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Nuit debout ou le fondamentalisme démocratique

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Nuit debout à Paris, le 13 avril 2016 (Photo : SIPA.AP21882387_000009)

L’espace dans lequel se déploient les fondamentalismes ne se cantonne pas au religieux. L’économie en détermine un second champ. Un troisième s’affirme, dont le mouvement Nuit debout fournit la parfaite illustration.

Ce que l’on peut y voir et y entendre est un curieux mélange d’images et de mots d’épisodes révolutionnaires revisités au prisme des technologies contemporaines de communication : un remake composite d’épisodes de mai 1968, des indignés d’Espagne ou d’ailleurs, d’Occupy Wall Street, fondus en une compilation de tous les mouvements sociaux connus, de scènes historiques vues sur divers écrans (plus qu’apprises dans les livres d’histoire), le tout se condensant en une sorte de folklore festif.

Comme dans tout folklore, on y pratique le simulacre d’activités anciennes : ériger des tentes, monter une cantine, installer des générateurs pour faire marcher les micros, bricoler des tables, etc. Tout cela réalisé entre deux tweets… (« On pourrait apporter nos plantes », commente Édith en regardant le « château fort » qui s’érige sous ses yeux grâce à la débrouille d’une poignée d’étudiants en Beaux-Arts et du matériel de récupération[1. Toutes les citations sont des paroles de manifestants ; elles sont transcrites à partir de l’émission de France Culture « Sur les docs » du 12 avril, et, de la même chaîne, l’émission « Pixel » du 8 avril.]. On a parfois l’impression d’assister à des mises en scène commémorant les grandes commotions sociales sur le mode Puy du Fou. Cela a été jusqu’à l’érection de barricades – très éphémères – dans le quartier latin au son du très connu « Libérez nos camarades ». Ce nouveau fondamentalisme-là est clairement encastré dans la société du spectacle ; comme d’ailleurs le djihadisme.

Il est possible de déceler, au travers de la profusion de proclamations, de pratiques désordonnées, de slogans improvisés, de rites réactualisés, l’adhésion inconsciente à ce qu’il paraît pertinent de qualifier de fondamentalisme démocratique.

Alain Finkielkraut, victime du fondamentalisme démocratique

L’épisode du refoulement d’Alain Finkielkraut fournit une excellente démonstration d’une de ses représentations majeures : la parfaite substituabilité des acteurs. L’énergumène qui le bouscule et l’injurie se sent parfaitement habilité à le faire, au nom de tous ; la certitude d’incarner le mouvement l’habite. Dans son imaginaire, il est porteur du message de la « multitude » (aux dimensions modestes). L’éventualité d’un désaveu ne l’effleure pas. L’unanimisme se combine à l’individualisme. Tout fondamentalisme est fusionnel ; mais celui-ci fonctionne à l’envers des autres : c’est dans l’individu narcissique que se fond la collectivité.

Pour comprendre cette façon de penser, il conviendrait de faire le détour historique et théorique par la construction du second fondamentalisme : l’économique. Celui-là s’est sournoisement intériorisé dans les représentations les plus massives, les plus courantes, les plus banales. Quel en est le texte primitif ? Celui des théories classiques et néoclassiques du xixe siècle, éclipsées un moment par les astres marxistes et keynésiens, puis émergeant dans les différents courants du néolibéralisme fin xxe. Depuis quelques décennies ce texte est pris « à la lettre » alors que, d’une part, le monde a profondément changé, et que, de toute façon, il s’agissait de théories « pures » prétendant dévoiler les lois sous-jacentes de l’économie, et non rendre compte des détails contingents de son fonctionnement effectif.

Comme tout fondamentalisme, l’économique débouche sur des aberrations : l’amplification vertigineuse des inégalités, la part délirante des activités spéculatives, l’étendue des magouilles fiscales, etc. Mais le pire est son application à l’ensemble des institutions sociales : l’école, l’hôpital, la presse, la sécurité, le sport, l’art… Cela conduit à la désinstitutionnalisation, autrement dit à la désintégration sociale.

Le troisième fondamentalisme – le démocratique – découle de celui-là. Le populisme en est le terreau comme le fondamentalisme religieux est celui du djihadisme. Il se manifeste dans certains mouvements sociaux, et dans les nouveaux partis d’opposition radicale. Il est un produit du fondamentalisme économique en ceci qu’il en transpose un postulat essentiel : celui de l’individu autonome. L’homo œconomicus, en effet, est totalement libre de ses choix puisque ses préférences sont traitées comme de l’inné. Le transfert de cette vision dans la sphère du culturel donne le mirage d’un individu déjà formé, doté d’une disposition naturelle au libre-choix, constituant et reconstituant en permanence ses propres opinions, qui de ce fait deviennent des attributs (toujours provisoires) de son identité (changeante). Les théoriciens du libéralisme, puis du néolibéralisme du siècle dernier ont triomphé, non seulement du fait de l’adoption de leur vision par les responsables politiques, mais plus encore par cette conception de l’homme autonome et clos comme une monade, qui s’est imposée jusque dans l’intérieur de chaque conscience (ou presque !). Cela permet la vision fantasmatique d’une démocratie totalement horizontale, celle-là même qui sous-tend l’essentiel des comportements observables dans le mouvement Nuit debout.[access capability= »lire_inedits »] On peut en dégager quelques traits…

L’indistinction radicale

On l’a évoquée déjà. Cet idéal d’une démocratie parfaitement horizontale implique d’abord l’abrogation symbolique de toute forme de distinction hiérarchique. Cela produit une sorte d’assignation à l’indifférenciation, fonctionnant comme garantie du dogme égalitaire. Le fondamentalisme démocratique opère une synthèse inédite entre le collectif fusionnel et l’individualisme monadique. L’autovalorisation se travestit en valorisation du groupe ; le slogan « On vaut mieux que cela » emblématique au point de devenir un hashtag, exprime – plus encore que l’égalité – l’équivalence parfaite, donc la substituabilité des individus (vision qui explique la prédilection pour le tirage au sort). L’idée même d’un désaccord possible n’affleure pas. Le nous est dissous dans le je. Le fondamentalisme démocratique exclut de ce fait la vraie démocratie, qui passe par l’assomption du dissensus.

Cela est spectaculairement illustré par le choix fait sur nos places par les manifestants d’adopter le même prénom : « Moi je suis une des citoyennes comme tous les citoyens qui sont venus ce soir. Je ne vais pas forcément communiquer mon prénom. On s’appelle tous Camille ce soir, donc je suis Camille. »

Le meurtre symbolique des représentants

Le personnage le plus honni est celui qui prétend jouer un rôle de leader, c’est-à-dire qui tente d’influencer les autres pour les rapprocher de ses propres conceptions (« On a aucune idée de ce que c’est qu’une vraie démocratie comment on fait pour être autogéré… Euh… Comment on fait pour s’assurer que tout le monde est un citoyen politisé et qu’il est en mesure de prendre des bonnes décisions et qu’on n’a pas besoin de grands électeurs ou de personnes qui sont plus aptes à voter ou de représentants. »)

La théorie politique, depuis Aristote, en passant par Montesquieu et Rousseau, a bien repéré l’élément oligarchique que recèle toute procédure élective de désignation. La relation représentant/représenté implique de la verticalité. C’est donc logiquement que les nouveaux mouvements radicaux rejettent cette relation, et proposent des procédures relevant de la pure horizontalité, inadaptées aux sociétés d’aujourd’hui, comme le tirage au sort.

La vision binaire de la société

Les élus de toutes sortes sont assimilés aux autres élites ; celles de l’argent sont dénoncées dans le même élan : le film Merci patron de François Ruffin est un des emblèmes du mouvement. On voit bien ici la filiation entre ce fondamentalisme et le populisme : l’opposition pure et dure entre le peuple sain et les élites (forcément) corrompues. Eux et nous… Tout le traitement du film évoqué se focalise sur la personne de Bernard Arnault pour le ridiculiser (donc le ravaler à l’aune commune de cette horizontalité), sur un mode guignolesque.

Dans cette opposition binaire, le « eux » est perçu de façon plus que floue (« Contre cette oligarchie qui vous inflige des règles […] on est rien. Sauf que là je prends conscience qu’on n’est pas dix, qu’on est beaucoup en fait, on est beaucoup à penser la même chose et au moins à vouloir la même chose »). Parfois le « eux » est totalement désincarné, et devient « le système », sorte de contenant personnifié de toutes les élites indifférenciées (« Si j’étais le système je pousserais un grand ouf de soulagement. Le système n’a pas trop l’air d’avoir peur. Il est perplexe mais très franchement on ne le sent pas inquiet, il est même parfois méprisant »).

Le mythe de la parole confisquée

Nous vivons dans une société bavarde. Jamais les gens ne se sont tant exprimés, partout et à tout propos, à l’écrit comme à l’oral, avec les Smartphones et autres tablettes, les réseaux sociaux, les forums Internet, les sites des organes de presse, des partis politiques, etc. Les émissions de télévision ne se conçoivent plus sans les bandeaux déroulants en bas d’écran portant les paroles des internautes. Pourtant la complainte de la parole brimée, interdite est permanente (« L’indispensable besoin de libérer la parole, de s’exprimer après les mois gris et sourds de l’état d’urgence post-préattentats»).

La parole coule à flots, mais la frustration provient du fait que la culture conduisant à ce fondamentalisme produit des individus réfractaires au débat. La discussion est désormais inutile, voire dangereuse : le souci des organisateurs « spontanés » de Nuit debout de limiter de façon drastique le temps de parole se justifie en apparence par la volonté de permettre au plus grand nombre de s’exprimer ; mais la raison la plus forte, latente, inconsciente sûrement, est d’interdire tout développement d’une pensée qui pourrait ébranler celle des autres. De ce fait, sur la place de la République, comme ailleurs où sévit ce fondamentalisme, se juxtaposent des monologues, personne ne répondant à personne, chacun développant sa propre idée sans aucune considération pour celles qui ont précédé.

L’anti-intellectualisme vigilant

On le voit bien : des intellectuels (comme Frédéric Lordon) qui pourraient nourrir le mouvement Nuit debout d’un contenu doctrinal consistant se retrouvent dans une situation paradoxale : contraints à se fondre dans la masse, ils ne sont acceptés des foules debout qu’à condition de s’incliner pour pouvoir passer sous les fourches caudines de l’indistinction, sous peine d’être frappés d’ostracisme.

Le mythe de l’intelligence collective

La motivation, la bonne volonté, la morale même sont des gages suffisants pour participer à « l’intelligence collective », cet autre mythe tenace (« On a besoin de gens motivés, il n’y a pas besoin d’avoir de compétences… Tout le monde les a les compétences, il suffit juste qu’on t’ait expliqué une fois, deux fois, trois fois, quatre fois si il faut mais, donc tu comprends et qu’ensuite tu fais le pas.. »). Souvenir d’une proclamation d’un militant de Nouvelle donne, lors des toutes premières réunions locales de ce mouvement, approuvée dans l’enthousiasme, et qui lui a valu estime et gratitude : « Rappelez-vous que nous n’avons besoin de personne, nous avons le savoir en nous. »

Dans cette configuration, la vérité est assimilée à l’addition des convictions individuelles. La connaissance totale est censée se déduire de l’agrégation d’une myriade de connaissances partielles et microscopiques. La « synthèse » – tenue pour pensée du collectif – devient alors la juxtaposition décousue de formules creuses, alignées au feutre sur des paperboards (ou sur des Powerpoints quand traîne un vidéoprojecteur), d’objectifs arbitraires sans fil conducteur… Et ainsi le collectif phosphore, « brainstorme » en petit comité. Il est atteint de commissionite aiguë. Qu’on me pardonne ce néologisme : aucune autre expression ne permet de rendre compte de cette véritable fièvre inhérente aux nouveaux mouvements contestataires.

Le populisme est devenu culture dominante. La force du rejet des élites est telle qu’il a engendré ce nouveau fondamentalisme, dont les références sont des faits historiques très anciens qui, médiatisés par la société du spectacle, ont engendré de nouveaux mythes. La démarche rationnelle, critique, s’efface totalement derrière un pur système de croyances. L’impasse politique est évidente : sa virulence aggrave la crise de la démocratie représentative sans offrir la moindre amorce d’une alternative crédible.[/access]

>>> Retrouvez en cliquant ici l’ensemble de nos articles consacrés à Nuit debout.

Donald Trump: gare au recentrage!

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donald trump clinton fn republicains
Photo: Donald Trump. Sipa. Numéro de reportage : AP21895891_000001.

Lauric Henneton est maître de conférences à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, il est l’auteur d’une Histoire religieuse des Etats-Unis (Flammarion, 2012)

Daoud Boughezala. Une récente étude américaine qu’a relayée le site Slate.fr révèle que les électeurs de Donald Trump seraient plus riches et plus diplômés que la moyenne. A-t-on eu tort d’associer le phénomène Trump à l’Amérique périphérique en le comparant au vote FN?

Lauric Henneton. Non, c’est toujours une analyse valable. L’étude en question me semble assez contestable d’un point de vue méthodologique dans la mesure où elle comporte des biais importants. Mais c’est révélateur d’une tendance de fond: le « data journalism » est considéré comme le nouvel horizon indépassable du journalisme (et il produit en effet des études particulièrement utiles) donc ce qu’il produit est repris sans recul critique, tant que l’on peut générer du clic et donc des vues pour les annonceurs. Tout ce qui est contre-intuitif est bon à prendre, au moins dans la titraille. C’est donc d’abord lié à des problématiques propres à la presse en ligne. En plus, tout ce qui permet de « démystifier » Trump, c’est la cerise sur le gâteau.

Il faut aussi garder en mémoire qu’il s’agit d’une primaire républicaine et que cela a une double incidence : lors des primaires, la participation est très limitée, et elle est généralement liée aux revenus. Et c’est d’autant plus vrai du côté républicain. Il n’est donc pas surprenant que, dans l’ensemble, les électeurs des primaires républicaines aient des revenus supérieurs à la moyenne. Cependant, dans tous les Etats où l’on a pu noter de véritables disparités dans les revenus (donc sans compter les Etats où Trump l’a emporté dans toutes les catégories), Trump est systématiquement en tête chez les plus bas revenus et chez les électeurs dont le niveau d’éducation est le plus bas, ce qui est cohérent avec une main d’œuvre plus à même de se sentir vulnérable. À l’inverse, John Kasich, Jeb Bush et Marco Rubio dominaient assez clairement chez les plus hauts revenus et les diplômés de l’université, statistiquement moins susceptibles de voir leur emploi délocalisé en Chine ou au Mexique.

C’est en revanche maintenant et jusqu’en novembre que le combat pour les « working class whites », traditionnellement démocrates, va s’intensifier. Ils n’ont pas hésité à voter Reagan dans les années 1980 et en veulent aux Clinton d’avoir soutenu l’ALENA en 1994. Cela n’en fait pas des fidèles républicains pour autant, et ils pourraient voter pour Trump d’autant plus facilement que Trump est à la marge du Parti républicain. Enfin, le fait qu’il ne soit pas un homme politique de carrière ajoute à son pouvoir de séduction chez ces électeurs dont la mobilisation sera déterminante, particulièrement dans les Etats de la « Rust Belt » autour des Grands Lacs et jusqu’en Pennsylvanie.

La quasi-unanimité des médias français contre Trump se retrouve-t-elle en Amérique où on imagine Hillary Clinton très populaire auprès de l’intelligentsia médiatique ?

Le paysage médiatique américain est très complexe : certains médias clairement à droite et clairement pro-républicains ont été très virulents à l’encontre de Trump, ce n’est donc pas qu’une affaires de médias « bobos ». Certains magazines de gauche, comme The Nation, se sont prononcés pour Sanders, également. Il y a une certaine méfiance à l’égard d’Hillary Clinton : on n’est plus du tout dans l’Obamalâtrie de 2008.

Trump n’a d’ailleurs pas eu besoin de Clinton pour se construire un profil anti-élites, de même que Sanders a passé le plus clair de la primaire démocrate à critiquer les liens entre Clinton et « Wall Street ». Trump comme Clinton ne soulèvent pas l’enthousiasme, contrairement à Sanders par exemple, dont la base est plus proche de celle d’Obama en 2008. On peut vraiment parler de « fans ». Le vote Clinton sera probablement d’abord et avant tout un vote anti-républicain en général et anti-Trump en particulier, de même que le vote Trump, pour une part non négligeable de la nébuleuse républicaine, sera anti-démocrate en général, mais surtout anti-Clinton. L’un comme l’autre sont particulièrement impopulaires dans l’opinion, c’est assez rare à ce point (McCain et Romney ne soulevaient pas l’enthousiasme non plus, mais c’était à un niveau moindre).

À entendre les experts médiatiques comme Nicole Bacharan, les propos misogynes, provocateurs voire racistes de Trump le rendent de facto quasi-inéligible. Que pensez-vous de ce pronostic ?

Pour les mêmes raisons, auxquelles on pourrait ajouter son outrance, son teint carotte ou ses cheveux bizarres, Trump n’avait aucune chance lors de la primaire.  Pensez donc, face à un Bush, qui avait les réseaux et l’argent, ou à un Rubio, jeune, talentueux et hispanique, il fallait être totalement idiot pour miser un dollar sur Trump. Et puis il n’avait aucune chance face à Cruz, qui avait les évangéliques de son côté. Et souvenons-nous de Bush, quand même, ce sombre idiot n’avait aucune chance contre un patricien démocrate (francophone qui plus est) comme John Kerry ou encore un Al Gore. Et Reagan, cet acteur de séries B ringard, ce cowboy, quelle blague !  Et pourtant…

Une des principales curiosités de la séquence des primaires restera l’impunité devant le tribunal de l’opinion dont jouit Trump. A plusieurs reprises, on a dit qu’il ne se remettrait pas de telle ou telle outrance, qu’il avait (enfin ?) franchi la limite. Mais on connaît la suite. Il est donc probable que cela se poursuive, au moins dans une certaine mesure (ce qui n’exclut pas qu’il puisse effectivement aller trop loin). C’est précisément son côté transgressif qui le rend si populaire, avec son franc-parler. Les enquêtes révèlent les électeurs veulent un candidat « qui dit les choses comme elles sont », sans fard, et qui va à l’encontre du « politiquement correct ». Trump fait cela très bien. Et plus ça contrarie les élites américaines, plus ça marche. Ses outrances sont perçues comme un signe d’indépendance, cela confirme son statut de « maverick ».

Le risque pour lui se situe plutôt dans l’opération de lissage, de recentrage, qu’il a entamée dans l’optique de l’élection de novembre (il est revenu sur plusieurs propositions chocs en disant que ce ne sont que des suggestions). Ses électeurs des primaires pourraient s’estimer trahis, et pourraient décider d’aller à la pêche s’ils considèrent que, finalement, il est « comme les autres ». Mais il ne faut pas se tromper : beaucoup en France comme aux Etats-Unis refusent de voir la donnée suivante : partout où ces données ont un sens, Trump est en tête chez les républicains modérés et les indépendants, jamais chez ceux qui se décrivent comme « très conservateurs », sauf dans les Etats où il est tellement largement devant qu’il est en tête dans toutes les catégories. Tout cela n’a pas pour but de défendre Trump, mais plutôt d’inciter les observateurs à avoir un regard moins manichéen et méprisant sur ses électeurs. À ce titre, l’enquête de John Harris, du Guardian, dans l’Indiana, est remarquable. C’est une série d’entretiens qui ne prend pas ces électeurs de haut et laisse apparaître les subtilités et complexités du processus dont le vote Trump est le résultat final.

Mariage pour tous: une loi provisoirement définitive?

