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Fillon: « Il faut limiter l’immigration à son strict minimum »

François Fillon. Photo: Joël Saget

Causeur. Contrairement à ce qui avait été annoncé, la question de l’identité n’est pas au cœur du débat présidentiel, sinon pour dire qu’il ne faut pas en parler. Et, alors qu’elle est considérée comme hautement inflammable, elle a à peine animé le débat de TF1. À gauche, où l’on tient ces questions pour « nauséabondes », on s’en réjouit. Mais le résultat, c’est qu’à la fin de trois heures de débat, on n’a pas vraiment parlé de la France. Comment expliquez-vous que ce sujet qui hante les Français ne prenne pas ?

François Fillon. Comme vous l’avez dit, on n’évoque pas franchement la question française qui touche pourtant nos concitoyens au cœur. Nous traversons une crise existentielle, mais par angélisme ou par crainte d’affronter la réalité beaucoup se taisent. Une certaine gauche a fait du multiculturalisme la panacée de la modernité, sans mesurer les conséquences d’une société liquide sans repères rassembleurs. À force de négliger la patrie, de la moquer parfois, on a renforcé le repli communautaire dans certains lieux, fait reculer l’intégration républicaine, culpabilisé les Français attachés à l’unité nationale. Et puis, de l’autre côté, il y a l’instrumentalisation de la question identitaire par le Front national, ce qui ne contribue pas à faciliter un débat constructif. Entre le déni des uns et l’outrance du FN, il faut une parole ferme et équilibrée sur le sujet de l’identité nationale, une parole de fierté et de confiance en nous-mêmes. C’est ma démarche.

Que visez-vous exactement par « les outrances du FN » ?

Les outrances et les promesses illusoires constituent la marque de fabrique du programme du FN. Prétendre qu’en sortant de l’euro et en rétablissant le franc on va rehausser notre souveraineté et dynamiser notre économie, c’est une fumisterie. Promettre le retour à la retraite à 60 ans, c’est le summum de la démagogie électorale. Affirmer qu’on va réduire l’immigration légale à 10 000 entrées par an est un non-sens car la France a besoin sur certains secteurs de l’apport des étrangers. Un exemple : 20 % de nos médecins à l’hôpital sont étrangers… Va-t-on y renoncer ? Ce programme ne renforcerait pas la France, il l’entraînerait vers la faillite économique et sociale, et donc la désespérance nationale. Ça n’est pas en refusant la compétition du monde et les rapports de force de l’Histoire que notre pays sauvera son identité. En 1958, le général de Gaulle a relevé la France en la modernisant et en lui donnant un destin international. Le projet de Mme Le Pen, c’est le repli, c’est la décroissance, et c’est carte blanche donnée aux grandes puissances du monde de maîtriser l’avenir sans nous et contre nous.

>> A lire aussi: Causeur: Parlez-nous de la France! 

Pensez-vous que nous vivons une crise identitaire ou culturelle ? En quels termes la décririez-vous ? Et que comptez-vous faire pour y remédier ?

Je crois que nous vivons une triple crise qui forme un cocktail explosif : une crise culturelle liée au culte de l’individualisme ; une crise identitaire alimentée par le recul du patriotisme et la pression des flux migratoires ; une crise économique qui dévitalise l’énergie et l’espérance collectives. Du coup, notre communauté nationale se divise et se désespère. Pour ma part, je veux répondre à ces trois crises qui s’interpénètrent par un projet global. Je veux déclencher le redressement économique de la nation française, porter l’orgueil d’une nation fière d’elle-même, de ses valeurs et de son histoire. Le respect du passé doit être une force pour aller vers l’avenir. Il faut arrêter avec le dénigrement de nos racines, de notre récit national. Comment voulez-vous que les jeunes Français aient confiance en eux si[access capability= »lire_inedits »] on leur parle de la France en des termes négatifs ? Comment voulez-vous que le monde nous respecte si nous-mêmes hésitons à proclamer notre singularité ? Pour nous relancer, il faut affirmer que le patriotisme n’est pas un gros mot, il faut valoriser ce qui nous rassemble en tant que citoyens plutôt que ce qui nous distingue en tant qu’individus, il faut que l’École assume sa vocation unificatrice, il faut relancer l’intégration et l’assimilation, et donc limiter l’immigration, et il faut enfin déclencher une dynamique économique. La croissance et l’emploi sont des armes majeures contre le défaitisme national.

Qu’avez-vous retenu de l’échec du débat sur l’identité nationale ? En réalité, n’aurait-il pas fallu être plus « cash » et engager la discussion sur et avec l’islam de France et sa compatibilité avec la loi républicaine ? Au cours du débat de TF1, vous avez d’ailleurs admis avoir évolué sur la question de la laïcité. Qu’est-ce qui vous a fait changer ?

Je suis un défenseur de la laïcité. De la vraie laïcité, c’est-à-dire celle qui affirme que les religions ont leur place en France, à la condition qu’elles acceptent de respecter le cadre de nos valeurs et de nos règles communes. Négliger le fait religieux est absurde et dangereux, car on n’évacue pas le besoin de transcendance au risque de le voir resurgir violemment. Mais je ne suis pas naïf, l’islam radical est en train de gangrener le monde et une partie de nos concitoyens musulmans. Prétendre que le djihadisme n’a rien à voir avec le fondamentalisme religieux est un peu court. Le fondamentalisme a un socle de « valeurs » qui n’est pas compatible avec le nôtre. La question de l’islam et de sa modernité se pose, comme la question du christianisme s’est posée au début du XXe siècle. L’histoire a montré que le problème n’est pas insurmontable, mais il faut agir de façon volontaire. Je veux que le culte musulman soit soumis à un contrôle administratif serré le temps qui sera nécessaire pour qu’il s’ancre fermement dans la République comme toutes les autres religions. J’entends interdire tout mouvement se réclamant des Frères musulmans ou de l’idéologie du salafisme. Quant aux prêcheurs de haine, ils doivent être expulsés s’ils sont étrangers, et interdits de prêche s’ils sont français. Et puis, j’insiste sur ce point, nos compatriotes musulmans doivent nous aider à faire le ménage contre l’obscurantisme. C’est un combat citoyen mais aussi spirituel, car on n’abattra pas le fanatisme uniquement avec des armes mais aussi avec l’esprit.

Certes, mais encore faut-il que ce combat soit tenu pour légitime par une majorité de nos concitoyens. Toutes les sociétés européennes sont aujourd’hui multiculturelles au sens littéral du terme. Mais pas au sens politique, qui signifie que l’on place toutes les cultures à égalité. La France a préféré le modèle républicain qui demande aux nouveaux arrivants et à leurs enfants de s’adapter, ce qui signifie que l’égalité entre les individus n’entraîne pas l’égalité entre les cultures. Ce modèle ne fonctionne plus aujourd’hui, en partie parce que certains arrivants ou leurs descendants ne souhaitent pas « changer de généalogie » comme le dit Malika Sorel. Dans une société libérale caractérisée par la montée des droits individuels, comment le leur imposer ? La loi peut sanctionner des comportements, mais comment faire changer des conceptions, des croyances, des idées ?

Le fait est que notre modèle républicain ne fonctionne plus convenablement : mais ce n’est pas une fatalité ! S’il s’est grippé, ça n’est pas seulement à cause de la crise économique. C’est qu’on l’a détruit méthodiquement, en le pointant du doigt comme un objet de honte pour la France. L’assimilation et l’intégration sont devenues des gros mots. Le culte de la différence a supplanté celui de l’unité qui transcende les origines ou les religions. Comment voulez-vous que des nouveaux arrivants respectent un modèle républicain que même ses garants jugent démodé ? Vous avez raison, nous pouvons faire beaucoup par la loi, mais nous ne pouvons pas tout faire. La fierté nationale ne se commande pas. Chacun doit, à son niveau, relever le drapeau tricolore. Le rôle de l’École est évident et je n’hésite pas à dire qu’elle doit être en mesure de transmettre aux enfants un récit de l’histoire de France. Il ne s’agit pas de revenir aux images d’Épinal ou d’ignorer les pages sombres de notre passé, mais de souligner aussi les heures de fierté et de gloire qui peuvent nous rassembler. Le rôle des intellectuels est également important pour réconcilier les Français avec leur pays. La déconstruction n’est pas le summum de l’intelligence et de la liberté.

D’accord, mais sans le consentement des principaux intéressés, vous n’arriverez à rien…

C’est vrai, voilà pourquoi, il faut rappeler clairement aux étrangers qui nous rejoignent ce que nous attendons d’eux : l’apprentissage de notre langue, le respect de nos traditions et de nos valeurs… J’ai assisté à plusieurs cérémonies d’acquisition de la nationalité française : beaucoup d’étrangers sont fiers de devenir français, plus fiers parfois que ceux qui, dans les salons branchés, se plaisent à dénigrer leur propre pays. Je n’ai pas peur d’utiliser le terme « d’assimilation » qui prolonge celui « d’intégration ». Aujourd’hui, notre système d’intégration et d’assimilation est bloqué. Notamment pour des raisons économiques. Les communautarismes s’étendent et se figent sur eux-mêmes. Il faut limiter l’immigration à son strict minimum, afin que nos capacités d’intégration ne soient plus débordées.

Mais comment le ferez-vous sans vous délier des règles européennes ? Et ne nous dites pas que vous ferez plier Mme Merkel ou son successeur, on nous a déjà chanté cet air-là. Et Nicolas Sarkozy s’était engagé à le faire…

La France a le droit et le devoir de choisir sa politique d’immigration. Les règles européennes ne sont pas intangibles, et au demeurant, ça n’est pas l’Europe qui est responsable de notre laxisme en matière d’intégration ou de sécurité intérieure. Sur la question des flux migratoires, l’Allemagne a fait des erreurs en agissant de façon unilatérale. Elle commence à changer son point de vue. L’angélisme a fait place à plus de réalisme. Mme Merkel entend mes arguments lorsque j’affirme qu’il faut réformer les accords de Schengen et instaurer des frontières dignes de ce nom aux frontières extérieures de l’Union.

Pour la France, je veux instaurer une politique de quotas. Si, pour assurer cette politique, il faut réviser la Constitution mais aussi faire bouger les lignes de l’interprétation que la Cour européenne des droits de l’Homme donne de la Convention européenne des droits de l’Homme, eh bien je prendrai mes responsabilités devant le peuple français.[/access]

Vaincre le totalitarisme islamique

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Macron: le mirage, jusqu’à quand?

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Emmanuel Macron maquillé sur le plateau de L'Emission politique de France 2, avril 2017. SIPA. 00801361_000004

Sorti de nulle part, Emmanuel Macron y retournera-t-il aussi vite ? La France entière – et pour des raisons diamétralement opposées – retient son souffle devant cet avatar de François Hollande : serait-il consistant ou bien ne serait-il qu’un courant d’air ? Est-il notre futur cauchemar présidentiel ou bien l’un de nos rêves puérils et fugaces ? Il faut dire que le spectacle est bien monté, l’acteur de bonne volonté dans son jeu, le public parfaitement préparé à l’applaudimètre par des commentateurs unanimes à suivre les ordres d’un dramaturge masqué. Bref, une représentation théâtrale fournie clés en main, avec deux dates exclusives de représentations nationales, les 23 avril et 7 mai prochains. Et en prime, la certitude d’une remise d’un César exceptionnel au héros. Un César qui n’aura jamais autant mérité son nom, vu le nombre de Brutus désormais en présence.

