a tort. Toute tentative de dialogue avec lui est vouée à l’échec. Il préfère le monologue. Il refuse le débat d’idées. Car il sait qu’il va perdre. Il préfère le terrain de la menace. Gare à celui qui le contredit.

L’islamiste n’a pas d’arguments, il a des versets. Il n’a pas de cœur, il est une hydre. Il ne connaît pas la peur, il marche avec dédain. Si les balles tombent sur lui, il les affrontera avec le sourire. Sa devise : la vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la mort. Pour lui, la mort, c’est l’éternel bonheur : il s’y abreuvera aux rivières de vin  interdit sur terre !  et à la tendre chair des houris.

L’islamiste n’est pas un animal de compagnie. On ne doit pas le caresser dans le sens de la barbe, ni lui faire confiance. Il a le cerveau malade. Les crocs acérés. La gâchette facile. Son entreprise s’appelle la terreur.

L’islamiste ne réfléchit pas, ne recule pas, il fonce. Il ne rafistole pas, il achève. Son objectif : soumettre l’humanité à la Oumma, la nation islamique mondiale. Son droit chemin lui a été tracé par Allah et Mahomet. Les autres voies lui sont impénétrables.

Jouer avec lui, c’est comme badiner avec un serpent. Il glisse. Il mord. On ne peut pas le dompter, il tue. En voulant l’instrumentaliser dans leur stratégie contre les démocrates, les dirigeants algériens l’ont payé cher lors de la décennie noire. Le serpent leur a échappé des mains. Bilan : plus de 200 000 morts.

L’islamiste est perfide. Il affectionne la ruse. Il brouille les pistes. Il peut être un loup solitaire, mais il chasse souvent en meute. Il n’aime pas la démocratie, mais il s’en sert. Il déteste la liberté, mais il en abuse pour propager son idéologie. Il n’aime pas les technologies, mais il en détourne l’usage afin de faire avancer sa cause.

L’islamiste a repéré les failles des démocraties occidentales. Il sait qu’il est un bourreau, mais il joue à la victime. S’il brandit le spectre de l’islamophobie, c’est pour culpabiliser le démocrate et le pousser à céder du terrain où il sèmera ses graines.

L’islamiste gagne chaque jour des batailles contre l’Occident. Il a réussi à restreindre la liberté de pensée, à séparer les femmes des hommes dans les piscines, à halaliser les menus scolaires, à fragiliser la laïcité, à ouvrir des mosquées dans les universités, à gagner des procès contre des États, à verrouiller plusieurs institutions internationales…

L’islamiste a deviné le gouffre spirituel dans lequel est plongé l’Occident. Il compte le combler. Il sait que le capitalisme sauvage crée des solitudes et que celles-ci tuent dans les villes. Il a trouvé un remède au stress et à l’ennui : son prosélytisme et sa fausse fraternité.

L’Occident est en train de perdre sa guerre contre l’islamisme.

Sans courage et lucidité, il perdra aussi son âme.

La France, quant à elle, risque de devenir très vite l’Algérie des années 90.

Après Cologne, la gueule de bois d’Angela Merkel

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Cologne migrants viols

Ce qui s’est passé dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier devant la gare de Cologne a choqué l’Allemagne toute entière. L’esplanade de la gare, voisine de la place de la cathédrale, le plus imposant édifice gothique européen, est le lieu habituel des grands rassemblements festifs de la métropole rhénane. On y vient dans les grandes occasions, au nouvel an, bien sûr, mais aussi à la fin du plus grand défilé carnavalesque existant en Europe, et pour fêter  les exploits de l’équipe de foot locale, le FC Köln. Cologne passe pour la plus joyeuse, la moins coincée des cités germaniques, adepte d’une morale libertaire-libertine sous la houlette d’un catholicisme permissif et bon enfant.

Les réjouissances de passage au nouvel an ont tourné au cauchemar lorsqu’une bande de plusieurs centaines de jeunes mâles, passablement alcoolisés et visiblement en rut, ont agressé sexuellement et dépouillé de leurs objets de valeur plusieurs dizaines de jeunes femmes, dont au moins trois ont été victimes de viol au sens juridique du terme, selon la police. Cette dernière n’avait pas vu venir le coup, et avait mis en place le dispositif minimal visant à prévenir les débordements, à la Saint Sylvestre, d’une foule dopée au Sekt, le mousseux local. Les policiers, peu nombreux et mal équipés, sont totalement débordés : les agresseurs encerclent les victimes, défient les forces de l’ordre en arguant même de leur statut de demandeurs d’asile, et pour certains d’entre eux de leur nationalité syrienne qui leur donne tous les droits. Ces témoignages de policiers ne seront divulgués dans la presse que quatre jours après les faits, alors que les responsables de la police de la ville avaient décidé de mettre le couvercle sur ces graves incidents… Un vigile, employé pour la soirée du réveillon d’un hôtel de luxe situé sur l’esplanade, témoigne de la détresse de femmes pourchassées, les vêtements en désordre, le suppliant de les laisser entrer dans le hall de l’établissement. Ce videur d’origine serbe, champion de sport de combat, mettra plusieurs des agresseurs au tapis. Le 1er janvier, dans l’aube blafarde et embrouillardée d’un matin d’hiver au bord du Rhin, c’est le coup de massue : les plaintes affluent au commissariat central, relatives aux incidents de la nuit qui, par ailleurs, enflamment les réseaux sociaux. Le porte-parole de la police lâche alors une bombe : les auteurs de ces agressions, selon les témoignages des victimes, sont des hommes jeunes « d’origine nord-africaine ou arabe ». On remarquera qu’outre Rhin, on ne s’embarrasse pas de périphrases emberlificotées pour appeler un chat un chat, et des délinquants relevant d’une origine ethnique précise, agissant en bande organisée, ne deviennent pas des jeunes issus des quartiers populaires par un tour de passe-passe sémantique.

En France, on aurait immédiatement dénoncé l’intolérable stigmatisation dont aurait été victime toute une communauté en raison de la mauvaise conduite de quelques mauvais sujets auteurs « d’incivilités » regrettables, certes, mais compréhensibles en raison des humiliations qu’ils subissent quotidiennement. Il faut pourtant lire cette déclaration policière à la lumière de la situation allemande : en désignant nommément les « nord-africains et les arabes », la police de Cologne exonérait la plus importante communauté allogène de la ville, les quelques dizaines de milliers de Turcs installés depuis des décennies dans la ville natale de Jacques Offenbach, des turpitudes commises par d’autres étrangers. Jamais les Turcs n’ont posé à la société allemande dans son ensemble les problèmes que d’autres pays, comme la France ou la Belgique, rencontrent avec une immigration issue de leurs anciennes colonies. Solidement structurés dans leurs organisations politiques autonomes, les Turcs ne causent de soucis aux autorités du pays hôte que lorsqu’ils règlent, sur le sol allemand, des comptes violents liés aux conflits ethniques et politiques de leur pays d’origine, notamment avec les Kurdes… L’afflux récent, en Allemagne, d’une nouvelle immigration, en provenance du Moyen Orient et du Maghreb, change notablement la donne. Pour la plupart, ce sont des hommes jeunes qui viennent seuls, alors que l’immigration turque est pour l’essentielle familiale. Laissés à eux-mêmes, sans encadrement politique ou associatif, ils se trouvent brusquement plongés dans une société permissive, où les femmes n’ont pas froid aux yeux ni ailleurs, se sentant à l’abri du code de bonne conduite implicite en vigueur dans les rapports hommes-femmes made in Germany. Le mâle allemand étant plutôt dur à dégeler, il n’est pas incongru, outre Rhin, pour les jeunes femmes, de présenter un visage affable dans les lieux publics, de répondre aimablement à un inconnu qui vous complimente sur votre aspect, sans que cela risque d’être interprété comme une invitation à forniquer séance tenante. Venus de sociétés où la frustration sexuelle des jeunes gens est la règle, en raison du statut des femmes dans les sociétés traditionnelles, les violeurs de Cologne (et de quelques autres villes d’Allemagne où des faits similaires ont été révélés dans la foulée) ont pris à la lettre les propos d’Angela Merkel demandant aux citoyens allemands d’accueillir à bras ouverts les réfugiés. La satisfaction de leur désir  sexuel, faisait, pour eux, partie des droits ouverts par le statut de réfugié que l’Allemagne leur accordait, au même titre que l’hébergement et le pécule attribué aux demandeurs d’asile. Résultat : Il ne s’agit pas de débordements individuels, ni isolés, comme on a pu le constater en France dans la même période. En Allemagne, ce sont des émeutes sexuelles de masse, planifiées dans les foyers d’hébergement, auxquelles ont participé jusqu’à deux-mille personnes dans les endroits les plus chauds.

C’est pourquoi l’affaire de Cologne a produit le même effet, toutes proportions gardées, que le mitraillage à la kalach’ des siroteurs de mojitos sur les terrasses des bistrots du Boboland parisien : une atteinte gravissime aux modes de vie et de comportement des aborigènes, les Allemands et Allemandes de souche.

On comprend alors la volée de bois vert qui s’est abattue sur la bourgmestre de Cologne, Henriette Reker, qui n’a rien trouvé de mieux, pour prévenir de nouveaux incidents de ce genre, que d’inviter les femmes de sa ville à adopter une attitude moins affable vis-à-vis des inconnus, en se « tenant à une distance d’au moins un bras tendu » de ces derniers, à se déplacer en groupe, et autres conseils dignes d’une chaisière de la cathédrale. On signale également des circulaires diffusées par des directeurs de lycées et collèges situés à proximité des foyers de réfugiés, demandant aux parents de veiller à ce que leurs filles arborent des tenues « discrètes » pour venir en cours, afin de ne pas tenter le diable !

