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S’il ressuscite, Fillon fera-t-il la chasse aux pédagos?

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François Fillon

Alors que les candidats à la primaire socialiste, interrogés sur la façon de résoudre la crise de l’école, rivalisaient dans le « plus-de-moyens » pour résoudre la crise de l’école, beaucoup placent sans doute leurs espoirs en ce domaine en François Fillon. Ils pourraient bien être déçus.

En novembre, lors du dernier débat avant le premier tour de la primaire de la droite, quelques oreilles avaient dû siffler au ministère de l’Éducation nationale quand le candidat Fillon avait évoqué la « caste des pédagos ». L’ancien ministre de l’Éducation n’y était pas allé de main morte : « L’échec de l’école est lié à l’échec de l’apprentissage des fondamentaux. Ce n’est pas la faute des enseignants. C’est la faute d’une caste de pédagogues prétentieux qui ont imposé des programmes jargonnants et qui ont pris en otage nos enfants au nom d’une idéologie égalitariste. »


Education nationale : Fillon dénonce une « caste… par Europe1fr

Le traumatisé de la Rue de Grenelle

C’est que Fillon est un traumatisé de la Rue de Grenelle. Nommé par Jacques Chirac à l’Éducation nationale, celui qui a été le plus jeune président de la commission de défense de l’Assemblée prend le chemin de l’école à reculons. Il restera ministre de l’Éducation nationale de mars 2004 à mai 2005. Le temps, selon Carole Barjon, auteur de Mais qui sont les assassins de l’école ?, de mesurer l’étendue des dégâts : « À la fin du mois d’août 2004, [access capability= »lire_inedits »]François Fillon rentre de vacances. Préoccupé. Pendant l’été il a rencontré beaucoup de monde. Tous ceux qu’il a vus l’ont alerté sur le niveau des jeunes collégiens. “Ils ne savent plus lire et écrire”, constate-t-il. » Le ministre affiche alors un seul objectif : renforcer la maîtrise du français en multipliant les exercices personnels, rédactions et récitations, ainsi qu’en instaurant le retour de la dictée dès la sixième. L’initiative – heureuse – fait évidemment débat : au ministère, verrouillé par les pédagos, certains préfèrent l’idée d’adapter l’orthographe au niveau des élèves. Le Monde s’engage dans l’une des chasses au réac qu’il affectionne : « De Fillon à M6, la nostalgie d’un ordre scolaire disparu », annonce-t-il le 15 septembre 2004. Dans Libé, un spécialiste en psychologie cognitive réclame, sérieusement, « un assentiment de toute la société » – pas moins ! – avant d’infliger à nouveau des dictées aux élèves.

Jamais Fillon ne parviendra à imposer ses vues. Aujourd’hui, dans son programme, le champion de la droite critique vertement les réformes de ses successeurs mais il élargit le cercle des responsabilités au-delà des pédagos. Selon lui, si les réformes « n’ont pas abouti aux effets escomptés », c’est parce qu’« elles se sont heurtées aux rigidités d’un des systèmes les plus lourds et les plus centralisés au monde ».

Parmi les noms qui circulent déjà pour le futur locataire de la Rue de Grenelle, figurent Annie Genevard ou encore Patrick Hetzel, deux farouches opposants à la réforme du collège. En juin 2016, ce dernier s’était livré sur son blog à une critique sévère de la faiblesse des socialistes sur les questions éducatives et les « ravages du pédagogisme » : « Jules Ferry, dans sa fameuse lettre aux enseignants, avait parfaitement compris que la personne qui était et qui devait rester au centre du système éducatif n’était pas l’élève mais le maître. Au lieu de rompre avec le pédagogisme, la gauche au pouvoir l’a magnifié. »

L’école, antichambre de l’entreprise

Mais la médaille conservatrice possède son revers libéral qui semble avoir échappé même à l’acuité d’Alain Finkielkraut.

L’école de Fillon sera recentrée sur les fondamentaux de sorte qu’à 15 ans, tous les élèves maîtriseront le « socle commun » de connaissances. Voté en 2005, et révisé récemment, ce « socle commun » souvent présenté comme le grand œuvre de François Fillon, ne fait que répondre aux injonctions de la stratégie de Lisbonne qui somme les pays de l’Union européenne de « devenir l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde ». Le socle commun évacue toute référence à des contenus disciplinaires en privilégiant une approche par compétences directement inspirée du monde de l’entreprise en vue d’optimiser « l’employabilité » de l’élève. L’éducation est ainsi d’abord un service rendu au monde économique dans lequel l’entreprise est placée au centre du système éducatif !

Fillon est aussi favorable à une forte autonomie des établissements, rouage essentiel à la libéralisation déjà engagée du système scolaire, aux stages en entreprise pour développer chez les élèves le « goût de l‘entreprise », aux regroupements disciplinaires et à la polyvalence des enseignants. Il s’inspire là d’un rapport de la Cour des comptes de 2013 qui estime que la spécialisation disciplinaire impose une gestion trop complexe. Des profs multi-tâches pour simplifier le système, un bac « simplifié » – c’est une école toute en « simplification » que François Fillon entend fonder.

De l’écrit à l’écran

De même, ce n’est pas le libéral conservateur Fillon, grand partisan de l’école numérique, qui inventera « l’école sans écran ». Au contraire, sur ce point il entend bien faire passer les élèves « de l’écrit à l’écran » : « Au cours des cinq prochaines années, au moins 25 % des manuels scolaires devront passer au format digital. La réallocation d’une partie du budget des manuels scolaires papier (1350 millions d’euros annuels) permettra de lancer un programme d’achat de contenus pédagogiques numériques. Un marché sera ainsi créé pour les start-up françaises du secteur », déclarait-il en avril 2015 devant les étudiants de l’école Telecom ParisTech. On aimerait comprendre comment cette volonté de faire de l ’école la pointe avancée de l’innovation numérique peut aller de pair avec celle de la concentrer sur les savoirs fondamentaux. Au moment où Microsoft se livre à une drague intensive de l’Éducation nationale, il faudrait libérer l’école des écrans, et on dirait que Fillon entend plutôt la libérer des professeurs – plus remuants, certes, que des ordinateurs.

Il est vrai que, sous couvert de modernité et d’efficacité, l’opération permettrait à François Fillon de résoudre l’équation complexe qu’il s’est imposée : supprimer 500 000 postes de fonctionnaires. Sur la réduction qui touchera l’Éducation nationale, c’est le grand flou : « Il ne le dit pas aujourd’hui. […] Il y aura des arbitrages le moment venu. Nous nous réservons l’explication détaillée du programme pour la campagne présidentielle », a expliqué Patrick Hetzel à Acteurs publics. Certes, la qualité de l’école ne se mesure pas au nombre de postes. Reste que François Fillon a supprimé, avec Nicolas Sarkozy, 80 000 postes d’enseignants entre 2007 et 2012. Aura-t-il la main encore plus lourde ?

On peut donc au moins se demander si le conservatisme de François Fillon n’est pas fait de purs symboles que viendront balayer de grandes vagues libérales. En tout cas, il ne pourra rester très longtemps dans le flou : entre l’école de la République et celle des managers, il devra choisir.


Vaincre le totalitarisme islamique

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Antiterrorisme: le piège de l’Opération Sentinelle

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Un soldat de l'Opération Sentinelle en faction au Louvre. Sipa. Numéro de reportage : 00786786_000005.

L’opération Sentinelle n’augmente pas la sécurité des Français, elle la réduit. On peut raisonnablement estimer en effet que les 700 millions d’euros qui ont été dépensés pour engager des militaires dans les rues de France depuis 1986 auraient été bien plus efficaces investis ailleurs, au profit du renseignement intérieur par exemple. On peut penser également que les millions de journées d’engagement de nos soldats, l’équivalent de l’engagement en Afghanistan, aurait été plus utiles ailleurs, à l’entraînement par exemple ou sur d’autres théâtres d’opérations, où par ailleurs il aurait été infiniment plus probable de combattre des combattants ennemis. En justifiant l’arrêt de suppressions d’effectifs qui était en train d’étrangler silencieusement notre armée, l’opération Sentinelle a certes sauvé un temps notre capital humain militaire mais au prix d’une autre forme d’affaiblissement, plus lente, plus diffuse mais tout aussi réelle par réduction de la formation et l’usure des soldats.

Tous les soldats de Sentinelle ne se valent pas

Engagée au milieu des populations, une force armée est soumise au principe de « qualité totale ». Quand un homme porte sur lui de quoi tuer des dizaines de personnes, son comportement doit être exemplaire, totalement exemplaire même, puisque la moindre erreur peut avoir des conséquences terribles. Mais comme les soldats sont humains, la probabilité de cette erreur n’est jamais nulle et elle devient même non négligeable lorsqu’on la multiplie par plusieurs milliers. Statistiquement, il est impossible sur la longue durée d’empêcher les maladresses de manipulation ou les mauvaises réactions aux 5 agressions quotidiennes, verbales et parfois physiques, contre les soldats de Sentinelle en Île de France qu’évoque Elie Tenenbaum dans son étude, La Sentinelle égarée. Statistiquement, on ne peut pas éviter aussi les vols d’armes, comme les deux Famas (et munitions) dérobés le 2 février, à une patrouille qui revenait dans sa garnison d’origine. Placées entre des mains malfaisantes, ces deux armes peuvent, à elles seules, être à l’occasion de dégâts très supérieurs à tous les effets positifs que l’on aurait pu attendre de Sentinelle. En résumé, nos soldats sont bien formés et dans l’immense majorité des cas, ils se comporteront remarquablement. Il suffit cependant d’une seule défaillance pour provoquer une catastrophe, et avec la dégradation de notre capital humain la probabilité de cette défaillance s’accroît forcément.
Ajoutons, ce qui n’est jamais évoqué, que si pour les passants, tous les soldats de Sentinelle se ressemblent, il existe en réalité de très grandes différences de compétences entre eux. Le combat est chose complexe et bien plus psychologiquement que techniquement. Si tous nos soldats sont bien formés à l’usage des armes individuelles, au moins les fusils d’assaut, il y a forcément un décalage important entre une jeune recrue d’une spécialité de soutien et un fantassin vétéran. Dès lors qu’il s’agit d’aller au-delà de la simple autodéfense face à un individu isolé, entre un groupe de combat ad hoc de mécaniciens ou de transmetteurs et un groupe de combat organique et expérimenté d’infanterie, ce décalage est encore plus flagrant. Mener des combats rapprochés urbains au milieu des populations constitue le cœur de métier d’une section d’infanterie mais pas forcément celui des autres. Tous nos soldats peuvent constituer d’excellents et très coûteux vigiles, une minorité d’entre eux peuvent constituer des unités d’intervention (mais ils ne sont pas utilisés comme tels puisque dispersés).

Aucun attentat empêché par les militaires

Si on examine maintenant le bilan réel de l’engagement de militaires sur le territoire métropolitain depuis octobre 1995, date à partir de laquelle la présence militaire a été permanente, on constate que strictement aucun attentat, de quelque origine qu’il soit, n’a jamais pu être empêché par cette même présence. Peut-être que certains ont été dissuadés par elle mais on ne dispose, à ma connaissance, d’aucun témoignage dans ce sens en plus de vingt ans. Les seuls terroristes que les soldats ont finalement neutralisés sont ceux qui les ont attaqués, comme à Nice le 3 février 2015, à Valence le 1er janvier 2016 et donc le 3 février dernier à Paris, au Carrousel du Louvres. On saluera, le professionnalisme dont ont fait preuve nos soldats à chaque fois, n’hésitant pas à accepter des risques supplémentaires et maîtrisant parfaitement l’emploi de leurs armes pour éviter de blesser des innocents, mais on remarquera aussi l’incohérence dans laquelle on les à placés.

On notera d’abord, détail technique mais qui peut avoir son importance, combien la munition utilisée, la 5,56 à faible capacité d’arrêt et capable de rebondir sur les murs est délicate d’emploi dans ce contexte. Au Louvre, il aura fallu tirer plusieurs fois à bout portant pour arrêter l’agresseur, ce qui aurait pu avoir des conséquences graves, sur le soldat attaqué lui-même qui aurait pu être frappé à nouveau, et sur l’environnement, chaque coup tiré accroissant la probabilité de toucher aussi un camarade ou un civil (le seul cas à ce jour est une blessure par ricochet de balle 5,56 mm). Cette faiblesse de la munition est connue depuis des dizaines d’années, il faudrait probablement combiner l’emploi de Famas avec d’autres armes à plus forte puissance d’arrêt. Comme l’équipement de combat rapproché n’a jamais été une priorité stratégique en France, le problème demeure.On notera aussi bien sûr et surtout, que dans les trois cas cités, les soldats ont été surpris par l’attaque et qu’ils l’ont emporté grâce à leur sang-froid et armement très supérieur à celui des agresseurs. Ceci est un point clé : celui qui veut attaquer des soldats, parfaitement visibles alors que lui-même est anonyme, aura presque toujours l’initiative. Le remplacement des postes fixes, en « pots de fleurs », par des patrouilles mobiles a un peu réduit cette faiblesse mais comme il est de toute façon interdit aux militaires d’interpeller et contrôler qui que ce soit, celui qui veux attaquer des militaires en trouvera toujours et pourra dans la quasi-totalité des cas agir le premier. Pour peu qu’il dispose, non pas d’un couteau ou d’une machette, mais d’armes à feux, comme Mohammed Merah en mars 2012, et la parade devient beaucoup plus difficile. On peut toujours compter sur sa maladresse mais comme l’agresseur ne cherche pas forcément à fuir et à échapper à la riposte, il lui est possible de s’approcher plus près de sa cible et accroître ainsi sa probabilité de coup de but.

L’opération Sentinelle est en réalité soumise à une contradiction. Une patrouille de soldats est la preuve visible que le gouvernement « fait quelque chose » mais que ce quelque chose soit efficace est une autre question. De fait, on l’a vu, ce n’est pas efficace pour arrêter les attentats, et il n’est même pas sûr que cela ait l’effet anxiolytique tant vanté (il se peut même que cela ait aussi l’effet inverse). Pour être tactiquement un peu plus efficace dans une mission de protection de la population française, il faudrait en réalité que les soldats soient discrets et aient la capacité d’interpeller et contrôler, qu’ils soient en fait des policiers en civil. Les soldats ne sont pas des policiers et il ne faut évidemment pas qu’ils le soient. Quel est alors l’intérêt de mettre des soldats dans les rues ?

Employons nos soldats comme soldats

On pourra arguer, et cela a été le cas après l’attaque du Louvre, qu’ils ont fait barrage à une attaque de civils, en oubliant que si quelqu’un veut attaquer des groupes de civils hors de présence de soldats, il n’a que l’embarras du choix. Les soldats du 1er Régiment de chasseurs parachutistes au Carrousel du Louvre ont, très probablement, été attaqués parce qu’ils étaient là et que s’ils ne l’avaient pas été, c’est une autre patrouille qui aurait été attaquée et non des civils dans le cadre de ce que les agresseurs islamistes considèrent comme un affrontement entre combattants. Comme pour les policiers attaqués à la Goutte d’or en janvier 2016 ou le double-meurtre de juin 2016 à Magnanville, il s’agit aussi de s’en prendre aux forces de sécurité de l’Etat. On pourra considérer, argument ultime mais en réalité très hypothétique, que ces hommes et ces femmes servent de « paratonnerres » et qu’il vaut mieux que ce soit eux, préparés et armés, qui servent de cibles plutôt que des civils impuissants. Certains vont quand même plus loin, en faisant de nos soldats des « pièges » à djihadistes, un peu de la même façon que l’on créait des bases dans le Haut-Tonkin pour attirer une armée Viet-Minh insaisissable autrement. Dans ce cas, il faut constater que le bilan comptable de Sentinelle est quand même plutôt maigre. Il serait infiniment plus élevé si on employait nos soldats comme des soldats c’est-à-dire en les lançant directement sur l’ennemi au lieu de les utiliser simplement comme cibles. Surtout, pour reprendre l’exemple indochinois où les choses se sont plutôt mal terminées, ce genre de stratégie est, employée seule, forcément destinée à échouer. Lorsque nos ennemis réussiront à tuer un puis plusieurs soldats de Sentinelle, après les avoir été attaqués uniquement parce qu’ils étaient soldats, pérorera-t-on encore que cela prouve justement l’efficacité et l’intérêt de l’opération ? Il hélas est probable que oui, l’inverse étant un aveu d’une mauvaise décision. Encore une fois, si on fait le choix d’augmenter la densité de protection de la population, c’est-à-dire concrètement avoir une masse critique d’hommes et de femmes armés au milieu de la population, ce n’est pas l’engagement de quelques milliers de soldats très visibles qui changera grand chose mais un accroissement de la quantité et de la qualité de présence policière ainsi que, et peut-être surtout, de l’élargissement de l’autorisation de port d’armes à toute la population légitime et compétente pour en faire un usage efficace. Les soldats, et particulièrement les unités d’infanterie, seront sans doute bien utile en unité d’intervention. Il y avait auparavant une section en « disponibilité opérationnelle », prête à intervenir immédiatement jour et nuit, pourquoi ne pas réactiver ce système ainsi que des postes de commandement en alerte ? Il n’y a pas (encore) dans l’armée de syndicats pour trouver cela intolérable et cela sera sans doute plus utile que Sentinelle.

