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Trump: pour les médias, le candidat à abattre

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En France, la cause est jugée. Le Monde a applaudi les attaques d’Obama jugeant Trump un peu arriéré et Libération a titré sur « le comportement pas toujours correct de Trump avec les femmes », relayant une attaque du New York Times. Mais, cette nouvelle attaque est pour le moins fragile.

En effet, cette affaire repose sur le témoignage d’une ex-petite amie ou, plus exactement, sur l’interprétation tendancieuse de ce témoignage. Car le témoin s’est rebiffé, estimant que le journaliste avait tronqué ses propos. Sur la chaîne de télévision Fox News, le journaliste Bill O’Reilly et le commentateur Charles Krauthammer ont donc réfuté cette nouvelle campagne de désinformation contre Trump, en faisant valoir une série d’arguments.

Primo, le New York Times est resté muet sur la nouvelle affaire Clinton : une Fondation parrainée par Bill aurait détourné des fonds à des fins de financement politique. Secundo, la violence des attaques anti-Trump n’est pas une nouveauté : lors du duel entre Jefferson et Adams avait fusée une accusation d’inceste. Rappelons aussi que l’on moquait l’incapacité de Gérald Ford à faire deux choses à la fois, comme de descendre un escalier tout en mâchant du chewing-gum ! Il est clair que si le chien de Trump avait jadis mordu le chat du voisin, certains journalistes en auraient fait leurs choux gras.

Tertio, Fox News a déploré que le journaliste du New York Times, après avoir orienté le témoignage et extrapolé, ait dissimulé sa subjectivité en évoquant « une histoire qui parle d’elle-même ». On touche là au cœur du réacteur, au problème de l’honnêteté intellectuelle. Certains abritent leur subjectivité derrière de grandes pétitions de principe qui invoquent l’objectivité, la déontologie, ou l’investigation. Ce n’est pas nouveau. Dans le film de Sergio Leone, « Il était une fois la Révolution », le journal à la solde du dictateur s’appelle El imparcial.

En réalité, beaucoup de journalistes roulent pour Hillary, ne peuvent pas souffrir Trump et sont prêts à saisir la moindre occasion pour ternir sa réputation. Et comme ils ont chassé de leurs rangs la contradiction et l’altérité, ils finissent par raisonner en circuit fermé, dans leur bulle. Cet effet d’autorenforcement de leurs convictions les empêche de concevoir que les gens ont de bonnes raisons de penser ce qu’ils pensent.

Les sympathisants de Trump saluent un candidat « qui dit les choses comme elles sont ». Tenons compte de leur sensibilité, sans les mépriser en tombant dans le raisonnement primaire d’Obélix : « Ils sont fous ces Romains ! » Le rôle des journalistes est de porter des faits à la connaissance du public. A l’exemple de Facebook, qui vient de faire un serment : « Pledges fairness in all spectrum ».

Nuit de boue, jours de cendres

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(Photo : SIPA.00756207_000001)

Ils sont venus, ils sont tous là, les ersatz de Mai 68, les zadistes professionnels, les écolos sans logis, les enfants perdus de la République. Tous privilégiés d’un système dont ils mâchouillent l’enseignement sur les bancs d’universités vidées de leur sens par un gouvernement – dixit notre inénarrable ministre de la sous-éducation – qui n’a de cesse de traquer le curé sous les costumes noirs des hussards de la République. C’est le sens qu’elle donne au mot « laïcité ». Avec toute la violence dont est capable un égaré incapable de lire son chemin sur une boussole. C’est le sens que je donne à « déboussolés qui nous gouvernent ».

Ils sont venus, ils sont tous là, leur manuel du parfait révolutionnaire à la main, exhibant l’apparente bonhomie peace and love d’un autre temps et le vide placardé sur leur avenir. Rien n’est construit pour demain dans leurs esprits, mais ils chantent, débattent, « commissionnent » sur tout et surtout rien, se rencontrent, se reconnaissent, se félicitent. Il suffit de quelques slogans creux et puérils pour s’imaginer édifier un futur.

Autour d’eux, pourtant, c’est tout autre chose : comme des fauves tapis dans l’ombre des nuits de boue, rôdent les casseurs sans frontières. Qui n’ont d’autre but que détruire, car pour eux tout ce qui est bâti n’est que le sas d’une prison pour l’humanité tout entière. Hordes d’une autre mondialisation, génération spontanée du massacre et des ruines, métastases mortelles d’un cancer installé dans la démocratie : celui de la liberté individuelle à tout prix.

Mais peut-on être démocrate avec qui ne l’est pas ? Alors, tous les jours et depuis tant de jours, c’est à Paris l’occupation improbable et exponentielle d’une place comme par hasard de la République, et des centaines de riverains bloqués chez eux dans cette néo-réalité républicaine qu’est le laxisme, l’abandon de toute responsabilité, le petit calcul politicien. La soumission idéologique. Et les maladies virales étant toujours contagieuses, voici Nantes, Rennes et tout ce que l’on tait, la main sur le cœur, pour ne point effrayer le bailleur de fonds qui dort en tout citoyen. Lequel, au bout du compte, a peur, creuse les tranchées de sa colère dans des pulsions de mort de moins en moins refrénées et paye avec ses impôts la note de l’inconséquence que l’on a portée au pouvoir. Car l’urne du vote est trop souvent l’urne de ses propres cendres.

Réfléchissons quelques instants au grand cirque du n’importe quoi que les gros bras gouvernementaux laissent s’installer dans nos rues et imaginons ce qui peut bien se passer dans la tête des terroristes qui nous observent. Voici un pays frappé par la foudre de la terreur islamique qui décide à grand fracas médiatique de verrouiller sciemment ses libertés fondamentales pour se prémunir de la mort annoncée. On décrète l’état d’urgence, on étale sa police, sa gendarmerie et son armée sur tout le territoire, on interdit les manifestations ludiques les plus susceptibles d’attirer les tueurs. Pourtant, alliances politiciennes exigeant, la moindre petite loi contestée peut toujours déclencher des copies-collées de notre inénarrable « Révolution de Mai 68 », avec blocage de rues, défilés agressifs, affrontements avec nos forces de l’ordre, provocations en tous genres se souciant comme d’une guigne de la loi comme du danger. Et bien sûr, les deux déclinaisons habituelles : systématiques dégradations publiques et privées d’une part, volonté de blesser physiquement, et plus encore si manque d’affinité, nos policiers et gendarmes qui hier encore étaient Charlie, d’autre part ! Tout ceci échappant, on ne sait par quelle argutie, au concept d’état d’urgence.

On croit rêver ! C’est, juste avant le jour de cendres, le petit matin des poltrons et des minets. Ceux-là même qui roulent des mécaniques devant leur miroir idéologique mais s’écrasent platement devant les réalités. Envoyant sans état d’âme au casse-pipe des fonctionnaires de la défense nationale, censés ne pas contester les ordres reçus et ne pas exprimer leur propre opinion. Ce que font pourtant allègrement ceux qui les affrontent, contester l’ordre de la démocratie et faire vibrer une opinion qui n’en admet pas d’autres. Mais que voulez-vous, réélection oblige quelques petites entorses à la logique, exige de passer sous le joug des alliances politiciennes. Réélection est mère du pouvoir.

Mais la désolation va au-delà. Voilà des voix qui s’élèvent dans le Parti socialiste et chez ses élus pour contester la faiblesse et l’irrésolution du gouvernement et de son mentor élyséen. Un gouvernement dont l’hypothermie est inquiétante : 49.3 le matin ! Les voix brandissent lors devant lui l’épée de Don Quichotte, mais c’est l’âne de Sancho Pança qui lancera le dernier braiement et les voix rentreront sagement dans leurs moulins. Fin de l’incident. On peut retourner aux apéros dominicaux. La faiblesse replie ses ailes. L’agonie se donne quelques jours de plus. Le micron présidentiel peut reprendre le chemin des micros avec sa bonne parole et les sans-dents respirer l’irrespirable. Autant qu’il est possible dans une atmosphère de cendres. Mais jusqu’à quand le mensonge ? Mais jusqu’à quand l’inconséquence ? Mais jusqu’à quand l’affaiblissement du pays, l’appauvrissement des citoyens et le supplice de nos valeurs ? Mais jusqu’à quand vendre ses souverainetés, nationale et individuelle, aux minorités donneuses de leçons démocratiques ?

Pascal disait : « Il faut que ce qui est juste soit fort et que ce qui est  fort soit juste. » J’ai peur que, désormais, ce qui est juste ne le soit même pas alors que ce qui est fort ne le sera que trop. Nous entrerions définitivement, tête première et col découpé, dans la République des victimes et des bourreaux.

>>> Retrouvez en cliquant ici l’ensemble de nos articles consacrés à Nuit debout.

Au (pré)nom de la liberté…

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(Photo : SIPA.00726874_000004)

Djoulyan, Poupoune, Aboubacar-Jacky… Voici quelques uns des exemples de prénoms recensés par le site Internet de la Ligue des officiers d’état civil. Ils sont les enfants d’une loi, celle du 8 janvier 1993, qui consacrait la liberté des parents de donner le prénom qu’ils souhaitent à leur progéniture. Avant la loi portée par Michel Vauzelle, garde des sceaux du gouvernement Bérégovoy, l’officier d’état civil pouvait refuser un prénom et lui en attribuer un autre ; c’était aux parents d’effectuer un recours en justice. Depuis vingt-trois ans, c’est l’inverse : l’officier d’état civil doit saisir le procureur, qui donne suite ou non. En attendant, l’enfant garde le prénom choisi par les parents. La course au prénom original est donc partie de là.

Evidemment, les parquets débordés ont souvent autre chose à faire que de s’occuper d’histoire de prénoms, et les officiers d’état civil le savent, donc ils ont la saisine moins facile. Dans l’hilarante pièce de théâtre Le Prénom, le personnage joué par Patrick Bruel déclame une superbe diatribe en direction de son beau-frère bobo dont les enfants s’appellent Appolin et Myrtille. Y est fustigé avec talent cette maladie de cette époque : « Oui, je trouve ridicule de donner des prénoms qui n’existent pas ! Cette surenchère dans l’originalité, ce n’est plus des prénoms, c’est des post-it collés sur le front. Prière de ne pas oublier que je suis différent ! Prière de ne pas croire que je suis classique ! Ici habite une famille d’intellectuels de gauche abonnés à Télérama même s’ils n’ont pas la télé… »

Les Kévin se rebiffent

Mais aujourd’hui les enfants de la loi Vauzelle se rebiffent. Ils sont de plus en plus nombreux à souhaiter changer de prénom et demandent à l’Etat de réparer les dégâts créés par son naïf laisser-faire libéral. Comment croyez-vous que nos gouvernants, qui sont aussi les descendants du gouvernement social-libéral de l’époque, allaient réagir, constatant les résultats de ce libéralisme culturel qu’ils vénèrent, lequel a accouché non seulement de cette loi sur les prénoms mais aussi du mariage pour tous et la volonté de supprimer le passage obligatoire devant le juge pour les divorces par consentement mutuel ? Revenir à la situation d’avant 1993 afin de fermer cette parenthèse et, en somme, d’arrêter les frais ? Que nenni ! Revenir en arrière, vous n’y pensez pas ? Quel horreur ! Nous passerions pour des affreux réactionnaires ! Ce qui, pour le coup, serait juste d’un point de vue étymologique, mais pas forcément inopportun.