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Rassemblement de la Manif pour tous le 5 octobre 2014 à Paris (Photo : SIPA.00694669_000025)

Le 18 mai 2013 le président de la République promulguait la loi Taubira, au lendemain de sa validation par le Conseil constitutionnel. Le 29 mai, le premier mariage gay était célébré en grande pompe à Montpellier. Trois ans plus tard où en est-on ? Selon l’Insee, le nombre des mariages célébrés aurait fortement chuté sur une période récente passant de 7 367 en 2013, à 10 522 l’année suivante puis à environ 8 000 en 2015. Dans l’opinion publique, il semble que le prétendu « mariage pour tous » soit passé dans les mœurs ou tout du moins qu’une large part de ceux qui étaient en désaccord avec cette réforme sociétale aient opté pour la résignation. Faute de perspective réelle. En novembre 2014, 68% des Français se disaient favorables au mariage homosexuel et 53% à l’adoption par les couples de même sexe. Une évolution que Jérôme Fourquet, de l’Ifop, commentait en ces termes : «Quand le sujet revient au cœur de l’actualité l’électorat un peu mou et hésitant rebascule en effet dans l’opposition mais une fois que c’est voté et que la bataille est finie cet électorat flottant se rallie à la majorité et à la légalité.» Il est probable que, depuis lors, les chiffres n’ont pas changé.

C’est l’ouverture à la filiation qui continue de faire problème

De quoi conforter le discours officiel, porté par les médias, sur l’évidente modernité d’une « loi de progrès » qui restera sans doute la réforme emblématique du quinquennat. Pour autant, le doute demeure, ici et là, sur sa légitimité. Pour une minorité, on le sait, c‘est le principe même de l’union homosexuelle qui est inacceptable. Pour d’autres ce n’est pas tant la conjugalité homosexuelle qui fait question, que l’ouverture à la filiation qu’autorise le mariage, au-delà de la seule adoption des enfants biologiques de l’un des membres du couple. Non pas par défiance vis-à-vis de leur capacité à aimer ou élever des enfants, mais par choix « républicain » d’honorer tout autant une autre forme d’égalité des droits : ceux des enfants, garantis par une Convention internationale.

Au fond, le sondage commandé à l’Ifop à l’automne 2015, par Virginie Tellenne pour le collectif l’Avenir pour tous, n’était pas si loin de ce que je pense être l’état réel de l’opinion, lorsqu’elle échappe à la surenchère médiatique : 46% des personnes interrogées se disaient favorables au maintien tel quel de la loi, 32% souhaitaient sa réécriture vers un statut d’union civile sans filiation, 22% se prononçaient pour une abrogation pure et simple.

Le vrai consensus européen : le contrat d’union civile

On va m’objecter que je prends mes désirs pour des réalités. J’assume sans aucun état d’âme ! Car c’est là mon intime conviction. J’observe d’ailleurs que l’Italie vient d’opter pour un statut d’union civile qui, plus largement que le mariage, semble faire majoritairement consensus au sein des opinions publiques européennes, quelle que soit la disparité des législations.

Aller au-delà, même lorsque c’est politiquement possible, tient du discours idéologique sur un prétendu « sens de l’histoire » dont la portée universaliste reste à démontrer et dont on aimerait pouvoir débattre librement. Car, avec d’autres, je persiste à considérer que si l’institutionnalisation du couple gay est et restera un acquis[1. Ne serait-ce que parce que la sexualité a acquis une autonomie sans doute définitive par rapport à la procréation.], l’ouverture à la filiation, aujourd’hui avec l’adoption, demain avec le développement inévitable de la PMA-GPA ou de l’utérus artificiel, continuera à «faire problème» pour nombre de citoyens européens « progressistes » et hostiles – parce que progressistes – à la dictature d’un individualisme libertaire destructeur des liens sociaux[2. Une hostilité vis-à-vis des pratiques de procréation médicalement assistées qui vaut également pour les couples hétérosexuels.].

Je n’exclus donc pas l’hypothèse d’un revirement à venir des opinions publiques, exaspérées par les excès même d’une marchandisation du vivant, au détriment des enfants à naître. Et, pour ce qui est des couples gay, d’un retour de fait à ce à quoi on aurait dû s’en tenir : le contrat d’union civile, fût-ce sous le vocable maintenu de mariage. Ce retournement est-il imaginable à l’horizon de la présidentielle de 2017 ? C’est fort peu probable. Pour la raison même que je viens d’évoquer et qui suppose que nous fassions collectivement l’expérience des impasses éthiques dans lesquelles nous sommes engagés, au regard des progrès de la science, lorsqu’il font l’objet d’une application purement mercantile dans le domaine de la reproduction humaine. La prise de conscience prendra du temps, mais elle viendra !

Contenir les dérives du « droit à l’enfant » pour tous les couples

Par ailleurs, il est peu probable que cette question d’une abrogation ou d’une réécriture de la loi Taubira soit portée par les candidats à la présidentielle. Sûrement pas à gauche où un tel reniement est tout simplement impensable. Sans doute pas davantage à droite où aucun des candidats à ce jour en mesure de l’emporter ne s’est prononcé en ce sens[3. On a en mémoire le dernier revirement de Nicolas Sarkozy sur cette question, début 2016, après avoir concédé le principe de l’abrogation aux militants de Sens commun.], hormis Marine le Pen qui conforte là une forme de légitimité-séduction auprès d’une frange de l’électorat catholique[4. Même si, dans une déclaration récente, le numéro deux du FN, Florian Philppot ironisait sur cette abrogation jugée par lui aussi pressante que « la culture du bonzaï »…]. Et je puis comprendre la désespérance de l’Avenir pour tous qui continue, sur cette ligne de crête, à mener un combat mobilisateur courageux mais solitaire.

Trois ans après la promulgation de la loi instituant le « mariage pour tous », c’est donc le statu quo qui semble prévaloir. Sur fond de ressentiment et de désir de reconquête de la part d’une jeune génération de militants politiques et intellectuels issus des rangs de LMPT. Plus que le retour sur la loi elle-même, sans doute est-ce aujourd’hui le combat pour contenir les dérives du droit-à-l’enfant, aussi bien pour les couples homosexuels qu’hétérosexuels, qui a le plus de chances de trouver un soutien trans-partisan[5. On retrouve cette idée dans le projet politique des Poissons roses au sein du Parti socialiste.] parmi les citoyens de ce pays et de convaincre les candidats à la présidentielle de la plus grande prudence programmatique.

Ma manif à moi…

Le mariage pour tous est un débat auquel j’ai consacré, sur mon blog, une bonne vingtaine d’articles (voir l’onglet « Archives » de la page d’accueil, années 2012, 2013 et 2014), sans jamais être tenté, depuis lors, d’en faire une relecture globale.

Au printemps 2015 Virginie Tellenne, alias Frigide Barjot, m’a demandé de revisiter avec elle la manière dont j’avais vécu ces événements, pour son livre L’humain plus fort que le marché (Ed. Salvator) paru à l’automne de la même année. C’est cet entretien que je propose, aujourd’hui sur mon blog, en intégralité et en cinq parties. Moins pour relancer le débat que pour témoigner d’un itinéraire personnel.

1 – Un observateur engagé
http://www.renepoujol.fr/entretients/un-observateur-engage/

2 – Un petit tour et puis s’en va
http://www.renepoujol.fr/entretients/ma-manif-a-moi-2…r-et-puis-sen-va/

3 – Eglise : le débat impossible
http://www.renepoujol.fr/entretients/ma-manif-a-moi-3…debat-impossible/

4 – Préserver les droits des enfants
http://www.renepoujol.fr/ma-manif-a-moi-4…roits-de-lenfant/

5 – Abroger, ne pas abroger…
http://www.renepoujol.fr/entretients/ma-manif-a-moi-5…r-ne-pas-abroger/

 

L'humain plus fort que le marché

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Voyage au bout de la Nuit debout

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nuit debout republique mailhot
Quatrième soirée de Nuit debout (avril 2016). Photo: Anthony Mikaleff/ Haythem-REA.

J’avoue. Aux prémices, comme beaucoup, j’ai suivi le mouvement Nuit debout… assis, voire totalement avachi sur mon canapé à zapper sur une des trop nombreuses chaînes d’info qui irriguent mon dépit en continu.

Pour ceux de mon espèce, la révolution est comme le sport : un loisir à usage cathodique.

Cependant, par souci d’éthique, et surtout à la demande d’Élisabeth Lévy à qui je ne sais rien refuser, j’ai décidé de me rendre place de la République, mesurer l’écho de ce grand chaos annoncé, observer les damnés de l’asphalte.

C’était beau ! On aurait dit une expo sur l’héritage positif du communisme financée par la fondation « éthique » de Google. Que des altermondialistes en Stan Smith. Un instant, j’ai eu le sentiment de participer à un happening culturel subventionné par la Mairie de Paris.

Des rebelles Montessori, des sans-dents à l’haleine fraîche. Une sorte de fête de l’Huma mais gratuite. On se serait cru en 1789, mais version bio. Place de la république, on entendait la foule gronder au cri « Le peuple a faim. On veut du pain. Oui… mais sans gluten ! »

Partout des insoumis. Direct, j’en ai repéré un. Tellement antisystème, qu’il a déclaré refuser acheter l’iPhone 6, en brandissant un panneau « Snapchat ne passera pas par moi ! »

Un autre, véritable publicité pour GQ, le Biba des bobos, portait sur lui toute la misère sociale du tiers-monde. Un jean Zadig & Voltaire made in India, des New Balance fabriquées en Chine, un sac à do bio assemblé au Pakistan à base de poils pubiens locaux, une veste éco-responsable brodée à la main par des petits Cambodgiens leucémiques. Soit l’équivalent du salaire annuel de toute la masse salariale d’une usine de textile au Bangladesh. Sapé comme un clodo, mais pour le prix d’une Twingo neuve.[access capability= »lire_inedits »]

C’est alors que j’ai trébuché devant Camille, un indigné, qui préparait une conférence citoyenne diffusée via Périscope. Il appelait cela la démocratie « vivante », par opposition à la moribonde démocratie élective. On aurait dit une retransmission télé des débats à l’Assemblée nationale. Ça parlait beaucoup et il ne se passait rien…

Je me suis alors immiscé dans l’atelier politique du jour : « le travail le dimanche ». La majorité était contre, estimant qu’avant d’évoquer le travail le dimanche, il faudrait penser à résoudre celui du chômage le reste de la semaine. Position légitime de bon sens. Face à l’absence de contradiction, j’ai osé : « Nous sommes dans un pays laïque, y a pas de raison que ce soit toujours les curés qui fassent du fric le dimanche »… Le bide. J’ai évité de justesse la finkelkrautisation.

Plus loin s’est offert à moi le spectacle enchanteur de deux tribuns : « C’est le grand débat », clamait l’agora. Enfin ! De la confrontation, de la controverse, de la saine démocratie qui saura faire émerger LE modèle de demain, me suis-je dit en roulant une pelle à un couple de lesbiennes manifestement hétéros. Et là, écrit au fusain sur une vieille cagette de Franprix, j’ai découvert le thème de la joute « l’antispécisme va-t-il cannibaliser le véganisme ? » Du coup, j’ai fini discrètement mon kebab…

Plus loin encore, des féministes émasculaient une peluche en forme de pénis en s’indignant qu’un « veilleur » du front de gauche ait oublié sur un tract d’accorder au féminin un participe passé. Elles criaient au sexisme et promettaient de retrouver cette ordure phallocrate et de lui greffer une grammaire préfacée par Simone de Beauvoir sur la biroute.

L’Obs sous le bras, un rescapé de mai 68 s’indigne : « Il n’y a plus de jeunesse ! Avant ils voulaient baiser, maintenant ils veulent bosser », juste avant de s’engouffrer dans sa Porsche Cayenne, direction le salon business d’Orly Sud pour s’envoler et refaire le monde dans un riad à Marrakech.

Plus tard dans la soirée, un orchestre amateur interprétait la Symphonie du Nouveau Monde. J’ai profité de l’émotion collective pour rouler une pelle à une touriste américaine à qui j’ai offert une bougie #jesuischarlie, piquée sur la statue centrale.

Enfin, j’ai échangé avec un leader non déclaré : « L’objectif de #nuitdebout est de proposer une alternative citoyenne à la société actuelle. » Il m’a alors proposé de prendre un rail de coke. J’ai dit O.K. Une heure après, on s’est retrouvé sur un réverbère à parler de décroissance : « En tant que digital native, nous n’acceptons pas la paupérisation de la génération Y. Tu veux qu’on partage un Uber ? »

Bref, partout cela sentait la révolte de la gauche ! Enfin… plus la gauche qui lit Zola que celle qui vit à la Germinal. Plus celle qui porte une liquette Agnès B homme, se saoule au Spritz et s’envoie des tapas de buffala parfumées à l’huile de truffe. Pas celle qui se parfume au Drakkar Noir en bouffant des Churros au cul d’une Dacia d’occasion pour éponger sa 8,6 et son chagrin.

Jamais je n’aurai pensé rencontrer autant de graphistes, web designers, community managers, blogueurs et autres consultants e-business ailleurs que sur mon profil FB.

En revanche, pas un ouvrier du Nord de la France en attente de délocalisation de son usine dans une filière low cost en Roumanie, pas un chômeur en reclassement à qui on vient de proposer une 23e formation qui va découler sur une 24e, pas un jeune de cité sous perfusion de RSA et adepte du CV anonyme.

Ce sont toujours ceux qui sont déjà propriétaires de la planète qui refont le monde. Les autres… n’ont pas le réflexe.

Décidément les tenants de la classe populaire n’ont aucune conscience politique. Ils préfèrent se lever tôt que de préparer le Grand soir. Fachos de pauvres !

Oui, j’exagère… évidemment, la réalité n’est pas aussi commode que cette petite satire. Mais le rôle du caricaturiste n’est-il pas de grossir le trait pour mieux en saisir le vif ?

Cette aspiration à une démocratie éveillée me semble une bonne chose, cette appétence retrouvée pour le pluralisme ravit le libertaire que je suis, et ce crachat sur la médiacratie n’est pas pour me déplaire. Mais quand on y regarde de plus près, la réalité semble moins rêveuse…

Car en poursuivant mes déambulations dans ce temple dédié à l’altérité, l’amour de l’autre et le vivre-ensemble, j’ai observé qu’au final – et comme à l’accoutumée – chacun venait surtout défendre sa petite cause, sa petite différence, sa grande certitude face à l’incertitude.

À se demander si la place de la République ne va pas bientôt être renommée la place du Hashtag ; s’il ne faudra pas bientôt remplacer au fronton des mairies, le triptyque républicain par un Tous égaux, chacun pour soi !

Épilogue. Retour de ma Nuit debout, maison, petit-déjeuner, chaîne d’info, reportage place de la République, je zappe. D’autres images. Des migrants qui tentent de quitter la misère sur des embarcations de fortune. Décidément le monde est mal fait. D’un côté, on retrouve ceux qui cherchent à sortir désespérément de la société de consommation et de l’autre ceux qui désespèrent d’y rentrer.

Et si j’allais un peu dormir. C’est déjà un bon début.[/access]

>>> Retrouvez en cliquant ici l’ensemble de nos articles consacrés à Nuit debout.

Reprise des hostilités: #jesuisbarbu

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Black M: la victoire de Verdun

299
verdun black m antiracisme
Sipa. Numéro de reportage : 00569914_000023.

La première fois une tragédie, la deuxième fois une farce. Et la troisième – ou en l’occurrence la centième –, comment la qualifier ? Une énorme galéjade ? Le canular du siècle ? Je l’avoue, la nouvelle poussée de fièvre antifasciste, à propos de l’annulation du concert de Black M à Verdun, me tire des larmes de rire. À chaque nouvelle déclaration indignée pour défendre un chanteur de variété rap pour ados qui, dans sa jeunesse, chantait sa détestation de son pays de kouffars, je n’en crois pas mes oreilles : là, ils le font exprès, ça ne peut pas être sérieux. Ces gens bien habillés, de gauche (ou de la bonne droite qui n’a pas tardé à rallier cette croisade hautement comique), ne peuvent pas croire aux fadaises qu’ils débitent au kilomètre. Pour l’instant, ma préférée, c’est la ministre de la Culture qui a parlé d’ « ordre moral nauséabond », on notera une certaine recherche dans l’assemblage des mots-clés. Juste après, arrive le secrétaire d’Etat aux Anciens combattants, dont on aimerait savoir ce qu’il avait fumé quand il a déclaré : « C’est  le début du totalitarisme et je dis que c’est vraiment le fascisme qui nous attend »… Mais entre Jack Lang, Christiane Taubira, Benoist Apparu et quelques autres, la compétition pour la plus grosse énormité sur le sujet est serrée.

Faire la fête à Verdun, il fallait l’inventer

On dirait bien que tout ce monde ne touche plus terre, en tout cas, pas celle de France, pour ne pas comprendre à quel point l’invitation du rappeur heurtait la décence commune et la mémoire des poilus, et ceci, bien au-delà du FN, et même de la droite – sauf à considérer que Natacha Polony ou Régis de Castelnau soient de droite. Beaucoup de Français de toutes origines et de tous horizons ont le cœur serré quand on évoque les soldats sacrifiés de Verdun. « Faire la fête » à Verdun, il fallait l’inventer. Et après ce sera quoi, le festival d’Auschwitz ? Rave à Austerlitz ? (Ah non, c’est vrai, on ne commémore pas les victoires…) Mais qu’en plus, on choisisse un artiste qui exprime pour son pays des sentiments aussi délicats que Black M montre en quelle estime on tient la nation que l’on prétend honorer et rassembler. Il est proprement scandaleux que la Mission du centenaire, bras armé et financier de l’Etat pour les célébrations, ait accordé 67 000 euros de subventions à un événement qui n’a strictement rien à voir avec l’histoire.

Significativement, notre Voltaire du 9-3 n’a trouvé, pour mobiliser ses partisans, qu’un argument : « Venez, on va bien s’amuser ! ». Sans doute a-t-on eu peur d’ennuyer les jeunes gens (Français et Allemands) conviés pour leur édification, et pour incarner en quelque sorte un devoir de transmission, avec trop de discours et trop de gravité. Tout ce passé, sans la moindre touche festive, cela devait sembler atrocement ringard aux organisateurs.

Antifas de tréteaux

C’est une classique, plus nos antifas de tréteaux se sentent minoritaires, plus ils enragent, trépignent et insultent. Tout en rivalisant de dinguerie dans la dénonciation de la « haine raciste » qui les aurait obligés à annuler le concert, ses initiateurs se rejettent la responsabilité de l’idée les uns sur les autres. Le maire de Verdun, Samuel Hazard jure qu’elle vient de Paris, la Mission du centenaire qu’elle émane de l’agglomération du Grand Verdun et la rumeur parisienne que l’Elysée n’y est pas étranger. C’est pas moi, c’est l’autre. Face à une bronca qui ne vient évidemment pas de la seule extrême droite, ils ont prudemment – et sagement – capitulé en rase campagne mais bien sûr, ils n’assument ni l’invitation, ni son annulation. Et pour noyer le poisson de leur défaite, ils traitent tous leurs contradicteurs de fascistes. N’empêche, peut-être se sont-ils dits qu’une manif d’anciens combattants au milieu des célébrations, ce ne serait pas génial pour la photo.

Le plus désopilant, comme me le souffle l’ami Gérald Andrieu, c’est que ces antiracistes de choc sont en réalité des racialistes primaires. Parmi les détracteurs de Black M, pas un seul n’a évoqué la couleur de sa peau. Tous se sont référés à ses chansons et déclarations. En revanche, ses défenseurs ne voient pas en lui un chanteur passible de critique, mais un Noir, et seulement un Noir – donc une victime.  Et comme ils ne voient que cela, ils croient que tout le monde est comme eux et que ceux qui attaquent Black M sont forcément des racistes. Au fait, qui est obsédé par la race ?

