(Photo : SIPA.AP21881109_000005)

On nous a encore refait le coup du « nouveau Mai 68 » (« Soissantuite ») à propos de Nuit debout comme à chaque mouvement de jeunes durant un petit peu plus de deux semaines donc. Déjà en 1986, au moment des manifs anti-loi Devaquet, les commentateurs et les éditorialistes, les morveux rebelles et manipulés par les bourgeois pédagogues, en majorité la gauche sociétale, les révoltés de bonnes familles, avaient cru pouvoir refaire « Soissantuite » fantasmant sur des barricades enflammées, des orgies libertaires sans fin et des fêtes dantesques selon les histoires très idéalisées racontées par tous les « grands anciens » du « mouvement » ceux-ci enjoignant les jeunes à suivre leur exemple. Enfin les jeunes, surtout ceux issus de leur milieu favorisé, surtout leur progéniture, et bien sûr avant les examens ou les concours d’entrée dans les « grandes » écoles bien entendu…

J’en étais, ami lecteur, de ces défilés contre Devaquet, moi un petit bourgeois hédoniste et réactionnaire dorénavant, moi maintenant l’anarchiste de droite présumé atrabilaire type. Une enseignante, nous voyant arriver le premier jour des manifestations pour avoir cours comme les autres jours, nous avaient carrément fichu dehors nous enjoignant de nous engager « pour notre avenir » tout en promettant de ne pas signaler nos absences. Nous, cela ne nous dérangeait pas trop de sécher quelques heures de cours avec, cerise sur le gâteau, le plaisir de remettre en cause l’autorité, ou de croire le faire, avec la bénédiction de certains adultes à la fois complaisants et démagos…

Nous ne remarquâmes pas de suite l’énorme contradiction présente là-dedans. Je la notais également au moment d’un fameux 21 avril lorsque les jeunes défilèrent entre deux rangées de CRS pour défendre la Démocratie, la Liberté, l’Egalité, la Fraternité. Et puis pendant que nous défilions, quelques-uns parmi nous, d’affreux cyniques déjà sans doute, dont votre serviteur, se demandèrent pourquoi une manifestation soit-disant apolitique était encadrée par le service d’ordre du Mouvement des jeunes socialistes et pourquoi « l’invasion » du grand hall de la mairie s’était faite avec la bénédiction souriante – laïque – du maire celui-ci poussant la magnanimité à l’encontre de ces jeunes tellement sympathiques en faisant encadrer ce monome par les policiers municipaux. Bien sûr, en contrepartie, il avait invité la presse locale pour se faire immortaliser en bon apôtre débonnaire en première page du journal régional dès le lendemain matin.

Concernant Nuit debout, depuis trente ans rien n’a changé, le mouvement est téléguidé par les mouvements les plus à gauche du PS. Les « leaders » de  Nuit debout et des manifs contre la loi El Khomri, qu’ils soient issus de l’UNEF, de la FIDL, sont pour la plupart des « étudiants professionnels ». Mais au moins savent-ils qu’ils seront pour les uns recasés dans un secrétariat ou un autre du Parti socialiste ou qu’ils y gagneront un poste d’adjoint à la Culture à la Mairie de Paris.

Nuit debout bénéficie d’une plus grande clémence que les Veilleurs souvent virés manu militari ou gazés par la police alors qu’occupant pacifiquement et sans le dégrader de nombreuses places de nos grandes villes. Contrairement aux Veilleurs, Nuit debout ne durera en outre évidement pas, il a commencé à la rentrée des sports d’hiver des morveux rebelles et s’arrêtera lorsque tous ces jeunes prendront le train ou l’avion pour partir en vacances de printemps. Ils rentreront bien sagement début mai pour se préparer au bac et à ce moment il ne sera plus question du tout de « nouveau Mai 68 ».

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Amaury Grandgil
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