La presse s’extasie : Michelle Obama a tenu jeudi à Manchester dans le New Hampshire un discours , je cite, d’une puissance telle qu’il restera dans l’histoire comme un moment crucial de la présidentielle 2016.

Haro sur le prédateur sexuel

Avec des trémolos dans la voix, elle s’est adressée aux gens « décents  » – mais oui, il en existe – pour leur faire part de son émotion en songeant à toutes ces femmes dont Donald Trump a sexuellement abusé.  » Je n’arrête pas d’y penser. Cela m’a ébranlée au plus profond de moi d’une manière que je n’aurais jamais imaginée.  » Elle a soudain réalisé que ces comportements de prédateurs sexuels dont elle imaginait qu’ils dataient d’un autre âge étaient incarnés aujourd’hui par un candidat à la Maison Blanche. Et du coup, même les épouses des républicains les plus loyaux se détournent du Donald en incitant leur mari à en faire autant :  » Là, mon amour, c’est trop. Cette vidéo…je ne peux plus. Pense à nos filles.  »
Même Melania, la femme du prédateur, à dû y aller de sa larme. Elle ne reconnaît pas son homme sur cette maudite vidéo. Vidéo qui n’était pas un appel au viol, mais qui rappelait simplement une évidence, à savoir que les femmes résistent difficilement à un homme qui a du pouvoir et de l’argent. Elles sont plutôt enclines à le harceler.

The Big Lewinsky

On se souvient de l’affaire Clinton-Lewinsky. Phlip Roth en avait parlé sur un ton ironique dans La Tache en parlant d’un marathon de la tartufferie. La plus vieille passion fédérative de l’Amérique, son plaisir le plus dangereux, le plus stupide historiquement a toujours été le vertige de l’indignation hypocrite. Michelle Obama excelle dans cet exercice. L’atteinte à la dignité de la femme est avec la nécrophilie le moyen le plus efficace pour se débarrasser d’un concurrent ou d’un adversaire. Hermann Caine, le candidat républicain noir opposé à Obama, en avait fait les frais. Le marathon de la tartufferie a encore un bel avenir devant lui : il s’étend à tous les pays prétendument démocratiques, suscitant des fous-rires en Chine ou en Afrique. J’avoue préférer en rire avec eux que de m’indigner avec madame Obama.

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Roland Jaccard
Psychologue, écrivain, journaliste, critique littéraire, essayiste et éditeur suisseEssayiste, il se fait connaître en 1975 par L'exil intérieur, essai qui a marqué des générations de lecteurs. Romancier, il écrit Sugar Babies, Flirt en hiver, Une fille pour l'été. On lui doit également une trilogie autobiographique L'âme est un vaste pays, Des femmes disparaissent, ...