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Où sont les profs?

L'édito politique de Jérôme Leroy

Où sont les profs?
Jean-Michel Blanquer en visite dans l'Ecole élémentaire de l'Arbalète, 18 mars 2021 © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage : 01009761_000017

Ce troisième non confinement montre encore à quel point, derrière la glorification de l’école qui reste ouverte, on méprise les profs.


Jamais en retard d’une attaque contre ses propres personnels pour complaire à l’opinion, le ministre Blanquer avait osé parler au mois de juin 2020, lors de la réouverture des écoles, de « profs décrocheurs » qui auraient profité du confinement pour se mettre aux abonnés absents. La baudruche s’est vite dégonflée devant les faits. Les profs, dans leur immense majorité, avaient fait ce qu’ils avaient pu et même avaient rivalisé d’ingéniosité pour pouvoir assurer avec les moyens du bord, c’est-à-dire les moyens dont ils disposaient chez eux, pour pallier l’imprévoyance et l’incompétence des décideurs de l’Éducation Nationale en matière d’enseignement à distance. Le ministère était trop occupé, sans doute, à créer des syndicats lycéens bidon et à trouver quelques élèves aisément manipulables ou ambitieux pour célébrer le génie de la réforme du baccalauréat qui est en fait l’aboutissement d’un long processus de dévalorisation de ce diplôme. La particularité de Blanquer, c’est de considérer le prof comme un ennemi personnel. On imagine un ministre de l’Intérieur s’amusant à ce petit jeu démagogique avec ses policiers. Ou plutôt ne l’imaginons pas, Castaner a tenté la chose en parlant de violences policières et ça lui a couté son poste. Peut-être les profs devraient-ils être armés et venir au lycée en voiture à gyrophare, ils auraient une petite chance d’être écoutés.

Rare hypocrisie

Aujourd’hui, Blanquer qui n’a peur de rien, se gargarise avec toute la macronie d’avoir laissé les écoles ouvertes. Qui connaît des profs ou des chefs d’établissements dans son entourage sait qu’ils sont informés des nouveaux protocoles sanitaires, en général inapplicables, par la presse,  le vendredi soir pour le lundi. Ce mépris tranquille pour les personnels se double d’un discours d’une rare hypocrisie. Laisser les écoles ouvertes est un impératif éducatif, là nous sommes tous d’accord, et aussi un impératif social. Ne pas laisser se creuser les inégalités, ne pas perdre les élèves les plus fragiles dans la nature. Mais on ne dit pas que les suppressions de postes prévues sont toujours au programme malgré l’épidémie, que les projets de démantèlement de l’éducation prioritaire sont toujours dans les tuyaux et il est difficile de garder son calme devant un tel aplomb.

A lire aussi, du même auteur: Deux belles gueules, une histoire picarde

Si Blanquer, dans des conditions sanitaires dangereuses, peut laisser les écoles ouvertes, c’est tout simplement grâce au courage quotidien des profs. Rien de ce qui aurait pu être fait, depuis un an, ne l’a été. Les fameuses opérations de dépistage salivaire massif sont restées de la com et les remontées exactes des chiffres de contamination à l’école sont extrêmement difficiles, voire impossibles, à obtenir. Pour une raison simple : l’école coche toutes les cases des clusters potentiels. On y est nombreux dans des pièces trop petites presque impossibles à aérer, on se brasse dans les couloirs comme dans une rue commerçante un jour de soldes, on y mange dans des cantines où il y a autant de place que dans une brasserie parisienne, à l’époque où elles étaient ouvertes.

Halte garderie!

Dans une troisième vague féroce que le gouvernement, après avoir joué au matamore depuis janvier, tente d’endiguer avec un « confinement dehors », la seule mesure effective est la généralisation de la « demi-jauge » dans les lycées. Cela est mieux que rien. Mais pourquoi pas au collège, qui présente à peu près les mêmes problèmes ? Je vous le donne en mille, c’est qu’un collégien de sixième, c’est plus compliqué de le laisser se garder tout seul.

Bref, derrière la gloriole de l’école ouverte coûte que coûte, se profile l’idée qu’elle n’est pas là pour transmettre quoi que ce soit mais pour servir de garderie au pire et au mieux pour offrir le meilleur service possible à des parents dont un bon nombre réagissent  comme des consommateurs. Dans Loué soient nos seigneurs, Régis Debray remarquait avec justesse que ce n’était pas à l’école de s’adapter à la société, mais le contraire. Ou bien l’on estime que c’est là que tout se joue, où on estime qu’elle est un service public comme un autre.

On pourrait demander leur avis aux profs. Le problème, c’est que les profs contrairement aux médecins, aux restaurateurs, aux policiers, aux gérants de station de ski, on ne les voit jamais sur les plateaux de chaînes infos.

C’est sans doute qu’ils sont en cours.

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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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