Dans un documentaire qui passera ce mardi soir sur Arte, Daniel Leconte  explore la Norvège, deux ans après le « traumatisme Breivik », et à  trois semaines des prochaines élections législatives, les premières depuis le drame. 
Un voyage des périphéries vers le centre, qui est l’occasion d’avoir un aperçu complet de la Norvège contemporaine, enrichi par des témoignages variés, d’un militant d’extrême droite à une survivante d’Utoya en passant par un millionnaire, des pêcheurs, un paysan et même un humoriste !
Coté médaille, le « pays des gens heureux » présente donc  de nombreux « bons points » : ressources pétrolières qui assurent au pays un des taux de chômage les plus bas du monde, égalité des sexes, transparence en politique, multiculturalisme…  Le pays le plus riche du monde (en PIB par habitant), n’affiche pas sa richesse façon Golfe, il a fait le choix de réinvestir tous les revenus tirés de l’exploitation du pétrole dans un Etat-providence qui prend la vie des citoyens en main du berceau à la tombe.
Mais le « miracle norvégien » a bien sûr ses revers. Ainsi, derrière le triomphe de l’égalité homme-femme se cache une véritable guerre des sexes qui devient un fardeau pour certains individus. Une coiffeuse d’Oslo, qui a dû remplacer la traditionnelle dichotomie coupe homme/coupe femme, jugée discriminante à cause de la différence de prix, par la plus neutre appellation coupe classique/coupe technique, témoigne : « J’en ai assez de ces discussions permanentes autour de la parité, ça me fatigue. Parfois j’aimerais un peu plus de différences entre les sexes. Qu’un homme me tienne la porte, comme en France. ».
Quant au fameux « Etat-providence » et son chômage quasi inexistant, il s’accompagne d’un assistanat systématique qui camoufle la réalité d’une société à deux vitesses. Ainsi des villages entiers, remplis de personnes mis « en incapacité » pour truquer les chiffres du chômage, se retrouvent sous perfusion sociale.
Même l’idéal de transparence et de lutte contre la corruption a ses travers : il se manifeste par un Etat intrusif, voire policier qui livre ses citoyens les plus riches à la vindicte publique. Ainsi, Dagfin, s’est-il vu attribuer la troisième richesse du comté par le serveur électronique de l’Etat qui publie la liste des revenus de tous les citoyens. Une erreur administrative qui met en colère cet humble paysan : « Ça m’a fait honte »,  confie-t-il à la caméra. C’est qu’ici, on cultive la « mauvaise conscience », mélange d’honnêteté et d’austérité propre à l’identité protestante indigène. Personne ne songerait à s’acheter plusieurs grosses voitures, affirme un millionnaire, qui se garde bien d’étaler sa richesse.
Enfin, le documentaire aborde le cas Breivik, et ce que les Norvégiens ont retenu du drame.  « Il est fou, il n’y a rien à comprendre » affirme un homme politique, traduisant ainsi le sentiment général : très peu d’analyses, refus de considérer la dimension politique de l’acte, obsession du consensus, la plupart des gens, et l’ensemble de la classe politique semblent considérer qu’Utoya n’est qu’un accident, œuvre d’un déséquilibré, et ne dit rien sur la société norvégienne.
Pourtant, Breivik a été jugé normal par la médecine, et il semble donc que son acte doive trouver une réponse politique. Si le Parti du Progrès (FRP), volontiers qualifié de populiste, a souffert du fait que Breivik ait appartenu un temps à ses rangs, il pourrait, du fait des difficultés croissantes que pose l’immigration massive (1 habitant sur 3 d’Oslo est immigré), faire un score conséquent aux prochaines législatives.

Daniel Leconte,« I love democracy, Norvège : le pays des gens heureux », Arte, ce soir à 23h35.

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