Parution de la correspondance entre le créateur de Nestor Burma et l’éditeur François Guérif.


Parfois, on oublie pourquoi on a aimé un auteur passionnément. Les années passent, on ne sait plus très bien ce qui a motivé un béguin de jeunesse, un emballement pour cette littérature dissidente qui catapulte les bons sentiments et les écrase sur le bitume délavé avec hargne. On s’embourgeoise, on lit désormais l’Ecclésiaste, on se pique de philosophie antique, on lorgne du côté des moralistes et on finit par passer à la télé dans une émission grand public. Demain, on signera, peut-être, sous la lumière blafarde d’une galerie marchande comme un ex-président en promotion perpétuelle.

L’amertume jouissive

Et puis, on tombe, par hasard, sur la correspondance entre Léo Malet et François Guérif, un amoncellement de lettres et dédicaces qui court entre 1972 et 1989, portant le titre aguicheur de Mon vieux Guérif, publié par La Grange Batelière, dans un beau volume qui s’adresse aux « collectionneurs avertis ». La bibliophilie m’ennuie quand elle sert à faire reluire l’égo et décorer les appartements sans charme des beaux quartiers. Mais là, j’ai retrouvé, intact et vipérin, mon Léo, toujours aussi instable et inguérissable, avec cette aigreur cristalline qui coule dans ses veines d’écrivain jamais installé, jamais content, jamais serein, en proie à une amertume jouissive. Malet (1909-1996) n’est pas un cajoleur du soir, un auteur pour pédagogues et humanistes en quête d’un message, c’est un surréaliste égaré dans les faubourgs du crime, un anar inconsolable de son cher foyer végétalien. Un anti-Maigret, plus qu’un anti-Simenon. Le véritable déchiqueteur de la littérature policière qui détourne le genre américain, détective à galurin et trench-coat pour l’assimiler au biotope parisien.

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Avec lui, le polar français avait trouvé son instigateur féroce et désabusé. Le pont de Tolbiac, le Boul’mich’, ou le 120, rue de la Gare dépassaient leur topographie absurde pour une existence littéraire, donc immortelle. Dans ces échanges épistolaires entre Guérif, jeune éditeur et directeur

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