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À gauche, rien de nouveau?

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lindenberg reacs causeur

« Un livre prémonitoire » assène le bandeau de l’éditeur ! En 2002, Daniel Lindenberg, porte-flingue de l’historien Pierre Rosanvallon,  écrivait Le Rappel à l’ordre. Enquête sur les nouveaux réactionnaires. À l’époque, l’ouvrage suscite l’engouement d’une partie de la presse de gauche notamment Les Inrocks, Le Nouvel Obs, et Le Monde, alors dirigé par Edwy Plenel qui en a fait une machine de guerre idéologique se comportant en véritable police de la pensée. Le Monde Diplo est beaucoup moins enthousiaste sur « l’opération Rosanvallon » et la division binaire du propos.

En fait d’enquête, l’historien amateur des listes, cible une flopée d’intellectuels. En vrac, Michel Houellebecq, Philippe Muray, Marcel Gauchet, Alain Finkielkraut, Pierre-André Taguieff, mais aussi l’écrivain Maurice G. Dantec,  feu le sociologue Christopher Lasch, Luc Ferry ou encore Pierre Manent. Tous sont coupables de mal-pensance, affublés du sigle de « néo-réacs » pour avoir refusé chacun à leur manière le conformisme politique de l’époque.

Sur le fond, l’ouvrage amalgamait la rupture de certains marxistes avec le communisme et la conversion d’autres à l’anti-totalitarisme. Déjà, en 2002 les catégories de « progressiste » et de « réactionnaire » s’étaient révélées obsolètes. On s’en amuserait presque quinze ans plus tard, avec le classement de Badiou, idole de l’extrême gauche, dans la catégorie des réacs.

Notre prophète de l’ultra-progressisme revient donc cette année avec son guide des « néo-réacs 2016 ». Une réédition du premier jet de 2002. Toujours amateur des listes, l’auteur trouve là, l’’occasion de mettre à jour sa liste. Dans une tribune récente au Monde, il estime ainsi que « Ce nouveau parti intellectuel a aujourd’hui son quartier général : le mensuel Causeur ».

Au-delà du fantasme du « quartier général » – notre petit enquêteur est vivement convié à assister aux conférences de rédaction de Causeur où s’opère, selon lui, le « grand basculement » idéologique du monde…-, le tampon « néo-réac » est quasiment devenu un label d’acuité intellectuelle. Si, en 2002, le livre de Lindenberg était prémonitoire, c’est au sens où tous ceux qu’ils citent ont été à leur manière des lanceurs l’alerte sur les questions d’éducation, d’immigration, et d’évolution de nos démocraties. Pétrifiée par la crainte politiquement précieuse d’une résurgence fasciste, une « gauche divine » continuait alors de refuser une réalité qui lui infligeait chaque jour des démentis toujours plus accablants.

En 2002, Lindenberg avait ainsi composé une autre liste fourre-tout des « totems » à ses yeux « intouchables » : « Mai 68 , l’islam, l’égalité, l’industrie culturelle ,  les droits de l’homme ,   la mondialisation ,  la société métissée ,  le tourisme de masse ,  l’économie de marché. Sans jamais dire par ailleurs de quel « mai 68 » il faudrait se prévaloir, ni même interroger sur le caractère ambigu de « la mondialisation » ou les dérives du « tourisme de masse ». Autant de débats interdits qu’aujourd’hui encore, une certaine gauche n’aborde qu’avec une prudence de sioux.

Dans Le Monde, l’auteur qui tente de démontrer combien il avait eu raison trop tôt conclut sa démonstration poussive en estimant aujourd’hui que « l’époque est dangereuse.  Il est certain que la tentation va être grande pour certains d’instrumentaliser les crimes de Daech et les aléas des migrations de masse pour appuyer sur les fractures à vif de la société française ».  Peut-être faudra-t-il ajouter les violeurs de Cologne ou les apprentis-terroristes-victimes-de-la-société, à ces « totems intouchables » dans une prochaine édition de l’ouvrage ?

Mais l’auteur du Rappel à l’ordre a malgré tout fait un peu de chemin. Celui qui en 2002 dans Libération déclarait que la « République » et les « services publics » étaient des concepts « très régressifs », semble se plaindre, quatorze ans plus tard dans le même journal, de « l’affaissement des principes républicains »…

Derrière le piteux pamphlet, pointe en fait, une véritable nostalgie comme un paradis perdu, celle d’une époque dorée où le fond de l’air était rose, où la gauche pouvait nommer le réel et où son magistère intellectuel n’était ni contesté ni contestable. Depuis, le camp du Bien a perdu quelques plumes.

Et la réédition de ce « rappel à l’ordre » dit bien tout le désarroi d’une partie de la gauche intellectuelle toujours aussi incapable d’expliquer et d’analyser ce réel qui lui échappe, tout juste capable quinze ans plus tard de dénoncer encore et toujours ses hérétiques qui ont osé suivre une autre voie. Le filon de la dénonciation anti-réac a depuis été repris par les commissaires politiques « foucaldo-bourdivins » que sont le romancier Edouard Louis et le sociologue Geoffroy de Lagasnerie. Des petits soldats de l’Empire du Bien que Lindenberg refusent d’ailleurs de reconnaître comme ses héritiers.

Interrogé par Le Point à l’occasion de la réédition de son livre, Daniel Lindenberg a reconnu qu’il manquait encore aujourd’hui « une grande figure de l’intellectuel de gauche » ajoutant tout juste qu’Edwy Plenel était un bon « agitateur d’idées ». De l’agitation, voilà à quoi en sont réduits ceux-là. C’est dire si le mal est profond.

 *Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00183859_000006.

Laïcité: soutien total à Amine El Khatmi!

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amine khatmi laicite

Pour avoir clamé son attachement à la laïcité et son rejet intégral des intégristes, pour avoir notamment dénoncé les manips anti-Finkielkraut de France 2 et la promotion de la haine essentialiste de Wiam Berhouma lors de DPDA, mon ami Amine El Khatmi, jeune élu socialiste d’Avignon, est la cible depuis plusieurs jours d’une campagne de harcèlement, d’injures et de menaces en provenance des milieux islamistes.

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Parlons clair: si Amine a droit à ce traitement « de faveur », c’est parce qu’il est laïque ET musulman. C’est parce qu’il est de gauche ET anticommunautariste. C’est parce qu’il fait le Ramadan tranquilou, sans terroriser ceux qui ne le font pas. C’est parce qu’en politique, il a choisi le rassemblement des citoyens des quartiers populaires autour d’intérêts collectifs et qu’il récuse l’assignation ethnique et la fragmentation victimaire.

Si on veut le faire taire, c’est parce qu’il prouve par son combat que la seule laïcité « apaisée » ou « ouverte » qui puisse exister, c’est la laïcité qui refuse « qu’on lui ferme sa bouche » avec l’accusation d' »islamophobie », c’est la laïcité qui ose aller en bas des cages d’escalier, pour écouter et convaincre les ados déboussolés, c’est la laïcité qui ne fait pas de mamours aux ennemis de la laïcité, qu’ils soient « associatifs », rappeurs ou énarques.

S’en prendre à lui, c’est s’en prendre à nous tous, Français épris de paix civile. Alors, bien sûr, Amine a besoin de notre solidarité, il l’a déjà, et il l’aura toujours plus, jusque au bout. Alors bien sûr, il faut que la justice de la République aille chercher des poux sur les têtes des « associatifs » haineux, de ce tous ceux qui twittent à 8h #‎FreeMoussa et qui à 8h01 appellent à en finir avec ce « collabeur » impie.

Mais, à mon avis, ce dont Amine a besoin avant tout, c’est que des milliers d’autres voix s’élèvent. C’est qu’on ne laisse plus rien passer, pour que l’après-Bataclan ne retombe pas en quenouille comme l’après-Charlie.

Ce dont Amine a besoin, c’est qu’avec lui, avec nous, avec tous ceux qui, de toutes opinions politiques, nous rejoignent chaque jour, on réinvente la furia francese, c’est qu’avec nos petits bras, nos petits cerveaux et nos petits claviers, on reconstruise la République par en bas.

Haut les cœurs!

Du racisme anti-blancs

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Charlotte Rampling Oscars

Le 7 août 2010, j’ai eu le rare privilège de dîner, chez Maître Paul Lombard à Saint-Tropez, avec Charlotte Rampling : je me rappelle la date parce que l’actrice fut appelée au milieu de la soirée par une radio qui lui demandait son sentiment sur la mort de Bruno Cremer, qui venait de décéder le jour même, et avec qui elle avait joué l’un des plus beaux films de François Ozon, Sous le sable.

D’elle, je ne connaissais que ses films — depuis une brève apparition dans The Knack en 1964 jusqu’à ses rôles-cultes dans Portier de nuit, la Chair de l’orchidée, The Verdict, ou Angel Heart, et j’en passe. En attendant 45 Years pour lequel elle est nominée aux Oscars cette année…

Et justement, en parlant d’Oscars, Rampling a répondu à une polémique lancée par Spike Lee et quelques autres trublions en panne de buzz qui suggèrent de boycotter la cérémonie cette année parce que tous les nominés ont le culot d’être blancs. Et de demander un quota de Noirs, d’Hispaniques, de femmes, d’Indiens, de minorités visibles et invisibles. Will Smith vient de se joindre à la protestation, et en France, Omar Sy et Roschdy Zem trouvent ce boycott légitime. Et l’Académie du cinéma, qui gère les Oscars, vient de prendre des mesures pour que cesse le scandale — quotas, me voilà !

Rampling a dénoncé sur Europe 1 ce retour en force du politiquement correct. Elle a même parlé de « racisme anti-Blancs ».
Scandale et putréfaction ! « Le premier qui dit la vérité / Il doit être exécuté », chantait Guy Béart… Depuis, on la cloue au poteau de tortures…
Heu… Vraiment ? Ai-je le droit, moi qui ne suis pas indien, de parler de « poteau de tortures » ? Ne serait-ce pas insidieusement du racisme anti-minorités visibles ?

S’il y en a qui croient que j’exagère, qu’ils se documentent. Depuis quelques mois le politiquement correct accable les campus des facs américaines. « Pocahontas, Caitlyn Jenner and Pancho Villa are no-nos. Also off-limits are geisha girls and samurai warriors — even, some say, if the wearer is Japanese », écrit le New York Times. Comme le raconte Slate, « des mouvements véhéments ont été déclenchés autour de débats qui semblent surréalistes pour un observateur étranger: est-il nécessaire que les universités publient des règlements officiels recommandant aux jeunes de ne pas se déguiser en Indiens pour Halloween ? Se déguiser en Mexicain quand on est blanc est-il une forme d’appropriation culturelle raciste ? Les fêtes à thème Kanye West, avec des blancs qui font les rappeurs, sont elles racistes et insultantes ? Doivent-elles être interdites par l’administration universitaire ? » Et la très prestigieuse université Yale donne encore une fois le ton du crétinisme renforcé.

racisme anti-blancs

Et telle créature télévisuelle blanche — Kylie Jenner — qui s’est fait tresser des dreadlocks est accablée sur Tweeter de commentaires désobligeants. Elle n’a pas le droit ! C’est un signe distinctif NOIR !
Et ta connerie, si on lui mettait un signe distinctif, quel serait-il ?