Pour la chancelière Angela Merkel, nouvelle idole de Libé, Le Monde et Médiapart, l’affaire tombe on ne peut plus mal. Elle a peut-être sauvé l’honneur de l’Europe dans l’affaire des migrants, mais sans  imaginer les conséquences de sa générosité sur la « deutsche Gemütlichkeit », cet art allemand de vivre et laisser vivre chacun et chacune avec son idée de la sociabilité conviviale. Les parti politiques, gauche et droite à l’unisson, souquent  maintenant ferme pour remonter un courant fortement contraire : ils demandent la fin immédiate de la politique de porte ouverte aux migrants, et l’expulsion non moins immédiate des demandeurs d’asile coupables d’agissements du style de la nuit de Cologne. La « Schadenfreude », cette joie mauvaise de voir autrui dans la panade, submerge aujourd’hui quelques voisins de l’Allemagne, à Prague, Budapest ou Varsovie, qui s’étaient récemment fait sérieusement remonter les bretelles par Mutter Angela pour cause de réticences à accepter, chez eux, leur quota de jeunes gens pleins de force et d’ardeur. Mais il se pourrait qu’elle se transforme rapidement en angoisse : celle de voir désormais les foules de nouveaux migrants prendre le chemin de leurs villes, dans l’hypothèse où l’Allemagne – on ne sait pour quelle obscure raison – rechignerait désormais à les accueillir tous autant qu’ils sont.

*Photo : SIPA.AP21841244_000002.

Manuel Valls hyper couillu à l’Hyper Cacher

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manuel valls antisemitisme

Moi qui ne suis pas très fan du travail du dimanche (sauf pour les curés, les épiciers tamouls ou djerbiens et les voyous de Causeur), je regrette qu’à l’heure qu’il est, et sans doute pour cause de repos dominical des fonctionnaires, le discours de Manuel Valls, hier devant l’Hyper Cacher, ne soit pas déjà disponible sur le site de Matignon.

En vertu de quoi, plutôt que de copier/coller ce discours, me voilà coincé devant mon Mac. Alors que j’aurais pu aller faire mes deux heures de jogging hebdo en écoutant le Best of d’Indochine sur mon Samsung Galaxy (Trois grossiers mensonges limite blasphèmes se sont glissés dans cette dernière phrase, saurez-vous les retrouver sans appeler ma maman ?).

Mais reviendons à notre premier ministre. Oui, j’aurais pu copier/coller son discours, plutôt que vous enquiquiner avec mes considérations partisanes et embrumées. (Hier soir je suis allé avec Basile arroser la sortie du numéro 2 de Limite). Et pis après, j’ai bien été obligé d’aller trinquer à la mémoire de Lemmy, enterré à 15 h (heure de Californie, donc à minuit ici) au Forest Lawn Memorial d’Hollywood. Faut pas plaisanter avec les dernières volontés d’un trépassé.

Mais re-reviendons à notre premier ministre. Et si ça se trouve, la digression qui précède n’en était pas une, car ce qu’il a dit devant l’Hyper Cacher était aussi clair, brutal, et authentique qu’un concert live de Motörhead. Vous croyez que j’exagère, jugez par vous-même avec ce court best of.

« Je l’ai dit avec mes mots, avec mon cœur, avec mes tripes, et je ne cesserai de le répéter parce que c’est une conviction profonde : sans les juifs de France, la France ne serait pas la France ! »

«Voir des Français juifs quitter, de plus en plus nombreux, leur pays parce qu’ils ne se sentent plus en sécurité… mais aussi parce qu’ils ne se sentent plus compris, parce qu’ils ne se sentent plus à leur place, aurait dû être, depuis longtemps, pour nous tous Français, une idée insupportable»

« Nous avons subi un acte de guerre et c’est une véritable guerre qui nous a été déclarée, et nous devons l’affronter et la gagner »

« Pour ces ennemis qui s’en prennent à leurs compatriotes, qui déchirent ce contrat qui nous unit, il ne peut y avoir aucune explication qui vaille. Car expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser »,

Manuel Valls a aussi dénoncé sans louvoyer la « détestation compulsive de l’Etat d’Israël« . Rappelons pour ceux qui ne saisiraient pas l’allusion que le 16 décembre denier, à la tribune de l’Assemblée, le même Manuel Valls avait solennellement condamné « toutes les campagnes » de boycott des produits israéliens et autres manifestations d’un « antisionisme qui bascule dans l’antisémitisme » 

Encore sur l’antisémitisme, qui était quand même un peu le sujet du jour, Manuel Valls a fait une mise au point, peu répercutée dans nos médias et qui pourrait faire polémique : « L’antisémitisme, qu’il vienne de l’extrême droite ou de l’extrême gauche, qu’il vienne du fond des âges ou aujourd’hui d’une partie de la jeunesse de nos quartiers doit être combattu avec la même détermination »

Perso, je crois que ces mots sont raides, mais  justes et balancés. Je n’y vois pas une fatwa d’antisémitisme, façon Crif ou Licra, contre tous ceux – électeurs, militants ou dirigeants – qu’on qualifie d’extrême droite ou d’extrême gauche, pas plus qu’une accusation en bloc « de la jeunesse de nos quartiers »

J’y vois une mise en garde vis-à-vis des gens qui viennent de ces franges de l’opinion ou de la population (pour parler clair : FN, gauche de la gauche, et territoires perdus). Je pense que seule une infime partie de ces trois secteurs est franchement antisémite. Mais je pense qu’à des degrés divers, on y tolère trop de simplifications, de comportements, de compromissions, qui peuvent déboucher sur une banalisation de l’antisémitisme. Et donc que la frange la plus patriote et républicaine de ces secteurs-là doit d’urgence faire le ménage, et qu’il faut l’y aider.

Car comme disait le Président Mao : « Là où le balai ne passe pas, la poussière ne s’en va pas d’elle-même. »

*Photo: © AFP THOMAS SAMSON.

De Palma en Pléiade

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Body Double Brian de Palma

Peu avares en bonnes idées, les éditions Carlotta inaugurent une nouvelle collection de magnifiques coffrets à tirages limités comportant un film accompagné d’un ouvrage de 200 pages avec des photos, des documents d’archives, etc. Pour inaugurer une série que l’on espère belle et longue, l’éditeur nous propose de revoir le Body double de Brian de Palma. 16e long-métrage de Brian de Palma, Body double ne compte pas parmi ses œuvres les plus réussies. Et pourtant, malgré le poids des années et un scénario un poil tiré par les cheveux, ce film mérite d’être vu et revu pour sept raisons. Les voici :

1- Pour Hitchcock

Jamais, si ce n’est peut-être dans Pulsions, Brian de Palma n’avait rendu un hommage aussi explicite à son maître Alfred. L’argument de départ, avec son héros qui reluque sa belle voisine exhibitionniste à l’aide d’un télescope et qui assiste à son assassinat, rappelle bien évidemment Fenêtre sur cour. Mais Body double est avant tout un remake à peine déguisé de Vertigo. Comme Scottie (James Stewart), Jake Scully (on notera la similitude des patronymes) souffre d’un handicap et tombe amoureux d’une image. Dans les deux cas, il est également question de manipulation, d’une femme au double visage et d’une scène traumatique qui se répète. Quand Scully se met à suivre sa belle voisine, le thème musical composé par Pino Donaggio rappelle celui de Bernard Hermann.

2- Pour le voyeurisme exacerbé du film

Tout le film est construit sur cette notion de voyeurisme. Scully utilise une longue-vue très phallique pour jouir de l’image de sa voisine. Brian de Palma construit sa mise en scène autour de ces jeux de regards et assigne clairement la place de voyeur au spectateur. Lors de la filature, notre héros parvient à reluquer celle qu’il a suivi pendant qu’elle essaie une culotte dans une cabine d’essayage. Comme Hitchcock, il s’agit de rendre coupable le spectateur qui se contente de jouir en regardant et qui, par là, a toutes les chances de se faire berner par des images manipulables et fausses. Comme l’époque a changé, De Palma va plus loin et pousse ce voyeurisme jusqu’à sa logique ultime en nous faisant pénétrer dans les milieux du porno.

3- Pour la réflexion sur l’image et le cinéma

Ce thème du voyeurisme indique clairement que Body double est avant tout une réflexion sur l’image. Comme toujours chez De Palma, l’image n’est plus « innocente » et celles qui ouvrent ses films témoignent souvent de cette perte d’innocence : les premières règles de Carrie dans le film éponyme, les scènes de viol (Pulsions, Outrages…) ou encore la découverte de sa femme au lit avec un autre homme comme ici. L’image est donc trompeuse et c’est sans doute pour cela que le cinéaste nous plonge dans les milieux du cinéma. Scully est un acteur de série B et tout ce qu’il vit est exactement ce que pourrait vivre un simple « spectateur » de films. Comme chez Hitchcock, il s’en sort en devenant lui-même « acteur » et en surmontant sa névrose.