Une candidature marquée par la trahison

Car il n’aura échappé à personne que ce qui marque profondément cette candidature tombée du décor céleste, c’est la trahison. De toutes parts. De gauche comme de droite. Sans oublier le centre. Chacun fourbissant les pires ruses, déloyautés et traîtrises. Comme si Emmanuel Macron représentait avant toute chose, un dernier espoir de recyclage pour les seconds couteaux vieillis et les oubliés chroniques de la politique, c’est-à-dire tous ces néo-Judas fabriqués depuis des décennies par un système qui n’arrive plus à maîtriser la médiocrité. Ceux-là même qui, dans les Républiques troisième et quatrième, eussent fait et défait tous les gouvernements. Mais sont réduits depuis de Gaulle à suivre pour survivre, à se fondre dans l’anonymat d’un parti pour exister. Girouettes à l’arrêt sur le bord du chemin du pouvoir, attendant, souvent vainement dans le désert de Buzzati, qu’un Eole présidentiel veuille bien passer par là et leur donner un peu de vie.

Mais à quel Molière adepte des petites combinaisons et des sordides agencements côté cour et côté jardin, doit-on cette tragique comédie qui ramène une élection présidentielle à la pantalonnade la plus mortelle et notre pays au rang des pouvoirs bananiers ? Car il ne faut pas être expert en logique pour déceler dans le déroulement d’horlogerie suisse des événements que nous vivons depuis trois mois, une construction de longue date. Qui peut encore croire que le chœur des « Il est né le divin Macron » ne battrait que d’un élan religieux reconnaissant un esprit supérieur qui, selon Raphaël Stainville dans Valeurs actuelles, « marcherait sur l’eau » ?

Serait alors supérieur celui qui jette son pays dans les mains du Tribunal international pour « crimes contre l’humanité » commis en Algérie. Oublieux du calvaire et du massacre des Pieds-Noirs et des Harkis.

Serait alors supérieur celui qui, récemment, voit la Guyane comme une île dérivant on ne sait où. Peut-être entre l’Atlantique et l’Oural.

Serait alors supérieur celui qui peuple le département de Guadeloupe d’expatriés. Et pourquoi pas de colonisateurs.

Serait alors supérieur celui qui affirme sans rire qu’il n’y a pas de culture française. Notre héros serait-il inculte ou bien aurait-il honte de ses fondations et de son éducation ?

Serait alors supérieur celui qui, dans un récent débat télévisé présidentiel, comme on chasse le papillon, ramasse avec aplomb, chez ses adversaires de droite comme de gauche, les idées les plus consensuelles pour en faire, d’un tour de passe-passe, son programme. S’empêtrant dans les 35 heures, supprimées sans qu’on les supprime, conservées sans qu’on les conserve. Et surtout, qu’on ne l’ennuie plus avec ces petits détails vulgaires ! L’acteur reprend sans cesse le dessus sur le penseur !

Une image virtuelle flottant dans le néant

Car c’est cela Emmanuel Macron : une image virtuelle flottant dans le néant. Certains parlent de télé-réalité. D’autres font référence à un télé-évangéliste. Mais ce qui a prévalu à mon sens dans la délivrance des rôles, c’est son aplomb et son ambition. Le vide ambiant importe peu puisque le texte lui est fourni. C’est uniquement pour cela qu’il fut choisi et choyé dans les langes élyséens. Puis envoyé dans l’urgence d’un délitement quinquennal sur les routes du pouvoir. Mais l’élocution – dont, comme Démosthène, il fut instruit – n’est pas l’éloquence, et le sophisme n’est pas la philosophie. Ce qui tend à démontrer que le théâtre n’est pas la vie. Enfin, la vie quotidienne de tous nos concitoyens. Pas celle qui illumine les magazines people où, il faut le reconnaître, notre candidat-comédien excelle. Comment s’étonner dès lors  du puzzle d’affirmations qui marque ses interventions agitées et criardes : « On se fout des programmes ! » « Je revendique l’immaturité en politique ! » « Il faut penser printemps ! » « Je ne suis pas socialiste ! », ce parti dont il fut, pour bien engager sa course à l’échalote. Le meilleur est pour la fin. Ecoutez-le dérouler son véritable programme à Marseille : « Je soutiens l’OM ! » Ah bon. Quid de son prochain meeting à Paris ?

Ce qui m’inquiète le plus en l’occurrence, ce n’est donc pas le personnage lui-même, mais ceux qui se rallient à son panache d’accessoires de théâtre. Il y a, bien sûr, l’ensemble des assoiffés qui suivraient Panurge jusqu’au fond des océans pour un petit éclat politicien, juste leur nom une dernière fois sur une liste. Certes, il y a un peu de dégoût à voir ces encartés antagonistes se presser au guichet et démontrer ainsi au « Un pour tous, tous pourris » de Coluche qu’il était tout simplement visionnaire. Mais il y a tous les autres, nos voisins de palier, de bureau, les anonymes de la rue, qui n’ont pas encore compris que derrière le spectacle brillant de l’artiste, il faudra gouverner un pays, le sixième mondial, avec une majorité qui devra prendre des décisions, laquelle ? Majorité qui aura  alors le doigt sur le bouton atomique. Grands dieux ! Donne-t-on des allumettes à un enfant si près d’un dépôt d’essence ? Le général de la gendarmerie Bertrand Soubelet, avec beaucoup de sagesse, vient de dire : « Sans moi » et quitte l’esquif d’Emmanuel Macron. Une décision qui rassure l’intelligence et remet un peu d’ordre dans l’incroyable foutoir qui guide nos pas depuis des mois. Mais les autres ? Ceux qui de droite à gauche tendent leur sébile pour recueillir l’onction du prophète, comment pourront-ils accepter de faire ce qu’ils refusaient dans leurs partis originels ? Et ceux qui se pressent sur les gradins pour se nourrir des mots du prédicateur, quelle sera leur réaction lorsqu’ils vérifieront qu’ils ne recouvrent rien ? Il reste deux semaines devant nous pour voir la réalité et non les sept voiles qui la vêtent. Il reste deux semaines devant nous pour ne pas donner le coup de pied de l’âne au lion France, bien malade il est vrai.

Audiard en lettre Capitale

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Michel Audiard, Paris, 1979. SIPA. 00775066_000001

Tout le monde n’a pas eu la chance de naître dans le XIVème arrondissement. L’Air de Paris donnait de la légèreté aux répliques et le détenteur d’une casquette à carreaux s’avérait être, de facto, un as du stylo. A cette époque-là, se prévaloir d’un lien de parenté avec un acteur, sortir d’une grande école de cinéma ou pétitionner à tout-va étaient de vrais freins à la carrière. On se méfiait du piston comme des galons, les talents se puisaient au fil de la Bièvre. Si vous aviez eu la chance de fréquenter la Communale de la rue du Moulin-Vert, de servir la messe comme enfant de chœur à Saint-Pierre-de-Montrouge vers Alesia et que votre terrain de jeu avec les copains se nichait dans le Parc Montsouris, vous étiez l’élu du box-office.

Un Parisien pure souche dont le pavé était l’indépassable horizon

Quelles plus belles humanités pour un garçon que de s’imprégner quotidiennement d’un Paname encore protégé de la folie destructrice. Si, en plus, vous aviez en pogne un CAP de soudeur, les Champs-Elysées s’ouvraient à vous : sportives italiennes, contrats à sept chiffres, lettres majuscules en haut de l’affiche et actrices en pamoison à la seule vue de votre calvitie. Avant de se mettre au vert, du côté de Dourdan, Michel Audiard (1920-1985) demeura un Parisien pure souche dont le pavé était l’indépassable horizon. De cette enfance populaire, il en a tiré une verve bistrotière. Et ses lectures érudites lui ont permis de réécrire, à sa façon, narquoise et nostalgique, la mythologie d’une capitale sous cloche. Philippe Lombard vient de sortir aux éditions Parigramme : Le Paris de Michel Audiard – Toute une époque ! . Un vade-mecum qui retrace l’épopée audiardesque de la Porte d’Orléans à l’avenue George-V, qui recense les lieux de tournage et, plus généralement, tous les endroits intra-muros que le scénariste-réalisateur-écrivain a foulés durant sa vie. « Le Paris d’Audiard est donc celui d’avant-guerre, d’avant les désillusions sur la nature humaine, le Paname des bistrots du coin, des bougnats, des Halles… » avertit l’auteur, en guise d’amuse-bouche.


Michel Audiard 1/6 par alcyon12

Cap vers la Rive Gauche de Paris

Ça commence non loin de Denfert, dans cette Rive Gauche jadis plébéienne et gouailleuse, qu’Audiard n’hésitait pas à dézinguer. « On a les monuments les plus laids de Paris » avançait-il, pour souligner la tranquillité du quartier. A l’entendre, un repoussoir à touristes. Le Lion de Belfort lui inspirait des aigreurs d’estomac, le qualifiant même de « crapulerie de bronze ».  Il était plus tendre avec le marché du boulevard Edgar-Quinet et la rue de la Gaîté. Inscrit à l’Union Vélocipédique du XIVème, le p’tit cycliste fit la connaissance d’André Pousse, un seigneur du Vel d’Hiv, et entra à jamais au royaume de la petite reine. On se promène avec Audiard dans une ville occupée par les allemands avec son lot de malheurs : l’exode, le marché noir, la délation, la nécessité de trouver à manger et d’échapper au STO. Cette période sombre s’achèvera par une Libération au goût tout aussi amer, l’épuration sauvage et le lynchage à mort de Myrette, une môme du quartier, lui donnèrent à jamais la nausée. En un tour de piste, le livreur de journaux se retrouve critique cinéma, puis virtuose du scénario sous l’œil d’André Hunebelle. Il est temps de quitter le populeux XIVème pour arpenter le Triangle d’or. Le monde du cinéma tourne autour du Fouquet’s. Les « Premières » se déroulent au Balzac et les affaires se signent dans les palaces alentour. Le poulbot s’est bien acclimaté au luxe. Il a pris possession de la chambre 102 à l’Hôtel de la Trémoille, il y écrit désormais et reçoit ses amis de passage. Patrick Modiano ou Jean Carmet lui rendent visite.

Ce petit guide fort bien illustré fourmille de références et répertorie de nombreux « sites cinématographiques » (maisons closes, commissariats, hippodromes, etc…) ainsi que les professions parigotes prisées par Audiard à l’écran (taxi, truands, policiers, filles de rue, etc…). Saviez-vous, par exemple, que l’accident de solex, en ouverture de « Tendre poulet », comédie de Philippe de Broca qui oppose Philippe Noiret et Annie Girardot a été filmé à l’angle de la rue de Poitou et de la rue Debelleyme dans le Marais ?

« Le Paris de Michel Audiard – Toute une époque ! » de Philippe Lombard – Editions Parigramme – 180 photographies et documents.

Le Paris de Michel Audiard

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Scutenaire, un antidote contre la présidentielle

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Louis Scutenaire

Si vous ne connaissez pas, jetez-vous sur Mes inscriptions (1945-1963), ce livre de mauvais aloi. L’anarchisme radical de Louis Scutenaire (1905-1987), son espèce de folie typiquement belge, son humour de surréaliste ami de Magritte, son érudition moqueuse, son art de la forme courte, tout ça (re)met un peu d’air frais dans une époque saturée par la paranoïa identitaire, le retour du religieux, la doxa libérale, la névrose préfasciste. Jamais une réédition, ici chez Allia, l’éditeur des situationnistes et autres avant-gardes jamais domptées, n’aura semblé tomber autant à pic.

