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Etats-Unis: Sanders victime de ses contradictions

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Bernie Sanders. Sipa. Numéro de reportage : AP21903277_000002.

Simon-Pierre Savard-Tremblay est sociologue et essayiste. Dernier livre paru: Le souverainisme de province (Boréal, 2014).

Daoud Boughezala. Au-delà des slogans populistes, en quoi le programme économique de Bernie Sanders répond-il aux intérêts des Américains les plus modestes ?

Simon-Pierre Savard-Tremblay. L’empire américain décline, alors que les gens dans le besoin y sont nombreux. Aux États-Unis, les 10% les plus riches y contrôlent plus de 70% de la richesse, tandis que 80% de la population américaine serait pauvre ou en passe de le devenir. Malgré tout cela, plusieurs prônent l’abolition des quelques programmes de solidarité existants. Sanders propose quant à lui une couverture de santé universelle pour tous les Américains, l’adaptation d’une fiscalité progressive où les plus riches paieraient leur juste part, bas frais de scolarité pour favoriser l’accessibilité aux institutions d’enseignement. Le programme semble bien peu révolutionnaire et même modeste aux yeux de l’observateur français ou québécois, mais représente tout un ouragan aux États-Unis. Ralph Nader avait jadis porté de telles propositions, mais n’était jamais parvenu à s’approcher de l’importance politique de Sanders, pour qui il était réellement envisageable de penser se rendre à la Maison Blanche.

Sanders s’oppose aussi aux plus dangereux accords de libre-échange, comme le Partenariat transpacifique (PTP). Les partisans du libre-échange confondent fréquemment à tort ce véritable système réglementaire avec la –nécessaire- ouverture au commerce. Le libre-échange n’aura bien souvent eu que le chômage et la désindustrialisation comme résultats. Cela n’est pas particulièrement récent et avait déjà commencé avec l’ALÉNA, alors que les industries du sud des États-Unis avaient rapidement délocalisé leurs activités vers le Mexique. La position de Sanders sur cet enjeu n’est pas étrangère à sa victoire, totalement imprévisible, contre Hillary Clinton au Michigan.

Le monde vit actuellement à l’ère d’un capitalisme intégralement financiarisé, débridé et spéculatif, où une transaction de plusieurs milliards de dollars se règle en un clic sur internet, où des milliers d’emplois peuvent être jetés aux orties en une saute d’humeur des responsables de grands fonds actionnariaux. Sanders propose d’imposer des limites à la puissance des institutions financières. La réalité est troublante : trois des quatre banques ayant été sauvées de la faillite par l’État américain lors de la crise de 2007-2008 sont aujourd’hui plus imposantes qu’elles ne l’étaient à l’époque. La faillite de ces institutions entraînerait automatiquement la chute de l’économie mondiale. Sanders souhaite ainsi s’assurer autant que possible que l’échec annoncé des délires d’une minorité n’aient pas de répercussions sur les gens modestes, non pas seulement des États-Unis, mais du monde entier.

Bernie Sanders a certes remporté de grandes victoires symboliques, comme dans le Michigan, mais sans jamais véritablement menacer l’hégémonie d’Hillary Clinton sur l’électorat démocrate.  Pourquoi n’a-t-il pas crevé le plafond de verre ?

À une ère où le technique et le gestionnaire a supplanté le politique, ce qu’Emmanuel Todd appelle la post-démocratie, certains phénomènes populistes deviennent ainsi possibles pour combler un vide abyssal. Le paradoxe en est que l’enthousiasme pour ces populismes peut reposer tout autant sur la nécessité de refaire confiance au politique que sur un désabusement face à celui-ci. Hillary Clinton aurait ainsi pu être battue pour les mêmes raisons que Jeb Bush : incarner les élites du statu quo jusque dans son nom de famille. Barack Obama avait su terrasser Clinton il y a huit ans à coup de « hope » et de « change ». Quoi qu’il en soit, un appareil politique aussi institutionnalisé que le Parti démocrate est parfois très difficile à ébranler malgré l’ampleur d’un mouvement populaire. C’est que Bernie Sanders a constaté.

Pensez-vous improbable le report des électeurs de Sanders sur Clinton ? 

Ce report me semble ardu à réaliser. Au contraire, une part des électorats respectifs de Sanders et de Trump se ressemblent beaucoup plus que nous pourrions le penser au premier abord. Peut-on sérieusement croire qu’une population dans le besoin fait ses choix politiques en fonction des étiquettes officielles et partisanes ? Tant Sanders que Trump, qui veut taxer les produits chinois et déchirer le Partenariat transpacifique, ont fait du libre-échange un thème de campagne important. Peut-on sincèrement croire les partisans de Sanders, souvent des électeurs indépendants issus des classes moyennes ou ouvrières, se reporteront sur Hillary Clinton ? Soutenue financièrement par Wall Street et défendant en échange intégralement le programme de celle-ci, Clinton incarne comme nulle autre la classe dominante. Le richissime Michael Bloomberg aura d’ailleurs attendu de s’assurer qu’il soit clair qu’elle est bien la candidate désignée avant de renoncer à briguer la présidence à titre de candidat indépendant. Aurait-t-elle perdu qu’il aura sans doute été la carte jouée par les intérêts financiers et bancaires. Si les requins se mangent parfois entre eux, ils se découvrent aussi un certain sens de la solidarité quand le système est menacé. À contrario, Trump représente, comme Sanders, un discours anti-establishment clair et tranché.

Dans une tribune publiée sur le site du journal québécois Le Devoir, vous décortiquez l’alliance de classes sociale qui constitue l’électorat Sanders. En quoi cette coalition sociale est-elle porteuse de contradictions ?

L’électorat populaire ne constitue pas la seule base sur laquelle s’appuie Sanders, qui se compose aussi de l’intelligentsia progressiste, dont l’horizon est l’émancipation radicale de l’individu. Cette « gauche » sévit principalement sur les campus universitaires. Ces militants, s’ils se réclament d’un peuple imaginaire et fantasmé, ont au final un mépris à peine voilé pour le peuple réel. Ce dernier, se sentant menacé, observe le système économique détruire une à une les structures communes qui lui sont chères et se campe dès lors sur les plus proches de lui et les plus difficiles à écraser : valeurs morales, famille, village, nation, etc. Cet enracinement dans des repères protecteurs, pointé du doigt comme étant rétrograde et réactionnaire, est aujourd’hui le principal objet des moqueries et la cible de cette « gauche », qui contribue comme nulle autre au déploiement du capitalisme qu’elle prétend combattre. Comme la haute finance, la « gauche » exècre aujourd’hui les frontières nationales. Elle représente à la fois, pour le capitalisme débridé, une caution idéologique et une posture esthétique. Pour elle, les valeurs morales ne sauraient s’inscrire dans le politique, leur prescrivant ce que la droite veut faire des entreprises : la privatisation. L’idéologie progressiste, par son relativisme moral et culturel, par son adversité fondamentale à l’égard d’une conception publique et commune du bon, du bien et du juste, prône un monde fondé sur l’affirmation radicale des individualités de tous contre tous.

Depuis que cette « gauche » a renoncé au socialisme, il ne lui reste que ses multiples combats de substitution, tous liés au prétendu refus des discriminations, appliquant dès lors la grille d’analyse de la lutte des classes, à laquelle elle renonçait, à tous les rapports sociaux… sauf aux classes. Le peuple n’est plus à libérer du système économique, c’est la minorité qui serait à libérer de la majorité, les toilettes pour transgenres et la légalisation de la marijuana devenant les grands combats de la « gauche » contemporaine. Les grands intérêts économiques s’en lèchent les doigts, pouvant désormais aisément remplacer la morale des gens ordinaires par le règne de la croissance économique : cette « gauche » leur fournit une splendide contribution au grand rêve de la société de consommation sans limites, devant libérer radicalement l’individu pour que puisse régner pleinement le « je, me, moi ». C’est là que la rébellion devient un produit de consommation à la mode, Che Guevara se mutant en icône de la contre-culture que s’arrachent les adolescents. On comprend dès lors pourquoi le philosophe Jean-Claude Michéa voit dans la gauche le stade suprême du capitalisme…

Si cela semble aujourd’hui atteindre des proportions caricaturales, la chose n’est pourtant pas entièrement nouvelle. Dans La culture du narcissisme, le grand sociologue Christopher Lasch voyait dans les militants radicaux de la décennie 1960 la manifestation fondamentale d’un individualisme narcissique pathologique. Les différentes mouvances de « développement personnel » ont su leur succéder fidèlement en cette matière, au cours de la décennie suivante. Ce sont ces idéaux qui se développeront et augmenteront continuellement leur nombre d’adhérents pour se fondre aujourd’hui dans un « progressisme » cachant sa haine d’un peuple « trop arriéré », « trop homogène » et « trop patriarcal », le tout sous le masque de l’anti-populisme. Et cette gauche de se demander désormais pourquoi les pauvres votent à droite, pour citer le titre en français d’un ouvrage du journaliste et essayiste Thomas Frank…

Au « populisme imparfait » de Sanders, la mentalité américaine héritière de l’esprit des pères fondateurs ne préfère-t-elle pas le populisme libertarien d’un Trump, pro-armes et relativement isolationniste ? 

Je serais bien mal à l’aise de qualifier Trump d’économiquement très libéral ou de libertarien. Non seulement, tel qu’abordé précédemment, celui-ci s’oppose-t-il au libre-échange intégral, mais il défend également le maintien de l’Obamacare et une hausse du taux d’imposition des mieux nantis. Sur les armes à feu, sa défense absolue du second amendement est plutôt récente, alors qu’il se montrait auparavant favorable à un encadrement réglementaire. On sait d’ailleurs que Trump a, tout au long de sa vie, multiplié les revirements, ayant même été, pendant longtemps, partisan du Parti démocrate. Basé à New York, Trump n’est pas un républicain traditionnel, n’étant ni issu de la droite religieuse, ni des défenseurs d’un impérialisme humanitaire et militaire, ni de l’aile libertarienne économique. Le Parti républicain, comme institution permanente de l’espace public américain, a très souvent axé ses stratégies électorales sur la base populaire du sud du pays, pour ensuite lui tourner le dos et appliquer intégralement le programme de Wall-Street. Force est d’admettre que Trump a actuellement cassé l’élite dominante du parti. Courtisant les « gens ordinaires », pour reprendre l’expression de George Orwell, qui se retrouvent actuellement chez Sanders, le temps seul nous dira si une éventuelle présidence Trump sera elle aussi confisquée par les grands intérêts bancaires et financiers.

De Bourdieu à Sadiq Khan

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(Photo : Eric TSCHAEN/REA)

Je veux bien croire que Sadiq Khan était le candidat à la mairie de Londres le plus talentueux et le mieux préparé. Et peut-être a-t-il été élu sur son programme. Mais ce qui, en France, a captivé la presse, ce ne sont pas les programmes du travailliste et du conservateur, ce sont leurs pedigrees. Les médias ont résumé la campagne au face à face édifiant du fils d’un conducteur d’autobus pakistanais et du fils d’un milliardaire juif. Deux rejetons s’affrontaient et la victoire du musulman issu d’un milieu défavorisé a été saluée comme un signe d’ouverture.

Pierre Bourdieu a mis en évidence, dans un livre célèbre, le rôle de l’héritage culturel, « capital subtil fait de savoirs, de savoir-faire et de savoir-dire que les enfants des classes favorisées doivent à leur milieu familial » dans la sélection et la reproduction des élites. Il s’en est suivi une véritable chasse aux héritiers qui culmine aujourd’hui avec l’inversion multiculturaliste des critères de la noblesse. L’origine prévaut plus que jamais sur le mérite personnel. Mais la bonne généalogie a changé de définition. L’appartenance à la classe cultivée n’est plus un privilège, c’est désormais un handicap. Bien né est celui qui a grandi dans une banlieue grise, et non le malheureux qui a fait ses études à Eton.[access capability= »lire_inedits »]

Il faut savoir, en outre, qu’entre les damnés musulmans de la terre et les juifs fortunés, le Parti travailliste a depuis longtemps fait son choix. Jeremy Corbyn ne cache pas ses sympathies pour le Hezbollah et le Hamas. L’ancien maire de Londres Ken Livingstone a déclaré tout récemment qu’Hitler avait été sioniste. L’ancien maire de Bradford  Kadhim Hussein s’est emporté contre un système d’enseignement qui « ne vous parle que d’Anne Franck et des six millions de sionistes tués par Hitler ». Et, non moins radicale que nos Indigènes de la République, la toute nouvelle présidente de l’Union des étudiants Malia Bouattia a, quant à elle, affirmé que l’université de Birmingham où elle a fait ses études, était « la tête de pont sioniste de l’éducation supérieure en Grande-Bretagne ».

