Écolos, citoyens et fanatiquement sectaire. On ne saurait remercier assez Alain Finkielkraut d’avoir voulu se faire une opinion raisonnée sur Nuit debout. Sa petite virée place de la République nous en a plus appris sur la nouvelle démocratie qui s’y invente que les dizaines de reportages énamourés publiés depuis deux semaines.

Comme toujours, les aspects ridicules de ce happening infantile et bruyant semblent échapper à nombre de commentateurs qui évoquent avec le plus grand sérieux le pôle sérénité, les toilettes sèches et les ateliers constituants.

« Nuit debout » (à la santé)

Quiconque a suivi un débat dans son intégralité ne peut pourtant qu’éclater de rire à la lecture de l’éditorial de Laurent Joffrin qui doit avoir tellement peur de rater l’air du temps qu’il en a des visions comiques. Place de la République, le patron de Libé a vu un « laboratoire populaire ». Rien que ça. Le public qui revient depuis deux semaines est en vérité représentatif de toutes les lubies extrêmes gauchistes, ce qui signifie qu’il incarne un micro-segment du peuple. Les « Nuit debout » (à la santé) combattent la domination capitaliste, le saccage de la planète et bien sûr l’oppression israélienne : cela s’appelle la convergence des luttes.

Quant au laboratoire, on n’a pas très envie de savoir ce qui pourrait se mitonner dans un tel verbiage voué à la réflexivité la plus plate. Le « mouvement », comme ils disent, ne parle que de lui-même et de la façon dont il faut parler.

Mais pour Joffrin et les autres, peu importe qu’on n’ait rien à dire, l’important, c’est de parler. Le directeur de Libération voit donc dans ce jacassage « un symptôme fragile mais éminemment positif de la réhabilitation de la politique hors de la politique traditionnelle ». Pitié, rendez nous la politique traditionnelle.

Une bulle qui fera pschitt

Seulement, voilà, Alain Finkielkraut a voulu voir. Et en quelques minutes, c’est nous qui avons vu le vrai visage de cette pseudo-révolution faussement gentillette. Ce qu’ont en commun les participants de cette agora kitsch, le véritable point de convergence de leurs luttes, c’est la haine. La haine d’un oppresseur imaginaire qui, samedi soir, avait les traits d’Alain Finkielkraut.

Notre cher académicien a dû passer un sale quart d’heure. N’empêche, il n’a pas perdu son temps, ni le nôtre. Il a bien trouvé ce qu’il était allé chercher : le sens de ce mouvement. Constatant qu’à cinquante mètres de la République, il a devisé avec nombre de passants qui se fichaient comme du tiers et du quart de ce qui s’y passait – cassages exceptés -, il a compris que « Nuit debout » était une bulle. Qui ne tardera pas à faire pschitt.

Ces gens ne veulent pas transformer le monde, ils veulent l’ignorer et jouer à faire comme si. Comme si on avait aboli le capitalisme, comme si on avait fait la révolution, comme si on avait inventé l’ombre du prolégomène d’une idée. Et en plus on dirait qu’il y a pas de chefs, t’es d’ac ?

Que des gens qui ne tolèrent pas la contradiction prétendent rénover la démocratie, il faudra m’expliquer. La saine curiosité d’Alain Finkielkraut devrait donc faire office de dévoilement. Si mes confrères n’ont pas tous perdu la tête devant tant de spontanéité, ce moment devrait marquer la fin de l’escroquerie « Nuit debout ».

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Elisabeth Lévy
Fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur. Journaliste, elle est chroniqueuse sur CNews, Sud Radio... Auparavant, Elisabeth Lévy a notamment collaboré à Marianne, au Figaro Magazine, à France Culture et aux émissions de télévision de Franz-Olivier Giesbert (France 2). Elle est l’auteur de plusieurs essais, dont le dernier "Les rien-pensants" (Cerf), est sorti en 2017.
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