Scutenaire est dans la tradition des grands travailleurs du négatif, ceux qui entrent en rupture avec leur temps, ceux qui font sécession et posent des pierres pour l’avenir, ceux qui ne feront jamais partie des lyncheurs, des lâcheurs, des lécheurs. Il écrivait ses fragments de texte sur ce qui lui tombait sous la main, bout d’enveloppe déchirée, revers d’un prospectus publicitaire, ticket de tramway et même, disait-il, sur du papier toilette quand il était « aux lieux » car ce que Bakhtine appelait le « bas corporel » chez Rabelais n’a jamais fait peur à celui que ses amis, de Nougé à Vaneigem, appelaient Scut.

Un Scutenaire politique, érotique, critique

Il y a un Scutenaire politique, érotique, critique, un Scutenaire qui assume la contradiction et la subversion, la solitude radicale et le besoin des autres, la nostalgie et le désir d’utopie, le rire et la colère, la rêverie et la précision. Le contraire, donc, de presque tous nos candidats aux présidentielles, de presque tous nos journalistes qui ne nous parlent que du réel mais sont flous et vagues, prennent l’utopie pour un gros mot, ne contredisent jamais, sauf les petits, ne subvertissent rien car ils aiment l’ordre, ne critiquent rien de ce qui est établi et sombrent dans le puritanisme au point de vouloir contrôler le corps et le désir des femmes.

Vous voulez un antidote au nationalisme de Le Pen, à l’ordre moral de l’immoral Fillon, au thatchérisme new-look de Macron qu’il essaie de nous faire confondre avec la liberté libre, la vraie liberté, celle de Rimbaud et des révolutionnaires ? Alors lisez Mes inscriptions: on respire, on picore, on baguenaude, on rigole, on n’est pas d’accord, on applaudit, on a envie de caresser, de boire un verre d’eau, de chanter, de dormir, de se réveiller. On lit. On relit. On se pose le temps qu’on veut dans les blancs de la page comme sur des plages, puisqu’ils sont faits pour ça. Et sinon, tout le temps, on jouit.

A l’époque des tweets aphasiques ou insultants des politiques, des journalistes, des stars, à l’époque où l’on croit malin de faire débattre onze personnes en même temps et qu’on a le front d’appeler ça démocratie alors que ce n’est que de la télé poubelle qui cherche à faire de l’audience, il peut être utile, quelques secondes par-ci, quelques secondes par-là, de prendre le temps d’ouvrir Mes inscriptions et de saisir, au hasard et souvent, quelques pépites. Voici, par exemple, nos dernières « carottes », comme disent les géologues, dans Mes Inscriptions de Scutenaire, quand on a appris que le ralliement du chanteur Renaud à Macron qui prouvait que décidément rien n’est plus triste que de vieillir.

« Entre l’oppression et l’oppression, l’homme choisit l’oppression »

 « Je ne suis pas plus amer qu’un appareil photographique. »

 « Je connais le pays, il y a assez longtemps que j’y crève. »

 « On fait ce qu’on peut. Dommage qu’on le puisse. »

 « Le poète emploie tous les mots »

 « Patient comme les mondes à naître. » 

 « Mais, pessimiste, qu’aviez-vous donc espéré? » 

« Les femmes nues n’ont jamais fait de mal à personne. »

« Je vous parle d’un autre monde, le vôtre. »

« Son corps, quoi de plus beau? Son visage questionneur, peut-être, les clartés de sa peau. »

« Je n’ai pas d’autre but que la libération totale de tout ce qui vit. Et rien n’est qui ne vit pas. »

Mes Inscriptions de Louis Scutenaire (Editions Allia, avril 2017)

Mes inscriptions, 1945-1963

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Suède: le paradis perdu du multiculturalisme

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Une "attaque terroriste" a fait plusieurs morts à Stockholm en Suède, avril 2017. SIPA. AP22037523_000008

Il faut un commencement à tout. Et une fois de plus, c’est la Suède qui donne l’exemple.

Pendant longtemps ce pays du nord de l’Europe a  été un modèle pour le reste du continent. Un laboratoire de la social-démocratie scandinave. Protection sociale, salaires élevés, cogestion des entreprises : le bonheur était suédois. Puis la mondialisation et la financiarisation de l’économie ont eu raison de ce beau modèle.

Une « police de la morale islamique »

Mais la Suède n’a pas pour autant renoncé à illuminer l’Europe de son bienveillant exemple. Dans un tout autre domaine : celui du multiculturalisme. L’immigration était bienvenue, caressée et choyée. Des quartiers entiers de Göteborg et de Stockholm ont vu pousser des mosquées comme champignons après la pluie. Les points de vente de niqab, hijab et burqa se sont multipliés. Des écoles islamiques ont vu le jour.

C’est allé loin, très loin, sans doute trop loin. Comme en témoigne une émission de la chaine suédoise TV4 et un article très circonstancié d’Aftonbladet, le plus grand quotidien du pays. L’une des réalisatrices de l’émission s’est rendue avec une caméra cachée dans plusieurs cafés de quartiers répertoriés comme « sensibles ». Des hommes lui ont demandé d’aller s’assoir à un autre endroit de l’établissement, loin de leurs regards. Des femmes ont témoigné racontant qu’elles avaient été harcelées par une « police de la morale islamique » parce qu’elles sortaient seules même en promenant leur chien…

Une femme d’un autre quartier « sensible » a raconté comment des voisins ont commencé à l’invectiver parce qu’elle était sur son balcon en train de boire un verre de vin. Quelques minutes plus tard, un groupe de jeunes hommes s’est rassemblé devant son appartement, l’a menacé avant de tenter de rejoindre son domicile via la gouttière.

On ne mélange pas les filles et les garçons!

Une réfugiée venue de Syrie a expliqué qu’elle a été la cible de nombreuses intimidations pendant la période du Ramadan. En cause : sa tenue légère. « Je me suis enfuie d’un pays où les femmes étaient opprimées : maintenant je suis ici et j’ai le même sentiment qu’en Syrie ». Des filles âgées de 6 à 10 ans, scolarisées à l’école islamique Al-Azhar, dans la banlieue nord de Stockholm ont été contraintes par une « policière de la morale » de s’asseoir à l’arrière de leur bus scolaire, séparées des garçons. Elles ont également été admonestées car certaines étaient en jupe.

Six à dix ans! Il n’y a pas d’âge pour les allumeuses! Même le Premier ministre suédois, pourtant très compréhensif, s’est énervé et a menacé de faire fermer l’école Al-Azhar. Sa réaction nous parait très excessive… En effet, la « police de la morale islamique » n’exerce ses talents que dans certains quartiers de Stockholm. En outre, elle ne vise que les femmes et les filles de confession musulmane. Pas les autres, qui de toute façon, ne vont pas dans ces quartiers-là… Cet islam-là est apparemment -n’est-ce pas ? – un islam modéré.

Hier l’islam a montré un visage pas très modéré à Stockholm. Un visage sanguinaire, une «attaque terroriste » de facture classique – un camion qui fonce dans la foule – a fait des morts et des blessés. Ce qui précède n’est certainement pas sans rapport avec ce qui vient de se passer. Peut-être que le Premier ministre suédois aurait bien fait de ne pas s’attaquer à l’école Al-Azhar…

1981-2017: socialistes, une brève histoire de l’avenu

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François Hollande devant une affiche de campagne de François Mitterrand au QG du PS de Rennes, avril 2012. SIPA. 00635117_000001

Lorsqu’en 1993 le règne du premier président socialiste de la Vème République française, François Mitterrand, était à bout de souffle (gouvernance menée depuis 1981 dans les obscurs dédales d’une idéologie structurellement incohérente, n’ayant en fin de compte qu’une seule finalité : conserver le pouvoir contre vents et marées pour camoufler, derrière une victoire à la Pyrrhus, l’absence de logique et d’homogénéité de sa vision pseudo-gauchisante de la société), que restait-il des promesses de sa campagne présidentielle sinon la théâtralité de la rose rouge entrée au Panthéon dans la main du candidat vainqueur ?

La mise en scène de cette marche grotesque, calquée sur l’entrée du général de Gaulle à Paris en août 1944, transformait l’Histoire en spectacle de foire. Déjà le Capitaine Fracasse occupait l’Elysée. Car cela faisait si longtemps que le nouvel homme de gauche, passé par la francisque vichyssoise, rêvait d’être celui que l’on admirerait et haïrait à la fois ! Un de Gaulle, mais au petit pied gauche ! Un de Gaulle. Cet adversaire de toujours, au courage de bronze, que le cours d’une vie sans taches avait habillé d’une lumière nationale inaltérable pour avoir libéré la France de ses deux occupants : celui de l’extérieur et celui de l’intérieur. Hitler et Pétain. Mais François Mitterrand, libérateur de quoi ? De la finance ? Du pouvoir supposé de la bourgeoisie ? De la tutelle américaine ? D’une justice aux ordres des politiques ? Des scandales au plus haut sommet de l’Etat ? Allons, en tout cela il fut un maître en permanence. De l’extrême-droite, alors ? Que nenni, elle était totalement inexistante jusqu’à lui et nul n’ignore aujourd’hui que le Front national lui doit tout. La faillite de la France, l’écrasement du Parti communiste, la proportionnelle – inestimable cadeau – jetèrent l’électorat ouvrier dans les bras de Jean-Marie Le Pen. Ultime tartuferie d’un politicien vieilli et usé ne pouvant plus se cacher derrière la moindre image d’Epinal d’une gauche plus vieillie et plus usée encore que lui-même. Se posait alors le bilan sans concession de ce que l’on appelait à l’époque  « l’expérience socialiste », expression terrible pour ceux qui avait cru voter pour un « changement socialiste ». Bernés dès le départ. Tout ce remue-ménage n’était rien d’autre qu’un ballon d’essai. Une simple tentative. Une improvisation idéologique. Voilà donc à quoi nous avait conviés François Mitterrand, à grand renfort de tambours de Valmy et d’envolées lyriques signées Rouget de Lisle. Artifices grossiers élégamment rangés dans la boîte à outils socialiste.

L’Occident, en 1989, avait dansé sur les ruines du mur de Berlin mais, pour une gauche extrême, certaines pratiques soviétiques apparurent alors solubles dans notre démocratie. Entre autres, estampiller un nouvel enseignement ayant abandonné les fondamentaux des hussards noirs de la République pour déverser sans honte ses fausses vérités premières dans les chères petites têtes enfantines. Malléables. Naïves. Soumises. Mais aussi encarter le plus de médias possibles. Et encore ouvrir la société dans son ensemble à la médiocratie, celle de la télévision de Berlusconi (la Cinq alors en l’occurrence) ou bien à l’information permanente, celle des radios libres chargées de donner vie à ce que le nombre a de plus vil, histoire de ramener la société française à ses origines latines : panem et circenses (du pain et des jeux, surtout pas une intelligence et une conscience). C’est ainsi que le citoyen, à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, reçoit pieusement l’esprit saint du pouvoir en place, en quelques phrases, évangiles laïques formatés. Et soulagé de la sorte, il peut s’endormir dans les draps du nouveau savoir schématique. Avec, en prime, des sondages de toutes sortes venus de toutes parts qui lui apprennent, sans aucun effort de réflexion, ce qu’il doit penser et donc ce qui en découle : ses avis sur tout, ses décisions quotidiennes, son cheminement politique. Son vote « utile ». Mais à qui ? Est-ce cela la démocratie ? Les Grecs anciens, eux, plus précis, le nommait le sophisme. Et c’est à François Mitterrand, grand spécialiste de la rhétorique et du mensonge les yeux dans les yeux, que l’on doit d’avoir lancé cette terrible modification des comportements populaires. Panurge reprenait du service. Alors, en avance sur son temps, le premier président socialiste de la Vème République ? Non bien sûr, mais un bon ouvrier d’une « cause du peuple » devant détruire jusqu’aux fondations d’une société – la nôtre –, dans le cadre d’une « révolution permanente » – la sienne. Il n’y a pire recul que de vieux microbes repeignant les plaies éternelles aux couleurs de leurs rêves.