La lâcheté a gagné

En réalité, ces éructations qui visent à masquer leur défaite en rase campagne n’ont plus la moindre importance et du reste, nos résistants ne semblent pas avoir pris de mesures particulières pour combattre le fascisme qu’ils voient à nos portes (si ça devait vraiment se produire, mieux vaut ne pas trop compter sur eux). La bonne nouvelle, en plus de leur capitulation elle-même, c’est qu’ils ont réussi à démonétiser complètement les invectives qu’ils aiment le plus. Etre traité de facho, ça fait maintenant rigoler tout le monde. Et tant pis si, à Verdun, ce n’est pas le bon sens, mais la lâcheté qui a gagné. En attendant, en fait de reconquête, nos honorables gouvernants ont surtout réussi à montrer qu’ils n’avaient pas la moindre idée de qui sont ceux qu’ils gouvernent.

La flûte… enchantée Monsieur

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(Photo : SIPA.REX40197982_000001)

J’arrive cette semaine bientôt à ma trentième tranche de blog. Comme promis, je vais la livrer bilingue – en chinois et en français – sur un thème amusant, culturel et coquin, pour le plaisir de mes lectrices et lecteurs français et taïwanais (et même chinois, puisque j’en ai aussi).

Je peux dire du bien du texte qui suit car il n’est pas de moi, mais de mon amie Juliette — qui est musicienne. Il s’agît donc de « bonnes feuilles » (comme on dit dans l’édition et la presse) pour annoncer un ouvrage qui sera imprimé ou mis en ligne sur un site web, ou les deux. Mais on peut penser que la version chinoise sera reprise et circulera plus facilement en Chine électroniquement que sous forme de livre illustré. A Formose ce ne sera pas un problème : la liberté de la presse et de la librairie est une réalité, y compris pour les images érotiques.

En dévoilant dans mon blog cette introduction, je répond non seulement à la demande de ceux de mes lecteurs qui ont manifesté un intérêt certain pour les quelques tranches qui ont traité précédemment de sujets un peu lascifs et distrayants.

Je réponds également à une question qui revient sans cesse dans les conversations en ville : oui, les jeunes Asiatiques sont heureuses à Paris ; et c’est la raison pour laquelle elles y viennent si nombreuses. Lâchons le mot : elles y mouillent leur culotte avec allégresse.

Il y eut une époque où les futurs dirigeants du Parti communiste chinois dans la jolie ville de Montargis venaient apprendre le français, à l’initiative du premier anarchiste chinois Li YuYing [李煜瀛] (Li ShiZeng [李石曾]) parce que la France de la IIIe République apparaissait comme le pays des droits de l’homme et de la liberté. Le résultat en matière de droits de l’homme et de liberté n’a pas été au rendez-vous en Chine par la suite avec ces élèves-là. Hélas. Il a sans doute manqué quelque chose dans la pédagogie sociale et révolutionnaire de cette époque.

Aujourd’hui les jeunes Japonaises qui viennent en France (et après elle sont venues les étudiantes taïwanaises et les étudiantes chinoises) sont plutôt sensibles à l’héritage de Marie-Olympe de Gouges et aux droits des femmes. Parmi ces droits imprescriptibles, comme Marie-Olympe sut l’écrire avec talent, il y a le droit de choisir ses compagnons et d’en changer comme bon vous semble.

Parce qu’ il faudrait une livraison complète de Causeur pour réciter ses textes, je ne citerai pas ici la femme française exemplaire (guillotinée par des «peine-à-jouir» anti-féministes en novembre 1793) que les présidents de la République successifs n’ont pas encore osé admettre au Panthéon.

Je me contente donc de laisser mon amie Juliette expliquer comment, en attendant que Marie-Olympe y soit admise, une jeune Taïwanaise se prépare à jouer les partitions pour flûte(s) — et turlutte — qui accompagneront cette célébration.

 

Juliette Wang
La Turlutte parisienne
Traduit du chinois par l’auteur, avec l’aide de Luctère Pouzargues

Introduction à ma « Flûte enchantée »

Juliette n’est pas mon nom taïwanais bien sûr, mais celui que j’ai choisi en arrivant à Paris parce que mes amis français avaient un peu de mal avec la prononciation de celui que m’ont donné mes parents.

Je suis flûtiste, et c’est pour me perfectionner que je suis venue en France.

J’ai été très rapidement et souvent draguée par un grand nombre de Français, quelques Françaises, et pas mal d’étrangers habitant au bord de la Seine. Il devenait difficile de faire le tri et il me fallu mettre un peu d’ordre dans tant de passions amusantes et agréables, en marge de mes classes et de mes répétitions.

C’est ainsi que m’est venue l’ide de demander un petit gage à tous ceux qui me proposaient le droit de fleureter avec moi, un petit effort qui me donnait le temps de réfléchir, tout en m’aidant à constituer comme un « livre de souvenirs », un « liber amicorum » :

Intéressée par les curiosa, mais un peu intimidée par leur recherche dans les bonnes librairies, j’ai demandé à celles et ceux qui me faisaient leur cour de trouver une image érotique, de n’importe quel style, de n’importe quelle époque, feuillet isolé ou recueil coquin, chanson paillarde illustrée, ou autre.

Je promettais que si l’illustration était jolie, stimulante, j’inviterais son découvreur à me déshabiller et, s’il faisait bien l’amour chez lui, il aurait le droit de m’inviter à dîner et de recommencer chez moi.

Certaines des images ainsi offertes méritaient d’être encadrées et j’ai commencé par les punaiser sur les murs de ma chambre, tout d’abord dans l’ordre où elle me furent offertes.

Et puis je me suis rendue compte très vite que ces images dialoguaient entre elles, à travers les époques, en faisant rebondir les histoires qu’elles se racontaient les unes aux autres. De plus, chacune avait pour moi un parfum distinct, celui de l’homme (et quelquefois la femme) qui me l’avait offerte.

Assez souvent je me suis prise au jeu de changer leur séquence sur mes murs et dans mon couloir (quand le murs de ma chambre n’y suffirent plus). Mes amies et amis taïwanais venant dîner chez moi étaient tous très intéressés (sans doute un peu excités aussi) par ces images et – comme moi – se sont pris au jeu d’imaginer l’histoire cohérente qui pouvait les relier.

Ce livre est donc une anthologie, non scientifique (je n’ai pas fait de thèse sur les curiosa ! ) improbable car elle est le résultat du hasard de mes rencontres amoureuses, du hasard des découvertes que mes amantes et amants ont réalisées à ma demande.

C’est donc avec un certain scrupule que j’ai signé mon nom sur la couverture de ce tapuscrit. Les auteurs en sont, avant quiconque, les illustrateurs, dessinateurs qui ont signé ces images. Et puis, sans doute, juste après, les auteurs sont les amies et amies, amantes et amants, qui m’ont fait ces cadeaux. Je garde d’eux, au moment où je rentre à Taïwan,  un souvenir ému et reconnaissant. Ce livre leur est bien sûr dédié.

Je signe ce projet de livre parce que je suis un peu quand même responsable de cet assemblage d’images, de l’histoire un peu folle que j’ai imaginé pour les relier. Il est donc temps que j’explique le titre :

La turlutte est presqu’une onomatopée, d’ailleurs citée et expliquée – m’a fait remarquer mon ami musicologue J. – par Charles Nodier dans son Dictionnaire rasionné des onomatopées françoises : au départ il désignait le chant du serin puis les Italiens donnèrent ce nom à une sorte de petite flûte, de flageolet,  de fifre, aux sons aigus comme celui de l’oiseau.

D’Italie le nom passa en France où il est resté avec un sens un peu leste  : comme en chinois on dit «jouer de la flûte» pour une fellation, en français «jouer de la turlutte», «faire une turlutte», «turlutter» sont des expressions qui signifient donner du plaisir avec sa bouche, et sa langue.

Est-ce parce que je suis flûtiste ? J’ai toujours beaucoup aimé donner ce genre de plaisirs. Je mouille ma culotte dès que je lèche un vît :  j’aime beaucoup la surprise et l’émoi d’un  nouveau partenaire quand – sans lui laisser le temps de m’embrasser dans la bouche – j’ouvre sa braguette et que je le suce sans délai.

J’explique, quand je reprends ma respiration, que c’est par le pénis que je souhaite commencer à faire connaissance, et que ce sont le goût du gland – et la célérité de la verge à entrer en érection – qui vont décider de la suite de nos relations,  et de nos ébats.  J’adore les vîts secs et mutins. Je ne m’en lasse pas.

Ma première impression d’une bite, son goût, sa texture, son parfum, est rarement prise en défaut par la suite. Et,  quand du sexe je remonte vers la bouche,  pour un baiser plus classique, c’est souvent une simple confirmation que j’éprouve et que je ressens.

C’est alors le moment d’un rafraichissement, ou d’une tasse de café ou d’un verre de vin, celui de demander le prénom de mon nouveau partenaire et de lui suggérer de me déshabiller, lentement, et de me faire connaître un premier orgasme avec sa langue.

Ma maman m’a toujours recommandé de n’accepter aucune pénétration avant un ou deux orgasmes offerts par la langue du partenaire.

Elle ajouta même sagement lors de notre conversation à Taipei la veille de mon départ pour Paris : «Pas de privilège vaginal, ni anal, avant d’avoir joué de la flûte jusqu’à la coda ! Avale le sperme de ton nouvel ami avant de l’autoriser – une fois qu’il bandera à nouveau – à franchir le seuil de ta maison par devant, ou entrouvrir la fenêtre par derrière. Cette deuxième bandaison après la turlutte est plus posée, plus précise, moins hâtive, souvent plus heureuse».

J’ai eu la chance de toujours pouvoir dialoguer avec maman sur ces importantes questions à la fois sociales et intimes. Elle est gynécologue et sa spécilité l’a souvent conduit à connaître les misères sentimentales de ses patientes. C’est la raison pour laquelle elle pilota mes premières relations amoureuses par des conseils avisés, dont je lui suis restée très reconnaissante.

C’est donc à elle également que je dédis ce livre très parisien.

Juliette Wang

*
Une amie, comme tant d’autres Taïwanaises à Paris, prend plaisir à multiplier les rencontres amoureuses. Elle est féministe et me faisait remarquer que la fellation —— surtout si on entame une nouvelle relation ainsi, avant tout autre préliminaire —— peut donner l’impression d’une certaine soumission: la position la gêne, puisqu’il faut souvent s’agenouiller pour être confortable.

Elle remarque également que la plupart des hommes considèrent que la fellation est reçue comme un hommage rendu par la femme et – à cause de cela – elle en retarde toujours l’échéance, préconisant que ce soit à l’homme de s’agenouiller le premier entre les jambes de la femme et de commencer à faire les présentations par un long cunnilingus porté jusqu’à une première extase.

Je dois avouer que cette argumentation a ses mérites et se doit d’être citée ici comme une antithèse après la thèse. Mais mon introduction ne se veut pas une norme universelle. Elle vise simplement à relater mon expérience personnelle et comment tous les curiosa qui suivent se sont succédés sur mes murs – et dans ma vie sentimentale parisienne – en marge de mes cours de musique.

En tous cas personnellement, je n’ai jamais eu l’impression de me soumettre, d’être dominée, en pratiquant ainsi d’emblée une fellation. Est-ce parce que les flûtistes (comme les virtuoses du hautbois, de la clarinette, etc.) ont – dans tous les orchestres – une réputation d’excellence en cette discipline ?

La notion de domination, de soumission est une des plus subtiles à analyser dans les relations sexuelles et sentimentales. Est-ce parce que la femme est pénétrée par un mâle(souvent plus musclé et plus lourd) qu’elle est nécessairement soumise ? Et pourquoi dire que ce serait l’essentiel de son plaisir ?

En fait, bien souvent, la fellation, sert à redonner de la vigueur à une bite molle après l’orgasme et je retiens de mes expériences que le partenaire dominant dans un relation sexuelle est ordinairement la femme qui attend un, puis plusieurs, orgasmes —— que souvent l’homme peine à offrir à répétition. D’où la nécessité de prévoir deux garçons plutôt qu’un seul pour parer à toute défaillance.

La vérification la plus simple est d’attendre, pas bien longtemps, qui sera le premier à sucer les orteils : je ne déteste pas le faire ; mais j’attends toujours que ce soit mon partenaire masculin qui me suce le premier les doigts de pieds, longuement, sensuellement.

Et comme je ne suis pas unijambiste, j’apprécie quand mes deux pieds sont ainsi honorés dans le même moment par deux amants. Ce rituel accompli, les rôles sont symboliquement bien en place et alors — pendant le cunninlingus — mes doigts viennent caresser le crâne de mes amants pour leur manifester ma satisfaction et, quelquefois, ma reconnaissance.

*
Mes lecteurs l’auront compris, chacune de mes images correspond dans ma tête à des souvenirs précis que – grâce à ma flûte – je peux sans cesse rejouer. Les spectateurs de mes concerts ne peuvent pas le deviner, mais chaque partition dans mon répertoire de flûtiste, de concert autant qu’en chambre, correspond à un orgasme bien précis dans ma mémoire, et que tous les arias que je joue aujourdhui me font mouiller ma culotte grace à toutes mes turluttes parisiennes.

Je commence donc ci-après l’histoire de ma parisienne « flûte enchantée ».

 

尋找巴黎的魔笛 

我的本名當然不叫Juliette。來到法國之後,實在是受不了法國朋友用奇怪的口音叫我的中文名字,才入境隨俗選了個外文名字。

在巴黎進修直笛演奏 , 每天除了練琴之外 , 我還得應付各式各樣的街頭搭訕。不 管是地鐵上、公車上 , 就連週末去個塞納河邊野餐 , 也會有外地觀光客跑來攀談 兩句,數量之多,還不分男女,實在讓人吃不消,再加上音樂系的課業繁重。為了不 浪費時間,我只好想個有趣的方法來篩選對象。

我一向鍾情蒐集法國的情色圖書(curiosa),但一想到自己一個亞洲女孩獨自走進舊書店中,在大庭廣眾下翻閱情色書刊的樣子,只好打消念頭,轉而要求每一個和 我搭訕的對象必須先送給我一張圖片、一本畫冊、或是一首情色歌曲的插圖。 我先將這些圖片放在一本集郵冊大小的「花名冊」中,像是行家鑑賞珍品般一一 給予評價。只有那些評價高的 , 才能獲得一夜春宵的機會。如果第一次表現尚 可,才有第二次受邀來家中晚餐的特權。

隨著我的搜集越來越多 , 我便轉移陣地 , 將這些圖片依照先後順序釘在牆上。每 當我看著這面貼滿情色圖片的紀念牆時,似乎還能聞到每一張圖片散發出來的送 禮者的激情氣味。狹窄的牆面馬上就擠滿了情色圖片,我每隔一段時間就得將它們換位置擺放,最後只好移到走廊的牆上才貼得下。訪客們總是故作害羞地欣賞 著我的紀念牆嘖嘖稱奇,像我一樣試著將它們串聯起來,看圖說故事。

本書就像是一本集結了我的每一段戀愛故事、每一次情愛探索的直笛樂譜集(這 可不是一本研究 curiosa 的博士論文)。

即使本書由我署名,但它應該要獻給畫這些圖片的插畫家們,不知名的作者們,和 贈送給我的愛人朋友們。我一直念念不忘這些美好回憶和珍貴的禮物。

為本書署名的原因 , 也是我覺得自己多少對這些搜集來的影像 , 和我有些瘋狂的 故事情節做個交代:

研究音樂學的朋友J指出在Charles Nodier 的 Dictionnaire raisonné des onomatopées françaises 書中就已經解釋過「 turlutte」這個字的起源,在法文意指

金絲雀叫聲的狀聲詞。後來義大利人取其高音尖銳似鳥鳴的的特性,借稱為短小 的高音直笛。

這個名詞從義大利傳回法國後 , 意義卻變得有些輕浮 : 如同中文「吹簫」意指為 男性 口交,法文用語裡 「jouer de la turlutte」 、「faire une turlutte」 、 「turlutter」 也有異曲同工之妙。

難道因為我是直笛演奏家的關係,才讓我偏愛這類的「口技」?當我認識一個新 的男 人,在他還來不及親吻我的嘴脣時,我就已經興奮地把他褲子的拉鏈拉下來, 一嘴含上讓他措手不及。

容我向各位讀者解釋我的遊戲規則,我交朋友的方式就是如此單刀直入 — 從龜 頭的 氣味,直挺的陰莖來決定兩人是否有發展關係的可能。吸舔一根堅挺生硬 的陽具總能讓我精神百倍。

我會先用嘴來細細品嘗陰莖的味道、觸感和氣味 , 確認我的第一印象是否正確 , 才會轉入正戲。值得一提的是,這個方法至今還未失誤過。

好戲登場前 , 剛好來一杯咖啡或紅酒讓人喘口氣 , 而我這時候才會詢問新對象的 姓名,告訴他我在等著他溫柔的愛撫我,換他用舌頭給我第一次的高潮。

媽媽總是告誡著我 , 在性伴侶用舌頭帶給我兩次高潮前 , 絕不可輕易讓對方插 入。

在臺北時,她總是再三告誡:一曲未了 ; 還沒吞下對方的精液前,絕不可輕易讓他 溜入。第二次勃起的陽具通常會比第一次持久、耐操,更愉悅。

我很幸運母親是一位開明的婦科醫生 , 對於病患難以啟齒的隱憂瞭若指掌 , 這讓 她對我的豔史總是有著精闢的見解和指導,讓我一生受用不盡。

謹將此書獻給我的母親

王佳渝

*
我的女性朋友提醒我 , 口交時屈膝下跪的姿勢對他來說 , 就像是交往初期便向男 方繳械臣服一樣。

這位女權主義者也提到許多男性將「口交」這個行為視為女性對陰莖「致敬」 的表 現,這也是為什麼她總是遲遲不肯先為對方服務,堅持該是男性先跪在自己 雙腿間為自己獻上第一次口愛的高潮後,才能享受她的嘴上殊榮。

我必須承認這個論點有他的道理在,這也是為何我決定將此段收入本書讓讀者自 行比對判斷。但這篇引言不叫「泛談口交」。它只是為了向各位敘述我在法國 的情愛經歷 , 我的情色圖片收藏起源和我的音樂旅程 , 我從來沒有在口交過程中 感到過屈服或是被控制的感覺。可能跟我是直笛演奏家有關吧 ? 就像交響樂團 中的雙簧管或單簧管樂手一樣,我們都有著掌握這門演奏藝術的絕佳口技?

在性關係或戀愛關係中,征服與屈服一直是一個微妙難解的概念。難道因為女性 生理構造,被男性進入就是一種屈服順從?(通常男性體型總是比女性壯碩) 事實上我的經驗告訴我,在一段性關係中,其實女性才是佔上風者,「口交」這個行為, 是為了讓男性在射精後,重振雄風前還能滿足女性多次高潮的小技巧。 這也是 為什麼我一再強調兩男一女3P的重要性。

在一段關係中,如何辨認誰佔主導權,而誰又是屈服的那一方的簡單方式,其實是 看誰先吸允對方的腳趾而定。我從不排斥吸舔另一半的腳趾,但我總是等待對方先做,我再行動。

身為一個四肢健全 , 雙足俱在的成熟女性 , 這也是為什麼我特別喜愛同時有兩位伴侶 , 一人一邊照顧我的雙足。並且在男方為我口交時 , 用雙手溫柔地撫摸著他 們的頭,獎賞他們的精湛舌功。

讀者們應該能比我的聽眾更容易理解,每一場直笛演奏會時,每一次練習,每一首 演奏曲目都能喚醒我這些美好的高潮回憶,讓內褲浸濕在詠嘆調的節奏裡

讓我們開始「尋找巴黎的魔笛」吧。

Mort d’un voisin

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(Photo : SIPA.00519325_000008)

« Il jouait tout seul au Monopoly », c’est l’une des premières choses que l’on apprend au sujet de Roland, décédé une semaine auparavant, retrouvé la tête dans la gamelle du chien et fan irréductible de Mireille Mathieu. Roland était employé de nuit comme trieur de courrier, c’est son supérieur qui, le voyant manquer à son poste, a signalé sa disparition. Heureusement qu’il n’était pas encore à la retraite, il aurait pu rester comme ça longtemps ; mais il y était presque, il est mort si près du but.