La France n’est pas en reste. Il y a un mois une polémique digne de la grandeur de notre pays a éclaté lors de la publication de la liste des nominés pour le Festival de la BD d’Angoulême. Comment ! Pas une femme dans cette sélection ! Ben non : à bientôt 76 ans, Claire Bretecher n’a pas cru bon de concourir, et Annie Goetzinger, pour laquelle j’ai une tendresse personnelle (ah, la Demoiselle de la Légion d’honneur, sur un scénario de Christin !), non plus — et Marjane Satrapi préfère le cinéma à la BD, en ce moment. Certes, il en est d’autres — mais j’ignore si cette année il y en avait une assez talentueuse dans l’actualité immédiate pour être sélectionnée. Et celles et ceux qui croient que l’absence de femmes dans une sélection est du machisme méritent de porter le même signe distinctif dont je parlais plus haut. Et inviter telle ou telle Japonaise auteur (et pas « auteure » !) de shojo (les mangas « pour filles ») aurait été plus désobligeant qu’honorable : on ne s’illustre jamais par le bas…

J’avoue que je suis sidéré. Si d’aventure une année le Festival d’Angoulême sélectionnait trente dessinatrices de grand talent, je ne m’en offusquerais pas. Si un acteur ou une actrice noir est parmi les meilleurs, il sera sélectionné pour les Oscars — c’est arrivé pas mal de fois depuis celui reçu par Hattie McDaniel en 1940 pour Autant en emporte le vent ! Si par hasard un parti dénichait trente femmes mieux douées que leurs politichiens habituels, je trouverais très bien qu’il les mette en avant. Mais pas qu’il exhibe quelques grosses incompétences dont la seule marque distinctive consiste à exiger qu’on les appelle « la » ministre, contre toutes les règles de la langue et de la fonction ! Ah, elles veulent être reconnues pour femmes, mais s’insurgent dès que l’on remarque qu’elles exhibent l’artillerie féminine pour décontenancer l’adversaire et attirer à elles les caméras ! On en revient à Françoise Giroud qui dans le Monde du 11 mars 1983 disait que la femme serait l’égale de l’homme le jour où à un poste important on nommerait une femme absolument incompétente ! Eh bien nous y sommes !

Je n’en peux plus de cette politique des quotas. Je n’en peux plus d’être obligé de « compenser le handicap social » en recrutant des élèves boursiers à la place d’élèves plus méritants qu’eux. J’ai passé mon enfance à jouer aux cowboys et aux Indiens — et je faisais toujours l’Indien, ce qui me permettait de me battre jusqu’au dernier et d’expirer en prenant des poses esthétiques, tué par les Tuniques bleues et les Visages pâles réunis — au fond, je n’ai pas changé. Et on me l’interdirait aujourd’hui ! J’adore le jazz, mais je me soucie fort peu de savoir si le pianiste est noir — souvenir inoubliable d’Erroll Garner au théâtre du Gymnase à Marseille dans les années 1960, interprétant Caravan — ou blanc — comme Paul Bley qui vient de mourir et dont presque personne n’a parlé. Tiens, j’écrirai la fin de cette chronique en réécoutant Ida Lupino !

En vérité je vous le dis : je n’ai jamais regardé la couleur d’un élève, je ne me soucie jamais, quand je corrige des copies, de savoir s’il s’agit d’un garçon ou d’une fille, et si elle s’appelle Fatima ou Marianne (pour reprendre le titre de la dernière crotte sortie en direct du cul de la sociologie, via François Durpaire et Béatrice Mabilon-Bonfils). Et quand j’étudie la littérature, je ne pense pas prioritairement à connaître les habitudes sexuelles d’un auteur. Il faut être aussi nul qu’Edouard Louis pour penser que cela a une importance stylistique.

Une amie — apostolique et quasi romaine — a baptisé sa fille Myriam : la gosse a passé son enfance à se faire insulter dans son collège de banlieue parisienne par de jeunes imbéciles musulmans (et non, ce n’est pas forcément un pléonasme !) qui lui contestaient le droit de porter un prénom qui d’après eux leur appartenait : qu’ils aillent se faire empapaouter chez les Tralfamadoriens ! Cette assignation à résidence ethnique nous tuera, si ce n’est déjà fait.

Alors, je salue bien bas Charlotte Rampling, et toutes celles, tous ceux qui ruent dans les brancards du politiquement correct. Et je continuerai à ruer moi-même, jusqu’à ce qu’ils aient ma peau.

*Photo : SIPA.AP21847755_000001.

Laïcité: Panique chez Bianco

Jean-Louis Bianco laïcité

Rarement Jean-Louis Bianco aura été aussi surbooké. Dans le bras de fer qui l’oppose au Premier ministre et à des centaines de militants laïques qui se déchainent sur les réseaux sociaux, excédés par les forfaitures de son Observatoire de la Laïcité, Bianco multiplie les contrefeux. Son interview au Monde a été immédiatement suivie d’une autre donnée au site communautaire SaphirNews, dans le but avoué de rassembler les musulmans de France autour de sa personne et de celle de son bras droit Nicolas Cadène.

Entre deux interviews, Jean-Louis Bianco ratisse tout son carnet de téléphone pour expliquer à ses interlocuteurs que tout va bien, que les médias sont avec lui et le Président aussi (ce qui reste à prouver, mais bon).

Et entre deux coups de fils, Bianco actionne ses réseaux. Deux de ses proches, les universitaires porte-flingues de la laïcité à adjectif, Jean Baubérot et Raphaël Liogier, se sont ainsi chargés de recruter des collègues sympathisants susceptibles de pétitionner en faveur de l’Observatoire auprès de l’Elysée. Ils ont donc écumé eux aussi leurs carnets d’adresses pour battre le rappel en envoyant le mail (légèrement grotesque) ci-dessous :

Chères Amies et Chers Amis,

Vous connaissez la tourmente actuelle qui atteint l’Observatoire de la laïcité, où il risque d’être supprimé ou du moins « normalisé »

Une Lettre, qui serait adressée au Président de la République, avec copie au Premier Ministre, signée exclusivement par des universitaires qui travaillent sur la laïcité, la religion et/ou des sujets proches (« les fondements symboliques du lien social », les problèmes éthiques,…) serait une aide précieuse pour son avenir.

Comme les délais sont extrêmement courts, nous avons dû rédiger un projet et n’avons malheureusement pas eu le temps de le faire circuler. Il faut, en effet, obtenir les signatures dans les prochaines heures. L’esprit du texte doit, dans cette circonstance, l’emporter sur sa lettre.

Nous vous donc serions reconnaissants de nous indiquer si vous voulez bien signer ce texte, et si oui, quels seraient les titres universitaires (la modestie n’est pas requise!) qui pourraient figurer et, éventuellement, votre spécialité en lien avec le sujet de la Lettre.

D’autre part, si vous avez des collègues susceptibles de signer cette lettre, merci de les contacter très rapidement et de leur donner  notre adresse mel.

Bien cordialement

Jean Baubérot et Raphaël Liogier

Manque de bol, nos deux supposées grosses têtes ont sous-estimé la fronde anti-islamiste qui sourd partout en France depuis le 13 novembre, y compris chez les universitaires et chercheurs de gauche. Beaucoup de sollicités se sont défilés, d’autres ont carrément vendu la mèche et fait fuiter le document entre des mains authentiquement laïques. Et comme ça fuit de partout en Biancotie, voilà aussi en bonus track et en exclusivité, le texte de la fameuse pétition qui sera adressée au Président de la République . Si vraiment vous mourrez d’envie de la signer, adressez vos dons et signatures à Causeur, qui fera suivre à Jean-Louis Bianco. Ou pas.

Monsieur le Président,

Notre pays a été secoué durant l’année 2015 par les événements dramatiques qui ont à la fois rapproché les Français et nourri des antagonismes identitaires. Sous votre direction, les services de l’Etat ont réagi avec rapidité et efficacité face aux attaques terroristes répétées et d’une ampleur inédite sur notre territoire.

Dans l’adversité, alors que les angoisses légitimes des Français peuvent conduire à des amalgames qui renforceraient l’adversaire, nous croyons qu’il importe de garder recul et équanimité. C’est à cette condition que l’Etat de droit républicain sera préservé dans ses principes fondamentaux de liberté, d’égalité et de fraternité. Nous voudrions à cet égard, en tant que représentants de la communauté des chercheurs et universitaires travaillant sur la laïcité, les phénomènes religieux et les fondements symboliques du lien social, exprimer notre soutien à Jean-Louis Bianco, Président de l’Observatoire de la laïcité, et à Nicolas Cadène, qui ont su durant tous ces événements maintenir contre vents et marées cet organisme dans sa juste fonction : fournir des informations objectives remontant du terrain, prévenir et souligner les dérives contraires à la laïcité, laisser s’exprimer les différentes tendances des mouvements de promotion de la laïcité, permettre un dialogue constructif avec les représentants des grandes religions, et enfin rappeler inlassablement les textes en vigueur de la loi de 1905 jusqu’à nos jours. Nous incarnons des courants variés, parfois très divergents, mais au-delà de nos différences nous reconnaissons unanimement le travail salutaire de Jean-Louis Bianco et de Nicolas Cadène à la tête de l’Observatoire. Et il est à notre sens absolument indispensable que ce travail continue.

Nous vous prions de bien vouloir croire, Monsieur le Président, à l’expression de notre plus vif respect et de notre plus grand dévouement.

*Photo : SIPA.00619000_000045.

Les «Attestants», ces protestants canal historique

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attestants protestants eglise

Le 17 mai 2015, journée mondiale contre l’homophobie, le synode de L’Église protestante unie de France, réuni à Sète, dans l’Hérault, autorisait la bénédiction des couples homosexuels. Élément choquant, pour ces luthériens et calvinistes, héritiers « canal historique » de la Réforme, le texte de la décision ne comportait aucune référence biblique, excepté un verset tronqué de la première épître de Pierre : « bénissez, (…) car c’est à cela que vous avez été appelés ». L’Écriture seule, qu’ils disaient ! Face à ce bouleversement, de nombreux fidèles avaient fait part de leur opposition, accusant l’Église de se calquer sans démarche critique sur l’évolution de la société. Si peu de pasteurs ont quitté formellement l’Église protestante unie de France, des dizaines de responsables paroissiaux, appelés « conseillers presbytéraux », l’ont fait. D’autres, en revanche, ont décidé de rester dans leur Église, mais pour s’y structurer.

Le 16 janvier dernier, plus de 250 pasteurs, conseillers presbytéraux et fidèles venus de toute la France se sont réunis à Paris pour le congrès fondateur d’un courant interne à l’Église, les « Attestants ». Le choix des mots n’est pas anodin. « Attester » est un mot fort dans le lexique protestant, qui signifie rendre témoignage. « Attestants » fait aussi référence à la dénomination « protestants », adoptée en 1529 par les partisans de Martin Luther, qui se sont opposés à l’empereur Charles Quint en affirmant clairement leur foi. Une manière d’annoncer la couleur : certains l’ont oublié, mais nous, nous voulons attester de l’Évangile.

On aurait tort de réduire les Attestants à un mouvement de résistance contre le mariage homosexuel. Pour eux, le synode de Sète n’est que le symptôme d’une crise plus profonde. Ils souhaitent contester l’hégémonie du libéralisme théologique, très présent à la tête de l’Église protestante unie de France, qui relativise les Écritures bibliques. « Nous voulons participer au renouveau de l’Église », explique Alain Chapon, conseiller presbytéral d’une paroisse de Clermont-Ferrand, et élu président des Attestants : « L’Eglise souhaite correspondre aux attentes de nos contemporains, mais ils attendent le Christ ! Pas de vagues considérations humanistes ! » Les initiateurs du mouvement insistent sur leur volonté de ramener l’Église à ses fondements : « On touche à des lignes de fond. L’Évangile que nous annonçons est percutant. Jésus relève la femme adultère, mais lui dit aussi : ‘’va et ne pèche plus’’. Le péché est une notion essentielle, car nous annonçons un Christ sauveur, qui nous délivre du péché », argumente Caroline Bretones, femme pasteur luthérienne. Elle qui officie à la paroisse du Marais, à Paris, très active dans l’évangélisation, témoigne de la démarche des adultes demandant le baptême : « les convertis mettent beaucoup l’accent sur ce dont ils ont été sauvés. Est-ce qu’on peut aujourd’hui annoncer le salut sans parler du péché ? »

Les Attestants expriment également leur vœu de relancer la formation théologique et spirituelle des fidèles. « Au fin fond de l’Auvergne, il y a une soif, un besoin de formation dans les paroisses », témoigne Alain Chapon : « en tant que chrétien, la formation n’est pas uniquement une activité intellectuelle. Elle sert à nourrir ma vie de chrétien, de façon à ce que je sois équipé dans mon quotidien, mon entourage ». Les Attestants appellent à former les pasteurs à l’accompagnement spirituel et à la prière : « je suis sorti de l’Institut protestant de théologie de Paris sans y être préparé ! », se rappelle un pasteur. D’autres encouragent les fidèles à effectuer des retraites. Revenir à la vie spirituelle, cette forteresse qui échappe aux conspirations de la civilisation moderne, voilà l’objectif principal de ces protestants qui désirent réformer leur Église.

