Personne ne s’en inquiète et pourtant ce n’est plus exclu : le second tour de l’élection présidentielle pourrait opposer Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon. Il ne s’agit pas d’un scénario catastrophe échafaudé par un dépressif chronique. C’est la conclusion logique que chacun devrait tirer de l’observation des récents sondages. Quatre candidats, Marine Le Pen, Emmanuel Macron, François Fillon et Jean-Luc Mélenchon, convergent désormais autour de 20% à 22% des suffrages. Les deux premiers s’effritent, le troisième paraît disposer de réserves, le quatrième a le vent en poupe. Dès lors, difficile de tabler sur un ordre d’arrivée. En 2002, Jean-Marie Le Pen a devancé Lionel Jospin de moins d’1%. A ce jour, un second tour Marine Le Pen- Jean-Luc Mélenchon reste improbable. Mais il n’est plus impossible.
Chambardement général
Décidément, cette élection présidentielle est folle. Chacun a en mémoire les épisodes précédents. Le forfait du président sortant, François Hollande, pour cause d’impopularité abyssale. L’élimination de Nicolas Sarkozy au premier tour de la primaire de la droite. L’élimination au second tour d’Alain Juppé, qui avait longtemps fait figure de grand favori de la présidentielle. Le gadin immédiat de leur vainqueur, François Fillon, pour cause de Penelopegate. L’irruption d’un ovni politique, Emmanuel Macron. La défaite de Manuel Valls à la primaire socialiste. Les lendemains qui déchantent pour son vainqueur, Benoit Hamon. Et maintenant, le changement de statut de Jean-Luc Mélenchon.
Ce grand chambardement a une cause profonde : le profond rejet des partis dits de gouvernement. A eux deux, les candidats des Républicains et du PS, Fillon et Hamon, drainent à peine plus d’un quart des suffrages.La France reste sur deux quinquennats ratés. Sarkozy n’a pas même amorcé « la rupture » qu’il avait promise. Hollande a oublié « le changement » aussitôt élu. Le chômage frappe massivement les jeunes issus des catégories populaires, quelle que soit la couleur de leur peau. Notre République « une et indivisible » est fracturée entre des communautés qui se replient sur elles-mêmes. Dans ces conditions, comme partout en Europe et dans le monde, l’hexagone connaît une vague populiste.
Un populisme ça va, deux…
Reste que les programmes de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon défient le bon sens. Au moins sur le plan économique. Un seul exemple : une mesure qui leur est commune, le retour à la retraite à 60 ans. Tous les autres pays la portent à 65 ans et au-delà pour une raison évidente : on vit de plus en plus vieux. Comment la France pourrait-elle, seule, remonter le temps ? C’est d’autant plus aberrant que les 62 ans décidés par Sarkozy en 2011 sont plus généreux que les 60 ans de Mitterrand en 1981 : entre temps, l’espérance de vie a augmenté de cinq ans. Le financement, faramineux, de cette mesure asphyxierait l’économie : tout le monde serait mis à contribution, à commencer par les entreprises, alors même que, face à la concurrence internationale, elles ont grand besoin d’allègement de charges.
Il reste quelques jours au camp Fillon comme au camp Macron pour se ressaisir. La droite doit cesser de faire la bégueule devant son candidat. Le leader d’en Marche doit arrêter de se regarder dans la glace et admettre qu’il ne gagnera pas tout seul. Surtout, il faut mettre fin à l’impunité dont bénéficie Mélenchon : alors que Marine Le Pen reste diabolisée, le candidat du Front de gauche a réussi à gommer son agressivité naturelle pour apparaître comme une sorte de bisounours. Sauf que derrière ce masque bonhomme, ses références restent Chavez et 1793.
Bien entendu, ce sont les électeurs qui auront le dernier mot. Devant la faillite de la classe politique traditionnelle, on peut comprendre qu’ils portent un candidat populiste au second tour. Mais, de grâce, pas deux.
Jeudi en milieu d’après-midi, si l’on soumettait au moteur Google une recherche concernant ce débat en spécifiant qu’on ne voulait que les vidéos ou articles de « moins de 24h », on obtenait des pages et des pages de référencements renvoyant aux sites internet de tous les grands médias. Et la liste s’allongeait de minute en minute.
Ils se sont calmés.
Mais vendredi, quand BFMTV proposait un sujet sur les réactions des candidats à l’intervention américaine, les images d’illustration choisies pour la conclusion sont tirées du Grand Débat, et les deux courts extraits sélectionnés ne présentaient aucun rapport avec la géopolitique.
Peu importe, puisqu’on n’a pas le son, mais on se dit qu’ils cherchent vraiment à capitaliser au maximum sur leur succès d’audience en suggérant à tous ceux qui ne l’auraient pas encore vu d’aller regarder le débat.
Non d’ailleurs, on leur suggère de « revivre » ce débat :
Ce n’est donc pas seulement une émission que vous avez suivie (peut-être assez distraitement). C’est un épisode marquant de votre vie que, sans doute, vous avez envie de « revivre ».
François Fillon en meeting à Paris, avril 2017. SIPA. AP22038209_000054
Tout le monde est d’accord pour condamner le terrorisme islamiste. Mais, vous l’avez déjà évoqué, on assiste aussi à la montée d’une forme de piété et de rigorisme qui tend à isoler du reste de la société. Ce séparatisme pacifique vous inquiète. Au-delà de l’appel général à la fierté nationale, que ferez-vous pour le combattre ?
Sur ce sujet je veux être clair : je n’accepte pas la constitution de communautés avec leurs propres règles, leur propre vision de la femme, leur propre conception du droit, leur propre système de valeurs pouvant parfois aller à l’encontre de celui de la République. La France, ce n’est pas une collection de communautés qui ne se parlent pas et ne partagent rien. Vivre en France, c’est accepter d’entrer au sein de la communauté nationale, la seule qui existe, et de respecter ses lois, ses coutumes et ses devoirs. Il appartient à l’État de faire respecter cela, mais il revient aussi aux autorités religieuses de stopper les dérives rigoristes et « sécessionnistes » dont vous parlez. Le Talmud déclare que « la loi du pays est ta loi ». Il y a de la place pour plusieurs amours dans un même cœur, mais une seule loyauté.
En ce cas, pourquoi ne proposez-vous pas, comme Marine Le Pen, l’abrogation de la double nationalité ?
En pratique, cela signifierait que l’on ne pourrait plus accorder la nationalité française à un étranger présent sur notre sol de façon légale. Car beaucoup de pays refusent le retrait de la nationalité de leurs ressortissants. C’est le cas de la Tunisie ou de l’Algérie.
Mais ce qui me paraît plus important c’est de revoir nos procédures d’accès à la nationalité. Je propose que la durée minimale de résidence en France exigée d’un candidat à la naturalisation soit portée à huit ans, comme c’est le cas en Allemagne. L’acquisition de la nationalité sur simple déclaration à la suite d’un mariage ne serait possible qu’après cinq ans de vie commune et l’assimilation du conjoint étranger fera l’objet d’une vérification. Quant aux jeunes nés en France de parents étrangers, ils pourront, comme c’est le cas aujourd’hui, accéder à la nationalité française mais cet accès devra être le fruit d’un choix mûri et formalisé dans une déclaration de volonté de devenir français.
Dans la mobilisation que vous appelez de vos vœux, l’École est en première ligne. Or, au cours du débat sur TF1, vous n’avez parlé que de l’apprentissage : pas un mot sur le retour de l’autorité, la restauration des savoirs, l’encouragement à l’excellence. Comme si votre seul but était de fournir de la main-d’œuvre à nos entreprises.
Si on m’en avait laissé le temps, vous auriez pu voir que l’apprentissage n’est qu’une partie de mon programme sur l’Éducation. Pour moi, l’École est[access capability= »lire_inedits »] le vecteur du savoir et de l’unité républicaine. Elle doit s’attacher à transmettre les savoirs fondamentaux. Une fois ce socle nécessaire assimilé, l’École peut s’ouvrir sur les arts, le numérique et les métiers de demain, en visant, à chaque étape, l’excellence de l’enseignement et la réussite des élèves. Ces deux derniers points sont inconcevables sans la discipline dans les classes et les établissements : il n’y a pas d’apprentissage efficace des savoirs, il n’y a pas d’émulation, sans autorité. Que dans certaines de nos écoles on s’interpelle suivant ses origines, c’est une régression de l’unité nationale. Je ne l’accepte pas. C’est pourquoi je propose que les écoliers portent un uniforme scolaire, pour qu’ils se sentent tous ensemble, tous égaux. C’est un symbole, mais tout commence par des symboles !
Peut-être, mais comment ce symbole d’homogénéité s’articule-t-il avec la large autonomie que vous laissez aux établissements. Vous proposez d’introduire plus de libéralisme, alors que la refondation de l’École républicaine exige plutôt une reprise en main verticale. Au prétexte que l’État n’a pas rempli sa mission, doit-il renoncer ?
Désolé de vous contredire, mais je ne propose pas d’introduire plus de « libéralisme » à l’École, mais un peu plus de liberté ! Lorsque vous discutez avec les chefs d’établissement et les enseignants, tous vous disent qu’ils étouffent sous les directives et la bureaucratie, avec les résultats scolaires que l’on sait. Le problème, c’est que l’État confond autorité et uniformité. Il ferait bien d’être plus ferme sur l’essentiel – transmission des savoirs fondamentaux, valorisation du mérite, respect des enseignants, sécurité des établissements – et moins tatillon sur le reste.
L’identité française doit articuler du nouveau et de l’ancien. Quand vous insistez sur les racines chrétiennes, est-ce que vous n’excluez pas, non seulement ceux qui viennent d’ailleurs, mais aussi tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans la Manif pour tous ?
Pardonnez-moi mais je ne fais qu’énoncer ce que nous sommes : un pays imprégné de culture gréco-latine et façonné par ses racines judéo-chrétiennes. L’ignorer ou le nier, c’est absurde, et c’est surtout participer à un exercice nocif de négation de notre héritage. Pour autant, cette réalité ne doit pas conduire à exclure qui que ce soit. Jamais je ne me suis permis d’utiliser des mots blessants à l’égard des partisans du mariage pour tous. La liberté fait partie de notre identité.
Un certain nombre de nos compatriotes voient avec méfiance le soutien que vous apporte Sens commun. Au-delà des caricatures, il y a aujourd’hui une tentation identitaire chez certains catholiques français qui aimeraient se constituer eux aussi en communauté opprimée et discriminée. Au moment où on tente d’imposer à tous le respect de la laïcité, est-il opportun de mettre en avant nos racines chrétiennes ?
Il existe dans notre pays une volonté sincère de renouer avec des repères et nos héritages. C’est respectable dès lors que cela est fait avec intelligence et bienveillance. Quant à ma foi chrétienne, elle est une affaire intime dont je n’ai pas honte. Mais je la distingue de mes devoirs politiques, dont celui de rassembler les Français quelles que soient leurs convictions religieuses ou philosophiques.
Vous semblez plus à l’aise sur votre projet économique. Mais ce n’est pas seulement (et peut-être pas tant) celui-ci qui a séduit les électeurs de la primaire mais le fait que « la France des provinces, des parvis et des anciens usages », selon l’expression de Vincent Trémolet de Villers dans Le Figaro, a vu en vous le candidat de la continuité historique et d’une certaine identité française. Or il y a une contradiction évidente entre les deux : comment prôner à la fois l’enracinement culturel et la mondialisation économique débridée ? Plus de nation et plus d’Europe ? Comme l’observe Alain Finkielkraut, vous ne pouvez pas défendre l’identité française et ouvrir des fermes des mille vaches. Bref, comment peut-on être libéral et conservateur ? L’identité n’a-t-elle pas besoin de frontières ?
On peut défendre l’identité française et accepter le fait que la France n’est pas seule au monde. On peut défendre la nation et estimer que l’échelle européenne est aujourd’hui plus efficace pour régler un certain nombre de problèmes, dont celui des frontières justement. C’est une question de réalisme. Dire le contraire, c’est nier l’évidence. Qui croit aujourd’hui que face aux puissances du monde, à la Chine, aux États-Unis et à la Russie, la France peut complètement se passer de l’Europe ? Je suis pour une Europe des nations forte, qui protège mieux les citoyens sur les grands sujets où, ensemble, nous pouvons agir plus efficacement : la souveraineté monétaire, la défense des frontières, la défense de nos intérêts commerciaux, les défis climatiques… Mais je suis pour que cette Europe laisse s’exprimer le génie propre des peuples, dont la diversité fait justement la beauté de la civilisation européenne que je défends. Il faut qu’une Europe moins technocratique arrête de chercher à produire un « Européen moyen » qui n’existera jamais, au risque, on le voit aujourd’hui, d’exciter « la virulence des nationalités », comme disait le général de Gaulle. Une identité française affirmée dans une Europe forte est possible. Sur le sujet de la mondialisation, encore une fois, nier l’évidence serait mentir aux Français. Nous y sommes. Soit nous choisissons de nous battre avec nos armes, qui sont celles d’un grand pays qui a des atouts, soit nous choisissons de nous résigner au repli et au déclin. Si par conservateur vous désignez quelqu’un qui est fier des traditions françaises, alors je suis conservateur ; si par libéral vous désignez quelqu’un qui estime que la France doit se réformer et se retrousser les manches pour tenir son rang dans le monde, alors je suis libéral. Je rappelle que je suis gaulliste, pas socialiste ! Mais liberté ne veut pas dire naïveté ! Je ne suis pas un rêveur de la mondialisation heureuse. Il faut se battre et prendre les mesures qui s’imposent pour instaurer une compétition loyale avec nos concurrents.