Sentinelle est effectivement un piège mais pour nous. Sauf un improbable courage intellectuel et politique de l’exécutif en place, il faudra probablement attendre un gouvernement avec un peu de hauteur et une vraie vision stratégique avant d’en sortir.

Retrouvez la version initiale de cet article sur le site du Colonel Michel Goya.

Le système Macron est en marche

Caricatures géantes des candidats à la présidentielle en préparation pour le carnaval de Nice, janvier 2017. SIPA. 00790880_000012

Eh bien voilà, ça n’a pas été long. Le dossier de l’enquête préliminaire dans l’affaire Fillon est déjà à la disposition du Monde. Et ce en violation des lois sur le secret professionnel et le secret de l’enquête. Violation pour laquelle il n’y aura jamais, et comme d’habitude, la moindre investigation. La loi sous François Hollande et ses amis serait-elle à géométrie variable ? J’avais écrit la semaine dernière que les gazettes amies seraient dûment alimentées en pièces du dossier. Nous y sommes, et il faut relever la maîtrise et la rigueur avec laquelle les services concernés accomplissent leur mission…

 

A qui profite le crime Fillon?

L’offensive médiatico-politique contre François Fillon mérite bien la qualification « d’assassinat politique ». Dans le Code pénal, l’assassinat est le meurtre avec préméditation. Voir dans ce qui arrive au candidat de la droite une génération spontanée, ou le fruit du hasard serait parfaitement grotesque. La préparation de longue main saute aux yeux, même si une fois lancé, le phénomène s’auto-alimente. Certaines informations sur la façon dont tout ceci a été concocté commencent à filtrer et donnent corps à ce qui est désormais plus qu’une hypothèse. Il faut certes reconnaître qu’avec son passif et sa faiblesse dans le combat, François Fillon a fourni toutes les verges pour se faire battre et donné envie à ses amis de le débrancher. À sa décharge, disons qu’il avait affaire à forte partie.

Ce qui renforce la thèse d’une opération préparée, c’est la déduction habituelle de l’enquêteur à partir de la réponse à la question « à qui profite le crime ? ». Après le nouveau show du télévangéliste Macron à Lyon, on pourrait penser que celui-ci serait à la manœuvre, utilisant informations et réseaux constitués lors de son passage à Bercy. Malheureusement c’est pire que ça. Le scénario initial était de porter Juppé à l’Élysée et Macron à Matignon. Raté, malgré le déplacement de 600 000 électeurs de « gauche » à la primaire de droite.

Alors il a fallu se rabattre sur une savonnette politique dont le lancement s’est opéré en utilisant toute la puissance et les codes de communication du système. Inutile de revenir en détail sur la propagande furieuse dont il a bénéficié dans tous les médias nationaux, cela relève plus que de l’évidence. On nous a fabriqué à partir de rien une fausse vedette, à la culture et à l’intelligence soi-disant supérieures, qui fut pourtant un très médiocre ministre, et jusqu’à présent n’a rien produit de notable sur le plan intellectuel. Qu’a-t-il écrit ou dit d’intéressant depuis qu’il est sorti de l’ENA ? Qualificatif que ne méritent ni le triste « livre » intitulé sans peur du ridicule, Révolution (!), ni les enfilages de banalités que sont ses discours. Lesquels commencent d’ailleurs de plus en plus à ressembler à des sketches.

Macron, le candidat des élites

Non, Emmanuel Macron n’est là que parce qu’il sert de roue de secours à un système aux abois, qui rassemble des grands intérêts économiques et financiers, auxquels se joignent tous ces serviteurs de l’oligarchie qui profitent depuis des années d’un capital financier et symbolique qu’ils souhaitent  à tout prix conserver. Il y a là quelques grands industriels mais surtout des banquiers, des politiciens de la fausse gauche qui appréhendent les conséquences de la catastrophe Hollande, des hauts fonctionnaires sans morale, une caste médiatique qui ne veut rien lâcher, et la petite collection d’imposteurs baby-boomers qui nous pourrissent la vie depuis près de cinquante ans. Ce n’est pas un hasard si la troupe des insupportables, Kouchner, Cohn-Bendit, Minc, Attali, BHL, Bergé se sont précipités au soutien du Justin Bieber de la politique, le chéquier probablement ouvert pour ceux qui en ont les moyens. Alors, ces élites au bord de l’effondrement ne lésinent pas sur les méthodes, même si incontestablement Macron a rencontré un public, celui des jeunes des couches moyennes supérieures, qui vont bien, qui souhaitent que ça dure et qui se désintéressent complètement de la France d’en bas, dont ils n’ont en général aucune idée des conditions de vie et de la colère.

Le problème, c’est que cela ne fait pas une majorité, alors si on veut qu’il arrive au second tour contre Marine Le Pen il va falloir soulever le capot et mettre les mains dans la mécanique, quitte à se les salir un peu. Pour essayer d’en faire une icône, on va lui fournir des costumes voire des uniformes sans rapport avec ce qu’il est en réalité. Quitte à mobiliser pour cela des gens dont le registre habituel n’est pourtant pas celui de la groupie du type de celles qu’on voit dans les meetings.

Ce phénomène d’attraction soudaine n’est pas quelque chose de si rare, l’industrie du spectacle (notamment de la chanson) s’en sert tous les jours. C’est seulement au fil du temps que l’on peut vérifier s’il y avait un vrai talent ou une vedette Kleenex. Le marketing utilisé pour lancer Macron relève bien de cette logique. Et permet des surenchères surprenantes, certains allant jusqu’à lui enfiler un uniforme de général de brigade – ce qui confine au ridicule.

Cette bienveillante presse d’investigation

Lorsque Charles De Gaulle est parti à Londres, il était tout seul et la poignée de ceux qui l’y ont rejoint ne savaient même pas qu’il existait. Comme l’a dit à propos des Français, Élisabeth de Miribel sa secrétaire : « À l’été 40 Londres n’était pas une ville où on arrivait, mais une ville dont on partait ». Le véritable élan populaire ce fut à la fin des années 40 avec le lancement du RPF. Soyons sérieux, et tout ceux que l’on entend, après chacun de ses meetings, dans une sorte de course aux places, se répandre en flagorneries feraient bien de retrouver leur sang-froid.

Mais il y a pire dans la façon dont est organisée l’opération Macron. Nous sommes confrontés à des défaillances institutionnelles très graves qui lui donnent un tour très préoccupant. La presse nationale, qui tire à l’arme lourde sur François Fillon, a des pudeurs de violette dès qu’il s’agit d’aborder la question du financement de la campagne électorale de la starlette. Celui-ci dispose manifestement de moyens considérables. Une campagne de cette envergure coûte très cher. D’où vient l’argent ? Qui finance tout cela et à quelles hauteurs ? Il y a pourtant des règles très strictes non seulement sur les plafonds que l’on ne peut pas dépasser, mais également l’origine des fonds. Tout le monde se pose la question mais personne ne la pose. Hou hou les « journalistes d’investigation », cela ne vous gêne pas que Macron refuse de communiquer la liste de ses donateurs, alors que celle-ci devra figurer dans son compte de campagne ? D’ailleurs à ce propos, l’utilisation des moyens de Bercy quand il était ministre pose la question du don interdit qui peut provoquer l’invalidation du compte de campagne, au-delà du fait que c’est aussi une infraction pénale. Hou hou, Monsieur le Président de la Commission Nationale des Comptes de Campagne vous êtes bien discret cette fois-ci. On vous a connu plus prolixe et plus sévère dans vos avertissements. Hou hou Monsieur Schrameck président du CSA chargé du contrôle du pluralisme dans les médias audiovisuels, votre attention n’est pas attirée par les énormes déséquilibres de temps de parole qui sautent aux yeux dans cette campagne ? Hou hou Madame Ernotte, présidente du service public radiotélévisé, pas de problème que soit violée quotidiennement l’obligation faite par la loi d’un équilibre pluraliste dans les médias sous vos ordres ? Enfin, ne troublons pas le sommeil paisible de Laurent Fabius, pourtant président du Conseil constitutionnel chargé du contrôle de la régularité du scrutin.

Le jeu de qui-vous-savez

Nous sommes donc contraints de constater que les pouvoirs et autorités, presse comprise, qui ont pour mission de veiller à la légalité et à la sincérité de cette élection, la plus importante de la démocratie française, sont défaillants. Pourquoi ? À cause de cette volonté compulsive et grossière d’élites détestées, de faire advenir Emmanuel Macron, candidat adoubé du système pour que surtout rien ne change ? Mais tout cela va produire un contre-effet dévastateur ! Le lynchage médiatico-judiciaire de François Fillon, aussi justifiés soient les reproches qui lui sont faits, n’est pas séparable de l’autre face de la pièce, la promotion fébrile du candidat de l’immobilisme. Ceux qui sont à la manœuvre nous avaient déjà donné l’habitude de la désinvolture avec laquelle ils traitaient les institutions, maintenant, c’est carrément de l’inconscience.

Marine Le Pen peut leur dire merci.

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Macron, plan B de Hollande

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Sipa. Numéro de reportage : AP21944212_000002.

Benoît Hamon est donc l’heureux élu primaire, Emmanuel Macron va, court, vole et nous gonfle, Fillon est dans les enquiquinements — que le Canard ait été abreuvé par le ministère des Finances (mais non, pas par Sapin ! Il y a de tout aux Finances, et surtout pas des gauchistes ! Il y a même des sarkozystes…) ou par une « officine » au service de — de qui ? De Rachida Dati ? Hmm…

Il y a trois mois, alors que nous ne savions pas si le président de la République en titre irait ou non à l’abattoir, je disais ma certitude que Macron était le plan B de Hollande, dont l’objectif final est de faire triompher le néo-libéralisme (qu’il soit de droite ou de gauche n’a aucun sens en pratique) et d’annihiler le PS, refuge des Cambadélis et autres Bartolone — tous des petites pointures, si on en croit ce que racontait complaisamment le même Hollande aux deux journalistes invités à ses levers et à ses couchers. J’ajoutais que Mélenchon était le caillou dans la chaussure de ce même Hollande — le miroir impitoyable dans lequel il se reconnaît en homme de droite.

Il fallait donc grignoter le Parti de gauche, qui est le remords personnifié, la preuve vivante que le PS est de droite. D’où l’Opération Hamon, bien parti pour devancer Mélenchon, en donnant à tous les déçus du PS un prétexte pour voter encore une fois pour ce parti de gougnafiers. Cocus de 2012, à vos bulletins ! Il y a du candaulisme chez certains électeurs de gauche… On prostitue la république à un Macron en faisant semblant de soutenir Hamon. Bien joué.

Sans compter que Hamon, l’homme qui justifie le fait qu’il n’y ait pas de femmes visibles dans certains quartiers, est islamo-compatible — ce que n’était pas Valls, dont on peut critiquer bien des points, mais pas son engagement laïc. Avec Hamon, on chasse sur les terres du NPA et du PIR. L’islamo-gauchisme n’est qu’un prétexte : l’essentiel, c’est que la France en tant que nation disparaisse, que les Français en tant que peuple disparaissent, remplacés par une mosaïque de communautés qui…

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli.

Si, légaliser le cannabis est la solution

Un manifestant de la 15ème marche pour le cannabis à Paris, mai 2016. SIPA. 00755736_000002

N’étant pas socialiste, je n’ai pas voté à la primaire. Son vainqueur, Benoît Hamon, provoque chez moi des sentiments contraires. Si sa sortie mensongère sur les bars ouvriers du XIXème siècle visant à relativiser l’interdiction des cafés aux femmes de certains quartiers m’a révulsé, je dois confesser que sa volonté de légaliser le cannabis me plaît.

Lire aussi >> Non, légaliser le cannabis n’est pas la solution: récit d’un repenti de la dope

Cet enthousiasme n’est, malheureusement, pas partagé par Patrick Barthelot qui l’a fait savoir sur ce même site. Cet homme qui fumait du « hash » il y a quarante ans et s’est même permis de gober un buvard de LSD à l’occasion, a aujourd’hui cessé de consommer du cannabis. Heureux de cette évolution personnelle il semble penser qu’elle doit s’appliquer d’office à tous les amateurs de la substance.

Contre-vérités et approximations

Avant d’évoquer son vécu, l’auteur introduit son propos par quelques contre-vérités et approximations que je me permets de relever :

– L’auteur évoque une « guerre, quelquefois bruyante entre stups et trafiquants » et feint d’ignorer ce que nous apprennent les chiffres de l’OFDT dans le rapport de l’année 2014 à savoir que les interpellations concernent à 90% des faits de consommation. La guerre n’est pas menée contre des trafiquants insaisissables qui se prélassent en Espagne et en Thaïlande mais contre des petits « cannabiculteurs » et de simples usagers, dont certains sont des malades atteints du VIH ou de douleurs chroniques qui cherchent seulement à se soigner.

« Certains vantent ses vertus thérapeutiques » critique encore  Patrick Barthelot. Si demain, je ne lui souhaite pas, il est atteint de sclérose en plaques ou voit un proche malade de l’atroce syndrome de Dravet, nul doute qu’il parlera des effets thérapeutiques du cannabis avec moins de légèreté. Le cannabis permet, entre autres, de soulager les malades souffrant de stress post-traumatique. Nos soldats, policiers et survivants des attentats islamistes pourraient ainsi être traités comme ils le méritent.

– Un autre raccourci tend aussi à nous démontrer que le cannabis augmente le risque de développer la maladie d’Alzheimer. C’est le contraire, le cannabis semble protéger contre cette maladie.

Les prohibitionnistes font le jeu des dealers

Patrick Barthelot raconte ensuite son expérience personnelle. Plaisante au départ, sa consommation de cannabis est, selon lui, à l’origine d’un assèchement émotionnel qui l‘a poussé à y mettre fin. Si le fait d’arrêter de consommer du cannabis lui permet d’être plus épanoui dans la vie, libre à lui de cesser d’en user. Mais la mauvaise expérience qu’il retire du cannabis est loin d’être partagée par tous les usagers. Nombreux sont ceux qui, comme moi, consomment du cannabis tout en étant heureux et épanouis dans la vie et n’entendent pas arrêter d’en user.

Alors qu’au Colorado on vérifie deux fois l’âge des clients dans les dispensaires récréatifs (je l’ai constaté par moi-même), les dealers « français » emploient des gamins de 14 ans qui vendent à des gamins de 16 ans pendant que des gamins de 12 ans montent le guet.  Alors que les dispensaires récréatifs de quatre (bientôt huit) Etats américains et les dispensaires médicaux de 28 Etats payent des millions de dollars d’impôts, nos dealers renvoient au « bled » ce qu’ils n’ont pas versé aux djihadistes (ou à Baraka city et au CCIF). Les petits « cannabiculteurs » français quant à eux, préféreraient sûrement payer des taxes et être protégés des vols, souvent violents, dont ils font l’objet.

Quoi qu’ils en disent, les prohibitionnistes font le jeu des dealers dont ils défendent le gagne-pain. Et quand, ça arrive, ils n’ont d’autres arguments que de me traiter de « gauchiste », je leur rappelle avec un malin plaisir que Nigel Farrage, Alain Madelin ou Eric Brunet sont d’accord avec moi. Que Donald Trump soutient l’usage médical du cannabis « à 100% » et que tout en votant pour la légalisation du cannabis les électeurs californiens ont réaffirmé leur soutien à la peine de mort.