Dix-sept ans après la dissolution du socialisme dans l’ombre de son Grand Référent, la société française, rongée de l’intérieur par ses mythes humanitaires grand captateurs de l’humanisme des Lumières, inventa subitement une notion tout à fait inédite : l’élection par défaut. C’est-à-dire non point voter pour un candidat aux idées duquel on adhère, mais voter contre celui que l’on ne supporte plus au profit de n’importe qui. Anaphore aidant, c’est ainsi que le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, devint président de tous les Français sans l’avoir vraiment cherché. Dès lors, François le Petit, comme l’eût certainement baptisé Victor Hugo, pouvait prendre les commandes d’un Etat pour lequel il n’avait jamais passé de permis de conduire. Et au terme d’une catastrophe écologique sans précédent, la France se trouva en permanente crue politique. Au fil des mois, haletante, elle retenait son souffle pour scruter le Zouave de l’Elysée, le fameux mètre-étalon des grands naufrages nationaux. La monarchie, tant décriée, nous avait offert les Mérovingiens et les Capétiens. Voilà que nous vivions la République magnifique des Batraciens ! Désormais : Mergitur nec fluctuat. Quand le moindre pédalo se transforme en sous-marin, sa gouverne devient une girouette. Déliquescence intellectuelle de la gauche française, incapable de prendre une seule décision en cohérence avec la précédente, à l’image de leur Lider Minimo, seul président de la  Vème République à avoir renoncé à briguer un second mandat. Le fond du trou. Le bout des mensonges. Là où la monstrueuse cacophonie ne peut plus revendiquer Mozart dans le triste jeu des chaises musicales, puisque tous les instruments sont désaccordés et qu’il n’y a plus de chef d’orchestre. François Hollande s’interroge, paraît-il, sur la place qu’il occupera dans l’Histoire. Aucun doute à avoir sur ce sujet en ce qui me concerne : ce ne pourra être que celle de Belphégor, le fantôme de l’Elysée. Condamné à errer dans les limbes du Château !

Une brève histoire de l'avenir - Nouvelle édition 2010

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L'enfant qui ne riait jamais

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Expo: roulez vite voir Kliclo!

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Exposition Kliclo, Melun, 2017.

La ville de Melun offre une remarquable exposition rétrospective de Kliclo. L’œuvre poétique et grave de cette plasticienne est un parcours à travers l’histoire, des histoires, celles des morts, des vivants et des disparus. Les siens, ceux des autres, ces hommes, ces femmes et ces enfants pris dans la tourmente des siècles et dont l’absence révèle en creux la Mitteleuropa, le monde d’hier, un monde perdu.

Sur la route de cette mémoire, on traverse les rues pavées de Varsovie, on observe des portraits-gouttes retenus aux fines branches d’un arbre desséché ; plus loin, les pages d’un vieux grimoire portant chacune le nom et l’image d’un ami, d’un proche qui n’est plus, s’envolent dans les airs comme arrachées par le Temps. Ailleurs, des petites gravures d’éclairs s’alignent dans un cadre, comme si l’on mettait la foudre dans un herbier.

Les tons d’une palette passée

Sables et gravats, bois vermoulus, métaux rouillés, toiles cousues entre elles mais libres de tout châssis malgré leurs grands formats semblent aussi légers que des escarbilles et plongent le visiteur dans les tons d’une palette passée. Contemplant ces matériaux de rebus, ces traces de quelque chose qui composent toiles et installations, Gabriel Garran « pense à « La Politique des restes » d’Arthur Adamov, obsessionnellement basée sur un monde encombré de déchets. Le charme poétique de Kliclo se faufile entre le vide et la ruine. Son écriture picturale aérienne où des feuillages en torsade suspendus dans le vide à une vision encore festive, des flashs, le dispute à une silhouette au bout d’un fil dont on ne sait si c’est un homme écartelé ou une étoile. »

Déclinant à l’infini notre façon de percevoir, Kliclo se tourne aussi vers le cinéma. Il n’est nullement ici question de vidéos mais de pellicules. Et ses « Pellicules » peintes sur toile brute mesurent des centaines de mètres, s’enroulent et se déploient à raison de « 24 images/regard ». Cette installation monumentale occupe à elle seule le hall évidé sur trois étages de l’Espace Saint-Jean.

Se jouant des échelles, on découvre dans une autre salle de minuscules sculptures faites de papiers brûlés et brindilles résinées, l’on suit la quête de « l’Atlantide » et l’exploration de « Jupiter », gigantesques toiles-fresques auxquelles répondent les vertes profondeurs d’une « Forêt » plus mystérieuse qu’inquiétante, comme pour nous indiquer que c’est peut-être par là qu’il faut aller chercher l’après

Roulez vite voir « Balades en roues libres », et je ne dis pas ça parce que c’est ma mère !

 

KLICLO

«Balades en roues libres »

du 25 mars au 27 mai 2017

ESPACE SAINT JEAN

26, place Saint-Jean – 77000 MELUN

-Entrée libre-

espacesaintjean@ville-melun.fr

Blanches colombes et vilains messieurs

Charles Manson Crédit photo : Mirrorpix/Leemage

1. Les Killer Groupies

Anders Breivik n’est pas content : on ne lui sert pas son café assez chaud. On le fouille trop souvent. Il juge sa situation pire que celle des détenus de Guantánamo. Il a donc déposé une plainte, ce qu’ont approuvé une majorité de Norvégiens prétextant qu’il convient de traiter les terroristes de tout bord avec humanité. On ne peut qu’admirer – ou ricaner devant – tant de compassion.

Plus surprenant encore : Anders Breivik reçoit 800 lettres d’amour par mois. Il les étudie minutieusement, bien décidé à choisir dans le lot une épouse qui ne soit ni une folle ni, ce qui serait pire encore, une rédemptrice. Pour l’instant, elles sont des milliers à faire partie de son « fan club », le jugeant « si beau » que tout le reste leur est égal. Il a tué 70 jeunes gens, regretté que le bilan de ses victimes n’ait pas été supérieur, mais les « femelles » (c’est ainsi qu’il les désigne) ne lui en tiennent pas rigueur. Elles admirent sa bravoure, son humour, voire sa sensibilité puisque lors du massacre perpétré le 22 juillet 2011 sur l’île d’Utoya il a épargné un chien, « ce qui prouve qu’au fond il est très gentil ».

Cet envoûtement pour les grands criminels – sans équivalent chez les hommes qui prennent la fuite dès lors qu’ils apprennent que celle qu’ils convoitent a eu maille à partir avec la justice – ne date pas d’hier. Sans remonter à Henri Désiré Landru, guillotiné en 1922 pour 11 meurtres et qui recevait chaque jour des lettres enflammées, ou à Charles Manson, octogénaire édenté à barbe grise et au front marqué d’une croix gammée qu’il y a tatouée et qui a succombé aux avances d’une jouvencelle, les bad boys l’emportent largement sur les premiers de la classe : le frisson du danger et la gloire sont des excitants auxquels peu de femmes sont insensibles. Chacun en tirera la conclusion qu’il veut, mais même les spécialistes restent abasourdis par l’ampleur du phénomène.

2. Dans les bras d’un djihadiste

Le bad boy aujourd’hui, c’est le djihadiste. On compte d’innombrables récits à l’eau de rose ou de sang sur internet, où des jeunes filles succombent au charme de terroristes impitoyables. Ces romans connaissent un succès que Marc Lévy ou Tahar Ben Jelloun pourraient[access capability= »lire_inedits »] leur envier. 150 000 lectrices en quelques semaines pour Dans les bras d’un djihadiste, histoire d’une ado kidnappée par des terroristes et qui s’éprend de l’un d’eux. Et presque autant pour Sur mon cœur tu as fait un attentat !

Le djihadiste se substitue au vampire ou au serial killer, mais avec une forme de réalisme qui touche d’autant plus les lectrices que l’islam a un imaginaire très érotique. Interrogé sur ce qu’il aimait le plus, le Prophète a répondu : « Les femmes, la prière, le parfum. » C’est dire, commente le psychanalyste Georges Abraham à propos du terroriste français Salah Abdeslam très convoité lui aussi et détenu à Fleury-Mérogis, si la mystique musulmane est incarnée et sait allier les plaisirs de la chair aux élans de l’âme. Pour le meilleur et pour le pire, ce qui n’a pas échappé aux adolescentes qui, entre deux cours, s’abandonnent à des rêveries macabres, mais si proches de leur imaginaire.

3. Le journal d’un voyeur

Le propriétaire du Manor House Motel dans le Colorado, près de Denver, motel acquis dans les années 1960, l’avait transformé en « laboratoire de la sexualité », observant à leur insu pendant des décennies les couples qui s’y livraient à des ébats plus ou moins scabreux. Plutôt moins que plus d’ailleurs. Jugeant, après avoir pris des milliers de notes, que la vie est routinière et ennuyeuse, ce qui explique que le marché du faux-semblant soit si fructueux, Gerald Foos, puisque tel est son nom, « voyeur professionnel », ainsi qu’il se présentait, n’était pas peu fier d’avoir exercé avec une telle discrétion un travail de sexologue amateur qui certes satisfaisait ses pulsions, mais de surcroît complétait les enquêtes de Masters and Johnson.

Gerald Foos avait conscience de se livrer à une activité illégale, mais à l’approche de la vieillesse il a tenu à rendre publiques toutes les informations recueillies en un demi-siècle. Il les a confiées à Gay Talese, l’un des fondateurs du « nouveau journalisme » aux États-Unis, passé maître dans l’art d’évoquer le puissant courant fictif qui coule sous le flux de la réalité. Il en résulte un livre inclassable, Le Motel du voyeur, qui ne cesse d’intriguer le voyeur qui sommeille en nous. Paradoxalement, ce qui concerne les tests d’honnêteté que fait subir à leur insu Gerald Foos à ses clients sont presque plus passionnants que leur rapport au sexe. Et, surtout, notre sexologue amateur n’en revient pas de vivre aujourd’hui dans une société de surveillance généralisée où chacun est épié. Comme voyeur, il est désormais une antiquité. Et du Manor House Motel il ne reste que des gravats.