4- Pour la dernière scène du film

Elle arrive alors que défile le générique de fin et résume à elle seule tous les enjeux du film. On y voit l’équipe du film dans lequel tourne Scully préparer un raccord qui permettra à une « doublure corps » de remplacer la vedette pour les gros plans sur sa poitrine. De Palma démonte toute la machinerie du cinéma et le mensonge qui consiste à faire croire qu’une réalité va advenir parce qu’on accole deux plans ensemble. C’est dans ce raccord entre deux plans hétérogènes (deux femmes qui donnent l’impression de n’en faire qu’une) que va se nicher une possible manipulation et « la trahison des images » pour reprendre le titre d’une toile de Magritte. C’est aussi un parfait résumé de l’intrigue : celle d’un spectateur qui se laisse prendre au piège d’une image mise en scène… Le cinéphile appréciera également le clin d’œil que le maître s’adresse à lui-même puisque cette scène de douche renvoie bien évidemment à la scène d’ouverture de Pulsions. Ce n’est plus un secret pour personne mais ce n’est malheureusement pas Angie Dickinson qui exhibe son corps dans ce film mais bel et bien une doublure…

5- Pour le maniérisme de Brian de Palma.

L’image étant trompeuse et De Palma arrivant après la mort d’Hollywood et des grands genres, il ne lui reste plus qu’à faire avec les films d’Hitchcock ce que Sergio Leone a fait avec le western : en retenir des stéréotypes, des images « déjà-vues » et leur offrir un enterrement de première classe. C’est ce type de mise en scène que l’on peut qualifier de « maniériste » et le cinéaste s’en donne à cœur joie en dilatant le temps et en faisant de chaque séquence des morceaux de bravoure du point de vue de la mise en scène. A ce titre, l’extraordinaire séquence de filature est un grand moment du film. De Palma relit à sa manière les fameuses scènes de filatures hitchcockiennes (Vertigo, bien sûr, mais également Le crime était presque parfait) et les redéploie grâce à des plans-séquences incroyablement virtuoses, en jouant sur la pure fascination de l’image. Comme le prouve ce court instant où une équipe de cinéma se reflète dans un miroir, toute la mise en scène du cinéaste est construite sur cette idée de reflet, de mise en abyme de scènes déjà vues ailleurs.

6- Pour les années 80

Body double nous permet de mesurer à quel point les années 80 furent des années de mauvais goût sans limite. Les coiffures et les habits des personnages prêtent volontiers à sourire et les amateurs de kitsch se réjouiront d’apercevoir dans un petit rôle le comédien Lane Davies, plus connu pour son rôle de Mason Capwell dans Santa Barbara ! En revanche, il y a des limites à tout et même au mauvais goût : il faut prévoir que vos oreilles saigneront une fois de plus en entendant le Relax de Frankie goes to Hollywood lors de la scène tournée sur un plateau du film porno dont Holly (Mélanie Griffith) est la vedette…

7- Pour Mélanie Griffith

Pour ses tenues improbables (jupe en cuir noir, body panthère…), sa poitrine généreusement exhibée, son tatouage sur les fesses et ses déhanchés sexy. Avec sa coupe courte de blonde peroxydée, elle rappelle bien entendu Kim Novak dans Vertigo. Mais n’oublions pas que l’actrice est la fille de Tippi Hedren, l’héroïne de Pas de printemps pour Marnie et des Oiseaux. La boucle hitchcockienne est bouclée !

Body double (1984) de Brian de Palma avec Craig Wasson, Mélanie Griffith. (Editions Carlotta Films)

Alexandre Lacroix, plongeur sous-marin de la webmodernité

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Alexandre Lacroix Ce qui nous relie

Alexandre Lacroix est directeur de la publication de Philosophie Magazine et, à ce titre, s’occupe – efficacement – de faire exécuter à la philosophie une double pirouette : se rendre accessible au plus grand nombre et, sur les bases de la tradition et des classiques, décrypter le réel au jour le jour. S’attaquer au web (qui n’est pas, même si cela est bien pratique, le synonyme parfait d’« Internet ») était donc un défi à sa portée, comme le prouve Ce qui nous relie.

Est-ce vraiment le train de l’Histoire que les enfants de l’après-guerre ont manqué ou souffrons-nous d’une incapacité à saisir le sens historique de notre époque ? Nous nous plaignons de manquer d’une guerre à mener – quoi que cela change par les temps qui courent – sans voir que nous sommes les pionniers de la « troisième révolution du signe », et plus encore les moins de vingt ans, pour qui un monde sans Internet est une fable historique. Comme si cela ne suffisait pas, nous serions les pionniers d’un réseau offrant des possibilités infinies, autant de portes entrouvertes devant lesquelles nous passons tous les jours sans les voir. Certains les poussent et ce sont ces cow-boys invisibles qu’Alexandre Lacroix a poursuivis et rencontrés.

Avec Julian Assange, l’inénarrable fondateur de Wikileaks, toujours confiné dans l’ambassade d’Équateur à Londres, il repose la question kantienne de la publicité totale de l’information. Mais y a-t-il vraiment quelque chose de nouveau sous le soleil ? Apparemment, oui. Assange et ses acolytes ont créé une nouvelle forme de dissidence, consistant à mettre en péril le pouvoir des États et des puissants par la divulgation massive de leurs secrets, permise seule par le web. Enfant idéaliste et icône punk, Assange dame le pion au grand Peter Singer lors d’un entretien mythique sur Skype : le conséquentialiste et son grand projet de moraliser les conduites par la surveillance mutuelle mondiale sur le réseau n’a décidément rien compris à Internet…

Mais existe-il quelqu’un qui aurait mieux compris, ou croirait avoir mieux compris, à quoi servirait la divulgation des secrets que Julian Assange ? Alexandre Lacroix va jusqu’à Asùncion, l’infernale capitale du Paraguay, pour dénicher un authentique « truther », ou « conspirationniste » comme on dit dans les milieux fréquentables. Philippe, c’est son nom, s’occupe d’enquêter sur de terrifiantes organisations secrètes, au rang desquelles les Illuminatis que l’on ne présente plus, et sur les non moins effroyables projets du gouvernement américain pour exterminer la population mondiale – ou l’endormir en lui balançant du Lexomil par avion, tout dépend.

Cela prête à sourire, à cauchemarder ou à s’inquiéter pour la santé mentale de celui qui tient ces discours, mais le plus troublant est qu’il en existe des preuves. Chaque fait, pris séparément, est vérifiable. Seuls le récit, les liaisons logiques et les anticipations relèvent du délire, ou plus exactement d’une grille de lecture du monde un peu tordue, mais où ne filtre pas de contradiction.

C’est aussi cela, le web : permettre à des versions multiples et fantaisistes du réel de coexister, sans que personne ne soit en mesure de prévoir laquelle aura la préférence des historiens du futur. La démocratisation du savoir aurait-elle, en touchant à son apogée, heurté de plein fouet ses limites ?

L’épopée touche à sa fin chez le milliardaire Peter Thiel et ses camarades, à l’avant-garde du post-humanisme. Connecter les hommes et les machines, faire du cerveau humain un élément du réseau parmi d’autres, implanter des clés USB dans la moelle épinière des enfants et faire vivre nos aînés jusqu’à deux cent ans, autant de perspectives qui font briller les yeux des scientifiques californiens, et cette fois-ci c’est sérieux. On nous avait promis des voitures volantes pour l’an 2000, en 2050 nous aurons peut-être la chance de fusionner avec notre iPhone dans la joie et la bonne humeur.

Alexandre Lacroix – Ce qui nous relie, Allary Éditions, 291 pages.

La seule exactitude

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Toute l’année, les semaines appartiennent aux éditorialistes. Du lundi au samedi, ceux que le tout petit Bruno Roger appelle les « toutologues » de droite, de gauche ou de bonne foi livrent leurs analyses sur tout avec plus ou moins de compétence, de pertinence ou d’honnêteté intellectuelle. Ainsi, comme sur une immense table de poker aux dimensions médiatiques nationales, chacun vient poser ses cartes depuis les matinales radiophoniques jusqu’aux débats nocturnes télévisés. Lorsque tout le monde a donné son avis et que dimanche arrive, sur RCJ, Elisabeth Lévy invite Alain Finkielkraut à donner le sien. Notre académicien abat alors son jeu. Immanquablement, il rafle la mise.

Je sais qu’on en a déjà parlé ici mais il y a des livres que l’on chronique par devoir et d’autres pour lesquels on ne retient pas son plaisir. « La seule exactitude » est le recueil de ses chroniques hebdomadaires depuis 2013, et de ses victoires intellectuelles sur la « concurrence ». Victoires un peu déloyales il faut le reconnaitre car Finkielkraut parle comme personne n’écrit et qu’il écrit comme personne. Dans ses mémoires de jeunesse, André Maurois rapporte les propos du philosophe Alain, son professeur au lycée de Rouen, quand il apprenait à ses élèves la science et l’art de la rédaction :« Serrez, serrez, serrez et finissez en coup de poing » leur disait-il. S’il fallait une illustration à cette leçon d’écriture, notre Alain nous la donne, noir sur blanc et magistralement, à chaque page.

Je conseille à tous ceux qui ne veulent pas mourir idiots entre le dernier Régis Debray et le prochain Michel Onfray de l’acheter sans tarder, ou de s’abonner à Causeur. C’est cadeau.

L’Esprit de l’Escalier, c’est reparti !

À compter de ce 10 janvier, Alain Finkielkraut et Élisabeth Lévy reprennent leur débat dominical autour des thèmes d’actualité, de 12h à 12h30  sur RCJ (94.8 à Paris), en partenariat avec Causeur.