Sadiq Khan – il faut lui faire ce crédit – combat l’antisémitisme qui ravage son parti et toute la gauche anglaise. Mais en commençant ses meetings par la formule « Salam Aleykoum », il accompagne, il accélère même la métamorphose de l’Angleterre en un patchwork de communautés. Est-ce vraiment un destin désirable ?[/access]

Henry de Lesquen: le candidat de la mémoire (courte)

En arrière-fond, non plus le village de la France tranquille, le village de la « terre qui ne ment pas » que François Mitterrand opposait avec succès dans sa campagne de 1981 à la modernité revendiquée par Valéry Giscard d’Estaing. Mais, indéniablement sublime, cette montée vers le château de Versailles dessinée par Le Nôtre. Simplicité, symétrie, pureté des lignes : une belle expression de l’idéal classique qui demeure, qu’on le veuille ou non, profondément inscrit dans notre inconscient collectif.

Au premier plan sur la gauche, un homme, que nul ne connaissait jusqu’à ces jours-ci, sauf à être un habitué de Radio Courtoisie, radio confidentielle dite « du pays réel » mais qui offre un certain nombre de programmes de qualité et fait intervenir des historiens parfois renommés. Cet homme, c’est Henry de Lesquen, avec qui, nous fait-on miroiter, la France redeviendra la France. Fichtre ! Est-ce à dire que, non seulement débarrassé de l’inutile concession au goût (ou au dégoût) du jour, à savoir l’œuvre d’Anish Kapoor, la sublime perspective de Le Nôtre et, à travers elle, la France se verront débarrasser de « la Gueuse » ? Le risque est faible, alors pourquoi parler de cela ? Le Parti national-libéral, dont Monsieur de Lesquen est le héraut, ne changera pas la donne en 2017, d’autant qu’il récuse par avance toute compromission avec un Front national qualifié de « lupanar pédérastique » (sic).

Pourquoi donc perdre son temps avec Henry de Lesquen, s’il « ne représente rien » ? Parce que, malheureusement, il « représente » en réalité quelque chose. Polytechnicien et haut-fonctionnaire, il « représente » une certaine idée de l’excellence française. Porteur d’un nom qui renvoie à la ci-devant noblesse, il « représente », qu’il le veuille ou non et il semble le vouloir, un héritage. Enfin, là encore, qu’on le veuille ou non, il évoque une France chrétienne, catholique. Alors trois fois honte ! Car il y a triple trahison : trahison du « clerc » qui a bénéficié de l’élitisme républicain ; trahison du Français dont l’idée qu’il se fait de la rénovation nationale est une injure faite à tous ; trahison du chrétien qui bafoue les principes évangéliques les plus élémentaires.

De quoi s’agit-il ? On apprend au détour d’articles et de dépêches d’agences que le compte Twitter de cet improbable candidat a été fermé en raison de « dérapages ». Les « dérapages » méritent d’être reproduits, le premier parce qu’il est un parfait exemple de cette étrange mixture entre le catholicisme identitaire de mouvements traditionnalistes et la politique d’influence de la Sainte Russie poutinienne qui n’a pas oublié les leçons du KGB. Quant au second, il parle hélas tout seul. Premier « dérapage » donc : « Le génocide des 30 millions de Slaves exterminés par les chefs bolcheviks, en majorité juifs, est prouvé ». M. de Lesquen est un homme cultivé, donc il ne dit pas « n’importe quoi ». Il ne le dit pas non plus « n’importe comment », car il sait très bien ce qu’il dit. Second « dérapage » : « Je suis émerveillé de la longévité des “rescapés de la Shoah” morts à plus de 90 ans. Ont-ils vécu les horreurs qu’ils ont racontées? […] La plantureuse Simone Veil “rescapée de la Shoah” a 88 ans. A ma connaissance, elle va bien », a écrit Henry de Lesquen dans deux tweets datés des 27 et 28 avril rapportés notamment dans un article du Figaro daté du 4 mai dernier, date à laquelle une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Paris.

Alors oui, honte, honte, trois fois honte ! « Ne pensez-vous pas qu’il y a des hontes mieux placées ces temps-ci ? », me dira-t-on. Des colères plus utiles ? Plus urgentes ? Contre l’islamisme, par exemple ? Le racisme à l’égard des Noirs ? Mais c’est la même chose ! Lorsqu’un certain 17 juin 1940, les Allemands ont demandé à Jean Moulin de signer une déclaration infamante salissant les tirailleurs sénégalais, le jeune préfet d’Eure-et-Loire s’est tailladé les veines plutôt que d’avoir « à dire des choses contraires à l’honneur », selon les termes employés deux jours auparavant à ses parents. Il l’eût fait tout autant s’il se fût s’agit d’enfants juifs ou de tirailleurs algériens.

Et puis, pour parler de l’islamisme, je n’ai ni le talent ni les compétences d’une Malika Sorel, d’une Chahdortt Djavane et de beaucoup d’autres dont j’admire profondément le courage et dont je partage les vues et la vision de la nation française. Mais pour revenir à Henry de Lesquen et son château de Versailles, le président du Parti national-libéral sera sans doute étonné de savoir que mon aïeul, Nicolas Dupré de Saint-Maur, considéré par l’historien Julien Vasquez comme le précurseur de l’abbé Grégoire, fut appelé par Malesherbes peu avant la Révolution pour participer en tant que conseiller d’Etat à la commission chargée d’étudier l’alignement de l’état civil des non-catholiques sur celui des catholiques. Intendant du Roy en Guyenne, Nicolas Dupré de Saint-Maur était entré en relation avec les membres de la communauté juive de Bordeaux et avait plaidé leur cause. Comme quoi, Monsieur de Lesquen, même l’Ancien Régime…

Enfin, pour terminer et revenir aux insinuations monstrueuses de M. de Lesquen à l’encontre de Simone Veil, ces quelques mots de Bernanos, du grand Bernanos, celui du Journal d’un curé de campagne, l’homme capable de reconnaître ses excès, et dont M. de Lesquen et consorts ne pourront mettre en doute la « catholicité ». Nous sommes le 1er juin 1943, Bernanos prend dans le journal Libération la défense de l’ancien ministre Georges Mandel que la Milice assassinera un an plus tard : « Quant à Mandel, vous vous dites peut-être que n’ayant jamais montré beaucoup de goût pour les juifs, je ne parlerai pas de celui-là ? Détrompez-vous. C’est celui que vous haïssez le plus, vous et vos maîtres. A ce titre, il m’est mille fois plus sacré que les autres. Si vos maîtres ne nous rendent pas Mandel vivant, vous aurez à payer ce sang juif d’une manière qui étonnera l’histoire – entendez-vous, chiens que vous êtes – chaque goutte de ce sang juif versé en haine de notre ancienne victoire nous est plus précieuse que la pourpre d’un manteau de cardinal fasciste – est-ce que vous comprenez bien ce que je veux dire, amiraux, maréchaux, excellences, éminences et révérences ? »

La gauche « Y’a bon Banania »!

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(Photos : SIPA.00730224_000026/00708929_000034/00758206_000002/00722065_000001)

Le 18 mai dernier, une voiture de police était incendiée en plein Paris. Sortant de son véhicule et affrontant ses agresseurs, un adjoint de sécurité du nom de Kevin Philippy allait devenir un modèle de bravoure. Le lendemain de l’attaque, le ministre de l’Intérieur décorait et titularisait ce policier de 29 ans.

Quelques jours auparavant, la ministre de la Culture voyait dans l’annulation de la participation de Black M aux cérémonies marquant le 100e anniversaire de la bataille de Verdun la preuve du retour d’un « ordre moral nauséabond ». De Benoist Apparu à Christiane Taubira, pendant plus d’une semaine, le chœur des pleureuses « comme il faut » s’est mobilisé pour défendre le rappeur, victime de la xénophobie des Français.

La vague d’indignation soulevée par l’idée saugrenue d’inviter cet artiste à clôturer la commémoration de Verdun n’était pourtant nullement motivée par sa couleur de peau.

En dépit de leur incomparable talent et de leurs origines bien gauloises, Claude François ou Léo Ferré n’auraient pas été moins décalés au pied de l’ossuaire de Douaumont que Black M.

Parmi les opposants à sa venue, pas même l’extrême droite la plus rance ne s’est aventurée à rappeler ses origines africaines. Même si l’affaire a servi de défouloir à la fachosphère, l’émoi populaire suscité par cette cacophonie mélangeant fiesta rap et sonnerie aux morts ne contenait pas la moindre once de racisme.

A contrario, le chœur des vierges antiracistes et des progressistes effarouchés (de Jack Lang à Audrey Azoulay) n’a vu que du noir dans cette polémique. Les partisans du rappeur auraient pu mettre en avant son talent (et même si ces propos sont contestables, il n’en manque pas) ou encore la puissance suggestive d’un mode d’expression artistique importé des Etats-Unis mais qui a pris racine en France. Or, ce ne sont pas ces arguments qui ont servi à défendre Black M mais la pigmentation de son épiderme.

Ce rappeur a tenu des propos antifrançais et homophobes soit mais il est… noir ! Il ne peut s’agir que d’une victime. Black M est un people bling-bling mais il est « issu de l’immigration ». Il incarne donc les nouveaux damnés de la terre. La réaction pavlovienne de l’extrême gauche culturelle dans l’affaire Black M traduit en fait une sorte d’obsession raciale.

La même obsession est à l’œuvre lorsqu’Éric Cantona fustige Didier Deschamps parce qu’il n’a pas retenu Hatem Ben Arfa « parce qu’il a des origines ». Le sélectionneur des Bleus écarte Karim Benzema et aussitôt Jamel Debbouze ou Benoît Hamon hurlent à la montée du racisme en France.

Le racialisme de gauche est une idéologie

Inutile de faire remarquer à cette gauche « Y’a bon Banania » que 12 joueurs des Bleus sont d’origine ultra marine ou africaine. Tout ce que pourrions dire sera retenu contre nous. L’idéologie ne se contente pas d’ignorer le réel, elle le plie à ses fantasmes. Ce ne sont pas les dogmes qui doivent correspondre aux faits mais les faits qui doivent coller aux dogmes. Qui a mis des clous dans les œufs du peuple demandait le procureur Vichynski aux accusés des procès de Moscou ? Quant aux antisémites polonais, ils ne se contentaient pas de traiter les juifs de salauds, ils réputaient que tout salaud était forcément juif.

L’idéologie doit toujours avoir le dernier mot. Or, le racialisme de gauche est une idéologie. On se fiche de savoir si Benzema a insulté le sélectionneur ou si ce joueur de talent se comporte par ailleurs comme une petite frappe, ce qui compte c’est de ressasser jusqu’à l’écoeurement que la France est raciste parce qu’elle est… la France ! D’ailleurs, le tricolore ne contient pas de noir, ni de jaune, n’est-ce pas une preuve suffisante de notre racisme atavique ? Et si Benzema ou Black M avait été blancs leur aurait-on cherché des noises ?

Ces obsessionnels de la race n’ont pas remarqué que Kevin Philippy qui est passé très près d’être lynchés par des blancs est noir. Comme si les minorités devenaient invisibles dès lors qu’elles cessaient de jouer les rôles de figurants assignés par la gauche « Y’a bon Banania ».

Le racialisme de gauche qui défend des peoples d’origine africaine n’est-il pas la dernière feuille de vigne d’un authentique racisme social ? Un racisme peut en cacher un autre.

Le pénis au pénal!

Cécile Duflot à l'Assemblée nationale, le 17 juillet 2012 (Photo : SIPA.00640869_000047)

Cette fois, ça y est ! Qu’on se le dise, ça va changer ! Yvette Roudy, Catherine Trautmann, Monique Pelletier et Roselyne Bachelot n’accepteront plus jamais d’être l’objet du regard concupiscent des hommes politiques et dénonceront désormais systématiquement les salauds qui osent leur « mater le cul », selon la délicate expression recueillie par trois gracieuses journalistes du JDD.

Même la narcissique mijaurée Nathalie Kosciusko-Morizet, qui passe pourtant une bonne partie de son temps à se contempler dans la glace et à adopter des poses lascives, ainsi que Fleur Pellerin, qui calcule si bien l’effet promotionnel de ses stilettos Louboutin, ont rejoint les sœurs en lutte contre les frères en rut.

Nos anciennes gouvernantes ont ensemble décidé que l’« on ne peut pas » dire d’une femme qu’elle a des seins magnifiques, que sa jupe est trop courte, ni lui demander si elle porte un string, ni mettre la main sur sa cuisse ou masser ses épaules sans avoir dûment obtenu son consentement préalable. Tous ces comportements « inappropriés » relèvent, disent-elles, du sexisme, c’est-à-dire, si l’on se réfère aux vagues définitions qui en sont données, de la discrimination ou de la haine à l’égard des femmes.