L’alcool et le tabac sont bien plus dangereux

Alors que nous sommes en guerre contre l’islamisme et que l’islam politique grignote chaque jour un peu plus notre chose publique, nous continuons de consacrer plus de 10% de nos forces de police à la lutte contre le cannabis. On ne peut pas être au four et au moulin dit la sagesse populaire, et pendant qu’un policier sur dix traque le fumeur de joint il ne surveille pas les fichés S ni n’enraye la vague de cambriolages qui frappe la France (en particulier la France périphérique). Le talent de nos policiers et nos places de prisons doivent être réservés à ceux qui volent, qui violent et qui tuent, pas à ceux qui ont choisi de consommer un produit moins dangereux que l’alcool.

Alors que chaque année la surconsommation d’alcool tue près de 50 000 Français, celle du tabac plus de 70 000, celles liées au cannabis étaient au nombre… de 6 en France en 2010. Pour faire la guerre à cette substance des policiers ont brulé vifs à Viry-Chatillon. Voilà le prix de la lutte contre « l’asséchement émotionnel ».

« Une drogue comme les autres » aux yeux de Patrick Barthelot. Les témoignages d’anciens toxicomanes qui ont pu mettre fin à une addiction à des drogues dangereuses tels que l’héroïne, l’alcool ou la crystal meth grâce à un traitement au cannabis se multiplient pourtant aux Etats-Unis. Eux, dont l’histoire est autrement plus triste, sont des vrais rescapés de la dope. Et ils le sont grâce à la légalisation du cannabis.

Solidarité avec Walesa

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lech walesa pologne services secrets
Manifestation pro-Walesa, Varsovie, février 2016. Sipa. Numéro de reportage : SIPAUSA30143305_000001.

À chacun sa Penelope. Si en France on s’interroge sur la légitimité d’un ancien Premier ministre pris dans la tourmente à diriger le pays, en Pologne on se demande à quoi le pays aurait ressemblé si ce n’était pas un « traître » qui l’avait libéré et ensuite présidé pendant cinq ans. Il semblerait néanmoins que, dans un cas comme dans l’autre, ce n’est pas la vérité seule qui compte, mais l’usage qu’on en fait et les motivations de ceux qui veulent la trouver à tout prix. Car la valeur de la vérité n’est pas égale selon qu’on la cherche pour elle-même ou pour assouvir des intérêts particuliers et des desseins partisans. En tous les cas, c’est la conclusion qui s’impose après les révélations concernant la collaboration de Lech Walesa avec les services de sécurité communistes (SB).

Cinq ans de coopération

Commençons par les faits : après la sanglante répression des manifestations ouvrières à Gdansk, le 19 décembre 1970, Lech Walesa, alors peu connu et âgé d’à peine 27 ans, se fait arrêter par la milice. Le contenu de son interrogatoire reste secret. Les preuves matérielles, autrement dit les documents, attestent seulement qu’après cette interpellation, Walesa est enregistré en tant qu’« agent » sous le pseudonyme « Bolek ». Entre 1971 et 1973, le futur leader du syndicat indépendant Solidarnosc coopère activement avec le SB, rédige plusieurs dizaines de rapports sur la situation dans les chantiers navals, l’attitude de ses collègues, les actions envisagées par l’opposition. A partir de 1974 et jusqu’en 1976, les dossiers expertisés démontrent un changement dans le comportement de Walesa. Ses notes deviennent de plus en plus laconiques, évasives, il en termine une par « pas la peine de s’épancher sur n’importe quoi ». En 1976, Walesa rompt, de sa propre initiative, toute coopération avec les communistes, pour laquelle il a perçu au total une somme équivalant à cinq salaires mensuels moyens de l’époque. Désormais, il est considéré par le pouvoir comme un personnage hautement subversif et potentiellement dangereux pour la stabilité de l’Etat. De fait, Walesa ne deviendra la grande figure de l’opposition qu’en décembre 1979, quand il réclame devant une foule de plusieurs milliers de personnes rassemblée sur le parvis du chantier un monument à la mémoire des ouvriers tombés en 1970. « Je me sens moralement responsable de ceux qui ont perdu la vie, mais aussi de ceux qui ont survécu et qui m’ont fait confiance », dira-t-il, avant de lancer un appel solennel à apporter une pierre à la place où le monument devrait être dressé. « Si chacun en apportait une, nous érigerions ensemble ce monument ! ».

Discréditer le gotha de Solidarnosc

L’expertise graphologique de l’Institut Sehn de Cracovie, rendue en janvier dernier, ne laisse aucun doute quant à l’authenticité des documents signés « Bolek ». Un doute qui aurait pu être justifié dans la mesure où Lech Walesa a été lavé de tout soupçon de collaboration avec les services de sécurité par la chambre de lustration de la Cour d’appel en 2000. En outre, toutes les nouvelles pièces à conviction susceptibles de compromettre l’ancien président polonais, ont été trouvées lors de la perquisition de la villa habitée par la veuve du général Kiszczak, bras droit du général Jaruzelski et ministre de l’Intérieur dans les années 80, dont la volonté de discréditer le gotha de Solidarnosc serait difficile à contester. Toutefois les plus estimés des historiens polonais, qu’ils soient de droite ou de gauche, s’accordent sur l’impossibilité de falsifier un si grand nombre de documents, de surcroît très détaillés. Lech Walesa a donc bel et bien vendu des informations aux services de sécurité. C’est tout quant aux faits.

Passons à présent à leur signification réelle, c’est-à-dire démontrable. Pour une fois, il serait bien de s’intéresser en premier lieu aux grands oubliés de ce scandale, à savoir les camarades de Walesa, sur qui il a rédigé des rapports. Seule une poignée d’entre eux s’est prononcée sur le sujet, certains rudement, d’autres avec compréhension. Ce fut notamment le cas de Henryk Lenarciak, mécanicien, réprimé tout au long du régime communiste, et qui dit s’être souvenu d’avoir vu Walesa entrer au commissariat entouré de miliciens dont un qui avait tiré sur les gens. Par la fenêtre, Walesa a demandé aux ouvriers d’arrêter de caillasser le bâtiment afin qu’il puisse négocier avec la milice l’arrêt des tirs. Aussitôt, le calme est revenu des deux côtés de la barricade. La milice a longtemps essayé de recruter Lenarciak. Sans résultat. Il n’a jamais rien signé, n’a pas plié, n’a vendu personne. Reste la question de savoir si son exemplarité morale aurait suffi à faire de lui un bon leader ? Certes, le charisme de Walesa ne le disculpe pas. Mais son tempérament, égaré à mi-chemin entre la naïveté et la brusquerie, la bonhomie et l’insolence, a fait de lui le symbole d’un mouvement populaire qui a vaincu un système totalitaire. Si les documents trouvés chez le général Kiszczak témoignent d’un moment de faiblesse d’un jeune ouvrier et père de famille, ils prouvent également la force de caractère de ce même homme qui, à un moment donné, a eu le courage de dire « stop ». Nous savons ce qu’est devenue la Pologne grâce à Walesa- un pays stable sur le plan politique et économique, dont la transition vers la démocratie s’est faite de manière pacifique. Nous ne saurons jamais -et il convient de s’en réjouir, en se rappelant la guerre en ex Yougoslavie- quel aurait été son destin s’il n’y avait eu que des incorruptibles dans l’opposition et que des brutes sanguinaires parmi les membres du Comité central.

Kaczynski salit son ancien mentor

Pourtant, « l’affaire Bolek » sert au parti populiste Droit et Justice, d’argument délégitimant un quart de siècle de l’histoire polonaise. La corruption de Walesa aurait conduit aux « infâmes » négociations de la Table ronde en 1989 entre le Parti et l’opposition, posant ainsi les bases pourries de la nouvelle République. C’est, entre autres, l’avis de Krzysztof Wyszkowski, député de Droit et Justice, ainsi que membre de l’Institut de la mémoire nationale, chargé d’enquêter sur les crimes nazis et communistes contre la nation polonaise.  Jaroslaw Kaczynski, président de Droit et Justice, et frère-jumeau de l’ex président de la République décédé dans un crash d’avion, va nettement plus loin. En 2010, alors que la réputation de Walesa parait solide, il déclare dans la presse : « Face à l’inéluctable compromission de Walesa, c’est Lech Kaczynski qui deviendra le leader symbolique du mouvement de Solidarnosc. ». Et voilà que, d’un coup, toute la terrifiante vérité sur le passé de Walesa indigne beaucoup moins, voire prête à rire. Surtout quand on sait que les frères Kaczynski étaient deux poulains du président Walesa au début des années 90- Jaroslaw occupait la fonction de chef de la chancellerie, Lech, celle de chef du Bureau de la sécurité nationale- jusqu’à ce qu’ils soient virés par leur patron pour de sombres affaires en coulisses. Le paradoxe des plus surprenants : les services de sécurité communistes n’ont jamais réussi, ni à détruire ni à briser psychologiquement Walesa, ce que ses anciens protégés réalisent à présent avec jubilation et méthode.

En effet, le prix Nobel de la Paix encaisse mal les coups, se défend maladroitement. Il nie tout en bloc, refuse de fournir à l’Institut de la mémoire nationale un échantillon de son écriture, crie au complot. On connaît ça en France aussi. Et, pour l’avoir vu cent fois à la télé, on sait que face à la chiennerie lâchée, la pire des stratégies consiste à courir. A l’heure qu’il est, Lech Walesa risque de six mois à huit ans de prison à cause de ses faux témoignages devant la Cour. Quel besoin a-t-il eu de mentir ? Sinon de maintenir sa cohérence intérieure, se persuader soi-même de sa probité, on n’a pas de réponses. Très affecté par la mort soudaine d’un de ses fils, Przmyslaw, 43 ans, décédé au début de l’année d’un diabète non soigné selon le communiqué officiel, Walesa s’effondre et annonce publiquement : « Mon fils n’a pas tenu psychologiquement et à cause de ceux qui me harcèlent s’est pris la vie. ». Prisonnier de sa propre légende, Walesa agace autant qu’il suscite la compassion. Car son rôle dans l’histoire de l’Europe centrale n’est pas contestable, en dépit des agissements politicards d’un Kaczynski dont le nom sera oublié d’ici les prochaines élections. C’est une des raisons pour lesquelles Walesa semble s’enfoncer. Mais pas la seule. Tout comme Kaczynski ne parviendra jamais à réécrire le passé en faveur de son propre frère, Walesa n’arrivera pas à sublimer le sien. Il ne lui reste qu’à se dire qu’il avait géré ses erreurs de la façon la plus intelligente qui soit. Parce que, c’est sûr, il n’y aurait pas eu beaucoup de volontaires pour se battre à ses côtés, s’il avait avoué sa faute il y a trente ans.

PS en phase terminale

Emmanuel Macron PS Frondeurs Manuel Valls Primaire PS élections présidentielles
Dernier des trois débats télévisés avant le premier tour des primaires de la gauche, Paris, 19 janvier 2017

Tandis qu’il agonise… Comment ne pas songer au célèbre  roman de William Faulkner en voyant le PS se consumer un peu plus chaque jour ? La primaire organisée le mois dernier devait permettre au parti né à Épinay en 1971 de se refaire une santé. Las ! elle a confirmé que le malade avait atteint un stade critique. Le chiffre à retenir n’est pas le score de tel ou tel candidat du premier tour, pas plus que le résultat du second tour, mais celui de la participation : le premier dimanche, elle a diminué de près de 40 % par rapport à la primaire de 2011. Déjà, les taux d’audience des différents débats télévisés avaient été faiblards, très faiblards. À l’automne, la primaire de la droite avait suscité un réel engouement. En janvier, la primaire du PS a mis en lumière un vrai rejet.

Les formations politiques sont à l’image des civilisations : mortelles. L’ancêtre du PS, la SFIO, a résisté à beaucoup d’avanies, de la guerre d’Algérie au retour au pouvoir du général de Gaulle. Mais elle n’a pas survécu au score calamiteux de son candidat, Gaston Defferre, à l’élection présidentielle de 1969 : 5 %. Or les sondages créditent aujourd’hui le vainqueur de la primaire socialiste d’un score à peine plus élevé au premier tour de la prochaine présidentielle. Les mêmes causes produisant généralement les mêmes effets, poser la question de l’après-PS ne relève donc plus de la politique-fiction.

À l’origine des refondations politiques, il y a toujours un homme. En 1969, il s’appelait François Mitterrand. Après l’échec de Gaston Defferre, il était le leader incontesté de[access capability= »lire_inedits »] ce que l’on appelait alors la gauche non communiste. Sans pour autant appartenir à la principale formation de ce conglomérat, la SFIO. Sous peine d’être marginalisée, la SFIO ne pouvait que s’ouvrir pour digérer Mitterrand. On s’en souvient : à Épinay, c’est Mitterrand qui a « digéré » la SFIO.

Un cannibale nommé Macron

L’homme qui cannibalise aujourd’hui le PS s’appelle Emmanuel Macron. Dans les enquêtes d’opinion sur l’élection présidentielle, il devance nettement le candidat socialiste. La vraie primaire de la gauche n’est pas celle que vient d’organiser le PS. C’est la primaire « sondagière » qui va opposer dans les deux prochains mois Macron au postulant du PS. Ce qui est en jeu, c’est ni plus ni moins le maintien de ce dernier, comme l’a relevé avec malice Jean-Luc Mélenchon. Bon gré mal gré, le PS pourrait être amené à demander à son représentant de se retirer si Macron s’avérait en mesure de se qualifier pour le second tour…

Bien entendu, la vie et la mort des partis politiques obéissent à des ressorts plus profonds. À vrai dire, c’est assez simple : ils ne peuvent pas tricher éternellement avec leur ADN. Tout au long de la IVe République et au début de la Ve, la SFIO avait pratiqué une politique dite de troisième force, en clair des alliances avec des partis de droite et du centre. Lors de son congrès fondateur, le PS a fait un choix stratégique : l’union de la gauche, érigeant les autres partis de gauche en interlocuteurs uniques. En premier lieu, le parti communiste.

Depuis, l’union de la gauche a connu quelques hauts et beaucoup de bas. Le PCF est passé du statut de parti de masse à celui de groupuscule. Le PS lui-même a traversé des zones de turbulences comme en 2002, avec l’élimination de son candidat, Lionel Jospin, du second tour de l’élection présidentielle. Mais, de congrès en congrès, il a gardé le même logiciel, l’union de la gauche, en la célébrant d’autant plus qu’elle était structurellement en crise.

Un quinquennat pour rien ?

Aujourd’hui, impossible de se voiler la face : le quinquennat de François Hollande a vu se déchaîner une véritable guerre des gauches. Dès qu’il a employé, dans le cadre de la lutte contre le chômage, des moyens estampillés idéologiquement incorrects, c’est-à-dire des mesures à caractère libéral, le président de la République a vu se dresser contre lui non seulement le Front de gauche mais une partie non négligeable des députés socialistes : ceux qu’on a baptisés les « frondeurs » ont tout fait pour paralyser l’action du gouvernement de Manuel Valls, en déclarant hors du champ de la gauche son ministre de l’Économie, Emmanuel Macron.

L’actuel locataire de l’Élysée a bien sûr une grande part de responsabilité dans l’échec cuisant du quinquennat. Mais Hollande a surtout tué Hollande : il s’est retrouvé dans l’impossibilité de se représenter. Ceux qui ont tué, du moins achevé, le PS, ce sont les « frondeurs » : que penser d’un parti qui a employé l’essentiel de son énergie à empêcher de gouverner une équipe principalement issue de ses rangs et qui avait reçu l’onction du suffrage universel ? Un tel parti est juste bon à être envoyé à la casse : c’est à l’évidence le sentiment de beaucoup d’électeurs de gauche.

Un homme avait posé le bon diagnostic sur l’état de cette gauche : Manuel Valls. Alors Premier ministre, il avait distingué deux gauches « irréconciliables » : une gauche de gouvernement, prête à se coltiner au réel ; et une gauche du verbe, prisonnière de son antilibéralisme primaire. Étrangement, Valls a changé de pied après sa déclaration de candidature à l’Élysée en optant pour une campagne de bisounours. Avant de se réveiller le soir du premier tour de la primaire devant la performance de Benoît Hamon, le vrai chef des « frondeurs ».

Les quatre France

À la veille de la présidentielle, la France est coupée en quatre. En quatre quarts quasiment égaux et qui se regardent en chiens de faïence. Le premier quart, peut-être le plus important, c’est la France FN, la France qui s’apprête à voter pour Marine Le Pen. Le deuxième quart, sans doute un peu moins consistant, c’est l’alliance de la droite conservatrice et des centristes orthodoxes représentée par François Fillon. Le troisième quart, c’est la gauche radicale : quand on additionne le Front de gauche, les frondeurs du PS, les Verts, et ce qu’il reste du gauchisme, on arrive tout près de 25 %.