La seule exactitude

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Sable mouvant, d’Henning Mankell

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Sable mouvant Henning Mankell

La nuit a été courte, les alcools trop variés, l’insomnie fréquente. J’en ai profité pour finir le livre que je lisais ces deux derniers jours…

Mais commençons par la bande…

« Nel mezzo del cammin di nostra vita,
Mi ritrovai per una selva oscura,
Che la diritta via era smarrita… »

Bien sûr, vous avez reconnu le tout début du Chant I de l’Enfer de Dante — mais comme il pourrait y avoir parmi mes diligents lecteurs une part de non-italianisants, je traduis :

« Au milieu du chemin de notre vie,
Je me trouvai dans une forêt obscure,
Car j’avais perdu le chemin direct… »

À moins que ce ne soit le « droit chemin » : Roland Barthes évoque ce fabuleux début au tout commencement de son dernier cours au Collège de France sur la « préparation du roman » (c’est à 4’53 sur l’enregistrement du cours, si émouvant pour moi qui y étais). « Au milieu du chemin de notre vie… » Mais comme le dit Barthes, comment savoir si nous sommes au milieu, nous qui sommes encore en vie et ne voyons toujours pas la fin ? Les Anglais parlent de la « mid-life crisis » — à propos de ce désir de désir qui nous agite souvent entre 40 et 50 ans — mais qui pourrait me garantir, à moi, que 45 ans est le milieu de ma vie ? Le milieu, est-ce la fin de la montée — et plus dure sera la chute ? Ou quoi ?

C’est à cette question somme toute majeure que répond Henning Mankell dans son dernier livre — oui, tout dernier. Il a paru en septembre dernier au Seuil, Mankell est mort début octobre. Mort du cancer qui le pourchassait depuis la Noël 2013 — oui, ça va vite, mais le chanteur de Motorhead, est mort en 48 heures après le diagnostic initial. Pas le temps d’écrire un livre.

Au départ, c’étaient des chroniques parues au fur et à mesure des chimiothérapies successives dans un grand journal suédois. Puis c’est devenu des mémoires flottants, où la mémoire, aiguisée par ce qui arrive au corps, repart en arrière — très souvent au Mozambique, où Mankell (c’est un aspect de son œuvre dont j’ignorais tout, et qui est très peu traduit en français — tout comme on ignore son travail d’activiste, dont il a laissé dans Libération il y a cinq ans un témoignage glaçant) dirigea longtemps la seule troupe professionnelle de théâtre (pour l’anecdote, il était marié avec la fille d’Ingmar Bergman, Eva).

Le fil conducteur est une réflexion sur le temps — sur ce qui fait le temps à l’échelle humaine — notre pauvre échelle de quelques décennies. Plus exactement parce que Finnois et Suédois ont décidé parallèlement de creuser dans la roche-mère pour y enfouir leurs déchets nucléaires — un chantier qui doit durer près de soixante-dix ans, un enfouissement calculé pour cent mille ans, le temps que les saletés cessent d’irradier. Quelque part dans le granit d’en bas — alors même qu’au-dessus, la Suède sera recouverte par des kilomètres de glace, à l’horizon de la prochaine glaciation (dans 5000 ans, d’après les tables de Milankovic). Que restera-t-il de nous à cette époque ? Que restera-t-il de moi ? se demande Mankell. Puisqu’aussi bien nous ne subsistons que dans la mémoire de ceux qui nous ont connus — et quand ils disparaîtront à leur tour…

Et d’évoquer quelques-uns de celles et ceux qui ont croisé sa vie — en Afrique au plus fort des conflits, sur une autoroute où un jeune homme embarqué dans un car qui le précédait a été décapité par la voûte d’un pont, et que sa cervelle est venue s’écraser sur le pare-brise de l’inventeur de l’inspecteur Wallander, dans une salle de théâtre, à Paris quand il y réparait des saxophones…

Curieuse autobiographie qui virevolte, mais bien plus fidèle au mouvement de la mémoire que les autobiographies soigneusement chronologiques. Que suis-je, sinon un patchwork de souvenirs couplés à des émotions — par exemple pour Mankell la découverte de l’érotisme dans un local quasi frigorifique des montagnes norvégiennes, ou les derniers instants d’une jeune Africaine atteinte du SIDA à une époque où cela équivalait, même ici, à une condamnation à mort rapide — et cela dit aussi quelque chose au lecteur que je suis : à maintes reprises je me suis trouvé dans ce que Jean Starobinski a appelé le « concernement » — le moment rare mais privilégié où un texte nous parle de nous, que l’auteur pourtant ne connaissait pas. Où il écrit avec nos mots, nos émotions, parce qu’il y a dans l’humain, parfois, des expériences communes, aussi divers que soit l’homme.

C’est un grand livre humaniste, un grand livre d’espoir aussi — la vie est belle, les enfants, même si elle est courte, même si nous sommes voués à une extinction prochaine, même si nous perdons nos cheveux pour des raisons plus ou moins avouables, même si la chair nous trahit et que la digestion des alcools de la veille se fait moins facilement qu’il y a quarante ans.

Quant au titre… Ce Sable mouvant, c’est celui dans lequel on s’enfonce, peu à peu — et le mezzo del cammin, comme dit le poète toscan, c’est peut-être, comme dans Oh les beaux jours où Winnie, dès le départ, est enfouie jusqu’à la taille — à mi-corps pour une mid-life — elle a « la cinquantaine », dit Beckett —, et qui n’en fait pas toute une affaire, même si au second acte elle est enterrée jusqu’au cou. J’ai beaucoup aimé ce livre — j’y ai humé ma future fumée, comme dit le poète.

Sur ce, bonne année, happy new year, pace e salute, ou Gott Nytt År, comme on aurait dit à Mankell s’il était encore là — mais au fond, il est encore parmi nous : les mots durent plus que la peau.

David Bowie, mort d’un débutant

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David Bowie

David Bowie

Jusqu’à son dernier souffle, David Bowie aura donc été un « absolute beginner » comme il le chantait dans le film du même nom (Absolute Beginners), tourné au milieu des années 80 par Julien Temple. Un créateur inclassable et toujours en avance d’un courant musical ou d’une coloration capillaire, qui savait dompter les modes et les couvertures de magazines comme seul y parviennent quelques vrais « débutants absolus », lorsqu’ils sont touchés par la grâce (ou presque).

Né à Londres en 1947, sous le nom de David Robbert Jones, d’une mère ouvreuse de cinéma et d’un père attaché de presse pour une organisation caritative, David Bowie – qui avait débuté sa carrière en s’essayant au mime en lisant du Jean Genet – bouscule le train-train pétards, sandalettes et fromages de chèvres des années 70 en contribuant à l’émergence du glam-rock (avec Ziggy Stardust et la chanson Ashes to ashes), sorte de fusion pyjama et cheveux rouges des oripeaux du rock bien avant l’arrivée bruyante du punk et des vêtements à épingles à nourrices.

Rescapé d’une sévère plongée dans la cocaïne et la folie au début des années 80 (son propre frère malade mental s’était suicidé quelques années plus tôt), il survit à sa période de « colin froid du funk » (l’album Station to station) et quelques déclarations hasardeuses sur Hitler qu’il considère comme « la première rock star », devance l’explosion de la New Wave avec son complice Brian Eno, coiffe tout le monde sur le poteau en faisant du Talking Heads avant l’heure… Puis, devient l’une des plus fabuleuses machines à tubes du XXe siècle avec la chanson Let’s Dance (14 millions d’exemplaires vendus) en 1983. Un monument du rock fraise Tagada des années MTV produit par le Niles Rodgers du groupe Chic et mis en images par le surdoué David Mallet (le clipper star de l’époque) qui contribuera a rendre l’artiste aussi fréquentable pour les ados et la ménagère que pour la famille Royale d’Angleterre et la mafia de la mode et de la haute-couture.

Adulé comme un dieu aztèque par les demi-mondains des médias et de l’art contemporain, mais pas toujours par le public – ses albums suivants connaîtront des succès divers, surtout ceux avec le groupe Tin Machine en Angleterre – David Bowie continuera pourtant de faire chantonner d’une douce mélancolie un nombre incalculable de foyers français jusqu’au milieu des années 2000 avec sa chanson Heroes, reprise pour de très nombreuses pubs télés (Renault Mégane, Wanadoo, etc). Son dernier album Blackstar, sombre et flippant comme la maladie (ou pire[1. « Il m’a dit que ça parlait de l’Etat islamique », a affirmé Donny McCaslin, saxophoniste et leader du quartet de jazz avec qui Bowie avait enregistré son dernier album, à Rolling Stone.]…), laisse l’impression d’un artiste qui avait décidément tous les talents d’un débutant de 69 ans. A commencer par le plus rare d’entre eux : celui de se mettre en scène encore et toujours. Jusque dans la mort.

*Photo : AFP.

Cologne: les suspects « presque exclusivement d’origine immigrée »

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Cologne migrants viols

(Avec AFP) – La quasi-totalité des suspects des violences, notamment sexuelles, qui ont émaillé la nuit du Nouvel An à Cologne étaient des personnes d’origine étrangère, notamment des demandeurs d’asile arrivés ces derniers mois en Allemagne, a déclaré lundi le ministre régional de l’Intérieur.

« Tant les déclarations des témoins que les rapports de la police (locale), et que les descriptions de la police fédérale indiquent que les personnes qui ont commis ces crimes étaient presque exclusivement d’origine immigrée », a déclaré Ralf Jäger, ministre de l’Intérieur de l’Etat régional de Rhénanie-du-Nord-Westphalie.