Franchement, j’avoue avoir du mal à saisir tant l’objet du scandale que le raisonnement tenu dans ces opportunistes cris d’orfraie. En quoi le fait de dire à un individu, quel que soit son sexe, qu’il a de beaux yeux, de belles mains, de belles jambes, une belle poitrine ou de belles fesses révèle-t-il de la haine ou de la discrimination ? Lorsque je fais remarquer à un collègue que la pratique sportive lui conserve un beau corps d’athlète ou qu’il a de longues mains à caresser les femmes, je n’ai pas du tout l’impression de lui exprimer de la haine ou de pratiquer une discrimination sexiste. Je crois au contraire lui manifester de la sympathie et lui faire un compliment flatteur. Il m’est souvent arrivé de déplorer qu’il n’y ait pas davantage de « beaux mecs » parmi les universitaires ou de me féliciter de ce que les professeurs de droit portent généralement un élégant costume-cravate, à l’opposé des enseignants d’autres disciplines, souvent fagotés comme des traîne-savates. On ne voit vraiment pas ce qu’il y a de péjoratif à pousser des sifflements admiratifs lorsque Mme Duflot se décide à troquer le jean informe et négligé qu’elle arborait en Conseil des ministres, comme une injure aux institutions, pour une robe gonflante et voyante à grosses fleurs bleues qui introduit le printemps dans l’hémicycle. Le but de l’ingénue politicienne était évidemment de se faire remarquer, et il fut parfaitement atteint, quoi de répréhensible à cela ?

Qu’il y ait, dans le monde politique comme ailleurs, une minorité d’obsédés sexuels qui se jettent grossièrement sur leurs collègues ou assistantes, est un phénomène marginal que l’on a vite fait de remettre à sa place. En presque 40 ans de carrière universitaire, il m’est arrivé deux fois d’être sexuellement agressée : une fois par un collègue masculin respectable auquel on aurait donné le bon Dieu sans confession et qu’il a suffi d’éconduire rudement ; une autre fois, à l’inverse du cliché du Sofitel de New York, par une étudiante noire qui s’était permise de bloquer la portière de ma voiture et dont j’ai peut-être brisé le tibia en claquant cette dernière violemment avec force injures « lesbophobes ». L’idée de porter plainte pour agression sexuelle, dans les deux cas, ne m’a pas effleurée une seconde. Qu’est-ce qu’un tribunal viendrait faire dans ces sottises ? Les magistrats ont des choses plus sérieuses à traiter que ces non-événements.[access capability= »lire_inedits »]

Une plaignante déçue : « Il m’a touché les seins et ma plainte est irrecevable ! »

Mais nos 17 combattantes, dont on devine la fébrilité avec laquelle elles ont réuni d’urgence leurs augustes signatures, ont justement oublié la sagesse de l’adage De minimis non curat praetor (On n’encombre pas le prétoire avec des broutilles) et la lucidité de Racine dans Les Plaideurs (« Tandis qu’au procès on travaille ma partie en mon pré laisse aller sa volaille »), pour manifester haut et fort leur « envie du pénal ». Inutile de préciser que les cas de harcèlement et d’agression homosexuels ne sont pas pris en compte par nos geigneuses, étrangement borgnes sur ce point, et qu’elles n’ont jamais aperçu non plus la stratégie pourtant fréquente et grossière de certaines femmes journalistes pour accrocher un homme politique à leur tableau de chasse. Sur cela, elles continueront à respecter l’omerta.

Nos ex-ministres enrôlées dans l’Armée du salut ont donc choisi pour slogan exclusif : « Le pénis au pénal ! » Les voilà toutes fières de proposer le renforcement du délicieux arsenal répressif qui faisait la joie du regretté Philippe Muray : allongement des délais de prescription en matière d’agression sexuelle (pour celles qui mettent plusieurs années à se souvenir du « fléau » qu’elle ont subi), possibilité pour les associations « compétentes » de porter plainte en lieu et place des victimes (de quoi alimenter copieusement la rubrique « genre » du recueil de jurisprudence Dalloz), poursuites systématiques pour harcèlement (bon courage aux procureurs), fin de la possibilité de correctionnaliser un viol (mais quelle femme Denis Baupin a-t-il donc violée ?), etc.

Nous avons récemment vu à la télévision une scène hilarante dans laquelle, après que le Conseil constitutionnel avait eu la sagesse d’abroger une incrimination de harcèlement sexuel parfaitement tautologique et arbitraire, une plaignante déçue accompagnée de son avocate hurlait dans le hall d’un palais de justice : « Il m’a touché les seins et ma plainte est irrecevable ! » Le reportage télévisuel était destiné à nous apitoyer sur le sort des malheureuses dont le machiste juge constitutionnel avaient torpillé la plainte, mais il produisit évidemment l’effet inverse en nous exhibant une sélection cocasse de nunuches ridicules.

Le philosophe Yves Michaud vient de publier un livre percutant intitulé Contre la bienveillance (Stock, 2016), dont l’analyse serait à poursuivre sur le terrain juridique. Il y décrit les effets pervers de la « morale du soin » et de l’idéologie du care, générés par l’obsession de la vulnérabilité dans nos sociétés de maternage. Les réactions hystériques à l’insignifiante « affaire Baupin » sont encore un exemple de cette pathétique dérive : une pluie de pleurnicheries sociétales dégoulinantes de compassion artificielle et poisseuses de sollicitude « gynécocentrique », accompagnée de l’habituel réflexe de la castration par la répression pénale. La bêtise ordinaire poursuit ainsi inlassablement son œuvre de pollution démocratique et juridique.[/access]

CONTRE LA BIENVEILLANCE

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Sarkozy-Baroin, un ticket de raccroc

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Nicolas Sarkozy et François Baroin. Sipa. Numéro de reportage : 00758537_000010.

Nicolas Sarkozy évoque beaucoup sa stratégie en présence de journalistes. Il a toujours procédé de cette manière, parfois pour avancer ses pions et tester l’opinion, parfois afin de fourvoyer les médias en les envoyant sur de fausses pistes. Depuis quelque temps, la rumeur bruisse de son intention de constituer un « ticket » avec François Baroin. Info ou intox ? Faisons comme si le président de LR souhaitait tester l’opinion et donnons-lui notre avis sur la question.

Un produit made in USA

Le « ticket » est un produit d’importation qui nous vient d’outre-Atlantique. Si l’idée de primaires pour désigner les candidats à l’élection présidentielle a la même origine, le « ticket » constitué est-il aussi facilement importable ? Différence de taille, les Etats-Unis vivent sous un régime présidentiel et le binôme exécutif est constitué d’un président et d’un vice-président, chargé de le suppléer en cas de démission ou de décès. Rien de tel en France, où la démission et le décès du chef de l’Etat provoquent une nouvelle élection dans les semaines qui suivent. Le ticket « à la française » serait donc constitué du président et de son futur Premier ministre.

Annoncer à l’avance le nom de son futur chef du gouvernement n’a jamais été une excellente idée. Nos aînés se souviennent du fiasco retentissant qu’a été la candidature du tandem Defferre-Mendès France en 1969, atteignant à peine 5% des suffrages et privant ainsi la gauche de second tour. Valéry Giscard d’Estaing avait implicitement annoncé l’identité du futur hôte de Matignon en 1974, sans pour autant se présenter avec Jacques Chirac en « ticket ».  On ne peut pas conclure que l’expérience ait été couronnée de succès, Chirac claquant la porte au bout de deux ans avant de devenir un adversaire politique résolu. En réalité, sous la Ve République, le Premier chef de gouvernement du mandat présidentiel est davantage désigné par les circonstances politiques : tournure de la campagne électorale, adversaire du second tour etc… Il est maladroit de se lier les mains en désignant son futur Premier ministre au moment de présenter sa candidature, a fortiori avant même que la primaire ne soit jouée. Aux Etats-Unis, les candidats désignés par les primaires attendent au moins la fin de ces dernières pour constituer leur ticket. Et pour cause, c’est parfois l’un des adversaires des primaires qui est désigné.

Baroin, une arme anti-Juppé

Penchons-nous maintenant sur le choix de François Baroin. Le maire de Troyes, d’après le sarkozyste Eric Ciotti, aurait l’avantage de constituer un attelage complémentaire au profil de l’ancien chef de l’Etat. Plutôt identifié comme un homme de centre-droit, il permettrait de ratisser large et de tailler des croupières à Alain Juppé parmi l’électorat de droite modérée qui se déplacera à la primaire. D’autres, a contrario, évoqueront « l’alliance de la carpe et du lapin », qui nuirait à la cohérence de la campagne. En fait, aucune des deux théories n’est réellement satisfaisante. Comme en 2007 et 2012, Nicolas n’est transgressif qu’en campagne électorale. D’un côté, on ose des transgressions verbales, on regarde même avec attention l’itinéraire de Donald Trump, mais de l’autre on ne se différencie pas vraiment du programme des autres candidats.  Dès lors la mise en relief d’un duo avec François Baroin répondrait à deux objectifs : rassurer une frange de l’électorat modéré qui est parfois interloquée par les transgressions de Sarkozy à la tribune, faire du maire de Troyes un outil anti-Juppé dans le cadre de la primaire (voilà pourquoi le ticket serait annoncé si tôt !) puisque, issu du même premier cercle chiraquien, Baroin est notoirement en froid avec le maire de Bordeaux. Une telle stratégie peut-elle être efficace ? On en doute. Comme l’élection présidentielle proprement dite, la primaire constitue un scrutin très personnalisé. L’idée d’un ticket est complètement étrangère à la culture politique française, le seul précédent ayant été expérimenté dans le cadre de la parité homme-femme lors des dernières élections départementales. Les Français savent qu’ils élisent un Président, et pas un président + un Premier ministre. Si Nicolas Sarkozy est candidat, c’est lui seul qui le sera et Baroin ne comptera pas davantage que Benoist Apparu auprès d’Alain Juppé, Laure de la Raudière pour Bruno Le Maire ou Jérôme Chartier auprès de François Fillon.

On conseillera donc à Nicolas Sarkozy d’éviter de se lier les mains en nommant fictivement un Premier ministre avant même d’être désigné candidat de son camp. Cela aurait l’avantage, entre autres, de ne pas entretenir l’idée selon laquelle il est « certain de tous les écrabouiller », laquelle idée contribue largement à la défiance dont il fait l’objet. On n’est jamais trop prudent !

La grâce d’Élie Chouraqui

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Stanley Weber dans "L'origine de la violence" de Stanley Weber (Photo : L'Origine Productions)

Bien des choses dans L’origine de la violence pouvait a priori inquiéter : le motif cent fois rebattu du secret de famille et de l’affrontement d’un père et de son fils autour d’une vérité trop longtemps tue ; le thème de la guerre, de l’Occupation, de la persécution des juifs et la tentation, parfois périlleuse, de faire du grand-romanesque à partir du tragique ; l’imbrication de deux histoires, l’une contemporaine, l’autre de l’ordre de la reconstitution historique avec notamment des scènes de camps de concentration (sur lesquelles même les plus grands cinéastes ont pu se casser les dents) ; enfin, la difficile adaptabilité d’un récit littéraire, à fortes connotations psychologiques, en cinéma, c’est-à-dire en images et en situations concrètes. Élie Chouraqui qui fut parfois, au début de sa carrière, plus généreux que précis, plus sentimental que rigoureux, allait-il s’en tirer ?

Oui, cent fois oui. Le réalisateur a su éviter ces chausse-trappes, en préférant d’abord raconter une histoire plutôt que démontrer une thèse sur le poids du passé. Élie Chouraqui a également su s’en tenir à un format relativement court (110 minutes) là où tant d’autres, grisés par l’ampleur du récit, auraient laissé le film filer vers ses trois bonnes heures. Dès les premières images, le film convainc par son énergie, sa fluidité, ce plaisir de tourner du cinéaste – qui entraîne le nôtre, spectateur pris par une main sûre et volontaire, et surtout adroite. Plus que cette histoire bien ficelée qui joue efficacement sur notre désir de savoir et retient notre attention, c’est la caméra alerte de Cbouraqui, son sens du cadre et du mouvement, l’alternance de plans larges et serrés (alors caméra au poing) qui donnent au film une étonnante vitalité, une émotion vibrante, charnelle, mais jamais lourde ou larmoyante.