Le dernier quart est le plus hétéroclite : il réunit la gauche non radicale, les centristes véritablement centristes et la droite qui se réclame du libéralisme pas seulement sur le terrain économique. C’est cette France qui se pâme aujourd’hui devant Macron. Ce dernier a collé une étiquette sur ce rassemblement en devenir : « les progressistes ». Seront-ils vraiment au rendez-vous de la présidentielle ? Il est trop tôt pour l’affirmer. Mais si Macron réussit son pari, le PS se retrouvera écartelé entre une majorité de son appareil, qui reste idéologiquement proche de Mélenchon, et une majorité de ses électeurs, qui aura succombé à l’appel du grand large.

Dans son roman, Faulkner met en scène une héroïne mourante, Addie, qui fait promettre à son mari de l’enterrer parmi les siens. C’est ce dont crève aujourd’hui la gauche : l’entre-soi. L’idée qu’elle garde le monopole du cœur. Plutôt mourir que d’admettre que le monde a changé et qu’il faut réviser son catéchisme : c’est le credo qui réunit les différentes chapelles de la gauche radicale. Au-delà de ce cercle, point de salut. Macron a l’immense mérite d’avoir ouvert une fenêtre : la logique de sa démarche, c’est la destruction du mur construit à Épinay entre la gauche et la droite. Le PS n’y survivra pas !

Tandis que j'agonise

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Le contre « coup d’Etat institutionnel » de François Fillon

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François Fillon entre en scène, Paris, 6 février 2017. SIPA. 00792075_000002

Cerné comme jamais. Trois quarts d’heure avant l’arrivée de la proie, la meute est déjà regroupée. Les mâles dominants devant – TF1, France 2, BFM TV – et les nés d’hier derrière – les jeunots de la journalie. Le long du corridor d’entrée dans l’arène, une autre file de caméras attend l’arrivée du candidat: les appareils sont dégainés, c’est à qui « flashouillera » le premier.

Circus mediaticus

16h05, il est en retard, la meute s’impatiente et dévore ses premiers petits: « Assis! », « cheveux ! », « tête ! », râlent en choeur les plus anciens à ceux qui, trop sûrs d’eux, voulaient se faire une meilleure place.

16h08, plus rien ne dépasse, les photographes sont au taquet: la petite musique de leurs clics et de leurs clacs retentit. Comme une armée de criquets, affamés et virevoltants, prêts à s’écraser sur un champ. Mais… raté, « ce n’est pas lui » ! Le prochain envol sera le bon. Et de loin sur l’écran, le très accusé Fillon apparaît finalement. Triste et penaud ? Pas même un peu. La proie qu’on prenait pour un lièvre est en fait un gros félin: blessée, meurtrie, elle se redresse et montre les crocs.

« Je n’ai rien à cacher », « les accusations sont infondées », « tout est légal », je vous emm… et j’aime ma femme. Qui, d’ailleurs, n’a rien à se reprocher. « Oui, je l’ai embauchée » mais « rien n’était dissimulé ».  Debout, droit, conquérant, François Fillon assène les reproches un à un et les assume tout en bloc. Sûr de lui et la voix pleine, la partition est juste : le candidat a répété. Seule son alliance, qu’il torture de son petit doigt, rappelle l’homme qu’il était encore deux jours avant.

L’assisté parlementaire contre le Parlement

Car oui, l’homme a pris « un coup », un « coup à l’estomac » qui l’a « déstabilisé ». Mais après avoir été « lynché » – par « le système médiatique » – il est là pour répliquer et se permet même d’attaquer : à une journaliste de Mediapart qui lui pose une question, il répond : « moi, Madame, je n’ai jamais eu de contrôle fiscal ». Puis, sans s’arrêter, il déballe: son patrimoine, ses impôts, son grand oral de transparence va jusqu’à son Livret A. On pourrait croire qu’il nous récite le Canard. Le verbe en moins, en président américain, mieux que n’a jamais su le faire celui à qui il cherche à succéder.


Regardez l’intégralité de la conférence de presse de François Fillon

Mais soudain, et sans que la lumière ne baisse, l’ambiance et le ton se font plus solennels… François Fillon change de public et prépare son coup de génie : « Ce n’est pas au système médiatique de me juger mais aux Français ». Sur le plan légal, je n’ai pas fauté mais d’un point de vue moral, « je leur présente mes excuses. J’ai agi selon un usage légal mais dont nos concitoyens ne veulent plus, des pratiques anciennes de la vie politique française qui ne sont plus acceptables aujourd’hui. »

C’est à ce moment que sans crier gare, François Fillon décide de déclencher son contre-«coup d’Etat institutionnel». Sans se défausser, le candidat de la droite (et du centre) prend acte de l’antiparlementarisme ambiant et en fait même… son programme !

S’il devient président, c’est juré : il ne reviendra pas sur la restriction du cumul des mandats (pourtant contestée dans son camp) et proposera de réduire le nombre de parlementaires ! Français, vous avez eu raison de me blâmer, mais si vous l’avez fait c’est parce que le système, dont je suis victime, est mauvais. Vous avez dit populiste ? Lui, le symbole de l’antiparlementarisme s’en est fait le pourfendeur. L’arrosé arroseur.

Molenbeek: la gauche fracturée par l’islam

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molenbeek belgique islam gadaleta
Molenbeek, 2015. Sipa. Numéro de reportage : SIPAUSA30138087_000003.

Molenbeek, cela vous dit quelque chose ? Son ancien maire relativiste, son église désertée, sa mosquée pleine à ras bord… Tous les djihadistes européens des quinze dernières années ont transité dans cette commune de Bruxelles aux allures d’émirat. Mais motus, il paraît que le simple énoncé de ces faits « stigmatise » une communauté entière du royaume de Belgique, ce paradis du vivre-ensemble où les accommodements déraisonnables font loi.

Reductio ad zemmourum

Il ne fait donc pas bon dire certaines vérités. Fût-on écolo, de gauche et élu du camp du Bien, comme vient de l’expérimenter Annalisa Gadaleta,  échevine – l’équivalent d’adjointe au maire – de Molenbeek. Auteur du fracassant Entretien à Molenbeek coécrit avec un sociologue italien soucieux de comprendre le bouillon de culture bruxellois, l’élue du parti vert flamand (Groen !) a choqué une bonne partie de ses alliés de gauche qui la comparent déjà à Eric Zemmour et Alain Destexhe. Que sa prose défrise les amoureux transis du multicu à peine refroidis par les attentats islamistes, on le comprend aisément à la lecture de ces extraits : « Il y a un patriarcat typique  des sociétés rurales, mais transposé dans une métropole ! On peut remarquer que ceux qui viennent ici, provenant d’un endroit rural, sont de nature à reproduire certains modes de vie : des petits groupes, des clans… Par exemple, il nous a été très difficile de faire comprendre que, pendant la fête du sacrifice, on ne pouvait pas égorger de moutons dans les maisons ».

Et ce n’est pas fini, le mouton dans la baignoire n’étant qu’un symbole. Demandez le programme.

L’endogamie entre musulmans ? « Beaucoup d’hommes, et même leurs familles, considèrent les femmes du pays d’origine comme plus attractives: leurs attentes sont plus conformes aux valeurs normatives de la tradition. Elles ne cherchent pas à mener une vie en dehors du cadre familial, et du coup, elles sont plus fiables que d’autres femmes. »

La phallocratie ? « Une amie proche m’a raconté que souvent les familles encouragent les fils à trouver une épouse au Maroc. De cette façon, ils peuvent exercer une forme de contrôle et une forme de pouvoir sur ces femmes; ce qui n’est pas possible avec les filles qui sont nées et qui ont étudié ici. »

Le natalisme immigré ? «L’existence de tant de familles nombreuses peut s’expliquer aussi par notre système d’allocations familiales qui favorise celles-ci. Ce système a eu ses raisons en son temps, mais un débat devrait avoir lieu sur la pertinence de le conserver »

La hallalisation des rues ? « Le repli identitaire ? C’est un phénomène que nous avons remarqué au cours des dix dernières années. Il s’est vraiment renforcé en rue et dans les magasins. On se croirait au Maghreb, mais nous n’y sommes pas ! », est-il écrit dans un français parfois approximatif.

Comble de la provocation, Annalisa Gadaleta réclame l’imposition de cours de langue obligatoires aux immigrés, une mesure en vigueur depuis belle lurette en Flandre, mais qu’une bonne partie de la gauche francophone juge éminemment « stigmatisante ». Dès qu’il est question de réalités qui dérangent, le champ lexical de la stigmate apparaît comme par magie. On se croirait chez Saint François d’Assise. Ainsi, si Sarah Turine, échevine du parti francophone Ecolo (et islamologue patentée à la ville!) concède que son alliée flamande « pointe des défis intéressants (comme la mixité dans les quartiers, l’émancipation des jeunes et des femmes…) », c’est pour ensuite dénoncer un « livre (…) truffé de contre-vérités et d’amalgames. Notamment par rapport à la communauté marocaine ou la question des musulmans. Des questions qui sont sans nuances et qui stigmatisent toute une population. » Autrement dit, Gadaleta pose quelques bonnes questions, selon le fameux mot de Fabius, mais donne de mauvaises réponses. « On attend désormais d’Annalisa qu’elle se rende compte qu’elle a éventuellement fait des erreurs dans son livre et qu’elle s’excuse auprès des populations concernées. » persifle Sarah Turine, dans un réflexe pacifiste qui tient doublement de la stratégie électorale.

La danse du ventre électorale

Inutile de détailler la tactique Terra Nova de la voiture-balai bobo-immigrés : la gauche belge, singulièrement wallone, en est friande, et ce n’est pas le visage bigarré des rues de Molenbeek qui la fera renoncer à cette danse du ventre électorale.

Mais en coulisses, les grandes manœuvres partisanes ont déjà commencé. Tant et si bien que les écolos francophones aimeraient reprendre du service auprès de leur ancien allié socialiste, relégué dans l’opposition depuis quelques années. Montrer du doigt la gestion clientéliste et islamo-friendly de Molenbeek depuis de nombreuses années revient à mettre en cause les héritiers PS de Philippe Moureaux, maire de la commune de 1992 à 2014. Or, jusqu’au début des années 1990, le futur bourgmestre socialiste faisait campagne au nom de  « stop à l’immigration », s’insurgeait contre la reconnaissance dans l’islam et se faisait un farouche défenseur de l’assimilation des immigrés. « Je  le dis clairement et durement : nous sommes totalement incapables d’intégrer une nouvelle vague d’immigration. On va arriver à des situations conflictuelles ». (Vlan, 29 septembre 1993) », assénait-il naguère. Mais voilà, on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre. Tournant casaque, Moureaux s’est subitement converti, au propre comme au figuré, à l’islamo-gauchisme, nazifiant ici les critiques de l’islam, convolant là avec une jeune militante d’origine marocaine.

En vue des élections municipales de 2018, Catherine Moureaux a repris le flambeau paternel, proposant entre autres l’adaptation de l’enseignement de l’histoire en fonction des origines des élèves (ce qui laisse augurer de grands moments de solitude aux profs racontant les Croisades, les origines du conflit israélo-arabe ou la conquête islamique…). Dans ce petit Liban gangrené par les comptes d’apothicaire et les stratégies d’appareil, Sarah Turine et ses séides ne comptent pas injurier l’avenir, qui pourrait bien s’écrire avec le PS.

Deux gauches belges irréconciliables ?

Et le moins qu’on puisse dire, c’est que l’opposition socialiste molenbeekoise ne suit pas une ligne franchement courageuse. Son chef Jamal Ikazban, émule quadra de Moureaux, tient à la fois de l’entrepreneur communautaire (pour son engagement passé au sein de l’Association des Jeunes Marocains) et du militant « anti-islamophobe ». Dans un jugement que ne renierait pas notre CCIF national, Ikazban balaie d’un trait de plume le livre « poubelle » de Gadaleta  plein de  « clichés islamophobes et racistes ». Il est certainement « islamophobe » et clichetonneux de rappeler l’origine molenbeekoise des assassins du commandant Massoud, des exécutants du 13 novembre ou de rappeler la tentative de prise d’assaut du commissariat qui avait suivi l’arrestation d’une femme en burqa au printemps 2012.

Jamal Ikazban fait pourtant peu de cas de l’incubateur bruxellois. Hier encore défenseur d’un djihadiste maroco-belge criant à la torture, pourfendeur de l’expert sécuritaire Claude Moniquet (« une ordure sioniste », sic), le jeune homme au CV communautaire long comme le bras ne fait pas dans la dentelle lorsque certains intérêts sont en jeu.

L’essai d’Annalisa Gadaleta tombe donc au plus mal. Comme dans la douce France, la panoplie de la gauche multicu (droit de vote des étrangers, campagnes d’Etat contre les discriminations et « l’islamophobie ») sépare « deux gauches irréconciliables », selon la doctrine Valls. À ceci près que Gadaleta, soutenue par le parti vert flamand, fait la course bien seule à Molenbeek.

Investi triomphalement par la Belle alliance populaire, Benoît Hamon pourrait donner des ailes aux terra-novistes belges, qui disposent d’un terrain sociologique encore plus favorable. Sous nos cieux, la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon a néanmoins quelque chance de rivaliser avec la France soumise d’Hamon…

Le « prédicat », une polémique stérile?

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predicat ecole grammaire vallaud belkacem
Sipa. Numéro de reportage : 00748563_000037.

Antoine Rivaroli, alias Rivarol, à qui nous devons le célèbre et magnifique Discours sur l’universalité de la langue française, était aussi journaliste. Sans doute inspirés par ce prestigieux modèle, les journalistes actuels se sentent tenus de prendre parti dans les débats concernant la pédagogie du français.

SOS COD en détresse!

Qu’il serait bon d’effectuer quelques menues modifications dans les nomenclatures de la grammaire scolaire, je ne le nie pas. Si on me demandait mon avis, je dirais qu’il faudrait veiller à ce que le complément d’attribution ne cohabite plus avec le COI/COS comme s’il s’agissait de notions distinctes alors que celles-ci ont remplacé celle-là. Et qu’il serait temps que l’on cessât de considérer « donc » comme une conjonction de coordination alors qu’il fonctionne comme un adverbe. Toucher au COD ne me semble pas indispensable, même s’il est vrai qu’on devrait prendre garde au choix des exemples, qui prête parfois à confusion. « La bouchère pèse le poulet » ? COD. Mais « le poulet pèse deux kilos » ? Pas COD. Je ne vais pas développer ici mais je tiens à dire que les problèmes d’étiquetage des notions, dont tout le monde se gausse ces temps-ci, ne sont pas de purs artifices gratuits. L’enjeu est de rendre compte au plus près de la perception que nous avons du fonctionnement de notre langue, de ce qu’on appelle le sentiment de langue. Il n’y a rien de plus naturel que la grammaire : dans son essence, elle n’est pas normative, mais descriptive. Elle est la science qui prend pour objet la structuration de notre pensée. La vision du monde qui constitue comme l’inconscient commun d’un peuple est profondément inscrite dans sa grammaire.

Qui n’est pas sensible au caractère mystique de la grammaire pourrait l’être un peu plus à son aspect utilitaire. En effet, on n’a pas besoin de savoir ce qu’est un COD pour parler correctement le français. Ni l’anglais d’ailleurs. Mais imaginez que vous souhaitiez apprendre une langue flexionnelle… « Le latin et le grec, c’est fini, ma pôv dame ! » Oh je sais. Mais je pensais à la belle langue de Goethe et de Tokio Hotel, de Rammstein, Schiller et Angela Merkel.

Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux.

S’il ressuscite, Fillon fera-t-il la chasse aux pédagos?

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François Fillon Elections présidentielles école Education nationale
François Fillon
François Fillon Elections présidentielles école Education nationale
François Fillon

Alors que les candidats à la primaire socialiste, interrogés sur la façon de résoudre la crise de l’école, rivalisaient dans le « plus-de-moyens » pour résoudre la crise de l’école, beaucoup placent sans doute leurs espoirs en ce domaine en François Fillon. Ils pourraient bien être déçus.