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Fillon: « Il faut limiter l’immigration à son strict minimum »

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François Fillon. Photo: Joël Saget
François Fillon. Photo: Joël Saget

Causeur. Contrairement à ce qui avait été annoncé, la question de l’identité n’est pas au cœur du débat présidentiel, sinon pour dire qu’il ne faut pas en parler. Et, alors qu’elle est considérée comme hautement inflammable, elle a à peine animé le débat de TF1. À gauche, où l’on tient ces questions pour « nauséabondes », on s’en réjouit. Mais le résultat, c’est qu’à la fin de trois heures de débat, on n’a pas vraiment parlé de la France. Comment expliquez-vous que ce sujet qui hante les Français ne prenne pas ?

François Fillon. Comme vous l’avez dit, on n’évoque pas franchement la question française qui touche pourtant nos concitoyens au cœur. Nous traversons une crise existentielle, mais par angélisme ou par crainte d’affronter la réalité beaucoup se taisent. Une certaine gauche a fait du multiculturalisme la panacée de la modernité, sans mesurer les conséquences d’une société liquide sans repères rassembleurs. À force de négliger la patrie, de la moquer parfois, on a renforcé le repli communautaire dans certains lieux, fait reculer l’intégration républicaine, culpabilisé les Français attachés à l’unité nationale. Et puis, de l’autre côté, il y a l’instrumentalisation de la question identitaire par le Front national, ce qui ne contribue pas à faciliter un débat constructif. Entre le déni des uns et l’outrance du FN, il faut une parole ferme et équilibrée sur le sujet de l’identité nationale, une parole de fierté et de confiance en nous-mêmes. C’est ma démarche.

Que visez-vous exactement par « les outrances du FN » ?

Les outrances et les promesses illusoires constituent la marque de fabrique du programme du FN. Prétendre qu’en sortant de l’euro et en rétablissant le franc on va rehausser notre souveraineté et dynamiser notre économie, c’est une fumisterie. Promettre le retour à la retraite à 60 ans, c’est le summum de la démagogie électorale. Affirmer qu’on va réduire l’immigration légale à 10 000 entrées par an est un non-sens car la France a besoin sur certains secteurs de l’apport des étrangers. Un exemple : 20 % de nos médecins à l’hôpital sont étrangers… Va-t-on y renoncer ? Ce programme ne renforcerait pas la France, il l’entraînerait vers la faillite économique et sociale, et donc la désespérance nationale. Ça n’est pas en refusant la compétition du monde et les rapports de force de l’Histoire que notre pays sauvera son identité. En 1958, le général de Gaulle a relevé la France en la modernisant et en lui donnant un destin international. Le projet de Mme Le Pen, c’est le repli, c’est la décroissance, et c’est carte blanche donnée aux grandes puissances du monde de maîtriser l’avenir sans nous et contre nous.

>> A lire aussi: Causeur: Parlez-nous de la France! 

Pensez-vous que nous vivons une crise identitaire ou culturelle ? En quels termes la décririez-vous ? Et que comptez-vous faire pour y remédier ?

Je crois que nous vivons une triple crise qui forme un cocktail explosif : une crise culturelle liée au culte de l’individualisme ; une crise identitaire alimentée par le recul du patriotisme et la pression des flux migratoires ; une crise économique qui dévitalise l’énergie et l’espérance collectives. Du coup, notre communauté nationale se divise et se désespère. Pour ma part, je veux répondre à ces trois crises qui s’interpénètrent par un projet global. Je veux déclencher le redressement économique de la nation française, porter l’orgueil d’une nation fière d’elle-même, de ses valeurs et de son histoire. Le respect du passé doit être une force pour aller vers l’avenir. Il faut arrêter avec le dénigrement de nos racines, de notre récit national. Comment voulez-vous que les jeunes Français aient confiance en eux si[access capability= »lire_inedits »] on leur parle de la France en des termes négatifs ? Comment voulez-vous que le monde nous respecte si nous-mêmes hésitons à proclamer notre singularité ? Pour nous relancer, il faut affirmer que le patriotisme n’est pas un gros mot, il faut valoriser ce qui nous rassemble en tant que citoyens plutôt que ce qui nous distingue en tant qu’individus, il faut que l’École assume sa vocation unificatrice, il faut relancer l’intégration et l’assimilation, et donc limiter l’immigration, et il faut enfin déclencher une dynamique économique. La croissance et l’emploi sont des armes majeures contre le défaitisme national.

Qu’avez-vous retenu de l’échec du débat sur l’identité nationale ? En réalité, n’aurait-il pas fallu être plus « cash » et engager la discussion sur et avec l’islam de France et sa compatibilité avec la loi républicaine ? Au cours du débat de TF1, vous avez d’ailleurs admis avoir évolué sur la question de la laïcité. Qu’est-ce qui vous a fait changer ?

Je suis un défenseur de la laïcité. De la vraie laïcité, c’est-à-dire celle qui affirme que les religions ont leur place en France, à la condition qu’elles acceptent de respecter le cadre de nos valeurs et de nos règles communes. Négliger le fait religieux est absurde et dangereux, car on n’évacue pas le besoin de transcendance au risque de le voir resurgir violemment. Mais je ne suis pas naïf, l’islam radical est en train de gangrener le monde et une partie de nos concitoyens musulmans. Prétendre que le djihadisme n’a rien à voir avec le fondamentalisme religieux est un peu court. Le fondamentalisme a un socle de « valeurs » qui n’est pas compatible avec le nôtre. La question de l’islam et de sa modernité se pose, comme la question du christianisme s’est posée au début du XXe siècle. L’histoire a montré que le problème n’est pas insurmontable, mais il faut agir de façon volontaire. Je veux que le culte musulman soit soumis à un contrôle administratif serré le temps qui sera nécessaire pour qu’il s’ancre fermement dans la République comme toutes les autres religions. J’entends interdire tout mouvement se réclamant des Frères musulmans ou de l’idéologie du salafisme. Quant aux prêcheurs de haine, ils doivent être expulsés s’ils sont étrangers, et interdits de prêche s’ils sont français. Et puis, j’insiste sur ce point, nos compatriotes musulmans doivent nous aider à faire le ménage contre l’obscurantisme. C’est un combat citoyen mais aussi spirituel, car on n’abattra pas le fanatisme uniquement avec des armes mais aussi avec l’esprit.

Certes, mais encore faut-il que ce combat soit tenu pour légitime par une majorité de nos concitoyens. Toutes les sociétés européennes sont aujourd’hui multiculturelles au sens littéral du terme. Mais pas au sens politique, qui signifie que l’on place toutes les cultures à égalité. La France a préféré le modèle républicain qui demande aux nouveaux arrivants et à leurs enfants de s’adapter, ce qui signifie que l’égalité entre les individus n’entraîne pas l’égalité entre les cultures. Ce modèle ne fonctionne plus aujourd’hui, en partie parce que certains arrivants ou leurs descendants ne souhaitent pas « changer de généalogie » comme le dit Malika Sorel. Dans une société libérale caractérisée par la montée des droits individuels, comment le leur imposer ? La loi peut sanctionner des comportements, mais comment faire changer des conceptions, des croyances, des idées ?

Le fait est que notre modèle républicain ne fonctionne plus convenablement : mais ce n’est pas une fatalité ! S’il s’est grippé, ça n’est pas seulement à cause de la crise économique. C’est qu’on l’a détruit méthodiquement, en le pointant du doigt comme un objet de honte pour la France. L’assimilation et l’intégration sont devenues des gros mots. Le culte de la différence a supplanté celui de l’unité qui transcende les origines ou les religions. Comment voulez-vous que des nouveaux arrivants respectent un modèle républicain que même ses garants jugent démodé ? Vous avez raison, nous pouvons faire beaucoup par la loi, mais nous ne pouvons pas tout faire. La fierté nationale ne se commande pas. Chacun doit, à son niveau, relever le drapeau tricolore. Le rôle de l’École est évident et je n’hésite pas à dire qu’elle doit être en mesure de transmettre aux enfants un récit de l’histoire de France. Il ne s’agit pas de revenir aux images d’Épinal ou d’ignorer les pages sombres de notre passé, mais de souligner aussi les heures de fierté et de gloire qui peuvent nous rassembler. Le rôle des intellectuels est également important pour réconcilier les Français avec leur pays. La déconstruction n’est pas le summum de l’intelligence et de la liberté.

D’accord, mais sans le consentement des principaux intéressés, vous n’arriverez à rien…

C’est vrai, voilà pourquoi, il faut rappeler clairement aux étrangers qui nous rejoignent ce que nous attendons d’eux : l’apprentissage de notre langue, le respect de nos traditions et de nos valeurs… J’ai assisté à plusieurs cérémonies d’acquisition de la nationalité française : beaucoup d’étrangers sont fiers de devenir français, plus fiers parfois que ceux qui, dans les salons branchés, se plaisent à dénigrer leur propre pays. Je n’ai pas peur d’utiliser le terme « d’assimilation » qui prolonge celui « d’intégration ». Aujourd’hui, notre système d’intégration et d’assimilation est bloqué. Notamment pour des raisons économiques. Les communautarismes s’étendent et se figent sur eux-mêmes. Il faut limiter l’immigration à son strict minimum, afin que nos capacités d’intégration ne soient plus débordées.

Mais comment le ferez-vous sans vous délier des règles européennes ? Et ne nous dites pas que vous ferez plier Mme Merkel ou son successeur, on nous a déjà chanté cet air-là. Et Nicolas Sarkozy s’était engagé à le faire…

La France a le droit et le devoir de choisir sa politique d’immigration. Les règles européennes ne sont pas intangibles, et au demeurant, ça n’est pas l’Europe qui est responsable de notre laxisme en matière d’intégration ou de sécurité intérieure. Sur la question des flux migratoires, l’Allemagne a fait des erreurs en agissant de façon unilatérale. Elle commence à changer son point de vue. L’angélisme a fait place à plus de réalisme. Mme Merkel entend mes arguments lorsque j’affirme qu’il faut réformer les accords de Schengen et instaurer des frontières dignes de ce nom aux frontières extérieures de l’Union.

Pour la France, je veux instaurer une politique de quotas. Si, pour assurer cette politique, il faut réviser la Constitution mais aussi faire bouger les lignes de l’interprétation que la Cour européenne des droits de l’Homme donne de la Convention européenne des droits de l’Homme, eh bien je prendrai mes responsabilités devant le peuple français.[/access]

Vaincre le totalitarisme islamique

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Macron: le mirage, jusqu’à quand?

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Emmanuel Macron maquillé sur le plateau de L'Emission politique de France 2, avril 2017. SIPA. 00801361_000004
Emmanuel Macron maquillé sur le plateau de L'Emission politique de France 2, avril 2017. SIPA. 00801361_000004

Sorti de nulle part, Emmanuel Macron y retournera-t-il aussi vite ? La France entière – et pour des raisons diamétralement opposées – retient son souffle devant cet avatar de François Hollande : serait-il consistant ou bien ne serait-il qu’un courant d’air ? Est-il notre futur cauchemar présidentiel ou bien l’un de nos rêves puérils et fugaces ? Il faut dire que le spectacle est bien monté, l’acteur de bonne volonté dans son jeu, le public parfaitement préparé à l’applaudimètre par des commentateurs unanimes à suivre les ordres d’un dramaturge masqué. Bref, une représentation théâtrale fournie clés en main, avec deux dates exclusives de représentations nationales, les 23 avril et 7 mai prochains. Et en prime, la certitude d’une remise d’un César exceptionnel au héros. Un César qui n’aura jamais autant mérité son nom, vu le nombre de Brutus désormais en présence.

