C’était moins bien, avant. Il y avait un auditorium, des studios, plein de trucs. Mais que c’était moche ! Que c’était sans âme ! Personne ne voulait y aller, même les orchestres maison préféraient jouer ailleurs, le National au Théâtre des Champs-Élysées, le Philharmonique salle Pleyel.

Et puis un jour, ras-le-bol. La plus grande radio de l’univers, avec ses deux chœurs et ses deux orchestres, a droit à sa salle de concert, non mais ! Pour la première fois de son histoire, on lui en construit une. Un cirque de bois trop petit pour les typhons de Mahler mais parfait pour les ondes de Mozart, pour la musique de chambre, le piano, la chanson, le jazz, le fado du soir et le raga du matin. L’auditorium le plus chaleureux de Paris où les gens viennent par plaisir, si si, plaisir, à Radio France, on n’a jamais vu ça.

Hélas, hélas ! C’était trop beau. Déjà le 14 novembre, l’auditorium, on l’a inauguré en catimini : pas de vagues qu’ils disaient. Surtout pas d’ombre à la Philharmonie de La Villette ! L’État met toutes ses plaques sur la case Philharmonie. Quai Kennedy, on veut pas vous entendre. Les musiciens tiraient une gueule ! Et voilà qu’à peine l’extase entraperçue, les vieux démons rappliquent. Il paraît que la direction veut fermer un des orchestres, et même France Musique. Grève.

Normal, la grève. Il reste quelques bonnes voix sur France Musique et les orchestres sont remplis de musiciens formidables. Qui veut du mal aux gens bien ? Défendons-les, défendons-nous.

Mais bon, vous avez deviné. C’est pas le problème. Le problème, c’est qu’il est tard. Il y a dix ans, tout le monde savait que la radio ne pourrait plus se payer deux gros orchestres d’un rapport notoriété-qualité-prix couci-couça. On savait que depuis les années 1980 National et Philharmonique n’étaient plus complémentaires mais rivaux, que la guerre était déclarée, qu’elle ne donnait rien de fameux. On savait que la radio hertzienne n’était pas un rêve d’avenir, qu’il était loin le temps où la symphonie incarnait l’élan collectif, que l’antenne se foutait de ses orchestres comme les orchestres de l’antenne. On savait tout ça, mais on avait encore le temps de trouver des solutions. Par exemple libérer l’Orchestre national, l’aider à prendre son vol, à trouver un nid qui le mettrait en valeur et l’obligerait à briller au lieu de tristement faire ses heures (qu’il ne fait même pas).

Maintenant, il y a le feu. Le gouvernement coupe les vivres. La bête à 2 500 dos qui ne connaissait pas la crise doit payer 20 millions d’euros à ses créanciers et raboter 50 millions avant 2019. Malédiction, voilà que la Cour des comptes s’en mêle : deux orchestres jumeaux sous un seul toit, c’est un de trop. Et d’indiquer quatre sorties, dont « la plus cohérente » serait la fusion. Horreur ! crient les musiciens, on préfère garder deux noms et tailler dedans. Très, très bizarre. Ce que proposait la Cour c’était pas Byzance, mais ça se tenait. Alors que la chasse aux effectifs, comment ça marche ? On jouera des symphonies sans trompettes ?

Moi, pour sauver mes potes, je ne vois qu’une défense : l’attaque. C’est les congés, pas Beethoven, qui ruinent la radio. Allez voir ailleurs ! Vous voulez faire faire des économies à la Maison ronde ? On va vous en trouver. Le Chœur de Radio France, voilà. Ça, c’est vraiment mauvais…

Oops. Pardon. Mauvais mais sympas aussi, les collègues du chœur. Sauvons notre mauvais chœur. Tiens, et si au lieu de la radio on commençait par France Télévisions?

*Photo : wikicommons.

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