Activistes pro-choix à Paris, octobre 2016. SIPA. 00775084_000001

Darwinien de stricte obédience, je pense qu’il n’y a pas de fantôme dans la machine. C’est-à-dire que l’existence d’une conscience humaine qui dirigerait notre corps matériel est une illusion que notre cerveau travaille dur à produire. Illusion utile à la survie de notre espèce et par conséquent à la réplication de nos gènes dans un processus sans but et sans morale. Pour moi, l’âme n’existe pas.

Je profère ces horreurs car dans un propos qui va concerner l’IVG, je crois important de préciser d’où je parle. J’assume un désaccord radical avec mes amis catholiques, concernant la conception et la phase embryonnaire de ce qui deviendra plus tard un petit d’Homme. Cela a bien sûr une influence sur ma position vis-à-vis de l’IVG. Je ne suis pas « pour » l’IVG, je suis pour que cette possibilité existe, moyen de contraception ultime, qui permet de choisir. Et d’éviter que l’arrivée d’un enfant non désiré puisse être synonyme de malédiction. Et j’interdis que l’on m’impose dans le champ public, celui du débat et de la décision rationnelle, des convictions religieuses aussi respectables soient-elles, qui n’y ont pas leur place. Amis catholiques, protestants, musulmans, vous êtes prêts à accepter le malheur dans votre vie terrestre, parce que vous avez l’espérance. Pas moi, je n’ai ni cette force, ni cette grâce, et je vous signale que nous sommes quand même très nombreux dans ce cas.

Ce préambule laborieux me semblait nécessaire avant de dénoncer, l’esprit tranquille, le dernier attentat contre les libertés que vient de commettre ce pouvoir en débandade et aux abois.

Un besoin compulsif de punir

Madame Laurence Rossignol, ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes, s’est fait une spécialité des mauvaises causes, toute à la recherche des quelques voix dont elle pense à tort qu’elles pourront lui éviter l’humiliation électorale et les poubelles de l’histoire qui l’attendent. Après avoir confié à une présentatrice de télé-réalité une mission de réflexion juridique essentielle sur la question de la prescription, voilà qu’elle vient de faire adopter par une majorité servile une loi d’atteinte à la liberté d’expression sans précédent depuis la guerre d’Algérie. Qui souligne encore un peu plus le mensonge du discours de François Hollande prétendant avoir préservé les libertés publiques, juste avant de sauter par-dessus le bord d’un navire que par gros temps il a dirigé vers les rochers. Les libertés publiques, Monsieur Hollande, ont rarement autant été violées que pendant votre mandat. Médias du service public asservis, justice instrumentalisée comme rarement, atteintes aux droits de la défense, lois clairement liberticides, et atteintes multiples à la liberté d’expression.

Sous le mandat du président partant existait un texte qui réprime légitimement à mon sens « le fait d’empêcher ou de tenter d’empêcher de pratiquer ou de s’informer sur une interruption de grossesse ». De son canot de sauvetage, lui le gardien constitutionnel des libertés n’a vu aucun inconvénient à ce que sa ministre aux abois y fasse ajouter « par tous moyens  y compris en diffusant ou en transmettant par voie électronique ou en ligne, des allégations, indications de nature à induire intentionnellement en erreur, dans un but dissuasif, sur les caractéristiques ou les conséquences médicales d’une interruption volontaire de grossesse ». Dire qu’un avortement est un meurtre d’enfant est pour moi une imbécillité. Mais c’est une opinion, que l’on est libre d’exprimer. Qu’est-ce que c’est que cette criminalisation de l’opinion d’autrui ? Ce besoin compulsif de punir, punir, et encore punir ceux qui ne pensent pas comme vous ? Et pour l’assouvir de violer gaiement, une fois de plus, tous les principes du droit pénal et en particulier celui de la clarté de la loi conséquence du principe d’interprétation restrictive ? Vous la haïssez tant que ça Madame Rossignol, la liberté d’expression ?

Ce texte ouvre la voie à tous les arbitraires

Le Conseil constitutionnel dans une décision du 27 juillet 2006 a une fois de plus rappelé que « La loi fixe les règles concernant la détermination des crimes et délits ainsi que les peines qui leur sont applicables. Qu’il résulte de ces dispositions que le législateur est tenu de fixer lui-même le champ d’application de la loi pénale et de définir les crimes et délits en termes suffisamment clairs et précis ; que cette exigence s’impose non seulement pour exclure l’arbitraire dans le prononcé des peines, mais encore pour éviter une rigueur non nécessaire lors de la recherche des auteurs d’infractions ».

Au-delà d’une nouvelle atteinte inadmissible à la liberté d’expression, ce texte ouvre la voie à tous les arbitraires. Et crée un précédent à effet boomerang qui peut s’avérer terrible. À tous ceux  à qui prendrait l’envie « en diffusant ou en transmettant par voie électronique ou en ligne, des allégations, indications de nature à induire intentionnellement en erreur », de dire par exemple que Jean-Luc Mélenchon aurait fait un meilleur président que François Fillon, je ne saurais trop conseiller d’être extrêmement prudent.

Alors on en est à espérer que le Conseil Constitutionnel présidé par Laurent Fabius (!) fasse son devoir, ou à défaut que la nouvelle majorité de juin prochain fasse le sien. Me faire espérer le retour de la droite au pouvoir pour restaurer certaines libertés, ces gens-là m’auront tout fait.

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