Une candidature marquée par la trahison

Car il n’aura échappé à personne que ce qui marque profondément cette candidature tombée du décor céleste, c’est la trahison. De toutes parts. De gauche comme de droite. Sans oublier le centre. Chacun fourbissant les pires ruses, déloyautés et traîtrises. Comme si Emmanuel Macron représentait avant toute chose, un dernier espoir de recyclage pour les seconds couteaux vieillis et les oubliés chroniques de la politique, c’est-à-dire tous ces néo-Judas fabriqués depuis des décennies par un système qui n’arrive plus à maîtriser la médiocrité. Ceux-là même qui, dans les Républiques troisième et quatrième, eussent fait et défait tous les gouvernements. Mais sont réduits depuis de Gaulle à suivre pour survivre, à se fondre dans l’anonymat d’un parti pour exister. Girouettes à l’arrêt sur le bord du chemin du pouvoir, attendant, souvent vainement dans le désert de Buzzati, qu’un Eole présidentiel veuille bien passer par là et leur donner un peu de vie.

Mais à quel Molière adepte des petites combinaisons et des sordides agencements côté cour et côté jardin, doit-on cette tragique comédie qui ramène une élection présidentielle à la pantalonnade la plus mortelle et notre pays au rang des pouvoirs bananiers ? Car il ne faut pas être expert en logique pour déceler dans le déroulement d’horlogerie suisse des événements que nous vivons depuis trois mois, une construction de longue date. Qui peut encore croire que le chœur des « Il est né le divin Macron » ne battrait que d’un élan religieux reconnaissant un esprit supérieur qui, selon Raphaël Stainville dans Valeurs actuelles, « marcherait sur l’eau » ?

Serait alors supérieur celui qui jette son pays dans les mains du Tribunal international pour « crimes contre l’humanité » commis en Algérie. Oublieux du calvaire et du massacre des Pieds-Noirs et des Harkis.

Serait alors supérieur celui qui, récemment, voit la Guyane comme une île dérivant on ne sait où. Peut-être entre l’Atlantique et l’Oural.

Serait alors supérieur celui qui peuple le département de Guadeloupe d’expatriés. Et pourquoi pas de colonisateurs.

Serait alors supérieur celui qui affirme sans rire qu’il n’y a pas de culture française. Notre héros serait-il inculte ou bien aurait-il honte de ses fondations et de son éducation ?

Serait alors supérieur celui qui, dans un récent débat télévisé présidentiel, comme on chasse le papillon, ramasse avec aplomb, chez ses adversaires de droite comme de gauche, les idées les plus consensuelles pour en faire, d’un tour de passe-passe, son programme. S’empêtrant dans les 35 heures, supprimées sans qu’on les supprime, conservées sans qu’on les conserve. Et surtout, qu’on ne l’ennuie plus avec ces petits détails vulgaires ! L’acteur reprend sans cesse le dessus sur le penseur !

Une image virtuelle flottant dans le néant

Car c’est cela Emmanuel Macron : une image virtuelle flottant dans le néant. Certains parlent de télé-réalité. D’autres font référence à un télé-évangéliste. Mais ce qui a prévalu à mon sens dans la délivrance des rôles, c’est son aplomb et son ambition. Le vide ambiant importe peu puisque le texte lui est fourni. C’est uniquement pour cela qu’il fut choisi et choyé dans les langes élyséens. Puis envoyé dans l’urgence d’un délitement quinquennal sur les routes du pouvoir. Mais l’élocution – dont, comme Démosthène, il fut instruit – n’est pas l’éloquence, et le sophisme n’est pas la philosophie. Ce qui tend à démontrer que le théâtre n’est pas la vie. Enfin, la vie quotidienne de tous nos concitoyens. Pas celle qui illumine les magazines people où, il faut le reconnaître, notre candidat-comédien excelle. Comment s’étonner dès lors  du puzzle d’affirmations qui marque ses interventions agitées et criardes : « On se fout des programmes ! » « Je revendique l’immaturité en politique ! » « Il faut penser printemps ! » « Je ne suis pas socialiste ! », ce parti dont il fut, pour bien engager sa course à l’échalote. Le meilleur est pour la fin. Ecoutez-le dérouler son véritable programme à Marseille : « Je soutiens l’OM ! » Ah bon. Quid de son prochain meeting à Paris ?

Ce qui m’inquiète le plus en l’occurrence, ce n’est donc pas le personnage lui-même, mais ceux qui se rallient à son panache d’accessoires de théâtre. Il y a, bien sûr, l’ensemble des assoiffés qui suivraient Panurge jusqu’au fond des océans pour un petit éclat politicien, juste leur nom une dernière fois sur une liste. Certes, il y a un peu de dégoût à voir ces encartés antagonistes se presser au guichet et démontrer ainsi au « Un pour tous, tous pourris » de Coluche qu’il était tout simplement visionnaire. Mais il y a tous les autres, nos voisins de palier, de bureau, les anonymes de la rue, qui n’ont pas encore compris que derrière le spectacle brillant de l’artiste, il faudra gouverner un pays, le sixième mondial, avec une majorité qui devra prendre des décisions, laquelle ? Majorité qui aura  alors le doigt sur le bouton atomique. Grands dieux ! Donne-t-on des allumettes à un enfant si près d’un dépôt d’essence ? Le général de la gendarmerie Bertrand Soubelet, avec beaucoup de sagesse, vient de dire : « Sans moi » et quitte l’esquif d’Emmanuel Macron. Une décision qui rassure l’intelligence et remet un peu d’ordre dans l’incroyable foutoir qui guide nos pas depuis des mois. Mais les autres ? Ceux qui de droite à gauche tendent leur sébile pour recueillir l’onction du prophète, comment pourront-ils accepter de faire ce qu’ils refusaient dans leurs partis originels ? Et ceux qui se pressent sur les gradins pour se nourrir des mots du prédicateur, quelle sera leur réaction lorsqu’ils vérifieront qu’ils ne recouvrent rien ? Il reste deux semaines devant nous pour voir la réalité et non les sept voiles qui la vêtent. Il reste deux semaines devant nous pour ne pas donner le coup de pied de l’âne au lion France, bien malade il est vrai.

Audiard en lettre Capitale

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Michel Audiard, Paris, 1979. SIPA. 00775066_000001
Michel Audiard, Paris, 1979. SIPA. 00775066_000001

Tout le monde n’a pas eu la chance de naître dans le XIVème arrondissement. L’Air de Paris donnait de la légèreté aux répliques et le détenteur d’une casquette à carreaux s’avérait être, de facto, un as du stylo. A cette époque-là, se prévaloir d’un lien de parenté avec un acteur, sortir d’une grande école de cinéma ou pétitionner à tout-va étaient de vrais freins à la carrière. On se méfiait du piston comme des galons, les talents se puisaient au fil de la Bièvre. Si vous aviez eu la chance de fréquenter la Communale de la rue du Moulin-Vert, de servir la messe comme enfant de chœur à Saint-Pierre-de-Montrouge vers Alesia et que votre terrain de jeu avec les copains se nichait dans le Parc Montsouris, vous étiez l’élu du box-office.

Un Parisien pure souche dont le pavé était l’indépassable horizon

Quelles plus belles humanités pour un garçon que de s’imprégner quotidiennement d’un Paname encore protégé de la folie destructrice. Si, en plus, vous aviez en pogne un CAP de soudeur, les Champs-Elysées s’ouvraient à vous : sportives italiennes, contrats à sept chiffres, lettres majuscules en haut de l’affiche et actrices en pamoison à la seule vue de votre calvitie. Avant de se mettre au vert, du côté de Dourdan, Michel Audiard (1920-1985) demeura un Parisien pure souche dont le pavé était l’indépassable horizon. De cette enfance populaire, il en a tiré une verve bistrotière. Et ses lectures érudites lui ont permis de réécrire, à sa façon, narquoise et nostalgique, la mythologie d’une capitale sous cloche. Philippe Lombard vient de sortir aux éditions Parigramme : Le Paris de Michel Audiard – Toute une époque ! . Un vade-mecum qui retrace l’épopée audiardesque de la Porte d’Orléans à l’avenue George-V, qui recense les lieux de tournage et, plus généralement, tous les endroits intra-muros que le scénariste-réalisateur-écrivain a foulés durant sa vie. « Le Paris d’Audiard est donc celui d’avant-guerre, d’avant les désillusions sur la nature humaine, le Paname des bistrots du coin, des bougnats, des Halles… » avertit l’auteur, en guise d’amuse-bouche.


Michel Audiard 1/6 par alcyon12

Cap vers la Rive Gauche de Paris

Ça commence non loin de Denfert, dans cette Rive Gauche jadis plébéienne et gouailleuse, qu’Audiard n’hésitait pas à dézinguer. « On a les monuments les plus laids de Paris » avançait-il, pour souligner la tranquillité du quartier. A l’entendre, un repoussoir à touristes. Le Lion de Belfort lui inspirait des aigreurs d’estomac, le qualifiant même de « crapulerie de bronze ».  Il était plus tendre avec le marché du boulevard Edgar-Quinet et la rue de la Gaîté. Inscrit à l’Union Vélocipédique du XIVème, le p’tit cycliste fit la connaissance d’André Pousse, un seigneur du Vel d’Hiv, et entra à jamais au royaume de la petite reine. On se promène avec Audiard dans une ville occupée par les allemands avec son lot de malheurs : l’exode, le marché noir, la délation, la nécessité de trouver à manger et d’échapper au STO. Cette période sombre s’achèvera par une Libération au goût tout aussi amer, l’épuration sauvage et le lynchage à mort de Myrette, une môme du quartier, lui donnèrent à jamais la nausée. En un tour de piste, le livreur de journaux se retrouve critique cinéma, puis virtuose du scénario sous l’œil d’André Hunebelle. Il est temps de quitter le populeux XIVème pour arpenter le Triangle d’or. Le monde du cinéma tourne autour du Fouquet’s. Les « Premières » se déroulent au Balzac et les affaires se signent dans les palaces alentour. Le poulbot s’est bien acclimaté au luxe. Il a pris possession de la chambre 102 à l’Hôtel de la Trémoille, il y écrit désormais et reçoit ses amis de passage. Patrick Modiano ou Jean Carmet lui rendent visite.

Ce petit guide fort bien illustré fourmille de références et répertorie de nombreux « sites cinématographiques » (maisons closes, commissariats, hippodromes, etc…) ainsi que les professions parigotes prisées par Audiard à l’écran (taxi, truands, policiers, filles de rue, etc…). Saviez-vous, par exemple, que l’accident de solex, en ouverture de « Tendre poulet », comédie de Philippe de Broca qui oppose Philippe Noiret et Annie Girardot a été filmé à l’angle de la rue de Poitou et de la rue Debelleyme dans le Marais ?

« Le Paris de Michel Audiard – Toute une époque ! » de Philippe Lombard – Editions Parigramme – 180 photographies et documents.

Le Paris de Michel Audiard

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Scutenaire, un antidote contre la présidentielle

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Louis Scutenaire
Louis Scutenaire

Si vous ne connaissez pas, jetez-vous sur Mes inscriptions (1945-1963), ce livre de mauvais aloi. L’anarchisme radical de Louis Scutenaire (1905-1987), son espèce de folie typiquement belge, son humour de surréaliste ami de Magritte, son érudition moqueuse, son art de la forme courte, tout ça (re)met un peu d’air frais dans une époque saturée par la paranoïa identitaire, le retour du religieux, la doxa libérale, la névrose préfasciste. Jamais une réédition, ici chez Allia, l’éditeur des situationnistes et autres avant-gardes jamais domptées, n’aura semblé tomber autant à pic.