A situation exceptionnelle, réactions exceptionnelles : en France, c’est le quotidien Libération, peu connu pour son franc parler en matière d’insécurité et d’immigration, qui publie l’article le plus complet et sidérant sur les événements ahurissants survenus dans la nuit du Nouvel an à Cologne, Hambourg, Stuttgart, Francfort mais aussi à Zurich (Suisse), Salzbourg (Autriche) et en Finlande…

*Photo : © dpa/AFP Bodo Marks.

Portrait de l’islamiste en fossoyeur du monde

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djihad daech occident akouche

djihad daech occident akouche

Après les horreurs du vendredi 13, la France de demain ne sera plus comme avant. Elle ne sera ni la France d’hier, ni celle d’aujourd’hui. Elle sera semblable, à quelque chose près, à l’Algérie des années 90. Paris sera Alger. Toulouse, Blida ou Média. Lyon, Ain Defla. La Kabylie, la Bretagne.

Ce n’est pas difficile à prédire. C’est même une évidence pour celui qui, comme moi,  a vécu la guerre civile, côtoyé la violence aveugle des fous de Dieu, marché sur des flaques de sang et des morceaux de chair.

Ça a débuté comme ça : en bruit de pantoufles avant que ne retentissent les kalachnikovs et les bombes.

On pensait que c’était un jeu. Comme ces pétards que les enfants faisaient exploser lors de l’aïd et de l’anniversaire de la naissance du Prophète.

On riait des qamis et des barbes hirsutes des intégristes. C’étaient nos pères Noël. Ils n’apportaient pas de cadeaux, ne distribuaient pas de bonbons, mais ils aimaient nous raconter des histoires obscures sur l’enfer et le jugement dernier.

On trouvait leur façon de s’habiller exotique. Car, à la fin des années 80, rares étaient ceux qui portaient ces accoutrements importés d’Afghanistan et d’Iran.

Puis ça a continué comme ça : par l’intimidation. Avec des mots qui, certes, étaient trop violents pour mes oreilles d’enfant, mais c’était de simples mots. Les islamistes harcelaient les femmes libres, les démocrates et les laïques. Ils traitaient les progressistes de dépravés, de suppôts des croisés.

Parfois, ils donnaient des coups de poing, de simples coups de poing.  Puis ça a progressé. Ils utilisaient des objets, de simples objets : des galets,  des cordes, des seringues d’acide, des couteaux, des haches…

Ensuite ça a basculé : les islamistes ont embarqué le peuple dans un bateau ivre, pour un long voyage au bout de la nuit…

Sans crier gare, ils ont sorti les armes à feu, les fusils à canon scié, les bonbonnes de gaz et tout leur attirail de guerriers.

Ce n’était plus un jeu. C’était sérieux. C’était la folie des hommes.

Les barbus tuaient les poètes, les fonctionnaires, les enseignants, les médecins… puis les gens ordinaires, le « petit » peuple.

Les journalistes rasaient les murs, ils étaient devenus des nécrologues. Ils n’écrivaient plus d’articles, ils comptabilisaient les morts. Les cafés et les trottoirs se vidaient, les gens se donnaient rendez-vous aux cimetières et parfois on enterrait à la pelleteuse.

Grisé par le sang, l’islamiste a redoublé de violence. On l’a vu éventrer les femmes enceintes, jeter des bébés dans des micro-ondes, égorger des villages entiers : Bentalha, Beni-Messous, Larbaa, Raïs… des toponymes qui donnent encore froid dans le dos.

L’islamiste est partout le même. Il carbure à la haine. Son vocabulaire est pauvre. Il ne maîtrise que quelques verbes, souvent équivalents : tuer, exécuter, massacrer, violer, brûler, détruire… Il ne lit qu’un seul livre, le coran. Il n’obéit qu’aux seules lois d’Allah et de son Prophète. Il dort avec un seul mot dans la bouche : vengeance. Il ne se réveille qu’avec un seul désir : éliminer un maximum de mécréants.

L’islamiste joue au sourd et au muet. C’est un dictateur.  Il a raison même s’il a tort. Toute tentative de dialogue avec lui est vouée à l’échec. Il préfère le monologue. Il refuse le débat d’idées. Car il sait qu’il va perdre. Il préfère le terrain de la menace. Gare à celui qui le contredit.

L’islamiste n’a pas d’arguments, il a des versets. Il n’a pas de cœur, il est une hydre. Il ne connaît pas la peur, il marche avec dédain. Si les balles tombent sur lui, il les affrontera avec le sourire. Sa devise : la vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la mort. Pour lui, la mort, c’est l’éternel bonheur : il s’y abreuvera aux rivières de vin  interdit sur terre !  et à la tendre chair des houris.

L’islamiste n’est pas un animal de compagnie. On ne doit pas le caresser dans le sens de la barbe, ni lui faire confiance. Il a le cerveau malade. Les crocs acérés. La gâchette facile. Son entreprise s’appelle la terreur.

L’islamiste ne réfléchit pas, ne recule pas, il fonce. Il ne rafistole pas, il achève. Son objectif : soumettre l’humanité à la Oumma, la nation islamique mondiale. Son droit chemin lui a été tracé par Allah et Mahomet. Les autres voies lui sont impénétrables.

Jouer avec lui, c’est comme badiner avec un serpent. Il glisse. Il mord. On ne peut pas le dompter, il tue. En voulant l’instrumentaliser dans leur stratégie contre les démocrates, les dirigeants algériens l’ont payé cher lors de la décennie noire. Le serpent leur a échappé des mains. Bilan : plus de 200 000 morts.

L’islamiste est perfide. Il affectionne la ruse. Il brouille les pistes. Il peut être un loup solitaire, mais il chasse souvent en meute. Il n’aime pas la démocratie, mais il s’en sert. Il déteste la liberté, mais il en abuse pour propager son idéologie. Il n’aime pas les technologies, mais il en détourne l’usage afin de faire avancer sa cause.

L’islamiste a repéré les failles des démocraties occidentales. Il sait qu’il est un bourreau, mais il joue à la victime. S’il brandit le spectre de l’islamophobie, c’est pour culpabiliser le démocrate et le pousser à céder du terrain où il sèmera ses graines.

L’islamiste gagne chaque jour des batailles contre l’Occident. Il a réussi à restreindre la liberté de pensée, à séparer les femmes des hommes dans les piscines, à halaliser les menus scolaires, à fragiliser la laïcité, à ouvrir des mosquées dans les universités, à gagner des procès contre des États, à verrouiller plusieurs institutions internationales…

L’islamiste a deviné le gouffre spirituel dans lequel est plongé l’Occident. Il compte le combler. Il sait que le capitalisme sauvage crée des solitudes et que celles-ci tuent dans les villes. Il a trouvé un remède au stress et à l’ennui : son prosélytisme et sa fausse fraternité.

L’Occident est en train de perdre sa guerre contre l’islamisme.

Sans courage et lucidité, il perdra aussi son âme.

La France, quant à elle, risque de devenir très vite l’Algérie des années 90.

Après Cologne, la gueule de bois d’Angela Merkel

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Cologne migrants viols

Cologne migrants viols

Ce qui s’est passé dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier devant la gare de Cologne a choqué l’Allemagne toute entière. L’esplanade de la gare, voisine de la place de la cathédrale, le plus imposant édifice gothique européen, est le lieu habituel des grands rassemblements festifs de la métropole rhénane. On y vient dans les grandes occasions, au nouvel an, bien sûr, mais aussi à la fin du plus grand défilé carnavalesque existant en Europe, et pour fêter  les exploits de l’équipe de foot locale, le FC Köln. Cologne passe pour la plus joyeuse, la moins coincée des cités germaniques, adepte d’une morale libertaire-libertine sous la houlette d’un catholicisme permissif et bon enfant.

Les réjouissances de passage au nouvel an ont tourné au cauchemar lorsqu’une bande de plusieurs centaines de jeunes mâles, passablement alcoolisés et visiblement en rut, ont agressé sexuellement et dépouillé de leurs objets de valeur plusieurs dizaines de jeunes femmes, dont au moins trois ont été victimes de viol au sens juridique du terme, selon la police. Cette dernière n’avait pas vu venir le coup, et avait mis en place le dispositif minimal visant à prévenir les débordements, à la Saint Sylvestre, d’une foule dopée au Sekt, le mousseux local. Les policiers, peu nombreux et mal équipés, sont totalement débordés : les agresseurs encerclent les victimes, défient les forces de l’ordre en arguant même de leur statut de demandeurs d’asile, et pour certains d’entre eux de leur nationalité syrienne qui leur donne tous les droits. Ces témoignages de policiers ne seront divulgués dans la presse que quatre jours après les faits, alors que les responsables de la police de la ville avaient décidé de mettre le couvercle sur ces graves incidents… Un vigile, employé pour la soirée du réveillon d’un hôtel de luxe situé sur l’esplanade, témoigne de la détresse de femmes pourchassées, les vêtements en désordre, le suppliant de les laisser entrer dans le hall de l’établissement. Ce videur d’origine serbe, champion de sport de combat, mettra plusieurs des agresseurs au tapis. Le 1er janvier, dans l’aube blafarde et embrouillardée d’un matin d’hiver au bord du Rhin, c’est le coup de massue : les plaintes affluent au commissariat central, relatives aux incidents de la nuit qui, par ailleurs, enflamment les réseaux sociaux. Le porte-parole de la police lâche alors une bombe : les auteurs de ces agressions, selon les témoignages des victimes, sont des hommes jeunes « d’origine nord-africaine ou arabe ». On remarquera qu’outre Rhin, on ne s’embarrasse pas de périphrases emberlificotées pour appeler un chat un chat, et des délinquants relevant d’une origine ethnique précise, agissant en bande organisée, ne deviennent pas des jeunes issus des quartiers populaires par un tour de passe-passe sémantique.