Pourtant, une autre bataille se profile à l’horizon. L’année 2017 marquera le 500e anniversaire des thèses de Martin Luther, point de départ de la Réforme. En vue de cet événement, l’Église protestante unie de France a prévu la publication d’une Déclaration de foi, dont le texte, qui suivra le même processus synodal qui a conduit à la bénédiction des couples homosexuels, est déjà contesté. Au sein des Attestants, on redoute que la mention de Dieu comme Trinité ne figure pas dans ce document, pour plaire au courant libéral. Ce dernier ne voit en effet aucun problème à contester ce dogme central du christianisme. « On touche à l’essence de notre foi. Ce n’est pas négociable », insiste Caroline Bretones. Avec l’enjeu de la Déclaration de foi en 2017, les Attestants luttent ni plus ni moins contre l’irruption du relativisme dans la sphère religieuse. Ce faisant, ils ne veulent pas creuser davantage le fossé entre les protestants « historiques », et les autres chrétiens : les catholiques, et les protestants évangéliques en premier lieu.

Confrontés de manière aiguë à la tentative d’affadissement de la foi chrétienne, mais désireux de faire vivre leur tradition spirituelle, les Attestants sont lancés dans une barque au milieu des flots. Se trouvent avec eux tous les chrétiens qui veulent témoigner dans la société contemporaine. Notamment les catholiques qui se rappellent des mots du pape Benoît XVI, lors de sa visite à l’archevêque de l’Église anglicane Rowan Williams en 2010 : « l’Église doit être inclusive, mais jamais au détriment de la vérité chrétienne ».

*Photo: Pixabay.

Don d’orgasme

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Après les mauvais chiffres du chômage et notre classement déplorable sur l’échelle de Pisa, on se serait passé de cette triste nouvelle : il paraît que les Françaises sont des peine-à-jouir. Bonnes dernières au palmarès de l’orgasme. Selon un très sérieux sondage IFOP mené auprès de 8 000 femmes dans huit pays, 49 % d’entre elles admettent avoir « assez régulièrement » des difficultés à atteindre l’orgasme, contre seulement 28 % des Néerlandaises, les sa… euh, les chipies. Il faut croire que nous, on ment à nos mecs mais qu’on dit la vérité aux sondeurs. Pardon, ça m’a échappé.

Ce n’est pas que je sois coincée, ou prude, mais autant l’avouer : au début, l’annonce de cette nouvelle contre-performance nationale m’a un peu embarrassée. Pas seulement à cause de nos piètres résultats, mais parce que je trouvais ça gênant de parler de ces choses en public, c’est un peu intime, non ? Qu’un enquêteur puisse appeler des femmes inconnues pour leur demander à quelle fréquence elles jouissent et dans quelles positions, et que celles-ci trouvent parfaitement normal de répondre, cela m’a semblé, l’espace d’un instant, témoigner d’un monde totalitaire. C’est mon côté vieux jeu, j’aime les secrets. Et puis, une copine m’a dit que nos mères s’étaient battues pour qu’on ait des orgasmes quand on veut – si on veut, et tout autant pour qu’on puisse les raconter à la télé. Ça m’a fait réfléchir. En plus, si on veut se cacher, ça veut dire qu’on fait des trucs cochons alors que pas du tout.

Pour toutes celles qui souhaitent optimiser leur recherche du plaisir, l’enquête de l’IFOP fourmille d’informations précieuses.[access capability= »lire_inedits »] On y apprend par exemple que la position de la levrette, pratiquée par 71 % des sondées, ne les amène à un orgasme que dans 56 % des cas. Un tel gaspillage d’énergie érotique est intolérable. Il faut donc espérer qu’à la prise de conscience succédera le sursaut. En effet, seule une mobilisation de toutes les énergies, publiques et privées, permettra de rattraper le retard français. Il serait étrange que l’État se souciât de ce que nous mangeons, de l’exercice physique que nous pratiquons et qu’il se désintéressât de la façon dont nous forniquons. Il faut, sans tarder, combler les vides juridiques, répondre aux nouveaux besoins, inventer l’orgasme de demain. Déjà l’ONU a décidé de faire du 21 décembre « La journée internationale de l’orgasme » – en réalité, cette initiative n’émane pas de l’ONU mais de deux plaisantins américains –, cela prouve bien que désormais, en matière d’orgasme, on ne laissera rien au hasard.

En attendant, il est surprenant que nos féministes, qui viennent de remporter une éclatante victoire avec l’abrogation de la taxe tampon, ne se soient pas encore emparées de cette grande cause. Car enfin, l’inégalité d’accès à l’orgasme est un scandale. Il faut que cela cesse ! Je pense, bien sûr, à l’inégalité entre les femmes révélées par l’IFOP. Mais, ce qui est plus grave encore, c’est l’inégalité entre les hommes et les femmes. Accepterons-nous longtemps que les uns jouissent presque sur commande quand, comme disait Brassens, « quatre-vingt-quinze fois sur cent, la femme s’emmerde en baisant » ? Orgasme pour tous !

Bien sûr, des esprits tordus pourraient se demander s’il n’existe pas un lien entre la faiblesse française en matière d’orgasme et la vigueur du féminisme français. Mais ce serait atrocement vulgaire.[/access]

 

La déchéance de nationalité, pourquoi pas

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service nationalite decheance nationalite

Le débat surréaliste sur la déchéance de nationalité m’a, je dois l’avouer, tenu en respect, un peu comme un paysan berrichon (j’ai des origines berrichonnes) devant un agrégé de philosophie… Il y avait là quelque chose qui me dépassait ; en résumé, on peut abattre lors d’un assaut des forces d’intervention un terroriste aveugle qui veut nous tuer, n’a pas l’intention de se rendre et veut mourir, on peut tuer par bombardements aérien ou drone ou lors de combats au sol un terroriste aveugle qui a l’intention de nous tuer, n’a pas l’intention de se rendre et veut mourir… mais on ne doit pas, par un acte symbolique signifiant que ne saurait rester notre concitoyen celui qui a voulu aveuglément assassiner ceux qui ne pensent et vivent pas comme lui, déchoir celui-ci de la nationalité française (à partir du moment où la justice l’a reconnu coupable de participation à des actes terroristes)… Cela m’a fait penser au mot de Borges pendant la guerre des Malouines : « On dirait des chauves qui se battent pour un peigne »… Sauf qu’en l’espèce, on aurait dit des fabricants de peignes voulant absolument en équiper ceux qui ont décidé d’être chauves…

J’ai bien compris, quand même, le point de droit par lequel, notre pays ayant signé des conventions nous interdisant de « fabriquer » des apatrides, il nous était impossible, sauf à devoir dénoncer lesdites conventions, de déchoir les « non-binationaux »…  Il se trouve que ma mère, réfugiée républicaine espagnole à six ans en France, a été apatride ici jusqu’à son mariage, et que je connais la souffrance que cela fut pour elle. Pour autant, je ne serais pas choqué que deviennent apatrides ceux qui considèrent que nous n’avons pas le droit de vivre parce que nous aimons la vie plus que la mort. Ce ne sont pas mes concitoyens. Sont-ils les concitoyens de ceux qui hurlent pour qu’on ne touche pas à leur citoyenneté française ? J’en doute. D’ailleurs, ils sont les premiers à vomir cette citoyenneté, qui pour eux est marque de mécréance. Quand ils ne brûlent pas avec ivresse leur passeport, ils ne le conservent que pour pouvoir revenir tuer. Leur seul projet de vie, si je puis dire, étant la mort, ils ne sont plus concitoyens que de celle-ci. Ce n’est pas nous qui les chassons, ce sont eux qui se sont exilés de notre vie commune. Et s’il faut vraiment leur laisser une nationalité, eh bien attribuons-leur unilatéralement la nationalité saoudienne, puisque ce pays reconnu par la communauté internationale est le plus proche de leur vision du monde. Bien sûr les Saoudiens ne voudront pas, crieront au scandale et nous diront que nous n’avons pas le droit. C’est vrai. Cela permettra ainsi de se fâcher avec les autorités saoudiennes, de rompre pourquoi pas les relations diplomatiques, et d’avoir enfin une politique étrangère cohérente et conséquente. Je sais, cette dernière proposition est absurde et irréaliste, mais pas plus que de vouloir vêtir à tout prix celui qui a voulu se dévêtir. La nationalité est un habit tissé d’humanité commune, d’histoire et de valeurs que l’on reçoit ou que l’on choisit. Cet habit ne va pas avec une veste explosive. Il faut choisir.

Donc, la déchéance de nationalité, pour une partie des terroristes aveugles ou pour tous, de leur vivant ou à titre posthume, pourquoi pas. Cela ne les atteindrait pas, cela ne servirait à rien en termes de lutte antiterroriste concrète, mais cela ferait symbole, ce qui est important. Surtout si on est capable de tirer les conséquences des symboles. Nous avons eu beaucoup de symboles, depuis le 7 janvier, puis depuis le 13 novembre. Des commémorations. Les commémorations nous disent qu’il ne faut pas oublier, ce qui est vrai. Mais elles nous disent aussi que ce qui s’est passé appartient au passé, ce qui, en l’occurrence, est faux. La guerre reconnue par le président n’est pas finie. Nous le savons tous.

Mais, outre les moyens financiers à mettre sur la table afin de nous montrer cohérents et conséquents, nous avons également à utiliser ces moyens le plus efficacement possible, ce qui veut dire faire ou réviser des choix, et non plus de la communication. Parmi ces choix, celui d’employer entre 7 à 10 000 soldats à faire les plantons est à réviser au plus vite. Ces soldats ne servent que de cibles statiques destinées à rassurer l’électeur. Les armées françaises en ont, et en auront besoin, pour les Opex en cours et à venir. Les régiments sont en tension maximale, lessivés, et l’emploi inutile de ces hommes en métropole est un gâchis, là où nous avons besoin de relève et de formation pour la guerre à mener là-bas. La mission sentinelle est une mission de gendarmerie, ou de CRS. Il faut augmenter rapidement les effectifs de gendarmes et de CRS formés pour cette mission, au lieu de mal employer nos parachutistes, nos marsouins, nos chasseurs alpins ou nos légionnaires.