En novembre, lors du dernier débat avant le premier tour de la primaire de la droite, quelques oreilles avaient dû siffler au ministère de l’Éducation nationale quand le candidat Fillon avait évoqué la « caste des pédagos ». L’ancien ministre de l’Éducation n’y était pas allé de main morte : « L’échec de l’école est lié à l’échec de l’apprentissage des fondamentaux. Ce n’est pas la faute des enseignants. C’est la faute d’une caste de pédagogues prétentieux qui ont imposé des programmes jargonnants et qui ont pris en otage nos enfants au nom d’une idéologie égalitariste. »


Education nationale : Fillon dénonce une « caste… par Europe1fr

Le traumatisé de la Rue de Grenelle

C’est que Fillon est un traumatisé de la Rue de Grenelle. Nommé par Jacques Chirac à l’Éducation nationale, celui qui a été le plus jeune président de la commission de défense de l’Assemblée prend le chemin de l’école à reculons. Il restera ministre de l’Éducation nationale de mars 2004 à mai 2005. Le temps, selon Carole Barjon, auteur de Mais qui sont les assassins de l’école ?, de mesurer l’étendue des dégâts : « À la fin du mois d’août 2004, [access capability= »lire_inedits »]François Fillon rentre de vacances. Préoccupé. Pendant l’été il a rencontré beaucoup de monde. Tous ceux qu’il a vus l’ont alerté sur le niveau des jeunes collégiens. “Ils ne savent plus lire et écrire”, constate-t-il. » Le ministre affiche alors un seul objectif : renforcer la maîtrise du français en multipliant les exercices personnels, rédactions et récitations, ainsi qu’en instaurant le retour de la dictée dès la sixième. L’initiative – heureuse – fait évidemment débat : au ministère, verrouillé par les pédagos, certains préfèrent l’idée d’adapter l’orthographe au niveau des élèves. Le Monde s’engage dans l’une des chasses au réac qu’il affectionne : « De Fillon à M6, la nostalgie d’un ordre scolaire disparu », annonce-t-il le 15 septembre 2004. Dans Libé, un spécialiste en psychologie cognitive réclame, sérieusement, « un assentiment de toute la société » – pas moins ! – avant d’infliger à nouveau des dictées aux élèves.

Jamais Fillon ne parviendra à imposer ses vues. Aujourd’hui, dans son programme, le champion de la droite critique vertement les réformes de ses successeurs mais il élargit le cercle des responsabilités au-delà des pédagos. Selon lui, si les réformes « n’ont pas abouti aux effets escomptés », c’est parce qu’« elles se sont heurtées aux rigidités d’un des systèmes les plus lourds et les plus centralisés au monde ».

Parmi les noms qui circulent déjà pour le futur locataire de la Rue de Grenelle, figurent Annie Genevard ou encore Patrick Hetzel, deux farouches opposants à la réforme du collège. En juin 2016, ce dernier s’était livré sur son blog à une critique sévère de la faiblesse des socialistes sur les questions éducatives et les « ravages du pédagogisme » : « Jules Ferry, dans sa fameuse lettre aux enseignants, avait parfaitement compris que la personne qui était et qui devait rester au centre du système éducatif n’était pas l’élève mais le maître. Au lieu de rompre avec le pédagogisme, la gauche au pouvoir l’a magnifié. »

L’école, antichambre de l’entreprise

Mais la médaille conservatrice possède son revers libéral qui semble avoir échappé même à l’acuité d’Alain Finkielkraut.

L’école de Fillon sera recentrée sur les fondamentaux de sorte qu’à 15 ans, tous les élèves maîtriseront le « socle commun » de connaissances. Voté en 2005, et révisé récemment, ce « socle commun » souvent présenté comme le grand œuvre de François Fillon, ne fait que répondre aux injonctions de la stratégie de Lisbonne qui somme les pays de l’Union européenne de « devenir l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde ». Le socle commun évacue toute référence à des contenus disciplinaires en privilégiant une approche par compétences directement inspirée du monde de l’entreprise en vue d’optimiser « l’employabilité » de l’élève. L’éducation est ainsi d’abord un service rendu au monde économique dans lequel l’entreprise est placée au centre du système éducatif !

Fillon est aussi favorable à une forte autonomie des établissements, rouage essentiel à la libéralisation déjà engagée du système scolaire, aux stages en entreprise pour développer chez les élèves le « goût de l‘entreprise », aux regroupements disciplinaires et à la polyvalence des enseignants. Il s’inspire là d’un rapport de la Cour des comptes de 2013 qui estime que la spécialisation disciplinaire impose une gestion trop complexe. Des profs multi-tâches pour simplifier le système, un bac « simplifié » – c’est une école toute en « simplification » que François Fillon entend fonder.

De l’écrit à l’écran

De même, ce n’est pas le libéral conservateur Fillon, grand partisan de l’école numérique, qui inventera « l’école sans écran ». Au contraire, sur ce point il entend bien faire passer les élèves « de l’écrit à l’écran » : « Au cours des cinq prochaines années, au moins 25 % des manuels scolaires devront passer au format digital. La réallocation d’une partie du budget des manuels scolaires papier (1350 millions d’euros annuels) permettra de lancer un programme d’achat de contenus pédagogiques numériques. Un marché sera ainsi créé pour les start-up françaises du secteur », déclarait-il en avril 2015 devant les étudiants de l’école Telecom ParisTech. On aimerait comprendre comment cette volonté de faire de l ’école la pointe avancée de l’innovation numérique peut aller de pair avec celle de la concentrer sur les savoirs fondamentaux. Au moment où Microsoft se livre à une drague intensive de l’Éducation nationale, il faudrait libérer l’école des écrans, et on dirait que Fillon entend plutôt la libérer des professeurs – plus remuants, certes, que des ordinateurs.

Il est vrai que, sous couvert de modernité et d’efficacité, l’opération permettrait à François Fillon de résoudre l’équation complexe qu’il s’est imposée : supprimer 500 000 postes de fonctionnaires. Sur la réduction qui touchera l’Éducation nationale, c’est le grand flou : « Il ne le dit pas aujourd’hui. […] Il y aura des arbitrages le moment venu. Nous nous réservons l’explication détaillée du programme pour la campagne présidentielle », a expliqué Patrick Hetzel à Acteurs publics. Certes, la qualité de l’école ne se mesure pas au nombre de postes. Reste que François Fillon a supprimé, avec Nicolas Sarkozy, 80 000 postes d’enseignants entre 2007 et 2012. Aura-t-il la main encore plus lourde ?

On peut donc au moins se demander si le conservatisme de François Fillon n’est pas fait de purs symboles que viendront balayer de grandes vagues libérales. En tout cas, il ne pourra rester très longtemps dans le flou : entre l’école de la République et celle des managers, il devra choisir.

Mais qui sont les assassins de l'école ?

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Vaincre le totalitarisme islamique

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Antiterrorisme: le piège de l’Opération Sentinelle

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Un soldat de l'Opération Sentinelle en faction au Louvre. Sipa. Numéro de reportage : 00786786_000005.
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Un soldat de l'Opération Sentinelle en faction au Louvre. Sipa. Numéro de reportage : 00786786_000005.

L’opération Sentinelle n’augmente pas la sécurité des Français, elle la réduit. On peut raisonnablement estimer en effet que les 700 millions d’euros qui ont été dépensés pour engager des militaires dans les rues de France depuis 1986 auraient été bien plus efficaces investis ailleurs, au profit du renseignement intérieur par exemple. On peut penser également que les millions de journées d’engagement de nos soldats, l’équivalent de l’engagement en Afghanistan, aurait été plus utiles ailleurs, à l’entraînement par exemple ou sur d’autres théâtres d’opérations, où par ailleurs il aurait été infiniment plus probable de combattre des combattants ennemis. En justifiant l’arrêt de suppressions d’effectifs qui était en train d’étrangler silencieusement notre armée, l’opération Sentinelle a certes sauvé un temps notre capital humain militaire mais au prix d’une autre forme d’affaiblissement, plus lente, plus diffuse mais tout aussi réelle par réduction de la formation et l’usure des soldats.

Tous les soldats de Sentinelle ne se valent pas

Engagée au milieu des populations, une force armée est soumise au principe de « qualité totale ». Quand un homme porte sur lui de quoi tuer des dizaines de personnes, son comportement doit être exemplaire, totalement exemplaire même, puisque la moindre erreur peut avoir des conséquences terribles. Mais comme les soldats sont humains, la probabilité de cette erreur n’est jamais nulle et elle devient même non négligeable lorsqu’on la multiplie par plusieurs milliers. Statistiquement, il est impossible sur la longue durée d’empêcher les maladresses de manipulation ou les mauvaises réactions aux 5 agressions quotidiennes, verbales et parfois physiques, contre les soldats de Sentinelle en Île de France qu’évoque Elie Tenenbaum dans son étude, La Sentinelle égarée. Statistiquement, on ne peut pas éviter aussi les vols d’armes, comme les deux Famas (et munitions) dérobés le 2 février, à une patrouille qui revenait dans sa garnison d’origine. Placées entre des mains malfaisantes, ces deux armes peuvent, à elles seules, être à l’occasion de dégâts très supérieurs à tous les effets positifs que l’on aurait pu attendre de Sentinelle. En résumé, nos soldats sont bien formés et dans l’immense majorité des cas, ils se comporteront remarquablement. Il suffit cependant d’une seule défaillance pour provoquer une catastrophe, et avec la dégradation de notre capital humain la probabilité de cette défaillance s’accroît forcément.
Ajoutons, ce qui n’est jamais évoqué, que si pour les passants, tous les soldats de Sentinelle se ressemblent, il existe en réalité de très grandes différences de compétences entre eux. Le combat est chose complexe et bien plus psychologiquement que techniquement. Si tous nos soldats sont bien formés à l’usage des armes individuelles, au moins les fusils d’assaut, il y a forcément un décalage important entre une jeune recrue d’une spécialité de soutien et un fantassin vétéran. Dès lors qu’il s’agit d’aller au-delà de la simple autodéfense face à un individu isolé, entre un groupe de combat ad hoc de mécaniciens ou de transmetteurs et un groupe de combat organique et expérimenté d’infanterie, ce décalage est encore plus flagrant. Mener des combats rapprochés urbains au milieu des populations constitue le cœur de métier d’une section d’infanterie mais pas forcément celui des autres. Tous nos soldats peuvent constituer d’excellents et très coûteux vigiles, une minorité d’entre eux peuvent constituer des unités d’intervention (mais ils ne sont pas utilisés comme tels puisque dispersés).

Aucun attentat empêché par les militaires

Si on examine maintenant le bilan réel de l’engagement de militaires sur le territoire métropolitain depuis octobre 1995, date à partir de laquelle la présence militaire a été permanente, on constate que strictement aucun attentat, de quelque origine qu’il soit, n’a jamais pu être empêché par cette même présence. Peut-être que certains ont été dissuadés par elle mais on ne dispose, à ma connaissance, d’aucun témoignage dans ce sens en plus de vingt ans. Les seuls terroristes que les soldats ont finalement neutralisés sont ceux qui les ont attaqués, comme à Nice le 3 février 2015, à Valence le 1er janvier 2016 et donc le 3 février dernier à Paris, au Carrousel du Louvres. On saluera, le professionnalisme dont ont fait preuve nos soldats à chaque fois, n’hésitant pas à accepter des risques supplémentaires et maîtrisant parfaitement l’emploi de leurs armes pour éviter de blesser des innocents, mais on remarquera aussi l’incohérence dans laquelle on les à placés.

On notera d’abord, détail technique mais qui peut avoir son importance, combien la munition utilisée, la 5,56 à faible capacité d’arrêt et capable de rebondir sur les murs est délicate d’emploi dans ce contexte. Au Louvre, il aura fallu tirer plusieurs fois à bout portant pour arrêter l’agresseur, ce qui aurait pu avoir des conséquences graves, sur le soldat attaqué lui-même qui aurait pu être frappé à nouveau, et sur l’environnement, chaque coup tiré accroissant la probabilité de toucher aussi un camarade ou un civil (le seul cas à ce jour est une blessure par ricochet de balle 5,56 mm). Cette faiblesse de la munition est connue depuis des dizaines d’années, il faudrait probablement combiner l’emploi de Famas avec d’autres armes à plus forte puissance d’arrêt. Comme l’équipement de combat rapproché n’a jamais été une priorité stratégique en France, le problème demeure.On notera aussi bien sûr et surtout, que dans les trois cas cités, les soldats ont été surpris par l’attaque et qu’ils l’ont emporté grâce à leur sang-froid et armement très supérieur à celui des agresseurs. Ceci est un point clé : celui qui veut attaquer des soldats, parfaitement visibles alors que lui-même est anonyme, aura presque toujours l’initiative. Le remplacement des postes fixes, en « pots de fleurs », par des patrouilles mobiles a un peu réduit cette faiblesse mais comme il est de toute façon interdit aux militaires d’interpeller et contrôler qui que ce soit, celui qui veux attaquer des militaires en trouvera toujours et pourra dans la quasi-totalité des cas agir le premier. Pour peu qu’il dispose, non pas d’un couteau ou d’une machette, mais d’armes à feux, comme Mohammed Merah en mars 2012, et la parade devient beaucoup plus difficile. On peut toujours compter sur sa maladresse mais comme l’agresseur ne cherche pas forcément à fuir et à échapper à la riposte, il lui est possible de s’approcher plus près de sa cible et accroître ainsi sa probabilité de coup de but.

L’opération Sentinelle est en réalité soumise à une contradiction. Une patrouille de soldats est la preuve visible que le gouvernement « fait quelque chose » mais que ce quelque chose soit efficace est une autre question. De fait, on l’a vu, ce n’est pas efficace pour arrêter les attentats, et il n’est même pas sûr que cela ait l’effet anxiolytique tant vanté (il se peut même que cela ait aussi l’effet inverse). Pour être tactiquement un peu plus efficace dans une mission de protection de la population française, il faudrait en réalité que les soldats soient discrets et aient la capacité d’interpeller et contrôler, qu’ils soient en fait des policiers en civil. Les soldats ne sont pas des policiers et il ne faut évidemment pas qu’ils le soient. Quel est alors l’intérêt de mettre des soldats dans les rues ?

Employons nos soldats comme soldats

On pourra arguer, et cela a été le cas après l’attaque du Louvre, qu’ils ont fait barrage à une attaque de civils, en oubliant que si quelqu’un veut attaquer des groupes de civils hors de présence de soldats, il n’a que l’embarras du choix. Les soldats du 1er Régiment de chasseurs parachutistes au Carrousel du Louvre ont, très probablement, été attaqués parce qu’ils étaient là et que s’ils ne l’avaient pas été, c’est une autre patrouille qui aurait été attaquée et non des civils dans le cadre de ce que les agresseurs islamistes considèrent comme un affrontement entre combattants. Comme pour les policiers attaqués à la Goutte d’or en janvier 2016 ou le double-meurtre de juin 2016 à Magnanville, il s’agit aussi de s’en prendre aux forces de sécurité de l’Etat. On pourra considérer, argument ultime mais en réalité très hypothétique, que ces hommes et ces femmes servent de « paratonnerres » et qu’il vaut mieux que ce soit eux, préparés et armés, qui servent de cibles plutôt que des civils impuissants. Certains vont quand même plus loin, en faisant de nos soldats des « pièges » à djihadistes, un peu de la même façon que l’on créait des bases dans le Haut-Tonkin pour attirer une armée Viet-Minh insaisissable autrement. Dans ce cas, il faut constater que le bilan comptable de Sentinelle est quand même plutôt maigre. Il serait infiniment plus élevé si on employait nos soldats comme des soldats c’est-à-dire en les lançant directement sur l’ennemi au lieu de les utiliser simplement comme cibles. Surtout, pour reprendre l’exemple indochinois où les choses se sont plutôt mal terminées, ce genre de stratégie est, employée seule, forcément destinée à échouer. Lorsque nos ennemis réussiront à tuer un puis plusieurs soldats de Sentinelle, après les avoir été attaqués uniquement parce qu’ils étaient soldats, pérorera-t-on encore que cela prouve justement l’efficacité et l’intérêt de l’opération ? Il hélas est probable que oui, l’inverse étant un aveu d’une mauvaise décision. Encore une fois, si on fait le choix d’augmenter la densité de protection de la population, c’est-à-dire concrètement avoir une masse critique d’hommes et de femmes armés au milieu de la population, ce n’est pas l’engagement de quelques milliers de soldats très visibles qui changera grand chose mais un accroissement de la quantité et de la qualité de présence policière ainsi que, et peut-être surtout, de l’élargissement de l’autorisation de port d’armes à toute la population légitime et compétente pour en faire un usage efficace. Les soldats, et particulièrement les unités d’infanterie, seront sans doute bien utile en unité d’intervention. Il y avait auparavant une section en « disponibilité opérationnelle », prête à intervenir immédiatement jour et nuit, pourquoi ne pas réactiver ce système ainsi que des postes de commandement en alerte ? Il n’y a pas (encore) dans l’armée de syndicats pour trouver cela intolérable et cela sera sans doute plus utile que Sentinelle.

