La justice a eu la main lourde en condamnant deux des hommes impliqués dans la mort de l’antifasciste Clement Méric à 11 et 7 ans de prison. Un verdict qui laisse penser que ce ne sont pas les seuls faits qui ont été jugés.


Après une semaine de débats, la Cour d’assises de Paris a donc rendu son verdict dans le dossier concernant la mort de Clément Méric. De façon surprenante, des peines très lourdes au regard de celles que l’on rencontre habituellement dans les affaires de violences similaires ont été prononcées. Il n’y a pas lieu de s’en réjouir, au contraire. Force est de constater qu’après une conduite d’audience empreinte de partialité, les 11 ans de prison infligés à Esteban Morillo et les 7 à Samuel Dufour, l’ont probablement plus été au regard de leur passé de skinhead qu’à celui des faits qui leur étaient reprochés. Ce qui en fait malheureusement une décision politique.

La justice de l’au-delà des faits 

Rappelons brièvement les faits tels qu’ils ont pu être exposés à l’occasion des débats largement répercutés par la presse. Deux groupuscules violents et antagonistes se sont confrontés, en juin 2013, à l’occasion d’une vente de vêtements de la marque Fred Perry dans un magasin parisien. Une bagarre de rue s’est déclenchée à l’occasion de laquelle le skinhead Esteban Morillo a porté deux coups violents au visage de Clément Méric appartenant à la mouvance « antifa ». Sa tête, lors de sa chute, a heurté un élément de mobilier urbain, ce qui a entraîné son décès. Les rôles respectifs dans l’affrontement ont été à peu près cernés, la volonté initiale d’en découdre étant plutôt du côté des « antifas », et Clément Méric ayant participé directement à la bagarre. Restait en suspens la question de savoir si Esteban Morillo avait frappé à l’aide d’un poing américain, ce qui aurait constitué une arme par destination. Les débats n’ont pas permis de l’établir, ce qui n’a pas empêché la cour de retenir la qualification de violences avec arme.

Lumpenproletariat contre lumpenbourgeoisie

On va rappeler à ce stade qui étaient les acteurs de cette bagarre qui a mal tourné. Les deux groupuscules existent, sous des formes diverses, depuis fort longtemps, et j’ai moi-même connu, dans mon jeune temps, leurs folklores respectifs débiles, et leur goût commun d’affirmation virile par des affrontements de cour d’école. On rappellera, comme gage de sérieux de nos excités symétriques, que la rencontre tragique s’est faite à l’occasion d’une vente privée de polos siglés que les deux camps s’enorgueillissent de porter ! À droite, nous avons des brochettes d’abrutis déclassés issus en général du lumpenprolétariat, qui trouvent là un moyen d’opposition violente en adoptant un folklore détestable qu’ils cultivent dans des groupes au fonctionnement de secte – et comme dans toutes les sectes il y a des gourous qui en ont fait un métier et en vivent comme Serge Ayoub, les plus chanceux rentrant un peu plus tard dans le rang, les autres continuant leur vie de dérive inepte. A gauche, des enfants de la petite bourgeoisie aisée, en mal de sensations qu’ils recherchent en embrassant ce qu’ils croient être des grandes causes. Antifascistes de pacotille, ils pimentent leur vie confortable en participant aux manifestations syndicales sérieuses qu’ils s’efforcent de dévoyer par la violence, et en cherchant la bagarre avec ces crânes rasés au front bas qu’ils toisent de leur mépris social.

Je dis « antifascistes de pacotille », pour savoir ce que sont les vrais antifascistes et les avoirs fréquentés. Tout d’abord ceux qui avaient risqué leur vie dans le combat contre le nazisme et qui portaient, par exemple, les noms de Georges Séguy ou d’Henri Krasucki, tous deux déportés à 16 ans pour cela. Inutile de rapporter leur opinion sur les gauchistes braillards, on l’imagine très bien. Et ensuite pour avoir dirigé des organisations de solidarité avec l’Amérique latine pendant les terribles années de plomb et y avoir perdu quelques courageux amis. De toute façon, tous nos « antifas » cesseront à un moment leurs singeries et rentreront sagement à la maison, si tant est qu’ils l’aient jamais quittée.

Une justice expiatoire

C’est pour toutes ces raisons que la mort de Clément Méric est à ce point désolante, stupide et si inutile. Elle ne raconte rien d’autre que la bêtise. Mais, fait divers tragique, la justice aurait dû la traiter comme tel. La violence meurtrière d’Esteban Morillo méritait le passage en Cour d’assises, mais aussi le même traitement que celui relevé dans des affaires similaires. Le quantum de la peine excède très largement celui que l’on rencontre lorsque l’on étudie la jurisprudence des Cours d’assises. On n’en présentera pas ici une étude exhaustive en se contentant simplement de rappeler que « Jawad le logeur » fut condamné à huit ans de détention pour avoir tué son meilleur ami à coups de hachoir à viande. Il y a des dizaines d’autres exemples. Et c’est dans cet écart de plusieurs années au détriment d’Esteban Morillo que se loge la dimension politique de la décision rendue par la Cour d’assises de Paris.

Le principe de la personnalité des délits et des peines aurait dû permettre la prise en compte du fait que l’accusé avait rompu avec ce passé et essayé de reconstruire une vie. Ce n’est pas un militant nazi ou même pétainiste que la cour devait juger mais un fils d’immigrés, aux études réduites à celles d’apprenti boulanger et dont tous les espoirs de vie étaient bornés par la pauvreté. Un homme qui avait trouvé, par faiblesse, un exutoire à un horizon médiocre, dont il avait probablement conscience, dans des dérives ineptes et temporaires. Un homme qui, depuis le drame, avait tenté malgré les difficultés d’en sortir. Au lieu de cela, par la conduite des débats, les réquisitions du parquet, et l’importance des peines infligées, la justice donne l’impression d’avoir voulu apporter sa contribution à la lutte contre la bête immonde. Ce n’était pas sa mission. Rabâchons une fois de plus que, fort heureusement, il n’y a pas de danger fasciste en France et qu’une justice pour l’exemple n’est jamais exemplaire. Qu’on le veuille ou non, il émane de la décision rendue par la Cour d’assises de Paris un déplaisant fumet politique qui n’y avait pas sa place. Et il sera difficile de contredire ceux qui y décèleront une certaine dimension de classe.

Après le verdict, les proches de Clément Méric ont parlé de « responsabilité morale collective ». Eh bien non, en matière de justice pénale, il n’y a pas de responsabilité collective, jamais. Qu’une partie civile l’invoque soit, mais qu’une Cour d’assises l’utilise est simplement déplorable.

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