Alain Juppé l’a compris, lui qui a déclaré que l’armée est un «glaive qui doit être affûté pour répondre à sa mission et non un couteau suisse destiné à pallier les carences d’autres institutions». Pour lui, pas de troupes de combat pour Sentinelle. Mais là où Juppé, avec d’ailleurs un raisonnement pertinent, pense que le rétablissement du service militaire obligatoire nuirait à la trempe et au tranchant de ce glaive, car les forces doivent maintenir le plus haut niveau opérationnel, au lieu de remplir un rôle d’intégration qui reviendrait à d’autres institutions en carence, je me permets de le contredire respectueusement. Le rôle de l’armée est aussi d’être un creuset de responsabilité citoyenne. Par ailleurs, on voit bien, par les idées de garde nationale (pas de garde biterroise, n’est-ce pas, cela n’a rien à voir) qui circulent, que la tension, qui est appelée à se prolonger, sur les effectifs opérationnels, doit trouver des solutions. Les sondages récents révèlent qu’une majorité de jeunes est pour le rétablissement du service militaire. C’est assez incroyable, pour quelqu’un qui a vécu l’époque, longue, où le sport favori de tout futur appelé était de parvenir à se faire réformer (« P4 », c’est-à dire psychopathe, de préférence)… mais cela démontre qu’une prise de conscience est née. Nos enfants ont compris qu’ils ont été jetés dans un monde dangereux qui ne les épargnera pas, qu’il faut défendre parfois la joie de vivre les armes à la main, bref, que le Si vis pacempara bellum est éternel, comme la jeunesse. Soyons donc à la hauteur de ce qu’attend celle-ci.

Il ne s’agit pas là de rétablir le service militaire à l’ancienne, de douze ou dix mois, dans lequel l’ennui des casernes, entre corvées et bitures à la Kro, dépassait trop souvent la formation militaire. L’armée n’est plus formatée et orientée, Juppé a raison, pour cette longue prise en charge délétère. Mais un temps de préparation aux réalités de la guerre, de formation aux fondamentaux du combattant, sur une période de quelques mois à déterminer, pourrait répondre aux besoins de tous. Une période de rappel de deux semaines par an, axée sur l’entretien et la remise à niveau de ces fondamentaux, serait un complément. Nous aurions une réserve mobilisable, pas des troupes de choc ni des forces spéciales, certes, mais des citoyens soldats formés pouvant remplir des missions d’appui et soulager les forces de professionnels les plus aiguisés.

Et rassurons les indispensables inquiets, sans qui une démocratie n’est pas vivante, les réfractaires et les objecteurs de conscience à cette nouvelle forme de service national, bien sûr, ne seraient en aucun cas déchus de leur nationalité. Nous les aimons bien plus que nos ennemis et reconnaissons dans leurs doutes l’écho de nos valeurs. 

*Photo: Jérémy Barande. wikicommons.

Vendanges tardives

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Jea-Claude Pirotte Le silence

Il y a des écrivains qui partent en fanfare, sous les hourras des foules ahuries, et d’autres sur la pointe des pieds, sans les flonflons académiques, sans l’émotion gluante des braves gens. Sans crier gare. En laissant seulement quelques livres, confessions barbares, déambulations vagabondes éclairées par la vérité nue de l’homme misérable. Jean-Claude Pirotte (1939-2014), poète de l’innommable, avocat par effraction, ivrogne à la lucidité clairvoyante, alignait les mots par lassitude et grâce. On est saisi par ce désespoir cotonneux, cette pureté aux abois, ce cri doux au bout de la nuit dans La légende des petits matins, un livre écrit à Namur, Bruxelles, Istanbul en 1986 et Lorient en 1989. Ce récit crépusculaire paru en 1990 tenait du journal intime, de l’ode aux morts, du quotidien pitoyable et merveilleux.

Pirotte avançait sans masque, plaies apparentes tel un martyr apaisé affirmant : « Je préfère rêvasser, regarder la lune, attendre le misérable miracle de l’aube au bistro, peut-être en ressassant une phrase à demi oubliée de Michaux, dans une ivresse vague ». « Je suis quasiment seul à me lire, et mes rares ouvrages me paraissent illisibles » disait-il, par accès de sincérité et d’abandon. Il n’était pas seul. Il fut pour beaucoup d’entre nous un instable compagnon de lecture, justifiant nos excès vineux et cette mélancolie qu’on porte sur le visage comme un mal incurable. La rosette des rêveurs.

Le monde des lettres, pourtant ingrat avec les vrais talents, lui avait tout de même décerné le prix des Deux-Magots pour Une adolescence en Gueldre en 2006. Il avait également reçu le Grand Prix de poésie de l’Académie française et le Goncourt de la poésie pour l’ensemble de son œuvre. Stock publie en ce début d’année Le silence, l’un de ses tout derniers textes inédits, écrit entre janvier et mars 2011. Préfacé par Philippe Claudel, ce récit tient du miracle, d’un exercice de funambulisme qui donne à la littérature tout son parfum enivrant. Pirotte travaillait dans l’organdi, il chaussait des ballerines pour arpenter la vigne.

Une trame évanescente, des odeurs de tourbe, des souvenirs de vendanges, un Royaume de Bourgogne réinventé au gré des balades en bicyclette, des mariniers à l’accent balte sur le canal, une pauchouse, cette bouillabaisse d’eau douce partagée entre quelques amis et une jeunesse fugace que l’on essaye désespérément de rattraper, de reconstruire. Le silence, c’est le saisissement devant la beauté des paysages, la féérie des gestes simples, le dur travail de la terre qui endolorit le corps et apaise l’esprit. Sur ce récit, planent les ombres de la Guerre d’Algérie, les Carnets de Joseph Joubert, la ruée vers l’or jaune du Jura ou les mystères du mont Afrique. Pirotte, par tâtonnements, par refus aussi d’une phrase mathématique, à la froide rectitude, réussit à instiller un vague à l’âme tenace, irrésistible.

Les écrivains du clair-obscur sont de redoutables entremetteurs. Ils nous font respirer l’air d’automne, toucher les ceps recouverts de givre, boire un aligoté en signe d’amitié, sans excès de vocabulaire ni de folklore. Le vin est une chose trop sérieuse pour la laisser aux experts jargonnants. « J’aime le vin parce qu’il m’est étrange, parce qu’il m’est familier, parce qu’il est incompréhensible et fabuleux. J’aime le vin parce que je ne peux m’empêcher d’aimer les hommes » écrivait-il, ajoutant : « Je n’ai pas trouvé la poésie dans le vin, mais le vin dans la poésie. » En janvier, dans le trop plein de vœux, le débordement de résolutions, les injonctions à faire-ci, à manger-ça, à penser n’importe quoi, Le silence de Jean-Claude Pirotte nous rappelle que « rien n’est clair en nous ».

Le silence de Jean-Claude Pirotte – Editions Stock.

*Photo : SIPA.00317672_000001.

LE SILENCE

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DPDA: Les paroles sont un avant-goût des actes

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Alain Finkielkraut Daniel Cohn-Bendit DPDA Wia Berhouma

Après l’intervention de Wiam Berhouma dans l’émission des paroles et des actes, Alain Finkielkraut s’est dit accablé par ce qu’il venait d’entendre, avant d’ajouter que c’était très intéressant. En lisant les commentaires de cet « échange », je m’aperçois que nous sommes nombreux a à partager ce sentiment d’accablement. Dans mon cas, ce n’est pas la première fois. Je suis toujours accablé quand ce que la France réussit le mieux rencontre ce qu’elle produit de plus navrant, et que, rencontres après rencontres, il semble qu’aucun progrès ne vienne.

Déjà, quand Finkielkraut échangeait, il y a quelques années, dans une émission grand public, avec Abdallah Zekri, Secrétaire Général du Conseil Français du Culte Musulman et Président de l’Observatoire National de l’Islamophobie, le spectacle était accablant. Après que le philosophe eut rapporté ce jour-là des témoignages d’enseignants exerçant en zones sensiblement musulmanes, où les contenus des cours sont contestés et où l’antisémitisme règne, le représentant communautaire, sourd et aveugle au constat n’eut qu’un mot en guise de réponse : « Tout ceci est faux. » Plus récemment, c’est Tarek Oubrou, censé représenter l’élite, l’exemple, l’initiateur d’un islam de France à la visibilité occidentale, alors invité de l’émission « Répliques », qui a eu ce mot pour conclure un échange éclairant sur le Coran et ses interprétations guerrières : « L’islam c’est la paix », avant de rétorquer à son interlocuteur qui avançait quelques objections historiques bien connues qu’ « on insultait là des millions de musulmans ».

Consterné par cette mauvaise foi opposée à l’honnêteté de celui qui regarde le réel, et au courage de celui qui le montre, mais fermement décidé à ne pas vivre sous le signe de l’accablement, je choisis de toutes mes forces de ne pas tomber dans le piège de la généralisation. Je refusais d’attribuer à une population toute entière les mensonges et la bêtise de quelques-uns, porte-paroles d’une communauté religieuse venue du Tiers monde, dont on ne pouvait pas s’étonner qu’ils ne fussent pas impartiaux et qu’ils ne fussent pas des lumières.

Mais à peine chassé, l’accablement revint au galop. Débats après débats, j’entendais des français musulmans dans toute leur diversité, invités pour apporter la contradiction à Finkielkraut, qui semblaient être là pour lui régler son compte et rapporter à leurs supporters le spectacle du philosophe déstabilisé ou plus simplement insulté. Même ceux qui n’avaient pas l’excuse du sous-développement intellectuel ou du parti pris, étant apparemment des hommes et des femmes libres et instruits, ne représentant qu’eux mêmes ou armés de sciences sociales, comme Abdel Raouf Dafri, scénariste reconnu bien qu’autodidacte ou comme Nacira Guénif  sociologue, anthropologue et maitre de conférence à l’université, se révélaient aussi sourds au dialogue et plus vindicatifs encore que les pauvres d’esprit cités plus haut.

De toutes ces paroles échangées, avec des savants, des artistes ou des officiels, je tirais une leçon : Le musulman serait plus souvent doué pour la susceptibilité que pour l’autocritique. Mon accablement devint alors presque une habitude quand les rendez-vous de l’intelligence et de la bonne volonté étaient régulièrement manqués entre Finkielkraut et ses, et nos compatriotes musulmans, si l’on excepte les conversations avec des écrivains plutôt dissidents ou revenus de l’Islam ou des hommes politiques arabes mais je n’en vois qu’un, Malek Boutih, athée par ailleurs.

Ceux-ci mis à part, lorsque les échanges virent trop souvent à l’injure comme dans le cas récent de Viam Berhouma, enseignante et crypto-indigène de la république au discours initié par de pseudo intellectuels qui manient les notions vaseuses et approximatives de racisme d’Etat ou d’islamophobie institutionnelle. (Où sont les pratiques racistes de l’Etat ? Je ne vois que la discrimination positive. Où est l’islamophobie dans les institutions ? Nulle part je le crains, alors que la défense des idées de liberté, d’égalité et de fraternité devraient justement passer par une bonne dose d’islamo-méfiance dans les institutions) ; certains, qui partagent mon accablement, préfèreraient alors qu’on épargne le téléspectateur, qu’on évite le sujet, qu’on abrège le débat et qu’on censure la parole. Je ne les suis pas. Au contraire, tout accablé que je suis, j’en redemande.

Les médias sont dans leur rôle quand ils offrent un espace à toutes les expressions. Ils remplissent leur mission quand ils mettent en lumière les courants de pensée en mouvement dans toutes les populations de la société française. Même si nous en sommes accablés. Dans l’état actuel de l’Islam et de sa radicalisation rampante, de la France, de son immigration et de sa démographie, nous avons tout intérêt à faire sortir des caves et des colloques ces discours de haine dans toutes leurs réalités, aussi accablantes soit-elles. Pour que tous, nous regardions en face, sans pouvoir dire un jour que nous ne savions pas, ce qui risque de nous attendre à plus ou moins long terme. Nous devons savoir ce que nous promettent ceux avec qui, sauf miracle, nous serons un jour contraints de négocier.

À gauche, rien de nouveau?