Non, ce que le gouvernement s’apprête à faire, c’est de faciliter le changement de prénom pour les adultes. Le citoyen majeur pourra plus facilement changer son état civil s’il juge que ses parents l’ont trop mal prénommé. Evidemment, il pourra aussi demander de changer un prénom qui n’a rien de ridicule mais qui ne lui plaît pas, par exemple s’il estime que Kévin n’est pas adapté pour quelqu’un qui se destine au monde de l’édition ou Joséphine dans le mannequinat. Il n’obtiendra pas forcément satisfaction mais les demandes risquent d’affluer, ce qui pourrait encore encombrer les greffes de nos tribunaux.

Quand on fait une bêtise, on répond donc par une autre bêtise. Un peu comme un arbitre de football qui, ayant conscience d’avoir donné un pénalty trop généreux à une équipe en première mi-temps, en accorde un autre en compensation à l’équipe adverse lors de la seconde période. Il croit n’avoir pas influé sur la tenue du match : en réalité il a commis deux erreurs d’arbitrage. On peut aussi comparer cette attitude à celle des communistes dans le bloc soviétique qui pensaient que tous leurs malheurs venaient du fait qu’il n’y avait pas assez de communisme. Ou les européistes qui, depuis quarante ans, agissent de même. Cette fois-ci, on nous joue la même fable avec le libéralisme-libertaire.

D’authentiques libéraux de mes amis me diront sans doute que je me fourvoie. Que nos maux proviennent au contraire de la propension française à vouloir légiférer sans cesse. Ils me citeront peut-être Ségolène Royal et Marine Le Pen qui ont des prénoms différents à l’état civil et qui ont pu sans problème faire inscrire celui qu’elles souhaitaient sur leurs bulletins de vote officiels. Ils n’auront sans doute pas complètement tort. Notre libéralisme-libertaire idéologique, qui nous propose compulsivement de faire tabula rasa, s’est très bien adapté à la longue tradition française de légiférer sans cesse. Nous cumulons ainsi les inconvénients du premier avec ceux de la deuxième sans en tirer aucun avantage. Décidément, cette histoire de prénoms s’avère dramatiquement symptomatique de la situation de notre pays.

Unesco: la France se déshonore puis se ridiculise

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Ayrault et Abbas. Sipa. Numéro de reportage : 00638619_000006.

Dans sa résolution 199 EX/19 du 11 avril 2016, l’Unesco a effacé trois mille cinq cent ans d’histoire juive à Jérusalem en niant tout lien entre le peuple juif d’une part, et le Mont du Temple et le mur des Lamentations d’autre part, pour en faire des lieux saints exclusivement musulmans.

Initiée par un quarteron de pays musulmans tous connus pour leur respect des autres cultures (kabyle en Algérie, copte en Egypte, chrétienne animiste au Soudan…), la motion sobrement intitulée « Palestine occupée » était adoptée sans émotion particulière par les membres d’une organisation censée améliorer les relations humaines par la culture et l’enseignement.

Les antisémites en ont rêvé, l’Unesco l’a fait

Égale à elle-même et à sa realpolitik indéfectiblement pro-arabe, la France se déshonorait une fois de plus et votait en faveur de cette déclaration scélérate. Si Paris valait bien une messe pour Henri IV, la vente de Rafale et de centrales nucléaires vaut bien 3 500 ans d’histoire juive à Jérusalem pour le Quai d’Orsay. Et qu’importe les anachronismes. Le fait que le Temple de Salomon ait été construit plus de 1 600 ans avant la naissance de l’islam n’a pas semblé gêner les votants. Bien au contraire. Et pour cause, cela ne fait que confirmer l’immense fourberie des Juifs, capables de s’approprier les lieux saints d’une religion qui n’existe pas encore. Les antisémites en ont rêvé, l’Unesco l’a fait.

Quelques semaines plus tard et devant le tollé continu que ce vote a soulevé, le président de la République, le Premier ministre, le ministre de l’Intérieur et le ministre des Affaires étrangères ont enfin pris leur distance avec ce texte. Mais à quel prix! Celui du ridicule. Un ridicule qui ne tue pas et c’est heureux dans un sens parce que l’exécutif français aurait été décimé en une semaine.

Vote de la France : des explications embrouillées

À court d’imagination, M. Hollande a repris mot pour mot les explications de son ministre des Affaires étrangères. Des explications aux termes desquelles on peut légitimement se demander si nos dirigeants nous prennent pour des idiots ou le sont eux-mêmes.

C’est ainsi que l’Élysée et le Quai d’Orsay regrettent les éventuelles incompréhensions du fait de certaines formulations, mais nous rassurent : la position de la France restera la même à savoir la défense de la liberté d’accès et de culte à Jérusalem pour les trois grandes religions monothéistes. Et en effet, quel meilleur moyen de garantir la liberté d’accès et de culte à Jérusalem pour les Juifs qu’en niant trois mille cinq cent ans de présence et d’histoire ininterrompues entre la capitale du roi David et le judaïsme et de faire croire que les Juifs creusent de fausses tombes dans les cimetières musulmans pour les chasser d’Israël jusque dans la mort?

Et d’ajouter, comme démonstration d’une certaine constance dans la stupidité, que la France avait, par le passé, déjà voté « ce texte avec d’autres partenaires européens pour marquer son attachement au statu quo sur les Lieux saints à Jérusalem ». Voilà le statu quo tant espéré : des lieux saints à Jérusalem mais pas pour les Juifs.

Le Premier ministre et le celui de l’Intérieur ont, quant à eux, fait preuve d’un peu plus de bon sens en soulignant que la résolution était maladroite et que le vote n’aurait pas dû avoir lieu. Mais alors pourquoi l’avoir votée? Et une fois ces regrets inutiles énoncés avec une mine contrite, que fait-on ? Une dénonciation officielle de ce vote, la démission d’office du représentant français auprès de l’Unesco seraient le minimum minimorum. Cela ne changerait pas grand chose mais cela prouverait qu’à moins d’un an des élections présidentielles, la majorité socialiste ne verse pas dans la démagogie la plus racoleuse et a le courage de ne pas remettre en cause les fondements de notre société pour quelques milliers de voix qu’elle a d’ores et déjà perdu au gré de ses promesses non tenues.

Mieux encore, au lieu de contribuer à falsifier la relation plurimillénaire entre Jérusalem et le peuple juif, le gouvernement français devrait contribuer à la naissance d’un nouveau Quai d’Orsay en essayant une politique alternative.

Car non contente de voter et revoter ce type de résolutions honteuses et mensongères, la France contribue également, entre autres réjouissances, au financement :

–          de programmes de constructions illégales en Judée-Samarie via l’Union européenne,

–          des livres scolaires distribués par l’Autorité palestinienne aux petits Palestiniens dans lesquels Israël n’existe pas et les unités de calculs sont des Juifs morts,

–          des salaires que l’Autorité palestinienne verse aux terroristes emprisonnés pour crimes de sang.

Un baroud de déshonneur ?

Et comme si cela ne suffisait pas, la France tiendra à l’été une réunion ministérielle internationale pour relancer le processus de paix israélo-palestinien qui pourrait donner lieu ensuite à un sommet international. François Hollande rêve sans doute d’un sommet sur le modèle du nucléaire iranien pour la postérité de son quinquennat. Et comme Obama pour l’Iran, il lui suffira d’acquiescer à toutes les demandes palestiniennes en prenant des garanties qui n’en sont pas.

Un baroud du déshonneur en quelque sorte. Comment la France, avec un tel passif, une telle partialité, une telle malhonnêteté intellectuelle peut-elle encore prétendre à jouer un rôle utile sur le plan international ?

La France est prisonnière de ses passions arabes et de l’antisémitisme bon teint de sa diplomatie. Et tant que ce sera le cas, elle ne pourra prétendre à rien d’autre qu’à un strapontin aux négociations israélo-palestiniennes et regarder l’Histoire se faire sans elle.

Divorce: on nous prend pour des imbéciles, le saviez-vous?

Tweet du ministère de la justice

Rubrique : « Ils ont touché le fond mais ils ont des pelles. » Chaque jour nous apporte un motif d’exaspération et d’accablement. Chaque intervention de ce pouvoir démontre une capacité à transformer en pantalonnade tout ce qu’il touche. Exemple récent donné par un tweet que vient de commettre le ministère de la Justice pour défendre une des mesures contestées du projet de loi « justice du XXIe siècle », la suppression de l’intervention du juge dans les divorces par consentement mutuel. À chaque fois, on se pose la question de savoir s’ils sont vraiment nuls à ce point, ou bien que par mépris des gens ils les prennent systématiquement pour des imbéciles.

La suppression de l’intervention du juge dans le prononcé du divorce par consentement mutuel est une question qui mérite débat. L’institution du mariage républicain été mise à bas par le divorce de masse. Depuis la réforme de 1976 les statistiques sont là pour démontrer que ce qui était vécu avant comme un événement à charge sociale négative est devenu complètement banal.

Au travers d’une procédure empreinte d’une certaine solennité, et marquée par quelques précautions comme la publication des bans, on demande pourtant toujours au maire, de recueillir et par conséquent de vérifier le consentement des futurs époux. Et pour mettre fin à une situation juridique aux conséquences multiples, on voudrait s’en remettre à une simple démarche contractuelle mise en forme par un notaire ? En réfléchissant un peu, on constate alors que ce qui peut être considéré comme une mesure de bon sens pose quand même certains problèmes

Les avocats, qui voient s’enfuir une source de revenus sont contrariés, et c’est normal. Les cathos sont contre le divorce donc leur avis est plein d’arrière-pensées. L’expérience cubaine n’est guère encourageante, puisque qu’après avoir instauré, dans l’euphorie révolutionnaire de 1959 un système de simple déclaration à l’État civil, les barbudos  ont précipitamment battu en retraite. Donc, ça discute et ça grince ce qui ennuie la place Vendôme qui ne voit dans cette mesure qu’un moyen de faire des économies. Alors, les bureaucrates ont eu l’idée de twitter pour parler directement au peuple en passant par-dessus la tête des lobbys.