Vous avez déclaré : « Nous ne pouvons pas tenir notre rang dans le monde en disant “nous ne sommes personne”. Nous ne pouvons pas intégrer des étrangers qui reçoivent la nationalité française en disant “bienvenue nulle part”. » En quelques mots, qui sommes-nous ? Qu’est-ce qui fait de nous un peuple ?
Une histoire, des paysages, des traditions, une langue, une littérature, une culture, un drapeau, des institutions, des valeurs, des souvenirs partagés… Tout cela forge une âme, une poésie française. La France n’est pas un fait clinique. « Une certaine idée de la France », disait de Gaulle… Je crois qu’au cœur de cette « idée », il y a chez les Français l’instinct de la liberté et de la grandeur.[/access]
Cérémonie de commémoration de la rafle du Vel' d'hiv', 2016, Paris. SIPA. 00764741_000003
Il n’a pas fallu moins de 50 ans pour que la demande soit explicitement formulée. C’est seulement en 1992, soit cinquante ans après la rafle du Vel’ d’Hiv’, qu’une pétition lancée par le comité Vel d’Hiv’ 42 et soutenue par 200 personnalités parut dans Le Monde, pour demander au président de la République de reconnaître au nom de la France, que « l’État français de Vichy a été responsable de persécutions et de crimes commis contre les Juifs de France ».
Cette demande émanait de citoyens français juifs et non juifs. Elle ne demandait que la reconnaissance d’une vérité historique dûment établie par les historiens, en particulier depuis les travaux de Robert Paxton en 1972.
Mitterand refusa de répondre à cet appel, en s’appuyant sur le mythe entretenu conjointement par les communistes et les gaullistes selon lequel la France ayant été résistante, et la République ayant été supprimée par le régime de Vichy, ni la France ni la République n’avaient le devoir d’assumer et de condamner les crimes commis par l’État français de Vichy, son chef, son gouvernement et son administration, au nom de la France légale.
Marine Le Pen veut effacer les crimes de Vichy de la mémoire nationale
Comme si Vichy n’avait rien à voir avec la France, et comme si la France n’était pour rien dans la rafle du Vel’ d’Hiv’ et la déportation vers les camps d’extermination de 75000 Juifs de France.
Trois ans plus tard, Jacques Chirac fit cette reconnaissance, ce qui permit de réconcilier la France avec son passé grâce au partage d’une mémoire commune.
À l’exception toutefois des tenants du mythe gaullo-communiste et, d’autre part, des nostalgiques de Vichy. Les uns comme les autres prétendent qu’ils veulent sauver l’image glorieuse de la France contre ceux qui la dénigrent en l’enfermant dans une repentance sans fin.
Marine le Pen vient de reprendre à son compte l’argumentaire en faveur de ce déni et de ce refoulement de la vérité historique. Je la cite : « La France n’est pas responsable du Vél’ d’Hiv’. S’il y a des responsables, c’est ceux qui étaient au pouvoir à l’époque, ce n’est pas la France. La France a été malmenée dans les esprits depuis des années. On a appris à nos enfants qu’ils avaient toutes les raisons de la critiquer, de n’en voir les aspects historiques que les plus sombres. Je veux qu’ils soient à nouveau fiers d’être Français. »
Ces gens-là ne veulent pas admettre que l’honneur de la France est d’avoir réhabilité Dreyfus, injustement condamné parce que juif, et d’avoir reconnu les crimes de Vichy, pour mieux rendre hommage à l’autre France, celle de De Gaulle à Londres, celle des résistants et celle des Justes. Pour répondre à l’argumentaire de Marine le Pen, et pour donner tout son sens à l’impératif de la reconnaissance, je ne connais rien de mieux que le texte écrit par Marthe Robert au lendemain de l’appel du Comité du Vel’ d’Hiv’ 42.
Pour aller encore plus loin, comme on dit, on se reportera au récent film de Michaël Prazan « Vichy, la mémoire empoisonnée » et à la plaquette d’Anna Senik, parue chez l’Harmattan, « L’histoire mouvementée de la reconnaissance officielle des crimes de Vichy contre les Juifs. Autour de la cérémonie officielle de la rafle du Vel’ d’Hiv’. »
« La Shoah est l’un des rares événements historiques – en un sens peut-être même le seul -, qui jouent au temps le mauvais tour de ne pas passer. La Shoah ne passe pas, non seulement parce qu’elle laisse des survivants, et des descendants de ses victimes, mais parce qu’elle concentre en elle une quantité, et, si l’on ose dire, une qualité d’horreur que l’Histoire elle-même, pourtant blasée en matière de tuerie, ne parvient pas à avaler.
Ce n’est pas que dans les pays concernés, on n’ait tenté de faire rentrer cette scandaleuse singularité dans le rang, en l’identifiant sans plus avec les innombrables tragédies humaines qui, vécues par d’autres peuples, et en d’autres temps, sont elles au moins bien révolues.
En France – sans parler des prétendus « révisionnistes » qui, toute honte bue, nient les faits les mieux établis-, les choses se sont passées différemment parce que le pays, vaincu, défait, ruiné, pouvait se tenir à bon droit pour la victime d’une guerre malheureuse. Seulement, il y avait le gros point noir de la collaboration qui, s’il ne pouvait être totalement éliminé, pouvait du moins être quelque peu gommé. Pour cela, les divers gouvernements qui se sont succédés pendant 50 ans ont utilisé ce que j’appellerai la stratégie du « comme si » : on a confondu dans une même catégorie de victimes les résistants qui s’étaient battus en toute connaissance de cause , et les Juifs qui, dans leur immense majorité n’avaient été persécutés, humiliés, massacrés que pace qu’ils étaient né Juifs – grâce à quoi on pouvait nier la discrimination raciale que le régime de Vichy a bel et bien pratiquée- « comme si » enfin, de tous le plus scandaleux, l’affaire Touvier dans laquelle la chambre d’accusation a rendu un arrêt de non-lieu, arguant, en dépit de toutes les preuves contraires, que du fait que si la Milice avait commis des actes répréhensibles, le Maréchal quant à lui n’avait pas eu part à la persécution des Juifs.
Venant après tant de révélations qu’apporte l’inventaire encore timide des archives, ce dernier « comme si » était trop impudent pour ne pas provoquer l’indignation de la partie la plus saine de l’opinion- car pour la collectivité comme pour l’individu névrosé, cette forme insidieuse de falsification n’engendre jamais que trouble et maladie.
À l’occasion du cinquantenaire de la rafle du Vel’ d’Hiv’, le président de la République s’honorerait en disant solennellement, avec la haute autorité que lui confère sa fonction, que l’État français a eu sa part dans les crimes dits avec raison contre l’humanité. Il se peut que tout de suite après les années sombres, la nécessité de relever un pays défait, profondément démoralisé, ait conduit le général de Gaulle à cette forme de falsification que tous déplorent encore aujourd’hui. Mais depuis longtemps, l’argument ne tient plus ni de l’intérieur ni de l’extérieur la République n’est plus menacée, il est vraiment temps de dire enfin la vérité.
Non qu’on puisse l’offrir en réparation aux victimes et à leurs descendants, ce crime est irréparable.
Mais l’exprimer publiquement, par la voix la plus autorisée, ce serait, d’abord pour nous, faire œuvre de salubrité. »
Roger Holeindre. Sipa. Numéro de reportage : 00712376_000015.
Daoud Boughezala. Tous les attentats islamistes perpétrés en France depuis 2015 ont été le fait d’enfants d’immigrés. A votre avis, ce scénario était-il inéluctable ?
Roger Holeindre. Ce que nous vivons est dû à des décennies d’immigration massive totalement abandonnée à elle-même. Tout a été fait pour que les enfants d’immigrés ne se sentent pas Français ! Quand j’étais député de Seine-Saint-Denis, de 1986 à 1988, je suis monté des dizaines de fois le mercredi à la tribune. Je parlais constamment de l’apprentissage et des mouvements de jeunes tandis que les autres députés criaient : « Holeindre nazi ! Jeunesse à Pétain ! » et me traînaient dans la boue. Je voulais que l’apprentissage commence à 14 ans parce que si on laisse les gamins en échec scolaire mettre le boxon à l’école sans que personne ne s’occupe d’eux, il est trop tard à 16 ou 17 ans pour leur faire mettre les mains dans le cambouis. Il y a encore de bons ouvriers en France capables de former des jeunes. Or, un jeune auquel on montre un moteur de voiture complètement en rade et qui réussit huit jours plus tard à le faire marcher est sauvé pour la vie. La ministre du gouvernement Chirac chargée de l’apprentissage me répondait sans arrêt : « Mon cher ami, vous savez bien que ça n’est pas possible ! » Pourquoi ? Je n’ai jamais eu la réponse.
Mais les enfants des banlieues ne sont pas totalement livrés à eux-mêmes, loin s’en faut. À la fin de votre dernier livre La réconciliation nationale. Lettre ouverte aux Français musulmans (Apopsix, 2017), vous énumérez les plans d’aide successifs aux banlieues depuis vingt-cinq ans et arrivez au total… de cent milliards d’euros !
La banlieue n’a pas été abandonnée sur le plan financier. Mais ce n’est pas avec les « grands frères » qu’on va régler le problème. Ces grands frères n’ont jamais eu aucune formation. Lorsque j’étais député de Sevran, Tremblay et Villepinte, j’ai bien vu comment les choses se passaient sur place. A l’époque, le maire communiste de Sevran m’a à plusieurs reprises envoyé des jeunes qu’il avait sous la main pour me casser la gueule. En cinq minutes, j’arrivais à les convaincre que j’avais raison contre leur laxiste de maire. Mais, depuis quarante ans, tout ce que propose Jean-Marie Le Pen a été assimilé à du nazisme, ce qui explique le marasme dans lequel la France est plongée. Nous défendons pourtant les bases-mêmes d’une nation – frontières, peuple, préférence nationale – que nos opposants critiquaient. Je crois en la France et n’ai rien contre les étrangers qui viennent chez nous, à condition qu’ils n’essaient pas de nous imposer leurs coutumes et ne crachent pas sur la France. Je demande simplement que les frontières soient moins ouvertes, et qu’on accueille les immigrés dont on a besoin, comme le fait le Canada.
En tant que partisan de l’Algérie française, vous vous faites même l’avocat d’une vision assimilationniste de la nation. Quoiqu’hostile à l’immigration de masse, croyez-vous l’islam soluble dans la République ?
Je ne suis pas anti-musulman : en Algérie, j’ai dirigé une troupe scoute et une maison des jeunes. 450 gosses en tout. Lorsque Charlie Hebdo a sorti les caricatures de Mahomet, j’ai même publié un communiqué m’élevant contre ces dessins pour dire que l’islam n’était pas ma religion mais qu’il fallait la respecter. Dans l’armée, l’islam n’était parfois pas sans poser problèmes, par exemple, les sous-officiers algériens musulmans mariés n’amenaient jamais leur épouse aux soirées. Il est sûr et certain que l’islam a été l’obstacle principal au fait que les Algériens deviennent entièrement des français. Mais j’ai tout fait pour qu’ils le deviennent, sans jamais critiquer leur religion, sauf les demandes communautaristes de viandes hallal qui, comme le casher, compliquent la vie sociale en instaurant des espaces séparés dans les cantines et ailleurs.
Sur ce point, votre discours est assez proche des positions de Marine Le Pen, que vous critiquez par ailleurs…
Je suis membre fondateur du Front national que j’ai quitté lors de son élection à la présidence. Marine Le Pen ne croit en rien, sauf en ses chances de devenir présidente de la République. Elle n’a ni les idées politiques de son père ni les miennes. J’aurais préféré que Marion Maréchal-Le Pen soit candidate à la place de sa tante. C’aurait été un joli coup car elle est jeune, belle et présente bien. De surcroît, je ne l’ai jamais entendue dire de bêtises. L’avenir de notre pays dépend de garçons et de filles comme elle qui s’assument comme des gens de droite.
Dans les rangs nationalistes, votre hantise de la guerre civile et votre main tendue aux musulmans Français sont-ils mal accueillis ?