Un autre péril attendait le film au tournant : Élie Chouraqui a donné à son fils César l’un des rôles principaux (il est Nathan Wagner de la guerre et le jeune Adrien Fabre des années 60). Le père saurait-il diriger le fils ? N’allait-on pas droit vers un de ces fiascos où le metteur en scène à la fois protège et malmène un acteur trop proche affectivement, tandis que ce dernier se protège par la pudeur ou l’empêchement. Ou au contraire, le père et le fils n’allaient-ils pas se laisser aller à une sorte d’exhibitionnisme affectueux (« Voyez comme il est beau », « Regardez comme il m’aime. »), empêchant le spectateur d’approcher l’acteur, le personnage et finalement l’histoire ? Il n’en est rien. Sous la conduite de son père, César Chouraqui réussit à dépasser son narcissisme de jeune premier pour donner à son personnage plus qu’une séduction première, immédiate : une fragilité, une vulnérabilité et une vérité prometteuses. La scène où Nathan affronte le sadisme du médecin du camp, superbement contenue, est sans doute l’une des plus difficiles et des mieux maîtrisées du film.

La réussite de L’origine de la violence tient d’ailleurs beaucoup à cet abandon, à cette confiance que les acteurs accordent à leur metteur en scène, comme s’ils étaient tous, quels que soient leur âge et leur expérience, un peu comme le jeune César, entre des mains sûres, protectrices, paternelles. En un mot : aimantes. Stanley Weber (Nathan Fabre), Richard Berry (Adrien Fabre, si bouleversant d’émotion nue dans la scène finale) et Philippe Bouquet livrent à la caméra une intimité saisissante qui font de L’origine de la violence plus qu’une bonne surprise : un excellent film.

Les couvertures de « Causeur » auxquelles vous avez échappé

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L’énergie fossile

Proposé Stephane Chetrit, Guilhem Barbet et Pierre Petillot

 

Le péril vieux

Proposé par Max Léon, Sophie Richert

 

Le retour de la momie

proposé par Jacques Sapir, ULYSSEisback et Claire Becker

 

Hier, c’est demain

Proposé par Henri LOTRO et Jacques Reiter

 

Mirage à droite

Proposé par LPoirxdAphrodit

 

La droite la plus… à gauche du monde !

Proposé par Aymeric Leduc

 

La dance du centre

Proposé par Jérôme Stavroguine

 

Droit dans les bottes… de Juncker !

Proposé par citoyen

 

Et si ce n’était pas lui ?

Proposé par Eric Anceau

 

Chauve qui peut

Proposé par Lecat Antoine, BZAVIER, Jef Ervescent, Alexandre, Joelle Debruyne, Jean-Benoît Poulle, Marc Dekeister, Engy Ouanne, et Bernard Bigenwald

Et sa variante plus sympathique à l’égard de Juppé : A droite : le chauve qui peut (proposé par Jean Pierre Haar)

 

Il y a une vie après 70 ans

Proposé par Tunkasina

 

La vie commence à 80 ans

Proposé par Ohnarg

 

Hibernatus

Proposé par Ohnarg

 

Retour vers le futur

Proposé par Gérald Ladarré, Laetizia Graziani, Eric Vezin

 

Nestor sert la soupe

Proposé par Christian Cottet-Emard et donc aussi un peu Hergé

 

L’austère qui ne se marre pas ?

Proposé par citoyen

 

Le meilleur d’entre mous

Proposé par Noix vomique

 

Le prochain Vice-chancelier ?

Proposé par J.E.R.P.

 

Faut-il vraiment reculer l’âge de la retraite ?

Proposé par Noix vomique

 

On a retrouvé le père de Macron

Proposé par Gilles Lenfant

 

Les mystères de Toutânkhamon

Proposé par Nico L’apéro

 

Toujours vivant, toujours la banane, toujours debout

Proposé par Ned Oliver et inspiré par Renaud

 

Si vous voulez aller au-delà de la couverture, la vraie, présente ci-dessous, et si le sommaire et l’édito de ce numéro vous ont convaincus, c’est dans les kiosques ou bien ici que ça se passe. Bonne lecture !

>>> Retrouvez en cliquant ici l’ensemble de notre dossier « Juppé : le pire d’entre nous ? »

Benzema ou la reductio ad racismum footballistique

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La couverture du journal espagnol "Marca" dans lequel Karim Benzema "rompt le silence" qu'il aurait sans doute mieux fait de garder...

Il y a des enfants qui vous ramènent leur carnet de note en vous expliquant que le zéro qui leur a été gratifié dans telle ou telle matière n’est pas de leur faute mais de celle du professeur qui, en plus de mal expliquer, corrige comme un pied.

Il y a des adultes qui gagnent des fortunes avec leurs pieds, 15,3 millions d’euros l’an dernier pour l’objet de cet article, et qui trouvent comme unique explication à leur absence dans le groupe France pour l’Euro de football que le sélectionneur « a cédé à la pression d’une partie raciste de la France ».

Le « racisme d’une partie de la France » serait donc le motif de l’absence de Karim Benzema de l’Euro 2016. On reste donc dans le registre cantonesque, qui était, lui aussi, beaucoup plus convaincant ballon aux pieds que micro aux lèvres, l’ancien attaquant de Manchester United ayant reproché la semaine dernière à Didier Deschamps, outre de ne pas avoir sélectionné Benzema et Ben Arfa, « d’avoir un nom très français. Peut-être qu’il est le seul en France à avoir un nom vraiment français ». Les Dupont, Durand, Martin et consorts apprécieront…

Donc si Benzema n’est pas dans le groupe France, ce n’est en aucun cas de sa faute mais de celle de cette France raciste, la France moisie comme dirait Philippe Sollers.

La mise en examen dans l’affaire de la sextape ? Rien de grave puisqu’il s’agit juste d’une extorsion de fonds envers un coéquipier lui aussi privé d’Euro, Mathieu Valbuena, qui a pourtant toujours été exemplaire sous le maillot tricolore, contrairement à Benzema.

Le crachat après l’émouvante Marseillaise parfaitement respectée par l’ensemble du stade Santiago Bernabeu ? Juste un besoin physiologique, on est en effet épuisé physiquement quand on est footballeur professionnel après avoir parcouru en marchant le chemin des vestiaires à la pelouse et être resté debout une minute sans bouger.

Deschamps raciste contre les Maghrébins ? Alors pourquoi avoir appelé Adil Rami, franco-marocain, suite au forfait de Raphaël Varane.

Deschamps raciste tout court ? Quand on voit le milieu tricolore avec Pogba, Matuidi, Diarra, Kanté et Payet, on peut en douter non ?

Deschamps laxiste avec Benzema ? Probablement puisqu’aucun autre entraîneur n’aurait maintenu un attaquant muet pendant 1 222 minutes sous le maillot de l’équipe de France, attaquant qui pour les qualifications pour le Mondial 2014 ne marqua qu’une fois en phase de poules, à 3 minutes de la fin du dernier match face à la Finlande après ne pas avoir particulièrement brillé face à d’autres adversaires de gros calibre comme la Biélorussie ou la Géorgie…

Mais si Benzema ne sera pas de l’aventure qui, nous l’espérons tous, se terminera avec un troisième titre pour les Bleus, ce n’est évidemment pas en raison de son comportement ou de ses performances.

De cette affaire restera au moins une chose : on connaît désormais la reductio ad racismum footballistique…

Gynophobie: et ta sœur!

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Denis Baupin lors de la campagne des législatives de 2012 (Photo : SIPA.00638495_000021)

Ils se demandent si les casseurs n’ont pas un petit peu raison et si les terroristes n’ont pas des raisons. Mais pour Denis Baupin, pas la plus petite circonstance atténuante. Condamné sans procès à la mort sociale, pour propos et messages lubriques, sans oublier une tentative d’extorsion de baiser à main armée, c’est-à-dire baladeuse. Des fautes qui méritent le mépris, une blague cinglante ou une bonne paire de claques, peut-être pas un tel unanimisme dans l’opprobre. Toutes les bonnes âmes de droite ou de gauche qui communient dans la dénonciation du pêcheur évoquent irrésistiblement les croquantes et les croquants de l’Auvergnat de Brassens, à qui leur bonne conscience donne le droit de haïr en chœur. Baupin est désormais un monstre, ce qui est un brin excessif, même pour le dragueur compulsif et lourdingue qu’on nous dit qu’il est. Auquel cas il est surtout coupable de tartufferie, car il était jusqu’à présent l’un des plus grands dévots de la lutte « antisexiste », version rouge à lèvres pour tous.

Ce qui devrait étonner, me souffle un ami que je ne dénoncerai pas, ce n’est pas ce que Baupin est supposé avoir fait, c’est qu’il n’y ait pas beaucoup plus de Baupin qui fassent bien pire. Nos désirs ne sont bestiaux, poursuit-il, mais des siècles de civilisation nous ont appris à sortir avec une muselière. La norme, c’est qu’un homme ça s’empêche. Dans nos contrées en tout cas.

Tout le monde devrait se féliciter que le consentement des femmes soit désormais une barrière infranchissable par le désir des hommes. Mais le pénible scandale Baupin a promptement été « majusculisé » pour devenir la preuve de la perpétuation d’un ordre patriarcal qui n’existe plus depuis belle lurette. Sauf dans certains territoires où il est précisément interdit de le voir car ce serait raciste. Or, à l’exception des endroits où il règne en maître, le machisme est partout, nous dit-on, et ces dames veulent faire savoir qu’elles ont été, sont ou seront un jour victimes de harcèlement. Après la tribune des 40 journalistes, on a eu droit à celle des 17 anciennes ministres. Toutes ont vécu le drame terrible d’être désirées, parfois explicitement, le plus souvent avec les yeux. On se demande comment elles ont tenu bon. Pire encore : après le scandale, on continuerait à faire des blagues salaces à l’Assemblée, révèle Slate, qui a envoyé un reporter traquer les propos graveleux. Enfin, on apprend dans le JDD que, lors de la réunion du groupe socialiste où ces dames ont évoqué l’affaire, eh bien, croyez-le ou pas, « pendant qu’elles parlaient, elles entendaient des rires ». Des rires, ça va chercher dans les combien ?

En public, pas question de rigoler !

Il faut donc craindre que cette affaire marque une nouvelle étape dans l’entreprise de normalisation des relations entre les hommes et les femmes, donc de la sexualité, menée sous la bannière mensongère du féminisme. Nos victimes enragées ne se contentent plus de la muselière librement consentie par les hommes, elles entendent punir toute expression du désir masculin, qu’elles s’efforcent de ligoter dans une véritable camisole anthropologique en imprimant dans les cerveaux l’idée que tout homme est coupable et toute femme victime. Il convient donc de recenser, de compter, de déplorer et, plus que tout, de punir sans relâche les innombrables avanies dont est faite la vie des femmes. Nul ne se plaindra que les violences réelles soient sévèrement sanctionnées. Mais nos justicières n’auront de cesse que tout propos un peu leste, toute allusion vaguement érotique, tout regard légèrement suggestif soit passible des tribunaux. La réalisatrice Lisa Azuelos s’est brusquement avisée que « les femmes n’avaient pas de mots pour désigner les violences qui leur sont faites ». Pour combler ce vide sémantique, elle a inventé le terme « gynophobie ». Et pas pour la blague : il s’agit bien, précise-t-elle, d’un outil judiciaire.[access capability= »lire_inedits »]

Comme toujours, devant ces numéros d’oie blanche s’agitant pour savoir laquelle est la plus traumatisée, on commence par hurler de rire. D’ailleurs, en privé, toute la France se marre, y compris ceux qui, à la télé, proclament avec des mines solennelles qu’ils ne se tairont plus (mais quand diable se sont-ils donc tus ?). Seulement, en public, pas question de rigoler. Personne ou presque n’ose moufter contre le vent. Cette obligation de schizophrénie est bien la preuve que ce féminisme victimaire s’impose comme une vérité officielle par une forme de terreur idéologique. Personne n’y croit, mais tout le monde doit faire semblant. Pas pour sauver sa peau, bien sûr. Pour avoir la paix.

Luc Le Vaillant aurait dû réfléchir à deux fois avant d’écrire ce qu’il pensait. Dans un texte intitulé « La Complainte du mâle aimé », publié le 23 mai sur le site de Libération, le chroniqueur redoute que l’affaire Baupin « sape les fondations d’un mélange des genres dont s’enorgueillissaient les travailleuses et les travailleurs, les coquelets et les poulettes, ravis de badiner sur leur tas de fumier, fiers de ne pas avoir à défiler devant huissier pour se dragouiller ». Ces charmantes images lui ont valu un torrent de boue numérique et, peut-être, un procès à l’intérieur de sa rédaction. Le benêt, sans doute s’est-il cru dans un pays libre.

En tout cas, mon ami a tort. Que, dans cette ambiance, des hommes continuent à désirer des femmes prouve qu’ils sont encore des hommes. Avec juste ce qu’il faut de sauvagerie.[/access]

Etats-Unis: Sanders victime de ses contradictions

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bernie sanders clinton michea lasch
Bernie Sanders. Sipa. Numéro de reportage : AP21903277_000002.
bernie sanders clinton michea lasch
Bernie Sanders. Sipa. Numéro de reportage : AP21903277_000002.