En France, on aurait immédiatement dénoncé l’intolérable stigmatisation dont aurait été victime toute une communauté en raison de la mauvaise conduite de quelques mauvais sujets auteurs « d’incivilités » regrettables, certes, mais compréhensibles en raison des humiliations qu’ils subissent quotidiennement. Il faut pourtant lire cette déclaration policière à la lumière de la situation allemande : en désignant nommément les « nord-africains et les arabes », la police de Cologne exonérait la plus importante communauté allogène de la ville, les quelques dizaines de milliers de Turcs installés depuis des décennies dans la ville natale de Jacques Offenbach, des turpitudes commises par d’autres étrangers. Jamais les Turcs n’ont posé à la société allemande dans son ensemble les problèmes que d’autres pays, comme la France ou la Belgique, rencontrent avec une immigration issue de leurs anciennes colonies. Solidement structurés dans leurs organisations politiques autonomes, les Turcs ne causent de soucis aux autorités du pays hôte que lorsqu’ils règlent, sur le sol allemand, des comptes violents liés aux conflits ethniques et politiques de leur pays d’origine, notamment avec les Kurdes… L’afflux récent, en Allemagne, d’une nouvelle immigration, en provenance du Moyen Orient et du Maghreb, change notablement la donne. Pour la plupart, ce sont des hommes jeunes qui viennent seuls, alors que l’immigration turque est pour l’essentielle familiale. Laissés à eux-mêmes, sans encadrement politique ou associatif, ils se trouvent brusquement plongés dans une société permissive, où les femmes n’ont pas froid aux yeux ni ailleurs, se sentant à l’abri du code de bonne conduite implicite en vigueur dans les rapports hommes-femmes made in Germany. Le mâle allemand étant plutôt dur à dégeler, il n’est pas incongru, outre Rhin, pour les jeunes femmes, de présenter un visage affable dans les lieux publics, de répondre aimablement à un inconnu qui vous complimente sur votre aspect, sans que cela risque d’être interprété comme une invitation à forniquer séance tenante. Venus de sociétés où la frustration sexuelle des jeunes gens est la règle, en raison du statut des femmes dans les sociétés traditionnelles, les violeurs de Cologne (et de quelques autres villes d’Allemagne où des faits similaires ont été révélés dans la foulée) ont pris à la lettre les propos d’Angela Merkel demandant aux citoyens allemands d’accueillir à bras ouverts les réfugiés. La satisfaction de leur désir  sexuel, faisait, pour eux, partie des droits ouverts par le statut de réfugié que l’Allemagne leur accordait, au même titre que l’hébergement et le pécule attribué aux demandeurs d’asile. Résultat : Il ne s’agit pas de débordements individuels, ni isolés, comme on a pu le constater en France dans la même période. En Allemagne, ce sont des émeutes sexuelles de masse, planifiées dans les foyers d’hébergement, auxquelles ont participé jusqu’à deux-mille personnes dans les endroits les plus chauds.

C’est pourquoi l’affaire de Cologne a produit le même effet, toutes proportions gardées, que le mitraillage à la kalach’ des siroteurs de mojitos sur les terrasses des bistrots du Boboland parisien : une atteinte gravissime aux modes de vie et de comportement des aborigènes, les Allemands et Allemandes de souche.

On comprend alors la volée de bois vert qui s’est abattue sur la bourgmestre de Cologne, Henriette Reker, qui n’a rien trouvé de mieux, pour prévenir de nouveaux incidents de ce genre, que d’inviter les femmes de sa ville à adopter une attitude moins affable vis-à-vis des inconnus, en se « tenant à une distance d’au moins un bras tendu » de ces derniers, à se déplacer en groupe, et autres conseils dignes d’une chaisière de la cathédrale. On signale également des circulaires diffusées par des directeurs de lycées et collèges situés à proximité des foyers de réfugiés, demandant aux parents de veiller à ce que leurs filles arborent des tenues « discrètes » pour venir en cours, afin de ne pas tenter le diable !

Pour la chancelière Angela Merkel, nouvelle idole de Libé, Le Monde et Médiapart, l’affaire tombe on ne peut plus mal. Elle a peut-être sauvé l’honneur de l’Europe dans l’affaire des migrants, mais sans  imaginer les conséquences de sa générosité sur la « deutsche Gemütlichkeit », cet art allemand de vivre et laisser vivre chacun et chacune avec son idée de la sociabilité conviviale. Les parti politiques, gauche et droite à l’unisson, souquent  maintenant ferme pour remonter un courant fortement contraire : ils demandent la fin immédiate de la politique de porte ouverte aux migrants, et l’expulsion non moins immédiate des demandeurs d’asile coupables d’agissements du style de la nuit de Cologne. La « Schadenfreude », cette joie mauvaise de voir autrui dans la panade, submerge aujourd’hui quelques voisins de l’Allemagne, à Prague, Budapest ou Varsovie, qui s’étaient récemment fait sérieusement remonter les bretelles par Mutter Angela pour cause de réticences à accepter, chez eux, leur quota de jeunes gens pleins de force et d’ardeur. Mais il se pourrait qu’elle se transforme rapidement en angoisse : celle de voir désormais les foules de nouveaux migrants prendre le chemin de leurs villes, dans l’hypothèse où l’Allemagne – on ne sait pour quelle obscure raison – rechignerait désormais à les accueillir tous autant qu’ils sont.

*Photo : SIPA.AP21841244_000002.

Manuel Valls hyper couillu à l’Hyper Cacher

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manuel valls antisemitisme

manuel valls antisemitisme

Moi qui ne suis pas très fan du travail du dimanche (sauf pour les curés, les épiciers tamouls ou djerbiens et les voyous de Causeur), je regrette qu’à l’heure qu’il est, et sans doute pour cause de repos dominical des fonctionnaires, le discours de Manuel Valls, hier devant l’Hyper Cacher, ne soit pas déjà disponible sur le site de Matignon.

En vertu de quoi, plutôt que de copier/coller ce discours, me voilà coincé devant mon Mac. Alors que j’aurais pu aller faire mes deux heures de jogging hebdo en écoutant le Best of d’Indochine sur mon Samsung Galaxy (Trois grossiers mensonges limite blasphèmes se sont glissés dans cette dernière phrase, saurez-vous les retrouver sans appeler ma maman ?).

Mais reviendons à notre premier ministre. Oui, j’aurais pu copier/coller son discours, plutôt que vous enquiquiner avec mes considérations partisanes et embrumées. (Hier soir je suis allé avec Basile arroser la sortie du numéro 2 de Limite). Et pis après, j’ai bien été obligé d’aller trinquer à la mémoire de Lemmy, enterré à 15 h (heure de Californie, donc à minuit ici) au Forest Lawn Memorial d’Hollywood. Faut pas plaisanter avec les dernières volontés d’un trépassé.

Mais re-reviendons à notre premier ministre. Et si ça se trouve, la digression qui précède n’en était pas une, car ce qu’il a dit devant l’Hyper Cacher était aussi clair, brutal, et authentique qu’un concert live de Motörhead. Vous croyez que j’exagère, jugez par vous-même avec ce court best of.

« Je l’ai dit avec mes mots, avec mon cœur, avec mes tripes, et je ne cesserai de le répéter parce que c’est une conviction profonde : sans les juifs de France, la France ne serait pas la France ! »

«Voir des Français juifs quitter, de plus en plus nombreux, leur pays parce qu’ils ne se sentent plus en sécurité… mais aussi parce qu’ils ne se sentent plus compris, parce qu’ils ne se sentent plus à leur place, aurait dû être, depuis longtemps, pour nous tous Français, une idée insupportable»

« Nous avons subi un acte de guerre et c’est une véritable guerre qui nous a été déclarée, et nous devons l’affronter et la gagner »

« Pour ces ennemis qui s’en prennent à leurs compatriotes, qui déchirent ce contrat qui nous unit, il ne peut y avoir aucune explication qui vaille. Car expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser »,

Manuel Valls a aussi dénoncé sans louvoyer la « détestation compulsive de l’Etat d’Israël« . Rappelons pour ceux qui ne saisiraient pas l’allusion que le 16 décembre denier, à la tribune de l’Assemblée, le même Manuel Valls avait solennellement condamné « toutes les campagnes » de boycott des produits israéliens et autres manifestations d’un « antisionisme qui bascule dans l’antisémitisme » 

Encore sur l’antisémitisme, qui était quand même un peu le sujet du jour, Manuel Valls a fait une mise au point, peu répercutée dans nos médias et qui pourrait faire polémique : « L’antisémitisme, qu’il vienne de l’extrême droite ou de l’extrême gauche, qu’il vienne du fond des âges ou aujourd’hui d’une partie de la jeunesse de nos quartiers doit être combattu avec la même détermination »

Perso, je crois que ces mots sont raides, mais  justes et balancés. Je n’y vois pas une fatwa d’antisémitisme, façon Crif ou Licra, contre tous ceux – électeurs, militants ou dirigeants – qu’on qualifie d’extrême droite ou d’extrême gauche, pas plus qu’une accusation en bloc « de la jeunesse de nos quartiers »

J’y vois une mise en garde vis-à-vis des gens qui viennent de ces franges de l’opinion ou de la population (pour parler clair : FN, gauche de la gauche, et territoires perdus). Je pense que seule une infime partie de ces trois secteurs est franchement antisémite. Mais je pense qu’à des degrés divers, on y tolère trop de simplifications, de comportements, de compromissions, qui peuvent déboucher sur une banalisation de l’antisémitisme. Et donc que la frange la plus patriote et républicaine de ces secteurs-là doit d’urgence faire le ménage, et qu’il faut l’y aider.

