Une simple histoire de Marcel Hanoun, chef-d’œuvre qui préfigure la Nouvelle Vague, ressort en DVD.


Une simple histoire est le premier long-métrage de Marcel Hanoun. Tourné un an avant les grands débuts de la Nouvelle Vague, il en possède quelques caractéristiques évidentes : comédiens débutants, tournage en extérieur dans les rues de Paris avec des moyens techniques très légers (le film a été réalisé pour la télé en 16 mm et dans les conditions du cinéma « amateur »)… L’œuvre bénéficiera d’ailleurs d’un grand soutien de la part de Jean-Luc Godard dans la revue Arts. Pourtant, dès ce premier essai, Hanoun se démarque de ses contemporains et emprunte une voie à la fois personnelle et singulière.

Un air de Bresson

Comme son titre l’indique, le film de Marcel Hanoun ne racontera rien d’autre qu’une histoire minimaliste (une « mère célibataire » – quelle horrible expression !- débarque à Paris avec sa fillette en quête d’un travail qu’elle n’arrive pas à décrocher) inspirée d’un fait divers réel. Ce récit, qui rappelle par certains côtés celui du Signe du lion de Rohmer, accompagne la déchéance d’une femme qui vivote d’abord dans des chambres d’hôtel de plus en plus miteuses avant de terminer dans un terrain vague pour y passer la nuit. Mais la dimension sociale et misérabiliste est constamment transcendée par le style déjà affirmé d’Hanoun.

La première référence qui vient à l’esprit est bien entendu celle de Bresson. On y retrouve le même jeu « blanc » des comédiens, un attachement maniaque aux petits gestes de rien, un intérêt poussé pour les visages et les plus infimes détails. Dans L’Automne, Hanoun fera dire à l’un de ses personnages « Pour moi, le cinéma est un art du retranchement et de la distance ». Cet art du retranchement est déjà à l’œuvre dans Une simple histoire : refus de la psychologie, behaviorisme, éviction de tout élément du passé pouvant éventuellement expliquer la situation de cette femme (qui est le père de la petite fille ? Pourquoi a-t-elle décidé de quitter Lille pour Paris ?…). Quant à la « distance », c’est sur ce pendant qu’Hanoun se distingue de Bresson en brisant l’illusion cinématographique.

Une épure

Dès ce premier long-métrage, le cinéaste dissocie l’image et le son puisqu’une voix-off omniprésente reprend et recouvre les dialogues parfois prononcés par les protagonistes. Ce procédé curieux de désynchronisation permet à Hanoun de réaliser une sorte de portrait « cubiste », entre subjectivité (la voix-off comme énonciation interne) et objectivité (ce qu’enregistre la caméra), entre intériorité et extériorité. Le cinéaste expérimente avec Une simple histoire une nouvelle forme d’écriture cinématographique qui lui permet à la fois de saisir quelque chose du monde (l’exclusion et la misère, l’anonymat des grandes villes…) tout en inventant une manière très personnelle de montrer le processus même de création cinématographique.

Le film est une épure. La voix off, composée essentiellement de phrases neutres et courtes (« je suis allée au parc », « j’ai acheté des sardines »), permet d’aller à l’essentiel et de faire sourdre une émotion qui déjoue les pièges du mélodrame social tout en faisant ressentir la douleur de cette femme, son aliénation, son emprisonnement et sa solitude.

Car au bout du compte, la beauté fragile de ce film tient à la fois à cette forme originale qui transcende l’anecdote sans pour autant l’annihiler. Nous aurions donc envie de reprendre les mots de Godard pour conclure :« Vous n’aimerez peut-être pas Une simple histoire, et vous aurez peut-être raison. Mais si vous n’allez pas le voir, vous aurez sûrement tort. »

Une simple histoire (1958) de Marcel Hanoun avec Micheline Bezançon, Raymond Jourdan (Editions Re :Voir)

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