La séquence Brexit-Trump-Fillon formerait-elle un séisme mondial aux répliques multiples ? En tout cas, aussi disparates soient-ils, leurs adversaires européistes, pro-Clinton et autres multiculturalistes avec Juppé ont été renvoyés à leurs chères études. « La tectonique des ploucs » n’a pas fini de secouer le sol démocratique, selon l’heureuse d’expression d’Elisabeth Lévy, circonspecte devant le verdict des urnes mais ravie de voir les bons esprits déconfits. Pour un peu, c’en serait presque fini de la « gauche divine » moquée par Baudrillard, dont le manichéisme scinde le monde en deux axes : « à ma gauche les gentils, à ma droite les méchants, les étroits, les coincés, les beaufs, les réacs ».
Après tout, en démocratie, il est assez sain que les gouvernants craignant la colère du peuple et les éruptions de « populisme ». Mais ces fracassants retours au réel regorgent de dangers.
À la manière d’un Gramsci, Jean-Pierre Le Goff annonce l’effondrement du vieux monde, celui du « gauchisme culturel » moribond, tout en s’inquiétant des convulsions de notre période d’interrègne : « la contestation du politiquement correct de gauche en matière de mœurs et de multiculturalisme, d’islamisme et d’immigration (…) font plaisir, mais au-delà ? ». Quoi qu’en rêvent certains, il est illusoire de vouloir « liquider » mai 68 et ses acquis émancipateurs…

Malgré sa fibre gaullienne, notre consœur, et néanmoins amie, Natacha Polony ne renoncerait d’ailleurs pas à une once des libertés conquises par le joli mai, ce qui ne l’empêche pas d’appeler nos élites à un examen de conscience. Minés par l’insécurité physique, culturelle et économique, les petites gens se réfugient dans le vote populiste faute d’espérance alternative. Devant le succès de Fillon, la journaliste d’opinion concède que le marché du travail gagnerait à être libéralisé, à la condition que l’on pose des barrières protectrices aux frontières. Concepteur de la notion d’« insécurité culturelle », souvent imité mais jamais égalé, le géographe Christophe Guilluy éclaire le résultat de la primaire LR. Beaucoup, l’ont oublié, mais « le socle électoral de droite, ce sont des retraités, des « bourgeois », et aussi un petit électorat catho », d’où « l’échec de Sarko qui a fait campagne en direction des catégories populaires ». Quant à l’hypothèse d’un second tour Fillon/Le Pen, ce « serait Giscard contre Marchais (…) un retour du clivage droite/gauche avec le FN dans le rôle de la gauche étatiste défendant les services publics » Je vous avais prévenus, la géo est un sport de combat…
Porte-parole des sans-voix, Cyril Bennasar se lance dans une défense et illustration du « gros con » Trump que brocarde Alain Finkielkraut. Et notre sniper à plume de s’interroger tout haut : « Est-ce la faute des gens si aujourd’hui la vérité sort de la bouche des gros cons ? », « si Trump était à l’Intérieur, laisserait-il la police se faire tirer dessus à balles réelles sans riposter ? » Tout gentleman qu’il est, Elie Barnavi n’entend pas laisser les sirènes hurlantes du populisme assourdir les citoyens et nous avertit en sage : les rêves de Grand soir dérivent inéluctablement en jacquerie ou en dictature.

Le peuple, justement. C’est à sa rencontre qu’est parti mon ex-comparse Gérald Andrieu, aux frontières d’un pays réel que l’on aurait tôt fait d’oublier. Le premier épisode, légèrement éthylique, de son périple, vous est livré en page actualités. Passons du coq à l’âne. Sans le latin, que l’éducation nationale dépiaute, que l’école emmerde Régis Soubrouillard, auteur d’une enquête sur le détricotage de l’enseignement langues mortes… Puisqu’il est ici question de minorités opprimées, Anne-Sophie Faivre Le Cadre nous raconte son expérience à Erbil, au plus près des chrétiens d’Orient. On aurait tendance à l’oublier en Occident, mais ces Arabes de sacristie s’indignent de la morale post-soixante-huitarde et n’envisagent que la chasteté ou le chaos avant le mariage. Honnie celle qui l’ignorait…

Dense, notre programme culturel frise le grand écart. Quoi de commun entre le réalisateur Olivier Assayas, qu’Olivier Prévôt a longuement interrogé, et le trublion de la BD hardcore Marsault ? Peut-être un amour de l’art, de ceux qui nous feraient admirer du Michel-Ange en bande dessinée, vu, analysé et raconté par Hector Obalk. Causeur, votre calendrier de l’avent !


Causeur #41 – Décembre 2016 par causeur