Simon-Pierre Savard-Tremblay est sociologue et essayiste. Dernier livre paru: Le souverainisme de province (Boréal, 2014).

Daoud Boughezala. Au-delà des slogans populistes, en quoi le programme économique de Bernie Sanders répond-il aux intérêts des Américains les plus modestes ?

Simon-Pierre Savard-Tremblay. L’empire américain décline, alors que les gens dans le besoin y sont nombreux. Aux États-Unis, les 10% les plus riches y contrôlent plus de 70% de la richesse, tandis que 80% de la population américaine serait pauvre ou en passe de le devenir. Malgré tout cela, plusieurs prônent l’abolition des quelques programmes de solidarité existants. Sanders propose quant à lui une couverture de santé universelle pour tous les Américains, l’adaptation d’une fiscalité progressive où les plus riches paieraient leur juste part, bas frais de scolarité pour favoriser l’accessibilité aux institutions d’enseignement. Le programme semble bien peu révolutionnaire et même modeste aux yeux de l’observateur français ou québécois, mais représente tout un ouragan aux États-Unis. Ralph Nader avait jadis porté de telles propositions, mais n’était jamais parvenu à s’approcher de l’importance politique de Sanders, pour qui il était réellement envisageable de penser se rendre à la Maison Blanche.

Sanders s’oppose aussi aux plus dangereux accords de libre-échange, comme le Partenariat transpacifique (PTP). Les partisans du libre-échange confondent fréquemment à tort ce véritable système réglementaire avec la –nécessaire- ouverture au commerce. Le libre-échange n’aura bien souvent eu que le chômage et la désindustrialisation comme résultats. Cela n’est pas particulièrement récent et avait déjà commencé avec l’ALÉNA, alors que les industries du sud des États-Unis avaient rapidement délocalisé leurs activités vers le Mexique. La position de Sanders sur cet enjeu n’est pas étrangère à sa victoire, totalement imprévisible, contre Hillary Clinton au Michigan.

Le monde vit actuellement à l’ère d’un capitalisme intégralement financiarisé, débridé et spéculatif, où une transaction de plusieurs milliards de dollars se règle en un clic sur internet, où des milliers d’emplois peuvent être jetés aux orties en une saute d’humeur des responsables de grands fonds actionnariaux. Sanders propose d’imposer des limites à la puissance des institutions financières. La réalité est troublante : trois des quatre banques ayant été sauvées de la faillite par l’État américain lors de la crise de 2007-2008 sont aujourd’hui plus imposantes qu’elles ne l’étaient à l’époque. La faillite de ces institutions entraînerait automatiquement la chute de l’économie mondiale. Sanders souhaite ainsi s’assurer autant que possible que l’échec annoncé des délires d’une minorité n’aient pas de répercussions sur les gens modestes, non pas seulement des États-Unis, mais du monde entier.

Bernie Sanders a certes remporté de grandes victoires symboliques, comme dans le Michigan, mais sans jamais véritablement menacer l’hégémonie d’Hillary Clinton sur l’électorat démocrate.  Pourquoi n’a-t-il pas crevé le plafond de verre ?

À une ère où le technique et le gestionnaire a supplanté le politique, ce qu’Emmanuel Todd appelle la post-démocratie, certains phénomènes populistes deviennent ainsi possibles pour combler un vide abyssal. Le paradoxe en est que l’enthousiasme pour ces populismes peut reposer tout autant sur la nécessité de refaire confiance au politique que sur un désabusement face à celui-ci. Hillary Clinton aurait ainsi pu être battue pour les mêmes raisons que Jeb Bush : incarner les élites du statu quo jusque dans son nom de famille. Barack Obama avait su terrasser Clinton il y a huit ans à coup de « hope » et de « change ». Quoi qu’il en soit, un appareil politique aussi institutionnalisé que le Parti démocrate est parfois très difficile à ébranler malgré l’ampleur d’un mouvement populaire. C’est que Bernie Sanders a constaté.

Pensez-vous improbable le report des électeurs de Sanders sur Clinton ? 

Ce report me semble ardu à réaliser. Au contraire, une part des électorats respectifs de Sanders et de Trump se ressemblent beaucoup plus que nous pourrions le penser au premier abord. Peut-on sérieusement croire qu’une population dans le besoin fait ses choix politiques en fonction des étiquettes officielles et partisanes ? Tant Sanders que Trump, qui veut taxer les produits chinois et déchirer le Partenariat transpacifique, ont fait du libre-échange un thème de campagne important. Peut-on sincèrement croire les partisans de Sanders, souvent des électeurs indépendants issus des classes moyennes ou ouvrières, se reporteront sur Hillary Clinton ? Soutenue financièrement par Wall Street et défendant en échange intégralement le programme de celle-ci, Clinton incarne comme nulle autre la classe dominante. Le richissime Michael Bloomberg aura d’ailleurs attendu de s’assurer qu’il soit clair qu’elle est bien la candidate désignée avant de renoncer à briguer la présidence à titre de candidat indépendant. Aurait-t-elle perdu qu’il aura sans doute été la carte jouée par les intérêts financiers et bancaires. Si les requins se mangent parfois entre eux, ils se découvrent aussi un certain sens de la solidarité quand le système est menacé. À contrario, Trump représente, comme Sanders, un discours anti-establishment clair et tranché.

Dans une tribune publiée sur le site du journal québécois Le Devoir, vous décortiquez l’alliance de classes sociale qui constitue l’électorat Sanders. En quoi cette coalition sociale est-elle porteuse de contradictions ?

L’électorat populaire ne constitue pas la seule base sur laquelle s’appuie Sanders, qui se compose aussi de l’intelligentsia progressiste, dont l’horizon est l’émancipation radicale de l’individu. Cette « gauche » sévit principalement sur les campus universitaires. Ces militants, s’ils se réclament d’un peuple imaginaire et fantasmé, ont au final un mépris à peine voilé pour le peuple réel. Ce dernier, se sentant menacé, observe le système économique détruire une à une les structures communes qui lui sont chères et se campe dès lors sur les plus proches de lui et les plus difficiles à écraser : valeurs morales, famille, village, nation, etc. Cet enracinement dans des repères protecteurs, pointé du doigt comme étant rétrograde et réactionnaire, est aujourd’hui le principal objet des moqueries et la cible de cette « gauche », qui contribue comme nulle autre au déploiement du capitalisme qu’elle prétend combattre. Comme la haute finance, la « gauche » exècre aujourd’hui les frontières nationales. Elle représente à la fois, pour le capitalisme débridé, une caution idéologique et une posture esthétique. Pour elle, les valeurs morales ne sauraient s’inscrire dans le politique, leur prescrivant ce que la droite veut faire des entreprises : la privatisation. L’idéologie progressiste, par son relativisme moral et culturel, par son adversité fondamentale à l’égard d’une conception publique et commune du bon, du bien et du juste, prône un monde fondé sur l’affirmation radicale des individualités de tous contre tous.

Depuis que cette « gauche » a renoncé au socialisme, il ne lui reste que ses multiples combats de substitution, tous liés au prétendu refus des discriminations, appliquant dès lors la grille d’analyse de la lutte des classes, à laquelle elle renonçait, à tous les rapports sociaux… sauf aux classes. Le peuple n’est plus à libérer du système économique, c’est la minorité qui serait à libérer de la majorité, les toilettes pour transgenres et la légalisation de la marijuana devenant les grands combats de la « gauche » contemporaine. Les grands intérêts économiques s’en lèchent les doigts, pouvant désormais aisément remplacer la morale des gens ordinaires par le règne de la croissance économique : cette « gauche » leur fournit une splendide contribution au grand rêve de la société de consommation sans limites, devant libérer radicalement l’individu pour que puisse régner pleinement le « je, me, moi ». C’est là que la rébellion devient un produit de consommation à la mode, Che Guevara se mutant en icône de la contre-culture que s’arrachent les adolescents. On comprend dès lors pourquoi le philosophe Jean-Claude Michéa voit dans la gauche le stade suprême du capitalisme…

Si cela semble aujourd’hui atteindre des proportions caricaturales, la chose n’est pourtant pas entièrement nouvelle. Dans La culture du narcissisme, le grand sociologue Christopher Lasch voyait dans les militants radicaux de la décennie 1960 la manifestation fondamentale d’un individualisme narcissique pathologique. Les différentes mouvances de « développement personnel » ont su leur succéder fidèlement en cette matière, au cours de la décennie suivante. Ce sont ces idéaux qui se développeront et augmenteront continuellement leur nombre d’adhérents pour se fondre aujourd’hui dans un « progressisme » cachant sa haine d’un peuple « trop arriéré », « trop homogène » et « trop patriarcal », le tout sous le masque de l’anti-populisme. Et cette gauche de se demander désormais pourquoi les pauvres votent à droite, pour citer le titre en français d’un ouvrage du journaliste et essayiste Thomas Frank…

Au « populisme imparfait » de Sanders, la mentalité américaine héritière de l’esprit des pères fondateurs ne préfère-t-elle pas le populisme libertarien d’un Trump, pro-armes et relativement isolationniste ? 

Je serais bien mal à l’aise de qualifier Trump d’économiquement très libéral ou de libertarien. Non seulement, tel qu’abordé précédemment, celui-ci s’oppose-t-il au libre-échange intégral, mais il défend également le maintien de l’Obamacare et une hausse du taux d’imposition des mieux nantis. Sur les armes à feu, sa défense absolue du second amendement est plutôt récente, alors qu’il se montrait auparavant favorable à un encadrement réglementaire. On sait d’ailleurs que Trump a, tout au long de sa vie, multiplié les revirements, ayant même été, pendant longtemps, partisan du Parti démocrate. Basé à New York, Trump n’est pas un républicain traditionnel, n’étant ni issu de la droite religieuse, ni des défenseurs d’un impérialisme humanitaire et militaire, ni de l’aile libertarienne économique. Le Parti républicain, comme institution permanente de l’espace public américain, a très souvent axé ses stratégies électorales sur la base populaire du sud du pays, pour ensuite lui tourner le dos et appliquer intégralement le programme de Wall-Street. Force est d’admettre que Trump a actuellement cassé l’élite dominante du parti. Courtisant les « gens ordinaires », pour reprendre l’expression de George Orwell, qui se retrouvent actuellement chez Sanders, le temps seul nous dira si une éventuelle présidence Trump sera elle aussi confisquée par les grands intérêts bancaires et financiers.

De Bourdieu à Sadiq Khan

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(Photo : Eric TSCHAEN/REA)
(Photo : Eric TSCHAEN/REA)

Je veux bien croire que Sadiq Khan était le candidat à la mairie de Londres le plus talentueux et le mieux préparé. Et peut-être a-t-il été élu sur son programme. Mais ce qui, en France, a captivé la presse, ce ne sont pas les programmes du travailliste et du conservateur, ce sont leurs pedigrees. Les médias ont résumé la campagne au face à face édifiant du fils d’un conducteur d’autobus pakistanais et du fils d’un milliardaire juif. Deux rejetons s’affrontaient et la victoire du musulman issu d’un milieu défavorisé a été saluée comme un signe d’ouverture.

Pierre Bourdieu a mis en évidence, dans un livre célèbre, le rôle de l’héritage culturel, « capital subtil fait de savoirs, de savoir-faire et de savoir-dire que les enfants des classes favorisées doivent à leur milieu familial » dans la sélection et la reproduction des élites. Il s’en est suivi une véritable chasse aux héritiers qui culmine aujourd’hui avec l’inversion multiculturaliste des critères de la noblesse. L’origine prévaut plus que jamais sur le mérite personnel. Mais la bonne généalogie a changé de définition. L’appartenance à la classe cultivée n’est plus un privilège, c’est désormais un handicap. Bien né est celui qui a grandi dans une banlieue grise, et non le malheureux qui a fait ses études à Eton.[access capability= »lire_inedits »]

Il faut savoir, en outre, qu’entre les damnés musulmans de la terre et les juifs fortunés, le Parti travailliste a depuis longtemps fait son choix. Jeremy Corbyn ne cache pas ses sympathies pour le Hezbollah et le Hamas. L’ancien maire de Londres Ken Livingstone a déclaré tout récemment qu’Hitler avait été sioniste. L’ancien maire de Bradford  Kadhim Hussein s’est emporté contre un système d’enseignement qui « ne vous parle que d’Anne Franck et des six millions de sionistes tués par Hitler ». Et, non moins radicale que nos Indigènes de la République, la toute nouvelle présidente de l’Union des étudiants Malia Bouattia a, quant à elle, affirmé que l’université de Birmingham où elle a fait ses études, était « la tête de pont sioniste de l’éducation supérieure en Grande-Bretagne ».