Car comme disait le Président Mao : « Là où le balai ne passe pas, la poussière ne s’en va pas d’elle-même. »

*Photo: © AFP THOMAS SAMSON.

De Palma en Pléiade

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Body Double Brian de Palma

Body Double Brian de Palma

Peu avares en bonnes idées, les éditions Carlotta inaugurent une nouvelle collection de magnifiques coffrets à tirages limités comportant un film accompagné d’un ouvrage de 200 pages avec des photos, des documents d’archives, etc. Pour inaugurer une série que l’on espère belle et longue, l’éditeur nous propose de revoir le Body double de Brian de Palma. 16e long-métrage de Brian de Palma, Body double ne compte pas parmi ses œuvres les plus réussies. Et pourtant, malgré le poids des années et un scénario un poil tiré par les cheveux, ce film mérite d’être vu et revu pour sept raisons. Les voici :

1- Pour Hitchcock

Jamais, si ce n’est peut-être dans Pulsions, Brian de Palma n’avait rendu un hommage aussi explicite à son maître Alfred. L’argument de départ, avec son héros qui reluque sa belle voisine exhibitionniste à l’aide d’un télescope et qui assiste à son assassinat, rappelle bien évidemment Fenêtre sur cour. Mais Body double est avant tout un remake à peine déguisé de Vertigo. Comme Scottie (James Stewart), Jake Scully (on notera la similitude des patronymes) souffre d’un handicap et tombe amoureux d’une image. Dans les deux cas, il est également question de manipulation, d’une femme au double visage et d’une scène traumatique qui se répète. Quand Scully se met à suivre sa belle voisine, le thème musical composé par Pino Donaggio rappelle celui de Bernard Hermann.

2- Pour le voyeurisme exacerbé du film

Tout le film est construit sur cette notion de voyeurisme. Scully utilise une longue-vue très phallique pour jouir de l’image de sa voisine. Brian de Palma construit sa mise en scène autour de ces jeux de regards et assigne clairement la place de voyeur au spectateur. Lors de la filature, notre héros parvient à reluquer celle qu’il a suivi pendant qu’elle essaie une culotte dans une cabine d’essayage. Comme Hitchcock, il s’agit de rendre coupable le spectateur qui se contente de jouir en regardant et qui, par là, a toutes les chances de se faire berner par des images manipulables et fausses. Comme l’époque a changé, De Palma va plus loin et pousse ce voyeurisme jusqu’à sa logique ultime en nous faisant pénétrer dans les milieux du porno.

3- Pour la réflexion sur l’image et le cinéma

Ce thème du voyeurisme indique clairement que Body double est avant tout une réflexion sur l’image. Comme toujours chez De Palma, l’image n’est plus « innocente » et celles qui ouvrent ses films témoignent souvent de cette perte d’innocence : les premières règles de Carrie dans le film éponyme, les scènes de viol (Pulsions, Outrages…) ou encore la découverte de sa femme au lit avec un autre homme comme ici. L’image est donc trompeuse et c’est sans doute pour cela que le cinéaste nous plonge dans les milieux du cinéma. Scully est un acteur de série B et tout ce qu’il vit est exactement ce que pourrait vivre un simple « spectateur » de films. Comme chez Hitchcock, il s’en sort en devenant lui-même « acteur » et en surmontant sa névrose.

4- Pour la dernière scène du film

Elle arrive alors que défile le générique de fin et résume à elle seule tous les enjeux du film. On y voit l’équipe du film dans lequel tourne Scully préparer un raccord qui permettra à une « doublure corps » de remplacer la vedette pour les gros plans sur sa poitrine. De Palma démonte toute la machinerie du cinéma et le mensonge qui consiste à faire croire qu’une réalité va advenir parce qu’on accole deux plans ensemble. C’est dans ce raccord entre deux plans hétérogènes (deux femmes qui donnent l’impression de n’en faire qu’une) que va se nicher une possible manipulation et « la trahison des images » pour reprendre le titre d’une toile de Magritte. C’est aussi un parfait résumé de l’intrigue : celle d’un spectateur qui se laisse prendre au piège d’une image mise en scène… Le cinéphile appréciera également le clin d’œil que le maître s’adresse à lui-même puisque cette scène de douche renvoie bien évidemment à la scène d’ouverture de Pulsions. Ce n’est plus un secret pour personne mais ce n’est malheureusement pas Angie Dickinson qui exhibe son corps dans ce film mais bel et bien une doublure…

5- Pour le maniérisme de Brian de Palma.

L’image étant trompeuse et De Palma arrivant après la mort d’Hollywood et des grands genres, il ne lui reste plus qu’à faire avec les films d’Hitchcock ce que Sergio Leone a fait avec le western : en retenir des stéréotypes, des images « déjà-vues » et leur offrir un enterrement de première classe. C’est ce type de mise en scène que l’on peut qualifier de « maniériste » et le cinéaste s’en donne à cœur joie en dilatant le temps et en faisant de chaque séquence des morceaux de bravoure du point de vue de la mise en scène. A ce titre, l’extraordinaire séquence de filature est un grand moment du film. De Palma relit à sa manière les fameuses scènes de filatures hitchcockiennes (Vertigo, bien sûr, mais également Le crime était presque parfait) et les redéploie grâce à des plans-séquences incroyablement virtuoses, en jouant sur la pure fascination de l’image. Comme le prouve ce court instant où une équipe de cinéma se reflète dans un miroir, toute la mise en scène du cinéaste est construite sur cette idée de reflet, de mise en abyme de scènes déjà vues ailleurs.

6- Pour les années 80

Body double nous permet de mesurer à quel point les années 80 furent des années de mauvais goût sans limite. Les coiffures et les habits des personnages prêtent volontiers à sourire et les amateurs de kitsch se réjouiront d’apercevoir dans un petit rôle le comédien Lane Davies, plus connu pour son rôle de Mason Capwell dans Santa Barbara ! En revanche, il y a des limites à tout et même au mauvais goût : il faut prévoir que vos oreilles saigneront une fois de plus en entendant le Relax de Frankie goes to Hollywood lors de la scène tournée sur un plateau du film porno dont Holly (Mélanie Griffith) est la vedette…

7- Pour Mélanie Griffith

Pour ses tenues improbables (jupe en cuir noir, body panthère…), sa poitrine généreusement exhibée, son tatouage sur les fesses et ses déhanchés sexy. Avec sa coupe courte de blonde peroxydée, elle rappelle bien entendu Kim Novak dans Vertigo. Mais n’oublions pas que l’actrice est la fille de Tippi Hedren, l’héroïne de Pas de printemps pour Marnie et des Oiseaux. La boucle hitchcockienne est bouclée !

Body double (1984) de Brian de Palma avec Craig Wasson, Mélanie Griffith. (Editions Carlotta Films)

Alexandre Lacroix, plongeur sous-marin de la webmodernité

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Alexandre Lacroix Ce qui nous relie

Alexandre Lacroix Ce qui nous relie

Alexandre Lacroix est directeur de la publication de Philosophie Magazine et, à ce titre, s’occupe – efficacement – de faire exécuter à la philosophie une double pirouette : se rendre accessible au plus grand nombre et, sur les bases de la tradition et des classiques, décrypter le réel au jour le jour. S’attaquer au web (qui n’est pas, même si cela est bien pratique, le synonyme parfait d’« Internet ») était donc un défi à sa portée, comme le prouve Ce qui nous relie.

Est-ce vraiment le train de l’Histoire que les enfants de l’après-guerre ont manqué ou souffrons-nous d’une incapacité à saisir le sens historique de notre époque ? Nous nous plaignons de manquer d’une guerre à mener – quoi que cela change par les temps qui courent – sans voir que nous sommes les pionniers de la « troisième révolution du signe », et plus encore les moins de vingt ans, pour qui un monde sans Internet est une fable historique. Comme si cela ne suffisait pas, nous serions les pionniers d’un réseau offrant des possibilités infinies, autant de portes entrouvertes devant lesquelles nous passons tous les jours sans les voir. Certains les poussent et ce sont ces cow-boys invisibles qu’Alexandre Lacroix a poursuivis et rencontrés.

Avec Julian Assange, l’inénarrable fondateur de Wikileaks, toujours confiné dans l’ambassade d’Équateur à Londres, il repose la question kantienne de la publicité totale de l’information. Mais y a-t-il vraiment quelque chose de nouveau sous le soleil ? Apparemment, oui. Assange et ses acolytes ont créé une nouvelle forme de dissidence, consistant à mettre en péril le pouvoir des États et des puissants par la divulgation massive de leurs secrets, permise seule par le web. Enfant idéaliste et icône punk, Assange dame le pion au grand Peter Singer lors d’un entretien mythique sur Skype : le conséquentialiste et son grand projet de moraliser les conduites par la surveillance mutuelle mondiale sur le réseau n’a décidément rien compris à Internet…

Mais existe-il quelqu’un qui aurait mieux compris, ou croirait avoir mieux compris, à quoi servirait la divulgation des secrets que Julian Assange ? Alexandre Lacroix va jusqu’à Asùncion, l’infernale capitale du Paraguay, pour dénicher un authentique « truther », ou « conspirationniste » comme on dit dans les milieux fréquentables. Philippe, c’est son nom, s’occupe d’enquêter sur de terrifiantes organisations secrètes, au rang desquelles les Illuminatis que l’on ne présente plus, et sur les non moins effroyables projets du gouvernement américain pour exterminer la population mondiale – ou l’endormir en lui balançant du Lexomil par avion, tout dépend.