Sentinelle est effectivement un piège mais pour nous. Sauf un improbable courage intellectuel et politique de l’exécutif en place, il faudra probablement attendre un gouvernement avec un peu de hauteur et une vraie vision stratégique avant d’en sortir.

Retrouvez la version initiale de cet article sur le site du Colonel Michel Goya.

Le système Macron est en marche

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Caricatures géantes des candidats à la présidentielle en préparation pour le carnaval de Nice, janvier 2017. SIPA. 00790880_000012
Caricatures géantes des candidats à la présidentielle en préparation pour le carnaval de Nice, janvier 2017. SIPA. 00790880_000012

Eh bien voilà, ça n’a pas été long. Le dossier de l’enquête préliminaire dans l’affaire Fillon est déjà à la disposition du Monde. Et ce en violation des lois sur le secret professionnel et le secret de l’enquête. Violation pour laquelle il n’y aura jamais, et comme d’habitude, la moindre investigation. La loi sous François Hollande et ses amis serait-elle à géométrie variable ? J’avais écrit la semaine dernière que les gazettes amies seraient dûment alimentées en pièces du dossier. Nous y sommes, et il faut relever la maîtrise et la rigueur avec laquelle les services concernés accomplissent leur mission…

 

A qui profite le crime Fillon?

L’offensive médiatico-politique contre François Fillon mérite bien la qualification « d’assassinat politique ». Dans le Code pénal, l’assassinat est le meurtre avec préméditation. Voir dans ce qui arrive au candidat de la droite une génération spontanée, ou le fruit du hasard serait parfaitement grotesque. La préparation de longue main saute aux yeux, même si une fois lancé, le phénomène s’auto-alimente. Certaines informations sur la façon dont tout ceci a été concocté commencent à filtrer et donnent corps à ce qui est désormais plus qu’une hypothèse. Il faut certes reconnaître qu’avec son passif et sa faiblesse dans le combat, François Fillon a fourni toutes les verges pour se faire battre et donné envie à ses amis de le débrancher. À sa décharge, disons qu’il avait affaire à forte partie.

Ce qui renforce la thèse d’une opération préparée, c’est la déduction habituelle de l’enquêteur à partir de la réponse à la question « à qui profite le crime ? ». Après le nouveau show du télévangéliste Macron à Lyon, on pourrait penser que celui-ci serait à la manœuvre, utilisant informations et réseaux constitués lors de son passage à Bercy. Malheureusement c’est pire que ça. Le scénario initial était de porter Juppé à l’Élysée et Macron à Matignon. Raté, malgré le déplacement de 600 000 électeurs de « gauche » à la primaire de droite.

Alors il a fallu se rabattre sur une savonnette politique dont le lancement s’est opéré en utilisant toute la puissance et les codes de communication du système. Inutile de revenir en détail sur la propagande furieuse dont il a bénéficié dans tous les médias nationaux, cela relève plus que de l’évidence. On nous a fabriqué à partir de rien une fausse vedette, à la culture et à l’intelligence soi-disant supérieures, qui fut pourtant un très médiocre ministre, et jusqu’à présent n’a rien produit de notable sur le plan intellectuel. Qu’a-t-il écrit ou dit d’intéressant depuis qu’il est sorti de l’ENA ? Qualificatif que ne méritent ni le triste « livre » intitulé sans peur du ridicule, Révolution (!), ni les enfilages de banalités que sont ses discours. Lesquels commencent d’ailleurs de plus en plus à ressembler à des sketches.

Macron, le candidat des élites

Non, Emmanuel Macron n’est là que parce qu’il sert de roue de secours à un système aux abois, qui rassemble des grands intérêts économiques et financiers, auxquels se joignent tous ces serviteurs de l’oligarchie qui profitent depuis des années d’un capital financier et symbolique qu’ils souhaitent  à tout prix conserver. Il y a là quelques grands industriels mais surtout des banquiers, des politiciens de la fausse gauche qui appréhendent les conséquences de la catastrophe Hollande, des hauts fonctionnaires sans morale, une caste médiatique qui ne veut rien lâcher, et la petite collection d’imposteurs baby-boomers qui nous pourrissent la vie depuis près de cinquante ans. Ce n’est pas un hasard si la troupe des insupportables, Kouchner, Cohn-Bendit, Minc, Attali, BHL, Bergé se sont précipités au soutien du Justin Bieber de la politique, le chéquier probablement ouvert pour ceux qui en ont les moyens. Alors, ces élites au bord de l’effondrement ne lésinent pas sur les méthodes, même si incontestablement Macron a rencontré un public, celui des jeunes des couches moyennes supérieures, qui vont bien, qui souhaitent que ça dure et qui se désintéressent complètement de la France d’en bas, dont ils n’ont en général aucune idée des conditions de vie et de la colère.

Le problème, c’est que cela ne fait pas une majorité, alors si on veut qu’il arrive au second tour contre Marine Le Pen il va falloir soulever le capot et mettre les mains dans la mécanique, quitte à se les salir un peu. Pour essayer d’en faire une icône, on va lui fournir des costumes voire des uniformes sans rapport avec ce qu’il est en réalité. Quitte à mobiliser pour cela des gens dont le registre habituel n’est pourtant pas celui de la groupie du type de celles qu’on voit dans les meetings.

Ce phénomène d’attraction soudaine n’est pas quelque chose de si rare, l’industrie du spectacle (notamment de la chanson) s’en sert tous les jours. C’est seulement au fil du temps que l’on peut vérifier s’il y avait un vrai talent ou une vedette Kleenex. Le marketing utilisé pour lancer Macron relève bien de cette logique. Et permet des surenchères surprenantes, certains allant jusqu’à lui enfiler un uniforme de général de brigade – ce qui confine au ridicule.

Cette bienveillante presse d’investigation

Lorsque Charles De Gaulle est parti à Londres, il était tout seul et la poignée de ceux qui l’y ont rejoint ne savaient même pas qu’il existait. Comme l’a dit à propos des Français, Élisabeth de Miribel sa secrétaire : « À l’été 40 Londres n’était pas une ville où on arrivait, mais une ville dont on partait ». Le véritable élan populaire ce fut à la fin des années 40 avec le lancement du RPF. Soyons sérieux, et tout ceux que l’on entend, après chacun de ses meetings, dans une sorte de course aux places, se répandre en flagorneries feraient bien de retrouver leur sang-froid.

Mais il y a pire dans la façon dont est organisée l’opération Macron. Nous sommes confrontés à des défaillances institutionnelles très graves qui lui donnent un tour très préoccupant. La presse nationale, qui tire à l’arme lourde sur François Fillon, a des pudeurs de violette dès qu’il s’agit d’aborder la question du financement de la campagne électorale de la starlette. Celui-ci dispose manifestement de moyens considérables. Une campagne de cette envergure coûte très cher. D’où vient l’argent ? Qui finance tout cela et à quelles hauteurs ? Il y a pourtant des règles très strictes non seulement sur les plafonds que l’on ne peut pas dépasser, mais également l’origine des fonds. Tout le monde se pose la question mais personne ne la pose. Hou hou les « journalistes d’investigation », cela ne vous gêne pas que Macron refuse de communiquer la liste de ses donateurs, alors que celle-ci devra figurer dans son compte de campagne ? D’ailleurs à ce propos, l’utilisation des moyens de Bercy quand il était ministre pose la question du don interdit qui peut provoquer l’invalidation du compte de campagne, au-delà du fait que c’est aussi une infraction pénale. Hou hou, Monsieur le Président de la Commission Nationale des Comptes de Campagne vous êtes bien discret cette fois-ci. On vous a connu plus prolixe et plus sévère dans vos avertissements. Hou hou Monsieur Schrameck président du CSA chargé du contrôle du pluralisme dans les médias audiovisuels, votre attention n’est pas attirée par les énormes déséquilibres de temps de parole qui sautent aux yeux dans cette campagne ? Hou hou Madame Ernotte, présidente du service public radiotélévisé, pas de problème que soit violée quotidiennement l’obligation faite par la loi d’un équilibre pluraliste dans les médias sous vos ordres ? Enfin, ne troublons pas le sommeil paisible de Laurent Fabius, pourtant président du Conseil constitutionnel chargé du contrôle de la régularité du scrutin.

Le jeu de qui-vous-savez

Nous sommes donc contraints de constater que les pouvoirs et autorités, presse comprise, qui ont pour mission de veiller à la légalité et à la sincérité de cette élection, la plus importante de la démocratie française, sont défaillants. Pourquoi ? À cause de cette volonté compulsive et grossière d’élites détestées, de faire advenir Emmanuel Macron, candidat adoubé du système pour que surtout rien ne change ? Mais tout cela va produire un contre-effet dévastateur ! Le lynchage médiatico-judiciaire de François Fillon, aussi justifiés soient les reproches qui lui sont faits, n’est pas séparable de l’autre face de la pièce, la promotion fébrile du candidat de l’immobilisme. Ceux qui sont à la manœuvre nous avaient déjà donné l’habitude de la désinvolture avec laquelle ils traitaient les institutions, maintenant, c’est carrément de l’inconscience.

Marine Le Pen peut leur dire merci.

Révolution

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Macron, plan B de Hollande

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hollande macron montaigne fillon
Sipa. Numéro de reportage : AP21944212_000002.
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Benoît Hamon est donc l’heureux élu primaire, Emmanuel Macron va, court, vole et nous gonfle, Fillon est dans les enquiquinements — que le Canard ait été abreuvé par le ministère des Finances (mais non, pas par Sapin ! Il y a de tout aux Finances, et surtout pas des gauchistes ! Il y a même des sarkozystes…) ou par une « officine » au service de — de qui ? De Rachida Dati ? Hmm…

Il y a trois mois, alors que nous ne savions pas si le président de la République en titre irait ou non à l’abattoir, je disais ma certitude que Macron était le plan B de Hollande, dont l’objectif final est de faire triompher le néo-libéralisme (qu’il soit de droite ou de gauche n’a aucun sens en pratique) et d’annihiler le PS, refuge des Cambadélis et autres Bartolone — tous des petites pointures, si on en croit ce que racontait complaisamment le même Hollande aux deux journalistes invités à ses levers et à ses couchers. J’ajoutais que Mélenchon était le caillou dans la chaussure de ce même Hollande — le miroir impitoyable dans lequel il se reconnaît en homme de droite.

Il fallait donc grignoter le Parti de gauche, qui est le remords personnifié, la preuve vivante que le PS est de droite. D’où l’Opération Hamon, bien parti pour devancer Mélenchon, en donnant à tous les déçus du PS un prétexte pour voter encore une fois pour ce parti de gougnafiers. Cocus de 2012, à vos bulletins ! Il y a du candaulisme chez certains électeurs de gauche… On prostitue la république à un Macron en faisant semblant de soutenir Hamon. Bien joué.

Sans compter que Hamon, l’homme qui justifie le fait qu’il n’y ait pas de femmes visibles dans certains quartiers, est islamo-compatible — ce que n’était pas Valls, dont on peut critiquer bien des points, mais pas son engagement laïc. Avec Hamon, on chasse sur les terres du NPA et du PIR. L’islamo-gauchisme n’est qu’un prétexte : l’essentiel, c’est que la France en tant que nation disparaisse, que les Français en tant que peuple disparaissent, remplacés par une mosaïque de communautés qui…

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli.

Si, légaliser le cannabis est la solution

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Un manifestant de la 15ème marche pour le cannabis à Paris, mai 2016. SIPA. 00755736_000002
Un manifestant de la 15ème marche pour le cannabis à Paris, mai 2016. SIPA. 00755736_000002

N’étant pas socialiste, je n’ai pas voté à la primaire. Son vainqueur, Benoît Hamon, provoque chez moi des sentiments contraires. Si sa sortie mensongère sur les bars ouvriers du XIXème siècle visant à relativiser l’interdiction des cafés aux femmes de certains quartiers m’a révulsé, je dois confesser que sa volonté de légaliser le cannabis me plaît.

Lire aussi >> Non, légaliser le cannabis n’est pas la solution: récit d’un repenti de la dope

Cet enthousiasme n’est, malheureusement, pas partagé par Patrick Barthelot qui l’a fait savoir sur ce même site. Cet homme qui fumait du « hash » il y a quarante ans et s’est même permis de gober un buvard de LSD à l’occasion, a aujourd’hui cessé de consommer du cannabis. Heureux de cette évolution personnelle il semble penser qu’elle doit s’appliquer d’office à tous les amateurs de la substance.

Contre-vérités et approximations

Avant d’évoquer son vécu, l’auteur introduit son propos par quelques contre-vérités et approximations que je me permets de relever :

– L’auteur évoque une « guerre, quelquefois bruyante entre stups et trafiquants » et feint d’ignorer ce que nous apprennent les chiffres de l’OFDT dans le rapport de l’année 2014 à savoir que les interpellations concernent à 90% des faits de consommation. La guerre n’est pas menée contre des trafiquants insaisissables qui se prélassent en Espagne et en Thaïlande mais contre des petits « cannabiculteurs » et de simples usagers, dont certains sont des malades atteints du VIH ou de douleurs chroniques qui cherchent seulement à se soigner.

« Certains vantent ses vertus thérapeutiques » critique encore  Patrick Barthelot. Si demain, je ne lui souhaite pas, il est atteint de sclérose en plaques ou voit un proche malade de l’atroce syndrome de Dravet, nul doute qu’il parlera des effets thérapeutiques du cannabis avec moins de légèreté. Le cannabis permet, entre autres, de soulager les malades souffrant de stress post-traumatique. Nos soldats, policiers et survivants des attentats islamistes pourraient ainsi être traités comme ils le méritent.

– Un autre raccourci tend aussi à nous démontrer que le cannabis augmente le risque de développer la maladie d’Alzheimer. C’est le contraire, le cannabis semble protéger contre cette maladie.

Les prohibitionnistes font le jeu des dealers

Patrick Barthelot raconte ensuite son expérience personnelle. Plaisante au départ, sa consommation de cannabis est, selon lui, à l’origine d’un assèchement émotionnel qui l‘a poussé à y mettre fin. Si le fait d’arrêter de consommer du cannabis lui permet d’être plus épanoui dans la vie, libre à lui de cesser d’en user. Mais la mauvaise expérience qu’il retire du cannabis est loin d’être partagée par tous les usagers. Nombreux sont ceux qui, comme moi, consomment du cannabis tout en étant heureux et épanouis dans la vie et n’entendent pas arrêter d’en user.

Alors qu’au Colorado on vérifie deux fois l’âge des clients dans les dispensaires récréatifs (je l’ai constaté par moi-même), les dealers « français » emploient des gamins de 14 ans qui vendent à des gamins de 16 ans pendant que des gamins de 12 ans montent le guet.  Alors que les dispensaires récréatifs de quatre (bientôt huit) Etats américains et les dispensaires médicaux de 28 Etats payent des millions de dollars d’impôts, nos dealers renvoient au « bled » ce qu’ils n’ont pas versé aux djihadistes (ou à Baraka city et au CCIF). Les petits « cannabiculteurs » français quant à eux, préféreraient sûrement payer des taxes et être protégés des vols, souvent violents, dont ils font l’objet.

Quoi qu’ils en disent, les prohibitionnistes font le jeu des dealers dont ils défendent le gagne-pain. Et quand, ça arrive, ils n’ont d’autres arguments que de me traiter de « gauchiste », je leur rappelle avec un malin plaisir que Nigel Farrage, Alain Madelin ou Eric Brunet sont d’accord avec moi. Que Donald Trump soutient l’usage médical du cannabis « à 100% » et que tout en votant pour la légalisation du cannabis les électeurs californiens ont réaffirmé leur soutien à la peine de mort.