Sadiq Khan – il faut lui faire ce crédit – combat l’antisémitisme qui ravage son parti et toute la gauche anglaise. Mais en commençant ses meetings par la formule « Salam Aleykoum », il accompagne, il accélère même la métamorphose de l’Angleterre en un patchwork de communautés. Est-ce vraiment un destin désirable ?[/access]

Henry de Lesquen: le candidat de la mémoire (courte)

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En arrière-fond, non plus le village de la France tranquille, le village de la « terre qui ne ment pas » que François Mitterrand opposait avec succès dans sa campagne de 1981 à la modernité revendiquée par Valéry Giscard d’Estaing. Mais, indéniablement sublime, cette montée vers le château de Versailles dessinée par Le Nôtre. Simplicité, symétrie, pureté des lignes : une belle expression de l’idéal classique qui demeure, qu’on le veuille ou non, profondément inscrit dans notre inconscient collectif.

Au premier plan sur la gauche, un homme, que nul ne connaissait jusqu’à ces jours-ci, sauf à être un habitué de Radio Courtoisie, radio confidentielle dite « du pays réel » mais qui offre un certain nombre de programmes de qualité et fait intervenir des historiens parfois renommés. Cet homme, c’est Henry de Lesquen, avec qui, nous fait-on miroiter, la France redeviendra la France. Fichtre ! Est-ce à dire que, non seulement débarrassé de l’inutile concession au goût (ou au dégoût) du jour, à savoir l’œuvre d’Anish Kapoor, la sublime perspective de Le Nôtre et, à travers elle, la France se verront débarrasser de « la Gueuse » ? Le risque est faible, alors pourquoi parler de cela ? Le Parti national-libéral, dont Monsieur de Lesquen est le héraut, ne changera pas la donne en 2017, d’autant qu’il récuse par avance toute compromission avec un Front national qualifié de « lupanar pédérastique » (sic).

Pourquoi donc perdre son temps avec Henry de Lesquen, s’il « ne représente rien » ? Parce que, malheureusement, il « représente » en réalité quelque chose. Polytechnicien et haut-fonctionnaire, il « représente » une certaine idée de l’excellence française. Porteur d’un nom qui renvoie à la ci-devant noblesse, il « représente », qu’il le veuille ou non et il semble le vouloir, un héritage. Enfin, là encore, qu’on le veuille ou non, il évoque une France chrétienne, catholique. Alors trois fois honte ! Car il y a triple trahison : trahison du « clerc » qui a bénéficié de l’élitisme républicain ; trahison du Français dont l’idée qu’il se fait de la rénovation nationale est une injure faite à tous ; trahison du chrétien qui bafoue les principes évangéliques les plus élémentaires.

De quoi s’agit-il ? On apprend au détour d’articles et de dépêches d’agences que le compte Twitter de cet improbable candidat a été fermé en raison de « dérapages ». Les « dérapages » méritent d’être reproduits, le premier parce qu’il est un parfait exemple de cette étrange mixture entre le catholicisme identitaire de mouvements traditionnalistes et la politique d’influence de la Sainte Russie poutinienne qui n’a pas oublié les leçons du KGB. Quant au second, il parle hélas tout seul. Premier « dérapage » donc : « Le génocide des 30 millions de Slaves exterminés par les chefs bolcheviks, en majorité juifs, est prouvé ». M. de Lesquen est un homme cultivé, donc il ne dit pas « n’importe quoi ». Il ne le dit pas non plus « n’importe comment », car il sait très bien ce qu’il dit. Second « dérapage » : « Je suis émerveillé de la longévité des “rescapés de la Shoah” morts à plus de 90 ans. Ont-ils vécu les horreurs qu’ils ont racontées? […] La plantureuse Simone Veil “rescapée de la Shoah” a 88 ans. A ma connaissance, elle va bien », a écrit Henry de Lesquen dans deux tweets datés des 27 et 28 avril rapportés notamment dans un article du Figaro daté du 4 mai dernier, date à laquelle une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Paris.

Alors oui, honte, honte, trois fois honte ! « Ne pensez-vous pas qu’il y a des hontes mieux placées ces temps-ci ? », me dira-t-on. Des colères plus utiles ? Plus urgentes ? Contre l’islamisme, par exemple ? Le racisme à l’égard des Noirs ? Mais c’est la même chose ! Lorsqu’un certain 17 juin 1940, les Allemands ont demandé à Jean Moulin de signer une déclaration infamante salissant les tirailleurs sénégalais, le jeune préfet d’Eure-et-Loire s’est tailladé les veines plutôt que d’avoir « à dire des choses contraires à l’honneur », selon les termes employés deux jours auparavant à ses parents. Il l’eût fait tout autant s’il se fût s’agit d’enfants juifs ou de tirailleurs algériens.

Et puis, pour parler de l’islamisme, je n’ai ni le talent ni les compétences d’une Malika Sorel, d’une Chahdortt Djavane et de beaucoup d’autres dont j’admire profondément le courage et dont je partage les vues et la vision de la nation française. Mais pour revenir à Henry de Lesquen et son château de Versailles, le président du Parti national-libéral sera sans doute étonné de savoir que mon aïeul, Nicolas Dupré de Saint-Maur, considéré par l’historien Julien Vasquez comme le précurseur de l’abbé Grégoire, fut appelé par Malesherbes peu avant la Révolution pour participer en tant que conseiller d’Etat à la commission chargée d’étudier l’alignement de l’état civil des non-catholiques sur celui des catholiques. Intendant du Roy en Guyenne, Nicolas Dupré de Saint-Maur était entré en relation avec les membres de la communauté juive de Bordeaux et avait plaidé leur cause. Comme quoi, Monsieur de Lesquen, même l’Ancien Régime…

Enfin, pour terminer et revenir aux insinuations monstrueuses de M. de Lesquen à l’encontre de Simone Veil, ces quelques mots de Bernanos, du grand Bernanos, celui du Journal d’un curé de campagne, l’homme capable de reconnaître ses excès, et dont M. de Lesquen et consorts ne pourront mettre en doute la « catholicité ». Nous sommes le 1er juin 1943, Bernanos prend dans le journal Libération la défense de l’ancien ministre Georges Mandel que la Milice assassinera un an plus tard : « Quant à Mandel, vous vous dites peut-être que n’ayant jamais montré beaucoup de goût pour les juifs, je ne parlerai pas de celui-là ? Détrompez-vous. C’est celui que vous haïssez le plus, vous et vos maîtres. A ce titre, il m’est mille fois plus sacré que les autres. Si vos maîtres ne nous rendent pas Mandel vivant, vous aurez à payer ce sang juif d’une manière qui étonnera l’histoire – entendez-vous, chiens que vous êtes – chaque goutte de ce sang juif versé en haine de notre ancienne victoire nous est plus précieuse que la pourpre d’un manteau de cardinal fasciste – est-ce que vous comprenez bien ce que je veux dire, amiraux, maréchaux, excellences, éminences et révérences ? »

La gauche « Y’a bon Banania »!

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Le 18 mai dernier, une voiture de police était incendiée en plein Paris. Sortant de son véhicule et affrontant ses agresseurs, un adjoint de sécurité du nom de Kevin Philippy allait devenir un modèle de bravoure. Le lendemain de l’attaque, le ministre de l’Intérieur décorait et titularisait ce policier de 29 ans.

Quelques jours auparavant, la ministre de la Culture voyait dans l’annulation de la participation de Black M aux cérémonies marquant le 100e anniversaire de la bataille de Verdun la preuve du retour d’un « ordre moral nauséabond ». De Benoist Apparu à Christiane Taubira, pendant plus d’une semaine, le chœur des pleureuses « comme il faut » s’est mobilisé pour défendre le rappeur, victime de la xénophobie des Français.

La vague d’indignation soulevée par l’idée saugrenue d’inviter cet artiste à clôturer la commémoration de Verdun n’était pourtant nullement motivée par sa couleur de peau.

En dépit de leur incomparable talent et de leurs origines bien gauloises, Claude François ou Léo Ferré n’auraient pas été moins décalés au pied de l’ossuaire de Douaumont que Black M.

Parmi les opposants à sa venue, pas même l’extrême droite la plus rance ne s’est aventurée à rappeler ses origines africaines. Même si l’affaire a servi de défouloir à la fachosphère, l’émoi populaire suscité par cette cacophonie mélangeant fiesta rap et sonnerie aux morts ne contenait pas la moindre once de racisme.

A contrario, le chœur des vierges antiracistes et des progressistes effarouchés (de Jack Lang à Audrey Azoulay) n’a vu que du noir dans cette polémique. Les partisans du rappeur auraient pu mettre en avant son talent (et même si ces propos sont contestables, il n’en manque pas) ou encore la puissance suggestive d’un mode d’expression artistique importé des Etats-Unis mais qui a pris racine en France. Or, ce ne sont pas ces arguments qui ont servi à défendre Black M mais la pigmentation de son épiderme.

Ce rappeur a tenu des propos antifrançais et homophobes soit mais il est… noir ! Il ne peut s’agir que d’une victime. Black M est un people bling-bling mais il est « issu de l’immigration ». Il incarne donc les nouveaux damnés de la terre. La réaction pavlovienne de l’extrême gauche culturelle dans l’affaire Black M traduit en fait une sorte d’obsession raciale.

La même obsession est à l’œuvre lorsqu’Éric Cantona fustige Didier Deschamps parce qu’il n’a pas retenu Hatem Ben Arfa « parce qu’il a des origines ». Le sélectionneur des Bleus écarte Karim Benzema et aussitôt Jamel Debbouze ou Benoît Hamon hurlent à la montée du racisme en France.

Le racialisme de gauche est une idéologie

Inutile de faire remarquer à cette gauche « Y’a bon Banania » que 12 joueurs des Bleus sont d’origine ultra marine ou africaine. Tout ce que pourrions dire sera retenu contre nous. L’idéologie ne se contente pas d’ignorer le réel, elle le plie à ses fantasmes. Ce ne sont pas les dogmes qui doivent correspondre aux faits mais les faits qui doivent coller aux dogmes. Qui a mis des clous dans les œufs du peuple demandait le procureur Vichynski aux accusés des procès de Moscou ? Quant aux antisémites polonais, ils ne se contentaient pas de traiter les juifs de salauds, ils réputaient que tout salaud était forcément juif.

L’idéologie doit toujours avoir le dernier mot. Or, le racialisme de gauche est une idéologie. On se fiche de savoir si Benzema a insulté le sélectionneur ou si ce joueur de talent se comporte par ailleurs comme une petite frappe, ce qui compte c’est de ressasser jusqu’à l’écoeurement que la France est raciste parce qu’elle est… la France ! D’ailleurs, le tricolore ne contient pas de noir, ni de jaune, n’est-ce pas une preuve suffisante de notre racisme atavique ? Et si Benzema ou Black M avait été blancs leur aurait-on cherché des noises ?

Ces obsessionnels de la race n’ont pas remarqué que Kevin Philippy qui est passé très près d’être lynchés par des blancs est noir. Comme si les minorités devenaient invisibles dès lors qu’elles cessaient de jouer les rôles de figurants assignés par la gauche « Y’a bon Banania ».

Le racialisme de gauche qui défend des peoples d’origine africaine n’est-il pas la dernière feuille de vigne d’un authentique racisme social ? Un racisme peut en cacher un autre.

Le pénis au pénal!

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Cécile Duflot à l'Assemblée nationale, le 17 juillet 2012 (Photo : WITT/SIPA)
Cécile Duflot à l'Assemblée nationale, le 17 juillet 2012 (Photo : SIPA.00640869_000047)

Cette fois, ça y est ! Qu’on se le dise, ça va changer ! Yvette Roudy, Catherine Trautmann, Monique Pelletier et Roselyne Bachelot n’accepteront plus jamais d’être l’objet du regard concupiscent des hommes politiques et dénonceront désormais systématiquement les salauds qui osent leur « mater le cul », selon la délicate expression recueillie par trois gracieuses journalistes du JDD.

Même la narcissique mijaurée Nathalie Kosciusko-Morizet, qui passe pourtant une bonne partie de son temps à se contempler dans la glace et à adopter des poses lascives, ainsi que Fleur Pellerin, qui calcule si bien l’effet promotionnel de ses stilettos Louboutin, ont rejoint les sœurs en lutte contre les frères en rut.

Nos anciennes gouvernantes ont ensemble décidé que l’« on ne peut pas » dire d’une femme qu’elle a des seins magnifiques, que sa jupe est trop courte, ni lui demander si elle porte un string, ni mettre la main sur sa cuisse ou masser ses épaules sans avoir dûment obtenu son consentement préalable. Tous ces comportements « inappropriés » relèvent, disent-elles, du sexisme, c’est-à-dire, si l’on se réfère aux vagues définitions qui en sont données, de la discrimination ou de la haine à l’égard des femmes.