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lindenberg reacs causeur

lindenberg reacs causeur

« Un livre prémonitoire » assène le bandeau de l’éditeur ! En 2002, Daniel Lindenberg, porte-flingue de l’historien Pierre Rosanvallon,  écrivait Le Rappel à l’ordre. Enquête sur les nouveaux réactionnaires. À l’époque, l’ouvrage suscite l’engouement d’une partie de la presse de gauche notamment Les Inrocks, Le Nouvel Obs, et Le Monde, alors dirigé par Edwy Plenel qui en a fait une machine de guerre idéologique se comportant en véritable police de la pensée. Le Monde Diplo est beaucoup moins enthousiaste sur « l’opération Rosanvallon » et la division binaire du propos.

En fait d’enquête, l’historien amateur des listes, cible une flopée d’intellectuels. En vrac, Michel Houellebecq, Philippe Muray, Marcel Gauchet, Alain Finkielkraut, Pierre-André Taguieff, mais aussi l’écrivain Maurice G. Dantec,  feu le sociologue Christopher Lasch, Luc Ferry ou encore Pierre Manent. Tous sont coupables de mal-pensance, affublés du sigle de « néo-réacs » pour avoir refusé chacun à leur manière le conformisme politique de l’époque.

Sur le fond, l’ouvrage amalgamait la rupture de certains marxistes avec le communisme et la conversion d’autres à l’anti-totalitarisme. Déjà, en 2002 les catégories de « progressiste » et de « réactionnaire » s’étaient révélées obsolètes. On s’en amuserait presque quinze ans plus tard, avec le classement de Badiou, idole de l’extrême gauche, dans la catégorie des réacs.

Notre prophète de l’ultra-progressisme revient donc cette année avec son guide des « néo-réacs 2016 ». Une réédition du premier jet de 2002. Toujours amateur des listes, l’auteur trouve là, l’’occasion de mettre à jour sa liste. Dans une tribune récente au Monde, il estime ainsi que « Ce nouveau parti intellectuel a aujourd’hui son quartier général : le mensuel Causeur ».

Au-delà du fantasme du « quartier général » – notre petit enquêteur est vivement convié à assister aux conférences de rédaction de Causeur où s’opère, selon lui, le « grand basculement » idéologique du monde…-, le tampon « néo-réac » est quasiment devenu un label d’acuité intellectuelle. Si, en 2002, le livre de Lindenberg était prémonitoire, c’est au sens où tous ceux qu’ils citent ont été à leur manière des lanceurs l’alerte sur les questions d’éducation, d’immigration, et d’évolution de nos démocraties. Pétrifiée par la crainte politiquement précieuse d’une résurgence fasciste, une « gauche divine » continuait alors de refuser une réalité qui lui infligeait chaque jour des démentis toujours plus accablants.

En 2002, Lindenberg avait ainsi composé une autre liste fourre-tout des « totems » à ses yeux « intouchables » : « Mai 68 , l’islam, l’égalité, l’industrie culturelle ,  les droits de l’homme ,   la mondialisation ,  la société métissée ,  le tourisme de masse ,  l’économie de marché. Sans jamais dire par ailleurs de quel « mai 68 » il faudrait se prévaloir, ni même interroger sur le caractère ambigu de « la mondialisation » ou les dérives du « tourisme de masse ». Autant de débats interdits qu’aujourd’hui encore, une certaine gauche n’aborde qu’avec une prudence de sioux.

Dans Le Monde, l’auteur qui tente de démontrer combien il avait eu raison trop tôt conclut sa démonstration poussive en estimant aujourd’hui que « l’époque est dangereuse.  Il est certain que la tentation va être grande pour certains d’instrumentaliser les crimes de Daech et les aléas des migrations de masse pour appuyer sur les fractures à vif de la société française ».  Peut-être faudra-t-il ajouter les violeurs de Cologne ou les apprentis-terroristes-victimes-de-la-société, à ces « totems intouchables » dans une prochaine édition de l’ouvrage ?

Mais l’auteur du Rappel à l’ordre a malgré tout fait un peu de chemin. Celui qui en 2002 dans Libération déclarait que la « République » et les « services publics » étaient des concepts « très régressifs », semble se plaindre, quatorze ans plus tard dans le même journal, de « l’affaissement des principes républicains »…

Derrière le piteux pamphlet, pointe en fait, une véritable nostalgie comme un paradis perdu, celle d’une époque dorée où le fond de l’air était rose, où la gauche pouvait nommer le réel et où son magistère intellectuel n’était ni contesté ni contestable. Depuis, le camp du Bien a perdu quelques plumes.

Et la réédition de ce « rappel à l’ordre » dit bien tout le désarroi d’une partie de la gauche intellectuelle toujours aussi incapable d’expliquer et d’analyser ce réel qui lui échappe, tout juste capable quinze ans plus tard de dénoncer encore et toujours ses hérétiques qui ont osé suivre une autre voie. Le filon de la dénonciation anti-réac a depuis été repris par les commissaires politiques « foucaldo-bourdivins » que sont le romancier Edouard Louis et le sociologue Geoffroy de Lagasnerie. Des petits soldats de l’Empire du Bien que Lindenberg refusent d’ailleurs de reconnaître comme ses héritiers.

Interrogé par Le Point à l’occasion de la réédition de son livre, Daniel Lindenberg a reconnu qu’il manquait encore aujourd’hui « une grande figure de l’intellectuel de gauche » ajoutant tout juste qu’Edwy Plenel était un bon « agitateur d’idées ». De l’agitation, voilà à quoi en sont réduits ceux-là. C’est dire si le mal est profond.

 *Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00183859_000006.

Laïcité: soutien total à Amine El Khatmi!

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Pour avoir clamé son attachement à la laïcité et son rejet intégral des intégristes, pour avoir notamment dénoncé les manips anti-Finkielkraut de France 2 et la promotion de la haine essentialiste de Wiam Berhouma lors de DPDA, mon ami Amine El Khatmi, jeune élu socialiste d’Avignon, est la cible depuis plusieurs jours d’une campagne de harcèlement, d’injures et de menaces en provenance des milieux islamistes.

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Parlons clair: si Amine a droit à ce traitement « de faveur », c’est parce qu’il est laïque ET musulman. C’est parce qu’il est de gauche ET anticommunautariste. C’est parce qu’il fait le Ramadan tranquilou, sans terroriser ceux qui ne le font pas. C’est parce qu’en politique, il a choisi le rassemblement des citoyens des quartiers populaires autour d’intérêts collectifs et qu’il récuse l’assignation ethnique et la fragmentation victimaire.

Si on veut le faire taire, c’est parce qu’il prouve par son combat que la seule laïcité « apaisée » ou « ouverte » qui puisse exister, c’est la laïcité qui refuse « qu’on lui ferme sa bouche » avec l’accusation d' »islamophobie », c’est la laïcité qui ose aller en bas des cages d’escalier, pour écouter et convaincre les ados déboussolés, c’est la laïcité qui ne fait pas de mamours aux ennemis de la laïcité, qu’ils soient « associatifs », rappeurs ou énarques.

S’en prendre à lui, c’est s’en prendre à nous tous, Français épris de paix civile. Alors, bien sûr, Amine a besoin de notre solidarité, il l’a déjà, et il l’aura toujours plus, jusque au bout. Alors bien sûr, il faut que la justice de la République aille chercher des poux sur les têtes des « associatifs » haineux, de ce tous ceux qui twittent à 8h #‎FreeMoussa et qui à 8h01 appellent à en finir avec ce « collabeur » impie.

Mais, à mon avis, ce dont Amine a besoin avant tout, c’est que des milliers d’autres voix s’élèvent. C’est qu’on ne laisse plus rien passer, pour que l’après-Bataclan ne retombe pas en quenouille comme l’après-Charlie.

Ce dont Amine a besoin, c’est qu’avec lui, avec nous, avec tous ceux qui, de toutes opinions politiques, nous rejoignent chaque jour, on réinvente la furia francese, c’est qu’avec nos petits bras, nos petits cerveaux et nos petits claviers, on reconstruise la République par en bas.

Haut les cœurs!

Du racisme anti-blancs

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Charlotte Rampling Oscars

Charlotte Rampling Oscars

Le 7 août 2010, j’ai eu le rare privilège de dîner, chez Maître Paul Lombard à Saint-Tropez, avec Charlotte Rampling : je me rappelle la date parce que l’actrice fut appelée au milieu de la soirée par une radio qui lui demandait son sentiment sur la mort de Bruno Cremer, qui venait de décéder le jour même, et avec qui elle avait joué l’un des plus beaux films de François Ozon, Sous le sable.

D’elle, je ne connaissais que ses films — depuis une brève apparition dans The Knack en 1964 jusqu’à ses rôles-cultes dans Portier de nuit, la Chair de l’orchidée, The Verdict, ou Angel Heart, et j’en passe. En attendant 45 Years pour lequel elle est nominée aux Oscars cette année…

Et justement, en parlant d’Oscars, Rampling a répondu à une polémique lancée par Spike Lee et quelques autres trublions en panne de buzz qui suggèrent de boycotter la cérémonie cette année parce que tous les nominés ont le culot d’être blancs. Et de demander un quota de Noirs, d’Hispaniques, de femmes, d’Indiens, de minorités visibles et invisibles. Will Smith vient de se joindre à la protestation, et en France, Omar Sy et Roschdy Zem trouvent ce boycott légitime. Et l’Académie du cinéma, qui gère les Oscars, vient de prendre des mesures pour que cesse le scandale — quotas, me voilà !

Rampling a dénoncé sur Europe 1 ce retour en force du politiquement correct. Elle a même parlé de « racisme anti-Blancs ».
Scandale et putréfaction ! « Le premier qui dit la vérité / Il doit être exécuté », chantait Guy Béart… Depuis, on la cloue au poteau de tortures…
Heu… Vraiment ? Ai-je le droit, moi qui ne suis pas indien, de parler de « poteau de tortures » ? Ne serait-ce pas insidieusement du racisme anti-minorités visibles ?

S’il y en a qui croient que j’exagère, qu’ils se documentent. Depuis quelques mois le politiquement correct accable les campus des facs américaines. « Pocahontas, Caitlyn Jenner and Pancho Villa are no-nos. Also off-limits are geisha girls and samurai warriors — even, some say, if the wearer is Japanese », écrit le New York Times. Comme le raconte Slate, « des mouvements véhéments ont été déclenchés autour de débats qui semblent surréalistes pour un observateur étranger: est-il nécessaire que les universités publient des règlements officiels recommandant aux jeunes de ne pas se déguiser en Indiens pour Halloween ? Se déguiser en Mexicain quand on est blanc est-il une forme d’appropriation culturelle raciste ? Les fêtes à thème Kanye West, avec des blancs qui font les rappeurs, sont elles racistes et insultantes ? Doivent-elles être interdites par l’administration universitaire ? » Et la très prestigieuse université Yale donne encore une fois le ton du crétinisme renforcé.

racisme anti-blancs

Et telle créature télévisuelle blanche — Kylie Jenner — qui s’est fait tresser des dreadlocks est accablée sur Tweeter de commentaires désobligeants. Elle n’a pas le droit ! C’est un signe distinctif NOIR !
Et ta connerie, si on lui mettait un signe distinctif, quel serait-il ?