L’alcool et le tabac sont bien plus dangereux

Alors que nous sommes en guerre contre l’islamisme et que l’islam politique grignote chaque jour un peu plus notre chose publique, nous continuons de consacrer plus de 10% de nos forces de police à la lutte contre le cannabis. On ne peut pas être au four et au moulin dit la sagesse populaire, et pendant qu’un policier sur dix traque le fumeur de joint il ne surveille pas les fichés S ni n’enraye la vague de cambriolages qui frappe la France (en particulier la France périphérique). Le talent de nos policiers et nos places de prisons doivent être réservés à ceux qui volent, qui violent et qui tuent, pas à ceux qui ont choisi de consommer un produit moins dangereux que l’alcool.

Alors que chaque année la surconsommation d’alcool tue près de 50 000 Français, celle du tabac plus de 70 000, celles liées au cannabis étaient au nombre… de 6 en France en 2010. Pour faire la guerre à cette substance des policiers ont brulé vifs à Viry-Chatillon. Voilà le prix de la lutte contre « l’asséchement émotionnel ».

« Une drogue comme les autres » aux yeux de Patrick Barthelot. Les témoignages d’anciens toxicomanes qui ont pu mettre fin à une addiction à des drogues dangereuses tels que l’héroïne, l’alcool ou la crystal meth grâce à un traitement au cannabis se multiplient pourtant aux Etats-Unis. Eux, dont l’histoire est autrement plus triste, sont des vrais rescapés de la dope. Et ils le sont grâce à la légalisation du cannabis.

Solidarité avec Walesa

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lech walesa pologne services secrets
Manifestation pro-Walesa, Varsovie, février 2016. Sipa. Numéro de reportage : SIPAUSA30143305_000001.
lech walesa pologne services secrets
Manifestation pro-Walesa, Varsovie, février 2016. Sipa. Numéro de reportage : SIPAUSA30143305_000001.

À chacun sa Penelope. Si en France on s’interroge sur la légitimité d’un ancien Premier ministre pris dans la tourmente à diriger le pays, en Pologne on se demande à quoi le pays aurait ressemblé si ce n’était pas un « traître » qui l’avait libéré et ensuite présidé pendant cinq ans. Il semblerait néanmoins que, dans un cas comme dans l’autre, ce n’est pas la vérité seule qui compte, mais l’usage qu’on en fait et les motivations de ceux qui veulent la trouver à tout prix. Car la valeur de la vérité n’est pas égale selon qu’on la cherche pour elle-même ou pour assouvir des intérêts particuliers et des desseins partisans. En tous les cas, c’est la conclusion qui s’impose après les révélations concernant la collaboration de Lech Walesa avec les services de sécurité communistes (SB).

Cinq ans de coopération

Commençons par les faits : après la sanglante répression des manifestations ouvrières à Gdansk, le 19 décembre 1970, Lech Walesa, alors peu connu et âgé d’à peine 27 ans, se fait arrêter par la milice. Le contenu de son interrogatoire reste secret. Les preuves matérielles, autrement dit les documents, attestent seulement qu’après cette interpellation, Walesa est enregistré en tant qu’« agent » sous le pseudonyme « Bolek ». Entre 1971 et 1973, le futur leader du syndicat indépendant Solidarnosc coopère activement avec le SB, rédige plusieurs dizaines de rapports sur la situation dans les chantiers navals, l’attitude de ses collègues, les actions envisagées par l’opposition. A partir de 1974 et jusqu’en 1976, les dossiers expertisés démontrent un changement dans le comportement de Walesa. Ses notes deviennent de plus en plus laconiques, évasives, il en termine une par « pas la peine de s’épancher sur n’importe quoi ». En 1976, Walesa rompt, de sa propre initiative, toute coopération avec les communistes, pour laquelle il a perçu au total une somme équivalant à cinq salaires mensuels moyens de l’époque. Désormais, il est considéré par le pouvoir comme un personnage hautement subversif et potentiellement dangereux pour la stabilité de l’Etat. De fait, Walesa ne deviendra la grande figure de l’opposition qu’en décembre 1979, quand il réclame devant une foule de plusieurs milliers de personnes rassemblée sur le parvis du chantier un monument à la mémoire des ouvriers tombés en 1970. « Je me sens moralement responsable de ceux qui ont perdu la vie, mais aussi de ceux qui ont survécu et qui m’ont fait confiance », dira-t-il, avant de lancer un appel solennel à apporter une pierre à la place où le monument devrait être dressé. « Si chacun en apportait une, nous érigerions ensemble ce monument ! ».

Discréditer le gotha de Solidarnosc

L’expertise graphologique de l’Institut Sehn de Cracovie, rendue en janvier dernier, ne laisse aucun doute quant à l’authenticité des documents signés « Bolek ». Un doute qui aurait pu être justifié dans la mesure où Lech Walesa a été lavé de tout soupçon de collaboration avec les services de sécurité par la chambre de lustration de la Cour d’appel en 2000. En outre, toutes les nouvelles pièces à conviction susceptibles de compromettre l’ancien président polonais, ont été trouvées lors de la perquisition de la villa habitée par la veuve du général Kiszczak, bras droit du général Jaruzelski et ministre de l’Intérieur dans les années 80, dont la volonté de discréditer le gotha de Solidarnosc serait difficile à contester. Toutefois les plus estimés des historiens polonais, qu’ils soient de droite ou de gauche, s’accordent sur l’impossibilité de falsifier un si grand nombre de documents, de surcroît très détaillés. Lech Walesa a donc bel et bien vendu des informations aux services de sécurité. C’est tout quant aux faits.

Passons à présent à leur signification réelle, c’est-à-dire démontrable. Pour une fois, il serait bien de s’intéresser en premier lieu aux grands oubliés de ce scandale, à savoir les camarades de Walesa, sur qui il a rédigé des rapports. Seule une poignée d’entre eux s’est prononcée sur le sujet, certains rudement, d’autres avec compréhension. Ce fut notamment le cas de Henryk Lenarciak, mécanicien, réprimé tout au long du régime communiste, et qui dit s’être souvenu d’avoir vu Walesa entrer au commissariat entouré de miliciens dont un qui avait tiré sur les gens. Par la fenêtre, Walesa a demandé aux ouvriers d’arrêter de caillasser le bâtiment afin qu’il puisse négocier avec la milice l’arrêt des tirs. Aussitôt, le calme est revenu des deux côtés de la barricade. La milice a longtemps essayé de recruter Lenarciak. Sans résultat. Il n’a jamais rien signé, n’a pas plié, n’a vendu personne. Reste la question de savoir si son exemplarité morale aurait suffi à faire de lui un bon leader ? Certes, le charisme de Walesa ne le disculpe pas. Mais son tempérament, égaré à mi-chemin entre la naïveté et la brusquerie, la bonhomie et l’insolence, a fait de lui le symbole d’un mouvement populaire qui a vaincu un système totalitaire. Si les documents trouvés chez le général Kiszczak témoignent d’un moment de faiblesse d’un jeune ouvrier et père de famille, ils prouvent également la force de caractère de ce même homme qui, à un moment donné, a eu le courage de dire « stop ». Nous savons ce qu’est devenue la Pologne grâce à Walesa- un pays stable sur le plan politique et économique, dont la transition vers la démocratie s’est faite de manière pacifique. Nous ne saurons jamais -et il convient de s’en réjouir, en se rappelant la guerre en ex Yougoslavie- quel aurait été son destin s’il n’y avait eu que des incorruptibles dans l’opposition et que des brutes sanguinaires parmi les membres du Comité central.

Kaczynski salit son ancien mentor

Pourtant, « l’affaire Bolek » sert au parti populiste Droit et Justice, d’argument délégitimant un quart de siècle de l’histoire polonaise. La corruption de Walesa aurait conduit aux « infâmes » négociations de la Table ronde en 1989 entre le Parti et l’opposition, posant ainsi les bases pourries de la nouvelle République. C’est, entre autres, l’avis de Krzysztof Wyszkowski, député de Droit et Justice, ainsi que membre de l’Institut de la mémoire nationale, chargé d’enquêter sur les crimes nazis et communistes contre la nation polonaise.  Jaroslaw Kaczynski, président de Droit et Justice, et frère-jumeau de l’ex président de la République décédé dans un crash d’avion, va nettement plus loin. En 2010, alors que la réputation de Walesa parait solide, il déclare dans la presse : « Face à l’inéluctable compromission de Walesa, c’est Lech Kaczynski qui deviendra le leader symbolique du mouvement de Solidarnosc. ». Et voilà que, d’un coup, toute la terrifiante vérité sur le passé de Walesa indigne beaucoup moins, voire prête à rire. Surtout quand on sait que les frères Kaczynski étaient deux poulains du président Walesa au début des années 90- Jaroslaw occupait la fonction de chef de la chancellerie, Lech, celle de chef du Bureau de la sécurité nationale- jusqu’à ce qu’ils soient virés par leur patron pour de sombres affaires en coulisses. Le paradoxe des plus surprenants : les services de sécurité communistes n’ont jamais réussi, ni à détruire ni à briser psychologiquement Walesa, ce que ses anciens protégés réalisent à présent avec jubilation et méthode.

En effet, le prix Nobel de la Paix encaisse mal les coups, se défend maladroitement. Il nie tout en bloc, refuse de fournir à l’Institut de la mémoire nationale un échantillon de son écriture, crie au complot. On connaît ça en France aussi. Et, pour l’avoir vu cent fois à la télé, on sait que face à la chiennerie lâchée, la pire des stratégies consiste à courir. A l’heure qu’il est, Lech Walesa risque de six mois à huit ans de prison à cause de ses faux témoignages devant la Cour. Quel besoin a-t-il eu de mentir ? Sinon de maintenir sa cohérence intérieure, se persuader soi-même de sa probité, on n’a pas de réponses. Très affecté par la mort soudaine d’un de ses fils, Przmyslaw, 43 ans, décédé au début de l’année d’un diabète non soigné selon le communiqué officiel, Walesa s’effondre et annonce publiquement : « Mon fils n’a pas tenu psychologiquement et à cause de ceux qui me harcèlent s’est pris la vie. ». Prisonnier de sa propre légende, Walesa agace autant qu’il suscite la compassion. Car son rôle dans l’histoire de l’Europe centrale n’est pas contestable, en dépit des agissements politicards d’un Kaczynski dont le nom sera oublié d’ici les prochaines élections. C’est une des raisons pour lesquelles Walesa semble s’enfoncer. Mais pas la seule. Tout comme Kaczynski ne parviendra jamais à réécrire le passé en faveur de son propre frère, Walesa n’arrivera pas à sublimer le sien. Il ne lui reste qu’à se dire qu’il avait géré ses erreurs de la façon la plus intelligente qui soit. Parce que, c’est sûr, il n’y aurait pas eu beaucoup de volontaires pour se battre à ses côtés, s’il avait avoué sa faute il y a trente ans.

PS en phase terminale

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Emmanuel Macron PS Frondeurs Manuel Valls Primaire PS élections présidentielles
Dernier des trois débats télévisés avant le premier tour des primaires de la gauche, Paris, 19 janvier 2017
Emmanuel Macron PS Frondeurs Manuel Valls Primaire PS élections présidentielles
Dernier des trois débats télévisés avant le premier tour des primaires de la gauche, Paris, 19 janvier 2017

Tandis qu’il agonise… Comment ne pas songer au célèbre  roman de William Faulkner en voyant le PS se consumer un peu plus chaque jour ? La primaire organisée le mois dernier devait permettre au parti né à Épinay en 1971 de se refaire une santé. Las ! elle a confirmé que le malade avait atteint un stade critique. Le chiffre à retenir n’est pas le score de tel ou tel candidat du premier tour, pas plus que le résultat du second tour, mais celui de la participation : le premier dimanche, elle a diminué de près de 40 % par rapport à la primaire de 2011. Déjà, les taux d’audience des différents débats télévisés avaient été faiblards, très faiblards. À l’automne, la primaire de la droite avait suscité un réel engouement. En janvier, la primaire du PS a mis en lumière un vrai rejet.

Les formations politiques sont à l’image des civilisations : mortelles. L’ancêtre du PS, la SFIO, a résisté à beaucoup d’avanies, de la guerre d’Algérie au retour au pouvoir du général de Gaulle. Mais elle n’a pas survécu au score calamiteux de son candidat, Gaston Defferre, à l’élection présidentielle de 1969 : 5 %. Or les sondages créditent aujourd’hui le vainqueur de la primaire socialiste d’un score à peine plus élevé au premier tour de la prochaine présidentielle. Les mêmes causes produisant généralement les mêmes effets, poser la question de l’après-PS ne relève donc plus de la politique-fiction.

À l’origine des refondations politiques, il y a toujours un homme. En 1969, il s’appelait François Mitterrand. Après l’échec de Gaston Defferre, il était le leader incontesté de[access capability= »lire_inedits »] ce que l’on appelait alors la gauche non communiste. Sans pour autant appartenir à la principale formation de ce conglomérat, la SFIO. Sous peine d’être marginalisée, la SFIO ne pouvait que s’ouvrir pour digérer Mitterrand. On s’en souvient : à Épinay, c’est Mitterrand qui a « digéré » la SFIO.

Un cannibale nommé Macron

L’homme qui cannibalise aujourd’hui le PS s’appelle Emmanuel Macron. Dans les enquêtes d’opinion sur l’élection présidentielle, il devance nettement le candidat socialiste. La vraie primaire de la gauche n’est pas celle que vient d’organiser le PS. C’est la primaire « sondagière » qui va opposer dans les deux prochains mois Macron au postulant du PS. Ce qui est en jeu, c’est ni plus ni moins le maintien de ce dernier, comme l’a relevé avec malice Jean-Luc Mélenchon. Bon gré mal gré, le PS pourrait être amené à demander à son représentant de se retirer si Macron s’avérait en mesure de se qualifier pour le second tour…

Bien entendu, la vie et la mort des partis politiques obéissent à des ressorts plus profonds. À vrai dire, c’est assez simple : ils ne peuvent pas tricher éternellement avec leur ADN. Tout au long de la IVe République et au début de la Ve, la SFIO avait pratiqué une politique dite de troisième force, en clair des alliances avec des partis de droite et du centre. Lors de son congrès fondateur, le PS a fait un choix stratégique : l’union de la gauche, érigeant les autres partis de gauche en interlocuteurs uniques. En premier lieu, le parti communiste.

Depuis, l’union de la gauche a connu quelques hauts et beaucoup de bas. Le PCF est passé du statut de parti de masse à celui de groupuscule. Le PS lui-même a traversé des zones de turbulences comme en 2002, avec l’élimination de son candidat, Lionel Jospin, du second tour de l’élection présidentielle. Mais, de congrès en congrès, il a gardé le même logiciel, l’union de la gauche, en la célébrant d’autant plus qu’elle était structurellement en crise.

Un quinquennat pour rien ?

Aujourd’hui, impossible de se voiler la face : le quinquennat de François Hollande a vu se déchaîner une véritable guerre des gauches. Dès qu’il a employé, dans le cadre de la lutte contre le chômage, des moyens estampillés idéologiquement incorrects, c’est-à-dire des mesures à caractère libéral, le président de la République a vu se dresser contre lui non seulement le Front de gauche mais une partie non négligeable des députés socialistes : ceux qu’on a baptisés les « frondeurs » ont tout fait pour paralyser l’action du gouvernement de Manuel Valls, en déclarant hors du champ de la gauche son ministre de l’Économie, Emmanuel Macron.

L’actuel locataire de l’Élysée a bien sûr une grande part de responsabilité dans l’échec cuisant du quinquennat. Mais Hollande a surtout tué Hollande : il s’est retrouvé dans l’impossibilité de se représenter. Ceux qui ont tué, du moins achevé, le PS, ce sont les « frondeurs » : que penser d’un parti qui a employé l’essentiel de son énergie à empêcher de gouverner une équipe principalement issue de ses rangs et qui avait reçu l’onction du suffrage universel ? Un tel parti est juste bon à être envoyé à la casse : c’est à l’évidence le sentiment de beaucoup d’électeurs de gauche.

Un homme avait posé le bon diagnostic sur l’état de cette gauche : Manuel Valls. Alors Premier ministre, il avait distingué deux gauches « irréconciliables » : une gauche de gouvernement, prête à se coltiner au réel ; et une gauche du verbe, prisonnière de son antilibéralisme primaire. Étrangement, Valls a changé de pied après sa déclaration de candidature à l’Élysée en optant pour une campagne de bisounours. Avant de se réveiller le soir du premier tour de la primaire devant la performance de Benoît Hamon, le vrai chef des « frondeurs ».