Pas spécialement, car j’explique bien ma position. Je veux avoir le droit de dire qu’untel est un con, quelle que soit sa race ou sa religion. S’il n’est pas Français de cœur, c’est de la faute de certaines personnes qui ont fait en sorte qu’il n’aime pas la France. Certains à gauche n’attendent que la guerre civile. Il suffirait que trois abrutis descendent dans la rue en criant « Vive la France », l’un avec un lance-pierres, l’autre avec une batte de baseball et le troisième avec un pistolet-mitrailleur sans chargeur, pour qu’on arme les banlieues au nom de la défense des « valeurs de la République ». Dans un esprit de réconciliation, à 88 ans, pour que tous les Français patriotes fassent un bout de chemin ensemble, je vais me présenter à la députation dans la onzième circonscription de Seine-Saint-Denis sous l’étiquette comités Jeanne-Parti de la France. C’est un scoop que je vous annonce !
Passons à une cause qui vous tient à cœur : l’Algérie. Résistant à quinze ans dans la France occupée, vous vous êtes ensuite illustré militairement dans le maquis en Algérie, quitte à vous opposer à De Gaulle lorsque celui-ci enclencha le processus qui devait mener à l’indépendance du pays. Mais les Arabes d’Algérie étant traités en sous-citoyens depuis des décennies, pouvait-on décemment leur refuser l’autodétermination ?
On a gagné militairement avec une majorité de soldats musulmans ! L’armée française est la seule armée au monde à avoir à la fois vaincu ses ennemis dans le djebel et à avoir annihilé le terrorisme en ville. Or, il y avait plus de musulmans dans l’armée française que dans les rangs du FLN toutes divisions confondues.La population en avait marre du FLN. Même ceux qui balançaient des grenades, pour la plupart, ne le faisaient que parce que le FLN les y contraignait après avoir enlevé leurs enfants. Lorsque De Gaulle a fait un appel de fonds pour financer un emprunt, beaucoup de musulmans de Tébessa, ma ville, algériens riches, marchands de vaches ou autres, y ont souscrit.Dans mon maquis, j’avais beaucoup de musulmans qui ont d’ailleurs tous voté pour l’Algérie française.
Malgré tout, les départements français d’Algérie hébergeaient une société à deux vitesses, a fortiori depuis la promulgation du décret Crémieux (1871) naturalisant les juifs. La naturalisation avait été également proposée aux musulmans qui l’ont refusé car ils n’entendaient pas abandonner leur droit coutumier…
Les oulémas n’en voulaient pas mais cela aurait pu être rectifié, comme le proposait l’armée française. Les officiers des affaires indigènes qui tenaient le bled au moment du décret Crémieux avaient signalé à leur hiérarchie que le fait de n’accorder la nationalité française qu’aux juifs passait très mal auprès de la population. Ce décret a été rédigé à la va-vite alors que le gouvernement s’était exilé en province, Paris étant encerclée par l’armée prussienne. La France a eu des torts à ce moment-là mais n’a certainement pas eu tous les torts. L’autre jour, Enrico Macias a déclaré qu’en Algérie, les Pieds-noirs et les Arabes ne s’entendaient pas mais que Juifs et Arabes s’entendaient à merveille. Mais à Constantine, tous les quinze ans, les Arabes descendaient sur le quartier juif et tuaient des centaines de gens ! Parce que les juifs prêtaient de l’argent aux paysans arabes sur leurs futures récoltes. Parmi les Pieds-noirs, mon ami Jacques Casanova, dont le père a été découpé en morceaux par le FLN, avait des parents qui s’occupaient de tous les miséreux du coin sans discrimination. Ce ne sont pas des Arabes du coin mais des miliciens FLN venus d’ailleurs qui l’ont assassiné. En général, les musulmans préféraient travailler pour des patrons pieds-noirs qui les traitaient et les payaient bien mieux que leurs coreligionnaires.
La France aurait-elle pu rectifier le tir a posteriori en faisant des Algériens musulmans des citoyens de pleins droits ?
Cela aurait été possible au grand moment de l’Algérie française. « La colonie » était sur le point de devenir des départements français à part entière. Tous les chefs arabes anti-occidentaux qui débarquaient à Alger s’extasiaient devant les villes d’Algérie construites par la France, riches comme aucun pays arabe. En maintenant l’Algérie et le Sahara français, nous aurions préservé la paix dans toute l’Afrique noire. L’immigration ne serait pas partie de l’Algérie vers l’Europe mais de l’Europe vers l’Algérie. Il y avait moyen de bâtir une Afrique française, avec des grands projets. Au lieu de cela, le Sahara est devenu la base terroriste du monde entier.
Votre rêve d’une Algérie restée française relève de la géopolitique-fiction. Comme l’a compris De Gaulle, le sens de l’histoire rendait sans doute la décolonisation inéluctable, malgré la victoire militaire de l’armée française en Algérie…
De Gaulle a peut-être cru pouvoir garder le Sahara algérien entre les mains de la France mais le chancelier Adenauer l’a incité à devenir le patron de la troisième force entre les Etats-Unis et l’URSS. Pour que la France rassemble tous les pays émergents, sur les conseils d’Adenauer, la France devait brader l’Algérie, voire se séparer des Dom-Tom. Si De Gaulle laissait le drapeau français flotter sur la moindre parcelle de territoire habitée par des gens bronzés, il ne pourrait pas diriger le bloc du Tiers-Monde, lui expliquaient en substance Adenauer et bien d’autres. De Gaulle y a cru. À sa décharge, c’était peut-être un argument recevable. Il faut néanmoins savoir que le Sahara n’a jamais été algérien. Le gaz et le pétrole, c’est l’explorateur Conrad Killian qui les a découverts et y a planté le drapeau de la France. Le Sahara était donc français en vertu d’une règle internationalement reconnue.
En fin de compte, l’Algérie a été conquise en 1830 mais le traumatisme colonial demeure.
Quand Emmanuel Macron fustige à Alger « la terreur » de la colonisation, il faut lui rappeler que tout cela s’est fait il y a deux cents ans ! Et la France est intervenue en Algérie parce que l’Europe entière – et même l’Amérique – le lui demandaient pour mettre fin aux attaques des barbaresques, qui assaillaient non seulement les navires dans toute la Méditerranée, razziant hommes, femmes et enfants, mais aussi sur les côtes de tous les pays riverains. Qui se souvient encore de la guerre entre les Etats-Unis d’Amérique et le Bey d’Alger ? A quatre reprises, la marine américaine a bombardé Alger alors que les Etats-Unis venaient de naître. De nos jours, si la guerre mémorielle continue, c’est uniquement dû au président Bouteflika qui attise les flammes pour de basses raisons de politique intérieure !
François Fillon en meeting, Porte de Versailles à Paris, avril 2017. SIPA. 00801659_000003
J’ai suivi le discours de François Fillon au Parc des expositions de la porte de Versailles à Paris – et ceux des « supporters » qui l’ont précédé. Il faut dire que je devais aller en parler chez Audrey Pulvar.
Quelques impressions:
1) Plutôt bon discours venant malheureusement bien tard.
2) Fillon est le seul à avoir un programme structuré.
3) Dans une campagne qui ne repose que sur la com’, avoir un programme est un handicap, qui se note clairement dans les « débats » où les candidats sont condamnés à saucissonner leurs projets en « propositions ». Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron l’ont bien compris qui gèrent leur supérette où il y en a pour toutes les plaintes et toutes les protestations. Mélenchon et Macron devraient lancer une boutique Michel et Augustin.
4) En ce sens François Fillon est vieux jeu. Manuel Castells a parfaitement montré dans Communication et Pouvoir que les politiciens qui jouent la carte de la communication réussissent mais avec un coût: l’incapacité à gouverner. Le premier crétin qui réussit à ce jeu-là, ce fut Chirac pour qui le gouvernement c’était l’intermède entre deux campagnes.
5) Les casseroles de François Fillon ont redoublé son handicap: non seulement il avait un programme (grâce auquel il avait gagné la primaire de droite) mais en plus il ne put pas en parler et en parle trop tard.
6) Sur ces casseroles, je maintiens que François Fillon a été piégé par les vicelards Hollande et Jouyet (oui le cabinet noir, ça existe). J’ajoute qu’il n’est certainement pas le seul dans son cas (des députés faisant du conseil, cumulant et employant femmes, enfants et maîtresses il y en a des palanquées). Les écuries du PS et des écologistes ont autant besoin d’être nettoyées que celles des Républicains. Seule nuance: de même que Fillon faisait preuve d’une incroyable légèreté en allant dénoncer Sarko à ce sinistre personnage qu’est Jouyet, de même il aurait pu se méfier en se doutant qu’il aurait affaire à forte partie.
7) Fillon est aussi victime de ceux qui le soutiennent: la galerie des orateurs qui l’ont « introduit » faisait frémir. NKM a fait un impayable numéro de cocotte narcissique (j’avais vu des cocottes et des narcissiques mais pas la synthèse des deux), Pécresse est gentillette, Raffarin insortable dans le style paléopaléolithique et de Castries et Baroin des arrogants. Avec ça, si on ajoute la présence dans le public de Ferry et Balladur, on est bien monté.
8) Bref, je pense que Fillon est cuit: pour défendre un programme que j’approuve sur bien des points, il n’est pas assez crédible et sa fine équipe de bras cassés ne vaut pas tripette. Ce qui ne veut pas dire que celle de Macron vaille mieux bien au contraire.
Marine Le Pen. Sipa. Numéro de reportage : AP22035666_000004.
On eût aimé qu’en cette semaine de Pessah, on lâche quelque peu la grappe à ces nombreux juifs qui, pratiquants ou non, font une pause dans les passions du moment pour se remémorer, en famille, d’une sortie d’Egypte toujours recommencée… Eh bien non ! Putain d’Internet, de réseaux sociaux, de buzz et autres chancres de la modernité : la question juive s’invite encore dans cette mêlée électorale, où l’hystérie le dispute à la mauvaise foi !
Une fake news? Non, une uchronie!
Première affaire où, malheureusement, Causeur se trouve bien involontairement mêlé. Dans la dernière livraison du mensuel, Jérôme Leroy, rédacteur en chef culture du magazine, publie un long article à propos du livre Céline, la race, le Juif de Pierre-André Taguieff et Annick Duraffour. Jérôme Leroy n’est pas d’accord avec la thèse centrale de l’ouvrage, qui affirme que l’antisémitisme déchainé de Céline était déjà à l’œuvre dans ses premiers ouvrages littéraires, comme Voyage au bout de la nuit. Pour introduire son propos, Leroy utilise les figures littéraires de l’uchronie et de la dystopie : imaginons que Louis-Ferdinand Destouches, dit Céline soit décédé à Londres, en mai 1936, dans un accident de voiture : il eût parfaitement été imaginable, dans cette hypothèse, que Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Education, inaugurât en février 2016, à Villeurbanne, où elle vise la députation en juin prochain, un collège Louis-Ferdinand Céline dans un quartier sensible de cette bonne ville.
Sans entrer dans la controverse Taguieff-Leroy (Céline antisémite de toujours ou écrivain génial frappé de délire idéologique hitléro-fasciste à partir de 1937), personne ne peut, de bonne foi, accuser le brave Jérôme d’avoir, sciemment propagé une fausse nouvelle pour nuire à l’honorable ministre de l’Education ! Causeur fait crédit à ses lecteurs de ne pas confondre une uchronie littéraire avec une dépêche de l’AFP ! C’était sans compter sur ces cons (ou ces salopards) de la Ligue de défense juive (LDJ), groupuscule judéo-fasciste, qui s’est empressé de balancer sur les tous les réseaux sociaux possibles et imaginables le fake news de l’existence d’un collège Céline à Villeurbanne porté par Najat Vallaud Belkacem sur les fonts baptismaux de la République ! Et ça buzze ! Et ça buzze !
C’est bien Causeur qui diffuse un fake diffamant la ministre de l’éducation Najat Vallaud-Belkacem https://t.co/luEK01Esn7
« Je vous l’avais bien dit, cette Najat est une s…. !» est le plus modéré des commentaires qui suivent cette annonce partagée à la vitesse de l’éclair par quelques juifs hystériques mal-comprenants ! Et qui c’est qui se frotte les mains ? Najat Vallaud Belkacem, bien sûr, qui ne va pas manquer de jouer à fond sur sa victimisation par « les juifs » pour faire revenir vers elle les voix de ces musulmans villeurbannais qui n’avaient pas apprécié, mais pas du tout, qu’elle vienne introduire les théories « genristes » de sa copine Caroline de Haas dans les écoles de leurs rejetons!