Scutenaire est dans la tradition des grands travailleurs du négatif, ceux qui entrent en rupture avec leur temps, ceux qui font sécession et posent des pierres pour l’avenir, ceux qui ne feront jamais partie des lyncheurs, des lâcheurs, des lécheurs. Il écrivait ses fragments de texte sur ce qui lui tombait sous la main, bout d’enveloppe déchirée, revers d’un prospectus publicitaire, ticket de tramway et même, disait-il, sur du papier toilette quand il était « aux lieux » car ce que Bakhtine appelait le « bas corporel » chez Rabelais n’a jamais fait peur à celui que ses amis, de Nougé à Vaneigem, appelaient Scut.

Un Scutenaire politique, érotique, critique

Il y a un Scutenaire politique, érotique, critique, un Scutenaire qui assume la contradiction et la subversion, la solitude radicale et le besoin des autres, la nostalgie et le désir d’utopie, le rire et la colère, la rêverie et la précision. Le contraire, donc, de presque tous nos candidats aux présidentielles, de presque tous nos journalistes qui ne nous parlent que du réel mais sont flous et vagues, prennent l’utopie pour un gros mot, ne contredisent jamais, sauf les petits, ne subvertissent rien car ils aiment l’ordre, ne critiquent rien de ce qui est établi et sombrent dans le puritanisme au point de vouloir contrôler le corps et le désir des femmes.

Vous voulez un antidote au nationalisme de Le Pen, à l’ordre moral de l’immoral Fillon, au thatchérisme new-look de Macron qu’il essaie de nous faire confondre avec la liberté libre, la vraie liberté, celle de Rimbaud et des révolutionnaires ? Alors lisez Mes inscriptions: on respire, on picore, on baguenaude, on rigole, on n’est pas d’accord, on applaudit, on a envie de caresser, de boire un verre d’eau, de chanter, de dormir, de se réveiller. On lit. On relit. On se pose le temps qu’on veut dans les blancs de la page comme sur des plages, puisqu’ils sont faits pour ça. Et sinon, tout le temps, on jouit.

A l’époque des tweets aphasiques ou insultants des politiques, des journalistes, des stars, à l’époque où l’on croit malin de faire débattre onze personnes en même temps et qu’on a le front d’appeler ça démocratie alors que ce n’est que de la télé poubelle qui cherche à faire de l’audience, il peut être utile, quelques secondes par-ci, quelques secondes par-là, de prendre le temps d’ouvrir Mes inscriptions et de saisir, au hasard et souvent, quelques pépites. Voici, par exemple, nos dernières « carottes », comme disent les géologues, dans Mes Inscriptions de Scutenaire, quand on a appris que le ralliement du chanteur Renaud à Macron qui prouvait que décidément rien n’est plus triste que de vieillir.

« Entre l’oppression et l’oppression, l’homme choisit l’oppression »

 « Je ne suis pas plus amer qu’un appareil photographique. »

 « Je connais le pays, il y a assez longtemps que j’y crève. »

 « On fait ce qu’on peut. Dommage qu’on le puisse. »

 « Le poète emploie tous les mots »

 « Patient comme les mondes à naître. » 

 « Mais, pessimiste, qu’aviez-vous donc espéré? » 

« Les femmes nues n’ont jamais fait de mal à personne. »

« Je vous parle d’un autre monde, le vôtre. »

« Son corps, quoi de plus beau? Son visage questionneur, peut-être, les clartés de sa peau. »

« Je n’ai pas d’autre but que la libération totale de tout ce qui vit. Et rien n’est qui ne vit pas. »

Mes Inscriptions de Louis Scutenaire (Editions Allia, avril 2017)

Mes inscriptions, 1945-1963

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Suède: le paradis perdu du multiculturalisme

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Une "attaque terroriste" a fait plusieurs morts à Stockholm en Suède, avril 2017. SIPA. AP22037523_000008
Une "attaque terroriste" a fait plusieurs morts à Stockholm en Suède, avril 2017. SIPA. AP22037523_000008

Il faut un commencement à tout. Et une fois de plus, c’est la Suède qui donne l’exemple.

Pendant longtemps ce pays du nord de l’Europe a  été un modèle pour le reste du continent. Un laboratoire de la social-démocratie scandinave. Protection sociale, salaires élevés, cogestion des entreprises : le bonheur était suédois. Puis la mondialisation et la financiarisation de l’économie ont eu raison de ce beau modèle.

Une « police de la morale islamique »

Mais la Suède n’a pas pour autant renoncé à illuminer l’Europe de son bienveillant exemple. Dans un tout autre domaine : celui du multiculturalisme. L’immigration était bienvenue, caressée et choyée. Des quartiers entiers de Göteborg et de Stockholm ont vu pousser des mosquées comme champignons après la pluie. Les points de vente de niqab, hijab et burqa se sont multipliés. Des écoles islamiques ont vu le jour.

C’est allé loin, très loin, sans doute trop loin. Comme en témoigne une émission de la chaine suédoise TV4 et un article très circonstancié d’Aftonbladet, le plus grand quotidien du pays. L’une des réalisatrices de l’émission s’est rendue avec une caméra cachée dans plusieurs cafés de quartiers répertoriés comme « sensibles ». Des hommes lui ont demandé d’aller s’assoir à un autre endroit de l’établissement, loin de leurs regards. Des femmes ont témoigné racontant qu’elles avaient été harcelées par une « police de la morale islamique » parce qu’elles sortaient seules même en promenant leur chien…

Une femme d’un autre quartier « sensible » a raconté comment des voisins ont commencé à l’invectiver parce qu’elle était sur son balcon en train de boire un verre de vin. Quelques minutes plus tard, un groupe de jeunes hommes s’est rassemblé devant son appartement, l’a menacé avant de tenter de rejoindre son domicile via la gouttière.

On ne mélange pas les filles et les garçons!

Une réfugiée venue de Syrie a expliqué qu’elle a été la cible de nombreuses intimidations pendant la période du Ramadan. En cause : sa tenue légère. « Je me suis enfuie d’un pays où les femmes étaient opprimées : maintenant je suis ici et j’ai le même sentiment qu’en Syrie ». Des filles âgées de 6 à 10 ans, scolarisées à l’école islamique Al-Azhar, dans la banlieue nord de Stockholm ont été contraintes par une « policière de la morale » de s’asseoir à l’arrière de leur bus scolaire, séparées des garçons. Elles ont également été admonestées car certaines étaient en jupe.

Six à dix ans! Il n’y a pas d’âge pour les allumeuses! Même le Premier ministre suédois, pourtant très compréhensif, s’est énervé et a menacé de faire fermer l’école Al-Azhar. Sa réaction nous parait très excessive… En effet, la « police de la morale islamique » n’exerce ses talents que dans certains quartiers de Stockholm. En outre, elle ne vise que les femmes et les filles de confession musulmane. Pas les autres, qui de toute façon, ne vont pas dans ces quartiers-là… Cet islam-là est apparemment -n’est-ce pas ? – un islam modéré.

Hier l’islam a montré un visage pas très modéré à Stockholm. Un visage sanguinaire, une «attaque terroriste » de facture classique – un camion qui fonce dans la foule – a fait des morts et des blessés. Ce qui précède n’est certainement pas sans rapport avec ce qui vient de se passer. Peut-être que le Premier ministre suédois aurait bien fait de ne pas s’attaquer à l’école Al-Azhar…

1981-2017: socialistes, une brève histoire de l’avenu

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François Hollande devant une affiche de campagne de François Mitterrand au QG du PS de Rennes, avril 2012. SIPA. 00635117_000001
François Hollande devant une affiche de campagne de François Mitterrand au QG du PS de Rennes, avril 2012. SIPA. 00635117_000001

Lorsqu’en 1993 le règne du premier président socialiste de la Vème République française, François Mitterrand, était à bout de souffle (gouvernance menée depuis 1981 dans les obscurs dédales d’une idéologie structurellement incohérente, n’ayant en fin de compte qu’une seule finalité : conserver le pouvoir contre vents et marées pour camoufler, derrière une victoire à la Pyrrhus, l’absence de logique et d’homogénéité de sa vision pseudo-gauchisante de la société), que restait-il des promesses de sa campagne présidentielle sinon la théâtralité de la rose rouge entrée au Panthéon dans la main du candidat vainqueur ?

La mise en scène de cette marche grotesque, calquée sur l’entrée du général de Gaulle à Paris en août 1944, transformait l’Histoire en spectacle de foire. Déjà le Capitaine Fracasse occupait l’Elysée. Car cela faisait si longtemps que le nouvel homme de gauche, passé par la francisque vichyssoise, rêvait d’être celui que l’on admirerait et haïrait à la fois ! Un de Gaulle, mais au petit pied gauche ! Un de Gaulle. Cet adversaire de toujours, au courage de bronze, que le cours d’une vie sans taches avait habillé d’une lumière nationale inaltérable pour avoir libéré la France de ses deux occupants : celui de l’extérieur et celui de l’intérieur. Hitler et Pétain. Mais François Mitterrand, libérateur de quoi ? De la finance ? Du pouvoir supposé de la bourgeoisie ? De la tutelle américaine ? D’une justice aux ordres des politiques ? Des scandales au plus haut sommet de l’Etat ? Allons, en tout cela il fut un maître en permanence. De l’extrême-droite, alors ? Que nenni, elle était totalement inexistante jusqu’à lui et nul n’ignore aujourd’hui que le Front national lui doit tout. La faillite de la France, l’écrasement du Parti communiste, la proportionnelle – inestimable cadeau – jetèrent l’électorat ouvrier dans les bras de Jean-Marie Le Pen. Ultime tartuferie d’un politicien vieilli et usé ne pouvant plus se cacher derrière la moindre image d’Epinal d’une gauche plus vieillie et plus usée encore que lui-même. Se posait alors le bilan sans concession de ce que l’on appelait à l’époque  « l’expérience socialiste », expression terrible pour ceux qui avait cru voter pour un « changement socialiste ». Bernés dès le départ. Tout ce remue-ménage n’était rien d’autre qu’un ballon d’essai. Une simple tentative. Une improvisation idéologique. Voilà donc à quoi nous avait conviés François Mitterrand, à grand renfort de tambours de Valmy et d’envolées lyriques signées Rouget de Lisle. Artifices grossiers élégamment rangés dans la boîte à outils socialiste.

