Quand le lointain se rapproche ; l’exotisme devient un ordinaire. Les selfies nous en rendaient tous témoins : le tourisme avait tué le voyage ; les lieux du monde étaient devenus interchangeables ; peuplés de mêmes humains à sac à dos et appareils numériques, fréquentant les mêmes chaines de commerce et s’extasiant tous pour de faibles motifs.

Mais le monde change ! Milan nous plonge en terre inconnue et nous ramène à une époque pas si lointaine où les voyageurs s’envoyaient des cartes postales et n’avaient pas épuisé le récit de leurs vacances par médias interposés, avant même leur retour. Sidération garantie : sa municipalité a proscrit pour l’été les perches à selfies. La sécurité est en cause. On redoute les touristes irrespectueux qui déploient leur accessoire au mépris du danger. Et on interdit aussi les bouteilles de verre, canettes et même « food trucks ».

Se souvenir des belles choses

A beau mentir qui vient de loin, on le croyait quand même sur parole. A Milan, il était difficile de romancer la visite du Dôme ou de la Scala… comme de prétendre avoir goûté l’escalope milanaise ou rencontré l’illustre Silvio Berlusconi, historique ex-propriétaire du Milan AC. Preuves à l’appui, 127 « followers » authentifiaient ces dires par leurs « likes ». En instantané. Et selon la mairie de Milan, au mépris du danger.

Faute d’annales numériques, les visiteurs de Milan auront cet été à se souvenir de leurs vacances. Et si le Lambrusco a dilué leur mémoire dans un mauvais jus de neurones, il sera nécessaire d’imaginer, d’inventer, de romancer et d’éventuellement s’aventurer à raconter n’importe quoi. La revanche du voyage ?

 

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