Vichy : Marine rompt avec la doxa paternelle
Autre affaire lamentable : la bulle médiatique qui a enflé, enflé ce lundi 10 avril 2017 (jour de Pessah 5777) accusant Marine Le Pen de tous les péchés pour avoir déclaré, la veille, sur RTL, que la France n’était pas responsable de la rafle du Vel d’hiv’ des 16 et 17 juillet 1942, aboutissant à l’arrestation et la déportation de 13 000 juifs de la région parisienne, dont 4000 enfants, dont une infime minorité survivra. Mme Le Pen reprenait alors, de manière plus succincte et moins développée, l’argumentaire sur cette question exposé quelques jours plus tôt par son premier lieutenant Florian Philippot, qui ralliait le Front national à l’interprétation gaullo-mitterrandienne de cet épisode. Celle-ci postule qu’en 1942, la légitimité républicaine n’était pas à Vichy, mais à Londres et que les actes abominables perpétrés par des fonctionnaires de l’Etat français pétainiste sous la botte allemande n’impliquaient pas, comme l’a déclaré Jacques Chirac en juillet 1995,que « la France (c’est à dire la Nation et son peuple réunis dans la République) a commis ce jour-là l’irréparable… ». Contrairement à ce qu’écrit Le Monde dans son éditorial du 11 avril, il n’existe pas de « consensus national » sur interprétation chiraquienne, dont la mise en cause n’est pas le seul fait de l’extrême droite. La preuve ? Le 3 avril, Jean-Noël Jeanneney, historien, homme de gauche s’il en fut, ex-ministre de Mitterrand et ancien PDG de Radio France se déclarait «désolé», au micro de Guillaume Erner sur France Culture, de partager l’analyse de Florian Philippot, et de ne pas crier avec la meute anti-Le Pen à propos de cette question controversée…
D’autres historiens et penseurs de ce temps, comme Alain Gérard Slama (pourtant proche de Jacques Chirac) et Alain Finkielkraut sont sur la même ligne! Les crétins parlent de « révisionnisme », voire de « négationnisme » pour fustiger Mme Le Pen et la réduire à sa filiation sulfureuse, alors qu’en la matière elle rompt de manière spectaculaire avec la doxa paternelle… Il existe tant de bon et sérieux procès politiques à intenter à Marine Le Pen, et tant de bonnes et sérieuses raisons de ne pas voter pour elle pour ne pas en ajouter de mauvaises. Que tous ces cons nous laissent fêter Pessah en paix, bordel!
Marine Le Pen sur le plateau du Grand Jury de LCI, avril 2017.
Qu’est-ce qui a pris à Marine Le Pen de reparler de la rafle du Vel’ d’Hiv’ ? Pourquoi a-t-elle choisi de porter le fer dans des plaies juives cicatrisées depuis longtemps et qu’elle a délibérément rouvertes ? On n’imagine pas un seul instant qu’elle ait reçu un coup de téléphone suppliant de son papa : « S’il te plaît, fifille, fais-moi plaisir une dernière fois ». Il doit donc y avoir autre chose.
Marine Le Pen a expliqué que la rafle du Vel d’Hiv n’était pas le fait de la France. En rupture totale avec le discours de Jacques Chirac de 1995. Il avait alors, et à juste titre, décidé de ne pas ignorer que des milliers de policiers et de gendarmes français avaient été mobilisés (sans qu’aucun ne refuse obéissance) pour enfourner dans des wagons à destination d’Auschwitz 13 000 Juifs, dont 4 000 enfants. Marine Le Pen sait ce qu’elle fait. Et, on l’espère pour elle, elle sait ce qu’elle dit.
Elle s’adresse à cette frange de son électorat qui se reconnaît dans un FN-Canal historique, tendance Jean-Marie Le Pen. Cette frange-là, antigaulliste et nostalgique de l’Algérie française, pense, comme papa, que les juifs font ch… En même temps, elle satisfait une partie de son électorat musulman, plus important qu’il n’y paraît. Marine Le Pen a lu Machiavel. Il n’est pas sûr qu’elle ait tout compris.
Revoilà Jean-Ma!
Car elle a assorti sa déclaration d’un communiqué réfléchi et argumenté faisant explicitement référence à la tradition gaulliste. Vichy, dit-elle, ce n’était pas la France : la France, la vraie, se trouvait à Londres. Et à propos de la rafle qu’elle trouve quand même « ignoble », elle qualifie Vichy de « régime collaborationniste ». Papa doit se retourner dans sa tombe : ah non, c’est vrai, il n’est pas mort…
Il paraît que le cynisme est une vertu prometteuse en politique. Qu’on y ajoute une certaine dose de rouerie machiavélique et c’est bingo garanti. Mais Marine Le Pen n’est pas de taille. Elle distille ses petites saletés et, pour les rendre présentables, les habille d’une croix de Lorraine. L’histoire de la Ve République – elle doit bien la connaître grâce à papa – dit bien des choses sur la tragédie des Juifs sous le règne du maréchal Pétain.
De Gaulle tenait le régime de Vichy pour nul et non avenu. Lui seul avait été, et était légitime. Donc à ses yeux, Vichy n’était pas la France. La France, il la voulait à sa taille, qui était grande. Pompidou qui lui succéda resta fidèle à la doctrine du général. Vint Valéry Giscard d’Estaing qui, lui non plus, ne pipa mot. Pensez donc : il avait comme secrétaire d’Etat au Budget un certain Papon, qui organisa la déportation des Juifs de Bordeaux.
Quant à Mitterrand, il se tut également. Il avait un ami de jeunesse auquel il resta fidèle : René Bousquet, l’organisateur précisément de la rafle du Vel d’Hiv. Mais tout ça est sans doute trop compliqué pour Marine Le Pen. C’est pourquoi nous lui suggérons d’aller se promener devant les écoles du XIe arrondissement. Elle y verra des plaques avec des centaines de noms des enfants juifs gazés. Ça lui apprendra peut-être à se taire. Quel besoin avait-elle d’aller remuer leurs cendres avec ses délicats petits escarpins ?
P.S. : Je viens de lire l’excellent (comme toujours) article de Luc Rosenzweig. Il dénonce le lynchage de Marine Le Pen. Je comprends, et je partage, nombre de ses arguments. Mais il ne répond pas à la seule question qui vaille. Pourquoi Marine Le Pen a-t-elle éprouvé la nécessité de parler de la rafle du Vel’ d’Hiv ? Ça la chatouille ou ça la gratouille où ?
Donald Trump. Sipa. Numéro de reportage : AP22038369_000021.
«C’était le premier grand test international pour Donald Trump et il a choisi d’y répondre avec célérité et fermeté (…) Le visage grave, la voix très posée, le milliardaire a ensuite appelé toutes les «nations civilisées» à se joindre aux Etats-Unis «pour chercher à mettre fin au massacre et au bain de sang en Syrie». » Lorsqu’il écrit sur Donald Trump, le correspondant à New York de Libérationpeine à dissimuler son admiration. Et c’est peu dire que le ton a changé à gauche lorsqu’on parle du Président des Etats-Unis.
Le nouvel espoir de la gauche atlantiste
Accusé d’être un agent du Kremlin et une marionnette téléguidée par Poutine il y a encore quelques jours, Donald Trump est devenu le justicier que la gauche atlantiste attendait depuis l’élection de Barack Obama. On se pince quand on entend Benoît Hamon rendre hommage au nouveau président: « L’administration Trump a montré la nuit dernière qu’il y avait un coût à franchir certaines limites. Bachar al-Assad est directement responsable des frappes américaines ». On peine à reconnaître celui qui accusait Facebook d’être coresponsable de la victoire de Trump au lendemain de son élection: « Nous sommes entrés dans une ère de postvérité, de démago-politique, où la parole coup de poing et la posture télévisée comptent plus que l’examen raisonné de leur bien-fondé. » Une expertise digne des meilleurs décodeurs médiatiques !
Il faut toutefois reconnaître que Donald Trump a lui aussi changé de discours. Pour justifier ses frappes, il n’a pas su retenir son émotion: «Par le biais d’un agent neurotoxique mortel, Assad a arraché la vie à des hommes, des femmes et des enfants sans défense (…) les petits enfants et même de beaux petits bébés (…) Leur mort fut un affront à l’humanité. Ces actes odieux commis par le régime Assad ne peuvent pas être tolérés« . Les images brandies par Nikkie Halley, la nouvelle ambassadrice américaine à l’ONU, étaient en effet insoutenables au regard. De tels sentiments de la part du président américain qui a fait preuve d’une telle rapidité à frapper (sans attendre l’aval du Conseil de Sécurité des Nations Unies), il n’en fallait pas plus pour séduire les partisans d’une vision morale des affaires étrangères. Même Philippe Poutou, candidat du Nouveau Parti Anticapitaliste, a salué «un coup d’éclat américain».
Obama savait raison garder…
Les images tournées par les fameux « casques blancs » et relayées par le très contestable Observatoire syrien des droits de l’homme basé à Londres ont suffi à retourner la situation internationale. Hier parangon du réalisme en politique étrangère, défenseur égoïste des intérêts américains, Trump est aujourd’hui au diapason des wilsoniens les plus agressifs. John McCain et Lindsey Graham se sont joints à Marco Rubio pour saluer l’initiative. À croire qu’il fallait un lâcher de missiles Tomahawk pour asseoir son autorité présidentielle. La presse est paradoxalement rassurée: les Américains n’ont pas élu un fou à la Maison Blanche mais au contraire un « commandant en chef » responsable. Elle en redemande et craint que l’intervention du 7 avril ne soit qu’un coup de semonce ponctuel. « Le raid sur Shayrat est un coup de semonce qui ne peut rester sans lendemain diplomatique. » conclut Daniel Vernet pour Slate.
Que la caution humanitaire soit apportée par des alliés d’Al-Qaïda en Syrie importe peu au regard des souffrances et des victimes. Dans la décision américaine, il n’y a pas eu de prise de distance, ni de calcul rationnel comme le fit Obama en 2013. L’ancien président avait confié, dans un entretien à la revue The Atlantic, s’être isolé à la Maison Blanche pour prendre une décision qui allait à l’encontre de sa propre administration. Avec le recul, Obama avait jugé avoir pris la meilleure décision de sa présidence. Trump, lui, n’a pas hésité. Il a été touché personnellement par les images. Et ça plaît aux néo-conservateurs des deux rives de l’Atlantique. Sur Twitter, Hillary Clinton avait enjoint la veille de l’attaque le nouveau Président d’attaquer les bases aériennes syriennes. François Hollande demandait une telle action depuis près de quatre ans. Benoît Hamon peut se féliciter : avec Trump, l’Amérique est à nouveau le gendarme du monde.
Le pape François célèbre la messe des Rameaux à Rome, avril 2017. SIPA. AP22038142_000010
Après les tueries de Tanta et d’Alexandrie, vous avez dit que vous alliez « prier pour les victimes ». Et qui sont les victimes ? Ça, vous ne l’avez pas dit : vous devez penser que le mot « chrétiens » est de nature à choquer ceux qui ne le sont pas. Vous n’avez pas non plus nommé les assassins : votre bonté naturelle vous empêche certainement de dire « fanatiques islamistes ». Car dans « islamistes » il y a « islam » et vous avez un faible pour cette religion de paix et d’amour.
Vous êtes désigné sous le vocable de « souverain pontife ». Au vu de l’eau tiède dont vous remplissez vos bénitiers, l’appellation « souverain poncif » vous irait comme un gant… Pour les catholiques, vous êtes le Saint-Père et ils ont pour coutume de se blottir dans le giron de leur Sainte-Mère l’Eglise. Je ne suis pas très catholique. Mais si j’en étais un, je revendiquerais aussitôt, après vous avoir lu, le statut d’orphelin.
D’un François l’autre
Dans le flot des réactions suscitées par les tueries de Tanta et d’Alexandrie, vous n’êtes pas le seul à avoir ouvert le robinet à niaiseries. Sur le podium des nigauds, les places sont chères. Et c’est, de façon incontestable, François Hollande qui a accédé à la plus haute marche. Comme vous, très cher souverain poncif, le président de la République s’est bien gardé d’utiliser les mots qui fâchent (« chrétiens », « islamistes »). Et il a fait fort, très fort.
Son communiqué dénonce en effet un acte « visant à détruire l’unité et la diversité de l’Egypte » ! La « diversité » ? Le président de la République pense peut-être que Tanta et Alexandrie sont dans le 93 ? François Hollande n’est pas bête et méchant. Il n’est pas méchant. Son ministre des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, a, lui, été plus sobre. Sans utiliser les mots interdits, il a déclaré que « la France était solidaire de l’Egypte ». On ne va quand même pas exiger du chef de notre diplomatie qu’il dise qui a tué et qui tue…
J’ai appris avec consternation l’attentat odieux qui a frappé, ce matin l’Egypte, et qui a fait de nombreuses victimes. pic.twitter.com/fO1rspEyrT
Benoit Hamon est resté dans le même registre, en adressant ses condoléances aux « familles égyptiennes endeuillées ». Vous avez bien lu : égyptiennes, pas chrétiennes ! C’est un peu comme si, pour parler des dizaines de milliers de Juifs persécutés par Vichy, on disait « des dizaines de milliers de Français »…
Pour trouver des mots « chrétiens » et « islamistes » il faut se projeter à l’autre bord de l’échiquier politique. François Fillon et Marine Le Pen n’ont pas hésité à nommer les assassinés et les assassins. Ce n’est pas de votre goût, très Saint-Père. Maintenant, nous savons que vous n’êtes ni de droite, ni d’extrême-droite. Ouf !
Personne ne s’en inquiète et pourtant ce n’est plus exclu : le second tour de l’élection présidentielle pourrait opposer Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon. Il ne s’agit pas d’un scénario catastrophe échafaudé par un dépressif chronique. C’est la conclusion logique que chacun devrait tirer de l’observation des récents sondages. Quatre candidats, Marine Le Pen, Emmanuel Macron, François Fillon et Jean-Luc Mélenchon, convergent désormais autour de 20% à 22% des suffrages. Les deux premiers s’effritent, le troisième paraît disposer de réserves, le quatrième a le vent en poupe. Dès lors, difficile de tabler sur un ordre d’arrivée. En 2002, Jean-Marie Le Pen a devancé Lionel Jospin de moins d’1%. A ce jour, un second tour Marine Le Pen- Jean-Luc Mélenchon reste improbable. Mais il n’est plus impossible.
Chambardement général
Décidément, cette élection présidentielle est folle. Chacun a en mémoire les épisodes précédents. Le forfait du président sortant, François Hollande, pour cause d’impopularité abyssale. L’élimination de Nicolas Sarkozy au premier tour de la primaire de la droite. L’élimination au second tour d’Alain Juppé, qui avait longtemps fait figure de grand favori de la présidentielle. Le gadin immédiat de leur vainqueur, François Fillon, pour cause de Penelopegate. L’irruption d’un ovni politique, Emmanuel Macron. La défaite de Manuel Valls à la primaire socialiste. Les lendemains qui déchantent pour son vainqueur, Benoit Hamon. Et maintenant, le changement de statut de Jean-Luc Mélenchon.
Ce grand chambardement a une cause profonde : le profond rejet des partis dits de gouvernement. A eux deux, les candidats des Républicains et du PS, Fillon et Hamon, drainent à peine plus d’un quart des suffrages.La France reste sur deux quinquennats ratés. Sarkozy n’a pas même amorcé « la rupture » qu’il avait promise. Hollande a oublié « le changement » aussitôt élu. Le chômage frappe massivement les jeunes issus des catégories populaires, quelle que soit la couleur de leur peau. Notre République « une et indivisible » est fracturée entre des communautés qui se replient sur elles-mêmes. Dans ces conditions, comme partout en Europe et dans le monde, l’hexagone connaît une vague populiste.
Un populisme ça va, deux…
Reste que les programmes de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon défient le bon sens. Au moins sur le plan économique. Un seul exemple : une mesure qui leur est commune, le retour à la retraite à 60 ans. Tous les autres pays la portent à 65 ans et au-delà pour une raison évidente : on vit de plus en plus vieux. Comment la France pourrait-elle, seule, remonter le temps ? C’est d’autant plus aberrant que les 62 ans décidés par Sarkozy en 2011 sont plus généreux que les 60 ans de Mitterrand en 1981 : entre temps, l’espérance de vie a augmenté de cinq ans. Le financement, faramineux, de cette mesure asphyxierait l’économie : tout le monde serait mis à contribution, à commencer par les entreprises, alors même que, face à la concurrence internationale, elles ont grand besoin d’allègement de charges.
Il reste quelques jours au camp Fillon comme au camp Macron pour se ressaisir. La droite doit cesser de faire la bégueule devant son candidat. Le leader d’en Marche doit arrêter de se regarder dans la glace et admettre qu’il ne gagnera pas tout seul. Surtout, il faut mettre fin à l’impunité dont bénéficie Mélenchon : alors que Marine Le Pen reste diabolisée, le candidat du Front de gauche a réussi à gommer son agressivité naturelle pour apparaître comme une sorte de bisounours. Sauf que derrière ce masque bonhomme, ses références restent Chavez et 1793.
Bien entendu, ce sont les électeurs qui auront le dernier mot. Devant la faillite de la classe politique traditionnelle, on peut comprendre qu’ils portent un candidat populiste au second tour. Mais, de grâce, pas deux.
Jeudi en milieu d’après-midi, si l’on soumettait au moteur Google une recherche concernant ce débat en spécifiant qu’on ne voulait que les vidéos ou articles de « moins de 24h », on obtenait des pages et des pages de référencements renvoyant aux sites internet de tous les grands médias. Et la liste s’allongeait de minute en minute.
Ils se sont calmés.
Mais vendredi, quand BFMTV proposait un sujet sur les réactions des candidats à l’intervention américaine, les images d’illustration choisies pour la conclusion sont tirées du Grand Débat, et les deux courts extraits sélectionnés ne présentaient aucun rapport avec la géopolitique.
Peu importe, puisqu’on n’a pas le son, mais on se dit qu’ils cherchent vraiment à capitaliser au maximum sur leur succès d’audience en suggérant à tous ceux qui ne l’auraient pas encore vu d’aller regarder le débat.
Non d’ailleurs, on leur suggère de « revivre » ce débat :
Ce n’est donc pas seulement une émission que vous avez suivie (peut-être assez distraitement). C’est un épisode marquant de votre vie que, sans doute, vous avez envie de « revivre ».
François Fillon en meeting à Paris, avril 2017. SIPA. AP22038209_000054
François Fillon en meeting à Paris, avril 2017. SIPA. AP22038209_000054
Tout le monde est d’accord pour condamner le terrorisme islamiste. Mais, vous l’avez déjà évoqué, on assiste aussi à la montée d’une forme de piété et de rigorisme qui tend à isoler du reste de la société. Ce séparatisme pacifique vous inquiète. Au-delà de l’appel général à la fierté nationale, que ferez-vous pour le combattre ?
Sur ce sujet je veux être clair : je n’accepte pas la constitution de communautés avec leurs propres règles, leur propre vision de la femme, leur propre conception du droit, leur propre système de valeurs pouvant parfois aller à l’encontre de celui de la République. La France, ce n’est pas une collection de communautés qui ne se parlent pas et ne partagent rien. Vivre en France, c’est accepter d’entrer au sein de la communauté nationale, la seule qui existe, et de respecter ses lois, ses coutumes et ses devoirs. Il appartient à l’État de faire respecter cela, mais il revient aussi aux autorités religieuses de stopper les dérives rigoristes et « sécessionnistes » dont vous parlez. Le Talmud déclare que « la loi du pays est ta loi ». Il y a de la place pour plusieurs amours dans un même cœur, mais une seule loyauté.
En ce cas, pourquoi ne proposez-vous pas, comme Marine Le Pen, l’abrogation de la double nationalité ?
En pratique, cela signifierait que l’on ne pourrait plus accorder la nationalité française à un étranger présent sur notre sol de façon légale. Car beaucoup de pays refusent le retrait de la nationalité de leurs ressortissants. C’est le cas de la Tunisie ou de l’Algérie.
Mais ce qui me paraît plus important c’est de revoir nos procédures d’accès à la nationalité. Je propose que la durée minimale de résidence en France exigée d’un candidat à la naturalisation soit portée à huit ans, comme c’est le cas en Allemagne. L’acquisition de la nationalité sur simple déclaration à la suite d’un mariage ne serait possible qu’après cinq ans de vie commune et l’assimilation du conjoint étranger fera l’objet d’une vérification. Quant aux jeunes nés en France de parents étrangers, ils pourront, comme c’est le cas aujourd’hui, accéder à la nationalité française mais cet accès devra être le fruit d’un choix mûri et formalisé dans une déclaration de volonté de devenir français.
Dans la mobilisation que vous appelez de vos vœux, l’École est en première ligne. Or, au cours du débat sur TF1, vous n’avez parlé que de l’apprentissage : pas un mot sur le retour de l’autorité, la restauration des savoirs, l’encouragement à l’excellence. Comme si votre seul but était de fournir de la main-d’œuvre à nos entreprises.
Si on m’en avait laissé le temps, vous auriez pu voir que l’apprentissage n’est qu’une partie de mon programme sur l’Éducation. Pour moi, l’École est[access capability= »lire_inedits »] le vecteur du savoir et de l’unité républicaine. Elle doit s’attacher à transmettre les savoirs fondamentaux. Une fois ce socle nécessaire assimilé, l’École peut s’ouvrir sur les arts, le numérique et les métiers de demain, en visant, à chaque étape, l’excellence de l’enseignement et la réussite des élèves. Ces deux derniers points sont inconcevables sans la discipline dans les classes et les établissements : il n’y a pas d’apprentissage efficace des savoirs, il n’y a pas d’émulation, sans autorité. Que dans certaines de nos écoles on s’interpelle suivant ses origines, c’est une régression de l’unité nationale. Je ne l’accepte pas. C’est pourquoi je propose que les écoliers portent un uniforme scolaire, pour qu’ils se sentent tous ensemble, tous égaux. C’est un symbole, mais tout commence par des symboles !
Peut-être, mais comment ce symbole d’homogénéité s’articule-t-il avec la large autonomie que vous laissez aux établissements. Vous proposez d’introduire plus de libéralisme, alors que la refondation de l’École républicaine exige plutôt une reprise en main verticale. Au prétexte que l’État n’a pas rempli sa mission, doit-il renoncer ?
Désolé de vous contredire, mais je ne propose pas d’introduire plus de « libéralisme » à l’École, mais un peu plus de liberté ! Lorsque vous discutez avec les chefs d’établissement et les enseignants, tous vous disent qu’ils étouffent sous les directives et la bureaucratie, avec les résultats scolaires que l’on sait. Le problème, c’est que l’État confond autorité et uniformité. Il ferait bien d’être plus ferme sur l’essentiel – transmission des savoirs fondamentaux, valorisation du mérite, respect des enseignants, sécurité des établissements – et moins tatillon sur le reste.
L’identité française doit articuler du nouveau et de l’ancien. Quand vous insistez sur les racines chrétiennes, est-ce que vous n’excluez pas, non seulement ceux qui viennent d’ailleurs, mais aussi tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans la Manif pour tous ?
Pardonnez-moi mais je ne fais qu’énoncer ce que nous sommes : un pays imprégné de culture gréco-latine et façonné par ses racines judéo-chrétiennes. L’ignorer ou le nier, c’est absurde, et c’est surtout participer à un exercice nocif de négation de notre héritage. Pour autant, cette réalité ne doit pas conduire à exclure qui que ce soit. Jamais je ne me suis permis d’utiliser des mots blessants à l’égard des partisans du mariage pour tous. La liberté fait partie de notre identité.
Un certain nombre de nos compatriotes voient avec méfiance le soutien que vous apporte Sens commun. Au-delà des caricatures, il y a aujourd’hui une tentation identitaire chez certains catholiques français qui aimeraient se constituer eux aussi en communauté opprimée et discriminée. Au moment où on tente d’imposer à tous le respect de la laïcité, est-il opportun de mettre en avant nos racines chrétiennes ?
Il existe dans notre pays une volonté sincère de renouer avec des repères et nos héritages. C’est respectable dès lors que cela est fait avec intelligence et bienveillance. Quant à ma foi chrétienne, elle est une affaire intime dont je n’ai pas honte. Mais je la distingue de mes devoirs politiques, dont celui de rassembler les Français quelles que soient leurs convictions religieuses ou philosophiques.
Vous semblez plus à l’aise sur votre projet économique. Mais ce n’est pas seulement (et peut-être pas tant) celui-ci qui a séduit les électeurs de la primaire mais le fait que « la France des provinces, des parvis et des anciens usages », selon l’expression de Vincent Trémolet de Villers dans Le Figaro, a vu en vous le candidat de la continuité historique et d’une certaine identité française. Or il y a une contradiction évidente entre les deux : comment prôner à la fois l’enracinement culturel et la mondialisation économique débridée ? Plus de nation et plus d’Europe ? Comme l’observe Alain Finkielkraut, vous ne pouvez pas défendre l’identité française et ouvrir des fermes des mille vaches. Bref, comment peut-on être libéral et conservateur ? L’identité n’a-t-elle pas besoin de frontières ?
On peut défendre l’identité française et accepter le fait que la France n’est pas seule au monde. On peut défendre la nation et estimer que l’échelle européenne est aujourd’hui plus efficace pour régler un certain nombre de problèmes, dont celui des frontières justement. C’est une question de réalisme. Dire le contraire, c’est nier l’évidence. Qui croit aujourd’hui que face aux puissances du monde, à la Chine, aux États-Unis et à la Russie, la France peut complètement se passer de l’Europe ? Je suis pour une Europe des nations forte, qui protège mieux les citoyens sur les grands sujets où, ensemble, nous pouvons agir plus efficacement : la souveraineté monétaire, la défense des frontières, la défense de nos intérêts commerciaux, les défis climatiques… Mais je suis pour que cette Europe laisse s’exprimer le génie propre des peuples, dont la diversité fait justement la beauté de la civilisation européenne que je défends. Il faut qu’une Europe moins technocratique arrête de chercher à produire un « Européen moyen » qui n’existera jamais, au risque, on le voit aujourd’hui, d’exciter « la virulence des nationalités », comme disait le général de Gaulle. Une identité française affirmée dans une Europe forte est possible. Sur le sujet de la mondialisation, encore une fois, nier l’évidence serait mentir aux Français. Nous y sommes. Soit nous choisissons de nous battre avec nos armes, qui sont celles d’un grand pays qui a des atouts, soit nous choisissons de nous résigner au repli et au déclin. Si par conservateur vous désignez quelqu’un qui est fier des traditions françaises, alors je suis conservateur ; si par libéral vous désignez quelqu’un qui estime que la France doit se réformer et se retrousser les manches pour tenir son rang dans le monde, alors je suis libéral. Je rappelle que je suis gaulliste, pas socialiste ! Mais liberté ne veut pas dire naïveté ! Je ne suis pas un rêveur de la mondialisation heureuse. Il faut se battre et prendre les mesures qui s’imposent pour instaurer une compétition loyale avec nos concurrents.