La France n’est pas en reste. Il y a un mois une polémique digne de la grandeur de notre pays a éclaté lors de la publication de la liste des nominés pour le Festival de la BD d’Angoulême. Comment ! Pas une femme dans cette sélection ! Ben non : à bientôt 76 ans, Claire Bretecher n’a pas cru bon de concourir, et Annie Goetzinger, pour laquelle j’ai une tendresse personnelle (ah, la Demoiselle de la Légion d’honneur, sur un scénario de Christin !), non plus — et Marjane Satrapi préfère le cinéma à la BD, en ce moment. Certes, il en est d’autres — mais j’ignore si cette année il y en avait une assez talentueuse dans l’actualité immédiate pour être sélectionnée. Et celles et ceux qui croient que l’absence de femmes dans une sélection est du machisme méritent de porter le même signe distinctif dont je parlais plus haut. Et inviter telle ou telle Japonaise auteur (et pas « auteure » !) de shojo (les mangas « pour filles ») aurait été plus désobligeant qu’honorable : on ne s’illustre jamais par le bas…

J’avoue que je suis sidéré. Si d’aventure une année le Festival d’Angoulême sélectionnait trente dessinatrices de grand talent, je ne m’en offusquerais pas. Si un acteur ou une actrice noir est parmi les meilleurs, il sera sélectionné pour les Oscars — c’est arrivé pas mal de fois depuis celui reçu par Hattie McDaniel en 1940 pour Autant en emporte le vent ! Si par hasard un parti dénichait trente femmes mieux douées que leurs politichiens habituels, je trouverais très bien qu’il les mette en avant. Mais pas qu’il exhibe quelques grosses incompétences dont la seule marque distinctive consiste à exiger qu’on les appelle « la » ministre, contre toutes les règles de la langue et de la fonction ! Ah, elles veulent être reconnues pour femmes, mais s’insurgent dès que l’on remarque qu’elles exhibent l’artillerie féminine pour décontenancer l’adversaire et attirer à elles les caméras ! On en revient à Françoise Giroud qui dans le Monde du 11 mars 1983 disait que la femme serait l’égale de l’homme le jour où à un poste important on nommerait une femme absolument incompétente ! Eh bien nous y sommes !

Je n’en peux plus de cette politique des quotas. Je n’en peux plus d’être obligé de « compenser le handicap social » en recrutant des élèves boursiers à la place d’élèves plus méritants qu’eux. J’ai passé mon enfance à jouer aux cowboys et aux Indiens — et je faisais toujours l’Indien, ce qui me permettait de me battre jusqu’au dernier et d’expirer en prenant des poses esthétiques, tué par les Tuniques bleues et les Visages pâles réunis — au fond, je n’ai pas changé. Et on me l’interdirait aujourd’hui ! J’adore le jazz, mais je me soucie fort peu de savoir si le pianiste est noir — souvenir inoubliable d’Erroll Garner au théâtre du Gymnase à Marseille dans les années 1960, interprétant Caravan — ou blanc — comme Paul Bley qui vient de mourir et dont presque personne n’a parlé. Tiens, j’écrirai la fin de cette chronique en réécoutant Ida Lupino !

En vérité je vous le dis : je n’ai jamais regardé la couleur d’un élève, je ne me soucie jamais, quand je corrige des copies, de savoir s’il s’agit d’un garçon ou d’une fille, et si elle s’appelle Fatima ou Marianne (pour reprendre le titre de la dernière crotte sortie en direct du cul de la sociologie, via François Durpaire et Béatrice Mabilon-Bonfils). Et quand j’étudie la littérature, je ne pense pas prioritairement à connaître les habitudes sexuelles d’un auteur. Il faut être aussi nul qu’Edouard Louis pour penser que cela a une importance stylistique.

Une amie — apostolique et quasi romaine — a baptisé sa fille Myriam : la gosse a passé son enfance à se faire insulter dans son collège de banlieue parisienne par de jeunes imbéciles musulmans (et non, ce n’est pas forcément un pléonasme !) qui lui contestaient le droit de porter un prénom qui d’après eux leur appartenait : qu’ils aillent se faire empapaouter chez les Tralfamadoriens ! Cette assignation à résidence ethnique nous tuera, si ce n’est déjà fait.

Alors, je salue bien bas Charlotte Rampling, et toutes celles, tous ceux qui ruent dans les brancards du politiquement correct. Et je continuerai à ruer moi-même, jusqu’à ce qu’ils aient ma peau.

*Photo : SIPA.AP21847755_000001.

Laïcité: Panique chez Bianco

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Jean-Louis Bianco laïcité

Jean-Louis Bianco laïcité

Rarement Jean-Louis Bianco aura été aussi surbooké. Dans le bras de fer qui l’oppose au Premier ministre et à des centaines de militants laïques qui se déchainent sur les réseaux sociaux, excédés par les forfaitures de son Observatoire de la Laïcité, Bianco multiplie les contrefeux. Son interview au Monde a été immédiatement suivie d’une autre donnée au site communautaire SaphirNews, dans le but avoué de rassembler les musulmans de France autour de sa personne et de celle de son bras droit Nicolas Cadène.

Entre deux interviews, Jean-Louis Bianco ratisse tout son carnet de téléphone pour expliquer à ses interlocuteurs que tout va bien, que les médias sont avec lui et le Président aussi (ce qui reste à prouver, mais bon).

Et entre deux coups de fils, Bianco actionne ses réseaux. Deux de ses proches, les universitaires porte-flingues de la laïcité à adjectif, Jean Baubérot et Raphaël Liogier, se sont ainsi chargés de recruter des collègues sympathisants susceptibles de pétitionner en faveur de l’Observatoire auprès de l’Elysée. Ils ont donc écumé eux aussi leurs carnets d’adresses pour battre le rappel en envoyant le mail (légèrement grotesque) ci-dessous :

Chères Amies et Chers Amis,

Vous connaissez la tourmente actuelle qui atteint l’Observatoire de la laïcité, où il risque d’être supprimé ou du moins « normalisé »

Une Lettre, qui serait adressée au Président de la République, avec copie au Premier Ministre, signée exclusivement par des universitaires qui travaillent sur la laïcité, la religion et/ou des sujets proches (« les fondements symboliques du lien social », les problèmes éthiques,…) serait une aide précieuse pour son avenir.

Comme les délais sont extrêmement courts, nous avons dû rédiger un projet et n’avons malheureusement pas eu le temps de le faire circuler. Il faut, en effet, obtenir les signatures dans les prochaines heures. L’esprit du texte doit, dans cette circonstance, l’emporter sur sa lettre.

Nous vous donc serions reconnaissants de nous indiquer si vous voulez bien signer ce texte, et si oui, quels seraient les titres universitaires (la modestie n’est pas requise!) qui pourraient figurer et, éventuellement, votre spécialité en lien avec le sujet de la Lettre.

D’autre part, si vous avez des collègues susceptibles de signer cette lettre, merci de les contacter très rapidement et de leur donner  notre adresse mel.

Bien cordialement

Jean Baubérot et Raphaël Liogier

Manque de bol, nos deux supposées grosses têtes ont sous-estimé la fronde anti-islamiste qui sourd partout en France depuis le 13 novembre, y compris chez les universitaires et chercheurs de gauche. Beaucoup de sollicités se sont défilés, d’autres ont carrément vendu la mèche et fait fuiter le document entre des mains authentiquement laïques. Et comme ça fuit de partout en Biancotie, voilà aussi en bonus track et en exclusivité, le texte de la fameuse pétition qui sera adressée au Président de la République . Si vraiment vous mourrez d’envie de la signer, adressez vos dons et signatures à Causeur, qui fera suivre à Jean-Louis Bianco. Ou pas.

Monsieur le Président,

Notre pays a été secoué durant l’année 2015 par les événements dramatiques qui ont à la fois rapproché les Français et nourri des antagonismes identitaires. Sous votre direction, les services de l’Etat ont réagi avec rapidité et efficacité face aux attaques terroristes répétées et d’une ampleur inédite sur notre territoire.

Dans l’adversité, alors que les angoisses légitimes des Français peuvent conduire à des amalgames qui renforceraient l’adversaire, nous croyons qu’il importe de garder recul et équanimité. C’est à cette condition que l’Etat de droit républicain sera préservé dans ses principes fondamentaux de liberté, d’égalité et de fraternité. Nous voudrions à cet égard, en tant que représentants de la communauté des chercheurs et universitaires travaillant sur la laïcité, les phénomènes religieux et les fondements symboliques du lien social, exprimer notre soutien à Jean-Louis Bianco, Président de l’Observatoire de la laïcité, et à Nicolas Cadène, qui ont su durant tous ces événements maintenir contre vents et marées cet organisme dans sa juste fonction : fournir des informations objectives remontant du terrain, prévenir et souligner les dérives contraires à la laïcité, laisser s’exprimer les différentes tendances des mouvements de promotion de la laïcité, permettre un dialogue constructif avec les représentants des grandes religions, et enfin rappeler inlassablement les textes en vigueur de la loi de 1905 jusqu’à nos jours. Nous incarnons des courants variés, parfois très divergents, mais au-delà de nos différences nous reconnaissons unanimement le travail salutaire de Jean-Louis Bianco et de Nicolas Cadène à la tête de l’Observatoire. Et il est à notre sens absolument indispensable que ce travail continue.

Nous vous prions de bien vouloir croire, Monsieur le Président, à l’expression de notre plus vif respect et de notre plus grand dévouement.

*Photo : SIPA.00619000_000045.

Les «Attestants», ces protestants canal historique

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attestants protestants eglise

attestants protestants eglise

Le 17 mai 2015, journée mondiale contre l’homophobie, le synode de L’Église protestante unie de France, réuni à Sète, dans l’Hérault, autorisait la bénédiction des couples homosexuels. Élément choquant, pour ces luthériens et calvinistes, héritiers « canal historique » de la Réforme, le texte de la décision ne comportait aucune référence biblique, excepté un verset tronqué de la première épître de Pierre : « bénissez, (…) car c’est à cela que vous avez été appelés ». L’Écriture seule, qu’ils disaient ! Face à ce bouleversement, de nombreux fidèles avaient fait part de leur opposition, accusant l’Église de se calquer sans démarche critique sur l’évolution de la société. Si peu de pasteurs ont quitté formellement l’Église protestante unie de France, des dizaines de responsables paroissiaux, appelés « conseillers presbytéraux », l’ont fait. D’autres, en revanche, ont décidé de rester dans leur Église, mais pour s’y structurer.

Le 16 janvier dernier, plus de 250 pasteurs, conseillers presbytéraux et fidèles venus de toute la France se sont réunis à Paris pour le congrès fondateur d’un courant interne à l’Église, les « Attestants ». Le choix des mots n’est pas anodin. « Attester » est un mot fort dans le lexique protestant, qui signifie rendre témoignage. « Attestants » fait aussi référence à la dénomination « protestants », adoptée en 1529 par les partisans de Martin Luther, qui se sont opposés à l’empereur Charles Quint en affirmant clairement leur foi. Une manière d’annoncer la couleur : certains l’ont oublié, mais nous, nous voulons attester de l’Évangile.

On aurait tort de réduire les Attestants à un mouvement de résistance contre le mariage homosexuel. Pour eux, le synode de Sète n’est que le symptôme d’une crise plus profonde. Ils souhaitent contester l’hégémonie du libéralisme théologique, très présent à la tête de l’Église protestante unie de France, qui relativise les Écritures bibliques. « Nous voulons participer au renouveau de l’Église », explique Alain Chapon, conseiller presbytéral d’une paroisse de Clermont-Ferrand, et élu président des Attestants : « L’Eglise souhaite correspondre aux attentes de nos contemporains, mais ils attendent le Christ ! Pas de vagues considérations humanistes ! » Les initiateurs du mouvement insistent sur leur volonté de ramener l’Église à ses fondements : « On touche à des lignes de fond. L’Évangile que nous annonçons est percutant. Jésus relève la femme adultère, mais lui dit aussi : ‘’va et ne pèche plus’’. Le péché est une notion essentielle, car nous annonçons un Christ sauveur, qui nous délivre du péché », argumente Caroline Bretones, femme pasteur luthérienne. Elle qui officie à la paroisse du Marais, à Paris, très active dans l’évangélisation, témoigne de la démarche des adultes demandant le baptême : « les convertis mettent beaucoup l’accent sur ce dont ils ont été sauvés. Est-ce qu’on peut aujourd’hui annoncer le salut sans parler du péché ? »

Les Attestants expriment également leur vœu de relancer la formation théologique et spirituelle des fidèles. « Au fin fond de l’Auvergne, il y a une soif, un besoin de formation dans les paroisses », témoigne Alain Chapon : « en tant que chrétien, la formation n’est pas uniquement une activité intellectuelle. Elle sert à nourrir ma vie de chrétien, de façon à ce que je sois équipé dans mon quotidien, mon entourage ». Les Attestants appellent à former les pasteurs à l’accompagnement spirituel et à la prière : « je suis sorti de l’Institut protestant de théologie de Paris sans y être préparé ! », se rappelle un pasteur. D’autres encouragent les fidèles à effectuer des retraites. Revenir à la vie spirituelle, cette forteresse qui échappe aux conspirations de la civilisation moderne, voilà l’objectif principal de ces protestants qui désirent réformer leur Église.

