On eût aimé qu’en cette semaine de Pessah, on lâche quelque peu la grappe à ces nombreux juifs qui, pratiquants ou non, font une pause dans les passions du moment pour se remémorer, en famille, d’une sortie d’Egypte toujours recommencée… Eh bien non ! Putain d’Internet, de réseaux sociaux, de buzz et autres chancres de la modernité : la question juive s’invite encore dans cette mêlée électorale, où l’hystérie le dispute à la mauvaise foi !

Une fake news? Non, une uchronie!

Première affaire où, malheureusement, Causeur se trouve bien involontairement mêlé. Dans la dernière livraison du mensuel, Jérôme Leroy, rédacteur en chef culture du magazine, publie un long article à propos du livre Céline, la race, le Juif de Pierre-André Taguieff et Annick Duraffour. Jérôme Leroy n’est pas d’accord avec la thèse centrale de l’ouvrage, qui affirme que l’antisémitisme déchainé de Céline était déjà à l’œuvre dans ses premiers ouvrages littéraires, comme Voyage au bout de la nuit. Pour introduire son propos, Leroy utilise les figures littéraires de l’uchronie et de la dystopie : imaginons que Louis-Ferdinand Destouches, dit Céline soit décédé à Londres, en mai 1936, dans un accident de voiture : il eût parfaitement été imaginable, dans cette hypothèse, que Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Education, inaugurât en février 2016, à Villeurbanne, où elle vise la députation en juin prochain, un collège Louis-Ferdinand Céline dans un quartier sensible de cette bonne ville.

Sans entrer dans la controverse Taguieff-Leroy (Céline antisémite de toujours ou écrivain génial frappé de délire idéologique hitléro-fasciste à partir de 1937), personne ne peut, de bonne foi, accuser le brave Jérôme d’avoir, sciemment propagé une fausse nouvelle pour nuire à l’honorable ministre de l’Education !  Causeur fait crédit à ses lecteurs de ne pas confondre une uchronie littéraire avec une dépêche de l’AFP ! C’était sans compter sur ces cons (ou ces salopards) de la Ligue de défense juive (LDJ), groupuscule judéo-fasciste, qui s’est empressé de balancer sur les tous les réseaux sociaux possibles et imaginables le fake news de l’existence d’un collège Céline à Villeurbanne porté par Najat Vallaud Belkacem sur les fonts baptismaux de la République ! Et ça buzze ! Et ça buzze !

« Je vous l’avais bien dit, cette Najat est une s…. !»  est le plus modéré des commentaires qui suivent cette annonce partagée à la vitesse de l’éclair par quelques juifs hystériques mal-comprenants ! Et qui c’est qui se frotte les mains ? Najat Vallaud Belkacem, bien sûr, qui ne va pas manquer de jouer à fond sur sa victimisation par « les juifs » pour faire revenir vers elle les voix de ces musulmans villeurbannais qui n’avaient pas apprécié, mais pas du tout, qu’elle vienne introduire les théories « genristes » de sa copine Caroline de Haas dans les écoles de leurs rejetons!

Vichy : Marine rompt avec la doxa paternelle

Autre affaire lamentable : la bulle médiatique qui a enflé, enflé ce lundi 10 avril 2017 (jour de Pessah 5777) accusant Marine Le Pen de tous les péchés pour avoir déclaré, la veille, sur RTL, que la France n’était pas responsable de la rafle du Vel d’hiv’ des 16 et 17 juillet 1942, aboutissant à l’arrestation et la déportation de 13 000 juifs de la région parisienne, dont 4000 enfants, dont une infime minorité survivra. Mme Le Pen reprenait alors, de manière plus succincte et moins développée, l’argumentaire sur cette question exposé quelques jours plus tôt par son premier lieutenant Florian Philippot, qui ralliait le Front national à l’interprétation gaullo-mitterrandienne de cet épisode. Celle-ci postule qu’en 1942, la légitimité républicaine n’était pas à Vichy, mais à Londres et que les actes abominables perpétrés par des fonctionnaires de l’Etat français pétainiste sous la botte allemande n’impliquaient pas, comme l’a déclaré Jacques Chirac en juillet 1995, que « la France (c’est à dire la Nation et son peuple réunis dans la République) a commis ce jour-là l’irréparable… ». Contrairement à ce qu’écrit Le Monde dans son éditorial du 11 avril, il n’existe pas de « consensus national » sur interprétation chiraquienne, dont la mise en cause n’est pas le seul fait de l’extrême droite. La preuve ? Le 3 avril, Jean-Noël Jeanneney, historien, homme de gauche s’il en fut, ex-ministre de Mitterrand et ancien PDG de Radio France se déclarait «désolé», au micro de Guillaume Erner sur France Culture, de partager l’analyse de Florian Philippot, et de ne pas crier avec la meute anti-Le Pen à propos de cette question controversée…

D’autres historiens et penseurs de ce temps, comme Alain Gérard Slama (pourtant proche de Jacques Chirac) et Alain Finkielkraut sont sur la même ligne! Les crétins parlent de « révisionnisme », voire de « négationnisme » pour fustiger Mme Le Pen et la réduire à sa filiation sulfureuse, alors qu’en la matière elle rompt de manière spectaculaire avec la doxa paternelle… Il existe tant de bon et sérieux procès politiques à intenter à Marine Le Pen, et tant de bonnes et sérieuses raisons de ne pas voter pour elle pour ne pas en ajouter de mauvaises. Que tous ces cons nous laissent fêter Pessah en paix, bordel!

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Luc Rosenzweig
est journaliste.Il a travaillé pendant de nombreuses années à Libération, Le Monde & Arte.Il collabore actuellement à la revue Politique Internationale, tient une chronique hebdomadaire à RCJ et produit des émissions pour France Culture.Il est l'auteur de plusieurs essais parmi lesquels "Parfaits espions" (édition du Rocher), ...