Vous avez déclaré : « Nous ne pouvons pas tenir notre rang dans le monde en disant “nous ne sommes personne”. Nous ne pouvons pas intégrer des étrangers qui reçoivent la nationalité française en disant “bienvenue nulle part”. » En quelques mots, qui sommes-nous ? Qu’est-ce qui fait de nous un peuple ?
Une histoire, des paysages, des traditions, une langue, une littérature, une culture, un drapeau, des institutions, des valeurs, des souvenirs partagés… Tout cela forge une âme, une poésie française. La France n’est pas un fait clinique. « Une certaine idée de la France », disait de Gaulle… Je crois qu’au cœur de cette « idée », il y a chez les Français l’instinct de la liberté et de la grandeur.[/access]
Cérémonie de commémoration de la rafle du Vel' d'hiv', 2016, Paris. SIPA. 00764741_000003
Cérémonie de commémoration de la rafle du Vel' d'hiv', 2016, Paris. SIPA. 00764741_000003
Il n’a pas fallu moins de 50 ans pour que la demande soit explicitement formulée. C’est seulement en 1992, soit cinquante ans après la rafle du Vel’ d’Hiv’, qu’une pétition lancée par le comité Vel d’Hiv’ 42 et soutenue par 200 personnalités parut dans Le Monde, pour demander au président de la République de reconnaître au nom de la France, que « l’État français de Vichy a été responsable de persécutions et de crimes commis contre les Juifs de France ».
Cette demande émanait de citoyens français juifs et non juifs. Elle ne demandait que la reconnaissance d’une vérité historique dûment établie par les historiens, en particulier depuis les travaux de Robert Paxton en 1972.
Mitterand refusa de répondre à cet appel, en s’appuyant sur le mythe entretenu conjointement par les communistes et les gaullistes selon lequel la France ayant été résistante, et la République ayant été supprimée par le régime de Vichy, ni la France ni la République n’avaient le devoir d’assumer et de condamner les crimes commis par l’État français de Vichy, son chef, son gouvernement et son administration, au nom de la France légale.
Marine Le Pen veut effacer les crimes de Vichy de la mémoire nationale
Comme si Vichy n’avait rien à voir avec la France, et comme si la France n’était pour rien dans la rafle du Vel’ d’Hiv’ et la déportation vers les camps d’extermination de 75000 Juifs de France.
Trois ans plus tard, Jacques Chirac fit cette reconnaissance, ce qui permit de réconcilier la France avec son passé grâce au partage d’une mémoire commune.
À l’exception toutefois des tenants du mythe gaullo-communiste et, d’autre part, des nostalgiques de Vichy. Les uns comme les autres prétendent qu’ils veulent sauver l’image glorieuse de la France contre ceux qui la dénigrent en l’enfermant dans une repentance sans fin.
Marine le Pen vient de reprendre à son compte l’argumentaire en faveur de ce déni et de ce refoulement de la vérité historique. Je la cite : « La France n’est pas responsable du Vél’ d’Hiv’. S’il y a des responsables, c’est ceux qui étaient au pouvoir à l’époque, ce n’est pas la France. La France a été malmenée dans les esprits depuis des années. On a appris à nos enfants qu’ils avaient toutes les raisons de la critiquer, de n’en voir les aspects historiques que les plus sombres. Je veux qu’ils soient à nouveau fiers d’être Français. »
Ces gens-là ne veulent pas admettre que l’honneur de la France est d’avoir réhabilité Dreyfus, injustement condamné parce que juif, et d’avoir reconnu les crimes de Vichy, pour mieux rendre hommage à l’autre France, celle de De Gaulle à Londres, celle des résistants et celle des Justes. Pour répondre à l’argumentaire de Marine le Pen, et pour donner tout son sens à l’impératif de la reconnaissance, je ne connais rien de mieux que le texte écrit par Marthe Robert au lendemain de l’appel du Comité du Vel’ d’Hiv’ 42.
Pour aller encore plus loin, comme on dit, on se reportera au récent film de Michaël Prazan « Vichy, la mémoire empoisonnée » et à la plaquette d’Anna Senik, parue chez l’Harmattan, « L’histoire mouvementée de la reconnaissance officielle des crimes de Vichy contre les Juifs. Autour de la cérémonie officielle de la rafle du Vel’ d’Hiv’. »
« La Shoah est l’un des rares événements historiques – en un sens peut-être même le seul -, qui jouent au temps le mauvais tour de ne pas passer. La Shoah ne passe pas, non seulement parce qu’elle laisse des survivants, et des descendants de ses victimes, mais parce qu’elle concentre en elle une quantité, et, si l’on ose dire, une qualité d’horreur que l’Histoire elle-même, pourtant blasée en matière de tuerie, ne parvient pas à avaler.
Ce n’est pas que dans les pays concernés, on n’ait tenté de faire rentrer cette scandaleuse singularité dans le rang, en l’identifiant sans plus avec les innombrables tragédies humaines qui, vécues par d’autres peuples, et en d’autres temps, sont elles au moins bien révolues.
En France – sans parler des prétendus « révisionnistes » qui, toute honte bue, nient les faits les mieux établis-, les choses se sont passées différemment parce que le pays, vaincu, défait, ruiné, pouvait se tenir à bon droit pour la victime d’une guerre malheureuse. Seulement, il y avait le gros point noir de la collaboration qui, s’il ne pouvait être totalement éliminé, pouvait du moins être quelque peu gommé. Pour cela, les divers gouvernements qui se sont succédés pendant 50 ans ont utilisé ce que j’appellerai la stratégie du « comme si » : on a confondu dans une même catégorie de victimes les résistants qui s’étaient battus en toute connaissance de cause , et les Juifs qui, dans leur immense majorité n’avaient été persécutés, humiliés, massacrés que pace qu’ils étaient né Juifs – grâce à quoi on pouvait nier la discrimination raciale que le régime de Vichy a bel et bien pratiquée- « comme si » enfin, de tous le plus scandaleux, l’affaire Touvier dans laquelle la chambre d’accusation a rendu un arrêt de non-lieu, arguant, en dépit de toutes les preuves contraires, que du fait que si la Milice avait commis des actes répréhensibles, le Maréchal quant à lui n’avait pas eu part à la persécution des Juifs.
Venant après tant de révélations qu’apporte l’inventaire encore timide des archives, ce dernier « comme si » était trop impudent pour ne pas provoquer l’indignation de la partie la plus saine de l’opinion- car pour la collectivité comme pour l’individu névrosé, cette forme insidieuse de falsification n’engendre jamais que trouble et maladie.
À l’occasion du cinquantenaire de la rafle du Vel’ d’Hiv’, le président de la République s’honorerait en disant solennellement, avec la haute autorité que lui confère sa fonction, que l’État français a eu sa part dans les crimes dits avec raison contre l’humanité. Il se peut que tout de suite après les années sombres, la nécessité de relever un pays défait, profondément démoralisé, ait conduit le général de Gaulle à cette forme de falsification que tous déplorent encore aujourd’hui. Mais depuis longtemps, l’argument ne tient plus ni de l’intérieur ni de l’extérieur la République n’est plus menacée, il est vraiment temps de dire enfin la vérité.
Non qu’on puisse l’offrir en réparation aux victimes et à leurs descendants, ce crime est irréparable.
Mais l’exprimer publiquement, par la voix la plus autorisée, ce serait, d’abord pour nous, faire œuvre de salubrité. »
Roger Holeindre. Sipa. Numéro de reportage : 00712376_000015.
Roger Holeindre. Sipa. Numéro de reportage : 00712376_000015.
Daoud Boughezala. Tous les attentats islamistes perpétrés en France depuis 2015 ont été le fait d’enfants d’immigrés. A votre avis, ce scénario était-il inéluctable ?
Roger Holeindre. Ce que nous vivons est dû à des décennies d’immigration massive totalement abandonnée à elle-même. Tout a été fait pour que les enfants d’immigrés ne se sentent pas Français ! Quand j’étais député de Seine-Saint-Denis, de 1986 à 1988, je suis monté des dizaines de fois le mercredi à la tribune. Je parlais constamment de l’apprentissage et des mouvements de jeunes tandis que les autres députés criaient : « Holeindre nazi ! Jeunesse à Pétain ! » et me traînaient dans la boue. Je voulais que l’apprentissage commence à 14 ans parce que si on laisse les gamins en échec scolaire mettre le boxon à l’école sans que personne ne s’occupe d’eux, il est trop tard à 16 ou 17 ans pour leur faire mettre les mains dans le cambouis. Il y a encore de bons ouvriers en France capables de former des jeunes. Or, un jeune auquel on montre un moteur de voiture complètement en rade et qui réussit huit jours plus tard à le faire marcher est sauvé pour la vie. La ministre du gouvernement Chirac chargée de l’apprentissage me répondait sans arrêt : « Mon cher ami, vous savez bien que ça n’est pas possible ! » Pourquoi ? Je n’ai jamais eu la réponse.
Mais les enfants des banlieues ne sont pas totalement livrés à eux-mêmes, loin s’en faut. À la fin de votre dernier livre La réconciliation nationale. Lettre ouverte aux Français musulmans (Apopsix, 2017), vous énumérez les plans d’aide successifs aux banlieues depuis vingt-cinq ans et arrivez au total… de cent milliards d’euros !
La banlieue n’a pas été abandonnée sur le plan financier. Mais ce n’est pas avec les « grands frères » qu’on va régler le problème. Ces grands frères n’ont jamais eu aucune formation. Lorsque j’étais député de Sevran, Tremblay et Villepinte, j’ai bien vu comment les choses se passaient sur place. A l’époque, le maire communiste de Sevran m’a à plusieurs reprises envoyé des jeunes qu’il avait sous la main pour me casser la gueule. En cinq minutes, j’arrivais à les convaincre que j’avais raison contre leur laxiste de maire. Mais, depuis quarante ans, tout ce que propose Jean-Marie Le Pen a été assimilé à du nazisme, ce qui explique le marasme dans lequel la France est plongée. Nous défendons pourtant les bases-mêmes d’une nation – frontières, peuple, préférence nationale – que nos opposants critiquaient. Je crois en la France et n’ai rien contre les étrangers qui viennent chez nous, à condition qu’ils n’essaient pas de nous imposer leurs coutumes et ne crachent pas sur la France. Je demande simplement que les frontières soient moins ouvertes, et qu’on accueille les immigrés dont on a besoin, comme le fait le Canada.
En tant que partisan de l’Algérie française, vous vous faites même l’avocat d’une vision assimilationniste de la nation. Quoiqu’hostile à l’immigration de masse, croyez-vous l’islam soluble dans la République ?
Je ne suis pas anti-musulman : en Algérie, j’ai dirigé une troupe scoute et une maison des jeunes. 450 gosses en tout. Lorsque Charlie Hebdo a sorti les caricatures de Mahomet, j’ai même publié un communiqué m’élevant contre ces dessins pour dire que l’islam n’était pas ma religion mais qu’il fallait la respecter. Dans l’armée, l’islam n’était parfois pas sans poser problèmes, par exemple, les sous-officiers algériens musulmans mariés n’amenaient jamais leur épouse aux soirées. Il est sûr et certain que l’islam a été l’obstacle principal au fait que les Algériens deviennent entièrement des français. Mais j’ai tout fait pour qu’ils le deviennent, sans jamais critiquer leur religion, sauf les demandes communautaristes de viandes hallal qui, comme le casher, compliquent la vie sociale en instaurant des espaces séparés dans les cantines et ailleurs.
Sur ce point, votre discours est assez proche des positions de Marine Le Pen, que vous critiquez par ailleurs…
Je suis membre fondateur du Front national que j’ai quitté lors de son élection à la présidence. Marine Le Pen ne croit en rien, sauf en ses chances de devenir présidente de la République. Elle n’a ni les idées politiques de son père ni les miennes. J’aurais préféré que Marion Maréchal-Le Pen soit candidate à la place de sa tante. C’aurait été un joli coup car elle est jeune, belle et présente bien. De surcroît, je ne l’ai jamais entendue dire de bêtises. L’avenir de notre pays dépend de garçons et de filles comme elle qui s’assument comme des gens de droite.
Dans les rangs nationalistes, votre hantise de la guerre civile et votre main tendue aux musulmans Français sont-ils mal accueillis ?
Pas spécialement, car j’explique bien ma position. Je veux avoir le droit de dire qu’untel est un con, quelle que soit sa race ou sa religion. S’il n’est pas Français de cœur, c’est de la faute de certaines personnes qui ont fait en sorte qu’il n’aime pas la France. Certains à gauche n’attendent que la guerre civile. Il suffirait que trois abrutis descendent dans la rue en criant « Vive la France », l’un avec un lance-pierres, l’autre avec une batte de baseball et le troisième avec un pistolet-mitrailleur sans chargeur, pour qu’on arme les banlieues au nom de la défense des « valeurs de la République ». Dans un esprit de réconciliation, à 88 ans, pour que tous les Français patriotes fassent un bout de chemin ensemble, je vais me présenter à la députation dans la onzième circonscription de Seine-Saint-Denis sous l’étiquette comités Jeanne-Parti de la France. C’est un scoop que je vous annonce !