Les quatre France

À la veille de la présidentielle, la France est coupée en quatre. En quatre quarts quasiment égaux et qui se regardent en chiens de faïence. Le premier quart, peut-être le plus important, c’est la France FN, la France qui s’apprête à voter pour Marine Le Pen. Le deuxième quart, sans doute un peu moins consistant, c’est l’alliance de la droite conservatrice et des centristes orthodoxes représentée par François Fillon. Le troisième quart, c’est la gauche radicale : quand on additionne le Front de gauche, les frondeurs du PS, les Verts, et ce qu’il reste du gauchisme, on arrive tout près de 25 %.

Le dernier quart est le plus hétéroclite : il réunit la gauche non radicale, les centristes véritablement centristes et la droite qui se réclame du libéralisme pas seulement sur le terrain économique. C’est cette France qui se pâme aujourd’hui devant Macron. Ce dernier a collé une étiquette sur ce rassemblement en devenir : « les progressistes ». Seront-ils vraiment au rendez-vous de la présidentielle ? Il est trop tôt pour l’affirmer. Mais si Macron réussit son pari, le PS se retrouvera écartelé entre une majorité de son appareil, qui reste idéologiquement proche de Mélenchon, et une majorité de ses électeurs, qui aura succombé à l’appel du grand large.

Dans son roman, Faulkner met en scène une héroïne mourante, Addie, qui fait promettre à son mari de l’enterrer parmi les siens. C’est ce dont crève aujourd’hui la gauche : l’entre-soi. L’idée qu’elle garde le monopole du cœur. Plutôt mourir que d’admettre que le monde a changé et qu’il faut réviser son catéchisme : c’est le credo qui réunit les différentes chapelles de la gauche radicale. Au-delà de ce cercle, point de salut. Macron a l’immense mérite d’avoir ouvert une fenêtre : la logique de sa démarche, c’est la destruction du mur construit à Épinay entre la gauche et la droite. Le PS n’y survivra pas !

Tandis que j'agonise

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Le contre « coup d’Etat institutionnel » de François Fillon

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François Fillon entre en scène, Paris, 6 février 2017. SIPA. 00792075_000002
François Fillon entre en scène, Paris, 6 février 2017. SIPA. 00792075_000002

Cerné comme jamais. Trois quarts d’heure avant l’arrivée de la proie, la meute est déjà regroupée. Les mâles dominants devant – TF1, France 2, BFM TV – et les nés d’hier derrière – les jeunots de la journalie. Le long du corridor d’entrée dans l’arène, une autre file de caméras attend l’arrivée du candidat: les appareils sont dégainés, c’est à qui « flashouillera » le premier.

Circus mediaticus

16h05, il est en retard, la meute s’impatiente et dévore ses premiers petits: « Assis! », « cheveux ! », « tête ! », râlent en choeur les plus anciens à ceux qui, trop sûrs d’eux, voulaient se faire une meilleure place.

16h08, plus rien ne dépasse, les photographes sont au taquet: la petite musique de leurs clics et de leurs clacs retentit. Comme une armée de criquets, affamés et virevoltants, prêts à s’écraser sur un champ. Mais… raté, « ce n’est pas lui » ! Le prochain envol sera le bon. Et de loin sur l’écran, le très accusé Fillon apparaît finalement. Triste et penaud ? Pas même un peu. La proie qu’on prenait pour un lièvre est en fait un gros félin: blessée, meurtrie, elle se redresse et montre les crocs.

« Je n’ai rien à cacher », « les accusations sont infondées », « tout est légal », je vous emm… et j’aime ma femme. Qui, d’ailleurs, n’a rien à se reprocher. « Oui, je l’ai embauchée » mais « rien n’était dissimulé ».  Debout, droit, conquérant, François Fillon assène les reproches un à un et les assume tout en bloc. Sûr de lui et la voix pleine, la partition est juste : le candidat a répété. Seule son alliance, qu’il torture de son petit doigt, rappelle l’homme qu’il était encore deux jours avant.

L’assisté parlementaire contre le Parlement

Car oui, l’homme a pris « un coup », un « coup à l’estomac » qui l’a « déstabilisé ». Mais après avoir été « lynché » – par « le système médiatique » – il est là pour répliquer et se permet même d’attaquer : à une journaliste de Mediapart qui lui pose une question, il répond : « moi, Madame, je n’ai jamais eu de contrôle fiscal ». Puis, sans s’arrêter, il déballe: son patrimoine, ses impôts, son grand oral de transparence va jusqu’à son Livret A. On pourrait croire qu’il nous récite le Canard. Le verbe en moins, en président américain, mieux que n’a jamais su le faire celui à qui il cherche à succéder.


Regardez l’intégralité de la conférence de presse de François Fillon

Mais soudain, et sans que la lumière ne baisse, l’ambiance et le ton se font plus solennels… François Fillon change de public et prépare son coup de génie : « Ce n’est pas au système médiatique de me juger mais aux Français ». Sur le plan légal, je n’ai pas fauté mais d’un point de vue moral, « je leur présente mes excuses. J’ai agi selon un usage légal mais dont nos concitoyens ne veulent plus, des pratiques anciennes de la vie politique française qui ne sont plus acceptables aujourd’hui. »

C’est à ce moment que sans crier gare, François Fillon décide de déclencher son contre-«coup d’Etat institutionnel». Sans se défausser, le candidat de la droite (et du centre) prend acte de l’antiparlementarisme ambiant et en fait même… son programme !

S’il devient président, c’est juré : il ne reviendra pas sur la restriction du cumul des mandats (pourtant contestée dans son camp) et proposera de réduire le nombre de parlementaires ! Français, vous avez eu raison de me blâmer, mais si vous l’avez fait c’est parce que le système, dont je suis victime, est mauvais. Vous avez dit populiste ? Lui, le symbole de l’antiparlementarisme s’en est fait le pourfendeur. L’arrosé arroseur.

Molenbeek: la gauche fracturée par l’islam

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molenbeek belgique islam gadaleta
Molenbeek, 2015. Sipa. Numéro de reportage : SIPAUSA30138087_000003.
molenbeek belgique islam gadaleta
Molenbeek, 2015. Sipa. Numéro de reportage : SIPAUSA30138087_000003.

Molenbeek, cela vous dit quelque chose ? Son ancien maire relativiste, son église désertée, sa mosquée pleine à ras bord… Tous les djihadistes européens des quinze dernières années ont transité dans cette commune de Bruxelles aux allures d’émirat. Mais motus, il paraît que le simple énoncé de ces faits « stigmatise » une communauté entière du royaume de Belgique, ce paradis du vivre-ensemble où les accommodements déraisonnables font loi.

Reductio ad zemmourum

Il ne fait donc pas bon dire certaines vérités. Fût-on écolo, de gauche et élu du camp du Bien, comme vient de l’expérimenter Annalisa Gadaleta,  échevine – l’équivalent d’adjointe au maire – de Molenbeek. Auteur du fracassant Entretien à Molenbeek coécrit avec un sociologue italien soucieux de comprendre le bouillon de culture bruxellois, l’élue du parti vert flamand (Groen !) a choqué une bonne partie de ses alliés de gauche qui la comparent déjà à Eric Zemmour et Alain Destexhe. Que sa prose défrise les amoureux transis du multicu à peine refroidis par les attentats islamistes, on le comprend aisément à la lecture de ces extraits : « Il y a un patriarcat typique  des sociétés rurales, mais transposé dans une métropole ! On peut remarquer que ceux qui viennent ici, provenant d’un endroit rural, sont de nature à reproduire certains modes de vie : des petits groupes, des clans… Par exemple, il nous a été très difficile de faire comprendre que, pendant la fête du sacrifice, on ne pouvait pas égorger de moutons dans les maisons ».

Et ce n’est pas fini, le mouton dans la baignoire n’étant qu’un symbole. Demandez le programme.

L’endogamie entre musulmans ? « Beaucoup d’hommes, et même leurs familles, considèrent les femmes du pays d’origine comme plus attractives: leurs attentes sont plus conformes aux valeurs normatives de la tradition. Elles ne cherchent pas à mener une vie en dehors du cadre familial, et du coup, elles sont plus fiables que d’autres femmes. »

La phallocratie ? « Une amie proche m’a raconté que souvent les familles encouragent les fils à trouver une épouse au Maroc. De cette façon, ils peuvent exercer une forme de contrôle et une forme de pouvoir sur ces femmes; ce qui n’est pas possible avec les filles qui sont nées et qui ont étudié ici. »

Le natalisme immigré ? «L’existence de tant de familles nombreuses peut s’expliquer aussi par notre système d’allocations familiales qui favorise celles-ci. Ce système a eu ses raisons en son temps, mais un débat devrait avoir lieu sur la pertinence de le conserver »

La hallalisation des rues ? « Le repli identitaire ? C’est un phénomène que nous avons remarqué au cours des dix dernières années. Il s’est vraiment renforcé en rue et dans les magasins. On se croirait au Maghreb, mais nous n’y sommes pas ! », est-il écrit dans un français parfois approximatif.

Comble de la provocation, Annalisa Gadaleta réclame l’imposition de cours de langue obligatoires aux immigrés, une mesure en vigueur depuis belle lurette en Flandre, mais qu’une bonne partie de la gauche francophone juge éminemment « stigmatisante ». Dès qu’il est question de réalités qui dérangent, le champ lexical de la stigmate apparaît comme par magie. On se croirait chez Saint François d’Assise. Ainsi, si Sarah Turine, échevine du parti francophone Ecolo (et islamologue patentée à la ville!) concède que son alliée flamande « pointe des défis intéressants (comme la mixité dans les quartiers, l’émancipation des jeunes et des femmes…) », c’est pour ensuite dénoncer un « livre (…) truffé de contre-vérités et d’amalgames. Notamment par rapport à la communauté marocaine ou la question des musulmans. Des questions qui sont sans nuances et qui stigmatisent toute une population. » Autrement dit, Gadaleta pose quelques bonnes questions, selon le fameux mot de Fabius, mais donne de mauvaises réponses. « On attend désormais d’Annalisa qu’elle se rende compte qu’elle a éventuellement fait des erreurs dans son livre et qu’elle s’excuse auprès des populations concernées. » persifle Sarah Turine, dans un réflexe pacifiste qui tient doublement de la stratégie électorale.

La danse du ventre électorale

Inutile de détailler la tactique Terra Nova de la voiture-balai bobo-immigrés : la gauche belge, singulièrement wallone, en est friande, et ce n’est pas le visage bigarré des rues de Molenbeek qui la fera renoncer à cette danse du ventre électorale.

Mais en coulisses, les grandes manœuvres partisanes ont déjà commencé. Tant et si bien que les écolos francophones aimeraient reprendre du service auprès de leur ancien allié socialiste, relégué dans l’opposition depuis quelques années. Montrer du doigt la gestion clientéliste et islamo-friendly de Molenbeek depuis de nombreuses années revient à mettre en cause les héritiers PS de Philippe Moureaux, maire de la commune de 1992 à 2014. Or, jusqu’au début des années 1990, le futur bourgmestre socialiste faisait campagne au nom de  « stop à l’immigration », s’insurgeait contre la reconnaissance dans l’islam et se faisait un farouche défenseur de l’assimilation des immigrés. « Je  le dis clairement et durement : nous sommes totalement incapables d’intégrer une nouvelle vague d’immigration. On va arriver à des situations conflictuelles ». (Vlan, 29 septembre 1993) », assénait-il naguère. Mais voilà, on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre. Tournant casaque, Moureaux s’est subitement converti, au propre comme au figuré, à l’islamo-gauchisme, nazifiant ici les critiques de l’islam, convolant là avec une jeune militante d’origine marocaine.

En vue des élections municipales de 2018, Catherine Moureaux a repris le flambeau paternel, proposant entre autres l’adaptation de l’enseignement de l’histoire en fonction des origines des élèves (ce qui laisse augurer de grands moments de solitude aux profs racontant les Croisades, les origines du conflit israélo-arabe ou la conquête islamique…). Dans ce petit Liban gangrené par les comptes d’apothicaire et les stratégies d’appareil, Sarah Turine et ses séides ne comptent pas injurier l’avenir, qui pourrait bien s’écrire avec le PS.

Deux gauches belges irréconciliables ?

Et le moins qu’on puisse dire, c’est que l’opposition socialiste molenbeekoise ne suit pas une ligne franchement courageuse. Son chef Jamal Ikazban, émule quadra de Moureaux, tient à la fois de l’entrepreneur communautaire (pour son engagement passé au sein de l’Association des Jeunes Marocains) et du militant « anti-islamophobe ». Dans un jugement que ne renierait pas notre CCIF national, Ikazban balaie d’un trait de plume le livre « poubelle » de Gadaleta  plein de  « clichés islamophobes et racistes ». Il est certainement « islamophobe » et clichetonneux de rappeler l’origine molenbeekoise des assassins du commandant Massoud, des exécutants du 13 novembre ou de rappeler la tentative de prise d’assaut du commissariat qui avait suivi l’arrestation d’une femme en burqa au printemps 2012.

Jamal Ikazban fait pourtant peu de cas de l’incubateur bruxellois. Hier encore défenseur d’un djihadiste maroco-belge criant à la torture, pourfendeur de l’expert sécuritaire Claude Moniquet (« une ordure sioniste », sic), le jeune homme au CV communautaire long comme le bras ne fait pas dans la dentelle lorsque certains intérêts sont en jeu.

L’essai d’Annalisa Gadaleta tombe donc au plus mal. Comme dans la douce France, la panoplie de la gauche multicu (droit de vote des étrangers, campagnes d’Etat contre les discriminations et « l’islamophobie ») sépare « deux gauches irréconciliables », selon la doctrine Valls. À ceci près que Gadaleta, soutenue par le parti vert flamand, fait la course bien seule à Molenbeek.

Investi triomphalement par la Belle alliance populaire, Benoît Hamon pourrait donner des ailes aux terra-novistes belges, qui disposent d’un terrain sociologique encore plus favorable. Sous nos cieux, la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon a néanmoins quelque chance de rivaliser avec la France soumise d’Hamon…

Le « prédicat », une polémique stérile?

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predicat ecole grammaire vallaud belkacem
Sipa. Numéro de reportage : 00748563_000037.
predicat ecole grammaire vallaud belkacem
Sipa. Numéro de reportage : 00748563_000037.

Antoine Rivaroli, alias Rivarol, à qui nous devons le célèbre et magnifique Discours sur l’universalité de la langue française, était aussi journaliste. Sans doute inspirés par ce prestigieux modèle, les journalistes actuels se sentent tenus de prendre parti dans les débats concernant la pédagogie du français.

SOS COD en détresse!

Qu’il serait bon d’effectuer quelques menues modifications dans les nomenclatures de la grammaire scolaire, je ne le nie pas. Si on me demandait mon avis, je dirais qu’il faudrait veiller à ce que le complément d’attribution ne cohabite plus avec le COI/COS comme s’il s’agissait de notions distinctes alors que celles-ci ont remplacé celle-là. Et qu’il serait temps que l’on cessât de considérer « donc » comme une conjonction de coordination alors qu’il fonctionne comme un adverbe. Toucher au COD ne me semble pas indispensable, même s’il est vrai qu’on devrait prendre garde au choix des exemples, qui prête parfois à confusion. « La bouchère pèse le poulet » ? COD. Mais « le poulet pèse deux kilos » ? Pas COD. Je ne vais pas développer ici mais je tiens à dire que les problèmes d’étiquetage des notions, dont tout le monde se gausse ces temps-ci, ne sont pas de purs artifices gratuits. L’enjeu est de rendre compte au plus près de la perception que nous avons du fonctionnement de notre langue, de ce qu’on appelle le sentiment de langue. Il n’y a rien de plus naturel que la grammaire : dans son essence, elle n’est pas normative, mais descriptive. Elle est la science qui prend pour objet la structuration de notre pensée. La vision du monde qui constitue comme l’inconscient commun d’un peuple est profondément inscrite dans sa grammaire.

Qui n’est pas sensible au caractère mystique de la grammaire pourrait l’être un peu plus à son aspect utilitaire. En effet, on n’a pas besoin de savoir ce qu’est un COD pour parler correctement le français. Ni l’anglais d’ailleurs. Mais imaginez que vous souhaitiez apprendre une langue flexionnelle… « Le latin et le grec, c’est fini, ma pôv dame ! » Oh je sais. Mais je pensais à la belle langue de Goethe et de Tokio Hotel, de Rammstein, Schiller et Angela Merkel.

Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux.