« La gauche n’a pas redressé le pays et a disloqué son camp. » Montebourg a raison. L’aveu est honnête, comme la plupart des aveux ! Le bilan, terrible. On pourrait donc en rester là. Espérer que ses représentants passent leur tour, et nous offrent, en leur absence, quelques vacances. Mais ils sont sept ! Sans compter Macron, Mélenchon et l’habituel cartel des braillards d’extrême gauche.

Valls qui s’en dédit

Manuel Valls célèbre Clémenceau dans la posture du « républicain intransigeant ». Mais il a inauguré sa campagne dans sa ville d’Evry, entouré d’hommes et de femmes soigneusement choisis pour illustrer la « diversité Benetton ». Il est fondamentalement communautariste, oubliant que la République fait fi des distinctions d’origine, de race ou de religion.

Il veut supprimer de la Constitution l’utile article 49.3 qui permet à un gouvernement de s’affranchir des chaleurs d’une majorité. Mais il l’a utilisé six fois, notamment pour faire adopter les lois Macron et El Khomri. « J’ai péché. Je m’en confesse. Sujet suivant ? » Il veut rassembler la gauche. Mais après avoir conçu la théorie des « deux gauches irréconciliables ». L’une serait moderne, la sienne. L’autre archaïque, celle des concurrents. L’exercice est périlleux : il a hérité de François Hollande et de Jean-Marc Ayrault la fracture du PS sur le traité budgétaire européen de 2012 et le crédit-impôt compétitivité.

Il a porté ensuite le fardeau de la déchéance de nationalité et de la « loi travail ». Retour au confessionnal ?

L’étiquette du PS n’est pas très porteuse aujourd’hui. Ses élus et ses militants rasent plutôt les murs en soirée. Une partie de la gauche, accompagnée de quelques nomades du centre, s’est amourachée d’Emmanuel Macron. L’homme est intelligent. Cela ne suffit pas à en faire un homme politique. Il doit tout à François Hollande, ce qui ressort, en langage comptable, du passif plutôt que de l’actif. Secrétaire général-adjoint de l’Elysée – et donc l’un des plus proches collaborateurs du chef de l’Etat -, puis ministre de l’Economie, M. Macron a été gâté sans avoir jamais été élu. Un médecin qui n’aurait jamais pris le pouls d’un malade, je m’en méfierai. Et mord-t-on la main qui vous a nourri ? La dignité n’est pas équitablement partagée en politique. Il se dit « libéral ». Après avoir augmenté les impôts de 50 milliards, ce n’est pas rassurant.  Que serait-ce avec ceux qui ne sont pas « libéraux » ?

Macron, chouchou des médias

On lui doit, justement, la libéralisation du transport en autocar. Pas de quoi rester dans l’histoire. L’homme plait aux médias. Ce n’est pas non plus bon signe. Macron leur offre l’occasion de se « blanchir » à bon compte du soutien qu’ils ont apporté à François Hollande, en 2012. Il plait aux Français heureux, aussi. Ceux qui ne croisent pas dans leur vie les « sans-dents ».

Son passé chez Rothschild rassure les riches dont le monde est si souvent leur patrie, le milliardaire Xavier Niel, fondateur de Free, Marc Simoncini, fondateur du site de rencontres Meetic, les Français de la City et de la Californie. Marié avec son professeur, il entretient la tendresse des amateurs de « transgressions » : tellement « chouette », cette histoire d’amour, immortalisée avec Paris Match ! Mais pas très sérieux ni très digne dans un pays où il y a neuf millions de Français qui vivent en dessous du seuil de pauvreté et plusieurs centaines de SDF qui meurent, chaque année, dans nos rues[1. Près de cinq cents SDF sont morts en France en 2015 d’après cette étude.].

Macron se présente en « progressiste ». Forcément le progrès, c’est mieux que l’inverse. Mais le progrès avec les 35 heures, c’est l’économie en noir et blanc. Il se dit européen, mais sans adhérer aux réformes entreprises par nos voisins.

J’ai lu son livre. On y trouve des commentaires, mais peu d’idées. Macron est resté un adolescent romantique. Il est excité par le Pouvoir qu’il a connu tôt sans en mesurer la gravité. Voyez la conclusion de son meeting fondateur à Paris : je me méfierai d’un garçon, si sage en apparence et qui devient hystérique … C’est un nomade qui ne connait ni les terroirs, ni les Français des villages. Il n’est pas enraciné, comme le fut Georges Pompidou, enfant de Montboudif, qui entra aussi en politique sans avoir été élu. Mais c’est de Gaulle qui avait choisi l’homme qui fumait des Gauloises. La différence est là.

Macron a ressuscité le genre du Voyage autour de ma chambre : moi et les petits oiseaux.

Valls ou Macron, cette gauche là, décidément, est trop légère, ou trop « primaire », pour gouverner un pays dont ils ont précipité la ruine, sans remords.

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est maire de Lavaur et ancien député LR.est maire de Lavaur et ancien député LR.