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Nos amis les guérilleros

« Le jour où les mots n’auront plus de sens, nous aurons gagné. » : c’est par cette citation glaçante de Goebbels, ministre de la Propagande d’Hitler, que s’ouvre l’Antimanuel de guérilla politique. Co-auteur du livre avec Jean-Laurent Lastelle, Renaud Chenu batifole dans la rédaction de Causeur. Mais c’est en tant qu’animateur du mouvement Gauche avenir, aux côtés de Marie-Noëlle Lienemann, Paul Quilès et d’une flopée d’élus chevènementistes, Verts ou mélenchonistes, qu’il fourbit des « idées de gauche » destinées à torpiller les « mots de droite ». Le but affiché de nos amis guérilleros est en effet de réarmer intellectuellement une gauche qui peine à trouver une alternative à la « social-médiocratie », comme l’appelait cruellement le Ceres.[access capability=”lire_inedits”]

Réenchanter le lexique culturel de la gauche pour partir au combat idéologique, voilà un noble dessein. Soit. Mais nombre d’antilibéraux de droite se retrouveront dans leur programme : « Prendre le parti idéologique du peuple contre l’idée simpliste et autoritaire qu’il n’y aurait qu’une voie possible pour l’humanité : la gloutonnerie capitaliste. » On adhérera sans mal au constat de l’impéritie du politique, qui se fait le petit télégraphiste de la banque et des agences de notation partout en Europe, à tel point que l’élection confine au choix entre deux paquets de lessive : « Qu’ils soient de gauche ou de droite, les impétrants de tous bords partagent une responsabilité commune dans l’abandon progressif de la capacité des États à engager des politiques publiques qui ne soient pas qu’un simple accompagnement des bourrasques financières, bancaires et autres éclatements de bulles. »

Il est plus difficile, en revanche, d’adhérer au mythe d’un peuple pur, dont les élans émancipateurs seraient bridés par l’action subversive de l’oligarchie politico-financière. Comment ignorer que « le malaise est dans l’homme » (Pierre Le Vigan), de plus en plus dégradé anthropologiquement par son immersion consentie dans le grand bain de la modernité industrielle et progressiste ?

Ces socialistes républicains ont le grand mérite de rétablir des vérités occultées, par exemple sur l’imposture du « modèle exportateur allemand », fondé sur la captation des autres marchés européens ou sur l’usage politicien du mot « pragmatisme ». Le lecteur en quête d’alternative à la société lyophilisée attend avec impatience un second tome qui sera l’occasion de dresser le bilan de la gauche au pouvoir, pour peu que la rose de 1981 refleurisse cette année.

Avant que Chenu, Lastelle et leur escouade de jeunes intellectuels prennent le Palais d’Hiver du faubourg Saint-Honoré, on méditera l’une de leurs sentences les mieux aiguisées : « Qui a renoncé au conflit, au langage dur et aux risques qu’il pointe ne peut que se faire piétiner par les puissants. » Ce n’est pas ici qu’on prétendra le contraire ![/access]

Antimanuel de guérilla politique, Jean-Laurent Lastelle et Renaud Chenu (éditions JC Gawséwitch)

Avril 2012 . N°46

Article extrait du Magazine Causeur


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est journaliste.

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