Passons à une cause qui vous tient à cœur : l’Algérie. Résistant à quinze ans dans la France occupée, vous vous êtes ensuite illustré militairement dans le maquis en Algérie, quitte à vous opposer à De Gaulle lorsque celui-ci enclencha le processus qui devait mener à l’indépendance du pays. Mais les Arabes d’Algérie étant traités en sous-citoyens depuis des décennies, pouvait-on décemment leur refuser l’autodétermination ?
On a gagné militairement avec une majorité de soldats musulmans ! L’armée française est la seule armée au monde à avoir à la fois vaincu ses ennemis dans le djebel et à avoir annihilé le terrorisme en ville. Or, il y avait plus de musulmans dans l’armée française que dans les rangs du FLN toutes divisions confondues.La population en avait marre du FLN. Même ceux qui balançaient des grenades, pour la plupart, ne le faisaient que parce que le FLN les y contraignait après avoir enlevé leurs enfants. Lorsque De Gaulle a fait un appel de fonds pour financer un emprunt, beaucoup de musulmans de Tébessa, ma ville, algériens riches, marchands de vaches ou autres, y ont souscrit.Dans mon maquis, j’avais beaucoup de musulmans qui ont d’ailleurs tous voté pour l’Algérie française.
Malgré tout, les départements français d’Algérie hébergeaient une société à deux vitesses, a fortiori depuis la promulgation du décret Crémieux (1871) naturalisant les juifs. La naturalisation avait été également proposée aux musulmans qui l’ont refusé car ils n’entendaient pas abandonner leur droit coutumier…
Les oulémas n’en voulaient pas mais cela aurait pu être rectifié, comme le proposait l’armée française. Les officiers des affaires indigènes qui tenaient le bled au moment du décret Crémieux avaient signalé à leur hiérarchie que le fait de n’accorder la nationalité française qu’aux juifs passait très mal auprès de la population. Ce décret a été rédigé à la va-vite alors que le gouvernement s’était exilé en province, Paris étant encerclée par l’armée prussienne. La France a eu des torts à ce moment-là mais n’a certainement pas eu tous les torts. L’autre jour, Enrico Macias a déclaré qu’en Algérie, les Pieds-noirs et les Arabes ne s’entendaient pas mais que Juifs et Arabes s’entendaient à merveille. Mais à Constantine, tous les quinze ans, les Arabes descendaient sur le quartier juif et tuaient des centaines de gens ! Parce que les juifs prêtaient de l’argent aux paysans arabes sur leurs futures récoltes. Parmi les Pieds-noirs, mon ami Jacques Casanova, dont le père a été découpé en morceaux par le FLN, avait des parents qui s’occupaient de tous les miséreux du coin sans discrimination. Ce ne sont pas des Arabes du coin mais des miliciens FLN venus d’ailleurs qui l’ont assassiné. En général, les musulmans préféraient travailler pour des patrons pieds-noirs qui les traitaient et les payaient bien mieux que leurs coreligionnaires.
La France aurait-elle pu rectifier le tir a posteriori en faisant des Algériens musulmans des citoyens de pleins droits ?
Cela aurait été possible au grand moment de l’Algérie française. « La colonie » était sur le point de devenir des départements français à part entière. Tous les chefs arabes anti-occidentaux qui débarquaient à Alger s’extasiaient devant les villes d’Algérie construites par la France, riches comme aucun pays arabe. En maintenant l’Algérie et le Sahara français, nous aurions préservé la paix dans toute l’Afrique noire. L’immigration ne serait pas partie de l’Algérie vers l’Europe mais de l’Europe vers l’Algérie. Il y avait moyen de bâtir une Afrique française, avec des grands projets. Au lieu de cela, le Sahara est devenu la base terroriste du monde entier.
Votre rêve d’une Algérie restée française relève de la géopolitique-fiction. Comme l’a compris De Gaulle, le sens de l’histoire rendait sans doute la décolonisation inéluctable, malgré la victoire militaire de l’armée française en Algérie…
De Gaulle a peut-être cru pouvoir garder le Sahara algérien entre les mains de la France mais le chancelier Adenauer l’a incité à devenir le patron de la troisième force entre les Etats-Unis et l’URSS. Pour que la France rassemble tous les pays émergents, sur les conseils d’Adenauer, la France devait brader l’Algérie, voire se séparer des Dom-Tom. Si De Gaulle laissait le drapeau français flotter sur la moindre parcelle de territoire habitée par des gens bronzés, il ne pourrait pas diriger le bloc du Tiers-Monde, lui expliquaient en substance Adenauer et bien d’autres. De Gaulle y a cru. À sa décharge, c’était peut-être un argument recevable. Il faut néanmoins savoir que le Sahara n’a jamais été algérien. Le gaz et le pétrole, c’est l’explorateur Conrad Killian qui les a découverts et y a planté le drapeau de la France. Le Sahara était donc français en vertu d’une règle internationalement reconnue.
En fin de compte, l’Algérie a été conquise en 1830 mais le traumatisme colonial demeure.
Quand Emmanuel Macron fustige à Alger « la terreur » de la colonisation, il faut lui rappeler que tout cela s’est fait il y a deux cents ans ! Et la France est intervenue en Algérie parce que l’Europe entière – et même l’Amérique – le lui demandaient pour mettre fin aux attaques des barbaresques, qui assaillaient non seulement les navires dans toute la Méditerranée, razziant hommes, femmes et enfants, mais aussi sur les côtes de tous les pays riverains. Qui se souvient encore de la guerre entre les Etats-Unis d’Amérique et le Bey d’Alger ? A quatre reprises, la marine américaine a bombardé Alger alors que les Etats-Unis venaient de naître. De nos jours, si la guerre mémorielle continue, c’est uniquement dû au président Bouteflika qui attise les flammes pour de basses raisons de politique intérieure !
François Fillon en meeting, Porte de Versailles à Paris, avril 2017. SIPA. 00801659_000003
François Fillon en meeting, Porte de Versailles à Paris, avril 2017. SIPA. 00801659_000003
J’ai suivi le discours de François Fillon au Parc des expositions de la porte de Versailles à Paris – et ceux des « supporters » qui l’ont précédé. Il faut dire que je devais aller en parler chez Audrey Pulvar.
Quelques impressions:
1) Plutôt bon discours venant malheureusement bien tard.
2) Fillon est le seul à avoir un programme structuré.
3) Dans une campagne qui ne repose que sur la com’, avoir un programme est un handicap, qui se note clairement dans les « débats » où les candidats sont condamnés à saucissonner leurs projets en « propositions ». Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron l’ont bien compris qui gèrent leur supérette où il y en a pour toutes les plaintes et toutes les protestations. Mélenchon et Macron devraient lancer une boutique Michel et Augustin.
4) En ce sens François Fillon est vieux jeu. Manuel Castells a parfaitement montré dans Communication et Pouvoir que les politiciens qui jouent la carte de la communication réussissent mais avec un coût: l’incapacité à gouverner. Le premier crétin qui réussit à ce jeu-là, ce fut Chirac pour qui le gouvernement c’était l’intermède entre deux campagnes.
5) Les casseroles de François Fillon ont redoublé son handicap: non seulement il avait un programme (grâce auquel il avait gagné la primaire de droite) mais en plus il ne put pas en parler et en parle trop tard.
6) Sur ces casseroles, je maintiens que François Fillon a été piégé par les vicelards Hollande et Jouyet (oui le cabinet noir, ça existe). J’ajoute qu’il n’est certainement pas le seul dans son cas (des députés faisant du conseil, cumulant et employant femmes, enfants et maîtresses il y en a des palanquées). Les écuries du PS et des écologistes ont autant besoin d’être nettoyées que celles des Républicains. Seule nuance: de même que Fillon faisait preuve d’une incroyable légèreté en allant dénoncer Sarko à ce sinistre personnage qu’est Jouyet, de même il aurait pu se méfier en se doutant qu’il aurait affaire à forte partie.
7) Fillon est aussi victime de ceux qui le soutiennent: la galerie des orateurs qui l’ont « introduit » faisait frémir. NKM a fait un impayable numéro de cocotte narcissique (j’avais vu des cocottes et des narcissiques mais pas la synthèse des deux), Pécresse est gentillette, Raffarin insortable dans le style paléopaléolithique et de Castries et Baroin des arrogants. Avec ça, si on ajoute la présence dans le public de Ferry et Balladur, on est bien monté.
8) Bref, je pense que Fillon est cuit: pour défendre un programme que j’approuve sur bien des points, il n’est pas assez crédible et sa fine équipe de bras cassés ne vaut pas tripette. Ce qui ne veut pas dire que celle de Macron vaille mieux bien au contraire.
Marine Le Pen. Sipa. Numéro de reportage : AP22035666_000004.
Marine Le Pen. Sipa. Numéro de reportage : AP22035666_000004.
On eût aimé qu’en cette semaine de Pessah, on lâche quelque peu la grappe à ces nombreux juifs qui, pratiquants ou non, font une pause dans les passions du moment pour se remémorer, en famille, d’une sortie d’Egypte toujours recommencée… Eh bien non ! Putain d’Internet, de réseaux sociaux, de buzz et autres chancres de la modernité : la question juive s’invite encore dans cette mêlée électorale, où l’hystérie le dispute à la mauvaise foi !
Une fake news? Non, une uchronie!
Première affaire où, malheureusement, Causeur se trouve bien involontairement mêlé. Dans la dernière livraison du mensuel, Jérôme Leroy, rédacteur en chef culture du magazine, publie un long article à propos du livre Céline, la race, le Juif de Pierre-André Taguieff et Annick Duraffour. Jérôme Leroy n’est pas d’accord avec la thèse centrale de l’ouvrage, qui affirme que l’antisémitisme déchainé de Céline était déjà à l’œuvre dans ses premiers ouvrages littéraires, comme Voyage au bout de la nuit. Pour introduire son propos, Leroy utilise les figures littéraires de l’uchronie et de la dystopie : imaginons que Louis-Ferdinand Destouches, dit Céline soit décédé à Londres, en mai 1936, dans un accident de voiture : il eût parfaitement été imaginable, dans cette hypothèse, que Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Education, inaugurât en février 2016, à Villeurbanne, où elle vise la députation en juin prochain, un collège Louis-Ferdinand Céline dans un quartier sensible de cette bonne ville.
Sans entrer dans la controverse Taguieff-Leroy (Céline antisémite de toujours ou écrivain génial frappé de délire idéologique hitléro-fasciste à partir de 1937), personne ne peut, de bonne foi, accuser le brave Jérôme d’avoir, sciemment propagé une fausse nouvelle pour nuire à l’honorable ministre de l’Education ! Causeur fait crédit à ses lecteurs de ne pas confondre une uchronie littéraire avec une dépêche de l’AFP ! C’était sans compter sur ces cons (ou ces salopards) de la Ligue de défense juive (LDJ), groupuscule judéo-fasciste, qui s’est empressé de balancer sur les tous les réseaux sociaux possibles et imaginables le fake news de l’existence d’un collège Céline à Villeurbanne porté par Najat Vallaud Belkacem sur les fonts baptismaux de la République ! Et ça buzze ! Et ça buzze !
C’est bien Causeur qui diffuse un fake diffamant la ministre de l’éducation Najat Vallaud-Belkacem https://t.co/luEK01Esn7
« Je vous l’avais bien dit, cette Najat est une s…. !» est le plus modéré des commentaires qui suivent cette annonce partagée à la vitesse de l’éclair par quelques juifs hystériques mal-comprenants ! Et qui c’est qui se frotte les mains ? Najat Vallaud Belkacem, bien sûr, qui ne va pas manquer de jouer à fond sur sa victimisation par « les juifs » pour faire revenir vers elle les voix de ces musulmans villeurbannais qui n’avaient pas apprécié, mais pas du tout, qu’elle vienne introduire les théories « genristes » de sa copine Caroline de Haas dans les écoles de leurs rejetons!