Un voisin accro aux films X

Son voisin raconte son histoire, si tant est que Roland ait eu une histoire, une existence qui intéresse qui que ce soit. Nous sommes, en fait, plongés en pleine médiocrité acide – mais stérile. Le voisin est accro aux films X, s’est fait quitter par la femme de sa vie, virer de son travail, a pris de la bedaine et des habitudes d’alcoolique. Lorsque Roland meurt, il hérite de son caniche, pompeusement baptisé Mireille, et de l’urne premier prix contenant ses cendres. Commence alors pour lui une espèce de sortie des limbes de la dépression légère, une rédemption menée à la baguette par la masseuse coréenne de Roland, Chantal, coupe au bol et revendications féministes et diététiques en bandoulière.

Le voyage s’achève sur une plage de Dieppe, à l’aube, alors que le trio s’apprête à disperser clandestinement les cendres de Roland dans la mer, et que le voisin-narrateur porteur de l’urne se prend les pieds dans les galets. Le jour se lève, la marée monte et emporte en même temps que les cendres les soucis du quotidien, la Coréenne dit « bonjour » en coréen et pose sa tête sur l’épaule du voisin : générique de fin.

Comment (un peu) galvauder un bon sujet

Nicolas Robin tenait pourtant un bon sujet : une histoire qui parle à tout le monde, parce que nous avons tous un voisin dont on ne sait rien et qui parle à son chien, et un autre misérable, chômeur et alcoolique, qu’on évite de croiser – quand nous ne faisons pas partie d’une de ces deux catégories. Le problème est justement que nous connaissons tous la chanson. Et qu’à vouloir peindre la médiocrité ambiante qui se sent tout à coup pousser des ailes, on en arrive à un conte de fées improbable. Roland est mort est pourtant jalonné de portraits réalistes – et hilarants – que l’on croirait échappés de la série des Curriculum Vitae de notre ami Pierre Lamalattie. Voisine en gilet mauve et espadrille qui adore les mauvaises nouvelles, caissière psychologue jugeant les clients au contenu de leur caddie, grand-mère sénile, mère préparant des assiettes de crudités, sœur cadette hystérique, amis de lycée pères de famille portant leur progéniture comme des kangourous, piliers de bar, travestis… Tout est là, et bien dit.

Il lui manque une sortie de route, une vraie. Un tour de magie plus magique encore qu’à Hollywood, et que peut et pourra toujours réaliser la littérature. Une manière de sublimer la vie de Monsieur tout le monde autrement qu’en la racontant sur un style grinçant, qui est devenu le ton de la petite voix intérieure la mieux partagée du monde.

Roland est mort, Nicolas Robin, Ed. Anne Carrière, 2016.

Roland est mort

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121 curriculum vitae pour un tombeau

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Le pèlerinage «Summorum Pontificum» à Rome

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Une vue du sommet de la basilique Saint-Pierre de Rome (Photo : SIPA.AP21368383_000021)

Du 27 au 30 octobre prochains sera organisé, de Nursie[1. Nursie, en Ombrie, est la ville natale de Saint Benoît (480-547), l’un des grands fondateurs du monachisme. Saint Benoît qui a été proclamé « patron de toute l’Europe et héraut du christianisme » par Paul VI le 21 octobre 1964, affirme dans sa Règle que rien ne doit être préféré à la liturgie (opus Dei). À sa suite les Bénédictins ont veillé scrupuleusement au respect de celle-ci au sein de l’Église d’Occident. Ainsi ils ont, avec dom Géranger (1805-1875) notamment, remis en honneur le chant grégorien à la fin du XIXème siècle.] à Rome, le cinquième pèlerinage « Summorum Pontificum » en action de grâces pour la publication, le 7 juillet 2007, du motu proprio[2. Acte normatif pris par le pape « de son propre chef » pour préciser les règles d’administration et d’organisation dans l’Église catholique.] au même intitulé, qui a pleinement autorisé le retour de l’ancienne liturgie de l’Église catholique romaine. Pourquoi accorder une telle importance à la liturgie et à ce pèlerinage qui aspire à réunir cette année 4 000 personnes à la messe pontificale[3. La messe pontificale est la messe célébrée par un évêque en rite solennel.] célébrée en la basilique Saint-Pierre-de-Rome samedi 29 octobre[4. Dès le premier pélerinage (2012), la fin octobre a été choisie car elle correspond à l’une des grandes fêtes qui viennent clore l’année liturgique, celle du Christ-Roi et au jour anniversaire de la proclamation par Paul VI concernant Saint Benoît.] ?

En réalité, si ces fidèles d’octobre prochain ont pris cette initiative, c’est parce que plusieurs membres du gouvernement de l’Église avec à sa tête, un pape, Benoît XVI, ont souhaité restaurer la valeur magistérielle de l’ancienne liturgie permettant aux fidèles d’exprimer leur foi, leur espérance et leur charité par des gestes sacramentels qui les symbolisent avec la plus grande solennité dans le sens profond du terme. En latin, en effet, ad solennitatem ne veut pas dire « faste » mais signifie tout simplement que rien ne manque pour qu’une action liturgique et au-delà, juridique soit considérée comme valide. Cependant, il ne s’agit pas seulement de remettre en vigueur un mode d’expression publique de la vie de l’Église catholique sous prétexte qu’il aurait été aboli par le second concile de Vatican (1962-1965) – ce qui est d’ailleurs inexact, car elle n’a jamais été abrogé – mais de mettre en valeur l’importance de la liturgie grégorienne pour la vie de la foi.

Cette liturgie, qualifiée aussi d’usus antiquior par le décret d’application du motu proprio, remonte, estime-t-on, au moment où la liturgie romaine est passée du grec au latin, c’est-à-dire au milieu du IIIe siècle, puis s’est répandu dans les pays francs à l’époque carolingienne, et n’a jamais été interrompue. Elle était de règle, mais sans uniformité[5. D’autres rites latins existant parallèlement, les rites milanais ou ambrosien, mozarabe (wisigothique), et des usages particuliers subsistant dans les ordres religieux et de nombreux diocèses.], jusqu’au dernier concile.

Plus encore, Benoît XVI a voulu souligner que la liturgie n’est pas seulement un ensemble de règles réunies dans un cérémonial et destinées à déterminer le déroulement d’un culte, surtout s’il est public ; cette liturgie a aussi et surtout valeur de doctrine et d’expression de la vraie foi.

Certes, le caractère cérémoniel attaché à l’usus antiquior n’est pas ce qui fait son originalité fondamentale : toutes les religions mettent en valeur une liturgie qui est exprimée publiquement et à cet égard, n’aiment guère réduire celle-ci à une esthétique de récupération comme prétend le faire  notre modernité finissante. Seulement, dans l’Église catholique, tous les documents officiels ratifiés par le pape et ses « frères dans l’épiscopat » soulignent que la liturgie, par sa définition même, poursuit un impératif que l’on peut exprimer avec la concision bienvenue de la langue latine : Legem credendi statuat lex supplicandi (« loi de la prière règle la loi de la foi »), un adage tiré d’une lettre attribuée au pape Célestin 1er aux évêques de Gaule au Vème siècle. C’est de cette manière et dans ce contexte que la liturgie est un enseignement théologique très profond sur la grâce et le signe le plus visible – sacramentel, donc – de ce que l’on nomme le magistère de l’Église.

Il y a plus : à l’instar de l’encyclique Humanae Vitae, laquelle, publiée par le pape Paul VI en 1968, réaffirma un aspect fondamental de la discipline attachée au sacrement du mariage et montra ainsi que l’Église catholique gardait un cap identique du point de vue moral, n’en déplaisait à certains au nom d’une nécessaire modernité, Benoît XVI a voulu souligner que l’usus antiquior contient l’essentiel en termes de foi, espérance de charité et de morale pour  donner aux vertus ainsi pratiquées une valeur dogmatique et un soutien essentiel de la vie chrétienne.

Cette réaffirmation de la permanence de cet usus antiquior requiert un retour à une idée forte du magistère : tous les signes sensibles, toutes les symboliques utilisées dans les cérémonies sacramentelles, tous les gestes de cette liturgie (retourner l’autel « vers le Seigneur » (lux ex Oriente), pratiquer la communion à genoux sur la langue, réintroduire l’offertoire traditionnel en silence, faire le choix de la prière de consécration dite du « canon romain » et la réintroduction effective du latin et du chant grégorien) n’ont pas d’autre finalité que le service de ce magistère, celui-là même que les évêques et in fine le pape « gardien des clefs du Royaume des Cieux », enseignent à titre de doctrine concernant la morale et au-dessus de celle-ci, le contenu de la Révélation.

Même s’il s’agit d’une initiative venant du haut (une lettre pastorale du pape), elle reflète et formalise ce que des fidèles de plus en plus nombreux désirent fondamentalement pour participer de façon effective à la vie de cette société qu’est l’Église. Ce désir fondamental, c’est celui d’une « réforme de la réforme », qui consiste à colmater cette brèche catastrophique qui menace notre société occidentale depuis le milieu du XXème siècle. Cette brèche, c’est celle que dénonça par exemple Paul Claudel, témoin involontaire de certaines « expériences liturgiques » développées par les prêtres de la paroisse Saint-Séverin à Paris au début des années 50[6. Dans un article du Figaro littéraire du 29 janvier 1955 à propos de « La messe à l’envers ».], pour tourner résolument le dos à la tradition grégorienne…. et se tourner face au peuple en célébrant la messe ; c’est celle dénoncée par Agatha Christie en 1971[7. Un manifeste en forme de supplique adressée à Paul VI fut publié par le Times de Londres le 6 juillet 1971 et dans d’autres journaux du monde. La disparition de l’ancienne liturgie devint cependant effective dès le 28 novembre 1971 à quelques notables exceptions près, en Grande-Bretagne, justement.], avec l’appui de certains écrivains et musiciens de renom en Grande-Bretagne, tels Graham Greene, Colin Davis, Yehudi Menuhin pour souligner, en tant que catholiques, mais aussi protestants, orthodoxes, juifs ou agnostiques l’importance d’un « rite qui appartient à la culture universelle non moins qu’à l’Église et aux fidèles » et non à des liturgistes qui alors influents à Rome avaient suggéré à Paul VI de le faire disparaître purement et simplement. Au nom de la modernité, donc, ces liturgistes, qui ont longtemps gardé cette influence, avaient voulu profiter de la quasi-disparition de l’enseignement des humanités dans le monde occidental — en France, sans doute plus qu’ailleurs — pour torpiller le vaisseau — déjà fragile en ce siècle de bouleversements difficilement réparables — qu’était devenu le latin liturgique. Or cette langue était particulièrement apte dans la religion romaine à exprimer la prière publique ou les actes d’une société implantée dans une cité au sens antique du mot, avec toute la solennité requise et à annoncer ce que seront plus tard dans Rome devenue chrétienne, les sacrements de l’Église catholique.

Il faut le répéter : ce sont les fidèles eux-mêmes et eux d’abord — avec de solides soutiens issus de la curie romaine tels les cardinaux Brandmüller, Cañizares et Burke et parfois l’appui des évêques diocésains à forte personnalité tels Mgr Schneider, Mgr Sample, Mgr Negri —, des liturgistes, des directeurs de séminaire, des responsables d’instituts religieux séculiers ou réguliers, des séminaristes de toutes provenances qui, à travers ce que le latin liturgique contient en symbolique sacramentelle et solennelle dans l’expression de la foi, et en même temps dogme à vivre au quotidien, rejettent ce mouvement de profanation de la liturgie qui a traversé l’Église catholique de façon plus profonde que les autres religions invoquant le Christ à leur tête, comme les Luthériens et les Anglicans par exemple.

Ce pèlerinage d’octobre prochain va réunir tous ces fidèles qui savent que l’Eglise a tout à perdre de faire sienne, même au nom d’une « pastorale » d’accompagnement des pratiques du monde moderne, ce mouvement d’entrée massive du profane dans la liturgie. Cette pastorale en effet, faisant peu de cas de la liturgie en général, quelle qu’elle soit, et pratiquant aisément un mélange des genres, a voulu mettre de plain-pied la vie de tous les jours, pétrie de banalité, avec l’ordre du divin. C’est ainsi que la célébration eucharistique prend désormais la figure familière d’un repas pris en commun, avec des paroles de simple urbanité, des gestes de convivialité, le langage de tous les jours, autrement dit tout ce qui constitue la matière d’une pastorale vue comme une dynamique de la foi visant à donner à chacun selon ses besoins spirituels. Que vaut, dans ces conditions, cette pastorale liturgique ou plutôt para-liturgique sans le dogme retracé aussi solennellement qu’intimement par toutes les expressions de cet usus antiquior ?

À Rome, en cette fin octobre 2016, nous serons en présence de véritables pèlerins venus de tous horizons et de toutes catégories qui se règlent déjà et de façon paisible à l’usus antiquior en s’appuyant sur ce motu proprio, Summorum Pontificum. L’accueil officiel des pèlerins à Rome traduira une reconnaissance pleine et entière par les autorités du Vatican de l’usus antiquior qui sera appliqué à toutes les cérémonies qui ponctueront ce pèlerinage. D’ailleurs, cette reconnaissance sera formalisée comme les années précédentes par un message que le pape fera lire aux pèlerins au terme de la messe pontificale du 29 octobre.

D’ores et déjà cette démarche est l’une des manifestations de cette très grande fécondité qui annonce le catholicisme de demain, celui qui sera constitué par ce que l’on qualifie aujourd’hui de « forces vives ». En France, il s’agit par exemple des instituts et groupements de fidèles traditionalistes de toutes obédiences, les communautés dites du « renouveau », charismatiques ou non (Emmanuel, Opus Dei, communauté Saint-Martin…)[8. Sans parler des séminaristes qui, de plus en plus nombreux en France (ils représentent actuellement un cinquième de l’effectif total estimé à 700 candidats au sacerdoce), veulent aussi célébrer selon l’usus antiquior et d’un jeune clergé diocésain en pleine mutation, désireux de le mettre à l’honneur.]. On les retrouve dans les JMJ certainement mais aussi dans ces manifestations qui, réunissant une jeunesse en nombre, entend s’opposer au « mariage pour tous » et à toutes ces pratiques qui, reconnues à présent sinon encouragées par les législateurs nationaux ou les cours constitutionnelles, européennes ou internationales chargées du respect des droits fondamentaux, s’opposent délibérément à la loi naturelle, celle qui défend la vie à naître et rejette toute forme provoquée de fin de vie.

Car s’il est vrai qu’il y a près d’un demi-siècle, le catholicisme a largement emboîté le pas aux idéologies de 68, la mouvance Summorum Pontificum, dont le pèlerinage romain annuel est l’une des vitrines, participe avec ces autres aires catholiques au grand retour de balancier aujourd’hui partout observable.

Jean-Marie Poiré dans les couloirs du temps

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jean marie poire petits calins

Les Visiteurs 3 ne vous apprendront pas grand-chose sur la Révolution, prenez plutôt un aller direct vers le monde d’avant en regardant Les Petits Câlins. Le premier film de Jean-Marie Poiré est sorti sur les écrans en janvier 1978. Une époque fantasmagorique où Giscard était à la barre, Billancourt tournait à plein régime et Cloclo chantait Magnolas For Ever, ces musiques nouvelles qui, paraît-il, résonnaient comme des bruits de combats. C’était mystérieux comme un coucher de soleil sur des HLM ou le cri d’une mobylette bleue dans la nuit.

Entre le film d’auteur et le carton au box-office

Cette co-production entre la Gaumont et Yves Robert est à tomber par terre. Il y a dans cette comédie sentimentale qui titube entre le film d’auteur et le carton au box-office, la lumière gris clair d’une banlieue aujourd’hui disparue. Comme si Manchette et de Broca partageaient la même banquette en direction de Gif-sur-Yvette. La caméra légère, le ton aigre-doux, le style presque désuet donc indémodable sur fond de changement de société.

Un coup de maître que Poiré fils signe avec l’assurance du « débutant », habilement soutenu par la musique de Bryan Ferry et Roxy Music. Il filme cet instant où tout va chavirer vers un ailleurs mondialisé, les femmes tentent de se libérer en (sur)jouant l’indifférence, les hommes font la politique de l’autruche, la crise s’installe autour des villes et l’amour patine. On visite ce film comme on remonterait le temps. La première scène serait aujourd’hui coupée au montage pour incitation à la débauche ou atteinte aux bonnes mœurs écologiques. Un gros cube de marque Yamaha déboule plein gaz sur la voie Georges Pompidou, il zigzague, il klaxonne, il affole, il vibrionne. À son guidon, une fille en perfecto et santiags. Quand elle enlève son casque intégral rouge, vous ne donnez pas cher de votre peau. Dominique Laffin (1952-1985) ne vous laisse pas d’autre solution que de succomber à son charme. Pas de sommation, elle a tiré la première avec ses yeux revolver.

Traité sur la brutalité suave des filles des années 70

Il faudra un jour écrire un traité sur la brutalité suave des filles des années 70. Elles avaient l’érotisme chaste d’Arletty et le sourire triste des enfants du paradis. En jean, un rien débraillé, sans maquillage, d’un naturel cassant, elles incarnaient la femme en mouvement d’alors. Leur féminisme n’était pas aussi manichéen qu’on a bien voulu le raconter depuis. Poiré saisit magnifiquement cette bascule où la femme forte prend le pouvoir dans les rapports de séduction mais surtout où elle s’interroge sur le sens de sa vie dans une société consumériste. Les idéaux commencent à se faire la malle et le couple devient le dernier lieu des possibles. On suit les aventures de trois femmes (Dominique Laffin, Josiane Balasko avec son ancien nez et la regrettée Caroline Cartier). Elles vivent en colocation, Klapisch et son Auberge Espagnole n’ont rien inventé. Elles ont des boulots alimentaires : Balasko sert dans un restaurant universitaire, Cartier vend de la fripe aux puces et Laffin, la plus sauvage, la plus désirable, fait des enquêtes marketing en porte-à-porte, déjà les rêves de fichage sont en marche. Les excellents Roger Mirmont et Jacques Frantz, amants plus ou moins doués, sont de passage.

Pourvu que ça dure…

Le père de Laffin, monumental Jean Bouise, roule en Peugeot 504 et peint à ses heures perdues dans une zone pavillonnaire à se suicider sur le champ. Son épouse interprétée par Claire Maurier feint une grève de la faim en déshabillé de soie. On entend parfois des dialogues sortis du fond des âges : « J’ai vu un mec super, il bouffait un Wimpy (hamburger) ». Les filles achètent des badges à graver et des tee-shirts à imprimer pour arrondir leur fin de mois. Et puis, Dominique dans le rôle d’une divorcée, mère et motarde, arrache tout sur son passage. On est d’abord intrigué par cette voix grave, maladroitement posée dont le tressaillement sensuel ne vous quittera plus durant une heure et trente minutes et on voudrait que ce supplice dure encore, encore,…

Coffret DVD 5 films de Jean-Marie PoiréLes Petits Câlins, Retour en force, Les Anges gardiens, L’Opération Corned Beef et Twist again à Moscou – Gaumont.

Nuit debout ou le fondamentalisme démocratique

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(Photo : SIPA.AP21882387_000009)
Nuit debout à Paris, le 13 avril 2016 (Photo : SIPA.AP21882387_000009)

L’espace dans lequel se déploient les fondamentalismes ne se cantonne pas au religieux. L’économie en détermine un second champ. Un troisième s’affirme, dont le mouvement Nuit debout fournit la parfaite illustration.