Et cela donne ceci : « le saviez-vous ? #Étymologie Juger= trancher 1 litige Dans un divorce par consentement mutuel, il n’y a pas de litige ; donc pas besoin de juge ». Est-il possible de faire pire ?

Je sais bien que l’enseignement du latin va être bientôt proscrit, mais lorsque l’on parle d’étymologie, il faudrait éviter de se foutre du monde. « Juger » vient de « judicare », de « jus » (droit) et « dico » (dire). Donc juger, c’est dire le droit, ce qu’on apprend en première année de ses études de droit. Alors, dans un premier temps faisons au rédacteur le crédit de son ignorance crasse, et acceptons qu’en écrivant « étymologie », il ait pensé « définition » et regardons de plus près. Mais là, c’est encore pire. La définition de juger est beaucoup plus large et comprend comme synonyme : apprécier, estimer, évaluer, déclarer coupable, condamner, etc. Donc le constat est clair, on nous prendre pour des imbéciles.

Une mesure qu’on tente de faire passer en contrebande

Alors, interpellés par ce cynisme, penchons-nous un peu sur cette proposition que l’on essaie de faire passer en contrebande. Le divorce met fin à un dispositif dont la construction juridique qui relève peu de la volonté des parties. Le mariage est un contrat organisé par la loi. Lorsqu’on le dissout, au-delà des problèmes affectifs et psychologiques qu’il faut affronter, on doit organiser beaucoup de choses. La question des enfants, les résidences respectives, les pensions alimentaires, les prestations compensatoires, la dévolution et le partage des biens mobiliers et éventuellement immobiliers, toutes questions matériellement compliquées et à fortes charge affectives. Le passage devant le juge est destiné à vérifier le consentement non seulement au divorce, mais également à l’organisation de toutes ses conséquences. C’est la raison pour laquelle lors de l’audience toujours appelée dans le jargon « de conciliation », le magistrat recevra les époux séparément. Pour vérifier que le consentement n’a pas été arraché, et ne souffre d’aucun vice tel que ceux décrits par le Code civil pour tous les contrats : l’erreur, le dol, la violence. Chacun aura compris qu’en l’état actuel de la société, ce sont surtout les femmes qu’il convient de protéger, même si l’inverse existe.

Et le juge se penchera aussi sur l’équilibre des conventions qui lui sont soumises. C’est un contrôle a priori de la « commune intention des parties ». Dans un contrat commercial civil banal, ce contrôle relève toujours de l’office du juge, même s’il se produit a posteriori lorsque le contrat lui est soumis. Le mariage républicain n’est pas un contrat banal.

Ajoutons dans un autre ordre d’idées, que lorsqu’une entité publique met fin à un litige par une transaction, après l’avoir fait voter par son assemblée délibérante elle va saisir le juge administratif pour lui demander d’homologuer le protocole et lui donner ainsi force exécutoire. Que de précautions… Inutiles pour des époux ?

Alors, « le saviez-vous ? » nous demande un ministre de la Justice par l’intermédiaire de son twittos. Non Monsieur le ministre, nous ne risquions pas de le savoir puisque c’est faux. En revanche ce dont nous sommes sûrs, c’est que l’on ne peut pas vous faire confiance.

François, quo vadis domine?

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Célébration de l'Immaculée Conception en 2013 (Photo : SIPA.00671040_000004)

« Ah, la laïcité française ! » C’est un cri du cœur. Et il n’a pas été poussé par un imam quelconque, par un apôtre bien-pensant du « vivre-ensemble » ou par un rappeur rendant hommage à l’islam. C’est le pape François qui l’a dit dans une interview au journal La Croix.

Le souverain pontife est un partisan sincère de la liberté. Et en l’occurrence, il plaide pour la liberté, entravée selon lui en France, des musulmanes de porter le voile. Depuis, dans tous les médias, ça dégouline d’eau bénite. Évêques, porte-paroles et spécialistes de la religion défilent au micro pour dire tout le bien qu’il convient de penser des saintes paroles du saint homme.

Le pape François ne peut ignorer que la liberté des uns s’arrête là où commence la liberté des autres. Ma liberté à moi, qui ne suis pas très catholique, c’est de dire que le Saint-Père fait beaucoup de bruit. Et qu’à ce bruit, je préfère celui de la musique d’un Requiem de Mozart ou d’un Ave Maria de Gounod.

Rien ne me permet de me mêler des choix d’un pape. Et comme je ne suis pas cardinal, je ne suis pour rien dans l’élection de François. Pour autant, je m’autorise à avoir des préférences concernant celui qui occupe le Saint-Siège. Il y en a eu un que j’aimais bien : Benoît XVI. Quand il n’était encore que le cardinal Ratzinger, il avait prononcé quelques phrases définitives et critiques sur Mahomet « chef de guerre ». C’était rafraîchissant.

Les propos du pape François m’amènent à penser à un livre qui vaut toutes les évangiles : Quo vadis de Henryk Sienkiewicz. L’histoire se passe au temps où Néron donnait les chrétiens aux lions. Pierre quitte Rome et sur sa route il aperçoit Jésus qui marche dans le sens inverse. Pierre : « Quo vadis domine ? » (« Où vas-tu maître ? »). « Je vais à Rome, que tu as abandonnée ». Pierre, honteux, rebrousse chemin. Et s’en va mourir avec les siens.

Quo vadis ?

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Revenu de base: le Rêve d’un Biberon Illimité?

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suisse referendum revenu universel
Photo : Sipa. Numéro de reportage : 00721407_000024.

La votation suisse du 5 juin sur le revenu de base inconditionnel (le RBI) me laisse indécis, hésitant. Faut-il voter pour ou contre cette initiative ? Avant de trancher, il convient de reconnaître que je suis écartelé, divisé, le siège d’envies multiples et contradictoires. Au lieu d’évacuer ces contradictions, assumons-les sous la forme d’un petit dialogue, d’une expérience de pensée (qui tient provisoirement à l’écart la question de la faisabilité du projet).

Moi : Tout d’abord, partons d’un constat. Nous sommes les héritiers d’une très longue histoire. Sous la férule du froid, de la faim et des maladies, nos lointains ancêtres ont fabriqué des outils, maîtrisé le feu, inventé la roue, développé l’agriculture. Plus près de nous, la peste et le choléra ont été éradiqués. Quant à l’accélération des inventions du siècle dernier, elle donne le vertige…

Bref, beaucoup de sueurs, de larmes et de matière grise ont permis de produire une richesse inouïe. Et nous sommes tous des héritiers vernis. Les heureux rentiers de l’inventivité humaine. Depuis la nuit des temps, les humains vivent dans la peur et il serait temps qu’ils se dotent d’Etats qui leurs fournissent une sécurité de base : de la nourriture, un toit, des soins, de la culture. Sans contrepartie. Le RBI répond à ce besoin légitime sur fond d’un chômage incompressible voué à augmenter.

Lui : Pauvre idéaliste. Tu crois qu’on peut prélever une rente sur la masse de la richesse accumulée par l’humanité ? Mais on ne verse pas un revenu en puisant dans  un stock. Un revenu provient toujours d’un flux d’activité. Seul le travail crée de la valeur économique, laquelle peut être ensuite redistribuée.
Déjà, Keynes aspirait à « euthanasier les rentiers », les héritiers oisifs d’une caste parasite. Et toi, tu voudrais généraliser ce fléau ! Tu aspires à étendre à tous ces privilèges contraires au dynamisme économique et à la vitalité des sociétés. Tes considérations sur l’histoire masquent des motivations plus troubles. Sur le modèle de Peter Sloterdijk, livrons-nous à un petit exercice d’exégèse psychopolitique.

L’idée d’un revenu de base flatte le nourrisson en toi, entérine le glissement vers une société matriarcale. Vivre bien au chaud, manger, dormir, s’épanouir grâce à de riches stimulations, sans exigences de réciprocité, cela a un nom : l’amour maternel inconditionnel. Tu demandes à l’Etat qu’il soit une mère suffisamment bonne et le RBI est ton Rêve de Biberon Illimité. Mais « le monde n’est pas une nurserie », disait Freud.

Moi : Tu défigures mon propos. De toute manière, la majorité des gens continuera à travailler, moi le premier. Quant à ceux qui se contenteront d’un revenu si modeste, ils devront vivre dans l’esprit des sages de l’Antiquité : avec simplicité, modération et frugalité. Lucrèce et Épicure trouveraient que 2500.- par mois conviendrait, car
quelques olives, des amis et un jardin public suffisaient à leur bonheur. À l’instar de la liberté, le RBI fait peur, terrorise. Et la majorité lui préférera les contraintes du salariat.

Quant au nourrisson, à l’avidité immature, excuse-moi, je l’observe plutôt du côté des modèles qui nous sont offerts en exemple. Des « golden boys », des stars et des sportifs surpayés. Le système n’est-il pas tendu vers un toujours plus, de l’illimité source de malheur ? Rappelle-toi l’une des scènes finales du Sens de la vie, le film des Monty Python, où un homme, du volume d’une baleine, mange, mange, mange, puis explose ! Et aujourd’hui où certains profits sont délirants, où il y a trop de tout : trop de monde, d’objets, de bruits, de pollutions, d’informations, je vote Épicure !

Lui : Bien joué, l’actualité semble te donner raison. Mais n’oublie pas que les rentes que tu proposes dépendent entièrement de ce système. Et on ne mord pas la main de celui qui nous nourrit. Avec le RBI, tu désamorces toutes critiques possibles. En outre, ce qui me dérange dans ta conception, c’est qu’elle pèche par optimisme. Elle transpire les bons sentiments, mais oublie que la peur et la lutte sont de puissants stimulants. À la dialectique du maître et de l’esclave comme moteur de l’Histoire, tu opposes le règne du pantouflard… Et crois-tu vraiment qu’une partie de la société laborieuse consente à entretenir l’autre ?

Moi : Un des premiers défenseurs du RBI est un spécialiste néerlandais de médecine sociale. Ce médecin est confronté majoritairement à deux types de patients : ceux que l’excès de travail rendent malades et les chômeurs que l’absence de travail empoisonne. Les hyperactifs menacés de burn-out et les hypoactifs laminés par le  manque de reconnaissance et la culpabilité. Pour lui, le revenu de base permet de rééquilibrer ces situations absurdes. Il constitue une technique souple et intelligente du partage de l’emploi. Il facilite la réduction volontaire du temps de travail ou l’interruption de carrière au moment où les salariés le désirent.

Lui : Et qui consentira à faire les métiers ingrats, salissants et pénibles ?

Moi : La réponse se trouve dans le tout premier plaidoyer pour un revenu de base, rédigé par Joseph Charlier, en 1848. Il faut, explique Charlier, que les entreprises acceptent de rehausser massivement les salaires des acteurs de terrain. De ceux qui travaillent à la chaîne, les mains dans le cambouis. Aux dépens des cols blancs dont l’activité valorisante est beaucoup moins éprouvante. Personnellement, cela ne me choquerait guère.