Pourtant, une autre bataille se profile à l’horizon. L’année 2017 marquera le 500e anniversaire des thèses de Martin Luther, point de départ de la Réforme. En vue de cet événement, l’Église protestante unie de France a prévu la publication d’une Déclaration de foi, dont le texte, qui suivra le même processus synodal qui a conduit à la bénédiction des couples homosexuels, est déjà contesté. Au sein des Attestants, on redoute que la mention de Dieu comme Trinité ne figure pas dans ce document, pour plaire au courant libéral. Ce dernier ne voit en effet aucun problème à contester ce dogme central du christianisme. « On touche à l’essence de notre foi. Ce n’est pas négociable », insiste Caroline Bretones. Avec l’enjeu de la Déclaration de foi en 2017, les Attestants luttent ni plus ni moins contre l’irruption du relativisme dans la sphère religieuse. Ce faisant, ils ne veulent pas creuser davantage le fossé entre les protestants « historiques », et les autres chrétiens : les catholiques, et les protestants évangéliques en premier lieu.

Confrontés de manière aiguë à la tentative d’affadissement de la foi chrétienne, mais désireux de faire vivre leur tradition spirituelle, les Attestants sont lancés dans une barque au milieu des flots. Se trouvent avec eux tous les chrétiens qui veulent témoigner dans la société contemporaine. Notamment les catholiques qui se rappellent des mots du pape Benoît XVI, lors de sa visite à l’archevêque de l’Église anglicane Rowan Williams en 2010 : « l’Église doit être inclusive, mais jamais au détriment de la vérité chrétienne ».

*Photo: Pixabay.

Don d’orgasme

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orgasme feminisme sondage

orgasme feminisme sondage

Après les mauvais chiffres du chômage et notre classement déplorable sur l’échelle de Pisa, on se serait passé de cette triste nouvelle : il paraît que les Françaises sont des peine-à-jouir. Bonnes dernières au palmarès de l’orgasme. Selon un très sérieux sondage IFOP mené auprès de 8 000 femmes dans huit pays, 49 % d’entre elles admettent avoir « assez régulièrement » des difficultés à atteindre l’orgasme, contre seulement 28 % des Néerlandaises, les sa… euh, les chipies. Il faut croire que nous, on ment à nos mecs mais qu’on dit la vérité aux sondeurs. Pardon, ça m’a échappé.

Ce n’est pas que je sois coincée, ou prude, mais autant l’avouer : au début, l’annonce de cette nouvelle contre-performance nationale m’a un peu embarrassée. Pas seulement à cause de nos piètres résultats, mais parce que je trouvais ça gênant de parler de ces choses en public, c’est un peu intime, non ? Qu’un enquêteur puisse appeler des femmes inconnues pour leur demander à quelle fréquence elles jouissent et dans quelles positions, et que celles-ci trouvent parfaitement normal de répondre, cela m’a semblé, l’espace d’un instant, témoigner d’un monde totalitaire. C’est mon côté vieux jeu, j’aime les secrets. Et puis, une copine m’a dit que nos mères s’étaient battues pour qu’on ait des orgasmes quand on veut – si on veut, et tout autant pour qu’on puisse les raconter à la télé. Ça m’a fait réfléchir. En plus, si on veut se cacher, ça veut dire qu’on fait des trucs cochons alors que pas du tout.

Pour toutes celles qui souhaitent optimiser leur recherche du plaisir, l’enquête de l’IFOP fourmille d’informations précieuses.[access capability= »lire_inedits »] On y apprend par exemple que la position de la levrette, pratiquée par 71 % des sondées, ne les amène à un orgasme que dans 56 % des cas. Un tel gaspillage d’énergie érotique est intolérable. Il faut donc espérer qu’à la prise de conscience succédera le sursaut. En effet, seule une mobilisation de toutes les énergies, publiques et privées, permettra de rattraper le retard français. Il serait étrange que l’État se souciât de ce que nous mangeons, de l’exercice physique que nous pratiquons et qu’il se désintéressât de la façon dont nous forniquons. Il faut, sans tarder, combler les vides juridiques, répondre aux nouveaux besoins, inventer l’orgasme de demain. Déjà l’ONU a décidé de faire du 21 décembre « La journée internationale de l’orgasme » – en réalité, cette initiative n’émane pas de l’ONU mais de deux plaisantins américains –, cela prouve bien que désormais, en matière d’orgasme, on ne laissera rien au hasard.

En attendant, il est surprenant que nos féministes, qui viennent de remporter une éclatante victoire avec l’abrogation de la taxe tampon, ne se soient pas encore emparées de cette grande cause. Car enfin, l’inégalité d’accès à l’orgasme est un scandale. Il faut que cela cesse ! Je pense, bien sûr, à l’inégalité entre les femmes révélées par l’IFOP. Mais, ce qui est plus grave encore, c’est l’inégalité entre les hommes et les femmes. Accepterons-nous longtemps que les uns jouissent presque sur commande quand, comme disait Brassens, « quatre-vingt-quinze fois sur cent, la femme s’emmerde en baisant » ? Orgasme pour tous !

Bien sûr, des esprits tordus pourraient se demander s’il n’existe pas un lien entre la faiblesse française en matière d’orgasme et la vigueur du féminisme français. Mais ce serait atrocement vulgaire.[/access]

 

La déchéance de nationalité, pourquoi pas

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service nationalite decheance nationalite

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Le débat surréaliste sur la déchéance de nationalité m’a, je dois l’avouer, tenu en respect, un peu comme un paysan berrichon (j’ai des origines berrichonnes) devant un agrégé de philosophie… Il y avait là quelque chose qui me dépassait ; en résumé, on peut abattre lors d’un assaut des forces d’intervention un terroriste aveugle qui veut nous tuer, n’a pas l’intention de se rendre et veut mourir, on peut tuer par bombardements aérien ou drone ou lors de combats au sol un terroriste aveugle qui a l’intention de nous tuer, n’a pas l’intention de se rendre et veut mourir… mais on ne doit pas, par un acte symbolique signifiant que ne saurait rester notre concitoyen celui qui a voulu aveuglément assassiner ceux qui ne pensent et vivent pas comme lui, déchoir celui-ci de la nationalité française (à partir du moment où la justice l’a reconnu coupable de participation à des actes terroristes)… Cela m’a fait penser au mot de Borges pendant la guerre des Malouines : « On dirait des chauves qui se battent pour un peigne »… Sauf qu’en l’espèce, on aurait dit des fabricants de peignes voulant absolument en équiper ceux qui ont décidé d’être chauves…

J’ai bien compris, quand même, le point de droit par lequel, notre pays ayant signé des conventions nous interdisant de « fabriquer » des apatrides, il nous était impossible, sauf à devoir dénoncer lesdites conventions, de déchoir les « non-binationaux »…  Il se trouve que ma mère, réfugiée républicaine espagnole à six ans en France, a été apatride ici jusqu’à son mariage, et que je connais la souffrance que cela fut pour elle. Pour autant, je ne serais pas choqué que deviennent apatrides ceux qui considèrent que nous n’avons pas le droit de vivre parce que nous aimons la vie plus que la mort. Ce ne sont pas mes concitoyens. Sont-ils les concitoyens de ceux qui hurlent pour qu’on ne touche pas à leur citoyenneté française ? J’en doute. D’ailleurs, ils sont les premiers à vomir cette citoyenneté, qui pour eux est marque de mécréance. Quand ils ne brûlent pas avec ivresse leur passeport, ils ne le conservent que pour pouvoir revenir tuer. Leur seul projet de vie, si je puis dire, étant la mort, ils ne sont plus concitoyens que de celle-ci. Ce n’est pas nous qui les chassons, ce sont eux qui se sont exilés de notre vie commune. Et s’il faut vraiment leur laisser une nationalité, eh bien attribuons-leur unilatéralement la nationalité saoudienne, puisque ce pays reconnu par la communauté internationale est le plus proche de leur vision du monde. Bien sûr les Saoudiens ne voudront pas, crieront au scandale et nous diront que nous n’avons pas le droit. C’est vrai. Cela permettra ainsi de se fâcher avec les autorités saoudiennes, de rompre pourquoi pas les relations diplomatiques, et d’avoir enfin une politique étrangère cohérente et conséquente. Je sais, cette dernière proposition est absurde et irréaliste, mais pas plus que de vouloir vêtir à tout prix celui qui a voulu se dévêtir. La nationalité est un habit tissé d’humanité commune, d’histoire et de valeurs que l’on reçoit ou que l’on choisit. Cet habit ne va pas avec une veste explosive. Il faut choisir.

Donc, la déchéance de nationalité, pour une partie des terroristes aveugles ou pour tous, de leur vivant ou à titre posthume, pourquoi pas. Cela ne les atteindrait pas, cela ne servirait à rien en termes de lutte antiterroriste concrète, mais cela ferait symbole, ce qui est important. Surtout si on est capable de tirer les conséquences des symboles. Nous avons eu beaucoup de symboles, depuis le 7 janvier, puis depuis le 13 novembre. Des commémorations. Les commémorations nous disent qu’il ne faut pas oublier, ce qui est vrai. Mais elles nous disent aussi que ce qui s’est passé appartient au passé, ce qui, en l’occurrence, est faux. La guerre reconnue par le président n’est pas finie. Nous le savons tous.

Mais, outre les moyens financiers à mettre sur la table afin de nous montrer cohérents et conséquents, nous avons également à utiliser ces moyens le plus efficacement possible, ce qui veut dire faire ou réviser des choix, et non plus de la communication. Parmi ces choix, celui d’employer entre 7 à 10 000 soldats à faire les plantons est à réviser au plus vite. Ces soldats ne servent que de cibles statiques destinées à rassurer l’électeur. Les armées françaises en ont, et en auront besoin, pour les Opex en cours et à venir. Les régiments sont en tension maximale, lessivés, et l’emploi inutile de ces hommes en métropole est un gâchis, là où nous avons besoin de relève et de formation pour la guerre à mener là-bas. La mission sentinelle est une mission de gendarmerie, ou de CRS. Il faut augmenter rapidement les effectifs de gendarmes et de CRS formés pour cette mission, au lieu de mal employer nos parachutistes, nos marsouins, nos chasseurs alpins ou nos légionnaires.