Ce que l’on peut y voir et y entendre est un curieux mélange d’images et de mots d’épisodes révolutionnaires revisités au prisme des technologies contemporaines de communication : un remake composite d’épisodes de mai 1968, des indignés d’Espagne ou d’ailleurs, d’Occupy Wall Street, fondus en une compilation de tous les mouvements sociaux connus, de scènes historiques vues sur divers écrans (plus qu’apprises dans les livres d’histoire), le tout se condensant en une sorte de folklore festif.

Comme dans tout folklore, on y pratique le simulacre d’activités anciennes : ériger des tentes, monter une cantine, installer des générateurs pour faire marcher les micros, bricoler des tables, etc. Tout cela réalisé entre deux tweets… (« On pourrait apporter nos plantes », commente Édith en regardant le « château fort » qui s’érige sous ses yeux grâce à la débrouille d’une poignée d’étudiants en Beaux-Arts et du matériel de récupération[1. Toutes les citations sont des paroles de manifestants ; elles sont transcrites à partir de l’émission de France Culture « Sur les docs » du 12 avril, et, de la même chaîne, l’émission « Pixel » du 8 avril.]. On a parfois l’impression d’assister à des mises en scène commémorant les grandes commotions sociales sur le mode Puy du Fou. Cela a été jusqu’à l’érection de barricades – très éphémères – dans le quartier latin au son du très connu « Libérez nos camarades ». Ce nouveau fondamentalisme-là est clairement encastré dans la société du spectacle ; comme d’ailleurs le djihadisme.

Il est possible de déceler, au travers de la profusion de proclamations, de pratiques désordonnées, de slogans improvisés, de rites réactualisés, l’adhésion inconsciente à ce qu’il paraît pertinent de qualifier de fondamentalisme démocratique.

Alain Finkielkraut, victime du fondamentalisme démocratique

L’épisode du refoulement d’Alain Finkielkraut fournit une excellente démonstration d’une de ses représentations majeures : la parfaite substituabilité des acteurs. L’énergumène qui le bouscule et l’injurie se sent parfaitement habilité à le faire, au nom de tous ; la certitude d’incarner le mouvement l’habite. Dans son imaginaire, il est porteur du message de la « multitude » (aux dimensions modestes). L’éventualité d’un désaveu ne l’effleure pas. L’unanimisme se combine à l’individualisme. Tout fondamentalisme est fusionnel ; mais celui-ci fonctionne à l’envers des autres : c’est dans l’individu narcissique que se fond la collectivité.

Pour comprendre cette façon de penser, il conviendrait de faire le détour historique et théorique par la construction du second fondamentalisme : l’économique. Celui-là s’est sournoisement intériorisé dans les représentations les plus massives, les plus courantes, les plus banales. Quel en est le texte primitif ? Celui des théories classiques et néoclassiques du xixe siècle, éclipsées un moment par les astres marxistes et keynésiens, puis émergeant dans les différents courants du néolibéralisme fin xxe. Depuis quelques décennies ce texte est pris « à la lettre » alors que, d’une part, le monde a profondément changé, et que, de toute façon, il s’agissait de théories « pures » prétendant dévoiler les lois sous-jacentes de l’économie, et non rendre compte des détails contingents de son fonctionnement effectif.

Comme tout fondamentalisme, l’économique débouche sur des aberrations : l’amplification vertigineuse des inégalités, la part délirante des activités spéculatives, l’étendue des magouilles fiscales, etc. Mais le pire est son application à l’ensemble des institutions sociales : l’école, l’hôpital, la presse, la sécurité, le sport, l’art… Cela conduit à la désinstitutionnalisation, autrement dit à la désintégration sociale.

Le troisième fondamentalisme – le démocratique – découle de celui-là. Le populisme en est le terreau comme le fondamentalisme religieux est celui du djihadisme. Il se manifeste dans certains mouvements sociaux, et dans les nouveaux partis d’opposition radicale. Il est un produit du fondamentalisme économique en ceci qu’il en transpose un postulat essentiel : celui de l’individu autonome. L’homo œconomicus, en effet, est totalement libre de ses choix puisque ses préférences sont traitées comme de l’inné. Le transfert de cette vision dans la sphère du culturel donne le mirage d’un individu déjà formé, doté d’une disposition naturelle au libre-choix, constituant et reconstituant en permanence ses propres opinions, qui de ce fait deviennent des attributs (toujours provisoires) de son identité (changeante). Les théoriciens du libéralisme, puis du néolibéralisme du siècle dernier ont triomphé, non seulement du fait de l’adoption de leur vision par les responsables politiques, mais plus encore par cette conception de l’homme autonome et clos comme une monade, qui s’est imposée jusque dans l’intérieur de chaque conscience (ou presque !). Cela permet la vision fantasmatique d’une démocratie totalement horizontale, celle-là même qui sous-tend l’essentiel des comportements observables dans le mouvement Nuit debout.[access capability= »lire_inedits »] On peut en dégager quelques traits…

L’indistinction radicale

On l’a évoquée déjà. Cet idéal d’une démocratie parfaitement horizontale implique d’abord l’abrogation symbolique de toute forme de distinction hiérarchique. Cela produit une sorte d’assignation à l’indifférenciation, fonctionnant comme garantie du dogme égalitaire. Le fondamentalisme démocratique opère une synthèse inédite entre le collectif fusionnel et l’individualisme monadique. L’autovalorisation se travestit en valorisation du groupe ; le slogan « On vaut mieux que cela » emblématique au point de devenir un hashtag, exprime – plus encore que l’égalité – l’équivalence parfaite, donc la substituabilité des individus (vision qui explique la prédilection pour le tirage au sort). L’idée même d’un désaccord possible n’affleure pas. Le nous est dissous dans le je. Le fondamentalisme démocratique exclut de ce fait la vraie démocratie, qui passe par l’assomption du dissensus.

Cela est spectaculairement illustré par le choix fait sur nos places par les manifestants d’adopter le même prénom : « Moi je suis une des citoyennes comme tous les citoyens qui sont venus ce soir. Je ne vais pas forcément communiquer mon prénom. On s’appelle tous Camille ce soir, donc je suis Camille. »

Le meurtre symbolique des représentants

Le personnage le plus honni est celui qui prétend jouer un rôle de leader, c’est-à-dire qui tente d’influencer les autres pour les rapprocher de ses propres conceptions (« On a aucune idée de ce que c’est qu’une vraie démocratie comment on fait pour être autogéré… Euh… Comment on fait pour s’assurer que tout le monde est un citoyen politisé et qu’il est en mesure de prendre des bonnes décisions et qu’on n’a pas besoin de grands électeurs ou de personnes qui sont plus aptes à voter ou de représentants. »)

La théorie politique, depuis Aristote, en passant par Montesquieu et Rousseau, a bien repéré l’élément oligarchique que recèle toute procédure élective de désignation. La relation représentant/représenté implique de la verticalité. C’est donc logiquement que les nouveaux mouvements radicaux rejettent cette relation, et proposent des procédures relevant de la pure horizontalité, inadaptées aux sociétés d’aujourd’hui, comme le tirage au sort.

La vision binaire de la société

Les élus de toutes sortes sont assimilés aux autres élites ; celles de l’argent sont dénoncées dans le même élan : le film Merci patron de François Ruffin est un des emblèmes du mouvement. On voit bien ici la filiation entre ce fondamentalisme et le populisme : l’opposition pure et dure entre le peuple sain et les élites (forcément) corrompues. Eux et nous… Tout le traitement du film évoqué se focalise sur la personne de Bernard Arnault pour le ridiculiser (donc le ravaler à l’aune commune de cette horizontalité), sur un mode guignolesque.

Dans cette opposition binaire, le « eux » est perçu de façon plus que floue (« Contre cette oligarchie qui vous inflige des règles […] on est rien. Sauf que là je prends conscience qu’on n’est pas dix, qu’on est beaucoup en fait, on est beaucoup à penser la même chose et au moins à vouloir la même chose »). Parfois le « eux » est totalement désincarné, et devient « le système », sorte de contenant personnifié de toutes les élites indifférenciées (« Si j’étais le système je pousserais un grand ouf de soulagement. Le système n’a pas trop l’air d’avoir peur. Il est perplexe mais très franchement on ne le sent pas inquiet, il est même parfois méprisant »).

Le mythe de la parole confisquée

Nous vivons dans une société bavarde. Jamais les gens ne se sont tant exprimés, partout et à tout propos, à l’écrit comme à l’oral, avec les Smartphones et autres tablettes, les réseaux sociaux, les forums Internet, les sites des organes de presse, des partis politiques, etc. Les émissions de télévision ne se conçoivent plus sans les bandeaux déroulants en bas d’écran portant les paroles des internautes. Pourtant la complainte de la parole brimée, interdite est permanente (« L’indispensable besoin de libérer la parole, de s’exprimer après les mois gris et sourds de l’état d’urgence post-préattentats»).

La parole coule à flots, mais la frustration provient du fait que la culture conduisant à ce fondamentalisme produit des individus réfractaires au débat. La discussion est désormais inutile, voire dangereuse : le souci des organisateurs « spontanés » de Nuit debout de limiter de façon drastique le temps de parole se justifie en apparence par la volonté de permettre au plus grand nombre de s’exprimer ; mais la raison la plus forte, latente, inconsciente sûrement, est d’interdire tout développement d’une pensée qui pourrait ébranler celle des autres. De ce fait, sur la place de la République, comme ailleurs où sévit ce fondamentalisme, se juxtaposent des monologues, personne ne répondant à personne, chacun développant sa propre idée sans aucune considération pour celles qui ont précédé.

L’anti-intellectualisme vigilant

On le voit bien : des intellectuels (comme Frédéric Lordon) qui pourraient nourrir le mouvement Nuit debout d’un contenu doctrinal consistant se retrouvent dans une situation paradoxale : contraints à se fondre dans la masse, ils ne sont acceptés des foules debout qu’à condition de s’incliner pour pouvoir passer sous les fourches caudines de l’indistinction, sous peine d’être frappés d’ostracisme.

Le mythe de l’intelligence collective

La motivation, la bonne volonté, la morale même sont des gages suffisants pour participer à « l’intelligence collective », cet autre mythe tenace (« On a besoin de gens motivés, il n’y a pas besoin d’avoir de compétences… Tout le monde les a les compétences, il suffit juste qu’on t’ait expliqué une fois, deux fois, trois fois, quatre fois si il faut mais, donc tu comprends et qu’ensuite tu fais le pas.. »). Souvenir d’une proclamation d’un militant de Nouvelle donne, lors des toutes premières réunions locales de ce mouvement, approuvée dans l’enthousiasme, et qui lui a valu estime et gratitude : « Rappelez-vous que nous n’avons besoin de personne, nous avons le savoir en nous. »

Dans cette configuration, la vérité est assimilée à l’addition des convictions individuelles. La connaissance totale est censée se déduire de l’agrégation d’une myriade de connaissances partielles et microscopiques. La « synthèse » – tenue pour pensée du collectif – devient alors la juxtaposition décousue de formules creuses, alignées au feutre sur des paperboards (ou sur des Powerpoints quand traîne un vidéoprojecteur), d’objectifs arbitraires sans fil conducteur… Et ainsi le collectif phosphore, « brainstorme » en petit comité. Il est atteint de commissionite aiguë. Qu’on me pardonne ce néologisme : aucune autre expression ne permet de rendre compte de cette véritable fièvre inhérente aux nouveaux mouvements contestataires.

Le populisme est devenu culture dominante. La force du rejet des élites est telle qu’il a engendré ce nouveau fondamentalisme, dont les références sont des faits historiques très anciens qui, médiatisés par la société du spectacle, ont engendré de nouveaux mythes. La démarche rationnelle, critique, s’efface totalement derrière un pur système de croyances. L’impasse politique est évidente : sa virulence aggrave la crise de la démocratie représentative sans offrir la moindre amorce d’une alternative crédible.[/access]

>>> Retrouvez en cliquant ici l’ensemble de nos articles consacrés à Nuit debout.

Donald Trump: gare au recentrage!

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donald trump clinton fn republicains
Photo: Donald Trump. Sipa. Numéro de reportage : AP21895891_000001.
donald trump clinton fn republicains
Photo: Donald Trump. Sipa. Numéro de reportage : AP21895891_000001.

Lauric Henneton est maître de conférences à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, il est l’auteur d’une Histoire religieuse des Etats-Unis (Flammarion, 2012)

Daoud Boughezala. Une récente étude américaine qu’a relayée le site Slate.fr révèle que les électeurs de Donald Trump seraient plus riches et plus diplômés que la moyenne. A-t-on eu tort d’associer le phénomène Trump à l’Amérique périphérique en le comparant au vote FN?

Lauric Henneton. Non, c’est toujours une analyse valable. L’étude en question me semble assez contestable d’un point de vue méthodologique dans la mesure où elle comporte des biais importants. Mais c’est révélateur d’une tendance de fond: le « data journalism » est considéré comme le nouvel horizon indépassable du journalisme (et il produit en effet des études particulièrement utiles) donc ce qu’il produit est repris sans recul critique, tant que l’on peut générer du clic et donc des vues pour les annonceurs. Tout ce qui est contre-intuitif est bon à prendre, au moins dans la titraille. C’est donc d’abord lié à des problématiques propres à la presse en ligne. En plus, tout ce qui permet de « démystifier » Trump, c’est la cerise sur le gâteau.

Il faut aussi garder en mémoire qu’il s’agit d’une primaire républicaine et que cela a une double incidence : lors des primaires, la participation est très limitée, et elle est généralement liée aux revenus. Et c’est d’autant plus vrai du côté républicain. Il n’est donc pas surprenant que, dans l’ensemble, les électeurs des primaires républicaines aient des revenus supérieurs à la moyenne. Cependant, dans tous les Etats où l’on a pu noter de véritables disparités dans les revenus (donc sans compter les Etats où Trump l’a emporté dans toutes les catégories), Trump est systématiquement en tête chez les plus bas revenus et chez les électeurs dont le niveau d’éducation est le plus bas, ce qui est cohérent avec une main d’œuvre plus à même de se sentir vulnérable. À l’inverse, John Kasich, Jeb Bush et Marco Rubio dominaient assez clairement chez les plus hauts revenus et les diplômés de l’université, statistiquement moins susceptibles de voir leur emploi délocalisé en Chine ou au Mexique.

C’est en revanche maintenant et jusqu’en novembre que le combat pour les « working class whites », traditionnellement démocrates, va s’intensifier. Ils n’ont pas hésité à voter Reagan dans les années 1980 et en veulent aux Clinton d’avoir soutenu l’ALENA en 1994. Cela n’en fait pas des fidèles républicains pour autant, et ils pourraient voter pour Trump d’autant plus facilement que Trump est à la marge du Parti républicain. Enfin, le fait qu’il ne soit pas un homme politique de carrière ajoute à son pouvoir de séduction chez ces électeurs dont la mobilisation sera déterminante, particulièrement dans les Etats de la « Rust Belt » autour des Grands Lacs et jusqu’en Pennsylvanie.

La quasi-unanimité des médias français contre Trump se retrouve-t-elle en Amérique où on imagine Hillary Clinton très populaire auprès de l’intelligentsia médiatique ?

Le paysage médiatique américain est très complexe : certains médias clairement à droite et clairement pro-républicains ont été très virulents à l’encontre de Trump, ce n’est donc pas qu’une affaires de médias « bobos ». Certains magazines de gauche, comme The Nation, se sont prononcés pour Sanders, également. Il y a une certaine méfiance à l’égard d’Hillary Clinton : on n’est plus du tout dans l’Obamalâtrie de 2008.

Trump n’a d’ailleurs pas eu besoin de Clinton pour se construire un profil anti-élites, de même que Sanders a passé le plus clair de la primaire démocrate à critiquer les liens entre Clinton et « Wall Street ». Trump comme Clinton ne soulèvent pas l’enthousiasme, contrairement à Sanders par exemple, dont la base est plus proche de celle d’Obama en 2008. On peut vraiment parler de « fans ». Le vote Clinton sera probablement d’abord et avant tout un vote anti-républicain en général et anti-Trump en particulier, de même que le vote Trump, pour une part non négligeable de la nébuleuse républicaine, sera anti-démocrate en général, mais surtout anti-Clinton. L’un comme l’autre sont particulièrement impopulaires dans l’opinion, c’est assez rare à ce point (McCain et Romney ne soulevaient pas l’enthousiasme non plus, mais c’était à un niveau moindre).

À entendre les experts médiatiques comme Nicole Bacharan, les propos misogynes, provocateurs voire racistes de Trump le rendent de facto quasi-inéligible. Que pensez-vous de ce pronostic ?

Pour les mêmes raisons, auxquelles on pourrait ajouter son outrance, son teint carotte ou ses cheveux bizarres, Trump n’avait aucune chance lors de la primaire.  Pensez donc, face à un Bush, qui avait les réseaux et l’argent, ou à un Rubio, jeune, talentueux et hispanique, il fallait être totalement idiot pour miser un dollar sur Trump. Et puis il n’avait aucune chance face à Cruz, qui avait les évangéliques de son côté. Et souvenons-nous de Bush, quand même, ce sombre idiot n’avait aucune chance contre un patricien démocrate (francophone qui plus est) comme John Kerry ou encore un Al Gore. Et Reagan, cet acteur de séries B ringard, ce cowboy, quelle blague !  Et pourtant…

Une des principales curiosités de la séquence des primaires restera l’impunité devant le tribunal de l’opinion dont jouit Trump. A plusieurs reprises, on a dit qu’il ne se remettrait pas de telle ou telle outrance, qu’il avait (enfin ?) franchi la limite. Mais on connaît la suite. Il est donc probable que cela se poursuive, au moins dans une certaine mesure (ce qui n’exclut pas qu’il puisse effectivement aller trop loin). C’est précisément son côté transgressif qui le rend si populaire, avec son franc-parler. Les enquêtes révèlent les électeurs veulent un candidat « qui dit les choses comme elles sont », sans fard, et qui va à l’encontre du « politiquement correct ». Trump fait cela très bien. Et plus ça contrarie les élites américaines, plus ça marche. Ses outrances sont perçues comme un signe d’indépendance, cela confirme son statut de « maverick ».

Le risque pour lui se situe plutôt dans l’opération de lissage, de recentrage, qu’il a entamée dans l’optique de l’élection de novembre (il est revenu sur plusieurs propositions chocs en disant que ce ne sont que des suggestions). Ses électeurs des primaires pourraient s’estimer trahis, et pourraient décider d’aller à la pêche s’ils considèrent que, finalement, il est « comme les autres ». Mais il ne faut pas se tromper : beaucoup en France comme aux Etats-Unis refusent de voir la donnée suivante : partout où ces données ont un sens, Trump est en tête chez les républicains modérés et les indépendants, jamais chez ceux qui se décrivent comme « très conservateurs », sauf dans les Etats où il est tellement largement devant qu’il est en tête dans toutes les catégories. Tout cela n’a pas pour but de défendre Trump, mais plutôt d’inciter les observateurs à avoir un regard moins manichéen et méprisant sur ses électeurs. À ce titre, l’enquête de John Harris, du Guardian, dans l’Indiana, est remarquable. C’est une série d’entretiens qui ne prend pas ces électeurs de haut et laisse apparaître les subtilités et complexités du processus dont le vote Trump est le résultat final.

Mariage pour tous: une loi provisoirement définitive?