Franchement, j’avoue avoir du mal à saisir tant l’objet du scandale que le raisonnement tenu dans ces opportunistes cris d’orfraie. En quoi le fait de dire à un individu, quel que soit son sexe, qu’il a de beaux yeux, de belles mains, de belles jambes, une belle poitrine ou de belles fesses révèle-t-il de la haine ou de la discrimination ? Lorsque je fais remarquer à un collègue que la pratique sportive lui conserve un beau corps d’athlète ou qu’il a de longues mains à caresser les femmes, je n’ai pas du tout l’impression de lui exprimer de la haine ou de pratiquer une discrimination sexiste. Je crois au contraire lui manifester de la sympathie et lui faire un compliment flatteur. Il m’est souvent arrivé de déplorer qu’il n’y ait pas davantage de « beaux mecs » parmi les universitaires ou de me féliciter de ce que les professeurs de droit portent généralement un élégant costume-cravate, à l’opposé des enseignants d’autres disciplines, souvent fagotés comme des traîne-savates. On ne voit vraiment pas ce qu’il y a de péjoratif à pousser des sifflements admiratifs lorsque Mme Duflot se décide à troquer le jean informe et négligé qu’elle arborait en Conseil des ministres, comme une injure aux institutions, pour une robe gonflante et voyante à grosses fleurs bleues qui introduit le printemps dans l’hémicycle. Le but de l’ingénue politicienne était évidemment de se faire remarquer, et il fut parfaitement atteint, quoi de répréhensible à cela ?

Qu’il y ait, dans le monde politique comme ailleurs, une minorité d’obsédés sexuels qui se jettent grossièrement sur leurs collègues ou assistantes, est un phénomène marginal que l’on a vite fait de remettre à sa place. En presque 40 ans de carrière universitaire, il m’est arrivé deux fois d’être sexuellement agressée : une fois par un collègue masculin respectable auquel on aurait donné le bon Dieu sans confession et qu’il a suffi d’éconduire rudement ; une autre fois, à l’inverse du cliché du Sofitel de New York, par une étudiante noire qui s’était permise de bloquer la portière de ma voiture et dont j’ai peut-être brisé le tibia en claquant cette dernière violemment avec force injures « lesbophobes ». L’idée de porter plainte pour agression sexuelle, dans les deux cas, ne m’a pas effleurée une seconde. Qu’est-ce qu’un tribunal viendrait faire dans ces sottises ? Les magistrats ont des choses plus sérieuses à traiter que ces non-événements.[access capability= »lire_inedits »]

Une plaignante déçue : « Il m’a touché les seins et ma plainte est irrecevable ! »

Mais nos 17 combattantes, dont on devine la fébrilité avec laquelle elles ont réuni d’urgence leurs augustes signatures, ont justement oublié la sagesse de l’adage De minimis non curat praetor (On n’encombre pas le prétoire avec des broutilles) et la lucidité de Racine dans Les Plaideurs (« Tandis qu’au procès on travaille ma partie en mon pré laisse aller sa volaille »), pour manifester haut et fort leur « envie du pénal ». Inutile de préciser que les cas de harcèlement et d’agression homosexuels ne sont pas pris en compte par nos geigneuses, étrangement borgnes sur ce point, et qu’elles n’ont jamais aperçu non plus la stratégie pourtant fréquente et grossière de certaines femmes journalistes pour accrocher un homme politique à leur tableau de chasse. Sur cela, elles continueront à respecter l’omerta.

Nos ex-ministres enrôlées dans l’Armée du salut ont donc choisi pour slogan exclusif : « Le pénis au pénal ! » Les voilà toutes fières de proposer le renforcement du délicieux arsenal répressif qui faisait la joie du regretté Philippe Muray : allongement des délais de prescription en matière d’agression sexuelle (pour celles qui mettent plusieurs années à se souvenir du « fléau » qu’elle ont subi), possibilité pour les associations « compétentes » de porter plainte en lieu et place des victimes (de quoi alimenter copieusement la rubrique « genre » du recueil de jurisprudence Dalloz), poursuites systématiques pour harcèlement (bon courage aux procureurs), fin de la possibilité de correctionnaliser un viol (mais quelle femme Denis Baupin a-t-il donc violée ?), etc.

Nous avons récemment vu à la télévision une scène hilarante dans laquelle, après que le Conseil constitutionnel avait eu la sagesse d’abroger une incrimination de harcèlement sexuel parfaitement tautologique et arbitraire, une plaignante déçue accompagnée de son avocate hurlait dans le hall d’un palais de justice : « Il m’a touché les seins et ma plainte est irrecevable ! » Le reportage télévisuel était destiné à nous apitoyer sur le sort des malheureuses dont le machiste juge constitutionnel avaient torpillé la plainte, mais il produisit évidemment l’effet inverse en nous exhibant une sélection cocasse de nunuches ridicules.

Le philosophe Yves Michaud vient de publier un livre percutant intitulé Contre la bienveillance (Stock, 2016), dont l’analyse serait à poursuivre sur le terrain juridique. Il y décrit les effets pervers de la « morale du soin » et de l’idéologie du care, générés par l’obsession de la vulnérabilité dans nos sociétés de maternage. Les réactions hystériques à l’insignifiante « affaire Baupin » sont encore un exemple de cette pathétique dérive : une pluie de pleurnicheries sociétales dégoulinantes de compassion artificielle et poisseuses de sollicitude « gynécocentrique », accompagnée de l’habituel réflexe de la castration par la répression pénale. La bêtise ordinaire poursuit ainsi inlassablement son œuvre de pollution démocratique et juridique.[/access]

CONTRE LA BIENVEILLANCE

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Les Plaideurs

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Sarkozy-Baroin, un ticket de raccroc

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sarkozy francois baroin
Nicolas Sarkozy et François Baroin. Sipa. Numéro de reportage : 00758537_000010.
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Nicolas Sarkozy et François Baroin. Sipa. Numéro de reportage : 00758537_000010.

Nicolas Sarkozy évoque beaucoup sa stratégie en présence de journalistes. Il a toujours procédé de cette manière, parfois pour avancer ses pions et tester l’opinion, parfois afin de fourvoyer les médias en les envoyant sur de fausses pistes. Depuis quelque temps, la rumeur bruisse de son intention de constituer un « ticket » avec François Baroin. Info ou intox ? Faisons comme si le président de LR souhaitait tester l’opinion et donnons-lui notre avis sur la question.

Un produit made in USA

Le « ticket » est un produit d’importation qui nous vient d’outre-Atlantique. Si l’idée de primaires pour désigner les candidats à l’élection présidentielle a la même origine, le « ticket » constitué est-il aussi facilement importable ? Différence de taille, les Etats-Unis vivent sous un régime présidentiel et le binôme exécutif est constitué d’un président et d’un vice-président, chargé de le suppléer en cas de démission ou de décès. Rien de tel en France, où la démission et le décès du chef de l’Etat provoquent une nouvelle élection dans les semaines qui suivent. Le ticket « à la française » serait donc constitué du président et de son futur Premier ministre.

Annoncer à l’avance le nom de son futur chef du gouvernement n’a jamais été une excellente idée. Nos aînés se souviennent du fiasco retentissant qu’a été la candidature du tandem Defferre-Mendès France en 1969, atteignant à peine 5% des suffrages et privant ainsi la gauche de second tour. Valéry Giscard d’Estaing avait implicitement annoncé l’identité du futur hôte de Matignon en 1974, sans pour autant se présenter avec Jacques Chirac en « ticket ».  On ne peut pas conclure que l’expérience ait été couronnée de succès, Chirac claquant la porte au bout de deux ans avant de devenir un adversaire politique résolu. En réalité, sous la Ve République, le Premier chef de gouvernement du mandat présidentiel est davantage désigné par les circonstances politiques : tournure de la campagne électorale, adversaire du second tour etc… Il est maladroit de se lier les mains en désignant son futur Premier ministre au moment de présenter sa candidature, a fortiori avant même que la primaire ne soit jouée. Aux Etats-Unis, les candidats désignés par les primaires attendent au moins la fin de ces dernières pour constituer leur ticket. Et pour cause, c’est parfois l’un des adversaires des primaires qui est désigné.

Baroin, une arme anti-Juppé

Penchons-nous maintenant sur le choix de François Baroin. Le maire de Troyes, d’après le sarkozyste Eric Ciotti, aurait l’avantage de constituer un attelage complémentaire au profil de l’ancien chef de l’Etat. Plutôt identifié comme un homme de centre-droit, il permettrait de ratisser large et de tailler des croupières à Alain Juppé parmi l’électorat de droite modérée qui se déplacera à la primaire. D’autres, a contrario, évoqueront « l’alliance de la carpe et du lapin », qui nuirait à la cohérence de la campagne. En fait, aucune des deux théories n’est réellement satisfaisante. Comme en 2007 et 2012, Nicolas n’est transgressif qu’en campagne électorale. D’un côté, on ose des transgressions verbales, on regarde même avec attention l’itinéraire de Donald Trump, mais de l’autre on ne se différencie pas vraiment du programme des autres candidats.  Dès lors la mise en relief d’un duo avec François Baroin répondrait à deux objectifs : rassurer une frange de l’électorat modéré qui est parfois interloquée par les transgressions de Sarkozy à la tribune, faire du maire de Troyes un outil anti-Juppé dans le cadre de la primaire (voilà pourquoi le ticket serait annoncé si tôt !) puisque, issu du même premier cercle chiraquien, Baroin est notoirement en froid avec le maire de Bordeaux. Une telle stratégie peut-elle être efficace ? On en doute. Comme l’élection présidentielle proprement dite, la primaire constitue un scrutin très personnalisé. L’idée d’un ticket est complètement étrangère à la culture politique française, le seul précédent ayant été expérimenté dans le cadre de la parité homme-femme lors des dernières élections départementales. Les Français savent qu’ils élisent un Président, et pas un président + un Premier ministre. Si Nicolas Sarkozy est candidat, c’est lui seul qui le sera et Baroin ne comptera pas davantage que Benoist Apparu auprès d’Alain Juppé, Laure de la Raudière pour Bruno Le Maire ou Jérôme Chartier auprès de François Fillon.

On conseillera donc à Nicolas Sarkozy d’éviter de se lier les mains en nommant fictivement un Premier ministre avant même d’être désigné candidat de son camp. Cela aurait l’avantage, entre autres, de ne pas entretenir l’idée selon laquelle il est « certain de tous les écrabouiller », laquelle idée contribue largement à la défiance dont il fait l’objet. On n’est jamais trop prudent !

La grâce d’Élie Chouraqui

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Stanley Weber dans "L'origine de la violence" de Stanley Weber (Photo : L'Origine Productions)
Stanley Weber dans "L'origine de la violence" de Stanley Weber (Photo : L'Origine Productions)

Bien des choses dans L’origine de la violence pouvait a priori inquiéter : le motif cent fois rebattu du secret de famille et de l’affrontement d’un père et de son fils autour d’une vérité trop longtemps tue ; le thème de la guerre, de l’Occupation, de la persécution des juifs et la tentation, parfois périlleuse, de faire du grand-romanesque à partir du tragique ; l’imbrication de deux histoires, l’une contemporaine, l’autre de l’ordre de la reconstitution historique avec notamment des scènes de camps de concentration (sur lesquelles même les plus grands cinéastes ont pu se casser les dents) ; enfin, la difficile adaptabilité d’un récit littéraire, à fortes connotations psychologiques, en cinéma, c’est-à-dire en images et en situations concrètes. Élie Chouraqui qui fut parfois, au début de sa carrière, plus généreux que précis, plus sentimental que rigoureux, allait-il s’en tirer ?

Oui, cent fois oui. Le réalisateur a su éviter ces chausse-trappes, en préférant d’abord raconter une histoire plutôt que démontrer une thèse sur le poids du passé. Élie Chouraqui a également su s’en tenir à un format relativement court (110 minutes) là où tant d’autres, grisés par l’ampleur du récit, auraient laissé le film filer vers ses trois bonnes heures. Dès les premières images, le film convainc par son énergie, sa fluidité, ce plaisir de tourner du cinéaste – qui entraîne le nôtre, spectateur pris par une main sûre et volontaire, et surtout adroite. Plus que cette histoire bien ficelée qui joue efficacement sur notre désir de savoir et retient notre attention, c’est la caméra alerte de Cbouraqui, son sens du cadre et du mouvement, l’alternance de plans larges et serrés (alors caméra au poing) qui donnent au film une étonnante vitalité, une émotion vibrante, charnelle, mais jamais lourde ou larmoyante.