L’Occident, en 1989, avait dansé sur les ruines du mur de Berlin mais, pour une gauche extrême, certaines pratiques soviétiques apparurent alors solubles dans notre démocratie. Entre autres, estampiller un nouvel enseignement ayant abandonné les fondamentaux des hussards noirs de la République pour déverser sans honte ses fausses vérités premières dans les chères petites têtes enfantines. Malléables. Naïves. Soumises. Mais aussi encarter le plus de médias possibles. Et encore ouvrir la société dans son ensemble à la médiocratie, celle de la télévision de Berlusconi (la Cinq alors en l’occurrence) ou bien à l’information permanente, celle des radios libres chargées de donner vie à ce que le nombre a de plus vil, histoire de ramener la société française à ses origines latines : panem et circenses (du pain et des jeux, surtout pas une intelligence et une conscience). C’est ainsi que le citoyen, à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, reçoit pieusement l’esprit saint du pouvoir en place, en quelques phrases, évangiles laïques formatés. Et soulagé de la sorte, il peut s’endormir dans les draps du nouveau savoir schématique. Avec, en prime, des sondages de toutes sortes venus de toutes parts qui lui apprennent, sans aucun effort de réflexion, ce qu’il doit penser et donc ce qui en découle : ses avis sur tout, ses décisions quotidiennes, son cheminement politique. Son vote « utile ». Mais à qui ? Est-ce cela la démocratie ? Les Grecs anciens, eux, plus précis, le nommait le sophisme. Et c’est à François Mitterrand, grand spécialiste de la rhétorique et du mensonge les yeux dans les yeux, que l’on doit d’avoir lancé cette terrible modification des comportements populaires. Panurge reprenait du service. Alors, en avance sur son temps, le premier président socialiste de la Vème République ? Non bien sûr, mais un bon ouvrier d’une « cause du peuple » devant détruire jusqu’aux fondations d’une société – la nôtre –, dans le cadre d’une « révolution permanente » – la sienne. Il n’y a pire recul que de vieux microbes repeignant les plaies éternelles aux couleurs de leurs rêves.

Dix-sept ans après la dissolution du socialisme dans l’ombre de son Grand Référent, la société française, rongée de l’intérieur par ses mythes humanitaires grand captateurs de l’humanisme des Lumières, inventa subitement une notion tout à fait inédite : l’élection par défaut. C’est-à-dire non point voter pour un candidat aux idées duquel on adhère, mais voter contre celui que l’on ne supporte plus au profit de n’importe qui. Anaphore aidant, c’est ainsi que le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, devint président de tous les Français sans l’avoir vraiment cherché. Dès lors, François le Petit, comme l’eût certainement baptisé Victor Hugo, pouvait prendre les commandes d’un Etat pour lequel il n’avait jamais passé de permis de conduire. Et au terme d’une catastrophe écologique sans précédent, la France se trouva en permanente crue politique. Au fil des mois, haletante, elle retenait son souffle pour scruter le Zouave de l’Elysée, le fameux mètre-étalon des grands naufrages nationaux. La monarchie, tant décriée, nous avait offert les Mérovingiens et les Capétiens. Voilà que nous vivions la République magnifique des Batraciens ! Désormais : Mergitur nec fluctuat. Quand le moindre pédalo se transforme en sous-marin, sa gouverne devient une girouette. Déliquescence intellectuelle de la gauche française, incapable de prendre une seule décision en cohérence avec la précédente, à l’image de leur Lider Minimo, seul président de la  Vème République à avoir renoncé à briguer un second mandat. Le fond du trou. Le bout des mensonges. Là où la monstrueuse cacophonie ne peut plus revendiquer Mozart dans le triste jeu des chaises musicales, puisque tous les instruments sont désaccordés et qu’il n’y a plus de chef d’orchestre. François Hollande s’interroge, paraît-il, sur la place qu’il occupera dans l’Histoire. Aucun doute à avoir sur ce sujet en ce qui me concerne : ce ne pourra être que celle de Belphégor, le fantôme de l’Elysée. Condamné à errer dans les limbes du Château !

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L'enfant qui ne riait jamais

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Expo: roulez vite voir Kliclo!

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Exposition Kliclo, Melun, 2017.
Exposition Kliclo, Melun, 2017.

La ville de Melun offre une remarquable exposition rétrospective de Kliclo. L’œuvre poétique et grave de cette plasticienne est un parcours à travers l’histoire, des histoires, celles des morts, des vivants et des disparus. Les siens, ceux des autres, ces hommes, ces femmes et ces enfants pris dans la tourmente des siècles et dont l’absence révèle en creux la Mitteleuropa, le monde d’hier, un monde perdu.

Sur la route de cette mémoire, on traverse les rues pavées de Varsovie, on observe des portraits-gouttes retenus aux fines branches d’un arbre desséché ; plus loin, les pages d’un vieux grimoire portant chacune le nom et l’image d’un ami, d’un proche qui n’est plus, s’envolent dans les airs comme arrachées par le Temps. Ailleurs, des petites gravures d’éclairs s’alignent dans un cadre, comme si l’on mettait la foudre dans un herbier.

Les tons d’une palette passée

Sables et gravats, bois vermoulus, métaux rouillés, toiles cousues entre elles mais libres de tout châssis malgré leurs grands formats semblent aussi légers que des escarbilles et plongent le visiteur dans les tons d’une palette passée. Contemplant ces matériaux de rebus, ces traces de quelque chose qui composent toiles et installations, Gabriel Garran « pense à « La Politique des restes » d’Arthur Adamov, obsessionnellement basée sur un monde encombré de déchets. Le charme poétique de Kliclo se faufile entre le vide et la ruine. Son écriture picturale aérienne où des feuillages en torsade suspendus dans le vide à une vision encore festive, des flashs, le dispute à une silhouette au bout d’un fil dont on ne sait si c’est un homme écartelé ou une étoile. »

Déclinant à l’infini notre façon de percevoir, Kliclo se tourne aussi vers le cinéma. Il n’est nullement ici question de vidéos mais de pellicules. Et ses « Pellicules » peintes sur toile brute mesurent des centaines de mètres, s’enroulent et se déploient à raison de « 24 images/regard ». Cette installation monumentale occupe à elle seule le hall évidé sur trois étages de l’Espace Saint-Jean.

Se jouant des échelles, on découvre dans une autre salle de minuscules sculptures faites de papiers brûlés et brindilles résinées, l’on suit la quête de « l’Atlantide » et l’exploration de « Jupiter », gigantesques toiles-fresques auxquelles répondent les vertes profondeurs d’une « Forêt » plus mystérieuse qu’inquiétante, comme pour nous indiquer que c’est peut-être par là qu’il faut aller chercher l’après

Roulez vite voir « Balades en roues libres », et je ne dis pas ça parce que c’est ma mère !

 

KLICLO

«Balades en roues libres »

du 25 mars au 27 mai 2017

ESPACE SAINT JEAN

26, place Saint-Jean – 77000 MELUN

-Entrée libre-

espacesaintjean@ville-melun.fr

Blanches colombes et vilains messieurs

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Crédit photo : Mirrorpix/Leemage
Charles Manson Crédit photo : Mirrorpix/Leemage

1. Les Killer Groupies

Anders Breivik n’est pas content : on ne lui sert pas son café assez chaud. On le fouille trop souvent. Il juge sa situation pire que celle des détenus de Guantánamo. Il a donc déposé une plainte, ce qu’ont approuvé une majorité de Norvégiens prétextant qu’il convient de traiter les terroristes de tout bord avec humanité. On ne peut qu’admirer – ou ricaner devant – tant de compassion.

Plus surprenant encore : Anders Breivik reçoit 800 lettres d’amour par mois. Il les étudie minutieusement, bien décidé à choisir dans le lot une épouse qui ne soit ni une folle ni, ce qui serait pire encore, une rédemptrice. Pour l’instant, elles sont des milliers à faire partie de son « fan club », le jugeant « si beau » que tout le reste leur est égal. Il a tué 70 jeunes gens, regretté que le bilan de ses victimes n’ait pas été supérieur, mais les « femelles » (c’est ainsi qu’il les désigne) ne lui en tiennent pas rigueur. Elles admirent sa bravoure, son humour, voire sa sensibilité puisque lors du massacre perpétré le 22 juillet 2011 sur l’île d’Utoya il a épargné un chien, « ce qui prouve qu’au fond il est très gentil ».

Cet envoûtement pour les grands criminels – sans équivalent chez les hommes qui prennent la fuite dès lors qu’ils apprennent que celle qu’ils convoitent a eu maille à partir avec la justice – ne date pas d’hier. Sans remonter à Henri Désiré Landru, guillotiné en 1922 pour 11 meurtres et qui recevait chaque jour des lettres enflammées, ou à Charles Manson, octogénaire édenté à barbe grise et au front marqué d’une croix gammée qu’il y a tatouée et qui a succombé aux avances d’une jouvencelle, les bad boys l’emportent largement sur les premiers de la classe : le frisson du danger et la gloire sont des excitants auxquels peu de femmes sont insensibles. Chacun en tirera la conclusion qu’il veut, mais même les spécialistes restent abasourdis par l’ampleur du phénomène.

2. Dans les bras d’un djihadiste

Le bad boy aujourd’hui, c’est le djihadiste. On compte d’innombrables récits à l’eau de rose ou de sang sur internet, où des jeunes filles succombent au charme de terroristes impitoyables. Ces romans connaissent un succès que Marc Lévy ou Tahar Ben Jelloun pourraient[access capability= »lire_inedits »] leur envier. 150 000 lectrices en quelques semaines pour Dans les bras d’un djihadiste, histoire d’une ado kidnappée par des terroristes et qui s’éprend de l’un d’eux. Et presque autant pour Sur mon cœur tu as fait un attentat !

Le djihadiste se substitue au vampire ou au serial killer, mais avec une forme de réalisme qui touche d’autant plus les lectrices que l’islam a un imaginaire très érotique. Interrogé sur ce qu’il aimait le plus, le Prophète a répondu : « Les femmes, la prière, le parfum. » C’est dire, commente le psychanalyste Georges Abraham à propos du terroriste français Salah Abdeslam très convoité lui aussi et détenu à Fleury-Mérogis, si la mystique musulmane est incarnée et sait allier les plaisirs de la chair aux élans de l’âme. Pour le meilleur et pour le pire, ce qui n’a pas échappé aux adolescentes qui, entre deux cours, s’abandonnent à des rêveries macabres, mais si proches de leur imaginaire.

3. Le journal d’un voyeur

Le propriétaire du Manor House Motel dans le Colorado, près de Denver, motel acquis dans les années 1960, l’avait transformé en « laboratoire de la sexualité », observant à leur insu pendant des décennies les couples qui s’y livraient à des ébats plus ou moins scabreux. Plutôt moins que plus d’ailleurs. Jugeant, après avoir pris des milliers de notes, que la vie est routinière et ennuyeuse, ce qui explique que le marché du faux-semblant soit si fructueux, Gerald Foos, puisque tel est son nom, « voyeur professionnel », ainsi qu’il se présentait, n’était pas peu fier d’avoir exercé avec une telle discrétion un travail de sexologue amateur qui certes satisfaisait ses pulsions, mais de surcroît complétait les enquêtes de Masters and Johnson.

Gerald Foos avait conscience de se livrer à une activité illégale, mais à l’approche de la vieillesse il a tenu à rendre publiques toutes les informations recueillies en un demi-siècle. Il les a confiées à Gay Talese, l’un des fondateurs du « nouveau journalisme » aux États-Unis, passé maître dans l’art d’évoquer le puissant courant fictif qui coule sous le flux de la réalité. Il en résulte un livre inclassable, Le Motel du voyeur, qui ne cesse d’intriguer le voyeur qui sommeille en nous. Paradoxalement, ce qui concerne les tests d’honnêteté que fait subir à leur insu Gerald Foos à ses clients sont presque plus passionnants que leur rapport au sexe. Et, surtout, notre sexologue amateur n’en revient pas de vivre aujourd’hui dans une société de surveillance généralisée où chacun est épié. Comme voyeur, il est désormais une antiquité. Et du Manor House Motel il ne reste que des gravats.

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