Nicolas Sarkozy. Sipa. Numéro de reportage : AP21979277_000017.

Alors que je ruminais sur la énième enquête révélant le niveau désastreux des connaissances de base des élèves français et que j’envisageais d’y consacrer un énième éditorial vengeur, j’ai réalisé que j’allais laisser passer l’une des dernières occasions de parler de Nicolas Sarkozy. Comme si moi, la France, j’allais me séparer comme ça d’un homme avec lequel j’ai une histoire tumultueuse depuis plus de dix ans. Vous savez comment on est, nous les filles on aime mettre des mots, souvent jusqu’à l’épuisement, sur le passé : qu’est-ce qui n’a pas marché et qui est responsable et qu’est-ce qu’on aurait pu faire mieux ? D’ailleurs, jusqu’au dernier moment, j’ai hésité à lui donner une seconde chance à mon Sarko. Je sais, c’est idiot, après tous les tours pendables qu’il m’a joués, mais j’ai gardé une tendresse coupable pour ce type pas très distingué qui me draguait à la hussarde et ne me parlait pas comme si j’étais une porcelaine chinoise. Il me disait que j’étais une belle fille, qu’il allait me protéger, que personne ne m’obligerait à changer, d’ailleurs que les mini-jupes et les talons de douze, ça m’allait pas mal. Et puis, avec lui, je pouvais parler de mes troubles d’identité, et ça m’a fait du bien parce qu’avec ceux d’avant, il fallait plutôt faire profil bas.

Bien sûr, j’avais remarqué que s’il m’aimait, sans doute, à sa façon, il s’aimait encore plus. Ce type qui avait l’air d’être un dur se comportait parfois comme un vrai môme qu’il fallait rassurer : mais oui tu es beau, mais oui on t’aime. Et si par malheur on lui faisait une remarque sur un truc pas terrible qu’il avait fait ou dit, alors là c’était le caprice, la grosse colère. Bref, il fallait jouer les mères câlines, mais le maternage, avec les hommes, c’est pas trop mon truc. Par moments, j’avais envie de le secouer : « Hé ! ho ! c’est toi qui dois t’occuper de moi, pas le contraire ! »

N’empêche, quand il voulait, il savait me causer. De moi, bien sûr, et de toutes mes extravagances passées. Et puis ce qui ajoutait à son charme, c’est que tous les autres gars du quartier le détestaient, ils passaient leur temps à dire des horreurs sur lui, il était devenu leur obsession. Moi, la France, vous me connaissez, j’ai l’esprit de contradiction. Alors quand je voyais le beau linge dire du mal de mon Sarko, j’oubliais toutes ses turpitudes.

Mais voilà, les beaux parleurs, on les croit, contre toute évidence. Et un jour ça s’arrête, leurs mots n’embrayent plus. C’est ce qui s’est passé il y a cinq ans. J’aurais pu replonger, mais les parents n’étaient pas chauds, ils disaient que j’avais besoin de calme, d’apaisement, alors je l’ai quitté. C’est à ce moment-là qu’il a voulu faire banquier au Qatar, vous vous rendez compte, je venais de le virer et il allait se consoler en faisant du fric au Qatar.

Et puis il a vu que ça ne marchait pas fort avec le nouveau fiancé que m’avait choisi la famille et il a décidé de me reconquérir. No sex with your ex ! lui disaient ses amis, ça ne marche jamais, tu vas te prendre un râteau. Moi ça m’a plu qu’il s’accroche, et pour tout dire, s’il n’y avait eu que moi, on aurait peut-être remis le couvert. Mais la famille a dit niet. On en a assez de ses mauvaises manières, râlaient les uns. On ne peut pas lui faire confiance, juraient les autres. Et moi, la France, je ne peux pas faire n’importe quoi, alors je lui ai dit que cette fois, c’était vraiment fini. Un sale quart d’heure, je vous jure. Non, il n’a pas été odieux, au contraire, c’était la grande classe : généreux, élégant, modeste, il m’a souhaité tout le bonheur du monde avec mon prochain Jules, celui de 2017, et je suis sûre qu’il était sincère. L’ennui, c’est que je suis instantanément retombée amoureuse. Heureusement, il était trop tard.

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