Le 12 septembre, Le Monde nous apprenait que « le « recrutement » de demandeurs d’asile par la France s’avère plus difficile que prévu ». Au passage, on découvrait ainsi que la France « recrutait » des demandeurs d’asile : à Munich, une dizaine d’agents de l’OFPRA[1. Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides.] avaient déjà « convaincu près de 500 Syriens ou Irakiens arrivés en Allemagne de demander l’asile en France », mais bien que les fonctionnaires « se démènent », ils peinaient à « attirer les candidats ».

Il s’agissait de venir en aide à la ville allemande submergée en la délestant d’un millier de migrants, dans le cadre de la « relocalisation » de 24000 d’entre eux. À la demande d’Angela Merkel, François Hollande s’y était engagé. Seulement voilà, la plupart des intéressés n’avaient pas choisi leur destination par hasard, et comptaient bien être accueillis en Allemagne.

Un jeune Syrien cité par Le Monde témoignait de la manière dont le patron de l’OFPRA en personne lui avait sorti le grand jeu pour le faire changer d’avis : « Pascal Brice m’a convaincu (…). Il m’a dit que nous aurions tout ce qu’il nous faut en France. » Mais il confiait dans la foulée : « A vrai dire, je ne sais toujours pas si j’ai pris la bonne décision. » L’Angleterre, à la limite, mais la France, vraiment… quelle idée !

Aujourd’hui, selon Sophie Pegliasco, la directrice de cabinet de Pascal Brice, « près de 600 migrants sont arrivés d’Allemagne ». Ouf, l’honneur est sauf ! Ce n’est qu’un peu plus de la moitié de l’objectif annoncé, « mais les chiffres ne sont pas définitifs », assure la représentante de l’OFPRA. Quoi qu’il en soit, « la très grande majorité a déposé une demande d’asile car ils le souhaitaient dès le départ », se félicite-t-elle.

Problème : parmi ceux-ci, impossible de savoir combien sont arrivés directement de leur pays d’origine à Munich, et combien ont séjourné entre temps dans un camp de réfugiés à l’étranger. « Nous ne disposons pas de données là-dessus », explique tranquillement Sophie Pegliasco, pour la bonne et simple raison que « cette circonstance n’a pas d’impact sur le traitement de leur demande d’asile ».

Autre critère qui « ne joue pas sur l’éligibilité à une protection internationale au titre de l’asile » : le profil socio-professionnel des migrants, dont la représentante de l’OFPRA nous dit pourtant « qu’un certain nombre étaient diplômés ou exerçaient des métiers qualifiés dans leur pays d’origine ». Tiens donc : ça on l’a « simplement remarqué », mais ça ne compte pas non plus.

Pour l’OFPRA, seule compte la nationalité du « réfugié » : les ressortissants Irakiens, Syriens et Erythréens sont automatiquement considérés comme ayant un « besoin manifeste de protection » parce que leurs pays sont à feu et à sang. Que certains aient déjà trouvé asile dans un pays où ils n’étaient pas menacés, avant de venir frapper à notre porte, n’a aucune importance aux yeux de l’institution.

S’ils veulent être accueillis chez nous, ceux-là en ont a priori le droit. Mais alors, pourquoi refusent-ils nos avances et préfèrent-ils rester en Allemagne ? « Ce n’est pas une question qui a été posée aux migrants », esquive Sophie Pegliasco. Difficile, dans ces conditions, de comprendre comment a été fixé le nombre de 1000 demandeurs d’asile à « recruter » pour soulager Munich.

Serait-ce une question de capacités d’accueil, l’Allemagne n’ayant pas la faculté d’absorber si vite un tel nombre de nouveaux arrivants ? A l’inverse, combien la France est-elle en mesure d’accueillir immédiatement ? « Ce n’est pas la vraie question », nous reprend la directrice de cabinet de Pascal Brice : « L’OFPRA est censé examiner toute demande d’asile, sans considération de quota, donc de capacité de traitement. »

Nous voilà renseignés, mais pas franchement rassurés quant à la maîtrise des flux migratoires et leur gestion par nos gouvernants. Une seule chose est désormais certaine : s’il faut aller jusqu’en Allemagne supplier les migrants de demander l’asile en France, on est encore assez loin de l’invasion fantasmée par certains.

*Photo : SIPA. 00456033_000001.

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Pascal Bories
est journaliste.est journaliste.
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