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(Photo : SIPA;00694669_000025)
Rassemblement de la Manif pour tous le 5 octobre 2014 à Paris (Photo : SIPA.00694669_000025)

Le 18 mai 2013 le président de la République promulguait la loi Taubira, au lendemain de sa validation par le Conseil constitutionnel. Le 29 mai, le premier mariage gay était célébré en grande pompe à Montpellier. Trois ans plus tard où en est-on ? Selon l’Insee, le nombre des mariages célébrés aurait fortement chuté sur une période récente passant de 7 367 en 2013, à 10 522 l’année suivante puis à environ 8 000 en 2015. Dans l’opinion publique, il semble que le prétendu « mariage pour tous » soit passé dans les mœurs ou tout du moins qu’une large part de ceux qui étaient en désaccord avec cette réforme sociétale aient opté pour la résignation. Faute de perspective réelle. En novembre 2014, 68% des Français se disaient favorables au mariage homosexuel et 53% à l’adoption par les couples de même sexe. Une évolution que Jérôme Fourquet, de l’Ifop, commentait en ces termes : «Quand le sujet revient au cœur de l’actualité l’électorat un peu mou et hésitant rebascule en effet dans l’opposition mais une fois que c’est voté et que la bataille est finie cet électorat flottant se rallie à la majorité et à la légalité.» Il est probable que, depuis lors, les chiffres n’ont pas changé.

C’est l’ouverture à la filiation qui continue de faire problème

De quoi conforter le discours officiel, porté par les médias, sur l’évidente modernité d’une « loi de progrès » qui restera sans doute la réforme emblématique du quinquennat. Pour autant, le doute demeure, ici et là, sur sa légitimité. Pour une minorité, on le sait, c‘est le principe même de l’union homosexuelle qui est inacceptable. Pour d’autres ce n’est pas tant la conjugalité homosexuelle qui fait question, que l’ouverture à la filiation qu’autorise le mariage, au-delà de la seule adoption des enfants biologiques de l’un des membres du couple. Non pas par défiance vis-à-vis de leur capacité à aimer ou élever des enfants, mais par choix « républicain » d’honorer tout autant une autre forme d’égalité des droits : ceux des enfants, garantis par une Convention internationale.

Au fond, le sondage commandé à l’Ifop à l’automne 2015, par Virginie Tellenne pour le collectif l’Avenir pour tous, n’était pas si loin de ce que je pense être l’état réel de l’opinion, lorsqu’elle échappe à la surenchère médiatique : 46% des personnes interrogées se disaient favorables au maintien tel quel de la loi, 32% souhaitaient sa réécriture vers un statut d’union civile sans filiation, 22% se prononçaient pour une abrogation pure et simple.

Le vrai consensus européen : le contrat d’union civile

On va m’objecter que je prends mes désirs pour des réalités. J’assume sans aucun état d’âme ! Car c’est là mon intime conviction. J’observe d’ailleurs que l’Italie vient d’opter pour un statut d’union civile qui, plus largement que le mariage, semble faire majoritairement consensus au sein des opinions publiques européennes, quelle que soit la disparité des législations.

Aller au-delà, même lorsque c’est politiquement possible, tient du discours idéologique sur un prétendu « sens de l’histoire » dont la portée universaliste reste à démontrer et dont on aimerait pouvoir débattre librement. Car, avec d’autres, je persiste à considérer que si l’institutionnalisation du couple gay est et restera un acquis[1. Ne serait-ce que parce que la sexualité a acquis une autonomie sans doute définitive par rapport à la procréation.], l’ouverture à la filiation, aujourd’hui avec l’adoption, demain avec le développement inévitable de la PMA-GPA ou de l’utérus artificiel, continuera à «faire problème» pour nombre de citoyens européens « progressistes » et hostiles – parce que progressistes – à la dictature d’un individualisme libertaire destructeur des liens sociaux[2. Une hostilité vis-à-vis des pratiques de procréation médicalement assistées qui vaut également pour les couples hétérosexuels.].

Je n’exclus donc pas l’hypothèse d’un revirement à venir des opinions publiques, exaspérées par les excès même d’une marchandisation du vivant, au détriment des enfants à naître. Et, pour ce qui est des couples gay, d’un retour de fait à ce à quoi on aurait dû s’en tenir : le contrat d’union civile, fût-ce sous le vocable maintenu de mariage. Ce retournement est-il imaginable à l’horizon de la présidentielle de 2017 ? C’est fort peu probable. Pour la raison même que je viens d’évoquer et qui suppose que nous fassions collectivement l’expérience des impasses éthiques dans lesquelles nous sommes engagés, au regard des progrès de la science, lorsqu’il font l’objet d’une application purement mercantile dans le domaine de la reproduction humaine. La prise de conscience prendra du temps, mais elle viendra !

Contenir les dérives du « droit à l’enfant » pour tous les couples

Par ailleurs, il est peu probable que cette question d’une abrogation ou d’une réécriture de la loi Taubira soit portée par les candidats à la présidentielle. Sûrement pas à gauche où un tel reniement est tout simplement impensable. Sans doute pas davantage à droite où aucun des candidats à ce jour en mesure de l’emporter ne s’est prononcé en ce sens[3. On a en mémoire le dernier revirement de Nicolas Sarkozy sur cette question, début 2016, après avoir concédé le principe de l’abrogation aux militants de Sens commun.], hormis Marine le Pen qui conforte là une forme de légitimité-séduction auprès d’une frange de l’électorat catholique[4. Même si, dans une déclaration récente, le numéro deux du FN, Florian Philppot ironisait sur cette abrogation jugée par lui aussi pressante que « la culture du bonzaï »…]. Et je puis comprendre la désespérance de l’Avenir pour tous qui continue, sur cette ligne de crête, à mener un combat mobilisateur courageux mais solitaire.

Trois ans après la promulgation de la loi instituant le « mariage pour tous », c’est donc le statu quo qui semble prévaloir. Sur fond de ressentiment et de désir de reconquête de la part d’une jeune génération de militants politiques et intellectuels issus des rangs de LMPT. Plus que le retour sur la loi elle-même, sans doute est-ce aujourd’hui le combat pour contenir les dérives du droit-à-l’enfant, aussi bien pour les couples homosexuels qu’hétérosexuels, qui a le plus de chances de trouver un soutien trans-partisan[5. On retrouve cette idée dans le projet politique des Poissons roses au sein du Parti socialiste.] parmi les citoyens de ce pays et de convaincre les candidats à la présidentielle de la plus grande prudence programmatique.

Ma manif à moi…

Le mariage pour tous est un débat auquel j’ai consacré, sur mon blog, une bonne vingtaine d’articles (voir l’onglet « Archives » de la page d’accueil, années 2012, 2013 et 2014), sans jamais être tenté, depuis lors, d’en faire une relecture globale.

Au printemps 2015 Virginie Tellenne, alias Frigide Barjot, m’a demandé de revisiter avec elle la manière dont j’avais vécu ces événements, pour son livre L’humain plus fort que le marché (Ed. Salvator) paru à l’automne de la même année. C’est cet entretien que je propose, aujourd’hui sur mon blog, en intégralité et en cinq parties. Moins pour relancer le débat que pour témoigner d’un itinéraire personnel.

1 – Un observateur engagé
http://www.renepoujol.fr/entretients/un-observateur-engage/

2 – Un petit tour et puis s’en va
http://www.renepoujol.fr/entretients/ma-manif-a-moi-2…r-et-puis-sen-va/

3 – Eglise : le débat impossible
http://www.renepoujol.fr/entretients/ma-manif-a-moi-3…debat-impossible/

4 – Préserver les droits des enfants
http://www.renepoujol.fr/ma-manif-a-moi-4…roits-de-lenfant/

5 – Abroger, ne pas abroger…
http://www.renepoujol.fr/entretients/ma-manif-a-moi-5…r-ne-pas-abroger/

 

L'humain plus fort que le marché

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Voyage au bout de la Nuit debout

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nuit debout republique mailhot
Quatrième soirée de Nuit debout (avril 2016). Photo: Anthony Mikaleff/ Haythem-REA.
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Quatrième soirée de Nuit debout (avril 2016). Photo: Anthony Mikaleff/ Haythem-REA.

J’avoue. Aux prémices, comme beaucoup, j’ai suivi le mouvement Nuit debout… assis, voire totalement avachi sur mon canapé à zapper sur une des trop nombreuses chaînes d’info qui irriguent mon dépit en continu.

Pour ceux de mon espèce, la révolution est comme le sport : un loisir à usage cathodique.

Cependant, par souci d’éthique, et surtout à la demande d’Élisabeth Lévy à qui je ne sais rien refuser, j’ai décidé de me rendre place de la République, mesurer l’écho de ce grand chaos annoncé, observer les damnés de l’asphalte.

C’était beau ! On aurait dit une expo sur l’héritage positif du communisme financée par la fondation « éthique » de Google. Que des altermondialistes en Stan Smith. Un instant, j’ai eu le sentiment de participer à un happening culturel subventionné par la Mairie de Paris.

Des rebelles Montessori, des sans-dents à l’haleine fraîche. Une sorte de fête de l’Huma mais gratuite. On se serait cru en 1789, mais version bio. Place de la république, on entendait la foule gronder au cri « Le peuple a faim. On veut du pain. Oui… mais sans gluten ! »

Partout des insoumis. Direct, j’en ai repéré un. Tellement antisystème, qu’il a déclaré refuser acheter l’iPhone 6, en brandissant un panneau « Snapchat ne passera pas par moi ! »

Un autre, véritable publicité pour GQ, le Biba des bobos, portait sur lui toute la misère sociale du tiers-monde. Un jean Zadig & Voltaire made in India, des New Balance fabriquées en Chine, un sac à do bio assemblé au Pakistan à base de poils pubiens locaux, une veste éco-responsable brodée à la main par des petits Cambodgiens leucémiques. Soit l’équivalent du salaire annuel de toute la masse salariale d’une usine de textile au Bangladesh. Sapé comme un clodo, mais pour le prix d’une Twingo neuve.[access capability= »lire_inedits »]

C’est alors que j’ai trébuché devant Camille, un indigné, qui préparait une conférence citoyenne diffusée via Périscope. Il appelait cela la démocratie « vivante », par opposition à la moribonde démocratie élective. On aurait dit une retransmission télé des débats à l’Assemblée nationale. Ça parlait beaucoup et il ne se passait rien…

Je me suis alors immiscé dans l’atelier politique du jour : « le travail le dimanche ». La majorité était contre, estimant qu’avant d’évoquer le travail le dimanche, il faudrait penser à résoudre celui du chômage le reste de la semaine. Position légitime de bon sens. Face à l’absence de contradiction, j’ai osé : « Nous sommes dans un pays laïque, y a pas de raison que ce soit toujours les curés qui fassent du fric le dimanche »… Le bide. J’ai évité de justesse la finkelkrautisation.

Plus loin s’est offert à moi le spectacle enchanteur de deux tribuns : « C’est le grand débat », clamait l’agora. Enfin ! De la confrontation, de la controverse, de la saine démocratie qui saura faire émerger LE modèle de demain, me suis-je dit en roulant une pelle à un couple de lesbiennes manifestement hétéros. Et là, écrit au fusain sur une vieille cagette de Franprix, j’ai découvert le thème de la joute « l’antispécisme va-t-il cannibaliser le véganisme ? » Du coup, j’ai fini discrètement mon kebab…

Plus loin encore, des féministes émasculaient une peluche en forme de pénis en s’indignant qu’un « veilleur » du front de gauche ait oublié sur un tract d’accorder au féminin un participe passé. Elles criaient au sexisme et promettaient de retrouver cette ordure phallocrate et de lui greffer une grammaire préfacée par Simone de Beauvoir sur la biroute.

L’Obs sous le bras, un rescapé de mai 68 s’indigne : « Il n’y a plus de jeunesse ! Avant ils voulaient baiser, maintenant ils veulent bosser », juste avant de s’engouffrer dans sa Porsche Cayenne, direction le salon business d’Orly Sud pour s’envoler et refaire le monde dans un riad à Marrakech.

Plus tard dans la soirée, un orchestre amateur interprétait la Symphonie du Nouveau Monde. J’ai profité de l’émotion collective pour rouler une pelle à une touriste américaine à qui j’ai offert une bougie #jesuischarlie, piquée sur la statue centrale.

Enfin, j’ai échangé avec un leader non déclaré : « L’objectif de #nuitdebout est de proposer une alternative citoyenne à la société actuelle. » Il m’a alors proposé de prendre un rail de coke. J’ai dit O.K. Une heure après, on s’est retrouvé sur un réverbère à parler de décroissance : « En tant que digital native, nous n’acceptons pas la paupérisation de la génération Y. Tu veux qu’on partage un Uber ? »

Bref, partout cela sentait la révolte de la gauche ! Enfin… plus la gauche qui lit Zola que celle qui vit à la Germinal. Plus celle qui porte une liquette Agnès B homme, se saoule au Spritz et s’envoie des tapas de buffala parfumées à l’huile de truffe. Pas celle qui se parfume au Drakkar Noir en bouffant des Churros au cul d’une Dacia d’occasion pour éponger sa 8,6 et son chagrin.

Jamais je n’aurai pensé rencontrer autant de graphistes, web designers, community managers, blogueurs et autres consultants e-business ailleurs que sur mon profil FB.

En revanche, pas un ouvrier du Nord de la France en attente de délocalisation de son usine dans une filière low cost en Roumanie, pas un chômeur en reclassement à qui on vient de proposer une 23e formation qui va découler sur une 24e, pas un jeune de cité sous perfusion de RSA et adepte du CV anonyme.

Ce sont toujours ceux qui sont déjà propriétaires de la planète qui refont le monde. Les autres… n’ont pas le réflexe.

Décidément les tenants de la classe populaire n’ont aucune conscience politique. Ils préfèrent se lever tôt que de préparer le Grand soir. Fachos de pauvres !

Oui, j’exagère… évidemment, la réalité n’est pas aussi commode que cette petite satire. Mais le rôle du caricaturiste n’est-il pas de grossir le trait pour mieux en saisir le vif ?

Cette aspiration à une démocratie éveillée me semble une bonne chose, cette appétence retrouvée pour le pluralisme ravit le libertaire que je suis, et ce crachat sur la médiacratie n’est pas pour me déplaire. Mais quand on y regarde de plus près, la réalité semble moins rêveuse…

Car en poursuivant mes déambulations dans ce temple dédié à l’altérité, l’amour de l’autre et le vivre-ensemble, j’ai observé qu’au final – et comme à l’accoutumée – chacun venait surtout défendre sa petite cause, sa petite différence, sa grande certitude face à l’incertitude.

À se demander si la place de la République ne va pas bientôt être renommée la place du Hashtag ; s’il ne faudra pas bientôt remplacer au fronton des mairies, le triptyque républicain par un Tous égaux, chacun pour soi !

Épilogue. Retour de ma Nuit debout, maison, petit-déjeuner, chaîne d’info, reportage place de la République, je zappe. D’autres images. Des migrants qui tentent de quitter la misère sur des embarcations de fortune. Décidément le monde est mal fait. D’un côté, on retrouve ceux qui cherchent à sortir désespérément de la société de consommation et de l’autre ceux qui désespèrent d’y rentrer.

Et si j’allais un peu dormir. C’est déjà un bon début.[/access]

>>> Retrouvez en cliquant ici l’ensemble de nos articles consacrés à Nuit debout.

Reprise des hostilités: #jesuisbarbu

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Black M: la victoire de Verdun

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verdun black m antiracisme
Sipa. Numéro de reportage : 00569914_000023.
verdun black m antiracisme
Sipa. Numéro de reportage : 00569914_000023.

La première fois une tragédie, la deuxième fois une farce. Et la troisième – ou en l’occurrence la centième –, comment la qualifier ? Une énorme galéjade ? Le canular du siècle ? Je l’avoue, la nouvelle poussée de fièvre antifasciste, à propos de l’annulation du concert de Black M à Verdun, me tire des larmes de rire. À chaque nouvelle déclaration indignée pour défendre un chanteur de variété rap pour ados qui, dans sa jeunesse, chantait sa détestation de son pays de kouffars, je n’en crois pas mes oreilles : là, ils le font exprès, ça ne peut pas être sérieux. Ces gens bien habillés, de gauche (ou de la bonne droite qui n’a pas tardé à rallier cette croisade hautement comique), ne peuvent pas croire aux fadaises qu’ils débitent au kilomètre. Pour l’instant, ma préférée, c’est la ministre de la Culture qui a parlé d’ « ordre moral nauséabond », on notera une certaine recherche dans l’assemblage des mots-clés. Juste après, arrive le secrétaire d’Etat aux Anciens combattants, dont on aimerait savoir ce qu’il avait fumé quand il a déclaré : « C’est  le début du totalitarisme et je dis que c’est vraiment le fascisme qui nous attend »… Mais entre Jack Lang, Christiane Taubira, Benoist Apparu et quelques autres, la compétition pour la plus grosse énormité sur le sujet est serrée.

Faire la fête à Verdun, il fallait l’inventer

On dirait bien que tout ce monde ne touche plus terre, en tout cas, pas celle de France, pour ne pas comprendre à quel point l’invitation du rappeur heurtait la décence commune et la mémoire des poilus, et ceci, bien au-delà du FN, et même de la droite – sauf à considérer que Natacha Polony ou Régis de Castelnau soient de droite. Beaucoup de Français de toutes origines et de tous horizons ont le cœur serré quand on évoque les soldats sacrifiés de Verdun. « Faire la fête » à Verdun, il fallait l’inventer. Et après ce sera quoi, le festival d’Auschwitz ? Rave à Austerlitz ? (Ah non, c’est vrai, on ne commémore pas les victoires…) Mais qu’en plus, on choisisse un artiste qui exprime pour son pays des sentiments aussi délicats que Black M montre en quelle estime on tient la nation que l’on prétend honorer et rassembler. Il est proprement scandaleux que la Mission du centenaire, bras armé et financier de l’Etat pour les célébrations, ait accordé 67 000 euros de subventions à un événement qui n’a strictement rien à voir avec l’histoire.

Significativement, notre Voltaire du 9-3 n’a trouvé, pour mobiliser ses partisans, qu’un argument : « Venez, on va bien s’amuser ! ». Sans doute a-t-on eu peur d’ennuyer les jeunes gens (Français et Allemands) conviés pour leur édification, et pour incarner en quelque sorte un devoir de transmission, avec trop de discours et trop de gravité. Tout ce passé, sans la moindre touche festive, cela devait sembler atrocement ringard aux organisateurs.

Antifas de tréteaux

C’est une classique, plus nos antifas de tréteaux se sentent minoritaires, plus ils enragent, trépignent et insultent. Tout en rivalisant de dinguerie dans la dénonciation de la « haine raciste » qui les aurait obligés à annuler le concert, ses initiateurs se rejettent la responsabilité de l’idée les uns sur les autres. Le maire de Verdun, Samuel Hazard jure qu’elle vient de Paris, la Mission du centenaire qu’elle émane de l’agglomération du Grand Verdun et la rumeur parisienne que l’Elysée n’y est pas étranger. C’est pas moi, c’est l’autre. Face à une bronca qui ne vient évidemment pas de la seule extrême droite, ils ont prudemment – et sagement – capitulé en rase campagne mais bien sûr, ils n’assument ni l’invitation, ni son annulation. Et pour noyer le poisson de leur défaite, ils traitent tous leurs contradicteurs de fascistes. N’empêche, peut-être se sont-ils dits qu’une manif d’anciens combattants au milieu des célébrations, ce ne serait pas génial pour la photo.

Le plus désopilant, comme me le souffle l’ami Gérald Andrieu, c’est que ces antiracistes de choc sont en réalité des racialistes primaires. Parmi les détracteurs de Black M, pas un seul n’a évoqué la couleur de sa peau. Tous se sont référés à ses chansons et déclarations. En revanche, ses défenseurs ne voient pas en lui un chanteur passible de critique, mais un Noir, et seulement un Noir – donc une victime.  Et comme ils ne voient que cela, ils croient que tout le monde est comme eux et que ceux qui attaquent Black M sont forcément des racistes. Au fait, qui est obsédé par la race ?