Vichy : Marine rompt avec la doxa paternelle
Autre affaire lamentable : la bulle médiatique qui a enflé, enflé ce lundi 10 avril 2017 (jour de Pessah 5777) accusant Marine Le Pen de tous les péchés pour avoir déclaré, la veille, sur RTL, que la France n’était pas responsable de la rafle du Vel d’hiv’ des 16 et 17 juillet 1942, aboutissant à l’arrestation et la déportation de 13 000 juifs de la région parisienne, dont 4000 enfants, dont une infime minorité survivra. Mme Le Pen reprenait alors, de manière plus succincte et moins développée, l’argumentaire sur cette question exposé quelques jours plus tôt par son premier lieutenant Florian Philippot, qui ralliait le Front national à l’interprétation gaullo-mitterrandienne de cet épisode. Celle-ci postule qu’en 1942, la légitimité républicaine n’était pas à Vichy, mais à Londres et que les actes abominables perpétrés par des fonctionnaires de l’Etat français pétainiste sous la botte allemande n’impliquaient pas, comme l’a déclaré Jacques Chirac en juillet 1995,que « la France (c’est à dire la Nation et son peuple réunis dans la République) a commis ce jour-là l’irréparable… ». Contrairement à ce qu’écrit Le Monde dans son éditorial du 11 avril, il n’existe pas de « consensus national » sur interprétation chiraquienne, dont la mise en cause n’est pas le seul fait de l’extrême droite. La preuve ? Le 3 avril, Jean-Noël Jeanneney, historien, homme de gauche s’il en fut, ex-ministre de Mitterrand et ancien PDG de Radio France se déclarait «désolé», au micro de Guillaume Erner sur France Culture, de partager l’analyse de Florian Philippot, et de ne pas crier avec la meute anti-Le Pen à propos de cette question controversée…
D’autres historiens et penseurs de ce temps, comme Alain Gérard Slama (pourtant proche de Jacques Chirac) et Alain Finkielkraut sont sur la même ligne! Les crétins parlent de « révisionnisme », voire de « négationnisme » pour fustiger Mme Le Pen et la réduire à sa filiation sulfureuse, alors qu’en la matière elle rompt de manière spectaculaire avec la doxa paternelle… Il existe tant de bon et sérieux procès politiques à intenter à Marine Le Pen, et tant de bonnes et sérieuses raisons de ne pas voter pour elle pour ne pas en ajouter de mauvaises. Que tous ces cons nous laissent fêter Pessah en paix, bordel!
Marine Le Pen sur le plateau du Grand Jury de LCI, avril 2017.
Marine Le Pen sur le plateau du Grand Jury de LCI, avril 2017.
Qu’est-ce qui a pris à Marine Le Pen de reparler de la rafle du Vel’ d’Hiv’ ? Pourquoi a-t-elle choisi de porter le fer dans des plaies juives cicatrisées depuis longtemps et qu’elle a délibérément rouvertes ? On n’imagine pas un seul instant qu’elle ait reçu un coup de téléphone suppliant de son papa : « S’il te plaît, fifille, fais-moi plaisir une dernière fois ». Il doit donc y avoir autre chose.
Marine Le Pen a expliqué que la rafle du Vel d’Hiv n’était pas le fait de la France. En rupture totale avec le discours de Jacques Chirac de 1995. Il avait alors, et à juste titre, décidé de ne pas ignorer que des milliers de policiers et de gendarmes français avaient été mobilisés (sans qu’aucun ne refuse obéissance) pour enfourner dans des wagons à destination d’Auschwitz 13 000 Juifs, dont 4 000 enfants. Marine Le Pen sait ce qu’elle fait. Et, on l’espère pour elle, elle sait ce qu’elle dit.
Elle s’adresse à cette frange de son électorat qui se reconnaît dans un FN-Canal historique, tendance Jean-Marie Le Pen. Cette frange-là, antigaulliste et nostalgique de l’Algérie française, pense, comme papa, que les juifs font ch… En même temps, elle satisfait une partie de son électorat musulman, plus important qu’il n’y paraît. Marine Le Pen a lu Machiavel. Il n’est pas sûr qu’elle ait tout compris.
Revoilà Jean-Ma!
Car elle a assorti sa déclaration d’un communiqué réfléchi et argumenté faisant explicitement référence à la tradition gaulliste. Vichy, dit-elle, ce n’était pas la France : la France, la vraie, se trouvait à Londres. Et à propos de la rafle qu’elle trouve quand même « ignoble », elle qualifie Vichy de « régime collaborationniste ». Papa doit se retourner dans sa tombe : ah non, c’est vrai, il n’est pas mort…
Il paraît que le cynisme est une vertu prometteuse en politique. Qu’on y ajoute une certaine dose de rouerie machiavélique et c’est bingo garanti. Mais Marine Le Pen n’est pas de taille. Elle distille ses petites saletés et, pour les rendre présentables, les habille d’une croix de Lorraine. L’histoire de la Ve République – elle doit bien la connaître grâce à papa – dit bien des choses sur la tragédie des Juifs sous le règne du maréchal Pétain.
De Gaulle tenait le régime de Vichy pour nul et non avenu. Lui seul avait été, et était légitime. Donc à ses yeux, Vichy n’était pas la France. La France, il la voulait à sa taille, qui était grande. Pompidou qui lui succéda resta fidèle à la doctrine du général. Vint Valéry Giscard d’Estaing qui, lui non plus, ne pipa mot. Pensez donc : il avait comme secrétaire d’Etat au Budget un certain Papon, qui organisa la déportation des Juifs de Bordeaux.
Quant à Mitterrand, il se tut également. Il avait un ami de jeunesse auquel il resta fidèle : René Bousquet, l’organisateur précisément de la rafle du Vel d’Hiv. Mais tout ça est sans doute trop compliqué pour Marine Le Pen. C’est pourquoi nous lui suggérons d’aller se promener devant les écoles du XIe arrondissement. Elle y verra des plaques avec des centaines de noms des enfants juifs gazés. Ça lui apprendra peut-être à se taire. Quel besoin avait-elle d’aller remuer leurs cendres avec ses délicats petits escarpins ?
P.S. : Je viens de lire l’excellent (comme toujours) article de Luc Rosenzweig. Il dénonce le lynchage de Marine Le Pen. Je comprends, et je partage, nombre de ses arguments. Mais il ne répond pas à la seule question qui vaille. Pourquoi Marine Le Pen a-t-elle éprouvé la nécessité de parler de la rafle du Vel’ d’Hiv ? Ça la chatouille ou ça la gratouille où ?
Donald Trump. Sipa. Numéro de reportage : AP22038369_000021.
Donald Trump. Sipa. Numéro de reportage : AP22038369_000021.
«C’était le premier grand test international pour Donald Trump et il a choisi d’y répondre avec célérité et fermeté (…) Le visage grave, la voix très posée, le milliardaire a ensuite appelé toutes les «nations civilisées» à se joindre aux Etats-Unis «pour chercher à mettre fin au massacre et au bain de sang en Syrie». » Lorsqu’il écrit sur Donald Trump, le correspondant à New York de Libérationpeine à dissimuler son admiration. Et c’est peu dire que le ton a changé à gauche lorsqu’on parle du Président des Etats-Unis.
Le nouvel espoir de la gauche atlantiste
Accusé d’être un agent du Kremlin et une marionnette téléguidée par Poutine il y a encore quelques jours, Donald Trump est devenu le justicier que la gauche atlantiste attendait depuis l’élection de Barack Obama. On se pince quand on entend Benoît Hamon rendre hommage au nouveau président: « L’administration Trump a montré la nuit dernière qu’il y avait un coût à franchir certaines limites. Bachar al-Assad est directement responsable des frappes américaines ». On peine à reconnaître celui qui accusait Facebook d’être coresponsable de la victoire de Trump au lendemain de son élection: « Nous sommes entrés dans une ère de postvérité, de démago-politique, où la parole coup de poing et la posture télévisée comptent plus que l’examen raisonné de leur bien-fondé. » Une expertise digne des meilleurs décodeurs médiatiques !
Il faut toutefois reconnaître que Donald Trump a lui aussi changé de discours. Pour justifier ses frappes, il n’a pas su retenir son émotion: «Par le biais d’un agent neurotoxique mortel, Assad a arraché la vie à des hommes, des femmes et des enfants sans défense (…) les petits enfants et même de beaux petits bébés (…) Leur mort fut un affront à l’humanité. Ces actes odieux commis par le régime Assad ne peuvent pas être tolérés« . Les images brandies par Nikkie Halley, la nouvelle ambassadrice américaine à l’ONU, étaient en effet insoutenables au regard. De tels sentiments de la part du président américain qui a fait preuve d’une telle rapidité à frapper (sans attendre l’aval du Conseil de Sécurité des Nations Unies), il n’en fallait pas plus pour séduire les partisans d’une vision morale des affaires étrangères. Même Philippe Poutou, candidat du Nouveau Parti Anticapitaliste, a salué «un coup d’éclat américain».
Obama savait raison garder…
Les images tournées par les fameux « casques blancs » et relayées par le très contestable Observatoire syrien des droits de l’homme basé à Londres ont suffi à retourner la situation internationale. Hier parangon du réalisme en politique étrangère, défenseur égoïste des intérêts américains, Trump est aujourd’hui au diapason des wilsoniens les plus agressifs. John McCain et Lindsey Graham se sont joints à Marco Rubio pour saluer l’initiative. À croire qu’il fallait un lâcher de missiles Tomahawk pour asseoir son autorité présidentielle. La presse est paradoxalement rassurée: les Américains n’ont pas élu un fou à la Maison Blanche mais au contraire un « commandant en chef » responsable. Elle en redemande et craint que l’intervention du 7 avril ne soit qu’un coup de semonce ponctuel. « Le raid sur Shayrat est un coup de semonce qui ne peut rester sans lendemain diplomatique. » conclut Daniel Vernet pour Slate.
Que la caution humanitaire soit apportée par des alliés d’Al-Qaïda en Syrie importe peu au regard des souffrances et des victimes. Dans la décision américaine, il n’y a pas eu de prise de distance, ni de calcul rationnel comme le fit Obama en 2013. L’ancien président avait confié, dans un entretien à la revue The Atlantic, s’être isolé à la Maison Blanche pour prendre une décision qui allait à l’encontre de sa propre administration. Avec le recul, Obama avait jugé avoir pris la meilleure décision de sa présidence. Trump, lui, n’a pas hésité. Il a été touché personnellement par les images. Et ça plaît aux néo-conservateurs des deux rives de l’Atlantique. Sur Twitter, Hillary Clinton avait enjoint la veille de l’attaque le nouveau Président d’attaquer les bases aériennes syriennes. François Hollande demandait une telle action depuis près de quatre ans. Benoît Hamon peut se féliciter : avec Trump, l’Amérique est à nouveau le gendarme du monde.
Le pape François célèbre la messe des Rameaux à Rome, avril 2017. SIPA. AP22038142_000010
Le pape François célèbre la messe des Rameaux à Rome, avril 2017. SIPA. AP22038142_000010
Après les tueries de Tanta et d’Alexandrie, vous avez dit que vous alliez « prier pour les victimes ». Et qui sont les victimes ? Ça, vous ne l’avez pas dit : vous devez penser que le mot « chrétiens » est de nature à choquer ceux qui ne le sont pas. Vous n’avez pas non plus nommé les assassins : votre bonté naturelle vous empêche certainement de dire « fanatiques islamistes ». Car dans « islamistes » il y a « islam » et vous avez un faible pour cette religion de paix et d’amour.
Vous êtes désigné sous le vocable de « souverain pontife ». Au vu de l’eau tiède dont vous remplissez vos bénitiers, l’appellation « souverain poncif » vous irait comme un gant… Pour les catholiques, vous êtes le Saint-Père et ils ont pour coutume de se blottir dans le giron de leur Sainte-Mère l’Eglise. Je ne suis pas très catholique. Mais si j’en étais un, je revendiquerais aussitôt, après vous avoir lu, le statut d’orphelin.
D’un François l’autre
Dans le flot des réactions suscitées par les tueries de Tanta et d’Alexandrie, vous n’êtes pas le seul à avoir ouvert le robinet à niaiseries. Sur le podium des nigauds, les places sont chères. Et c’est, de façon incontestable, François Hollande qui a accédé à la plus haute marche. Comme vous, très cher souverain poncif, le président de la République s’est bien gardé d’utiliser les mots qui fâchent (« chrétiens », « islamistes »). Et il a fait fort, très fort.
Son communiqué dénonce en effet un acte « visant à détruire l’unité et la diversité de l’Egypte » ! La « diversité » ? Le président de la République pense peut-être que Tanta et Alexandrie sont dans le 93 ? François Hollande n’est pas bête et méchant. Il n’est pas méchant. Son ministre des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, a, lui, été plus sobre. Sans utiliser les mots interdits, il a déclaré que « la France était solidaire de l’Egypte ». On ne va quand même pas exiger du chef de notre diplomatie qu’il dise qui a tué et qui tue…
J’ai appris avec consternation l’attentat odieux qui a frappé, ce matin l’Egypte, et qui a fait de nombreuses victimes. pic.twitter.com/fO1rspEyrT
Benoit Hamon est resté dans le même registre, en adressant ses condoléances aux « familles égyptiennes endeuillées ». Vous avez bien lu : égyptiennes, pas chrétiennes ! C’est un peu comme si, pour parler des dizaines de milliers de Juifs persécutés par Vichy, on disait « des dizaines de milliers de Français »…
Pour trouver des mots « chrétiens » et « islamistes » il faut se projeter à l’autre bord de l’échiquier politique. François Fillon et Marine Le Pen n’ont pas hésité à nommer les assassinés et les assassins. Ce n’est pas de votre goût, très Saint-Père. Maintenant, nous savons que vous n’êtes ni de droite, ni d’extrême-droite. Ouf !