C’est en outre difficile à admettre, mais il est totalement illusoire de penser que notre salaire correspond à notre mérite. Pour le prix Nobel d’économie Herbert Simon, seul 10% de notre revenu est le reflet de nos efforts, le reste est un « cadeau » du passé, des savoir-faire accumulés et des progrès technologiques.

Lui : Tu reviens là-dessus !

Moi : Oui, parce que c’est vrai…

Lui : Admettons. Cela dit, ce qui me dérange dans le RBI, c’est son côté : la même chose pour tous, pas de différence, tous pareils. J’y flaire un petit parfum totalitaire qui me rebute. Je préfère un système imparfait, qui fait du sur-mesure, au cas par cas, quitte à mobiliser beaucoup d’assistants sociaux. Bref, je me méfie des grandes solutions collectives.

Moi : L’assurance vieillesse aussi s’applique à tous. Et elle était considérée en son temps par beaucoup comme une utopie délirante. Et aujourd’hui, qui aimerait faire machine arrière ? Concernant le RBI, il est vrai qu’il s’agit aussi d’un pari. Avec une part de risque, comme dans tous paris. Et en cas de oui, ce n’est qu’après-coup qu’on pourra juger si les Suisses ont fait preuve d’une audace visionnaire ou d’une naïveté pathétique.

Quoi qu’il en soit, chacun sent aussi que le système actuel est en bout de course. Dans ce contexte, nous tâtonnons dans le noir et cherchons des issues, aspirons à inventer des solutions jamais explorées. Cette initiative en est une.

Cela dit, quittant ce terrain spéculatif, c’est la question du financement concret du RBI qui ne me convainc pas. C’est pourquoi je voterai non à cette initiative, dont je reconnais la valeur.

Israël-Palestine: une conférence pour la paix, mais après?

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Jean-Marc Ayrault et Benyamin Netanyahou, ce dimanche 15 mai, à Jérusalem (Photo : SIPA.AP21896175_000004)

Réunir une conférence internationale, comme tente de l’organiser la France finalement cet été, pour régler le conflit entre les Palestiniens et les Israéliens ? Quelle bonne idée à première vue ! D’un côté, en effet, le statu quo actuel privant les Palestiniens de leur droit à un État souverain ne pourra pas durer éternellement. De l’autre côté, laissées à elles-mêmes dans un tête-à-tête, les deux parties prenantes ne s’entendront jamais à l’amiable. Comme dans les divorces, seul un tiers peut imposer une solution équitable.

C’est tellement évident qu’en 2004 déjà, le grand écrivain israélien Amos Oz publiait son appel Aidez-nous à divorcer ! Israël Palestine : deux États maintenant[1. Aidez-nous à divorcer ! Israël Palestine : deux États maintenant, Amos Oz, Ed. Gallimard, janvier 2004, 40 pages].

Dans le scénario de cette bienveillante ingérence, que j’ai longtemps souhaitée, il y a malheureusement un petit quelque chose qui gêne, et qui explique l’impasse que les Européens ne comprennent pas. Ce petit quelque chose, c’est, comme d’habitude dans cette région du monde, le jour d’après.

Que se passera-t-il en effet au lendemain de la création d’un État palestinien au terme d’un accord qui comprendrait le droit à l’existence et à la souveraineté de l’État d’Israël ? Dès le lendemain, des élections interviendront en Palestine, qui porteront au pouvoir de nouveaux dirigeants. Et qu’est-ce qui garantit que les nouveaux dirigeants de ce nouvel État accepteront l’existence de leur voisin de palier, c’est-à-dire de l’État d’Israël ?

Qu’est-ce qui garantit que la population de ce nouvel État palestinien ne se donnera pas démocratiquement au Hamas, et que cet État palestinien créé par des bonnes volontés ne sera pas un nouveau Gaza, un État se comportant en État terroriste ?

Qu’est-ce qui nous prouve que les Palestiniens se contenteront d’un compromis territorial et que les Israéliens auront la paix, la paix maintenant, en échanges des territoires ? Qu’est-ce qui garantit que les Palestiniens ne chercheront pas à bouter l’État juif hors du sol de l’islam, et cela en recourant à la terreur, qui est le moyen habituel de la politique dans les pays arabes ?

Tous ceux qui reprochent à Israël d’être responsable de ce conflit croient, de bonne foi, que ce conflit porte sur le partage d’un territoire. Les Israéliens, eux, sont convaincus qu’une partie de leurs voisins arabes et musulmans ne veulent rien moins que leur disparition.

Dans l’éventualité où l’État palestinien se comporterait comme Gaza, puisque l’objectif proclamé du Hamas n’est pas la coexistence de deux États mais la disparition de l’État d’Israël, qu’est-ce que les pays de la conférence internationale ont prévu de faire ? Sont-ils prêts à soutenir l’État agressé ? Un tel engagement verbal ne suffirait sans doute pas à rassurer les Israéliens qui, en raison de leur mémoire juive et de leur mémoire israélienne, n’accepteront sans doute jamais que la défense de leurs vies ne dépende pas d’eux.

Mais ces mêmes Israéliens seraient peut-être tout de même un peu rassurés si les pays organisateurs de la conférence internationale s’engageaient solennellement à laisser l’État d’Israël entièrement libre de se défendre, en cas d’agression, sans lui tordre politiquement le bras dans le dos comme cela a été le cas jusqu’ici.

On ne peut pas imaginer engagement plus minimal. Mais cet engagement minimal changerait peut-être la donne. Alors, le Quai d’Orsay, chiche ?

Primaire à droite: un nouveau candidat

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Déclaration de candidature à la primaire de... Jean-François Copé, à Meaux, en mars dernier (Photo : SIPA.00746707_000018)

Je ne vois pas pourquoi je ne tenterai pas ma chance. Après tout, je vaux bien les Juppé, les Le Maire, les Mariton, les NKM, les Frédéric Lefebvre, les Geoffroy Didier, j’en passe et des plus inconnus. Même Sarkozy, je le vaux bien. Je n’oublie tout de même pas que c’est grâce à lui que j’ai perdu mon siège de député en 2012.

En plus, j’ai compris le truc : pour qu’on parle de vous dans les médias, si vous voulez être candidat à la primaire, il ne s’agit même pas de réunir les parrainages. Ca, ce n’est pas si difficile que ça : 250 élus répartis sur au moins 30 départements dont vingt parlementaires et 2 500 adhérents à jour de cotisation, ça devrait aller.

Il suffit juste de repérer qui déteste qui et de jouer là-dessus. Et comme tout le monde déteste tout le monde chez les Républicains, ce serait bien le diable si je n’arrivais pas à en convaincre un nombre suffisant que je suis l’homme idéal pour incarner le rejet de ceux qui font les vedettes à la télé soit pour un dernier tour de piste comme Juppé qui me fait penser à Reggiani (« Il suffirait de presque rien, peut-être dix années de moins » ) ou pour un premier comme  Didier qui me fait penser à Dalida (« Il venait d’avoir dix-huit ans »)

J’ai hésité à publier un livre-programme, ils le font tous, mais comme je ne veux pas me ridiculiser en vendant à peu près autant d’exemplaires qu’un poète contemporain dépressif, je vais plutôt miser sur les réseaux sociaux. Ce n’est pas parce qu’on est comme moi le maire d’une petite commune rurale qu’on ne sait pas se servir de Twitter, d’Instagram ou de Facebook. Pas plus mal qu’eux, en tout cas, qui disent une connerie tous les cinq tweets et s’excusent après. Non, ce que j’ai compris pour que BFM ou LCP m’invitent tout le temps, c’est qu’il faut être libéral, néolibéral, ultralibéral et même hyperlibéral ! Ca les fascine, ça les médias. Je pourrais même être copain avec Nicolas Doze, si ça se trouve. C’est ma femme qui sera contente.

Alors, je vais décliner mon programme selon quelques axes simples et trianguler la concurrence en allant plus loin qu’eux. Fini les mesurettes thatchériennes…

1°) Suppression  totale de la fonction publique. J’ai bien dit totale. Pas cent mille par ici, cent mille par là. Suppression totale. Je ne vois pas pourquoi on garderait des fonctions régaliennes de l’Etat qui est l’ennemi. La police et l’armée peuvent être remplacées aisément par des mercenaires. Les Américains l’ont déjà fait en Afghanistan et en Irak et à mon avis, Blackwater contre une manif, ce sera autrement plus efficace que ces enfants de chœur de la BAC.  On pourra protéger son domicile grâce à une appli Sécurité qui prévoira, une fois souscrit un forfait, un certain nombre d’heures de garde statique devant votre porte.

2°) Extension indéfinie des droits de l’individu. Il aura d’abord le droit de se défendre : le port d’arme sera autorisé pour toute personne majeure, en sachant qu’on abaissera la majorité à 15 ans dans les cités. Ils se tireront dessus comme les Crisps et les Bloods à L.A. et on sera bien tranquille. Mais aussi liberté individuelle totale dans l’usage qu’on fait de son corps : la GPA, bien sûr ; la prostitution évidemment, mais aussi ne pas interdire aux pauvres de vendre leurs organes (après tout on a deux reins, deux yeux, etc.) voire de se vendre eux-mêmes à un patron pur travailler en créant un CSV, Contrat de Servitude Volontaire qui est ce que j’ai trouvé de plus adapté pour amener l’idée  du rétablissement de l’esclavage. Je vais t’en donner, moi, du dialogue social…

3°) Réorganisation territoriale. Fini les régions, les départements, les regroupements de communes, tout ce patriotisme de clocher qui empêche la libre circulation des hommes et des biens. Le découpage de la France en une dizaine de carrés regroupant 6 millions d’habitants suffira à créer des entités économiques et administratives viables sans passé, donc sans histoires, qui seront mises en concurrence entre elles et pourront pratiquer un dumping social tel que l’on verra des usines délocalisées en Chine revenir à toute vitesse. A terme, l’idée, c’est de faire disparaître la nation qui ne sert à rien sinon à provoquer des guerres tous les trente ans.

Là, sincèrement, je ne vois pas comment ils pourraient me rattraper, les autres qui en sont restés à un archaïsme reaganien assez triste. Les Français comprendront vite que le seul moderne, c’est moi. Si ça se trouve, Gattaz viendra déjeuner le dimanche. Il me conseillera de prendre Macron comme Premier ministre en signe d’ouverture. Je dirai oui. Ce sera le bonheur.

Trump: pour les médias, le candidat à abattre

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(Photo : SIPA.AP21813041_000008)
(Photo : SIPA.AP21813041_000008)

En France, la cause est jugée. Le Monde a applaudi les attaques d’Obama jugeant Trump un peu arriéré et Libération a titré sur « le comportement pas toujours correct de Trump avec les femmes », relayant une attaque du New York Times. Mais, cette nouvelle attaque est pour le moins fragile.

En effet, cette affaire repose sur le témoignage d’une ex-petite amie ou, plus exactement, sur l’interprétation tendancieuse de ce témoignage. Car le témoin s’est rebiffé, estimant que le journaliste avait tronqué ses propos. Sur la chaîne de télévision Fox News, le journaliste Bill O’Reilly et le commentateur Charles Krauthammer ont donc réfuté cette nouvelle campagne de désinformation contre Trump, en faisant valoir une série d’arguments.

Primo, le New York Times est resté muet sur la nouvelle affaire Clinton : une Fondation parrainée par Bill aurait détourné des fonds à des fins de financement politique. Secundo, la violence des attaques anti-Trump n’est pas une nouveauté : lors du duel entre Jefferson et Adams avait fusée une accusation d’inceste. Rappelons aussi que l’on moquait l’incapacité de Gérald Ford à faire deux choses à la fois, comme de descendre un escalier tout en mâchant du chewing-gum ! Il est clair que si le chien de Trump avait jadis mordu le chat du voisin, certains journalistes en auraient fait leurs choux gras.

Tertio, Fox News a déploré que le journaliste du New York Times, après avoir orienté le témoignage et extrapolé, ait dissimulé sa subjectivité en évoquant « une histoire qui parle d’elle-même ». On touche là au cœur du réacteur, au problème de l’honnêteté intellectuelle. Certains abritent leur subjectivité derrière de grandes pétitions de principe qui invoquent l’objectivité, la déontologie, ou l’investigation. Ce n’est pas nouveau. Dans le film de Sergio Leone, « Il était une fois la Révolution », le journal à la solde du dictateur s’appelle El imparcial.

En réalité, beaucoup de journalistes roulent pour Hillary, ne peuvent pas souffrir Trump et sont prêts à saisir la moindre occasion pour ternir sa réputation. Et comme ils ont chassé de leurs rangs la contradiction et l’altérité, ils finissent par raisonner en circuit fermé, dans leur bulle. Cet effet d’autorenforcement de leurs convictions les empêche de concevoir que les gens ont de bonnes raisons de penser ce qu’ils pensent.

Les sympathisants de Trump saluent un candidat « qui dit les choses comme elles sont ». Tenons compte de leur sensibilité, sans les mépriser en tombant dans le raisonnement primaire d’Obélix : « Ils sont fous ces Romains ! » Le rôle des journalistes est de porter des faits à la connaissance du public. A l’exemple de Facebook, qui vient de faire un serment : « Pledges fairness in all spectrum ».

Nuit de boue, jours de cendres

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(Photo : SIPA.00756207_000001)

Ils sont venus, ils sont tous là, les ersatz de Mai 68, les zadistes professionnels, les écolos sans logis, les enfants perdus de la République. Tous privilégiés d’un système dont ils mâchouillent l’enseignement sur les bancs d’universités vidées de leur sens par un gouvernement – dixit notre inénarrable ministre de la sous-éducation – qui n’a de cesse de traquer le curé sous les costumes noirs des hussards de la République. C’est le sens qu’elle donne au mot « laïcité ». Avec toute la violence dont est capable un égaré incapable de lire son chemin sur une boussole. C’est le sens que je donne à « déboussolés qui nous gouvernent ».

Ils sont venus, ils sont tous là, leur manuel du parfait révolutionnaire à la main, exhibant l’apparente bonhomie peace and love d’un autre temps et le vide placardé sur leur avenir. Rien n’est construit pour demain dans leurs esprits, mais ils chantent, débattent, « commissionnent » sur tout et surtout rien, se rencontrent, se reconnaissent, se félicitent. Il suffit de quelques slogans creux et puérils pour s’imaginer édifier un futur.

Autour d’eux, pourtant, c’est tout autre chose : comme des fauves tapis dans l’ombre des nuits de boue, rôdent les casseurs sans frontières. Qui n’ont d’autre but que détruire, car pour eux tout ce qui est bâti n’est que le sas d’une prison pour l’humanité tout entière. Hordes d’une autre mondialisation, génération spontanée du massacre et des ruines, métastases mortelles d’un cancer installé dans la démocratie : celui de la liberté individuelle à tout prix.

Mais peut-on être démocrate avec qui ne l’est pas ? Alors, tous les jours et depuis tant de jours, c’est à Paris l’occupation improbable et exponentielle d’une place comme par hasard de la République, et des centaines de riverains bloqués chez eux dans cette néo-réalité républicaine qu’est le laxisme, l’abandon de toute responsabilité, le petit calcul politicien. La soumission idéologique. Et les maladies virales étant toujours contagieuses, voici Nantes, Rennes et tout ce que l’on tait, la main sur le cœur, pour ne point effrayer le bailleur de fonds qui dort en tout citoyen. Lequel, au bout du compte, a peur, creuse les tranchées de sa colère dans des pulsions de mort de moins en moins refrénées et paye avec ses impôts la note de l’inconséquence que l’on a portée au pouvoir. Car l’urne du vote est trop souvent l’urne de ses propres cendres.

Réfléchissons quelques instants au grand cirque du n’importe quoi que les gros bras gouvernementaux laissent s’installer dans nos rues et imaginons ce qui peut bien se passer dans la tête des terroristes qui nous observent. Voici un pays frappé par la foudre de la terreur islamique qui décide à grand fracas médiatique de verrouiller sciemment ses libertés fondamentales pour se prémunir de la mort annoncée. On décrète l’état d’urgence, on étale sa police, sa gendarmerie et son armée sur tout le territoire, on interdit les manifestations ludiques les plus susceptibles d’attirer les tueurs. Pourtant, alliances politiciennes exigeant, la moindre petite loi contestée peut toujours déclencher des copies-collées de notre inénarrable « Révolution de Mai 68 », avec blocage de rues, défilés agressifs, affrontements avec nos forces de l’ordre, provocations en tous genres se souciant comme d’une guigne de la loi comme du danger. Et bien sûr, les deux déclinaisons habituelles : systématiques dégradations publiques et privées d’une part, volonté de blesser physiquement, et plus encore si manque d’affinité, nos policiers et gendarmes qui hier encore étaient Charlie, d’autre part ! Tout ceci échappant, on ne sait par quelle argutie, au concept d’état d’urgence.

On croit rêver ! C’est, juste avant le jour de cendres, le petit matin des poltrons et des minets. Ceux-là même qui roulent des mécaniques devant leur miroir idéologique mais s’écrasent platement devant les réalités. Envoyant sans état d’âme au casse-pipe des fonctionnaires de la défense nationale, censés ne pas contester les ordres reçus et ne pas exprimer leur propre opinion. Ce que font pourtant allègrement ceux qui les affrontent, contester l’ordre de la démocratie et faire vibrer une opinion qui n’en admet pas d’autres. Mais que voulez-vous, réélection oblige quelques petites entorses à la logique, exige de passer sous le joug des alliances politiciennes. Réélection est mère du pouvoir.

Mais la désolation va au-delà. Voilà des voix qui s’élèvent dans le Parti socialiste et chez ses élus pour contester la faiblesse et l’irrésolution du gouvernement et de son mentor élyséen. Un gouvernement dont l’hypothermie est inquiétante : 49.3 le matin ! Les voix brandissent lors devant lui l’épée de Don Quichotte, mais c’est l’âne de Sancho Pança qui lancera le dernier braiement et les voix rentreront sagement dans leurs moulins. Fin de l’incident. On peut retourner aux apéros dominicaux. La faiblesse replie ses ailes. L’agonie se donne quelques jours de plus. Le micron présidentiel peut reprendre le chemin des micros avec sa bonne parole et les sans-dents respirer l’irrespirable. Autant qu’il est possible dans une atmosphère de cendres. Mais jusqu’à quand le mensonge ? Mais jusqu’à quand l’inconséquence ? Mais jusqu’à quand l’affaiblissement du pays, l’appauvrissement des citoyens et le supplice de nos valeurs ? Mais jusqu’à quand vendre ses souverainetés, nationale et individuelle, aux minorités donneuses de leçons démocratiques ?

Pascal disait : « Il faut que ce qui est juste soit fort et que ce qui est  fort soit juste. » J’ai peur que, désormais, ce qui est juste ne le soit même pas alors que ce qui est fort ne le sera que trop. Nous entrerions définitivement, tête première et col découpé, dans la République des victimes et des bourreaux.

>>> Retrouvez en cliquant ici l’ensemble de nos articles consacrés à Nuit debout.

Au (pré)nom de la liberté…

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(Photo : SIPA.00726874_000004)
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Djoulyan, Poupoune, Aboubacar-Jacky… Voici quelques uns des exemples de prénoms recensés par le site Internet de la Ligue des officiers d’état civil. Ils sont les enfants d’une loi, celle du 8 janvier 1993, qui consacrait la liberté des parents de donner le prénom qu’ils souhaitent à leur progéniture. Avant la loi portée par Michel Vauzelle, garde des sceaux du gouvernement Bérégovoy, l’officier d’état civil pouvait refuser un prénom et lui en attribuer un autre ; c’était aux parents d’effectuer un recours en justice. Depuis vingt-trois ans, c’est l’inverse : l’officier d’état civil doit saisir le procureur, qui donne suite ou non. En attendant, l’enfant garde le prénom choisi par les parents. La course au prénom original est donc partie de là.

Evidemment, les parquets débordés ont souvent autre chose à faire que de s’occuper d’histoire de prénoms, et les officiers d’état civil le savent, donc ils ont la saisine moins facile. Dans l’hilarante pièce de théâtre Le Prénom, le personnage joué par Patrick Bruel déclame une superbe diatribe en direction de son beau-frère bobo dont les enfants s’appellent Appolin et Myrtille. Y est fustigé avec talent cette maladie de cette époque : « Oui, je trouve ridicule de donner des prénoms qui n’existent pas ! Cette surenchère dans l’originalité, ce n’est plus des prénoms, c’est des post-it collés sur le front. Prière de ne pas oublier que je suis différent ! Prière de ne pas croire que je suis classique ! Ici habite une famille d’intellectuels de gauche abonnés à Télérama même s’ils n’ont pas la télé… »

Les Kévin se rebiffent

Mais aujourd’hui les enfants de la loi Vauzelle se rebiffent. Ils sont de plus en plus nombreux à souhaiter changer de prénom et demandent à l’Etat de réparer les dégâts créés par son naïf laisser-faire libéral. Comment croyez-vous que nos gouvernants, qui sont aussi les descendants du gouvernement social-libéral de l’époque, allaient réagir, constatant les résultats de ce libéralisme culturel qu’ils vénèrent, lequel a accouché non seulement de cette loi sur les prénoms mais aussi du mariage pour tous et la volonté de supprimer le passage obligatoire devant le juge pour les divorces par consentement mutuel ? Revenir à la situation d’avant 1993 afin de fermer cette parenthèse et, en somme, d’arrêter les frais ? Que nenni ! Revenir en arrière, vous n’y pensez pas ? Quel horreur ! Nous passerions pour des affreux réactionnaires ! Ce qui, pour le coup, serait juste d’un point de vue étymologique, mais pas forcément inopportun.

Non, ce que le gouvernement s’apprête à faire, c’est de faciliter le changement de prénom pour les adultes. Le citoyen majeur pourra plus facilement changer son état civil s’il juge que ses parents l’ont trop mal prénommé. Evidemment, il pourra aussi demander de changer un prénom qui n’a rien de ridicule mais qui ne lui plaît pas, par exemple s’il estime que Kévin n’est pas adapté pour quelqu’un qui se destine au monde de l’édition ou Joséphine dans le mannequinat. Il n’obtiendra pas forcément satisfaction mais les demandes risquent d’affluer, ce qui pourrait encore encombrer les greffes de nos tribunaux.

Quand on fait une bêtise, on répond donc par une autre bêtise. Un peu comme un arbitre de football qui, ayant conscience d’avoir donné un pénalty trop généreux à une équipe en première mi-temps, en accorde un autre en compensation à l’équipe adverse lors de la seconde période. Il croit n’avoir pas influé sur la tenue du match : en réalité il a commis deux erreurs d’arbitrage. On peut aussi comparer cette attitude à celle des communistes dans le bloc soviétique qui pensaient que tous leurs malheurs venaient du fait qu’il n’y avait pas assez de communisme. Ou les européistes qui, depuis quarante ans, agissent de même. Cette fois-ci, on nous joue la même fable avec le libéralisme-libertaire.

D’authentiques libéraux de mes amis me diront sans doute que je me fourvoie. Que nos maux proviennent au contraire de la propension française à vouloir légiférer sans cesse. Ils me citeront peut-être Ségolène Royal et Marine Le Pen qui ont des prénoms différents à l’état civil et qui ont pu sans problème faire inscrire celui qu’elles souhaitaient sur leurs bulletins de vote officiels. Ils n’auront sans doute pas complètement tort. Notre libéralisme-libertaire idéologique, qui nous propose compulsivement de faire tabula rasa, s’est très bien adapté à la longue tradition française de légiférer sans cesse. Nous cumulons ainsi les inconvénients du premier avec ceux de la deuxième sans en tirer aucun avantage. Décidément, cette histoire de prénoms s’avère dramatiquement symptomatique de la situation de notre pays.

Unesco: la France se déshonore puis se ridiculise

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ayrault netanyahou israel unesco jerusalem
Ayrault et Abbas. Sipa. Numéro de reportage : 00638619_000006.
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Ayrault et Abbas. Sipa. Numéro de reportage : 00638619_000006.

Dans sa résolution 199 EX/19 du 11 avril 2016, l’Unesco a effacé trois mille cinq cent ans d’histoire juive à Jérusalem en niant tout lien entre le peuple juif d’une part, et le Mont du Temple et le mur des Lamentations d’autre part, pour en faire des lieux saints exclusivement musulmans.

Initiée par un quarteron de pays musulmans tous connus pour leur respect des autres cultures (kabyle en Algérie, copte en Egypte, chrétienne animiste au Soudan…), la motion sobrement intitulée « Palestine occupée » était adoptée sans émotion particulière par les membres d’une organisation censée améliorer les relations humaines par la culture et l’enseignement.

Les antisémites en ont rêvé, l’Unesco l’a fait

Égale à elle-même et à sa realpolitik indéfectiblement pro-arabe, la France se déshonorait une fois de plus et votait en faveur de cette déclaration scélérate. Si Paris valait bien une messe pour Henri IV, la vente de Rafale et de centrales nucléaires vaut bien 3 500 ans d’histoire juive à Jérusalem pour le Quai d’Orsay. Et qu’importe les anachronismes. Le fait que le Temple de Salomon ait été construit plus de 1 600 ans avant la naissance de l’islam n’a pas semblé gêner les votants. Bien au contraire. Et pour cause, cela ne fait que confirmer l’immense fourberie des Juifs, capables de s’approprier les lieux saints d’une religion qui n’existe pas encore. Les antisémites en ont rêvé, l’Unesco l’a fait.

Quelques semaines plus tard et devant le tollé continu que ce vote a soulevé, le président de la République, le Premier ministre, le ministre de l’Intérieur et le ministre des Affaires étrangères ont enfin pris leur distance avec ce texte. Mais à quel prix! Celui du ridicule. Un ridicule qui ne tue pas et c’est heureux dans un sens parce que l’exécutif français aurait été décimé en une semaine.

Vote de la France : des explications embrouillées

À court d’imagination, M. Hollande a repris mot pour mot les explications de son ministre des Affaires étrangères. Des explications aux termes desquelles on peut légitimement se demander si nos dirigeants nous prennent pour des idiots ou le sont eux-mêmes.

C’est ainsi que l’Élysée et le Quai d’Orsay regrettent les éventuelles incompréhensions du fait de certaines formulations, mais nous rassurent : la position de la France restera la même à savoir la défense de la liberté d’accès et de culte à Jérusalem pour les trois grandes religions monothéistes. Et en effet, quel meilleur moyen de garantir la liberté d’accès et de culte à Jérusalem pour les Juifs qu’en niant trois mille cinq cent ans de présence et d’histoire ininterrompues entre la capitale du roi David et le judaïsme et de faire croire que les Juifs creusent de fausses tombes dans les cimetières musulmans pour les chasser d’Israël jusque dans la mort?

Et d’ajouter, comme démonstration d’une certaine constance dans la stupidité, que la France avait, par le passé, déjà voté « ce texte avec d’autres partenaires européens pour marquer son attachement au statu quo sur les Lieux saints à Jérusalem ». Voilà le statu quo tant espéré : des lieux saints à Jérusalem mais pas pour les Juifs.

Le Premier ministre et le celui de l’Intérieur ont, quant à eux, fait preuve d’un peu plus de bon sens en soulignant que la résolution était maladroite et que le vote n’aurait pas dû avoir lieu. Mais alors pourquoi l’avoir votée? Et une fois ces regrets inutiles énoncés avec une mine contrite, que fait-on ? Une dénonciation officielle de ce vote, la démission d’office du représentant français auprès de l’Unesco seraient le minimum minimorum. Cela ne changerait pas grand chose mais cela prouverait qu’à moins d’un an des élections présidentielles, la majorité socialiste ne verse pas dans la démagogie la plus racoleuse et a le courage de ne pas remettre en cause les fondements de notre société pour quelques milliers de voix qu’elle a d’ores et déjà perdu au gré de ses promesses non tenues.

Mieux encore, au lieu de contribuer à falsifier la relation plurimillénaire entre Jérusalem et le peuple juif, le gouvernement français devrait contribuer à la naissance d’un nouveau Quai d’Orsay en essayant une politique alternative.

Car non contente de voter et revoter ce type de résolutions honteuses et mensongères, la France contribue également, entre autres réjouissances, au financement :

–          de programmes de constructions illégales en Judée-Samarie via l’Union européenne,

–          des livres scolaires distribués par l’Autorité palestinienne aux petits Palestiniens dans lesquels Israël n’existe pas et les unités de calculs sont des Juifs morts,

–          des salaires que l’Autorité palestinienne verse aux terroristes emprisonnés pour crimes de sang.

Un baroud de déshonneur ?

Et comme si cela ne suffisait pas, la France tiendra à l’été une réunion ministérielle internationale pour relancer le processus de paix israélo-palestinien qui pourrait donner lieu ensuite à un sommet international. François Hollande rêve sans doute d’un sommet sur le modèle du nucléaire iranien pour la postérité de son quinquennat. Et comme Obama pour l’Iran, il lui suffira d’acquiescer à toutes les demandes palestiniennes en prenant des garanties qui n’en sont pas.

Un baroud du déshonneur en quelque sorte. Comment la France, avec un tel passif, une telle partialité, une telle malhonnêteté intellectuelle peut-elle encore prétendre à jouer un rôle utile sur le plan international ?

La France est prisonnière de ses passions arabes et de l’antisémitisme bon teint de sa diplomatie. Et tant que ce sera le cas, elle ne pourra prétendre à rien d’autre qu’à un strapontin aux négociations israélo-palestiniennes et regarder l’Histoire se faire sans elle.

Divorce: on nous prend pour des imbéciles, le saviez-vous?

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Tweet du ministère de la justice
Tweet du ministère de la justice

Rubrique : « Ils ont touché le fond mais ils ont des pelles. » Chaque jour nous apporte un motif d’exaspération et d’accablement. Chaque intervention de ce pouvoir démontre une capacité à transformer en pantalonnade tout ce qu’il touche. Exemple récent donné par un tweet que vient de commettre le ministère de la Justice pour défendre une des mesures contestées du projet de loi « justice du XXIe siècle », la suppression de l’intervention du juge dans les divorces par consentement mutuel. À chaque fois, on se pose la question de savoir s’ils sont vraiment nuls à ce point, ou bien que par mépris des gens ils les prennent systématiquement pour des imbéciles.

La suppression de l’intervention du juge dans le prononcé du divorce par consentement mutuel est une question qui mérite débat. L’institution du mariage républicain été mise à bas par le divorce de masse. Depuis la réforme de 1976 les statistiques sont là pour démontrer que ce qui était vécu avant comme un événement à charge sociale négative est devenu complètement banal.

Au travers d’une procédure empreinte d’une certaine solennité, et marquée par quelques précautions comme la publication des bans, on demande pourtant toujours au maire, de recueillir et par conséquent de vérifier le consentement des futurs époux. Et pour mettre fin à une situation juridique aux conséquences multiples, on voudrait s’en remettre à une simple démarche contractuelle mise en forme par un notaire ? En réfléchissant un peu, on constate alors que ce qui peut être considéré comme une mesure de bon sens pose quand même certains problèmes

Les avocats, qui voient s’enfuir une source de revenus sont contrariés, et c’est normal. Les cathos sont contre le divorce donc leur avis est plein d’arrière-pensées. L’expérience cubaine n’est guère encourageante, puisque qu’après avoir instauré, dans l’euphorie révolutionnaire de 1959 un système de simple déclaration à l’État civil, les barbudos  ont précipitamment battu en retraite. Donc, ça discute et ça grince ce qui ennuie la place Vendôme qui ne voit dans cette mesure qu’un moyen de faire des économies. Alors, les bureaucrates ont eu l’idée de twitter pour parler directement au peuple en passant par-dessus la tête des lobbys.

Et cela donne ceci : « le saviez-vous ? #Étymologie Juger= trancher 1 litige Dans un divorce par consentement mutuel, il n’y a pas de litige ; donc pas besoin de juge ». Est-il possible de faire pire ?

Je sais bien que l’enseignement du latin va être bientôt proscrit, mais lorsque l’on parle d’étymologie, il faudrait éviter de se foutre du monde. « Juger » vient de « judicare », de « jus » (droit) et « dico » (dire). Donc juger, c’est dire le droit, ce qu’on apprend en première année de ses études de droit. Alors, dans un premier temps faisons au rédacteur le crédit de son ignorance crasse, et acceptons qu’en écrivant « étymologie », il ait pensé « définition » et regardons de plus près. Mais là, c’est encore pire. La définition de juger est beaucoup plus large et comprend comme synonyme : apprécier, estimer, évaluer, déclarer coupable, condamner, etc. Donc le constat est clair, on nous prendre pour des imbéciles.

Une mesure qu’on tente de faire passer en contrebande

Alors, interpellés par ce cynisme, penchons-nous un peu sur cette proposition que l’on essaie de faire passer en contrebande. Le divorce met fin à un dispositif dont la construction juridique qui relève peu de la volonté des parties. Le mariage est un contrat organisé par la loi. Lorsqu’on le dissout, au-delà des problèmes affectifs et psychologiques qu’il faut affronter, on doit organiser beaucoup de choses. La question des enfants, les résidences respectives, les pensions alimentaires, les prestations compensatoires, la dévolution et le partage des biens mobiliers et éventuellement immobiliers, toutes questions matériellement compliquées et à fortes charge affectives. Le passage devant le juge est destiné à vérifier le consentement non seulement au divorce, mais également à l’organisation de toutes ses conséquences. C’est la raison pour laquelle lors de l’audience toujours appelée dans le jargon « de conciliation », le magistrat recevra les époux séparément. Pour vérifier que le consentement n’a pas été arraché, et ne souffre d’aucun vice tel que ceux décrits par le Code civil pour tous les contrats : l’erreur, le dol, la violence. Chacun aura compris qu’en l’état actuel de la société, ce sont surtout les femmes qu’il convient de protéger, même si l’inverse existe.

Et le juge se penchera aussi sur l’équilibre des conventions qui lui sont soumises. C’est un contrôle a priori de la « commune intention des parties ». Dans un contrat commercial civil banal, ce contrôle relève toujours de l’office du juge, même s’il se produit a posteriori lorsque le contrat lui est soumis. Le mariage républicain n’est pas un contrat banal.

Ajoutons dans un autre ordre d’idées, que lorsqu’une entité publique met fin à un litige par une transaction, après l’avoir fait voter par son assemblée délibérante elle va saisir le juge administratif pour lui demander d’homologuer le protocole et lui donner ainsi force exécutoire. Que de précautions… Inutiles pour des époux ?

Alors, « le saviez-vous ? » nous demande un ministre de la Justice par l’intermédiaire de son twittos. Non Monsieur le ministre, nous ne risquions pas de le savoir puisque c’est faux. En revanche ce dont nous sommes sûrs, c’est que l’on ne peut pas vous faire confiance.

François, quo vadis domine?

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Célébration, en 2013, de l'Immaculée Conception (Photo : SIPA.00671040_000004)
Célébration de l'Immaculée Conception en 2013 (Photo : SIPA.00671040_000004)

« Ah, la laïcité française ! » C’est un cri du cœur. Et il n’a pas été poussé par un imam quelconque, par un apôtre bien-pensant du « vivre-ensemble » ou par un rappeur rendant hommage à l’islam. C’est le pape François qui l’a dit dans une interview au journal La Croix.

Le souverain pontife est un partisan sincère de la liberté. Et en l’occurrence, il plaide pour la liberté, entravée selon lui en France, des musulmanes de porter le voile. Depuis, dans tous les médias, ça dégouline d’eau bénite. Évêques, porte-paroles et spécialistes de la religion défilent au micro pour dire tout le bien qu’il convient de penser des saintes paroles du saint homme.

Le pape François ne peut ignorer que la liberté des uns s’arrête là où commence la liberté des autres. Ma liberté à moi, qui ne suis pas très catholique, c’est de dire que le Saint-Père fait beaucoup de bruit. Et qu’à ce bruit, je préfère celui de la musique d’un Requiem de Mozart ou d’un Ave Maria de Gounod.

Rien ne me permet de me mêler des choix d’un pape. Et comme je ne suis pas cardinal, je ne suis pour rien dans l’élection de François. Pour autant, je m’autorise à avoir des préférences concernant celui qui occupe le Saint-Siège. Il y en a eu un que j’aimais bien : Benoît XVI. Quand il n’était encore que le cardinal Ratzinger, il avait prononcé quelques phrases définitives et critiques sur Mahomet « chef de guerre ». C’était rafraîchissant.

Les propos du pape François m’amènent à penser à un livre qui vaut toutes les évangiles : Quo vadis de Henryk Sienkiewicz. L’histoire se passe au temps où Néron donnait les chrétiens aux lions. Pierre quitte Rome et sur sa route il aperçoit Jésus qui marche dans le sens inverse. Pierre : « Quo vadis domine ? » (« Où vas-tu maître ? »). « Je vais à Rome, que tu as abandonnée ». Pierre, honteux, rebrousse chemin. Et s’en va mourir avec les siens.

Quo vadis ?

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Revenu de base: le Rêve d’un Biberon Illimité?

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suisse referendum revenu universel
Photo : Sipa. Numéro de reportage : 00721407_000024.
suisse referendum revenu universel
Photo : Sipa. Numéro de reportage : 00721407_000024.

La votation suisse du 5 juin sur le revenu de base inconditionnel (le RBI) me laisse indécis, hésitant. Faut-il voter pour ou contre cette initiative ? Avant de trancher, il convient de reconnaître que je suis écartelé, divisé, le siège d’envies multiples et contradictoires. Au lieu d’évacuer ces contradictions, assumons-les sous la forme d’un petit dialogue, d’une expérience de pensée (qui tient provisoirement à l’écart la question de la faisabilité du projet).

Moi : Tout d’abord, partons d’un constat. Nous sommes les héritiers d’une très longue histoire. Sous la férule du froid, de la faim et des maladies, nos lointains ancêtres ont fabriqué des outils, maîtrisé le feu, inventé la roue, développé l’agriculture. Plus près de nous, la peste et le choléra ont été éradiqués. Quant à l’accélération des inventions du siècle dernier, elle donne le vertige…

Bref, beaucoup de sueurs, de larmes et de matière grise ont permis de produire une richesse inouïe. Et nous sommes tous des héritiers vernis. Les heureux rentiers de l’inventivité humaine. Depuis la nuit des temps, les humains vivent dans la peur et il serait temps qu’ils se dotent d’Etats qui leurs fournissent une sécurité de base : de la nourriture, un toit, des soins, de la culture. Sans contrepartie. Le RBI répond à ce besoin légitime sur fond d’un chômage incompressible voué à augmenter.

Lui : Pauvre idéaliste. Tu crois qu’on peut prélever une rente sur la masse de la richesse accumulée par l’humanité ? Mais on ne verse pas un revenu en puisant dans  un stock. Un revenu provient toujours d’un flux d’activité. Seul le travail crée de la valeur économique, laquelle peut être ensuite redistribuée.
Déjà, Keynes aspirait à « euthanasier les rentiers », les héritiers oisifs d’une caste parasite. Et toi, tu voudrais généraliser ce fléau ! Tu aspires à étendre à tous ces privilèges contraires au dynamisme économique et à la vitalité des sociétés. Tes considérations sur l’histoire masquent des motivations plus troubles. Sur le modèle de Peter Sloterdijk, livrons-nous à un petit exercice d’exégèse psychopolitique.

L’idée d’un revenu de base flatte le nourrisson en toi, entérine le glissement vers une société matriarcale. Vivre bien au chaud, manger, dormir, s’épanouir grâce à de riches stimulations, sans exigences de réciprocité, cela a un nom : l’amour maternel inconditionnel. Tu demandes à l’Etat qu’il soit une mère suffisamment bonne et le RBI est ton Rêve de Biberon Illimité. Mais « le monde n’est pas une nurserie », disait Freud.

Moi : Tu défigures mon propos. De toute manière, la majorité des gens continuera à travailler, moi le premier. Quant à ceux qui se contenteront d’un revenu si modeste, ils devront vivre dans l’esprit des sages de l’Antiquité : avec simplicité, modération et frugalité. Lucrèce et Épicure trouveraient que 2500.- par mois conviendrait, car
quelques olives, des amis et un jardin public suffisaient à leur bonheur. À l’instar de la liberté, le RBI fait peur, terrorise. Et la majorité lui préférera les contraintes du salariat.

Quant au nourrisson, à l’avidité immature, excuse-moi, je l’observe plutôt du côté des modèles qui nous sont offerts en exemple. Des « golden boys », des stars et des sportifs surpayés. Le système n’est-il pas tendu vers un toujours plus, de l’illimité source de malheur ? Rappelle-toi l’une des scènes finales du Sens de la vie, le film des Monty Python, où un homme, du volume d’une baleine, mange, mange, mange, puis explose ! Et aujourd’hui où certains profits sont délirants, où il y a trop de tout : trop de monde, d’objets, de bruits, de pollutions, d’informations, je vote Épicure !

Lui : Bien joué, l’actualité semble te donner raison. Mais n’oublie pas que les rentes que tu proposes dépendent entièrement de ce système. Et on ne mord pas la main de celui qui nous nourrit. Avec le RBI, tu désamorces toutes critiques possibles. En outre, ce qui me dérange dans ta conception, c’est qu’elle pèche par optimisme. Elle transpire les bons sentiments, mais oublie que la peur et la lutte sont de puissants stimulants. À la dialectique du maître et de l’esclave comme moteur de l’Histoire, tu opposes le règne du pantouflard… Et crois-tu vraiment qu’une partie de la société laborieuse consente à entretenir l’autre ?

Moi : Un des premiers défenseurs du RBI est un spécialiste néerlandais de médecine sociale. Ce médecin est confronté majoritairement à deux types de patients : ceux que l’excès de travail rendent malades et les chômeurs que l’absence de travail empoisonne. Les hyperactifs menacés de burn-out et les hypoactifs laminés par le  manque de reconnaissance et la culpabilité. Pour lui, le revenu de base permet de rééquilibrer ces situations absurdes. Il constitue une technique souple et intelligente du partage de l’emploi. Il facilite la réduction volontaire du temps de travail ou l’interruption de carrière au moment où les salariés le désirent.

Lui : Et qui consentira à faire les métiers ingrats, salissants et pénibles ?