Cela prête à sourire, à cauchemarder ou à s’inquiéter pour la santé mentale de celui qui tient ces discours, mais le plus troublant est qu’il en existe des preuves. Chaque fait, pris séparément, est vérifiable. Seuls le récit, les liaisons logiques et les anticipations relèvent du délire, ou plus exactement d’une grille de lecture du monde un peu tordue, mais où ne filtre pas de contradiction.

C’est aussi cela, le web : permettre à des versions multiples et fantaisistes du réel de coexister, sans que personne ne soit en mesure de prévoir laquelle aura la préférence des historiens du futur. La démocratisation du savoir aurait-elle, en touchant à son apogée, heurté de plein fouet ses limites ?

L’épopée touche à sa fin chez le milliardaire Peter Thiel et ses camarades, à l’avant-garde du post-humanisme. Connecter les hommes et les machines, faire du cerveau humain un élément du réseau parmi d’autres, implanter des clés USB dans la moelle épinière des enfants et faire vivre nos aînés jusqu’à deux cent ans, autant de perspectives qui font briller les yeux des scientifiques californiens, et cette fois-ci c’est sérieux. On nous avait promis des voitures volantes pour l’an 2000, en 2050 nous aurons peut-être la chance de fusionner avec notre iPhone dans la joie et la bonne humeur.

Alexandre Lacroix – Ce qui nous relie, Allary Éditions, 291 pages.

Ce qui nous relie. Jusqu'où Internet changera nos vies ?

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La seule exactitude

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Toute l’année, les semaines appartiennent aux éditorialistes. Du lundi au samedi, ceux que le tout petit Bruno Roger appelle les « toutologues » de droite, de gauche ou de bonne foi livrent leurs analyses sur tout avec plus ou moins de compétence, de pertinence ou d’honnêteté intellectuelle. Ainsi, comme sur une immense table de poker aux dimensions médiatiques nationales, chacun vient poser ses cartes depuis les matinales radiophoniques jusqu’aux débats nocturnes télévisés. Lorsque tout le monde a donné son avis et que dimanche arrive, sur RCJ, Elisabeth Lévy invite Alain Finkielkraut à donner le sien. Notre académicien abat alors son jeu. Immanquablement, il rafle la mise.

Je sais qu’on en a déjà parlé ici mais il y a des livres que l’on chronique par devoir et d’autres pour lesquels on ne retient pas son plaisir. « La seule exactitude » est le recueil de ses chroniques hebdomadaires depuis 2013, et de ses victoires intellectuelles sur la « concurrence ». Victoires un peu déloyales il faut le reconnaitre car Finkielkraut parle comme personne n’écrit et qu’il écrit comme personne. Dans ses mémoires de jeunesse, André Maurois rapporte les propos du philosophe Alain, son professeur au lycée de Rouen, quand il apprenait à ses élèves la science et l’art de la rédaction :« Serrez, serrez, serrez et finissez en coup de poing » leur disait-il. S’il fallait une illustration à cette leçon d’écriture, notre Alain nous la donne, noir sur blanc et magistralement, à chaque page.

Je conseille à tous ceux qui ne veulent pas mourir idiots entre le dernier Régis Debray et le prochain Michel Onfray de l’acheter sans tarder, ou de s’abonner à Causeur. C’est cadeau.

L’Esprit de l’Escalier, c’est reparti !

À compter de ce 10 janvier, Alain Finkielkraut et Élisabeth Lévy reprennent leur débat dominical autour des thèmes d’actualité, de 12h à 12h30  sur RCJ (94.8 à Paris), en partenariat avec Causeur.

La seule exactitude

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Sable mouvant, d’Henning Mankell

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Sable mouvant Henning Mankell

Sable mouvant Henning Mankell

La nuit a été courte, les alcools trop variés, l’insomnie fréquente. J’en ai profité pour finir le livre que je lisais ces deux derniers jours…

Mais commençons par la bande…

« Nel mezzo del cammin di nostra vita,
Mi ritrovai per una selva oscura,
Che la diritta via era smarrita… »

Bien sûr, vous avez reconnu le tout début du Chant I de l’Enfer de Dante — mais comme il pourrait y avoir parmi mes diligents lecteurs une part de non-italianisants, je traduis :

« Au milieu du chemin de notre vie,
Je me trouvai dans une forêt obscure,
Car j’avais perdu le chemin direct… »

À moins que ce ne soit le « droit chemin » : Roland Barthes évoque ce fabuleux début au tout commencement de son dernier cours au Collège de France sur la « préparation du roman » (c’est à 4’53 sur l’enregistrement du cours, si émouvant pour moi qui y étais). « Au milieu du chemin de notre vie… » Mais comme le dit Barthes, comment savoir si nous sommes au milieu, nous qui sommes encore en vie et ne voyons toujours pas la fin ? Les Anglais parlent de la « mid-life crisis » — à propos de ce désir de désir qui nous agite souvent entre 40 et 50 ans — mais qui pourrait me garantir, à moi, que 45 ans est le milieu de ma vie ? Le milieu, est-ce la fin de la montée — et plus dure sera la chute ? Ou quoi ?

C’est à cette question somme toute majeure que répond Henning Mankell dans son dernier livre — oui, tout dernier. Il a paru en septembre dernier au Seuil, Mankell est mort début octobre. Mort du cancer qui le pourchassait depuis la Noël 2013 — oui, ça va vite, mais le chanteur de Motorhead, est mort en 48 heures après le diagnostic initial. Pas le temps d’écrire un livre.

Au départ, c’étaient des chroniques parues au fur et à mesure des chimiothérapies successives dans un grand journal suédois. Puis c’est devenu des mémoires flottants, où la mémoire, aiguisée par ce qui arrive au corps, repart en arrière — très souvent au Mozambique, où Mankell (c’est un aspect de son œuvre dont j’ignorais tout, et qui est très peu traduit en français — tout comme on ignore son travail d’activiste, dont il a laissé dans Libération il y a cinq ans un témoignage glaçant) dirigea longtemps la seule troupe professionnelle de théâtre (pour l’anecdote, il était marié avec la fille d’Ingmar Bergman, Eva).

Le fil conducteur est une réflexion sur le temps — sur ce qui fait le temps à l’échelle humaine — notre pauvre échelle de quelques décennies. Plus exactement parce que Finnois et Suédois ont décidé parallèlement de creuser dans la roche-mère pour y enfouir leurs déchets nucléaires — un chantier qui doit durer près de soixante-dix ans, un enfouissement calculé pour cent mille ans, le temps que les saletés cessent d’irradier. Quelque part dans le granit d’en bas — alors même qu’au-dessus, la Suède sera recouverte par des kilomètres de glace, à l’horizon de la prochaine glaciation (dans 5000 ans, d’après les tables de Milankovic). Que restera-t-il de nous à cette époque ? Que restera-t-il de moi ? se demande Mankell. Puisqu’aussi bien nous ne subsistons que dans la mémoire de ceux qui nous ont connus — et quand ils disparaîtront à leur tour…

Et d’évoquer quelques-uns de celles et ceux qui ont croisé sa vie — en Afrique au plus fort des conflits, sur une autoroute où un jeune homme embarqué dans un car qui le précédait a été décapité par la voûte d’un pont, et que sa cervelle est venue s’écraser sur le pare-brise de l’inventeur de l’inspecteur Wallander, dans une salle de théâtre, à Paris quand il y réparait des saxophones…

Curieuse autobiographie qui virevolte, mais bien plus fidèle au mouvement de la mémoire que les autobiographies soigneusement chronologiques. Que suis-je, sinon un patchwork de souvenirs couplés à des émotions — par exemple pour Mankell la découverte de l’érotisme dans un local quasi frigorifique des montagnes norvégiennes, ou les derniers instants d’une jeune Africaine atteinte du SIDA à une époque où cela équivalait, même ici, à une condamnation à mort rapide — et cela dit aussi quelque chose au lecteur que je suis : à maintes reprises je me suis trouvé dans ce que Jean Starobinski a appelé le « concernement » — le moment rare mais privilégié où un texte nous parle de nous, que l’auteur pourtant ne connaissait pas. Où il écrit avec nos mots, nos émotions, parce qu’il y a dans l’humain, parfois, des expériences communes, aussi divers que soit l’homme.

C’est un grand livre humaniste, un grand livre d’espoir aussi — la vie est belle, les enfants, même si elle est courte, même si nous sommes voués à une extinction prochaine, même si nous perdons nos cheveux pour des raisons plus ou moins avouables, même si la chair nous trahit et que la digestion des alcools de la veille se fait moins facilement qu’il y a quarante ans.

Quant au titre… Ce Sable mouvant, c’est celui dans lequel on s’enfonce, peu à peu — et le mezzo del cammin, comme dit le poète toscan, c’est peut-être, comme dans Oh les beaux jours où Winnie, dès le départ, est enfouie jusqu’à la taille — à mi-corps pour une mid-life — elle a « la cinquantaine », dit Beckett —, et qui n’en fait pas toute une affaire, même si au second acte elle est enterrée jusqu’au cou. J’ai beaucoup aimé ce livre — j’y ai humé ma future fumée, comme dit le poète.

Sur ce, bonne année, happy new year, pace e salute, ou Gott Nytt År, comme on aurait dit à Mankell s’il était encore là — mais au fond, il est encore parmi nous : les mots durent plus que la peau.