La lâcheté a gagné

En réalité, ces éructations qui visent à masquer leur défaite en rase campagne n’ont plus la moindre importance et du reste, nos résistants ne semblent pas avoir pris de mesures particulières pour combattre le fascisme qu’ils voient à nos portes (si ça devait vraiment se produire, mieux vaut ne pas trop compter sur eux). La bonne nouvelle, en plus de leur capitulation elle-même, c’est qu’ils ont réussi à démonétiser complètement les invectives qu’ils aiment le plus. Etre traité de facho, ça fait maintenant rigoler tout le monde. Et tant pis si, à Verdun, ce n’est pas le bon sens, mais la lâcheté qui a gagné. En attendant, en fait de reconquête, nos honorables gouvernants ont surtout réussi à montrer qu’ils n’avaient pas la moindre idée de qui sont ceux qu’ils gouvernent.

La flûte… enchantée Monsieur

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(Photo : SIPA.REX40197982_000001)

J’arrive cette semaine bientôt à ma trentième tranche de blog. Comme promis, je vais la livrer bilingue – en chinois et en français – sur un thème amusant, culturel et coquin, pour le plaisir de mes lectrices et lecteurs français et taïwanais (et même chinois, puisque j’en ai aussi).

Je peux dire du bien du texte qui suit car il n’est pas de moi, mais de mon amie Juliette — qui est musicienne. Il s’agît donc de « bonnes feuilles » (comme on dit dans l’édition et la presse) pour annoncer un ouvrage qui sera imprimé ou mis en ligne sur un site web, ou les deux. Mais on peut penser que la version chinoise sera reprise et circulera plus facilement en Chine électroniquement que sous forme de livre illustré. A Formose ce ne sera pas un problème : la liberté de la presse et de la librairie est une réalité, y compris pour les images érotiques.

En dévoilant dans mon blog cette introduction, je répond non seulement à la demande de ceux de mes lecteurs qui ont manifesté un intérêt certain pour les quelques tranches qui ont traité précédemment de sujets un peu lascifs et distrayants.

Je réponds également à une question qui revient sans cesse dans les conversations en ville : oui, les jeunes Asiatiques sont heureuses à Paris ; et c’est la raison pour laquelle elles y viennent si nombreuses. Lâchons le mot : elles y mouillent leur culotte avec allégresse.

Il y eut une époque où les futurs dirigeants du Parti communiste chinois dans la jolie ville de Montargis venaient apprendre le français, à l’initiative du premier anarchiste chinois Li YuYing [李煜瀛] (Li ShiZeng [李石曾]) parce que la France de la IIIe République apparaissait comme le pays des droits de l’homme et de la liberté. Le résultat en matière de droits de l’homme et de liberté n’a pas été au rendez-vous en Chine par la suite avec ces élèves-là. Hélas. Il a sans doute manqué quelque chose dans la pédagogie sociale et révolutionnaire de cette époque.

Aujourd’hui les jeunes Japonaises qui viennent en France (et après elle sont venues les étudiantes taïwanaises et les étudiantes chinoises) sont plutôt sensibles à l’héritage de Marie-Olympe de Gouges et aux droits des femmes. Parmi ces droits imprescriptibles, comme Marie-Olympe sut l’écrire avec talent, il y a le droit de choisir ses compagnons et d’en changer comme bon vous semble.

Parce qu’ il faudrait une livraison complète de Causeur pour réciter ses textes, je ne citerai pas ici la femme française exemplaire (guillotinée par des «peine-à-jouir» anti-féministes en novembre 1793) que les présidents de la République successifs n’ont pas encore osé admettre au Panthéon.

Je me contente donc de laisser mon amie Juliette expliquer comment, en attendant que Marie-Olympe y soit admise, une jeune Taïwanaise se prépare à jouer les partitions pour flûte(s) — et turlutte — qui accompagneront cette célébration.

 

Juliette Wang
La Turlutte parisienne
Traduit du chinois par l’auteur, avec l’aide de Luctère Pouzargues

Introduction à ma « Flûte enchantée »

Juliette n’est pas mon nom taïwanais bien sûr, mais celui que j’ai choisi en arrivant à Paris parce que mes amis français avaient un peu de mal avec la prononciation de celui que m’ont donné mes parents.

Je suis flûtiste, et c’est pour me perfectionner que je suis venue en France.

J’ai été très rapidement et souvent draguée par un grand nombre de Français, quelques Françaises, et pas mal d’étrangers habitant au bord de la Seine. Il devenait difficile de faire le tri et il me fallu mettre un peu d’ordre dans tant de passions amusantes et agréables, en marge de mes classes et de mes répétitions.

C’est ainsi que m’est venue l’ide de demander un petit gage à tous ceux qui me proposaient le droit de fleureter avec moi, un petit effort qui me donnait le temps de réfléchir, tout en m’aidant à constituer comme un « livre de souvenirs », un « liber amicorum » :

Intéressée par les curiosa, mais un peu intimidée par leur recherche dans les bonnes librairies, j’ai demandé à celles et ceux qui me faisaient leur cour de trouver une image érotique, de n’importe quel style, de n’importe quelle époque, feuillet isolé ou recueil coquin, chanson paillarde illustrée, ou autre.

Je promettais que si l’illustration était jolie, stimulante, j’inviterais son découvreur à me déshabiller et, s’il faisait bien l’amour chez lui, il aurait le droit de m’inviter à dîner et de recommencer chez moi.

Certaines des images ainsi offertes méritaient d’être encadrées et j’ai commencé par les punaiser sur les murs de ma chambre, tout d’abord dans l’ordre où elle me furent offertes.

Et puis je me suis rendue compte très vite que ces images dialoguaient entre elles, à travers les époques, en faisant rebondir les histoires qu’elles se racontaient les unes aux autres. De plus, chacune avait pour moi un parfum distinct, celui de l’homme (et quelquefois la femme) qui me l’avait offerte.

Assez souvent je me suis prise au jeu de changer leur séquence sur mes murs et dans mon couloir (quand le murs de ma chambre n’y suffirent plus). Mes amies et amis taïwanais venant dîner chez moi étaient tous très intéressés (sans doute un peu excités aussi) par ces images et – comme moi – se sont pris au jeu d’imaginer l’histoire cohérente qui pouvait les relier.

Ce livre est donc une anthologie, non scientifique (je n’ai pas fait de thèse sur les curiosa ! ) improbable car elle est le résultat du hasard de mes rencontres amoureuses, du hasard des découvertes que mes amantes et amants ont réalisées à ma demande.

C’est donc avec un certain scrupule que j’ai signé mon nom sur la couverture de ce tapuscrit. Les auteurs en sont, avant quiconque, les illustrateurs, dessinateurs qui ont signé ces images. Et puis, sans doute, juste après, les auteurs sont les amies et amies, amantes et amants, qui m’ont fait ces cadeaux. Je garde d’eux, au moment où je rentre à Taïwan,  un souvenir ému et reconnaissant. Ce livre leur est bien sûr dédié.

Je signe ce projet de livre parce que je suis un peu quand même responsable de cet assemblage d’images, de l’histoire un peu folle que j’ai imaginé pour les relier. Il est donc temps que j’explique le titre :

La turlutte est presqu’une onomatopée, d’ailleurs citée et expliquée – m’a fait remarquer mon ami musicologue J. – par Charles Nodier dans son Dictionnaire rasionné des onomatopées françoises : au départ il désignait le chant du serin puis les Italiens donnèrent ce nom à une sorte de petite flûte, de flageolet,  de fifre, aux sons aigus comme celui de l’oiseau.

D’Italie le nom passa en France où il est resté avec un sens un peu leste  : comme en chinois on dit «jouer de la flûte» pour une fellation, en français «jouer de la turlutte», «faire une turlutte», «turlutter» sont des expressions qui signifient donner du plaisir avec sa bouche, et sa langue.

Est-ce parce que je suis flûtiste ? J’ai toujours beaucoup aimé donner ce genre de plaisirs. Je mouille ma culotte dès que je lèche un vît :  j’aime beaucoup la surprise et l’émoi d’un  nouveau partenaire quand – sans lui laisser le temps de m’embrasser dans la bouche – j’ouvre sa braguette et que je le suce sans délai.

J’explique, quand je reprends ma respiration, que c’est par le pénis que je souhaite commencer à faire connaissance, et que ce sont le goût du gland – et la célérité de la verge à entrer en érection – qui vont décider de la suite de nos relations,  et de nos ébats.  J’adore les vîts secs et mutins. Je ne m’en lasse pas.

Ma première impression d’une bite, son goût, sa texture, son parfum, est rarement prise en défaut par la suite. Et,  quand du sexe je remonte vers la bouche,  pour un baiser plus classique, c’est souvent une simple confirmation que j’éprouve et que je ressens.

C’est alors le moment d’un rafraichissement, ou d’une tasse de café ou d’un verre de vin, celui de demander le prénom de mon nouveau partenaire et de lui suggérer de me déshabiller, lentement, et de me faire connaître un premier orgasme avec sa langue.

Ma maman m’a toujours recommandé de n’accepter aucune pénétration avant un ou deux orgasmes offerts par la langue du partenaire.

Elle ajouta même sagement lors de notre conversation à Taipei la veille de mon départ pour Paris : «Pas de privilège vaginal, ni anal, avant d’avoir joué de la flûte jusqu’à la coda ! Avale le sperme de ton nouvel ami avant de l’autoriser – une fois qu’il bandera à nouveau – à franchir le seuil de ta maison par devant, ou entrouvrir la fenêtre par derrière. Cette deuxième bandaison après la turlutte est plus posée, plus précise, moins hâtive, souvent plus heureuse».

J’ai eu la chance de toujours pouvoir dialoguer avec maman sur ces importantes questions à la fois sociales et intimes. Elle est gynécologue et sa spécilité l’a souvent conduit à connaître les misères sentimentales de ses patientes. C’est la raison pour laquelle elle pilota mes premières relations amoureuses par des conseils avisés, dont je lui suis restée très reconnaissante.

C’est donc à elle également que je dédis ce livre très parisien.

Juliette Wang

*
Une amie, comme tant d’autres Taïwanaises à Paris, prend plaisir à multiplier les rencontres amoureuses. Elle est féministe et me faisait remarquer que la fellation —— surtout si on entame une nouvelle relation ainsi, avant tout autre préliminaire —— peut donner l’impression d’une certaine soumission: la position la gêne, puisqu’il faut souvent s’agenouiller pour être confortable.

Elle remarque également que la plupart des hommes considèrent que la fellation est reçue comme un hommage rendu par la femme et – à cause de cela – elle en retarde toujours l’échéance, préconisant que ce soit à l’homme de s’agenouiller le premier entre les jambes de la femme et de commencer à faire les présentations par un long cunnilingus porté jusqu’à une première extase.

Je dois avouer que cette argumentation a ses mérites et se doit d’être citée ici comme une antithèse après la thèse. Mais mon introduction ne se veut pas une norme universelle. Elle vise simplement à relater mon expérience personnelle et comment tous les curiosa qui suivent se sont succédés sur mes murs – et dans ma vie sentimentale parisienne – en marge de mes cours de musique.

En tous cas personnellement, je n’ai jamais eu l’impression de me soumettre, d’être dominée, en pratiquant ainsi d’emblée une fellation. Est-ce parce que les flûtistes (comme les virtuoses du hautbois, de la clarinette, etc.) ont – dans tous les orchestres – une réputation d’excellence en cette discipline ?

La notion de domination, de soumission est une des plus subtiles à analyser dans les relations sexuelles et sentimentales. Est-ce parce que la femme est pénétrée par un mâle(souvent plus musclé et plus lourd) qu’elle est nécessairement soumise ? Et pourquoi dire que ce serait l’essentiel de son plaisir ?

En fait, bien souvent, la fellation, sert à redonner de la vigueur à une bite molle après l’orgasme et je retiens de mes expériences que le partenaire dominant dans un relation sexuelle est ordinairement la femme qui attend un, puis plusieurs, orgasmes —— que souvent l’homme peine à offrir à répétition. D’où la nécessité de prévoir deux garçons plutôt qu’un seul pour parer à toute défaillance.

La vérification la plus simple est d’attendre, pas bien longtemps, qui sera le premier à sucer les orteils : je ne déteste pas le faire ; mais j’attends toujours que ce soit mon partenaire masculin qui me suce le premier les doigts de pieds, longuement, sensuellement.

Et comme je ne suis pas unijambiste, j’apprécie quand mes deux pieds sont ainsi honorés dans le même moment par deux amants. Ce rituel accompli, les rôles sont symboliquement bien en place et alors — pendant le cunninlingus — mes doigts viennent caresser le crâne de mes amants pour leur manifester ma satisfaction et, quelquefois, ma reconnaissance.

*
Mes lecteurs l’auront compris, chacune de mes images correspond dans ma tête à des souvenirs précis que – grâce à ma flûte – je peux sans cesse rejouer. Les spectateurs de mes concerts ne peuvent pas le deviner, mais chaque partition dans mon répertoire de flûtiste, de concert autant qu’en chambre, correspond à un orgasme bien précis dans ma mémoire, et que tous les arias que je joue aujourdhui me font mouiller ma culotte grace à toutes mes turluttes parisiennes.

Je commence donc ci-après l’histoire de ma parisienne « flûte enchantée ».

 

尋找巴黎的魔笛 

我的本名當然不叫Juliette。來到法國之後,實在是受不了法國朋友用奇怪的口音叫我的中文名字,才入境隨俗選了個外文名字。

在巴黎進修直笛演奏 , 每天除了練琴之外 , 我還得應付各式各樣的街頭搭訕。不 管是地鐵上、公車上 , 就連週末去個塞納河邊野餐 , 也會有外地觀光客跑來攀談 兩句,數量之多,還不分男女,實在讓人吃不消,再加上音樂系的課業繁重。為了不 浪費時間,我只好想個有趣的方法來篩選對象。

我一向鍾情蒐集法國的情色圖書(curiosa),但一想到自己一個亞洲女孩獨自走進舊書店中,在大庭廣眾下翻閱情色書刊的樣子,只好打消念頭,轉而要求每一個和 我搭訕的對象必須先送給我一張圖片、一本畫冊、或是一首情色歌曲的插圖。 我先將這些圖片放在一本集郵冊大小的「花名冊」中,像是行家鑑賞珍品般一一 給予評價。只有那些評價高的 , 才能獲得一夜春宵的機會。如果第一次表現尚 可,才有第二次受邀來家中晚餐的特權。

隨著我的搜集越來越多 , 我便轉移陣地 , 將這些圖片依照先後順序釘在牆上。每 當我看著這面貼滿情色圖片的紀念牆時,似乎還能聞到每一張圖片散發出來的送 禮者的激情氣味。狹窄的牆面馬上就擠滿了情色圖片,我每隔一段時間就得將它們換位置擺放,最後只好移到走廊的牆上才貼得下。訪客們總是故作害羞地欣賞 著我的紀念牆嘖嘖稱奇,像我一樣試著將它們串聯起來,看圖說故事。

本書就像是一本集結了我的每一段戀愛故事、每一次情愛探索的直笛樂譜集(這 可不是一本研究 curiosa 的博士論文)。

即使本書由我署名,但它應該要獻給畫這些圖片的插畫家們,不知名的作者們,和 贈送給我的愛人朋友們。我一直念念不忘這些美好回憶和珍貴的禮物。

為本書署名的原因 , 也是我覺得自己多少對這些搜集來的影像 , 和我有些瘋狂的 故事情節做個交代:

研究音樂學的朋友J指出在Charles Nodier 的 Dictionnaire raisonné des onomatopées françaises 書中就已經解釋過「 turlutte」這個字的起源,在法文意指

金絲雀叫聲的狀聲詞。後來義大利人取其高音尖銳似鳥鳴的的特性,借稱為短小 的高音直笛。

這個名詞從義大利傳回法國後 , 意義卻變得有些輕浮 : 如同中文「吹簫」意指為 男性 口交,法文用語裡 「jouer de la turlutte」 、「faire une turlutte」 、 「turlutter」 也有異曲同工之妙。

難道因為我是直笛演奏家的關係,才讓我偏愛這類的「口技」?當我認識一個新 的男 人,在他還來不及親吻我的嘴脣時,我就已經興奮地把他褲子的拉鏈拉下來, 一嘴含上讓他措手不及。

容我向各位讀者解釋我的遊戲規則,我交朋友的方式就是如此單刀直入 — 從龜 頭的 氣味,直挺的陰莖來決定兩人是否有發展關係的可能。吸舔一根堅挺生硬 的陽具總能讓我精神百倍。

我會先用嘴來細細品嘗陰莖的味道、觸感和氣味 , 確認我的第一印象是否正確 , 才會轉入正戲。值得一提的是,這個方法至今還未失誤過。

好戲登場前 , 剛好來一杯咖啡或紅酒讓人喘口氣 , 而我這時候才會詢問新對象的 姓名,告訴他我在等著他溫柔的愛撫我,換他用舌頭給我第一次的高潮。

媽媽總是告誡著我 , 在性伴侶用舌頭帶給我兩次高潮前 , 絕不可輕易讓對方插 入。

在臺北時,她總是再三告誡:一曲未了 ; 還沒吞下對方的精液前,絕不可輕易讓他 溜入。第二次勃起的陽具通常會比第一次持久、耐操,更愉悅。

我很幸運母親是一位開明的婦科醫生 , 對於病患難以啟齒的隱憂瞭若指掌 , 這讓 她對我的豔史總是有著精闢的見解和指導,讓我一生受用不盡。

謹將此書獻給我的母親

王佳渝

*
我的女性朋友提醒我 , 口交時屈膝下跪的姿勢對他來說 , 就像是交往初期便向男 方繳械臣服一樣。

這位女權主義者也提到許多男性將「口交」這個行為視為女性對陰莖「致敬」 的表 現,這也是為什麼她總是遲遲不肯先為對方服務,堅持該是男性先跪在自己 雙腿間為自己獻上第一次口愛的高潮後,才能享受她的嘴上殊榮。

我必須承認這個論點有他的道理在,這也是為何我決定將此段收入本書讓讀者自 行比對判斷。但這篇引言不叫「泛談口交」。它只是為了向各位敘述我在法國 的情愛經歷 , 我的情色圖片收藏起源和我的音樂旅程 , 我從來沒有在口交過程中 感到過屈服或是被控制的感覺。可能跟我是直笛演奏家有關吧 ? 就像交響樂團 中的雙簧管或單簧管樂手一樣,我們都有著掌握這門演奏藝術的絕佳口技?

在性關係或戀愛關係中,征服與屈服一直是一個微妙難解的概念。難道因為女性 生理構造,被男性進入就是一種屈服順從?(通常男性體型總是比女性壯碩) 事實上我的經驗告訴我,在一段性關係中,其實女性才是佔上風者,「口交」這個行為, 是為了讓男性在射精後,重振雄風前還能滿足女性多次高潮的小技巧。 這也是 為什麼我一再強調兩男一女3P的重要性。

在一段關係中,如何辨認誰佔主導權,而誰又是屈服的那一方的簡單方式,其實是 看誰先吸允對方的腳趾而定。我從不排斥吸舔另一半的腳趾,但我總是等待對方先做,我再行動。

身為一個四肢健全 , 雙足俱在的成熟女性 , 這也是為什麼我特別喜愛同時有兩位伴侶 , 一人一邊照顧我的雙足。並且在男方為我口交時 , 用雙手溫柔地撫摸著他 們的頭,獎賞他們的精湛舌功。

讀者們應該能比我的聽眾更容易理解,每一場直笛演奏會時,每一次練習,每一首 演奏曲目都能喚醒我這些美好的高潮回憶,讓內褲浸濕在詠嘆調的節奏裡

讓我們開始「尋找巴黎的魔笛」吧。

Mort d’un voisin

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(Photo : SIPA.00519325_000008)
(Photo : SIPA.00519325_000008)

« Il jouait tout seul au Monopoly », c’est l’une des premières choses que l’on apprend au sujet de Roland, décédé une semaine auparavant, retrouvé la tête dans la gamelle du chien et fan irréductible de Mireille Mathieu. Roland était employé de nuit comme trieur de courrier, c’est son supérieur qui, le voyant manquer à son poste, a signalé sa disparition. Heureusement qu’il n’était pas encore à la retraite, il aurait pu rester comme ça longtemps ; mais il y était presque, il est mort si près du but.