Moi : La réponse se trouve dans le tout premier plaidoyer pour un revenu de base, rédigé par Joseph Charlier, en 1848. Il faut, explique Charlier, que les entreprises acceptent de rehausser massivement les salaires des acteurs de terrain. De ceux qui travaillent à la chaîne, les mains dans le cambouis. Aux dépens des cols blancs dont l’activité valorisante est beaucoup moins éprouvante. Personnellement, cela ne me choquerait guère.

C’est en outre difficile à admettre, mais il est totalement illusoire de penser que notre salaire correspond à notre mérite. Pour le prix Nobel d’économie Herbert Simon, seul 10% de notre revenu est le reflet de nos efforts, le reste est un « cadeau » du passé, des savoir-faire accumulés et des progrès technologiques.

Lui : Tu reviens là-dessus !

Moi : Oui, parce que c’est vrai…

Lui : Admettons. Cela dit, ce qui me dérange dans le RBI, c’est son côté : la même chose pour tous, pas de différence, tous pareils. J’y flaire un petit parfum totalitaire qui me rebute. Je préfère un système imparfait, qui fait du sur-mesure, au cas par cas, quitte à mobiliser beaucoup d’assistants sociaux. Bref, je me méfie des grandes solutions collectives.

Moi : L’assurance vieillesse aussi s’applique à tous. Et elle était considérée en son temps par beaucoup comme une utopie délirante. Et aujourd’hui, qui aimerait faire machine arrière ? Concernant le RBI, il est vrai qu’il s’agit aussi d’un pari. Avec une part de risque, comme dans tous paris. Et en cas de oui, ce n’est qu’après-coup qu’on pourra juger si les Suisses ont fait preuve d’une audace visionnaire ou d’une naïveté pathétique.

Quoi qu’il en soit, chacun sent aussi que le système actuel est en bout de course. Dans ce contexte, nous tâtonnons dans le noir et cherchons des issues, aspirons à inventer des solutions jamais explorées. Cette initiative en est une.

Cela dit, quittant ce terrain spéculatif, c’est la question du financement concret du RBI qui ne me convainc pas. C’est pourquoi je voterai non à cette initiative, dont je reconnais la valeur.

Israël-Palestine: une conférence pour la paix, mais après?

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Jean-Marc Ayrault et Benjamin Netanyahou, ce dimanche 15 mai à Jérusalem (Photo : SIPA.AP21896175_000004)
Jean-Marc Ayrault et Benyamin Netanyahou, ce dimanche 15 mai, à Jérusalem (Photo : SIPA.AP21896175_000004)

Réunir une conférence internationale, comme tente de l’organiser la France finalement cet été, pour régler le conflit entre les Palestiniens et les Israéliens ? Quelle bonne idée à première vue ! D’un côté, en effet, le statu quo actuel privant les Palestiniens de leur droit à un État souverain ne pourra pas durer éternellement. De l’autre côté, laissées à elles-mêmes dans un tête-à-tête, les deux parties prenantes ne s’entendront jamais à l’amiable. Comme dans les divorces, seul un tiers peut imposer une solution équitable.

C’est tellement évident qu’en 2004 déjà, le grand écrivain israélien Amos Oz publiait son appel Aidez-nous à divorcer ! Israël Palestine : deux États maintenant[1. Aidez-nous à divorcer ! Israël Palestine : deux États maintenant, Amos Oz, Ed. Gallimard, janvier 2004, 40 pages].

Dans le scénario de cette bienveillante ingérence, que j’ai longtemps souhaitée, il y a malheureusement un petit quelque chose qui gêne, et qui explique l’impasse que les Européens ne comprennent pas. Ce petit quelque chose, c’est, comme d’habitude dans cette région du monde, le jour d’après.

Que se passera-t-il en effet au lendemain de la création d’un État palestinien au terme d’un accord qui comprendrait le droit à l’existence et à la souveraineté de l’État d’Israël ? Dès le lendemain, des élections interviendront en Palestine, qui porteront au pouvoir de nouveaux dirigeants. Et qu’est-ce qui garantit que les nouveaux dirigeants de ce nouvel État accepteront l’existence de leur voisin de palier, c’est-à-dire de l’État d’Israël ?

Qu’est-ce qui garantit que la population de ce nouvel État palestinien ne se donnera pas démocratiquement au Hamas, et que cet État palestinien créé par des bonnes volontés ne sera pas un nouveau Gaza, un État se comportant en État terroriste ?

Qu’est-ce qui nous prouve que les Palestiniens se contenteront d’un compromis territorial et que les Israéliens auront la paix, la paix maintenant, en échanges des territoires ? Qu’est-ce qui garantit que les Palestiniens ne chercheront pas à bouter l’État juif hors du sol de l’islam, et cela en recourant à la terreur, qui est le moyen habituel de la politique dans les pays arabes ?

Tous ceux qui reprochent à Israël d’être responsable de ce conflit croient, de bonne foi, que ce conflit porte sur le partage d’un territoire. Les Israéliens, eux, sont convaincus qu’une partie de leurs voisins arabes et musulmans ne veulent rien moins que leur disparition.

Dans l’éventualité où l’État palestinien se comporterait comme Gaza, puisque l’objectif proclamé du Hamas n’est pas la coexistence de deux États mais la disparition de l’État d’Israël, qu’est-ce que les pays de la conférence internationale ont prévu de faire ? Sont-ils prêts à soutenir l’État agressé ? Un tel engagement verbal ne suffirait sans doute pas à rassurer les Israéliens qui, en raison de leur mémoire juive et de leur mémoire israélienne, n’accepteront sans doute jamais que la défense de leurs vies ne dépende pas d’eux.

Mais ces mêmes Israéliens seraient peut-être tout de même un peu rassurés si les pays organisateurs de la conférence internationale s’engageaient solennellement à laisser l’État d’Israël entièrement libre de se défendre, en cas d’agression, sans lui tordre politiquement le bras dans le dos comme cela a été le cas jusqu’ici.

On ne peut pas imaginer engagement plus minimal. Mais cet engagement minimal changerait peut-être la donne. Alors, le Quai d’Orsay, chiche ?

Primaire à droite: un nouveau candidat

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Déclaration de candidature à la primaire de... Jean-François Copé, à Meaux, en mars dernier (Photo : SIPA.00746707_000018)

Je ne vois pas pourquoi je ne tenterai pas ma chance. Après tout, je vaux bien les Juppé, les Le Maire, les Mariton, les NKM, les Frédéric Lefebvre, les Geoffroy Didier, j’en passe et des plus inconnus. Même Sarkozy, je le vaux bien. Je n’oublie tout de même pas que c’est grâce à lui que j’ai perdu mon siège de député en 2012.

En plus, j’ai compris le truc : pour qu’on parle de vous dans les médias, si vous voulez être candidat à la primaire, il ne s’agit même pas de réunir les parrainages. Ca, ce n’est pas si difficile que ça : 250 élus répartis sur au moins 30 départements dont vingt parlementaires et 2 500 adhérents à jour de cotisation, ça devrait aller.

Il suffit juste de repérer qui déteste qui et de jouer là-dessus. Et comme tout le monde déteste tout le monde chez les Républicains, ce serait bien le diable si je n’arrivais pas à en convaincre un nombre suffisant que je suis l’homme idéal pour incarner le rejet de ceux qui font les vedettes à la télé soit pour un dernier tour de piste comme Juppé qui me fait penser à Reggiani (« Il suffirait de presque rien, peut-être dix années de moins » ) ou pour un premier comme  Didier qui me fait penser à Dalida (« Il venait d’avoir dix-huit ans »)

J’ai hésité à publier un livre-programme, ils le font tous, mais comme je ne veux pas me ridiculiser en vendant à peu près autant d’exemplaires qu’un poète contemporain dépressif, je vais plutôt miser sur les réseaux sociaux. Ce n’est pas parce qu’on est comme moi le maire d’une petite commune rurale qu’on ne sait pas se servir de Twitter, d’Instagram ou de Facebook. Pas plus mal qu’eux, en tout cas, qui disent une connerie tous les cinq tweets et s’excusent après. Non, ce que j’ai compris pour que BFM ou LCP m’invitent tout le temps, c’est qu’il faut être libéral, néolibéral, ultralibéral et même hyperlibéral ! Ca les fascine, ça les médias. Je pourrais même être copain avec Nicolas Doze, si ça se trouve. C’est ma femme qui sera contente.

Alors, je vais décliner mon programme selon quelques axes simples et trianguler la concurrence en allant plus loin qu’eux. Fini les mesurettes thatchériennes…

1°) Suppression  totale de la fonction publique. J’ai bien dit totale. Pas cent mille par ici, cent mille par là. Suppression totale. Je ne vois pas pourquoi on garderait des fonctions régaliennes de l’Etat qui est l’ennemi. La police et l’armée peuvent être remplacées aisément par des mercenaires. Les Américains l’ont déjà fait en Afghanistan et en Irak et à mon avis, Blackwater contre une manif, ce sera autrement plus efficace que ces enfants de chœur de la BAC.  On pourra protéger son domicile grâce à une appli Sécurité qui prévoira, une fois souscrit un forfait, un certain nombre d’heures de garde statique devant votre porte.

2°) Extension indéfinie des droits de l’individu. Il aura d’abord le droit de se défendre : le port d’arme sera autorisé pour toute personne majeure, en sachant qu’on abaissera la majorité à 15 ans dans les cités. Ils se tireront dessus comme les Crisps et les Bloods à L.A. et on sera bien tranquille. Mais aussi liberté individuelle totale dans l’usage qu’on fait de son corps : la GPA, bien sûr ; la prostitution évidemment, mais aussi ne pas interdire aux pauvres de vendre leurs organes (après tout on a deux reins, deux yeux, etc.) voire de se vendre eux-mêmes à un patron pur travailler en créant un CSV, Contrat de Servitude Volontaire qui est ce que j’ai trouvé de plus adapté pour amener l’idée  du rétablissement de l’esclavage. Je vais t’en donner, moi, du dialogue social…

3°) Réorganisation territoriale. Fini les régions, les départements, les regroupements de communes, tout ce patriotisme de clocher qui empêche la libre circulation des hommes et des biens. Le découpage de la France en une dizaine de carrés regroupant 6 millions d’habitants suffira à créer des entités économiques et administratives viables sans passé, donc sans histoires, qui seront mises en concurrence entre elles et pourront pratiquer un dumping social tel que l’on verra des usines délocalisées en Chine revenir à toute vitesse. A terme, l’idée, c’est de faire disparaître la nation qui ne sert à rien sinon à provoquer des guerres tous les trente ans.

Là, sincèrement, je ne vois pas comment ils pourraient me rattraper, les autres qui en sont restés à un archaïsme reaganien assez triste. Les Français comprendront vite que le seul moderne, c’est moi. Si ça se trouve, Gattaz viendra déjeuner le dimanche. Il me conseillera de prendre Macron comme Premier ministre en signe d’ouverture. Je dirai oui. Ce sera le bonheur.