Alain Juppé l’a compris, lui qui a déclaré que l’armée est un «glaive qui doit être affûté pour répondre à sa mission et non un couteau suisse destiné à pallier les carences d’autres institutions». Pour lui, pas de troupes de combat pour Sentinelle. Mais là où Juppé, avec d’ailleurs un raisonnement pertinent, pense que le rétablissement du service militaire obligatoire nuirait à la trempe et au tranchant de ce glaive, car les forces doivent maintenir le plus haut niveau opérationnel, au lieu de remplir un rôle d’intégration qui reviendrait à d’autres institutions en carence, je me permets de le contredire respectueusement. Le rôle de l’armée est aussi d’être un creuset de responsabilité citoyenne. Par ailleurs, on voit bien, par les idées de garde nationale (pas de garde biterroise, n’est-ce pas, cela n’a rien à voir) qui circulent, que la tension, qui est appelée à se prolonger, sur les effectifs opérationnels, doit trouver des solutions. Les sondages récents révèlent qu’une majorité de jeunes est pour le rétablissement du service militaire. C’est assez incroyable, pour quelqu’un qui a vécu l’époque, longue, où le sport favori de tout futur appelé était de parvenir à se faire réformer (« P4 », c’est-à dire psychopathe, de préférence)… mais cela démontre qu’une prise de conscience est née. Nos enfants ont compris qu’ils ont été jetés dans un monde dangereux qui ne les épargnera pas, qu’il faut défendre parfois la joie de vivre les armes à la main, bref, que le Si vis pacempara bellum est éternel, comme la jeunesse. Soyons donc à la hauteur de ce qu’attend celle-ci.

Il ne s’agit pas là de rétablir le service militaire à l’ancienne, de douze ou dix mois, dans lequel l’ennui des casernes, entre corvées et bitures à la Kro, dépassait trop souvent la formation militaire. L’armée n’est plus formatée et orientée, Juppé a raison, pour cette longue prise en charge délétère. Mais un temps de préparation aux réalités de la guerre, de formation aux fondamentaux du combattant, sur une période de quelques mois à déterminer, pourrait répondre aux besoins de tous. Une période de rappel de deux semaines par an, axée sur l’entretien et la remise à niveau de ces fondamentaux, serait un complément. Nous aurions une réserve mobilisable, pas des troupes de choc ni des forces spéciales, certes, mais des citoyens soldats formés pouvant remplir des missions d’appui et soulager les forces de professionnels les plus aiguisés.

Et rassurons les indispensables inquiets, sans qui une démocratie n’est pas vivante, les réfractaires et les objecteurs de conscience à cette nouvelle forme de service national, bien sûr, ne seraient en aucun cas déchus de leur nationalité. Nous les aimons bien plus que nos ennemis et reconnaissons dans leurs doutes l’écho de nos valeurs. 

*Photo: Jérémy Barande. wikicommons.

Vendanges tardives

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Jea-Claude Pirotte Le silence

Jea-Claude Pirotte Le silence

Il y a des écrivains qui partent en fanfare, sous les hourras des foules ahuries, et d’autres sur la pointe des pieds, sans les flonflons académiques, sans l’émotion gluante des braves gens. Sans crier gare. En laissant seulement quelques livres, confessions barbares, déambulations vagabondes éclairées par la vérité nue de l’homme misérable. Jean-Claude Pirotte (1939-2014), poète de l’innommable, avocat par effraction, ivrogne à la lucidité clairvoyante, alignait les mots par lassitude et grâce. On est saisi par ce désespoir cotonneux, cette pureté aux abois, ce cri doux au bout de la nuit dans La légende des petits matins, un livre écrit à Namur, Bruxelles, Istanbul en 1986 et Lorient en 1989. Ce récit crépusculaire paru en 1990 tenait du journal intime, de l’ode aux morts, du quotidien pitoyable et merveilleux.

Pirotte avançait sans masque, plaies apparentes tel un martyr apaisé affirmant : « Je préfère rêvasser, regarder la lune, attendre le misérable miracle de l’aube au bistro, peut-être en ressassant une phrase à demi oubliée de Michaux, dans une ivresse vague ». « Je suis quasiment seul à me lire, et mes rares ouvrages me paraissent illisibles » disait-il, par accès de sincérité et d’abandon. Il n’était pas seul. Il fut pour beaucoup d’entre nous un instable compagnon de lecture, justifiant nos excès vineux et cette mélancolie qu’on porte sur le visage comme un mal incurable. La rosette des rêveurs.

Le monde des lettres, pourtant ingrat avec les vrais talents, lui avait tout de même décerné le prix des Deux-Magots pour Une adolescence en Gueldre en 2006. Il avait également reçu le Grand Prix de poésie de l’Académie française et le Goncourt de la poésie pour l’ensemble de son œuvre. Stock publie en ce début d’année Le silence, l’un de ses tout derniers textes inédits, écrit entre janvier et mars 2011. Préfacé par Philippe Claudel, ce récit tient du miracle, d’un exercice de funambulisme qui donne à la littérature tout son parfum enivrant. Pirotte travaillait dans l’organdi, il chaussait des ballerines pour arpenter la vigne.

Une trame évanescente, des odeurs de tourbe, des souvenirs de vendanges, un Royaume de Bourgogne réinventé au gré des balades en bicyclette, des mariniers à l’accent balte sur le canal, une pauchouse, cette bouillabaisse d’eau douce partagée entre quelques amis et une jeunesse fugace que l’on essaye désespérément de rattraper, de reconstruire. Le silence, c’est le saisissement devant la beauté des paysages, la féérie des gestes simples, le dur travail de la terre qui endolorit le corps et apaise l’esprit. Sur ce récit, planent les ombres de la Guerre d’Algérie, les Carnets de Joseph Joubert, la ruée vers l’or jaune du Jura ou les mystères du mont Afrique. Pirotte, par tâtonnements, par refus aussi d’une phrase mathématique, à la froide rectitude, réussit à instiller un vague à l’âme tenace, irrésistible.

Les écrivains du clair-obscur sont de redoutables entremetteurs. Ils nous font respirer l’air d’automne, toucher les ceps recouverts de givre, boire un aligoté en signe d’amitié, sans excès de vocabulaire ni de folklore. Le vin est une chose trop sérieuse pour la laisser aux experts jargonnants. « J’aime le vin parce qu’il m’est étrange, parce qu’il m’est familier, parce qu’il est incompréhensible et fabuleux. J’aime le vin parce que je ne peux m’empêcher d’aimer les hommes » écrivait-il, ajoutant : « Je n’ai pas trouvé la poésie dans le vin, mais le vin dans la poésie. » En janvier, dans le trop plein de vœux, le débordement de résolutions, les injonctions à faire-ci, à manger-ça, à penser n’importe quoi, Le silence de Jean-Claude Pirotte nous rappelle que « rien n’est clair en nous ».

Le silence de Jean-Claude Pirotte – Editions Stock.

*Photo : SIPA.00317672_000001.

LE SILENCE

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DPDA: Les paroles sont un avant-goût des actes

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Alain Finkielkraut Daniel Cohn-Bendit DPDA Wia Berhouma

Alain Finkielkraut Daniel Cohn-Bendit DPDA Wia Berhouma

Après l’intervention de Wiam Berhouma dans l’émission des paroles et des actes, Alain Finkielkraut s’est dit accablé par ce qu’il venait d’entendre, avant d’ajouter que c’était très intéressant. En lisant les commentaires de cet « échange », je m’aperçois que nous sommes nombreux a à partager ce sentiment d’accablement. Dans mon cas, ce n’est pas la première fois. Je suis toujours accablé quand ce que la France réussit le mieux rencontre ce qu’elle produit de plus navrant, et que, rencontres après rencontres, il semble qu’aucun progrès ne vienne.

Déjà, quand Finkielkraut échangeait, il y a quelques années, dans une émission grand public, avec Abdallah Zekri, Secrétaire Général du Conseil Français du Culte Musulman et Président de l’Observatoire National de l’Islamophobie, le spectacle était accablant. Après que le philosophe eut rapporté ce jour-là des témoignages d’enseignants exerçant en zones sensiblement musulmanes, où les contenus des cours sont contestés et où l’antisémitisme règne, le représentant communautaire, sourd et aveugle au constat n’eut qu’un mot en guise de réponse : « Tout ceci est faux. » Plus récemment, c’est Tarek Oubrou, censé représenter l’élite, l’exemple, l’initiateur d’un islam de France à la visibilité occidentale, alors invité de l’émission « Répliques », qui a eu ce mot pour conclure un échange éclairant sur le Coran et ses interprétations guerrières : « L’islam c’est la paix », avant de rétorquer à son interlocuteur qui avançait quelques objections historiques bien connues qu’ « on insultait là des millions de musulmans ».

Consterné par cette mauvaise foi opposée à l’honnêteté de celui qui regarde le réel, et au courage de celui qui le montre, mais fermement décidé à ne pas vivre sous le signe de l’accablement, je choisis de toutes mes forces de ne pas tomber dans le piège de la généralisation. Je refusais d’attribuer à une population toute entière les mensonges et la bêtise de quelques-uns, porte-paroles d’une communauté religieuse venue du Tiers monde, dont on ne pouvait pas s’étonner qu’ils ne fussent pas impartiaux et qu’ils ne fussent pas des lumières.

Mais à peine chassé, l’accablement revint au galop. Débats après débats, j’entendais des français musulmans dans toute leur diversité, invités pour apporter la contradiction à Finkielkraut, qui semblaient être là pour lui régler son compte et rapporter à leurs supporters le spectacle du philosophe déstabilisé ou plus simplement insulté. Même ceux qui n’avaient pas l’excuse du sous-développement intellectuel ou du parti pris, étant apparemment des hommes et des femmes libres et instruits, ne représentant qu’eux mêmes ou armés de sciences sociales, comme Abdel Raouf Dafri, scénariste reconnu bien qu’autodidacte ou comme Nacira Guénif  sociologue, anthropologue et maitre de conférence à l’université, se révélaient aussi sourds au dialogue et plus vindicatifs encore que les pauvres d’esprit cités plus haut.

De toutes ces paroles échangées, avec des savants, des artistes ou des officiels, je tirais une leçon : Le musulman serait plus souvent doué pour la susceptibilité que pour l’autocritique. Mon accablement devint alors presque une habitude quand les rendez-vous de l’intelligence et de la bonne volonté étaient régulièrement manqués entre Finkielkraut et ses, et nos compatriotes musulmans, si l’on excepte les conversations avec des écrivains plutôt dissidents ou revenus de l’Islam ou des hommes politiques arabes mais je n’en vois qu’un, Malek Boutih, athée par ailleurs.

Ceux-ci mis à part, lorsque les échanges virent trop souvent à l’injure comme dans le cas récent de Viam Berhouma, enseignante et crypto-indigène de la république au discours initié par de pseudo intellectuels qui manient les notions vaseuses et approximatives de racisme d’Etat ou d’islamophobie institutionnelle. (Où sont les pratiques racistes de l’Etat ? Je ne vois que la discrimination positive. Où est l’islamophobie dans les institutions ? Nulle part je le crains, alors que la défense des idées de liberté, d’égalité et de fraternité devraient justement passer par une bonne dose d’islamo-méfiance dans les institutions) ; certains, qui partagent mon accablement, préfèreraient alors qu’on épargne le téléspectateur, qu’on évite le sujet, qu’on abrège le débat et qu’on censure la parole. Je ne les suis pas. Au contraire, tout accablé que je suis, j’en redemande.

Les médias sont dans leur rôle quand ils offrent un espace à toutes les expressions. Ils remplissent leur mission quand ils mettent en lumière les courants de pensée en mouvement dans toutes les populations de la société française. Même si nous en sommes accablés. Dans l’état actuel de l’Islam et de sa radicalisation rampante, de la France, de son immigration et de sa démographie, nous avons tout intérêt à faire sortir des caves et des colloques ces discours de haine dans toutes leurs réalités, aussi accablantes soit-elles. Pour que tous, nous regardions en face, sans pouvoir dire un jour que nous ne savions pas, ce qui risque de nous attendre à plus ou moins long terme. Nous devons savoir ce que nous promettent ceux avec qui, sauf miracle, nous serons un jour contraints de négocier.