Un voisin accro aux films X

Son voisin raconte son histoire, si tant est que Roland ait eu une histoire, une existence qui intéresse qui que ce soit. Nous sommes, en fait, plongés en pleine médiocrité acide – mais stérile. Le voisin est accro aux films X, s’est fait quitter par la femme de sa vie, virer de son travail, a pris de la bedaine et des habitudes d’alcoolique. Lorsque Roland meurt, il hérite de son caniche, pompeusement baptisé Mireille, et de l’urne premier prix contenant ses cendres. Commence alors pour lui une espèce de sortie des limbes de la dépression légère, une rédemption menée à la baguette par la masseuse coréenne de Roland, Chantal, coupe au bol et revendications féministes et diététiques en bandoulière.

Le voyage s’achève sur une plage de Dieppe, à l’aube, alors que le trio s’apprête à disperser clandestinement les cendres de Roland dans la mer, et que le voisin-narrateur porteur de l’urne se prend les pieds dans les galets. Le jour se lève, la marée monte et emporte en même temps que les cendres les soucis du quotidien, la Coréenne dit « bonjour » en coréen et pose sa tête sur l’épaule du voisin : générique de fin.

Comment (un peu) galvauder un bon sujet

Nicolas Robin tenait pourtant un bon sujet : une histoire qui parle à tout le monde, parce que nous avons tous un voisin dont on ne sait rien et qui parle à son chien, et un autre misérable, chômeur et alcoolique, qu’on évite de croiser – quand nous ne faisons pas partie d’une de ces deux catégories. Le problème est justement que nous connaissons tous la chanson. Et qu’à vouloir peindre la médiocrité ambiante qui se sent tout à coup pousser des ailes, on en arrive à un conte de fées improbable. Roland est mort est pourtant jalonné de portraits réalistes – et hilarants – que l’on croirait échappés de la série des Curriculum Vitae de notre ami Pierre Lamalattie. Voisine en gilet mauve et espadrille qui adore les mauvaises nouvelles, caissière psychologue jugeant les clients au contenu de leur caddie, grand-mère sénile, mère préparant des assiettes de crudités, sœur cadette hystérique, amis de lycée pères de famille portant leur progéniture comme des kangourous, piliers de bar, travestis… Tout est là, et bien dit.

Il lui manque une sortie de route, une vraie. Un tour de magie plus magique encore qu’à Hollywood, et que peut et pourra toujours réaliser la littérature. Une manière de sublimer la vie de Monsieur tout le monde autrement qu’en la racontant sur un style grinçant, qui est devenu le ton de la petite voix intérieure la mieux partagée du monde.

Roland est mort, Nicolas Robin, Ed. Anne Carrière, 2016.

Roland est mort

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121 curriculum vitae pour un tombeau

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Le pèlerinage «Summorum Pontificum» à Rome

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Une vue du sommet de la basilique Saint-Pierre de Rome (Photo : SIPA.AP21368383_000021)
Une vue du sommet de la basilique Saint-Pierre de Rome (Photo : SIPA.AP21368383_000021)

Du 27 au 30 octobre prochains sera organisé, de Nursie[1. Nursie, en Ombrie, est la ville natale de Saint Benoît (480-547), l’un des grands fondateurs du monachisme. Saint Benoît qui a été proclamé « patron de toute l’Europe et héraut du christianisme » par Paul VI le 21 octobre 1964, affirme dans sa Règle que rien ne doit être préféré à la liturgie (opus Dei). À sa suite les Bénédictins ont veillé scrupuleusement au respect de celle-ci au sein de l’Église d’Occident. Ainsi ils ont, avec dom Géranger (1805-1875) notamment, remis en honneur le chant grégorien à la fin du XIXème siècle.] à Rome, le cinquième pèlerinage « Summorum Pontificum » en action de grâces pour la publication, le 7 juillet 2007, du motu proprio[2. Acte normatif pris par le pape « de son propre chef » pour préciser les règles d’administration et d’organisation dans l’Église catholique.] au même intitulé, qui a pleinement autorisé le retour de l’ancienne liturgie de l’Église catholique romaine. Pourquoi accorder une telle importance à la liturgie et à ce pèlerinage qui aspire à réunir cette année 4 000 personnes à la messe pontificale[3. La messe pontificale est la messe célébrée par un évêque en rite solennel.] célébrée en la basilique Saint-Pierre-de-Rome samedi 29 octobre[4. Dès le premier pélerinage (2012), la fin octobre a été choisie car elle correspond à l’une des grandes fêtes qui viennent clore l’année liturgique, celle du Christ-Roi et au jour anniversaire de la proclamation par Paul VI concernant Saint Benoît.] ?

En réalité, si ces fidèles d’octobre prochain ont pris cette initiative, c’est parce que plusieurs membres du gouvernement de l’Église avec à sa tête, un pape, Benoît XVI, ont souhaité restaurer la valeur magistérielle de l’ancienne liturgie permettant aux fidèles d’exprimer leur foi, leur espérance et leur charité par des gestes sacramentels qui les symbolisent avec la plus grande solennité dans le sens profond du terme. En latin, en effet, ad solennitatem ne veut pas dire « faste » mais signifie tout simplement que rien ne manque pour qu’une action liturgique et au-delà, juridique soit considérée comme valide. Cependant, il ne s’agit pas seulement de remettre en vigueur un mode d’expression publique de la vie de l’Église catholique sous prétexte qu’il aurait été aboli par le second concile de Vatican (1962-1965) – ce qui est d’ailleurs inexact, car elle n’a jamais été abrogé – mais de mettre en valeur l’importance de la liturgie grégorienne pour la vie de la foi.

Cette liturgie, qualifiée aussi d’usus antiquior par le décret d’application du motu proprio, remonte, estime-t-on, au moment où la liturgie romaine est passée du grec au latin, c’est-à-dire au milieu du IIIe siècle, puis s’est répandu dans les pays francs à l’époque carolingienne, et n’a jamais été interrompue. Elle était de règle, mais sans uniformité[5. D’autres rites latins existant parallèlement, les rites milanais ou ambrosien, mozarabe (wisigothique), et des usages particuliers subsistant dans les ordres religieux et de nombreux diocèses.], jusqu’au dernier concile.

Plus encore, Benoît XVI a voulu souligner que la liturgie n’est pas seulement un ensemble de règles réunies dans un cérémonial et destinées à déterminer le déroulement d’un culte, surtout s’il est public ; cette liturgie a aussi et surtout valeur de doctrine et d’expression de la vraie foi.

Certes, le caractère cérémoniel attaché à l’usus antiquior n’est pas ce qui fait son originalité fondamentale : toutes les religions mettent en valeur une liturgie qui est exprimée publiquement et à cet égard, n’aiment guère réduire celle-ci à une esthétique de récupération comme prétend le faire  notre modernité finissante. Seulement, dans l’Église catholique, tous les documents officiels ratifiés par le pape et ses « frères dans l’épiscopat » soulignent que la liturgie, par sa définition même, poursuit un impératif que l’on peut exprimer avec la concision bienvenue de la langue latine : Legem credendi statuat lex supplicandi (« loi de la prière règle la loi de la foi »), un adage tiré d’une lettre attribuée au pape Célestin 1er aux évêques de Gaule au Vème siècle. C’est de cette manière et dans ce contexte que la liturgie est un enseignement théologique très profond sur la grâce et le signe le plus visible – sacramentel, donc – de ce que l’on nomme le magistère de l’Église.

Il y a plus : à l’instar de l’encyclique Humanae Vitae, laquelle, publiée par le pape Paul VI en 1968, réaffirma un aspect fondamental de la discipline attachée au sacrement du mariage et montra ainsi que l’Église catholique gardait un cap identique du point de vue moral, n’en déplaisait à certains au nom d’une nécessaire modernité, Benoît XVI a voulu souligner que l’usus antiquior contient l’essentiel en termes de foi, espérance de charité et de morale pour  donner aux vertus ainsi pratiquées une valeur dogmatique et un soutien essentiel de la vie chrétienne.

Cette réaffirmation de la permanence de cet usus antiquior requiert un retour à une idée forte du magistère : tous les signes sensibles, toutes les symboliques utilisées dans les cérémonies sacramentelles, tous les gestes de cette liturgie (retourner l’autel « vers le Seigneur » (lux ex Oriente), pratiquer la communion à genoux sur la langue, réintroduire l’offertoire traditionnel en silence, faire le choix de la prière de consécration dite du « canon romain » et la réintroduction effective du latin et du chant grégorien) n’ont pas d’autre finalité que le service de ce magistère, celui-là même que les évêques et in fine le pape « gardien des clefs du Royaume des Cieux », enseignent à titre de doctrine concernant la morale et au-dessus de celle-ci, le contenu de la Révélation.

Même s’il s’agit d’une initiative venant du haut (une lettre pastorale du pape), elle reflète et formalise ce que des fidèles de plus en plus nombreux désirent fondamentalement pour participer de façon effective à la vie de cette société qu’est l’Église. Ce désir fondamental, c’est celui d’une « réforme de la réforme », qui consiste à colmater cette brèche catastrophique qui menace notre société occidentale depuis le milieu du XXème siècle. Cette brèche, c’est celle que dénonça par exemple Paul Claudel, témoin involontaire de certaines « expériences liturgiques » développées par les prêtres de la paroisse Saint-Séverin à Paris au début des années 50[6. Dans un article du Figaro littéraire du 29 janvier 1955 à propos de « La messe à l’envers ».], pour tourner résolument le dos à la tradition grégorienne…. et se tourner face au peuple en célébrant la messe ; c’est celle dénoncée par Agatha Christie en 1971[7. Un manifeste en forme de supplique adressée à Paul VI fut publié par le Times de Londres le 6 juillet 1971 et dans d’autres journaux du monde. La disparition de l’ancienne liturgie devint cependant effective dès le 28 novembre 1971 à quelques notables exceptions près, en Grande-Bretagne, justement.], avec l’appui de certains écrivains et musiciens de renom en Grande-Bretagne, tels Graham Greene, Colin Davis, Yehudi Menuhin pour souligner, en tant que catholiques, mais aussi protestants, orthodoxes, juifs ou agnostiques l’importance d’un « rite qui appartient à la culture universelle non moins qu’à l’Église et aux fidèles » et non à des liturgistes qui alors influents à Rome avaient suggéré à Paul VI de le faire disparaître purement et simplement. Au nom de la modernité, donc, ces liturgistes, qui ont longtemps gardé cette influence, avaient voulu profiter de la quasi-disparition de l’enseignement des humanités dans le monde occidental — en France, sans doute plus qu’ailleurs — pour torpiller le vaisseau — déjà fragile en ce siècle de bouleversements difficilement réparables — qu’était devenu le latin liturgique. Or cette langue était particulièrement apte dans la religion romaine à exprimer la prière publique ou les actes d’une société implantée dans une cité au sens antique du mot, avec toute la solennité requise et à annoncer ce que seront plus tard dans Rome devenue chrétienne, les sacrements de l’Église catholique.

Il faut le répéter : ce sont les fidèles eux-mêmes et eux d’abord — avec de solides soutiens issus de la curie romaine tels les cardinaux Brandmüller, Cañizares et Burke et parfois l’appui des évêques diocésains à forte personnalité tels Mgr Schneider, Mgr Sample, Mgr Negri —, des liturgistes, des directeurs de séminaire, des responsables d’instituts religieux séculiers ou réguliers, des séminaristes de toutes provenances qui, à travers ce que le latin liturgique contient en symbolique sacramentelle et solennelle dans l’expression de la foi, et en même temps dogme à vivre au quotidien, rejettent ce mouvement de profanation de la liturgie qui a traversé l’Église catholique de façon plus profonde que les autres religions invoquant le Christ à leur tête, comme les Luthériens et les Anglicans par exemple.

Ce pèlerinage d’octobre prochain va réunir tous ces fidèles qui savent que l’Eglise a tout à perdre de faire sienne, même au nom d’une « pastorale » d’accompagnement des pratiques du monde moderne, ce mouvement d’entrée massive du profane dans la liturgie. Cette pastorale en effet, faisant peu de cas de la liturgie en général, quelle qu’elle soit, et pratiquant aisément un mélange des genres, a voulu mettre de plain-pied la vie de tous les jours, pétrie de banalité, avec l’ordre du divin. C’est ainsi que la célébration eucharistique prend désormais la figure familière d’un repas pris en commun, avec des paroles de simple urbanité, des gestes de convivialité, le langage de tous les jours, autrement dit tout ce qui constitue la matière d’une pastorale vue comme une dynamique de la foi visant à donner à chacun selon ses besoins spirituels. Que vaut, dans ces conditions, cette pastorale liturgique ou plutôt para-liturgique sans le dogme retracé aussi solennellement qu’intimement par toutes les expressions de cet usus antiquior ?

À Rome, en cette fin octobre 2016, nous serons en présence de véritables pèlerins venus de tous horizons et de toutes catégories qui se règlent déjà et de façon paisible à l’usus antiquior en s’appuyant sur ce motu proprio, Summorum Pontificum. L’accueil officiel des pèlerins à Rome traduira une reconnaissance pleine et entière par les autorités du Vatican de l’usus antiquior qui sera appliqué à toutes les cérémonies qui ponctueront ce pèlerinage. D’ailleurs, cette reconnaissance sera formalisée comme les années précédentes par un message que le pape fera lire aux pèlerins au terme de la messe pontificale du 29 octobre.

D’ores et déjà cette démarche est l’une des manifestations de cette très grande fécondité qui annonce le catholicisme de demain, celui qui sera constitué par ce que l’on qualifie aujourd’hui de « forces vives ». En France, il s’agit par exemple des instituts et groupements de fidèles traditionalistes de toutes obédiences, les communautés dites du « renouveau », charismatiques ou non (Emmanuel, Opus Dei, communauté Saint-Martin…)[8. Sans parler des séminaristes qui, de plus en plus nombreux en France (ils représentent actuellement un cinquième de l’effectif total estimé à 700 candidats au sacerdoce), veulent aussi célébrer selon l’usus antiquior et d’un jeune clergé diocésain en pleine mutation, désireux de le mettre à l’honneur.]. On les retrouve dans les JMJ certainement mais aussi dans ces manifestations qui, réunissant une jeunesse en nombre, entend s’opposer au « mariage pour tous » et à toutes ces pratiques qui, reconnues à présent sinon encouragées par les législateurs nationaux ou les cours constitutionnelles, européennes ou internationales chargées du respect des droits fondamentaux, s’opposent délibérément à la loi naturelle, celle qui défend la vie à naître et rejette toute forme provoquée de fin de vie.

Car s’il est vrai qu’il y a près d’un demi-siècle, le catholicisme a largement emboîté le pas aux idéologies de 68, la mouvance Summorum Pontificum, dont le pèlerinage romain annuel est l’une des vitrines, participe avec ces autres aires catholiques au grand retour de balancier aujourd’hui partout observable.

Jean-Marie Poiré dans les couloirs du temps

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jean marie poire petits calins

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Les Visiteurs 3 ne vous apprendront pas grand-chose sur la Révolution, prenez plutôt un aller direct vers le monde d’avant en regardant Les Petits Câlins. Le premier film de Jean-Marie Poiré est sorti sur les écrans en janvier 1978. Une époque fantasmagorique où Giscard était à la barre, Billancourt tournait à plein régime et Cloclo chantait Magnolas For Ever, ces musiques nouvelles qui, paraît-il, résonnaient comme des bruits de combats. C’était mystérieux comme un coucher de soleil sur des HLM ou le cri d’une mobylette bleue dans la nuit.

Entre le film d’auteur et le carton au box-office

Cette co-production entre la Gaumont et Yves Robert est à tomber par terre. Il y a dans cette comédie sentimentale qui titube entre le film d’auteur et le carton au box-office, la lumière gris clair d’une banlieue aujourd’hui disparue. Comme si Manchette et de Broca partageaient la même banquette en direction de Gif-sur-Yvette. La caméra légère, le ton aigre-doux, le style presque désuet donc indémodable sur fond de changement de société.

Un coup de maître que Poiré fils signe avec l’assurance du « débutant », habilement soutenu par la musique de Bryan Ferry et Roxy Music. Il filme cet instant où tout va chavirer vers un ailleurs mondialisé, les femmes tentent de se libérer en (sur)jouant l’indifférence, les hommes font la politique de l’autruche, la crise s’installe autour des villes et l’amour patine. On visite ce film comme on remonterait le temps. La première scène serait aujourd’hui coupée au montage pour incitation à la débauche ou atteinte aux bonnes mœurs écologiques. Un gros cube de marque Yamaha déboule plein gaz sur la voie Georges Pompidou, il zigzague, il klaxonne, il affole, il vibrionne. À son guidon, une fille en perfecto et santiags. Quand elle enlève son casque intégral rouge, vous ne donnez pas cher de votre peau. Dominique Laffin (1952-1985) ne vous laisse pas d’autre solution que de succomber à son charme. Pas de sommation, elle a tiré la première avec ses yeux revolver.

Traité sur la brutalité suave des filles des années 70

Il faudra un jour écrire un traité sur la brutalité suave des filles des années 70. Elles avaient l’érotisme chaste d’Arletty et le sourire triste des enfants du paradis. En jean, un rien débraillé, sans maquillage, d’un naturel cassant, elles incarnaient la femme en mouvement d’alors. Leur féminisme n’était pas aussi manichéen qu’on a bien voulu le raconter depuis. Poiré saisit magnifiquement cette bascule où la femme forte prend le pouvoir dans les rapports de séduction mais surtout où elle s’interroge sur le sens de sa vie dans une société consumériste. Les idéaux commencent à se faire la malle et le couple devient le dernier lieu des possibles. On suit les aventures de trois femmes (Dominique Laffin, Josiane Balasko avec son ancien nez et la regrettée Caroline Cartier). Elles vivent en colocation, Klapisch et son Auberge Espagnole n’ont rien inventé. Elles ont des boulots alimentaires : Balasko sert dans un restaurant universitaire, Cartier vend de la fripe aux puces et Laffin, la plus sauvage, la plus désirable, fait des enquêtes marketing en porte-à-porte, déjà les rêves de fichage sont en marche. Les excellents Roger Mirmont et Jacques Frantz, amants plus ou moins doués, sont de passage.

Pourvu que ça dure…

Le père de Laffin, monumental Jean Bouise, roule en Peugeot 504 et peint à ses heures perdues dans une zone pavillonnaire à se suicider sur le champ. Son épouse interprétée par Claire Maurier feint une grève de la faim en déshabillé de soie. On entend parfois des dialogues sortis du fond des âges : « J’ai vu un mec super, il bouffait un Wimpy (hamburger) ». Les filles achètent des badges à graver et des tee-shirts à imprimer pour arrondir leur fin de mois. Et puis, Dominique dans le rôle d’une divorcée, mère et motarde, arrache tout sur son passage. On est d’abord intrigué par cette voix grave, maladroitement posée dont le tressaillement sensuel ne vous quittera plus durant une heure et trente minutes et on voudrait que ce supplice dure encore, encore,…

Coffret DVD 5 films de Jean-Marie PoiréLes Petits Câlins, Retour en force, Les Anges gardiens, L’Opération Corned Beef et Twist again à Moscou – Gaumont.