Un autre péril attendait le film au tournant : Élie Chouraqui a donné à son fils César l’un des rôles principaux (il est Nathan Wagner de la guerre et le jeune Adrien Fabre des années 60). Le père saurait-il diriger le fils ? N’allait-on pas droit vers un de ces fiascos où le metteur en scène à la fois protège et malmène un acteur trop proche affectivement, tandis que ce dernier se protège par la pudeur ou l’empêchement. Ou au contraire, le père et le fils n’allaient-ils pas se laisser aller à une sorte d’exhibitionnisme affectueux (« Voyez comme il est beau », « Regardez comme il m’aime. »), empêchant le spectateur d’approcher l’acteur, le personnage et finalement l’histoire ? Il n’en est rien. Sous la conduite de son père, César Chouraqui réussit à dépasser son narcissisme de jeune premier pour donner à son personnage plus qu’une séduction première, immédiate : une fragilité, une vulnérabilité et une vérité prometteuses. La scène où Nathan affronte le sadisme du médecin du camp, superbement contenue, est sans doute l’une des plus difficiles et des mieux maîtrisées du film.

La réussite de L’origine de la violence tient d’ailleurs beaucoup à cet abandon, à cette confiance que les acteurs accordent à leur metteur en scène, comme s’ils étaient tous, quels que soient leur âge et leur expérience, un peu comme le jeune César, entre des mains sûres, protectrices, paternelles. En un mot : aimantes. Stanley Weber (Nathan Fabre), Richard Berry (Adrien Fabre, si bouleversant d’émotion nue dans la scène finale) et Philippe Bouquet livrent à la caméra une intimité saisissante qui font de L’origine de la violence plus qu’une bonne surprise : un excellent film.

Les couvertures de « Causeur » auxquelles vous avez échappé

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L’énergie fossile

Proposé Stephane Chetrit, Guilhem Barbet et Pierre Petillot

 

Le péril vieux

Proposé par Max Léon, Sophie Richert

 

Le retour de la momie

proposé par Jacques Sapir, ULYSSEisback et Claire Becker

 

Hier, c’est demain

Proposé par Henri LOTRO et Jacques Reiter

 

Mirage à droite

Proposé par LPoirxdAphrodit

 

La droite la plus… à gauche du monde !

Proposé par Aymeric Leduc

 

La dance du centre

Proposé par Jérôme Stavroguine

 

Droit dans les bottes… de Juncker !

Proposé par citoyen

 

Et si ce n’était pas lui ?

Proposé par Eric Anceau

 

Chauve qui peut

Proposé par Lecat Antoine, BZAVIER, Jef Ervescent, Alexandre, Joelle Debruyne, Jean-Benoît Poulle, Marc Dekeister, Engy Ouanne, et Bernard Bigenwald

Et sa variante plus sympathique à l’égard de Juppé : A droite : le chauve qui peut (proposé par Jean Pierre Haar)

 

Il y a une vie après 70 ans

Proposé par Tunkasina

 

La vie commence à 80 ans

Proposé par Ohnarg

 

Hibernatus

Proposé par Ohnarg

 

Retour vers le futur

Proposé par Gérald Ladarré, Laetizia Graziani, Eric Vezin

 

Nestor sert la soupe

Proposé par Christian Cottet-Emard et donc aussi un peu Hergé

 

L’austère qui ne se marre pas ?

Proposé par citoyen

 

Le meilleur d’entre mous

Proposé par Noix vomique

 

Le prochain Vice-chancelier ?

Proposé par J.E.R.P.

 

Faut-il vraiment reculer l’âge de la retraite ?

Proposé par Noix vomique

 

On a retrouvé le père de Macron

Proposé par Gilles Lenfant

 

Les mystères de Toutânkhamon

Proposé par Nico L’apéro

 

Toujours vivant, toujours la banane, toujours debout

Proposé par Ned Oliver et inspiré par Renaud

 

Si vous voulez aller au-delà de la couverture, la vraie, présente ci-dessous, et si le sommaire et l’édito de ce numéro vous ont convaincus, c’est dans les kiosques ou bien ici que ça se passe. Bonne lecture !

>>> Retrouvez en cliquant ici l’ensemble de notre dossier « Juppé : le pire d’entre nous ? »

Benzema ou la reductio ad racismum footballistique

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La couverture du journal espagnol "Marca" dans lequel Karim Benzema "rompt le silence" qu'il aurait sans doute mieux fait de garder...
La couverture du journal espagnol "Marca" dans lequel Karim Benzema "rompt le silence" qu'il aurait sans doute mieux fait de garder...

Il y a des enfants qui vous ramènent leur carnet de note en vous expliquant que le zéro qui leur a été gratifié dans telle ou telle matière n’est pas de leur faute mais de celle du professeur qui, en plus de mal expliquer, corrige comme un pied.

Il y a des adultes qui gagnent des fortunes avec leurs pieds, 15,3 millions d’euros l’an dernier pour l’objet de cet article, et qui trouvent comme unique explication à leur absence dans le groupe France pour l’Euro de football que le sélectionneur « a cédé à la pression d’une partie raciste de la France ».

Le « racisme d’une partie de la France » serait donc le motif de l’absence de Karim Benzema de l’Euro 2016. On reste donc dans le registre cantonesque, qui était, lui aussi, beaucoup plus convaincant ballon aux pieds que micro aux lèvres, l’ancien attaquant de Manchester United ayant reproché la semaine dernière à Didier Deschamps, outre de ne pas avoir sélectionné Benzema et Ben Arfa, « d’avoir un nom très français. Peut-être qu’il est le seul en France à avoir un nom vraiment français ». Les Dupont, Durand, Martin et consorts apprécieront…

Donc si Benzema n’est pas dans le groupe France, ce n’est en aucun cas de sa faute mais de celle de cette France raciste, la France moisie comme dirait Philippe Sollers.

La mise en examen dans l’affaire de la sextape ? Rien de grave puisqu’il s’agit juste d’une extorsion de fonds envers un coéquipier lui aussi privé d’Euro, Mathieu Valbuena, qui a pourtant toujours été exemplaire sous le maillot tricolore, contrairement à Benzema.

Le crachat après l’émouvante Marseillaise parfaitement respectée par l’ensemble du stade Santiago Bernabeu ? Juste un besoin physiologique, on est en effet épuisé physiquement quand on est footballeur professionnel après avoir parcouru en marchant le chemin des vestiaires à la pelouse et être resté debout une minute sans bouger.

Deschamps raciste contre les Maghrébins ? Alors pourquoi avoir appelé Adil Rami, franco-marocain, suite au forfait de Raphaël Varane.

Deschamps raciste tout court ? Quand on voit le milieu tricolore avec Pogba, Matuidi, Diarra, Kanté et Payet, on peut en douter non ?

Deschamps laxiste avec Benzema ? Probablement puisqu’aucun autre entraîneur n’aurait maintenu un attaquant muet pendant 1 222 minutes sous le maillot de l’équipe de France, attaquant qui pour les qualifications pour le Mondial 2014 ne marqua qu’une fois en phase de poules, à 3 minutes de la fin du dernier match face à la Finlande après ne pas avoir particulièrement brillé face à d’autres adversaires de gros calibre comme la Biélorussie ou la Géorgie…

Mais si Benzema ne sera pas de l’aventure qui, nous l’espérons tous, se terminera avec un troisième titre pour les Bleus, ce n’est évidemment pas en raison de son comportement ou de ses performances.

De cette affaire restera au moins une chose : on connaît désormais la reductio ad racismum footballistique…

Gynophobie: et ta sœur!

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Denis Baupin lors de la campagne des législatives de 2012 (Photo : SIPA.00638495_000021)
Denis Baupin lors de la campagne des législatives de 2012 (Photo : SIPA.00638495_000021)

Ils se demandent si les casseurs n’ont pas un petit peu raison et si les terroristes n’ont pas des raisons. Mais pour Denis Baupin, pas la plus petite circonstance atténuante. Condamné sans procès à la mort sociale, pour propos et messages lubriques, sans oublier une tentative d’extorsion de baiser à main armée, c’est-à-dire baladeuse. Des fautes qui méritent le mépris, une blague cinglante ou une bonne paire de claques, peut-être pas un tel unanimisme dans l’opprobre. Toutes les bonnes âmes de droite ou de gauche qui communient dans la dénonciation du pêcheur évoquent irrésistiblement les croquantes et les croquants de l’Auvergnat de Brassens, à qui leur bonne conscience donne le droit de haïr en chœur. Baupin est désormais un monstre, ce qui est un brin excessif, même pour le dragueur compulsif et lourdingue qu’on nous dit qu’il est. Auquel cas il est surtout coupable de tartufferie, car il était jusqu’à présent l’un des plus grands dévots de la lutte « antisexiste », version rouge à lèvres pour tous.

Ce qui devrait étonner, me souffle un ami que je ne dénoncerai pas, ce n’est pas ce que Baupin est supposé avoir fait, c’est qu’il n’y ait pas beaucoup plus de Baupin qui fassent bien pire. Nos désirs ne sont bestiaux, poursuit-il, mais des siècles de civilisation nous ont appris à sortir avec une muselière. La norme, c’est qu’un homme ça s’empêche. Dans nos contrées en tout cas.

Tout le monde devrait se féliciter que le consentement des femmes soit désormais une barrière infranchissable par le désir des hommes. Mais le pénible scandale Baupin a promptement été « majusculisé » pour devenir la preuve de la perpétuation d’un ordre patriarcal qui n’existe plus depuis belle lurette. Sauf dans certains territoires où il est précisément interdit de le voir car ce serait raciste. Or, à l’exception des endroits où il règne en maître, le machisme est partout, nous dit-on, et ces dames veulent faire savoir qu’elles ont été, sont ou seront un jour victimes de harcèlement. Après la tribune des 40 journalistes, on a eu droit à celle des 17 anciennes ministres. Toutes ont vécu le drame terrible d’être désirées, parfois explicitement, le plus souvent avec les yeux. On se demande comment elles ont tenu bon. Pire encore : après le scandale, on continuerait à faire des blagues salaces à l’Assemblée, révèle Slate, qui a envoyé un reporter traquer les propos graveleux. Enfin, on apprend dans le JDD que, lors de la réunion du groupe socialiste où ces dames ont évoqué l’affaire, eh bien, croyez-le ou pas, « pendant qu’elles parlaient, elles entendaient des rires ». Des rires, ça va chercher dans les combien ?

En public, pas question de rigoler !

Il faut donc craindre que cette affaire marque une nouvelle étape dans l’entreprise de normalisation des relations entre les hommes et les femmes, donc de la sexualité, menée sous la bannière mensongère du féminisme. Nos victimes enragées ne se contentent plus de la muselière librement consentie par les hommes, elles entendent punir toute expression du désir masculin, qu’elles s’efforcent de ligoter dans une véritable camisole anthropologique en imprimant dans les cerveaux l’idée que tout homme est coupable et toute femme victime. Il convient donc de recenser, de compter, de déplorer et, plus que tout, de punir sans relâche les innombrables avanies dont est faite la vie des femmes. Nul ne se plaindra que les violences réelles soient sévèrement sanctionnées. Mais nos justicières n’auront de cesse que tout propos un peu leste, toute allusion vaguement érotique, tout regard légèrement suggestif soit passible des tribunaux. La réalisatrice Lisa Azuelos s’est brusquement avisée que « les femmes n’avaient pas de mots pour désigner les violences qui leur sont faites ». Pour combler ce vide sémantique, elle a inventé le terme « gynophobie ». Et pas pour la blague : il s’agit bien, précise-t-elle, d’un outil judiciaire.[access capability= »lire_inedits »]

Comme toujours, devant ces numéros d’oie blanche s’agitant pour savoir laquelle est la plus traumatisée, on commence par hurler de rire. D’ailleurs, en privé, toute la France se marre, y compris ceux qui, à la télé, proclament avec des mines solennelles qu’ils ne se tairont plus (mais quand diable se sont-ils donc tus ?). Seulement, en public, pas question de rigoler. Personne ou presque n’ose moufter contre le vent. Cette obligation de schizophrénie est bien la preuve que ce féminisme victimaire s’impose comme une vérité officielle par une forme de terreur idéologique. Personne n’y croit, mais tout le monde doit faire semblant. Pas pour sauver sa peau, bien sûr. Pour avoir la paix.

Luc Le Vaillant aurait dû réfléchir à deux fois avant d’écrire ce qu’il pensait. Dans un texte intitulé « La Complainte du mâle aimé », publié le 23 mai sur le site de Libération, le chroniqueur redoute que l’affaire Baupin « sape les fondations d’un mélange des genres dont s’enorgueillissaient les travailleuses et les travailleurs, les coquelets et les poulettes, ravis de badiner sur leur tas de fumier, fiers de ne pas avoir à défiler devant huissier pour se dragouiller ». Ces charmantes images lui ont valu un torrent de boue numérique et, peut-être, un procès à l’intérieur de sa rédaction. Le benêt, sans doute s’est-il cru dans un pays libre.

En tout cas, mon ami a tort. Que, dans cette ambiance, des hommes continuent à désirer des femmes prouve qu’ils sont encore des hommes. Avec juste ce qu’il faut de sauvagerie.[/access]